Vous êtes sur la page 1sur 29

La croissance agricole du Haut Moyen Âge - Sur la croissance agricole en... https://books.openedition.

org/pumi/22732

La croissance agricole du Haut Moyen Âge


| Jean-Baptiste Marquette

Monique Zerner
p. 153-167

Texte intégral

1 sur 29 13/04/2020 01:22


La croissance agricole du Haut Moyen Âge - Sur la croissance agricole en... https://books.openedition.org/pumi/22732

1 Ceci n’est qu’une courte intervention à partir d’un ancien


travail sur la Provence au début du IXe siècle et d’un dossier
très récemment réuni autour de l’“incastellamento” à la fin
du XIIe siècle. En mettant l’accent sur les deux extrémités
de la période, on est amené à poser plus de problèmes sur la
croissance agricole pendant le Haut Moyen Age qu’à en
résoudre. Je ne prétends donc pas faire une étude
exhaustive de la question de la croissance en Provence, mais
attirer l’attention sur certains problèmes.

Au tout début du Haut Moyen Age


2 Il existe un document exceptionnel sur la Provence au début
du IXe siècle, que j’ai étudié il y a quelques années, le
polyptyque de Saint-Victor de Marseille, plus précisément la
description des dépendants de Sainte-Marie de Marseille
faite au temps de l’évêque Vuadaldo aux dates de 813 et 814,
l’abbaye et l’évêché étant alors entre les mêmes mains1. Il ne
me paraît pas inutile de rappeler certaines de mes
conclusions, parce qu’elles sont très proches ce que nous
disait ici-même Pierre Bonnassie à propos des paysans
défricheurs de l’Espagne du Nord-Est : principalement des
individus isolés (hommes ou femmes) ou des couples,
accompagnés ou non de leurs enfants, nous disait-il.
3 Ce qui nous intéresse ici, c’est qu’une partie des dépendants
de Saint-Victor de Marseille n’a pas pu être rencontrée par
les enquêteurs et dénombrée avec précision. Il faut savoir en
effet que les enquêteurs s’intéressèrent avant tout à l’état de
la population et ceci avec une précision jamais atteinte dans
les grands polyptyques carolingiens puisqu’ils firent la
distinction entre l’enfant au sein (infans ad uber), les
enfants (infantes) dont ils indiquèrent non seulement le
nom mais aussi l’âge (sauf exception, jamais plus de
dix-onze ans) et les jeunes (baccalarii ou baccalaria,
bacheliers)2. Mais dans un certain nombre de cas les
enquêteurs se contentèrent d’une indication globale sur les

2 sur 29 13/04/2020 01:22


La croissance agricole du Haut Moyen Âge - Sur la croissance agricole en... https://books.openedition.org/pumi/22732

enfants sans donner ni leur nombre, ni leur nom, ni leur


âge, la formule étant “avec ses enfants” (cum infantes suos).
Tantôt la raison est claire puisqu’on sait que les enquêteurs
ne les rencontrèrent pas, les parents ou le père ou la mère
étant dits à rechercher (ad requirendum). Tantôt la raison
est plus ambiguë puisque les parents ne sont pas dits à
rechercher ; dans ce cas on en déduit que les enquêteurs
n’ont pas pu les rencontrer parce qu’ils étaient trop
éloignés, inaccessibles. Presque la moitié des dépendants
avec des enfants de moins de douze ans (si on interprète
ainsi cum infantes suos), 43 %, sont dans ce cas3. Si on leur
ajoute les garçons, les filles et les couples sans enfant qui
sont à rechercher, on compte cent-seize individus n’ayant
pas pu être rencontrés4. C’est-à-dire 13 % de la population
énumérée dans le polyptyque : 23 % des adultes, qu’on peut
considérer comme des jeunes adultes puisqu’ils ont en
majorité des enfants de moins de douze ans avec eux, 8 %
des jeunes et une proportion inconnue d’enfants, sans doute
pas loin de la moitié5. La partie de la population qui
manque à l’appel se compose donc principalement de
femmes ou d’hommes ou de couples avec des jeunes
enfants, secondairement de jeunes célibataires. Ils sont
absents mais pas vraiment disparus puisqu’on les connaît
par leur nom. C’est une population jeune, apte à la conquête
des terres et au repeuplement, au dur travail de
défrichement, une population de frontière.
4 Or la population présente sur les colonicœ, dont on peut
très grossièrement étudier la répartition par âge et la
fécondité, paraît tout à fait capable d’alimenter un tel
mouvement, ceci pour trois sortes de raisons.
5 Première raison, la fécondité n’est pas particulièrement
faible, elle est tout à fait comparable à celle des régimes
démographiques anciens avec alternance rapide de hausse
de la natalité et de dépression6. Deuxième raison, la
proportion des jeunes célibataires est particulièrement

3 sur 29 13/04/2020 01:22


La croissance agricole du Haut Moyen Âge - Sur la croissance agricole en... https://books.openedition.org/pumi/22732

élevée, chez les filles comme chez les garçons, ce qui signifie
qu’on se mariait tard et que, souvent, on attendait de
pouvoir partir pour avoir des enfants7. Enfin, troisième
raison, le taux de masculinité est faible, en particulier chez
les enfants8. J’en déduisais une structure de population
pionnière. Je me citerai : « La population était si peu fixée
qu’elle pouvait bien avoir de nombreux enfants et élever
toutes les filles qui naissaient. Elle n’était pas coincée sur
des manses, mais prête à peupler d’autres espaces ».
6 Ajoutons que de ce point de vue le mouvement semble plus
largement entamé dans certaines régions que dans d’autres,
en particulier dans les basses Alpes. Les dépendants se
répartissent en effet entre treize ensembles de taille inégale
(en fait dix car dans trois villae on n’en trouve pas ou
quasiment pas) dispersés dans toute la Provence, de la
Durance au Var. Le plus grand se trouve dans la région de
Digne, il s’agit de l’ager Galadio sur lequel se trouvent
presque la moitié des dépendants de Saint-Victor de
Marseille, qui se disperse entre une cinquantaine de
lieux-dits et compte quatre-vingts colonies ou bergeries9.
Or, d’une part les jeunes y sont plus nombreux que la
moyenne, d’autre part là se trouvent presque tous ceux dont
les enfants n’ont pu être décrits, en particulier de très
nombreuses femmes avec leurs enfants. Certains sont
isolés, mais d’autres sont en groupe. Prenons l’exemple des
colonies et bergeries situées au lieu-dit le Chaudol (la
montagne qui aurait donné son nom à l’ager Galadio). Elles
sont cinq. La première (no 3 dans l’édition de B. Guérard)
est une colonica avec un colon et sa femme, un forgeron et
sa femme, un fils à l’école, un fils de sept ans et une fille de
six ans, un diacre : un groupe large et stable. Trois autres
colonies ou bergeries forment un groupe riche de nombreux
enfants, capable par conséquent d’alimenter un mouvement
de départ : une colonica (no 66) comprenant un homme à
rechercher nommé en premier, un bachelier, un couple avec

4 sur 29 13/04/2020 01:22


La croissance agricole du Haut Moyen Âge - Sur la croissance agricole en... https://books.openedition.org/pumi/22732

quatre petites filles (respectivement âgées de dix, cinq et


deux fois trois ans) et un enfant au sein ; une bergerie
(no 67) comprenant un couple, un fils à rechercher, une fille
de quinze ans, deux fils de huit et cinq ans, une fille de trois
ans ; une bergerie (no 68) comprenant un couple et trois fils
de dix, huit et quatre ans, deux filles de cinq et trois ans et
un enfant au sein, deux bachelières, un garçon de huit ans et
une fille de sept ans dont on ne voit pas qui sont les parents.
En revanche une bergerie (no 72), qui est dite apsta, est
probablement typique de populations que je dirais
volontiers en déplacement : elle comprend en effet deux
femmes, deux hommes et un couple avec leurs enfants qui
sont dits à rechercher ; plus des gens qui ne sont pas dits à
rechercher, un couple avec un fils et une fille bacheliers, un
fils de dix ans, une fille de cinq ans, une bachelière isolée,
trois bacheliers, deux couples, un couple avec un enfant au
sein, trois femmes avec leurs enfants qui ne sont pas
décrits10. Avec dix-sept adultes nommés (mais les cinq
femmes et les deux hommes avec des enfants ont
probablement un partenaire qui ne dépend pas de Saint-
Victor, ce qui ferait vingt-quatre adultes), six adolescents,
trois jeunes enfants et huit groupes de frères et sœurs, la
bergerie fait penser aux communautés de défricheurs
évoquées par Pierre Bonnassie.
7 On pourrait multiplier les exemples. Tantôt ce sont surtout
des personnes isolées qui sont absentes de la villa, par
exemple à Bargemon et Seillans, tantôt plutôt des gens avec
leurs enfants, par exemple à Lambesc et Betorrida.
8 Il ne fait pas de doute qu’au début du IXe siècle la
population est en pleine mutation et que l’exploration des
terres neuves commence peut-être. Un démarrage de la
croissance agricole est-il en train de s’amorcer ? le
polyptyque est un document trop isolé pour pouvoir
répondre. Le cartulaire de Saint-Victor de Marseille ne
comprend qu’une trentaine de chartes antérieures à l’An Mil

5 sur 29 13/04/2020 01:22


La croissance agricole du Haut Moyen Âge - Sur la croissance agricole en... https://books.openedition.org/pumi/22732

sur plus d’un millier, dont la moitié ne date d’ailleurs que


des deux dernières décennies du Xe siècle11. Le cartulaire de
Lérins n’en compte que neuf sur plus de trois cents12. Seuls
le cartulaire d’Apt possède une forte proportion de chartes
antérieures à l’an mil, une cinquantaine sur cent-vingt-six,
mais dans ce cas aussi la majorité des chartes datent de la
fin du Xe siècle13. Alors que les chartes de Catalogne du IXe
et du Xe siècle se comptent par milliers et permettent de
suivre avec précision la croissance agricole, les chartes
provençales sont en nombre infime. On n’en déduira pas
que rien ne se produisit pendant ces deux siècles. Mais, s’il
y a expansion comme le suggère le polyptyque selon moi,
celle-ci se passe de l’écrit.

La question des sources après l’An Mil


9 La croissance agricole de la Provence au Haut Moyen Age ne
peut donc guère s’étudier qu’à travers les actes des XIe et
XIIe siècles. Il est largement admis que ce sont deux siècles
de croissance rapide. C’est un fait qu’au tournant du
XIe-XIIe siècle commence l’assèchement des marais de la
plaine du Bas-Rhône, autour de Montmajour et autour
d’Avignon, qui ont pour conséquence la rapide croissance
des villes en Provence occidentale – la question a été traitée
par Jean-Pierre Poly dans sa thèse, n’y revenons pas14. Mais
qu’en est-il des innombrables petites plaines intérieures,
des plaines sèches et des vallées de la Provence
montagneuse dont l’expansion pouvait se grignoter à
travers des initiatives paysannes ? Souvent effleurée, la
question n’a jamais été véritablement posée pour
elle-même.
10 Soulignons d’abord que le cartulaire de Saint-Victor de
Marseille est un instrument de travail tout à fait
remarquable pour une recherche micro-régionale sur le
XIe siècle, beaucoup moins sur le XIIe siècle. Le grand
cartulaire, où se trouvent la majorité des actes, qui a été

6 sur 29 13/04/2020 01:22


La croissance agricole du Haut Moyen Âge - Sur la croissance agricole en... https://books.openedition.org/pumi/22732

copié à la fin du XIe et au début du XIIe siècle, est en effet


une collection de dossiers, possessions après possessions,
constitués par la succession des titres de propriétés, classés
pas forcément par ordre chronologique mais plutôt par
ordre d’importance : par exemple la plus grosse dotation ou
bien la fondation du prieuré. Certains folios restèrent en
partie en blanc et on y rajouta des actes au XIIe siècle,
souvent selon une certaine cohérence – sur la base d’un lien
entre l’acte du XIIe siècle et le dossier du XIe siècle. Mais la
plupart des chartes du XIIe siècle se trouvent dans un petit
cartulaire copié au XIIIe siècle, ou bien sont des pièces
isolées que Benjamin Guérard a publiées en appendice. Au
total les chartes du XIIe siècle sont beaucoup moins
nombreuses que celles du XIe siècle.
11 J’ai choisi d’examiner les trois micro-régions pour
lesquelles le cartulaires de Saint-Victor nous donne
exceptionnellement les moyens de distinguer le processus
final des transformations agricoles, dans les
années 1170-1180, quand s’achève la mise en place du
réseau des villages en Provence. Il s’agit de trois sections de
vallée, la moyenne vallée de l’Huveaune avec la construction
du castrum de Peypin aux dépens d’Auriol et Saint-
Zacharie, la vallée du Colostre en amont de son confluent
avec le Verdon avec l’organisation d’un castrum à Saint-
Martin-de-Brômes, et enfin la vallée de Rians à hauteur
d’Esparron-des-Pallières avec l’édification du village
aujourd’hui disparu du Revest d’Esparron.
12 A ces trois micro-régions choisies à partir d’un acte isolé de
la fin du XIIe siècle, on peut faire correspondre
d’importants dossiers datant des années 1030-1060. En ce
qui concerne Peypin, il faut consulter le dossier d’Auriol, qui
remplit presque trois folios du grand cartulaire (onze
chartes) et celui de Saint-Zacharie qui tient autant de place
(sept chartes)15. Les deux dossiers s’ouvrent par la plus
importante donation, celle de l’archevêque d’Arles,

7 sur 29 13/04/2020 01:22


La croissance agricole du Haut Moyen Âge - Sur la croissance agricole en... https://books.openedition.org/pumi/22732

Raimbaud de Reillanne. Peypin ne s’y trouve pas, mais s’y


trouve le territoire où le castrum sera construit. La charte
qui sanctionne la naissance de Peypin en 1177 se trouve
après le serment prêté à Saint-Victor en 1061 par un
seigneur d’Auriol16, et la copier à cette page était une
manière de souligner l’autorité de Saint-Victor sur le
seigneur d’Auriol auquel on reprochait de construire le
castrum. Le dossier d’Esparron occupe presque quatre
folios (seize chartes)17. Il s’ouvre sur la fondation du
prieuré ; mais la charte de fondation du Revest d’Esparron
est une pièce isolée que Benjamin Guérard a publiée en
appendice. Quant à Saint-Martinde-Brômes, on le retrouve
dans le dossier de la vallée d’Archinzosc ou Archincoscho
(deux folios, huit chartes, l’une s’intitulant alia de
Bromezes), Saint-Martin étant le nom de l’une des quatre
églises de la vallée, ecclesie de Castro et valle Archinzosc
sancte Marie et sanctorum Petri, Johannis et Martini18. La
charte du XIIe siècle est à part, au verso d’un folio resté en
blanc, au milieu des confirmations d’églises successivement
accordées par les archevêques d’Aix en 1082, 1093 et 1098.

Les premiers indices explicites de


croissance
13 C’est vers l’Huveaune qu’on peut remonter le plus haut dans
le temps, aux alentours de l’An Mil.
14 Grâce au dossier d’une villa disparue, Aimes, un dossier
très court (deux chartes), on peut remonter jusqu’en 984 : à
cette date l’évêque de Marseille établissait une convention
avec son père le vicomte par laquelle il lui donnait la moitié
de la villa d’Almes pour la reconstruire, propter medium
revestendum, et en 1001 l’évêque et le vicomte en rendaient
la moitié à Saint-Victor, moitié qu’ils avaient eu propter
vestitionis causa19. Non seulement les deux chartes ont
l’intérêt de mentionner explicitement un processus de
reconstruction, mais elles ont aussi le mérite de définir les

8 sur 29 13/04/2020 01:22


La croissance agricole du Haut Moyen Âge - Sur la croissance agricole en... https://books.openedition.org/pumi/22732

limites par rapport aux villae ou castra limitrophes. Dans


les deux cas on trouve Auriol tantôt appelée villa, tantôt
castrum20. En 984 la villa d’Almes, dite aussi castrum, va
jusqu’aux limites de la villa d’Auriol. En 1001 elle est
délimitée par une autre villa et trois castra, Gemenos,
Auriol et Nans. L’espace géographique de Aimes n’apparaît
pas très clairement, il est certainement très vaste et
correspond peut-être au bassin de Plan d’Aups au pied de la
Sainte-Baume. En ce cas cette petite plaine intérieure aurait
été repeuplée et reconstruite dans les dernières décennies
avant l’An Mil. Auriol et son territoire bordent donc une
zone de reconstruction, ce qui ne signifie pas pour autant
que le même processus s’y déroulait. La reconstruction y
était peut-être plus ancienne.
15 Cependant, deux chartes non datées qui auraient été
rédigées vers 1030 prouvent que les moines de Saint-Victor
avaient fait peu avant cette date quelques aménagements
sur les bords de l’Huveaune, à l’aval. La première charte
relate la donation par le vicomte de Marseille d’un moulin
où est aménagé un canal, situé à un gué permettant d’aller à
la villa Carviliano (le quartier Sainte-Marguerite de
Marseille), donc une rivière déjà aménagée, mais
récemment puisque l’évêque de Marseille donne en même
temps non seulement la dîme sur le moulin mais aussi tout
ce que les moines ont édifié autour21. La charte suivante
confirme l’œuvre des moines en citant explicitement le
moulin sur l’Huveaune et son canal qu’ils ont aménagé avec
beaucoup de peine et de frais au gué de Marguerite22. La
place de ces deux chartes dans le cartulaire invite à y
trouver un processus de reconstruction, puisqu’elles furent
copiées au tout début du grand cartulaire, après les
privilèges pontifiaux et impériaux et après la fameuse
charte de liberté accordée par l’évêque en 1005, suivie de ses
donations, charte dont le protocole initial est un historique
du monastère qui se termine sur les dévastations des

9 sur 29 13/04/2020 01:22


La croissance agricole du Haut Moyen Âge - Sur la croissance agricole en... https://books.openedition.org/pumi/22732

Sarrasins23.
16 Mais il ne faudrait pas oublier dans quelles conditions les
moines édifièrent le moulin de Sainte-Marguerite : dans
une villa où ils avaient pris pied en 1020 avec beaucoup de
difficultés à cause de la résistance opiniâtre des alleutiers
qui y étaient installés en maîtres, en d’autres termes dans
des terres déjà mises en valeur24. Par conséquent, si vers
1030 l’aménagement de l’Huveaune s’est tout récemment
amélioré, il paraît difficile de conclure que les rives étaient
auparavant des terres vierges ou vides. Bref, peu après l’An
Mil la basse vallée de l’Huveaune était probablement déjà
très largement exploitée. Or les chartes réunies par le
copiste à propos d’Auriol et de Saint-Zacharie prouvent que
lorsque l’abbaye prit pied dans la vallée moyenne de
l’Huveaune vers 1030, elle y trouvait aussi des moulins déjà
installés.

L’état de la croissance dans les


années 1030-1060
17 Examinons les dossiers copieux d’Auriol et Saint-Zacharie,
d’Archinosco et d’Esparron au moment de la main-mise de
Saint-Victor. Ils ont en commun plusieurs caractéristiques.
18 Tout d’abord il en ressort que partout le paysage est déjà
aménagé. Prenons le dossier de Saint-Zacharie et
examinons la première charte. On y voit apparaître treize
donateurs ou vendeurs, dix-huit terres : un alleu de
Raimbaud de Reillanne qui va de la montagne où est
adossée l’église à la rivière Savardun et à l’Huveaune, trois
braciarias près d’Orgnon, une quarterée de vigne in
Graulerias dont l’un des confins est dit “herme”25, trois
autres pièces de vigne d’un muid, l’une avec une terre
cultivée de même taille, dans trois lieux-dits différents, un
manse avec un muid de vigne, deux fois le tiers d’un même
moulin, une condamine dans les paluds au-delà de
l’Huveaune, treize sétiers de terre cultivée (six sétiers

10 sur 29 13/04/2020 01:22


La croissance agricole du Haut Moyen Âge - Sur la croissance agricole en... https://books.openedition.org/pumi/22732

devant l’église de l’est et sept sétiers dans un val, entourés


d’une autre terre et d’un fossé), deux donations à l’intérieur
des limites de la donation de l’archevêque d’Arles, enfin un
défens (devesum) dans les eaux de l’Huveaune. Seul le
défens et l’existence d’un herme en confront laissent
pressentir une possibilité d’accroissement de l’espace
agricole. Quant aux chartes suivantes, elles mettent en place
dans des lieux-dits différents huit vignes, quatre terres
dépendant de manses, une autre terre, des parts de quatre
autres moulin sur l’Huveaune, une terre à côté d’un moulin.
Une partie des actes est constitué d’échanges entre des
vignes du territoire d’Auriol et des terres labourables du
territoire de Saint-Zacharie. Le prieur de Saint-Zacharie
semble faire l’acquisition de tous les moulins de l’Huveaune
en amont d’Auriol, mais des moulins déjà édifiés26.
19 Prenons un autre exemple dans le dossier d’Esparron, qui a
l’intérêt de bien mettre en évidence l’ancienneté de
l’aménagement. Il s’agit de la troisième donation qui est
antérieure à 103227 Le donateur et sa femme donnent
d’abord une ancienne villa devenue condamine, terra ubi
fuerit villa et est condamina, plus précisément leur part qui
consiste en quatre pièces de terre dont les dimensions des
quatre côtés sont données en destres. L’une va de la “petite
montagne d’Artigues” au cimetière du monastère sur la
route d’Artigues à Rians et possède un ancien puits, une
autre se trouve sous la même route, une autre se trouve à
côté de la route entre deux vignes, et la quatrième, entourée
de terres, est près d’une autre route et va jusqu’à une vigne.
Aux morceaux de condamine, le donateur et sa femme
ajoutent d’autres pièces de terre et de vigne, très
soigneusement définies par les terres qui les bordent, dont
les propriétaires sont indiqués par leur nom – vingt noms
différents apparaissent ainsi une ou plusieurs fois28. Ceci
n’empêche pas que les dimensions des quatre côtés soient
également données : on distingue ainsi une terre entre une

11 sur 29 13/04/2020 01:22


La croissance agricole du Haut Moyen Âge - Sur la croissance agricole en... https://books.openedition.org/pumi/22732

vigne et une source, une vigne sous le castrum d’Esparron,


une autre vigne dans un autre lieu-dit (parmi les confronts
on note une vigne dont on dit qui l’a plantée), dans un
lieudit différent encore une autre vigne dont on dit aussi qui
l’a plantée, ailleurs encore une très grande terre bordée par
une vigne plantée, une autre terre et une rivière29. On voit
que certaines vignes ont été plantées récemment. Mais
l’ensemble des parcelles mesurées de façon si précise
semble s’insérer dans un paysage dessiné depuis
longtemps, marqué par une condamine divisée en quatre
morceaux, le vieux puits, le chemin.
20 En fait, non seulement les dossiers que j’ai retenus mais
tous ceux qui datent de la grande expansion des
possessions de Saint-Victor et nous restituent les titres de
propriétés lieux après lieux, qui se trouvent tous dans la
même fourchette chronologique 1030-1060, plus
particulièrement au temps de l’abbé Isarn (mort en 1047),
tous les dossiers prouvent que les moines mirent la main
sur des terres déjà aménagées30. Ceci ne nous étonne plus,
vu les rapports et les communications qu’on vient
d’entendre. La croissance serait donc largement antérieure
aux années 1030.
21 Le deuxième caractère commun à tous ces dossiers, c’est la
dispersion des donations entre de multiples lieux-dits et la
référence à des villae ou des territoires (les deux mots sont
souvent équivalents) dont le nom a disparu. la richesse de la
toponymie évoque des terroirs déjà anciens tandis que la
disparition des noms s’explique sans doute par le
regroupement ultérieur de l’habitat.
22 Richesse de la toponymie : la localisation des alleux donnés
par Rimbaud d’Arles à Saint-Zacharie en 1033 en est un bon
exemple. Ils se trouvent in loco qui vocatur Restonis, in
Grauterias, in Guarda fames, ad Poiolo Gauceranni, in
causalone, in valle Godomir, ultra Vuelnam31. Prenons un
exemple plus modeste avec les vignes situées à Auriol

12 sur 29 13/04/2020 01:22


La croissance agricole du Haut Moyen Âge - Sur la croissance agricole en... https://books.openedition.org/pumi/22732

qu’une femme et ses fils reçoivent en échange de la terre


au-dessus de l’église de Saint-Zacharie (charte no 102) : elles
se trouvent dans un manse qu’on nomme Vengalibenis, et
sont toutes situées par rapport à des lieux-dits différents :
vineas que nommant de Johana de Ripa, quartairada III ;
de Jaudado quartairada I a croso de Gaurinon ; a croso de
Symeon, Pontius Gaudaldus quartairata I ; alia
quartairata que nommant de Pontio Alda ; alia
quartairata, que nominant de Martino fabro, de
Amendolario ; alia quartairata, que fuit de muliere
Aimarico, que nominant Quairone. On voit que les
lieux-dits sont topographiques, par exemple, dans les
mêmes chartes on trouve ad Fontem Vuelna (au pont de
l’Huveaune), in rivum quern nuncupamus Savardum (à la
rivière que nous appelons Savardum), ad camino (au
chemin)32
23 Mais disparition de certains noms de territoire. J’ai déjà
cité la villa d’Almes dont le nom a disparu. De même celui
d’Archincoscho où se trouve l’église de Saint-Martin de
Bromes qui donna son nom au village33. J’insisterai sur le
nom de Solobiis où le seigneur d’Auriol construisit le
castrum de Peypin comme on le verra plus loin. Le nom se
trouve dans quatre chartes. Il est cité deux fois dans la
deuxième donation de Raimbaud d’Arles à l’église d’Auriol,
similiter dono de villa Solobii districtum et bagliam et
albergariam de medietate ejusdem ville et, un peu plus
loin, de supradicto Castro videlicet Auriolis et de
appendiciis ejus, hoc est castelli Ornonis, et ville Solobii vel
Lasa34. Le nom est alors celui d’une villa mal définie
puisqu’elle se confond parfois avec une autre (la villa Lasa,
ailleurs citée indépendamment – on considère qu’elle
correspond au territoire de Roquevaire35), laquelle villa
paraît dépendre d’Auriol. Le nom revient une trentaine
d’années plus tard quand un seigneur d’Auriol échange un
demimuid de terre contre un demi-muid de vigne in

13 sur 29 13/04/2020 01:22


La croissance agricole du Haut Moyen Âge - Sur la croissance agricole en... https://books.openedition.org/pumi/22732

castello Solobio36. C’est alors un castellum, mais on sait que


castellum et villa sont souvent mis l’un pour l’autre. Le nom
se retrouve trois fois dans la charte de 1177 comme nom de
territoire : là se trouve la colline de Peypin sur laquelle est
construit un nouveau château, castrum de Podio Pino
quodpredictus P. noviter edificaverat in quodam podio
territorii castri de Solobii, là le prieur de Saint-Zacharie
avait des droits, ut prior quicquid habebat in territorio de
Solobiis…, et le partage des droits eut pour conséquence la
définition des limites de ce territoire par rapport à Auriol
(qu’on fit passer par le ruisseau du Merlançon),
Territorium de Solobiis et de Auriol rivus de Merdazo
terminat atque dividit37. Enfin, dernière occurrence, le nom
se retrouve dans une charte de 1259, mais cette fois comme
patronyme, celui du chevalier Geoffroy de Solobiis qui
arbitre la fixation des limites entre Gréasque et Fuveaux, où
de nombreuses pierres furent posées38. Le nom est sans
doute déjà en train de se perdre à cause de la cristallisation
de l’habitat en villages. A l’époque moderne le nom n’est
plus lié à un habitat, « le nom s’est conservé dans celui de
Solobre, donné à la chaîne de collines qui s’étend sur la rive
gauche de l’Huveaune, depuis Saint-Estève jusqu’à la Gardy
(deux lieux-dits du territoire actuel de Roquevaire) » nous
dit B. Guérard dans le dictionnaire géographique publié à la
suite du cartulaire de Saint-Victor. Je n’ai pas pu vérifier si
le nom était encore connu aujourd’hui, en tout cas il ne se
trouve sur aucune carte topographique.
24 Le dernier caractère commun à ces dossiers n’étonnera
personne : les donations et les ventes viennent d’alleutiers.
Jean-Pierre Poly a suffisamment insisté sur cet aspect dans
sa thèse pour que je n’y revienne pas39. Notons seulement
qu’il est difficile de distinguer des paysans. A côté de
quelques hommes de grande notoriété, on trouve des
inconnus, mais qui ne sont certes pas sans importance. Tel
cet homme qui vend sa part de condamine au prieur de

14 sur 29 13/04/2020 01:22


La croissance agricole du Haut Moyen Âge - Sur la croissance agricole en... https://books.openedition.org/pumi/22732

Saint-Zacharie pour un bœuf, un cheval, un verrat et une


truie, qui n’est pas le seul exemple d’un homme échangeant
de la terre contre des animaux. Les donateurs apparaissent
souvent comme de gros exploitants agricoles.

Réaménagements à la fin du Haut Moyen


Age
25 Après les années 1070, l’obscurité se fait sur nos trois
petites régions. Il faut laisser se passer un siècle et attendre
le début du règne d’Alphonse 1er pour qu’elles émergent à
nouveau dans la documentation et ceci dans des conditions
remarquables.
26 Dans la vallée de l’Huveaune, il s’agit de la construction
d’un château sur une hauteur dans un territoire où le
prieuré victorin de Saint-Zacharie avait des droits, que j’ai
déjà évoqué ci-dessus. Le château et son lieu-dit, podium
pinum, qui donnera Peypin, en français “colline au pin”,
lieu-dit qui apparaît pour la seule fois dans le cartulaire de
Saint-Victor, se trouve au nord-ouest du castrum d’Auriol,
le prieuré de Saint-Zacharie se trouve à l’est du castrum
d’Auriol, en amont de la vallée. Le prieur voulait empêcher
la construction du château qui se dressait sur le territoire de
Solobiis où il possédait la moitié des droits. Le seigneur
revendiquait des droits dans la villa de Savart à proximité
de l’église de Saint-Zacharie40. Après plusieurs jugements
non suivis d’effets, l’affaire fut portée à la cour du comte à
Aix, et l’accord se fit sur la base d’une permutation des
droits. Le prieur de Saint-Zacharie céda tous ses droits sur
le territoire de Solobiis dont les limites orientales en
direction d’Auriol furent alors définies comme on l’a déjà
vu, ainsi que sur la partie occidentale du territoire d’Auriol.
Le seigneur céda tous ses droits à proximité du prieuré,
dans la villa de Savart près de l’église, spécialement sur une
certaine hauteur (podium specialiter de Carfans, nom
apparemment disparu), et dans tous les lieux qui se

15 sur 29 13/04/2020 01:22


La croissance agricole du Haut Moyen Âge - Sur la croissance agricole en... https://books.openedition.org/pumi/22732

trouvaient à l’est d’Auriol (le castrum d’Orgnon et ce qui est


au-dessus de Salète, a Saletas superius). Et surtout, clause
essentielle, le comte accorda aux deux seigneurs le droit de
faire venir leurs paysans dans leur seigneurie, possesiones
vero rusticorum et colonias licitum dominis, si voluerint,
in sua dominicatura convertere. Peut-être pour cette raison
le château réussit à cristalliser le groupement de l’habitat –
ce qui ne se produisait pas toujours comme le montrent
bien les travaux des archéologues41. Le château donna
naissance au petit village de Peypin, assez fragile pour
disparaître dans la tourmente du XVe siècle, mais pas assez
pour disparaître définitivement42. On peut se demander si
le prieur ne projetait pas de son côté la construction d’un
autre château sur la colline spécialement mentionnée dans
la sentence comtale. En ce cas, il semble que le projet resta
sans conséquence et le village définitif porte le nom de
Saint-Zacharie43. Sans doute le village était déjà là. Les
structures de propriété furent certainement bouleversées, le
paysage rural le fut aussi, en tout cas à Peypin. Mais rien ne
prouve que cette mutation entraîna une croissance agricole.
27 Esparron émerge à propos d’un arbitrage de la même cour
comtale, à la même date44. Dans ce cas il n’est pas question
de château, mais seulement de l’aménagement d’un défens
pour restaurer un petit domaine au lieu-dit le Revest, (in
restauracione et translacione villule nuper Revestum
vocitate). Or, comme dans la charte de Saint-Zacharie, il est
convenu que le prieur d’Esparron a le droit d’y faire venir
ses hommes et les installer, licitum est et liberum predicte
villule homines ad quodam defensum ecclesie Sancte Marie
proximum transferre et mansiones ibidem construere.
L’entreprise aboutit, puisque le village de Revest d’Esparron
est présent dans les enquêtes fiscales du début du
XIVe siècle, mais il est minuscule et disparut par la suite45.
On est bien dans la dernière phase de la croissance agricole
caractéristique du Haut Moyen Age, qui se traduit par la

16 sur 29 13/04/2020 01:22


La croissance agricole du Haut Moyen Âge - Sur la croissance agricole en... https://books.openedition.org/pumi/22732

création d’un habitat groupé.


28 Saint-Martin de Bromes émerge cinq ans plus tard, en 1182.
La charte en question est assez fameuse parce qu’elle a été
traduite par Edouard Baratier dans les documents
d’histoire de la Provence46. Elle est d’une précision en
matière de définition des droits tout à fait exceptionnelle
dans le cartulaire de Saint-Victor. On n’y découvre pas
exactement la construction d’un castrum mais le règlement
des rapports entre les moines de Saint-Victor (représentés
par le même prieur d’Esparron), les quatre chevaliers du
castrum et les paysans47. Un fait montre bien que le
castrum est de construction toute récente, le fait qu’il reste
encore à construire la maison des moines, une tour
forteresse puisque les murs devront avoir environ huit
mètres de haut (quatre cannes), et plus d’un mètre
d’épaisseur (quatre pans), que les chevaliers s’engagent à
faire édifier. Le fait qu’on prévoit la venue d’autres paysans
et la construction de nouveaux moulins par les chevaliers
montre qu’on est dans un contexte de croissance. Le fait que
les moines se donnent les moyens d’aménager une réserve
implique des bouleversements dans les structures
agraires48.
29 On sait que dans le dossier du XIe siècle il n’est pas question
d’un castrum ou d’une villa à Saint-Martin de Bromes mais
seulement d’une église. Un siècle et demi plus tard, avec
l’appui des quatre petits seigneurs cités dans la charte, si
modestes qu’ils ne peuvent pas remplir leurs obligations
militaires sans l’aide des moines et qu’on prévoit qu’ils
puissent se retirer en cas de guerre sans perdre leurs droits,
les moines auront regroupé les paysans dans un nouveau
castrum et pour cette raison auront mis par écrit les
nouveaux rapports qui découlaient de l’opération. Ils
tentent et réunissent ici ce qu’ils n’ont sans doute pas fait à
Saint-Zacharie malgré les possibilités que leur laissait
l’arbitrage du comte. De cette entreprise, il sortit un village

17 sur 29 13/04/2020 01:22


La croissance agricole du Haut Moyen Âge - Sur la croissance agricole en... https://books.openedition.org/pumi/22732

relativement important. En ce cas la construction du


castrum renforça le peuplement et alimenta une forme de
croissance agricole.
30 Or, à la date de 1177, le comte de Provence Alphonse 1er avait
non seulement arbitré le conflit entre le prieur de Saint-
Zacharie et le seigneur d’Auriol et soutenu le prieur
d’Esparron, mais il avait aussi accordé aux moines de Saint-
Victor le droit de « construire et édifier de nouveaux
châteaux et de nouveaux villages partout où ils voudraient
sans qu’on les empêchât d’y transférer leurs dépendants »49.
Les co-signataires sont les mêmes que pour les chartes de
Saint-Zacharie et Esparron. On est donc amené à supposer
dans le dernier tiers du XIIe siècle un processus
d’“incastellamento” plus net qu’on l’aurait cru, peut-être
favorisé par le comte de Barcelone qui aurait cherché à
reproduire en Provence le processus par lequel se
développait la Nouvelle Catalogne d’où provenaient les plus
fidèles membres de son entourage50. La Provence
connaîtrait alors une politique de développement
systématique dont les effets restent à apprécier.
31 La construction de Peypin et Roquevaire est à peu près
contemporaine de la naissance de Rougiers51. De façon plus
générale, ces années correspondent à une étape décisive
dans l’organisation du peuplement. Cependant les exemples
analysés ci-dessus sont les seuls à faire allusion
explicitement à un transfert autoritaire des paysans. Faut-il
penser que ce sont des cas isolés ? En tout état de cause, ces
transformations affectent les structures de peuplement mais
n’entraînent pas forcément une croissance de la production
agricole.
32 Les textes concernant la villa d’Almes et la basse vallée de
l’Huveaune peuvent donner à croire qu’aux abords de
certaines côtes, la reconstruction et par conséquent la
croissance furent peut-être rapidement menées autour de
l’An Mil – rappelons que Pierre Bonnassie nous a montré

18 sur 29 13/04/2020 01:22


La croissance agricole du Haut Moyen Âge - Sur la croissance agricole en... https://books.openedition.org/pumi/22732

comment la croissance catalane se fit le temps de deux ou


trois générations, pas plus. Mais je ne me risquerais pas à
généraliser ces remarques à toute la Provence. Les derniers
travaux de Michel Fixot montrent qu’on ne peut pas non
plus faire de la Provence orientale une terre de reconquête
agricole. Il écrit des rives de la Siagne (aux abords de
l’actuel Cagnes-sur-mer donc au cœur de la Provence
orientale mais aussi à proximité de la côte) que c’est « une
région utile et un paysage très humanisé qui apparaît dès
cette époque ancienne dans les quelques documents
rassemblés au commencement du cartulaire de Lérins. Ce
paysage est cultivé, et il évoque aussi un parcellaire
complexe et morcelé sans rapport avec ce que seraient des
terres abandonnées ou récemment mises en valeur52. »
Pourtant l’un des donateurs a fait l’acquisition de ses biens
au cours de la guerre menée au nom de saint Mayeul, c’est-
à-dire la guerre contre les Sarrasins53.
33 Qu’on se tourne vers les possessions de Lérins comme vers
celles de Saint-Victor, ce sont des terroirs déjà constitués
qui émergent dans l’histoire peu après l’An Mil. Le
problème de savoir quand l’essor a commencé reste donc
entier. Le mouvement est-il très récent, la Provence est-elle
longtemps restée vide à partir des temps carolingiens
comme une interprétation très pessimiste du polytyque a pu
le faire croire ? Rien n’est moins prouvé. En revanche, il est
certain qu’au milieu du XIe siècle, les populations
provençales ont trouvé des maîtres – on ne dira pas les
maîtres qui leur manquaient ! La domination de l’Eglise
s’installe54. Mais si les terres changèrent de main, le système
agraire changea probablement moins vite et la croissance
agricole proprement dite n’est pas évidente. Quant à l’étape
finale, lorsqu’achève de se mettre en place le réseau des
villages, elle est de ce point de vue encore très obscure. Que
cette étape s’accompagne d’un remembrement des terres et
d’un déplacement brutal des hommes, cela fait peu de doute

19 sur 29 13/04/2020 01:22


La croissance agricole du Haut Moyen Âge - Sur la croissance agricole en... https://books.openedition.org/pumi/22732

aux environs d’Auriol, à Saint-Martin de Bromes et dans la


région d’Esperron. Que le fait soit général reste encore à
prouver et une enquête en ce sens connaîtrait beaucoup de
difficultés à cause d’une documentation moins riche que
pour le XIe siècle. Elle mériterait d’être tentée.

Notes
1. La Descriptio mancipiorum ecclesie Massiliensis a été publiée par B.
Guérard en appendice au Cartulaire de l’abbaye de Saint-Victor de
Marseille, Paris 1857, t. II, p. 633-656. Dans les notes qui suivent, la
référence au cartulaire de Saint-Victor se fera sous le sigle CSV. Voir
mon étude, “Enfants et jeunes au IXe siècle, la démographie du
polyptyque de Marseille (813-814)”, Provence Historique, t. XXXI, fasc.
126, oct.-déc. 1981, p. 355-384.
2. La description est faite par villa, ou villa vel ager (un cas : de villa vel
agro Sinaca), ou ager (deux cas : de agro Galadio, de agro Ciliano),
chaque villa ou ager consistant en colonicœ, définies par un lieu-dit, un
groupe de personnes et une redevance (généralement une brebis). Une
proportion variable de colonicœ sont dites apstae. Il est possible que le
mot signifie non pas terres abandonnées mais terres dont les exploitants
ne seraient pas sur place (voir J.P. DEVROEY, “Mansi absi : indices de
crise ou de croissance de l’économie rurale du Haut Moyen Age” Le
Moyen Age, no 3-4, 1976, p. 421-451). On peut remarquer que là où il est
possible d’identifier les lieux-dits, on s’aperçoit que les colonicœ du
polyptyque sont situées à la limite du saltus dans des zones en hauteur
actuellement couvertes de bois et de garrigues, ce qu’on peut interpréter
comme le signe d’une activité de défrichement (voir Ch. HECK,
“Implantation religieuse et renouveau des campagnes en Provence du
XIe au XIIIe siècle : la région de Lambesc”, Archéologie médiévale,
tome V, 1975, p. 45 à 72) ; mais justement ces colonicœ sont presque
toutes dites apstae, et plutôt que d’y voir le signe d’une catastrophe, ne
devrait-on pas faire l’hypothèse que le déplacement de l’habitat vers des
sites plus favorisés aurait déjà eu lieu ?
3. On compte cent-trente-huit groupes parentaux (complets ou
tronqués) avec des enfants de moins de douze ans (infantes). Dans
soixante-dix-neuf cas, 57 % des cas, on nous dit le nom et l’âge de chaque
enfant, ou si l’enfant est au sein. Dans cinquante-neuf cas, 43 % des cas,
on utilise la formule cum infantes suos. Mais il ne faudrait pas se laisser
abuser par la précision des chiffres parce que la distinction des noyaux
conjugaux n’est pas évidente quand plusieurs générations s’emboîtent les

20 sur 29 13/04/2020 01:22


La croissance agricole du Haut Moyen Âge - Sur la croissance agricole en... https://books.openedition.org/pumi/22732

unes dans les autres au sein d’une famille (voir la réédition du


polyptyque dans la thèse de J.Fr. BREGI qui a essayé de reconstituer les
familles, Recherches sur la démographie rurale et les structures sociales
au IXe s., thèse de doctorat en droit, Parix X, 1975, exemplaire
dactylographié).
4. On compte à rechercher vingt adultes sans enfants (neuf hommes
seuls, six femmes seules, un couple, et un couple avec un fils que je
compte avec les adultes) et vingt-six jeunes (vingt-deux garçons et quatre
filles, souvent dits “fils” ou “filles”, presque toujours dits “bacheliers”).
Avec les soixante-dix adultes cum infantes suos (quinze couples, vingt-
quatre femmes, seize hommes), cela ferait cent-seize personnes connues
par leur nom qui n’ont pas pu être rencontrées par les enquêteurs, sur un
total de huit-cent-soixante-treize personnes distinguées dans le
polyptyque (en comptant les enfants au sein).
5. Sur les huit-cent-soixante-treize personnes distinguées dans le
polyptyque, on trouve trois-cent-quatre-vingt-quatorze adultes
(individus mariés, veufs ou isolés), trois-cent-quatorze jeunes (fils et
filles non mariés en général dits bacheliers ou bacheliers tout court), et
cent-soixante-cinq enfants de moins de douze ans (infantes).
6. Voir M. ZERNER, art. cit., p. 368-9 : s’il est impossible de calculer le
taux de fécondité, on peut néanmoins calculer le rapport entre le nombre
des enfants de 0 à 4 ans et celui des femmes mariées, comme l’on fait D.
HERLIHY et Ch. KLAPISCH sur les données du catasto florentin de 1427
(Les Toscans et leur famille, Paris 1978). Or ce rapport est du même
ordre que celui du catasto dans les villœ de Seillans et Bargemon, où les
enfants sont nombreux, rapport élevé nous disent D. HERLIHY et Ch.
KLAPISCH parce que le catasto saisit la population alors qu’elle répare les
pertes subies pendant la récente attaque pesteuse.
7. Voir ibid., p. 370 : les jeunes du polyptyque, c’est-à-dire les bacheliers
et les fils et filles sans enfant, font 38 % de la population présente sur les
colonicœ, alors que les jeunes de 11 à 25 ans dans la Toscane du catasto
ne représentent que 23 % de la population, en comptant les jeunes
mariés (or 30 % des filles sont mariées à cet âge en Toscane).
8. Les enfants de sexe féminin ont été aussi scrupuleusement notés que
ceux de sexe masculin. Le taux de masculinité, ou nombre de garçons
pour cent filles, est seulement de soixante-quatorze dans la population
enfantine.
9. L’ager Galadio comprend outre des colonicœ, des vercarias,
probablement des bergeries.
10. CSV, t. II, p. 642, 647, 648.

21 sur 29 13/04/2020 01:22


La croissance agricole du Haut Moyen Âge - Sur la croissance agricole en... https://books.openedition.org/pumi/22732

11. Sur les huit-cent-dix-sept actes du grand cartulaire de Saint-Victor de


Marseille (le Chartularium majus copié à la fin du XIe et au début du
XIIe siècle) on ne compte que vingt-et-un actes antérieurs à l’An Mil, six
diplômes impériaux, une charte de Manasses, deux notices de plaids et
une donation pour la période qui va du IXe au début du Xe siècle et onze
chartes de donations ou notices datant du dernier tiers du Xe siècle,
auxquels il faut ajouter huit actes provenant du fonds des archives de la
cathédrale, deux du VIIe siècle, trois de la première moitié du Xe siècle,
trois de la fin du Xe siècle (publiés en appendice par B. Guérard, sans
compter le polyptyque).
12. Sur les trois-cent-trente chartes ou notices recopiées dans l’ancien
cartulaire de Lérins au XIIIe siècle (trois-cent-soixante-quatre si l’on
compte dix folios ajoutés après le XVIIe siècle, quand on remplaça la
reliure ancienne par une nouvelle), neuf sont antérieures à l’An Mil : un
privilège impérial de la fin du VIIIe siècle, trois chartes du IXe siècle et
cinq donations des années 990. Le début du XIe siècle est encore très
pauvre : seulement sept chartes antérieures à 1025 (Cartulaire de
l’abbaye de Lérins, publié par H. MORIS et E. BLANC, Paris 1883,
première partie, voir l’introduction).
13. Le cartulaire d’Apt, qui n’est connu que par des copies modernes,
comprend cent vingt-six actes : cinq actes du IXe siècle, sept actes du
premier quart du Xe siècle, quatre du deuxième quart, sept du troisième
quart, trente du dernier quart du Xe siècle, dont vingt-trois entre 980 et
l’an mil (Cartulaire de l’église d’Apt, édition avec introduction,
commentaire et notes par J. BARRUOL, N. DIDIER, H. DUBLED, Paris,
librairie Dalloz, 1967). Voir la belle étude de Y. CODOU, “L’habitat au
Moyen Age : le cas de la vallée d’Apt”, Provence Historique, t. XXXVIII,
fasc. 152, avril-mai-juin 1988, p. 149-164.
14. J.P. POLY, La Provence et la société féodale, 879-1166, Paris 1976,
voir le chapitre sur l’accumulation, p. 214-221.
15. CSV, t. I, p. 84 à 95, no 57 à 67 (Auriol) et p. 126 à 135, no 101 à 106
(Saint-Zacharie).
16. La charte de la fondation de Peypin suit la charte no 758 (hec sunt
sacramenta de castris sancti Victoris) qui est la transcription du serment
prêté par Poncius fils d’Adalgarda pour le castrum d’Auriol, charte qui
fait elle-même suite au “dossier Cursonis” (fondation d’un prieuré au
mont Cousson près de Digne), où Adalgarda est donatrice.
17. CSV, t. I, p. 288 à 302, no 267 à 282.
18. CSV, t. I, p. 620 à 626, no 623 à 630 (no 628, alia de Bromezes : le
ministerial d’Archinocosco renonce à la tasque et à la moitié des droits

22 sur 29 13/04/2020 01:22


La croissance agricole du Haut Moyen Âge - Sur la croissance agricole en... https://books.openedition.org/pumi/22732

qu’il percevait sur les hommes, les défens, les rives, la dîme et tout ce
qu’il réclamait dans l’obédience de Saint-Martin de Bromes dans le
territoire d’Archincosco).
19. CSV, t. I, p. 98, no 70 et p. 96, no 69. Ce type de contrat a été analysé
par Jean-Pierre Poly à propos des châteaux et s’apparente à un contrat
de comptant, typique d’un processus de reconstruction (op. cit, p. 155).
20. Sur la transformation des villa en castrum au tournant de l’An Mil,
voir J.P. POLY, op. cit., p. 125-6, et sur la confusion entre villa, castrum et
castellum voir entre autres et en dernier Y. CODOU, art. cit., note 13.
21. CSV, t. I, p. 26, no 20 : le vicomte de Marseille Guillaume et son frère
Foulques donnent un moulin… de molendino qui est situs justa fluvium
Vuelne, ex eadem Vuelna ubi Gerenus fluvius cadit in bedalle de
supradicto molendino, ad guadum Vuelne per quod itur ad
Carvilianum… de omni decimo supradicti molendini, sive ortorum et
pratorum vet arborum et omnium omnino rerum que in supradicto
termino monachi sancti Victoris hedificaverunt.
22. CSV, t. I, p. 27, no 21 : le même vicomte et son frère donnent leurs
droits sur le moulin : hoc est de ipso molendino quem monachi
hedificaverunt cum magno labore, et multis sumptibus construxerunt
super fluvium Vuelne, in locum quem vocant Vadum de Margarita,
ipsam terciam partem que pertinet ad potestatem, et ipsum bedal, et
tota terra que continetur infra ipsum bedal, sic procedit ipse rivus de
bedal de ipsa matre, et, circumacto molendino, cadit in ipsam matrem.
Est-ce le même moulin que dans la charte précédente ou un autre ?
23. CSV, t. I, p. 18 à 22, no 15 ou carta liberalis.
24. CSV, t. I, p. 35, no 27, vers 1020, redditio de villa Carviliano. Dans la
querelle qui les opposa aux moines, après avoir fait traîner les choses, les
alleutiers sollicitèrent le jugement de Dieu. Ils contestèrent le premier
résultat qui leur était défavorable et firent procéder à un deuxième
jugement (par le feu) qu’ils contestèrent encore. Alors les moines
apportèrent la châsse de Saint-Victor sur les lieux en litige et
provoquèrent un grand rassemblement de peuple et les alleutiers
cédèrent enfin. Quelques-uns continuèrent cependant à résister, d’où un
troisième jugement (par l’eau). Encore faut-il ajouter qu’une fois l’alleu
“récupéré” par les moines, on dut encore recourir à ce type de jugement
pour en définir les limites.
25. “Herme” signifie inculte en provençal.
26. Le dossier réuni par les moines sous le titre de Saint-Zacharie est
tout à fait semblable à celui du prieuré de Dane analysé par Ch. HECK
(Saint-Victor et le mouvement de reconstruction en Provence du Xe au

23 sur 29 13/04/2020 01:22


La croissance agricole du Haut Moyen Âge - Sur la croissance agricole en... https://books.openedition.org/pumi/22732

XIIIe siècle, de la Durance à la Touloubre, mémoire de maîtrise soutenu


à Aix-en-Provence en 1972 sous la direction de G. Démians
d’Archimbaud, repris dans l’article cité dans la note 2). Le prieuré réussit
à drainer vers lui toute une série de donations et une demi-douzaine de
moulins à eau sur le Touloubre, selon une chronologie très voisine, les
donations fondatrices datant du célèbre abbé Isarn, les acquisitions
isolées qui les complètent datant de ses successeurs immédiats. Les
dossiers de Saint-Gontard et de Lambesc sont aussi très semblables.
27. CSV, t. I, p. 291-3, charte no 269, datée du mois de janvier, la veille du
jeudi de l’épiphanie, sous le règne de Raoul (qui meurt en 1032) :
donation de Josfredus (Geoffroy de Rians) et sa femme Scocia.
28. De même, dans un mémoire de maîtrise sur les bassins de Brignoles
et de Saint-Maximin, soutenu à Aix-en-Provence en 1972 sous la
direction de G. Démians d’Archimbaud, Fr. Durand trouve que les
donations consistant en pièces de terres s’éparpillent au milieu de
multiples possessions différentes, le fait qu’un champ soit entouré de
quatre champs appartenant chacun à des propriétaires différents n’étant
pas rare (Saint-Victor et te mouvement de reconstruction en Provence :
les bassins de Saint-Maximin et Brignoles).
29. Les quatre morceaux de la condamine font, le premier
cent-trente-trois destres de côté sur quatre-vingt-dix destres de “front”,
le deuxième cent destres de côté sur soixante-trois de “front”, le
troisième soixante-quinze destres sur trente-six, le quatrième
cent-cinquante destres d’un côté, un blanc pour l’autre côté, sur deux
cents destres de “front”. Les autres terres font, la première soixante-
dix-sept destres d’un côté, quatre-vingt-dix destres de l’autre et
soixante-dix destres de “front”, la première vigne vingt-deux destres des
quatre côtés, la deuxième vigne d’un demi-muid fait soixante-deux
destres sur treize, la troisième vigne aussi d’un demi-muid fait
trente-deux destres sur dix-sept, la grande terre fait dix muids et
cent-soixante-dix destres d’un côté, de l’autre cent-quatre, de “front”
cent-vingt-quatre destres d’un côté, trois-cent-soixante de l’autre (CSV,
t. I, p. 292-3).
30. Voir les dossiers étudiés par Ch. HECK et Fr. DURAND cités plus haut,
qui s’appuient sur des chartes de donations dont la majorité se trouvent
dans la fourchette chronologique 1030-1070 et concernent en général
des terres cultivées. Retenons que Ch. HECK trouve peu d’exemples de
reconstruction de chapelles, peu de consécrations et retenons sa
conclusion : la place exceptionnelle du monde ecclésiastique dans le
renouveau de la vie rurale ne saurait faire illusion, l’Eglise n’organise pas
véritablement la reconstruction mais se contente d’en être le bénéficiaire

24 sur 29 13/04/2020 01:22


La croissance agricole du Haut Moyen Âge - Sur la croissance agricole en... https://books.openedition.org/pumi/22732

indirect en recevant des mains des pieux donateurs la possession de


chapelles privées et de terres, recueillant les fruits élaborés d’une
conquête laïque déjà ancienne (art. cit., p. 54).
31. CSV, t. I, charte 101, p. 126-129.
32. CSV, t. I, charte 102, p. 129-131.
33. Le nom d’Archinzosc a disparu. Dans le dictionnaire géographique
sur lequel se termine la la publication du cartulaire par B. Guérard, on
trouve que Archincosc et ses autres formes est à l’origine du lieu-dit
Saragousse ou Charagousse sur le territoire de Saint-Martin-de-Brômes.
Je note l’existence d’un village pas très éloigné dont le nom s’en inspire
forcément, Artignosc-sur-Verdon, qui toutefois se trouve dans une tout
autre vallée.
34. CSV, t. I, p. 86, no 58, 1040.
35. Cf. J.H. ALBANES, Histoire de la ville de Roquevaire et de ses
seigneurs au Moyen Age, 1882, Laffite Reprints, Marseille 1975, et I.
GANET, Le village médiéval de Lasa/Roquevaire dans la vallée de
l’Huveaune et la chapelle Saint-Vincent, Mémoire de maîtrise sous la
direction de G. d’Archimbaud, Aix-en-Provence, 1978.
36. CSV, t. I, p. 59, no 39, entre 1065 et 1079.
37. Charte de Saint-Zacharie (Var, arr. de Brignoles, c. de Saint-
Maximin), CSV, t. 11, p. 102-4, no 759, mai 1177.
38. CSV, t. II, p. 604, no 1130, 1259.
39. J.P. POLY, op. cit., p. 131 et ss., la dégradation de la situation
alleutière.
40. Il s’agit de Pierre Bremond d’Auriol, qui figure avec le titre de
chevalier comme cojureur du vicomte de Marseille en 1164 (CSV, t. II,
p. 580, no 1106), dont le chanoine Albanès (op. cit.) a démontré que le
frère, Bertrand, édifiait à peu près à la même époque le château de
Roquevaire.
41. Grâce aux travaux des archéologues, spécialement ceux de Michel
FIXOT et de Gabrielle DEMIANS d’ARCHIMBAUD, on commence à bien
connaître cette étape, en tout cas en Provence occidentale : au XIe siècle
commence un lent mouvement vers le groupement de l’habitat autour de
l’église, du prieuré ou du château, où la forme nouvelle du castrum est
remise en question jusqu’au milieu du XIIe siècle, sinon même du
XIIIe siècle dans le bassin d’Apt, et ne réussit pas toujours (voir G.
DEMIANS d’ARCHIMBAUD et M. FIXOT “L’organisation de la campagne en
Provence occidentale : indices archéologiques et aspects

25 sur 29 13/04/2020 01:22


La croissance agricole du Haut Moyen Âge - Sur la croissance agricole en... https://books.openedition.org/pumi/22732

démographiques (XIe-XIe siècles)”, Provence Historique, t. XXVII, fasc.


107, janv.-mars 1977, p. 3-23, et M. FIXOT, “Bastida de Baniols, Cadrix
revisited”, ibid., fasc. 141, 1985, p. 289-298).
42. Voir E. BARATIER, La démographie provençale du XIIIe au
XVIe siècle, Paris 1961, p. 135 : inhabité en 1400, onze maisons en 1540,
dix-huit en 1698, dix-sept en 1728 et vingt-cinq chefs de famille,
quarante maisons en 1765.
43. Il semble qu’au prieuré masculin se soit substituée une maison de
moniales bénédictines (cf. la charte-partie de 1213, tirée des archives de
Saint-Victor, et l’interprétation de Fr. DUPLESSY, Un prieuré provençal
au Moyen Age, les bénédictines de Saint-Zacharie, D.E.S. sous la
direction de G. DUBY, Aix-en-Provence, 1967).
44. Charte de Revest d’Esparron (Esparron-de-Pallières, Var, arr.
Brignoles, cant. Barjols) : CSV, t. II, P. 584-5, no 1110, 21 mai 1177 : le
comte de Provence demande à ses fidèles de Rianz et à G. de SIMIANE de
ne pas empêcher la restauration et la translation du petit village de
Revest d’Esparron (villule) par le prieur d’Esparron. Les signataires de la
charte sont les mêmes que ceux de la charte de Saint-Zacharie.
45. Voir E. BARATIER, op. cit., p. 148 : onze feux de queste en 1303-4,
inhabité en 1471 et en 1518.
46. Charte de Bromes (Saint-Martin de Bromes, Alpes de Haute-
Provence, arr. Digne, canton de Valensole) : CSV, t. I, p. 248-50, no 223, 2
novembre 1182. Traduit par E. BARATIER, Documents de l’histoire de la
Provence, textes choisis, Toulouse 1971, p. 69-71.
47. Le problème n’était pas de mettre fin à des abus auxquels la charte
ne fait pas la moindre allusion mais de définir les devoirs réciproques
des moines et des chevaliers et de partager les droits sur les paysans : les
quatre chevaliers font hommage et fidélité à l’abbé auquel ils doivent
conseil et aide en cas de guerre, mais à ses frais ; ils ont la possibilité de
lui rendre le castrum s’ils ne peuvent soutenir une guerre avec obligation
pour l’abbé de le leur restituer une fois la guerre terminée ; ils doivent
pouvoir servir de fideijusseurs, ils doivent l’héberger lui et sa suite deux
fois par an. L’abbé leur doit sa protection. Sur les paysans, les moines ont
le fournage mais ils partagent avec les chevaliers les deux porcelets que
chaque homme du village doit s’il nourrit un porc. Les moines auront
droit à une corvée d’une journée de labour par an et par paysan ayant
des bœufs s’ils labourent par leurs propres moyens (si monachi vel
clerici eorum colerent terras proprio aratro, omnes rustici de sancto
Martino debent eis facere coroatam, per unum diem in anno, qui
habuerit boves). Ils partagent les “oblies” sur les paysans actuels et à

26 sur 29 13/04/2020 01:22


La croissance agricole du Haut Moyen Âge - Sur la croissance agricole en... https://books.openedition.org/pumi/22732

venir. Les moines partageront avec les chevaliers les quartons sur les
vignes même si celles-ci sont plantées sur les terres propres des moines
ou des chevaliers (etiam si vinee facte essent in dominicatura
monachorum vel militum). Le paroir est aux moines mais le moulin est
commun et les chevaliers ne peuvent en construire un autre sans l’avis
des moines sur tout le cours de la rivière même en dehors du territoire
de Saint-Martin. Les chevaliers doivent construire la maison des moines.
48. Les clauses sur les labours et sur les quartons de vigne montrent
qu’une réserve était en projet.
49. Castella construere et villas de novo hedificare et homines suos in
predictis castellis et villis sine cujusquam impedimento transferre.
Privilège d’Alphonse I : CSV, t. II, p. 298-9, no 902, 21 mai 1177. Les
témoins sont les mêmes que dans les chartes no 759 et 1110 : les nobles
de la cour, G. à savoir Guerreiat procureur de Provence, A. de Villa
Mulorum, G. dal Carraz, G. de Claro Monte, A. de Paladol, B. d’Auriac et
plusieurs autres nobles.
50. Voir M. AURELL “Le personnel politique catalan et aragonais
d’Alphonse 1er en Provence (1166-1196)”, Annales du Midi, t. 93, no 152,
avril-juin 1981, p. 121-139 : quand Alphonse 1er accède à sa majorité il est
entouré de chevaliers catalans et quatre membres de son conseil
permanent qui le suivent dans ses déplacements sont, nous dit M. Aurell,
des parvenus dont les possessions sont en train de s’étendre en Nouvelle
Catalogne ; tel est le cas de A. de Villa Mulorum, G. dal Carraz, G. de
Claro Monte et A. de Paladol, cosignataires des chartes de Saint-Zacharie
et Esparron et du privilège général.
51. Cf. G. DEMIANS d’ARCHIMBAUD, Les fouilles de Rougiers, Paris, éd. du
CNRS, 1980, p. 57, qui ajoute que « la même époque est sans doute
marquée aussi par la création des castrums d’Orgnon et de Savart et par
le développement des fortifications de Nans ». Voir aussi J.H. ALBANES,
op. cit..
52. M. FIXOT, Le site de Notre-Dame d’Avinionet à Mandelieu, à paraître
(cf. les chartes no 1 à 6 du Cartulaire de l’abbaye de Lérins, éd. Moris et
Blanc, Paris 1883).
53. Ibidem, charte no 3, p. 3.
54. Le fait, remarqué par Jean-Pierre POLY (op. cit. p. 190), que l’abbé de
Saint-Eusèbe d’Apt, élu évêque à Vence, emmène l’un des frères parce
que les hommes y étaient rudes et ignorants du bien et de la vie
religieuse et découvre que les biens du monastère étaient dévastés
signifie seulement qu’églises et monastères avaient perdu leur influence
(la charte dit seulement ceci : Qui videlicet Durantus, quia rudes et

27 sur 29 13/04/2020 01:22


La croissance agricole du Haut Moyen Âge - Sur la croissance agricole en... https://books.openedition.org/pumi/22732

tocius boni ac religionis ignaros homines terre illius noverat, quemdam


fratrem predicti cenobii monachum, nomine Poncium, comitem sibi
adscivit- Cartulaire de Lérins, charte no 146, 13 décembre 1005,
première de la série des chartes concernant l’évêché de Vence).

Auteur

Monique Zerner
Du même auteur

La question du crédit dans les


campagnes du Comtat
Venaissin au début du
XVe siècle : enquête dans les
registres notariés in
Endettement paysan et crédit
rural, Presses universitaires du
Midi, 1998
L’abbaye de Saint-Victor de
Marseille et ses cartulaires :
retour aux manuscrits in Les
Cartulaires méridionaux,
Publications de l’École
nationale des chartes, 2006
© Presses universitaires du Midi, 1990

Conditions d’utilisation : http://www.openedition.org/6540

28 sur 29 13/04/2020 01:22


La croissance agricole du Haut Moyen Âge - Sur la croissance agricole en... https://books.openedition.org/pumi/22732

Référence électronique du chapitre


ZERNER, Monique. Sur la croissance agricole en Provence In : La
croissance agricole du Haut Moyen Âge : Chronologie, modalités,
géographie [en ligne]. Toulouse : Presses universitaires du Midi, 1990
(généré le 13 avril 2020). Disponible sur Internet :
<http://books.openedition.org/pumi/22732>. ISBN : 9782810709144.
DOI : https://doi.org/10.4000/books.pumi.22732.

Référence électronique du livre


MARQUETTE, Jean-Baptiste (dir.). La croissance agricole du Haut
Moyen Âge : Chronologie, modalités, géographie. Nouvelle édition [en
ligne]. Toulouse : Presses universitaires du Midi, 1990 (généré le 13 avril
2020). Disponible sur Internet : <http://books.openedition.org
/pumi/22647>. ISBN : 9782810709144. DOI : https://doi.org/10.4000
/books.pumi.22647.
Compatible avec Zotero

29 sur 29 13/04/2020 01:22