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Introduction générale

La guerre en tant que phénomène social constitue l’objet principal de ce livre. Telle
qu’elle est entendue ici, la guerre ne se limite nullement à la lutte entre États, à l’action
des armées, au métier du militaire ou à la succession stratégique des combats. La guerre
est un état de la société dans son ensemble. L’ état de guerre a donc la potentialité de
conditionner tous les aspects de la vie sociale.
La guerre est un choc de forces. Elle est, plus précisément, l’état d’un ensemble
humain où le choc – la lutte armée, le combat, l’affrontement radical – est devenu
la modalité prédominante du rapport entre les forces internes et/ou externes. C’est
pourquoi l’opposition guerrière la plus visible – celle des armées sur le champ de
ISBN 978-2-7535-2792-8 Presses universitaires de Rennes, 2013, www.pur-editions.fr

bataille – va rarement sans être accompagnée d’une prolifération des affrontements à


tous les niveaux. Au-delà d’un certain seuil d’intensité, la guerre militaire se répercute
dans des violences politiques, économiques et sociales ; le duel mené par les bataillons
est mimé par celui des citoyens dans les rues, celui des producteurs dans les champs,
celui des militants dans la place.
Lorsque l’état de guerre devient permanent ; lorsqu’il constitue, en fait, l’état normal
de la vie sociale, on parlera de l’établissement d’une société guerrière. Dans une telle
société la confrontation armée est placée au centre des valeurs et des pratiques sociales.
Non seulement cette société fait la guerre, mais elle a tendance à organiser militairement
la production de biens et l’éducation des enfants ; à résoudre les conflits politiques et
personnels à coups de sabre ; à générer un État tout martial. La société guerrière repro-
« La société guerrière », Alejandro Martin Rabinovich

duit et perpétue, de par sa dynamique interne, l’état de guerre lui-même. Être-pour-la-


guerre, elle fabrique le conflit et l’entretient à main armée 1.


Notre hypothèse première dit que la société du Rio de la Plata fonctionna, dans la
période qui s’écoula entre 1806 et les années 1870, comme une société guerrière. Entre

1. L es anthropologues parlent de « société guerrière » pour désigner des groupes qui, à l’intérieur d’une société
donnée, font de la guerre leur raison d’être. La société guerrière telle que nous l’étudions comprend des
« sociétés guerrières » dans le sens anthropologique mais elle ne se limite pas au monde des guerriers ni à celui
des militaires. Il s’agit d’un concept qui rend compte de la société dans sa totalité. Pour l’usage anthropolo-
gique du terme, voir Hassrick B., Les Sioux. Vie et coutumes d’une société guerrière, 1993 ; Lebedynsky I.,
Les Cosaques. Une société guerrière entre libertés et pouvoirs. Ukraine 1490-1790, 2004. Cf. Clastres P.,
Archéologie de la violence, 1999, p. 83.

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deux époques relativement pacifiques, trois générations y vécurent sous le signe du plus
sanglant conflit. La crise de l’ordre colonial en Amérique hispanique – c­ onséquence
directe de la Révolution française et des guerres de l’Empire – plongea toute la région
dans un temps d’instabilité et d’effervescence extrêmes. Loin de s’achever avec l’indépen-
dance des nouvelles républiques sud-américaines, la réinstauration d’un ordre durable
et légitime demanda des décennies d’efforts par tâtonnements. Ce long processus fut
constitué de contradictions, de sacrifices et d’impasses. Dans ces impasses, la guerre
proliféra avec une puissance extraordinaire.
De toutes les régions du nouveau monde affectées par la guerre de la crise révolution-
naire, peut-être nulle autre ne le fut de manière aussi persistante et profonde que celle
du Rio de la Plata. Et pourtant, aucun observateur contemporain n’aurait pu déceler,
en examinant de près les dernières années de la société coloniale locale, l’enthousiasme
guerrier dont elle allait bientôt faire preuve. En effet, vers le début du xixe siècle le Rio
de la Plata colonial était très pauvrement armé ; sa population masculine manifestait
une grande aversion pour le service militaire ; les militaires de carrière, tout comme la
société dans son ensemble, manquaient notablement d’expérience guerrière.
Or, voilà que dans le cadre de la conflagration européenne le Rio de la Plata subit,
contre toute attente, une double invasion britannique, en 1806 et en 1807. La conquête
de la capitale par une poignée d’envahisseurs frappa la population locale comme un coup
de foudre. Bouleversée, elle se souleva contre l’occupant ; elle s’organisa militairement
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afin de le chasser ; elle plongea dans une militarisation totale qui n’avait guère de précé-
dents. Lorsque l’insurrection contre les autorités coloniales arriva, en 1810, et qu’une
guerre d’indépendance à l’échelle continentale prit forme, la transformation en société
guerrière fut encore approfondie et étendue à la totalité du territoire. La mobilisation
de la population locale fut massive. Toutes les ressources disponibles furent consacrées
à l’effort guerrier.
La première partie de ce livre aborde donc le problème de l’installation d’une
société guerrière dans le Rio de la Plata, puis celui de sa longue évolution – un
demi-siècle durant – jusqu’au moment où les premiers signes de son démantèlement
prochain commencent à être décelés. Les chapitres i et ii consacrent une attention
« La société guerrière », Alejandro Martin Rabinovich

particulière à l’adaptation sociale requise pour l’incorporation initiale de la guerre.


Sur ce sujet, l’enseignement offert par les sources est troublant : la guerre était certes
arrivée par surprise sur les côtes sud-américaines, portée par les baïonnettes britan-
niques, sans laisser guère le choix ; mais à partir de ce moment inaugural, la guerre
semble être activement adoptée et consciemment promue par les élites révolution-
naires, avec un soutien populaire très important.
Un certain nombre de dispositifs, essentiels au fonctionnement de la société
guerrière, furent expressément conçus et mis en place. Un nouveau modèle d’homme
incarnant les vertus guerrières fut élaboré et appliqué. Combinant les levées en masse à
l’encadrement milicien le plus complet, l’énorme majorité de la population masculine
adulte prit part d’une manière ou d’une autre aux opérations militaires. L’installation
durable de la guerre ne se présente donc pas simplement comme l’effet d’un cataclysme
d’origine externe : elle semble être le résultat d’une entreprise collective entamée à bon
escient par la société locale.

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Le projet révolutionnaire initial était cependant riche de contrepoids, de mécanismes
de sûreté et d’autolimitations censés garder le phénomène guerrier sous le contrôle direct
de l’État. L’échec de cette tentative modérée fut total. Très vite, la militarisation régulière
fut débordée par une mobilisation de la base qui comportait de nombreux éléments
ascendants et irréguliers. Il en surgit un foisonnement impressionnant de groupes armés
très différents. Ces forces faisaient la guerre selon leurs propres méthodes, temps et
intérêts. Parfois convergeaient-elles toutes sur un point précis du conflit ; le lendemain
suivaient-elles des chemins divergents. De l’action disparate mais cumulative de ces
forces découlaient une crise de l’ordre politique et social, un dérèglement sévère de la
structure économique et un niveau inédit de violence générale.
L’embryon d’État centralisateur mis en place par les premiers révolutionnaires
s’écroula sous le poids de l’escalade militaire, de la fermentation politique et de ses
propres contradictions. Un processus remarquable de fragmentation politico-territoriale
fut alors enclenché ; de nombreuses entités indépendantes et parfois éphémères – des
provinces, des républiques, des confédérations – virent le jour sur d’anciennes ou de
nouvelles bases : elles se réservaient toutes le droit de guerre et en usaient entre elles à
profusion. La société guerrière entra alors dans sa phase de maturité : désormais elle se
suffisait à elle-même pour propager la guerre selon une dynamique qui semblait être
reproductible à perpétuité.
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Durant le long demi-siècle qui s’étend entre la révolution de Mai (1810) et le début
de la période dite « de l’organisation nationale » (années 1850-1880), le Rio de la Plata
se présente donc comme un espace de guerre permanente. Les noms propres des confla-
grations retenues par l’historiographie traditionnelle – la guerre de ­l’Indépendance,
les guerres civiles, la guerre du Brésil – expriment mal le caractère d’un état de guerre
généralisé et multiforme, composé d’un enchevêtrement de conflits, campagnes
militaires et luttes politiques impossibles à démêler. Sous l’enchaînement tourbillonnant
et apparemment chaotique d’actions militaires, se cache pourtant l’action d’un nombre
de mécanismes de contagion, de surenchère et de propagation de la guerre qui sont au
cœur de la société guerrière ; le chapitre iii de ce travail s’adonnera à leur examen, afin
de commencer à comprendre leur influence et leur logique de fonctionnement.
« La société guerrière », Alejandro Martin Rabinovich


Dans le Rio de la Plata, la guerre révolutionnaire fut l’affaire d’une multiplicité
hétérogène de groupes armés difficilement classables selon les catégories normales de
la terminologie militaire. On y trouve des troupes appartenant à des sociétés indigènes
indépendantes, des guérillas indiennes avec des cadres métis, des unités tactiques
pluriethniques, des milices disciplinées, des milices urbaines, des milices révoltées
opérant comme des unités indépendantes, des paysans armés spontanément, des
corsaires de terre, des brigands, des mercenaires…
On avance le concept de forces de guerre pour englober l’ensemble de ces groupes
armés générés par la société guerrière. Il désigne donc aussi bien les armées de ligne
défendant l’ordre que les milices révoltées contre le gouvernement ; les bandes de
guerriers indigènes ravageant la campagne que les unités de frontière les poursuivant.

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Les forces de guerre dans son ensemble – et non pas seulement les armées permanentes
et professionnelles – étaient les acteurs du phénomène guerrier. Tel qu’elles sont enten-
dues ici, elles n’apparaissent pas comme des simples unités militaires : elles constituent
l’expression armée de la société. L’immense et multiforme tâche de leur formation
compose l’objet de la deuxième partie de ce travail.
Les forces de guerre étaient des entités collectives. Elles impliquaient la mobilisation
d’un grand nombre d’hommes qui devaient être incorporés d’une manière ou d’une
autre. Par engagement volontaire, recrutement forcé, cooptation sociale ou mobilisation
temporaire, les forces de guerre devaient réussir à arracher une partie considérable de
la population masculine et adulte à son foyer, à ses travaux, à ses villes et campagnes.
Ces hommes devaient par la suite être soudés et consolidés dans un ensemble organique
et cohésif capable de faire la guerre sur une grande échelle. Cette œuvre à la fois
délicate et brutale était accomplie au moyen d’une panoplie très large de techniques
sociales, depuis l’entraînement disciplinaire jusqu’au tissage de réseaux d’influence et
de réciprocité interpersonnelle.
Étant donné la variété des forces de guerre considérées, les chapitres qui abordent
le problème de leur formation devront faire face à une abondance prodigieuse de
représentations, de pratiques et d’expériences guerrières différentes. Comment organi-
ser analytiquement ce monde bariolé et changeant ? Traditionnellement, les études
militaires procèdent par la distinction systématique des forces régulières et irrégulières.
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Or, lorsqu’on considère les plus parfaites armées de ligne du Rio de la Plata, que les
observateurs étrangers se plaisaient à comparer avec les unités européennes contem-
poraines, il suffit d’un regard attentif pour trouver les nuances qui faisaient de leur
« régularité » un idéal plutôt qu’une réalité. Ces armées de ligne étaient profondément
politisées. Elles étaient internement divisées en des factions à l’opposition farouche.
Leurs soldats s’insurgeaient contre leurs officiers, leurs officiers contre leur comman-
dant, leur commandant contre le gouvernement. Elles se fragmentaient, se révoltaient,
poursuivaient une existence indépendante, offraient leurs services à des États étrangers.
Leurs combattants étaient censés être des soldats de métier alors qu’ils avaient été forcés
de prendre les armes et que les termes de leur contrat d’enrôlement n’étaient pas respec-
« La société guerrière », Alejandro Martin Rabinovich

tés. Leurs bataillons étaient censés être réguliers alors qu’ils vivaient du pays, faisaient la
guerre de guérillas et se comportaient souvent comme la milice privée du colonel. Enfin
ces forces de ligne menaient leurs campagnes dans la plus complète promiscuité avec
une foule de miliciens, auxiliaires, Indiens, soldats de fortune, mercenaires, vivandières,
marchands et voleurs de grand chemin.
Quant aux « forces irrégulières », quel foisonnement de vie guerrière, quelle capacité
d’adaptation, quelle richesse culturelle se cachaient sous cette catégorie péjorative !
Ne comprendre cet univers de forces de guerre qu’à partir de leur irrégularité, c’est rater
l’opportunité de saisir sur le vif des modes de vie disparus, alors qu’ils jouaient leur
survie même sur le champ de bataille. L’adoption de pratiques régulières ou irrégulières
ne constituait par ailleurs qu’un choix tactique et contingent. Même les plus « irrégu-
lières » des forces révèlent une constitution complexe lorsqu’étudiées en profondeur : elles
étaient souvent commandées par des militaires de métier, comptaient des soldats de ligne,
s’organisaient d’après la hiérarchie militaire ou répondaient à un gouvernement légitime.

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Où donc tracer les lignes de partage ? Comment rendre compte de la richesse du
phénomène guerrier qui nous occupe sans le plonger ni dans de fausses dichotomies ?
Ce livre propose d’organiser l’analyse d’après les modes de fonctionnement eux-mêmes
plutôt qu’à partir des sujets sociaux concernés. Ses objets d’étude seront ainsi les diffé-
rentes manières d’incorporer les hommes aux forces, de les mobiliser, de les former ; les
différentes façons d’opérer sur le terrain, de se déployer, d’agir sur la population et sur
l’ennemi ; enfin les diverses pratiques de combat, les tactiques, les expériences sous le
feu. Un ensemble complexe de pratiques, plutôt que l’armée, la milice où la montonera
en elles-mêmes. Un continuum de modes de fonctionnement divers et variables, qui
pouvaient être adoptés par toutes les forces de guerre dans des circonstances données.
La ligne directrice des chapitres de la deuxième partie est l’étude du type de cohésion
dont les unités étaient dotées selon les pratiques de mobilisation et de consolidation
appliquées. La troisième partie de ce travail analyse l’évolution de cette cohésion
militaire une fois que les forces de guerre étaient confrontées à l’épreuve de la campagne,
puis du combat. Nulle part ailleurs, l’examen des sources ne nous dévoilera une réalité
quotidienne plus contrastée avec l’image que l’on se fait couramment de la guerre et
du militaire.
Loin des grandes marches stratégiques dictées par le génie du commandant, ce que
l’on retrouve sur le terrain est une lutte journalière pour la survie de la force collective.
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Une lutte moins contre l’ennemi que contre la désertion, contre la faim, contre les
rigueurs du climat et les maladies des chevaux, contre le manque de ressources et l’hos-
tilité de la population. L’identification des facteurs qui affectent la cohésion des unités
nous permettra de mieux comprendre les pratiques utilisées par les forces de guerre ;
pratiques où l’art militaire proprement dit cédait la place à l’adaptation au terrain, la
mobilisation des ressources locales et la guerre de guérilla.
En même temps, l’un des objectifs principaux de ce travail est de contribuer à récupé-
rer la bataille en tant qu’objet d’étude des sciences sociales. L’examen des expériences
individuelles de combat, de l’usage pratique des armes et de l’évolution de la cohésion
militaire au cours de la lutte nous permet de générer une topologie du champ de
bataille, de déterminer les points de rupture de chaque unité, les seuils de tolérance de la
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troupe, les valeurs et les représentations qui déterminaient les comportements. Lorsque
l’heure de la bataille arrivait, c’étaient tous les efforts de transformation de la société,
les pratiques de recrutement, les innombrables heures d’entraînement et les ahurissantes
dépenses de guerre qui étaient finalement mis à l’épreuve. Le combat ne décidait pas
seulement de la supériorité d’un modèle d’organisation militaire : c’étaient des modes
différents de production économique, de structuration hiérarchique et d’agrégation
sociale qui se rencontraient dans un affrontement sanglant.


Le présent travail s’étaye sur les sources recueillies au cours de deux longs travaux
de terrain en Amérique du Sud, réalisés entre 2004 et 2006. Une attention toute parti-
culière fut prêtée aux sources conservées par l’Archive générale de la nation et d’autres
centres d’archives de la capitale argentine, mais cet ouvrage ne serait pas celui-là si

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on n’avait pas décidé de « suivre » les fronts des conflits étudiés. On a donc visité les
archives, bibliothèques et musées de Montevideo, Rosario, Tucumán, Salta, Mendoza
et Bahía Blanca.
Cependant, une large partie de l’information dont nous avions besoin pour ce
travail n’était pas – ne pouvait pas être – aux archives. En fin de compte, celles-ci
ne vont guère plus loin que l’ordre étatique lui-même. Or, notre objet d’étude surgit
précisément dans la crise et parfois même dans l’interruption temporaire de cet ordre.
Le document, pour être produit, avait besoin d’un fonctionnaire doté de papier et
d’encre, d’information et surtout de temps : la guerre du Rio de la Plata ne permettait
pas toujours cette heureuse conjonction de circonstances, la documentation est donc
restée lacunaire. Toute la guerre « irrégulière », presque par définition, produisait peu de
papier et laissait donc peu de traces dans les archives. Ces défaillances documentaires
sont comblées, dans la mesure du possible, par des sources alternatives : l’examen du
terrain dans les provinces ; l’étude des armes, de l’équipement et des reproductions
picturales dans les musées.
Mais la source alternative la plus riche, la plus étendue et la plus importante dont
nous nous sommes servis dans ce travail sont les mémoires autobiographiques rédigés
par les combattants, les militaires, les miliciens, les civils, les hommes et aussi parfois
les femmes qui vécurent durant la période considérée et expérimentèrent la guerre dans
leur propre chair. Quelques-uns de ces mémoires sont bien connus des chercheurs, voire
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du grand public, mais la grande majorité – dont un certain nombre sont restés inédits –
n’ont pas encore été utilisés de manière systématique afin de reconstruire l’expérience
quotidienne des forces de guerre. Nous sommes conscients du risque entraîné par
l’utilisation de ces écrits polémiques et partiels, rédigés parfois plusieurs années après
les événements qu’ils narrent. Or, le type d’information qu’ils offrent est irremplaçable.
Afin d’éviter tout danger, les mémoires seront confrontés à chaque pas aux archives, à
la presse et à d’autres sources alternatives.


Cet ouvrage est la version abrégée et corrigée d’une thèse de doctorat en histoire et
« La société guerrière », Alejandro Martin Rabinovich

civilisations soutenue, le 19 janvier 2010, devant l’École des hautes études en sciences
sociales de Paris. Cette thèse fut réalisée sous la direction de Juan Carlos Garavaglia.
Sans lui, ce livre n’existerait pas.

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