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Avant-propos XV

La mutation sociale est porteuse de constellations de valeurs. Cer-


taines dominent et d’autres sont en émergence. Il importe d’abord
de discerner ces valeurs et de tenter de surmonter leurs oppo-
sitions, pour pouvoir un jour tracer de nouveaux chemins de
sagesse. Ce sont là des défis et des dilemmes éthiques relativement
inédits, que la société dans son ensemble et les établissements
d’éducation en particulier ont aujourd’hui la tâche d’essayer de
relever. […] Elle requiert, tant pour les éducateurs que pour les
élèves, ni plus ni moins que le développement d’une compétence
éthique qui baigne, en quelque façon, dans « l’air du temps ».
Conseil supérieur de l’éducation (1990, p. 32-33)

Nombreux sont les défenseurs d’une éducation soucieuse de contri-


buer au développement des jeunes en tant que sujets éthiques (CSE,
1998). Nombreuses aussi sont les appellations pour désigner cette
intention éducative dans le parcours scolaire (éducation à la citoyen-
neté, éducation civique, éducation morale, éducation aux valeurs
[MEQ, 1996, p. 54], éducation éthique [Daniel, 1997 ; Giroux, 1997],
enseignement moral, cours de morale, etc.), indiquant tantôt un
domaine d’apprentissage, tantôt une discipline scolaire (Audigier,
1999). Bien que les objectifs puissent diverger d’une appellation ainsi
que d’un auteur à l’autre, il n’en demeure pas moins que la visée
commune est celle de former la personne au mieux-être et au vivre
ensemble. Or, force est de constater que, malgré l’unanimité des
réformes actuelles en éducation pour cette mission éducative (MEQ,
2001 ; CSE, 1998), les mécanismes spécifiquement mis en œuvre pour
éduquer le sujet éthique restent passablement lacunaires, notamment
parce que le temps consacré à cette « tâche éducative essentielle »
(CSE, 1990) manque ; parce que la « place de l’éthique en tant que
formation du futur maître » (Morin, 1998) est déficiente ; parce que
les approches privilégiées s’inscrivent dans les limites de la formation
du raisonnement moral formel et abstrait ; ou parce que le contenu
éducatif se trouve parfois réduit à un « catalogue de droits et d’obli-
gations », pour reprendre l’expression d’Audigier (1999).
Par le présent ouvrage, nous souhaitons contribuer à la forma-
tion des éducateurs soucieux d’une éducation du sujet éthique, d’une
éducation « morale », d’une éducation à « mieux faire, à mieux com-
prendre, à mieux être » (Reboul, 1992).
Bien des travaux en psychologie morale et culturelle, en philo-
sophie morale, en philosophie de l’éducation et en éducation morale
peuvent nous aider à faire de cette volonté éducative plus qu’une
intention louable. Parmi ceux-ci, notre collectif veut faire place à des
approches contemporaines qui prennent en compte le sujet pensant,
agissant, qui a une affectivité, est en relation, vit des expériences et

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Édifice Le Delta I, 2875, boul. Laurier, bureau 450, Québec, Québec G1V 2M2 • Tél. : (418) 657-4399 – www.puq.ca
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Tiré : Pour un renouvellement des pratiques d’éducation morale, Sous la direction de Nancy Bouchard, ISBN 2-7605-1151-0 • D1151N
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XVI Pour un renouvellement des pratiques d’éducation morale

s’inscrit dans un contexte. L’intention est donc d’ouvrir les possibi-


lités d’intervention à différentes approches pour rejoindre les jeunes
tant dans leur expérience que dans leurs relations, leur affectivité,
leur capacité à argumenter dans la discussion, à se laisser interpeller
par les histoires, les leurs, celles des autres, celle d’Autrui.
Cet ouvrage s’adresse aux étudiantes et étudiants en formation
des maîtres, et ce, tant pour le primaire que pour le secondaire ; aux
enseignantes et enseignants en exercice qui souhaitent contribuer acti-
vement à l’éducation morale des jeunes et qui acceptent de remettre
en question leurs pratiques actuelles ; aux animatrices et animateurs
de vie spirituelle et d’engagement communautaire soucieux de mettre
en place des activités qui permettent à l’élève de jouer un rôle actif
au sein de la communauté ; aux directions d’école désireuses d’établir
un conseil d’établissement et un conseil de classe qui respectent le
caractère démocratique que doivent revêtir de tels conseils ; aux dif-
férents intervenants qui œuvrent auprès des jeunes, par exemple les
éducateurs en centre jeunesse, préoccupés par une telle éducation
morale. Bref, il s’adresse à tout éducateur qui cherche à « développer
une compétence éthique pour aujourd’hui » (CSE, 1990).
Dans le premier chapitre, Raymond Laprée nous présente
l’approche de la Clarification des valeurs (fondée par Raths, Harmin
et Simons) « nouvelle manière ». En effet, en s’appuyant sur ses travaux
théoriques et pratiques, il repense l’approche de la Clarification des
valeurs en « incorporant un processus d’exploration symbolique de
soi au processus trop strictement fonctionnel » de cette approche.
S’inspirant des travaux de Gilbert et d’Yves Durand à propos des uni-
vers imaginaires, Laprée développe une « psychagogie des valeurs ».
Au chapitre 2, Claude Gendron nous décrit les principales carac-
téristiques de l’approche de la sollicitude. Elle traite principalement
des fondements de cette approche pour l’éducation morale, à partir
des travaux de la philosophe de l’éducation Nel Noddings. Elle montre
« comment la nature de ces fondements élargit les territoires tradi-
tionnellement assignés à l’éducation morale, lesquels ont longtemps
été circonscrits par la formation du jugement, une visée d’autonomie
et l’apprentissage de la délibération morale ».
Au chapitre 3, Lucille Roy Bureau partage sa vision critique à
propos du retour de l’éducation du caractère que connaît actuelle-
ment l’école américaine, une éducation qui a longtemps « habité » la
réflexion philosophique sur l’éducation et qui s’est vue déclassée au
cours des dernières décennies pour récemment revenir en force
devant « l’importance et l’urgence, pour notre temps, de doter les
jeunes d’une solide culture morale, de les aider à développer leur sens
moral et de les former à la pratique des “excellences morales” ».

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Avant-propos XVII

Au chapitre 4, Claudine Leleux brosse un tableau rapide de


l’influence du scientisme, de l’heideggérianisme, du nietzschéisme et
du marxisme sur l’éducation morale pour ensuite nous amener sur le
terrain du philosophe allemand Jürgen Habermas et de l’éthique de
la discussion que celui-ci propose. Inscrite dans une perspective
d’éducation morale, cette éthique vise l’apprentissage d’un discerne-
ment moral et d’une argumentation morale qui prend en considéra-
tion le vécu des personnes concernées dans la discussion.
Au chapitre 5, Ronald Morris présente une articulation entre une
approche narrative axée sur le récit de sa propre expérience morale,
telle que celle développée par les psychologues moraux américains
Tappan et Brown, et une approche narrative qui s’inspire des « his-
toires pertinentes d’autrui » (romans, contes, pièces de théâtre, poésie,
biographies, films), ainsi que le suggèrent entre autres Johnson,
Abrams et Nussbaum. Ce faisant, Morris propose une éducation
morale qui permet de « penser avec sa propre histoire et avec les
histoires d’autrui ».
Enfin, au chapitre 6, l’éthique reconstructive du philosophe
français Jean-Marc Ferry est proposée à titre d’approche favorisant
l’articulation entre la perspective contextualiste et la perspective pro-
cédurale. Tout en superposant des écrits d’adolescents tirés de mes
travaux empiriques, j’expose brièvement comment les registres de
discours (que sont la narration, l’interprétation, l’argumentation et
la reconstruction) peuvent servir dans le développement des compé-
tences communicationnelles et réflexives dans le contexte éducatif.
L’option présentée ici est celle d’une éducation à la reconnaissance
réciproque des personnes.
Prêter une attention particulière à l’éducation morale des jeunes
est un incontournable en éducation. Comment cette éducation
devrait-elle et peut-elle se faire ? Pour tenter de répondre à cette
double interrogation, nous proposons ici des approches stimulantes
et novatrices qui permettront aux éducateurs de mettre en œuvre des
manières d’éduquer de nature à susciter chez les jeunes « la question
éthique par excellence : suis-je satisfait de la sorte d’être humain que
je suis et que je deviens par mes actes ? » (Giroux, 1997, p. 72).
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XVIII Pour un renouvellement des pratiques d’éducation morale

BIBLIOGRAPHIE
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CONSEIL SUPÉRIEUR DE L’ÉDUCATION – CSE (1990). Développer une compétence
éthique pour aujourd’hui : une tâche éducative essentielle, Québec, Les Publi-
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CONSEIL SUPÉRIEUR DE L’ÉDUCATION – CSE (1998). L’éducation à la citoyenneté,
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DANIEL, M.-F. (1997). La philosophie et les enfants, Bruxelles, De Boeck.
GIROUX, A. (1997). « Pour l’éducation éthique postmoderne, quelle rationa-
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MINISTÈRE DE L’ÉDUCATION DU QUÉBEC – MEQ (1996). Rénover notre système
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MINISTÈRE DE L’ÉDUCATION DU QUÉBEC – MEQ (2001). Programme de formation
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REBOUL, O. (1992). Les valeurs de l’éducation, Paris, Presses universitaires de
France.

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