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N° 11/00049 du 25/01/2011 ------------------------ AC/DP

COUR D'APPEL DE DOUAI OR DONN A NC E


APPELANT : Monsieur le Préfet du Nord représentant L'Etat Français, représenté par Maître
DEREGNAUCOURT, avocat au barreau de LILLE
Non comparant
Représenté par Maître CHANTRAINE, Avocat au barreau de DOUAI
PRESIDENT DELEGUE :
Alain COURTOIS, président de chambre, désigné par ordonnance du 22 novembre 2010 pour
remplacer le premier président empêché
GREFFIER : Danielle PRZYBYLSKI DEBATS : à l'audience publique du 25/01/2011 à 9h30
ORDONNANCE :donnée publiquement à Douai, le 25/01/2011 à
* **
N° 11/00049 - AC/DP - 2ème page Le président de chambre délégué,
Vu les articles L-551-1 à L-554-3 et R 551-1 à R 553- 17 du code de l'entrée et du séjour des
étrangers et du droit d'asile ;
Vu l'arrêté de remise aux autorités norvégiennes du Préfet du Nord en date du 20 janvier 2011
notifié à Monsieur M. R. ressortissant afghan, le même jour à 9h45 ;
Vu l'arrêté du Préfet du Nord en date du 20 janvier 2011 prononçant la rétention administrative de
Monsieur M. R., dans les locaux ne relevant pas de l'administration pénitentiaire,
INTIME :
M. M. R.
né en 1986 à BAGLAN ( AFGHANISTAN)
de nationalité Afghane
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décision notifiée à l'intéressé le même jour 9h45 ;
Vu l'ordonnance rendue le 22 Janvier 2011 notifiée à 12h45 par le juge des libertés et de la
détention du Tribunal de Grande Instance de, qui a rejeté la demande de l'autorité administrative
tendant à retenir Monsieur M. R. dans les locaux ne relevant pas de l'administration pénitentiaire ;
Vu l'appel interjeté par Préfet du Nord par déclaration du 24 janvier 2011 reçue au greffe de la Cour
d'Appel de ce siège à 9h43 ;
Vu les convocations adressées à l'intéressé (CRA), à l'avocat, au préfet et au procureur général, Ouï
la plaidoirie de Maître DEREGNAUCOURT Ouï la plaidoirie de Maître CHANTRAINE Avocat de
l'intéressé qui a eu la parole en dernier DÉCISION
Au soutien de son recours, le préfet appelant, fait valoir que c'est à tort que le premier juge a rejeté
sa requête car le motif d'irrégularité de la procédure soulevé devant lui et accueilli par lui manque
en fait puisque la personne concernée a reçu, avec la notification de ses droits en rétention, avec le
truchement d'un interprète dans la langue choisie par lui, une parfaite information de ses droits issus
de la directive européenne 2008/115/CE en ce qui concerne les organisations et instances nationales,
internationales et non-gouvernementales au sens des paragraphes 4 et 5 de l'article 16 de cette
directive et s'est vu remettre un exemplaire du règlement intérieur du centre de rétention
administrative, sans qu'il puisse être reproché à l'administration de lui avoir remis un règlement
intérieur non traduit dans la langue choisie par la personne concernée dans la mesure où ni cette
directive ni les règles internes ne l'imposent et alors que la personne concernée s'est vu exposer, par
deux procès-verbaux, l'ensemble des droits dont elle dispose au centre de rétention administrative.
En conséquence, l'appelant demande que soit infirmée l'ordonnance entreprise et ordonnée la
prolongation de la rétention administrative.
À l'audience le préfet est représenté par un avocat qui déclare maintenir cet appel et les motifs de la
déclaration d'appel qu'il développe oralement au soutien d'une demande d'infirmation de
l'ordonnance entreprise et de prolongation de la rétention administrative.
La personne concernée ne comparaît pas mais est représentée par un avocat qui demande la
confirmation de l'ordonnance entreprise pour irrégularité de la procédure avec remise en liberté de
cette personne par adoption des motifs du premier juge.
Sur ce :
Attendu qu'il est ici fait renvoi par référence expresse et intégrale à la déclaration d'appel et à
l'ordonnance entreprise susvisées pour valoir exposé de la teneur respective de cette déclaration et
de la motivation du premier juge ;
A / Sur la procédure :
Sur le motif tiré de la violation des paragraphes 4 et 5 de l'article 16 de la directive
2008/115/CE :
Attendu que l'article 20 de la directive 2008/115/CE prévoit que les États membres mettent en en
vigueur les dispositions législatives, réglementaires et administratives nécessaires pour se
conformer à la présente directive au plus tard le 24 décembre 2010 ;
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Attendu que le paragraphe 4 de cet article 16 de cette directive 2008/115/CE prévoit que les
organisations et instances nationales, internationales et non-gouvernementales compétentes ont la
possibilité de visiter les centres de rétention visées au paragraphe 1, dans la mesure où ils sont
utilisés pour la rétention des ressortissants de pays tiers conformément au présent chapitre ; ces
visites peuvent être soumises à une autorisation ;
Attendu que le paragraphe 5 de ce même article prévoit que les ressortissants de pays tiers placés en
rétention se voient communiquer systématiquement des informations expliquant le règlement des
lieux et énonçant leurs droits et leurs devoirs, ces informations portent notamment sur leur droit,
conformément au droit national, de contacter les organisations et instances visées au paragraphe 4 ;
Mais attendu qu'il résulte, en l'espèce, des mentions du procès-verbal de notification et exercice
effectif et immédiat des droits liés au placement en rétention administrative que la personne
concernée a été, avec le truchement d'un interprète dans la langue choisie par elle, « informée
qu'elle a la possibilité de contacter toutes organisations et instances nationales, internationales et
non-gouvernementales compétentes de son choix et que ces dernières ont la possibilité de lui rendre
visite au sein du centre de rétention sur simple demande » ;
Attendu qu'il en résulte que ce motif d'irrégularité manque en fait, la présence de cette mention dans
ce procès-verbal permettant de constater que sont ici remplies les exigences de la directive susvisée
en ce qui concerne le principe de l'information relative à ces organisations et instances ;
Attendu, en outre, que les dispositions des paragraphes 4 et 5 de l'article 16 de la directive
2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil, sont, précisément, issues non d'un règlement
européen mais d'une directive européenne ;
Attendu que, si un règlement européen est directement applicable en droit interne, une directive
nécessite, par nature, une transposition et que, si un règlement, dès son entrée en vigueur, peut être
directement invoqué, pour qu'une directive puisse être, elle-même, directement invoquée dans une
instance devant le juge national, c'est aux trois conditions cumulatives, et non alternatives suivantes :
' la transposition doit ne pas avoir été faite par l'État membre à la date fixée par la directive : cette
condition est ici remplie, le dernier jour pour le faire ayant été fixé par l'article 20, susvisé, de la
directive au 24 décembre 2010 ;
' la disposition invoquée de la directive doit porter sur un droit opposable par et à la personne
concernée: cette condition est ici remplie, s'agissant d'un droit relatif à la mise en oeuvre d'un
régime d'organisation des droits pendant une période de privation de liberté ;
' la disposition invoquée de la directive doit être inconditionnelle et précise ;
Attendu, sur cette troisième condition, que, si les paragraphes 4 et 5 de l'article 16 de la directive
2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil sont des dispositions inconditionnelles et
précises en ce qu'elles prévoient le principe d'une communication systématique des informations
portant, notamment, sur le droit, conformément au droit national, de contacter les organisations et
instances visées au paragraphe 4, reproduit ci-avant, de ladite directive, elles ne constituent pas des
dispositions précises en ce qui concerne les modalités pratiques de la mise en oeuvre de ce principe ;
Attendu, d'ailleurs, que cette directive, et sans qu'en soit aucunement excepté l'article 16 de celle-ci,
réfère expressément ces modalités au droit national des États membres ;
Attendu qu'il en résulte que la définition des modalités dont il s'agit ne relève pas, même alors que
les deux conditions sur les trois précitées sont remplies, du domaine de l'application ni de
l'invocation directes de la directive en tant que telle ;
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Attendu que le juge judiciaire civil, saisi par application des dispositions des articles L. 552 '1 et
suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne saurait, sans excéder les
pouvoirs et compétences qu'il tient à la fois des règles de droit européen et des règles de droit
interne, se déterminer en appliquant le principe de l'invocation directe de la directive dont il s'agit
en ce qui concerne une disposition de cette directive qui ne remplit pas cumulativement les trois
conditions précitées même si deux de ces trois conditions sont remplies ;
Attendu qu'il n'appartient pas au juge judiciaire de définir les modalités réglementaires de la mise en
oeuvre du principe de communication systématique des informations portant notamment sur le droit
de l'étranger de contacter les organisations et instances précitées et sur les possibilités pour ces
organisations et instances de le visiter ;
Attendu que c'est ainsi, notamment, que la directive précitée n'impose pas que les mentions relatives
aux contacts de la personne concernée avec les organisations et instances précitées figurent dans le
règlement intérieur remis à celle-ci et que, dès lors que l'information susvisée a été communiquée
dans les conditions précitées, le fait que l'exemplaire du règlement intérieur remis à l'étranger ne
mentionne pas cette possibilité de contacter ces organisations et instances et d'être visité par elles
est inopérant ;
Attendus que la même directive ne comporte pas de dispositions précises, notamment pas dans les
paragraphes 4 et 5 de son article 16, relatives à une obligation de traduction du règlement intérieur
du centre de rétention et ne prévoit, par une disposition précise, que le principe de la
communication systématique d'informations expliquant le règlement des lieux ;
Attendu que, même si le règlement intérieur de ce centre de rétention administrative ne se trouve
pas traduit dans la langue choisie par l'intéressé, aucun élément de la procédure ne vient contredire
le fait, d'ailleurs relevé par le premier juge, que le règlement intérieur dont il s'agit est affiché en 7
autres langues outre le français, alors même que, sans que le contraire soit, d'ailleurs, même allégué
d'aucune part, la traduction et l'affichage de ces traductions de ce règlement intérieur de ce centre de
rétention administrative y sont effectifs dans des conditions conformes aux dispositions des alinéas
3 et 4 de l'article R. 553 ' 4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et alors
que le principe de la communication systématique d'informations expliquant le règlement des lieux
se trouve respecté par le fait que, en l'espèce, ces informations ont été données à l'intéressé, avec le
truchement d'un interprète dans la langue choisie par lui, selon les termes respectifs
complémentaires du procès-verbal de notification des droits en rétention et au centre de rétention
administrative et du procès-verbal d'exercice effectif et immédiat des droits liés à la rétention
administrative figurant tous les deux à la procédure ;
Attendu, en conséquence, qu'il n'y a pas lieu de faire droit à ce motif d'irrégularité de la procédure,
retenu à tort par le premier juge comme l'appelant l'a soutenu à juste titre ;
B / Sur le fond :
Attendu que, la constatation de l'irrégularité de la procédure ne recevant pas, pour la raison ci-
dessus, effet par la présente ordonnance, le juge judiciaire civil, en présence d'une procédure non
déclarée irrégulière, saisi par application des dispositions des articles L. 552 ' 1 et suivants du code
précité, doit prononcer l'une des deux mesures que sont la prolongation de la rétention
administrative ou l'assignation à résidence ;
Mais attendu que, aux termes des dispositions de l'article L. 552 '4 de ce dernier code, l'assignation
à résidence ne peut être ordonnée, à titre exceptionnel qu'après remise à un service de police ou à
une unité de gendarmerie de l'original du passeport, et que cette remise préalable, condition
obligatoire pour une assignation à résidence, s'entend d'un passeport en état de validité ;
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Attendu que, en l'espèce, la personne concernée n'a pas effectué une telle remise et qu'il en résulte
que les conditions de la prolongation de sa rétention, telle que demandée par le préfet dans sa
requête au juge des libertés et de la détention, sont réunies et qu'il y a lieu d'infirmer l'ordonnance
entreprise ;
Par ces motifs,
Déclare l'appel recevable ; Infirme l'ordonnance entreprise et, statuant à nouveau : Ordonne la
prolongation pour une durée maximale de 15 jours de la rétention administrative de Monsieur M. R.
à compter du 22 janvier 2011 à 09 h 30 ; LE GREFFIER LE PRESIDENT DE CHAMBRE
DELEGUE Danielle PRZYBYLSKI Alain COURTOIS Décision notifiée le 25/01/2011, à -
L'intéressé - Avocat - Monsieur le préfet du NORD - Monsieur le procureur général - JLD de
LILLE le greffier
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