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REPÈRES

-: mot *§§âi désigne des ouvrages de longueul faites à propos de prises de position d'autres
:.iée dans lesquels I'auteut, parlant en $énéral écrivains ou penseurs, contemporains ou non'
;- son propre nom et en utilisant la prernière per- Paul Valéry utilise I'expression études de cir'
plopose à ses contemporains des rrâflexions, constances, ce qui met en relief la nature des
",
-:s lgêÿfieirts, des réactions en relation avec ce thèmes.
-: il lit, ce qu'il voit, ce qu'il observe et ce qu'il
, La présence de celui qui écrit: dans I'essai,
:, L'essayiste ne se considère pas comme un -l'auteur prend la parole et parle en son plopre nom.
=*cialiste; il ne construit pas un système phile Cette présence est perceptible à I'emploi de la
. cphique.
première personne du singulier. Mais ce n'est pas
toujours le cas. L'essai peut utlliser le nous ou le
Historique et formes de I'essai on ; il comporte cependant de nombreux indices des
-
peut considérer que c'est Montaigne, qui, en choix et des prises de position de celui qui parle :
rnant à son ceuvre le titre Essais a créé un genre modalisateurs, connotations, rêcurrence de certains
,JVeau dans lequel se trouve mis en relief le registres. Ancré dans la situation d'énonciation, le
évolutif d'une réflexion constamment en discours fait référence au temps de l'écriture, mais
"actère
-,ln de se faire. Les siècles qui suivent voient se I'essai n'exclut pas le récit.
-:velopper ce genre d'écrit qui permet de prendre
-:sition de manière personnelle sans pour autant § €x ; Le point de vue personnel très critique
:'étendre détenir une vérité définitive, même si de Baudelaire sur la photographie,est rendu par
:rtains de ces essais, fortement argumentés, l'utilisation d'un lexique trivial, éructer, à gueule-
construisent et défendent des thêories. Les que-veux-tu (* p. 234); Jean Rostand ironise sur
:rnraines abordés sont multiPles. les origines de l'homme en parlant de petit-fils de
poisson ou d'arrière-neveu de limace (> p. 236).
r Ex : On peut citer les Pensées de Pascal
Composition non conventionnelle, I'essai se démar-
" p.228), les discours de Rousseau 1r p. 230), que ainsi par sa liberté de ton.
e Traité sur la tolérance, de Voltaire (* p. 409), et
:outes sortes d'ouvrages de critique et d'analyse - Une expérimentation du jugement : sous une
lu xrxe et du xxe siècles. Ces ouvrages traitent forme métaphorique, Montaigne explique que I'essai
de religion, d'idées philosophiques et de com- lui permet de confronter son propre jugement à dif-
portements humains, de questions d'esthétique férentes situations qui sont celles de la vie et à des
rBaudelaire, > p.234, René Huy§he, r p.238), manières de penser qui sont communes, dans l'air
d'ethnologie, de linguistique, de littérature. Aucun du temps (v p. 226). L'essai est une æuvre qui fait
domaine de recherche ne leur est interdit ni se rencontrer les réactions de son auteur et celles
réservé. des autres, qu'il connaît par ses observations, par
ses lectures, par sa culture, par une imprégnation
Notre époque est caractérisée par une prolifération des courants de pensée du passé et de son temps'
des essais : ils portent en génêral sur des questions
d'actualité et beaucoup sont polémiques. § {r ; Paul Valêry explique ainsi qu'il a seulement
voulu se rendre un peu plus nettes /es notions qu'il
-:=
Les caractéristiques de I'essai [al reçues de tout le monde, et il explique par là
que I'essai n'est pas une ceuvre de spécialiste,
Malgré la différence d'époque, Paul Valéry, dans mais d'amateur. On pourrait ajouter qu'il s'agit
Variété (L924-L944), et l\4ontaigne, dans les Essais,
d'amateurs éclairés.
ont une perception très proche de ce qu'est un
essai. On peut, à partir de leurs ceuvres, déterminer & Les fonctions de I'essai
certaines caractéristiques de ce genre.
Ouvert à la pensée d'autrui, personnel, et caractérisé
- Une absence de codification : il n'y a pas de défi- par la recherche d'éléments de réflexion, I'essai
nition formelle de I'essai, qui échappe ainsi à toute
contrainte de longueur, d'énonciation ou de forme nourrit celle du lecteur en lui permettant de confronter
de discours. sa culture à des prises de position différentes. ll
est donc formateur. La lecture d'essais permet
ff Ex : On trouve chez Montaigne, comme chez à chacun de comprendre qu'il est à la fois un
d'autres essayistes, des passages de récit, des individu particulier et une illustration de la condition
réflexions (' p. 311), des citations commentées, humaine commune, un être inscrit dans I'histoire
des " choses vues , et méditées, des interroga- environnante, mais différent des autres. L'essai lu
tions personnelles (* p.2O2), des remarques ou composé informe sur ce que I'on est.

iEc. I