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Cours de Toxicologie_5ème année Pharmacie 1

Toxiques Domestiques
Introduction
Les accidents domestiques sont
Population
définis comme « les accidents qui
Les intoxications accidentelles prédominent chez les
surviennent à la maison ou dans ses
enfants âgés de 1 à 4 ans : ils sont à l’âge de l’acquisition de
environs immédiats ». Très variés, ils
la marche, celui ou le port des objets à la bouche est un mode
sont caractérisés par leur fréquence et
privilégié d’investigation avec une légère prédominance
leur bénignité habituelle, même si
masculine car les garçons explorent plus librement le monde
certains peuvent entraîner des
qui les entoure.
séquelles graves, voire la mort. Ils
concernent principalement les Chez l’adulte, la prédominance est féminine. Car c’est
intoxications, les chutes, les elles qui effectuent les taches ménagères.
brulures les électrisations, les noyades, l’ingestion de Circonstances
corps étrangers et les morsures d’animaux. Chez l’enfant, l’ingestion orale est la plus souvent en
Nous nous y intéressons uniquement aux intoxications. cause, suivie par les projections cutanées. Très souvent, un
On pourrait donc définir les intoxications domestiques adulte est à proximité immédiate, ce qui permet de
comme étant « les intoxications qui surviennent à la maison minimiser le volume ingéré. La cuisine, la salle de bains et
ou dans ses environs immédiats ». Et les produits les toilettes sont les principales pièces à risque. Le toxique
domestiques comme étant tout les produits qui se trouvent est, dans la majorité des cas, à portée immédiate de l’enfant
dans la maison et pourraient être à l’origine d’une et les intoxications ont très souvent pour origine
intoxication. Les produits incriminés concernent les l’inconscience des parents qui ne rangent pas les produits
médicaments, les produits ménagers, les gaz et fumées après leur utilisation ou qui effectuent des transvasements
(principalement le CO), les cosmétiques, les pesticides à usage dans des contenants à usage alimentaire (bouteille d’eau
domestiques, et les plantes. minérale ou dans un verre). Les enfants prennent aussi
souvent des produits ménagers pour des produits alimen-
Les intoxications domestiques sont caractérisés par leur taires (liquide vaisselle parfumé coloré et sirop de fruits par
fréquence et leur bénignité habituelle ; mais certains sont à exemple…).
connaître car ils peuvent entraîner des séquelles graves
voire le décès. Chez l’adulte, l’intoxication accidentelle est souvent liée
à une ingestion par méprise suite à un transvasement dans
Les médicaments, les gaz et fumées, ainsi que les plantes et un récipient à usage alimentaire ou non étiqueté, parfois lors
les cosmétiques, sont traités par ailleurs. Nous nous d’un mauvais usage des produits (mélange, non-respect des
attacherons donc à décrire les autres produits (notamment les consignes d’utilisation). Les ingestions volontaires sont
produits ménagers), en gardant à l’esprit que les médicaments rares mais celles concernant les produits corrosifs et les
restent très largement les principaux responsables de ces solvants volatils restent particulièrement graves ; elles
intoxications domestiques. prédominent chez l’adulte de la quarantaine, avec une
légère prédominance féminine.

Agents
Dans le cadre des intoxications accidentelles, les produits
incriminés ont peu changé au cours des 10 dernières années.
L’eau de javel et les produits javellisants arrivent largement
en tête, sous forme d’un produit dilué ou dit « prêt à l’emploi
» dans les trois quarts des cas. Viennent ensuite les liquides
vais- selle à la main et les lessives pour le linge. Les produits
caus- tiques sont en nette régression. Les grandes enseignes
de magasin ont introduit du Bitrex, un agent qui donne un
goût très amer, dans la plupart des produits ménagers vendus
2 Cours de Toxicologie_5ème année Pharmacie
sous
leur marque, dans un souci de prévention du risque d’inges- de mousse dans les bronches, objectivé par une toux qui peut
tion accidentelle. On peut déplorer que tous les emballages de être à l’origine d’une détresse respiratoire. Une conjonctivite
produits caustiques ne bénéficient pas encore de bouchon dit peut faire suite à une projection oculaire.
« de sécurité ». Lors des tentatives d’autolyse, ce sont les
produits caustiques qui ont la préférence des suicidaires ;
l’eau de javel arrive en tête, suivie par les déboucheurs de
canalisations alcalins. Les acides et le white-spirit sont plus
rarement en cause.

Gravité
Dans la très grande majorité des cas, ces intoxications sont
bénignes, mais les caustiques et les solvants volatils sont
res- ponsables des cas graves, voire mortels quand la
personne en ingère des quantités importantes (plus de 15 cl
ou un verre).

TOXICITÉ

Si pour un type de produit, la formulation exacte est souvent


variable d’une marque à l’autre, elle peut aussi varier au
cours d’une même année pour un même produit. Il faut
donc systématiquement contacter un centre antipoison pour
connaître le risque spécifique du produit mis en cause. En
effet, le risque toxique d’un produit ménager est
directement lié à sa formulation (composants et
présentation) qui permet de définir un profil toxicologique
en fonction des propriétés physicochimiques du ou des
composants essentiels du pro- duit et des circonstances de
l’intoxication (les tentatives d’autolyse sont potentiellement
plus graves car les quantités ingérées sont plus importantes
et les produits souvent plus concentrés). Les produits
ménagers peuvent être unique- ment moussants, simplement
irritants, fortement caustiques, neuro- ou cardiotoxiques du
fait de la présence de solvants ou cumuler plusieurs de ses
effets. Il est illusoire de vouloir déterminer avec exactitude
la toxicité d’un produit ménager quand il est utilisé seul,
mais elle peut orienter sur la prise en charge de
l’intoxication (Tableau 1).

Produits très moussants


Ce sont les savons liquides pour les mains, les liquides pour
laver la vaisselle à la main, les lessives liquides ou des pou-
dres pour laver le linge à la main : leur formulation est à
base d’agents tensioactifs anioniques et non ioniques, leur
pH est proche de la neutralité et, en général, ils sont peu
nocifs en cas d’ingestion. L’intoxication est soit
asymptoma- tique, soit ne se manifeste que par une
symptomatologie digestive (irritation ORL, nausées,
vomissements parfois douleurs abdominales). L’ingestion
de quantités importan- tes peut se compliquer d’un passage
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Produits peu moussants mais irritants accidentelles, massive lors de conduites suicidaires) et
Ce sont les lessives (poudres, liquides et tablettes) pour le temps de contact
lavage du linge en machine et les nettoyants ménagers
multi-usages (sols, murs, surfaces de travail). Ils sont
essen- tiellement constitués d’agents tensioactifs
anioniques et non ioniques, mais ils contiennent aussi des
substances irri- tantes (aux concentrations utilisées) telles
que des sels alca- lins de sodium (sulfate, perborate,
carbonate ou silicate de Na) pour les lessives en poudre,
quelques glycols pour les lessives liquides, de
l’ammoniaque ou de l’eau de javel pour certains nettoyants
ménagers « désinfectants ». Le pH des lessives en solution
à 1 % est voisin de 10, et celui des net- toyants multi-
usages est proche de la neutralité. La sympto- matologie de
l’intoxication est surtout digestive (nausées, vomissements,
sensation de brûlures dans la bouche, dou- leurs digestives
ou abdominales).

Produits très irritants


Les détachants textiles avant lavage dits « sans javel » et
assouplissants textiles entrent dans cette catégorie. À base
de peroxyde d’hydrogène (détachants textiles), d’ammo-
niums quaternaires ou d’isopropanol (assouplissants texti-
les) en faibles concentrations, ces produits peuvent être
très irritants pour les formulations concentrées (> 10-15 %
d’ammoniums quaternaires). De plus, en cas d’ingestion
massive suicidaire, les glycols contenus dans certains
assou- plissants peuvent provoquer des convulsions et des
trou- bles de conscience. Les produits de rinçage (lave-
vaisselle) contiennent des tensioactifs non ioniques, de
l’isopropanol et des chélateurs (acide citrique ou
sulfamique, EDTA).

Produits caustiques
Si la gravité des lésions dépend de différents paramètres
physicochimiques, leur étendue dépend des circonstances
et des quantités ingérées :
– pH acide (détartrants WC, antirouilles pour les textiles),
basique (décapants pour four, déboucheurs de
canalisations, lessives sous forme liquide, de pastilles ou
en poudre pour laver la vaisselle en machine) ; un pH < 2
ou > 12,5 est un caustique majeur ;
– pouvoir oxydant (eaux de javel concentrées, peroxyde
d’hydrogène ou ammoniums quaternaires en solutions
concentrées) ; ce sont la concentration et la durée de
contact qui déterminent leur potentiel corrosif ;
– présentation (liquide, gel, poudre, pastilles) (Tableau
2) ; les lessives liquides ou en gel semblent bien moins
causti- ques que celles en poudre dont l’alcalinité est
plus de 2 fois supérieure. La viscosité du produit, en
augmentant la durée de contact avec les muqueuses,
majore la gravité et l’éten- due des lésions ;
– quantité ingérée (minime dans les ingestions
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Tableau 1
Risques toxiques liés aux produits ménagers.

Produits ménagers Pictogram Risque Composition à base de :


me
Agent de blanchiment textile aucun irritant Perborate et/ou sulfate de Na

Anticalcaire lave linge aucun irritant Acide citrique et citrate de Na

Antirouille textile Caustique Acide oxalique


ou Bifluorure d’ammonium
C - Corrosif

Assouplissant textiles Irritant Ammonium


quaternaire Ou/et
Xi-Irritant isopropanol
Bloc liquide désodorisant chasse Moussant Alkyl ou dodécylbenzène sulfonate de Na et sulfate de
d’eau irritant Na
Xi-Irritant

Cires, cirages, encaustiques aucun solvant Cire + Térébenthine, hydrocarbures

Crème à récurer avec javel Irritant Carbonate de sodium

Xi-Irritant

Déboucheurs canalisations, WC Caustique Hydroxyde de sodium

C - Corrosif

Décapants de fours Caustique Hydroxyde de sodium + détergents

C - Corrosif

Désodorisants ambiance Irritant Parfum


Xi-Irritant

Désodorisants cuvette WC aucun irritant dodécylbenzène, sulfonate de Na

Détachants textiles à sec irritant White spirit, essence légère


Xi-Irritant F–
Facilement
inflammab
le

Détachants textiles avant lavage Irritant Éther de propylène


glycol ou peroxyde
Xi-Irritant d’hydrogène
Détartrants cafetières, fer à repasser Irritant Acide sulfamique ou citrique, EDTA

Xi-Irritant

Détartrants cuvettes WC, lavabo aucun irritant Acide chlorhydrique ou acétique

Détergents nettoyants sol, multi- aucun Irritant léger Tensioactif anionique et non ionique
usages
Eau de javel prête à l’emploi aucun irritant Hypochlorite de sodium ou potassium
Tableau 1 (suite)
Risques toxiques liés aux produits ménagers.

Produits ménagers Pictogram Risque Composition à base de :


me
Eau de javel concentrée Irritant fort Hypochlorite de sodium ou potassium
berlingot ou dosette dure de 250
ml Xi-Irritant

Eau de javel pastilles nocif Dichloroisocyanurate de sodium


Xn-nocif

Imperméabilisant textiles Solvant Isopropanol,


F – Facilement acétone, Acétates
inflammable Xi-Irritant
d’alkyles

Lessive pour le linge à la main aucun Moussant Tensioactifs anioniques (+++) et non ioniques
irritant

Lessive pour le linge en machine Moussant Tensioactifs anioniques, sels alcalins de Na (perborate,
irritant carbonate)
Xi-Irritant

Lessive pour laver la vaisselle Irritant fort Tensioactifs anioniques, sels alcalins de Na (perborate,
en machine carbonate)
Xi-Irritant

Lessive pour laver la vaisselle à la aucun Moussant Tensioactifs anioniques (+++) et non ioniques
main
Liquide de rinçage vaisselle en aucun Irritant Tensioactifs non ioniques
machine

Nettoyant désinfectant javellisant Irritant Tensioactifs anioniques et non ioniques

Xi-Irritant

Nettoyant désinfectant ammoniaqué aucun Irritant Tensioactifs anioniques et non ioniques

Raviveur de couleurs lavage en irritant Tensioactifs anioniques et non ioniques


machine
Xi-Irritant

Sel régénérant pour lave vaisselle aucun Chlorure de sodium

chromique.
avec la muqueuse digestive (augmenté par l’adjonction de
tensioactifs comme dans le « Javel Plus » par exemple). Les
quantités d’un produit ingéré accidentellement sont généra-
lement plus faibles pour les acides que pour les bases car les
acides ont une saveur plus « désagréable » et
immédiatement
« piquante » qui en limite les quantités avalées.
Tous ces agents ont une toxicité locale par contact, à laquelle
il faut ajouter une toxicité systémique (hypocalcémie, atteinte
rénale) pour les acides fluorhydriques, oxalique, formique et
Les acides forts
Les acides forts (pH < 2) sont responsables d’une nécrose
par coagulation avec formation d’une escarre qui limite
l’exten- sion des lésions en profondeur. Les lésions,
d’aspect blanc jau- nâtre (superficielles) ou gris noirâtres
(plus profondes), siègent préférentiellement au niveau du
1/3 inférieur de l’œso- phage et de l’antre gastrique en
cas d’ingestion accidentelle. Une ingestion à jeun et la
survenue d’un spasme pylorique sont des facteurs
aggravants. La principale complication à redouter est la
perforation précoce, notamment gastrique .
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des douleurs oropharyngées qui peuvent être suivies d’une
Tableau 2 soif importante, d’une douleur à la déglutition,
Influence des caractéristiques physiques des caustiques et
siège lésionnel.

Présentati Caractéristiqu Siège lésionnel


on es
Cristau Adhésion aux Lésions oropharyngées,
x– muqueuses, Lésions œsophage
Poudre Déglutition proxi- mal
difficile
Gel – solu- Temps de Lésions en « coulée » :
tion contact oropharynx et
sirupeuse prolongé, œsophage
Pouvoir
couvrant
important
Liquide Progression Acide : Lésions plutôt
rapide, Temps de gastriques
contact faible
Base : lésions plutôt
œsophage

Oxydant : lésions
nécro- santes surtout
gastriques
Mousse – Faible quantité, Lésions volontiers
aérosol bucco- pharyngées ou
laryngées

Les bases fortes


Les bases fortes (pH > 12,5) sont responsables d’une
nécrose liquéfiante avec saponification des lipoprotéines de
surface responsable d’une inflammation intense, de throm-
boses vasculaires et d’extensions en profondeur (possibilité
de perforation pendant les 4 à 5 jours suivant l’ingestion).
Les lésions, de couleur blanche ou grise, siègent essentielle-
ment au niveau œsophagien (1/3 supérieur) lors d’une
ingestion de faible quantité. L’ammoniaque liquide donne
des lésions digestives caractéristiques par leur aspect
hémor- ragique .

Les oxydants
Les oxydants tels que le peroxyde d’hydrogène et les
ammoniums quaternaires ont souvent un pH proche de la
neutralité. Les lésions peuvent siéger tout au long du
trac- tus digestif, parfois préférentiellement au niveau
gastrique. Le risque secondaire pour les solutions
concentrées de peroxyde d’hydrogène est l’embolie
gazeuse qui reste exceptionnelle.
Quel que soit le caustique en cause, son ingestion entraîne
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d’une hypersalivation, de vomissements voire d’une ées. La


Stade Pas de lésion
héma- témèse ou d’un état de choc hypovolémique. Un 0 forme
diluée
stridor laryngé, un enrouement de la voix ou une dyspnée Stade I Érythème, œdème, pétéchies
(dite au niveau œsophage
signent l’atteinte trachéobronchique secondaire à une
prête à
fausse route ou à l’ingestion d’un caustique volatil Stade A : ulcérations superficielles linéaires de
l’emploi)
(comme l’ammoniac). II l’œsophage
, qui
L’examen de l’oropharynx recherche des brûlures B : ulcérations superficielles
contient
blanchâtres ou jaunâtres (plutôt superficielles) ou noirâtres avec ou sans lésion 2,6 g de
(profondes) parfois saignant au contact, entourées d’un bord
chlore
érythéma- teux. L’atteinte ORL n’est pas corrélée avec Stade A : ulcérations profondes
actif localisées
(ou
l’atteinte digestive et, de même, il n’y a aucun parallélisme III œsophagiennes, éventuellement
9° chlo- gastrique
entre l’atteinte de l’œsophage et celle de l’estomac. rométriques), est surtout
La constatation d’une douleur rétrosternale intense, B : ulcérations profondes étendues, aspect
irritante et émétisante. Les
d’une dyspnée, d’un emphysème sous- cutané ou d’un nécrotique.
pastilles contiennent en
syndrome péritonéal doit faire craindre une Stade Perforation, sphincters béants. 1,5 g de chlore
moyenne
complication majeure : la perforation œsophagienne IV
actif chacune. Une pastille
(avec emphysème sous-cutané, médiastinite ou fistule dissoute dans 60 ml d’eau
œsotrachéale), gastrique ou intesti- nale (avec péritonite correspond à 60 ml d’eau de
chimique), qui peut évoluer vers un tableau de chlore actif par litre javel « diluée ». Les
défaillance multiviscérale ou de choc septique. Sur le (correspondant à 36° tentatives de neutralisation
plan biologique, une hyperleucocytose est fréquente ; si chlorométriques) est dite de l’hypo- chlorite de
l’acidose est corrélée à la quantité d’acide ingérée, il n’y concentrée. Il faut se méfier sodium par l’hyposulfite
a pas de corrélation entre une variation de pH et des eaux de javel « impor- (Hyposulfène®) ont été
l’ingestion de bases (Tableau 3). tées », notamment des pays abandonnées (réaction
L’indispensable examen endoscopique, fait entre la 6e et du Maghreb, où certaines exothermique délétère,
24e heure, permet un bilan exact des lésions selon la solu- tions titrent jusque 58° efficacité non prouvée).
classifica- tion de Di-Constanzo (6) (Tableau 4), et de là chlorométriques Lors d’un mélange
découle la conduite thérapeutique ultérieure. Une endoscopie avec de accidentel avec un
trop pré- coce peut être faussement rassurante ; trop tardive grandes nettoyant acide (détartrant
(> 48 heu- res), elle est de réalisation délicate car la quantité par exemple), l’eau de
muqueuse digestive est fragilisée et le risque de perforation s de javel dégage des vapeurs
traumatique important. Les techniques d’opacification stabilisa de chlore, gaz caustique
digestive n’ont en revanche pas d’indication à la phase nts, ce qui peut être responsable
aiguë. La radiographie thoracique et l’abdomen sans qui leur d’un bronchospasme, voire
préparation sont utiles pour rechercher des signes de confère d’un œdème aigu lésionnel
perforation. un pH du pou- mon. De même,
très lors du mélange eau de
Cas particulier des eaux de javel alcalin Javel-ammoniaque liquide,
Dans le cas de l’eau de javel (hypochlorite de sodium), le (≥ 13). il se dégage des
ris- que est proportionnel à la concentration en chlore Le chloramines, gaz irritant
actif mais il dépend aussi de la quantité de stabilisant risque pour les muqueuses
(soude). Le pH des solutions d’eau de javel est alcalin, caustiqu trachéobronchiques.
voisin de 11-12. Par convention, depuis 2001, l’eau de e est
javel contenant 9,6 g de majeur Cas particulier des
pour ces antirouilles
formulat
Tableau 3 Les antirouilles sont à base
ions
Signes cliniques et biologiques ded’acide
mauvais fluorhydrique,
pronostic. de
concentr bifluo- rure d’ammonium ou

Tableau 4 – Hématémèse ;
Classification de Di-Constanzo,–stades
Perforation gastrique
lésionnels ;
endosco-
piques œsogastriques. – Choc ;
– Hypothermie ;
– Détresse respiratoire ;
– Acidose.
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d’acide oxalique. Ils raître dans l’heure qui suit vomissements, douleurs t
possèdent une toxicité l’ingestion (paresthésies, diges- tives et toux. Des généra-
double, systémique agitation, convulsions, manifestations lement d’une anoxie. Une
(précoce) et caustique troubles de l’excitabilité neurologiques (céphalées, hypertension artérielle
locale (apparition retardée). cardiaque) sans lésion vertiges, ataxie, troubles pulmonaire a été rapportée
Les signes systémiques cutanéomuqueuse visible de conscience) peuvent lors d’une ingestion
peuvent appa- initialement. Les signes apparaître, accidentelle de white- spirit
locaux apparaissent après notam chez un nourrisson .
quelques heures (douleur ment La pneumopathie
oropharyngée, La toxicité de l’eau de javel avec d’inhalation est la
rétrosternale, dépendlésionde sa concentration les complication principale de
blanchâtre cutanée qui en chlore. solvant l’ingestion de solvants.
évoluera vers la nécrose). s très Elle se manifeste par une
L’électrocardiogramme volatils toux avec dyspnée, un
montre des signes d’hypo- (acéton épisode de désaturation,
calcémie (allongement du e, une douleur basi-
QT, ondes T amples et solvant thoracique et une
pointues) et s hyperthermie. La
d’hypomagnésémie chlorés radiographie pulmonaire
(allongement de QT, sous- , retrouve des opacités
décalage de ST, essenc floconneuses, souvent
hyperexcitabilité es). bilatérales (avec une
myocardique). Sur le plan Lors prédominance droite), non
biologique, la nécrose d’une systématisées. Les opacités
tissulaire entraîne une ingesti confluent ensuite pour
acidose métabolique et une on constituer une
hyperkaliémie. massiv condensation homo- gène
e, des systématisée alvéolaire qui
trou- se résorbe et guérit en un
Solvants
bles de mois.
Ce sont les détachants
conscie
textiles « à sec » à base de
nce
white-spirit ou d’essences
majeur PRISE EN
légères, cire liquide,
s sont à CHARGE DES
encaustique : plus le pro- INTOXICATIONS
redou-
duit est fluide, plus la
ter
formulation est riche en
pouvan La prise de contact avec un
solvants (essence de
t se centre antipoison, lui
térébenthine, glycols ou
compli donner le nom exact du
hydrocarbures pétro- liers).
quer produit en cause (dans la
Les liquides de rinçage
d’un mesure du possible, avoir
pour lave-vaisselle en
choc l’étiquette ou le produit
machine et les
avec sous les yeux) offre au
assouplissants textiles sont
acidose méde- cin appelé au chevet
généralement à base d’iso-
métabo du patient la possibilité
propanol et de tensioactifs
lique. d’une prise en
cationiques. Les liquides
Des
lave- vitres ne contiennent
convul
plus actuellement d’éthers
- sions
de glycol mais des alcools
sont
(éthylique, isopropylique).
possibl
Leur ingestion peut faire
es mais
apparaître nausées,
relèven
Produit ménager

Moussant Solvant
liquide vaisselle, savon,
Caustique
(pH < 2 ou pH > 12) Détachant, encaustique
lessive pour le linge à la main
ex: antirouille, décape' four
déboucheur de canalisations

Pas de toux
Toux Hospitalisation produit très volatile
Pas de
Signes évoquant Bilan clinique et/ou
sd de pénétration
une fausse route Endoscopie Toux, vomissements
(ORL, digestive, bronchique)

Reste à domicile
Consultation Hospitalisation
Diète hydrique 2h Endoscopie
auscultation pulmonaire Transport en PLS
Gel de polysilane Si symptômes présents,
diète hydrique 2h Régime sans lait ni graisse
si lésions buccopharyngées
gel de polysilane +/- huile de paraffine gélifiée
ou ingestion sûre

stade O
stade I - IIa stade IIb - III stade IV

si lésions buccales :
alimentation orale alimentation par sonde Chirurgie
Rinçage prolongé,
protection gastrique ou parentérale Unité de soins intensif
Soins locaux
contrôle endoscopique? antisécrétoire (ipp)
Soins buccaux si + contrôle endoscopique

dilatation si sténose
stade III b
sonde de calibration
Chirurgie envisagée

Figure 1. Arbre décisionnel : conduite à tenir lors de l’ingestion accidentelle d’un produit ménager, en prenant en compte de ses
propriétés physicochimiques principales : moussant, caustique ou solvant.

Il n’y a pas d’antidote pour les produits ménagers.


Tableau 5 Le traitement est symptomatique pour de nombreux trou-
Contre-indications aux vomissements provoqués. bles : remplissage en cas d’hypovolémie, contrôle de l’aci-
dose métabolique, intubation et ventilation contrôlée en
– Ingestion de caustiques ; présence de trouble de conscience ou de détresse respira-
– Ingestion de produits moussants ;
toire.
– Ingestion de solvants pétroliers ;
– Troubles de conscience. cas d’ingestion de produits corrosifs. Il faut ôter les
vêtements souillés et laver à l’eau la peau souillée.

charge thérapeutique adaptée, permettant bien souvent


d’éviter une hospitalisation inutile (figure 1).

Intoxications par ingestion


Prise en charge commune
à tous les produits ménagers
Quel que soit le produit absorbé accidentellement, la
prise en charge doit être simple et surtout
éviter la mise en œuvre de mesures
intempestives qui aggraveraient une
intoxication initialement bénigne. Les
vomissements provoqués ainsi que le
lavage gastrique sont contre-indiqués (à
une exception près : ingestion massive d’acide fluor-
hydrique et lavage gastrique précoce) (Tableau 5). De
même, il faut proscrire toute absorption de liquide ainsi
que la pose d’une sonde gastrique car elle augmente le
risque de reflux et celui de perforation de l’œsophage en
Prises en charge spécifiques suicidaire nécessitant une prise en
Risque moussant charge psychologique ou en cas d’inges-
Dans les intoxications par agents moussants, il faut tion massive par un sujet souffrant de
proscrire toute absorption de liquide qui ferait mousser le troubles mentaux (maladie d’Alzheimer
produit ménager, favoriserait les vomissements et pourrait par exemple).
entraîner une pneumopathie d’inhalation. On recommande
une res- triction hydrique durant au moins 2 heures et on Risque solvant
propose un pansement digestif type « gel de polysilane® » – Il faut proscrire le lait qui pourrait faciliter l’absorption
qui aurait des propriétés antimoussantes ou, plus digestive de certains solvants et hydrocarbures liposolubles
simplement, de la mie de pain pour absorber la mousse. et aggraver l’intoxication. Un régime « sans lait, ni graisses
L’hospitalisation n’est pas » doit être préconisé pendant 48 heures. La prescription
nécessaire en dehors de tout contexte d’huile de paraffine gélifiée peut aider à l’élimination diges-
tive des solvants. Le charbon activé en suspension aqueuse chique) reste nécessaire en cas de symptômes digestifs
(Carbomix®) est inutile car il n’adsorbe pas les hydrocarbu- (dou- leurs digestives, hypersialorrhée, dysphagie ou
res ; par ailleurs, il peut être à l’origine de vomissements. douleur à la déglutition), de lésions buccopharyngées
Tout tableau symptomatique (toux, vomissements, trouble (brûlures, ulcéra- tions, œdème), de signes respiratoires
de conscience) impose une hospitalisation, notamment pour (toux, stridor, tachyp- née) ou d’ingestion avérée de
les solvants très volatils ou à faible tension de surface. La caustiques forts (même asymptomatique) car l’absence de
tem- pérature est surveillée pendant 48 heures ; toute fièvre lésions buccopharyngées n’exclut pas la possibilité de
ou toux doivent faire évoquer une pneumopathie chimique lésions œsogastriques sévères . Certains auteurs
pas- sée inaperçue. Le traitement de cette pneumopathie est recommandent une fibroscopie bronchique systématique en
symptomatique ; l’antibiothérapie prophylactique est habi- présence de lésions digestives de stade II ou plus.
tuelle et la corticothérapie ne semble pas réduire la durée de
L’existence d’une dyspnée laryngée doit faire redouter une
l’évolution.
inhalation bronchique du caustique (fausse route).
Risque irritant L’examen endoscopique permet de guider la
Il faut proposer l’administration d’un pansement digestif ou thérapeutique selon les lésions constatées (Tableau 6) :
intestinal après le rinçage de la bouche et éventuellement – stade bénin (I-IIa) : reprise de l’alimentation orale, retour
une dilution. L’hospitalisation n’est pas nécessaire en à domicile en l’absence de symptômes respiratoires ou pha-
dehors de toute circonstance nécessitant une prise en charge ryngés. Soins locaux en cas de brûlures buccales. Un
psy- chiatrique. contrôle endoscopique n’est pas nécessaire ;
– stade sévère (IIb-III) : poursuite de l’alimentation paren-
Risque caustique térale (ou entérale par jéjunostomie), administration
L’hospitalisation est systématique dans les ingestions de d’antalgiques (paracétamol ou morphiniques) et d’antisé-
caustiques, pour bilan lésionnel (clinique et endoscopique). crétoires IV (inhibiteurs de la pompe à protons). L’adminis-
On doit proscrire toute dilution et toute tentative de neutra- tration de fortes doses de corticoïdes reste controversée ;
lisation qui favoriseraient les vomissements. Il faut mettre elle semblerait efficace dans la prévention des sténoses
au repos le tube digestif (alimentation parentérale) et ne pas cicatricielles de l’œsophage pour les stades endoscopiques
administrer de charbon activé. La présence de signes clini- IIb, uniquement à condition de les administrer précoce-
ques de perforation (emphysème sous-cutané, disparition de ment, à forte dose, en intraveineux et de façon prolongée
la matité pré-hépatique) impose la chirurgie d’emblée. (au moins 12 jours IV puis relais per os 15 jours).
L’examen endoscopique (ORL, œsogastroduodénal, bron- L’antibiothérapie préventive probabiliste est surtout indi-

Tableau 6
Choix thérapeutique selon les stades endoscopiques lors d’une ingestion accidentelle de caustiques.

Stade Pas de lésion Pas de traitement


0 Retour à domicile (si examen clinique normal)

Stade I Érythème, œdème, pétéchies au niveau œsophage Pansement digestif


Stade A : ulcérations superficielles linéaires de l’œsophage Retour à domicile (si examen clinique normal)
II Pas de contrôle endoscopique
B : ulcérations superficielles circonférentielles avec ou sans Hospitalisation
lésions gastriques Alimentation parentérale ou par sonde
nasogastrique Antalgique (Perfalgan)
Stade A : ulcérations profondes localisées œsophagiennes,
III éventuellement gastriques Antibiothérapie probabiliste (III)
Antisécrétoire (oméprazole)
B : ulcérations profondes étendues, aspect nécrotique. Contrôle endoscopique à J3-J10 et à 3
mois Pour les III B : chirurgie éventuelle

Stade Perforation Chirurgie d’emblée


IV
quée en cas de lésions nécrotiques ou de perforation. La sur 10 min chez l’adulte, 25 à 50 mg/kg chez l’enfant (à
cicatrisation des lésions digestives doit être contrôlée par diluer pour obtenir une solution à 10 mg de sulfate de
endoscopie (vers le 3e puis 8e ou 10e jour selon l’évolu- magnésium par ml de solution).
tion). La reprise de l’alimentation est autorisée dès la
cica- trisation. Un suivi endoscopique doit être poursuivi Projections oculaires et/ou cutanées
pour les stades IIb et III, afin de dépister des sténoses Quel que soit le produit, il faut rincer le site de projection
cicatriciel- les dans les 1 à 2 mois qui suivent l’ingestion. rapidement et de façon prolongée à l’eau claire.
Il faut noter que les brûlures graves secondaires à En cas de brûlures chimiques (acide, base ou oxydant), un
l’ingestion de pro- duits alcalins sont potentiellement traitement local associant désinfection et application de
carcinogènes à long terme . crème type « Flammazine® » est proposé jusqu’à guérison
En cas d’ingestion volontaire de caustiques ou de lésions des lésions.
endoscopiques de stade II b, III ou IV, la prise en charge est Quand le produit ménager contient un tensioactif cationi-
pluridisciplinaire (endoscopiste, ORL, réanimateur et que, le rinçage à l’eau doit être suivi d’un examen ophtalmo-
chirur- gien), en milieu de soins intensifs ou en réanimation, logique à la recherche d’une atteinte cornéenne.
compte tenu des risques de nécroses tissulaires profondes,
de détresse respiratoire et d’éventuelles toxicités
systémiques. La chirurgie est indiquée dans les stades III
gastriques (gas- trectomie d’emblée pour de nombreux
auteurs) ou œsogastri- ques, afin de prévenir toute
perforation ou la diffusion du caustique aux structures
voisines (médiastin, péritoine), compte tenu de la forte
mortalité de ces complications .

Cas particulier des antirouilles


En cas d’ingestion certaine, l’hospitalisation en milieu spé-
cialisé est indispensable, afin d’assurer une surveillance
élec- trocardiographique (espace QT, extrasystolie) et
biologique (calcémie). Il faut administrer du calcium per os
(ampoules de CaCl2 à 5 % par exemple) pour précipiter le
fluorure en sels insolubles non résorbables. En milieu
hospitalier, en fonction de la calcémie, on administre très
lentement (20 minutes) du calcium IV à la dose de charge
de 0,1 à 0,5 ml de gluconate de calcium (à 10 %) par kg de
poids chez l’enfant, ou 2,5 g de gluconate de calcium chez
l’adulte (dilué dans 250 ml de soluté glucosé à 5 %) en
perfusion intraveineuse très lente (30 minutes), puis relayée
par une perfusion continue à adapter selon la calcémie. En
cas d’hypomagnésémie, on administre du sulfate de
magnésium à la dose de 2 à 4 g dilués dans 100 ml et passés
Tableau 7
Préparation pour les brûlures cutanées par l’acide fluorhy-
drique.

Préparation magistrale (gel) à conserver à +4 °C

– carbopol 934 : 2 g ;
– gluconate de calcium : 2 g ;
– eau : 100 ml ;
– triéthanolamine : 2,7 g (qsp pH à 7).

Les projections oculaires d’eau de javel entraînent une


hype- rhémie conjonctivale et une douleur immédiate. Si le
contact est prolongé du fait d’une absence de rinçage
immé- diat, et quelle que soit la concentration du produit, il
faut effectuer un examen ophtalmologique car
l’hypochlorite de sodium est responsable d’ulcération de la
cornée.
Pour le cas particulier des antirouilles à base d’acide
fluorhydri- que ou de bifluorure d’ammonium, on applique
une prépara- tion magistrale (Tableau 7) associant du
Carbopol gel avec du gluconate de calcium ou plus
simplement des compresses imprégnées de chlorure de
calcium (1 g dilué dans 100 ml) sur les lésions cutanées. Il
est important de maintenir ces compres- ses humides
jusqu’à la guérison. Ce traitement doit être pré- coce car il
est inefficace sur les lésions de nécrose constituée. Les
injections de calcium par voie sous-cutanée ou intra-arté-
rielle sont à proscrire.

CONCLUSION

Les intoxications par les produits ménagers restent fréquen-


tes. Dans la majorité des cas, le contact est accidentel et
l’évo- lution reste bénigne. Mais, parfois, ces intoxications
revêtent une gravité particulière, notamment lors de
tentatives de sui- cides, nécessitant une prise en charge
rapide (SAMU) et plu- ridisciplinaire (réanimateur,
chirurgien, toxicologue…).

RÉFÉRENCES

1. Garnier R. Produits domestiques. In: Bismuth C, ed. Toxicologie clinique


(5e ed.), Paris, Médecine-Sciences Flammarion, 2000:425-58.
2. Rambourg-Schepens MO, Rebouissoux L. Intoxications par les produits
ménagers. In: Bedry R, Llanas B, Danel V, Fayon M, eds. Guide pratique
de toxicologie pédiatrique. Paris, Arnette, 2002;105-16.
Il n’y a pas d’antidote
pour les produits ménagers.