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Master I.

Equipement de l’habitat Ethique, déontologie et propriété intellectuelle 2019/2020

Cours 03 : Ethique et déontologie dans le monde du travail


Introduction :
Dans le monde professionnel, l’éthique peut être envisagée comme une des conditions mêmes de
l’efficacité et de la rentabilité du travail car les relations de travail sont essentiellement basées sur des
rapports contractuels, et cela suppose que s’établissent entre les contractants une confiance que nul n’a
intérêt à trahir dans la mesure où elle rend les conditions et l’ambiance dans lesquelles s’accomplit le
travail plus sereine, et que les hommes s’investissent d’autant plus dans leur travail qu’ils se sentent
reconnus dans leur dignité de personne.
Plusieurs principes et valeurs ont été adoptés par l’ensemble des corps professionnels. Nous pouvons en
citer les plus désignés comme fondamentaux :

1. Confidentialité juridique en entreprise :


Indépendamment du contrat, tous les collaborateurs dans une entreprise sont tenus à une obligation de
discrétion concernant les informations, de quelque nature qu’elles soient, qui pourraient être
préjudiciables à l’entreprise si elles étaient dévoilées.
Pour rappeler ce devoir aux salariés, l’employeur peut décider d’intégrer une clause spécifique dans le
contrat de travail, tout en respectant la législation afférente. Pour aller plus loin, il peut également prévoir
que son application perdure dans le temps, même une fois le collaborateur parti de l’entreprise. Enfin, le
dirigeant peut également en faire une mention dans le règlement intérieur de l’organisation s’il en existe
un, en s’assurant dans ce cas que celle-ci soit reprise dans les contrats de travail des salariés.
En cas de non-respect de ce devoir de discrétion ou de la clause de confidentialité, différentes sanctions
peuvent être prises, en interne ou auprès des tribunaux via les textes de jurisprudence. Au sein de
l’entreprise, il s’agit par exemple de l’avertissement ou du licenciement pour faute selon la nature et
l’importance de l’information divulguée.
Cependant, serait-il sans doute excessif de considérer que toute information détenue par le salarié
présente un caractère confidentiel. Ainsi, il ne peut être imposé au salarié une confidentialité sur des
données que l’entreprise a elle-même rendues publiques, ou qui présentent un caractère manifestement
notoire.
Il importe donc de bien définir quel type d’informations peut avoir un tel caractère de confidentialité.
Même si le bon sens commun n’est pas exclu, il est important que le salarié connaisse précisément ce qui
est confidentiel et ce qui ne l’est pas.

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2. Fidélité à l’entreprise :
La fidélité à l’entreprise est l’obligation pour le travailleur de sauvegarder fidèlement les intérêts
légitimes de l’employeur.
L’obligation de fidélité est avant tout une obligation de ne pas faire. Le travailleur doit donc,
sommairement, éviter tout acte pouvant entraîner un dommage économique pour l’employeur.
Les différentes obligations de fidélité :
a/ Obligation générale de fidélité
Le travailleur se rend coupable d’une violation de l’obligation de fidélité dans les cas suivants :
- comportement illicite ou immoral vis-à-vis de l’employeur
- agitation aux fins de perturber la paix dans l’entreprise ou
- souillure de la réputation de l’entreprise ou
- détournement de clients et de fournisseurs ou
- utilisation des installations de l’entreprise à des fins privées.
b/Traitement avec soin des instruments de travail
Le travailleur est tenu de traiter avec soin le matériel, les machines, les installations techniques, les
véhicules etc.
c/ Secrets de fabrication et d’affaires
Le travailleur ne doit pas utiliser ni révéler à des tiers des faits destinés à rester confidentiels dont il a pris
connaissance au service de l’employeur même après la fin du contrat.
d/ Travail clandestin
Au cours de la durée du contrat de travail, le travailleur n’est pas en droit d’effectuer des travaux
rémunérés pour un tiers si ce travail constitue une activité concurrentielle pour l’employeur. Il lui est
également interdit de travailler à son compte ou de travailler gratuitement.

3. Intégrité :
L'intégrité est la motivation première à être conforme à ce que l'on est réellement. L'intégrité, c'est aussi
l'absence de mauvaise intention. En parlant du caractère intègre d'une personne, ce mot fait référence à
son honnêteté.
L'intégrité désigne aussi la capacité d'une personne à respecter ses engagements et ses principes, malgré
des pressions contraires.
La personne intègre accepte d'être tenue responsable de ses actes.
L'obligation d'intégrité comporte une série de normes destinées à favoriser l'honnêteté et la probité des
rapports qu'entretiennent les professionnels avec leurs clients, le public et leurs confrères.

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4. Déclarer les conflits d’intérêts :


a/ Définition :
Le conflit d’intérêts désigne toute situation où les intérêts personnels d’un collaborateur pourraient entrer
en conflit avec ceux de l’entreprise.
La coexistence d’intérêts distincts, et parfois divergents, crée le risque de choix biaisés et contestables :
privilège indu, illégalité, atteinte aux biens ou à la réputation de l’entreprise...
Ces « intérêts personnels » peuvent, entre autres, résulter d’une ambition personnelle, d’engagements
financiers ou professionnels, de liens d’appartenance politique ou idéologique que le collaborateur a en
dehors de l’entreprise. Ils peuvent ainsi être d’ordre associatif, caritatif, culturel, financier, politique,
religieux, sportif, résulter de liens familiaux ou sentimentaux, ou même d’un sentiment d’être redevable.
Exemples :
- Une relation privilégiée (familiale ou financière) avec un fournisseur, un sous-traitant ou un
partenaire industriel
- L’exercice d’un mandat politique
- Le cumul d’activités professionnelles
- La candidature d’un parent à une offre d’emploi de l’entreprise
b/ Sanctions :
Dans la plupart des pays, il est interdit aux agents publics, à certaines professions réglementées (avocats,
banquiers, prestataires de services d’investissement, comptables...), et plus généralement aux personnes
ayant un accès privilégié à certaines informations, de prendre des intérêts privés dans les affaires dont ils
ont la charge. Les règlementations applicables imposent généralement à ces professions des obligations
strictes en matière de prévention et de gestion des conflits d'intérêts. Le but est d’assurer l’impartialité et
l'indépendance de jugement du professionnel.
La violation de ces règles peut conduire à des sanctions individuelles ou à la nullité des opérations
engagées.
Au-delà de ces obligations légales, la déclaration des conflits d’intérêts constitue une règle de base pour
prévenir les risques et préserver la confiance dans les relations professionnelles.
c/ Modes de lutte contre les conflits d’intérêts :
- Identifier les conflits d’intérêts, actuels ou potentiels, permet d’éviter toute ambiguïté.
Il faut se demander régulièrement si mon pouvoir de décision risque d'être influencé par des
considérations personnelles, ce qui permet d'identifier les situations potentielles de conflit d’intérêts et, le
cas échéant, de prendre les mesures appropriées.
- Déclarer toute situation de conflit d’intérêts à ma hiérarchie pour me protéger et protéger
l’entreprise.

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Si j’ai un doute, j'en fais part à mon supérieur hiérarchique en lui expliquant les faits qui peuvent créer
un conflit d'intérêts, en particulier si cela me permet d’obtenir des avantages contraires aux intérêts de
l’entreprise. Et ce :
qu’il y ait ou non un risque d’infraction à la loi,
que l’avantage procuré soit réel ou éventuel, personnel ou au profit d’une relation proche:
parent, ami(e), personne ayant une quelconque autorité sur moi.
- Prendre les dispositions pour éviter toute situation de conflits d’intérêts.
Dans certains cas, il suffit de se faire temporairement remplacer pour prendre une décision ou suivre
un dossier (par exemple, pour le recrutement d’un parent).
Dans d’autres, il convient de rechercher des solutions pour empêcher ou faire cesser le conflit
d'intérêts.

5. lutter contre la corruption :


a/ Définition :
La corruption est fondée sur un « pacte » qui consiste à proposer ou accorder un avantage indu en
échange d’une faveur elle aussi indue. Le caractère indu est lié à la violation d’obligations contractuelles,
professionnelles ou légales.
L’intention corruptive est déterminante mais le fait de céder à des sollicitations ou à des menaces
constitue également un acte de corruption.
L’échange peut s’opérer directement ou indirectement par l’intervention d’un tiers. Les avantages ou
faveurs échangés peuvent être de nature et d’importance très variés : argent, service ou fourniture, cadeau,
voyage, distraction, hospitalité, avancement ou distinction, obtention de contrat ou de titre, décision
administrative...
b/ Sanctions contre la corruption :
Face aux disparités nationales de réglementations, la communauté internationale s'est mobilisée pour
définir, prévenir et condamner la corruption.
Toutes les lois nationales répriment la corruption impliquant des agents publics, car ils ont une obligation
toute particulière de probité du fait de leur mission d’intérêt général.
Les conventions internationales permettent même aux tribunaux nationaux de poursuivre les faits de
corruption commis à l’étranger et ceux qui impliquent des agents publics étrangers.
Face aux disparités nationales de réglementations, la communauté internationale s'est mobilisée pour
définir, prévenir et condamner la corruption. Désormais, de nombreuses législations répriment tout aussi
explicitement l’infraction de corruption entre des personnes et entreprises privées, organismes caritatifs
ou professionnels.

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Les sanctions s’appliquent aux auteurs et aux complices, qu’ils soient des personnes physiques ou
morales. Les personnes physiques peuvent encourir des peines d’emprisonnement et des amendes. Les
personnes morales peuvent subir des sanctions diverses : commerciales, financières ou administratives.
c/ Les conséquences et dangers de la corruption :
La corruption détruit la confiance, socle de l'économie et de la vie en société. Par les risques et inégalités
qu’elle engendre, la corruption freine la croissance et le progrès social : les sommes détournées le sont
souvent au détriment de l’intérêt collectif, accroissant la pauvreté, les atteintes à l’environnement et à la
santé. Les pratiques de corruption, les poursuites (judiciaires) et les scandales qu’elles déclenchent portent
une atteinte grave à la réputation des entreprises et à celle des personnes impliquées.
d/Modes de luttes contre la corruption :
- Refuser toute sollicitation, n'initier aucune proposition de corruption,
- s'assurer localement de la légalité d’offrir des cadeaux ou autres avantages aux agents publics,
- véhiculer les principes de bonnes conduites auprès des différents interlocuteurs,
- être attentif au contexte et au sens que peut prendre un cadeau ou un avantage, qui ne doit laisser
supposer aucune attente de contrepartie. Il revient aux entités de préciser des règles rigoureuses
pour éviter l’ambiguïté,
- anticiper, pour ne pas se mettre dans une « impasse » où le refus créerait un véritable danger ou
menace, physique ou commerciale,
- s'étonner des situations anormales, des demandes inhabituelles, des circuits complexes, s’efforcer
d'éviter le recours à des intermédiaires en chaîne,
- respecter la séparation des fonctions de décision et de paiement, et organiser la traçabilité des
paiements,
- en cas de doute, s’adresser à sa hiérarchie, à son responsable Conformité ou au service juridique
sur la conduite à tenir.

6. Refuser la fraude :
a/ Définition :
La fraude consiste à tromper délibérément autrui pour obtenir un bénéfice illégitime, ou pour se soustraire
à une obligation légale. Un comportement frauduleux suppose donc un élément intentionnel (ce n’est pas
une erreur) et un procédé de dissimulation de l’agissement non autorisé (personne ne doit le savoir).
Le mobile de la fraude peut être matériel - appropriation, gains ou économies - aussi bien que moral -
sentiment d’obligation, volonté d’être reconnu(e) ou de préserver une réputation.
En pratique, la fraude peut être une action ou une omission. Elle repose le plus souvent sur des
falsifications de documents et se traduit par des détournements de fonds, l’utilisation détournée de

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matériel, ou par des informations ou une comptabilisation erronées. L’entreprise peut en apparaître
comme victime ou comme bénéficiaire.
Exemples :
- Détourner des sommes, des produits, des matériels, ou des informations confidentielles
- Tricher sur la quantité des prestations
- Détruire une pièce justificative ou falsifier des écritures comptables pour dissimuler une illégalité
- Tronquer ou omettre une déclaration, obligatoire ou facultative, à une personne privée ou
publique, en vertu de la loi ou d’un contrat
- Donner une fausse représentation de la réalité dans le reporting
b/ Sanctions contre la fraude :
Les manœuvres frauduleuses sont toujours sanctionnées par la loi sous la forme d’infractions spécifiques :
vol, escroquerie, détournement de fonds, extorsion, corruption, abus de biens sociaux, abus de confiance,
faux et usage de faux, dissimulation de preuves ou de revenus... Ces infractions sont punies d’amendes ou
de peines d’emprisonnement.
c/ Mode de lutte contre la fraude :
- Entretenir une culture saine pour prévenir les comportements frauduleux
o Connaître et faire connaître les règles et procédures applicables dans l’entreprise,
o encourager l'honnêteté et le discernement,
o promouvoir une communication en confiance, reconnaître le droit à l’erreur,
o oser questionner et prendre conseil.
- Sécuriser les processus
o Expliciter l'organisation du travail : séparation des fonctions, délégation de pouvoirs, de
signature, double contrôle,
o vérifier la réalité des prestations,
o maintenir la traçabilité des opérations et la fidélité des comptes,
o préciser les règles d’utilisation des moyens et ressources de l’entreprise, réprouver et
sanctionner le détournement de leur objet ou fonction,
o protéger l’information confidentielle,
o empêcher l’appropriation par d'autres des biens et droits de l’entreprise, permettre un
contrôle a posteriori et indépendant des systèmes en place.

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