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On désigne sous le nom de propriété industrielle l'ensemble des droits accordés aux industriels et

commerçants sur divers éléments de leur patrimoine commercial. La propriété industrielle présente ce
caractère spécifique d'avoir pour objet un bien incorporel, à la différence de la propriété qui s'exerce sur des
biens corporels perceptibles par les sens. Elle entretient à ce titre des relations étroites avec les autres
propriétés incorporelles, littéraire et artistique.

La notion même de propriété industrielle présente des caractères originaux que la sémantique ne fait pas
apparaître. La qualification juridique de propriété industrielle a même été contestée. La finalité de cette
propriété incorporelle ne peut en effet être celle du droit de propriété tel qu'il est ordinairement entendu.
Elle ne réside que dans la protection du commerçant ou de l'industriel contre la concurrence, soit en lui
assurant un monopole d'exploitation (brevets d'invention, dessins et modèles), soit en lui conférant un
droit privatif sur certains signes de ralliement de clientèle (marques de fabrique et de commerce, nom
commercial).
À la différence d'un droit de propriété qui s'exerce sur une chose, le droit de propriété industrielle est
non pas perpétuel, mais temporaire. Il est en outre, à certains égards, moins avantageux qu'un droit réel
et, à d'autres, plus protecteur. Il est moins avantageux en ce qu'il ne confère pas à son titulaire la
propriété de tous les produits qui sont issus de son droit, alors que le titulaire du droit réel peut prétendre
aux fruits de la chose sur laquelle s'exerce sa propriété. Ainsi, le titulaire d'un brevet est seulement
investi du monopole de la fabrication d'un produit et non de la propriété des produits eux-mêmes. Il est
plus protecteur, en revanche, en ce qu'il investit son titulaire d'un droit exclusif de toute concurrence, à
la différence d'un droit de propriété sur une chose, qui souffre quant à lui la concurrence.
Un trait commun aux propriétés industrielles les éloigne encore du droit classique de propriété. Il réside
dans ce qu'elles ne constituent pas, à l'inverse des droits s'exerçant sur des choses, des propriétés oisives.
Leur existence dépend de l'activité ou de la puissance créatrice de l'homme. Cette activité est, selon les
cas, soit une activité actuelle (ainsi en est-il des offices, des clientèles civiles ou des fonds de
commerce), soit une activité passée matérialisée dans une création de l'esprit (c'est le cas des brevets
d'invention).
Les droits de propriété industrielle, qui sont des éléments du patrimoine, sont regardés à l'instar des
autres droits de propriété incorporelle comme des meubles et se cèdent, se transmettent ou se nantissent
comme tels, selon certaines modalités techniques.
Il est donc difficile d'adapter la notion de propriété industrielle à la notion commune de propriété. Le
terme de « droit de clientèle » lui a été proposé comme substitut par Paul Roubier, dès 1935. Pour Roubier, la
notion convient car une clientèle constitue une richesse mouvante ; elle peut augmenter et
diminuer. Aussi l'objet même des droits de clientèle ne peut-il être figé. Ces derniers placent leur
titulaire dans une position de monopole et d'exclusivité : on ne peut fabriquer le produit breveté sans le
consentement du titulaire du brevet ; on ne peut apposer la marque sur un produit sans le consentement
du titulaire de la marque. La clientèle est donc réservée à ces titulaires, mais il peut très bien ne pas y
avoir de clientèle si le produit breveté n'a pas de succès ou si la marque n'est pas recherchée. Selon
Roubier, la notion serait celle de droits de clientèle et non celle de droits sur la clientèle, mais, dans
l'esprit de cet auteur, le droit de clientèle doit englober également l'ensemble des droits de propriété
intellectuelle, même littéraire et artistique.
Les critères de l'objet du droit qui président à la naissance d'un droit de propriété industrielle varient
selon le cas particulier, mais présentent généralement ce trait commun de n'octroyer protection qu'à
l'invention. Dans cette vue, le critère de nouveauté est évidemment déterminant. L'exigence de la
nouveauté est commune à l'acquisition de la propriété des brevets d'invention, des dessins et des
modèles, et des marques. Selon l'objet auquel s'attache la propriété, le critère de nouveauté se trouve
renforcé ou, au contraire, ne revêt qu'une acception relative.
C'est ainsi que l'acquisition de la propriété du brevet nécessite que la nouveauté soit doublée d'un
caractère industriel et renforcée par un caractère inventif qui atteste de l'innovation technique et exclut
toute banalité résultant du seul développement des connaissances. Cette même exigence est formulée par
la loi allemande, qui subordonne la reconnaissance du caractère brevetable à une certaine « hauteur
inventive », et par la législation des États-Unis où, dans une formule imagée, est exigé un « éclair de
génie ». S'agissant des dessins et des modèles, le critère de nouveauté est amoindri et s'assimile presque
à celui d'originalité. Enfin, plus atténuée encore, l'exigence de nouveauté en matière de marques revêt un
caractère relatif et ne constitue pas un obstacle au réemploi d'une marque préexistante dont le
propriétaire aurait été dépossédé par défaut d'utilisation.

Les droits de propriété industrielle sont opposables à tous. Le breveté peut, en effet, interdire à qui que
ce soit la fabrication du produit protégé ou l'utilisation du procédé couvert par le brevet. De même, le
titulaire de la marque ou du signe de ralliement de clientèle peut s'opposer à ce que tout concurrent
utilise le même signe pour désigner illégitimement un produit semblable.
Les droits de propriété industrielle sont limités dans le temps. Cette durée déterminée résulte d'un
compromis entre, d'une part, le souci de protéger les intérêts de l'inventeur – et par là même de susciter
l'activité créatrice –, et, d'autre part, le souci de ne pas scléroser l'activité industrielle par un obstacle à la
mise en œuvre du génie inventif. Elle est également fonction de l'importance du contrôle de la
nouveauté effectué par l'administration lors du dépôt. La durée des droits de propriété industrielle,
subordonnée selon le cas au paiement d'une redevance annuelle ou forfaitaire lors du dépôt, est donc
strictement déterminée par la loi pour chaque type de droit. Elle est de cinquante ans pour les dessins et
les modèles, car ses inconvénients monopolistiques sont alors considérés comme peu graves, de vingt
ans pour un brevet, de six ans pour un certificat d'utilité et d'une durée équivalente à celle du droit
auquel il se rattache pour le certificat d'addition. Le dépôt d'une marque est générateur d'une protection
d'une durée de dix ans mais, à la différence de la durée de protection des brevets, la durée de protection
des marques est renouvelable autant de fois que le désire son titulaire. Le nom commercial, en revanche,
dure autant que l'entreprise qu'il désigne, et l'enseigne, tant que son titulaire ne l'ôte pas du local où il l'a
placée. Les appellations d'origine, enfin, sont en principe perpétuelles, mais le législateur peut cependant
en modifier les conditions d'octroi, ce qui a pour effet de priver certains lieux du droit de se prévaloir de
l'appellation (déclassement).
Les droits de propriété industrielle sont constitutifs de prérogatives dont l'étendue se présente comme
une contrepartie de leur limitation dans le temps. Ces prérogatives varient, elles aussi, selon chaque cas.
Les droits nés du brevet, qui sont les plus complets, interdisent à un tiers de fabriquer, d'utiliser, de
vendre, de mettre dans le commerce sous toute autre forme, de détenir ou d'importer un produit ou un
procédé breveté. Ils constituent même un obstacle à la fourniture de moyens en vue de la mise en œuvre
d'une invention brevetée. Des prérogatives identiques ou dérivées sont adaptées par les textes aux autres
objets de la propriété industrielle.
Considérés comme des biens meubles, les droits de propriété industrielle peuvent faire l'objet de
transmission à l'instar de tout élément patrimonial. Il pourra s'agir de transmission entre vifs, par un
contrat de cession ou de donation, ou de transmission à cause de mort, par voie de succession à titre
universel ou à titre particulier. Qu'un droit de propriété industrielle soit susceptible d'opérations
juridiques constitue aujourd'hui une évidence.

La nature mobilière des droits de propriété industrielle emporte d'autres conséquences d'une importance
majeure dans la vie des affaires. La propriété industrielle est ainsi incluse dans le droit de gage des
créanciers d'un commerçant et participe donc au premier chef du crédit d'une entreprise. Les créanciers
peuvent saisir les droits et se payer sur leur prix à la suite de leur licitation. La saisie est alors opérée non
pas entre les mains du titulaire des droits, mais auprès de l'organisme qui en a reçu le dépôt et qui
constitue le lieu de consultation publique des enregistrements d'opérations juridiques portant sur la
propriété industrielle. Ce mécanisme est imposé par la nature incorporelle de la propriété qui met
obstacle à toute appréhension matérielle du gage. Il est proche de celui que le droit connaît chaque fois
que l'appréhension d'un élément de patrimoine est susceptible de difficultés. La publicité des droits
immobiliers et l'immatriculation de certains meubles procèdent de systèmes proches.

Les droits de propriété industrielle peuvent enfin faire l'objet d'apports en société, parmi lesquels on doit
distinguer les apports en propriété des apports en jouissance. Dans le premier cas, le droit de propriété
industrielle entre dans le patrimoine de la personne morale et, à la dissolution de celle-ci, il suit le sort
de l'actif social ; dans le second cas, il retourne à l'apporteur, qui retrouve la plénitude de ses
prérogatives. La propriété industrielle peut également revêtir la forme d'une copropriété indivise
génératrice le plus souvent de difficultés d'exploitation que des règlements de copropriété peuvent tenter
d'endiguer. En l'absence de convention, il est admis, en matière de brevets, que l'un seul des
copropriétaires peut s'opposer à l'exploitation – ce qui constitue un frein au dynamisme économique ; en
matière de marque, il est admis que chaque copropriétaire peut se livrer à une exploitation personnelle,
ce qui n'est pas sans entraîner de graves risques de confusion.

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