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Fiche de lecture : La civilité électorale

Ouvrage étudié : DELOYE Yves, IHL Olivier, « La civilité électorale », L’acte de vote,
Paris, Presse de Sciences Po, 2008 (page 349 - 375).

Les auteurs : Yves Déloye est directeur de l’IEP de Bordeaux et professeur de science
politique à Sciences Po Bordeaux. Oliver Ihl, lui, est un politologue français, ancien
directeur de l’IEP de Grenoble. Il est, avec Yves Déloye, l'un des principaux représentants
de l'école de la sociologie historique du politique. Cette approche consiste à croiser les
apports des trois disciplines (sociologie, histoire, science politique) afin de saisir des
phénomènes complexes tels que le vote, les sciences de gouvernement, la République…

Résumé : Dés le début, les auteurs définissent l’ordre politique moderne comme étant un
des facteurs de pacification des corps et esprits. En effet, dans la mesure où seul la
puissance étatique est apte à user de la violence légitime, il serait intéressant de
comprendre pourquoi les citoyens respectent l’ordre établit par l’Etat. Un fait déterminant
de la pacification est celui de l’acculturation politique subit par chaque citoyen au cours de
sa vie, qui s’illustre au sein d’un facteur essentiel depuis le XIXe siècle : l’acte de vote.
Honoré Daumier, dés 1869, compare d’ailleurs le vote à l’arme des révolutionnaires de
1848. Il est vrai que l’espace de vote dispose d’une « frontière », symbolique, être un
intérieur (pacifié) et un extérieur (où règne la violence).
Dés 1848, on souhaite créer des espaces encadrés. D’ailleurs, l’instauration du suffrage
universel tend à punir les violences qui viendraient perturber ce « devoir civique », comme
le stipule les articles 616, 617 et 618 du Code du 3 brumaire an IV. En fait, dans l’espace
de vote, toute force armée est prohibée sauf en cas d’une éventuelle réquisition du bureau
de vote. En France, le Code pénal, introduit dés 1810, sanctionne tout ceux « empêchant
plusieurs citoyens d’exercer leurs droits civiques ».
De la même façon, une loi du 2 février 1852 interdit explicitement les armes pour les
citoyens et agents publiques. Les espaces de vote sont « neutralisés ».
Les auteurs décrivent également l’espace de vote en 4 caractéristiques : 1) Un espace
pacifié; 2) Un espace réglementé (peu d’agents de la force publique, à l’appréciation du
chef de bureau); 3) Un espace consacré (respect des dates, lieu connu pour ne pas
dérouter les électeurs); 4) Un espace neutralisé (aucune influence, isoloir, sacralisation
d’un devoir civique).
Selon Louis Blanc, le suffrage universel est « l’instrument de progrès par excellence ». En
effet, les gouvernants deviennent les mandataires du peuple. Mais il faut tout de même
que les citoyens connaissent une acculturation progressive pour intérioriser ce
phénomène sacralisateur.
L’institutionnalisation du vote répond à une logique de rationalisation de la violence.
Désormais, l’impératif politique de pacification de l’instrument électoral est partagé par
l’ensemble des manuels scolaires. 

Le vote se substitut désormais au répertoire d’action de 1789, c’est-à-dire aux évictions
révolutionnaires. La violence est réellement discréditée, en ce qu’il s’agit de l’expression
de la souveraineté du peuple. En effet, dans une monarchie, le seul moyen de renversait
l’ordre est la révolution. Avec le vote, il s’agit de voter pour des hommes politiques
différents. C’est une forme de « consensus majoritaire ».
La politisation suppose une reconnaissance du statut « d’électeur », votant pour des
gouvernants. La violence est illégitime, car le pacifisme inhérent au vote régule les
anciennes formes d’expression de l’opinion. On habitue les votants à participer à leur
devoir civique.
Néanmoins, le vote n’a pas empêché des formes de violences : c’est ce qu’analyse
Charles Tilly dans ses « formes de violences collectives ». Il existe des formes peu
organisées, et d’autres formes plus organisées aux actions supra-locales/nationales.
Il existe tout de même certains moments où la loi de 1852 n’est que partiellement respecté
: par exemple, en 1902, il y avait une grande mobilisation de policiers pour éviter les
troubles lors de l’acte de vote, même si les journalistes de l’époque veulent convaincre
que cet acte est paisible et serein. C’est effectivement l’idée que l’on cherche à ancrer,
avec des faits symboliques (comme le vote du Président du République directement au
bureau…).
Les auteurs présentent traditionnellement 2 types de litiges : 1) Présence d’une personne
contraire à la solennité de l’acte de vote (certaines personnes ne comprennent pas l’enjeu
du scrutin et en sont exclus); 2) L’institutionnalisation fait que d’éventuelles changements
peuvent conduire à des violences de la part des électeurs (par exemple, la lenteur de la
distribution de cartes d’électeurs ayant conduit les électeurs à renverser les tables de la
salle du vote).
Il faut tout de même signaler que certaines minorités activistes reviennent souvent sur le
devant de la scène : principalement les socialistes, les nationalistes et les anarchistes.
Finalement, la « violence » ne disparaît jamais, elle est juste apaisée.
De surcroît, les auteurs nous présentent également une réelle distinction entre
« l’intérieur » et « l’extérieur » du bureau de vote : l’intérieur est pacifié, tandis que
l’extérieur est plus enclin aux affrontements physiques, même si parfois symboliques
(comme protester pour son candidat à une élection).
L’institutionnalisation et l’encadrement progressif du vote ont conduit à la distinction entre
les pratiques électorales, pacifistes, et les pratiques vindicatives et émeutières. Cela a
permis de légitimer l’objet du vote comme un fait particulièrement fort et symbolique qui
tend, de facto, à déligitimer, désormais, toute forme de violence morale et physique,
quelqu’elle soit. Le tout, dans un espace qui tend à devenir un véritable « sanctuaire
civique »

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