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enda europe – environnement, développement, action

Actes de la
Rencontre débat sur la recherche-action,
les ONG et les chercheur-e-s
A l’occasion de l’Assemblée Générale d’Enda Europe

15 mai 2009, Paris, Mairie du XIème arrdt

« La recherche qui ne produit que des livres


ne suffit pas » (Kurt Lewin, 1946)

Sommaire
Introduction par Annelaure Wittmann, coordinatrice d’Enda Europe .................................................... 2

La recherche-action à Enda, une pensée critique en action par Jean-Jacques Guibbert,


chercheur à l'université Toulouse le Mirail, membre d'Enda................................................................... 6

Recherche-action avec les femmes sur le logement et la ville : convergences et alliances en


France et Colombie, par Marie Dominique de Suremain, urbaniste, membre d'Enda, et Dominique
Poggi, sociologue .................................................................................................................................. 21

Recherche pour le développement et recherche action, même combat? Conditions de


réconciliation sur le « terrain » (France, Cameroun, Côte-d’Ivoire et Burkina Faso) par Georges
Courade, directeur de recherches honoraire à l’IRD, vice-président de La Cade (Coordination pour
l’Afrique de Demain) .............................................................................................................................. 26

Recherche-action, genre et développement - Maison des femmes en Casamance et Diagnostic


territorial participatif de genre au Maroc par Marie-Lise Semblat, présidente du réseau ASTER-
international, enseignante à l’université Paris 3 et au Collège coopératif…………………………......27

Transdisciplinarité et recherche-action: l'exemple de Madagascar (ATT-CRUD, Action


Thématique Transdisciplinaire-Centre de ressources universitaires pour le Développement),
l'exemple du Cameroun (CRT, Centre de Ressources Technologiques Université/Industries)
par Jacques NEMO/Jean-Claude RABEHERIFARA, CILDA-Université de Paris Ouest-La Defense.. 33

Débat avec les participants, animé par Gustave Massiah, président du CRID (Centre de Recherche
et d’Information sur le développement) ................................................................................................. 34

Annexes................................................................................................................................................ 36

Actes de la rencontre-débat sur la recherche-action, 15.05.2009, Enda Europe 1/40


Introduction par Annelaure Wittmann, coordinatrice d’Enda Europe

ème
Merci à toutes et à tous d’avoir fait le déplacement et merci à la Mairie du XI arrondissement de
Paris pour la mise à disposition de cette magnifique salle. C’est une journée un peu particulière pour
Enda Europe puisque nous avons tenu ce matin notre AG et nous tenions à la poursuivre sous une
forme plus ouverte l’après midi avec un sujet qui nous tient à cœur : la recherche-action. Il s’agit d’un
vaste sujet que nous avons choisi d’aborder en 3 heures, dont 1h30 d’interventions et au moins 1h30
de débat. Je vais donc tenter d’introduire le sujet en quelques mots.

La recherche-action n’est pas un thème nouveau - sa conceptualisation date des années 1940 - mais
il a semblé qu’elle est plus que jamais d’actualité autant pour les ONG que pour les chercheurs.

Réformes de la recherche, désintérêt des jeunes pour les carrières scientifiques, souci d’efficacité et
d’opérationnalité renforcée, rejet des projets de développement imposés aux populations, conclusions
de projet de recherche qui restent dans des tiroirs… sont autant de facteurs qui poussent à une
convergence plus forte entre:
- d’une part les besoins des populations et la recherche ;
- et d’autre part la remontée des expériences de terrain et des conclusions des recherches aux
décideurs publics.

Bien que les principes qui animent la recherche-action pourraient s’appliquer à tous types de
recherche, elle a toutefois été principalement utilisée dans les sciences sociales et un peu moins
souvent dans les sciences dures.

Les origines de la démarche de recherche-action vue par quelques personnalités

Il ne s’agit pas ici de dresser la liste exhaustive de toutes les personnes de qualité qui ont peu à peu
donné corps à la recherche-action mais d’en citer un échantillon diversifié : un Américain d’origine
allemande, un Colombien et un Français « sénégalisé ».

Kurt Lewin

Cet intellectuel d’origine allemande, après voir démarré des études de médecine
et de biologie, s’est intéressé aux questions sociales dans le contexte des
années 20 et 30 : ses combats ont notamment été la lutte contre l’antisémitisme,
la démocratisation des institutions allemandes et le féminisme. Il a animé des
ateliers d’éducation pour adultes (ouvriers, femmes et hommes) avec ses
étudiants à Berlin. Il a fui le nazisme en 1933 pour rejoindre les États-Unis. Il a
mené ses premières recherches sur des thèmes liés à l’effort de guerre pendant
la Seconde Guerre Mondiale (rythme de travail dans les usines, inhibitions
alimentaires…).

Puis Kurt Lewin a été le premier à utiliser le terme de recherche-action dans un papier de 1946 intitulé
« Action Research and Minority Problems ». Il en donnait une définition très basique : « une recherche
sur les conditions et les effets de diverses formes d’action sociale et de recherche menant à une
action sociale », en ayant recours à « un cycle constitué d’étapes de planification, d’action et de
production de données à partir des résultats de l’action ».

Pour lui la finalité de la recherche-action était avant tout de résoudre les problèmes sociaux, ce qu’il a
d’ailleurs contribué à faire. Les deux exemples les plus connus sont les suivants :

1. Dans le contexte des tensions entre groupes de jeunes catholiques, juifs, noirs et protestants
dans les grandes villes des Etats Unis, la recherche-action dirigée par Lewin a montré que les
origines de ces tensions étaient les frustrations concernant les services de base défaillants
(logement, transport, loisirs…). Ainsi plutôt que d’envoyer ces jeunes en prison, un plan de
développement a été mis en œuvre – qui n’a pas résolu tous les ressentiments entre
communautés - mais qui a fortement contribué à diminuer les cas d’agression.

Actes de la rencontre-débat sur la recherche-action, 15.05.2009, Enda Europe 2/40


2. Lewin a été parmi les premiers à exiger des lois pour obliger les universités à admettre les
étudiants sur la base de leur mérite sans discrimination raciale ou religieuse.

Dans les années 60, la recherche-action a connu un déclin dans le milieu universitaire car elle était
associée à une forme de militantisme politique radicale. Mais, elle a dans le même temps été utilisée
de plus en plus au sein d’actions sociales de terrain et dans les approches pédagogiques, en Europe,
au Canada, mais aussi en Amérique du Sud et en Afrique.

Orlando Fals Borda

Un Colombien chercheur en sciences sociales, tiers mondiste,


qui s’est intéressé aux catégories socialement marginalisées
dans son pays : les indiens et les paysans furent l’objet de ses
premières recherches de terrain.
Il a dès 1959 déploré que la production de connaissance sur la
société colombienne soit l’apanage de chercheurs étrangers
avec leurs modes de pensée et concepts inappropriés. Ainsi, il a fondé l’une des premières ONG
colombiennes, la Fundación Rosca pour la recherche et l’action sociale, le premier programme de
sociologie du pays et la pratique de la recherche-action participative.

Sa conception était de « mettre les sciences sociales au service de la cause du peuple ». Il s’agissait
de produire les connaissances au niveau le plus proche de la base possible via « la création de
groupes de référence populaires pour que les ouvriers, les paysans et les indiens cessent d’être
1
inféodés spirituellement aux intellectuels » .

Jacques Bugnicourt (Enda)

Jacques Bugnicourt, issu d’un milieu rural (la Picardie), a eu un parcours


professionnel atypique : directeur de l’aménagement du territoire au Sénégal,
enseignant-chercheur, puis secrétaire exécutif à temps plein d’une ONG de
développement, Enda.

A partir de 1966, enseignant en aménagement du territoire au Sénégal à


l'IDEP (l'Institut Africain de Développement Economique et de Planification)
dirigée alors par l'économiste égyptien Samir AMIN, il refusait de faire de la
« formation climatisée », préférant emmener ses étudiants internationaux visiter des bidonvilles, des
champs, et des usines.
Le souci constant de Jacques Bugnicourt, d’une formation en sciences politique, était le rejet des
approches bureaucratiques, néo-coloniales et les « recettes du développement » toutes faites, et la
recherche d’alternatives, de modèles appropriés au contexte local en revendiquant l’originalité de
l’Afrique.

Il s’agissait de montrer, à partir d’actions de terrain, qu’on pouvait penser autrement, et faire
autrement. Selon ses termes : « La moitié du travail à Enda était et demeure avec les paysans et les
bidonvilles. L’autre moitié du travail c’est la bataille des idées (…) la liaison est indispensable. La
recherche est souvent une recherche-action, elle commence sur le terrain, elle retourne dans le
terrain. Le but n’est pas de faire une thèse ou un article dans les journaux ; le but est que ceux qui
prennent des décisions soient aussi près que possible de la population et des ressources qui sont là ;
que l’aide extérieure soit un appui et non pas que cette aide nous impose la direction de ce qu’il faut
2
faire (…) »
Enda a trop peu théorisé sur la recherche-action, a trop peu « modélisé » ses pratiques, mais en a fait
un fil conducteur dans la majorité de ses actions et ce sur des thèmes variés (que Marie Dominique et
Jean Jacques évoqueront).

1
Fals Borda, Orlando, 1979, Por la praxis : el problema de como investigar la realidad para transformarla,
Bogota, Tercer Mundo.
2
Entretien de Jacques Bugnicourt avec Makoto Katsumata PhD, International Peace Research Institute, Meiji
Gakuin University, Tokyo, Japan, 13 février 2001.

Actes de la rencontre-débat sur la recherche-action, 15.05.2009, Enda Europe 3/40


A titre d’exemple, on peut citer le programme TRAMIL, mis en œuvre dans les Caraïbes, qui a pour
objectif de valider scientifiquement les usages traditionnels des plantes médicinales.
Ce programme est animé en réseau d’universités caribéennes et de chercheurs partenaires, et
aujourd’hui autonomisé. Ses activités phares sont les suivantes :
- Enquêtes ethno-pharmacologiques sur les usages populaires des plantes médicinales
- Recherches en laboratoire
- Rédaction de monographies sur les usages de plantes médicinales
- Retour vers les populations avec des livrets pour la diffusion d’usages sains et sûrs
ème
- Production de savoir populaire, pas seulement par les « chercheurs » : avec l’Université du 3
âge à Cuba qui est une sorte d’université libre (principalement des femmes de 60 ans et plus,
détentrices d’un savoir immense sur les plantes médicinales)

Les résultats atteints sont de deux ordres :

- Au niveau social :Multiplication de jardins de plantes médicinales.


Structures de transformation et de commercialisation locale des plantes en Amérique Centrale.

- Au niveau politique :
Les partenariats avec les universités ont facilité la reconnaissance officielle des savoirs traditionnels.
Publications avec les ministères de la santé caribéens, ventes des plantes médicinales dans le réseau
de pharmacies officielles.
Intégration officielle de cours sur les plantes médicinales dans les cursus de médecine.

Les grands principes de la recherche-action

La recherche-action n’est pas une méthodologie « clés en main » mais un processus propre à chaque
équipe de chercheurs, qui forge ses propres outils.

Certains auteurs présentent systématiquement la recherche-action en opposition à la recherche


« classique » mais cette opposition nous a semblé peu pertinente car il n’est plus possible aujourd’hui
de mener une recherche en sciences sociales ou une recherche pluridisciplinaire de manière non
participative. L’interaction entre la recherche et la société civile est même encouragée par les pouvoirs
publics (Région Ile de France, Commission Européenne…).

On peut toutefois retenir quelques points clés d’une approche de recherche-action :

La finalité Le changement social est l’objet même d’une recherche –action.

« If you want truly to understand something, try to change it. » Kurt Lewin, 1946
« Faire une recherche sur la réalité, pour transformer cette réalité » Orlando Fals
Borda, 1979

C’est le changement social pris par les deux bouts :


- le changement à la base : ex des expérimentations de techniques
d’agroécologie…
- le changement dans les politiques publiques : le nécessaire
« changement d’échelle » sans lequel toute tentative de changement social
uniquement centré sur « la base » finit par s’essouffler.

Objectivité et Pas d’hypothèses ou de méthodologies préalables, aller-retour entre implication et


scientificité distanciation, l’influence du chercheur fait partie de la recherche.

Positionnement Position impliquée, relations horizontales et égalitaires : le chercheur s’efface car il


du chercheur n’est pas le seul à détenir le savoir. C’est un travail collectif.

Transparence Le chercheur explicite les enjeux de son enquête ainsi que son positionnement
auprès des « sujets » de l’enquête.

Production de Connaissance par une série de transformations individuelles et sociales, production

Actes de la rencontre-débat sur la recherche-action, 15.05.2009, Enda Europe 4/40


connaissances continue, en temps réel ; les intéressés participent à toutes les étapes : la
connaissance produite en situation révèle des éléments impossibles à obtenir par
des moyens classiques.

Ex 1 : la coopération allemande « Hilfe zur Selbsthilfe », les intéressés cherchent


eux mêmes des solutions à leurs problèmes et prennent des initiatives.

Ex 2 : la maïeutique définie par Henri Desroches, fondateur du collège Coopératif


(dont va parler Marie-Lise) comme la connaissance que chacun trouve par soi-
même et qui ne peut pas venir de l’extérieur : « Il s’agit d’accoucher, c’est-à-dire, de
transformer cette expérience vécue en projet de recherche à validité scientifique »

Outils de Peuvent être les mêmes que pour tout type de recherche : Qualitatif (entretien
production approfondi, monographie, autobiographie, enquête sociale) et interactif
(autoformation, dynamique de groupe, expérimentation) et même quantitatif
(données statistiques).

Analyse de la Logique de processus, auto- évaluation et auto- formation collective ;


connaissance
Ex : Lewin : “une action à un niveau réaliste toujours suivie par une réflexion
autocritique objective et une évaluation des résultats. Puisque notre but est
d’apprendre vite, nous n’aurons jamais peur de faire face à nos insuffisances. Nous
3
ne voulons pas d’action sans recherche, ni de recherche sans action” .

Restitution aux intéressés et analyse de leur feedback sur les analyses.


 la recherche-action est un dialogue

(adapté de Bazin, 2006 et de Gagel, 1995)

Je vais maintenant laisser la parole aux intervenants que nous avons choisi pour leur expérience très
riche et leurs complémentarités :
- équilibre de genre tout d’abord : 3 femmes et 4 hommes
- équilibre géographique : Amérique Latine, Europe et Afrique
- équilibre entre les personnes qui ont un profil plutôt « recherche » et d’autres plutôt « ONG »
(et le plus souvent les deux).

3
Cité par Marrow, 1972

Actes de la rencontre-débat sur la recherche-action, 15.05.2009, Enda Europe 5/40


La recherche-action à Enda, une pensée critique en action

Par Jean-Jacques Guibbert,


chercheur à l'université Toulouse le Mirail, membre d'Enda.
Le texte ci dessous constitue la version détaillée de l’intervention du 15 mai 2009.

I. LA RECHERCHE ACTION A ENDA : LES ORIGINES


« Se servir des apports extérieurs au lieu d’être asservis par eux. »

La recherche action émerge aux frontières de l’académie et de l’expertise comme alternative à la


recherche conventionnelle pendant des périodes et dans des contextes particuliers .

Au Nord, elle est initiée par certains chercheurs confrontés à des situations de luttes sociales et
ouvrières, ou à des situations de détresse sociale auxquelles ils ne peuvent pas rester les bras
croisés.

Au Sud, elle apparaît dans des contextes ou il y a urgence à apporter des réponses aux problèmes du
développement, de marginalisation socio spatiale ou de lutte pour la démocratie en contexte de
dictature. Ces pays verront le développement d’un certain nombre de chercheurs acteurs de référence
de la Recherche – Action : Jacques BUGNICOURT au Sénégal, Budd Hall dans la Tanzanie de Julius
4
NEYRERE, FALS BORDAS en Colombie , Mohamed Anisur RAHMAN au Bengladesh, etc.

La Recherche Action est né comme une réponse aux impasses :


- De la Recherche académique et de la formation Universitaire ;
- De l’expertise en coopération et de ses modalités de planification technocratique ;
- De l’approche administrative et bureaucratique du développement.

En Afrique au Sud du Sahara, la recherche - action fut une réponse opérationnelle au constat
critique porté sur un certain nombre d’institutions incapables de répondre aux besoins
d’aménagement et de développement des nouveaux pays indépendants.

De nouvelles modalités de Recherche, d’Action et de Formation pour le développement et


l’aménagement se sont construite pour remédier aux dérives ou aux insuffisances de :
- l’Etat et ses bureaucrates
- l’Aide internationale et ses experts
- l’Académie et ses ‘intellectuels’ (savants).

Jacques BUGNICOURT, le fondateur de ENDA TM se trouvera à la croisée de ces différentes


critiques.
- Premier Directeur de l’Aménagement du territoire sous le gouvernement de Mamadou
DIA, il vivra la reprise en main de l’administration sénégalaise après le coup d’arrêt porté
au projet de socialisme africain de participation promu par Mamadou DIA.
- Co fondateur de l’ENEA avec Ben Maddy CISSE, il sera confronté à la fronde de
l’Université contre ce nouveau type de formation faisant une grande part à une pédagogie
du terrain.
- Coopérant du ministère français de la coopération il ne cessera de batailler contre les
dérives d’une coopération prompte à l’injonction et au transfert mimétique de concepts, de
modèles et de politiques.

Voici quelques uns de ses écrits, qui serviront de socle au développement des processus de
recherche action développés par l’institution dont il sera le fondateur et l’inspirateur ; ENDA TM.

4
Gonzalo CASTANO, ‘Orlando FALS BORDAS, sociologo del compromiso, article en voie de publication, 2009.

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• Critique de l’Etat de son approche (administrée)
5
Jacques BUGNICOURT identifiait deux démarches possibles d’aménagement :
« La modification du milieu, ou si l’on préfère l’aménagement du territoire, peut s’opérer de diverses
façons et l’identité, le profil et le poids des décideurs (et pourrait on rajouter sans trahir la pensée de
l’auteur, des chercheurs et des experts) en ce domaine, peuvent varier du tout au tout.
- Dans une première démarche, d’allure centralisée, l’évolution de l’environnement
africain devrait se faire, pense t-on, en conformité avec les desseins des scientifiques
et des planificateurs et grâce à l’action administrative
- Une autre voie existe cependant, impliquant que les transformations , cette fois,
s’opèrent en fonction et selon les souhaits des habitants et, essentiellement par leur
action »

Selon les réponses a cette question les modalités de recherche et de formation qui seront mises en
place seront différentes.

« Il est évident que le contenu de la formation, le niveau ou elle sera donnée, la pédagogie, le
contrôle…vont différer du tout au tout, suivant que l’on privilégiera le premier terme de l’alternative ou
le second. » (p 64)

• Critique de l’expertise (souvent importée)

Pendant les décennies 60 – 80, chaque gouvernement africain était accompagné de sa cohorte
d’experts étrangers, de préférences originaires des anciennes métropoles. Quand ceux ci n’y
suffisaient pas on faisait appel à des bureaux d’études, également étrangers qui transféraient
concepts, méthodes et projets.

Jacques BUGNICOURT était l’empêcheur de penser en rond de la coopération française et son talent
de pourfendeur des travers de l’aide étrangère et de ses experts fit grincer bien des dents. Il mettait
en garde contre un transfert sans inventaire, appropriation et adaptation des modèles internationaux .
« Le danger de nombre de formules que suggèrent certaines instances nationales ou internationales
pour l’éducation environnementale ou la formation en aménagement du territoire –et qui ne sont en
fait , qu’africanisation superficielle de ce qu’on enseigne ailleurs- est de faire une part démesurée à la
‘pollution’ , réagissant aux conséquences secondaires d’un système de domination qui, sous couvert
de modernisation, impose les moyens, les formes et le modèle d’une croissance effectuée en dernière
analyse à son profit et fondée sur l’exploitation déséquilibrée , à court terme, des ressources
6
naturelles et le mépris des conséquences humaines et culturelles qu’elle entraîne »

Et proposait les manières pour se prémunir de ces dérives « En prenant une conscience nouvelle des
environnements africains, des atteintes qu’ils recèlent, des possibilités qu’ils offrent de la signification
culturelle dont ils sont chargés, les Africains retrouvent une base originale et solide à partir de laquelle
ils pourront se servir des apports extérieurs au lieu d’être asservis par eux. »

• Critique de l’école conventionnelle et de l’Académie

Une critique sans concession de l’Ecole conventionnelle

La critique de l’Académie passe d’abord par celle de ses fondements : l’école conventionnelle. Cheikh
Hamidou KANE, dont on ne doit pas oublier qu’il fut pendant longtemps le Président d’ENDA l’avait
déjà évoqué dans l’Aventure ambiguë. « L’Ecole étrangère est la forme nouvelle de la guerre que
nous font ceux qui sont venus…L’école nouvelle pérennise la conquête ».

5
Ben Madhi CISSE, Jacques BUGNICOURT, Quelle formation pour l’aménagement des environnements
africains ?, in Revue Tiers Monde, Paris, n° 73 jan vier -mars 1978
6
idem

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7
Dans un article publié en 1973 dans la revue Tiers Monde Jacques BUGNICOURT faisait une critique
sans concession de ce qu’il appelaient « Les péchés capitaux du système d’éducation
conventionnel ».
L’adoption par l’Afrique d’un système scolaire européen dans une langue étrangère à un certain
nombre de conséquences néfastes. Cette adoption sans adaptation dans sa langue, dans ses
rythmes, dans ses messages « donne une mentalité de bureaucrate ; cela prépare à être commis, non
développeur, tout le monde le sait. On a souligné combien ou peut être rebelle au travail manuel
quand on a été formé de cette façon. Il est bien connu qu’à l’école on ne travaille qu’avec sa tête.
L’écolier, dés qu’il franchit le seuil de la classe, prends conscience d’appartenir à une catégorie
’intellectuelle’, par opposition aux paysans ou aux manœuvres qui tirent des profits si maigres de si
rudes efforts. »

Des expérimentations de formations alternatives

Il posait ensuite la question suivante « Peut –on retourner l’école importée pour la mettre au
service du développement environnemental Africain ? » Ses réponses seront de divers ordres :
8
- A la base : Formations alternatives destinées en particulier aux exclus du système
conventionnel (EJT, travailleurs du secteur informel, femmes, etc)
- En matière de formation des cadres :
i. recyclage des décideurs et des cadres par des sessions de formation, des
cours post universitaires, (exemple : session de formation commune à ENDA
et à l’IPD qui a eu comme cadre le bidonville de Nylon, à Douala)
ii. alternance de cours et de travaux sur le terrain qu’il développera dans un
premier temps avec les étudiants du département d’aménagement et
environnement de l’ENEA., qui formera l’essentiel des cadres du
développement rural et urbain du pays.
- méthodes articulant fortement recherche – formation et action qu’il expérimentera par la suite
au sein de ENDA.

II.LA RECHERCHE ACTION A ENDA : LES ÉVOLUTIONS


De la formation comme action sur la ville à la recherche – action – formation.

9
2.1. La formation comme action sur la ville : « mieux comprendre pour mieux agir »

En février mars 1973 se tient à Douala une des premières sessions de formation du tout récent
Programme Formation pour l’Environnement qui deviendra plus tard ENDA. Cette session porte sur
l’environnement urbain. Organisé en grande partie dans le quartier Nylon, une des premières
expériences d’aménagement participatif des quartiers populaires en Afrique, cette session sera le
creuset de la méthode de formation - action de ENDA sur les quartiers infra urbains.

Elle sera résumée dans un article de Environnement Africain « la formation comme action sur la
10
ville » . Partant du constat de « l’inadéquation de la plupart des politiques d’aménagement de la ville
et de gestion urbaine » ENDA propose une « rupture avec l’approche en vigueur de l’ étude et de
l’action urbaine….Le but n’est pas d’accumuler , à propos des villes africaines, des connaissances
supplémentaires, mais de mieux comprendre pour mieux agir ».

La session de Douala proposait 3 options méthodologiques :

7
Jacques BUGNICOURT, Pour l’aménagement des campagnes africaines : une formation action, in Revue Tiers
monde, tome XIV, n° 54, avril – juin 1973
8
Ouvrage collectif, Education : alternatives africaines, Enda Dakar, 2003.
9
Une réflexion similaire menée sur le milieu rural sera développée dans un article de la revue Tiers monde :
Jacques BUGNICOURT, Pour l’aménagement des campagnes africaines : une formation action, in ‘Le
développement rural’, Revue Tiers monde, tome XIV, n° 54, avril – juin 1973
10
Loic BARBEDETTE, Jacques BUGNICPOURT, Ben Maddy CISSE, La formation comme action sur la ville, in
Environnement Africain, vol I, n° 3, 1975.

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DÉCLOISONNER l’approche des phénomènes urbains en créant une situation transdisciplinaire plutôt que de
réunir ès- qualité des spécialistes des problèmes urbains, identifier et rassembler les acteurs de la ville …et leur
expérience de la ville africaine ;

CONCRÉTISER l’approche des phénomènes urbains en se plaçant d’emblée dans une situation de travail réel,
sanctionnée par les réalités du terrain ;

FINALISER l’approche des phénomènes urbains en proposant une démarche opérationnelle qui consiste non pas
à ‘parler sur la ville, mais a agir sur elle.

Ces choix supposaient la définition et la mise en place d’outils de travail visant à :

- Stimuler la naissance de communications d’un type nouveau ;


- Rendre possible le développement de dynamiques de recherche, d’action et de décisions nouvelles ;
- Faciliter un traitement cumulatif et une capitalisation féconde des idées nouvelles nées de la situation créée.

Une démarche méthodologique nouvelle : Décloisonner > Concrétiser > Finaliser

DECLOISONNER : La session s’organisa pour assurer la participation de l’ensemble des acteurs de


la ville :
- Décideurs (responsables politiques ou administratifs des problèmes urbains)
- Techniciens (praticiens et chercheurs)
- Habitants, qui vivent au quotidien les réalités de la ville (participation à la session en salle ou
pendant ses activités de terrain)

CONCRETISER : La session choisit un terrain d’illustration de sa problématique (aménager


l’environnement péri urbain) ; la zone d’habitat spontanée de Nylon, connue pour son processus
original d’animation et de participation.

FINALISER : La session se fixa trois objectifs opérationnels :


- Faire le point des recherches méthodologiques pour l’étude de l’habitat sous – intégré
- Esquisser une problématique de l’environnement urbain valable pour les zones urbaines
d’Afrique inter tropicale ;
- Mettre enseignants, chercheurs et responsables de la politique de la ville mieux à même de
traiter les questions de l’environnement dans les villes de la zone.

Une communication d’un type nouveau entre chercheurs, décideurs et acteurs sociaux :
L’interaction Session – Ville

- Photos aériennes, dessins d’enfants, enquête participation, réunions avec les responsables
de l’animation, meetings populaires, un nouveau modèle de communication inter acteurs est
expérimenté pendant la session
- La session « joua un rôle de médiateur entre les zones infra –urbaines et l’administration »
- La session produira également un dossier technique sur le quartier Nylon qui permit de
rassembler une série d’avants projets pour un urbanisme autocentré des zones infra-urbaines
de Douala.

Un nouveau type de formation : transformer la ville, former des citadins- acteurs (citoyens)

Voilà la définition de la formation par les organisateurs « Nous appelons formation l’ensemble des
opérations qui ont pour résultat de provoquer un changement dans le savoir le savoir-faire et,
finalement, la façon d’être d’une population donnée. Nous serons ainsi autorisés à parler de formation
à propos de la session sur l’environnement urbain qui s’est déroulée à Douala , bien que cette session
n’ait aucun des caractères traditionnels d’une séquence classique de formation, mais du seul fait que
cette action a modifié les connaissances, les conceptions et les principes d’action de ceux qui y ont
participé. »

Nous sommes loin des formations en vigueur à cette période. Certains nièrent même le caractère de
‘Formation’ a ce type de sessions. Un des problèmes récurrent de cette époque sera la
reconnaissance universitaire et administrative (prise en compte dans les systèmes de promotion des
fonctionnaires) de ce type de sessions.

Actes de la rencontre-débat sur la recherche-action, 15.05.2009, Enda Europe 9/40


« la finalité de ces formations ne s’arrêtera pas à la simple amélioration de la vie des quartiers , simple
effet induit de l’approche nouvelle, mais visera la prise en main de la ville par le plus grand nombre. »

Le discours de la méthode était là. ENDA s’est efforcé ensuite de le mettre en application dans un de
ses premiers laboratoires social urbain en Afrique au Sud du Sahara. Ce sera l’aventure du projet
CHODAK puis de ENDA graf.

2.2.Du Projet de développement ‘à la base’ aux recherches populaires : le GRAF

Au début des années 70 le Père Olivier LAURENT membre de la communauté dominicaine de Dakar,
11
mène en parallèle à ses activités de pastorale urbaine , un travail de recherche universitaire en
sociologie sur la question de la pauvreté urbaine. Il a parcouru pendant quelques mois les rues du
quartier Grand Yoff, un des principaux quartiers populaires aux portes de Dakar. Il est rentré,
questionnaire en main dans de nombreuses familles qui lui ont généreusement accordé leur temps.

Ses activités sont interrompues par la vague d’inondations de l’hivernage 1975. De nombreuses
concessions sont inondées, les habitants sont désemparés, les autorités ne font pas grand chose
pour leur venir en aide. Les habitants se tournent alors vers le Père Laurent : « Nous avons répondu à
toutes vos questions pendant les mois écoulés. Maintenant c’est nous qui avons besoin de vous.
Pouvez vous nous aider à lutter contre les inondations ? ». Le Père Laurent s’adressera au
Programme formation pour l’environnement (ENDA TM) récemment créé, ainsi qu’à la mairie de
Dakar. La mairie promis quelques camions et engins de travaux publics, qui ne vinrent jamais, ENDA
finança quelques pelles et quelques brouettes pour creuser des tranchées en ‘investissement
humain’. Un petit groupe d’animateurs se constitua autour du Père Laurent. Les eaux se retirèrent, les
chercheurs et les animateurs restèrent. Ce fut la naissance d’un Projet commun à ENDA TM et au
Secrétariat d’Etat à la Promotion Humaine : le Projet CHODAK ‘Chômage Dakar’.

Ce projet et ce quartier constituèrent pendant longtemps le principal laboratoire social de l’intervention


de ENDA en milieu urbain populaire. Prés de 20 ans plus tard, l’équipe ENDA Graf Sahel fait le bilan
12
de cette expérience qui marquera profondément sa pratique et sa compréhension de la Recherche
Action.

a)Un itinéraire : du Projet CHODAK au Groupe de recherche action formation.

Les débuts, le projet (1975 – 1986)


« Les chercheurs et les praticiens de terrain travaillent séparément tandis que les populations les plus pauvres
sont perçues comme des objets »

Les chercheurs sont des spécialistes des sciences sociales qui mènent les enquêtes et identifient des
solutions pour les populations, (que ce soient des méthodes, des types d’organisation , des solutions
techniques ou des modes d’éducation).
Ils chargent les animateurs de sensibiliser, de former les populations et de les encadrer en vue de la
mise en œuvre des solutions et de la réalisation de projets.
Les activités programmées dans le cadre du projet (santé maternelle et infantile, puisards, ateliers
artisanaux, etc.) occupent la place centrale.
Le projet connaît de nombreux blocages. Une auto évaluation, à laquelle sont associés l’ensemble
des chercheurs et animateurs, amène l’équipe à reconsidérer sa méthode de travail.

La remise en cause (1987 – 1990)


« Les praticiens de l’animation deviennent des chercheurs »

L’évaluation amène les animateurs à remettre en cause l’hégémonie des chercheurs dans le projet et
à découvrir leurs propres capacités de recherche.
L’équipe découvre que « les populations sont ‘animées’ par le jeu de leurs intérêts matériels et
symboliques ». Les chercheurs – animateurs vont alors se consacrer à la valorisation des

11
Olivier Laurent, Croissance urbaine et défis pastoraux, Conférence,Dakar, 1999.
12
ENDA Graf Sahel, Pauvreté décentralisation et changement social. Eléments pour la reconstruction d’une
société politique, Editions ENDA, mai 1998.

Actes de la rencontre-débat sur la recherche-action, 15.05.2009, Enda Europe 10/40


compétences populaires et à l’accompagnement de leurs initiatives. Une série de processus en
résulteront. Le programme le plus emblématique en milieu urbain sera celui de la création de la
Caisse d’Epargne et de Crédit de Grand Yoff.
Cependant certains obstacles subsisteront comme : la difficulté de voir reconnaître l’expertise
populaire; la dépendance du cycle du projet, largement répandu, qui entre en contradiction avec
l’approche processus expérimentée par ENDA Graf ; une approche qui reste encore largement
centrée sur le local. L’ensemble de l’équipe prend le nom de Groupe de Recherche Action Formation
(en abrégé : Graf).

Le Groupe de Recherche Action Formation (1990 – 1993)


« Toute personne est considérée comme chercheur (acteur – auteur) »

L’accent est mis sur « l’approche culturelle et politique qui reconnaît et valorise les capacités de
recherche et d’expérimentation des populations dans leur contexte ». Deux processus marqueront
cette période en milieu urbain.
- L’extension de la Caisse d’Epargne et de Crédit qui emprunter les chemins des
réseaux sociaux de femmes à Grand Yoff puis au delà.
- La valorisation de la débrouillardise et de la créativité des jeunes et
l’accompagnement de leurs initiatives.
L’orientation de l’équipe « passe du projet méthodologique au projet politique ». Elle commence à se
projeter au delà du local et prend le nom de ENDA Graf Sahel.

Un mouvement en gestation (1993 – 2000)


« la lutte contre la pauvreté suppose que les populations rurales et urbaines reconstruisent elles mêmes la
société. Déclencher le changement social et politique »

ENDA Graf Sahel identifie 9 axes stratégiques entre autres :


-Faciliter la gestion de la ville par les populations ;
-Promouvoir le changement institutionnel comme préalable au changement social ;
-Valoriser la recherche – action comme méthode de co apprentissage ;
-faciliter la communication et la créativité à tous les niveaux.

Une trentaine de Recherches-Actions sont lancées, dont cinq à une échelle internationale. Je
mentionnerais en particulier celle concernant de la gestion sociale urbaine qui intéressera différentes
antennes équipes de ENDA à Bogota, Tunis, Dakar et en France.
Commence également une réflexion critique sur le modèle institutionnel des ONG « qui demeure
inadéquat et appelle une expérimentation de nouvelles formes organisationnelles ». Le Programme
ACRESO (Accompagnement de la créativité sociale) sera l’occasion d’une réflexion action commune
à plusieurs ONG Ouest Africaines (ENDA au Sénégal, INADES en Côte d’Ivoire, CENAFOD en
Guinée) sur la question. Il s’articulera à la période de mutation profonde que connaîtra ENDA TM à la
charnière du millénaire.

Changer d’échelle (2000-2009)


« Influence sur les politiques, réflexion stratégique et prospective »

Enda Graf fusionne plusieurs équipes d’ENDA et élargit ses alliances avec les mouvements sociaux
et systématise ses partenariats les institutions de recherche.
La dimension stratégique et prospective devient essentielle pour servir de ‘boussole’ aux processus
de recherche – actions. Le changement d’échelle basé sur la construction de réseaux d’acteurs à
échelle nationale et régionale, devient une priorité.

b) Des apports : Une Afrique s’invente

En 2001, ENDA Graf Sahel fait le bilan de 25 années d’expérimentations et de réflexions sur les
‘Recherches populaires’ tant en milieu rural que en milieu urbain, dans un livre collectif d’acteurs –
13
auteurs . C’est probablement l’expérimentation la plus aboutie et la plus réflexive sur la Recherche
Action menée par ENDA.

13
ENDA Graf Sahel, Une Afrique s’invente. Recherches populaires et apprentissages de la démocratie, Karthala,
ENDA Graf Sahel, 2002.

Actes de la rencontre-débat sur la recherche-action, 15.05.2009, Enda Europe 11/40


Au delà des apports méthodologiques, les chercheurs acteurs nous appellent également à une grande
vigilance sur ce qu’ils appellent l’enfermement méthodologique et le « tunnel des illusions
pédagogiques ». Ils dénoncent cette perversion de certaines pratiques de la Recherche Action qui de
phases préparatoires en séminaires de formation, de séminaires de formation en phases de suivi,
enferment la dynamique des chercheurs acteurs dans le carcan d’une méthode de travail
extrêmement rigide.
(p 13 et suivantes) « A force de cultiver la pureté des méthodes, celles ci ne se justifiaient plus que
par elles mêmes et nous détournaient de leurs fins »…
« Nous avions perdu en cours de route le but final de l’opération qui visait le changement et la prise
en main du changement par les gens »…
« Plus on est précis, plus on se distingue des autres , moins on peut communiquer avec eux, et plus
on est socialement inefficace. »…
« Nous étions d’avantage attachés à nos méthodes qu’aux résultats. En respectant les techniques
pédagogiques, on créait une réalité artificielle qui faisait écran sur les réalités des paysans ou des
quartiers. »

L’introduction de la recherche action ne fait, dans ce cas, que déplacer la dépendance des
communautés. Celles ci étaient auparavant dépendantes des savoirs produits par les scientifiques et
les experts. Ceux ci ont été déplacés par de nouveaux spécialistes, ceux de la recherche – action –
formation. Mais les véritables acteurs du changement sont encore occultés ou subordonnés par des
procédures préconçues et extrêmement rigides.

2.3.Les cent facettes de la recherche – action à ENDA

Ceci ne doit pas nous faire oublier les autres déclinaisons de la recherche – action à ENDA.
Entre méthode et mouvement, entre systématisation et improvisation, entre codification des normes et
organisation des groupes sociaux partenaires, chaque antenne et chaque équipe a décliné sa propre
version de la recherche-action.
Nous n’avons ici détailler les très nombreuses recherches – actions menées par ENDA, mais vous
pouvez vous référer à l’annexe 2 pour une présentation très synthétique de certaines d’entre elles.
Toutes ont apporté leur contribution à ce processus de construction collective.

Nous en ferons une première lecture au vu d’un certain nombre de caractéristiques significatives :

-Quel en est le groupe social partenaire ? (femmes, jeunes, bidonvillois, communauté paysanne, filière d’acteurs)
-A quelle échelle se développement elle ? (quartier, terroir, agglomération, pays, région, international)
-Quelle est la méthode retenue ? (Expérimentale ou reproductive, Participative ou prédéterminée, codifiée ou
souple )
-Quels types de chercheurs acteurs impliqués ? (chercheurs ‘conventionnels, chercheurs – acteurs, animateurs,
chercheurs populaires)
-Quel type de relations avec la formation ? (Formation sur le tas, ateliers de formation, ateliers de réflexion, de
stratégie et de prospective, formations conventionnelles)
-Quel type de relations avec la recherche conventionnelle ? (Reconnaissance universitaire de la formation
donnée ; Appel à des appuis méthodologiques ou techniques conventionnels, Partenariats de recherche ; Accueil
d’étudiants stagiaires)
-Relations avec les politiques publiques ? (Expérimentation de politiques alternatives, Lobbying et influence sur
les politiques publiques, co- construction des politiques publiques)
-Relations avec les mouvements sociaux ? (Appui à la construction de mouvements sociaux, accompagnement,
plaidoyer, ‘empowerment’ et construction des capacités.

III. LES MOTS DE LA RECHERCHE-ACTION


« Créer des mots c’est se doter d’un pouvoir d’agir sur le monde. »

« Créer des mots, c’est de doter d’un pouvoir d’agir sur le monde » - J. Bugnicourt dans son
introduction à l’ouvrage « Une Afrique s’invente ». Emmanuel NDIONE co auteur de l’ouvrage le
confirme : « Les mots avec lesquels ils nous ont appris à nommer notre réalité sont autant de
barreaux de notre prison intellectuelle ». Un exemple : Jeunes de la rue ou Enfants et Jeunes
travailleurs ?

Passons en revue quelques mots du glossaire de la recherche – action.

Actes de la rencontre-débat sur la recherche-action, 15.05.2009, Enda Europe 12/40


3.1. MIMÉTISME
14
Mimétisme en matière d’urbanisme « Dakar sans rivages »

Parlant de Dakar, J Bugnicourt évoque deux types d’environnements :


« Un environnement que l’on peut appeler mimétique caractérise le Plateau et la Corniche. C’est
l’environnement trois étoiles , si l’on veut » … « A l’opposé, on trouve un environnement qu’il faut bien
appeler infra-urbain , parce qu’il se situe à un niveau inférieur d’accès à l’urbanité : Hann- Pécheur,
Fass Paillote, Tiaroye. »…

« Ces disparités urbaines renvoient aux différents rattachements : projets d’au delà l’océan,
l’environnement mimétique, cadre de vie de quelques Européens et d’Africains aisés, plus ou moins
européisés ; en prolongement du sahel, l’environnement infra-urbain milieu des gens de peu de
ressources, proches encore des sociétés rurales. »

Jacques Bugnicourt n’est pas tendre avec cet urbanisme post indépendance: « Elle concerne les
années 60 et sera le fait de la nouvelle catégorie qui prend le pouvoir, les fonctionnaires africains. Ces
fonctionnaires etc. »

Françoise KI-ZERBO, fera une démonstration similaire pour l’adoption mimétique des modèles de
droit privé et de droit foncier en Afrique (in Environnement Africain).

Tout en étant capable de s’approprier et d’adapter certains éléments du droit européen :


« Il ne s’agit pas de rejeter en bloc le droit européen qui, lui même, a été secrété par une société
déterminée, puisque ce droit faisait partie de l’héritage colonial. Il s’agit, en fait, dans l’œuvre de
modernisation, de prévoir une place pour les droits originalement africains. En effet, modernisation ne
veut pas dire systématiquement adoption des règles du droit européen. »

Le débat sur le mimétisme se rattache à d’autres débats :


- celui du modèle : y a t-il un modèle unique, donc généralisable, ou chaque situation est elle
spécifique et contextualisée ? La recherche nous tire d’avantage du coté de l’Universel
(trouver les lois, les constances, etc qui sous tendent les choses). L’action nous tire
d’avantage du coté du particulier, chaque situation étant unique et devant faire l’objet d’une
solution appropriée.
- celui du transfert : si des solutions (ou des bonnes pratiques) ont fait leurs preuves quelque
part, elles peuvent être utilement transférées. Si les solutions doivent être non seulement
techniquement adaptées mais aussi socialement appropriées, elles ne peuvent résulter que
d’un processus endogène de diagnostic, de choix et de mise en œuvre.

3.2. BIBLIOCRATIE

C’est ainsi que FALS BORDA nomme domination du discours et des textes sur les pratiques.
Ce concept est à rapprocher de l’anecdote ‘fondatrice’ d’ENDA souvent racontée par J.
BUGNICOURT, à savoir comment est né l’idée même de ENDA : lors d’un débat sur le lumpen
prolétariat à la caféteria de l’IDEP, quartier général de la fine fleur des économistes et planificateurs
progressistes du continent à l’époque de Samir Amin (Atta MILLS, Bernard FONOU, etc). Le débat
portait sur la différence entre les définitions du lumpen prolétariat données par Marx dans la version
allemande originale d’un de ses textes et dans sa traduction anglaise.

3.3.LE PARTICIPATIF

Recherche Action Participative, Développement participatif, Planification participative,


Démocratie participative, Budget participatif, etc

Ce n’est pas un hasard si Fals Bordas, un des principaux théoricien de la Recherche Action en
Amérique latine a lancé le vocable de RAP (Recherche Action participative) dans les années 80.

14
Jacques BUGNICOURT, Dakar sans rivages, in Lectures de la ville africaine contemporaine, Prix Aga Khan
d’architecture, 1983.

Actes de la rencontre-débat sur la recherche-action, 15.05.2009, Enda Europe 13/40


La méthode (participative) détermine à la fois la pertinence du diagnostic (voir l’anecdote sur les
propriétaires de troupeaux à Mbidiem Woloff) et l’efficacité de l’action (qui ne sera pas efficace sans
une adhésion ou mieux une appropriation par les populations)

La dimension ‘participative’ est essentielle : diagnostic participatif, budget participatif, planification


participative, aménagement participatif, cartographie participative, etc. jalonnent toutes les étapes de
la mobilisation des connaissances pour déboucher sur l’ action.

3.4. LE POPULAIRE

Savoirs populaires, recherche populaire, économie populaire, prospective populaire, etc.

C’est peut être le maître mot de l’engagement de ENDA dans ses premières années.
Pour contre carrer les dérives du développement administré et pensé ‘par le haut’ il fallait trouver les
modalités pour réhabiliter le Populaire (entendu comme la base, les pauvres, les marges).

L’éditorial du numéro de Environnement Africain préparé pour la 1ére conférence Habitat de


Vancouver en 1976 (vol II, n° 1-2 1976) pose claire ment le problème :
« Quelle a été jusqu’à maintenant la participation des gens instruits –la nôtre- aux efforts entrepris
sans cesse par les couches populaires pour améliorer leur cadre de vie ? Que pouvons nous faire,
responsables, cadres, techniciens, chercheurs ou enseignants, pour mieux comprendre les problèmes
des populations dominées des établissements humains ? »

Il nous est demandé de réorienter nos objectifs et de modifier nos méthodes


« Comment faudrait il redéfinir les objectifs de nos travaux et modifier notre pratique pour contribuer à
l’analyse de la situation et à la coordination des actions déjà entreprises par les populations elles
mêmes ? »
« De quelle façon pouvons –nous prendre part à la mise en place d’une stratégie de développement…
centrée sur les initiatives et les actions populaires ? »

Cette référence au populaire est fréquemment déclinée dans le glossaire de la recherche – action. En
voici quelques illustrations.

Les savoirs populaires (les ‘docteurs’ des ordures)

Les savoirs ‘populaires’ sont mis à mal par les maîtres/ détenteurs des savoirs ‘scientifiques’ ou
techniques, mais aussi par leurs opérateurs : développeurs et ‘animateurs’

(P 8 intro ) « Le développeur ou l’animateur n’est pas non plus ce qu’il pense être. Sa science et ses
méthodes font écran aux savoirs et processus populaires. Il possède un savoir qui l’empêche
d’apprendre »
« Voici celui qui est désigné ou qui se désigne comme le vecteur principal du développement. Il ne
peut pas comprendre qu’il est prisonnier d’un ‘logiciel symbolique’ , extérieur à sa culture, et de sens
‘dépendant de rapports de force’ qui lui échappent. Il ne sait pas que le savoir social compte plus que
les méthodes et les technique. »
15
Cette anecdote est rapportée par German Jaramillo Villegas dans son histoire de la coopérative de
chiffonniers RECUPERAR de Bogota, ouvrage qu’il présente d’ailleurs comme celle d’une
« Recherche – action – participative ». Un jour que le groupe de techniciens et de travailleurs
sociaux, qui accompagnait la mise sur pied de la coopérative de chiffonniers RECUPERAR de
Medellin, était pris au dépourvu pour évaluer le prix qu’ils devaient accepter pour pouvoir récupérer
les déchets d’une entreprise de la place, les chiffonniers qui les accompagnaient, pourtant illettrés,
leur tinrent à peu prés ce langage. « Faites nous confiance, vous êtes peut - être les ‘docteurs des
universités’. Mais nous nous sommes les ‘docteurs des ordures’. Nous savons évaluer à vu d’œil,
quelle est la valeur des déchets qui nous sont proposés. Nous savons que nous allons pouvoir en
retirer un bon prix. » La pratique leur donna raison. L’appellation resta, ils furent promus au titre de
‘Docteurs des ordures’.

15
German Jaramillo Villegas, Los doctores de la basura, Edicion Cooperativa de trabajo asociado RECUPERAR,
Itagui, Colombia, 2003, 226 p.

Actes de la rencontre-débat sur la recherche-action, 15.05.2009, Enda Europe 14/40


La recherche populaire ( Une Afrique s’invente)

L’ouvrage « Une Afrique s’invente » qui fait le point sur les ‘recherches populaires menées par ENDA
Graf au cours des 20 dernières années est présenté comme un « livre collectif d’acteurs – auteurs »
(p 22). « Il est le fait d’un groupe d’auteurs qui, tout au long de ces années, s’est efforcé de rédiger
des notes plus ou moins élaborées , groupe lui même relié aux populations en recherche dont il a
tenté de faire siens la pensée , les questions, les démarches, voire les expressions et les concepts. »

Cette position rejoint CARR et KEMMIS, les tenants de la Recherche – action émancipatrice qui
considèrent que :
« Seul le praticien a accès aux implications et aux théories pratiques qui informent la (sa) praxis, seul
le praticien peut étudier la (sa) praxis. La recherche-action, en tant que science de la praxis, sera
donc une recherche interne à la pratique singulière du praticien »
« La connaissance ainsi acquise est constamment en relation dialectique avec la pratique étudiée
dans l'action ; la connaissance est un processus coopératif ou collectif de reconstruction interne à un
groupe de chercheurs praticiens. »

3.5. LE RÈGNE DE L’AUTO

Auto diagnostic, auto développement, auto prise en charge, auto évaluation, etc

C’est l’opposition du dedans et du dehors, de l’importé et de l’endogène, du savoir populaire (de


l’intérieur) au savoir académique et à l’expertise (souvent de l’extérieur)

Si cette tendance à partir « du dedans », « de la base », a « compter sur ses propres forces » était
très fréquente dans les années 70 – 80 pour lutter contre les tendances fortes à l’extraversion, à la
dépendance, au mimétisme, et à l’injonction des années 70 –80, on évolue maintenant vers des
systèmes de compréhension et d’action plus complexes, qui opposent moins le haut et le bas,
l’exogène et l’endogène, mais qui :
- Complexifient les systèmes,
- Hybrident les Ressources humaines
- Métissent les cultures
- Combinent les technologies
- Font interagir les acteurs
- Parlent d’apprentissage mutuel des savoirs.

3.6. RECHERCHE – ACTION ou ACTION – RECHERCHE ?

L’ordre des mots a aussi son importance

Faut il parler de Recherche Action ou d’Action – Recherche, comme le font certains auteurs
américains ? La recherche - action n’est souvent qu’une autre appellation de la Recherche Appliquée.
Elle met l’accent sur l’utilité ou sur la finalité sociale de la Recherche, mais ne questionne pas
forcément les modalités de production du savoir.
L’action - recherche induit un bouleversement plus profond, c’est l’engagement originelle dans l’action
qui permet d’impliquer une gamme d’acteurs plus grande et de construire différemment la
connaissance.

3.7. RECHERCHE-ACTION ‘CLASSIQUE’ ou RECHERCHE-ACTION ‘ÉMANCIPATRICE’ ?


16
Georges LAPASSADE dans un texte du début des années 90 pose clairement le problème et
l’évolution des positions concernant cette question.

16
Recherche Action, Synthèse remaniée par Hugues Bazin à partir de deux versions d’un texte (dactylographié et
publié) de George LAPASSADE, 1991-1993 « De l'ethnographie de l'école à la nouvelle recherche-action »,
Université de Paris VIII.

Actes de la rencontre-débat sur la recherche-action, 15.05.2009, Enda Europe 15/40


Dans la conception « classique » de la recherche-action, celle de Kurt Lewin, le chercheur - tout
comme l'ethnologue, d'ailleurs - vient du dehors ; il n'appartient pas au groupe sur lequel il va agir « Il
va intervenir par une "spirale d'interactions entre pratique, observation et théorisation ».

Cette intervention doit respecter un certain nombre de principes :


- Partipationniste : il voulait que les gens participent à la préparation des décisions
concernant le changement social ;
- Démocratique : il valorisait la « démocratie des petits groupes », sur fond d'un idéal
politique de gouvernement s'opposant aux modèles autoritaires…. ;
- Scientiste : c'est à dire fondée sur la conviction qu'on peut et qu'on doit mettre une
science sociale rigoureuse, de type expérimentaliste, au service d'un changement social
bien planifié…, avec aussi sa recherche de « lois » de la vie sociale par une démarche
dite "expérimentale", le tout définissant un idéal positiviste en matière de science sociale
et s'accompagnant d'une orientation techniciste. »

Le chercheur extérieur, intervient alors avec des outils et des démarches codifiés (Training groups,
dynamiques de groupes appliquées ou cliniques, jeux de simulations modélisés, etc)

La nouvelle recherche-action : recherche – action émancipatrice ou critique

Carr et Kemmis proposent un retournement épistémologique et formulent d'abord cinq exigences


fondamentales :
1. elle doit rejeter les notions positivistes de rationalité, d'objectivité et de vérité ;
2. elle doit employer les catégories interprétatives des praticiens et des autres participants du
processus ;
3. elle doit procurer les moyens de distinguer les idées et interprétations qui sont systématiquement
déformées par l'idéologie de celles qui ne le sont pas… ;
4. elle doit s'efforcer d'identifier ce qui, dans l'ordre social existant, bloque le changement rationnel ;
5. enfin, elle doit être fondée sur la reconnaissance explicite qu'elle est pratique, c'est-à-dire que la
question de sa vérité sera tranchée par sa relation à la pratique »

« À la recherche-action traditionnelle - qui prenait la forme d'une consultation, avec expert, et mettait
en oeuvre des techniques regroupées sous le label de la « dynamique de groupe » - s'oppose ainsi la
recherche- action émancipatrice…
Dans ce cas, on n'a pas besoin d'experts étrangers à la communauté en recherche. Et s'ils sont là,
participants au travail du groupe, ils partageront simplement la responsabilité collective de l'action
engagée avec l'ensemble du groupe concerné.
Il faut au contraire se défaire de ce modèle de l'expert et des « savants qui viennent de l'extérieur » si
l'on veut commencer à théoriser l'action des «savants de l'intérieur».

IV. RECHERCHE ACTION : LES DÉFIS


Ou les nouveaux chemins de la recherche – action.

Ces nouvelles manières de faire et de lier connaissance et action ont accouché d’un certain nombre
de méthodes (dynamiques de groupes, jeux de simulation, diagnostics participatifs, etc), dont l’usage
se vulgarisa peu à peu. La recherche – action devint progressivement une référence commune à la
plupart des acteurs du développement qui s’en réclament et le déclinent à leur manière dans leurs
17
programmes (Recherche participative version GTZ , démarches de planification et d’aménagement
participatif, manuels de procédures des Agenda 21 Locaux, etc)

A tel point que l’on assiste à une certaine banalisation , voire neutralisation, d’une approche, qui dans
les années 60-70 était jugée comme novatrice, dérangeante, voire ‘révolutionnaire’. La Recherche
Action a t-elle gardé son potentiel d’ébranlement et de transformation du système et des équilibres de
pouvoirs ?

17
GTZ, Recherche – action. Méthodes évolutives et participatives dans la coopération au développement, GTZ,
Division 404, Appui au secteur privé, conseil aux entreprises, Eschborn, 1995, 27 p.

Actes de la rencontre-débat sur la recherche-action, 15.05.2009, Enda Europe 16/40


Les bailleurs de fond rappellent chaque jour à ENDA son impératif d’anticipation, d’expérimentation et
d’innovation. « D’autres organisations font maintenant fort bien ce que vous avez participé à inventer
lors de ces dernières décennies. Nous attendons d’ENDA plus que la reproduction des solutions du
passé. Vous avez le devoir d’ouvrir de nouvelles pistes et de relever de nouveaux défis. » disent ils en
substance.

Nous ne serions pas cohérent avec notre exposé si celui ci se contentait,d’analyser une manière de
penser et de faire et de décortiquer un itinéraire. En quoi cette réflexion exerce t-elle son propre effet
de feed back sur l’action de ENDA ? Nous nous efforcerons d’apporter quelque éléments de réponse
à cette question en évoquant quelques nouveaux défis, qui selon nous se posent à cette institution
dont nous avons été (à différents niveaux) pendant une trentaine d’années chercheur décideur et
acteur.

La recherche action la réinvention permanente de notre manière de penser le monde et de la


transformer. Pendant longtemps la force d’ENDA a été d’ouvrir de nouveaux chemins et de poser de
nouveaux défis. En voici quelques uns pour la prochaine décennie.

4.1. Recherche- Action et Gouvernance Urbaine : changer d’échelle.

Le Ministère français des Affaires Etrangères et Européennes (MAEE) a défini son nouveau
paradigme d’intervention en milieu urbain. C’est celui de la Gouvernance démocratique.
On passerait de l’administration (une manière verticale de décider du gouvernement des hommes et
de leurs territoires), ou de la « bonne gouvernance » (une façon de décider des territoires à partir de
processus techniques modernisés) à la « gouvernance démocratique » (une manière par laquelle
l’ensemble des acteurs d’un territoire seraient décideurs de leur avenir selon des processus
démocratiques et donc politiques).
18
Le concept de gouvernance démocratique

« L’approche française de la gouvernance dépasse la question des institutions et des formes de


gouvernement . Elle recouvre aussi des mécanismes de coordination sociale qui participent à l’action
politique. Elle renvoie au processus décisionnel entre et au sein de tous les groupements sociaux
(l’Etat, l’entreprise, les collectivités, les associations, etc.) et à tous les niveaux (du local au mondial).
Elle s’attache aux processus d’élaboration de la décision autant qu’aux décisions elles mêmes. Sa
conception et sa mise en œuvre requièrent une adhésion et une participation de la part des acteurs
concernés. Elle résulte de processus négociés. »

De cette approche découle le concept de gouvernance démocratique que le MAE définit comme « Art
de gouverner, en articulant la gestion des affaires publiques à différentes échelles de territoires, en
régulant les relations au sein de la société et en coordonnant l’intervention de multiples acteurs.
La gouvernance n’est donc pas un ensemble de règles ou une activité, mais un processus. « Il ne
s’agit pas seulement d’aider à réformer un Etat, mais aussi d’aider une société à repenser son propre
mode de gestion et à définir elle même un modèle de gouvernance qui corresponde le mieux à ses
propres défis. Il s’agit également de donner tout son sens au concepts d’appropriation qui est au
centre des politiques de développement. »

Les institutions semblent ouvrir la un nouveau champ d’exercice de la recherche – action, à la


frontière de la participation et du politique. Mais comment, concrètement, la Recherche Action peut-
elle être un outil efficace pour la construction de ces nouveaux espaces et modalités de
gouvernance ?

18
Annik OSMONT, Charles GOLDBLUM et autres, La gouvernance urbaine dans tous ses états, Ministère des
Affaires Etrangères et Européennes, DgCID, janvier 2008, 67 p.

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Quelques pièges à éviter :

a) L’enfermement dans le micro

Si les Recherches Actions des années 60 - 80 ont démontré comment chercheurs, universitaires,
décideurs et habitants, pouvaient diagnostiquer leurs territoires pour les transformer, ces expériences
étaient généralement limitées à des territoires relativement limités (quartier Grand Yoff à Dakar,
quartier Nylon à Douala, Bidonville de Karyan el Oued à Salé, etc) à de projets de taille petite ou
moyenne (Casa Amiga à Medellin), ou s’adressaient à des groupes sociaux circonscrits (jeunes,
femmes, recycleurs, jeunes de la rue, coxeurs, etc)

J. BUGNICOURT avait d’ailleurs dés le début souligné ce risque d’enfermement dans le


micro. Accompagner les efforts des populations pour prendre en main leur quartier et leur village doit
s’accompagner d’une préoccupation plus large et plus globale.. « Les initiatives et les efforts de la
population ne peuvent à eux seuls changer la situation de l’ensemble ; ces efforts doivent être épaulés
et trouver une contrepartie au niveau de la stratégie globale de développement ; s’ils se heurtent à
une situation ou se perpétue la distribution inégale des ressources , on peut craindre que l’appel à la
participation populaire ne devienne qu’un moyen de détourner l’attention du public de l’écart croissant
19
entre les conditions de vie. »

Les questions de gouvernance urbaine se posent actuellement à l’échelle des grandes métropoles
multimillionnaires, qui constituent le cadre de vie de la majorité des populations du Sud. Quelles
modalités de Recherche Action pour construire des processus de Gouvernance démocratique de
20
territoires et de villes millionnaires ou pluri millionnaires ?

b)L’enfermement méthodologique

Les processus de fabrication des Agenda 21Locaux ou des budgets participatifs rappellent beaucoup
les méthodologies de Recherche Action. Mais l’application parfois rigide et univoque de leur
méthodologie se fait au détriment de la dimension critique et démocratique du processus.
Que faire pour combiner efficacité et créativité au service du changement social à des échelles
élargies?

Comment conserver le potentiel ‘révolutionnaire’ (transformateur, de changement ) de la Recherche


Action , dans le cadre de processus de dialogue de négociation et de coproduction des politiques au
niveau des grandes agglomérations? Quelles nouvelles méthodes, quels outils inventer à ce effet
(Observatoires urbains, campagnes de communication, medias participatifs, e-recherches actions,
etc) ? Quelles alliances élargies construire pour porter ‘politiquement’ ces nouveaux processus ?

4.2. Recherche - Action et sociétés des savoirs

L’irruption des TIC dans le monde du développement (TICpD, web 2.0, outils collaboratifs, etc) ouvre
de nouvelles possibilités et pose de nouveaux défis pour la production collective de la connaissance
et pour la recherche et l’action pour le développement.

Quelques expérimentations de web collaboratif pour le développement durable et la gouvernance


locale (Guédiawaye) sont à noter. Si en Afrique, la prise en compte des problématiques liées à la
société de l’information, ne s’est pas opérée avec un grand décalage en rapport au reste du monde, il
n’en reste pas moins que l’Afrique part avec un grave handicap tant en matière d’équipement et de
production de contenus.
21
« Dans un contexte ou les Etats étaient peu mobilisés sur la problématique du développement des
TIC, ce sont les associations et les ONG qui se sont d’emblée imposées comme des partenaires
incontournables des institutions internationales. »
Les sociétés civiles africaines ont ainsi souvent joué un rôle déterminant dans les processus
d’introduction , d’utilisation et d’appropriation des TIC.

19
Editorial de Environnement Africain. Mai 1976, p 7.
20
ENDA Graf essaye actuellement de lancer un processus de diagnostic participatif à l’échelle de la ville de
Pikine (800 000 habitants), mais le processus n’en est qu’à ses débuts et le défi est considérable.
21
A certaines exceptions notoires comme le Sénégal ou l’Afrique du Sud.

Actes de la rencontre-débat sur la recherche-action, 15.05.2009, Enda Europe 18/40


Elles ont « revendiqué la mise en place d’une société de l’information à dimension humaine et
inclusive, défendant la liberté d’expression, le droit à l’information, la protection des données
personnelles, appelant à la mise en place d’un autre modèle de gouvernance de l’Internet combattant
pour la mise en place de politiques inclusives à l’endroit de tous les groupes exclus et/ou marginalisés
(femmes, jeunes, handicapés, pauvres, ruraux, minorités, etc) accordant une place importante aux
contenus que ce soit en termes de création ou encore de diversité linguistique et culturelle ainsi qu’à
la question de la propriété intellectuelle, promouvant les logiciels libres et l’information comme étant
22
un bien public. » (p 10) .

ENDA a été à la pointe de l’introduction des TIC au Sénégal et en Afrique de l’Ouest, ainsi que de
certaines expérimentations (Portail Famafrique, Projet Cyberpop, portail collaboratif de formation
Lead Afrique, appropriation des TIC par les EJT, etc)
Cependant de nombreux progrès restent à faire. Une analyse des sites web des ONG et associations
23
de développement en Afrique de l’Ouest fait apparaître une majorité de sites relais de la pensée
dominante (néolibérale, marchande, technocratique, consumériste et élitiste) et de sites ‘marketing’
davantage dédiés à la recherche de financement extérieurs qu’à la production de contenus
autonomes et ou à l’expression des partenaires de ‘base’.

Participer à l’émergence de contenus du Sud, favoriser l’expression des groupes e-marginalisés et


s’associer à la création de réseaux sociaux de solidarité numérique, est un des défis à relever au
cours des prochaines années.
24
4.3. Recherche - Action institutionnelle : l’invention d’un nouveau modèle d’organisation.

Depuis sa création ENDA s’est constituée en processus de Recherche Action et d’invention collective
d’une organisation internationale. Cette réflexion s’est développé tant au niveau de ses différentes
composantes (ENDA Graf ou de ENDA Jeuda, qui se sont explicitement constituées comme objet et
acteurs de Recherche Action) que de l’ensemble d’ENDA.

Un premier projet explicite de Recherche Action s’était mis en place dans le cadre du Programme
25
ACRESO (Accompagnement de la créativité sociale) qui réunissait autour d’évaluations croisées
plusieurs institutions régionales ouest africaines (ENDA Graf, INADES, CENAFOD) en vue d’un
processus d’évaluation et de transformation institutionnelle.

Au sein d’ENDA, ce processus fut repris collectivement lors de la mise en place pendant la période
1997-2001, d’un nouveau dispositif de gouvernance interne : la ‘facilitation’, qui déboucha sur la tenue
de réunions de réflexion stratégique et institutionnelle et sur l’organisation des premières RIE
(Réunions Inter Entités). Ces réunions d’auto gouvernance et d’auto planification rassemblèrent
l’ensemble des composantes de l’organisation en vue de réfléchir a sa refondation organisationnelle
et stratégique.

La disparition du fondateur de l’institution en 2002, imposa un profond exercice de déconstruction-


reconstruction de sa structure et de sa gouvernance. L’évaluation demandée par ses principaux
bailleurs de fonds en sera l’occasion. Celle-ci se transforma en un processus d’auto évaluation
(Mouya Yara) qui permettra de remettre à plat l’ensemble de ces questions.
- Comment articuler les mécanismes de démocratie représentative et de démocratie participative
qui co existent (et sont parfois en tension) au sein de l’institution ?
- Comment construire une structure qui sache tout à la fois, accompagner au quotidien sur le
terrain les initiatives des plus pauvres et exercer un plaidoyer au niveau international sur les
questions liées aux enjeux globaux de la mondialisation ?

22
Emmanuel EVENO, Cheikh GUEYE, Jean-Jacques GUIBBERT, Didier OILLO, Olivier SAGNA, Sociétés de
l’information : illustrations sénégalaises, in n° s pécial revues NETCOM & NETSUDS, 2008.
23
Etude réalisée dans le cadre des activités du Master2 e.Administration et solidarité numérique, Université
Champollion d’Albi en 2009
24
Jean-Jacques GUIBBERT, La poly centralité inachevée d’une organisation non gouvernementale : le cas de
ENDA Tiers – Monde, juillet 2004.
25
Réseau Enda Graf Sahel, Changement politique et social. Eléments pour la pensée et l’action, Editions Enda
Graf Sahel, Dakar, 2005.

Actes de la rencontre-débat sur la recherche-action, 15.05.2009, Enda Europe 19/40


- Comment rendre compatibles des fonctions d’accompagnement de mouvements sociaux de
masse et celles de ‘think tank’ et de pôle d’excellence qui intervienne comme conseiller de
certains Etats ou organisations internationales ?
- En un mot, comment changer l’organisation pour qu’elle soit toujours apte à participer aux
changements du monde ?

« Caminante no hay camino, Se hace camino al andar »


Soit en français : « Marcheur, il n'y a pas de chemin, le chemin se construit en marchant ».

Jacques BUGNICOURT aimait citer ces quelques vers de Antonio MACHADO. Cela pourrait bien être
la devise poétique de la Recherche-Action à ENDA.

Actes de la rencontre-débat sur la recherche-action, 15.05.2009, Enda Europe 20/40


Recherche-action avec les femmes sur le logement et la ville :
convergences et alliances en France et Colombie

Par Dominique Poggi, sociologue


Et Marie Dominique de Suremain,
urbaniste, membre d'Enda Europe.

1. Le sud, précurseur de recherches-actions sur le genre et l’habitat

Ces expériences vont illustrer le fait que certaines recherches-actions naissent en marge des
institutions, notamment parce qu’elles mettent en avant des problématiques qui ne sont pas dans
l’agenda institutionnel et ne sont pas ou peu financées, même si elles le sont ensuite
progressivement.

Ce sont des recherches-actions qui naissent dans le « militantisme », c’est-à-dire par des actions
volontaires de professionnelles et femmes dirigeantes d’associations, qui se rencontrent et décident
d’ouvrir ensemble un champ nouveau, et de produire des connaissances pour donner une légitimité et
une réalité politique à des thématiques qu’elles ont observé et des acteurs qui les portent, en
l’occurrence des actrices, dont les apports sont structurellement invisibles avec les outils et les
catégories de l’économie ou de la sociologie dominantes. Ce qui fait que leur rôle social n’est ni connu
ni reconnu dans la sphère publique. Ces recherches naissent ainsi dans l’informalité institutionnelle et
parfois organisationnelle, mais se déroulent de façon structurée avec des outils forgés spécifiquement
et qui enrichissent la recherche et les connaissances.

Les enjeux et méthodes de ces recherches-actions concernent donc d’abord la relation entre les
acteurs et actrices, professionnelles de l’intervention urbaine qui deviennent chercheuses militantes et
dirigeantes associatives qui endossent également l’habit de chercheuses et font évoluer les outils
communs. Mais il s’agit également de définir des objectifs communs autour du processus et de
l’utilisation des résultats en terme de connaissances, et de forger ensemble des concepts, et des
outils pour l’action politique, la reconnaissance des exclues et la transformation personnelle et
organisationnelle des acteurs ou actrices.
26
Nous en donnerons quelques exemples. En 1987 en Colombie, trois professionnelles d’ONG
spécialisées dans les questions urbaines, forment un groupe de travail indépendant « Nosotras en la
27
ciudad » . Elles avaient développé des contacts militants avec des associations populaires de
femmes des quartiers de villes de tout le pays durant les deux années précédentes au cours de 12
rencontres nationales et régionales. Ces rencontres avaient été organisées au sein du « mouvement
social des femmes » en construction, d’abord autour du thème de l’impact des crises économiques sur
les femmes des milieux populaires (urbains et ruraux), puis dans un deuxième cycle autour des
nouvelles perspectives démocratiques et de participation politique offertes par l’introduction en
Colombie de l’élection populaire des maires. Ces rencontres régionales et nationales intensives,
menées par une équipe nationale (de femmes militantes de tous bords) avec des méthodologies
ludiques et participatives, avaient créé des liens forts, propices à de nouvelles initiatives. Le groupe
« Nosotras en la ciudad » propose donc à des organisations de femmes urbaines de réaliser une
recherche-action participative visant à mesurer l’impact des crises urbaines sur les femmes des
quartiers populaires de 15 villes du pays. Cette recherche permettait ainsi d’objectiver et de diffuser
les diagnostics convergeant sur le rôle des femmes des quartiers, diagnostics qualitatifs partagés
sous forme de témoignages durant les multiples rencontres.

Les dirigeantes sollicitées ont ainsi participé à l’élaboration des questionnaires, les ont amélioré en
introduisant des variantes tenant compte de la grande diversité culturelle de la Colombie, puis ont été
formées pour les appliquer elles-mêmes. Elles ont été rémunérées pour ce travail, ce qui était une
grande innovation. Les 2000 enquêtes ont permis de montrer, mesurer, analyser le « surtravail
domestique gratuit » des femmes destiné à compenser l’absence ou les dysfonctionnements des

26
Enda América Latina et Asociacion de Vivienda Popular Simon Bolivar
27
En Français « nous les femmes dans la ville », le pronom « nous » existe au féminin en espagnol.

Actes de la rencontre-débat sur la recherche-action, 15.05.2009, Enda Europe 21/40


services urbains : le portage de l’eau, les réserves d’eau faites en se levant la nuit, les heures à faire
la queue pour obtenir le combustible subventionné destiné à la cuisine, l’attente dans les services de
santé, les heures bénévoles ou très partiellement rémunérées dans les restaurants communautaires,
les boutiques ou les crèches collectives, qui s’ajoutent aux activités menées avec les hommes (quand
ils sont présents dans la famille): auto-construction, démarches pour la légalisation des quartiers ou
travail de construction des réseaux urbains, etc.

Ainsi les femmes ont-elles démontré leur rôle incontournable mais encore invisible dans
l’amortissement de l’impact des crises urbaines sur leurs familles. Les enquêtes ont été complétées
par 50 entretiens qualitatifs avec des dirigeantes et des rencontres de restitution dans lesquelles les
femmes faisaient le bilan de leur énorme effort pour mobiliser leurs voisins et voisines dans de
multiples organisations. Elles disaient aussi leur fatigue et leur surcharge, mais en même temps, elles
affirmaient que pour rien au monde elles ne retourneraient « en arrière » à leur vie de ménagère, car
elles avaient changé du tout au tout en investissant l’espace public, physique et symbolique.

Ce diagnostic participatif a permis de remettre en question le discours classique (masculin) de


description des quartiers populaires, sans perspective de genre : ne plus parler de « quartier sans eau
ou sans services » mais de « quartier où les femmes portent l’eau », devenait l’apport théorique,
politique et pratique destiné à rendre visible l’invisible et à introduire une stratégie de genre dans les
politiques urbaines.

La grande proportion de femmes titulaires de titres de propriété ou de titres précaires, seules ou avec
leur conjoint dans les quartiers populaires (plus de 75%) était aussi un résultat très surprenant. Il
illustrait l’effort opiniâtre des femmes pour acquérir un toit, à tout prix, quel qu’il soit, même en
supportant l’absence de réseaux ou de services légalisés, et montrait une différence avec la stratégie
des hommes. Elles avaient donc un rôle moteur pour persuader leurs maris ou compagnons
d’acquérir ou d’occuper un terrain, de façon à mettre la famille en sécurité face à la pauvreté et au
chômage. Mais beaucoup, abandonnées avec leurs enfants, ou ayant décidé une séparation en
raison de la violence ou de « l’irresponsabilité » des pères, témoignaient avoir fait ce parcours seules,
en devenant « chefs de famille ». Elles parlaient de façon répétée de leur grande solitude, car se
trouver seules titulaires de la maison en construction étaient pour elles aussi souvent le résultat du
désengagement des hommes que d’une conquête d’autonomie.

L’enquête et ses résultats ont été publiés d’abord sous forme de bande dessinée destinée aux
organisations de femmes des quartiers qui se les sont appropriées et les ont diffusées largement. Elle
a été un apport à la constitution du réseau latino-américain « Mujer y habitat » au sein de la Coalition
International de l’Habitat. Des diagnostics similaires avaient été réalisés au Pérou, en Equateur, en
Argentine ou au Venezuela.

La publication du texte n’a vu le jour que 8 ans plus tard en 1994 à l’occasion de la préparation de la
conférence internationale des Nations Unies sur les femmes de Pékin …. Cette lente émergence des
questionnements sous-jacents, durant de nombreuses années, reflète la difficulté à faire entendre la
voix des femmes des quartiers (bien qu’elles soient majoritaires à la base) au sein des réseaux mixtes
travaillant sur les droits des habitants.

A Bogota, une coordination des organisations populaires de femmes des quartiers a été impulsée par
des organisations participantes à la recherche-action, notamment à partir d’un réseau de 18 jardins
28
d’enfants communautaires nommé Fundac. Ce réseau a continué à organiser des rencontres
annuelles de femmes des quartiers populaires, en s’émancipant progressivement du soutien des
ONG. Les rencontres ont renforcé leur position et leur capacité à dialoguer avec l’administration
municipale. Les jardins d’enfants ont obtenu des financements améliorés non seulement pour appuyer
les services qu’ils rendaient à la population, mais également pour renforcer la formation personnelle
des dirigeantes, leur estime de soi, leur autonomie et leur accès à l’éducation formelle. Elles se sont
constituées en interlocutrices incontournables et ont peu à peu élargi leurs centres d’intérêts, focalisés
sur les problématiques de l’enfance, vers des actions visant une gestion intégrée de l’environnement
urbain.

28
Fundac, Fundacion de Apoyo Comunitario, qui a peu a peu fait des jardins d’enfants communautaires des
centres d’éducation populaire multi-projets (éducation, santé, environnement, participation citoyenne).

Actes de la rencontre-débat sur la recherche-action, 15.05.2009, Enda Europe 22/40


D’autres recherches-actions participatives ont suivi, quelques années plus tard, à la fin des années 90
pour approfondir les contradictions du concept de « femmes chefs de familles », puis pour creuser le
point de vue des hommes et faire émerger leur ressenti, leurs ambivalences, leurs besoins, autour des
crises de la paternité et de l’évolution de la masculinité.
Aujourd’hui des institutions comme l’Unicef et des décideurs des grandes villes latino-américaines et
des Caraïbes se penchent sur les questions de genre, et négocient avec le réseau latino-américain
« femmes et habitat » des programmes de lutte contre les violences envers les femmes dans l’espace
public ou dans l’espace privé.

2. En France, des initiatives innovantes récentes dans le même esprit :

En 2002-2003, trois associations de professionnelles (intervenant respectivement dans les champs


de la politique de la ville, de l’accompagnement des habitants et de l’accueil des femmes victimes de
violences) s’unissent pour créer une dynamique locale avec les habitantes et les associations de
femmes des quartiers populaires de Sarcelles, Gonesse, Villiers-le-bel, Garges-lès-Gonesse, dans le
Val d’Oise.

Une équipe de vingt femmes, habitantes et professionnelles formées au diagnostic sociologique


participatif, vont constituer des groupes de travail avec des femmes de ces quartiers et produire un
bilan collectif qualitatif riche en informations et connaissances nouvelles sur les dynamiques sociales
urbaines.

Elles présentent leurs résultats en tribune, lors de journées de restitution en avril 2003, devant 240
personnes réunies à Sarcelles. Elles organisent cet évènement pour sensibiliser les décideurs et
faire connaître/reconnaître les apports et les attentes des femmes de ces quartiers.

Ces journées sont un succès qui donne confiance aux femmes et les légitime comme partenaires des
décideurs. Par la suite, des élus locaux s’appuieront sur leur expertise en particulier sur la question
des transports.
Les résultats de cette recherche mettent en évidence deux approches fondamentales :
2.1. La transversalité

La démarche proposait initialement trois thèmes de travail : l’emploi, la place des femmes dans la vie
locale et l’avenir des jeunes filles. Les femmes ont élargi le champ. Parler de l’emploi pour elles, c’est
faire le lien avec les transports, les modes de garde, l’aménagement urbain, la non valorisation
économique du travail domestique, les rapports hommes/ femmes, la question des violences, celle
des religions, des traditions et de la modernité. Elles analysent les situations au grand angle, elles ne
fragmentent pas la réalité, elles ne spécialisent pas les domaines.
2.2. L’approche concrète et complexe à la fois
Dans leurs analyses, les femmes relient davantage que les hommes le privé et le public. Elles ont une
vision à la fois concrète et complexe des situations humaines, familiales, économiques, sociales,
urbaines et politiques.
A partir de là, elles proposent des solutions parfois très simples, souvent peu coûteuses et qui
peuvent bénéficier à tous pas seulement aux femmes. Elles formulent des propositions pointues et
pertinentes, sur les questions d’emploi, de transports, de garde d’enfants, d’articulation des temps,
d’urbanisme, de prévention des violences.

Au terme de la recherche-action, le collectif Femmes et ville qui s’est créé, a obtenu plusieurs
avancées concrètes : la création de modes de garde à horaires atypiques, la création d’un espace
femmes, tandis que le groupe transport devient un partenaire des municipalités et participe à
l’élaboration des plans locaux de développement.

Enfin, un livre relatant cette recherche-action est publié aux Editions de l’Atelier : « Droit de Cité pour
les femmes ».

Actes de la rencontre-débat sur la recherche-action, 15.05.2009, Enda Europe 23/40


3. La mise en commun des expériences

La rencontre d’actrices de ces deux expériences en Colombie et en France permet en 2006


l’élaboration d’un projet commun : la mise en œuvre d’un diagnostic participatif articulé avec un
processus de plaidoyer, destiné à améliorer l’accès au logement des femmes victimes de violences
hébergées dans des centres d’accueil.

Le projet est porté par deux associations situés dans la périphérie parisienne, dans le 92 et le 77 et
financé par la Région Ile de France.

Il est d’abord procédé, avec les deux équipes salariées, à un diagnostic professionnel participatif,
destiné à répondre à la question : « qu’est-ce qu’une femme prête au relogement ?». Cet exercice met
en évidence les composantes et la qualité du travail d’accompagnement réalisé par les équipes
d’écoute et d’appui, pour la reconstruction des femmes hébergées dans les refuges. Il est ensuite
présenté à des décideurs (bailleurs et maires ou fonctionnaires municipaux) pour les sensibiliser et
diminuer leur préjugés implicites quant à l’accès au logement des femmes anciennement victimes de
violences conjugales.

Le plaidoyer fait apparaître les représentations « victimisantes », qui écartent les femmes du marché
du logement, car elles restent marquées et culpabilisées par les violences subies, aux yeux des
décideurs. Sous le vocable de « crise du logement », apparaissent des discriminations spécifiques.
Les femmes sont mal perçues, leurs dossiers stagnent car elles cumulent des images négatives : en
tant que femmes migrantes, en tant que femmes chef de famille « monoparentales » donc supposées
sans autorité. L’image de « victime » qui les poursuit, suscite l’idée qu’elles ne sauraient pas contrôler
leurs enfants, notamment adolescents ou que leurs ex-maris pourraient revenir. Elles sont donc
implicitement perçues comme causes potentielles de troubles de voisinage, ou seraient incapables de
gérer leur budget et représenteraient un « risque locatif » élevé.

Les équipes professionnelles, peu habituées à rendre visible leur propre travail car elles doivent rester
discrètes pour protéger leurs hébergées et sont soumises au secret professionnel, ont travaillé pour
faire connaître et reconnaître leur intervention et ses résultats, en termes d’accompagnement pour le
retour à l’autonomie des anciennes victimes.

De leur côté, les femmes hébergées ont participé à l’élaboration d’un diagnostic sur leurs relations au
domicile et au logement, mettant des mots sur l’importance de l’accès au logement comme faisant
partie de la restitution de leurs droits par la société, les violences n’étant pas un problème personnel
ou psychologique, mais un problème social.

Leur participation à l’élaboration de propositions au cours d’un évènement public, dans l’enceinte
officielle du Conseil Régional d’Ile de France, où elles s’exprimeront pour la première fois devant un
public professionnel et institutionnel, a fortement contribué à changer leur image et à commencé à
diminuer les obstacles et les préjugés rencontrés auprès des professionnels et élus concernés par le
logement social.

Précisons qu’il n’est pas aisé pour des femmes des quartiers populaires ou pour des femmes ayant
subi des violences conjugales de monter à la tribune d’une assemblée pour prendre la parole en
public et prononcer un discours citoyen. Il leur a donc été proposé une formation à la prise de
parole en public, à la gestion des émotions, du trac et à la prise de confiance en soi.
Cette formation mobilise toutes les intelligences : l’intelligence conceptuelle certes, (savoir se
positionner, s’exprimer, s’affirmer), mais aussi l’intelligence émotionnelle, (savoir mieux gérer le
stress et les émotions, s’autoriser à prendre du temps pour soi). Elle mobilise aussi l’intelligence
corporelle, (savoir affiner la conscience corporelle, maîtriser sa respiration, bien traiter son corps,).
Enfin cette formation sollicite l’intelligence artistique (s’appuyer sur son potentiel de créativité, son
intuition, ses capacités à improviser).
Il s’agit là de soutenir les femmes dans leur droit au bien vivre, à l’expression créatrice, à la prise de
parole publique et à la défense de leurs droits.
Empowerment des femmes, associatives, hébergées, limpidité et clarté des discours élaborés,
rencontres avec ministres et élus ont donné des résultats concrets et la mise en place de politiques
nouvelles.

Actes de la rencontre-débat sur la recherche-action, 15.05.2009, Enda Europe 24/40


Les leçons de ces expériences

La force de la participation directe des femmes et l’importance de l’appropriation par les acteurs et
actrices populaires de la perspective de genre dans les questions urbaines n’est plus à démontrer
dans la théorie, mais est encore très marginale dans la pratique. Les expériences doivent être
encouragées, appuyées, diffusées, mises en réseau

Les femmes apportent une vision intégrée du développement urbain, en faisant des liens grâce à leur
implication à la fois dans la sphère privée et publique : elles lient spontanément transport, travail,
santé et environnement. C’est ce qu’apporte la perspective de genre, en garantissant notamment leur
présence physique et l’apport de leur vision. Leur voix est donc non seulement indispensable parce
qu’elles sont la moitié de l’humanité, mais aussi parce qu’elle apporte de nouvelles perspectives et
une vision d’avenir.

D’autres questions se posent :

Le temps des projets n’est pas toujours le temps des femmes. Le temps des femmes est surchargé.
Celui des associations aussi à cause du décalage entre les moyens et les objectifs et parce que les
institutions sont réticentes ou hostiles à certains thèmes. Agir-penser-publier-maintenir les liens-
consolider-continuer, est un long processus : il est souvent très difficile de tenir tous les bouts. Il faut
voir les processus sur le long terme et capitaliser pas à pas.

Se pose aussi souvent la question du financement de la recherche-action participative avec les


femmes dans les projets de développement. En effet, comment soutenir des processus complets ? On
observe que les processus menés comportent toujours une grande part de travail gratuit, couplée à
une difficulté de reconnaissance institutionnelle du fait qu’ils ne font pas toujours l’objet de
publications. Faire parler les « sans voix » reste toujours un défi, notamment lorsqu’il s’agit de femmes
des secteurs populaires.

Actes de la rencontre-débat sur la recherche-action, 15.05.2009, Enda Europe 25/40


Recherche pour le développement et recherche action, même
combat? Conditions de réconciliation sur le « terrain » (France,
Cameroun, Côte-d’Ivoire et Burkina Faso)
Par Georges Courade,
directeur de recherches honoraire à l’IRD,
vice-président de La Cade29
L’intervention présentée par Georges Courade visait à répondre à la problématique ainsi exprimée : a-
t-on besoin d’une recherche spécifique au Sud et si oui, doit-elle être utilitariste pour être crédible?

Rappel de quelques éléments de mise en perspective de la recherche-action participative :


- Le savoir scientifique est découpé en disciplines (avec maîtres et disciples, marges et
centralités) dont la construction est plus ou moins élaborée, avec des hypothèses et des
méthodes dont la rigueur est plus ou moins grande. La recherche pour le développement
mobilise de manière différentielle ces disciplines et suppose une alliance extrêmement
compliquée entre disciplines-savoirs comme l’agronomie, la nutrition, la médecine, la science
écologique et l’urbanisme et des savoirs en sciences sociales dont les fondements sont
fragiles et les écoles nombreuses.
- Ces disciplines-savoirs comme l’agronomie mobilisent de véritables disciplines comme la
biologie moléculaire (pour la mise au point de variétés de plantes alimentaires à haut
rendement) ou la pédologie (connaissance des sols, de leur gestion, utilisation et
amélioration). Innovations et connaissances nouvelles produites par la science se trouvent
mobilisées pour améliorer la condition des femmes et hommes du Sud dans ce que l’on
nomme, faute de mieux, le processus de développement.
- Le développement est une idéologie du progrès politiquement défini (et donc contestable et
contesté) dans lequel s’inscrivent les efforts des scientifiques, des décideurs et des
opérateurs du développement (ceux qui agissent) mais aussi et de manière implicite, les
habitants d’un territoire donné.
- Compte tenu de ces attelages improbables, on ne doit donc pas s’étonner si les programmes,
les projets et politiques de développement sont souvent analysés comme des échecs en
Afrique subsaharienne par exemple. Echec au sens où les résultats ne correspondent pas à
ce qui est attendu par tous ceux, politiques, décideurs nationaux, internationaux ou
humanitaires et solidaires, techniciens et ingénieurs, médiateurs ou courtiers qui mettent en
œuvre de près ou de loin ce développement.

Les limites de la recherche-action participative :

- La recherche-action annoncée comme participative se veut alternative à cette démarche


descendante (du pouvoir financier, politique ou scientifique au paysan et à l’artisan, de la
station agronomique au producteur, etc.) en ce qu’elle se veut en symbiose avec celui qui agit
pour son développement (éleveur, agriculteur, commerçant, artisan, femme, etc.).
- Elle conteste la démarche scientifique trop loin des réalités locales (confondant souvent le
travail de l’ingénieur ou du vulgarisateur et celui du scientifique), trop ignorante des
contraintes et de la demande par exemple paysanne qu’elle recueille sous la forme
d’enquêtes rapides (l’urgence commande la recherche-action) type MARP, CAP, Focus
groups qui sont loin d’être rigoureuses et fiables et qui reflètent presque toujours les
présupposés de ceux qui les utilisent (ex dans l’est du Burkina).
- Parfois, elle veut se substituer à la recherche scientifique présupposant que le développement
est un ensemble d’innovations, de savoirs et de pratiques existant dans le milieu à
transformer qu’il suffirait de recueillir et de généraliser pour mettre en route le processus de
développement sans imaginer que la société-cible de l’action est inégalitaire et manipulatrice.
Critique justifiée dans les domaines agronomiques et médical corrigés parfois par le souci de
recherche-développement comme au CIRAD par exemple. La généralisation du zai pour
reconstituer la fertilité des sols au Burkina relève de cette démarche.

29
Coordination pour l’Afrique de Demain www.afrique-demain.org

Actes de la rencontre-débat sur la recherche-action, 15.05.2009, Enda Europe 26/40


- Elle se veut ascendante, partant de la base (idéalisée et mythifiée trop souvent), de ses
besoins et de ses savoirs en minimisant l’impact de technologies d’emprunt, intermédiaires,
adaptées ou simplement transférées. A une idéologie positiviste du progrès en laboratoire ou
en station, elle oppose une idéologie du doute écologique et économique, une croyance aux
savoirs locaux si longtemps niés par le colon, les experts, les élites et les éduqués qui
traduisent ici leur arrogance et leur mépris à l’endroit des paysans archaïques ou des
tradipraticiens sorciers ou charlatans.
- Elle peut occulter cependant la complexité sociétale et politique du milieu en réalisant une
socio-anthropologie biaisée ou trop rapide.
- Pour intéressante qu’elle soit, la recherche-action telle qu’elle se pratique sur le terrain ne
confond-t-elle pas justesse de l’analyse de fond et bricolage dans l’action ? N’a-t-elle pas
besoin de l’appui de la recherche au sens véritable du terme (rigueur, méthode, mesure des
biais, contrôle d’hypothèses clairement affichées) pour réussir à piloter des projets ou des
programmes ?

A travers quelques expériences d’aide à la décision, de définition et de suivi de projets ou


d’évaluation de programmes, Georges Courade a ainsi tracé des pistes pour débattre sur les mille
manières de concilier recherche et développement.

1. En quoi consiste le « développement » ?

A résoudre des problèmes, lever des contraintes, transformer des potentialités en ressources…Pour
ce faire, les principaux leviers sont les suivants :
- système techniques importés, endogènes ou métissés,
- savoirs et savoir-faire locaux, diffusés et réinterprétés,
- procédures de résolution des conflits et régulations
en fonction des choix de sociétés;

Qui dispose de la légitimité pour définir ce développement dans des sociétés communautaires très
inégalitaires, et des individus à statut? des régimes autoritaires pilotant des États souvent exsangues?
On tâtonne sur cette question de la légitimité et l’on se croit mandaté pour réaliser quelque chose dès
lors que l’on est certain de soi sur ce qu’il faut faire, tout cela relevant de la force de ses convictions
voire de l’arrogance technique, scientifique ou militante. Reste que peu de personnes s’interrogent sur
ce point capital.

La recherche est nécessaire pour effectuer « diagnostic et thérapeutiques », la participation véritable


est indispensable pour le pilotage.

Plusieurs défis propres notamment au continent africain interrogent les recherches quelle qu’elle
soit :
- La famine (exemple : Niger 2005 « une catastrophe silencieuse ») : De quelle nature est le
problème ? Faut-il mettre en place une recherche-action (RA) type Médecins sans Frontières
ou une recherche-développement (RD) type LASDEL ?
- Des greniers vides: comment les remplir? En soutenant l’agriculture paysanne ou la biologie
moléculaire?
- Le danger acridien (les criquets pèlerins) : Comment les stopper et prévenir leur invasion ? La
recherche-développement y travaille. Il y a des problèmes qui relèvent d’une approche
technico-scientifique.
- Manque d’eau (sécheresse) ou trop d’eau (inondations) ? Comment penser la maîtrise des
eaux ? Avec qui et quoi? Grâce à qui?
- L’éducation nutritionnelle: Rééduquer les mères pour participer? La recherche-développement
et la recherche-action ont ici peu ou prou la même approche.
- Qui peut valoriser au mieux les savoirs locaux ? La recherche-développement, la recherche-
action ou les deux? Exemple de l’agro-alimentaire : développement des plantes vivrières de
contre-saison; reconstitution de la fertilité des sols par divers procédés (ex: zai) comme leur
préservation; enrichissement des sols par les plantes et arbres fixant l’azote.
- Qui peut penser une politique démographique? Quelles méthodes contraceptives ?

Actes de la rencontre-débat sur la recherche-action, 15.05.2009, Enda Europe 27/40


2. Pourquoi la guerre de tranchée entre RD et RA n’a pas de raison d’être

« On ne peut pas faire boire un âne qui n’a pas soif »


L’expérience montre que certains attelages sciences exactes/sciences humaines, recherche
académique et action ne peuvent fonctionner pour des raisons multiples ( statuts, hiérarchies
implicites, personnalités, etc.) et qu’il est contreproductif d’associer des personnes qui ne se sont pas
choisies et éprouvées.

« Une recherche-action doit se soumettre simultanément aux règles de la recherche et à celles de


l’action, sous peine d’être une mauvaise recherche ou une mauvaise action » J.P.O Sardan.

Il existe à la fois des références bibliographiques pro – RD et pro- RA. On peut en citer deux chez
Karthala :
- Robert Chambers « Développement rural : la pauvreté cachée »
- Jean-Pierre Olivier de Sardan « Anthopologie et développement ; Essai en socio-
anthropologie du changement social »

Il faut prendre conscience de la fausse querelle des méthodes inductive/ déductive,


quantitative/qualitative, systémique/dialectique.

Toutefois, les travers de la recherche institutionnelle en Afrique sont réels et sont dus à certains
facteurs :
- Le souci de visibilité scientifique dans le choix des sujets/ objets de recherche ;
- L’arrogance des disciplines-savoirs dominantes transformant les sciences humaines en
agents de marketing social ;
- La durée de la recherche et le compartimentage en sous-sous-disciplines ;
- L’académisme et le formalisme du rendu du travail ;
- La difficulté à mettre en oeuvre un partenariat véritable Nord/Sud ;
- La non implication.

Les biais de la RA peuvent être quant à eux de plusieurs ordres :


- Représentations simplistes et erronées des groupes supposés participer;
- Présupposés relevant du populisme idéologique type S. Latouche ou G. Belloncle;
- Enquêtes rapides standardisées ( kit MARP, modèle causal) en miroir;
- Difficultés à recueillir les opinions réelles des acteurs dominés (femmes, jeunes);
- Déformations induites par les inévitables médiateurs, cadres, courtiers, enquêteurs et
interprètes;

Au final, la RD tout comme la RA peinent à répondre aux questions actuelles du développement, à


savoir principalement :
- La nécessité de transdisciplinarité, reconnue mais souvent mise en oeuvre « façon façon »
(pour reprendre une expression ouest africaine signifiant « approximativement »)
- Analyse systémique trop statique;
- Difficultés à appuyer la résilience des groupes et territoires vulnérables;
- Difficultés à négocier en situation d’équité régulations entre le haut et le bas;
- Boite à outils inexistante pour articuler local et global;
- Où se trouve le savoir-faire pour mettre en oeuvre des politiques publiques régulationnistes
alternatives?

Actes de la rencontre-débat sur la recherche-action, 15.05.2009, Enda Europe 28/40


Recherche-action, genre et développement - Maison des femmes en
Casamance et Diagnostic territorial participatif de genre au Maroc

Par Marie-Lise Semblat,


présidente du réseau ASTER-international,
enseignante à l’université Paris 3 et au Collège coopératif.
30
C’est par la recherche-action qu’ASTER-International a mis en œuvre des formations d’adultes,
intégrant le genre (Picardie, Bourgogne en France et au Sénégal), en partenariat avec le Collège
coopératif de Paris, accompagne une Maison des femmes au Sénégal, un diagnostic territorial
participatif intégrant également le genre au Maroc et a aussi créé des outils adaptés. Ces deux
accompagnements sont ici présentés.

Mobilisation, conscientisation et organisation locale pour le diagnostic au Maroc.

Un diagnostic territorial participatif de genre (DGTP) a été mené au Maroc par le réseau RADEV,
31
Réseau d’Appui des Associations de Développement , accompagné par ASTER dans un pays en
mutation où la Moudawana, nouveau Code de la famille, présente de forts enjeux juridiques et
démocratiques, et ce, dans une zone aux recherches d’alternatives économiques, après l’éradication
de la culture du cannabis. Le DTPG a touché plus de 4 000 personnes réparties sur trois communes
rurales et les associations locales, membres de RADEV se sont engagées activement dans la
démarche en mobilisant la population, largement consultée, qui a repris confiance après des
consultations antérieures restées sans suite.
Le diagnostic s’est voulu un outil démocratique de développement local qui croise trois approches
complémentaires (approche stratégique globale, démarche participative, intégration transversale du
genre), repose sur cinq principes-clefs : globalité, opérationnalité, participation, dynamique de projet,
articulation des temps. Le DTPG s’est réalisé au travers un cheminement en six étapes : préparation,
constitution des équipes locales de diagnostic, formation décentralisée, sensibilisation, information
auprès des populations, puis enfin les enquêtes exploratoires. Capitalisation, évaluation puis
élaboration de plans d’action de développement local, intégrant le genre, ont bouclé cette phase. Au
cours de l’année 2007, cinq sessions du comité de pilotage général – COPIL – ont été organisées par
RADEV et animées par ASTER-International ; plus de 70 jours de travail réalisés sur le terrain par les
équipes locales du DTPG ; une masse importante de données recueillies auprès des femmes et des
hommes des douars concernés ; une mobilisation accrue des populations ; des axes de
développement prioritaires à intégrer dans les plans locaux de développement local et durable ; un
partenariat actif entre le RADEV et ASTER.

Le 28 mars 2008, une conférence, « Le développement local dans une approche d’égalité
femmes/hommes », a été organisée à Rabat par RADEV et ASTER-International grâce à l’appui de
l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), afin de faire connaître le DTPG, sa démarche,
sa méthode et ses résultats.

Cette conférence a permis de :


- montrer les capacités des populations locales à se mobiliser grâce à une animation et un
encadrement adéquats ;

30
A.S.T.E.R, Actrices Sociales des Territoires Européens Ruraux, structure créée en 1993, est à la fois un
organisme de formation et un réseau européen devenu international en 1999. Laboratoire d’expérimentation
sociale, observatoire des pratiques et réseau ; ASTER développe à la fois une « pédagogie de l’action » et une
« pédagogie de l’international au service du développement local ». La première privilégie le territoire, le groupe,
le projet. La seconde est fondée sur la réciprocité, le partage des expériences et pratiques, en facilitant à la fois
les maillages de partenariats locaux et les coopérations interterritoriales. Aster cherche à articuler, combiner et
entrer dans une analyse complexe des réalités sociales.
31
L’initiative de création de ce réseau a été prise par certains responsables et membres d’associations à partir
d’un besoin de solidarité entre les associations et de professionnalisation de l’action associative au niveau de la
province de Larache. Les objectifs de RADEV privilégient : la prise en compte de l’égalité Femme/Homme dans
les institutions et dans les programmes et projets de développement, la participation, la prise en compte des
droits humains, le travail de proximité.

Actes de la rencontre-débat sur la recherche-action, 15.05.2009, Enda Europe 29/40


- manifester les compétences de RADEV en matière de genre, d’animation du territoire, de
mobilisation des gens, de développement local et de revitalisation de la zone ;
- inciter les pouvoirs publics et les décideurs politiques marocains à prendre en considération les
besoins d’une zone qu’ils ont voulue « sans cannabis » et notamment ceux, spécifiques, des
femmes rurales dans un objectif de développement local intégrant le genre ;
- contribuer à trouver des alternatives économiques et sociales pour les populations notamment les
femmes dans la perspective d’un développement durable et équitable de la zone ;
- contribuer à la mise en œuvre de la Stratégie nationale pour l’équité et l’égalité des sexes ;
- créer des synergies avec des projets et des réalisations proches dans les objectifs et les
méthodes ;
- apporter une contribution aux différentes actions de diagnostics participatifs conduites par des
organismes associatifs ou étatiques marocains.

Trente personnes (trois groupes de dix pour chaque village) se sont déplacées de leurs douars vers
Rabat, pour présenter le DTPG aux pouvoirs publics et aux organismes internationaux. Outre
madame la Ministre du Développement social, de la Famille et de la Solidarité, venue ouvrir les
travaux, des représentants des cabinets du premier ministre, du ministre du travail, d’ambassades, de
plusieurs ONG et coopérations étrangères ou encore mouvements des droits de l’Homme ont
participé à la conférence. Cette rencontre traduit le croisement d’une démarche ascendante et d’une
démarche descendante, nécessaire à une mise en œuvre effective du développement local. La
première est celle qui permet à une population de prendre en charge ses problèmes, d’identifier elle-
même ses difficultés, besoins, ressources et potentiels. La seconde est celle que des pouvoirs
publics, des autorités locales, des organismes internationaux mettent en place pour trouver, à leurs
différents niveaux, des réponses satisfaisantes aux besoins locaux : « Le développement local est une
création permanente, où ne cessent de se croiser et s’affronter les directives des appareils centraux et
les initiatives surgissant de la base, les approches sectorielles spécifiques et les démarches globales
32
localisées. »

Le diagnostic par la démarche de recherche-action a suscité une forte mobilisation, il a abouti à des
orientations pour des plans locaux de développement, notamment pour un projet de trois Maisons des
femmes dans les communes où le diagnostic a été conduit et qui mettent d’ores et déjà un local à
disposition.

Articulation d’une approche intégrée de genre et de mesures spécifiques en Casamance

Le projet Passerelles, élaboré de concert par ASTER-International et OFAD/NAFOORE (ONG


33
sénégalaise, membre d’ASTER, en Casamance) , a pris en compte les réalités locales, en même
temps que les besoins et les potentiels. Il est articulé autour de deux piliers : création d’une Maison
des femmes et renforcement des capacités des agents-es de développement des ONG locales. Ces
derniers sont connectés par des groupes communs de recherche-action et ouverts à la population par
l’organisation de forums et conférences thématiques.

Passerelles combine une approche intégrée « genre et développement » dans un parcours de


34
formation CIL réunissant 30 agents-es des ONG locales , avec des réponses spécifiques aux
problèmes propres aux femmes de la zone. La recherche-action a engagé des démarches
participatives, tant au sein du groupe mixte en formation, que parmi les 25 femmes-relais de la Maison
des femmes. Elle a permis aux professionnels des ONG de questionner, analyser et changer leurs
pratiques professionnelles et communautaires en santé, éducation, formation, développement local
avec en permanence une prise en compte du genre, intégré de manière transversale.
35
La Maison des femmes a fait l‘objet d’une évaluation qui a identifié une forte mobilisation, une plus
grande participation, une prise en compte de la parole des femmes, le sentiment d’appartenance, une

32
Houée P. (1989), Les politiques de développement rural, INRA, Economica.
33
OFAD/NAFOORE, ONG sénégalaise implantée à Bagadadji depuis 1997, village de 500 habitants à 30 km de
Kolda, met en place des programmes dans les secteurs de la santé, de l’éducation/formation (groupes
d’alphabétisation et création de 20 écoles communautaires de base), du micro-crédit, et de la lutte contre les
mutilations génitales. OFAD est une antenne d’ASTER en Afrique de l‘Ouest et anime la Maison des femmes.
34
Suivi d’un DHEPS, diplôme des hautes études des pratiques sociales, Master 1 de formation d’adultes pour 15
d’entre eux.
35
Réalisée par Miléna Zarev dans le cadre de son stage, Sciences politiques, Bordeaux, 2007.

Actes de la rencontre-débat sur la recherche-action, 15.05.2009, Enda Europe 30/40


meilleure cohésion sociale, et une conscience des intérêts stratégiques. Ces derniers se sont traduits
dans l’organisation de la journée du 8 mars 2007, un tournant vers une plus grande reconnaissance
des femmes-relais par leurs pairs, mais aussi un moment déclencheur dans la constitution d’une
conscience féministe. Elles sont passées d’activités essentiellement basées sur la satisfaction des
besoins pratiques à des réflexions sur les droits des femmes. L’atelier sur les violences faites aux
femmes en a été l’exemple le plus concluant et les femmes s’y sont fortement impliquées. C’est un
premier pas vers un réel empowerment des femmes de la région de Kolda. « Nous connaissons
aujourd’hui nos droits et nos devoirs grâce à la Maison des Femmes. Nos maris ne nous frappent
plus ».

La Maison des Femmes favorise également l’autonomisation des femmes, leur prise de parole et leur
participation aux décisions. Dans l’un des villages concernés, une femme explique ainsi qu’« avant,
une seule personne avait droit à la parole et à la décision. Cette personne, c’est l’homme. Mais grâce
aux formations, chacun a droit à la parole ». Les chefs de village et les imams consultés
reconnaissent pour l’un, que « les femmes sont devenues ouvertes et curieuses » et « qu’une femme
qui n’a pas fait ses bancs (n’a pas été scolarisée) te donne des idées comme si elle était allée à
l’université », pour un autre, que les femmes qui n’avaient pas d’activités pour se rencontrer,
occupées par leur mari et leurs enfants, sont « libérées ».
36
Dans le premier rapport d’évaluation, Tcherno Bâ concluait : « La conception du projet en tenant
compte des préoccupations des femmes, des jeunes et des hommes, dans une approche village, a
permis une prise en charge collective du projet par les intéressés(es) et les concernés (es) ».

Visée politique d’une pédagogie du genre par la recherche-action

Le féminisme et la recherche-action présentent un certain nombre de points de convergences que


37
Ruth Rose de l’UQAM à Montréal identifie autour d’axes majeurs :
 La contestation des théories et modèles reçus qui privilégie le vécu, l’identification des
problèmes à résoudre par les groupes eux-mêmes, une approche globale et holistique ;
 Le principe que les êtres humains doivent être auteurs et auteurs-sujets de la recherche et de
la politique-action ;
 Une approche humaniste et égalitaire.

La recherche-action contribue à la mobilisation, la conscientisation et l’organisation. Elle permet des


productions collectives de savoir, faisant des acteurs et des actrices des auteurs-eures, des
38
« actantes » pour féminiser l’expression de René Barbier . Elle facilite ainsi l’empowerment tant
individuel que collectif. Le tableau en annexe présente le passage de femmes « bénéficiaires » dans
les programmes élaborés pour elles, aux « actrices actives » par leurs initiatives dans l’action, puis
aux « opératrices » par les formations-actions selon l’expression élaborée par le réseau ASTER en
39
1993 à sa création et enfin aux « actantes » par la démarche de recherche-action .

Au Maroc, à la suite du diagnostic, au Sénégal par la dynamique de la Maison des femmes, les
femmes se sont affirmées, ont pris la parole, mais des retombées locales directes ont aussi été
constatées pour l’amélioration des conditions de vie de la communauté locale : création de nouvelles
classes, approvisionnement en eau, création de coopératives…
Les ONG concernées, OFAD/Nafoore au Sénégal et RADEV au Maroc ont constaté, pour la première,
le renforcement des capacités des professionnels des ONG et celui des femmes devenue actrices de
développement, pour la seconde, une forte implication des membres des associations locales qui

36
Sociologue, docteur en sciences de l’éducation, président de l’USE, Dakar, 2005.
37
Rose R. (1993), « La recherche-action est-elle de façon inhérente féministe ? » in Recherche-action et
questionnements féministes, Cahiers Réseau de recherches féministes, sous la direction de Descarries F. et
Corbeil C., Université du Québec à Montréal, IREF.
38
Barbier R. (1996), La recherche-action, Anthropos, Economica, Paris, p. 48.
39
Semblat M-L., « D’« actrices actives » à actantes. Trajectoires et pratiques collectives des femmes rurales »,
Développement local, économie sociale et démocratie, sous la direction de Marielle Tremblay, Pierre-André
Tremblay, Suzanne Tremblay, Presses de l’Université du Québec, 2002, pp. 193-214.
Semblat M-L., « De la formation-action à la formation par la recherche-action ; des femmes rurales devenues
« actantes » », in La recherche-action. Une autre manière de chercher, se former, transformer, sous la direction
de Pierre-Marie Mesnier et Philippe Missotte, L’Harmattan, 2003, pp. 291-306.

Actes de la rencontre-débat sur la recherche-action, 15.05.2009, Enda Europe 31/40


composent le réseau RADEV. Pour RADEV, les acquis se traduisent en termes de méthodologie « en
profondeur », de visibilité et de reconnaissance, RADEV étant maintenant sollicité pour démultiplier la
démarche.

La recherche-action a facilité dans tous les cas, la mise en œuvre d’une véritable pédagogie du genre
permettant de questionner autrement la réalité sociale et d'infléchir des changements dans les
rapports entre les femmes et les hommes. L’articulation d’une dimension pédagogique du genre et
d’une visée politique permet, non seulement de remédier aux effets des inégalités, mais aussi d’en
identifier les causes ; elle questionne en cela, les systèmes qui les produisent. La recherche-action
accroît la portée de critique sociale du genre :

« Travailler avec le concept de genre est porteur de critique sociale. Les chercheuses et chercheurs,
les responsables de projets et les organisations de base travaillant avec cette perspective de genre,
40
en collaboration, s’inscrivent dans un projet de transformation sociale . »

40
Verschuur C., Reysoo F. (2003), Introduction au n° 4, Cahiers Genre et développement, Genre, Pouvoirs et
justice sociale, IUED-EFI, Genève et L’Harmattan, Paris.

Actes de la rencontre-débat sur la recherche-action, 15.05.2009, Enda Europe 32/40


Transdisciplinarité et recherche-action: l'exemple de Madagascar
(ATT-CRUD, Action Thématique Transdisciplinaire-Centre de
ressources universitaires pour le Développement), l'exemple du
Cameroun (CRT, Centre de Ressources Technologiques
Université/Industries)

Par Jacques NEMO et Jean-Claude RABEHERIFARA,


CILDA-Université de Paris Ouest-La Defense

La transdisciplinarité est au coeur des enjeux du développement de la recherche scientifique et


universitaire dans les pays du Sud comme du Nord.

Il résulte de cette option transdisciplinaire des effets positifs dans la définition de politiques d'appui et
de coopération plus pertinentes avec des outils (CRUD à Madagascar, CRT au Cameroun) mieux
adaptés aux problèmes induits par les transformations géopolitiques de la mondialisation.

Il y a donc scientifiquement nécessité de casser les cloisonnements des champs scientifiques et de


développer à la fois la pluridisciplinarité et l’expérience transdisciplinaire. Les relations scientifiques,
en recherche-action participative, doivent constamment être évaluées et réévaluées en fonction des
dynamiques sociales, économiques et culturelles de chaque pays partenaire; dans cette optique,
l'appui au développement des pays du Sud permet réellement le changement social en diminuant
sensiblement les écarts entre les pays riches et les pays pauvres, en s'appuyant principalement sur
les ressources humaines, économiques, culturelles endogènes.

L’expérience du Centre de Ressources Universitaire au Développement mis en place à Madagascar


illustre cette transdisciplinarité et cette dynamique d’échanges entre savoirs locaux et savoirs
spécialisés ou académiques. Sa mise en place au milieu des années 90, dans un contexte de
valorisation et de promotion du rôle de la société civile (après la conférence de Pékin), partait du
constat de l’éloignement des universités vis-à-vis des débats portant sur le développement. Il fallait
dès lors s’efforcer d’associer plus étroitement universités, acteurs de la société civile ainsi que les
bailleurs.

Cela s’est concrétisé par un partenariat passé avec la ville d’Antananarivo, les facultés de droit, d’éco-
gestion, de sociologie et de centre de recherche sur le développement tel que le Fifra autour de la
mise en place d’un programme de formation transdisciplinaire touchant à des domaines aussi divers
que le genre, l’eau et l’assainissement, la déforestation et d’une bibliothèque. Des modules
d’ingénierie, de montage et d’étude de projets, d’évaluation ont aussi été mis en place ainsi qu’une
antenne de représentant du centre de ressources en Europe, afin d’accéder aux financements.
Malheureusement ce programme ambitieux a été reçu avec une certaine froideur par certaines
universités et par les partenaires financiers sollicités.

Actes de la rencontre-débat sur la recherche-action, 15.05.2009, Enda Europe 33/40


Débat avec les participants

Annelaure Wittmann a ouvert le débat en soulignant que l’on a pu voir à travers les interventions
successives que la recherche-action en tant que processus peut produire des résultats tangibles. Cela
nous amène donc à nous interroger sur :
- Le changement d’échelle c’est à dire le passage du niveau souvent très local de mise en
œuvre de ces programmes à un niveau plus global,
- Le passage des savoirs locaux aux savoirs spécialisés, et donc la convergence des acteurs
aux pratiques et aux intérêts très divers.

Badara Ndiaye d’Enda Diapol, a souhaité illustrer la problématique posée par ce passage du « local »
au « global » par l’évolution de la recherche-action au sein d’enda Tiers-Monde.

- En 1973 la recherche-action était liée aux enjeux d’exclusion et de discrimination. Elle avait
alors pour fonction de décloisonner des acteurs en faisant émerger ceux qui étaient
marginalisés, et à co-construire les légitimités des uns et des autres pour une pleine
participation aux projets de développement.

- La deuxième phase a consisté à évoluer du changement social au changement politique porté


notamment par l’entité Enda Diapol. Cela s’est traduit par l’institutionnalisation de partenariats
entre chercheurs académiques et acteurs sociaux autour de recherches-actions prospectives
avec pour objectif d’agir sur les mécanismes de régulations. On peut citer à titre d’exemple le
programme MAFE de partenariat entre l’INED, l’université de Dakar, Enda et la diaspora
sénégalaise mais aussi, bien que selon un angle un peu différent le programme Diapode
(Diasporas pour le Développement) et plus récemment un programme de partenariat avec le
BIT (Bureau International du Travail – Nations Unies).

Un participant a donné une autre illustration de la question du passage du local au global avec
l’exemple des forums sociaux mondiaux qui résulte de certaines convergences et où ont lieu
précisément la construction d’enjeux communs. La condition de réussite de ce type d’opérations
repose sur la subsidiarité entre les actions. Autrement dit : en quoi ce que je fais va avoir des effet sur
les autres. C’est là qu’émerge la possibilité d’une coordination.

Gustave Massiah a souligné les risques de dénaturation du projet au cours de cette évolution du local
au global et notamment de récupération par les institutions. Il est important que la démarche soit
toujours sous-tendue d’une véritable dynamique de mobilisation. Si l’on pense à l’exemple de la lutte
contre la pauvreté, l’objectif est-il qu’il y ait moins de pauvres (objectifs quantitatifs portés par les
institutions telles que la Banque Mondiale) ou d’éliminer la pauvreté C’est à ce niveau que se situe la
question du changement de l’échelle, de la définition de l’échelle correspondant au problème.. Cette
question d’échelle rejoint celle de l’impact et de la différence entre urgence et développement. D’où
l’importance pour éviter ces risques de dénaturation et d’instrumentalisation de définir assez tôt une
stratégie d’ensemble ; ce qui est souvent contraire au processus de recherche-action.
ème
Sophie Tocrau, responsable du programme « Sciences dans la société » (7 PCRD de la
Commission Européenne) au Ministère français de la Recherche, a présenté rapidement les objectifs
de ce programme : favoriser le développement de partenariats égalitaires entre ONG, recherche et
décideurs politiques autour d’objectifs communs et définis ensemble. Au regard de ce qui s’est dit ce
matin, elle s’étonne du peu d’enthousiasme rencontré par ce programme auprès de la société civile
française.

Gustave Massiah a répondu en remarquant que la difficulté avec ce type de programme jusqu’à
présent est qu’ils sont de fait souvent destinés à reproduire de l’institutionnel, à permettre aux
universités et aux instituts de recherche de « survivre » et ce, en déconnection avec des mouvements
et mobilisations politiques. Il est important que les chercheurs s’inscrivent dans ces mouvements pour
produire de la connaissance.

Actes de la rencontre-débat sur la recherche-action, 15.05.2009, Enda Europe 34/40


En conclusion, le thème de la recherche-action est important pour une organisation comme Enda
présente sur tous les continents, mais aussi pour d’autres organisations similaires. La recherche-
action consiste avant tout à mettre au cœur d’une démarche un rapport dialectique et va à l’encontre
de l’idée encore répandue que la technique suffit : on ne peut faire de l’action sans réfléchir et l’action
peut changer la recherche. Elle est à la base de plusieurs exigences :
1. la nécessité de renforcer l’autonomie de la réflexion vis-à-vis des institutions de la
connaissance. Il est possible d’être intellectuel sans être universitaire. L’important est la
production de connaissances. Ce constat est au cœur de l’université populaire et manifeste
dans l’usage des savoirs traditionnels.
2. l’autonomie vis-à-vis des acteurs économiques et d’un certain type de « recherche-
innovation » ou de « recherche-marchandise » comme peut l’être la recherche sur les OGM.
3. la recherche ne peut et ne doit pas être coupée des contradictions sociales. Toute recherche
se doit de prendre en compte les sociétés dans leurs évolutions en temps réel, et conserver à
tout moment la dimension essentiellement critique de la démarche scientifique.

On pourrait donc résumer la démarche idéale de recherche-action comme la liberté d’inventer


indissociable de l’obligation de vérifier. A la science comme instrument du pouvoir politique qui
s’impose à la société, elle oppose le renforcement du pouvoir de la société. L’éducation est donc au
cœur de la démarche de recherche-action.

Actes de la rencontre-débat sur la recherche-action, 15.05.2009, Enda Europe 35/40


Annexes

Annexe 1 : bibliographie

Sur la recherche-action (généralités)

Ardoino J. [1989], « historique de la recherche-action », note de l’article « D'une ambiguïté propre à la


recherche-action aux confusions entretenues par les pratiques d'intervention » in Pratiques de
Formation/Analyses No 18 (disponible sur : http://www-ufr8.univ-paris8.fr/pfa/18presentation.html )

Barbier R [2006], Historique de la recherche-action par René Barbier, disponible sur


http://foad.iedparis8.net/claroline/courses/8327/document/barbier_rechercheaction/01.Historique.html

Bazin H. [2006], Comparaison entre recherche-action et recherche classique, document électronique


in Bibliographie R-A, disponible sur http://biblio.recherche-action.fr/document.php?id=137#tocto2

Gagel D., 1995, Aktionsforschung - Methoden partizipativer Projektplanung und -durchführung in der
Entwicklungszusammenarbeit, Heidelberg, GTZ, 29 pages.

Ouvrages d’Orlando Fals Borda

FALS BORDA, Orlando, 2007, “Por un Conocimiento Vivencial”, en: Revista Aquelarre, No. 11,
Ibagué, Centro Cultural de la Universidad del Tolima, pp. 103-114, (conferencia inaugural de abril 7
de 1987, auspiciada por el IEPRI de la Universidad Nacional)

FALS BORDA, Orlando 1999, “Orígenes Universales y Retos Actuales de la IAP”, en: Análisis
Político, Sept/Dic. Bogotá, Universidad Nacional de Colombia - IEPRI, pp. 71-88 .

FALS BORDA, Orlando 1986, Historia Doble de la Costa: Retorno a la Tierra, Vol. IV, Bogotá, Carlos
Valencia Editores.

FALS BORDA, Orlando 1967, “Ciencia y Compromiso”, en: ECO Revista de la Cultura de Occidente,
Tomo XVI/2, No. 92, Bogotá, diciembre, pp. 181-200.

FALS BORDA, Orlando, Víctor Daniel Bonilla, Augusto Libreros, Gonzalo Castillo, 1972, Ciencia
Popular, Causa Popular, Bogotá, La Rosca.

Ouvrages de Kurt Lewin

Lewin, Kurt: Action Research and Minority Problems, in: Journal of Social Issues, 2/1946.

Lewin, Kurt: Die Lösung sozialer Konflikte, Bad Nauheim 1953 ( New York 1948).

Sur les liens entre recherche et formulation de politiques publiques

Court J. et Young J. [2006], From developement research to pro-poor policy : evidence and the
change process, article publié dans ‘Science and Technology Policy for Development, Dialogues at
the Interface’ by Louk Box and Rutger Engelhard (eds) (2006) Anthem Press London UK.
Disponible sur
http://www.anthempress.com/product_info.php?cPath=96&products_id=274&osCsid=icd69js77l634iqv
oni0t6vk67

Sur les partenariats ONG – chercheurs

Actes de la rencontre-débat sur la recherche-action, 15.05.2009, Enda Europe 36/40


Comité Scientifique Français de la Désertification (CSFD), 2008, Sciences et société civile dans le
cadre de la lutte contre la désertification, 44 pages.

Groupe de Travail sur la Désertification (GTD), 2007, Liens entre chercheurs et autres acteurs de la
lutte contre la désertification: des besoins, des possibilités, des perspectives, 14 pages.

Sélection proposée par Marie-Lise Semblat

Ardoino J. et al., L’intervention institutionnelle, Petite bibliothèque Payot, Paris, 1980.

Barbier R., La recherche-action, Anthropos, 1996.

Corcuff P., Les nouvelles sociologies, Nathan, paris, 1995.

Crozier M. ; Friedberg E, L’acteur et le système, Seuil, Paris, 1977.

Desroche H, « Les auteurs et les acteurs. La recherche coopérative comme recherche-action », in


Archives de sciences sociales de la coopération et du développement, janvier-mars 1982.

Desroche H., Entreprendre d’apprendre, Editions ouvrières, 1990.

Dionne H., Le développement par la recherche-action, l’Harmattan,, Paris, Montréal, 1998.

Dubost J., L’intervention psycho-sociologique, PUF, Paris, 1987.

Elias N., Engagement et distanciation, Fayard, 1993.

Enriquez E., L’organisation en analyse, PUF, Paris, 1992.

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Grawitz M., Méthode des sciences sociales, 1O ième édition, Dalloz, Paris, 1996.

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Sélection proposée par Jean-Jacques Guibbert

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Orlando FALS BORDAS, El problema de como investigar la realidad para transformarla por la praxis,
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G. LEBRET, Essai sur un complexe d’Athéna : de la recherche – action comme révélateur des
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Recherche Action, Synthèse remaniée par Hugues Bazin à partir de deux versions d’un texte
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Développement et recherche – action : Stratégies et pratiques, du global au local, Les cahiers de


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Editorial du N° de Environnement Africain préparé p our 1ére conférence Habitat de Vancouver en


1976 (vol II, n° 1-2 1976)

Actes de la rencontre-débat sur la recherche-action, 15.05.2009, Enda Europe 38/40


Loic BARBEDETTE, Jacques BUGNICOURT, Ben Maddy CISSE, La formation comme action sur la
ville, in Environnement Africain, vol I, n° 3, 1975 .

Jacques BUGNICOURT, Action administrative et communication avec les administrés en Afrique,


Revue Française d’Administration Publique, Paris, avril –juin 1977, pp.145 – 165.

Jacques BUGNICOURT, Quelle formation pour l’aménagement des environnements africains ?, in


Revue Tiers Monde, T XIX, n° 73, Paris, janvier – mars 1978, pp. 61 – 91.

Jacques BUGNICORT, L’administration rurale en Afrique peut –elle devenir l’instrument d’un véritable
développement ? Revue Française d’Administration Publique, Paris, juillet – septembre 1979, pp. 114
– 147.

Jacques BUGNICOURT, Agents de développement, ENDA, Dakar, Etudes et recherches n° 67 – 81,


mars 1981, 237 p, (Recueil d’articles de Jacques BUGNICOURT et autres sur le développement ses
méthodes, ses acteurs)

Jacques BUGNICOURT, Dakar sans rivages, in Lectures de la ville africaine contemporaine, Prix Aga
Khan d’architecture, 1983.

Autres textes d’Enda TM sur la recherche-action

Jeunesse Action, Enfants en recherche et en action, Une alternative africaine d’animation urbaine,
Enda éditions, 1995.

Marie Dominique de SUREMAIN, Lucy CARDONA, Marisol DALMAZZO, Les femmes et la crise
urbaine ou la gestion invisible du logement et des services urbains, ENDA America Latina, CENAP,
AVP, Bogota, 1995.

ENDA Graf Sahel, Pauvreté décentralisation et changement social. Eléments pour la reconstruction
d’une société politique, Editions ENDA, mai 1998.

ENDA Graf Sahel, Une Afrique s’invente. Recherches populaires et apprentissages de la démocratie,
Karthala, ENDA Graf Sahel, 2002.

Ouvrage collectif, Education : alternatives africaines, Enda Dakar, 2003.

Jean-Jacques GUIBBERT, La polycentralité inachevée d’une organisation non gouvernementale : le


cas de ENDA Tiers – Monde, juillet 2004.

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Editions Enda Graf Sahel, Dakar, 2005.

Actes de la rencontre-débat sur la recherche-action, 15.05.2009, Enda Europe 39/40


Annexe 2 : QUELQUES EXEMPLES DE RECHERCHES – ACTIONS A ENDA

RECHERCHE Entité Groupe Echelle Nature de la Type de Relations Relation avec Relation avec Relations avec les
ACTION resp. social d’intervention méthode chercheur avec la recherche politiques mouvements
porteur acteur formation conventionnelle publiques sociaux
Caisses ENDA Femmes Agglomération Participative et Chercheurs- Formation Projet Expérimentations Construction et
d’épargne et de Graf urbaines dakaroise souple acteurs tas reconnaissance politiques empowerment
crédit de Chercheurs - Formations académique alternatives
femmes Grand populaires en formation
Yoff cascades
Ateliers
réflexions
stratégiques
Enfants et ENDA Enfants et Groupes Participative et Chercheurs Formation Expertise Lobbying Construction et
jeunes Jeuda jeunes d’EJT en codifiée spécialisés tas chercheurs politiques accompagnement
travailleurs en travailleurs Afrique Animateurs Ateliers alternatives
Afrique (EJT) Acteurs formation
Ateliers
stratégie
Femmes ENDA Femmes Terroirs ruraux Empirique Chercheurs Formation Partenariat Expérimentations Accompagnement
agricultrices et Pronat rurales et Au Sénégal et souple spécialisés tas technique politiques et empowerment
maraîchères au péri Animateurs Ateliers alternatives
Sénégal urbaines Acteurs formation
Femmes et ENDA Femmes 2000 enquêtes Participative Dirigeantes Formation Partenariat Propositions Restitution sous
crise urbaine Amérique urbaines dans15 villes quantitative et populaires et aux financier, nouveaux outils forme de bandes
en Colombie Latine colombiennes qualitative et professionnelles méthodes professionnels pour politiques dessinées et de
et 50 codifiée militantes d’enquêtes, en partie urbaines incluant rencontres.
entretiens de et bénévoles, le genre Plaidoyer et
groupes de rencontres dirigeantes en empowerment.
femmes ludiques partie
rémunérées
Pèche ENDA Pécheurs Acteurs pêche Empirique et Chercheurs Partenariat Lobbying et Plaidoyer
artisanale en Diapol artisanaux artisanale souple Chercheurs- équipes propositions
Afrique de Afrique de acteurs recherches politiques
l’Ouest l’Ouest Acteurs conventionnelles publiques
Restructuration ENDA Bidonvillois Quartier ville Prédéterminée Chercheurs Ateliers Accueil étudiants Lobbying & Construction et
bidonville de Maghreb marocaine et codifiée spécialisés formation stagiaires applications Plaidoyer
Karyan el (Salé) Animateurs politiques
Oued, Maroc Acteurs publiques

Actes de la rencontre-débat sur la recherche-action, 15.05.2009, Enda Europe 40/40