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Introduction à la Théorie des Opérateurs

Linéaires: Chapitre1
3ème année licence Maths
S. Makhlouf
Département de Maths
Université L’arbi Ben M’hidi O.E.B
April 2, 2020

Contents

I Opérateurs linéaires 1
1 Rappels sur les espaces de Banach : 1
1.1 Espace métriques complets . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1
1.2 Espaces vectoriels normés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2
1.3 Espaces de Banach . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3

2 Opérateurs linéaires bornés 5


2.1 Convergence simple, convergence uniforme . . . . . . . . . . . . . 8
2.2 Adjoint d’un opérateur borné . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
2.3 Inversibilité d’un opérateur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9

3 Spectre d’un operateur linéaire: 11


3.1 Classi…cation du spectre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12

Part I
Opérateurs linéaires
1 Rappels sur les espaces de Banach :
1.1 Espace métriques complets
Soit (X,d) un espace métrique :

1
Dé…nition 1 Une suite (xn )n d’éléments de X est de Cauchy si :

8" > 0; 9n0 2 N; 8p; q 2 N; p > q n0 =) d(np ; nq ) < ":

Remarque 2 1- Toute suite convergente est une suite de Cauchy.


2- Toute suite de Cauchy est bornée.
3- Toute suite de Cauchy possède au plus une valeur d’adhérence.
4- Toute suite de Cauchy qui possède une valeur d’adhérence est convergente

Dé…nition 3 Un espace métrique (X; d) est dit complet si chaque suite de


Cauchy de X converge dans X.

Exemple 4 1- Rn et Cn sont complets.


2- (Q; j:j) n’est pas complet : la suite (xn )n telle que: 8n 2 N xn = (1 + n1 )n
converge vers e 2 = Q.
R1
3- C([0; 1]) muni de la norme: kf k1 = jf (t)j dt n’est pas complet, en e¤ et
0
la suite (fn )n donnée par:
8
< 0 si 0 x 21
1
fn (x) = n(x 2) si 12 < x < 21 + n1
:
1 si 12 + n1 x 1:

est une suite de Cauchy dans C([0; 1]) n’est pas convergente dans C([0; 1]),
0 si 0 x 21
((fn )n converge vers f = f (x) = avec f 2
= C([0; 1])).
1 si 12 < x 1

1.2 Espaces vectoriels normés


Dans ce chapitre E d´esignera un espace vectoriel sur | = R ou C.

Dé…nition 5 On appelle norme sur E une application k:k : E ! R+ qui


véri…e:
- kxk = 0 si et seulement si x = 0
- 8 2 | ; et 8x 2 E on a k xk = j j kxk :
- 8x 2 E ; 8y 2 E on a kx + yk kxk + kyk :

Dé…nition 6 Un espace vectoriel normé (E; k:k) est un espace vectoriel E sur
| = R ou C muni d´ une norme k:k :

Exemple 7 1- Dans Rn et Cn les applications:


1
P
n P
n
2
2
kxk1 = jxk j , kxk2 = jxk j ; kxk1 = sup jxk j :
k=1 k=1 k=1;n

sont des normes.


2- Dans C([0; 1]; |) (l’espace vectoriel des fonction continues sur [0; 1] a
valeurs dans | = R ou C), l’application: kf k1 = supx2[0;1] jf (x)j est une
norme.

2
( )
P 2
3- Dans l’espace vectoriel: `2 (N) = x = (xn )n |: jxn j < +1
n 0
! 21
P 2
l’application: kxk2 = jxn j est une norme.
n 0

On a immédiatement la proposition suivante qui permet d´utiliser les résul-


tats connus sur les espaces métriques:

Proposition 8 Un espace vectoriel normé (E; k:k) est un espace métrique pour
la distance d(x; y) = kx yk. Cette distance est souvent dite "distance canon-
ique associée à k:k ":

La véri…cation de cette proposition est laissé en exercice.


On rappelle aussi la dé…nition suivante vu en topologie:

Dé…nition 9 Soient E un espace vectoriel sur | , k:k1 et k:k2 deux normes sur
E. k:k2 est équivalente à k:k1 si et seulement si il existe deux réels strictement
positifs et tels que: 8x 2 E : kxk1 kxk2 kxk1 .

En dimension …nie on a le résultat suivant:

Proposition 10 Soit (E; k:k) un espace vectoriel de dimension …nie, alors toutes
les normes sur E sont équivalentes.

1.3 Espaces de Banach


Dé…nition 11 Un espace vectoriel normé (E; k:k) est appelé espace de Banach
si E, muni de la distance canonique associée à k:k est un espace métrique com-
plet.

Exemple 12 1- Rn et Cn muni des normes


1
P
n P
n
2
2
kxk1 = jxk j , kxk2 = jxk j ; kxk1 = sup jxk j :
k=1 k=1 k=1;n

sont des espaces de Banach.


2- C([0; 1]; |) l’espace vectoriel des fonction continues sur [0; 1] a valeurs
dans | = R ou C, muni de la norme kf k1 = supx2[0;1] jf (x)j est un espace de
Banach. ( )
P 2
3- L’espace vectoriel: `2 (N) = x = (xn )n | : jxn j < +1 muni de
n 0
! 21
P 2
la norme: kxk2 = jxn j est un espace de Banach.
n 0

Corollaire 13 Tout espace vectoriel normé de dimension …nie est espace de


banach.

3
Corollaire 14 Tout sous-espace vectoriel fermé d’un espace de Banach est lui-
même un espace de Banach pour la norme induite.

Proposition 15 Si deux normes k:k1 et k:k2 sur un espace vectoriel E sont


équivalentes, alors (E; k:k1 ) est un espace de Banach si et seulement si (E; k:k2 )
est un espace de Banach.
P
Dé…nition 16 Soit E evn et (xn )n une suite de E. On dit que la série xn
n 0
P
+1
est normalement convergente si et seulement si kxn k < +1:
n=0

Proposition 17 Dans un espace de Banach, toute série normalement conver-


gente est convergente.

Théorème 18 Dans un espace vectoriel normé de dimension …nie, les parties


compactes sont les parties ferḿées et bor´nées.

Théorème 19 (F. Riesz): Dans un espace vectoriel normé de dimension in-


…nie, la boule unité fermée BE = fx 2 E : kxk 1g n’est jamais compacte.

Corollaire 20 Un espace vectoriel normé E est de dimension …nie ssi la boule


unité fermée BE est un compact.

4
2 Opérateurs linéaires bornés
Si E et F sont deux espaces vectoriels, (sur le même corps |), une application
T entre E et F , est dite linéaire si:

8 ; 2 |; 8x; y 2 E : T ( x + y) = T (x) + T (y):

On désigne par L(E; F ) l’espace vectoriel des applications linéaires entre E et


F , en particulier on pose L(E; E) = L(E),et L(E; |) = E : c’est l’espace des
formes linéaires sur E (le dual algébrique). Il est intéressant de noter que si
T 2 L(E; F ), alors T n’est pas forcément continue.
Si les espaces vectoriels E et F sont munis d’une structure topologique on
aura la dé…nition suivante:

Dé…nition 21 Soient E et F deux espaces vecoriels normés. Une application


linéaire T 2 L(E; F ) sera dite opérateur linéaire de E dans F .

Le théorème suivant caractérise la continuité d’un opérateur linéaire:

Théorème 22 Soient E et F deux espaces normés et T : E ! F une applica-


tion linéaire; les propriétés suivantes sont équivalentes :
(i) L’application T est continue sur E;
(ii) L’application T est continue au point 0 ;
(iii) Il existe un nombre M 0 tel que, pour tout x 2 E on ait
kT (x)k M kxk :

Preuve. (i) =) (ii) évident.


(ii) =) (iii) si T est continue en "0" alors:

8" > 0; 9 > 0; 8x 2 E : kxk =) kT (x)k ;

Pour " = 1
9 > 0; 8x 2 E : kxk =) kT (x)k 1:
1 1 1
Soit x 2 En f0g, alors pour c = on a ckxk x = donc T ckxk x =
1
ckxk kT (x)k 1 d’où: kT (x)k c kxk :
Pour x = 0 c’est clair.
(iii) =) (i) pour tout x; y 2 E, on a kT (x y)k = kT (x) T (y)k
c kx yk, Donc T est continue car T est lipschitzienne.

Dé…nition 23 On appelle "opérateur linéaire borné" toute application linéaire


continue T : E ! F entre les espaces vectoriels normés E et F:

Notation 24 - On note L(E; F ) l’espace vectoriel des opérateurs linéaires borné


entre E et F ,en particulier on pose L(E; E) = L(E),et L(E; |) = E 8 : c’est
l’espace vectoriel des formes linéaires continues sur E (le dual topologique).
- l’image T (x) de x par T sera notée T x:

5
Remarque 25 - On a toujours L(E; F ) L(E; F ) et E 8 E :
- Si E est de dimension …nie, alors L(E; F ) = L(E; F ) (E 8 = E ), toute
application (forme) linéaire de E dans F (|)est continue.
L’espace des opérateurs linéaires bornés L(E; F ) peut être muni par une
norme comme suit:
Dé…nition 26 (Norme d’opérateur linéaire borné) Soit T 2 L(E; F ). L’expression
sup kT xk
kxk qui est …nie d’aprés le théorème 2.2, dé…nie une norme sur T 2
x2Enf0g
L(E; F ) dite norme de T et elle sera notée kT k.
Proposition 27 Soient E; F et G des espaces vectoriels normés sur |: Les
assertions suivantes sont satisfaites:
(i) Si T; S 2 L(E; F ) alors T + S 2 L(E; F ) et kT + Sk kT k + kSk :
(ii) Si T 2 L(E; F ) et 2 C alors T 2 L(E; F ) et k T k = j j kT k :
(iii) Si T 2 L(E; F ) et S 2 L(F; G) alors ST 2 L(E; G) et kST k kSk kT k :
Proposition 28 Pour E et F deux espaces vectoriels normés sur | et pour
T 2 L(E; F ); si on pose:
kT xk
a= sup ; b = sup kT xk; c = sup kT xk; d = inf fk > 0; kT xk k kxk 8x 2 Eg ;
x2Enf0g kxk kxk=1 kxk 1

alors: a = b = c = d:
x
Preuve. Pour x 6= 0 on pose y = kxk , ainsi kyk = 1 et on obtien:

kT xk x
a= sup = sup T( ) = sup kT yk = b:
x2Enf0g kxk x2Enf0g kxk kyk=1

Par construction il est clair que b c:


Comme T est borné alors pour tout k > 0 véri…e kT xk k kxk 8x 2 E, on
aura:
kxk 1 =) kT xk k
donc c = sup kT xk k, et par conséquent on a c d:
kxk 1
D’autre par on a:
kT xk
8x 2 En f0g a =) kT xk a kxk 8x 2 En f0g ;
kxk
donc a 2 fk > 0; kT xk k kxk 8x 2 Eg, et par suite d a:
En …n on : a = b c d a: D’où le résultat.
Exemple 29 1-
T : ((C [0; 1] ; R); k:k1 ) ! (R; j:j)
R1
f 7! T (f ) = f (t)dt:
0

6
Il est clair que T est linéaire et on a :
R1 R1 R1 R1
jT (f )j = f (t)dt jf (t)j dt sup jf (t)j dt = kf k1 dt = kf k1 :
0 0 00 t 1 0

donc T est borné et kT k 1:


Pour f0 1 (la fonction constante égale à 1) , on a kf0 k1 = 1 et par suite:
kT k = sup kT (f )k = sup jT (f )j jT (f0 )j = 1;
kf k=1 kf k=1

il résulte que kT k = 1:
2- Soit T l’opérateur:
T : ((C [0; 1] ; R); k:k1 ) ! ((C [0; 1] ; R); k:k1 )
Rx
f 7! T (f ) = T (f )(x) = f (t)dt
0

L’opérateur T est linéaire et on a:


Rx Rx
kT (f )k = sup jT (f )(x)j = sup f (t)dt sup jf (t)j dt kf k1 sup x kf k1 :
x2[0;1] x2[0;1] 0 x2[0;1] 0 x2[0;1]

donc T est borné et en plus kT k 1: D’autre part pour f0 1; alors f0 2


C [0; 1] ; R) avec kf0 k1 = 1 et
Rx Rx
kT (f0 )k = sup jT (f0 )(x)j = sup f0 (t)dt = sup dt = sup x = 1:
x2[0;1] x2[0;1] 0 x2[0;1] 0 x2[0;1]

et par conséquent kT k = sup kT (f )k kT (f0 )k = 1 qui donne kT k = 1:


kf k=1
3- Soit E = `2 (N) l’espace de Hilbert des suites X = (xn )n 0 des nom-
P
+1
2
bres complexes telles que jxn j < +1, menu par la norme usuelle: kXk =
n=0
1
P
+1
2
2
jxn j ; T est l’opérateur linéaire dé…ni pour X = (xn )n 0 2 E, par
n=0
0 si n = 0
(T X)n = .*
xn 1 si n > 1
T est linéaire borné de norme: kT k = 1 : (véri…ez).
4- Soit T l’opérateur dé…ni par:
T : (C 1 [0; 1] ; R); k:k1 ! ((C [0; 1] ; R); k:k1 )
f 7! T (f ) = f 8 :
L’opérateur linéaire T n’est pas borné car si T est borné alors : 9k > 0;
kT (f )k kf k, 8f 2 (C 1 [0; 1] ; R); k:k1 :
Pour la suite (fn )n donnée par: fn (x) = xn , n 2 N on a:
kfn k = sup jxn j = 1 8n 2 N mais kT (fn )k = kfn8 k = sup nxn 1 = n
x2[0;1] x2[0;1]
8n 2 N :
Si T est borné alors : 9k > 0; kT (fn )k = n k kfn k = k; 8n 2 N ce qui
n’est pas possible.

7
2.1 Convergence simple, convergence uniforme
Dé…nition 30 Soient E et F deux espaces vectoriels normés sur |.
1- On dit qu’une suite (Tn )n déléments de L(E; F ) "converge fortement"
vers T 2 L(E; F ) si:

8x 2 E , lim kTn x T xk = 0:
n!+1

s
Dans ce cas on écrit Tn ! T:
2- On dit qu’une suite (Tn )n déléments de L(E; F ) "converge uniformè-
ment" vers T 2 L(E; F ) si:

lim kTn T k = 0:
n!+1

u
Dans ce cas on écrit Tn ! T:

Remarque 31 1. La convergence uniforme d’une suite d’opérateurs bornés est


la convergence dans L(E; F ):
2-
u s
Tn ! T =) Tn ! T :

En e¤ et, puisque pour tout n, l’opérateur Tn T est un élément de L(E; F )


alors:

0 kTn x T xk = k(Tn T ) (x)k kTn T k kxk , 8x 2 E.

D’où par passage à la limite:

0 lim kTn x T xk lim kTn T k kxk = 0 , 8x 2 E.


n!+1 n!+1

3- Il existe des suites fortement convergentes mais qui ne convergent pas


uniformèment.

Nous avons deja vu que l’espace L(E; F ) est un espace vectoriel normé, pour
E et F deux espaces vectoriels normés sur |; si F est un Banach on a encore
mieux:

Théorème 32 Si E est un espace vectoriel normé et F un espace de Banach.


Alors, l’espace vectoriel normé L(E; F ) est un espace de Banach.

Preuve. On a vu que L(E; F ) est un espace vectoriel normé, il rest à montrer


qu’il est complet.
Soit (Tn )n une suite de Cauchy dans L(E; F ). Alors, pour tout x 2 X,
la suite (Tn x)n est de Cauchy dans F , et donc elle converge vers un vecteur
de F que l’on note T x. On dé…nit ainsi une application T : E ! F par
Tx = limn!+1 Tn x Evidement, c’est une application linéaire.
Puisque toute suite de Cauchy est bornée, il existe c > 0 tel que kTn k c,
et donc kTn xk c kxk pour tous x 2 X et n 2 N. Par passage à la limite, on
trouve que T est borné.

8
Maintenant, soit " > 0, il existe alors n0 2 N tel que kTp Tq k " dès que
p > q n0 . Il vient donc que kTp x Tq xk " kxk pour tous p > q n0 . En
faisant tendre p vers l’in…ni, on obtient kTq T k " dès que q n0 . D’où la
résultat.
Comme le corps | est complet alors on a le corollaire suivant:

Corollaire 33 Le dual topologique E 8 d’un espace vectoriel normé E est un


espace de Banach

2.2 Adjoint d’un opérateur borné


Dé…nition 34 Soient E et F deux espaces vectoriels normés sur |, On appelle
adjoint d’un opérateur linéaire borné T : E ! F , l’opérateur T : F 8 ! E 8
dé…ni par T (f ) = f T pour tout f 2 F 8 .

Proposition 35 Soient E et F deux espaces vectoriels normés sur |: Si T 2


L(E; F ) alors T 2 L(F 8 ; E):

Preuve. Par construction l’existense, l’unucité et la linéairité de T sont as-


sureés.
Pour tout f 2 F 8 on a:

kT (f )k kf Tk kf k kT k

donc T est borné avec kT k kT k :


Pour tout x 2 E on a:

kT xk = sup jf (T x)j = sup jT (f )(x)j kT k kxk


f 2F 8 ;kf k 1 f 2F 8 ;kf k 1

donc kT k kT k : D’où le résulat.

Proposition 36 Soient E, F et G des espaces vectoriels normés sur |; ; 2|


alors:
1- Pour T; K 2 L(E; F ) on a: ( T + K) = T + K :
2- Pour T 2 L(E; F ) et S 2 L(F; G) on a: (ST ) = T S :
1 1
3- Pour T 2 L(E; F ) inversible , T est inversible et on a: (T ) = T :

2.3 Inversibilité d’un opérateur


Dans cette section, on regroupe certains résultats sur les opérateurs inversibles.
En particulier, on donne une caractérisation de l’inversibilité d’un opérateur qui
s’avérera très utile pour la suite.

Dé…nition 37 Soient E et F deux espaces vectoriels normés sur |; et T 2


L(E; F ). On dit que T est inversible si T est bijectif (i.e. inversible algébrique-
ment) et T 1 : F ! E est borné (i.e. T 1 2 L(E; F )) . On dit aussi que T
est un isomorphisme de E sur F .

9
Dans le cas où F est un espace de Banach on a le célèbre théorème suivant
dit "de l’inverse de Banach":
Théorème 38 ( De l’inverse de Banach) Soient E et F deux espaces vectoriels
normés sur |. Si F est un espace de Banach et T 2 L(E; F ) bijectif alors, son
inverse T 1 est borné, autrement dit T est inversible.
Proposition 39 Soient E et F deux espaces vectoriels normés sur |; si E est
un espace de Banachet et T 2 L(E; F ). Alors, les propriétés suivantes sont
équivalentes:
1- T 1 2 L(E; F )):
2- Il existe C > 0 telle que, pour tout x 2 E, kT xk C kxk.
3- F est un espace de Banach.
Preuve. 1) ) 2)
Si T 1 2 L(E; F )) donc:
1 1
8x 2 E; kxk = T T (x) T kT (x)k
alors
1 1
9C = T > 0; 8x 2 E; kT (x)k C kxk :
2) ) 3)
Montrons que F est un espace de Banach. Si (yn )n une suite de Cauchy
d’éléments de F , il existe une suite (xn )n d’éléments de E telle que yn = T xn
pour tout n 2 N. De 2) ona
1 1
8p; q 2 N; kxp xq k C kT (xp xq )k = C kyp yq k
,Autrement dit (xn )n est une suite de Cauchy, et comme E est un espace de
Banach elle converge vers unélément x de E. Puisque T est continue on a
lim T xn = T x , c-à-d la suite de terme général (yn )n converge vers T x 2 F .
n!+1
On en déduit que E est un espace de Banach.
3) ) 1)
Résulte directement d’après le Théorème de l’inverse de Banach.
Corollaire 40 Soient E et F deux espaces de Banach sur | et T 2 L(E; F ).
Alors, les propriétés suivantes sont équivalentes :
1- Il existe C > 0 telle que, pour tout x 2 E, on a jjT xjj Cjjxjj.
2- T est injectif et Im(T ) est fermé dans F .
Preuve. 1) ) 2)
s’il existe C > 0 telle que, pour tout x 2 E, on a jjT xjj Cjjxjj; alors T est
injecti donc il est bijectif de E dans Im(T ); d’aprés la proposition précedente
Im(T ) est un espace de Banach et par suite fermé dans F:
2) ) 1)
Si T est injectif et Im(T ) est fermé dans F , alors T est bijectif de E dans
Im(T ) qui est un espace de Banach( car c’est un fermé de l’espace de Banach
F ), d’aprés la proposition précedente il existe C > 0 telle que, pour tout x 2 E,
kT xk C kxk : D’où le résultat.

10
Corollaire 41 Soient E et F deux espaces de Banach sur | et T 2 L(E; F ).
Alors, les propriétés suivantes sont équivalentes :
1- Im(T ) est dense dans F et il existe C > 0 telle que, pour tout x 2 E,
kT (x)k C kxk.
2- T est inversible.

Preuve. 1) ) 2)
D”aprés le corollaire précédent T est injectif et Im(T ) est fermé dans F .
Alors, Im(T ) = Im(T ) = F donc T est surjectif et, par suite, inversible.
2) ) 1)
Si T est inversible on a F = Im(T ) Im(T ) F . Donc Im(T ) = Im(T ) =
F , ce qui donne le résultat d’après le Corollaire précédent.

Théorème 42 Soit E un espace de Banach sur |; et T 2 L(E) tel que kT k < 1;


alors I T est inversible et on a:

1 P
+1
(I T) = T n:
n=0

P
n
Preuve. Soit (Sn )n la suite donnée pour tout n 2 N par Sn = T k:
k=0
Pour p > q on a:

P
p P
p p P
q 1
kSp Sq k = Tk T k = T q+1 Tk
k=q+1 k=q+1 k=0

q+1 P
+1
k q+1 1
kT k kT k = kT k (1 kT k) !0 (car kT k < 1):
k=0 q!+1

La suite (Sn )n est de Cauchy dans l’espace de Banach L(E) (puisque E est de
Banach); elle converge donc vers un élément de L(E); et par suite l’operateur
P n
+1
T est linéaire borné.
n=0
En…n on véri…e directement que:

P
+1 P
+1
(I T) Tn = T n (I T ) = I:
n=0 n=0

D’où le résultat.

3 Spectre d’un operateur linéaire:


Dé…nition 43 Soient E un espace normé sur | (| = R ou C) et T 2 L(E).
- Le spectre de T noté par (T ) est l’ensemble:

(T ) = f 2 | = (T I) n’est pas inversibleg;

11
où I est l’application identité. Un élément de (T ) est appelé valeur spectrale
de T .
- L’ensemble résolvant de T noté par (T ) est le complémentaire du spectre
(T ):
(T ) = Cn (T ) = f 2 | = (T I) est inversibleg:
Un élément de (T ) est appelé valeur résolvante de T:
- Si 2 (T ), on dé…nit la résolvante R (T ) de T au point par:
1
R (T ) = (I T) :

- On dit que 2 | est une valeur propre de T si (T I) n’est pas injectif


c-à-d 9x 6= 0; T x = x , l’ensemble des valeurs propres de T sera noté par
Vp (T ):
Vp (T ) = f 2 | = ker (T I) 6= f0gg:

3.1 Classi…cation du spectre


Le spectre d’un opérateur linéaire borné peut être décomposé en trois parties:

(i) Le spectre ponctuel de T noté par p (T ): c’est l’ensemble des


valeurs propres de T ; donc 2 p (T ) si et seulement s’il existe x 2
En f0g tel que T x = x; un tel x est un vecteur propre associé à :
La dimension de ker (T I) est appellée la multiplicité de la valeur
propre :
Remarque 44 1- On a toujours p (T ) (T ):
2- Si E est de dimension …nie, (T I) est inversible si et seulement si
ker (T I) = f0g. En particulier, on en déduit p (T ) = (T ). La situation
est plus délicate en dimension in…nie comme le montre l’exemple ci-dessous.

Exemple 45 Soit E = C([0; 1]; |) l’espace des fonctions continues de [0; 1] dans
| muni de lanorme de la convergence uniforme k:k1 .On dé…nit l’opérateur de
Volterra T sur E par:
Rx
8f 2 E , T f (x) = f (t)dt , 8x 2 [0; 1]:
0

T est linéaire boné et kT k = 1:


On a ker (T ) = f0g et Im(T ) = g 2 C 1 ([0; 1]; |) , = g(0) = 0 :
En particulier T est injectif donc 0 2
= p (T ) mais non surjectif donc 0 2
(T ):

Maintenant on suppose que ker (T I) = f0g et par conséquent l’opérateur


T I : E ! E bijectif de E dans Im (T I), et par conséquent si
Im (T I) = E d’aprés le théorème précédent assure que l’opérateur T I
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admet un inverse (T I) et par suite 2 (T ): Alors dans notre classi…ca-
tion de (T ) si 2= p (T ) et 2 (T ) on a Im (T I) 6= E:

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(ii) Le spetre continu noté par c (T ) c’est l’ensemble des valeurs
2 (T )n p (T ) et Im (T I) dense dans E:
Exemple 46 Soit T l’opérateur dé…ni par:

T : (L2 [0; 1] ; R) ! L2 ([0; 1] ; R)


f 7! T f , = (T f )(x) = xf (x).

Alors c (T ) = (T ) = [0; 1] :

(iii) Le spectre résiduel de T noté par r (T ) c’est l’ensemble des


valeurs 2 (T )n p (T ) et Im (T I) n’est pas dense dans E :

r (T ) = (T )n( p (T ) [ c (T )):

La proposition suivante donne quelques propriétés du spectre:

Proposition 47 Soit T 2 L(E; F ).


1- Si j j > kT k alors 2 (T ). En particulier, on a (T ) D(0; kT k):
2- (T ) est un ouvert non vide de |.
3- (T ) est un compact de |.
4- p (T ) (T ):

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