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La Guerre de

Cent Ans
Dans le sens des aiguilles d'une montre en partant du tableau supérieur gauche : bataille de la
Rochelle (1372), bataille d'Azincourt (1415), bataille de Patay (1429), siège d'Orléans (1428-1429).
Informations générales
Date 24 mai 1337 - 9 octobre 1453
(116 ans, 4 mois et 15 jours)
Lieu France, Pays-Bas, Grande-Bretagne, péninsule ibérique
Casus belli Édouard III revendique la couronne de France et défie Philippe VI
Victoire française (traité de Picquigny)

• Maintien de la maison de Valois sur le trône de France


Issue
• Renforcement de la monarchie française et affaiblissement de la monarchie
anglaise, menant à la Guerre des Deux-Roses

Changements La maison d'Angleterre perd définitivement toutes ses anciennes


territoriaux possessions continentales à l'exception du Calaisis
Belligérants
Royaume de France
Royaume d'Angleterre
État bourguignonn 1
État bourguignonn 1
Royaume de Castille
Duché de Bretagnen 2
Duché de Bretagnen 2
Royaume de Portugal
Royaume d'Écosse
Royaume de Navarre
République de Gênes
Comté de Flandren 3
Royaume de Bohême
Comté de Hainaut
Royaume d'Aragon
Duché de Luxembourg
Rebelles gallois
Rebelles gantois
Comté de Flandren 3
Commandants
Philippe VI Édouard III
Jean II Richard II
Charles V Henri IV
Charles VI Henri V
Charles VII Henri VI
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v·m
Guerres franco-anglaises
Batailles
Guerre de Cent Ans

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PHASE ÉDOUARDIENNE (1337-1360)

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GUERRE DE SUCCESSION DE BRETAGNE (1341-1364)

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JACQUERIES, GRANDES COMPAGNIES ET NAVARRAIS (1357-1364)

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GUERRE CIVILE DE CASTILLE (1350-1369)

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PHASE CAROLINE (1369-1389)

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CROISADE D'HENRI LE DESPENSER (1382-1383)

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INTERRÈGNE PORTUGAIS (1383-1385)

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SOULÈVEMENT GALLOIS (1400-1415)

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ARMAGNACS CONTRE BOURGUIGNONS (1407-1435)

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1RE PHASE LANCASTRIENNE (1415-1428)

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2DE PHASE LANCASTRIENNE (1429-1453)

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La guerre de Cent Ans est un conflit entrecoupé de trêves plus ou moins longues, opposant, de
1337 à 1453, la dynastie des Plantagenêt à celle des Valois et, à travers elles, le royaume
d'Angleterre et celui de France. Le terme même de « guerre de Cent Ans » est une construction
historiographique établie au XIXe siècle, pour regrouper cette succession de conflits.
Au début du XIVe siècle, trois axes de tensions favorisent son émergence :
• la « grande dépression médiévale », théorisée par Guy Bois (crise démographique conjuguée
à une stagnation économique du fait de l'alourdissement de la pression fiscale seigneuriale) ;
• les constants affrontements entre Plantagenêt et Capétiens pour la souveraineté et le contrôle
des fiefs de Guyenne ;
• le conflit dynastique pour la couronne de France qui naît, en 1328, à la mort de Charles IV,
dernier fils de Philippe IV.
La guerre connaît plusieurs phases. L'Angleterre remporte d'abord de nombreuses victoires, avant
que la France ne reprenne l'ascendant à partir de 1364 ; en 1378, les Anglais ne contrôlent ainsi plus
que quelques villes sur le continent. À compter de 1380, l'affaiblissement du pouvoir royal,
conjugué à un contexte économique difficile, conduit à une période de guerre civile dans les deux
pays, situation dont le royaume d'Angleterre est le premier à sortir. Henri V d'Angleterre profite
alors de la folie du roi Charles VI de France et de la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons
pour relancer le conflit. Fort de son alliance avec les Bourguignons, il obtient la couronne de France
pour son fils Henri VI par le traité de Troyes signé en 1420. Cependant, le sentiment national
naissant et la modification des circuits économiques rendent difficile le maintien des Anglais en
France. En 1429, l'épopée de Jeanne d'Arc marque les esprits tout en renforçant la légitimité de
Charles VII. Six ans plus tard, celui-ci conclut la paix d'Arras avec le duc de Bourgogne ; les
Anglais sont dès lors inexorablement repoussés — notamment avec la reprise de Paris, en 1436, par
le connétable Arthur de Richemont — et ne contrôlent plus, en 1453, que Calais sur le continent
(qui ne sera reprise par la France qu'à l'issue du siège de Calais en 1558), la paix étant signée en
1475 (traité de Picquigny).
Sur le plan démographique, les batailles ont fait peu de morts en dehors de la noblesse, mais les
pillages ont eu des conséquences néfastes sur les populations civiles. Du point de vue militaire,
cette guerre marque une rupture, avec le déclin de la cavalerie au profit de l’infanterie et l'apparition
de l’artillerie. Ce conflit voit également l'apparition durable de l'emploi de troupes mercenaires dans
chacun des camps en présence. Elle a également des conséquences économiques, l'augmentation
des prix favorisant le commerce à longue distance ; et religieuses, avec le grand schisme d'Occident
qui oppose les papes de Rome et d'Avignon. Elle aboutit à une affirmation du sentiment national, la
rivalité franco-anglaise n'étant plus dorénavant seulement issue d'un conflit dynastique. De la même
manière, la mutation de la Bourgogne en principauté indépendante génère un conflit de deux siècles
avec les Habsbourg.

Sommaire
• 1 Origine du nom
• 2 Forces en présence
• 2.1 Royaume de France
• 2.2 Royaume d'Angleterre
• 3 Origines du conflit
• 3.1 Causes culturelles, démographiques, économiques et sociales du conflit
• 3.2 Sphères d'influences économiques et culturelles de la France et de l'Angleterre
• 3.3 La question dynastique
• 3.4 La querelle de Guyenne : le problème de la souveraineté
• 3.5 Intrigues et déclaration de guerre
• 4 Principales phases du conflit
• 4.1 Les victoires d’Édouard III : de 1337 à 1364
• 4.1.1 La guerre par procuration
• 4.1.2 Les chevauchées
• 4.1.3 L'influence du roi de Navarre
• 4.1.4 Les Valois contestés
• 4.1.5 Le traité de Brétigny
• 4.2 La reconquête de Charles V le Sage : de 1364 à 1380
• 4.3 Régents et guerre civile : 1380-1429
• 4.3.1 Mort de Charles V le Sage et débuts de Charles VI : 1380-1392
• 4.3.2 Armagnacs et Bourguignons : de 1392 à 1429
• 4.4 Les Anglais boutés hors de France : de 1429 à 1475
• 4.4.1 Jeanne d’Arc
• 4.4.2 La fin du conflit
• 4.4.3 Le traité de Picquigny
• 5 Conséquences
• 5.1 Conséquences démographiques
• 5.2 Évolutions tactiques
• 5.3 Conséquences économiques
• 5.4 Crise pontificale au sein de l'Église
• 5.5 Le clivage franco-anglais
• 5.6 Le contentieux bourguignon
• 6 Principaux événements de la guerre de Cent Ans
• 7 La guerre de Cent Ans dans les arts
• 7.1 Romans
• 7.2 Films et séries télévisées
• 7.3 Bandes dessinées
• 8 Voir aussi
• 8.1 Articles connexes
• 8.2 Sources imprimées
• 8.2.1 Chroniques et chroniqueurs de l'époque
• 8.3 Bibliographie
• 8.3.1 Études générales
• 8.3.2 Synthèses
• 8.3.3 Études contemporaines en anglais
• 8.3.4 Pratiques de la guerre
• 8.3.5 Aspects particuliers
• 8.3.6 Histoire politique
• 8.3.6.1 Le royaume d'Angleterre
• 8.3.6.1.1 Études par règne
• 8.3.6.1.2 L'Aquitaine anglaise
• 8.3.6.2 Le royaume de France
• 8.3.6.2.1 Études d'histoire politique
• 8.3.6.2.2 Études régionales
• 8.3.6.3 L'État bourguignon
• 9 Notes et références
• 9.1 Notes
• 9.2 Références

Origine du nom
Si les contemporains ont ressenti dès la fin du XIVe siècle l'exceptionnelle durée du conflit, ce n'est
qu'au XIXe siècle que l'expression guerre de Cent Ans s'impose dans l'historiographie. Le
médiéviste Philippe Contamine en a recherché les premières mentions. Elle apparaît pour la
première fois dans le Tableau chronologique de l'Histoire du Moyen Âge de Chrysanthe
Desmichels1 édité à Paris en 18232. Le premier manuel scolaire utilisant les mêmes termes est dû à
M. Boreau3 et paraît en 1839 sous le titre L'Histoire de France à l'usage des classes4. Enfin, le
premier ouvrage utilisant l’intitulé La guerre de Cent Ans est de Théodore Bachelet en 18525,6.

Forces en présence
Royaume de France
Article détaillé : Conflit entre Capétiens et Plantagenêt.

Le royaume de France est un régime féodal qui donne une grande place à la chevalerie. Sur cette
enluminure, Jean II le Bon adoube des chevaliers. Miniature de l'atelier du Maître de Virgile tirée
d'un manuscrit des Grandes Chroniques de France, BNF, Fr.73.
Au début du XIVe siècle le royaume de France, irrigué par de grands bassins fluviaux, bénéficiant
d'un climat favorable et d'une agriculture florissante, compte entre 16 et 17 millions
d’habitants7,8,9, ce qui en fait la première puissance démographique d’Europe. En 1328 une grande
enquête administrative portant sur près des trois quarts de la population et recensant les feux
fiscaux, permet de donner un aperçu du territoire. On y compte 2 469 987 foyers soit environ 12
millions d’habitants et 32 500 paroisses10. Paris à elle seule compte selon ce recensement plus de
200 000 habitants11. Cette augmentation de la population n’est pas sans effet sur l’aménagement du
territoire, puisqu'une grande partie des forêts est défrichée au profit de l'agriculture fondée sur un
régime féodal et religieux très hiérarchisé. La capacité agricole et le développement massif de
l'énergie hydraulique permettent de nourrir la population (il n'y a plus eu de famine depuis le
XIIe siècle12). Avec la croissance proto-industrielle de l'usage du fer, avec l'apparition de nouvelles
techniques de labour ou d’attelage mais aussi l’utilisation du cheval au détriment du bœuf, des
zones peu fertiles peuvent avoir des exploitations qui fournissent de la nourriture à une population
dense, la noblesse quant à elle ayant pour devoir de défendre les terres13.
Plus que sa population, le Royaume est imposant aussi par sa taille. Au couronnement de Philippe
VI de Valois, la France s’étend de l’Escaut aux Pyrénées, de l’Atlantique au Rhône, à la Saône et à
la Meuse, un pays que l’on met « 22 jours à traverser du nord au sud et 16 d’est en ouest » selon
Gilles Le Bouvier au XVe siècle14 soit près de 424 000 km215. Près de soixante régions se
différencient entre elles par de grandes disparités linguistiques, culturelles, historiques voire à
certains moments religieuses (comme les cathares au sud). Ainsi, le Nord du Royaume parlant la
langue d’oïl et proche du berceau de la dynastie capétienne, possédait de riches terres agricoles et
une population plus nombreuse (14 foyers par km2 pour l’Île-de-France et jusqu’à
22 foyers par km2 pour les bailliages de Senlis et de Valois pour une moyenne de
7,9 foyers par km29) se démarquant nettement du Sud. Ce dernier, où la langue d’oc était utilisée,
avait une culture imprégnée par l’ancienne présence romaine mais était aussi plus pauvre sur le plan
agricole (en revanche, l'élevage y était plus riche) et moins peuplé (près de 4 foyers par km2 pour
les comtés de Bigorre, de Béarn par exemple), mais surtout il était plus indépendant vis-à-vis du roi,
car si ce dernier transférait une partie de son autorité entre les mains de ses vassaux, il devait tenir
compte de leur avis. Toutefois le souverain ne se privait pas de s’immiscer dans la politique
intérieure de ses subordonnés puisque depuis le XIIe siècle, il bénéficiait de pouvoirs inégalés
jusque-là. Il était au sommet d’une pyramide où les échelons inférieurs lui devaient fidélité16.
Le clergé joue un rôle social majeur dans cette organisation de la société. Les clercs, sachant lire et
compter, gèrent les institutions ; les religieux font fonctionner les œuvres caritatives17 et les
écoles18 (voir Éducation au Moyen Âge en Occident) ; par le biais des fêtes religieuses, le nombre
des jours chômés atteint 140 par an19. Toutefois sur ce plan aussi une différence Nord/Sud existe.
Le Midi, moins marqué par la renaissance carolingienne et les ordres religieux que le Nord, se
tournait essentiellement vers les sciences telles que la médecine alors que le Nord avait une
préférence pour la philosophie ou la théologie. Deux villes démontrent ce clivage, Paris et
Montpellier ; alors que la première possédait une des universités les plus réputées du monde
chrétien sur le plan théologique, la seconde avait quant à elle une des plus prestigieuses facultés de
médecine d’Occident où il n’était pas rare de voir des étudiants venus du Moyen-Orient ou
d’Afrique du Nord y étudier.
De la même manière, la noblesse doit conjuguer richesse, pouvoir et bravoure sur le champ de
bataille : vivant du labeur des paysans, le maître se doit de manifester sa bravoure et sa loyauté
envers eux13. L’Église a œuvré pour canaliser les chevaliers-brigands dès la fin du Xe siècle. À
partir du concile de Charroux en 989, les hommes en armes sont priés de mettre leur puissance au
service des pauvres et de l'Église et deviennent des milites Christi (« soldats du Christ »)20. Depuis
le XIIIe siècle, le roi de France a réussi à faire admettre l'idée que son pouvoir de droit divin lui
permettait de créer des nobles21 (voir Anoblissement). La noblesse se différencie donc du reste de la
population par son sens de l'honneur et doit faire montre d'esprit chevaleresque, protéger le peuple
et rendre justice en préservant un certain confort matériel. Elle doit justifier sur le champ de bataille
son statut social : l’adversaire doit être vaincu face à face dans un combat héroïque. L’armée est
donc structurée autour de la chevalerie la plus puissante d’Europe, cavalerie lourde combattant de
front, au corps à corps8. Cette volonté de briller sur les champs de bataille est accrue par l’habitude
de l’époque de faire des prisonniers et de monnayer leur libération contre rançon. La guerre devient
donc très lucrative pour les bons combattants et les risques d’être tué sont donc amoindris pour les
autres22. Depuis Philippe le Bel, le roi peut convoquer « le ban et l'arrière-ban », c'est-à-dire tous
les hommes libres de 15 à 60 ans, de toute condition (chevaliers et paysans, jeunes et vieux, riches
et pauvres). Vers 1340, Philippe VI peut compter sur 30 000 hommes d'armes ainsi que
30 000 hommes de pied. Numériquement, c'est inégalable, car l'entretien d'un tel nombre de
combattants représente un coût extraordinairement élevé, mais c'est une armée hétéroclite et peu
disciplinée23.
Pour asseoir leur pouvoir face à la grande noblesse et à la papauté, les Capétiens ont donné des
gages au peuple : créations de villes franches avec octroi de chartes de franchises, création des états
généraux24… L'équilibre social passe par l'acceptation par le peuple d'un pouvoir royal fort, qui
l’émancipe de l’arbitraire féodal, et une administration de plus en plus centralisée qui lui assure un
certain confort matériel. À la veille de la guerre de Cent Ans, ce système se fragilise car à la suite de
la croissance démographique qui a lieu depuis le Xe siècle, on assiste à une surpopulation des
campagnes et à une demande d’autonomie des villes25,7,26. La taille des parcelles des paysans se
réduit et les prix agricoles chutent : les ressources fiscales de la noblesse diminuent et il devient
impératif de briller sur le champ de bataille pour renflouer ses finances27. Or l'équipement d'un
chevalier coûte toujours plus cher.
En trois siècles, les rois capétiens ont réussi à consolider leur autorité et à agrandir leur territoire
aux dépens des Plantagenêt. Le prestige royal de la France est immense et, au temps de Philippe IV
le Bel, le réseau d’alliances françaises s’étend jusqu’en Russie8. Toutefois, malgré les confiscations
territoriales de Philippe II Auguste, saint Louis et Philippe IV le Bel, les rois d’Angleterre ont
conservé l’étroit duché de Guyenne et le petit comté de Ponthieu : le roi d’Angleterre est ainsi le
vassal du roi de France28.

Royaume d'Angleterre
Articles détaillés : Magna Carta et Arc long anglais.

Yvain secourant la damoiselle. Enluminure tirée d'une version de Lancelot du Lac du XVe siècle. Le
chevalier doit avoir un comportement loyal, le combat est l'occasion de justifier son statut social.

La Magna Carta, ou « Grande Charte »


Le royaume d’Angleterre, beaucoup moins peuplé avec quatre millions d’habitants, est touché par
le refroidissement climatique européen à partir du XIIIe siècle et doit renoncer à certaines
productions agricoles (le vin, par exemple, produit auparavant dans tout le Sud de l’Angleterre, ne
l’est plus qu’en Guyennen 4,29) et opter pour une économie fondée sur la spécialisation et le
commerce30. Le climat pluvieux et les pâturages verdoyants favorisent l’élevage (plus
particulièrement des ovins) permettant une importante production de laine utilisée par les tisserands
et les drapiers (les ovins anglais produisent une laine particulièrement fine et d’excellente qualité
pour le filage31). L’artisanat, le commerce et donc les villes se sont développés32. Les habitants des
villes ont surtout besoin de liberté d’entreprendre et de limiter la pression fiscale (une grande partie
des finances de l’État vient de la taxe sur la laine)33,34. De même, les propriétaires fonciers (barons
et clergé) voient d'un mauvais œil l'augmentation des impôts rendue nécessaire par le financement
de la guerre contre Philippe Auguste, d'autant que Jean sans Terre accumule défaites et pertes
territoriales. Ce dernier doit leur concéder la Grande Charte de 1215 qui mène à un pouvoir de
contrôle sur la fiscalité par le Parlement d'Angleterre35.
Le commerce rend l’Angleterre très dépendante de la Guyenne (car elle produit des vins supérieurs
en qualité et en quantité à ceux d'Angleterre), des Flandres (dont les drapiers achètent la laine) et de
la Bretagne (qui lui vend du sel indispensable à la conservation des aliments)36.
Depuis deux siècles, la souveraineté sur l'Ouest de la France, du duché d'Aquitaine au riche et
puissant comté de Flandre, est à l'origine de conflits et d'intrigues entre Capétiens et Plantagenêt.
Cette lutte, commencée au milieu du XIIe siècle avec un énorme avantage pour les Plantagenêt (qui
possédaient alors l’Anjou, la Normandie, le Maine, le Poitou, l’Aquitaine et le Limousin), se
termine par la confiscation de la majeure partie de leurs possessions au profit du roi de France37.
Du grand empire Plantagenêt, il ne reste plus qu’une Aquitaine diminuée et réduite à la côte
gasconne et à Bordeaux, nommée Guyenne38.
La langue des élites est l’anglo-normand39, pour l'essentiel de l'ancien normand, fortement
influencé par le dialecte angevin à l'époque des Plantagenêt et de manière beaucoup moindre par
l'anglo-saxon, et cela, jusqu’en 1361 (décret d'Édouard III), bien que l'anglo-saxon continue d'être
employé par le peuple40.
D’autre part, l'Angleterre doit faire face à la deuxième guerre d'indépendance d'Écosse (1332 à
1357). Depuis 1296, profitant de la mort d'Alexandre III sans héritier mâle et d'une tentative de
prise de contrôle par mariage, l'Angleterre considère l'Écosse comme un État vassal41. Cependant,
les Écossais ont contracté avec la France, la Vieille Alliance, le 23 octobre 1295, et Robert Bruce,
lors de la bataille de Bannockburn, a écrasé la chevalerie anglaise pourtant très supérieure en
nombre grâce à une armée essentiellement composée d’hommes d’armes à pied protégés des
charges par un premier rang de piquiers42. Les Anglais adaptent donc leur manière de combattre en
diminuant la cavalerie mais en utilisant plus d’archers et d’hommes d’armes à pied protégés des
charges par des pieux plantés dans le sol (ces unités, pour accroître leur mobilité, se déplacent à
cheval mais combattent à pied)43. Édouard III met en œuvre cette nouvelle façon de combattre en
soutenant Édouard Balliol contre les partisans de David II, le fils de Robert Bruce. Grâce à cette
tactique, les Anglais remportent plusieurs batailles importantes dont la bataille de Dupplin Moor en
1332 et celle de Halidon Hill en 133344,45. David II doit s’enfuir et trouve refuge en France où il
est accueilli par Philippe VI46,47. Édouard Balliol devient roi d’Écosse, vassal de l’Angleterre et
est honni par son peuple. Grâce à cette campagne, Édouard III peut disposer d’une armée moderne
et rodée aux nouvelles tactiques (il y a aussi expérimenté la stratégie des chevauchées qui consiste à
piller le pays sur de grandes distances grâce à une armée montée)43.
En effet, dans les années 1310-1330, la réduction de la proportion de cavaliers, et en particulier de
cavaliers lourds, dans les troupes combattantes est l'évolution la plus importante par rapport à
l'armée féodale traditionnelle. La diminution du nombre de propriétaires terriens suffisamment
riches pour s'équiper en chevalier en est la principale cause. Il est donc décidé de recruter dans les
catégories sociales inférieures, suivant un système de conscription, un corps armé moins onéreux à
équiper ; l'infanterie également appelée « gens de pied », composés eux-mêmes de fantassins et de
gens de trait (archers et arbalétriers). Selon les besoins, chaque paroisse est chargée de fournir un
certain nombre d'hommes valides, entraînés et équipés qui ne sont payés qu'en cas de guerre à
l'extérieur du pays ; le roi peut ainsi exiger que tout propriétaire foncier jouissant d’un revenu de 40
livres sterling réponde à son appel, et comme en France, il peut mobiliser l’ensemble de la
population48. Ces fantassins appartiennent tous à la partie supérieure de la paysannerie, car ils
doivent fournir leur équipement et leur bidet pour leur déplacement. Cette infanterie montée
devenait alors plus mobile et économisait ses forces pour le combat. La cavalerie légère, était
représentée par les hobelars qui appartenaient le plus souvent à la classe aisée des propriétaires
terriens. Le hobelar est équipé d'un plastron de cuir, d'un casque et des gantelets de fer, une épée, un
couteau et une lance. L'archer monté était également représenté dans la classe aisée des
propriétaires terriens. Son arme, le grand arc longbow, un arc encombrant de 2 m de haut, fera des
ravages lors des batailles de la guerre de Cent Ans. Placés généralement en rangs serrés sur les ailes,
abrités derrière une palissade principalement composée de pieux taillés en pointes, mais également
derrière des charrettes et autres obstacles, ces archers étaient capables de décocher 6 flèches à la
minute, faisant ainsi pleuvoir une pluie de flèches qui décime les charges ennemies. Ce corps des
archers montés remplace entre 1320-1330 le corps des arbalétriers (à pied). Pour les autres classes
de la paysannerie, ils composent selon le cas le corps des archers à pied, le corps des coutiliers ou
celui des épéistes. Les troupes anglaises privilégient donc la défense sur l'attaque.
Origines du conflit
Article détaillé : Conflit entre Capétiens et Plantagenêt.
Si on trouve les raisons profondes du conflit dans la crise démographique, économique et sociale
que traverse l’Europe du XIVe siècle, le déclenchement de la guerre est motivé par la montée
progressive de la tension entre les rois de France et d’Angleterre au sujet de la Guyenne, des
Flandres et de l'Écosse. La question dynastique, posée par une interruption de la descendance mâle
directe des Capétiens, avec la disparition du dernier fils de Philippe IV le Bel, en est le prétexte
officiel.

Causes culturelles, démographiques, économiques et sociales du conflit


Article détaillé : Crise de la fin du Moyen Âge.

Table de Jean Ier de Berry, vers 1411-1416. Au XVe siècle, vin et viandes sont au menu de la table
des nobles. Les Très Riches Heures du duc de Berry, mois de janvier, musée Condé, Ms.65, f.1
Alors que, sous l’effet des progrès des techniques agraires et des défrichements, la population
s’accroît en Occident depuis le Xe siècle, on franchit un seuil qui dépasse les capacités de
productions agricoles dans certaines zones d’Europe dès la fin du XIIIe siècle. Avec le jeu des
partages successoraux les parcelles se réduisent : leur surface moyenne diminue des deux tiers entre
1240 et 131012. Certaines régions, comme les Flandres, sont en surpopulation et essaient de gagner
des terres cultivables sur la mer ; néanmoins, pour couvrir leurs besoins, elles optent pour une
économie de commerce permettant d’importer les denrées agricoles. En Angleterre, dès 1279, 46 %
des paysans ne disposent que d’une superficie cultivable inférieure à 5 hectares, surface minimum
pour nourrir une famille de 5 personnes12. En France la situation est à peine meilleure, en 1311 à
Garges près de Paris (voir Garges-lès-Gonesse), plus de deux tiers des habitants possèdent un
terrain inférieur à 34 ares si l’on y compte la maison qui prend près de 20 ares49, dans ce contexte,
la moindre catastrophe naturelle peut ruiner une famille. La population rurale s’appauvrit, le prix
des produits agricoles baisse et les revenus fiscaux de la noblesse diminuent alors que la pression
fiscale augmente, faisant croître les tensions avec la population rurale50.
Beaucoup de paysans tentent donc leur chance comme saisonniers dans les villes pour des salaires
très faibles, engendrant aussi des tensions sociales en milieu urbain. Le refroidissement
climatique29 provoque de mauvaises récoltes qui se traduisent, avec la pression démographique, en
famines (qui avaient pourtant disparu depuis le XIIe siècle) dans le nord de l’Europe en 1314, 1315
et 1316 : Ypres perd 10 % de sa population et Bruges 5 % en 131612. L'essor des villes accroît ce
déficit et le ravitaillement doit être assuré par un commerce à plus ou moins longue distance.
D'autre part, des consommateurs, au niveau de vie plus élevé grâce à la prospérité générale,
réclament une nourriture plus abondante et plus variée : la mode de boire du vin se répand
largement dans la noblesse ; pour toutes les classes de la société, le companagium
(l'accompagnement du pain) devient plus abondant et plus riche51. L'enrichissement de la société et
les nouvelles demandes en produits à plus forte valeur ajoutée poussent les paysans à diversifier
leurs productions. Le vignoble se développe avec la demande : ceux du Nord et de l'Est de la France
augmentent leur production. Les souverains anglais, qui ne possèdent sur le continent que la
Guyenne, y font croître le vignoble ; au même moment, les ducs de Bourgogne encouragent la
production et l'exportation des vins de Beaune. Cette diversification de l'agriculture accroît le déficit
en produits de base dans l'alimentation de l'époque51.
Surtout, l'incapacité de l'État à faire accepter l'impôt l'oblige pour équilibrer son budget à user de
mutations monétaires. Ce qui revient à alléger la dette de l'État en dévaluant la monnaie. Ceci a
entre autres pour effet de diminuer les revenus fonciers qui sont fixés contractuellement52.
La noblesse doit compenser la diminution de ses revenus fonciers et la guerre en est un excellent
moyen grâce aux rançons perçues après capture d’un adversaire, au pillage et à l’augmentation des
impôts justifiée par la guerre. La noblesse, et plus particulièrement la noblesse anglaise dont les
revenus fonciers sont plus touchés, adopte donc un comportement belliciste22. En France, le roi
Philippe VI doit renflouer les caisses de l'État et une guerre permet de lever des impôts
exceptionnels.

Sphères d'influences économiques et culturelles de la France et de l'Angleterre

Sphères d'influence et principaux axes commerciaux au royaume de France en 1337.


• Possessions de Jeanne de Navarre
• États pontificaux
• Territoires contrôlés par Édouard III
• Zone d'influence économique anglaise
• Zone d'influence culturelle française
Depuis Louis IX, la modernisation du système juridique attire dans la sphère culturelle française de
nombreuses régions limitrophes. En particulier, en terres d'Empire, les villes du Dauphiné ou du
comté de Bourgogne recourent à la justice royale pour régler des litiges : le roi envoie ainsi le bailli
de Mâcon qui intervient à Lyon pour y régler des différends, comme le sénéchal de Beaucaire qui
intervient à Vivier ou à Valence53. Les rois de France savent attirer à leur cour la noblesse de ces
régions en allouant des rentes et en se livrant à une habile politique matrimoniale. L'hommage prêté
au roi de France par les comtes de Savoie contre l'octroi de pensions, la mort héroïque à Crécy du
roi de Bohême Jean de Luxembourg, beau-père de Jean le Bon, et la cession du Dauphiné à Philippe
VI par le comte Humbert II ruiné par son incapacité à lever l'impôt54 et sans héritier après la mort
de son fils unique55 sont de parfaites illustrations de ce phénomène. Inversement, le fait que le roi
d'Angleterre soit vassal du roi de France pour la Guyenne lui pose problème car tous les litiges
peuvent être réglés à Paris et donc en sa défaveur41.
L’essor du commerce a rendu certaines régions dépendantes économiquement de l’un ou l’autre
royaume. À cette époque, le transport de marchandises s'effectue essentiellement par voie maritime
ou fluviale. La Champagne et la Bourgogne alimentent Paris par la Seine et ses affluents et sont
donc pro-françaises. La Normandie est partagée car elle est le point d'union entre ce bassin
économique et la Manche qui devient une zone d'échanges de plus en plus intenses grâce aux
progrès des techniques maritimes (le contournement de la péninsule Ibérique par les navires italiens
devient de plus en plus fréquent). L’Aquitaine qui exporte son vin en Angleterre, la Bretagne qui
exporte son sel et les Flandres qui importent la laine anglaise ont tout intérêt à être dans la sphère
d'influence anglaise36.
Ainsi, les Flamands, voulant échapper à la pression fiscale française, se révoltent de manière
récurrente contre le roi de France, d'où les batailles successives de Courtrai (1302), de Mons-en-
Pévèle (1304) et de Cassel (1328)56. Les Flamands apportent leur soutien au roi d'Angleterre,
déclarant même en 1340 qu'Édouard III est le légitime roi de France. Les deux États ont donc
intérêt à augmenter leurs possessions territoriales pour accroître leurs rentrées fiscales et renflouer
leurs finances. Dès lors, les intrigues des deux rois pour faire passer la Guyenne, la Bretagne et les
Flandres sous leur influence conduisent rapidement à la guerre entre les deux États : celle-ci s'étend
finalement sur 116 ans57.

La question dynastique
Article détaillé : Succession de Charles IV le Bel.

Descendance de Philippe III le Hardi, roi de France (1270-1285).


Pour comprendre la question dynastique de 1328, il faut remonter une dizaine d’années dans le
temps. En 1316, la mort de Louis X le Hutin, deux ans seulement après celle de son père Philippe le
Bel, marque la fin du « miracle capétien » : de 987 à 1316, les rois capétiens ont toujours eu un fils
à qui transmettre la couronne à leur mort. De sa première épouse, Marguerite de Bourgogne qui a
été condamnée pour infidélitén 5, Louis X le Hutin n’a qu’une fille, Jeanne de Navarre. À sa mort,
sa seconde femme attend un enfant. Un fils naît : Jean Ier dit le Posthume, mais il ne vit que quatre
jours avant de mourir9.
Cas inédit jusqu’alors, l’héritier direct du royaume de France se trouve donc être Jeanne de Navarre,
une femme. La décision qui est prise à ce moment est très importante, car elle devient coutume et va
être appliquée sur la question dynastique qui va se poser en 1328. L’infidélité de la reine Marguerite
n'est qu'un prétexte pour écarter sa fille Jeanne, et choisir Philippe V (frère de Louis X le Hutin)
comme roi de France. En fait, il s’agit d’un choix géopolitique découlant du refus de voir un
éventuel étranger épouser la reine et diriger le pays. Le choix du monarque français se fonde sur
l'hérédité et le sacre, mais l’élection reprend ses droits en cas de problème. Les Capétiens avaient
pris soin légalement de renforcer leurs possessions en rattachant à la couronne les fiefs de leurs
vassaux morts sans héritiers mâles. Philippe le Bel avait introduit la « clause de la masculinité »,
selon l’expression de Jean Favier58, en révisant, la veille de sa mort, le statut de l’apanage de
Poitou qui, « faute d’héritier mâle, reviendrait à la couronne de France »37. La loi salique n’est pas
invoquée lors du choix du nouveau roi de France. Ce n’est que trente ans plus tard, vers 1350, qu’un
bénédictin de l’abbaye de Saint-Denis, qui tient la chronique officielle du Royaume, invoque cette
loi pour renforcer la position du roi de France dans le duel de propagande qu’il livre à Édouard III
d’Angleterre59. Cette loi date des Francs et indique que les femmes doivent être exclues de la
« terre salique ». Le terme salique provient de la rivière Sala, aujourd'hui Yssel, aux Pays-Bas, terre
des Francs saliens60[source insuffisante]. Cette loi est reprise, adaptée à la situation et avancée
comme argument de poids dans les disputes sur la légitimité du roi.
Après le court règne de Philippe V, mort lui aussi sans héritier mâle, c’est son plus jeune frère,
Charles IV, qui, bénéficiant du précédent posé par son aîné, ceint à son tour la couronne en 1322.
Mais son règne dure également peu de temps. Avant de mourir, sa femme étant enceinte, il demande
que, si elle lui donne un fils, celui-ci soit roi. Si ce doit être une fille, il charge les nobles de choisir
à qui reviendra la couronne61.
Quand ce troisième et dernier fils de Philippe le Bel meurt sans descendant mâle en 1328, la
question dynastique est la suivante : Isabelle de France, dernière fille de Philippe le Bel, a un fils,
Édouard III, roi d’Angleterre62. Peut-elle transmettre un droit qu’elle ne peut elle-même exercer
selon la coutume fixée dix ans plus tôt ? Édouard III se propose comme candidat, mais c’est
Philippe VI qui est choisi37. Il est le fils de Charles de Valois, frère cadet de Philippe le Bel et
descend donc par les mâles de la lignée capétienne. Les pairs de France (voir Pairie de France
(Ancien Régime)) refusent de donner la couronne à un roi étranger, suivant la même logique de
politique nationale que dix ans auparavant63,64. Avec bien certaines réticences, Édouard III
d’Angleterre prête alors hommage à Philippe VI, étant son vassal au titre de la Guyenne65,66
Édouard III, ayant prêté hommage et reconnu pour roi Philippe VI de Valois, et ayant dû accepter
des concessions en Guyenne (mais il se réserve le droit de réclamer les territoires arbitrairement
confisqués)37, s'attend à ce qu'on lui laisse les mains libres en Écosse (voir Guerres d'indépendance
de l'Écosse). Mais Philippe VI confirme son soutien à David Bruce. Édouard III saisit alors le
prétexte de sa légitimité royale pour déclencher la guerre67.
La querelle de Guyenne : le problème de la souveraineté

France en 1328
• Aquitaine : fief du roi d'Angleterre en France en 1328
• Royaume de France
• Possessions des Plantagenêt en France sous Henri II en 1180
Cette querelle est encore plus importante que la question dynastique pour expliquer le
déclenchement de la guerre67. La Guyenne pose un problème considérable aux rois de France et
d’Angleterre : Édouard III se trouve être le vassal de Philippe VI de France et doit donc reconnaitre
la souveraineté du roi de France sur la Guyenne. Dans la pratique, un jugement rendu en Guyenne
peut être soumis à un appel devant la cour de Paris et non pas à Londres. Le roi de France a donc le
pouvoir de révoquer toutes les décisions juridiques prises par le roi d'Angleterre en Aquitaine, ce
qui est bien sûr totalement inacceptable pour les Anglais. Dès lors, la souveraineté sur la Guyenne
fait l'objet d'un conflit larvé entre les deux monarchies depuis plusieurs générations28.
Article détaillé : Guerre de Saint-Sardos.
En 1323, le père de Philippe VI, Charles de Valois, en expédition pour le compte du roi Charles IV
le Bel, fait saisir une bastide fortifiée construite par les Anglais à Saint-Sardos, en plein territoire du
duc de Guyenne, malgré les plus vives protestations et recours en justice d'Édouard II d'Angleterre
et du seigneur voisin Raymond-Bernard de Montpezat. Ce dernier réplique par les armes le 16
octobre 1323, alors que le procureur du roi de France se trouve à Saint-Sardos pour officialiser
l'alliance. À la tête de sa troupe, renforcée d'éléments anglais, le seigneur de Montpezat attaque le
château de Saint-Sardos et ruine le village. Il fait passer la garnison au fil de l'épée et le représentant
de Charles IV est pendu68. Devant ce prétexte tout trouvé, le Parlement, arguant que le duc de
Guyenne n’avait pas prêté hommage à son suzerain, confisque le duché en juillet 1324. Le roi de
France envahit la quasi-totalité de l'Aquitaine mais accepte de mauvaise grâce de restituer ce
territoire en 1325. Pour recouvrer son duché, le roi Édouard II d’Angleterre doit transiger : il envoie
son fils, le futur Édouard III, prêter l’hommage mais le roi de France ne lui propose qu’une
Guyenne amputée de l’Agenais. Les choses semblent se débloquer en 1327 à l’avènement
d’Édouard III qui recouvre son duché contre la promesse d’une indemnité de guerre38. Mais les
Français, faisant traîner en longueur la remise des terres, forcent Édouard III à venir prêter
hommage, ce qu’il fait le 6 juin 1329. Cependant, lors de cette cérémonie, Philippe VI fait
consigner que l’hommage n’est pas prêté pour les terres qui ont été détachées du duché de Guyenne
par Charles IV le Bel (en particulier l’Agenais). Édouard considère que son hommage n’implique
pas la renonciation de la revendication des terres extorquées69,n 6.
Intrigues et déclaration de guerre
La tension monte entre les deux souverains d'autant que la noblesse pousse au conflit. Elle
débouche inévitablement sur une déclaration de guerre en 1337.
Le roi de France aide les Écossais dans leur combat contre l’Angleterre. C’est la politique menée
depuis plusieurs siècles par les rois capétiens : il s’agit de la Vieille Alliance (l'« Auld Alliance »).
Le roi d'Écosse, David Bruce, a été chassé par Édouard III en 1333 et Philippe VI l’héberge à
Château-Gaillard et réarme ses partisans en attendant qu’il ait reconstitué des forces suffisantes
pour reprendre pied en Écosse.
En 1334, il convoque les ambassadeurs anglais, dont l’archevêque de Cantorbéry et leur précise que
l’Écosse de David Bruce est comprise dans la paix70,71. En 1335, David Bruce peut attaquer les
îles Anglo-Normandes grâce à une flotte financée par Philippe VI. C'est un échec, mais cela fait
craindre à Édouard III une invasion de l'Angleterre44.
Édouard III intrigue en Flandre, son mariage avec Philippa de Hainaut lui permet de tisser des liens
dans le Nord de la France et dans le Saint-Empire : Robert d'Artois est réfugié à Londres depuis
133672, il a acheté l'alliance du comte de Hainaut ainsi que celle de l'empereur Louis de Bavière
pour 300 000 florins et le duc de Brabant ainsi que le comte Gueldre se tournent vers lui73. Les
Flamands sont outrés par le ralliement du comte Louis Ier de Flandre au roi de France et de la
pression fiscale qui s'ensuit, mais en cas de relance du conflit avec le roi de France, ils devraient
verser une lourde amende au pape (qui a le pouvoir de les excommunier ou de jeter l'interdit sur les
villes flamandes). Il est prévu avec Jacob van Artevelde (l'homme fort de l'opposition flamande) que
les Flandres reconnaissent Édouard comme roi de France ce qui permet de contourner cet accord57.
Louis de Nevers réagit en arrêtant des marchands anglais. Édouard III coupe l’approvisionnement
en laine de cette région en août 133673, menaçant son économie constituée essentiellement de
draperie et de tissage57. Mais surtout, il soutient l'industrie textile du Brabant auquel il est allié et
prend des mesures incitatives pour faire venir en Angleterre les tisserands flamands désœuvrés pour
y créer sa propre industrie textile. Si la Flandre reste neutre ou prend le parti du roi de France, elle
risque de perdre tout son pouvoir économique et est menacée de ruine74. La Flandre se révolte donc
contre les Français en 1337.
La réouverture du conflit aquitain et le soutien apporté par les Valois à ses adversaires écossais
amènent Édouard III à faire de ses prétentions au trône de France un moyen de justifier sa cause.
Par mesure de rétorsion, Philippe VI décide donc de confisquer la Guyenne pour félonie le 24 mai
133775. Édouard III d’Angleterre réplique en revendiquant la couronne de France. Le 7 octobre
1337, un archevêque est envoyé à Paris pour jeter le gant à « Philippe, qui se dit roi de France »37.
La guerre commence.

Principales phases du conflit


Article détaillé : Chronologie de la guerre de Cent Ans.
La guerre de Cent Ans comprend deux grands mouvements qui répondent à une même structure :
une première période, de 1337 à 1380, qui voit l'effondrement de la puissance de la monarchie
française, puis une période de crise suivie d’un rétablissement et d’une seconde période, de 1415 à
1453, reproduisant le même cycle : effondrement, crise, rétablissement. Ces deux périodes sont
séparées par une longue trêve provoquée par des conflits de pouvoir dans les deux camps.
On peut subdiviser chacune de ces deux grandes périodes en deux phases :
• Territoires contrôlés par les Français
• Territoires contrôlés par les Anglais
• Territoires contrôlés par le duc de Bourgogne
• de 1337 à 1364, le génie tactique d’Édouard III d’Angleterre entraîne une succession de
victoires anglaises sur la chevalerie française. La noblesse française est complètement
discréditée et le pays sombre dans la guerre civile. À la suite du traité de Brétigny, une
grande partie de la France est contrôlée par les Anglais ;
• de 1364 à 1380, Charles V entame une patiente reconquête du territoire. Le roi a compris
que la victoire finale se jouerait sur le sentiment d’appartenance nationale. Il laisse les
Anglais ravager la campagne par des chevauchées alors que lui-même soulage la population
en envoyant les Grandes compagnies combattre en Castille. Évitant les batailles rangées qui
ont été désastreuses durant la première phase du conflit, il reprend progressivement plusieurs
places fortes à l’ennemi. En 1375, Édouard III ne contrôle plus sur le continent que Calais,
Cherbourg, Brest, Bordeaux, Bayonne, et quelques forteresses dans le Massif central ;
• de 1380 à 1429, la minorité puis la folie de Charles VI permettent aux « grands », les
membres de la haute noblesse française, de prendre le contrôle du Royaume. Il en résulte
une rivalité entre les ducs de Bourgogne et d’Orléans qui dégénère en guerre civile. Henri V
en joue et reprend du terrain sur le continent. Il en résulte le désastre français de la bataille
d’Azincourt. En 1419, l’assassinat de Jean sans Peur entraîne une alliance anglo-
bourguignonne et l’effondrement du parti d’Armagnac. En vertu du traité de Troyes de 1420,
Henri V épouse la fille de Charles VI, devient l’héritier de ce dernier et cumule les titres de
roi d’Angleterre et de régent de France. Le dauphin Charles est déshérité. Cependant, à la
suite de la mort prématurée d’Henri V, son fils Henri VI, âgé de quelques mois, prend le titre
de roi de France et d’Angleterre ;
• de 1429 à 1453, les Anglais sont progressivement chassés de France. Jeanne d’Arc cristallise
le sentiment national et assoit Charles VII sur le trône français en dépit du traité de Troyes
qui l’avait déshérité. Les Anglais privés du soutien de la population sont lentement chassés
du continent. En 1435, le traité d’Arras met fin à l’alliance anglo-bourguignonne et
déséquilibre définitivement le rapport de force en faveur des Français. En 1453, les Anglais
ne contrôlent plus que Calais à la suite de leur défaite subie à Castillon. Mais la paix n’est
finalement signée qu’en 1475, sous les règnes de Louis XI et d’Édouard IV.
Les victoires d’Édouard III : de 1337 à 1364

La guerre par procuration

Édouard III, roi d'Angleterre


(gisant dans l'abbaye de Westminster).

Philippe VI, roi de France


(détail de la miniature Le procès de Robert d'Artois, vers 1336, Paris, BnF, ms. français 18437,
fo 2).
Si la guerre est déclarée en 1337, le conflit ne débute que plus tard. Les deux rois ne sont pas riches,
et doivent négocier les impôts avec leur parlement respectif, voire emprunter l’argent nécessaire à la
guerre.
Les belligérants commencent la guerre par alliés interposés. Ainsi, Édouard III d'Angleterre soutient
Jean de Montfort contre Charles de Blois, parent de Philippe VI, lors de la guerre de Succession de
Bretagne76. De leur côté, les Français soutiennent les Écossais en guerre contre les Anglais77.
Au début du conflit, tandis qu'Édouard III, en tant que petit-fils de Philippe le Bel, peut revendiquer
la couronne de France, le roi de France, n’ayant pas de revendication sur la couronne d’Angleterre,
n’a qu’un but : récupérer la Guyenne. Il lui faut donc contraindre Édouard III d'Angleterre à en
accepter la confiscation et à mettre fin à ses prétentions à la couronne de France.
Les Français, avec le renfort de mercenaires génois, ont le rapport de force maritime pour eux.
Ainsi, la flotte française pille régulièrement les ports anglais78. Une stratégie de blocus est
imaginée car le vin de Guyenne et le sel de Bretagne ou de Poitou sont vitaux pour l’Angleterren 7.
Le commerce de la laine vers les Flandres et du vin de Bordeaux est interrompu et les finances
anglaises sont au plus mal. Les drapiers flamands, sévèrement touchés par le conflit, se soulèvent
contre leur comte Louis Ier de Flandre79. Ils sont conduits par Jacob van Artevelde qui a pris le
pouvoir en Flandres et s’allient au roi d’Angleterre80.
Bataille de L'Écluse à Sluys. Miniature de Loyset Liédet tirée des Chroniques de Jean Froissart,
BNF, Fr.2643.
Le commerce ayant repris avec l’Angleterre, les Français envoient leur flotte à L'Écluse, à
l’embouchure du canal reliant Bruges à la mer du Nord, pour imposer un blocus naval. Le 24 juin
1340, lors de la bataille de L’Écluse, la flotte française, y compris de nombreux navires bretons81,
subit une défaite totale qui inverse le rapport de force maritime. Cette défaite met fin au projet
d’envoyer des troupes françaises soutenir les Écossais, et permet à Édouard III d'Angleterre de
relancer le commerce de la laine82. Au début des années 1340, le retour des laines anglaises ne
ramène cependant pas la prospérité en Flandres et l’autorité de Jacob van Artevelde est de plus en
plus contestée. De plus, le pape Clément VI ayant lancé une excommunication aux Flamands
parjures57, Louis II de Flandre parvient à reprendre pied dans le comté et force Jacob van Artevelde
à répondre par une fuite en avant. Ce dernier désavoue le comte de Flandre et propose le comté à
Édouard de Woodstock, fils d'Édouard III d'Angleterre, le futur Prince Noir. Mais il est trop tard
pour lui. Contesté dans sa ville même de Gand, Jacob van Artevelde est assassiné lors d’une émeute
le 17 ou le 24 juillet 1345. La Flandre abandonne dès lors Édouard III et se rallie à la France83.

1re phase de la guerre de Cent Ans


• Principales batailles
• Chevauchée d'Édouard III en 1339
• Chevauchée d'Édouard III en 1346
• Chevauchée du Prince noir en 1355
• Chevauchée de Lancastre en 1356
• Chevauchée du Prince noir en 1356
• Chevauchée d'Édouard III en 1359-60
Fort de sa nouvelle maîtrise maritime, une armée d’Édouard III d’Angleterre débarque à Brest en
1343. Toutefois, son allié Jean de Montfort est capturé à Nantes, puis meurt en 1345. Charles de
Blois reste seul prétendant au duché de Bretagne. Une trêve est signée en Bretagne, les Anglais
gardent le contrôle de Brest jusqu’en 1397.
Redoutant une invasion anglaise, Philippe VI parvient à convaincre son vieil allié écossais
d’attaquer l’Angleterre par le nord car, Édouard III ayant regroupé son armée au sud du pays, la
frontière écossaise devrait être peu défendue84. Le 7 octobre 1346, David II, roi d'Écosse, attaque
l'Angleterre à la tête de 12 000 hommes. Mais il est défait et capturé à la bataille de Neville’s Cross.
Édouard III d’Angleterre a les mains libres pour débarquer en France.

Les chevauchées
Pour pouvoir continuer la guerre, Édouard III doit rallier les élites, et donc le Parlement, à sa cause.
Pour ce faire il était nécessaire de mener des actions victorieuses sur le continent, or à cette époque
la France est avec 20 millions d’habitants cinq fois plus peuplée que l’Angleterre. La chevalerie
française est la plus nombreuse et la plus aguerrie d’Europe, c’est pourquoi Édouard III n’envisage
pas de tenir le terrain où il était facile de perdre crédibilité, armée et même sa propre vie. Les
quelques batailles rangées comme celles de Crécy, Poitiers voire Azincourt l’étaient plus par la
force des choses que d’une volonté d’affront direct85. Édouard III prévoit donc une guerre de
pillage qui a le mérite de s’autofinancer. Une des plus célèbres chevauchées anglaises est celle de
1346 : une armée réduite, mobile, avançant sur un front réduit et pratiquant une guerre totale
dévastant systématiquement les régions traversées, sans égards pour une population dont le roi
d'Angleterre se dit le souverain légitime.
En 1347, juste avant le début de la peste noire, Philippe VI dispose d’une armée de 50 000 soldats.
Numériquement l’avantage revient à la France nettement plus peuplée que l’Angleterre, mais la
guerre d’Édouard III, loin de ses bases, lui coûte moins cher et oblige le roi de France à se lancer
dans un conflit défensif ruineux. En effet, la durée de mobilisation de l’armée anglaise est de
quelques mois, de plus elle est largement rentabilisée par les pillages. Le nombre de soldats est
limité aussi à cause de la capacité de la flotte anglaise : sur les 20 à 30 000 soldats à sa disposition,
Édouard III n’en choisit que la moitié, parmi les meilleurs. Face à cela, le roi français a deux
solutions. La première consiste à laisser passer les armées anglaises tout en garnissant les châteaux
et les cités fortifiées ; le coût de cette méthode est élevé, ajoutant celui des troupes en garnison à
celui du pillage et la destruction de la campagne environnante par l'ennemi, avec pour conséquence
un fort discrédit pour le souverain. La seconde consiste à mobiliser la population avec la difficulté
du temps passé à former l’armée pendant lequel les chevauchées remplissent leur objectifs,
obligeant les troupes du roi de France à ne pouvoir que poursuivre les Anglais, qui dès lors peuvent
choisir quand et où a lieu l'affrontement. Philippe VI tente les deux stratégies sans succès48.
Édouard III visait plusieurs objectifs par ces pillages, tout d’abord il faut bien comprendre que le
but n'est pas véritablement la possession du royaume de France. Il cherche à moyen terme à saper
l’autorité de Philipe VI en démontrant qu’il est incapable de défendre son peuple et, à long terme,
son but est avant tout la consolidation et la validation juridique définitive de sa souveraineté
exclusive sur la Guyenne, si possible agrandie : il cherche plus à cesser d'être un vassal du roi de
France pour la Guyenne qu'à le remplacer sur le trône de France, comme le montre son
renoncement à cette revendication lors du traité de Brétigny[source insuffisante]86.
Pour réaliser ses objectifs, Édouard III, lors de sa première chevauchée de 1339, débarque sur le
continent avec 10 000 à 15 000 hommes dont 1 600 hommes d’armes (cavalerie lourde),
1 500 archers montés, 1 650 archers à pied et 800 hommes recrutés aux Pays-Bas et en Germanie85.
Divisés en trois groupes avançant en parallèle sur dix à vingt kilomètres par jour dans un couloir
d’environ vingt kilomètres, selon un circuit où les villes peu ou pas fortifiées sont les premières
visées85, ses armées pillent méticuleusement les terres en prenant soin de détruire le bétail et les
instruments de production comme les fours ou les moulins. Finalement, cette chevauchée de 1339
ravage plus de 200 villages87. Six ans plus tard en 1345, la chevauchée menée par Édouard III
s’avère encore plus productive du côté anglais mais aussi plus destructrice pour les Français jusqu’à
ce que finalement les deux armées se rencontrent à Crécy le 26 août 1346. Les Français sont plus
nombreux, mais l’armée française, comptant sur sa chevalerie puissante, affronte une armée
anglaise composée d’archers et de fantassins en cours de professionnalisation. Les tactiques
utilisées découlent de l’organisation sociale différente des deux pays. La France est un pays féodal
et religieux dont la noblesse doit justifier sur le champ de bataille l’origine divine de son pouvoir :
on doit vaincre l’adversaire face à face dans un corps à corps héroïque. La noblesse française
applique à la lettre les codes de la chevalerie, et combat courtoisement : c’est-à-dire en évitant de
tuer un chevalier ennemi de sang noble, mais plutôt en cherchant à le capturer afin de le rançonner.

La bataille de Crécy. Miniature de Loyset Liédet tirée des Chroniques de Jean Froissart, BNF,
Fr.2643.
De son côté, l’Angleterre est un pays tourné vers l’artisanat et le commerce. La tactique guerrière
des Anglais, rodée par des années de guerre en Écosse, est fondée sur une recherche maximum
d’efficacité. Il en résulte une armée très organisée où les chevaliers comptent moins.
Au vu de leur grande supériorité numérique, les Français sont certains de l’emporter à Crécy. Or,
confrontée à la baisse de ses revenus fonciers, la noblesse compte se renflouer avec les rançons
demandées en échange des chevaliers adverses capturés22. Dès lors, chacun veut atteindre le plus
vite possible l’ennemi anglais afin de se tailler la part du lion ; personne n’obéit aux ordres du roi
Philippe VI qui, emporté par le mouvement, est contraint de se lancer à corps perdu dans la bataille.
Gênés dans leur progression par leurs propres piétons et les arbalétriers mercenaires génois mis en
déroute par la pluie de flèches anglaises, les chevaliers français sont obligés d’en découdre avec
leurs propres hommes. C’est un désastre du côté français où Philippe VI de Valois s’illustre par son
incompétence militaire : les chevaliers français chargent par vagues successives le mont de Crécy,
mais leurs montures (à l’époque non ou peu protégées) sont massacrées par les pluies de flèches
décochées par les archers anglais abrités derrière des rangées de pieux. Peinant à se relever de leur
chute, les chevaliers français, lourdement engoncés dans leurs armures, sont des proies faciles pour
les fantassins qui n’ont plus qu’à les achever88.

Statue des bourgeois de Calais par Auguste Rodin.


L’armée française anéantie, Édouard III remonte vers le nord et met le siège devant Calais. Avec
une armée de secours, le roi de France essaie bien de lever le blocus de la ville, mais n’ose pas
affronter Édouard III.
C’est dans de dramatiques circonstances, au cours desquelles les célèbres bourgeois de Calais
remettent les clés de leur ville aux assiégeants, que Calais passe sous domination anglaise (1347),
laquelle va durer jusqu’au XVIe siècle. Philippe VI négocie une trêve avec Édouard III, qui, en
position de force, obtient la souveraineté pleine et entière sur Calais. Édouard III rentre en
Angleterre victorieux, les bras chargés des richesses pillées en France et avec lui les clefs de la ville
de Calais qui n’était d’ailleurs même pas prévue à son départ, Philippe VI quant à lui ressort
totalement humilié et apparaît comme un roi incapable de défendre son territoire87.

Jean II le Bon, roi de France de 1350 à 1364, musée du Louvre.


Si la peste noire, ou Grande Peste, de 1349 oblige les belligérants à cesser le combat jusqu’en 1355,
elle est aussi vécue comme une punition divine89. Philippe VI doit sa couronne à un vote des pairs
de France qui ont écarté Édouard III et Philippe d’Évreux. Vaincu par une armée nettement
inférieure en nombre à Crécy, le roi de France a dû fuir, ce qui met en doute la légitimité divine de
son pouvoir90. Le prestige et l’autorité royale des Valois sont donc profondément altérés89. Le
désordre s’installe dans le Royaume sans que son successeur, Jean II le Bon, parvienne à inverser la
tendance. L’économie va mal et, pour éviter de recourir aux impôts de plus en plus impopulaires,
l'État procède à des mutations qui dévaluent brutalement la monnaie91 ; le commerce se réduit
comme une peau de chagrin92 ce qui conduit les commerçants et artisans à souhaiter plus
d’autonomie pour les villes et une monnaie stable. Les mercenaires démobilisés, que ce conflit a
utilisé sur le long terme93, se regroupent en bandes et forment les Grandes compagnies qui
terrorisent et pillent les campagnes. L’insécurité grandit sur les routes et dans les campagnes : la
noblesse ne remplit plus le rôle qui lui est imparti dans la société féodale.
Articles détaillés : Grandes compagnies et Chefs routiers célèbres.

L'influence du roi de Navarre


Le roi Charles II de Navarre dit « le Mauvais » est le petit-fils de Louis X le Hutin. Sa mère Jeanne,
écartée de la couronne de France par ses oncles puis par les Valois, n'a pu ceindre que la couronne
de Navarre. Privée de ses terres restantes, la Brie et la Champagne, elle transmet un profond
ressentiment à son fils Charles II, roi de Navarre à sa mort en 1349. Se considérant comme l’héritier
légitime du trône de France, il entre à partir de 1353 en conflit avec le roi de France pour de
nombreuses années94. En janvier 1354, il fait assassiner le favori du roi Charles de La Cerda,
auquel Jean II vient de donner le comté d'Angoulême qui lui revenait de droit95. Jean le Bon, qui ne
souhaite pas rompre la trêve avec les Anglais, est obligé d’accepter le traité de Mantes le 22 février
135496. Par ce dernier, le Navarrais agrandit son domaine normand de plusieurs vicomtés et fiefs :
Beaumont-le-Roger, Breteuil, Conches, Pont-Audemer, Orbec, Valognes, Coutances et Carentan. En
contrepartie, il abandonne ses prétentions sur la Champagne.
Mais Jean II tarde à appliquer le traité de Mantes et cherche même à assassiner Charles II et ses
frères à l'occasion d'un dîner97. Charles II de Navarre rentre alors à Pampelune, recrute des troupes
et s'allie avec le duc de Lancastre98. Un plan de partage de la France est établi entre Anglais et
Navarrais au terme duquel, en cas de conquête de la France, il en obtiendrait de grandes régions et
Édouard III le reste du pays et la couronne99. Le retour de Charles II à Cherbourg en août 1355
avec une forte troupe ainsi que la menace anglaise contraignent Jean II à respecter ses engagements.
Il signe le traité de Valognes le 10 septembre 1355 et remet au roi de Navarre les terres qui lui sont
dues100.
Toujours confronté à la menace anglaise, Jean le Bon doit convoquer les états généraux, le 28
décembre 1355, pour lever l’armée de 30 000 hommes nécessaires. Ceux-ci sont extrêmement
méfiants quant à la gestion des finances publiques (échaudés par les dévaluations entraînées par les
mutations monétairesn 8) et n’acceptent la levée d’une taxe sur le sel (la gabelle) que si les états
généraux peuvent en contrôler l’application et l’utilisation des fonds prélevés. Les officiers qui
prélèveraient la taxe doivent être désignés par les états généraux et 10 députés doivent entrer au
conseil du roi afin de contrôler les finances101.

Arrestation de Charles le Mauvais, Chroniques de Froissart, Fr.2643.


La Normandie, région rebelle, refuse de payer : le dauphin Charles, récemment nommé duc, réunit
les états de Normandie. Charles le Mauvais voit dans cette levée impopulaire d'impôt, l'occasion de
déstabiliser une couronne chancelante en fédérant les mécontents. Présent au titre de ses possessions
normandes (il est comte d’Évreux), il tente alors un rapprochement avec son beau-frère qu'il essaie
de convaincre que son père Jean le Bon souhaite le déshériter (Charles est chétif, selon certaines
sources présenterait une malformation de la main droite, est peu avantagé sur les champs de bataille
et est donc loin de représenter l'idéal chevaleresque cher à son père)102. De ce fait, le 5 avril 1356,
le dauphin a convié en son château de Rouen tous les hauts seigneurs de la province. La fête bat son
plein lorsque surgit Jean II le Bon qui vient se saisir de Charles le Mauvais. Averti de l'opposition
de son gendre (il lui a donné en 1352 en mariage sa fille Jeanne de France103) et de bruits d'une
alliance avec les Anglais, le roi laisse éclater sa colère qui couve depuis près de deux ans, en fait
depuis l’assassinat, en janvier 1354, de son favori le connétable Charles de la Cerda. Il fait décapiter
sur-le-champ les compagnons de Charles le Mauvais et fait incarcérer ce dernier104.
Philippe de Navarre le frère de Charles le Mauvais envoie son défi au roi de France dès le 17 avril
1356105. L'arrestation de Charles II par le roi de France sera lourde de conséquences. Les Navarrais
et particulièrement les seigneurs normands passent en bloc du côté d'Édouard III. En juin 1356,
Philippe de Navarre lance une redoutable chevauchée en Normandie, puis rend hommage à Édouard
III106. Les Anglais n'attendaient que cela pour intervenir en France. En juillet, le prince de Galles
lance une chevauchée en Guyenne, qui aboutira à la défaite française de Poitiers107.

La bataille de Poitiers, Chroniques de Froissart, Fr.2643.


Après avoir maté d'une main de fer une rébellion dans son comté anglais de Chester, Édouard de
Woodstock, fils aîné d'Édouard III, s'était vu gratifié de la confiance de son père qui lui avait confié
le poste de lieutenant de Gascogne : ainsi avait commencé la première chevauchée menée par le
fameux capitaine anglais. En 1355, le Prince Noir, parti de Bordeaux avec des chevaliers gascons,
notamment Amanieu d'Albret, seigneur de Langoiran, avait pillé la campagne française à travers les
comtés de Julliac, d'Armagnac et d'Astarac. Ses troupes avaient commis de nombreuses atrocités
dans la région de Carcassonne. En juillet 1356, le Prince Noir revient sur le sol français pour une
nouvelle campagne de pillages. Il échoue devant Bourges, mais prend Vierzon dont la garnison est
massacrée. Gênée par le poids du butin, sa troupe oblique alors vers l'ouest, puis vers Bordeaux en
passant par Poitiers. Jean II le Bon le poursuit avec une armée deux fois plus nombreuse, composée
de chevaliers lourds, et le rattrape dans les environs de Poitiers. La bataille de Poitiers a lieu le 19
septembre 1356. Jean II est pris de vitesse par son avant-garde qui attaque sans aucune
coordination. Le reste de l'armée française, devant la confusion de la bataille, perd confiance et
tourne casaque, et le roi est fait prisonnier avec un de ses fils cadets Philippe qui reste auprès de son
père jusqu'à sa capture ce qui lui vaut le surnom de Hardi : c’est un nouveau désastre108,87.

La capture de Jean le Bon. Miniature du Maître de Giac tirée d'un manuscrit des Chroniques de
Froissart, B.M. de Besançon, Ms.864, vers 1412-1415.
La bataille de Poitiers n’apporte rien aux Anglais sur le plan stratégique mais sur le plan politique la
victoire est éclatante, le royaume de France est décapité, le fils de Jean le Bon, le jeune Charles est
incapable de reprendre le contrôle du pouvoir. À la tête d’une monarchie ruinée et sans armée il est
obligé de laisser chaque région se défendre par elle-même87. Du côté anglais, Édouard III a toutes
les cartes en main pour négocier d’importantes concessions territoriales et financières.
Pendant son incarcération, Charles II de Navarre a gagné en popularité. Ses partisans le plaignent et
réclament sa libération. La Normandie gronde et nombreux sont les barons qui renient l’hommage
prêté au roi de France et se tournent vers Édouard III d’Angleterre. Pour eux, Jean le Bon a
outrepassé ses droits en arrêtant un prince avec qui il a pourtant signé la paix. Pire encore, ce geste
est perçu par les Navarrais comme le fait d’un roi qui se sait illégitime et espère éliminer un
adversaire dont le seul tort est de défendre ses droits à la couronne de France. Charles II de Navarre
est finalement libéré le 9 novembre 1357 de sa prison d'Arleux par des partisans, et ramené en
triomphe à Amiens puis à Paris109.
En janvier 1358, la France est au bord du chaos. Charles II de Navarre libéré se reconstitue une
force politique, et est en mesure de prendre le pouvoir (il est considéré par beaucoup comme plus
apte à combattre l'ennemi anglais et plus légitime que le chétif dauphin110). De son côté, Étienne
Marcel entretient une dangereuse agitation parisienne. Jean le Bon doit reprendre les choses en
main et négocie sa libération dans la précipitation : il accepte le premier traité de Londres qui
prévoit que l’Angleterre récupère l’ensemble de ses anciennes possessions d’Aquitaine et une
rançon de 4 millions d’écus sans renonciation à la couronne de France111. À cette occasion, est
frappée la première monnaie appelée « franc », ce mot prenant ici le sens de « libre ». Le butin et
les rançons acquises à la suite de cette bataille furent tellement importants que de nombreux
châteaux anglais furent rénovés ou reconstruits avec ces fonds112. Cette première partie de la
guerre de Cent Ans se termine sur une totale défaite française. L’Angleterre, quatre à cinq fois
moins peuplée, composée d’une armée moins équipée et moins nombreuse, avait triomphé du
royaume de France qui au début de la guerre était une des plus grandes puissances d’Europe.

Les Valois contestés

Robert Le Coq, dans une diatribe contre les officiers du roi. Grandes Chroniques de France de
Charles V.
La première phase du conflit fait apparaître une France affaiblie, tant sur un plan politique, avec la
contestation du pouvoir des Valois, que sur un plan économique, les brigandages et les pillages
s'ajoutant aux maux apportés par les Anglais.
La guerre menée par Édouard III est coûteuse ; la seule garnison anglaise de Calais engloutit un
sixième du budget de la guerre, mais l'armée est financée par les butins récoltés au cours des
chevauchées113. Le conflit ruine en revanche la France et particulièrement le Nord, grenier à blé du
pays et terre d'échanges grâce, entre autres, aux foires de Champagne. De plus, les troupes
d'Édouard III prennent soin de détruire les outils et tuent le bétail pour accroître les pertes
économiques françaises. En 1343, la guerre coûte à la France près de trois millions de livres, deux
ans plus tard la somme atteint cinq millions. Côté français, plusieurs moyens sont utilisés pour
renflouer le budget de l'État, dont la semonce de l'arrière-ban par laquelle toute personne ne pouvant
participer au combat peut compenser son absence au moyen d'une taxe. En réduisant la quantité de
métal précieux utilisé pour sa fabrication, la modification de la valeur de la monnaie permet aussi
de réaliser des économies : le poids du sou tournois passe de près de quatre grammes en 1330 à 200
milligrammes après 1360114. Cette mesure est toutefois très impopulaire ce qui oblige Philippe VI
et Jean II à négocier la levée d'impôts extraordinaires mais le déficit se creuse. La gabelle est
rétablie en 1356114 ainsi que diverses taxes. Toutes ces tergiversations provoquent la baisse de la
popularité de souverains déjà totalement dépassés par les différents échecs.

Tourreluque d'Aix-en-Provence, construite pour se prémunir des bandes de pillards venant du nord
de la France et qui sillonnaient la Provence. Les remparts l'entourant ont été détruits au XIXe siècle.
Après la bataille de Poitiers, les mercenaires anglais démobilisés regrettent le temps des
chevauchées, de l'argent facile et redoutent de retourner à leur situation d'avant-guerre, surtout pour
la petite noblesse. Des milliers d'entre eux se regroupent en « grandes compagnies » et, profitant de
l'absence d'autorité publique, pillent le pays ce qui alimente le mécontentement populaire115. Le
but de ces pillages n'est nullement la victoire ou l'instauration de la paix, mais uniquement
l'enrichissement personnel de certains qui n'obéissent qu'à leurs propres règles. Ainsi de 1360 à
1390, la France est en proie aux pillages, viols, meurtres, obligeant les paysans à payer des taxes
pour pouvoir conserver leurs vies. Ces grandes compagnies n'hésitent pas à se mouvoir sur de
grandes distances ce qui accroît le fléau à travers le Royaume116. Des faits notables marquent
l'époque ; ainsi, durant l'hiver 1360, une de ces grandes compagnies tente de marcher sur Avignon
pour intercepter la rançon du roi et quelques mois plus tard une armée royale venue les chasser de
Pont-Saint-Esprit est battue par ces mêmes brigands. Différents dirigeants tentent de les arrêter en
leur proposant d'entrer au service de grandes familles italiennes, de partir en croisade en Hongrie
contre les Turcs, ou de participer à la Reconquista en Espagne. Le Pape va jusqu'à excommunier ces
mercenaires, mais les bandes finissent à chaque fois par revenir.
Les défaites de Crécy et Poitiers ont jeté le discrédit sur la noblesse qui est censée justifier sa
supériorité sociale sur le champ de bataille117. Le roi étant prisonnier, son fils aîné, le dauphin
Charles, réunit les états généraux à partir du 15 octobre 1356. Étienne Marcel, le prévôt des
marchands de Paris, y voit la possibilité de mettre en place une forme de régime parlementaire.
Allié au parti navarrais regroupé autour de l’évêque de Laon Robert Le Coq, il impose le 7
novembre 1356 la création d’un comité de 80 membres au sein des états généraux118 (pour faciliter
les discussions) qui appuie leurs revendications. Les états généraux, déclarent le dauphin lieutenant
du roi et défenseur du Royaume en l’absence de son père et lui adjoignent un conseil de douze
représentants de chaque ordre119. Le dauphin est proche du courant réformateur et n'est pas hostile
aux réformes proposées. Mais, bien vite, de profonds désaccords surviennent entre le conseil et le
dauphin qui refuse de faire juger les anciens conseillers de son père honnis pour avoir brutalement
dévalué la monnaie à plusieurs reprises pour renflouer les caisses de l’État91 ainsi que de faire
libérer Charles le Mauvais qui bénéficie d'un fort soutien et pourrait provoquer un changement
dynastique. Voyant qu’il ne peut contenir les revendications d’Étienne Marcel et de Robert Le Coq
qui veulent faire libérer Charles de Navarre, le dauphin essaye de gagner du temps et réserve sa
réponse (prétextant l'arrivée de messagers de son père118), puis congédie les États Généraux et
quitte Paris, son frère le duc d’Anjou réglant les affaires courantes. Le 10 décembre 1356, le
dauphin publie une ordonnance donnant cours à une nouvelle monnaie. Cela provoque une levée de
boucliers dans la population qui y voit le risque d’une nouvelle dévaluation et donc d’une forte
inflation. Des échauffourées éclatent et Étienne Marcel fait pression sur le duc d’Anjou puis sur le
dauphin qui doit révoquer l’ordonnance et rappeler les états généraux120. Ceux-ci sont convoqués
pour février 1357 et le dauphin accepte une grande ordonnance, promulguée le 3 mars, qui prévoit
le contrôle des finances par les états généraux, l’épuration de l’administration (et particulièrement
des collecteurs d’impôts), et enfin le remplacement du conseil du roi par un conseil de tutelle au
dauphin, où seraient présents douze députés de chaque ordre des états généraux, mais où il n'est
plus question de la libération de Charles de Navarre qui ferait peser un danger réel pour la couronne
des Valois.

Le dauphin Charles ne peut qu'accepter la réconciliation avec Charles de Navarre libéré. Grandes
Chroniques de France de Charles V.
Le 9 novembre 1357, le « Navarrais » est libéré de prison par Jean de Picquigny, à l'instigation
d’Étienne Marcel et de Robert Le Coq121. Le retour de Charles de Navarre est méticuleusement
organisé : libéré le 9 novembre, il est reçu avec le protocole dû au roi dans les villes qu’il traverse,
accueilli par les notables et la foule réunie par les états. Le même cérémonial se reproduit à chaque
ville depuis Amiens jusqu’à Paris : il y entre avec une magnifique escorte, est reçu par le clergé et
les bourgeois en procession, puis il harangue une foule toute acquise, expliquant qu’il a été
injustement spolié et incarcéré par Jean le bon alors qu’il est de droite lignée royale122. Mis devant
le fait accompli, le dauphin ne peut refuser la demande d’Étienne Marcel et de Robert Le Coq et
signe des lettres de rémissions pour le Navarrais qui effectue tranquillement son retour triomphal. Il
rentre à Paris le 29 novembre et harangue 10 000 personnes rassemblées par Étienne Marcel (ce qui
est considérable pour l’époque)123. Le 30 novembre, il prononce un nouveau discours devant
10 000 Parisiens réunis par Étienne Marcel au Pré-aux-Clercs124. Le 3 décembre, Étienne Marcel
s’invite avec un fort parti bourgeois au conseil qui doit décider de la réhabilitation de Charles de
Navarre, sous prétexte d’annoncer que les états réunis aux Cordeliers ont consenti à lever l’impôt
demandé par le dauphin et qu’il ne reste que l’accord de la noblesse à obtenir (qui se réunit
séparément des autres états). Au vu de cette démonstration de force, le dauphin ne peut faire
autrement que de se réconcilier avec Charles de Navarre et lui restituer ses possessions
normandes125. Ce dernier élève des prétentions sur plusieurs provinces (dont la Champagne dont il
a été dépossédé par Jean le Bon). Le dauphin n'a d'autre choix que d’acquiescer et de réhabiliter
Charles le Mauvais126. Plus grave pour les Valois, les états doivent trancher la question dynastique
le 14 janvier 1358. La couronne des Valois est menacée. Charles le Mauvais exploite le mois
d’attente pour faire campagne.
Craignant que le Navarrais puisse s'emparer du pouvoir, Jean le Bon décide de reprendre les choses
en main et négocie sa libération avec les Anglais qui n'hésitent pas à tirer parti de la situation : Jean
II accepte le premier traité de Londres qui prévoit que l’Angleterre récupère l’ensemble de ses
anciennes possessions d’Aquitaine et toutes les terres leur ayant appartenu, une rançon de quatre
millions d’écus, sans renonciation à la couronne de France111. En acceptant cette situation qui
affaiblit encore plus le pouvoir royal et peut relancer la guerre civile, l'objectif des Anglais est
d'asseoir Édouard III sur le trône de France (il revendique la couronne étant petit-fils de Philippe le
Bel). De même, Jean II, depuis sa prison de Londres, interdit l'application de la grande ordonnance,
ce qui provoque un conflit ouvert entre Étienne Marcel et le dauphin.

Meurtre des maréchaux par les partisans du prévôt des marchands. En arrière-plan, Étienne Marcel
tend son chaperon rouge et bleu au dauphin Charles pour que l'héritier du trône arbore ses couleurs.
Enluminure des Grandes Chroniques de France de Charles V.
Le 13 janvier 1358, les états généraux sont de nouveau convoqués par le conseil de tutelle (qui,
après épuration, est contrôlé par des proches d'Étienne Marcel)127. Devant l’opposition du dauphin,
Étienne Marcel décide d’imposer sa réforme par la force et rallie les commerçants parisiens à sa
cause. Il crée une milice sous prétexte de défense contre les éventuelles attaques des Anglais, alors
repliés à Bordeaux et renforce les fortifications de Paris.
Le 22 février 1358, Étienne Marcel, escorté par de nombreux hommes en armes et à la tête d’une
foule rageuse, envahit le palais royal de la Cité où réside le dauphin. Voulant s’interposer, le
maréchal de Champagne Jean de Conflans et le maréchal de Normandie Robert de Clermont sont
tués devant le dauphin, qui croit sa dernière heure arrivée. Marcel l’oblige à coiffer le chaperon
rouge et bleu et à renouveler l’ordonnance de 1357128. Puis, c’est la chasse à l’homme au cours de
laquelle l’avocat général, Renaud d’Acy, qui s’était réfugié dans une pâtisserie, est égorgé
férocement.
Il force ensuite le dauphin à ratifier le meurtre de ses conseillers. Le dauphin ne peut qu’accepter un
nouveau changement institutionnel ; son conseil est épuré : quatre bourgeois y rentrent, le
gouvernement et les finances sont aux mains des états129, Charles le Mauvais reçoit un
commandement militaire et de quoi financer une armée de 1 000 hommes, le dauphin, lui, obtient
de devenir régent du Royaume ce qui permet de ne plus tenir compte des décisions du roi tant qu’il
est en captivité (et en particulier des traités de paix inacceptables)130.
Préférant s’éloigner de la fureur parisienne, le dauphin Charles quitte la capitale pour Compiègne :
la noblesse s'y réunit séparément des deux autres états, pour ratifier la nouvelle ordonnance, à l’abri
de toute agitation. Champenois et Bourguignons sont choqués par l'assassinat des maréchaux et
rallient le camp du dauphin. Ce dernier fait solennellement condamner Étienne Marcel par les
députés. Fort de ce soutien, il s’empare des forteresses de Montereau-Fault-Yonne et de Meaux.
L’accès de Paris par l'est est bloqué131. Au sud et à l’ouest, les compagnies écument le pays et il est
crucial pour Étienne Marcel de préserver les communications avec les villes des Flandres : il faut
dégager la route du Nord.

La France entre Jacqueries et Compagnies (1356-1363)


• Possessions de Charles de Navarre
• Territoires contrôlés par Édouard III avant Brétigny
• Chevauchée d'Édouard III (1359-1360)
• Territoires cédés à Brétigny
À la fin du mois de mai 1358, se déclenche la Grande Jacquerie : des paysans (principalement de
petits propriétaires fonciers), excédés par le renforcement de la rente seigneuriale alors que le prix
du blé baisse, se révoltent contre la noblesse. Cette dernière, déjà discréditée par les défaites de
Crécy et de Poitiers, n’est plus en mesure de protéger les petites gens. Ce mouvement décrit par les
chroniqueurs de l'époque comme extrêmement violent (cette violence a probablement été exagérée)
est principalement dirigé contre les nobles qui, s’ils ne sont pas massacrés, voient leurs châteaux
pillés et brûlés. 5 000 hommes se regroupent rapidement autour d’un chef charismatique :
Guillaume Carl, qui reçoit très rapidement des renforts de la part d’Étienne Marcel, dont l’objectif
est de libérer Paris de l’encerclement que le dauphin est en train de réaliser en privilégiant l’accès
nord qui permet de communiquer avec les puissantes villes des Flandres132.
Le 9 juin, les hommes du prévôt de Paris et une partie des jacques conduisent un assaut sur le
marché de Meaux où se trouvent le régent et sa famille pour s’assurer de sa personne133. C’est un
échec : alors que les jacques se ruent à l’assaut de la forteresse sur le pont qui permet d’y accéder,
les portes s’ouvrent et ils sont balayés par une charge de cavalerie134. Mais l'affrontement avec le
gros des forces de Guillaume Carl se déroule à Mello le 10 juin. Pressé par la noblesse, dont il est le
meneur, et particulièrement par les Picquigny auxquels il doit la liberté et dont le frère vient d’être
massacré par les jacques, Charles II de Navarre prend la tête de la répression alors que le Dauphin
reste inactif. Il engage des mercenaires anglais, rallie la noblesse, s’empare de Guillaume Carl venu
négocier et charge les jacques décapités135. C’est un massacre : la jacquerie se termine dans un
bain de sang.
Charles II de Navarre, fort de son succès contre les jacques, rallie Étienne Marcel espérant que la
noblesse qu'il vient de mener à la victoire le suive. Depuis le début de l'année 1358, il s'est aussi
positionné en soutien et conseil du Dauphin, et négocie même en sous-main avec les Anglais136. À
l'été 1358, il est au sommet de sa popularité et prononce un discours à l'issue duquel la foule
parisienne le nomme capitaine de Paris, dans l'espoir qu'il prenne le pouvoir en France137. Mais ce
jeu d'équilibre est par trop délicat. La noblesse l'accuse de se rapprocher du peuple, auquel elle n'a
pas pardonné l'assassinat des maréchaux, et se place sous la bannière du dauphin. Les troupes du
dauphin sont rejointes par les compagnies qui rêvent de participer au pillage de
Paris[réf. nécessaire]. Charles de Navarre attend des renforts anglais pour compenser la faiblesse de
ses effectifs ; les Parisiens loyalistes y voient une trahison et se rebellent à leur tour. Le 31 juillet
1358, Étienne Marcel est exécuté alors qu'il cherche à faire entrer des mercenaires anglais dans
Paris et le dauphin reprend les rênes du pouvoir. Charles II de Navarre décide dans les jours qui
suivent d'assiéger Paris138.
Articles détaillés : Grande Jacquerie, Étienne Marcel et Charles le Mauvais.
Article détaillé : Traités de Londres (1358 et 1359).

Le traité de Brétigny

1365 : La France après les traités de Brétigny et de Guérande.


• Territoires contrôlés par Édouard III
• Territoires cédés par la France à l'Angleterre par le traité de Brétigny
• Territoire du duché de Bretagne, allié aux Anglais
Le dauphin Charles fait appel aux états généraux qui refusent de signer ce traité humiliant et
catastrophique139. Ce faisant, il se dédouane ainsi que son père et ressoude le pays contre les
Anglais. Édouard III décide alors de passer à nouveau à l’action.
Article détaillé : Chevauchée d'Édouard III (1359-1360).

Édouard III assiège Reims. Enluminure de Loyset Liédet, Chroniques de Froissart, BnF, ms.
français 2643, fo 253 ro, XVe siècle.
Débarquant à Calais le 28 octobre 1359, il chevauche en direction de Reims, la ville du sacre (un
sacre y aurait des conséquences catastrophiques pour les Valois puisqu’il tient la vie de Jean le Bon
entre ses mains). Mais le dauphin Charles a pris les devants et applique la stratégie de la terre
déserte. Il a ordonné à tous les habitants des campagnes de se réfugier, avec toutes leurs provisions
et matériels, dans les villes fortifiées. Édouard, traversant un pays vide, doit se contenter de ses
réserves. Arrivé devant Reims, il trouve les portes fermées et fait donc le siège de la cité, dont il
demande la reddition. Les échevins refusent, par fidélité au dauphin Charles. L’armée anglaise qui
n’était pas équipée pour un siège est obligée de plier bagages au bout d'un mois140,141.
Édouard est furieux, il cherche à provoquer une grande bataille avec les Français. Ceux-ci sont
invisibles, mais les retardataires et les éclaireurs anglais tombent fréquemment dans des
embuscades où ils sont massacrés. Finalement, Édouard arrive devant Paris, où le dauphin s’est
enfermé avec la population d’Île-de-France. Malgré les provocations, le dauphin interdit à ses
chevaliers de livrer bataille. Il ne veut pas renouveler la défaite de Poitiers.
Au bout de douze jours, Édouard III doit quitter Paris pour rembarquer le plus vite possible car il
n’a plus de vivres, la plupart de ses chevaux étant morts faute de fourrage et il a perdu un nombre
non négligeable d’hommes. De plus, un raid de marins normands à Winchelsea142 en mars 1360 a
semé la panique en Angleterre143. Dans la Beauce, le reste de son armée est pris dans un violent
orage qui la disloque. Cet évènement est perçu comme miraculeux141 et l’expression d’une volonté
divine et renforce la légitimité des Valois très affaiblie par leurs échecs militaires de Crécy et
Poitiers. La chevauchée de 1359 se solde par un échec retentissant et ses conséquences
psychologiques sur Édouard III sont cruciales : il prend conscience que la différence
démographique et les aspirations nationales naissantes ne lui permettent pas de contrôler un
territoire aussi vaste : il ne pourra jamais être roi de France144. Cependant, la capture de Jean le
Bon lui donne du pouvoir de négociation.
Le traité de Brétigny-Calais conclut finalement le conflit :
• rançon de trois millions de livres pour la libération de Jean II le Bon (équivalent à la totalité
des recettes du roi pendant deux ans) ;
• le roi d’Angleterre obtient la souveraineté sur la Guyenne et la Gascogne, Calais et le
Ponthieu, le comté de Guines, le Poitou, le Périgord, le Limousin, l’Angoumois, la
Saintonge, l’Agenais, le Quercy, le Rouergue, la Bigorre et le comté de Gaure145.

La bataille d'Auray. Miniature de Perrin Remiet issue de la Chronique de Bertrand Du Guesclin par
Cuvelier, British Library, Y.T.35.
Le traité vise à désamorcer tous les griefs qui ont conduit au déclenchement du conflit. Édouard III
renonce donc aux duchés de Normandie et de Touraine, aux comtés du Maine et d’Anjou et à la
suzeraineté sur la Bretagne et la Flandre. Il renonce surtout à revendiquer la couronne de
France146.
La reprise de la guerre de Succession de Bretagne n’est pas très heureuse pour les Français : Charles
de Blois et Bertrand du Guesclin sont défaits à Auray par le futur Jean IV de Bretagne et John
Chandos147. Cette bataille débouche sur le traité de Guérande qui reconnaît Jean IV comme duc de
Bretagne, les Anglais gardent le contrôle de Brest et de sa région148.
Au total, les Anglais sont maîtres d’un bon tiers du royaume de France, et le duché de Bretagne est
contrôlé par un de leurs alliés (Jean IV épouse une sœur puis une belle-fille du Prince Noir). Mais
Charles V est un bon tacticien : la paix obtenue permet de redonner au futur roi (son père Jean le
Bon meurt le 8 avril 1364) les capacités de reconquérir les territoires cédés.

La reconquête de Charles V le Sage : de 1364 à 1380

Le franc à cheval représente le roi Jean le Bon qui a gardé une image de roi à l'esprit chevaleresque
dans la population. Le franc vaut une livre tournois, sa création restaure l'autorité royale en mettant
fin aux mutations monétaires.

Bertrand du Guesclin à la bataille de Cocherel, peinture de Charles-Philippe Larivière, 1839, galerie


des batailles du château de Versailles.
Dans cette France défaite, le pouvoir royal n’a plus ni prestige, ni moyens. Les finances sont au plus
bas. Les mouvements populaires, les jacqueries et surtout celle de 1358, ont fait comprendre à
Charles V qui a vu deux maréchaux tués sous ses yeux par les émeutiers parisiens que le maintien
de la souveraineté passe par le soutien de la population. Il veille donc à conserver sa popularité.
Depuis sa bibliothèque, il reconstruit et prépare lentement la reconquête. Les Anglais ont les mains
liées par le traité de Brétigny qui serait annulé par une reprise des combats : sur une idée du
dauphin, le traité prévoit que la souveraineté du roi d'Angleterre sur ses nouvelles possessions ne
sera effective qu'après la remise de celles-ci par les Français. La renonciation d'Édouard III à la
couronne française interviendrait au même moment. De cette façon, le dauphin se donne la
possibilité de retarder indéfiniment l'application du texte142. Charles V fait donc traîner en
longueur le versement de la rançon (dont moins du tiers est effectivement payé) et le transfert des
territoires cédés149. Pour restaurer l'autorité royale, lui et son père se portent garants de la stabilité
monétaire en créant le franc, ce qui met fin aux mutations monétaires tant décriées. En contrepartie,
il fait accepter la création d'une fiscalité contrôlée par des officiers royaux pour financer l'effort de
guerre et le paiement de la rançon de Jean le Bon.
Le roi meurt en captivité à Londres en 1364 (il y est retourné volontairement pour répondre de
l'évasion de son fils Louis d'Anjou qui était garant des accords de Brétigny). Charles le Mauvais,
évincé en 1363 de la succession du duché de Bourgogne en faveur de Philippe le Hardi, veut
empêcher le sacre de Charles V à Reims150. Bertrand du Guesclin, à la tête de l'armée levée grâce
aux impôts votés par les états généraux de 1363, le bat à la bataille de Cocherel, ce qui met fin à la
guerre civile, rétablit l'autorité royale aux yeux de la population (il montre que les sacrifices
financiers consentis par la population pour l'effort de guerre sont suivis d'effets sur le terrain) et
permet le sacre de Charles V. Ce dernier lui donne ensuite pour mission, d’entraîner les Grandes
compagnies (regroupement de mercenaires démobilisés qui ravagent les provinces françaises)
défendre en Espagne les droits de Henri de Trastamare qui dispute à Pierre le Cruel le trône de
Castille. En pacifiant le Royaume et en diminuant les impôts les plus lourds, il redonne de la
popularité à la couronne, restaure le pouvoir royal et récupère à son profit le sentiment national
naissant151. Édouard III, lui, impose en 1361 l’anglais comme langue nationale (jusqu’à cette date
la langue officielle à la cour anglaise était le français) ; cette mesure renforce en retour
l’anglophobie dans les territoires conquis152.

Portrait de Charles V figurant dans une lettrine C ornée au début d'une charte royale datée de 1367.
Paris, Archives nationales, J/358/12.
Charles V, brillant stratège et diplomate de haut niveau, étend le conflit aux pays avoisinants. Une
grande partie de l’Europe s’engage directement dans le conflit : Pierre le Cruel, en grande difficulté,
doit appeler à son secours deux vaillants capitaines anglais, John Chandos et le Prince Noir (son
beau-frère). Les troupes anglaises sont alors occupées en Castille jusqu’en 1369. Quant au Saint-
Empire, à l’est, Charles V a réussi à transformer une hostilité larvée en neutralité plus que
bienveillante153 : il est très proche de son oncle maternel l’empereur germanique Charles IV154
auquel il rend hommage pour le Dauphiné en 1357155. Cette amitié permet en 1363, à Jean le Bon,
revenu de captivité, de confier en apanage à Philippe le Hardi (qui est lui aussi neveu de l'empereur)
le duché de Bourgogne, vacant depuis la mort de Philippe de Rouvre en 1361, et d'évincer Charles
le Mauvais156. Pour s'assurer du soutien des Flandres, Charles V parvient à empêcher le mariage de
Marguerite III de Flandre avec Edmond de Langley, comte de Cambridge, le fils d'Édouard III,
grâce au soutien du pape Urbain V. En 1369, il réussit à marier Marguerite, l'héritière des comtés de
Flandre, Rethel et Nevers à son frère Philippe le Hardi157. Charles V entre également en
pourparlers avec le roi d'Écosse David Bruce et le roi de Danemark, qui ont tous deux de bonnes
raisons d’en découdre avec l’Angleterre. Le roi sage s’assure également de l’amitié de Owain de
Galles, prétendant au trône du pays de Galles.
La reconquête par Charles V des territoires concédés au traité de Brétigny.
• Domaine royal
• Apanages des frères du roi
• Comté de Foix-Béarn autonome
• Bretagne alliée aux Anglais
• Possessions de Charles de Navarre allié des Anglais
• Chevauchée de Lancastre (1369)
• Chevauchée de Robert Knowles (1370)
• Chevauchée de Lancastre (1373)
En 1368, le roi de France se sent assez fort pour défier Édouard III. Il accepte de recevoir l’appel du
comte d’Armagnac, en conflit financier avec le Prince Noir (sa plainte ayant été d'abord été
déboutée par Édouard III158) qui accable d’impôts ses sujets d’Aquitaine afin de financer ses
campagnes espagnoles159 ; la Guyenne sert encore une fois de prétexte au conflit. Le traité de
Brétigny donne la pleine souveraineté de la Guyenne aux Anglais. Mais la double renonciation
prévue — Édouard renonçant à la couronne de France, Jean le Bon à la Guyenne — n’a pas eu lieu,
et le transfert des terres traîne en longueur. Donc légalement, Édouard III n'était pas fondé à juger
un différend fiscal sur des terres qui ne lui avaient pas encore été cédées et Charles V peut procéder
à la confiscation de celles-ci. Le roi d’Angleterre se proclame de nouveau roi de France le 3 juin
1369, Charles V prononce la confiscation de l’Aquitaine le 30 novembre 1369160. La guerre
reprend, mais Charles V, en excellent juriste, a su mettre le droit de son côté.
Renonçant aux batailles rangées menées par des bannières de tailles inégales commandées par une
noblesse indisciplinée, lesquelles n’ont rien apporté à son père, le roi réorganise l'armée, sous le
commandement de chefs expérimentés et loyaux, comme Bertrand du Guesclin, son cousin Olivier
de Mauny et Guillaume Boitel, son fidèle entre les fidèles. Celle-ci se divise en groupes bien
structurés de 100 hommes aguerris appelés routes et commandées par des capitaines qui ne
répondent qu'aux ordres du roi23. Il les lance dans une guerre d’escarmouches et de sièges,
grignotant patiemment le territoire de l’ennemi23. Sa diplomatie ne reste pas inactive et il récolte
les fruits de son soutien à Henri de Trastamare : l’alliance avec le royaume de Castille conduit à
l’anéantissement de la flotte anglaise par la flotte castillane à la bataille de La Rochelle le 22 juin
1372161. Privées de soutien logistique, les places fortes cédées par le traité de Brétigny tombent les
unes après les autres : Poitiers en 1372 et Bergerac en 1377. Les Anglais s’en tiennent aux
chevauchées, très populaires auprès de leur Parlement parce qu’elles ne coûtent rien, mais
désastreuses pour l’image de l’Angleterre dans les territoires pillés : elles ne font qu’attiser la haine
des Anglais et renforcent chaque jour la fidélité envers le roi Charles V. Le clivage des deux nations
naissantes se creuse toujours plus162. Le roi de France prend soin d'entretenir le patriotisme des
régions libérées par l'octroi de nombreux privilèges. Il use, en particulier, de l'anoblissement163, la
noblesse française ayant été décimée par la peste, Crécy et Poitiers164. De même, la reconquête se
fait grandement par le retournement des villes d'Aquitaine souvent monnayé contre des promesses
de fiscalité plus légère165.

Bertrand Du Guesclin fait connétable par le roi Charles V. Enluminure de Jean Fouquet tirée des
Grandes Chroniques de France, vers 1455-1460.
Mot d’ordre des opérations pour le roi de France : « Mieux vaut pays pillé que terre perdue ».
Charles laisse donc le Royaume à la merci des pillages anglais, qui provoquent dans la population
d’immenses souffrances. À chaque chevauchée, le roi ordonne aux campagnards de se réfugier dans
les villes avec toutes leurs réserves, pratiquant la tactique de la terre déserte. Plus les Anglais
avancent dans les terres, plus leur ravitaillement est difficile ; harcelés par des Français qui leur
tendent de nombreuses embuscades, leurs effectifs sont vite réduits à néant et de nombreux chefs
anglais glorieux sont obligés de se replier afin d’éviter le désastre (Jean de Lancastre, le Prince
Noir, Robert Knolles et Édouard III lui-même sont victimes de cette stratégie de Charles V)160.
Entre 1369 et 1375, les Français reprennent aux Anglais la quasi-totalité des concessions faites et
des terres possédées par l’ennemi avant même le début de la guerre, à l'exception de Calais,
Cherbourg, Brest, Bordeaux, Bayonne, et de quelques forteresses dans le Massif central166. Les
négociations menées après la signature de la trêve de Bruges, entre 1375 et 1377, n’aboutissent à
rien. Les Anglais continuent à lancer des chevauchées épisodiques, auxquelles répondent des raids
sur les côtes anglaises qui font craindre une invasion française (Charles V demande à Jean de
Vienne de la préparer)167. Le duc Jean IV de Bretagne s'étant allié aux Anglais, Charles V
confisque le duché breton en 1378. Le duc, fortement soutenu par les barons bretons, force les
troupes françaises, dirigées par du Guesclin, à se replier. Jean IV signe alors le deuxième traité de
Guérande, où les Français renoncent à leur prétentions sur la Bretagne contre une vassalité
théorique du duc (il rachètera Brest aux Anglais en 1397).
En 1378, la visite de courtoisie de l’empereur germanique Charles IV (oncle de Charles V) à Paris
consacre la victoire de Charles le Sage. La première phase de la guerre de Cent Ans se termine par
la victoire de l’habile Charles V de France, aidé par des militaires expérimentés comme Bertrand du
Guesclin, sur un Édouard III vieillissant et trop sûr de lui. En outre, les finances royales — et par
conséquent le pouvoir du roi — ont été considérablement renforcées par l'épisode de la rançon de
Jean le Bon. En effet, le paiement d'une rançon était le seul cas où la levée de l'impôt était
automatique et non soumise à longues tractations avec les états. La rançon exigée par l'Angleterre
justifia donc un financement centralisé géré directement par le Dauphin : lorsque Charles V mit fin
à ce paiement après n'en avoir honoré que le tiers, il ne supprima pas la levée d'impôt mais l'affecta
à ses besoins militaires. C'est ainsi que la guerre de Cent Ans et l'épisode de la rançon royale joua
un rôle charnière dans la constitution d'une finance royale autonome (ne dépendant plus des
désidératas de la noblesse et des états) et d'une armée directement sous le contrôle royal : ce fut un
tournant majeur dans la constitution d'un véritable État moderne. Charles V ne laissait pas
seulement un pays presque unifié, il laissait également un pouvoir consolidé, autonome par rapport
à la noblesse et sur le plan financier, pour la première fois dans l'histoire de
France[source insuffisante]86.

Régents et guerre civile : 1380-1429

Mort de Charles V le Sage et débuts de Charles VI : 1380-1392

Le sacre de Charles VI. Grandes Chroniques de France (Jean Fouquet), vers 1455-1460.
Charles le Sage, qui a toujours eu une mauvaise santé, veut préparer sa fin. Aussi, en 1374, il fixe la
majorité des rois de France à 14 ans, et ordonne l’amélioration de tous les châteaux et forteresses de
France, rendus vulnérables par l’apparition de l’artillerien 9 aussi bien aux frontières que dans les
régions exposées aux débarquements anglais (Normandie, notamment), ce qui matérialise un peu
plus le territoire national. À la fin de son règne, la paix est revenue, mais la pression fiscale au
départ provisoire et justifiée par l'état de guerre est restée lourde et villes et campagnes
recommencent à gronder.

Philippe II de Bourgogne dit le Hardi, tableau anonyme du XVIe siècle, château de Versailles.
En septembre 1380, âgé de 42 ans, Charles V meurt. Son fils de douze ans seulement devient le roi
Charles VI mais, mineur, il est placé sous la tutelle de ses oncles. Ceux-ci forment un conseil de
régence en remplacement du conseil du roi. Les anciens conseillers de Charles V sont
progressivement évincés, les oncles du jeune roi (et frères de feu Charles V : Louis d’Anjou, Jean
de Berry, Philippe de Bourgogne) accaparant tout le pouvoir. Le règne de Charles V a été marqué
par l'affermissement du pouvoir royal vis-à-vis de la noblesse. En effet, celle-ci a déjà été saignée
par les effets des batailles de Crécy et Poitiers ou de la grande peste et de ses réminiscences
régulières, mais elle fait aussi face à une baisse importante de ses revenus fonciers, les campagnes
ayant été dépeuplées par la peste et dévastées durablement par les pillages découlant de la stratégie
de terre déserte et de l'action des compagnies : les paysans ont fui et leurs terres sont souvent
retournées en friche168 (en particulier, les pieds de vignes détruits entraînent des difficultés
durables de production de vin pourtant indispensable à l'époque où l'eau est rarement salubre).
Évidemment avec le retour de l'ordre, les choses se sont arrangées, les terres ont été recolonisées,
mais beaucoup de seigneurs cèdent leur terres en fermage ou en métayage ce qui est moins rentable,
mais permet des revenus plus réguliers et permet d'être présent à la cour pour bénéficier des
largesses de son suzerain. En effet, le trésor royal est enrichi par une fiscalité devenue permanente
ce qui permet d'entretenir et de fidéliser ses vassaux. C'est pourquoi les oncles ont besoin de puiser
dans les finances royales pour s'assurer le soutien d'une large clientèle169 et constituer de véritables
principautés. Ce gouvernement est relativement néfaste pour le Trésor dans lequel les grands du
Royaume prennent l’habitude de puiser. Quand Louis d’Anjou décide de partir conquérir le lointain
royaume de Naples qu’il revendique depuis 1382, il finance son expédition aux dépens du trésor
royal167, mais cela l’éloigne des affaires de France et laisse Philippe le Hardi prendre une influence
prépondérante au sein du conseil170.
À l'été et à l'automne 1386, Philippe II de Bourgogne, l'oncle du roi de France, réunit une armée
franco-bourguignonne et une flotte de 1.200 navires près de la ville zélandaise de L'Écluse pour
tenter une invasion de l'Angleterre, mais cette entreprise échoue. Une ville en bois avec des parties
en bois numérotées et les charnières correspondantes a été spécialement préparée à cet effet. La
ville devrait atteindre un mur d'enceinte de 14 kilomètres de long. Cependant, le frère de Philippe,
Jean de Berry, est apparu délibérément en retard, de sorte que le temps d'automne a empêché la
flotte de partir et l'armée d'invasion s'est dispersée à nouveau.
Cette période est calme d’un point de vue militaire car le royaume d’Angleterre est en proie à une
guerre civile. Une révolte des paysans est déclenchée par la crise économique qui sévit alors en
Angleterre à la suite de l’interruption des commerces du sel, des vins et de la laine, les hausses
d’impôts nécessaires à l’entretien de l’armée et le discrédit qui frappe la noblesse du fait de ses
défaites à répétition en France. L’insurrection est coordonnée par des prédicateurs lollards dont les
idées égalitaires séduisent. Elle prend le contrôle de Londres avant d’être matée par Richard II171.
Article détaillé : Révolte des paysans.
Les campagnes et les villes supportent mal la forte pression fiscale concédée à titre provisoire pour
entretenir l'effort de guerre, mais qui est devenue permanente, d'autant que les recettes semblent
plus utilisées pour l'organisation de fêtes somptueuses (nécessaires pour entretenir sa clientèle) que
pour la sécurisation du territoire169. En 1388, Charles VI, âgé de 20 ans, constatant la gabegie et le
discrédit entraîné par le gouvernement des oncles décide de reprendre en main les affaires du
Royaume169,172. La régence prend fin, mais il garde ses oncles comme conseillers et fait revenir
les anciens ministres de son père, que l’opposition féodale surnommait les marmousets, en
référence à des figures grotesques qui côtoient les gargouilles dans les cathédrales.
Charles VI alité.
Enluminure, vers 1470-1475, Paris, BnF, département des manuscrits, ms. Français 2646, fo 164.
Le règne du jeune roi, très populaire, s’annonce aussi positif que celui de son père, lorsque, pendant
une expédition punitive contre le duc de Bretagne, il tombe « malade », selon les dires de l'époque.
En effet, il est alors pris à partie par un individu qui lui aurait dit : « Sire, vous êtes entourés de
traîtres, vos compagnons veulent votre mort ! » Le roi Charles, dans un accès de démence, dégaine
son épée et se rue vers ses écuyers. Il faut plusieurs hommes pour le maîtriser173. Le sombre
épisode du Bal des ardents, quelques mois plus tard, achève de le déstabiliser
psychologiquement174.
À partir de 1392, Charles VI est pris de folie par intermittence, selon un cycle de crises suivies de
« rémissions » plus ou moins longues, durant lesquelles il retrouve tous ses moyens intellectuels.
Cependant, avec l’âge, les crises deviennent de plus en plus violentes et longues, et les rémissions
de plus en plus brèves175.
Le Royaume n’étant plus dirigé, les oncles du roi reprennent le pouvoir au sein d’un conseil de
régence présidé par la reine (Isabeau de Bavière) et les marmousets sont renvoyés176. La reine
étant piètre politique[réf. nécessaire], le duc de Bourgogne Philippe le Hardi exerce le pouvoir de
fait. Mais, il lui faut de plus en plus compter avec Louis d'Orléans, le frère cadet du roi, qui
s’emploie à contrer l’influence du duc de Bourgogne à la cour de France[réf. nécessaire].

Armagnacs et Bourguignons : de 1392 à 1429


Article détaillé : Guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons.
Sur fond de tente fleurdelisée (le royaume de France), un loup (représentant le duc Louis Ier
d'Orléans) tente de saisir entre ses crocs une couronne tandis qu'un lion (symbolisant les armes de
Flandre du duc Jean de Bourgogne) lui donne un grand coup de patte.
Enluminure d'inspiration bourguignonne, XVe siècle, Vienne, Bibliothèque nationale autrichienne.
La reprise du conflit trouve ses origines dans différents facteurs. En premier lieu, France comme
Angleterre connaissent des luttes pour le pouvoir. En Angleterre, c’est avant tout les revers contre la
France qui entraînent un changement dynastique[réf. nécessaire] : après un long conflit, Henri IV de
Lancastre s’impose comme roi. En France, la folie de Charles VI entraîne la mise en place d’un
conseil de régence présidé par la reine. Le pouvoir réel est partagé par les grands du Royaume
(Louis d’Orléans, chef de file des Armagnacs177, et Jean sans Peur, duc de Bourgogne, le duc de
Berry étant plutôt un médiateur entre les deux premiers).
Louis d’Orléans prend une influence grandissante sur la reine et est accusé par les Bourguignons,
qui se sentent lésés, d’être son amant178 (et le père réel du dauphin). Cette lutte de pouvoir entre
Armagnacs et Bourguignons rapproche progressivement ces derniers des Anglais, d’autant qu’en
1407 Jean sans Peur fait assassiner le duc d’Orléans (voir Assassinat de Louis d’Orléans). Le pays
sombre dans la guerre civile178. D’un point de vue religieux, le Grand Schisme oppose le pape de
Rome (soutenu par les Anglais et les Bourguignons) à celui d’Avignon (soutenu par les
Armagnacs)179.
Article détaillé : Grand schisme d'Occident.

Représentation de la révolte des Cabochiens. Miniature ornant le manuscrit de Martial d'Auvergne,


Les Vigiles de Charles VII, vers 1484, BNF.
En fait, ce sont deux systèmes économiques, sociaux et religieux qui se font face. La France, pays
avec une agriculture florissante et un système féodal et religieux puissant d’une part ; l’Angleterre
d’autre part, pays d’élevage qui vend sa laine aux drapiers des Flandres. C’est un pays où l’artisanat
et la bourgeoisie des villes prennent de l’importance. Les Armagnacs défendent le modèle français,
Jean sans Peur, pour prendre le contrôle de Paris, milite pour le modèle anglais (d’autant que les
Flandres appartiennent au duché de Bourgogne) promettant baisses d'impôts et contrôle de la
monarchie par les états généraux et est soutenu par les artisans et les universitaires parisiens180. Il
se rend ainsi maitre de Paris et donc du roi en 1413181. Ses alliés les cabochiens (du nom de leur
chef le boucher Simon Caboche) font régner la terreur. Le 27 mai 1413, l'ordonnance cabochienne
est rédigée et promulguée dans l'esprit de la grande ordonnance de 1357. Mais leurs exactions ont
fini par lasser les Parisiens qui appellent les Armagnacs à la rescousse180. Jean sans Peur doit fuir
et se rapproche des Anglais180.
Henri V, fils d'Henri IV, comprend la nécessité d’unir sa noblesse contre un ennemi commun et
d’attaquer la France. Il revendique l'héritage de Guillaume le Conquérant et des Plantagenêt : la
Normandie et l'Aquitaine, soit la moitié de la France180. On lui propose l'Aquitaine et la main de
Catherine, fille du roi richement dotée, mais on lui refuse la Normandie180. En 1415, il se proclame
roi de France (en tant qu'arrière-petit-fils d'Édouard III, dont il reprend la revendication en tant que
descendant direct de Philippe le Bel, tandis que les Valois descendent du frère cadet de ce dernier)
et débarque à Chef-de-Caux, près de la future ville du Havre avec 13 000 hommes182. Il ne vient
pas mener une énième chevauchée en Normandie mais compte s’emparer de la région. Il commence
par prendre la ville d’Harfleur puis en expulse les habitants et les remplace par des colons
anglais183. La dysenterie qui frappe son armée oblige le roi d’Angleterre à reporter ses rêves de
conquête. Il décide de regagner l’Angleterre via Calais.

La bataille d’Azincourt, miniature tirée d'une Chronique de Saint Alban, Lambeth Palace, Ms.6,
f.243.
Face à ce danger, Armagnacs et Bourguignons, les deux partis qui se disputent le pouvoir en France,
font une trêve pour faire face. L’armée française rattrape Henri V en Picardie. Au moment crucial,
les Armagnacs rechignent à laisser le commandement au duc de Bourgogne qui retire ses troupes :
les Français ne sont que 20 000184. La chevalerie française paie une nouvelle fois ses insuffisances
tactiques et la faiblesse de son commandement : les Anglais taillent en pièces la fine fleur de la
noblesse de France à Azincourt, le 25 octobre 1415185. Ils peuvent réembarquer sans inquiétude.
Cette humiliation des Français aggrave les dissensions au sein du Royaume et révèle à Henri V qu’il
peut revenir.
Celui-ci lève des fonds pour conduire une guerre de sièges face aux châteaux fortifiés sous Charles
V le Sage. Deux ans après sa victoire à la bataille d’Azincourt, le roi d’Angleterre revient en
Normandie avec une armée de 10 000 à 12 000 hommes et une artillerie à feu considérable pour
l’époque186 : il compte bien entreprendre la conquête du duché de Normandie.
Armagnacs et Bourguignons s’opposent alors dans une véritable guerre civile et ne luttent guère
contre les Anglais : Paris, et donc le roi, sont contrôlés par le comte d'Armagnac entre 1413 et 1418,
Isabeau de Bavière doit fuir et est recueillie par Jean sans Peur. Les Armagnacs multipliant les
exactions dans la capitale, les Parisiens ouvrent les portes aux Bourguignons qui ont su mener une
politique accommodante de baisse des taxes dans les villes qu'ils contrôlent187 fin mai 1418. C'est
un nouveau bain de sang : en juin 1418, les Armagnacs sont massacrés et le futur Charles VII que
son père a nommé lieutenant du Royaume se proclame régent en décembre 1418188, et, prenant la
tête du parti Armagnac, établit son gouvernement à Bourges. Henri V a les mains libres : en moins
de deux ans, toutes les forteresses normandes, villes ou châteaux, tombent. Rouen, assiégée, est
réduite à la famine. La ville accepte finalement d’ouvrir ses portes au roi d’Angleterre le 19 janvier
1419189. À cette date, seul le Mont-Saint-Michel tient bon.

Jean sans Peur, duc de Bourgogne. Musée du Louvre.

Henri V d'Angleterre, représenté debout en jeune prince de Galles, antérieurement à son


couronnement (miniature, vers 1411-1413, British Library, Londres, Arundel 38, fo 37).
Les Anglais peuvent prendre Paris en 1419. Une médiation est tentée entre Armagnacs et
Bourguignons, et le duc de Bourgogne et le dauphin se rencontrent sur le pont de Montereau le 10
septembre 1419. Mais, lors de l’entrevue, Jean sans Peur est assassiné par des proches du dauphin
(pour qui un accord avec les Bourguignons est inacceptable). Le dauphin est accusé d’être le
commanditaire et les conséquences sont catastrophiques pour les Armagnacs190. Philippe le Bon,
fils de Jean sans Peur, s’allie alors ouvertement aux Anglais, et fait signer le traité de Troyes de
1420 à Charles VI, définitivement fou. Le dauphin est déshérité, Henri V épouse la fille de Charles
VI et devient l’héritier du royaume de France. Henri V est régent de France en 1421191. Les
Armagnacs dénoncent ce traité, arguant du fait que la couronne possède le roi, et non le contraire.
Ils s'appuient sur le précédent de la succession de Charles IV le Bel et sur la récupération de la loi
salique pour refuser que la couronne puisse échoir au futur fils de la fille du roi. La France est
partagée en trois influences : le Sud (régions au sud de la Loire, moins la Guyenne) fidèle au
dauphin, le Nord-Ouest tenu par les Anglais, le reste aux Bourguignons.

La France en 1429
En 1422, Henri V et Charles VI meurent. Charles VI reste alors très populaire192. Henri VI, fils
d’Henri V, se retrouve roi de France et d’Angleterre, mais mineur, d’où une interruption
momentanée du conflit. Le dauphin s’allie avec les Écossais qui lui fournissent des archers ce qui
permet un rééquilibrage tactique, d'autant que le duc de Bourgogne, occupé à accroitre ses
possessions vers le Hainaut et la Hollande, s'abstient d'intervenir193. Les chevauchées et batailles
aux fortunes diverses marquent cette période (Bataille de Baugé, Bataille de Cravant, Bataille de la
Brossinière, Bataille de Verneuil, Siège de Montargis), mais elles ne font pas évoluer la situation
générale. En 1428, les Anglais reprennent les armes et mettent le siège devant Orléans le 12
octobre194. C’est dans ces circonstances qu’intervient Jeanne d'Arc.

Les Anglais boutés hors de France : de 1429 à 1475

Jeanne d’Arc

Le siège d'Orléans. Enluminure ornant les Vigiles du roi Charles VII de Martial d'Auvergne, Paris,
BnF, département des Manuscrits.

Sacre de Charles VII à Reims. Enluminure du manuscrit de Martial d'Auvergne, Les Vigiles de
Charles VII, BnF, département des manuscrits, Ms. Français 5054, fo 63 vo, vers 1484.
Sacre de Henri VI dans la cathédrale Notre-Dame de Paris. Miniature du Maître de la Chronique
d'Angleterre, tirée d'un manuscrit de Jean de Wavrin, BNF.
Il se dit dans le Royaume qu’une jeune pucelle envoyée par Dieu, et venant du duché de Lorraine a
reconnu miraculeusement le vrai roi de France à Chinon. Charles VII accepte d'envoyer Jeanne
d’Arc à Orléans, ville qu’elle se propose de délivrer comme preuve de sa bonne foi, avec un convoi
de ravitaillement. En cas de victoire, il verrait légitimée sa revendication au trône de France (qui
peut tout aussi bien être revendiqué par Henri VI en vertu du traité de Troyes).
Article détaillé : Jeanne d'Arc.
Le siège d’Orléans est une bataille phare, capitale, suivie par toute l’Europe195. Le 29 avril 1429,
Jeanne entre dans la ville. Le 4 mai, une des bastilles anglaises (construites pour le siège) est prise.
Les jours suivants, une seconde, puis une troisième. Le 8 mai, les Anglais se rangent en ordre de
bataille. Jeanne interdit à l'armée française d'engager le combat, car c'est un dimanche, un jour sacré
pour les chrétiens. Les Anglais lèvent alors le siège196. Cet évènement fait l’effet d’une véritable
bombe en Europe : le contraste est saisissant entre la lenteur du siège et la vitesse à laquelle il est
levé dès l’intervention de Jeanne. Les contemporains croient y voir un miracle. Bonne d'Armagnac,
femme de Charles Ier d'Orléans, prisonnier des Anglais et chef des Armagnacs, lui écrit pour lui
demander de l’aide. La ville de Toulouse fait de même. Du côté français comme du côté anglais, la
propagande fait rage, invoquant dans les deux cas le surnaturel, bon ou mauvais.

Batailles et opérations majeures en France entre 1415 et 1453


1429
• Territoires contrôlés par Henri VI
• Territoires contrôlés par le duc de Bourgogne
• Territoires contrôlés par Charles VII
• Principales batailles
• Raid anglais de 1415
• Itinéraire de Jeanne d'Arc vers Reims en 1429
Jeanne désire ensuite marcher sur Reims, projet difficilement réalisable, la ville étant en plein pays
bourguignon. Charles VII aurait pu être sacré à Orléans (comme le fut Louis VI, par exemple) ;
cependant l’impact psychologique d’un sacre à Reims serait bien plus important, car il serait
interprété comme un nouveau miracle, preuve de la légitimation divine du dauphin. La bataille de
Patay, victoire française, à laquelle participe le connétable Arthur de Richemontn 10, ouvre les
portes de Reims, où Charles VII est sacré roi de France197. Cela coupe l’herbe sous les pieds à
Henri VI qui ne put être sacré qu’à Notre-Dame de Paris en 1431. À partir de ce moment,
l’influence de Jeanne dans le conflit est plus faible : elle n’est plus soutenue par Charles VII8 qui,
une fois sacré, souhaite ménager les ecclésiastiques (qui ont été profondément divisés par le grand
schisme d’Occident) pour assoir sa couronne. Elle échoue devant Paris en 1429. Elle est envoyée
dans le Berry pour neutraliser les Grandes compagnies qui écument le pays durant les trêves. Elle
est alors capturée en 1430, à Compiègne, par Jean de Luxembourg. Charles VII l’abandonne8. Son
procès est confié à l’évêque de Beauvais, Pierre Cauchon, proche des Bourguignons, mais elle est
brûlée par les Anglais à Rouen, le 30 mai 1431. Cette manœuvre permet de ne mettre en cause
directement ni les Bourguignons, ni le Pape (l’Inquisition l’avait un temps réclamée), dans ce qui
est perçu à l’époque par beaucoup comme le martyre d’une sainte (Jeanne d’Arc ne fut cependant
canonisée qu’en 1922 dans un tout autre contexte politique). Le régent anglais fait couronner en
hâte Henri VI à Paris le 16 décembre 1431, mais c'est trop tard : les Anglais sont perçus comme des
occupants et les soulèvements se multiplient198.

La fin du conflit
À partir de 1431, la situation politique et militaire des Anglais se dégrade. De fait, depuis le traité de
Troyes, ils sont loin de contrôler physiquement tout le territoire qui leur a été assigné : ils
n'occupent qu'en partie la Picardie et la Champagne et ne contrôlent qu'imparfaitement l'Île-de-
France où les partisans de Charles VII tiennent encore plusieurs places fortes et se cachent dans les
forêts du Hurepoix. Entre Saône et Loire les allégeances s'emmêlent199. Les capitaines français199
Dunois, La Hire, Barbazan ou le routier Rodrigue de Villandrando multiplient les coups de main en
Champagne et en Île-de-France200. La haine des Anglais entraîne de nombreux soulèvements et en
Normandie la situation est de plus en plus intenable. En 1432, un coup de main sur le château de
Rouen est à deux doigts de réussir201. En 1434, la Normandie est en insurrection quasi générale à
la suite de l'augmentation des exigences fiscales anglaises201 et malgré la répression sanglante
ordonnée par le duc de Bedford200. Jean sans Peur avait multiplié les promesses démagogiques
d'exonérations fiscales et les Anglais ne peuvent les tenir199. De même, la création d'une université
de Caen en 1432 est vécue par les maîtres de l'Université de Paris comme une défiance, voire un
détournement de clientèle : les Parisiens s'éloignent des Anglais200.
En mai 1435, La Hire et Saintrailles taillent en pièces l'armée anglaise du comte d'Arundel à la
bataille de Gerberoy. Le duc de Bourgogne sent le vent tourner et, sous la pression des villes
flamandes et des Parisiens qui souhaitent la paix pour des raisons économiques, se rapproche des
Français200. En 1435, Charles VII fait amende honorable pour l'assassinat de Jean sans Peur, ce qui
permet la conclusion de la paix d’Arras avec les Bourguignons201. Ce traité permet en outre à
Philippe le Bon d'accroître ses possessions : il reçoit les comtés d'Auxerre et de Mâcon, des
seigneuries de Péronne, Royes et Montdidier et prend en gage des villes de Picardie comme
Amiens, Saint-Quentin et Abbeville200. Ce traité fait définitivement basculer le rapport de force en
faveur des Français202. Immédiatement, des soulèvements anti-anglais se déclenchent, en
particulier en pays de Caux et dans le val de Vire203. Dans la foulée Dieppe, Montivilliers et
Harfleur sont reprises203. En 1436, par suite de l'action du connétable Arthur de Richemont204,n
11, Paris ouvre ses portes aux Français201 qui proclament le pardon général203. Charles VII ne se
presse pas : il réorganise le Royaume et prépare la reconquête.

Portrait de Charles VII par Jean Fouquet.


La dernière phase de la guerre est très lente. Elle est cependant caractérisée par un élément majeur :
la supériorité militaire anglaise, fondée sur des archers performants et une infanterie disciplinée,
disparaît progressivement au profit des Français qui font émerger une nouvelle technologie sur les
champs de bataille : l’artillerie de campagne, organisée par Jean Bureau, qui fait débander
l’adversaire, laissant prise à des charges de cavalerie lourde205. Le roi d'Angleterre Henri VI, dont
la mère est française, se révèle francophile et peu enclin à la guerre. Depuis la mort de Bedford, son
conseil est en proie aux discordes201. En 1444, la trêve de Tours est conclue entre les deux camps.
Charles VII la met à profit et réorganise son armée de manière à pouvoir vaincre les Anglais. Il
obtient progressivement des états de la langue d'oïl (1438 et 1443) puis d'oc (1439) la possibilité de
reconduire les aides sans réunir les états annuellement : c'est l'instauration de la permanence de
l'impôt206. Le roi a dès lors les moyens d'entretenir une armée permanente et d'éviter que les
mercenaires démobilisés ne se livrent au pillage. Il envoie le dauphin Louis à la tête de plus de
20 000 écorcheurs combattre les cantons suisses révoltés contre le duc d'Autriche. Cela lui permet
de tester ses hommes et de se débarrasser des éléments douteux ou mal équipés. Beaucoup de
routiers périssent face aux Suisses et aux Alsaciens207. Il renvoie ensuite un grand nombre
d'éléments indésirables dans leur pays d'origine (en particulier en Espagne) ou les recycle dans
l'administration, les disperse par petits groupes, leur ayant accordé des lettres de rémissions207.
Au total, Charles VII ne retient à son service que la moitié environ des combattants. Par
l'ordonnance de Louppy-le-Châtel de 1445, il les organise en lances, unité de base où les
compétences de chacun se complètent. Chacune est constituée d'un homme d'armes accompagné de
deux archers à cheval, d'un coutilier (armé d'une épée et d'une longue dague), d'un page et d'un valet
(ces derniers ne combattant pas en règle générale). 100 lances forment une compagnie. Les 15
compagnies totalisent 9 000 hommes, dont 6 000 combattants qui forment la grande ordonnance.
Bientôt, trois nouvelles compagnies sont créées. Cette armée est entretenue de façon permanente et
est mise en garnison dans des villes du Royaume qui ont la charge de l'entretenir. Le coût ne repose
donc plus sur les finances royales. En 1448, il crée la petite ordonnance : en cas de mobilisation,
chaque paroisse (cinquante feux208) est tenue de mettre à la disposition du roi un archer bien
équipé et bien exercé. Pour compenser les charges qui pèsent sur lui, il est dispensé d'impôt (la
taille208) : on l'appelle franc-archer. Choisi par les agents du roi, il est tenu au service de ce dernier.
Le Royaume en compte environ 8 000 et possède enfin une archerie comparable à l'armée anglaise.
Ceci n'empêche pas le roi de recruter le cas échéant des mercenaires206 (une garde écossaise
permanente est d'ailleurs constituée207). Enfin, l'artillerie est organisée en parcs de 24 pièces. Cette
artillerie fut utilisée dans un premier temps lors des sièges puis sur les champs de bataille. Au total,
le roi peut tabler sur une armée de 15 000 hommes à cheval, mobiles et entraînés206.

Bataille de Formigny (1450), Miniature attribuée à Philippe de Mazerolles tirée d'un manuscrit de
Jean Chartier, BNF, Fr.2691.
Inversement, les archers anglais, dont la formation est très lente, voient leur nombre diminuer
progressivement avec les batailles. Capturés, ils sont mis hors d’état de combattre définitivement
par amputation du majeur avant d'être rançonnés209 (ils préfèrent alors souvent mourir plutôt que
de se rendre et être mutilés). Moins nombreux, les archers sont aussi moins efficaces : les chevaux
de la cavalerie française sont maintenant protégésn 12 afin d’être moins vulnérables aux tirs
paraboliques des archers et d’autre part, la cavalerie essaye de déborder l’adversaire plutôt que de le
charger frontalement comme à Patay où les archers anglais sont massacrés.

Bataille de Castillon (1453). Miniature extraite des Vigiles de Charles VII de Martial d'Auvergne,
vers 1484, fo 229 vo.
L'occasion de rompre la trêve survient le 24 mars 1449 : François de Surienne prend Fougères au
duc de Bretagne rallié à Charles VII pour le compte du duc de Somerset, le lieutenant d'Henri VI
pour la Normandie208. Charles VII attaque aussitôt la Normandie sur trois fronts. Les Anglais y
sont considérés comme des occupants et une année, de 1449 à 1450, suffit pour reprendre le duché.
La campagne commence par une guerre de siège qui tourne à l'avantage des Français, grâce à
l'artillerie : en quelques semaines Lisieux, Argentan, Saint-Lô et Coutance sont reprises208. Les
habitants de Rouen ouvrent les portes de la ville et Charles VII y entre le 10 novembre208.
Somerset débordé n'y a même pas pu tenir le château208. La prise de Honfleur libère l'estuaire de la
Seine. Une armée de secours débarque en Normandie, mais elle est écrasée le 15 avril 1450 à
Formigny, où l'artillerie française désorganise les rangs anglais : les archers doivent charger pour
neutraliser deux couleuvrines et sont alors balayés par la cavalerie bretonne du connétable de
Richemont211 qui intervient de manière décisive212. Cherbourg tombe 4 mois plus tard, il n'y a
plus d'Anglais en Normandie.
En Guyenne, les populations ne sont pas profrançaises213, la région exportant massivement du vin
vers l'Angleterre. Ainsi, les résultats d'une première campagne victorieuse en 1451, pendant laquelle
Bordeaux et Bayonne ont été prises, ont été réduits à néant par une insurrection pro-anglaise, les
habitants ayant du mal à accepter la lourde fiscalité française. L'objectif n'est alors plus de prendre
les villes mais bien de battre les Anglais dans une bataille rangée[réf. nécessaire]. Elle est livrée le
17 juillet 1453, à Castillon. Les Anglais qui chargent les Français retranchés sont taillés en pièces
par 300 pièces d'artillerie tirant à la fois (il s'agit pour la plupart de canons à main), chargées à
mitraille et disposées de manière à prendre les assaillants en enfilade214. Le carnage est effrayant.
Les assaillants sont pressés les uns contre les autres ne pouvant ni s'échapper ni se dissimuler. La
cavalerie bretonne charge les survivants et c'est le massacre : 4 000 Anglais perdent la vie214. Cette
écrasante victoire remportée par Jean Bureau sur John Talbot est décisive.
Le 5 octobre 1453, au château de Lormont, dit « château du Prince Noir », un traité entre Jean de
Bueil, amiral de France et chef du corps assiégeant, et Roger de Camois, chef d'artillerie, précise les
modalités du départ des Anglais de Bordeaux. Le document stipule que tous les navires anglais
peuvent quitter Bordeaux avec leur armement et leurs marchandises. Des sauf-conduits sont
délivrés à ceux qui partent par les terres. Il est précisé que ces contrats restent valables jusqu'au 6
octobre215,216.
Le 9 octobre 1453, au château de Montferrand, près de Bordeaux, était signé le nouveau traité qui
donnait pour toujours la Guyenne à la France. La ville de Bordeaux perdait ses privilèges, le droit
de battre monnaie, celui de voter l'impôt… Bon nombre de seigneurs gascons furent livrés au roi,
ou durent s'exiler, comme Pierre de Montferrand, seigneur de Langoiran. Sur le continent, les
Anglais ne gardent que Calais (Philippe le Bon ayant souhaité que les importations de laine anglaise
indispensables à l'économie des Flandres ne soient pas perturbées213). Aucune paix n’est conclue,
mais les Anglais subissent une difficile guerre civile pendant une trentaine d’années et il n'y a plus
de combats sur le continent entre les deux pays après cette date qui marque, pour beaucoup
d'historiens, la fin du conflit.

Le traité de Picquigny
Article détaillé : Traité de Picquigny.
Après la bataille de Castillon, aucune trêve n'a été signée. S'il n'y a plus de bataille rangée entre les
deux royaumes, la menace d'une reprise du conflit persiste. Les deux pays se livrent une guerre de
course et plusieurs coups de main ont lieu : les Français attaquent Sandwich et l'île de Wight et les
Anglais, l'île de Ré. Cependant, à partir de 1453, Henri VI sombre dans la folie comme l'avait fait
son grand-père Charles VI. Ceci réactive la question du pouvoir en Angleterre (Henri VI fait partie
de la maison de Lancastre qui a pris le pouvoir à la maison d'York en 1399). Le conseil royal est
dominé par la reine Marguerite d'Anjou qui défend une politique de conciliation avec la monarchie
française. Cela va à l'encontre de la volonté de la plus grande partie de la noblesse anglaise et le duc
Richard d'York, très populaire dans la bourgeoisie et le peuple de Londres, lui fait porter la
responsabilité de la défaite face aux Français et revendique la régence. À partir de 1455, les deux
factions sont en conflit pour la couronne d'Angleterre : c'est la guerre des Deux-Roses. Après une
victoire à la première bataille de Saint-Albans, Richard d'York dirige l'Angleterre pendant quatre
ans, et maintient Henri VI en semi-captivité. Affaiblis, les Lancastre n'en préparent pas moins leur
revanche sous la férule de Marguerite d'Anjou, toujours reine en titre. Ils trouvent une occasion
d'agir lorsque, contre toute attente, le roi Henri VI recouvre la raison. Mis bientôt au courant des
agissements de Richard, il le chasse de la cour en 1459. Les yorkistes subissent plusieurs défaites et
le roi Henri VI est libéré par les lancastriens en 1461. Alors, le comte de Warwick décide de franchir
le pas : après la victoire de Towton en mars 1461, il emmène Édouard d'York à Londres pour le faire
proclamer roi le 28 juin 1461 sous le nom d'Édouard IV. L'Angleterre a alors deux rois : Henri VI,
soutenu par les Lancastre, et Édouard IV, soutenu par Warwick et les York.

• Domaine royal
• Possessions du duc de Bourgogne
• Possessions anglaises
Durant la deuxième partie de la guerre de Cent Ans, les ducs de Bourgogne, depuis Philippe le
Hardi, ont progressivement rassemblé un vaste ensemble territorial, qui comprend à l'est la
Bourgogne et la Franche-Comté, et au nord la Picardie, l'Artois, le Hainaut, le Brabant, la Hollande
et le Luxembourg, entre autres. Du fait du traité d'Arras de 1435, la Bourgogne, gouvernée par
Philippe III le Bon, est devenue indépendante. Son fils Charles le Téméraire, qui lui succède en
1467, est dévoré par l'ambition : il espère réunir ses domaines en annexant une partie de l'Alsace et
de la Lorraine, et obtenir ensuite une véritable couronne, qui ferait de lui l'égal du roi de France, son
rival.
Cependant, alors que Henri VI et Marguerite s'enfuient en Écosse, Édouard IV s'aliène Warwick,
grand ami du roi de France Louis XI, par une politique par trop favorable aux Bourguignons du duc
Charles le Téméraire. Or Warwick, surnommé « le faiseur de rois », est le principal artisan de
l'accession d'Édouard au trône. Ce dernier résout la situation en écartant l'influent Warwick en 1464,
puis le reste du clan Neville. Contraint de se réfugier en France en 1470, Warwick se réconcilie avec
les Lancastre. Louis XI tient en respect les yorkistes par le bluff : en 1468, il mobilise une flotte en
Normandie, laissant supposer qu'il prépare un débarquement en Angleterre, alors qu'il n'a pas
recruté d'armée ! Les Lancastre rassemblent alors des troupes, et, aidés financièrement par Louis
XI, qui négocie en parallèle la fin de la guerre de Cent Ans avec Édouard IV, débarquent en
Angleterre en septembre 1470. Ils parviennent à réinstaller Henri VI sur le trône d'Angleterre, mais
la réaction d'Édouard IV est vive : aidé par Charles le Téméraire, il bat en 1471 Warwick à la
bataille de Barnet (14 avril), puis les Lancastre à la bataille de Tewkesbury (4 mai) où le fils de
Henri VI est tué, reprend le pouvoir et fait assassiner Henri VI.
Sur le continent, Louis XI mène contre le menaçant Charles le Téméraire une guerre feutrée : il
évite autant que possible l'affrontement direct, préférant monter les cantons suisses et le Saint-
Empire contre les Bourguignons. En effet, pour réaliser une continuité territoriale, Charles doit
s'assurer le contrôle de terres dépendantes du Saint-Empire ; sa puissance et sa politique
expansionniste inquiètent les Helvètes. Louis fomente avec les Suisses une violente opposition à
l'élection du candidat bourguignon au siège archiépiscopal de Cologne. Il finance, en 1474, une
révolte des cités alsaciennes appuyées par les cantons suisses dotés d'une armée redoutable dont il
assume une partie du financement217. En juillet 1475, Édouard IV d'Angleterre débarque à Calais,
à la demande de Charles le Téméraire, et marche sur Reims à la tête de 20 000 à 30 000 hommes
pour se faire couronner roi de France. Fin août, les deux rois se rencontrent à Picquigny. Louis XI
offre 300 chariots de vin. Édouard IV, qui se retrouve à la tête d'une armée avinée, négocie son
départ contre 75 000 écus payables immédiatement et une pension de 50 000 écus pour les neuf
années à venir. Il est possible que Louis XI ait promis de ne plus interférer dans les affaires
anglaises, et qu'Édouard IV n'ait pas voulu risquer une défaite qui aurait fragilisé sa couronne alors
que Charles le Téméraire était en difficulté contre les Suisses (il doit lever le siège de Neuss devant
l'arrivée de l'armée impériale) et n'était pas en mesure de le soutenir au besoin. Le traité de
Picquigny marque la fin de la guerre de Cent Ans. En outre, la manœuvre de Louis XI a discrédité
les Anglais, qui ont préféré le vin au combat, et a brisé leur alliance avec la Bourgogne. Charles le
Téméraire, vaincu par les Suisses, trouve la mort à la bataille de Nancy en 1477 ; son corps sera
dévoré par les bêtes sauvages. Calais reste anglaise jusqu'à sa prise par la couronne de France en
1558.

Conséquences
Conséquences démographiques

Diffusion de la grande peste en Europe.


Contrairement à ce qu’on pourrait penser, les combats pendant la guerre de Cent Ans font peu de
morts directes. À la vue de la longueur de la période étudiée, il y a peu de batailles et celles-ci
engagent rarement plus de 10 000 hommes ; elles font souvent peu de victimes du fait de l'habitude
de l'époque d'épargner les prisonniers pour en tirer une rançon. Mais, à Poitiers ou à Azincourt, les
Anglais, voulant affaiblir durablement la chevalerie française, ne font pas de quartier, ce qui a pour
conséquence de saigner fortement la noblesse française. Certains auteurs ont estimé que 40 % de la
chevalerie française disparaît lors de la bataille de Poitiers (1356), et au moins 70 % à
Azincourt164. Cela entraîne un renouvellement important de la petite noblesse qui contribue à sa
perte de pouvoir : en Beauce, par exemple, vers 1500, seuls 19 % des nobles peuvent se prévaloir
d'un titre antérieur au XIVe siècle21.
Le second grand fléau est la grande peste de 1349 qui est largement plus dévastatrice que la guerre :
entre le début du XIVe et le milieu du XVe siècle, l’Occident a perdu 30 % de sa population218. La
maladie surprend la population de l'époque puisque depuis 767, la peste a disparu d'Occident219 ce
qui la rend d'autant plus redoutable. La contamination des populations suit les routes commerciales :
la maladie pénètre à Marseille puis remonte le Rhône mais aussi le Languedoc en février 1348. En
avril, Toulouse est touchée et un mois plus tard c'est au tour de Bordeaux, ce qui permet à l'infection
d'atteindre plus facilement l'Angleterre220. Elle n'a pas seulement été dévastatrice en 1349 mais a
eu des récurrences pendant de longues années. Ces récurrences sont d'autant plus dévastatrices que
les chevauchées (et la tactique de la terre déserte) et les pillages des compagnies ont durablement
touché les campagnes : des terres sont retournées en friches, des périodes de disettes ont été notées
en 1345-1348, 1351, 1361, 1368, 1373-1375, avec à chaque fois une augmentation de la
mortalité221. Vers 1310-1320, la France compte peut-être 21 millions d’habitants dans les frontières
actuelles ; un siècle plus tard, en 1430, elle ne compte plus que 8 à 10 millions environ d’habitants ;
avec une perte de 60 % de sa population, elle est revenue au niveau de l’an mille. En Angleterre,
vers 1400, il ne reste que 2,1 millions sur 4 millions d’habitants au début du conflit222. On observe,
en Angleterre, une désertification des campagnes qui accentue la transition vers une société
commerçante avec un fort pouvoir des villes, alors que la France garde une population à 90 %
agricole8. Des mesures sont prises comme la mise en quarantaine des navires arrivant de Marseille
en 1383 ou bien à Lille, l'interdiction d'enterrer les malades dans les églises urbaines mais dans la
grande majorité de l'Europe les mesures prises sont totalement inefficaces223. Les réactions des
populations face à la maladie sont très diverses, certains se lancent dans un épicurisme débridé alors
que d'autres cherchaient des boucs émissaires qui, à cause de leur religion, d'une maladie autre que
la peste ou d'une origine géographique, étaient rendus responsables de l'épidémie, beaucoup enfin
considèrent la maladie comme une punition divine, et par conséquent on note aussi une
augmentation de la ferveur religieuse224.

Évolutions tactiques

Bataille de Patay (1429) : la chevalerie charge avant que les archers anglais aient pu se retrancher,
Jeanne d'Arc y remporte une victoire décisive. Détail d'une miniature attribuée à Philippe de
Mazerolles tirée d'un manuscrit de Jean Chartier, Fr.2691.
À la fin du Moyen Âge, les armées sont composées principalement de deux éléments. Les gens
d’armes, c’est-à-dire la cavalerie lourde, fer de lance de l’armée et les gens de pied, composés eux-
mêmes de fantassins et de gens de trait (archers et arbalétriers). La structure sociale dans le civil se
retrouvait aussi dans les armées, l’équipement militaire étant à la charge du combattant. L’armure
présente sur le gisant du Prince Noir reflète à ce titre le niveau de perfectionnement de l’équipement
de certains : en acier résistant aux flèches, elle était lourde (obligation d’avoir un cheval) mais
surtout chère. L’armure des gens de pieds est quant à elle plus simple et se résume généralement à
une protection en cuir, le cheval, lorsqu’ils en possèdent un, est de médiocre qualité et ne sert pas au
combat.
La guerre de Cent Ans marque le déclin de la chevalerie. Les chevaliers, modèles de guerriers
féodaux, formant des unités de cavalerie lourde constituées par la levée de la noblesse en cas de
guerre, sont débordés par les stratégies anglaises. En France, la tactique de la chevalerie est restée la
même depuis le XIe siècle : elle repose sur la charge frontale rangée, grâce aux étriers et aux selles
profondes, le chevalier peut tenir sa lance tenue en « chantaîne » c’est-à-dire horizontale, sous le
bras, ce qui confère avec l'inertie de son destrier, une puissance dévastatrice considérable. Depuis le
mouvement de la paix de Dieu au Xe siècle, l'Église a imposé à l'élite guerrière des règles de
conduite225. Ainsi pour faire partie de la noblesse, il faut justifier d'une conduite honorable. La
guerre est l'occasion pour chaque chevalier français de justifier son statut social : il doit faire montre
de bravoure mais aussi de loyauté sur le champ de bataille. La capture de chevaliers adverses est
une bonne source de revenus via la rançon, ce qui fait que les risques d'être tué sont faibles et que
l'appât du gain pousse à charger en première ligne au combat22.

Longbow anglais, qui donne une réelle supériorité aux Anglais à la bataille d'Azincourt.
Cette stratégie de charge frontale est battue en brèche dès le début du XIVe siècle car une haie de
piquiers suffit à briser les charges de chevalerie : ainsi à Courtrai, les Flamands ont écrasé la
chevalerie française et à Bannockburn, les Écossais ont écrasé la chevalerie anglaise42 : les
chevaliers désarçonnés et engoncés dans leurs lourdes armures sont des proies faciles pour les
fantassins. Les guerres écossaises ont permis aux Anglais d'améliorer le principe en organisant leur
armée autour de nombreux archers et hommes d’armes à pied (au fur et à mesure les archers armés
d'une épée jouent les deux fonctions) protégés des charges par une haie de pieux. Ce système
tactique va permettre aux Anglais d’enchaîner des victoires écrasantes malgré une grande infériorité
numérique à Crécy, Poitiers ou Azincourt. D'autre part, ces armées de piétons n'ont que faire du
code de l'honneur chevaleresque : en infériorité numérique, il est préférable de neutraliser
définitivement un maximum d'adversaires : ainsi à Courtrai, Crécy, ou Azincourt, les chevaliers
français sont massacrés plutôt que faits prisonniers pour en tirer rançon.

piquiers en formation (1650).


La démobilisation des armées de mercenaires parfois étrangers (Nord-Italiens, Allemands, Suisses,
Flamands, Brabançons…) posant le problème des compagnies pillant le pays durant les trêves, les
armées se professionnalisent et deviennent permanentes, constituées de combattants soldés financés
par des levées d’impôts. Ces levées sont devenues possibles à la suite de l'enrichissement de la
population avec le développement du commerce et des villes (qui peuvent d’ailleurs lever leurs
propres armées)226.
Bombarde du XVe siècle.
Progressivement, les armures évoluent pour être moins vulnérables aux flèches. La cotte de maille
est progressivement remplacée par des plates qui couvrent d'abord les membres avant de protéger
tout le corps. En fin de conflit, les chevaux sont protégés et moins vulnérables aux flèches,
l’artillerie de campagne désorganise les rangs d’archers adverses et permet aux Français de lancer
leurs redoutables charges de cavalerie sur l’ennemi dispersé205. Cette stratégie reste payante
jusqu'aux guerres d'Italie où Marignan reste la meilleure illustration de cette combinaison
cavalerie/artillerie, mais progressivement grâce à l'apparition de l'arquebuse, les fantassins suisses
puis espagnols227, vont s'imposer sur les champs de batailles de la Renaissance228.
L’apparition de l’artillerie transforme aussi l’art des fortifications. Les murs s'épaississent, on
entoure les forteresses de talus pour arrêter les tirs de boulets. À la Renaissance, que certains font
commencer à la fin de cette guerre, les châteaux sont devenus incapables de résister à l’artillerie et
se transforment en demeures spacieuses et confortables à habiter. Le château fort, symbole de la
féodalité, disparaît. La sécurité devient du ressort d’un pouvoir central, capable de financer une
armée permanente. La noblesse perd de son influence au profit de la monarchie229.
Dans tous les domaines, cette longue guerre marque la fin de l'âge féodal et le déclin de la
civilisation médiévale.

Conséquences économiques
Les conséquences démographiques de la guerre et de la grande peste entraînent à masse monétaire
constante une hausse importante des prix. Les produits orientaux deviennent alors plus compétitifs
et il s'instaure un déficit commercial au profit de l'Orient230. Cela encourage le commerce sur
longue distance et les progrès techniques dans le domaine de la navigation, mais aussi rend rares les
métaux précieux dans un deuxième temps, ce qui rend nécessaires des mutations monétaires (qui
raréfient le taux de métal noble dans le numéraire)230. Donc, la guerre entraîne une insécurité des
voies commerciales, mais aussi monétaire (les mutations monétaires effectuées à maintes reprises
par les belligérants ont entraîné des dévaluations)231. L'économie réussit à s'adapter :
• des progrès techniques, dont certains ont été réalisés dès le XIIIe siècle, se généralisent et
favorisent le transport maritime. Les navires gagnent en maniabilité (gouvernail d'étambot),
en taille, et des techniques nouvelles de navigation apparaissent : la boussole est améliorée
grâce aux travaux de Pierre de Maricourt sur le magnétisme en 1269232, on applique la
correction mathématique de la déclinaison magnétique, et on utilise l'arbalète, instrument qui
permet de mesurer la latitude230. Ces progrès vont rendre possible la navigation
transocéanique et permettre les grandes découvertes ;
• l'insécurité des routes est néfaste pour l'économie des Flandres et de la France : les Flamands
désertent les foires de Champagne qui périclitent au profit de Paris. Le commerce du textile
se fait par voie maritime en contournant la péninsule Ibérique, ceci au bénéfice des
marchands italiens. Le rôle commercial de la France, puissance continentale, diminue92 :
Le Changeur et sa femme, Quentin Massys 1514.
• l'arrêt répété du trafic transmanche influence fortement l'industrie textile flamande qui, au
début du conflit, importe de la laine anglaise. Pour combler ce manque, les Anglais vont se
rendre moins dépendants économiquement des Flandres en transformant directement leur
laine en vêtements233. Pour cela, ils sont aidés par les mesures incitatives du roi
d'Angleterre qui taxe les vêtements beaucoup moins que la laine et qui, dès 1337, accorde de
larges privilèges à tout ouvrier étranger s'établissant dans les villes anglaises tout en
interdisant l'exportation de laine vers les Flandres et l'importation de draps234. Face à cette
situation, de nombreux tisserands flamands itinérants viennent tenter leur chance en
Angleterre. Avant la grande peste, les Flandres subissent une crise démographique qui
entraîne une forte émigration235. Les drapiers flamands importent alors leur laine d'Espagne
(ce qui rendra économiquement logique l'intégration à l'empire des Habsbourg, alors que les
liens avec la France ont diminué avec la perte d'influence des foires de Champagne) et
développent des matières premières de substitution comme le lin236 ;
• la concurrence anglaise diminuant les profits des tisserands, l'économie flamande développe
d'autres activités comme le secteur bancaire92 ;
• le secteur financier progresse. Afin de sécuriser les fonds, l'usage des lettres de change se
développe ; il permet d'éviter les transports de fonds avec beaucoup moins de risque, et
l'impact des changements de cours incessant de la monnaie. Ceci se fait par le
développement du réseau postal237 ;
• pour mutualiser les risques, les commerçants s'associent en sociétés et compagnies et créent
des filiales indépendantes : en cas de faillite, la filiale n'entraîne pas l'effondrement de
l'ensemble de la compagnie238.
Enfin, l'évolution progressive vers la pénurie de métaux précieux et l'accroissement du commerce
avec l'Orient poussent à l'établissement de voies commerciales vers l'Asie et à trouver de nouvelles
sources de métaux précieux230. Avec l'amélioration des techniques de navigation, les voyages
transocéaniques deviennent envisageables239. À partir du milieu du XVe siècle, tout pousse aux
grandes découvertes.

Crise pontificale au sein de l'Église


Article détaillé : Grand Schisme d’Occident.
Au début du conflit, les papes siègent à Avignon et sont français240, ce qui confère un important
avantage diplomatique aux Français. Cependant en 1377, Grégoire XI fait revenir la papauté à
Rome pour mettre fin au conflit avec les Florentins grâce à l’entremise de Catherine de Sienne. En
1378, le nouveau pape Urbain VI se montre particulièrement despotique envers les cardinaux
français241, ceux-ci l’accusent donc d’avoir été élu sous la pression de la rue romaine et élisent
l’antipape Clément VII à Avignon242,243.
Carte historique du grand schisme d’Occident.
• Pays reconnaissant le pape de Rome
• Pays reconnaissant le pape d'Avignon
• Pays ayant modifié leur soutien
Les belligérants ont tout intérêt à avoir le soutien d’un pape : l’Angleterre et le Saint-Empire
reconnaissent donc Urbain VI alors que la France et ses alliés castillans et écossais soutiennent
Clément VII243.
Au cours de ces deux siècles de guerre, de famine et de peste, les croyants découvrent une Église
parfois incapable de répondre à leurs angoisses. C'est l'époque où l'« arithmétique du salut » (Henri
Martin), la « comptabilité de l'au-delà » (Jacques Chiffoleau), prennent des proportions
incompréhensibles pour qui ignore la terreur des hommes de cette époque pour l'enfer : les plus
riches achètent des centaines, voire des milliers de messes pour le salut de leur âme244. Riches et
pauvres participent en foule à des processions pénitentielles, aux « passions » théâtrales sur le
parvis des églises, tandis que le « couronnement de la Vierge », la figure protectrice de la mère de
Jésus, devient un thème majeur de l'art. De plus en plus de fidèles, de réformateurs chrétiens exigent
aussi un accès direct à la source du Salut, à la lecture de la Bible en langue vernaculaire, en un
temps où seuls les clercs ont le droit de lire et de commenter l’Écriture. Là se trouve une origine de
la Réforme protestante, un autre élément de modernité de la fin du Moyen Âge, avec l'ascension des
classes bourgeoises8.
La division de l’Église à la suite du Grand Schisme ouvre un espace à la critique. Des théories
nouvelles telles que celles de John Wyclif peuvent se divulguer, alors que les ecclésiastiques se
déchirent entre partisans du pape ou de l’antipape se discréditant mutuellement. Le terrain est
préparé pour la Réforme dont Wyclif est l’un des précurseurs245.
Le schisme n’est résolu qu’en 1415 au concile de Constance où les deux papes doivent abdiquer ce
qui permet l’élection d’un pape unique : Martin V. Pour résoudre le conflit, l’Église doit recourir au
conciliarisme : les conciles (rassemblement de tous les évêques) ont plus de pouvoir que le Pape lui-
même et doivent se réunir régulièrement. Dès lors, la papauté est très affaiblie ce qui permet à
Charles VII de s’imposer en 1438 comme le chef naturel de l’Église de France en s’appuyant sur
l’épiscopat français : c’est le gallicanisme246.

Le clivage franco-anglais
L’Angleterre favorise l’élevage et le commerce de la laine. L’artisanat et les villes se développent.
La bourgeoisie et le parlement (celui-ci destitue Richard II en 1399 quand ce souverain tente de
renforcer le pouvoir monarchique)247, prennent de plus en plus de puissance d’autant qu’avec la
grande peste de nombreux villages anglais ont été désertés. Le pays est de moins en moins agricole
et de plus en plus artisanal et commerçant. Du fait des difficultés récurrentes à exporter la laine vers
les Flandres, la lourdeur des taxes sur la laine et l'apparition de matières premières concurrentes
(lin, soie et laine espagnole entre autres), l'Angleterre est devenue directement productrice de
vêtements et de draps233 : son économie devient de plus en plus industrielle. La noblesse qui ne
remplit plus son rôle de sécurisation des campagnes se discrédite en imposant lourdement les
paysans afin de financer l’effort de guerre. Or, les paysans, de moins en moins nombreux, estiment
que leur rôle social devrait être mieux reconnu (d'autant plus que de nombreuses batailles de la
guerre de Cent Ans ont été gagnées grâce à leur talent d'archer) et répondent favorablement aux
prêches des lollards qui répandent les idées de John Wyclif. Leur révolte contre Richard II est matée
mais ce dernier finit par être renversé : la Monarchie anglaise a perdu de la crédibilité et du
pouvoir248. John Wyclif est un précurseur de la Réforme et le pays accueille favorablement le
protestantisme à la Renaissance249. D’autre part, les voies commerciales sont plus maritimes qu’en
France, donc la nécessité d’un pouvoir centralisé fort sécurisant les routes est moins évidente : la
noblesse est de moins en moins indispensable. On se dirige vers un pouvoir de moins en moins
absolu et les libertés individuelles peuvent être progressivement revendiquées. La Renaissance
amène la prise d’autonomie religieuse de l’Angleterre, puis l’avènement progressif d’une monarchie
constitutionnelle.

Représentation fantaisiste de Jeanne d'Arc en marge d'un registre tenu par Clément de
Fauquembergue, greffier du parlement de Paris (1429).

Saint Éloi orfèvre, Petrus Christus (1449).


Représente un couple de bourgeois chez un orfèvre : la guerre de Cent Ans a vu la bourgeoisie
augmenter ses revendications politiques.
La France, pays favorisé par son climat pour l’agriculture, fait elle le choix d’une société religieuse
sur une structure rurale stable avec une monarchie puissante au pouvoir centralisé, fort et protecteur.
Le développement des villes a permis à la bourgeoisie de contester le pouvoir de la noblesse qui
semble incapable de justifier son statut sur les champs de bataille. L’usage des états généraux
devient fréquent, la bourgeoisie prend ainsi place dans la société. Mais des monarques avisés
(Charles V et son petit-fils Charles VII), qui surent regrouper autour d’eux les campagnes puis le
pays en utilisant le sentiment national naissant, renforcent finalement le pouvoir royal. Ils tirent
parti de l’insécurité générée par le conflit (qui génère des troubles dans les campagnes mais qui
retentit aussi sur le commerce en touchant les voies de communications) et qui ne peut plus être
gérée par la petite noblesse, en sécurisant le territoire grâce à une armée permanente financée par un
système fiscal et administratif modernisé. La noblesse perd petit à petit son contre-pouvoir face au
souverain, et le féodalisme contestataire et revendicateur, héritage du haut Moyen Âge, tend à
disparaître face à l’autorité du roi. Le terrain est prêt pour l’évolution vers la monarchie absolue247.
D’autre part, comparativement au reste de l’Europe, la guerre a ralenti l’avancée vers une
civilisation plus urbaine en France. On constate dans le reste de l’Europe une pré-renaissance et
l’évolution vers un pouvoir accru pour les villes. Mais, la France échappe à cette évolution et
développe une monarchie absolue de droit divin extrêmement centralisée8.
Enfin, en Angleterre, la langue officielle devient l’anglais en 1361, alors que l'anglo-normand était
la langue usitée par l’aristocratie depuis la conquête normande. C’est la guerre de Cent Ans qui
entérine le clivage culturel franco-anglais.

Le contentieux bourguignon
La guerre de Cent Ans a aussi entraîné l’indépendance de fait de la Bourgogne, qui devient une
véritable principauté composée de territoires issus de la France et du Saint-Empire. Les Habsbourg
et les Valois se disputent le contrôle de ces terres ce qui entraîne deux siècles de conflits entre la
France d’une part, et l’Autriche et l’Espagne d’autre part.
Article détaillé : État bourguignon.
La carte de l’Europe de la Renaissance est dessinée à la fin de la guerre de Cent Ans — d’autant que
Constantinople a été prise en 1453, étape importante dans la géographie orientale médiévale. Cette
guerre a contribué, entre autres, à la création des deux États dont les affrontements récurrents
marquent le continent pendant bien des siècles : la France et l’Angleterre.

Principaux événements de la guerre de Cent Ans


Articles détaillés : Liste des batailles de la guerre de Cent Ans, Liste des sièges de la guerre de Cent
Ans et Chevauchée.
Article détaillé : Chronologie de la guerre de Cent Ans.
Édouard III devant les morts de la bataille de Crécy. Miniature du Maître de Virgile, manuscrit des
Chroniques de Froissart, Bibliothèque royale (Pays-Bas), 72 A 25.
• Bataille de L'Écluse (24 juin 1340) : les Anglais détruisent la flotte franco-génoise et
prennent la maîtrise des mers.
• Chevauchée d'Édouard III en 1346 : Édouard III pille la Normandie puis remonte vers le
nord, écrase les Français à Crécy et met le siège devant Calais.
• Bataille de Crécy (26 août 1346) : Édouard III, qui pillait la Normandie, remonte vers le
nord, poursuivi par Philippe VI. Il est rejoint à Crécy, mais les archers anglais déciment la
chevalerie française. Ce désastre discrédite la noblesse française.
• Siège de Calais (1346) : fort de sa victoire écrasante à Crécy, Édouard III assiège Calais.
Philippe VI ne peut libérer la ville, qui doit se rendre. Elle sera anglaise jusqu’au
XVIe siècle.
• Combat des Trente (*) (1351) : lors de la guerre de Succession de Bretagne, un combat est
organisé en opposant trente partisans de Jean de Monfort et trente de Charles de Blois, les
deux concurrents pour la domination de la Bretagne.
• Bataille de Poitiers (19 septembre 1356) : le Prince Noir (anglais) mène une chevauchée. Il
est poursuivi par Jean II le Bon (français) et est rejoint à Poitiers. Les Français sont proches
de la victoire, mais le roi est capturé. Les conséquences sont désastreuses car le pouvoir est
discrédité et le pays sombre dans la guerre civile. Les Anglais, en position de force,
obtiennent de nombreuses concessions territoriales et financières au traité de Brétigny.
• Bataille de Cocherel (16 mai 1364) : profitant de la guerre civile qui ravage le pays, Charles
le Mauvais revendique la couronne de France. Il est défait par Bertrand du Guesclin,
mandaté par le roi Charles V le Sage.
• Bataille d'Auray (*) (29 septembre 1364) : Jean de Montfort et ses alliés anglais battent
Charles de Blois et du Guesclin, ce qui met fin à la guerre de Succession de Bretagne (traité
de Guérande).
• Bataille de Nájera (3 avril 1367) : en Castille, Pierre le Cruel est mis en grande difficulté par
Henri de Trastamare et Bertrand du Guesclin, il appelle son beau-frère le Prince Noir en
renfort. Ce dernier inflige une défaite aux forces franco-castillanes. Du Guesclin est fait
prisonnier.
• Bataille de Montiel (14 mars 1369) : du Guesclin et Henri de Trastamare prennent leur
revanche. Ils battent une alliance pro-anglaise menée par le Portugal. Pierre le Cruel est
poignardé en combat singulier par Henri de Trastamare, qui monte sur le trône de Castille et
devient un allié fidèle de la France.
• Bataille de Pontvallain (4 décembre 1370) : du Guesclin (connétable de France depuis
quelques mois), Olivier de Clisson et Jean de Vienne écrasent à Pontvallain (près du Mans)
les Anglais Knolles et Granson.
• Bataille de La Rochelle (22 juin 1372) : la flotte castillane, alliée de la France, détruit la
flotte anglaise. Cette défaite prive les Anglais de soutien logistique sur le continent. Les
Français les chassent progressivement en reprenant l’une après l’autre la quasi-totalité de
leurs places fortes.
• Bataille d’Azincourt (25 octobre 1415) : Henri V profite de la guerre civile entre Armagnacs
et Bourguignons pour attaquer. Il inflige une sévère défaite aux Français et commence à
conquérir la partie nord du pays.
• Bataille de Baugé (22 mars 1421) victoire franco-écossaise face aux troupes anglaises de
Thomas de Lancastre.
• Bataille de Cravant (31 juillet 1423) : défaite des forces françaises de Charles VII.
• Bataille de la Brossinière (26 septembre 1423) : victoire française.
• Bataille de Verneuil (17 août 1424) : défaite française.
• Siège de Montargis (1427) : victoire française grâce au secours de Dunois et de La Hire le 4
septembre.
• Journée des Harengs (12 février 1429) : interception d'un convoi anglais pour Orléans.
Succès français mitigé (grosses pertes).
• Siège d’Orléans (1429) : Jeanne d’Arc, à la tête d’un convoi de ravitaillement, galvanise les
défenseurs qui forcent les Anglais à lever le siège en quelques jours.
• Bataille de Patay (18 juin 1429) : victoire française qui ouvre la voie de la reconquête du
Nord du pays.
• Raid sur Reims (1429) : coup de bluff de Jeanne d’Arc et Charles VII, qui permet de faire
sacrer ce dernier alors que Reims est en plein territoire contrôlé par les Bourguignons.
L’impact du sacre est majeur. Il installe Charles VII sur le trône, alors que sa légitimité avait
été mise en doute et qu’il avait été déshérité par le traité de Troyes.
• Bataille de Formigny (15 avril 1450) : cette victoire française permet la reconquête de la
Normandie.
• Bataille de Castillon (17 juillet 1453) : cette victoire française permet la reconquête de la
Guyenne. Fin militaire de la guerre de Cent Ans.
(*) : bataille faisant partie de la guerre de Succession de Bretagne, conflit secondaire de la guerre de Cent Ans.

La guerre de Cent Ans dans les arts


Romans
• Série romanesque Les Rois maudits de Maurice Druon :
• Tome 6 : Le Lis et le Lion.
• Tome 7 : Quand un roi perd la France.
• Série romanesque Le Cycle d’Ogier d’Argouges de Pierre Naudin, 7 tomes chez Pocket.
• Série romanesque Le Cycle de Tristan de Castelreng de Pierre Naudin, 7 tomes chez Pocket.
• Série romanesque Le Cycle de Gui de Clairbois de Pierre Naudin, 9 tomes chez Pocket.
• Série romanesque Le Cycle de Richard de Clairbois de Pierre Naudin, 4 tomes chez Aubéron
• Prisonniers du temps de Michael Crichton.
• Série romanesque La Lumière et la Boue de Michel Peyramaure, 3 tomes.
• Série romanesque Catherine de Juliette Benzoni, 7 tomes.
• La Compagnie blanche et Sir Nigel d'Arthur Conan Doyle.
• Un monde sans fin de Ken Follett.
Films et séries télévisées
• Thierry la Fronde.
• Œuvres inspirées par Jeanne d’Arc.
• Les Rois maudits, série télévisée, par Claude Barma en 1972.
• Les Rois maudits, série télévisée, par Josée Dayan en 2005.
• Catherine, il suffit d'un amour, long métrage, par Bernard Borderie en 1969.
• Catherine, série télévisée, par Marion Sarraut en 1986.
• Henry V, long métrage, par Laurence Olivier en 1944.
• Henry V, long métrage, par Kenneth Branagh en 1989.
• Le Roi, long métrage, par David Michôd en 2019.

Bandes dessinées
• Jhen de Jean Pleyers et Jacques Martin.
• Le Trône d'argile de Nicolas Jarry, France Richemond et Theo Caneschi.