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Pierre Martin

Émanciper la ville et le citoyen


Le mouvement civique urbain hongkongais

Le siège du Conseil législatif (Legislative Council, oubliant que les mêmes diagnostics avaient déjà
« LegCo » par la suite) occupé par environ 10 000 été rendus quelques années auparavant 3.
protestataires opposés à la construction d’une En dépit d’un même noyau d’activistes à l’œuvre
ligne de train rapide controversée entre Hong lors des deux campagnes et de grandes similarités
Kong et Canton (Express Rail Link, « XRL » par dans les actions menées, peu nombreux sont les
la suite) lors du week-end du 15 janvier 2010, a observateurs ayant su reconnaître le lien entre cette
révélé l’insatisfaction grandissante d’un secteur campagne et celle de Lee Tung Street (entre 2003
de plus en plus important et désinhibé de la et 2007) 4 et, surtout, celle pour la préservation
société hongkongaise envers la gouvernance du de deux embarcadères de ferry de Central (Star
territoire et les projets d’infrastructures devant Ferry Pier et Queen’s Pier), en 2006 et 2007 5.
assurer l’avenir de Hong Kong comme ville Cette dernière avait pourtant consacré le retour
globale et son intégration à la Chine populaire. Si au premier plan d’une politique de l’identité
la ligne verra bien le jour, la gestion de la crise par (identity politics) disparue avec les années 1970 6
l’administration a ajouté au discrédit dont souffre et entrouvert la porte d’une nouvelle politique des
cette dernière parmi les protestataires, remis au valeurs considérant comme dépassés à la fois les
goût du jour le débat sur les sièges fonctionnels modes d’engagement classiques et les clivages
du LegCo et contraint le chef de l’exécutif Donald politiques conventionnels. Occupant le même
Tsang Yam-kuen à reconnaître, pour la première sillon, la campagne contre le XRL n’est donc pas
fois, que les aléas de l’économie n’étaient pas un phénomène isolé. Elle est le dernier épisode
les seuls responsables du mécontentement des d’un mouvement plus large d’activisme urbain
Hongkongais 1. Depuis, l’apparente nouveauté dont le développement a été continu depuis 2003
du mode de mobilisation et du répertoire environ, et qui, outre les résidents des sites affectés
d’action de ceux qui se nomment « post-80 », par les projets de renouvellement urbain ou de
nébuleuse de jeunes activistes pour la plupart développement autour desquels le mouvement s’est
nés après 1980 qui s’est trouvée être au cœur souvent articulé, mobilise intellectuels, architectes,
de la campagne, a fait couler beaucoup d’encre. professeurs, journalistes, artistes, étudiants,
L’attention porte sur la violence présumée de leurs travailleurs freelance… En outre, parce qu’elles
actions, le degré de leur engagement, et le rôle cherchent les causes de l’engagement civique dans
des nouvelles technologies de communication les défauts structurels de la société hongkongaise,
(Facebook, Twitter et les sites de « journalisme la très large majorité des analyses s’est focalisée
citoyen ») dans la mobilisation. La plupart sur les frustrations et le mécontentement ressenti
des analyses ayant cherché à comprendre les par les acteurs du mouvement, omettant presque
revendications des manifestants rattachent systématiquement l’analyse du versant positif de
leurs actions au paradigme des « Nouveaux ce dernier.
Mouvements Sociaux » (NMS) et y voient le Concevoir le mouvement comme un « processus
nouveau symptôme de la transition de Hong d’innovation » et se pencher sur la culture, les
Kong d’une culture matérialiste vers une culture idées et les idéaux qu’il met en avant est pourtant
post matérialiste 2. Elles évoquent un tournant, la condition permettant de révéler sa véritable

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Le mouvement civique urbain hongkongais

originalité – une mise en discours critique des un idéal –, alors une attention particulière doit être
problématiques liées à la gestion de l’espace portée au contexte historique et culturel qui le voit
urbain qui révèle, en creux, un projet positif naître 8. Dans notre cas, un détour par le contexte
pour la ville – ainsi que son importance pour politique et urbain de Hong Kong post-1997, qui
le développement politique de Hong Kong. Il est est l’environnement dans lequel ces valeurs et ces
généralement admis que la base de l’hégémonie idéaux se sont consolidés, doit nous permettre
dont jouit l’administration hongkongaise depuis de comprendre pourquoi le mouvement a émergé
la fin des années 1970 repose sur le pacte tacite sur le terrain spécifique du patrimoine et de la
selon lequel elle se doit de maintenir l’ordre, la planification urbaine.
justice et l’état de droit, et subvenir aux besoins
de base de la population locale 7. Que reste-t-il Ville globale, ville coloniale
de ce pacte à un moment où les contours de ce
qui constitue ces besoins sont redessinés pour y Les analyses envisageant le retour de Hong
inclure des éléments de préservation culturelle et Kong dans le giron de la mère patrie comme une
de justice (aussi bien sociale que politique) ? à nouvelle forme de colonisation sont nombreuses et
partir d’observations et de dix entretiens semi- émanent d’auteurs aux profils variés 9. La passation
directifs réalisés entre février et avril 2009 avec de pouvoirs entre la Couronne britannique et la
des activistes, des conseillers législatifs, et des Chine populaire s’est inscrite dans le cadre d’un
professionnels de la culture et du patrimoine de projet nationaliste découlant de ce que Françoise
la Région administrative spéciale (RAS), cet article Mengin nomme la « politique irrédentiste de
entend répondre à plusieurs questions : pourquoi Pékin » 10, celle-là même qui, aujourd’hui, travaille
est-ce sur le terrain spécifique du patrimoine et au corps le modèle « un pays-deux systèmes » et
de la planification urbaine qu’a émergé ce qui ignore le local avec superbe. Puisqu’au nord, la
constitue aujourd’hui la force la plus critique rétrocession a été perçue comme « le retour à la
de l’administration hongkongaise ; où se situent Chine – et non au peuple hongkongais – d’un
les éléments novateurs du mouvement ? ; lui fragment spolié du territoire chinois » 11, la question
garantissent-ils une capacité transformationnelle de la décolonisation n’a jamais été abordée,
substantielle pour la société hongkongaise ? sinon au travers de slogans : des promesses de
« libération » et de gouvernance autonome de
Le contexte : la ville prisonnière Hong Kong par les Hongkongais eux-mêmes
(gangren zhi gang, 港人治港) d’ailleurs demeurées
Un mouvement social est souvent perçu soit lettre morte. Alors que les pouvoirs législatifs
comme le résultat d’une configuration idéale du LegCo ont été diminués au lendemain de la
entre, d’une part, une structure d’opportunité rétrocession et que la structure politique de Hong
politique favorable et, de l’autre, l’existence de Kong, dominée par un Chef de l’exécutif appointé
griefs au sein de la société civile (deprivation par et principalement responsable devant Pékin,
approach), soit comme la création d’acteurs est devenue « de plus en plus autoritaire » 12, le
politiques pour qui l’action collective constitue un grand dessein concocté pour Hong Kong par la
moyen supplémentaire d’atteindre leurs objectifs Commission pour un développement stratégique
(ressource model). Si l’on accepte de déplacer (Commission on Strategic Development) n’est
l’attention de la mécanique des mouvements guère plus que la codification de la politique mise
vers leur signification et de les percevoir, non en œuvre par l’administration britannique dans les
comme résultat ou comme moyen, mais comme années précédant sa démise. Le projet démiurgique
« praxis cognitive » – processus au cours duquel visant à transformer Hong Kong en la « ville
s’articulent et se mettent en pratique une vision et mondiale d’Asie » (Asia’s world city) ne fait pas

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que réaffirmer le mythe colonial louant le miracle trop visibles stigmates de cette ère. En outre, par
hongkongais – village de pêcheurs devenu centre le rang auquel il hisse les « détenteurs du savoir »
financier mondial en l’espace d’un siècle et demi –, (techniciens, ingénieurs, architectes, planificateurs
constituant ainsi un voile rhétorique tout trouvé urbains, etc.), le « grand modernisme » justifie les
pour un urbanisme biaisé en faveur des intérêts de méthodes autoritaires du gouvernement qui en
l’administration (qui est le principal propriétaire exécute les prescriptions. Car, si la planification
terrien du territoire) et des cercles d’affaires qui se veut scientifique, alors il n’existe qu’une seule
l’entourent 13. Le mode de gouvernance dont il et unique solution à un problème donné ; tout
est issu et qu’il participe à perpétuer tend aussi à compromis est impossible, toute politique est vaine.
rendre illégitime l’opinion du citoyen au profit de Comme le résumait Le Corbusier : « Le despote
celle des experts et des personnalités politiques les n’est pas un homme, c’est un plan [...]. Ce plan
plus haut placées. À mesure qu’il ouvre l’espace a été dessiné à mille lieux du tumulte du bureau
hongkongais aux élites internationales, le projet du maire ou de la mairie, des pleurs de l’électorat
de ville globale en ferme ainsi l’accès à ses propres ou des lamentations des victimes de la société » 15.
habitants. À l’unisson du maître, certains planificateurs
hongkongais se conçoivent ainsi comme « contre
« Grand modernisme » et mise au pas de force » à « la politique irrationnelle qui se propage
la ville sur le territoire » 16. Au niveau urbain, cela s’est
traduit par l’imposition de l’ordre fonctionnel des
Scott a théorisé ce qu’il nomme le « grand bâtiments dupliqués et de la compartimentation
modernisme autoritaire » (« authoritarian high de la ville en zones monofonctionnelles via le
modernism ») une foi absolue dans les possibilités recours au zonage. Cela alors que, depuis plusieurs
que réserve la science pour la planification années déjà, la disparition des dai pai dongs, des
rationnelle de l’habitat et du monde humains. marchés de plein air, des cireurs de chaussures
Pour les tenants de cette foi, la sphère sociale de Central, des graffitis de « l’Empereur de
est un objet que l’on gère et transforme en vue Kowloon » et des embarcadères de ferry, dans le
de son perfectionnement 14. L’on peut supposer même geste condamnés par de nouvelles règles
que Hong Kong tende naturellement vers un tel d’hygiène, effacés, ou remplacés par un centre
« grand modernisme » en raison notamment du commercial ou une autoroute, avaient contribué à
poids hypertrophique du secteur des services évider Hong Kong de tout site non spécifiquement
dans l’économie du territoire et de ce que cela désigné espace public. Conformément au rêve de
implique : la valorisation d’une certaine forme Le Corbusier, il s’est agi pour les planificateurs
d’« efficacité », de la technocratie, la dévalorisation Hongkongais de proclamer la « mort de la rue »,
des sciences sociales, etc. Mais l’on peut aussi de la confusion et, in fine, de la « pourriture » qui
supposer un recours délibéré à cette idéologie, au y règne 17. Mais la rue, en légitime défense, n’a pas
moins comme discours : son accent temporel, placé tardé à riposter.
exclusivement sur le futur (aussi radieux que « les
meilleurs lendemains » promis aux Hongkongais Un mouvement local et
par l’ancien chef de l’exécutif Tung Chee-hwa, effervescent
au moment de la rétrocession), semble en effet
constituer le remède idoine pour oublier l’époque Depuis 2003 environ, Hong Kong assiste à
coloniale du territoire et le rapport ambigu que les une poussée très claire de l’activisme urbain.
autorités et les élites hongkongaises entretiennent Les liens étroits que nourrissent (re)colonisation,
avec lui ; son programme est, lui, la feuille de route autoritarisme et « mise au pas de la ville » dans
idéale pour changer une société portant encore les le contexte post-rétrocession font de la ville le

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Le mouvement civique urbain hongkongais

de ce cadre d’interprétation, les manifestations


contre la construction d’infrastructures de
transport ont toute chance de finir devant le
Bureau de liaison du gouvernement central 19 ;
la protection d’un embarcadère de ferry se fait
prétexte au développement de thèses sur l’histoire
hongkongaise ouvrant sur des demandes de
démocratie etc. : le va-et-vient entre l’objet d’une
campagne ponctuelle et les problématiques plus
larges qui traversent la société hongkongaise est
constant. Un bref retour sur la filiation historique
du mouvement doit nous permettre de mettre en
perspective son dynamisme actuel.

Un mouvement local

Les conditions historiques et le moment de


l’émergence d’une identité locale hongkongaise
font encore débat 20 , mais l’on s’accorde
généralement à considérer la montée de
l’activisme politique depuis les années 1960 et,
notamment, les émeutes du Star Ferry de 1966,
comme concomitante à l’affirmation d’une
identité locale. Cela s’est manifesté par des
phénomènes bien connus (un agenda politique de
plus en plus local, l’utilisation du cantonais dans
les médias, etc.), mais aussi, phénomène moins
étudié dans le cas spécifique de Hong Kong,
par des attentes et des revendications quant à
Décembre 2009, campagne contre le XRL : les « post-80 »
entament une « marche ascétique» (kuxing,苦行) dans
la politique spatiale de la ville. En effet, si le
les cinq districts de la ville. Des graines et du riz dans patrimoine est « un instrument primordial dans
les mains, ils accélèrent, ralentissent, et s’agenouillent la “découverte” […] d’une identité nationale » 21,
tous les vingt-six pas (le chemin de fer reliant Hong Kong l’ire qui a suivi le déplacement, en 1975, de la
à Guangzhou auquel ils s’opposent est de 26 km). Cette gare du Kowloon-Canton Railway de Tsim Sha
marche heurtée se veut symboliser le coût humain d’un
Tsui à Hung Hom puis sa démolition, en 1978,
rythme de développement dont on a perdu le contrôle.
© Benson Tsang. et l’effusion de nostalgie qui a accompagné la
démolition de la Kowloon Walled City, en 1993,
reflet des relations sociales et politiques, ce qui témoignent au minimum d’une identification de
a conduit les activistes à privilégier un cadre plus en plus prononcée des habitants de la ville
d’interprétation qui permet à leur mouvement avec Hong Kong comme localité. Alors qu’au
de transcender la nature traditionnellement cours de la même décennie 1990, le mouvement
« fragmentée, localisée, limitée à une gamme étudiant s’empare des problématiques culturelle
étroite de préoccupations, et politiquement et patrimoniale 22, Chan King-fai expliquera
isolée des mouvements radicaux plus vastes » plus tard la campagne du Star Ferry/Queen’s
des mouvements urbains 18. Par le truchement Pier en ces termes : « depuis la réunification (…)

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s’est graduellement développé en nous un sens Un mouvement faiblement


profond de l’histoire et de l’espace, qui s’enracine institutionnalisé
dans notre expérience de Hong Kong comme
localité » 23. Autour du mouvement gravitent également
Notons aussi, au sein du noyau du mouvement, certains partis et des personnalités politiques
la présence d’intellectuels, de professionnels de de tendance démocrate : Cyd Ho Sau-lan (dans
la culture et d’artistes généralement très éduqués, le cabinet de laquelle travaillent un certain
qui réactualisent le discours anticolonial dans le nombre de jeunes activistes), le Civic Party ou la
contexte post-rétrocession : Mirana Szeto May, League of Social Democrats (dont certains jeunes
professeur de littérature à l’université de Hong partisans faisaient d’ailleurs partie du comité
Kong, Lam Oi-wan, journaliste (InmediaHK, organisateur du ralliement des « post-80 » contre
Global Voices, etc.) ou Tang Siu-wa, la jeune la réforme des institutions du 23 juin 2010 devant
éditrice de la revue littéraire Fleurs de lettres, le LegCo). Et d’autres groupes constitués, des
en font notamment partie. On se souvient groupes de professionnels en particulier, viennent
que le mouvement étudiant avait déjà fait de régulièrement prêter main-forte au mouvement
l’anticapitalisme et de l’anticolonialisme son lors de campagnes spécifiques en relation avec
cheval de bataille au cours des décennies 1970 et leur cause ou leur domaine d’expertise : la
1980 24. Néanmoins, exprimer de telles opinions Conservancy Association, Designing Hong Kong,
dans les années post-rétrocession porte une la Society for the Protection of the Harbour, les
signification tout autre : dans la mesure où il n’est Professional Commons (affilié au Civic Party)
plus possible de les exprimer au nom de sa loyauté comptent ainsi parmi les plus impliquées.
à la Chine populaire, le noyau dur du mouvement Toutefois, la participation de ces organisations
a dû se faire une place entre les critiques du est toujours de type conjoncturel : le mouvement
colonialisme sous la bannière du nationalisme poursuit bien un agenda qui lui est propre. Il
chinois (la plupart se trouvent aujourd’hui dans se distingue d’ailleurs par son très faible degré
l’administration de la RAS ou dans ses organes d’institutionnalisation, produit à la fois de sa
de consultation périphériques) et le courant volonté d’instaurer un dialogue direct entre les
anti-essentialiste adverse 25. L’intellectuel Leo masses et le pouvoir et de la méfiance qu’il nourrit
Lee Ou-fan parle de « nativisme », un terme envers toute médiation potentielle des médias
rejeté par certains des intéressés 26, mais qui a et de personnalités politiques. Le groupe Local
pourtant le mérite de suggérer certaines pistes Action, auquel se sont dits rattachés la plupart des
d’explication quant à l’écho que trouve le occupants du Queen’s Pier, en 2007, est un groupe
mouvement au sein de la société hongkongaise. sans bureau, sans leader et sans programme établi.
Il est clair en effet qu’une des conséquences de la Comptant une quarantaine de membres actifs, il
propagande nationaliste venue du Nord a été de ne possède qu’un blog (beyondthestars.wordpress.
créer un climat propice à faire percevoir l’identité com), laissé à l’abandon depuis la fin de la
hongkongaise comme menacée et d’inviter, en campagne du Star Ferry/Queen’s Pier  29. Quant aux
réaction, à sa réaffirmation. Et il ne fait nul doute « post-80 contre le XRL », rebaptisés « jeunesse
que là se trouve l’un des principaux moteurs du post-80 contre l’autorité illégitime » (bashi hou
mouvement. Pour Chu Hoi-dick, qui en est une fan tequan qingnian, 八十後反特權青年) depuis
figure incontournable 27, le mouvement civique la campagne du 23 juin 2010, ils se rassemblent
urbain hongkongais n’est d’ailleurs rien d’autre essentiellement à partir des réseaux sociaux,
qu’« un mouvement visant à rétablir l’identité aussi bien réels que virtuels 30. En le préservant
des Hongkongais ; il n’est pas contrôlé par les de toute tentative d’absorption, de récupération
Britanniques, ni par Pékin » 28. ou d’empiétements de la part de l’administration,

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Le mouvement civique urbain hongkongais

23 juin 2010, Conseil législatif : les yeux bandés, trois jeunes activistes « post-80 » inscrivent sur le sol les promesses de
la Loi fondamentale (la « mini-constitution » par laquelle Hong Kong est revenue à la Chine en 1997), à la craie blanche :
« haut degré d’autonomie » et « gouvernance autonome par les Hongkongais eux-mêmes ». © Benson Tsang.

la faible institutionnalisation du mouvement lui déclenchées, elles demeurent dominées par une
garantit de fait un large degré d’autonomie. Et logique expressive 31 : privilégiant la mise en
sans doute pareille position, éloignée du contrôle scène et la manipulation des symboles afin de
physique et idéologique du pouvoir, a-t-elle aussi communiquer leur message, elles tissent des
facilité l’émergence de son discours critique, un réseaux de signification complexes qui, bien
discours que le mouvement n’exprime jamais avec souvent, se répondent et se font écho et, comme
autant de clarté que lors de ses campagnes. un kaléidoscope, changent de forme en fonction
de l’angle sous lequel on les observe. Perméables
Émanciper Hong Kong : les uns aux autres, les thèmes de la décolonisation,
démocratie, développement de la démocratie et celui du développement
durable et décolonisation durable sont récurrents. Cette partie se propose
d’étudier la manière dont ils émergent au cours des
Parce que c’est dans l’interaction dynamique campagnes et convergent vers un même objectif :
entre les activistes et l’objet de leurs campagnes l’émancipation citoyenne.
que s’articulent ses visions et ses idéaux et se
façonne son identité collective, le mouvement Une démocratie ubiquitaire
est vitalement lié à celles-ci. De plus en plus
fréquemment, les campagnes font l’objet d’une Les liens entre le mouvement civique urbain
vaste préparation en amont mais, une fois et le mouvement démocrate historique sont

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Monde chinois, Hiver 2010-2011, n° 24

assurés par la participation de la majorité de espace de vie. Nous croyons que c’est ainsi que
ses membres aux grands rendez-vous civiques se pratique la démocratie Ici et Maintenant » 33. Au
du territoire : la veillée du 4 juin et le défilé du moment où les projets de renouvellement urbain
1er juillet en particulier. Et, lors du ralliement des du gouvernement favorisent la gentrification du
23 et 24 juin 2010, les « post-80 contre l’autorité centre, forçant ses anciens résidents à s’exiler dans
illégitime », emmenés par Lam Fai, Icarus Wong des banlieues lointaines et souvent déprimantes,
Ho-yin, Chan King-fai, Ger Choi, Ah Yan et la démocratie revendiquée est donc aussi une
d’autres, sont encore parvenus à réunir plus de démocratie concrète, inscrite dans l’espace, et
7 000 personnes devant le Conseil législatif pour notamment l’espace urbain.
s’opposer au projet de réforme constitutionnelle
du gouvernement, jugé trop peu audacieux, et Développement durable :
réclamer à nouveau l’abolition pure et simple antimatérialisme et capital social
des sièges fonctionnels du Conseil législatif. La
« démocratie », telle qu’entendue par le mouvement Comme une réponse à l’anomalie que
civique hongkongais, ne s’épuise toutefois pas constitue le cas hongkongais pour la théorie
dans la revendication du suffrage universel ou de la modernisation 34, Abbas a interprété le
de la participation populaire à la prise de décision. consumérisme des citoyens hongkongais comme
Tout comme l’ébullition de ses rassemblements substitut (et non comme facteur facilitateur) à la
(au cours desquels camping, concerts et autres liberté politique dont ils sont privés 35. Dans sa
happening artistiques sont souvent organisés) lignée, le mouvement civique urbain, qui comporte
tranche avec les allures plus sobres de la veillée en son sein une sensibilité anticapitaliste s’est
du 4 juin et de la marche du 1er juillet, les accents souvent montré très critique du matérialisme de
parfois libertaires de la démocratie qu’il prône la société hongkongaise. « La communauté n’est
excèdent la revendication du suffrage universel et pas à vendre » proclamait une banderole, durant
de la démocratie représentative qu’elle implique. la campagne du Star Ferry/Queen’s Pier ; « S’il
Si, comme le pense le Hong Kong Institute of faut vraiment que nous vous fassions part de ce
Architects, l’axe que forme le Queen’s Pier avec que nous voulons, nous espérons simplement que
Edinburgh Place et City Hall, symbolise le lien notre génération puisse pouvoir proclamer à la
entre le gouvernement (représenté par le Queen’s prochaine : vous n’avez pas à subir, comme nous,
Pier, historiquement) et le peuple (symbolisé par le les “post-80”, l’avons subi, une vie lasse passée
City Hall) 32, l’investissement du Queen’s Pier par dans l’enfermement des centres commerciaux »
les activistes, le 26 avril 2007, aura été le moyen, disait encore Chan King-fai des « post-80 » dont
pour ceux-ci, de prendre symboliquement la place il est, durant la campagne contre le XRL, début
traditionnellement réservée à leurs dirigeants. 2010 36. Cette campagne, au centre de laquelle
Proclamant l’embarcadère « zone populaire figurait la défense du village de Choi Yuen Tsuen,
autonome », les occupants du Queen’s Pier ont qui devait être rasé pour laisser place à un dépôt,
ainsi donné corps, plus de trois mois durant, à en marge de la ligne de fer à 66,9 milliards de
leur version d’une démocratie directe qui se vit dollars, a d’ailleurs été l’occasion de célébrer le
au quotidien, par la participation directe et en mode de vie rural de ses habitants et d’imaginer
personne, aux combats civiques du territoire. une vie autre que celle que régissent les « Central
Ainsi que le laissait entendre un communiqué Values » – valeurs « dominées par la logique
de Local Action : «  Le suffrage universel est opérationnelle du capitalisme » et dont les
une des manières par lesquelles se manifeste la mots clés sont « l’argent et le pouvoir, le profit,
démocratie ; nous préconisons la participation la compétitivité commerciale, l’efficacité, le
populaire directe à la planification de notre développement, la globalisation » 37.

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Le mouvement civique urbain hongkongais

Cette inclination pour un mode de développement la contestation du projet de redéveloppement


plus inclusif et plus durable est aussi latente de l’URA à Lee Tung Street : « Lee Tung Street
dans les conceptions de la ville mises en avant est le trésor de Wan Chai, sa valeur ne peut être
par certaines des initiatives du mouvement. La mesurée en termes monétaires » 42. C’est de manière
critique d’une planification urbaine qui, au lieu délibérée que chacun des plans soumis par le
d’instiller chez les Hongkongais un sentiment H15 Concern Group au Town Planning Board se
d’appartenance (celui ressenti au sein du foyer), refusait à justifier l’existence de Lee Tung Street
ne génère qu’aliénation, était sous-jacente dans les en termes de rentabilité économique.
efforts fournis par les occupants du Queen’s Pier
pour transformer l’embarcadère en maison, efforts Décolonisation : la quête d’une identité
qui faisaient eux-mêmes partie d’une campagne positive pour Hong Kong
plus vaste menée par Local Action et intitulée :
«  Our Home We Plan ». Les activités mises en Étroitement liée à la question de la démocratisation
place par Hulu lors des derniers jours du parc du territoire, celle de la décolonisation de Hong
de logements sociaux du Ngau Tau Kok Lower Kong a été abordée sous divers angles. Parfois, il
Estate 38, et celles du collectif Wan Chai Livelihood s’est simplement agi de vilipender la subordination
Place (WCLP) pour « préserver et propager l’essence du gouvernement hongkongais à Pékin, en posant
de la culture de Wan Chai » en constituent deux la question suivante : une décolonisation sans
illustrations supplémentaires 39. Les expositions indépendance est-elle possible ? Cette sensibilité,
organisées par ces deux collectifs ont projeté qui s’accompagne généralement d’une certaine
les images d’une ville organique, fondée sur méfiance à l’égard de la Chine populaire, est
le capital social accumulé par ses habitants au latente dans les propos tenus par l’activiste Ho
cours de longues années de voisinage, et dont Loy 43 peu de temps après la campagne du Star
la diversité des commerces et des logements au Ferry/Queen’s Pier : « En ignorant notre héritage,
sein d’une même aire garantit le dynamisme et la le gouvernement essaie de fondre Hong Kong
vitalité. Bien que la création du WCLP ait été la dans la Chine […] ; l’Heritage and Conservation
conséquence directe de la crise de Lee Tung Street, Committee, il n’a pas de trace de ceci, il n’a
premier avertissement de la menace que faisaient pas de trace de cela… Il n’a rien qui témoigne
courir les projets de renouvellement urbain à du fait qu’Hong Kong possède une histoire ! » 44
l’intégrité de Wan Chai et de ses communautés, ses Toutefois, rares sont les activistes qui opposent
instigateurs n’ont pas tous pris part aux campagnes frontalement Hong Kong et la Chine populaire.
du mouvement 40. Toutefois, par l’accent qu’elles Pour la plupart, il s’agit avant tout de proposer
placent sur l’idée de l’urbain comme expérience, une autre forme d’intégration à la Chine, qui se
ses initiatives, comme celles de Hulu, semblent situe dans le prolongement du projet positif que
se développer en contrepoint du régimentement le mouvement nourrit pour Hong Kong : remettre
en cours de l’espace urbain hongkongais, où les la ville à ceux qui l’habitent en faisant de Hong
quelques efforts de préservation historique se Kong un « foyer », et émanciper le territoire des
résument à une commodification du patrimoine, discours historiques qui en font un entre-deux afin
transformé en « patine d’histoire […] destinée à la de redonner à ses citoyens une subjectivité.
consommation visuelle » 41. En outre, la vision de Ainsi, durant la campagne du Queen’s Pier, où
la ville – une ville qui ne subordonne pas la survie la protection de l’espace public est rapidement
de ses quartiers à leur rentabilité économique – devenue un point de fixation, l’occupation des
qu’elles développent est partagée par bien des lieux qui, à l’origine, vise uniquement à empêcher
activistes. Comme l’affirmait un membre du H15 leur démolition, fait très tôt l’objet d’une mise
Concern Group, autour duquel s’était organisée en discours. Une banderole, entre autres, affirme

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Monde chinois, Hiver 2010-2011, n° 24

explicitement : « c’est notre terre » ; alors que sur village de pêcheurs transformé en centre financier
les T-shirt de certains des occupants se lit : « la terre international. Il nous faut raconter l’histoire des
n’appartient pas au roi, elle appartient au peuple ». Hongkongais qui se sont levés pour réclamer la
L’emphase mise sur la question de la propriété de la liberté, les droits, la démocratie […]. Dans le même
terre est intéressante, si l’on se souvient des mots geste, il prend à contre-pied la représentation de
de Frantz Fanon, selon lequel : « pour le peuple Hong Kong comme produit du mariage harmonieux
colonisé, la valeur la plus essentielle, parce que la de l’Ouest et de l’Est, concluant sur la nécessité de
plus concrète, c’est d’abord la terre », dont il faut « re-conceptualiser l’idée de Hong Kong comme
expulser le colon 45. Car c’est justement une telle localité » : ce n’est qu’à cette condition que Hong
expulsion qui, sous une forme symbolique, attend Kong pourra revenir à ceux qui l’habitent.
la Reine du Queen’s Pier. Si, avant la rétrocession,
des historiens ont entrepris de remédier au Quelle capacité
problème relatif à l’absence quasi-totale du peuple transformationnelle ?
hongkongais des livres d’histoire, aucun « grand
récit » n’est encore parvenu à narrer l’histoire des En mettant en débat des problématiques liées
Hongkongais de manière globale et cohérente 46. En à la démocratisation du territoire, à son rapport
raison des histoires respectives de l’embarcadère du à Pékin et au mode de développement de son
Star Ferry et du Queen’s Pier, la campagne visant économie, le mouvement est ainsi parvenu à
à leur préservation a été l’occasion de soulever ce libérer différents imaginaires quant aux horizons
problème 47. possibles pour le territoire. Articulé autour des
Dans une déclaration d’avril 2007, treize thèmes de la démocratie, de la décolonisation et du
activistes ou sympathisants rappelaient ainsi développement durable, le discours qu’il développe
que « du fait de son passé colonial, Hong Kong révèle, en creux, un programme positif dont l’objectif
a trop souvent été intégrée à un récit historique est double : affranchir le citoyen Hongkongais des
auquel nous ne nous identifions pas, et qui est carcans où il est retenu par le consumérisme à
rempli de pages blanches et de fragmentations et outrance, le fardeau du colonialisme et autres
de traumas et de sens cachés entre les lignes » 48. entraves à l’exercice d’une citoyenneté pleine et
Le dimanche 29 juillet 2007, animé par la volonté entière qu’implique le système politique semi-
de remplir ces pages blanches, Chu Hoi-dick, autoritaire sous lequel il vit ; édifier une société
saisit l’opportunité d’un forum organisé dans le riche en diversité et pleinement démocratique.
hall du Queen’s Pier pour attaquer ce récit de D’où la revendication du suffrage universel, mais
front. Évoquant la naïveté du discours historique également d’un droit à l’égalité dans la ville et à
dominant, qui fait la part belle au colonisateur la planification de son espace de vie ; d’où, aussi,
britannique et à son mode de gouvernance, il l’intérêt pour le patrimoine culturel et le village de
rappelle la contribution au développement de la Choi Yuen Tsuen, où la vie est si différente de celle
ville des mouvements sociaux à partir des années à laquelle certains se sont peut-être crus condamnés
1960 – la preuve la plus flagrante de l’existence du dans une ville que l’administration s’évertue à
peuple hongkongais : «Quelle est cette histoire (qui vouloir transformer en « ville mondiale ». Au final,
a été écrite à partir de 1966 et des émeutes du Star il s’agit bien d’une « révolution », pour reprendre
Ferry) ? C’est l’histoire du peuple hongkongais qui, les mots de Mirana Szeto 49 : une révolution contre
bravement, s’est levé pour dire non à la situation les « central values » évoquées plus tôt.
insupportable à laquelle il était confronté. […] Il Le mouvement civique urbain hongkongais
nous faut écrire une nouvelle histoire pour Hong n’a toutefois jamais généré de rassemblements
Kong. Il nous faut écrire une histoire qui évite les de masse, et sa capacité organisationnelle
simplifications, qui ne fasse pas de Hong Kong un est intrinsèquement limitée : les modalités de

102
Le mouvement civique urbain hongkongais

Nuit du 4 juin 2010. En épilogue de la veillée du 4 juin qui a réuni plus de 150 000 participants pour la 2e année consécutive,
environ 3 000 « post-80 » se rassemblent sur le campus de la Hong Kong Chinese University pour accueillir la réplique de
la fameuse « Déesse de la démocratie » érigée à Tiananmen lors du mouvement étudiant de 1989 que la police leur avait
confisquée au cours de la semaine. © Benson Tsang.

l’engagement et la structure même du mouvement Et, puisque ce sont non seulement les politiques
participent à le rendre fortement dépendant publiques qui sont prises à partie, mais aussi la
d’initiatives individuelles et, du fait de liens manière dont elles sont formulées et la légitimité
horizontaux ténus entre ses différents partis, la de ceux qui les formulent, il sera, semble-t-
coopération se limite généralement à un front uni il, difficile d’étouffer le mouvement civique
convoqué de manière ad hoc (un exemple typique urbain hongkongais sans soumettre les modes
de cette forme de coopération – par ailleurs très d’engagement de la société civile et les institutions
commune à Hong Kong depuis le milieu des politiques hongkongaises à une refonte radicale.
années 1990, est la campagne pour la préservation 
du Star Ferry/Queen’s Pier). Il est néanmoins 1. Ho Chun-yan, « Letter to Hong Kong », RTHK, 21 février 2010.
sous-tendu par des dynamiques sociales de fond 2. Law Wing-sang, « Kuaile wandou : renren dou shi “80 hou”», Ming
et a vu son audience s’élargir constamment au Pao, 9 janvier 2010.
3. Au début des années 1990 avait déjà surgi un certain nombre
cours de la dernière décennie. Dans l’ombre d’une d’actions collectives pouvant être apparentées aux NMS. Ma Ngok,
décolonisation sans indépendance et de la position Political Development in Hong Kong, State, Political Society, and
dominante qu’occupe la Chine populaire sur les Civil Society, Hong Kong University Press, 2007, pp. 205-206. Fin
2006, Ivan Choy analysait également la campagne du Star Ferry/
affaires hongkongaises, l’identité collective des Queen’s Pier comme pouvant être rattachée au paradigme. Voir :
Hongkongais et la foi en un ordre sociopolitique Choy Chi-keung, « Tianhuang kangzheng : xin shehui yundong de
ouvert et équitable semblent ainsi être en voie de kaishi ? », Ming Pao, 22 décembre 2006.
4. Située à Wan Chai, Lee Tung Street était, depuis les années 1970,
se consolider comme base de l’action politique.

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Monde chinois, Hiver 2010-2011, n° 24

réputée pour ses tong laus où les Hongkongais venaient régulièrement 26. Leo Ou-fan Lee, City Between Worlds, My Hong Kong, Cambridge, The
acheter cartons de mariage, de funérailles, enveloppes à laisee etc. Fin Belknap Press of Harvard University Press, 2008, p. 57. Mirana Szeto May,
2003 néanmoins, les Services de renouvellement urbain (Urban Renewal entre autres, récuse le mot. Entretien avec Mirana Szeto May, activiste et
Authority, URA par la suite) annoncent vouloir construire un complexe professeur de littérature comparée à l’université de Hong Kong, 19 février
résidentiel à leur place. Les résidents de Lee Tung Street commencent à 2009.
s’organiser et des activistes viennent bientôt les épauler. 27. Né en 1977, Chu Hoi-dick a longtemps écrit pour le quotidien Ming
5. La campagne visait à préserver l’embarcadère du Star Ferry de Central, Pao. Après avoir co-fondé le site d’information indépendant InmediaHK.
puis l’embarcadère adjacent, dit Queen’s Pier, tous deux menacés par un net, en 2004, il est devenu activiste à plein temps. Membre de Local Action,
projet de poldérisation. Initiée en août 2006 par un petit groupe d’artistes il a été l’un des activistes les plus actifs lors de l’occupation du Queen’s Pier
(820 Art Action), elle a perduré jusqu’au 31 juillet de l’année suivante. et, plus tard, lors de la campagne contre le XRL.
6. Lui Tai-lok et Stephen W. K. Chiu, « The structuring of social movements 28. « Heritage preservation grips Hong Kong amid building boom »,
in contemporary Hong Kong », in Benjamin K. P. Leung (dir.), Hong Kong, Reuters, 9 septembre 2007.
Legacies and Prospects of Development, Ashgate, 2003, pp. 441-458, 29. Entretiens avec Icarus Wong Ho-yin, 11 février 2009; Mirana Szeto,
p. 450. Par là, nous entendons qu’à partir de la fin des années 1970, 19 février 2009.
l’action collective a tendu à se focaliser sur d’autres problématiques. 30. Le site d’information alternatif InmediaHK.net, la plateforme sociale
Nous n’ignorons pas que, durant cette période, la question de l’identité Facebook ou les forums de HKgoldenforum (particulièrement courus
hongkongaise a continué à nourrir de vastes débats dans les cercles des plus jeunes activistes nés après 1990) font ainsi figure de lieux
intellectuels et dans les médias. d’information, d’échange et de débat.
7. Lui Tai-lok et Stephen W. K. Chiu, op. cit., p. 450. 31. Francesca Polletta, James M. Jasper, « Collective Identity and Social
8. Ron Eyerman, Andrew Jamison, Social movements : a cognitive Movements », Annual Review of Sociology, volume 27, 2001, pp. 283-305,
approach, Pennsylvania State University Press, 1991 ; Benjamin K. P. p. 291.
Leung, art. cit. 32. Celui-ci est aussi de l’avis que l’alignement des trois constructions –
9. Entre autres : Law Wing-sang, Collaborative Colonial Power, The Making qui faisait transiter le gouverneur directement du Queen’s Pier au City
of the Hong Kong Chinese, Hong Kong University Press, 2009 ; Agnes S. Hall, lors de son arrivée – est intentionnel.
Ku et Ngai Pun (éds.), Remaking Citinzenship in Hong Kong, Community, 33. Communiqué de Local Action sur : http://interlocals.net/?q=node/751.
Nation and the Global City, New York, Routledge Curzon, 2004; Stephen 34. Sing Ming, Hong Kong’s Tortuous Democratization : A Comparative
Vines, Hong Kong : China’s New Colony, Aurum Press, 1998. Analysis, London, Routledge Curzon, Contemporary China Series 2, 2004.
10. Françoise Mengin, Trajectoires chinoises, Taiwan, Hong Kong et Pékin, 35. Ackbar Abbas, Hong Kong, Culture and the Politics of Disappearance,
Recherches internationales, Karthala, 1998. Public Worlds, vol. 2, University of Minnesota Press, Minneapolis London,
11. Lau Chi-kuen, Hong Kong’s Colonial Legacy, Hong Kong, The Chinese 1997.
University Press, 1997, p. 38. 36. Chan King Fai, Lettre à Hong Kong, RTHK, 1er septembre 2009.
12. Sing Ming, « Legislative-executive interface in Hong Kong », in Civic 37. Jeu de mot avec le district de Central (le Central Business District de
Exchange, Building Democracy, Creating Good Government for Hong Hong Kong). Lee Ou-fan Leo, op. cit., p. 51.
Kong, Hong Kong University Press, 2003, pp. 27-34, p. 28. 38. Début 2008, réagissant à la nouvelle de sa démolition prochaine, les
13. Ng Mee-kam, « Outmoded Planning in the Face of New Politics », in Hongkongais sont venus en foule visiter les tours vertes pâles du Ngau
Joseph Cheng (dir.), The Hong Kong Special Administrative Region in its Tau Kok Lower Estate. C’est à cette époque et dans ce contexte que l’ONG
first decade, City University of Hong Kong Press, 2007, pp. 591-630. Hulu organise son exposition.
14. James C. Scott, Seeing Like a State, Yale University Press, New Haven, 39. Comptant une vingtaine de membres actifs, tous résidents de Wan
1998, pp. 87-102. Chai, le WCLP a ouvert ses portes le 3 février 2007. Voir : http://cds.
15. Ibid., p. 5. sev227.001at.com/WLM/about.html.
16. Mee Kam Ng, «The changing politics of planning in Hong Kong : 40. Entretien avec Suki Chau Hei-suen, membre fondatrice du WCLP, 17
Whither the role of the planners ?» Hong Kong, The University of Hong avril 2009.
Kong, Working Paper, n° 54, mai 1992, p. 16. 41. Ackbar Abbas, op. cit., pp. 66-67.
17. James C. Scott, op. cit., p. 111. 42. http://www.metamercury.net/images/LeeTungStreet/.
18. Peter Saunders, Urban Politics : A Sociological Interpretation, Londres, 43. Née en 1965, Ho Loy est mère au foyer. Cette ancienne professeur
Hutchinson University & Co., 1980, p. 551. de danse a fondé le Lantau Post en 2003. Elle est active dans différents
19. C’est ce qu’il s’est produit le 1er janvier 2010, où certains opposants au domaines allant de la défense du patrimoine à celle de l’environnement,
XRL sont allés manifester à Connaught Road West, devant le Bureau de en passant par le droit des animaux.
liaison du gouvernement central. 44. « Ho Loy », Hong Kong magazine, 19 octobre 2007.
20. Law Wing Sang, op. cit., p. 54. 45. Fanon Frantz, Les damnés de la terre, Paris, La Découverte, 2002, p. 47.
21. Brian Graham., Gregory J. Ashworth, John E. Tunbridge, A Geography 46. Leo Ou-fan Lee, op. cit., p. 18.
of Heritage : power, culture and economy, Londres, Arnold, 2000, p. 12. 47. Les embarcadères faisaient partie, depuis les années 1960, du
22. Ma Ngok, « Civil Society and Democratization in Hong Kong : Paradox corridor civique de Central. Celui-ci fut le point de ralliement de nombre
and Duality », Taiwan Journal of Democracy, vol. 4, 2008, n° 2, pp. 155- de mobilisations sociales : émeutes du Star Ferry, mouvement pour la
175. protection des Diaoyutai, mouvement pour le Chinois comme langue
23. Chan King-fai, «Cong tianxing baowei yundong dao bentu wenhua officielle notamment.
zhenzhi », Ming Pao, 4 janvier 2007. 48. « Queen’s Pier is not moving anywhere », 27 avril 2007, sur http://
24. Lui Tai-lok, Stephen W. K. Chiu, op. cit., p. 449. interlocals.net/?q=node/137.
25. Law Wing Sang, op. cit., p. 4. 49. Entretien avec Mirana Szeto May, 19 février 2009.

104
MONDE CHINOIS n°24 DOSSIER |

Médias & Pouvoir en Chine


Parler des médias en Chine se résume bien souvent à discuter de
la censure, du contrôle de l’information et des droits de l’homme.
Monde chinois veut contourner cette représentation banalisée -
sans évidemment la réfuter - et supposer, plutôt, l’hypothèse d’une
relative liberté de parole en Chine.
Car celle-ci est bien existante dans les médias chinois. Avec la libé-
ralisation de l’économie, le temps du monopole de l’information par
les journaux officiels s’est achevé, et les grands groupes de presse
ou audiovisuels chinois disposent aujourd’hui d’une véritable liberté
éditoriale qui peut même parfois bousculer le Parti : dénonciation
de scandales, corruption, trafics... L’information locale se développe,
parfois mieux que les organes nationaux, les chaînes de télévision et
les stations de radio se multiplient, le nombre de Chinois connectés
à Internet explose, et, malgré le puissant bridage idéologique et juri-
dique, la diversité médiatique s’organise.
Ce numéro de Monde chinois cherche à rendre compte des réa-
lités complexes du paysage médiatique chinois, de ses pratiques
professionnelles qui doivent intégrer des contraintes politiques, des
mécanismes de formation de l’opinion chinoise, des enjeux et des
évolutions d’un secteur en pleine mutation.
Revue trimestrielle - Hiver 2010-2011
144 pages | 185 x 255 mm| 20 euros TTC
EAN 978-2-36259-008-5
Au sommaire
Éditorial Les médias africains et la nouvelle question sino-africaine
Médias & pouvoir en Chine Olivier Mbabia
La Chine, superpuissance médiatique ? Le paysage médiatique taiwanais à l’heure du rapprochement
Chen Yan avec la Chine
Tanguy Lepesant
Comment appréhender la communication médiatique
en Chine ?
Questions de Chine
Dominique Colomb
Plus de 45 ans de relations sino-françaises : réussites et défis
Médias chinois : une ambition mondiale
Gao Fei, Lee Lee
Fabienne Clérot
Le développement de la société harmonieuse acculé à la re-
Les médias en Chine, une industrie prospère
cherche académique
Nicolas Jucha
Nadège Guénec
Xinhua, vers un complexe multimédia moderne
Émanciper la ville et le citoyen. Le mouvement civique urbain
Zhou Xisheng
hongkongais
La fabrique du journalisme en Chine Pierre Martin
Agnès Gaudu
Enquête sur les services secrets chinois
Intellectuels et pouvoir en Chine Roger Faligot
Émilie Frenkiel
Reportages & Chroniques
Quand la corruption gangrène la presse chinoise Les Yaodong, les derniers troglodytes de Chine
Édouard Beauchemin Hu Li, Jean Loh, Xavier Soule
L’impact du Prix Nobel de Liu Xiaobo sur les médias chinois Le Japon dans un nouvel environnement régional
Bingchun Meng Barthélémy Courmont
Les blogs : nouvelle tendance médiatique Presse écrite et cinéma en Chine
Chen Qingqing Christophe Falin
Chine contre Google, qui contrôle Internet ? Taiwan, superpuissance technologique
François-Bernard Huyghe Barthélémy Courmont
Le travail du journaliste étranger en Chine Brève histoire du droit et de l’investissement immobilier en
Brice Pedroletti Chine
J’ai travaillé au coeur de la propagande chinoise Guillaume Rougier
Anne Soëtemondt
>> Derniers dossiers
MONDE CHINOIS n°23| Chine-Moyen-Orient : la coopération du siècle ?
Les relations et les échanges entre la Chine et le Moyen-Orient, mal connus, sont pourtant au coeur des enjeux qui lient - et opposent -
la Chine aux États-Unis. En effet, la Chine, qui continue son fulgurant développement économique, doit subvenir aux besoins énergétiques
croissants de son immense population. Ne disposant pas de l’influence politico-militaire des États-Unis dans le région, la Chine, qui y jouit
d’ailleurs d’une bien meilleure image que son rival, noue d’importants partenariats commerciaux, notamment avec l’Iran, afin de sécuriser son
approvisionnement énergétique.

MONDE CHINOIS n°22| Tourisme et patrimoine, un mariage difficile


Architecture, artisanat traditionnel, folklore et modes de vie... La culture chinoise, plurimillénaire, recèle d’innombrables
trésors qui séduisent les touristes par millions. Le patrimoine chinois, au-delà de son immense valeur historique, est une manne économique
de premier plan pour le pays. Et le gouvernement chinois ne l’ignore pas. Toutefois l’état chinois délègue à ses collectivités locales la charge de
l’aménagement du territoire et du patrimoine, ce qui provoque d’importantes disparités et une politique désordonnée vis-à-vis l’héritage chinois.

MONDE CHINOIS n°21| « Minorités, cette Chine qu’on ne saurait voir »


« Minorités, cette Chine qu’on ne saurait voir » La Chine est un état multiethnique qui reconnaît constitutionnellement l’existence de 55 «
minorités ethniques ». Parmi les 56 ethnies de Chine, les Han représentent 92 % de la population. Entre préservation de la diversité et assi-
milation forcée, les autorités chinoises mènent des programmes de politiques publiques forts : discrimination positive, accès à l’éducation,
construction d’infrastructures...

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