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LEÇON 2 : DROITS

D'AUTEUR ET DROITS
VOISINS
Table des matières

Objectifs 3
I - LE CONTENU DU DROIT D'AUTEUR 4
1. Les droits moraux ou extra patrimoniaux de l'auteur ......................................................4
2. Les droits patrimoniaux de l'auteur ..................................................................................5
3. Les limitations et exceptions au droit de l'auteur .............................................................7
4. La durée des droits d'auteur ............................................................................................10
II - L'EXPLOITATION DES DROITS D'AUTEUR 12
1. Les règles communes aux contrats d'exploitation des droits d'auteur .........................12
2. L'exécution des contrats d'exploitation des droits d'auteur ..........................................14
Conclusion 17

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Objectifs
A la fin de cette leçon, l'apprenant sera en mesure de :
- Décrire le contenu du Droit d'auteur et les droits voisins ;
-Appréhender l'exploitation des droits d'auteur .

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I LE CONTENU DU DROIT D'AUTEUR
La protection d'une œuvre par le droit d'auteur confère à l'auteur des droits variés de diverses natures dont il
convient d'analyser la teneur. Les droits d'auteur sont des prérogatives reconnues à leur titulaire qui peuvent
être de nature patrimoniale ou extra patrimoniale. Ces catégories sont reconnues par la loi du 26 juillet 2016 qui
les désigne sous les termes d'attributs du droit d'auteur. Selon l'article 11 de ladite loi : « le droit d'auteur
comporte des attributs d'ordre intellectuel et moral, ainsi que des attributs d'ordre patrimonial. Ainsi, les droits
d'auteur sont classés en deux (2) grandes catégories, les droits patrimoniaux ou droits pécuniaires et les droits
extra patrimoniaux ou droits moraux.

1. Les droits moraux ou extra patrimoniaux de l'auteur


Il faut noter que le droit moral de l'auteur ou attribut d'ordre intellectuel regroupe l'ensemble des droits
attachés à la personne de l'auteur et qui ne sont pas évaluables en termes d'argent. Le droit moral est donc
un élément de la personnalité juridique de l'auteur. Ces droits ne peuvent être détachés de la personne à qui
ils sont reconnus.
Les droits moraux subsistent même après l'expiration des droits pécuniaires de l'auteur et ne peuvent faire
l'objet de renonciation ou de transfert par voie contractuelle. L'article 12 de la loi du 26 juillet 2016 dispose
que : « Les droits moraux prévus au présent chapitre sont attachés à la personne de l'auteur. Ils sont
perpétuels, inaliénables et imprescriptibles.
Les droits moraux sont :
- le droit à la paternité et au respect ;
- le droit de divulgation ;
- le droit de repentir ou de retrait et droit d'accès. »
Ainsi, sur la base de cette disposition légale, la doctrine a distingué quatre (4) catégories de droits moraux. Il
s'agit de :
- droit de divulgation de l'œuvre ;
- droit au respect du nom de l'auteur encore appelé droit à la paternité de l'œuvre ;
- droit au respect de l'intégrité de l'œuvre ;
- droit de repentir ou droit de retrait.

Le droit de divulgation de l'auteur


le droit de divulgation permet à l'auteur de rendre public ou de ne pas le faire, l'œuvre qu'il a créée. L'auteur
reste ainsi le maître de la divulgation de son œuvre. En pratique, cela signifie que l'auteur de l'œuvre est le
seul à pouvoir autoriser la communication de son œuvre au public. Son consentement est obligatoire pour
tout type de divulgation. L'auteur a le pouvoir de déterminer le procédé de divulgation de son œuvre et d'en
fixer les conditions.

le droit a la paternité de l'œuvre ou droit au respect du nom de l'auteur de l'œuvre


Le droit de la paternité de l'œuvre ou droit du respect du nom de l'auteur est le droit qui impose le respect du
nom de l'auteur de l'œuvre. Cela signifie qu'à chaque fois qu'une œuvre est communiquée au public, le nom
de l'auteur doit être indiqué ou rappelé. Ainsi ce droit permet à l'auteur d'une œuvre de l'esprit d'exiger la
mention, non seulement de son nom, mais aussi de ses qualités sur tout mode de divulgation de son œuvre.
C'est aussi une obligation pour l'utilisateur d'indiquer le nom de l'auteur de l'œuvre qu'il utilise en public.
Cependant, le droit à la paternité de l'œuvre ne peut s'exercer pour les œuvres anonymes ou orpheline.

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LE CONTENU DU DROIT D'AUTEUR

le droit au respect de l'intégrité de l'œuvre


L'article 12 de la loi du 26 juillet 2016, confère à l'auteur d'une œuvre de l'esprit le droit de défendre l'intégrité
de son œuvre. Ainsi, l'auteur a le droit de s'opposer à toute déformation, mutilation et autre modification de
son œuvre sans son consentement. Ce droit lui permet, également, de s'opposer à toute atteinte à l'œuvre
qui serait préjudiciable à son honneur, à sa réputation. Le droit au respect de l'intégrité de l'œuvre peut
soulever quelques difficultés en matière de logiciel.
En effet, le droit au respect de l'œuvre permet à l'auteur du logiciel de s'opposer à la modification de son
œuvre sans son consentement. Ainsi, l'utilisateur même légitime d'un logiciel ne peut, en principe, procéder
à sa modification pour, par exemple l'adapter à ses besoins, sans le consentement de l'auteur. Une telle
situation peut représenter une gêne considérable pour l'utilisateur légitime du logiciel. C'est la raison pour
laquelle, en France, la loi a été modifiée (art L122-6), afin de permettre à la personne investie du droit
d'utiliser un logiciel d'opérer des modifications lorsqu'elles sont nécessaires pour l'usage envisagée.
L'utilisateur légitime peut ainsi, sans l'autorisation de l'auteur du logiciel, observer, étudier ou tester le
fonctionnement du logiciel, afin de déterminer les principes mis en œuvre dans le logiciel. La loi française
permet également de décompiler le logiciel (accès au code source) sous réserve pour l'utilisateur de ne pas
reproduire le même logiciel ou fabriquer un logiciel similaire dans sa structure et sans porter atteinte aux
droits moraux de l'auteur. En Côte d'Ivoire, la loi du 26 juillet 2016 en son article 31 permet à l'utilisateur
légitime d'un programme d'ordinateur, sans l'autorisation de l'auteur d'observer, d'étudier ou de tester le
fonctionnement du logiciel, afin de déterminer les principes mis en œuvre dans ce logiciel mais n'autorise
pas la modification du logiciel sans l'autorisation de l'auteur.

le droit de retrait ou de repentir de l'auteur


Le droit de retrait ou de repentir permet à l'auteur, nonobstant, la cession de ses droits d'exploitation, de
faire cesser l'exploitation de son œuvre par toute personne autorisée. C'est un droit qui permet à l'auteur de
retirer son œuvre de l'exploitation et donc du marché des œuvres. La loi exige, cependant, pour la mise en
œuvre de ce droit que l'auteur indemnise le cessionnaire de tout préjudice qu'il aura subi du fait de ce retrait.
L'abus du droit de retrait est sanctionné par les tribunaux.

2. Les droits patrimoniaux de l'auteur


D'une manière générale sont qualifiés de droits patrimoniaux, les droits subjectifs évaluables en argent, c'est-
à-dire qui ont une valeur pécuniaire. Selon l'article 16 de la loi du 26 juillet 2016 :« les attributs
patrimoniaux du droit d'auteur emportent le droit exclusif pour l'auteur d'autoriser l'exploitation de
son œuvre sous quelque forme que ce soit et d'en tirer un profit pécuniaire. ». Les droits patrimoniaux
sont de loin ceux qui intéressent les auteurs d'œuvre de l'esprit compte tenu de leur valeur économique. En
pratique, les droits patrimoniaux permettent aux auteurs de percevoir de l'argent ou des revenus plus ou
moins importants sur l'exploitation de leurs œuvres. Selon l'article 16 précité, les droits patrimoniaux qui
constituent le droit d'exploitation de l'auteur comprennent traditionnellement :
- le droit de représentation ;
- le droit de reproduction ;
- le droit de suite.
A ces droits traditionnels s'ajoutent de nouveaux droits reconnus par les conventions internationales que
sont le droit de location et de prêt et le droit de distribution. Ces nouveaux droits ont été consacrés par la loi
du 26 juillet 2016. Il s'agit:
- du droit de location et de prêt;
- du droit de distribution.

le droit de représentation
La représentation est définie par la loi comme étant la communication directe par quelque procédé que ce
soit de l'œuvre au public. Cette communication directe peut prendre la forme : d'une récitation, de la
transmission publique ou la télédiffusion de l'œuvre, la communication par fil ou sans fil.

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LE CONTENU DU DROIT D'AUTEUR

L'accord de Bangui révisé retient pour sa part une définition plus large de la représentation considérée
comme plus moderne. Ainsi selon cet accord, la représentation ou exécution publique est le fait de réciter,
jouer, danser, interpréter, soit directement soit au moyen de tout dispositif ou procédé une œuvre, et dans le
cas d'une œuvre audiovisuelle, d'en montrer les images ou de rendre audible les sons qui l'accompagnent.
Est assimilée à une représentation, l'émission d'une œuvre vers un satellite.
La représentation est toujours publique. Elle se réalise dans un ou plusieurs lieux publics et concerne le
public que celui-ci soit présent ou susceptible de l'être. Le public est l'ensemble des personnes étrangères au
cercle de famille ou de l'entourage le plus immédiat. La représentation nécessite le consentement de l'auteur
de l'œuvre.
Ainsi, la représentation sans le consentement de l'auteur de l'œuvre, sans son autorisation ou de celui de ses
ayants droits ou encore sans l'autorisation de l'organisme de gestion collective des droits est une
contrefaçon.

le droit de reproduction
La reproduction s'entend de la fixation d'une œuvre sur tout support et par tous procédés qui permettent de
la communiquer au public d'une manière directe. La reproduction peut s'effectuer par voie d'imprimerie, de
reprographie, dessin, gravure, enregistrement vidéo ou sonore, moulage, sur support magnétique,
analogique ou numérique. Il y a reproduction même en cas de reprise partielle d'un fragment ou d'une partie
de l'œuvre.
Seul l'auteur a le droit de faire des reproductions de son œuvre. Ce droit lui confère le pouvoir d'interdire à
toute personne non autorisée la reproduction de son œuvre. La reproduction sans le consentement de
l'auteur de l'œuvre constitue une contrefaçon. Sauf exceptions légales. Peu importe que la fixation ne donne
pas lieu à la fabrication d'exemplaire, le simple stockage d'une œuvre sur un disque numérique constitue une
reproduction de celle-ci.
Selon la loi, la traduction, l'adaptation, l'arrangement, l'imitation d'œuvre constitue une reproduction.

le droit de suite
Le droit de suite un droit assez particulier reconnu aux seuls auteurs d'œuvres graphiques et plastiques.
Selon l'article 20 de la loi du 26 juillet 2016 : « Les auteurs d'œuvres graphiques et plastiques, et de
manuscrits, bénéficient d'un droit de suite. Ce droit inaliénable confère à l'auteur, après la première cession
opérée par celui-ci ou par ses ayants droit, le droit de participer au produit de toute vente d'une œuvre faite
aux enchères publiques ou par un professionnel du marché de l'art intervenant, en tant que vendeur,
acheteur ou intermédiaire »
Les dispositions qui précèdent ne s'appliquent pas aux œuvres d'architecture et aux œuvres des arts
appliqués.
Par dérogation, le droit de suite ne s'applique pas lorsque le vendeur a acquis l'œuvre directement de
l'auteur moins de trois ans avant cette vente et que le prix de vente ne dépasse pas un montant qui sera
précisé par décret.
Le droit de suite est à la charge du vendeur. La responsabilité de son paiement incombe à l'officier ministériel
réalisant la vente aux enchères publiques ou au professionnel intervenant dans la vente et, si la cession
s'opère entre deux professionnels, au vendeur.
La gestion du droit de suite, tel que défini par la loi, est exclusivement confiée à un organisme de gestion
collective habilité.
Les professionnels du marché de l'art ainsi que l'officier ministériel visés à l'article 20 doivent, sans délai,
délivrer à la société de gestion collective habilitée toute information nécessaire à la liquidation des sommes
dues au titre du droit de suite.
Un décret pris en Conseil des Ministres fixe les conditions et modalités d'application du droit de suite.

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LE CONTENU DU DROIT D'AUTEUR

les droits de location, de prêt et de distribution


Les droits de location, de prêt ou de distribution sont de nouveaux droits reconnus aux auteurs des œuvres
de l'esprit par les conventions internationales telles que l'accord ADPIC (1994) et le traité de l'OMPI du 20
décembre 1996 sur le droit d'auteur. L'auteur jouit du droit exclusif d'autoriser la location et le prêt de
l'original ou des exemplaires de son œuvre. Le droit de location ou de prêt ne s'applique pas à la location
d'un programme d'ordinateur dans le cas où ce programme n'est pas l'objet essentiel de la location.
L'auteur jouit également du droit exclusif d'autoriser la distribution des exemplaires de son œuvre par le
moyen de la vente au public ou par tout procédé de transfert de propriété.
La location s'entend de la mise à disposition pour usage, pour un temps limité et contre un avantage
économique ou commercial, directe ou indirecte d'une œuvre de l'esprit.

3. Les limitations et exceptions au droit de l'auteur


Les limitations et exceptions au droit de l'auteur concernent essentiellement les droits patrimoniaux de
l'auteur et portent sur uniquement les droits de reproduction et de représentation. Lorsque ces limitations
sont mises en œuvre, l'auteur ne peut s'opposer à l'exploitation de son œuvre sans son consentement. Ces
limitations sont cependant enfermées dans des conditions strictes et leur justification varie selon le droit
concerné.
Ainsi, pour le conseil constitutionnel français : « les finalités et les conditions d'exercice du droit de
propriété ont subi depuis 1789 (révolution française) une évolution caractérisée par une extension de
son champ d'application à des domaines nouveaux ; cette évolution qu'a connu le droit de propriété
s'est également caractérisé par des limitations à son exercice exigées au nom de l'intérêt général.».
Pour le conseil constitutionnel français le droit de propriété qu'est la PI n'est ni un droit absolu ni un droit
perpétuel. Ce droit connaît donc des restrictions dans son exercice justifiées par l'intérêt général.
Toutefois, la convention de Berne pose la règle des trois (3) étapes pour la mise en œuvre des exceptions aux
droits des auteurs.
Selon l'article 9.2 de ladite convention, trois (3) conditions doivent être réunies pour qu'un État-membre
accorde des exceptions aux droits des auteurs :
D'abord la loi doit prévoir une exception, c'est-à-dire une disposition spéciale clairement identifiée et qui
repose sur une finalité particulière. En d'autres termes, cette disposition spéciale ne doit pas être rédigée
dans des termes trop larges.
Ensuite, cette exception ne doit pas constituer une atteinte ou un obstacle à l'exploitation normale de l'œuvre
de l'esprit. Cette dernière condition s'apprécie au regard des risques inhérents à l'environnement de
l'exploitation de l'œuvre, ce risque étant plus élevé dans un environnement numérique. Ainsi, lorsque
l'exception risque de mettre en cause l'amortissement nécessaire des coûts de production de l'œuvre, celle-ci
ne doit pas être mise en œuvre dans une législation.
Enfin, la mise en œuvre de l'exception ne doit pas causer un préjudice injustifié aux intérêts légitimes de
l'auteur. Lorsque, la mise en œuvre de l'exception crée un préjudice injustifié aux auteurs, les Etats membres
s'engagent :
-soit à mettre en place un droit à la rémunération au profit des auteurs concernés (la rémunération pour
copie privée);
-soit à supprimer purement et simplement ladite exception de leur législation.

l'exception de représentation
Cette limitation est posée par l'article 24 de la loi du 26 juillet 2016, selon lequel : « lorsque l'œuvre a été
rendu licitement accessible au public, l'auteur ne peut en interdire les représentations ou exécutions privées
effectuées exclusivement dans un cercle de famille, si elle ne donne lieu à aucune forme de recette. »

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LE CONTENU DU DROIT D'AUTEUR

En France c'est l'article L. 122-5 du Code de la Propriété Intellectuelle qui prévoit ladite exception. Celle-ci
couvre les représentations privées et gratuites effectuées exclusivement dans un cercle de famille. Pour
certains auteurs de la doctrine, la représentation de l'œuvre dans un cercle de famille ne constitue pas
véritablement une dérogation au droit de représentation.
En effet, la représentation étant définie comme la communication d'une œuvre au public, en absence du
public, il ne saurait y avoir de représentation. Trois conditions sont, néanmoins, posées par l'article 24 pour la
mise en œuvre de l'exception de représentation. D'abord, il doit y avoir au préalable une divulgation licite de
l'œuvre par l'auteur.
Ensuite, la représentation ou exécution de l'œuvre doit être privée, c'est-à-dire réalisée exclusivement dans
un cercle de famille. On entend par cercle de famille, l'entourage proche d'une personne composé de parents
et amis.
Selon la jurisprudence française, le cercle de famille comprend les parents ou amis très proches qui sont unis
de façon habituelle par des liens familiaux ou d'amitié. La notion de cercle de famille exclut donc les
personnes sans lien de parenté, tels que les membres d'une association, les collègues de travail, les fidèles
d'une église.
Enfin, la représentation ne doit pas donner lieu à la perception de recettes, c'est-à-dire de façon lucrative. Ces
conditions sont cumulatives.

les exceptions au droit de reproduction


Selon l'article 24 précité : « les reproductions ou copies destinées à un usage strictement personnel et
privé, et non affectées à une utilisation collective, à l'exception des copies d'œuvres d'art destinées à
être utilisées pour des fins identiques à celles pour lesquelles l'œuvre originale a été créée et des
programmes d'ordinateur, en dehors des copies de sauvegarde, ainsi que les copies ou des
reproductions d'une base de données électronique ».
Ces hypothèses peuvent être regroupées en fonction de l'objet ou du but de cette reproduction.

la reproduction à des fins privées ou exceptions de copie privée


La reproduction à des fins privés concerne les reproductions, les traductions et les adaptations réalisées par
une personne physique et destinée à un usage strictement personnel et privé de celui-ci, et non destinée en
aucun cas à une utilisation collective.
Les reproductions des œuvres d'art, les logiciels et les bases de données électroniques ne sont pas
concernées par cette exception.
l'exception de copie privée est mise en œuvre dans des conditions strictes imposées par la loi.
D'abord, pour ce qui concerne l'usage de l'œuvre, la reproduction doit être réservée à l'utilisation strictement
personnelle ou familiale. Cette condition exclue donc les copies privées à l'usage interne d'une entreprise ou
à l'usage collectif d'un groupe d'individus non lié par un lien de parenté (salariés d'un même entreprise,
agents de la mairie).
La 2e condition est liée à la fonction de copiste qui doit être entendu comme c'est celui qui réalise
matériellement la reproduction. Toutefois, la jurisprudence française a considéré comme copiste la personne
qui met sans autorisation à la disposition du public des moyens de reproduire des œuvres protégées par le
droit d'auteur (exploitants entreprise de photocopie). Ainsi l'entrepreneur de photocopie ne peut se prévaloir
de photocopie privée dans la mesure ou les copies réalisées ne sont pas destinées à son usage personnel
mais à un usage collectif des clients peu important qu'il ait lui-même actionné la machine ou laisser faire le
client.

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LE CONTENU DU DROIT D'AUTEUR

les analyses et les courtes citations


L'auteur ne peut interdire les analyses faites à partir de son œuvre et les courtes citations justifiées par le
caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d'information de l'œuvre. Ces analyses ou
courtes citations doivent être toujours accompagnées de la mention de la source ou du nom de l'auteur si ce
nom figure sur la source. Par ailleurs, la citation doit avoir un caractère accessoire par rapport à l'œuvre dans
laquelle elle est incorporée. La doctrine retient trois conditions d'exercice du droit de citation :
-la brièveté de la citation. L'appréciation de cette brièveté est laissée à la discrétion des juges du fond en
fonction de l'espèce;
- la finalité. La citation n'est licite que si elle est faite à des fins pédagogiques, scientifiques, polémiques ou
d'information;
- Enfin, la mention du nom de l'auteur et de la source est obligatoire.
Le droit de citation n'est pas limité à la seule matière littéraire et peut concerner les autres domaines de la
création, notamment en matière d'audiovisuel par la citation d'un extrait de film.
Mais le droit de citation n'est pas un rempart contre une action de l'auteur pour atteinte à son droit moral,
notamment atteinte à son honneur et à sa réputation.

l'utilisation de l'œuvre à des fins d'enseignement


L'auteur ne peut s'opposer à ce que son œuvre soit utilisée à des fins d'enseignement par le moyen d'une
publication, d'une émission de radiodiffusion ou d'enregistrement sonore ou visuel. Une telle utilisation ne
doit pas être abusive et doit être dénuée de tout caractère lucratif. Le droit au respect du nom de l'auteur doit
être mis en œuvre dans le cadre de cette utilisation.

l'utilisation de l'œuvre à des fins d'information


Dans un but d'information, les œuvres littéraires vues ou entendues au cours d'un événement d'actualité
peuvent être reproduites et rendues accessibles à l'occasion d'un compte rendu de cet événement par le
moyen de la photographie, de l'audiovisuel ou par voie de télédiffusion ou de transmission par fil au public. Il
en va de même pour les articles d'actualité portant sur des discussions économique, politique ou religieuse,
publiées dans des journaux ou périodiques ou télédiffusées. Sont également couvertes par cette exception,
les reproductions de discours prononcées dans les assemblées délibérantes, de sermon et de déclaration
publique prononcées au cours de cérémonie officielle ou de réunion politique. La condition principale exigée
pour la mise en œuvre de cette exception est le but d'information. En dehors de ce but, l'auteur du discours
ou du sermon conserve la plénitude de son droit d'auteur sur son œuvre.

les reproductions éphémères ou aux fins d'archivage


Pour leurs émissions en différé, les organismes de télédiffusion peuvent faire des reproductions éphémères
des œuvres qu'ils sont autorisés à diffuser. Ces enregistrements éphémères doivent être détruis dans le délai
de deux (2) mois sauf convention contraire. En outre, ces enregistrements ne peuvent être ni cédées, ni
prêtées ni louées.
Par ailleurs, les reproductions des émissions ou des œuvres présentant un caractère exceptionnel de
documentation ou ayant une valeur culturelle avérée peuvent être conservées dans des archives officielles.
Dans ce dernier cas, l'auteur a droit à une rémunération équitable.

la mise en œuvre de l'exception de reproduction en matière de programme d'ordinateur


Concernant les programmes d'ordinateur, il avait une nette différence entre le droit français et le droit
ivoirien. En droit ivoirien, toutes les reproductions, traductions et adaptations d'un logiciel, destinées à un
usage personnel et privé et non destinées à une utilisation collective sont autorisés par la loi. Il en résulte
qu'un logiciel peut être librement copié, traduit ou adapté pour un usage privé.
En pratique cette possibilité offerte par la loi revient à copier gratuitement des logiciels pour un usage
strictement personnel et privé. Il est évident qu'une telle situation est de nature à créer un préjudice anormal
pour les investisseurs et les créateurs de logiciels. C'est la raison pour laquelle, en France, la loi a été modifiée
pour n'autoriser que la seule copie de sauvegarde du logiciel. D'ailleurs, la plupart des fournisseurs de

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LE CONTENU DU DROIT D'AUTEUR

logiciel fournissent ladite copie de sauvegarde. Dans le cadre de la réforme de la loi ivoirienne sur le droit
d'auteur, il est prévu un article autorisant les titulaires de logiciel à verrouiller leurs logiciels, afin d'éviter
toute copie ou de limiter la possibilité de copier ledit logiciel, sauf pour la copie de sauvegarde (article 31 de
la loi du 26 juillet 2016.

4. La durée des droits d'auteur


Les droits d'exploitation des auteurs sont limités dans le temps en fonction de la nature de l'œuvre. Il existe
en la matière une règle de principe posé à l'article 47 de la loi du 26 juillet 2016 qui dispose que : « Les droits
moraux de l'auteur sont perpétuels, inaliénables et imprescriptibles. Ils persistent à l'expiration des
droits patrimoniaux. Les droits patrimoniaux sur une œuvre durent pendant la vie de l'auteur, sauf
dispositions légales contraires. Après le décès de l'auteur, ils persistent au bénéfice de ses ayants droit
pendant l'année civile en cours et les soixante-dix années qui suivent. »
Cet article pose la règle dite des 70 ans post- mortem de la durée des droits d'auteur. La plupart des
législations en Afrique et en Europe retient la durée de 70 ans. Avant la réforme de la loi ivoirienne sur le droit
d'auteur, la durée de protection était de 99 ans.
L'accord de Bangui révisé prévoit que les droits patrimoniaux sur une œuvre sont protégés pendant la vie de
l'auteur et 70 après sa mort.

la durée des droits sur les œuvres créées de façon indépendante


Pour l'auteur d'une œuvre de l'esprit créée de façon indépendante, c'est la règle des 70 ans post-mortem qui
s'applique. Ainsi, les droits patrimoniaux sur l'œuvre sont protégés durant toute la vie de l'auteur et à son
décès ils persistent au profit de ses héritiers ou ses ayants droits pendant l'année civile en cours et les 70
années qui suivent. A l'expiration de la protection légale des droits patrimoniaux, l'organisme de gestion
collective des droits d'auteur est chargé d'assurer le respect des droits moraux de l'auteur concurremment
avec les héritiers.

la durée des droits d'auteur sur une œuvre collective


L'article 51 de la loi du 26 juillet 2016 prévoit que les droits patrimoniaux sur une œuvre collective ou sur une
œuvre audiovisuelle durent pendant soixante-dix années :
- à compter de la fin de l'année civile où une telle œuvre a été publiée licitement pour la première fois,
- à défaut d'un tel événement intervenu dans les soixante-dix années à partir de la réalisation de cette œuvre,
soixante-dix années à compter de la fin de l'année civile où une telle œuvre a été rendue accessible au public,
ou,
- à défaut de tels événements intervenus dans les soixante-dix années à partir de la réalisation de cette
œuvre, soixante-dix années à compter de la fin de l'année civile de cette réalisation.

la durée des droits sur les œuvres de collaboration


Selon l'article 48 de la loi du 26 juillet 2016 : « Les droits patrimoniaux sur une œuvre de collaboration
durent pendant toute la vie des coauteurs, et persistent au profit de leurs ayants droit pendant l'année
civile du décès du dernier survivant des coauteurs et les soixante-dix années qui suivent. » Cela signifie
que les droits patrimoniaux sur les œuvres de collaboration durent pendant toute la vie des coauteurs et
persistent au profit de tous leurs ayants droits pendant l'année civile la mort du dernier survivant des
coauteurs et les 70 années qui suivent.

la durée des droits sur les œuvres anonymes et pseudonymes


Selon l'article 49 de la loi du 26 juillet 2016, « Les droits patrimoniaux sur une œuvre publiée de manière
anonyme ou sous un pseudonyme durent pendant soixante-dix années à compter de la fin de l'année civile
au cours de laquelle l'œuvre a été licitement rendue accessible au public. A défaut de publication, les droits
patrimoniaux durent soixante-dix années à compter de la réalisation de l'œuvre. »

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LE CONTENU DU DROIT D'AUTEUR

Toutefois, si le pseudonyme ne laisse aucun doute sur l'identité civile de l'auteur, ou si l'auteur révèle son
identité avant l'expiration des soixante-dix années, la durée des droits patrimoniaux est celle fixée à l'article
47 alinéa 3 du présent de la loi.

la durée des droits sur les œuvres d'art appliquées


Ils durent 70 ans à compter de la fin de l'année civile au cours de laquelle l'œuvre a été rendue licitement
accessible au public. Sur ce point la législation ivoirienne est extrêmement généreuse puisque la convention
de Berne et l'Accord de Bangui révisé n'accordent que 25 ans pour la protection des droits patrimoniaux sur
une œuvre d'art appliquée protégé par le droit des dessins et modèles industriels, à compter de la réalisation
de celle-ci.

la durée des droits sur les œuvre posthumes


Pour les œuvres posthumes, la durée du droit exclusif est celle prévue à l'article 47 alinéa 3 de la loi. Ainsi,
Après le décès de l'auteur, ils persistent au bénéfice de ses ayants droit pendant l'année civile en cours et les
soixante-dix années qui suivent.
Pour les œuvres posthumes divulguées après l'expiration de cette période, la durée du droit exclusif est de
vingt-cinq années à compter du premier janvier de l'année civile suivant celle de la publication.

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L'EXPLOITATION DES DROITS
II D'AUTEUR
Les droits d'auteur sont des droits mobiliers. A ce titre ils sont transmissibles par succession, donation aux
héritiers ou ayants droits de l'auteur. Ils sont également cessibles par l'auteur lui-même, ses ayants droits ou
ses héritiers.
S'il n'y a point d'héritier ou légataire, ces droits demeurent acquis à lʼÉtat qui peut les affecter à l'organisme de
gestion des droits d'auteur en Côte d'Ivoire (BURIDA).
En tant que bien mobilier, les droits patrimoniaux de l'auteur peuvent être cédés ou transmis en totalité ou en
partie, à titre onéreux ou gratuit à une personne physique ou morale. L'exploitation des droits d'auteur est faite
par le biais du contrat tel que définie par l'article 1101 du code civil.
Lorsque l'auteur est marié sous le régime de la communauté de biens, les droits d'auteur sont des biens
propres à l'époux. Toutefois, les revenus provenant de l'exploitation des droits d'auteur tombent en
communauté.
A la différence du titulaire d'un brevet d'invention en matière de propriété industrielle, l'auteur de l'œuvre de
l'esprit n'est pas obligé d'exploiter les droits patrimoniaux que lui confère son œuvre. Le monopole de l'auteur
en la matière s'affirme de façon absolue. Personne ne peut l'obliger à exploiter son œuvre. L'exploitation des
droits d'auteur est faite par l'auteur lui-même, ses ayants droits ou légataires et aussi par l'organisme de gestion
collective des droits d'auteur.
Les contrats d'exploitation varient suivant les objets protégés mais leur formation et leur exécution obéissent à
des règles communes qui semblent les rassembler. Cependant, l'existence de règles particulières vient les
distinguer des autres types de contrats.

1. Les règles communes aux contrats d'exploitation des droits


d'auteur
L'exploitation des droits d'auteur peut se faire de façon directe ou indirecte. Les personnes intéressées par
l'exploitation des droits d'auteur sur une œuvre quelconque doivent passer avec l'auteur des contrats dits
d'exploitation. Ces contrats sont au sens strict des contrats de cession des droits de reproduction et des
droits de représentation mais également des contrats de location et distribution. En pratique, ils sont appelés
« licence d'exploitation ». Toutes les législations comportent des règles relatives aux contrats d'exploitation
des droits patrimoniaux. Le contrat le plus connu en la matière est le contrat d'édition d'œuvre littéraire et
artistique.
Le régime juridique des contrats d'exploitation des droits d'auteur sera analysé à travers les règles régissant
les contrats d'édition et les contrats de représentation. Il existe certains contrats tels que les contrats de
commande de publicité, et les contrats de création de site web ou des contrats d'hébergement de contenu,
qui comportent des éléments de cession des droits de PI à des conditions spécifiques, mais ces contrats
spécifiques ne seront pas étudiés.
Les règles régissant les contrats d'exploitation des droits d'auteur concernent la formation des dits contrats,
leur exécution et leur fin.

la formation des contrats d'exploitation des droits d'auteur


Les contrats d'exploitation des droits de reproduction et de représentation sont soumis aux règles générales
qui président à la formation de tout contrat. La particularité des droits d'auteur a cependant nécessité
l'élaboration de règles spécifiques incorporées dans les législations nationales.

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L'EXPLOITATION DES DROITS D'AUTEUR

les règles générales applicables a tout contrat d'exploitation des droits d'auteur
Les contrats d'exploitation des droits d'auteur sont des conventions soumises aux conditions générales
exigées pour la formation de tout contrat ; ces conditions de fond sont énumérées à l'article 1108 du code
civil qui dispose que : « 4 conditions sont essentielles à la formation des conventions :
- Le consentement de la partie qui s'oblige ;
- Sa capacité de contracter ;
- Un objet certain qui forme la matière de l'engagement ;
- Une cause licite dans l'obligation »
Le droit d'auteur renvoie donc au droit commun des obligations pour la formation des contrats d'exploitation
des droits d'auteur.

le consentement et la capacité
Comme dans tout contrat, les contrats d'exploitation des droits d'auteur requièrent le consentement
personnel, libre et éclairé des parties que sont en l'occurrence le titulaire des droits (l'auteur et ses ayants
droits) et le ou les cessionnaires. L'auteur ne peut être contraint comme en matière de brevet d'invention à
concéder des licences légales. Son consentement est donc indispensable à la formation régulière du contrat.
Ce consentement doit être, non seulement personnel, mais aussi donné librement. La théorie des vices du
consentement s'applique ainsi en matière de droit d'auteur (articles 1109 et suivants du code civil).
Néanmoins, l'auteur peut autoriser un mandataire à contracter en son nom et pour son compte. L'incapacité
de l'auteur de l'œuvre ne fait pas obstacle à la mise en œuvre de l'exigence légale de consentement.
L'incapable est suppléé en cela par son représentant légal. Cependant, lorsque l'incapable majeurs a des
moments de lucidité, il doit lui-même donner son consentement à l'acte.

l'objet et la cause
Les contrats d'exploitation des droits d'auteur doivent avoir un objet certain, c'est-à-dire une chose sur
laquelle porte les obligations des parties. Cette chose doit exister. Il s'agit des droits de reproduction et de
représentation sur l'œuvre et également les droits de location et de distribution. Ce qui suppose que l'œuvre
doit être nécessairement une œuvre originale. La chose objet du contrat d'exploitation des droits d'auteur
n'est pas l'objet matériel sur lequel est fixée l'œuvre ou dans lequel elle s'incorpore. Ainsi, la cession de
l'objet matériel (un tableau contenant une peinture) ne vaut pas cession des droits d'auteur sur ladite œuvre.
L'objet doit exister au moment de la signature du contrat mais la loi peut autoriser dans certains cas la
cession des droits d'auteur sur des œuvres futures. En contrepartie de la cession des droits d'exploitation, le
cessionnaire s'oblige à payer le prix de la cession lorsque le contrat a été conclu à titre onéreux. De manière
générale l'exploitation des droits d'auteur a pour contrepartie la rémunération de l'auteur de l'œuvre.
La loi lui reconnaît donc un droit à la rémunération. La cause du contrat doit être licite, c'est-à-dire elle ne
doit pas contrarier les lois, l'ordre public ou les bonnes mœurs. La cause du contrat est, en règle générale la
raison personnelle qui a poussé les contractants à donner leur consentement. L'immoralité de la cause du
contrat pourra être considérée comme une atteinte à l'honorabilité de l'auteur, ou une atteinte à son droit
moral.

les règles spécifiques aux contrats d'exploitation des droits d'auteur


Les contrats d'exploitation des droits d'auteur comportent des règles spécifiques pour leur formation. Le
législateur a introduit un certain formalisme dans la formation desdits contrats. Ces règles spécifiques
mettent en exergue le souci de protection renforcée des auteurs des œuvres de l'esprit. Ainsi, la loi prévoit
quatre (4) exigences spécifiques qui viennent renforcer les règles générales applicables. Ces exigences sont
contenues dans l'article 56 de la loi du 26 juillet 2016. Il s'agit de :
- L'exigence de l'écrit et de mentions obligatoires ;
- La règle de l'indépendance des droits cédés ;
- La règle de la limitation de la portée des cessions ;
- La règle de l'interdiction de la cession globale des œuvres futures.

13
L'EXPLOITATION DES DROITS D'AUTEUR

l'exigence de l'écrit et de mentions obligatoires


Les contrats d'exploitation des droits d'auteur sont des contrats solennels, l'écrit est donc une exigence
fondamentale, c'est ce formalisme qui fait la particularité des contrats d'exploitation des droits d'auteur.
Cette exigence est posée par l'article 56 de la loi du 26 juillet 2016 qui dispose que « Le contrat d'exploitation
des droits d'auteur doit être constaté par écrit à peine de nullité. »
L'Accord de Bangui révisé reprend cette même exigence avec la même vigueur en disposant que « sous peine
de nullité, les contrats de cession des droits patrimoniaux ou de licence pour accomplir des actes visés
par les droits patrimoniaux sont passés par écrit>>. L'écrit en droit d'auteur ivoirien est donc une exigence
ad validitatem. En plus de l'écrit, la loi impose des mentions obligatoires.
La loi ivoirienne exige des mentions obligatoires pour la formation des contrats d'exploitation des droits
d'auteur. Ces mentions concernent la nature des droits cédés, la délimitation du domaine d'exploitation ainsi
que les types de support de ladite exploitation. Chaque droit cédé doit donc faire l'objet d'une mention
distincte dans l'acte de cession. Le contrat doit également préciser l'étendue, la durée et le lieu d'exploitation
des droits cédés. Cette exigence de mentions obligatoires est sanctionnée par la nullité du contrat en cas de
défaut. Cette nullité est relative car il s'agit d'une nullité de protection (de l'auteur).

la règle de l'indépendance des droits cédés


La règle de l'indépendance des droits cédés est une vieille règle affirmée dans la plupart des législations en
matière de droit d'auteur, elle signifie que la cession d'un droit quelconque de l'auteur n'emporte pas cession
d'un autre. Ainsi si l'auteur a cédé son droit de reproduction, cela n'entraine pas automatiquement la cession
de son droit de représentation. Les droits d'auteur sont donc indépendants les uns des autres.

la règle de la limitation de la portée des cessions


Selon le principe, la cession des droits d'auteur a une portée limitée. Cela signifie que lorsqu'un mode
d'exploitation a été prévu dans le contrat, les parties doivent s'en tenir qu'à ce seul mode d'exploitation.
Les autres modes non prévus dans le contrat ne sont pas couverts par l'exploitation. Il en va de même de la
portée territoriale ou des moyens de l'exploitation. Le cessionnaire commettrait un acte de contrefaçon s'il
méconnaissait cette règle. En la matière, il n'existe pas de cession implicite ni tacite.

la règle de l'interdiction de la cession globale des œuvres futures


La loi ivoirienne interdit en son article 55 la cession globale des œuvres futures. En effet, cet article dispose
que : « La cession globale des œuvres futures est nulle, à l'exception de celle effectuée dans le cadre d'un
contrat général de représentation, tel que défini dans la présente loi ».
Cette interdiction est sanctionnée par une nullité relative. Il faut entendre par cession globale, la cession des
droits portant non seulement sur l'ensemble des œuvres de l'auteur mais également sur une pluralité
d'œuvre dudit auteur. Cependant, en matière de contrat d'édition et de contrat de représentation, il existe
une dérogation à cette prohibition.
Ainsi, dans le cas des contrats d'édition, les parties peuvent conclure un pacte de préférence portant sur des
œuvres futures, toutefois le droit de préférence pour l'édition des œuvres futures n'est valable qu'à une
double condition :
- Elle doit porter sur un genre d'œuvre déterminée ;
- Le nombre d'ouvrages nouveaux par genre est limitée à cinq (5) ;
S'agissant du contrat général de représentation, c'est-à-dire le contrat qui permet à un entrepreneur de
spectacle de représenter les œuvres du répertoire d'un auteur ou de l'organisme de gestion collective, il
échappe à la prohibition par nature.

2. L'exécution des contrats d'exploitation des droits d'auteur


Les contrats d'exploitation des droits d'auteur mettent à la charge des parties un certain nombre
d'obligations qu'elles doivent exécuter.

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L'EXPLOITATION DES DROITS D'AUTEUR

les obligations du cessionnaire des droits d'auteur


Certaines obligations du cessionnaire sont communes à l'ensemble des contrats d'exploitation des droits
d'auteur, d'autres sont spécifiques à certains contrats. Les principales obligations d'un cessionnaire porte sur
la rémunération de l'auteur, la reddition de compte et le respect du droit moral de l'auteur. Avant d'examiner
ces obligations, il convient de poser la question de l'existence ou non d'une obligation d'exploiter les droits
cédés.
Contrairement aux brevets d'invention, le droit d'auteur n'impose pas une obligation générale d'exploiter
l'œuvre ou les droits acquis sur l'œuvre. Mais cette absence d'obligation d'exploiter les droits d'auteur n'est
pas absolue, on retrouve dans certaines législations mais également dans certains contrats, l'existence d'une
obligation d'exploiter les droits cédés mis à la charge du cessionnaire de façon directe ou indirecte, c'est le
cas en matière d'édition ou l'éditeur s'oblige non seulement à fabriquer des exemplaires de l'œuvre mais
également en assurer une exploitation permanente. D'un autre côté, l'existence d'une rémunération au profit
de l'auteur impose implicitement une obligation d'exploiter les droits cédés au cessionnaire.
La rémunération de l'auteur est la contrepartie de la cession des droits d'exploitation sur l'œuvre.
En effet, l'exploitation à titre onéreux de l'œuvre comporte au profit de l'auteur une rémunération qui peut
être soit proportionnelle soit forfaitaire. Le droit à la rémunération de l'auteur est un droit fondamental,
inaliénable.
Le principe de la rémunération proportionnelle signifie que l'auteur doit participer de façon proportionnelle
aux recettes et revenus de toute nature provenant de la vente ou de l'exploitation de son œuvre. L'assiette de
la rémunération proportionnelle est définie de façon large et non limitative par la loi. En pratique, cette
rémunération provient des prix payés par le public pour avoir accès à l'œuvre. Malheureusement, la loi n'a
pas fixé le taux de la rémunération proportionnelle, il appartient donc aux parties de le déterminer eu égard
aux circonstances de l'exploitation. Lorsqu'il est impossible de déterminer la rémunération proportionnelle,
la loi impose une rémunération forfaitaire de l'auteur.
C'est l'article 59 de la loi du 26 juillet 2016, qui prévoit ce mode de rémunération de l'auteur de façon
exceptionnelle. La rémunération de l'auteur peut donc être évaluée forfaitairement, dans certains cas
limitativement prévue par la loi :
• En cas d'absence de base calcul, ainsi la rémunération de l'auteur est évaluée forfaitairement si la base de
calcul de la rémunération proportionnelle ne peut être pratiquement déterminée ;
• L'impossibilité de contrôle, c'est le cas lorsque l'auteur n'a pas les moyens de contrôler sérieusement
l'application de la rémunération proportionnelle ;
• Lorsque le coût des opérations de calcul et de contrôle est exorbitant ;
• Lorsque la nature ou les conditions de l'exploitation de l'œuvre rende impossible l'application de la
rémunération proportionnelle. c'est le cas lorsque l'utilisation de l'œuvre présente des caractères accessoires
par rapport à l'exploitation ;
• La rémunération peut être forfaitaire lorsqu'il s'agit de publication dans des journaux ou périodique, de
même lorsqu'il s'agit de cession des droits d'auteur sur un logiciel.
La rémunération proportionnelle ou forfaitaire suppose donc un pouvoir de contrôle de l'auteur sur le
cessionnaire, ce contrôle est opéré à travers l'obligation de reddition de compte qui pèse sur le cessionnaire.

les obligations de l'auteur


Les obligations de l'auteur de l'œuvre sont similaires à celles qui pèsent sur un vendeur de biens, lorsque
celui-ci décide de céder ses droits d'exploitation. Il est donc soumis à une double obligation.

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L'EXPLOITATION DES DROITS D'AUTEUR

obligation de délivrance
La délivrance est entendue ici dans le sens de la mise à la disposition du cessionnaire de l'œuvre afin que
celui-ci puisse exercer les droits de reproduction et de représentation, objet de la cession.
Dans le contrat d'édition, l'auteur doit remettre le manuscrit objet de l'édition dans une forme qui permet sa
fabrication normale en plusieurs exemplaires. La remise de l'objet de l'édition doit se faire dans le délai prévu
au contrat, à défaut dans un délai raisonnable eu égard aux circonstances de la cause. L'objet de l'édition doit
être conforme à ce qui avait été prévu au contrat, le défaut de conformité pouvant être sanctionné par une
action en nullité du contrat, mais l'appréciation de la conformité d'une œuvre peut s'avérer difficile en
pratique, surtout lorsqu'il s'agit d'une œuvre future.
En matière de contrat d'édition, la clause par laquelle l'éditeur se réserve le droit d'apprécier, lors de la
remise du manuscrit la conformité de l'œuvre par rapport au public cible ou au but visé est nulle car elle
soumet l'engagement de l'éditeur à une condition purement potestative.

l'obligation de garantie
En tant que contrat de cession, les contrats d'exploitation des droits de l'auteur mettent à la charge de
l'auteur une obligation de garantie. Cette obligation apparaît en matière de contrat d'édition à travers
l'article 67 de la loi du 26 juillet 2016 qui dispose que : « l'auteur est tenu de garantir à l'éditeur l'exercice
paisible et sauf convention contraire, exclusif du droit cédé, de faire respecter ce droit et de le défendre
contre toute atteinte qui lui serait portée. »
Il s'agit de la garantie d'éviction comme en matière de vente prévue par les articles 1625 et suivants du code
civil. La garantie d'éviction a un double objet à savoir la garantie contre le fait personnel de l'auteur et la
garantie contre le fait des tiers.
L'auteur ne doit pas troubler le cessionnaire dans l'exercice ou la jouissance de ses droits d'exploitation, qui
ont été cédés. Lorsque la cession a été faite à titre exclusif, l'auteur engage sa responsabilité contractuelle ou
sa responsabilité pénale en cas de trouble manifeste de son fait. Il est alors comparé à un contrefacteur
puisque par la cession il s'est dépouillé de ses droits. Il doit garantir le cessionnaire des troubles juridiques
engendrés par des tiers.

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Conclusion
Au regard de tout ce qui précède, force est de noter que le droit d'auteur est gouverné par un principe directeur
qu'il convient d'avoir à l'esprit. Ce principe est que le droit d'auteur est un droit personnaliste, c'est-à-dire un
droit qui appartient en principe à l'auteur de l'œuvre, qui est considéré comme le titulaire originaire du droit
d'auteur. Ce dernier peut conférer des droits de son vivant ou à son décès à d'auteurs personnes qualifiées
d'ayants droits. Ainsi, dès lors qu'une œuvre de l'esprit est créée, le créateur devient le titulaire des droits
d'auteurs.

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