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CHAPITRE 12

Mécanismes de Rupture
et Endommagement
des Matériaux Composites

12.1 MÉCANISMES DE RUPTURE DANS LES


MATÉRIAUX COMPOSITES

12.1.1 Introduction
Par mécanisme de rupture, il faut comprendre tout processus mécanique
produisant au sein d'un matériau une “discontinuité” locale de matière appelée
fissure. Il est usuel de parler d'initiation de la rupture et de propagation de la rup-
ture. L'initiation de la rupture peut être considérée comme la création de micro-
fissures à l'échelle microscopique (celle des constituants) à partir d'un défaut. On
parlera de microfissuration. La propagation de la rupture est le résultat de la
création de nouvelles surfaces de rupture à l'échelle macroscopique (plusieurs fois
celle des constituants), à partir des microfissures existantes. On parlera également
de macrofissuration. Dans le cas des matériaux composites, l'initiation de la
rupture se produit généralement bien avant l'observation d'un changement du
comportement macroscopique.

12.1.2 Les divers mécanismes de rupture dans un


composite unidirectionnel
La rupture finale d'un composite unidirectionnel est le résultat de l'accumu-
lation de divers mécanismes élémentaires :
— la rupture des fibres,
— la rupture transverse de la matrice,
— la rupture longitudinale de la matrice,
— la rupture de l'interface fibre-matrice.
Généralement, un mécanisme n'est pas isolé, mais divers mécanismes
coexistent. Ces mécanismes se développent suivant la nature des matériaux et les
conditions de sollicitations mécaniques imposées.
12.1 Mécanismes de rupture dans les composites 225

rupture
σ f = σ fu
de fibre

FIGURE 12.1. Rupture de fibre.

Dans un matériau composite unidirectionnel soumis à des sollicitations


mécaniques, la rupture des fibres intervient lorsque la contrainte de traction σf
dans une fibre atteint la contrainte à la rupture σfu de la fibre (figure 12.1). La
rupture de la fibre produit une concentration de contraintes au voisinage de la
rupture. La redistribution de ces contraintes, et par conséquent le processus de
rupture résultant, dépend principalement : de la contrainte à la rupture des fibres,
de la capacité de la matrice à absorber l'énergie libérée, des propriétés de
l'interface fibre-matrice, etc. Les figures 12.2 montrent les différents processus de
rupture de la matrice associés à la rupture d'une fibre.

(a) (b)

(c) (d)

FIGURE 12.2. Différents modes de rupture de la matrice associés à la rupture d'une fibre.
(a) Rupture transverse de la matrice ; (b) Rupture en cisaillement de la matrice ; (c)
Décohésion de l’interface fibre-matrice ; (d) Rupture longitudinale de la matrice.
226 Chapitre 12 Mécanismes de rupture et endommagement des matériaux composites

σ m = σ mu
rupture
transverse

FIGURE 12.3. Rupture transverse de la matrice.

La fissuration de la matrice peut se produire, soit par fissuration transverse


(figure 12.3) lorsque la contrainte en traction σm dans la matrice atteint la
contrainte à la rupture σmu de la matrice, soit par fissuration longitudinale (figure
12.4) lorsque la contrainte de cisaillement τm dans la matrice atteint la contrainte
en cisaillement à la rupture τmu, généralement au voisinage d'une fibre. Ce dernier
mode de rupture, appelé “splitting” par les anglo-saxons, se produit lorsque la
contrainte de décohésion est supérieure à la contrainte en cisaillement à la rupture
de la matrice : τd > τmu. Dans le cas contraire où τd < τmu, il se produit une
rupture par décohésion de l'interface fibre-matrice (figure 12.5).
La rupture finale d'un matériau composite unidirectionnel est le résultat de
l'accumulation de ces divers mécanismes élémentaires. L'initiation, puis la propa-
gation de la rupture dépendent des propriétés des fibres et de la matrice, de

τ m = τ mu rupture
longitudinale

FIGURE 12.4. Rupture longitudinale de la matrice.


12.1 Mécanismes de rupture dans les composites 227

τm = τd décohésion

FIGURE 12.5. Décohésion fibre-matrice.

l’interface fibre-matrice, de la fraction volumique des fibres, de l'état et des


conditions de sollicitations mécaniques imposées.

12.1.3 Composite unidirectionnel soumis à une traction


longitudinale
Dans le cas d'un composite unidirectionnel soumis à une traction longitudinale,
l'initiation de la rupture se produit généralement soit par rupture des fibres lorsque
la déformation à la rupture des fibres est plus faible que celle de la matrice
(εfu < εmu), soit par rupture transverse de la matrice dans le cas contraire.
Dans le cas où εfu < εmu, les courbes contrainte-déformation sont schématisées
sur la figure 12.6. En admettant l'égalité des déformations dans la fibre et dans la
matrice, la relation (9.80) s'écrit au moment de la rupture :
σ cu = σ fuVf + (σ m )ε
fu
(1 − Vf ) , (12.1)
où σcu est la contrainte à la rupture du composite, σfu la contrainte à la rupture des
fibres et (σ m )ε fu la contrainte dans la matrice pour une déformation égale à la
déformation εfu à la rupture des fibres. La contrainte (σ m )ε fu est inférieure à la
contrainte à la rupture σmu de la matrice, d'où :
σ cu ≤ σ fuVf + σ mu (1 − Vf ) . (12.2)
Généralement, l'expression retenue pour la contrainte à la rupture du composite
est la loi des mélanges :
σ cu = σ fuVf + σ mu (1 − Vf ) , (12.3)
avec pour les fractions usuelles de fibres :
σ cu ≈ σ fuVf . (12.4)
228 Chapitre 12 Mécanismes de rupture et endommagement des matériaux composites

σ fu
contrainte

fibre
σ cu = σ fuVf + (σ m )ε (1 − Vf )
fu

composite

σ mu
matrice
(σ m )ε fu
ε
ε fu ε mu
déformation
FIGURE 12.6. Courbe contrainte-déformation d'un composite unidirectionnel soumis à
une traction longitudinale, dans le cas où εfu < εmu.

σ fu

(σ f )ε mu
contrainte

fibre

σ cu = (σ f )ε mu Vf + σ mu (1 − Vf )

composite
σ mu

matrice
ε
ε mu ε fu
déformation

FIGURE 12.7. Courbe contrainte-déformation d'un composite unidirectionnel soumis à


une traction longitudinale, dans le cas où εfu > εmu.
12.1 Mécanismes de rupture dans les composites 229

Dans le cas où la déformation à la rupture de la matrice est inférieure à celle


des fibres (figure 12.7), la contrainte à la rupture est donnée par l'expression :
σ cu = (σ f )ε Vf + σ mu (1 − Vf ) , (12.5)
mu

où (σ f )ε mu est la contrainte dans la fibre au moment de la rupture de la matrice.


La valeur de la contrainte à la rupture du matériau composite est alors bien
inférieure à celle donnée par l'expression (12.1). La matrice ne permet pas dans ce
cas de bénéficier totalement du renfort des fibres.
Les caractéristiques mécaniques (chapitre 2) des fibres usuelles sont :
— pour les fibres de carbone :
• à haute résistance (HS) :
Ef = 220 GPa, σfu = 3 000 à 4 000 MPa, soit εfu = 1,4 à 1,8 % ;
• à haut module (HM) :
Ef = 400 GPa, σfu ≈ 2 200 MPa, soit εfu = 0,5 % ;
— pour les fibres de verre E :
Ef = 70 GPa, σfu = 2 400 à 3 400 MPa, soit εfu = 3,4 à 4,8 %.
L'allongement à la rupture des résines usuelles est :
— pour les polyesters rigides : εmu = 2 à 5 %,
— pour les résines phénoliques : εmu ≈ 2,5 %,
— pour les résines époxydes : εmu = 2 à 5 %.
En outre, en utilisation industrielle, les résines sont assez fortement chargées,
conduisant à une diminution notable de la déformation à la rupture de la matrice.
Ces chiffres montrent donc que les performances à la rupture des composites à
hautes performances (composites à fibres de carbone) sont gouvernées par les
propriétés à la rupture des fibres. Par contre, dans le cas de composites industriels
à fibres de verre, les performances à la rupture peuvent être limitées par une
déformabilité trop faible de la matrice. Il apparaît donc nécessaire d'adapter au
mieux les propriétés de la matrice à celles des fibres pour optimiser les perfor-
mances à la rupture des matériaux composites.
Après initiation, la propagation de la rupture diffère suivant la nature de l'inter-
face fibre-matrice. Dans le cas d'une adhérence fibre-matrice élevée, la rupture
initiée, soit par rupture des fibres, soit par rupture de la matrice, induit en front de
fissure des concentrations de contraintes conduisant à une propagation de la rup-
ture successivement dans les fibres et dans la matrice (figure 12.8.1). La rupture
observée est de type fragile (figure 12.8.2). Il est également possible d'observer un
pontage, par rupture longitudinale de la matrice ou par décohésion fibre-matrice,
de deux fissures initiées dans des zones différentes (figures 12.8.3 et 12.8.4).
Dans le cas d'une faible adhérence fibre-matrice, la propagation transverse de
la fissuration peut être schématisée de la manière suivante. En tête de fissure, la
rupture de la matrice traverse les fibres (figure 12.9), sans qu'il y ait rupture des
fibres, mais avec décohésion de l'interface fibre-matrice. Dans certains cas, les
concentrations de contraintes en tête de fissure peuvent conduire (figure 12.9) à
230 Chapitre 12 Mécanismes de rupture et endommagement des matériaux composites

(a) (b)

(c) (d)

FIGURE 12.8. Propagation de la rupture dans le cas d'une forte adhérence fibre-matrice.

décohésion
fibre-matrice

direction de propagation
de la fissuration

extraction des fibres décohésion

FIGURE 12.9. Propagation de la rupture dans le cas d'une faible adhérence fibre-matrice.
12.1 Mécanismes de rupture dans les composites 231

FIGURE 12.10. Surfaces de rupture dans le cas d'une faible adhérence fibre-matrice.

une décohésion fibre-matrice avant rupture transverse de la matrice. En arrière,


l'ouverture de la fissure induit des contraintes élevées dans les fibres pontant la
fissure. Ces contraintes provoquent la rupture des fibres à une distance plus ou
moins proche de la surface de rupture. La fissure continuant de progresser, les
fibres rompues sont extraites de la fissure au fur et à mesure de la progression de
la fissure. Le pontage des fissures transversales peut se faire par propagation de la
rupture à l'interface fibre-matrice, conduisant à un profil plus ou moins en escalier
de la surface de rupture (figure 12.10).

12.1.4 Composite unidirectionnel soumis à une traction


transverse
Dans le cas d'un composite unidirectionnel soumis à une traction transverse, la
rupture se produit soit par rupture de la matrice, soit par décohésion de l'interface
fibre-matrice, suivant les caractéristiques à la rupture de la matrice et de
l’interface. La rupture de la matrice se produit lorsque la contrainte en traction σm
dans la matrice atteint la contrainte à la rupture σmu de la matrice (figure 12.11).
Ce processus intervient lorsque la contrainte à la rupture de la matrice est
232 Chapitre 12 Mécanismes de rupture et endommagement des matériaux composites

σ m = σ mu < σ d

FIGURE 12.11. Rupture d'un composite unidirectionnel soumis à une traction transverse.

inférieure à la contrainte de décohésion σd en traction de l'interface fibre-matrice.


Dans le cas contraire où σmu > σd, la rupture du composite se produit par rupture
de l'interface fibre-matrice. Après initiation, la rupture se propage dans le
matériau composite suivant une surface plus ou moins plane, dépendant des
caractéristiques du matériau.

12.1.5 Rupture des stratifiés


Dans le cas de stratifiés, aux mécanismes élémentaires décrits précédemment
(décohésion fibre-matrice, rupture longitudinale de la matrice, rupture transverse
de la matrice, rupture de fibres), s'ajoute (figure 12.12) un mécanisme de rupture
entre les couches, appelé rupture par délaminage. Les mécanismes de rupture
induits dépendent de la nature des constituants, de l'architecture des couches et du
mode de sollicitation mécanique imposé.
Par exemple, dans le cas d'un stratifié croisé soumis à une traction dans la
direction 0° (figure 12.13), le premier phénomène de rupture observé est celui de
la fissuration des couches orientées à 90°. La fissuration se produit par rupture
longitudinale de la matrice ou/et par rupture de l'interface fibre-matrice dans les
couches orientées à 90°. Cette fissuration conduit à la formation de fissures
orientées transversalement (figure 12.14) à la direction du chargement mécanique.
Ainsi, cette fissuration initiale des couches à 90° est appelée fissuration transverse
du stratifié croisé. Lorsque le chargement mécanique est augmenté, le nombre de
fissures croît jusqu’à atteindre un état de saturation de la fissuration. Les fissures
transverses créent en pointes de fissures, entre les couches orientées à 90° et à 0°,
des concentrations de contraintes qui conduisent à l’initiation puis à la propa-
gation du délaminage à l’interface entre les couches. Ce délaminage se développe
ensuite jusqu’à la rupture finale du stratifié par rupture des fibres et de la matrice
dans les couches à 0°. La figure 12.14 montre l’aspect final de la surface après
rupture.
12.1 Mécanismes de rupture dans les composites 233

rupture longitudinale
rupture transverse de
de la matrice
la matrice
décohésion
rupture de fibre
fibre-matrice

délaminage

FIGURE 12.12. Mécanismes de rupture observés dans les stratifiés.

90° 0° 90° 0°

FIGURE 12.13. Stratifié croisé soumis à une traction dans la direction 0°.

Dans le cas d'un stratifié croisé ±45°, soumis à une traction longitudinale dans
la direction 0° (figure 12.15), on observe d'abord une rupture longitudinale dans
les couches à ±45°, suivie d'un délaminage entre les couches. La figure 12.16
donne un exemple de rupture observé dans ce cas.
Un autre exemple intéressant est celui d'une plaque trouée, constituée d'un
stratifié [0°, ±45°, 90°]n et soumise à une traction dans la direction 0° (figure
12.17a). Plusieurs phases de fissuration sont observées dans ce cas. Dans une
première phase, il se produit une fissuration longitudinale de la matrice dans les
couches à 90° (figure 12.17b). Dans une deuxième phase, on observe l'initiation
de la fissuration dans les couches à ±45°, à partir des fissures propagées dans les
couches à 90°, avec une propagation limitée de ces fissures à ±45° (figure 12.17c).
La troisième phase est marquée par l'apparition de fissures longitudinales,
234 Chapitre 12 Mécanismes de rupture et endommagement des matériaux composites

FIGURE 12.14. Rupture en présence d'un trou d'un composite [0°/90°]2S à fibres de
carbone. (haut) Rupture macroscopique au droit du trou (× 1). (bas) Bord de l'éprouvette
loin du trou : les couches à 90° sont microfissurées (Document ONERA).
12.1 Mécanismes de rupture dans les composites 235

–45° 45° –45° 45°

FIGURE 12.15. Stratifié croisé ±45° soumis à une traction dans la direction 0°.

partant du trou, dans les couches à 0°. Ces fissures génèrent également des
fissures secondaires à ±45° (figure 12.17d). Dans la dernière phase, les fissures à
0° produisent un délaminage des couches, suivi de la rupture des couches à 90°,
puis des couches à 45°, et enfin d'une rupture des fibres dans les couches à 0°,
conduisant à la rupture finale de la plaque.

FIGURE 12.16. Rupture d'un composite [±45°]2S à fibres de carbone (× 1) (Document


ONERA).
236 Chapitre 12 Mécanismes de rupture et endommagement des matériaux composites

(a) (b)

(c) (d)

FIGURE 12.17. Fissuration d'un stratifié [0°, ±45°, 90°]n. (a) Plaque avec un trou en son
centre soumise à une charge de traction; (b) 1ère phase: fissuration dans les couches à
90°; (c) 2ème phase: fissuration dans les couches à ±45°; (d) 3ème phase: rupture dans les
couches à 0°.

12.1.6 Observation des mécanismes de rupture


Le suivi des mécanismes de rupture peut être effectué par diverses techniques
dont nous donnons quelques éléments dans ce paragraphe.

12.1.6.1 Observation par microscopie


La technique la plus simple à mettre en œuvre est l'observation à l'aide d'un
binoculaire ou d'un microscope optique, permettant éventuellement une obser-
vation continue des phénomènes de rupture au cours des essais. L'observation est
ponctuelle et la profondeur de champ limitée. La microscopie électronique à
balayage augmente cette profondeur, tout en permettant d'atteindre des grossis-
sements élevés. Les figures 12.18 et 12.19 montrent les micrographies obtenues
dans le cas de la fissuration transverse de composites présentant une faible
adhérence fibre-matrice (fig. 12.18) et une adhérence élevée (fig. 12.19).

12.1.6.2 Visualisation par radiographie


La technique de visualisation par radiographie X consiste à imprégner
l'éprouvette fissurée à l'aide d'un opacifiant (type iodure de zinc) et à faire ensuite
une radiographie X de l'éprouvette. La radiographie donne une image 2D de l'état
12.1 Mécanismes de rupture dans les composites 237

FIGURE 12.18. Surface de rupture associée à une faible adhérence fibre-matrice dans le
cas d'un composite à fibres de carbone (Document ONERA).
238 Chapitre 12 Mécanismes de rupture et endommagement des matériaux composites

FIGURE 12.19. Surface de rupture associée à une bonne adhérence fibre-matrice dans le
cas d'un composite à fibres de carbone (Document ONERA).
12.1 Mécanismes de rupture dans les composites 239

éprouvettes
lisses

éprouvettes
trouées

éprouvettes
impactées

[0°/90°]2S [0°/±45°/90°]2S [90°/±45°/0°]2S

FIGURE 12.20. Visualisation par radiographie X de l'état de fissuration de composites à


fibres de carbone après fatigue (105 cycles ; R = 0,1) dans le cas de diverses éprouvettes :
lisses, trouées (trou de diamètre 5,6 mm), impactées (projectiles de diamètre 5,56 mm à
une vitesse de 1 000 m/s) et de divers empilements : [0°/90°]2S , [0°/±45°/90°]2S , [90°/
±45°/0°]2S (Document ONERA).
240 Chapitre 12 Mécanismes de rupture et endommagement des matériaux composites

de fissuration (figure 12.20). Il est cependant aisé de localiser les dommages dans
l'épaisseur du stratifié lorsque l'on connaît l'orientation des couches. La
radiographie permet une visualisation très fine des fissures, et en particulier des
fissures transverses à l'épaisseur de l'éprouvette. Il faut noter qu'il est nécessaire
pour chaque radiographie de démonter l'éprouvette, puis de la remonter sur la
machine d'essai pour poursuivre l'essai. Il en résulte un alourdissement consi-
dérable des essais.
Il est également possible d'observer l'état de fissuration d'une éprouvette par
radiographie à l'aide d'un scanner médical. L'analyse des variations de densité
permet alors d'accéder à des informations en trois dimensions.

12.1.6.3 Analyse par émission acoustique


Les techniques précédentes ne permettent que des observations en temps
différé. Elles sont par ailleurs lourdes à mettre en œuvre du fait des montages et
démontages des éprouvettes, nécessaires aux observations de l'état de fissuration.
Par contre, l'émission acoustique est un processus physique qui permet d'accéder,
en temps réel, à des informations sur les mécanismes de rupture mis en jeu.
Lorsqu'un mécanisme de rupture se produit au sein d'un matériau, il se crée
localement une discontinuité du champ des déplacements et des contraintes. Cette
discontinuité appelée événement devient la source d'une onde de déformation qui
se propage dans le matériau. À la surface du matériau, un capteur adapté traduit
l'onde reçue (figure 12.21) en un signal électrique qui est ensuite amplifié, puis
analysé. Les capteurs sont des capteurs piézoélectriques développés spécifi-
quement pour l'émission acoustique, de manière à avoir une sensibilité élevée. Le
domaine des fréquences étudiées s'échelonnent généralement de 50 kHz à 1 MHz.
La figure 12.22 donne des exemples de signaux d'émission acoustique.
La technique d'émission acoustique consiste à extraire de ces signaux des
informations en relation avec les mécanismes de rupture. Les analyses des
signaux utilisées sont :

amplification
capteur d’émission
acoustique
signal d’émission
acoustique

matériau

processus de rupture
(événement)

FIGURE 12.21. Processus d'émission acoustique.


12.2 Critères de rupture 241

0
Amplitude normalisée ( 1 = 50 mV )

-1
0 50 100 150 200 250 300 350 400 450 500
1

-1
0 50 100 150 200 250 300 350 400 450 500
1

-1
0 50 100 150 200 250 300 350 400 450 500
1

-1
0 50 100 150 200 250 300 350 400 450 500

Temps ( µs )

FIGURE 12.22. Signaux d'émission acoustique enregistrés lors d'essais de flexion sur des
composites époxyde-fibres de verre unidirectionnelles.

— le comptage des signaux qui permet de déterminer l’initiation de l’endom-


magement et d'obtenir des informations sur son activité ;
— la localisation de l'endommagement en mesurant les temps d'arrivée des
signaux à plusieurs capteurs convenablement répartis ;
— l'analyse en fréquence des signaux ;
— l'analyse en amplitude, qui consiste à associer à chaque signal son
amplitude crête, puis à relever au cours d'un essai l'évolution de la
distribution statistique des amplitudes.
Les techniques d'enregistrement et d'analyse des signaux d'émission acoustique
sont aujourd'hui grandement facilitées par les outils numériques dont dispose
l'ingénieur.

12.2 CRITÈRES DE RUPTURE


12.2.1 Introduction
Les critères de rupture ont pour objectifs de permettre au concepteur d'avoir
une évaluation de la résistance mécanique des stratifiés. D'une manière générale,
la résistance mécanique d'un matériau correspond à une dégradation irréversible :
soit à la rupture réelle du matériau (figure 12.23a), soit à la limite du domaine
242 Chapitre 12 Mécanismes de rupture et endommagement des matériaux composites

élastique (figure 12.23b). Dans le cas des matériaux composites, la limite du


domaine élastique est généralement liée à l'apparition de la microfissuration :
microruptures dans la matrice, ruptures de fibres, décohésion fibres-matrice, etc.
Une fois initiées, ces microfissures restent généralement localisées, ne modifiant
que très progressivement la rigidité du matériau.
Les critères de rupture sont établis dans le cas d'une couche d'un stratifié et
peuvent être classés suivant :
— des critères en contraintes maximales,
— des critères en déformations maximales,
— des critères interactifs, souvent appelés critères énergétiques.

12.2.2 Critères en contraintes maximales


12.2.2.1 Critères dans les axes principaux
Les critères en contraintes maximales font intervenir :
Xt, Xc : les contraintes à la rupture suivant l'axe longitudinal respectivement en
traction et en compression,
Yt, Yc : les contraintes à la rupture suivant l'axe transversal respectivement en
traction et en compression,
S : la contrainte à la rupture en cisaillement dans le plan de la couche.
L'axe longitudinal et l'axe transversal sont pris suivant les axes des matériaux
de la couche (figure 12.24). Les grandeurs à la rupture sont les valeurs positives
des contraintes à la rupture mesurées dans des essais de traction, compression ou
cisaillement.
Dans le cas d'une couche soumise à un état de contraintes planes (σL, σT, σLT)
dans les axes des matériaux, les critères en contraintes maximales stipulent que la
résistance mécanique de la couche est atteinte lorsque l'une des trois contraintes
auxquelles la couche est soumise atteint la valeur de la contrainte à la rupture
correspondante. Les critères de rupture s'écrivent ainsi sous la forme :

σ σ
rupture

limite élastique

ε ε
(a) (b)

FIGURE 12.23. Comportements fragile et “ductile” d'un matériau.


12.2 Critères de rupture 243

T′

σ LT σL
T
σT σ LT
σT
σ LT
L σ LT
σL

FIGURE 12.24. Contraintes dans les axes des matériaux d’une couche.

−Xc < σ L < Xt ,


−Yc < σ T < Yt , (12.6)
− S < σ LT < S .
Si les six inéquations sont vérifiées, l'état de contraintes limite n'est pas atteint : la
rupture de la couche ne se produit pas. Si l'une quelconque des inéquations n'est
plus vérifiée, l'état limite est atteint : la rupture se produit suivant le mécanisme
correspondant à la contrainte de l'inéquation non vérifiée.

12.2.2.2 Ordres de grandeurs des contraintes à la rupture


Les valeurs des contraintes à la rupture sont déterminées dans des essais de
traction, de compression et de cisaillement. Dans la pratique, la mise en place de
ces essais peut conduire à des difficultés liées à la nature fortement anisotrope des
matériaux, en particulier ruptures prématurées des éprouvettes dans un mode
différent de celui souhaité. D'autre part, l'essai de cisaillement est un essai
complexe à mettre en œuvre. D'autres problèmes sont liés aux modes de fabri-
cation des éprouvettes. Finalement, les valeurs expérimentales fiables disponibles
sont peu nombreuses, et le problème de la détermination des contraintes à la
rupture reste ouvert. Nous donnons quelques indications dans le cas des
composites unidirectionnels.
Dans le cas où l'allongement à la rupture de la matrice est supérieur à celui des
fibres (paragraphe 12.1.3), la contrainte à la rupture en traction longitudinale d'un
composite unidirectionnel suit la loi des mélanges (12.1), soit :
X t = σ fuVf + (σ m )ε (1 − Vf ) , (12.7)
fu

avec pour des fractions usuelles de fibres :


X t ≈ σ fuVf . (12.8)
244 Chapitre 12 Mécanismes de rupture et endommagement des matériaux composites

Xt

1400

1200

1000

800
σ fu = 2500 MPa

600

400 σ fu = 1500 MPa


200

0 Vf
0 0,1 0,2 0,3 0,4 0,5 0,6 0,7
FIGURE 12.25. Contraintes longitudinales à la rupture en traction de composites unidi-
rectionnels à fibres de verre.

Dans la pratique, il est assez difficile de déterminer avec précision les valeurs
de σfu. Par exemple, à la sortie des filières, les fibres de verre E possèdent une
contrainte à la rupture de l'ordre de 3 500 MPa. Cette valeur diminue ensuite du
fait des manipulations mécaniques et des agressions chimiques, auxquelles les
fibres sont soumises jusqu'à leur incorporation dans la matrice. À ce stade, les
valeurs des contraintes à la rupture des fibres sont estimées être de l'ordre de
1 500 à 2 000 MPa. Les valeurs mesurées pour les contraintes à la rupture en
compression longitudinale dépendent de la nature des fibres. La figure 12.25
donne une estimation des contraintes longitudinales à la rupture en traction de
composites unidirectionnels à fibres de verre, pour des fractions volumiques de
fibres comprises entre 0,2 et 0,7.
Dans le cas d'un essai de traction transversale sur un composite unidirectionnel,
la contrainte à la rupture (paragraphe 12.1.4) correspond au maillon le plus faible :
la matrice ou l'interface fibre-matrice. Les valeurs de la contrainte transversale Yt
sont généralement inférieures à la contrainte à la rupture en traction de la matrice,
et varient peu avec la proportion de fibres. Compte tenu des dispersions obtenues
dans les essais, il est usuel de considérer que cette valeur est constante et
d'adopter une valeur comprise entre 20 et 60 MPa. Par contre, la contrainte
transversale Yc en compression est plus élevée, de l'ordre de 100 à 150 MPa.
La contrainte à la rupture S en cisaillement est un paramètre assez difficile à
évaluer. Les valeurs expérimentales obtenues montrent que S ne dépend prati-
quement pas de la proportion de fibres et est du même ordre de grandeur que la
contrainte à la rupture en cisaillement de la résine. Suivant le type de matrice et la
qualité de l'interface fibre-matrice, la contrainte à la rupture en cisaillement est de
l'ordre de 40 à 80 MPa.
Le tableau 12.1 donne des exemples de valeurs mesurées sur des composites à
matrice époxyde : trois composites unidirectionnels et un composite à tissu
équilibré.
L’ensemble des valeurs des contraintes à la rupture rapportées dans le tableau
12.2 Critères de rupture 245

TABLEAU 12.1. Caractéristiques à la rupture mesurées sur divers composites à matrice


époxyde.
Composites unidirectionnels Tissu équilibré
Fibres Verre E Carbone HR Kevlar Carbone
Vf 0,60 0,60 0,60 0,40
Xt (MPa) 1400 1380 1400 500
Xc (MPa) 910 1430 280 350
Yt (MPa) 35 40 15 460
Yc (MPa) 110 240 50 350
S (MPa) 70 70 35 50

doivent être considérées, comme déjà indiqué, comme des valeurs indicatives
dans le cas de composites unidirectionnels. Ces valeurs peuvent être ensuite trans-
posées aux cas de composites à renfort tissu, suivant la constitution du renfort.

12.2.2.3 Critères de rupture en-dehors des axes des matériaux


Dans le cas où l'état des contraintes est exprimé dans des axes de référence (x,
y, z) (figure 12.26), il est nécessaire de se ramener aux axes des matériaux par une
rotation d'angle θ. Les contraintes exprimées dans les axes des matériaux
s'écrivent d'après (5.44) :
σ L = σ xx cos 2 θ + σ yy sin 2 θ + 2σ xy sin θ cos θ ,
σ T = σ xx sin 2 θ + σ yy cos 2 θ − 2σ xy sin θ cos θ , (12.9)

σ LT = (σ yy − σ xx ) sin θ cos θ + σ xy ( cos 2 θ − sin 2 θ ) ,

z T′
T
σ xy σ xx
y
σ xy
σ yy θ
σ yy

σ xy

x σ xy L
σ xx

FIGURE 12.26. Couche rapportée à des axes de référence quelconques.


246 Chapitre 12 Mécanismes de rupture et endommagement des matériaux composites

et les critères (12.6) en contraintes maximales s'expriment suivant :


− X c < σ xx cos 2 θ + σ yy sin 2 θ + 2σ xy sin θ cos θ < X t ,

−Yc < σ xx sin 2 θ + σ yy cos 2 θ − 2σ xy sin θ cos θ < Yt , (12.10)

− S < (σ yy − σ xx ) sin θ cos θ + σ xy ( cos 2 θ − sin 2 θ ) < S .

12.2.2.3 Traction ou compression en-dehors des axes des matériaux


Dans le cas d'une traction ou d'une compression en-dehors des axes des maté-
riaux (figure 12.27), les contraintes (12.9) se réduisent à :
σ L = σ xx cos 2 θ ,
σ T = σ xx sin 2 θ , (12.11)
σ LT = −σ xx sin θ cos θ ,
et les critères en contraintes maximales s'expriment suivant :

− X c < σ xx cos 2 θ < X t ,


−Yc < σ xx sin 2 θ < Yt , (12.12)
− S < − σ xx sin θ cos θ < S .
Ce critère peut être représenté graphiquement en traçant la valeur maximale
σxu de la contrainte σxx de traction ou compression pour laquelle l'un des critères
est atteint, en fonction de l'angle θ entre la direction du chargement et les
directions du matériau.
Dans un essai de traction, la contrainte de traction σxu correspond à la plus
petite des valeurs :

T L
σ xx σ xx
θ x

FIGURE 12.27. Traction en-dehors des axes des matériaux.


12.2 Critères de rupture 247

Xt
S Yt
σ xu = , , σ xu =
(12.13) , σ xu =
cos θ sin θ sinθ cos θ
2 2

et dans un essai de compression, la contrainte de compression σxu correspond à la


plus petite des valeurs :
Xc Y S
σ xu = , σ xu = c2 , σ xu = , (12.14)
2
cos θ sin θ sinθ cos θ
la valeur σxu étant alors la détermination positive de la contrainte.
La figure 12.28 montre les résultats obtenus dans le cas d'un composite
unidirectionnel à fibres de verre E, dont les caractéristiques à la rupture sont
données dans le tableau 12.1. L'échelle adoptée pour les valeurs de σxu est une
échelle logarithmique, de manière à dilater l'échelle pour les faibles valeurs. Nous
observons une décroissance très rapide de σxu avec l'angle θ. Dans un essai de
traction, la valeur de σxu = 1 400 MPa pour des angles voisins de 0° n'est plus que
de l'ordre de 200 MPa pour un angle de 25°.

2000
traction
X t / cos 2 θ
1000
compression
Contrainte à la rupture σxu ( MPa )

700 X c / cos 2 θ

400
S / sin θ cos θ

200 compression
X c / sin 2 θ

100
traction
70 X t / sin 2 θ

40

20
0 10 20 30 40 50 60 70 80 90
Orientation des fibres θ ( ° )

FIGURE 12.28. Critère de la contrainte maximale dans le cas d'un composite unidirec-
tionnel à fibres de verre.
248 Chapitre 12 Mécanismes de rupture et endommagement des matériaux composites

12.2.3 Critères en déformations maximales


12.2.3.1 Critère dans les axes des matériaux
Les critères en déformations maximales sont transposés des critères en con-
traintes maximales, les déformations étant bornées, au lieu des contraintes. Les
critères en déformations font intervenir :
Xε t (Xε c ) : la déformation à la rupture en traction (ou compression) suivant
l'axe longitudinal,
Yε t (Yε c ) : la déformation à la rupture en traction (ou compression) suivant
l'axe transversal,
Sε : la déformation à la rupture en cisaillement dans le plan de la couche.
La résistance mécanique est alors considérée comme étant atteinte, lorsque
l'une des déformations principales atteint la déformation à la rupture correspon-
dante. Les critères en déformations maximales s'écrivent donc sous la forme :
− Xεc < ε L < Xε t ,
−Yε c < ε T < Yε t , (12.15)
− Sε < γ LT < Sε .

12.2.3.2 Traction ou compression en-dehors des axes des matériaux


Dans le cas d'une traction ou compression en-dehors des axes des matériaux
(figure 12.27), les contraintes dans les axes sont données par la relation (12.11).
Les déformations dans les axes sont, dans le cas d'un schéma de contraintes
planes :
⎡ ε L ⎤ ⎡ S11 S12 0 ⎤⎡ σL ⎤
⎢ ε ⎥ = ⎢S S 22 0 ⎥⎥ ⎢⎢ σ T ⎥⎥ . (12.16)
⎢ T ⎥ ⎢ 12
⎢⎣γ LT ⎥⎦ ⎢⎣ 0 0 S66 ⎥⎦ ⎢⎣σ LT ⎥⎦

Soit, en associant les relations (12.11) et (12.16) :

( )
ε L = S11 cos 2 θ + S12 sin 2 θ σ xx ,
ε T = ( S12 sin 2 θ + S22 cos 2 θ ) σ xx , (12.17)
γ LT = S66 sin θ cos θ σ xx .

Les constantes de souplesse Sij s'expriment en fonction des modules de l'ingé-


nieur, déterminés dans les axes des matériaux : EL, ET, νLT,νTL et GLT, suivant les
relations (9.31) dans le cas de composites unidirectionnels et suivant les relations
(10.9), (10.13) et (10.20) dans le cas de composites orthotropes. Les relations
(12.17), exprimant les déformation, sont alors transformées suivant :
12.2 Critères de rupture 249

εL =
1
( cos2 θ −ν LT sin 2 θ )σ xx ,
EL
εT =
1
( sin 2 θ −ν TL cos2 θ )σ xx , (12.18)
ET
1
γ LT = sin θ cos θ σ xx .
GLT
Les critères en déformations maximales doivent conduire à des valeurs
identiques à celles trouvées avec le critère de contrainte maximale dans le cas
d'une traction (ou compression) longitudinale : θ = 0° et dans le cas d'une traction
(ou compression) transversale : θ = 90°. Ceci implique que :
X X
Xε t = t , Xεc = c ,
EL EL
(12.19)
Yt Yc
Yε t = , Yε c = .
ET ET
D'autre part, l'identité du critère de rupture en cisaillement dans les deux cas
conduit à :
S
Sε = . (12.20)
GLT
Il en résulte que les critères en déformations maximales (12.15) peuvent être
réécrits suivant :
−Xc Xt
2 2
< σ xx < ,
cos θ − ν LT sin θ cos θ − ν LT sin 2 θ
2

−Yc Yt
2 2
< σ xx < , (12.21)
sin θ − ν LT cos θ sin θ − ν LT cos 2 θ
2

−S S
< σ xx < .
sin θ cos θ sin θ cosθ
En comparant ces expressions aux expressions (12.12) obtenues dans le cas des
critères en contraintes maximales, nous constatons que les deux critères diffèrent
simplement par l'introduction dans les critères en déformations maximales des
termes fonctions des coefficients de Poisson νLT et νTL. Ces termes modifient
assez peu dans la pratique les résultats numériques.
Les contraintes limites sont modifiées de la même manière. Dans un essai de
traction, la contrainte à la rupture σxu correspond à la plus petite des valeurs :
Xt
σ xu = ,
cos θ −ν LT sin 2 θ
2

Yt
σ xu = , (12.22)
sin 2 θ −ν LT cos 2 θ
S
σ xu = ,
sin θ cos θ
250 Chapitre 12 Mécanismes de rupture et endommagement des matériaux composites

et dans un essai de compression, la détermination positive σxu de la contrainte à la


rupture correspond à la plus petite des valeurs :
Xc
σ xu = ,
cos 2 θ −ν LT sin 2 θ
Yc
σ xu = , (12.23)
sin θ −ν TL cos 2 θ
2

S
σ xu = .
sin θ cos θ
Comme dans le cas des critères en contraintes maximales, il est possible de tracer
σxu en fonction de l'angle θ. Les courbes obtenues diffèrent assez peu de celles
obtenues (figure 12.28) avec les critères en contraintes maximales.

12.2.3.3 Comparaison entre les critères en contraintes et en


déformations maximales
Les résultats du paragraphe précédent montrent une similitude entre les deux
critères en contraintes maximales et en déformations maximales. De manière à
approfondir la comparaison entre ces deux critères, nous considérons l'exemple
d'une couche sollicitée dans un état de contraintes planes (figure 12.29) tel que :
σ L = 12σ T et σ LT = 0 . (12.24)
La couche est constituée d'un composite unidirectionnel à fibres de verre E
dont les caractéristiques à la rupture sont données dans le tableau 12.1 et dont les
modules d'élasticité sont reportés dans le tableau 9.2. Soit :
X t = 1 400 MPa, Yt = 35 MPa, S = 70 MPa,
EL = 46 GPa, ET = 10 GPa, GLT = 4, 6 GPa, ν LT = 0,31.
Nous cherchons les valeurs de σL et σT (σL = 12σT) pour lesquelles la rupture
est atteinte.
T

σT

σL σ L = 12σ T L

σT

FIGURE 12.29. Couche sollicitée suivant un état de contraintes planes.


12.2 Critères de rupture 251

1. Utilisation des critères en contraintes maximales


Les critères (12.6) en contraintes maximales s'écrivent ici :
σL < Xt, σ T < Yt .
Soit :
⎧ 12σ T < X t ⎧⎪ σ T < 121 X = 117 MPa
t
⎨ ou ⎨
⎩ σ T < Yt , ⎪⎩ σ T < Yt = 35 MPa.
La valeur de la contrainte limite est donnée par la plus petite des deux valeurs. Il
en résulte que la rupture est atteinte par rupture transversale. L'état des contraintes
est alors :
σ L = 12 × 35 = 420 MPa,
(12.25)
σ T = 35 MPa.

2. Utilisation des critères en déformations maximales


D'après (12.16), les déformations principales s'écrivent :
1
ε L = S11σ L + S12σ T = (σ L −ν LT σ T ) ,
EL
(12.26)
1
ε T = S12σ L + S22σ T = ( −ν TLσ L + σ T ) .
ET
En admettant que le comportement du matériau est linéaire jusqu'à la rupture,
les déformations à la rupture sont exprimées suivant les expressions (12.19) et les
critères (12.15) en déformations maximales s'écrivent ici :
σ L −ν LT σ T < X t ,
(12.27)
−ν TLσ L +σ T < Yt .
Soit, puisque σ L = 12σ T :
Xt
σL < = 120 MPa,
12 −ν LT
(12.28)
Yt
σT < = 183 MPa,
1 − 12ν TL
en tenant compte de l'expression (9.27) pour déterminer le coefficient de Poisson
ν TL en fonction des autres modules. La valeur de la contrainte limite est donnée
par la plus faible des deux valeurs. Il en résulte que la rupture est atteinte par
rupture longitudinale. L'état de contrainte est alors :
σ L = 1 440 MPa, σ T = 120 MPa . (12.29)
Les valeurs obtenues en (12.25) et (12.29) mettent en évidence les résultats
contradictoires auxquels aboutissent les deux théories similaires en apparence : les
valeurs diffèrent d'un facteur 3,43 et le mode de rupture est inversé : rupture lon-
gitudinale dans un cas, transversale dans l'autre.
252 Chapitre 12 Mécanismes de rupture et endommagement des matériaux composites

Cette contradiction réside en fait dans l'abus fait pour établir la relation entre
les valeurs des contraintes maximales et des déformations maximales. Dans la
pratique, ces valeurs devraient être déterminées dans le cas respectivement de
contraintes planes et de déformations planes. Les critères respectifs qui en seraient
alors déduits ne pourraient s'appliquer qu'à ces schémas. Dans ce cadre, les
relations entre contraintes et déformations maximales seraient plus complexes.

12.2.4 Critères interactifs


12.2.4.1 Introduction
Les critères en contraintes maximales et en déformations maximales ne per-
mettent pas de rendre compte de l'ensemble des résultats expérimentaux. D'autre
part, ces critères excluent l'existence d'interactions entre les contraintes ou défor-
mations dans les axes des matériaux : les mécanismes de rupture longitudinale,
transversale ou en cisaillement sont supposés se produire indépendamment.
Des critères interactifs ont alors été recherchés en étendant aux matériaux
orthotropes le critère de Von Mises, utilisé pour les matériaux isotropes. Le critère
de Von Mises est relié à l'énergie de déformation emmagasinée par unité de
volume du matériau déformé. C'est la raison pour laquelle ces critères interactifs
sont parfois appelés critères énergétiques. Toutefois, dans le cas de matériaux
orthotropes, ces critères ne sont plus reliés exclusivement à l'énergie de
déformation.

12.2.4.2 Critère de Hill


Un des premiers critères interactifs de rupture appliqués aux matériaux ani-
sotropes a été introduit par R. Hill [17]. Ce critère peut être formulé en disant que
l'état limite de contraintes d'un matériau anisotrope n'est pas atteint tant que
l'inégalité suivante est vérifiée :
F (σ T − σ T ′ ) + G (σ T ′ − σ L ) + H (σ L − σ T )
2 2 2
(12.30)
2 2 2
+ 2 Lσ TT ′ + 2 M σ LT ′ + 2 Nσ LT < 1.

La rupture du matériau se produit donc lorsque l'égalité est vérifiée, soit :

F (σ T − σ T ′ ) + G (σ T ′ − σ L ) + H (σ L − σ T )
2 2 2
(12.31)
2 2 2
+ 2 Lσ TT ′ + 2 M σ LT ′ + 2 Nσ LT = 1.

Cette égalité constitue le critère de Hill, rapporté aux axes principaux (L, T, T') du
matériau. Il peut également être mis sous une autre forme suivant :
( G + H ) σ L2 + ( F + H ) σ T2 + ( F + G ) σ T2′ − 2 H σ Lσ T − 2Gσ Lσ T ′
(12.32)
2 2 2
− 2 Fσ T σ T ′ + 2 Lσ TT ′ + 2 M σ LT ′ + 2 Nσ LT = 1.
Les paramètres F, G, H, L, M et N sont des paramètres caractéristiques du
matériau considéré, qui sont reliés aux contraintes à la rupture X, Y et S du
12.2 Critères de rupture 253

matériau suivant des relations que nous établissons ci-après.


Dans le cas d'un essai de traction (ou compression) dans la direction L, le
critère de Hill se réduit à :
1
G+H = 2 , (12.33)
X
où X est la contrainte à la rupture en traction (ou compression) dans la direction L.
De même, on trouve :
1
F+H = 2 , (12.34)
Y
1
F +G = 2 , (12.35)
Z
où Y et Z sont les contraintes à la rupture en traction (ou en compression) dans les
directions T et T'.
Dans le cas d'un essai de cisaillement dans le plan (L, T), le critère de Hill se
réduit à :
1
2N = 2 , (12.36)
S LT
où SLT est la contrainte de rupture en cisaillement dans le plan (L, T). De même :
1
2M = 2
, (12.37)
S LT ′
1
2L = 2 , (12.38)
STT ′
où SLT' et STT' sont les contraintes de rupture en cisaillement, respectivement dans
les plans (L, T') et (T, T').
Les expressions (12.33) à (12.38) permettent de déterminer les paramètres de
rupture F, G, L, M, N et d'écrire le critère de Hill sous la forme :
2 2 2
⎛ σ L ⎞ ⎛ σT ⎞ ⎛ σT ′ ⎞ ⎛ 1 1 1 ⎞
⎜ ⎟ +⎜ ⎟ +⎜ ⎟ − ⎜ 2 + 2 − 2 ⎟ σ Lσ T
⎝ X ⎠ ⎝ Y ⎠ ⎝ Z ⎠ ⎝X Y Z ⎠
⎛ 1 1 1 ⎞ ⎛ 1 1 1 ⎞
− ⎜ 2 + 2 − 2 ⎟ σ Lσ T ′ − ⎜ 2 + 2 − 2 ⎟ σ T σ T ′ (12.39)
⎝X Z Y ⎠ ⎝Y Z X ⎠
2 2 2
⎛σ ⎞ ⎛σ ⎞ ⎛σ ⎞
+ ⎜ LT ⎟ + ⎜ LT ′ ⎟ + ⎜ TT ′ ⎟ = 1.
⎝ S LT ⎠ ⎝ S LT ′ ⎠ ⎝ STT ′ ⎠
Il est à noter que le critère de Hill ne prend pas en compte la différence du com-
portement des matériaux en traction et compression.
Dans le cas d'un état de contraintes planes dans le plan (L, T) de la couche de
matériau composite : σT' = σLT' = σTT' = 0, le critère de Hill se simplifie suivant :
2 2 2
⎛ σ L ⎞ ⎛ σT ⎞ ⎛ 1 1 1 ⎞ ⎛ σ LT ⎞
⎜ ⎟ +⎜ ⎟ − ⎜ 2 + 2 − 2 ⎟ σ Lσ T + ⎜ ⎟ =1. (12.40)
⎝ X ⎠ ⎝ Y ⎠ ⎝X Y Z ⎠ ⎝ S LT ⎠
254 Chapitre 12 Mécanismes de rupture et endommagement des matériaux composites

12.2.4.3 Critère de Tsai-Hill


Le critère de rupture précédent (12.40) en contraintes planes a été simplifié par
V.D. Azzi et S.W. Tsai [18] dans le cas de matériaux composites unidirectionnels.
En effet, dans ce cas : Z = Y, et le critère (12.40) s'écrit :
2 2 2
⎛ σ L ⎞ ⎛ σ T ⎞ σ Lσ T ⎛ σ LT ⎞
⎜ ⎟ +⎜ ⎟ − +⎜ ⎟ =1. (12.41)
⎝ X ⎠ ⎝ Y ⎠ X2 ⎝ S LT ⎠
Ce critère est généralement connu sous le nom de critère de Tsai-Hill.
Dans le cas d'une traction ou d'une compression en-dehors des axes des
matériaux (figure 12.27), les contraintes dans les axes des matériaux sont données
par les expressions (12.11). En reportant ces expressions dans la relation (12.41),
le critère de Tsai-Hill s'écrit :
cos 4 θ ⎛ 1 1 ⎞ sin 4 θ 1
+ ⎜ 2 − 2 ⎟ sin 2 θ cos 2 θ + = 2 . (12.42)
X2 ⎝ S LT X ⎠ Y 2
σ xx
La figure 12.30 montre les résultats obtenus avec le critère de Tsai-Hill dans le
cas d'un composite unidirectionnel à fibres de verre E, de mêmes caractéristiques
que dans le cas de la figure 12.28. Généralement un bon accord est observé entre
ces valeurs et les valeurs obtenues expérimentalement pour ce type de composite.

2000
tension
1000
Contrainte à la rupture σxu ( MPa )

700

400

200
compression

100

70

40

20
0 10 20 30 40 50 60 70 80 90
Orientation des fibres θ ( ° )
FIGURE 12.30. Critère de Tsai-Hill dans le cas d'un composite unidirectionnel à fibres de
verre.
12.2 Critères de rupture 255

12.2.4.4 Critère de Hoffman


Une généralisation du critère de Hill, tenant compte de la différence du com-
portement des matériaux en traction et en compression, a été formulée par O.
Hoffman [19]. Le critère de Hoffman admet que la rupture du matériau se produit
lorsque l'égalité suivante est vérifiée :

C1 (σ T − σ T ′ ) + C2 (σ T ′ − σ L ) + C3 (σ L − σ T )
2 2 2
(12.43)
2 2 2
+ C4σ L + C5σ T + C6σ T ′ + C7σ TT ′ + C8σ LT ′ + C9σ LT = 1.

Les constantes C1 à C9 sont caractéristiques du matériau et reliées aux contraintes


à la rupture du matériau par les relations :

1⎛ 1 1 1 ⎞
C1 = ⎜ + − ,
2 ⎝ YtYc Z t Z c X t X c ⎟⎠
1⎛ 1 1 1 ⎞
C2 = ⎜ + − ,
2 ⎝ Z t Z c X t X c YtYc ⎟⎠
1⎛ 1 1 1 ⎞
C3 = ⎜ + − ,
2 ⎝ X t X c YtYc Z t Z c ⎟⎠
(12.44)
1 1 1
C4 = − , C7 = 2 ,
Xt Xc STT ′
1 1 1
C5 = − , C8 = 2
,
Yt Yc S LT ′
1 1 1
C6 = − , C9 = 2
.
Z t Zc S LT

Dans le cas d'un état de contraintes planes dans le plan (L, T), le critère de
Hoffman se réduit à :

σ L2 σ T2 σ Lσ T Xc − Xt Y −Y σ2
+ − + σ L + c t σ T + LT
2
=1. (12.45)
Xt Xc YtYc Xt Xc Xc Xt YcYt S LT

12.2.4.5 Théorie générale de Tsai-Wu


12.2.4.5.1 Formulation
Les critères précédents suffisent généralement pour décrire les divers résultats
expérimentaux observés. Toutefois, une des façons d'améliorer la corrélation entre
résultats expérimentaux et théoriques est d'accroître le nombre de paramètres des
équations théoriques. Ce fait, associé à la possibilité de représenter les critères de
rupture sous forme tensorielle, a conduit S.W. Tsai et E.M. Wu [20] à admettre
que la rupture d'un matériau anisotrope est atteinte lorsque l'égalité suivante est
vérifiée :
256 Chapitre 12 Mécanismes de rupture et endommagement des matériaux composites

Fiσ i + Fijσ iσ j = 1, i, j = 1, 2, . . . , 6 , (12.46)

où les constantes Fi et Fij sont les composantes de deux tenseurs respectivement


de rang 2 et de rang 4. La notation contractée usuelle est utilisée dans cette
relation pour les contraintes rapportées aux axes des matériaux :
σ 1 = σ 11 = σ L , σ 2 = σ 22 = σ T , σ 3 = σ 33 = σ T ′ ,
σ 4 = σ 23 = σ TT ′ , σ 5 = σ 13 = σ LT ′ , σ 6 = σ 12 = σ LT .
L'équation (12.46) s'écrit sous forme développée suivant :
F1σ1 + F2σ 2 + F3σ 3 + F4σ 4 + F5σ 5 + F6σ 6
+ F11σ12 + 2 F12σ1σ 2 + 2 F13σ1σ 3 + 2 F14σ1σ 4 + 2 F15σ1σ 5 + 2 F16σ1σ 6
+ F22σ 22 + 2 F23σ 2σ 3 + 2 F24σ 2σ 4 + 2 F25σ 2σ 5 + 2 F26σ 2σ 6
+ F33σ 32 + 2 F34σ 3σ 4 + 2 F35σ 3σ 5 + 2 F36σ 3σ 6 (12.47)
+ F44σ 42 + 2 F45σ 4σ 5 + 2 F46σ 4σ 6
+ F55σ 52 + 2 F56σ 5σ 6
+ F66σ 62 = 1.
Les termes linéaires Fi prennent en compte la différence éventuelle du com-
portement du matériau en traction et en compression. Les termes quadratiques Fij
définissent un ellipsoïde dans l'espace des contraintes et tiennent compte des
interactions entre les contraintes σi et σj.
L'intérêt de la formulation développée par Tsai-Wu réside dans :
1. l'invariance de la forme de la relation (12.46) dans tout changement de base ;
2. la transformation du critère suivant les lois de transformation des tenseurs
σi, σij ou Fi, Fij ;
3. les propriétés de symétrie des tenseurs Fi, Fij similaires à celles des cons-
tantes d'élasticité.

12.2.4.5.2 Expression des constantes


Nous nous intéressons, dans ce paragraphe, au cas d'un matériau composite
orthotrope soumis à un état de contraintes planes dans le plan (1, 2) = (L, T). La
relation (12.47) s'écrit alors :

F1σ 1 + F2σ 2 + F6σ 6 + F11σ 12 + F22σ 22 + F66σ 62 + 2 F12σ 1σ 2 = 1 ,


ou (12.48)
F1σ L + F2σ T + F6σ LT + F11σ L2 + F22σ T2 + F66σ LT
2
+ 2 F12σ Lσ T = 1 .
Les paramètres Fi et Fij peuvent être exprimés à l'aide des contraintes à la rupture,
mesurées dans divers essais.
12.2 Critères de rupture 257

Dans le cas d'un essai de traction suivant la direction L, la contrainte à la


rupture Xt est telle que :
F1 X t + F11 X t2 = 1 , (12.49)
et dans un essai de compression :
F1 X c + F11 X c2 = 1 . (12.50)
De ces deux relations, nous tirons :
1 1
F1 =− ,
Xt Xc
(12.51)
1
F11 = .
Xt Xc
Par analogie, nous avons de même :
1 1
F2 = − ,
Yt Yc
(12.52)
1
F22 = .
YtYc
Dans le cas d'un essai de cisaillement dans le plan (L, T) (figure 12.31a), la
+
contrainte à la rupture S LT est telle que :
+ +2
F6 S LT + F66 S LT = 1. (12.53)

En inversant le sens des contraintes (figure 12.31b), la contrainte à la rupture S LT
est telle que :
− −2
F6 S LT + F66 S LT = 1. (12.54)
Ces deux relations conduisent à :
1 1
F6 = +
− −
, (12.55)
S LT S LT
1
F66 = + −
. (12.56)
S LT S LT
La contrainte à la rupture étant indépendante du signe de la contrainte de cisail-
lement, nous avons :
+ −
S LT = S LT = S LT . (12.57)
Il en résulte que dans le cas de matériaux orthotropes :
F6 = 0 , (12.58)
1
F66 = 2
. (12.59)
S LT
258 Chapitre 12 Mécanismes de rupture et endommagement des matériaux composites

T T

σ LT σ LT −σ LT −σ LT

L L

σ LT σ LT −σ LT −σ LT

(a) (b)

FIGURE 12.31. Essais de cisaillement.

Il reste à déterminer le paramètre de couplage F12. Ce paramètre peut être


déterminé dans un essai biaxial, par exemple une traction biaxiale. Un tel essai est
effectué en exerçant la même contrainte dans les directions 1 et 2 du matériau. Les
contraintes sont alors : σ1 = σ2 = σ, les autres contraintes étant nulles. Le critère
(12.48) s'écrit :
( F1 + F2 ) σ + ( F11 + F22 + 2 F12 ) σ 2 = 1 . (12.60)

D'où l'expression du paramètre d'interaction :

1 ⎡ ⎛ 1 1 1 1⎞ ⎛ 1 1 ⎞ 2⎤
F12 = ⎢1 − ⎜ − + − ⎟ σ + ⎜ + ⎟σ ⎥ . (12.61)
2σ 2 ⎣ ⎝ X t X c Yt Yc ⎠ ⎝ X t X c YtYc ⎠ ⎦

La valeur de F12 correspond à la valeur σ de la contrainte mesurée lors de la


rupture dans l’essai de traction biaxiale.
Dans la pratique, le coefficient d'interaction F12 peut également être déterminé
dans un essai de traction (ou compression) à 45° des axes du matériau orthotrope.
Dans ce cas, les contraintes dans les axes du matériau sont :
σ 45
σ1 = σ 2 = σ 6 = , σ3 = σ4 = σ5 = 0, (12.62)
2

où σ45 est la contrainte de traction exercée. Le critère (12.48) s'écrit dans ce cas :

. (12.63)
12.2 Critères de rupture 259

D'où l'expression du paramètre F12 obtenue dans cet essai :


2 ⎡ σ 45 ⎛ 1 1 1 1⎞
F12 = 2 ⎢
1− ⎜ − + − ⎟
σ 45 ⎣ 2 ⎝ X t X c Yt Yc ⎠
(12.64)
2 ⎛
σ 45 1 1 1 ⎞⎤
− ⎜ + + 2 ⎟⎥ .
4 ⎝ X t X c YtYc S LT ⎠ ⎦
La valeur de F12 correspond à la valeur de σ45 mesurée lors de la rupture dans un
essai de traction à 45°.

12.2.4.5.3 Critère de Tsai-Wu en contraintes planes


En tenant compte des résultats précédents, le critère de Tsai-Wu (12.48), dans
un état de contraintes planes, s'écrit sous la forme :
⎛ 1 1 ⎞ ⎛1 1⎞ σ L2 σ T2 σ LT
2
σ σ
⎜X − ⎟ σ +
L ⎜ − ⎟ σ T + + + 2
+ 2 F12∗ L T = 1 , (12.65)
⎝ t Xc ⎠ ⎝ Yt Yc ⎠ X t X c YtYc S LT Xt Xc
en introduisant le coefficient de couplage F12∗ , exprimé suivant :
1 ⎧ ⎡ X X ⎤ ⎛ X X ⎞ ⎫
F12∗ = 2 ⎨
1 − ⎢ X c − X t + t c (Yc − Yt ) ⎥ σ + ⎜1 + t c ⎟ σ 2 ⎬ . (12.66)
2σ ⎩ ⎣ YtYc ⎦ ⎝ YtYc ⎠ ⎭
ou
2 ⎧ ⎡ X X ⎤σ
F12∗ = 2 ⎨
1 − ⎢ X c − X t + t c (Yc − Yt ) ⎥ 45
σ 45 ⎩ ⎣ YtYc ⎦ 2
(12.67)
⎛ X X X X ⎞ σ 2 ⎪⎫
+ ⎜1 + t c + t2 c ⎟ 45 ⎬ ,
⎝ YtYc S LT ⎠ 4 ⎭⎪
où σ et σ45 sont les contraintes à la rupture déterminées, respectivement, dans un
essai biaxial et dans une traction à 45°. Bien souvent, le coefficient de couplage
F12∗ est considéré comme un coefficient empirique, ajusté en fonction des
résultats expérimentaux.
Dans le cas où le coefficient de couplage est pris égal à − 12 :

F12∗ = − 12 , (12.68)

le critère de Tsai-Wu (12.65) en contraintes planes s'écrit :

⎛ 1 1 ⎞ ⎛1 1⎞ σ L2 σ T2 σ LT
2
σ σ
⎜ − σ +
⎟ L ⎜ − σ
⎟ T + + + 2
− L T = 1 . (12.69)
⎝ Xt Xc ⎠ ⎝ Yt Yc ⎠ X t X c YtYc S LT X t X c
Nous retrouvons le critère de Hoffman (12.45) en contraintes planes.
Si, de plus, les contraintes à la rupture en traction et en compression sont
identiques :
Xt = Xc = X , Yt = Yc = Y , (12.70)
260 Chapitre 12 Mécanismes de rupture et endommagement des matériaux composites

le critère (12.69) s'écrit :


2 2 2
⎛ σ L ⎞ ⎛ σ T ⎞ ⎛ σ LT ⎞ σ Lσ T
⎜ ⎟ +⎜ ⎟ +⎜ ⎟ − =1. (12.71)
⎝ X ⎠ ⎝ Y ⎠ ⎝ S LT ⎠ X2
Le critère est alors confondu avec le critère de Tsai-Hill (12.41).

EXERCICES

12.1 On considère une couche orthotrope dont les caractéristiques à la rupture


sont données par :
X t = 1 500 MPa, X c = 1 700 MPa,

Yt = 90 MPa, Yc = 250 MPa, S = 80 MPa.


Cette couche est soumise à un état de traction dans la direction θ.
Tracer (en coordonnées cartésiennes pour 0 ≤ θ ≤ π /2, puis en coordonnées
polaires pour θ variant de 0 à 2π) la contrainte à la rupture σxu en fonction de
l'angle θ de traction, en utilisant les critères en contraintes maximales.

12.2 Reprendre l'exercice précédent, en utilisant le critère de Hoffman. Comparer


les résultats obtenus.

12.3 La couche orthotrope de l'exercice 12.1 est maintenant soumise à un état de


cisaillement pur dans la direction θ.
Tracer (en coordonnées cartésiennes, puis en coordonnées polaires) la
contrainte à la rupture σxyu en fonction de l'angle θ de cisaillement, en utilisant les
critères en contraintes maximales.

12.4 Reprendre l'exercice précédent, en utilisant le critère de Hoffman. Comparer


les résultats.