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Tiré à part

NodusSciendi.net Volume 17 ième Octobre 2016


UNE GEOCRITIQUE DES LIEUX INERTES

Volume 17 ième Octobre 2016


Étude Réunie par

Dr. YRO Timbo Adler Vivien

Université Péléforo Gon Coulibaly

ISSN 2308-7676
Comité scientifique de Revue

BEGENAT-NEUSCHÄFER, Anne, Professeur des Universités, Université d'Aix-la-chapelle

BLÉDÉ, Logbo, Professeur des Universités, U. Félix Houphouët Boigny, de Cocody-Abidjan

BOA, Thiémélé L. Ramsès, Professeur des Universités, Université Félix Houphouët Boigny

BOHUI, Djédjé Hilaire, Professeur des Universités, Université Félix Houphouët Boigny

DJIMAN, Kasimi, Maître de Conférences, Université Félix Houphouët Boigny

KONÉ, Amadou, Professeur des Universités, Georgetown University, Washington DC

MADÉBÉ, Georice Berthin, Professeur des Universités, CENAREST-IRSH/UOB

SISSAO, Alain Joseph, Professeur des Universités, INSS/CNRST, Ouagadougou

TRAORÉ, François Bruno, Professeur des Universités, Université Félix Houphouët Boigny

VION-DURY, Juliette, Professeur des Universités, Université Paris XIII

VOISIN, Patrick, Professeur de chaire supérieure en hypokhâgne et khâgne A/L ULM, Pau

WESTPHAL, Bertrand, Professeur des Universités, Université de Limoges

Organisation
Publication / DIANDUÉ Bi Kacou Parfait,

Professeur des Universités, Université Félix Houphouët Boigny, de Cocody-Abidjan

Rédaction / KONANDRI Affoué Virgine,

Professeur des Universités, Université Félix Houphouët Boigny, de Cocody-Abidjan

Production / SYLLA Abdoulaye,

Maître de Conférences, Université Félix Houphouët Boigny, de Cocody-Abidjan

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Volume 17 ième Octobre 2016 ISSN 2308-7676
Sommaire

1- Le cimetière dans les romans de Véronique Tadjo, YRO Timbo Adler


Vivien
2- De la notion de cimetière dans la littérature africaine : quelques
perspectives géocritiques, ASSANVO-KADJO Abanlan Rosemonde
3- L’espace du cimetière dans la littérature africaine, TIAHO
Lamoussa
4- Étude et analyse des espaces de cimetières et mondes possibles
chez les Kaamba (gan) du Burkina Faso, FARMA Bamoussa
5- Le polyandrion, résidence factice du défunt numbado spiritualisé,
LOUARI Dieudonné Yendifimba
6- Figures tombales d’Orient, KOUAKOU Jean-Marie
7- La tombe lieu de rencontre – du conte oral au cinéma au Nigeria,
UGOCHUKWU Françoise
8- Poésie, mémoire et douleur, ACHIE Arthur Modeste
9- Du discours rapporte au discours réfléchi: analyse énonciative de
l'épitaphe tombale, DJOKOURI Innocent

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Volume 17 ième Octobre 2016 ISSN 2308-7676
Le polyandrion, résidence factice du défunt Numbado spiritualisé

Dieudonné Yendifimba LOUARI,


doctorant en Lettres à l’Université de Ouagadougou

Introduction
Mourir et après ? Question qui semble banale lorsque l’on se la pose, si l’on
considère que le cycle normal de tout élément vivant de la nature est soumis à ce
circuit de l’existence. Ainsi, on nait, on vit et on meurt. La vie et la mort semblent une
réalité qui se veut tangible. La vie « prend corps » à la naissance et sa venue est très
célébrée dans bien de cas, car marquant un espoir d’existence tant pour la famille qui
l’accueille que pour la communauté sociale qui l’abritera. La mort, elle, se définit
selon le petit Larousse de 2007, comme la cessation complète et définitive de la vie. A
ces deux réalités, s’ajoute parfois une combinaison des deux concepts qui fait
apparaitre une troisième réalité qui est le « mort-vivant » qui se conçoit du point de
vue fantastique comme le retour à la vie d’un mort, d’un cadavre.
La mort marque l’absence physique et cette absence est dans nombre de
sociétés, reprise sous les termes de disparition, de perte, de sommeil éternel… Les
cimetières sont les lieux de résonnance de ce repos éternel, cette disparition ou
encore cette perte. Comme dans la plupart des communautés humaines, les
Gulmance (Gourmantché) ont des lieux communs d’enterrement, avec cependant des
différenciations de choix de ce lieu, liées à la place qu’occupait le défunt de son
vivant dans la société ; c’est le cas du souverain Numbado, lorsque vient l’heure de la
fin de la vie terrestre.
Cette différentiation est-elle signe d’une conception particulière que l’on fait
de la mort de roi dans ce groupe social ? Conçoivent-ils la mort de leurs souverains
(rois) comme la fin de la vie ? Et que représente pour les Gulmance, ce lieu de repos
éternel des rois ? Autant de questions qui posent là le problème de la vie après la
mort physique du Numbado (roi du Nungu) dans un contexte de littéraire négro-
africaine.
Notre analyse se fonde sur l’hypothèse qu’à travers le traitement que subit la
dépouille royale, les expressions traditionnelles utilisées pour annoncer sa mort, les
pratiques divinatoires à son endroit, le peuple prépare le défunt à de nouvelles

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fonctions : l’intermédiaire entre le Gulmance et Dieu et la régulation de la vie sociale
du groupe. Vu donc dans ce sens, les cimetières des rois, ne seraient-il pas que leur
résidence factice, un simple lieu de recueillement pour les vivants ?

I. Présentation du Gulmu et du Numbado


Les Gourmantché, Gulmanceba ou Gulmance, un des multiples groupes
ethniques que compte le Burkina Faso, occupent principalement la partie orientale de
ce pays, jusqu’au versant droit du fleuve Niger. Cette dénomination « Gulmance »
d’ailleurs était celle donnée à tous les habitants de la « rive droite » de ce fleuve, d’où
ce peuple tient la sienne. C’est dire que le nom Gulmance ou Gulmanceba est une
appellation née du fait du lieu de résidence, c’est-à-dire, à l’espace géographique
occupé.
Au fil des années, le terme va se muer pour désigner les peuples actuels nés
d’un brassage entre populations autochtones et les conquérants venus du Tchad.
Région beaucoup reconnue pour sa forte pratique des sciences occultes, le Gulmu,
territoire des Gulmance, est resté peu connu des historiens, ceci dû à la non
exploration de la région par les Occidentaux.

L’origine de ce peuple est diversement appréciée. Si certains documents


scientifiques laissent entrevoir une origine moose1 des Gulmance, ce n’est vraiment
pas le cas lorsqu’on écoute la tradition orale en la matière. Selon Dim Delobson, dans
sa thèse soutenue en 1932, sous le sujet « l’empire du Mogho-Naba », Jaba LOMPO
fondateur du royaume Gulmance, serait le fils ainé ou le cousin de OUEDRAOGO,
fondateur de l’empire Moaga des Moose. Ce qui donnerait une origine Moaga aux
Gulmance. Cette autre version de l’histoire fait de Jaba Lompo un devin aveugle venu
de Bornou (Tchad), qui décida lors d’une famine, de vendre son cheval pour nourrir
les siens. Cette action accomplie, il retrouva la vue et fut élevé comme chef de sa
communauté.

Le pays gulmance couvre près de 48000 km2, représentant environ 18% de la


surface du Burkina Faso2. Il regroupe les provinces du Gourma, de la Gnagna, de la
Kompienga, de la Komandjari et de la Tapoa, dans le découpage administratif actuel.
Selon le recensement général de la population et de l’habitat de 2006, la population

1
Les Moose est le groupe ethnique du Burkina le plus grand qui couvre toute la partie centrale, ainsi
que le Nord, le centre Est du pays.
2
Rémy G. (1976), Yobri, étude géographique du terroir d'un village gourmantché de Haute-Volta, p.13

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est estimée à environ un million deux cent neuf mille trois cent quatre-vingt-dix-neuf
(1 209 399) habitants3.
Yendabili, quatorzième roi de la lignée, décida d’installer la nouvelle capitale
du royaume à Nungu, aujourd’hui Fada N’Gourma. Le nom Nungu désigne « une
sensation ou une odeur nauséabonde » dans le sens de crainte car cette appellation,
qui remonte à l’installation de Yendabili dans la localité, attribuait à l’un des princes
de Fada une réputation craintive. En effet, Yendabili avait deux héritiers dont l’un
avait institué une sorte de milice qui torturait les opposants à son père. C’est la raison
pour laquelle, le Nungu fut une localité craint. Le nom du prince devenu aujourd’hui
celui de la famille royale Conbiani ou « faire disparaître », et par transcription
Thiombiano, reste porteur de ce sentiment.
Nungu deviendra par la suite, Fada N’Gourma, à l’arrivée du colonisateur.
Selon Barth Heinrich4, dans Travels and discoveries, in North and central Africa, Fada
N’Gourma signifie « le palais ou résidence royale du Gourma ». Boubé GADO, dans son
mémoire de maîtrise soutenu à l’Université Paris VIII, sous le thème « Le
Zarmatarey », l’orthographe exacte de Fada N’Gourma est « Fadan Gourma » qui veut
dire grand centre ou capital du Gulma en langue haoussa. C’est l’orthographe de
« Fadan Gourma » qui donnera Fada N’Gourma.
La demeure collective que les Gulmance appellent o diegu (concession),
consiste en un groupe de cases rondes reliées les unes aux autres par une clôture en
tiges de mil, qui délimite un enclos à peu près circulaire. O diegu se définit comme
« un ensemble de cases sous la responsabilité d’un diedaano ».5
Dans cette organisation, o diedaano ou chef de famille ne partage pas sa case
avec son ou ses épouses, chacune ayant la sienne. O diegu regroupe plusieurs
ménages que fonde tout jeune qui se marie dans la concession. Il est le répondant de
son ménage (femme (s) et enfants), mais reste sous l’autorité absolue du diedaano.
« Les termes de parenté comme m'ba (« mon père »), m'pwoli (« ma
tante paternelle ») m'biga, (« mon enfant ») sont également
employés par Ego pour désigner toute personne de son clan qu'il
situe approximativement dans la génération de son père ou de son

3
Recensement Général de la Population et l’habitat de 2006
4
Barth Heinrich, Travels and discoveries, in North and central Africa, being a journal of an expedition
T3 pp 184 et 185
5
Dictionnaire français gulmancema, p.157

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fils. Par contre, le terme de n’natanu (« mon frère ou ma sœur »)
n'est plus utilisé ».6
L'organisation sociale est fondée sur la reconnaissance du principe de la
descendance patrilinéaire. Ce principe a conduit à la constitution de patriclans et de
patrilignages, seuls groupes unilinéaires ayant une existence sociale reconnue.

En Gulmancema, la notion de patrilignage s’exprime par li cuuli et dont le


pluriel est a cuuna. Le dictionnaire gulmancema définit li cuuli7 comme « autorité
familiale étendue». A la tête de li cuuli, il y a o diedaano, (propriétaire de la maison).
C’est le chef de famille, qui constitue du même coup, la première étape dans
l’autonomie rituelle. Il devient détenteur des hôtels sacrificiels et des objets sacrés du
lignage.

« Pour accéder à ce premier stade d'autonomie, il ne suffit pas


d'avoir fondé une famille : la condition nécessaire, sinon toujours
suffisante, est de ne plus avoir de père vivant. Il en résulte qu'un
chef de famille dont le père serait encore vivant pourrait à la rigueur
édifier son propre o diegu (cette possibilité théorique est rarement
mise en pratique) mais n'oserait jamais y adjoindre un vestibule. En
d'autres termes, le vestibule indique que le groupe d’agnats de o
diegu correspond au moins à un lignage minimal effectif ».8
O buolu est le terme Gulmance utilisé pour désigner le clan. Dans une vision
plus large, o buolu est conçu comme un patrilignage d'étendue maximale, dont les
membres ont en commun d’une part, les mêmes noms de famille, et d’autre part, ont
les mêmes interdits et les mêmes totems. Les membres de la circonscription clanique
se reconnaissent frères très proches, avec un esprit d’appartenance au même
ancêtre. Elle est l’extension de li cuuli, Entre les membres d'un même buolu, la
relation généalogique est seulement présumée ; elle ne peut jamais être démontrée
dit Cartry :

« Il arrive même parfois que le nom de l'ancêtre supposé commun


soit lui-même ignoré (c'est vrai surtout pour les clans n'ayant joué

6
Michel Cartry, Clans, lignages et groupements familiaux chez les gourmantché de la région de Diapaga
p.62
7
Li cuuli, au pluriel a cuuna, est aussi selon le dictionnaire gulmancema français, la lignée ayant régnée.
Ainsi on dira, Yendabili cuuli pour désigner la lignée de Yendabili. Li cuuli se conçoit aussi comme la case
d’entrée dans une concession. L’antichambre de la cour royale est aussi appelé li cuuli. O bado ka li
cuuli nni pour dire, le chef et assis dans son antichambre.
8
Cartry M. op. cit., p. 63

7
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qu'un rôle effacé). Il suffit à deux individus de porter le même nom
de clan et d'avoir les mêmes interdits totémiques pour qu'ils croient
fermement descendre, en ligne paternelle, d'un même ancêtre».9

Le Numbado signifie en langue gulmance, roi ou empereur du Nungu.


L’instant de l’investiture coutumière fait du roi un bulo, c’est-à-dire une puissance
spirituelle. L’investiture du Numbado est avant tout, pour tout postulant au trône, un
rite de passage de l’état de barija ou de badibiga (prince) à celui de bado (roi); c’est le
passage de l’homme commun, anonyme, à l’état d’homme supérieur, incarnant le
pays, ayant reçu son pouvoir de Dieu et de ses ancêtres. Investi, ce roi n’a pas
d’interdits. Il est au-dessus de tout et transcende tout. Nonobstant le caractère non
ex-libris de ces rites, l’élu devient le garant incontesté et incontestable des us et
coutumes et gouverne à travers elles. Elu, le Numbado ne peut être destitué. Il quitte
le trône seulement pour une autre destination et pour d’autres missions, pensent les
Gulmance.

II. La conception de la mort en pays Gulmance


Le recensement général de la population et de l’habitat (RGHP) fait au Burkina
Faso en 2006, précise que la population de la région de l’Est du Burkina Faso, région
du Gulmu, est en majorité de religion musulmane, suivi de celle traditionnelle, puis de
chrétienne. Fada, de son vrai nom Nungu, est une capitale cosmopolite où
s’entrechoquent plusieurs cultures, plusieurs pratiques de confessions religieuses,
donc de conceptions diverses de la mort et des cimetières.

II. 1. Le regard des adeptes des religions importées


Pour les chrétiens, la mort est un retour vers Dieu le Père. Dieu par son fils
s’est fait homme afin de faire connaitre à l’homme, son amour et sa promesse de
résurrection. Cette catégorie de Gulmance conçoit, conformément aux écritures, que
Jésus Christ est ressuscité le troisième jour après sa mort. Il est sorti du tombeau et
est apparu vivant à ses disciples, qui l'ont vu et en ont témoigné.

Cette foi en la résurrection après la mort, c’est-à-dire en la vie après la mort se


fonde sur cette résurrection de Jésus. La mort est alors un passage pour une autre
vie, celle éternelle. Le passage à cette deuxième dimension de la vie, est conditionné

9
Cartry M. op.cit,. p. 59

8
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par la précédente vie selon l’évangile. De ce point de vue, la mort marque la fin d’une
vie, étape préparatoire de celle autre céleste, c'est la vie éternelle de bonheur sans
fin avec Dieu et " tous les saints ".

La toilette du trépas des adeptes du christianisme, n’obéit pas un rituel


particulier, mais son âme ne peut rejoindre le paradis que s’il est bénit de Dieu. Et
pour faciliter cette bénédiction, les vivants se transforment en évocateur de prières
avec même chez les catholiques, des funérailles chrétiennes constituées
essentiellement de prières et d’évocation pour le repos de l’âme des défunts. Le lieu
de repos des défunts reste cependant un lieu craint et très peu fréquenté. Cela se
justifie simplement par la possible présence des esprits des pécheurs qui ne peuvent
avoir le repos en Dieu. Ainsi, tout bon chrétien qui s’y aventure, invoque Dieu et pour
les catholiques, c’est l’exécution d’un le signe de la croix qui se constate.

Les adeptes de la religion musulmane conçoivent quant à eux la mort


comment une étape de la vie à laquelle personne ne peut échapper avec une
possibilité d’une seconde vie.
« En Islam, la totalité des actions entreprises par la personne
durant sa vie terrestre conditionneront son passage ou non par
l’Enfer ou le Paradis, d’où l’importance accordée à la mort dans la
vie de tout musulman ». 10
Une toilette purificatrice est faite sur la dépouille, suivant un rite très précis :
tête tournée vers l’Est, corps lavé plusieurs fois, essuyé et enveloppé dans un linceul
blanc. Dans la tombe, le corps est couché sur le côté, le visage tourné vers l’Est, la
Mecque. Selon cette croyance, l’âme du défunt reste dans la tombe pendant les
quarante jours suivants. Dans la tombe, le bon musulman goute à des effluves de
paradis, tandis que le mauvais musulman ou l’incrédule expérimente une partie du
châtiment de l’enfer.
« On lui assènera un coup avec une barre de fer et il lancera un cri
que tout être entendra à l’exception des djinns et des hommes. Et
puis on lui ouvrira une porte qui débouche sur l’enfer »11
Ainsi, les cimetières sont conçus comme un lieu de souffrance, de douleur, de
cris, une porte ouverte pour l’enfer, réservée aux hommes pécheurs.

10
Site web islandefrance.fr
11
Blod de Mireille Vallette, Boulevard de l’islamisme

9
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II. 2. La vision de la tradition gulmance de la mort, des cimetières et des rites
funéraires.
« Chez les Africains en général, la mort ne se définit pas par
opposition à la vie, mais comme son continuum ; l’âme demeure
vivante tandis que la chair retourne à la terre. Mais, on pourrait se
demander ce qui sous-tend cette croyance selon laquelle l’homme est
double et sa deuxième dimension demeure vivante. »12
Le Gulmance, comme la majeure partie des peuples noirs, croit en l’existence
d’une âme qui est l’animatrice de la vie dans l’après mort. Cette seconde existence
est une possibilité de vie de l’humain. Quelle réalité peut-on attribuer à l’âme en tant
que deuxième dimension de l’homme ?
Cette réalité est du point de vue de la science peu tangible, mais la question
trouve une réponse sur plan culturel.
« Il y a l’esprit (siiga en mooré) qui est une substance immatérielle
mais périssable, puisque le sorcier peut s’en saisir, lui faire subir
une métamorphose et le consommer. C’est une puissance active
proche des préoccupations de l’individu. […] Il y a aussi l’âme qui
est immortelle et qui est censée, sous conditions, rejoindre les
ancêtres et assurer la pérennité de l’individu. On peut noter le
double qui apparaît aux côtés de l’individu en danger de mort et
que les voyants peuvent apercevoir alors »13
Même si on estime que l’œuvre littéraire relève de la fiction, il n’en demeure
pas moins que la littérature africaine s’est souvent inspirée des réalités quotidiennes
des peuples africains. Les témoignages sur des visions « des signes et des morts »
sont courants.
Mourir chez les Gulmance est un acte qui consiste en un voyage vers les
ancêtres, dans le monde invisible. Ce voyage qui se fait en deux étapes, considère
que l’âme quitte le corps et demeure dans les endroits beaucoup fréquentés du
défunt, de son vivant. La dépouille bénéficie d’une toilette, la tête rasée, et le corps
enveloppé dans un pagne en cotonnade pour la plus part des Gulmance. Selon la
profession du clan, la dépouille peut est enveloppée dans une autre matière ; c’est le
cas des familles de boucher qui le font dans une peau de bœuf nouvellement immolé
pour l’occasion.
12
Faho Tétuan, « Rites funéraires bwaba du Burkina Faso : analyse des textes littéraires et des expressions
artistiques », Thèse doctorale à l’Université Ouaga I, Joseph Ki Zerbo
13
Le Larlé Naaba, tire de la revue Tradition et modernité N°006 pp. 17-18

10
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« La mort est considérée comme un passage de l’individu du
monde des vivants à celui de l’au-delà (des morts). Dans la
philosophie gourmantché, la mort n’est pas automatiquement
considérée comme un évènement malheureux, craint
généralement par les gens et impliquant une disparition totale du
corps et de l’esprit de l’individu. Seul, le décès d’un enfant ou
d’une personne jeune est souvent considéré comme suspect et on
cherchera par des consultations de géomancie, à en établir la
cause. […] Les personnes âgées considèrent la mort comme un
évènement normal, qu’ils se plairont à programmer avec précision
et force détails. Certains pouvaient par anticipation savoir l’année
de leur décès et préparaient toute leur famille à cet évènement
avant leur départ pour l’au-delà. Les instructions ainsi données
facilitaient l’organisation des rites funéraires».14

La sortie du corps de la cour funéraire est soumise à un rituel. Un musicien du


clan i longa (tambour d’aisselle), par un jeu musical, fait le tour de la concession avec
des chants d’initiation : i kon yaani. Le tour bouclé, c’est à ce moment que le corps
peut quitter l’antichambre, ce, pour le départ aux cimetières.

Avant l’inhumation, dans certaines situations, avec l’aide de porteurs, le corps


peut désigner l’auteur de sa mort lorsqu’il s’agit d’une mort non naturelle, à
condition que cela lui soit demandé par les vivants.
La deuxième étape du voyage de l’âme ouvre les portes pour l’accès aux
ancêtres qui le reçoivent. Ce rituel permet en effet à l'esprit du mort, de se libérer des
liens qui le rattachent au cadavre, pour enfin entamer son voyage vers la dimension
des ancêtres.
Cette possibilité d’ouverture est de l’œuvre des vivants à travers les rites
funéraires qui se constituent en petites et grandes funérailles. Il faut relever que tous
les défunts n’ont pas droit aux grandes funérailles. En effet, seule une catégorie de
personnes, en l’occurrence les personnes du troisième âge, les personnes ayant suivi
les rites d’initiation dans certaines situation et étant mort d’une mort naturelle
(vieillesse ou maladie) en bénéficient majoritairement, comme c’est le cas aussi en
pays Moose. Le jeune défunt ne bénéficie pas de funérailles, mais simplement de

14
Lankoande S. T., Les Gourmantché, pp.120-121

11
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quelques sacrifices rituels qui se feront juste après l’inhumation. C’est rites sont
largement suffisant pour le repos de son âme, de l’entendement des gulmance.

« Lorsque des rites funéraires sont organisés pour un homme ou


pour une femme mort (e) de vieillesse ou de maladie, plusieurs
veillées de chants ont lieu dans l’Ouest du pays moose au Burkina
Faso. Les questions du devenir et de la destination du (de la)
mort(e) sont régulièrement posées dans ces récitals, où différents
espaces sont mentionnés. Une analyse les mettant en perspective
avec les représentations spatiales quotidiennes, celles qui ont trait
à la mort, et les pratiques rituelles, permet de lier ces espaces des
morts aux rites funéraires, aux conceptions des ancêtres, et au
rapport à la Terre. Certains individus, a priori destinés à devenir
des ancêtres, doivent ainsi s’entourer de mille précautions pour
s’assurer une vie post mortem digne de leur personne. »15

Au Docteur Lankoandé Titamba Salif d’ajouter à cet propos que :

« S’il s’agit du décès d’un jeune homme, il n’y a pas de funérailles


par la suite. Les funérailles ne sont réservées que pour les plus
âgés dans la société gourmantché ». 16

La traduction gulmance des funérailles est o ku muangu (mort pleurs), ou


pleurer le mort. Les funérailles sont constituées de chants, de danses et surtout de
rites sacrificiels, afin de permettre au défunt d’entamer son voyage de façon sereine
vers les ancêtres qui ne sont ailleurs que dans notre environnement de vie, c’est-à-
dire dans l’espace, les objets, le cosmos, transcendant ainsi le temps et l’espace. Les
funérailles mettent ainsi fin à l’errance de l’âme du défunt. Et comme l’a écrit Birago
Diop dans son poème intitulé Souffles tiré du recueil Leurres et lueurs.
« Ceux qui sont morts ne sont jamais partis :
Ils sont dans l’ombre qui s’éclaire
Et dans l’ombre qui s’épaissit.
Les morts ne sont pas sous la terre :
Ils sont dans l’arbre qui frémit,
15
Alice Degorce Les espaces des morts dans les chants funéraires des Moose (Burkina Faso) p. 43-63
16
Lankoande S. T., op., cit., p.123

12
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Ils sont dans le bois qui gémit,
Ils sont dans l’eau qui coule,
Ils sont dans l’eau qui dort,
Ils sont dans la case, ils sont dans la foule,
Les morts ne sont pas morts ».
Lorsque la mort n’est pas causée par une maladie ou par la vieillesse, ce
voyage devient impossible car les deux étapes l’y permettant ne seront pas faites. En
effet, lorsque la mort survient par suite d’accident, d’étranglement, ou d’une mort
violente, la dépouille est enterrée très souvent au lieu de l’accident avec très peu
d’égard. En outre, quel que soit l’âge ou le rang occupé dans la société, le défunt n’a
pas droit à de funérailles. De ce point de vue, les âmes des défunts qui ne bénéficient
pas de ces actes rituels et sacrificiels, se retrouvent en errance dans la nature autour
des cimetières ; elles ne peuvent ni retourner le corps, ni rejoindre le anciens.

« Selon la croyance la plus répandue, l'esprit du défunt demeure


quelques jours après sa mort et après l'enterrement en étroit
contact avec le cadavre ou ce qu'il en reste ».17
A la recherche d’un refuge, ces esprits peuvent s’attaquer aux vivants et
rendent ainsi ces lieux de repos des morts que sont les cimetières, des endroits
craints à éviter au maximum.

III. Le polyandrion de rois, résidence factice des défunts


Comme nous l’indiquions, les rois défunts du Nungu et au-delà du Gulmu, n’ont
pas les mêmes lieux d’inhumation que le reste de la communauté, quel que soit le
rang ou le classe occupé dans l’organisation sociale.

III. 1. Conception gulmance du décès du Numbado et actes rituels funéraires


« Il y a un langage pour chaque situation » disait Gilbert Larocque18 dans un
propos extrait de l’ouvrage appelé les corridors ; pour dire que dans toutes les

17
Albert de SURGY, "Culte des ancêtres" en pays Evhe, p. 106
18
Gilbert Larocque, est un romancier, poète et éditeur québécois, décédé en 1983. Il publie plusieurs
romans dont Corridors en 1971.

13
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circonstances de la vie humaine, l’homme développe toujours un langage propre et
circonstancié, lui permettant d’assurer à sa façon, la communication avec les autres.

« Le langage symbolique, quelles que soient ses formes, est la


manifestation de l’instinct esthétique des peuples. »19
L’annonce du décès d’un Numbado est alors caractéristique de la conception
du Gulmance, face au trépas du souverain. En effet, pour ce groupe ethnique, le roi ne
meurt pas. Ainsi, lorsque survient ce moment, l’annonce se fait selon un langage
particulier, obéissant à un critère de classification sociale : le langage artistique
majeur ou sacré.
« Les langages artistiques majeurs ou sacrés, se développent dans des
cadres socioreligieux. On peut voir dans ce niveau de langages, la
sculpture religieuse, les musiques funéraires ou de sacralisation. C’est
aussi d’eux qu’appartiennent les pratiques rituelles de l’intronisation au
Gulmu ou des masques dans diverses ethnies du Burkina Faso».20

Plusieurs expressions sont utilisées pour annoncer la mort du roi : le bantiagu


(griot de la cour) à l’aide de son instrument de musique, utilise l’un ou l’autre des
discours suivants :
-le piquet du cheval s’est brisé ;
-le soleil s’est couché ;
-le roi s’est endormi ;
-le roi est monté sur son cheval.
L’évocation de la mort à proprement parlé n’apparait aucunement dans ce
langage, car le roi ne peut mourir. Le cheval dans ce groupe social, marque la
noblesse et la présence du cheval est signe de royauté. Lorsque le « piquet du cheval
se brise », l’animal quitte les lieux, toute chose qui marque la fin du règne terrestre du
roi, mais il reste actif et présent dans la sphère de la royauté.
Aussi, l’expression « le soleil s’est couché » est synonyme de fin de la journée
qui voit s’installer la nuit. Par ces discours aussi, cette étape reste juste une transition,
car un autre soleil se lèvera. La personnification du soleil qui se couche, fait du roi un

19
M. Eveng, L’Art d’Afrique noire, liturgie cosmique et langage religieux, p.42
20
D. Louari, Etude esthétique des Langages artistiques de l’intronisation du Numbado, mémoire de DEA,
Université de Ouaga

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être au pouvoir et à l’existence qui transcendent le temps et l’espace. « Le roi s’est
endormi », est une action qui fait de facto appel à une autre, celle du réveil. Le défunt
roi est alors juste dans une transition qui fera appel au prochain réveil. Enfin, le roi est
« monté sur son cheval » considère le défunt en déplacement, un déplacement de
noble vers la dimension des ancêtres.
Dans les différentes expressions, il n’existe pas de rupture dans le
mouvement. La mort ne constitue pas une fin de la vie mais plutôt, une poursuite de
la vie ; d’ailleurs cette mort n’existe pas pour les souverains et n’apparait nulle part
dans les différents discours utilisés. Le même mouvement se poursuit, car le roi fait
bulo (fétiche) à l’investiture, ne peut plus mourir. Le roi endormi (défunt) reste craint
et son esprit respecté, consulté et honoré. La mort divinise et rend juge, capable de
sanctionner les fautes et récompenser les bons gestes ; un régulateur de l’ordre
social.

Contrairement à la pratique coutumière qui exige des funérailles, rite de


passage du défunt vers les ancêtres, le roi n’a pas de funérailles après sa mort. En
effet, les funérailles du Numbado sont célébrées pendant le rituel d’investir. Au cours
du rituel d’investiture du Numbado, le processus de transfiguration totale se fait à
travers l’exécution des rites comme le sala piengu et le grand sacrifice. Ce sacrifice
est la première offrande solennelle d’investiture que fait le nouvel élu, en souvenir de
la première offrande faite aux ancêtres et aux génies de Ku Juaboangu par Jaba
Lompo, puis suivra le grand sacrifice fait d’immolation.

Cette transfiguration confère à l’élu, le statut d’immortel, c’est-à-dire élu à la


vie terrestre et post-vie terrestre, car dès l’instant de son décède, il accès au statut
d’ancêtre, consulté pour tout acte que posent les vivants.
« Les vivants demeurent, à vrai dire, en relation permanente avec
leurs ancêtres et n'accomplissent aucun sacrifice important sans,
d'une manière quelconque, les y faire participer... de sorte que le
"culte des ancêtres" apparaît à l'état diffus dans tous les aspects de
la religion. »21

III.
2. Les cimetières des rois du Nungu, simples lieux de recueillement
Le fait très important de ce processus est l’absence des funérailles du roi
défunt. De la conception du Gulmance, la mort du roi n’ouvre pas une étape d’errance

21
Albert de SURGY, op. cit., p. 111

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de l’esprit du défunt, celui-ci ayant déjà franchi cette étape, à l’investiture du roi. En
outre, le traitement réservé à la dépouille confirme cette vision. Bien que nous
n’ayons pas eu la possibilité de le vérifier et sans avoir non plus une confirmation des
acteurs de ce rituel qui exclut même les membres des familles les plus proches du
défunt à cause de son caractère sacré, un mystère entoure ce rituel.
Il ressort que la dépouille d’un roi défunt subit plusieurs maltraitances : la
crève des yeux, la brisure des membres, l’absence de toilette dont bénéficie toute
dépouille. L’inhumation de la dépouille se fait dans la nuit et ce, de façon précipitée.
La dépouille du roi Numbado ne s’accompagne pas de biens et de richesses,
contrairement à celle du Pharaon qui s’accompagne dans l’après-vie terrestre de
toutes les richesses et même de personnes immolées.

A l’analyse, on s’aperçoit que ce traitement résulte du fait que le Gulmance,


convaincu que le corps du roi n’est qu’une enveloppe, c’est-à-dire juste le porteur
passager d’un esprit divinisé dès l’investiture, n’a pas de lien avec son âme. Cette
absence de rapport justifierait à notre avis, l’absence de funérailles.

En outre l’inhumation de la dépouille se fait dans des cimetières dont la


configuration diffère de celle des autres cimetières marqués par les monticules de
terre évidée des tombes. Celle des rois, ne laisse guère apparaitre cette monticule, et
n’inspire aux yeux de la communauté gulmance, ni la crainte, ni la peur, car aucun
esprit ne s’y retrouve en errance. Pour identifier le lieu de l’enterrement, on y dépose
un canari que sera la marque de la tombe. Les cimetières des défunts rois sont des
endroits où reposent des contenants de la royauté, les contenus spirituels se
retrouvent dans une autre sphère, dans une autre dimension. Ils sont des endroits de
recueillement des vivants qui d’ailleurs ont conscience que les âmes des rois ne s’y
trouvent pas.

Pendant le rite sacrificiel d’investiture, le nouveau roi à intronisation, cite les


noms des différents rois qui ont occupé le trône et termine la liste avec le tout
dernier (le défunt), leur demandant d’intercéder auprès de Dieu pour que soient
exhaussées les prières. Ainsi, dès l’instant qu’il meurt, le roi est fait ancêtre et peut
servir d’intermédiaire entre Dieu et les vivants.

Conclusion
Les Gulmance considèrent la mort comme un passage qui consiste en un
voyage vers les ancêtres, dans le monde invisible. Ce voyage se fait en deux étapes ;
dans la première, l’âme quitte le corps mais ne s’en éloigne pas. Quant à la deuxième,
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elle est constituée de funérailles (petites ou grandes) qui s’avèrent être des
passeports pour le voyage vers le monde des ancêtres. Composées de chants, de
danses et de sacrifices rituels, les funérailles permettent ainsi au défunt de reposer
en paix. Ceux qui n’en bénéficient pas, voient leurs âmes errer autour des cimetières
rendant ainsi ces endroits sinistres, craint par les vivants.
Les cimetières des rois du Nungu pourtant échappent à cette caractéristique.
Pour le Gulmance, le roi ne meurt pas et le langage artistique traditionnel gulmance en
la matière en est formel. A ce titre, il n’a pas besoin de funérailles car pendant le rituel
d’investiture, le roi a déjà rejoint le rang des ancêtres. Il devient dès son décès un
ancêtre, son nom cité obligatoirement dans les incantations sacrificielles comme
intermédiaire entre les hommes et Dieu.
Ainsi, les cimetières des rois du Nungu aux yeux du Gulmance n’est qu’un
simple lieu de recueillement. Ils n’inspirent ni peur, ni crainte puisse qu’aucune âme
ne s’y trouve en errance.

Bibliographie
CARTRY, M. (1966), Clans, lignages et groupements familiaux chez les gourmantché de
la région de Diapaga ;
CARTRY, M., 1977, Du village à la brousse ou le retour de la question. A propos des
Gourmantché du Gobnangou, in IZARD M., P. SMITH (éds.), La Fonction ymbolique,
Paris, Gallimard.
DEGORCE, Alice Les espaces des morts dans les chants funéraires des Moose (Burkina
Faso).
EVENG M., (1974), L’Art d’Afrique noire, liturgie cosmique et langage religieux, clé
Yaoundé Cameroun.
LANKOANDE, S. T., (2008), Les Gourmantché, Les presses africaines du Burkina Faso
REMY G. (1976), Yobri, étude géographique du terroir d'un village gourmantché de
Haute-Volta.
SURGY, Albert, Culte des ancêtres en pays Evhe

Thèses et Mémoires
FAHO T., « Rites funéraires bwaba du Burkina Faso : analyse des textes littéraires et des
expressions artistiques », Thèse doctorale, Université Ouaga I, Joseph Ki Zerbo.
HEINRICH B., Travels and discoveries, in North and central Africa, being a journal of an
expedition T3

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LOUARI D., Etude esthétique des Langages artistiques de l’intronisation du Numbado,
mémoire de DEA, Université de Ouaga I, Joseph Ki Zerbo.

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