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Introduction

Le mariage reste le seul moyen légitime pour fonder une famille socialement reconnue. Ainsi il est
sacralisé par la religion et la société. C’est pourquoi au Sénégal particulièrement à Dakar L’union
entre deux personnes passe souvent par une bénédiction dans un lieu de culte (Mosquée, Eglise…).
Et pourtant le divorce prend de plus en plus une ampleur et devient une tendance au regard de la
société. Dès lors plusieurs questions cherchent à comprendre pourquoi y’a t-il autant de divorce
précoce ? Ya t-il une différence entre le mariage ancien et le mariage d’aujourd’hui ? Qu’est ce qui
pousse aux hommes à vouloir se marier ? Toute une série de questions mérite d’être étudiée.

Sous ce rapport, nous allons d’abord parlé du mariage et du divorce, ensuite faire un bref résumé sur
les formes de divorce, en plus voir les causes du divorce pour enfin rebondir sur les conséquences
qu’il peut engendrer ? Ces points essentiels nous aiderons à mieux comprendre le divorce à Dakar.

I. Mariage et Divorce

Pour comprendre le phénomène du divorce au Sénégal particulièrement à Dakar, il serait important


de voir comment le mariage est approuvé par la population dakaroise et quelle importance a-t-il
pour cette dernière ?

1) Le Mariage

Le mariage est conçu au Sénégal comme un rite incontournable de la par des époux. Il constitue la
seule manière légitime de fonder une famille socialement reconnue. Ainsi le mariage donne une
position voire un statut considérable à la personne. La culture et la religion demeurent des aspects
clés dans le processus de mariage sénégalais. Dès lors pour parler de l’importance du mariage, nous
allons nous focalisé sur ces facteurs.

Toute fois la norme voudrait que ce soit à l’homme de faire sa demande en mariage à la femme et de
donner la dote qui symbolise l’accord des époux. Ces derniers sont appelés à se « marier pour le
meilleur et pour le pire ». De vivre ensemble et d’avoir des enfants. Ainsi la religion pèse lourdement
sur le processus du mariage sénégalais du fait que la majorité de la population croit en une religion
(Musulmans et Chrétiens dont les musulmans regroupent la plus grande partie soit 95%). C’est ce
qui fait que pour la plupart des futurs époux sénégalais, c’est l’union religieuse qui compte le plus.
Sur ce, la religion insiste beaucoup sur la nécessité d'obéissance et de soumission des femmes envers
leurs époux. Dès lors quand une femme quitte sa maison parentale pour partir dans la maison
conjugale, on organise un rituel pour donner des conseils et des recommandations à celle-ci. Un
adage wolof se fait entendre « seey seyla, so démè naga fa sèyy ». Dans ce sens le père Pierre Piat
explique a ces termes : « l’union de l’homme et de la femme est une union qui dure et qui apporte le
bonheur aux deux. C’est une union qui transmet l’amour et même la vie, le mariage est un
sacrement ». Dans Mathieu chapitre 19 de la Bible il est écrit ‘’ l’homme quittera son père et sa mère,
il s’attachera a sa femme, et tous deux ne feront plus qu’un.’’ Et selon le code civil, les époux se
doivent assistance mutuelle, et c’est dans la famille que se fait la première éducation de l’enfant à la
citoyenneté.
Avec toute l’importance qu’est accordé le mariage, pourquoi le divorce devient-il un phénomène
fréquent à Dakar ?

2) Le Divorce

Différentes recherches nous ont permis de dire que divorce gagne de plus en plus du terrain à Dakar.
Rien qu’en 2013, le nombre de divorce s’est élevé à 126286. Mais, La majorité des cas concernent les
«femmes avec 96.049 personnes et les 30.236 sont des hommes» (Source : senenews.com).

Le divorce est à la mode au Sénégal. Les chiffres publiés par l’association des femmes juristes du
Sénégal (AJS) le confirment. L’association a installé deux boutiques de droit à la Médina et à Pikine.
Elle révèle qu’entre décembre 2013 et février 2014, 384 cas de divorce ont été enregistré au niveau
des deux boutiques. Celle de Médina a enregistré 291 divorces et Pikine a enregistré 33 cas.

En plus, un entretien avec maitre Dia (Greffier au tribunal départemental de Dakar) va également
confirmer la précocité du divorce à Dakar. Me Dia affirme ''nous avons même des cas de 2 à
6mois seulement de mariage qui demande le divorce'', appelés des ‘’Mariage Eclaire’’.
Ainsi, le tribunal département de Dakar enregistre entre 100 et 150 cas de divorce par mois. Soit 30
divorces traitaient en une seule journée. Le jour d'audience est le mardi à la salle 3 du Palais de
justice de Dakar ajoute Me Dia. Dans le même sens il déclare que sur 100 des demandeurs de divorce
au Palais de justice de Dakar les 80% sont des femmes.
Ce qui montre qu’au Sénégal, le taux d’instabilité des unions reste très élevé, surtout chez les
femmes. L’Agence Nationale de la Démographie et de la Statistique (ANDS) affirme que la région de
Dakar présente un profil particulier. Il s’agit de la région ayant la plus forte proportion d’individus
divorcés, quelque soit le sexe (2,6 pour les Hommes et 6,6 pour les Femmes).

En 2015, le tribunal départemental de Dakar a eu à prononcer 1775 divorces d’après les enquêtes de
Senenews.

II. Les Formes de Divorce :


Il est important de noter que la manière dont on appréhende le divorce varie par rapport à ce qui
pourrait être considéré comme un divorce au regard de notre société. Dans ce sens, nous nous
basons sur deux points essentiels pour expliquer les formes de divorce qu'on peut trouver à Dakar.

A) Du point de vue juridique :


Juridiquement parlant le divorce est la rupture du lien conjugal prononcé par un juge. Un divorce
arrangé par les deux époux ou leur famille sans l’intervention du juge «n’est pas valable devant la
loi». Il existe deux types de divorce :
Le divorce par consentement mutuel :
Dans ce cas, les époux doivent se rendre devant le président du tribunal départemental de leur
maison conjugale pour introduire une quête pour divorcer.
En précisant leur accord :
• Sur le partage des biens appartenant aux époux s’ils avaient signé pour une communauté de biens ;
• Sur la garde des enfants (à qui sont-ils confiés ? Comment veiller sur leurs intérêts ? Leurs
entretiens, leurs éducations et leurs moralités ? …)
• Que chacun des époux a librement donné son accord pour divorcer.
Dans le cas contraire, il leur demande de réviser leurs accords et leur fixe un autre rendez-vous dans
le délai d’un mois.
NB : S’il estime que l’un des époux n’a pas donné librement son accord pour divorcer (exemple :
parce qu’il a été menacé par son conjoint), il refuse tout simplement de constater le divorce.
Globalement le divorce par consentement mutuel est une séparation des époux à l'amiable. Ce type
de divorce ne nécessite pas un quelconque motif de divorce et le tribunal n'intervient pas par contre
il vérifie ce qui a été décidé par les époux et il les accompagne dans leur décision de divorce.
Le Divorce Contentieux
Ce type de divorce est le plus fréquent à Dakar. Dans ce cas, le divorce est demandé par l’un des
époux.
Dès lors si la demande de divorce est validée par le juge (après l’avoir examinée), il doit maintenant
passé à la procédure de divorce qui s’appuie sur deux phases :
Premièrement, le juge fait un appel aux époux pour une séance d'explication des raisons qui pousse à l’un
de vouloir se divorcer. Après avoir écouté les deux parties il tente de les réconcilier. S’il réussit ce coup il
régit une ordonnance de conciliation qui sera signée par les époux.
Deuxièmement si l'un n'est pas d’accord pour une réconciliation le juge procède à leur divorce.
En grosso modo, le divorce contentieux demeure une demande unilatérale de la part de l'un des
conjoints.
B) Du point de vue socioreligieux :
La société et la région sont complémentaires. Pour ainsi dire tout ce qui est valable au regard de la
religion est généralement accepté par la société. À Dakar la question de la croyance n'est guère un débat.
Les populations croient en une religion et la majorité de la population est musulmane.
Pour l’islam l’homme à le pouvoir de répudier sa femme. Il suffisait de prononcer trois ‘’je te répudie'' en
témoins de deux personnes adultes pour que cela soit valable et considéré comme divorce.

III. Les causes du divorce :


Connaître les principales causes de divorce d’un couple peut être inestimable. Bien sur, lorsqu’on se met
en couple, ce n’est pas avec l’intention de se séparer. Pourtant, 1 couple sur 2 en ville finit par se séparer.

L'autre constat est que ces mariages ne durent que le temps d'une rose. Pour en savoir un peu plus
sur les raisons de ces séparations, souvent prématurées, une enquête est allée à la rencontre de ces
femmes divorcées. Combien sont-elles ? Combien sont celles qui ont été répudiées et contraintes de
partir, alors qu'elles rêvaient d'une vie de couple heureuse ? Difficile d'y répondre.

Mais, le constat est qu'elles quittent le foyer conjugal, pour différentes raisons. Chacune avec son
histoire. Aby* fait partie de ces jeunes filles qui ont vécu un véritable calvaire dans leur domicile
conjugal. Son époux a émigré, alors qu'ils sortaient encore ensemble. “Une fois en Europe, on a scellé
le mariage. J’avais de bons rapports avec mon époux. Mon problème, c’était les membres de ma
belle-famille, surtout ma bellemère”. Selon la jeune divorcée, “elle était insupportable”. “Elle me
menait la vie difficile”, confie la belle nymphe qui malgré le divorce n'a rien à envier aux nymphettes
de 19 ans.

“J’ai vécu dans la maison conjugale, pendant plusieurs années, sans voir l’ombre de mon mari”,
poursuit-t-elle. Aby aurait pu s'accommoder de cette situation, si son opération de séduction envers
sa belle-mère avait porté ses fruits. Poulets, argent, tissus de valeur et autres présents n'y ont rien
fait. “Elle était difficile à satisfaire. Pour un rien, elle pétait les plombs et me lançait des vertes et des
pas mûres. Mes parents et mon mari me demandaient d'être patiente avec elle. Étant donné que la
patience a des limites, j’ai fini par craquer et demander le divorce”. Au début, dit-elle, le visage
baigné de larmes, son mari n'a pas voulu en entendre parler, mais, il a fini par se rendre à l'évidence
que c'était la meilleure chose à faire. D'une voix pleine de regret, Aby confie : “On s’aimait vraiment,
mais on ne pouvait plus continuer à vivre ainsi, car sa mère était devenue insupportable”.
Aujourd'hui, avec le recul, elle considère avoir perdu du temps, “car, après plusieurs années, on n'a
même pas pu consommer notre mariage”, dit-elle. Selon la jeune dame, le divorce était nécessaire
pour préserver les rapports entre les deux familles. “J’ai préféré perdre un mari que de voir éclater
toute une famille”.

Si Aby* a eu la chance de ne pas consommer son mariage, ce n’est pas le cas d'Astou*. Son mariage
est parti en éclats, au bout de deux ans, à cause des commérages et “du manque de poigne” de son
mari. “J’ai divorcé après plus de deux ans de mariage, alors que tout allait à merveille entre nous.
Mais, mon mari manquait de poigne”, soutient Astou. “Il écoutait toutes les salades qu’on lui
racontait sur moi, du genre : 'ta femme n'est jamais à la maison' ; 'des hommes viennent en ton
absence lui rendre visite'. Je lui disais à chaque fois de prendre ma version, mais il ne le faisait
jamais”. “Il revenait verser toute sa colère sur moi. Pour préserver notre mariage, je faisais la sourde
oreille ou la politique de l’autruche, sur tout ce qu’il disait”, raconte Astou* d'une voix furieuse,
confortablement installée dans le salon de ses parents, dans un appartement huppé du centre-ville.
De crise en crise, le mariage a fini par voler en éclats. Quant à Raby*, elle, a su très tard que sa belle-
famille voulait se débarrasser d'elle pour marier son mari à une de ses cousines. “Je n’avais plus droit
à une bonne et je m’acquittais de tous les travaux domestiques.

D’autres causes sont établies par les sociologues. Il signale que ceux-ci s’intéressent plutôt aux faits
et se consacrent toujours au fond du problème.

Selon Adya Tandian, trois motifs interviennent en sociologie dans le divorce. « Le premier est le fait
qu’un couple soit trop intégré dans l’environnement familial, ce qui permet aux tiers d’interférer
dans le couple. Ce statut fait que le couple n’a plus d’intimité et de liberté. Il n’arrive plus à se définir
et donc se réfère aux appréciations des autres jusque dans la prise de ses décisions. Ainsi, le couple
se détermine à partir de son entourage», dit-il.

Si une forte intégration ne favorise pas la sérénité du couple, la désintégration non plus. C’est
d’ailleurs le deuxième motif qu’évoque le sociologue : «quand les époux manifestent une certaine
distance par rapport à l’environnement familial. A cet instant, le couple se suffit à lui-même et prend
toujours ses décisions sans demander l’avis de sages. Le couple s’éloigne ainsi des valeurs et
traditions cultivées dans l’espace familial, il s’enferme. Devant une dissociation excessive, le couple
ne vit pas dans un environnement normatif. Il peut se briser au premier coup de vent et ainsi faisant,
il ne peut que s’autodéterminer». Et d’enchaîner sur le troisième cas «assimilé à l’état d’anomie qui
est un état dépressif survenant quand le couple manque à ses ambitions et n’arrive plus à respecter
ses engagements. Dans ce cas, les termes du contrat sont souvent violés car le couple ne trouve plus
les moyens nécessaires à sa subsistance et peine à satisfaire les ambitions qu’ils s’étaient prescrites
au début du mariage ».

Cependant, révèle le sociologue, le divorce peut avoir d’autres causes. A titre d’exemple, un couple
peut se marier sans pour autant apprendre à bien se connaitre. Dans ce cas, il est très facile de voir
des malentendus surgir peu de temps après le mariage, les questions essentielles commencent à se
poser. «C’est pourquoi il est recommandé avant le mariage d’essayer au moins de cultiver les goûts»,
souligne-t-il. «L’autre fait saillant, c’est qu’autrefois les gens vivaient dans un environnement calme
où les choses étaient stables et où tout le monde connaissait tout le monde. Les gens se
familiarisaient, chacun contrôlait l’autre et avait le droit de dire son point de vue sur la vie de l’autre.
L’environnement des médias et des politiques n’était pas trop troublé comme aujourd’hui» dit-il.
De même Les causes de divorce sont également énumérées dans l’article 166 du code de la famille.
Exemple
.L’infidélité : 33% des unions prennent fin suite a un adultère, notamment lorsqu’il a lieu durant les
premières années du mariage.
C’est le fait pour l’un des conjoints d’avoir des relations sexuelles avec une personne autre que son
conjoint. Elle doit être constatée par un policier, un huissier ou un gendarme.
.La maladie grave et incurable de l’un des époux découverte pendant le mariage ;
Exemple : L’impuissance du mari.
.Les mauvais traitements, excès, sévices ou injures graves rendant l’existence en commun
impossible ;
Exemple :
Le fait de battre son conjoint, ou de l’accuser de sorcellerie ou de « deume ».

IV. Les Conséquences du divorce :


Si le divorce est difficile à vivre pour les deux conjoints, c’est également une épreuve pour les
enfants, qui changent de repères. Comment leur expliquer que Papa et Maman ‘’ne sont plus
amoureux’’ ? Quelles conséquences peuvent avoir une séparation sur les enfants ? Comment gérer
l’arrivée d’un nouveau compagnon ou compagne ? En plus des conséquences sur la vie des deux
conjoints, qui parait logique, elles peuvent jouer aussi sur celle des enfants, et plus sur généralement
sur tout votre entourage. Surtout en Afrique on ne considère pas généralement la position des
enfants dans un divorce. On ne se rend pas compte de leur part de souffrance dans un divorce. Le
divorce a souvent des répercussions directes sur le développement des enfants.
Il peut entrainer des problèmes et à des transitions précoces lorsque les enfants deviennent de
jeunes adultes, et même ultérieurement. Les enfants de parents divorcés sont plus à risque de
connaître la pauvreté, de vivre des échecs scolaires associé à des difficultés académiques (baisse des
résultats scolaires et abandon prématuré de l’école) et à un taux plus élevé de comportements
perturbateurs (ex : l’opposition envers les figures d’autorité, la participation à des bagarres, le vol, et
la consommation et l’abus d’alcool et de drogues illégales).
Les enfants qui vivent le divorce de leurs parents présentent aussi des taux plus élevés d’humeur
dépressive, une estime de soi plus faible et de la détresse émotionnelle le manque d’affection
parentale. Ils sont également susceptibles de se marier plus tôt ou de s’engager dans des activités
sexuelles précoces et à risque, d’avoir des enfants hors mariage, de vivre en concubinage, de
connaître la discorde conjugale et de divorcer. En fait, les problèmes émotionnels associés au divorce
augmentent au début de l’âge adulte. ll est donc important pour la société de comprendre l’ampleur
de ces problèmes et les mécanismes causaux par lesquels le divorce parental influence les
comportements des enfants touchés
Les enfants de parents divorcés ont de 1.5 à 2 fois plus de risque de vivre des événements négatifs
comme l’abandon précoce de l’école ou un divorce personnel. L’ampleur des effets sont typiquement
décrits comme de faibles à moyens par les chercheurs en sciences sociales. Cela signifie que la
séparation parentale est associée à un risque accru de difficultés mais qu’elle ne constitue pas en
elle-même le facteur de risque le plus important. Récemment, une méta-analyse (étude qui combine
plusieurs études sur un même sujet) a aussi montré que les différences entre les enfants qui ont vécu
le divorce de leurs parents et ceux dont les parents n’ont pas divorcé ont augmenté depuis les
années 1980.

De même un entretien avec le directeur général de l'Association Sénégalaise pour la Sauvegarde de


l’Enfance et de l'Adolescence (ASSEA) nous a fait comprendre que des enfants de parents divorcés
sont souvent affectés par la séparation de leurs parents. Dans le centre le directeur a pu constater
que ces enfants n’ont pas un comportement normal. Ceci traduit par le fait que ces enfants n’ont pas
d’hygiène. Par exemple dans le centre parfois ces enfants refusent de se laver et de nettoyer leur
chambre…