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DIVERTIMENTO K.136
W.A. MOZART
Sabine Courroy, Lycée Jean de La Fontaine (Paris XVI)

LE DIVERTIMENTO
Etymologie : « amusement ».
Définition : œuvre instrumentale de caractère léger, destinée à être jouée en accompagnement (dîner,
fête), lors d’un concert et parfois en plein air.

1. Le Divertimento
Il apparaît au XVIIème siècle et désignait au départ des œuvres vocales avant de concerner le répertoire
instrumental.
C’est un genre très apprécié au XVIIIème siècle en Bohême, en Italie (Boccherini), dans les pays
germaniques (Stamitz) et tout particulièrement en Autriche (Haydn et Mozart).
Le genre s’est éteint au début du XIXème siècle et réapparaît XXème siècle: Busoni, Bartók, Stravinsky,
Enesco, Maderna, Berio, Crumb.

2. Confusion des genres


Le divertimento est apparenté à la cassation, au nocturne, à la sérénade par son ton léger et divertissant.
Il porte parfois le titre de concerto, établissant ainsi une proximité avec le répertoire symphonique, ou
le titre de quatuor à cordes, genre alors récent : les 28 premiers quatuors à cordes de Haydn et les 3
premiers quatuors à cordes de Mozart (dont le K. 136 fait partie) sont appelés divertimentos.

3. Formation instrumentale
Il peut être écrit pour différentes formations instrumentales : pour clavecin ou piano, donc proche de la
sonate (Haydn), pour cordes et piano (Mozart K. 254 pour piano, violon et violoncelle), pour ensemble
de vents (Mozart, K.166 et 186 pour deux hautbois, deux clarinettes, deux cors anglais, deux bassons),
pour ensemble de cordes, trio, quatuor, quintette (Léopold Mozart, Haydn), pour un ensemble de cordes
et de vents (Boccherini, Stamitz, Mozart, Haydn….).

4. Les mouvements
Il peut comprendre un nombre variable de mouvements, jusqu’à neuf, mais se limite couramment à cinq
(deux menuets et mouvement central lent). Les divertimentos de Mozart ont en général entre trois et
sept mouvements. Le Divertimento K.136 comporte trois mouvements.

5. L’interprétation
On trouve deux interprétations du Divertimento K.136: l’une pour quatuor à cordes, l’autre pour
orchestre à cordes.
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DIVERTIMENTO K.136
MOZART
Le Divertimento K.136 fait partie d’un groupe de trois quatuors à cordes (Ludwig von Köchel 136, 137
et 138) composés en 1771, après un séjour de Mozart à Milan. Il comporte trois mouvements :
Allegro, Andante, Presto.

PREMIER MOUVEMENT : Allegro, RE Majeur


Ce mouvement présente une forme en trois parties appelée forme sonate bithématique, emblématique
de la période Classique alors que l’utilisation des barres de reprises (mes. 36 et à la fin) semble
correspondre à la forme binaire à reprises de la période Baroque (rappel Rameau). Il faut cependant
rappeler qu’à la période Classique, la barre de reprise est très souvent utilisée dans la forme sonate à la
fin de l’exposition et à la fin du mouvement (cf. Beethoven les utilisera jusqu’à la Sonate pour piano
n°22) sans pour autant contredire à forme en trois parties exposition-développement-réexposition.

I) La forme

Première partie : EXPOSITION de 1 à 36


Cette partie, qui présente deux thèmes, A et B dans deux tonalités différentes, s’appelle Exposition.
- Le thème A en Ré M (Ton Principal = T.P.) joué par le Vl1, thème joyeux, fin, brillant,
nuance f.
- Le Pont qui est un passage de transition (13 à 21, 1ère croche) modulant en La M, ton de la
dominante de Ré.
- Le thème B (mes.21 2e croche – mes 34, 1e temps) en La M (Ton de la Dominante = T.D.).
Thème très court, présenté par le quatuor, avec quatre entrées en canon (Vl2, Vl1, Alto, Vlc).
- La Coda (mes. 34 à 36) est une courte section conclusive sur des formules cadentielles
répétitives dans le ton de La M.

Deuxième partie : DEVELOPPEMENT de 37 à 65 (1er temps)


Cette partie s’appelle le Développement et présente des retours thématiques variés.
Le développement est toujours modulant car pour varier un thème, il est nécessaire de le transposer
dans différentes tonalités. Le développement prend fin quand le thème A revient au ton principal tel
qu’il était lors de son exposition dans la première partie.
Ce développement s’articule en deux périodes
- 37 à 51 : le thème A est transposé en mi m puis en si m selon le principe de la marche
harmonique, puis quatre mesures pour retourner en Ré (48 à 51).
- 52 à 65 (1er temps) Mozart utilise le ton homonyme, ré mineur. Changement complet
d’atmosphère : ré mineur, un nouveau thème au Vl1, une grande ligne de contrechant au Vl2, intervalle
diminué et augmenté, appoggiatures expressives, pizz à l’alto et au Vcl. Puis deux mesures pour
retourner en Ré M (63-64).
Synthèse
Développement original par la recherche d’expressivité du passage en ré mineur (Mozart a 16 ans).

Troisième partie : REEXPOSITION de 65 à fin


Cette partie s’appelle Réexposition car elle va réexposer le Thème A au ton principal, le pont puis le
thème B, non plus au ton de la dominante LA M, mais au T.P. (Ré M).
- 65 : Réexposition du thème A en RE M (T.P.). C’est la reprise textuelle des mesures 1 à 13
- 77 : Retour du pont légèrement modifié car on ne va plus en La M, le thème B devant être
réexposé au ton principal RE M.
- 87 : Réexposition du thème B au ton principal Ré M (T.P.).
- 100 : Coda, formules cadentielles répétitives en Ré M (T.P.).

Synthèse : Forme sonate


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er
Exposition (1 à 36), Développement (37 à 65,1 temps), Réexposition (65 à fin).

Exposition      Développement    Réexposition     


Mes. 1  13  21  34  37  52 65 77  87 100
Th. A  Pont  Th. B  Coda  Th. A varié  Th. C  Thème A  Pont  Th. B  Coda 
RéM   RéM‐>LaM   LaM  LaM  Mim ; sim ; rém  Rém  RéM  RéM  RéM  RéM 

II ) L’ écriture instrumentale

- La dynamique : peu de nuances (f et p), pas d’effets de contraste


- Bien que le premier violon soit dominant, il partage souvent la vedette avec le VL2.
- Le VL1 a le rôle principal : c’est lui qui présente les thèmes et qui a la partie la plus virtuose.
- Le VL2 a plusieurs fonctions : il accompagne mais il partage la même virtuosité du premier violon en
dialoguant avec lui (13, 17, 34) et en le soutenant avec un jeu de tierces ou sixtes parallèles (3, 5, 39,
41…). Dans le passage en ré mineur (52 à 61), il déploie une longue et riche ligne de contrechant.
- L’alto a le plus souvent une fonction d’accompagnement, mais il a également une écriture variée (48
écriture en syncopes, 58 écriture en pizz).
- Le violoncelle : assure la ligne de basse, avec un continuum de croches s’apparentant à l’esthétique
baroque.

Conclusion
A 16 ans, et dans une œuvre considérée comme légère et divertissante, Mozart recherche un équilibre
des pupitres, manifeste un souci d’expressivité et utilise avec aisance et brio la forme sonate ainsi que
différents types d’écriture : la mélodie accompagnée (thème A), l’écriture concertante (dialogues VL1
et 2), les entrées en canon (thème B), la technique du contrechant.

DEUXIEME MOUVEMENT : Andante, SOL M


Comme pour le premier mouvement, les barres de reprises se superposent à une forme en trois parties.

I) La forme

Première partie : 1 à 31
- 1 Thème A en Sol M (T.P.) joué par les violons en tierces parallèles. Caractère « cantabile »
propre au mouvement lent.
- 9 Thème B en Ré M (T.D.) joué en tierces parallèles par le Vl2 et l’alto, cantabile.
La première partie présente donc deux thèmes (A en Sol M, B en Ré M) : il s’agit donc de l’Exposition
d’une forme sonate.
Remarque : il n’y a pas de pont entre les deux thèmes.

Deuxième partie : 32 à 38
-33 Thème C en Sol M, joué par le Vl1, cantabile.

Troisième partie : 38 à fin


Le Thème A (39 Sol M) et le Thème B (47 Sol M) sont réexposés au ton principal dans cette deuxième
partie. Il s’agit donc de la Réexposition de la forme sonate.
Remarque : le thème C ne réapparaît pas.

Synthèse de la forme :
Exposition (1 à 31), Exposé du thème C (7 mesures), puis Réexposition (39 à fin).
Il n’y a pas de développement : il s’agit donc d’une Forme sonate sans développement
Exposition Thème C Réexposition
Mes. 1 9 32 38 47
Th. A Th. B Th. C Th. A Th. B
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Sol M Ré M Sol M Sol M Sol M

II) L’écriture instrumentale

- Même recherche d’équilibre entre Vl1, Vl2 et alto avec de nombreux passages en tierces parallèles.
- Basse d’Alberti pour le thème C
- Effets d’opposition entre le jeu legato et le jeu piqué
- Une seule indication de nuance (p) en début de mouvement.

Conclusion
- La recherche d’expressivité (appoggiatures, jeu legato), la présence de trois thèmes ainsi que la richesse
mélodique de l’ensemble correspondent à l’esprit du Lied, caractéristique des mouvements lents.
- Durant la période classique, le mouvement lent peut être construit selon le plan de la forme sonate sans
développement ou selon la forme lied.

TROISIEME MOUVEMENT : Presto, Ré M


Même structure en trois parties que le premier mouvement, toujours avec les barres de reprises
placées au même endroit (fin de l’exposition et de la réexposition).

I) La Forme

Première partie 1 à 58 : EXPOSITION


- 5 à 8 Quatre mesures d’introduction puis exposition du thème A au premier violon. Thème en
Ré M (T.P.) sur pédale de tonique. Thème joyeux, dansant, jeu legato, nuance f.
- 21 à 24 Pont modulant pour arriver au ton de la dominante La M.
- 26 Thème B en La M (T.D), présenté en tierces parallèles aux Vl 1 et 2. Pédale de La
(dominante) à l’alto, jeu staccato, nuance p. Même caractère bondissant et dansant.
L’accompagnement en continuum de croches rend ces deux thèmes très proches l’un de l’autre.
Cette première partie présentant deux thèmes, l’un au ton principal, l’autre à la dominante est donc
l’Exposition d’une forme sonate.

Deuxième partie 59 à 86 : DEVELOPPEMENT


Mozart utilise une écriture à entrées en imitation appelée fugato (passage fugué) car elle fait appel à
l’écriture de la fugue. L’élément thématique sur lequel est basée l’imitation est issu du thème B. Les
entrées se font d’abord ainsi : Vl2, Vl1, Vlc, Alto (Ré m puis Sol M), puis Vlc, Vl2, Alto, Vl1, Vl2 (si
m, mi m, retour à Ré M).
La deuxième partie est un Développement.

Troisième partie 87 à fin : REEXPOSITION


- 87 Réexposition du thème A Ré M
- 107 à 110 Retour du Pont
- 112 Réexposition du thème B au ton principal Ré M
La troisième partie est une Réexposition.

Il s’agit donc d’une Forme sonate

Exposition  Développement  Réexposition


Mes 1  21  26  59  87  107  112 
Th. A  Pont  Th. B  Fugato sur Th. B  Th. A  Pont  Th. B 
Ré M  Ré M‐> La M  La M  Rém/SolM/sim/mim/RéM  Ré M  Ré M  Ré M 
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II) L’écriture instrumentale

- Virtuosité pour les deux violons.


- Recherche de contraste : nuances p/f, jeu legato/staccato
- Richesse et diversité de l’écriture : harmonique (1, 26, 83, 87, 112), mélodie accompagnée (thème A),
contrechant au Vl2 (13, 99), écriture fuguée (le fugato du développement) que l’on appelait durant la
période baroque le « style sévère ».
- En réponse à cette grande diversité d’écriture musicale, un ostinato de croches quasi constant
(exposition et réexposition) qui unifie l’ensemble.

Conclusion
Ecriture brillante, sur tous les plans ! (rappel, Mozart a 16 ans).

SYNTHESE DES TROIS MOUVEMENTS

-Caractère « divertimento » pour les mouvements 1 et 3, caractère « cantabile » pour le mouvement 2.


- Mouvements 1 et 3 au ton principal, mouvement 2 au ton voisin de la sous-dominante.
- Unité thématique. Les thèmes, A du premier mouvement, C du deuxième mouvement et A du troisième
mouvement sont construits sur la même cellule mélodique descendante. Ainsi Mozart anticipe le thème
cyclique qui apparaîtra dans la deuxième moitié du XIXème siècle.
- Tous les mouvements utilisent la forme sonate bithématique (avec ou sans développement) : ainsi, dès
les débuts de la période classique, la forme sonate, a priori réservée aux premiers mouvements
(Allegro), « envahit » les autres mouvements.
On trouve la forme sonate dans les mouvements de la sonate et des genres apparentés (symphonie,
concerto, musique de chambre) ainsi que dans les ouvertures d’opéra.
- En contrepoint à la simplicité apparente de cette musique, due à la concision du langage (caractéristique
du style classique) et à la simplicité des thèmes, la richesse de l’écriture de Mozart.