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Chapitre III : L’amplification dans une liaison optique.

Le Développement dans les télécommunications s'est particulièrement focalisé sur


deux sujets de préoccupation majeure : l'augmentation possible du débit d'informations
transmises (par des techniques de multiplexage de données) et l'extension de la distance
de transmission des signaux optiques avec une recherche de solutions bas coûts. Afin de
pouvoir augmenter le débit de transmission et d'atténuer les principales limitations de
l'extension des distances entre un émetteur et un récepteur, conjointement représentées
par les phénomènes de dispersion, d'atténuation et non linéaires apparaissant à haut débit
dans les fibres optiques, plusieurs types de répéteurs sont apparus. Dans ces modules, un
élément indispensable est l’amplificateur. Il en existe plusieurs sortes qui ont été
développés selon l’utilisation qu’on souhaite en faire : soit fibrés tout optique, soit à
semiconducteur.

Développés dans les années 90, les amplificateurs sont utilisés couramment
aujourd’hui dans les systèmes de transmission, car ils permettent d’amplifier directement
la lumière, sans la contrainte d’une conversion optique- électronique qui limite
nécessairement le débit de transmission possible. Ils sont utilisés pour compenser
l’atténuation de la fibre optique et des autres composants. L’amplification est obtenue par
émission stimulée de photons au cours de la traversée unique d’un milieu où l’on a réalisé
l’inversion de population (l’amplificateur se présente donc comme un laser sans contre
réaction optique).

Selon la nature du milieu amplificateur, on distinguera [16] :


Les amplificateurs optiques à semi-conducteur (SOA) qui ont la même structure
qu’une diode laser.
Les amplificateurs utilisant une fibre optique dopée (en Anglais, EDFA) avec des
ions terres rares (Er3+, Nd3+ ou autre) qui sont pompés optiquement.
Avec les SOA et les EDFA, l’amplification est localisée et il est possible également
de réaliser une amplification répartie tout le long de la fibre optique servant à
transmettre la porteuse optique, en utilisant l’effet Raman stimulé.

III.1 Les amplificateurs électroniques

Avant l’apparition des amplificateurs optiques, des répéteurs électroniques étaient


utilisés. Ceux-ci, constitués d’un photodétecteur, d’un circuit électronique régénérant et
d’une source pour la réémission, avaient pour inconvénient de dépendre, non seulement,
du format et de l’unidimensionnalité des signaux à amplifier, mais également, de
l’utilisation de composants optoélectroniques.

Le dispositif d’amplification électronique est complexe (Figure III.1). Il comporte un


détecteur qui convertit le signal optique en signal électrique, le signal électrique est
ensuite amplifié électroniquement puis à nouveau converti en signal optique par
l’intermédiaire d’un laser.

Figure III.1: Schéma d’un amplificateur électronique [17].

Cette technique est mal adaptée à l'amplification de signaux très faibles puisque le
rapport signal à bruit est détérioré à chaque conversion. Le régénérateur optoélectronique
comprend un laser, une photodiode et un grand nombre de circuits intégrés. Tous ces
composants devant fonctionner à grands débits sont chers, complexes, délicats à réaliser
et à interfacer. Malgré les progrès incontestables de l'électronique à large bande, il y a lieu
de penser que le développement de ce type de régénérateurs [18] à des débits supérieurs
à 2,5GB/s sera coûteux.

Pourtant, les besoins en débit ne cessent d’augmenter. Cette course à la capacité


semble devoir se ralentir pour des raisons technologiques liées à la faisabilité des
régénérateurs optoélectroniques : d’où le grand engouement vers les systèmes non
régénérés avec l’utilisation de l’amplification optique.

III.2 Les amplificateurs optiques

La conception de systèmes de communications optiques a été révolutionnée par le


développement de l'amplification tout-optique.
En effet, l’amplification optique, obtenue par un dispositif laser à matrice vitreuse ou
bien à lasers semi-conducteurs pallie les inconvénients des répéteurs électroniques.
Les différents types d’amplificateurs optiques cités plus haut, présentent en commun
un certain nombre de caractéristiques qui sont définies ci-dessous et qui seront
développées par la suite.
III.2.1 Caractéristiques générales des amplificateurs optiques

III.2.1.1 Gain « petit signal »

Le processus d’amplification est expliqué schématiquement sur la figure ci-dessous


(Figure III.2). L’onde incidente de fréquence , puissance Pe , pénètre dans le milieu rendu

amplificateur par inversion de population et ressort après un unique trajet de longueur L ,


car les faces d’entrée et de sortie ont un pouvoir réflecteur nul (traitement anti-reflet AR).

Figure III.2 : Amplification d’une onde progressive dans un amplificateur optique [16].

La puissance croît à la traversée du milieu amplificateur selon l’équation :


P( z ) Pe exp( g z ) (2.1)

Où g représente le gain à la fréquence . En posant P (0) Pe et P ( L) PS , on obtient

PS
l’expression théorique du gain en petit signal G 0 telle que : G0 exp( g L) (2.2)
Pe

III.2.1.2 Puissance de saturation

La Figure III.3-a montre que la puissance de sortie Ps augmente proportionnellement à

Pe pour les faibles puissances d’entrée Pe -30dBm: c’est le régime « petit signal », dans

lequel le gain est constant et égal à G 0 (Figure III.3-b). On observe par contre un

phénomène de saturation aux puissances plus importantes, qui se traduit par une
diminution du gain en fonction de Pe .

Ce phénomène de saturation s’explique de la manière suivante. A partir d’une certaine


puissance optique dans le milieu, la forte intensité de l’émission stimulée entraîne une
réduction de l’inversion de population, ce qui réduit le gain optique g . On définit la
Sat
puissance de saturation PS , comme étant la valeur de la puissance de sortie pour

G0
laquelle le gain G , ce qui représente une atténuation de 3dB.
2
Figure III.3 : Saturation du gain [16] – (a) Puissance de sortie en fonction de la puissance
d’entrée (en dBm) – (b) Gain en fonction de la puissance d’entrée en dBm.

III.2.1.3 Bande passante

Les amplificateurs optiques présentent un gain important (typiquement 30 à 40dB)


sur une bande passante très large de l’ordre de 4THz qui se situe dans l’une des fenêtres
de transmission infrarouge des fibres en silice. Par conséquent, un système optique
amplifié est capable de transporter un signal numérique, quel que soit son format et son
débit. Cette propriété de transparence au signal est très importante pour les opérateurs,
qui peuvent ainsi fournir une variété de services sur un même système, sans l’obligation
de changer les équipements comme c’était le cas dans les systèmes des générations
précédentes utilisant des régénérateurs optoélectroniques.

III.2.1.4 Facteur d’excès de bruit

La forte inversion de population (due à une émission spontanée amplifiée) dans le


milieu amplificateur induit (même en l’absence de signal) un taux d’émission spontanée.
Une partie de ces photons, guidés par la structure en guide d’onde de l’amplificateur, se
trouve amplifiée en sortie. Cette émission spontanée amplifiée (ESA) qui se superpose au
signal est la source de bruit dans les amplificateurs optiques. On définit alors le facteur
S
d’excès de bruit : Fn B entrée
(2.3)
S
B sortie

Où S est le Rapport Signal sur Bruit (RSB) que l’on pourrait mesurer à l’aide d’une
B
photodiode placée successivement avant, puis après l’amplificateur optique.
III.2.2 Applications des amplificateurs optiques

L’amplificateur optique ne régénère pas le signal et n’effectue pas non plus la mise
en forme du signal à amplifier. Il amplifie le signal au même titre que le bruit associé.
L’amplification optique peut avoir lieu en trois points d’une liaison optique [19] qui
correspondent aux trois applications principales d’un amplificateur optique comme indiqué
(Figure III.4-a).

Figure III.4-a: Applications de l’amplification optique [19].

L’objectif des études de système est l’identification des points de fonctionnement


possibles pour le débit à transmettre et la longueur de la liaison. Ces amplificateurs placés
à intervalles réguliers peuvent être de 3 types (Figure III.4-b) :
(a) Type R, pour « Regeneration » : on parle simplement d’une amplification du signal
optique.
(b) Type 2R, pour « Regeneration – Reshaping » :il s’agit d’une amplification suivie
d’une remise en forme du signal optique.
(c) Type 3R, pour « Regenaration – Reshaping – Retiming » : on effectue ici, une
amplification suivie d’une remise en forme et d’une resynchronisation du signal
optique.
Figure III.4-b: Types d’amplification dans une liaison optique : (a) type R, (b) type 2R et
(c) type 3R [20].

III.2.2.1 Les post- amplificateurs optiques

Les post-amplificateurs ou « booster » placés à la sortie du module de


transmission, ont pour rôle d’augmenter la puissance de sortie de l’émetteur et donc
d’accroître d’autant le budget total de la liaison (Figure III.5). Ils peuvent être, soit de type
SOA ou EDFA pourvu que leur gain ne soit pas élevé (en général 10 à 20dB) car risque
d’amplification des effets non linéaires de la fibre.

Figure III.5: Amplificateur optique à l’émission (Booster) [16].


III.2.2.2 Les amplificateurs optiques de ligne

Les amplificateurs en ligne ont pour fonction de compenser l’atténuation du signal


par la fibre et les différentes pertes encourues tout en favorisant l’augmentation la distance
de propagation (Figure III.6). Ils sont généralement de type EDFA avec des gains allant de
20 à 30dB. Dans la pratique, ils sont généralement accompagnés de fibres à
compensation de dispersion négative pour limiter les effets de la dispersion chromatique.

Figure III.6: Amplification optique entre émetteur et récepteur [16].

III.2.2.3 Les pré- amplificateurs optiques

Les pré- amplificateurs situés à l’entrée du module de réception permettent


d’augmenter en même temps la sensibilité du récepteur et le budget de la liaison : ici, la
minimisation du facteur de bruit est très recherchée (Figure III.7). Ils peuvent être de type
SOA ou EDFA et de gain optique entre 20 et 35dB.

Figure III.7: Amplification optique à la réception (post-amplificateur) [16].

Dans le paragraphe suivant, nous allons abordés la structure, le principe de


fonctionnement et les caractéristiques essentielles des différents types d’amplificateurs
optiques annoncés plus haut.

III.2.3 Les amplificateurs optiques à semiconducteurs (SOA)

Les amplificateurs optiques à semi-conducteur sont des dispositifs dont le milieu actif
est constitué d'un matériau pouvant présenter un effet d'amplification par émission
stimulée de photons.
III.2.3.1 Structure

La structure de base d’un amplificateur optique à semi-conducteur (Figure III.8) est


similaire à celle d’une diode laser [19] et [21] pour ce qui relève des principes
fondamentaux : recombinaisons des porteurs, radiatives par émission stimulée et
spontanée ou non radiatives, phénomènes de transport.
Le milieu amplificateur est constitué par une jonction PN. En l’absence de champ
électrique appliqué, il naît dans la jonction un champ électrique intrinsèque auquel est
associée une barrière de potentiel que doivent franchir les porteurs de charge qui se
trouvent de part et d’autre de la jonction. Si l’on polarise la jonction en direct, on crée un
champ électrique qui s’oppose au champ induit, on diminue alors la barrière de potentiel
entre les deux zones P et N et l’on favorise la recombinaison des porteurs. Ces
recombinaisons produisent des photons, soit par émission stimulée qui contribuent au
gain, soit par émission spontanée et constituent alors une source de bruit. Dans le cas
d’un laser, les faces clivées de la structure forment une cavité de Fabry-Pérot résonnante
(cas le plus simple). Dans le cas d’un SOA, un traitement antireflet est déposé sur chaque
face clivée de manière à éliminer l’oscillation du gain et donc l’émission laser.

Figure III.8: Structure schématique d’un amplificateur à semiconducteur [22].

III.2.3.2 Pouvoir réflecteur des faces de la cavité

Le seuil d’oscillations d’un laser est atteint lorsque le gain compense les pertes, ce
qui s’écrit dans le cas d’une diode laser : g S i m (2.4)

est le facteur de confinement optique ; le terme i représente les pertes intrinsèques et

1 1
m les pertes vers l’extérieur de la cavité données par : m ln (2.5)
L R
R représente le pouvoir réflecteur des faces de la cavité et g S est la valeur du gain au

seuil : gS a nS n0 (2.6)

Où a représente la constante de gain, n 0 la densité de transparence et nS la densité

seuil. On en déduit la valeur de la densité de courant de seuil :


q d 1
JS n0 i m (2.7)
n a
Le pouvoir réflecteur R des faces de la cavité (dioptre plan air- semiconducteur) est
de l’ordre de 30%, car l’indice de réfraction de la couche active est élevé (de l’ordre de
3,5). Il est possible de réduire le pouvoir réflecteur grâce à un traitement antireflet. On
montre sur la figure III.9 la caractéristique d’émission Popt en fonction du courant injecté I

dans la diode, pour différentes valeurs décroissantes de R.

Figure III.9 : Puissance optique émise par une diode laser en fonction du courant
d’injection, pour différentes valeurs décroissantes du pouvoir réflecteur des faces de la
cavité [16].

On observe pour R = 0,32 (faces non traitées) la présence d’un coude très marqué
au seuil d’oscillations qui permet de mesurer la valeur du courant de seuil IS.
La relation (2.5) montre que l’augmentation des pertes m due à une diminution de

R entraîne, dans un premier temps, une augmentation du courant de seuil IS.


Dans un deuxième temps, les pertes deviennent si importantes que le laser ne peut
plus osciller : ce qui donne le mode de fonctionnement en amplificateur. Dans ce
mode, la puissance optique émisse correspond à de l’émission stimulée amplifiée
ou ESA.

Si l’on prend en compte les réflexions multiples sur les deux faces de la cavité de
Fabry-Pérot (FP), on montre que le gain peut s’écrire :
2
1 R G0
G (2.8)
2 2
1 R G0 4 R G0 Sin
Où G 0 est le gain petit signal précédemment défini et l’intervalle spectral de la cavité

FP.

Pour tous les modes propres M de la cavité, tels que M M , G passe par un

(1 R) 2 G0
maximum de valeur : GMax (2.9)
(1 R G0 ) 2

G est minimum pour toutes les fréquences M et prend la valeur :


2
(1 R) 2 G0
Gmin (2.10)
(1 R G0 ) 2

La figure III.10 représente l’allure du gain de l’amplificateur en fonction de la


longueur d’onde pour deux valeurs du pouvoir réflecteur des faces.

Figure III.10 : Gain d’un SOA en fonction de , pour des facettes de réflectivité 0.04% [16].

Pour R=0 nous avons G Max G min G 0 . Le gain est relativement plat à l’intérieur de

la bande passante de largeur (d’ordre de 4THz).


Pour R 0 , du fait que , le gain présente des oscillations en fonction de la
fréquence, qui sont gênantes si leur amplitude est trop importante. L’amplitude des
2
G Max 1 R G0
oscillations est donnée par : (2.11)
G min 1 R G0
Le calcul montre que pour assurer des variations du gain inférieures à 3dB (soit
G Max
2 ), il faut satisfaire la condition ( G 0 R 0,17 ). Ce qui conduit dans le cas d’un
G min
amplificateur de gain G0 = 1000 (soit 30dB), à abaisser la réflectivité des faces à 10-4
environ. En pratique, des réflectivités aussi faibles sont obtenues en déposant un
revêtement diélectrique multi couches sur les faces de la cavité.

A partir d’une certaine puissance optique en entrée, le gain décroît et la puissance


de sortie est limitée par la puissance de saturation. Les valeurs typiques de puissance de
saturation en sortie sont comprises entre 0dBm et 10dBm (ces puissances augmentent
avec le courant de polarisation du SOA) correspondant à des puissances optiques en
entrée de composant inférieures à – 10dBm (Figure III.11).

Figure III.11 : Gain d’un SOA en fonction de la puissance d’entrée pour des valeurs
données du courant de polarisation [22].

La géométrie du guide actif induit dans l’amplificateur optique à semiconducteur


une sensibilité de gain qui est fonction de la polarisation de la lumière incidente.
Cette sensibilité peut être écartée en utilisant des amplificateurs optiques à fibres
dopées terres rares.

III.2.4 Les amplificateurs optiques à fibres dopées

Un amplificateur optique à fibres dopées (EDFA) [12] est constitué d'un tronçon de
fibres de quelques mètres dans lequel des ions de terres rares ont été incorporés. Les
atomes d’ions de terres rares sont excités par pompage optique. Les états excités forment
ainsi un réservoir. Le transfert de l’état excité vers le niveau fondamental peut se faire de
deux manières :
par émission spontanée : Les états électroniques excités ne sont pas stables. Plus
ou moins vite, l’atome revient à son état fondamental en émettant un photon (Figure
III.12-a). La durée de vie de l’état excité est le temps moyen au bout duquel cette
émission spontanée se produit.
par émission stimulée : La présence d’un rayonnement incident provoque
l’excitation d’un atome qui émet un photon ayant les mêmes caractéristiques que
les photons incidents. Cela se produit à condition que l’énergie de ces photons soit
« résonnante », c’est-à-dire que h v soit égale à l’écart d’énergie entre le niveau
supérieur et le niveau inférieur. Dans cette émission induite, réciproque du
processus d’absorption, le photon créé par l’atome en se désexcitant possède la
même fréquence et la même direction de propagation que le rayonnement incident.
Ce processus, qui permet d’amplifier une onde lumineuse, est basé sur le
fonctionnement des lasers (Figure III.12-b).

Figure III.12 : Schéma d’émission stimulée (a) et spontanée (b) [23].

Le modèle d’un amplificateur optique à fibres dopées est schématisé par la figure III.13

Figure III.13 : Modèle d’un amplificateur optique, G étant le gain optique [23].

Le principe consiste à élever par émission stimulée le niveau du signal d'entrée. La


puissance de sortie Pout s'écrit (2.12) par conservation de l'énergie de la puissance de
pompe Ppompe et de la puissance du signal incident Pin:
Pout G Pin Pin PPompe (2.12)

Au cours de sa propagation dans la fibre optique, la puissance du signal de pompe


décroît par absorption entraînant une réduction de l'inversion de population. Une
diminution de gain peut se produire dans le cas d'une accumulation trop importante de
l'ESA (Emission Spontanée Amplifiée) engendrant ainsi une saturation des étages
amplificateurs suivants.