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DROIT FISCAL

GENERAL

Présenté par Tél : 97 47 40 81

Alex ATIOUKPÈ

ANNEE ACADEMIQUE 2013-2014

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INTRODUCTION GENERALE

Qu’est-ce que c’est le droit fiscal ?

La réponse n’est pas simple dans la mesure où, l’impôt est une technique

partagée par l’ensemble des sociétés et les milieux culturels du monde et dont

l’étude obéit à des démarches différentes. La tradition académique française

veut que l’impôt soit un chapitre de la science des Finances Publiques. Sa

vocation serait d’étudier les prélèvements obligatoires plus exactement « les

impositions de toute sorte ». Selon la définition qui nous ait donnée par la

Constitution Béninoise du 11-12-90. Le droit fiscal serait donc en conséquence,

le chapitre consacré aux ressources budgétaires notamment les ressources

ayant un caractère de prélèvement obligatoire. Le droit fiscal c’est aussi la

discipline centrée sur l’impôt.

Vielle institution connue dans nos sociétés africaines mais également

dans les sociétés du monde, l’impôt a d’abord une fonction sociale et c’est en

ce sens que Georges VEDEL dit : « L’impôt est un fait de l’homme » un produit

de la vie en société, une exigence de la vie sociale. Il est difficile d’imaginer la

vie des hommes en société sans cette contribution aux causes communes qu’on

appelle l’impôt. C’est pourquoi Paul LEROY-BEAULIEU au début du siècle

dernier disait que l’impôt est « une assurance collective ». De nos jours, l’impôt

s’est imposé comme le mode normal de répartition des charges publiques

entre les citoyens mais également comme un mécanisme permettant de

rencontrer des fins à la fois économique, sociale, environnemental,

démographiques, etc.… L’impôt a donc un visage dont les facettes sont

multiples. Il n’empêche que d’un point de vue historique, la question de la

légitimité de l’impôt a fait débat. Pourquoi devons nous payer de l’impôt ?,

quelle est la juste mesure de l’impôt ?; qui doit payer l’impôt ? Ce sont là

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autant de questions qui ont reçu des réponses nuancées selon les grandes

doctrines en présence. D’un point de vue juridique, il est intéressant de relever

les sources du droit fiscal qui sont multiples en droit positif. Au Bénin nous

pouvons citer :

 La Constitution du 11-12-1990

Traditionnellement présenté comme un ensemble de règles régissant

l’exercice et la dévolution du pouvoir de l’Etat. La Constitution n’en contient

pas moins des mécanismes d’énonciation et de préservation des droits et

libertés du citoyen. L’impôt étant perçu comme une atteinte au droit de

propriété. Son encadrement constitutionnel exprime un besoin. C’est ainsi que

la Constitution du 11-12-90 prévoit la compétence législative en matière de

détermination de l’assiette, du taux et du recouvrement des impositions de

toute nature. (Article 98.7).

Dans le même sens, le texte constitutionnel dispose également au titre

des compétences du parlement que « l’Assemblée vote la loi et consent

l’impôt » (art 96). Ces dispositions constitutionnelles sont d’autant plus

impératives que leur contrôle et leur sanction sont confiées à une juridiction

appelée la Cour Constitutionnelle.

 Les instruments internationaux

Ils sont de plusieurs sortes et de valeur juridique différente. Seuls les

traités et conventions soumis à ratification ont une valeur supérieure à la loi

sous réserve de l’application par les contractants des dispositions

conventionnelles. Les traités instituant l’UEMOA (1994) et la CEDAO entrent

dans cette catégorie en application d’une politique de l’Etat consistant à opérer

des transferts de souveraineté au profit des institutions communautaires.

L’UEMOA et la CEDAO se sont attelées à la réalisation d’une fiscalité de

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porte harmonisée et s’acheminent maintenant vers l’harmonisation de la

fiscalité intérieure (notamment le taux de TVA) mais également l’adoption

d’une fiscalité unique au titre du code des investissements dans les Etats

membres.

 La loi

Elle peut être organique ou ordinaire. La plus célèbre des Lois

organiques est la Loi relative aux lois des Finances du 26 / sept / 1986. Son

objet est principalement la Loi de Finances mais l’impôt est concerné en tant

que ressource budgétaire. S’agissant des lois ordinaires, les lois de Finances de

l’année et les lois de Finances rectificatives contiennent des dispositions de

nature fiscale en raison de ce que l’impôt est gouverné par le principe de

légalité.

 Les actes administratifs

On peut ranger sous cette rubrique, les actes règlementaires (décrets et

arrêtés), mais également ce qu’on appelle de manière assez curieuse la

doctrine administrative. Celle-ci n’est rien d’autre que l’interprétation formelle

des notions et techniques fiscales.

 La jurisprudence

Dans un pays de droit, plus exactement dans un Etat de droit, la

jurisprudence (constitutionnelle, administrative, civile) peut être présentée

comme la source la plus éminente du droit fiscal.

Elle seule a valeur de solutions définitives face à des interprétations multiples.

 La Doctrine

On dit généralement que la doctrine n’est qu’une source médiate du

droit fiscal. La raison est que les écrits doctrinaux sont l’œuvre soit

d’universitaires soit d’agents de l’administration fiscale soit de magistrats soit

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enfin de grands esprits éclairés qui apportent une contribution et un éclairage

sur les grands débats qui traversent l’impôt dans sa dimension assiette,

liquidation et recouvrement ou contentieux. La doctrine est d’autant plus

intense, productive que les questions fiscales prêtent la place à la polémique.

Le droit fiscal est une des composantes de la science financière laquelle

se donne comme vocation l’étude des opérations financières de l’Etat et des

collectivités publiques. Si le droit budgétaire s’occupe des procédures et des

règles relatives à l’élaboration du budget et que la comptabilité publique trace

le cadre de l’exécution des recettes et des dépenses de l’Etat, le droit fiscal

quant à lui se ramène aux règles et méthodes relatives à la détermination, au

recouvrement et au contentieux de recouvrement des divers impôts. En ce

sens, le droit fiscal concerne exclusivement les recettes de l’Etat et des

collectivités publiques.

Ainsi présenté, le droit fiscal est une discipline très dynamique à cheval

entre les Finances publiques, les libertés et la gestion. Les Finances Publiques

parce qu’il s’agit d’une ressource publique. Les libertés parce qu’il s’agit d’une

atteinte au droit de propriété, la gestion parce qu’il s’agira de calculer par

l’entreprise mais également par l’individu l’impôt net à payer. L’ensemble de

ces questions dans le cadre de cette parade introductive sera étudié sous trois

(03) angles :

 CHAPITRE 1 : La notion d’Impôt et les notions voisines.

 CHAPITRE 2 : Les grands principes du droit fiscal

 CHAPITRE 3 : La dynamique fiscale : Fiscalité et Société.

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BIBLIOGRAPHIE

 Louis TROTABAS : Droit fiscal

 Michel BOUVIER : Introduction au Droit Fiscal et la théorie de l’Impôt

 Maurice DUVERGER : Droit Fiscal

 Maurice DUVERGER : Finances publiques, Ed PUF

 Revue française de Finances Publiques N°1

 Revue de droit fiscal : Tous les numéros

 Dictionnaire encyclopédique des finances publiques

 Les mélanges Paul-Marie GAUDEMET

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CHAPITRE 1 : LA NOTION D’IMPOT

La définition, la plus communément servie mais aussi la plus vieille

nous ait donnée par Gaston JEZE en 1936. Elle s’énonce ainsi : l’impôt

est : « une prestation pécuniaire requise des particuliers par voix d’autorité à

titre définitif et sans contrepartie en vue de la couverture des charges

publiques. ». Cette définition de l’impôt conduit à établir les critères de l’impôt

d’une part mais aussi l’exposé de la nature de l’impôt et de la classification de

celui-ci d’autre part.

A. Les critères de l’impôt

Selon la définition de Gaston, on peut retenir quatre (04) critères.

Premièrement, l’impôt est un prélèvement pécuniaire. L’argent est le mode

habituel et ordinaire de paiement de l’impôt et d’extinction de la dette fiscale.

On peut donc payer son impôt en numéraire, par chèque, par virement

bancaire, etc.… Cependant la loi Nationale et la doctrine fiscale autorisent

l’extinction de la dette fiscale par la technique dite de la dation en paiement :

remise d’un bien corporel en extinction de la fiscalité.

Deuxièmement, l’impôt est un prélèvement obligatoire effectué par voix

d’autorité.

L’impôt présente une situation légale et objective. Il n’est pas le produit

d’une transaction, d’une négociation, d’un contrat. Son existence découle

d’une loi, et comme le disent les bons juristes : Dura lex, Sed lex. On ne peut

donc se soustraire à l’acquittement de la dette fiscale sans prendre le risque

du déclenchement de la procédure de recouvrement forcé qui confère au fisc et

au trésor des privilèges exorbitants du droit commun.

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Troisièmement, l’impôt est un prélèvement effectué à titre définitif. Un impôt

n’est pas un emprunt et le débiteur fiscal n’est pas dans la situation de

quelqu’un qui peut espérer un remboursement du prélèvement auquel il est

assujetti.

L’impôt est comme on l’a dit, principalement comme une ressource

budgétaire servant à financer la dépense publique, c’est-à-dire les besoins de

financement de l’Etat, des collectivités locales et des entreprises publiques.

Quatrièmement, l’impôt est un prélèvement sans contrepartie immédiate qui

sert à couvrir les charges publiques.

Il n’existe pas de lien de causalité immédiat entre le paiement de l’impôt

et une activité particulière de l’Etat. Ce critère de l’impôt découle de la

conception très classique véhiculée par Gaston JEZE. Il n’y a pas de relation

de cause à effet entre un impôt particulier et une activité particulière.

L’ensemble des ressources fiscales servant à financer l’ensemble des dépenses

en vertu de la règle de la non affectation.

En conclusion de ces quatre critères, on peut dire que, la notion d’impôt

s’est beaucoup enrichie d’exigence nouvelle que ne percevait pas …. , ou ne

voulait pas percevoir G. JEZE au début du siècle dernier. Il en est ainsi de

l’exigence de progressivité de l’impôt. De l’exigence de la capacité contributive

du contribuable, de la multifonctionnalité de l’impôt qui ne sert plus

seulement à faire les dépenses publiques, mais sert également à faire d’autres

buts de nature politique, économique et sociale.

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B. La nature de l’impôt

Selon la définition de l’impôt que Gaston JEZE nous a donné, l’impôt

sert à la couverture des charges publiques, les nouvelles conceptions de la

fiscalité introduisent des notions innovantes comme celles obligatoires ou

imposition de toute nature contenues dans la Constitution du Bénin.

Il convient de rappeler dès lors de préciser le périmètre des

prélèvements et d’imposition de toute nature.

Premièrement, prélèvements obligatoires : ils comprennent non

seulement les impôts selon la définition classique, mais également les

cotisations sociales et les taxes parafiscales perçues au profit des personnes

morales de droit public ou privé, autre que l’Etat, les collectivités territoriales

et entreprises publiques.

Deuxièmement, les impositions de toute nature ; selon la jurisprudence

constitutionnelle, les impositions de toute nature concernent et incluent toutes

les impositions et toutes les taxes à l’exception des redevances et des droits de

douanes ni des taxes parafiscales (distinction impôt, taxe et redevance).

C- Les notions voisines de l’impôt.

La taxe fiscale

La taxe est une prestation pécuniaire requise des particuliers à l’occasion

d’un service rendu. Par son caractère obligatoire elle se rapproche de l’impôt,

mais par la présence d’une contrepartie elle s’en écarte.

Toutefois, la contrepartie en question peut n’être que potentielle : il n’est

pas nécessaire qu’elle ait été effectivement rendue, contrairement à la

redevance. Enfin, le montant de la taxe n’obéit pas au critère de l’équivalence.

Ainsi la taxe se différencie une fois de plus de la redevance.

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En termes de régime juridique la différence entre l’impôt et la taxe est

nulle puisque le législateur intervient pour la créer et pour en autoriser le

recouvrement.

La redevance

La redevance encore appelée rémunération de services rendus, à la

différence de l’impôt, a une contrepartie directe puisque c’est à l’occasion d’un

service rendu qu’elle est perçue.

Proche de la taxe, la redevance s’en différencie sur deux points :

D’abord, la redevance est créée selon l’article 5 de l’ordonnance du 2 janvier

1959 par décret en Conseil d’Etat. La loi organique sur les lois de finances du

1er août 2001 reprend cette exigence, mais ajoute que «ces décrets deviennent

caducs en l’absence d'une ratification dans la plus prochaine loi de finances afférente à

l'année concernée. » (Article 4)

De plus il y a équivalence entre le montant de la redevance et le service

rendu, ce qui n’est pas le cas dans la taxe. Ce critère de l’équivalence a été

finalement retenu par le Conseil d’Etat dans son arrêt du 21 novembre 1958

Syndicat des transporteurs aériens.

La taxe parafiscale

Cette catégorie de prélèvement a été créée par l’ordonnance du 2

janvier1959, qui en précise la définition ainsi que le régime juridique. La loi

organique sur les lois de finances du 1er août 2001(art.63) supprime ces taxes,

à partir de 2004, elles seront remplacées par des impositions de toutes natures.

Définition

Deux critères sont énoncés par l’article 4 de l’ordonnance.

- Il s’agit tout d’abord d’un prélèvement perçu « dans un intérêt économique ou

social » ce qui l’oppose à l’impôt perçu on le sait dans un intérêt financier.

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- En second lieu la taxe parafiscale se caractérise par ses bénéficiaires qui sont

énoncés de manière énigmatique par l’ordonnance du 2 janvier1959 puisqu’il

s’agit : « d'une personne morale de droit public ou privé autre que l'Etat, les

collectivités territoriales et leurs établissements publics administratifs »

Régime juridique

Elles sont créées par décret en Conseil d'Etat, pris sur le rapport du ministre

des Finances et du ministre intéressé.

- La perception de ces taxes au-delà du 31 décembre de l'année de leur

établissement doit être autorisée chaque année par une loi de finances. Le

législateur n’intervient donc qu’une seule fois : pour autoriser le recouvrement

et non pas pour la création. C’est l’état législatif annexé à la loi de finances qui

donne chaque année la liste des taxes parafiscales dont le recouvrement est

autorisé. Au Bénin nous avons FNR et CNSS.

- Afin d’en réduire le nombre, le décret du 30 octobre 1980 a prévu que les

taxes parafiscales avaient une durée de vie limitée à cinq ans. Pour les

maintenir il faut donc prendre un nouveau décret. Ce texte a été relativement

efficace puisque le nombre de taxes parafiscales diminue très lentement il est

vrai.

I- TYPOLOGIE DES IMPOTS

La classification des impôts obéit à plusieurs définitions.

Le droit fiscal en distingue plusieurs :

 Selon le mode de recouvrement

 Selon la nature

 Selon le bénéficiaire…

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Nous ferons une revue systématique et circonstanciée des divers impôts,

de leur régime juridique et surtout de leur spécificité.

A : Impôts d’Etat et Impôts locaux

Les impôts d’Etat sont ceux perçus au profit du budget général de l’Etat.

Ils sont retracés dans le budget conformément au principe de valeur

constitutionnelle et au principe de la légalité fiscale dans la mesure où la

Constitution en renvoyant et se référant à la déclaration universelle des droits

de l’homme (1948) l’intègre dans son bloc de constitutionnalité.

Les impôts locaux quant à eux sont perçus au profit des collectivités

locales, c’est-à-dire des personnes de droit public gérant un budget autonome.

La perception des impôts locaux est selon le cas soit à la diligence des

organes de l’Etat ou des agents des collectivités locales elles-mêmes.

1 : L’impôt direct – L’impôt indirect

L’impôt est un prélèvement obligatoire en numéraires ou en nature

perçu de manière inconditionnée et destiné à couvrir les charges publiques.

La notion d’impôt indirect et d’impôt direct implique une nouvelle

notion ou plus exactement la différenciation entre deux notions : celle de

redevable et celle de contribuable.

Le contribuable est celui qui est assujetti à l’impôt, qui le supporte sur

son patrimoine, en un mot qui contribue à la couverture des charges

publiques.

Le redevable quant à lui est celui qui acquitte l’impôt, qui en effectue le

paiement, en un mot celui qui effectue l’opération matérielle de paiement du

montant de l’impôt imputé.

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Lorsque le redevable et contribuable se juxtaposent et se confondent sur

la tête d’une même personne physique ou morale, c’est-à-dire lorsque le

redevable est aussi le contribuable on parle d’impôt direct.

A l’inverse lorsqu’il y a dissociation organique entre redevable et

contribuable, c’est-à-dire lorsque le redevable n’est pas contribuable, on parle

d’impôt indirect.

2 : Impôt sur le revenu – Impôt sur le capital

Le revenu est la rémunération du capital ou du travail. Il convient de

distinguer lorsqu’on parle d’impôt sur le capital, l’impôt assis sur le revenu du

capital et l’impôt en capital.

L’impôt sur le revenu le plus courant est l’impôt progressif sur le

traitement de salaire. Son taux varie de 15% à 45% du montant du salaire du

brut.

L’impôt sur les revenus du capital est assis sur la rémunération tirée du

capital lui-même. Il en est ainsi par exemple de la taxe immobilière sur loyer

qui frappe les loyers perçus sur le capital immeuble.

L’impôt sur le foncier bâti par contre frappe le capital immeuble en lui-

même qu’il génère des revenus ou non.

3 : Impôt sur les sociétés – Impôt sur les ménages et les individus

L’impôt sur les sociétés concerne les entreprises en général, qu’elles

soient de forme sociétaire ou individuelle malgré l’expression même d’impôt

sur les sociétés.

L’impôt sur les ménages et les individus concerne la part d’impôt

qu’acquitte chaque citoyen, personne physique et constitue la part de chacun

au bien être de tous.

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Pour tout dire, l’impôt sur les sociétés est un impôt sur les affaires, les

activités génératrices de revenus alors que l’impôt sur les individus et les

ménages constitue une manière d’intéresser chacun à la couverture des

charges publiques.

B- LES MODALITES DE L’IMPOT

La typologie de l’impôt nous introduit en seconde phase dans les

problèmes à la détermination de la base imposable (assiette), de la liquidation

de l’impôt, de son recouvrement et de son contentieux.

1- L’assiette de l’impôt

Asseoir l’impôt, c’est en déterminer la base, c’est-à-dire la matière sur

laquelle le calcul de l’impôt sera effectué.

La détermination de l’assiette pose trois problèmes :

 D’abord celui du choix de la matière imposable

 Celui de l’évaluation de cette matière imposable

 Et enfin la constatation du fait générateur

2- le choix de la matière imposable

Ce choix n’est pas neutre et comporte des fondements souvent

idéologiques, de choix de société. Dans tous les cas et en tout cas pour ce qui

nous concerne, les trois options sont cumulatives. Le choix de la matière

imposable qui peut être le revenu, le capital ou la dépense obéït à un

coefficient de répartition qui varie selon que l’option politique tend vers le

libéralisme ou le socialisme.

Les idéologies socialistes ont tendance à taxer lourdement le capital et

les dépenses qualifiées de luxe.

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Inversement les économies capitalistes préservent autant que cela se

peut les impositions du capital tandis qu’elles s’efforcent de répartir les

charges publiques sur les impôts sur la dépense et les impôts sur le revenu.

a- L’impôt sur le revenu

Le revenu choisi comme assiette de l’impôt est la modalité la plus

largement répandue dans le monde même si la proportion des revenus tirée de

cette catégorie d’impôt n’est pas la même chose selon que l’on soit en régime

socialiste ou capitaliste.

b- L’impôt sur le capital

L’impôt sur le capital frappe le capital en tant qu’il est capital, c’est-à-

dire richesse accumulée en numéraires, en biens meubles ou immeubles.

L’imposition du capital lorsqu’il ne vise pas à décourager purement et

simplement le capital et son acquisition peut servir d’instrument pour établir

ou rétablir une dynamique de justice sociale.

c- L’impôt sur la dépense

C’est un impôt dont la finalité est de distribuer d’une manière sournoise

et indolore la répartition des charges publiques.

L’impôt sur la dépense est surtout apprécié dans les régimes capitalistes

où l’on estime qu’il réalise au mieux l’égalité de tous devant les charges

publiques.

3- L’évaluation de la matière imposable

Elle se fait selon deux méthodes

a- L’évaluation par l’administration fiscale

La technique de l’évaluation de la matière imposable par

l’administration fiscale consiste à confier in extenso le calcul de la base

imposable, plus exactement son élaboration aux agents chargés de la

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détermination de l’assiette fiscale en un mot aux agents du fisc. Ceci n’exclut

pas que le redevable ou le contribuable puisse apporter un avis ou des

observations aux éléments servant à évaluer la base de l’impôt confié à

l’administration fiscale.

b- La déclaration par le contribuable

Encore appelée technique de la déclaration contrôlée, la déclaration par

le contribuable obéit à un postulat simple : la bonne foi présumée des citoyens

et des contribuables. Cette présomption n’a cependant pas une valeur absolue.

L’adjectif « contrôle » retrouve ainsi tout son sens et autorise l’administration

fiscale à rétablir la vérité d’une bonne évaluation lorsque celle-ci a été

consciemment ou inconsciemment mal faite.

4- la constatation du fait générateur

Le fait générateur est un acte qui rend l’impôt exigible.

En matière de TVA c’est la vente qui constitue le fait générateur.

Des biens tout simplement produits et stockés dans un magasin ne

rendent pas exigibles le paiement de la TVA sur ces biens. La destruction non

plus des biens produits ne rend pas exigible la TVA. Il en est de même de

l’exportation des mêmes biens.

Au total seule la vente au Bénin rend exigible la TVA et donc constitue

le fait générateur de l’imposition au titre de la TVA.

C- La liquidation de l’impôt.

Liquider l’impôt, c’est déterminer le montant. Les techniques de

détermination varient mais une constante est que la liquidation de l’impôt

obéit ou devrait obéir au principe sacré qu’est : « la légalité fiscale »

Deux doctrines s’opposent en science financière : la doctrine de la

répartition et l’école de la quotité.

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L’impôt de répartition part du principe de détermination préalable et à

priori du quantum de ressources dont l’Etat a besoin, ensuite suit la répartition

de ce quantum entre les contribuables.

Exemple : la sous-préfecture d’Abomey-Calavi a besoin de 1.568.990.111 pour

couvrir les charges de fonctionnement et d’équipement y compris

l’aménagement d’espaces verts pour le campus universitaire. Ce montant

initialement fixé sera reparti entre tous les contribuables de la Sous-préfecture

personne physique et personne morale sans évaluer à l’avance les capacités

contributives respectives.

A l’inverse l’impôt de quotité part du principe qu’il faut déterminer

seulement les taux applicables sans fixer au préalable un seuil absolu à

atteindre.

L’inconvénient de l’impôt quotité est que son rendement peut être en

deçà du montant optimum de ressources dont l’Etat et les collectivités

territoriales ont besoin ; ce qui nous précipite dans les situations de déficit

budgétaire.

Ainsi donc, au regard de son caractère antinomique avec les principes

d’équité et de justice, l’impôt de répartition n’est plus pratiqué dans les Etats

modernes.

1- Le calcul de l’impôt.

Une fois la technique de répartition de l’impôt de répartition

abandonnée il reste à résoudre la question des modalités de la quotité. En

l’occurrence la science financière a choisi entre l’impôt proportionnel et

l’impôt progressif.

L’impôt proportionnel fixe un taux applicable à la base imposable

(l’assiette) quel que soit le montant de cette base. Alors que l’impôt progressif

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ne comporte pas un taux fixe mais plusieurs taux lesquels taux varient selon le

montant de l’assiette.

L’impôt progressif respect mieux les principes fiscaux suivants à savoir :

 La justice fiscale

L’égalité fiscale.

a- La progressivité globale

Son principe est simple. Prenons par exemple des revenus de

100.000FCFA ; 200.000FCFA ; 400.000FCFA ; 800.000FCFA, revenus auxquels

sont affectés les taux suivants : 10%, 15%, 20% et 25%.

Ainsi illustrée, la progressivité globale fixe des taux uniformes par

niveaux de revenus. Chaque tranche de revenu subit un taux unique qui

s’applique à l’intégralité du revenu.

Le passage d’une tranche à l’autre représenté le plus souvent par une

différence de 1F est constaté sur le plan de l’impôt exigible par les différences

qui sont largement supérieures à 1F. Ce qui crée des situations d’injustice

fiscale entre deux contribuables qui se situent à la lisière d’une tranche. D’où

la préférence marquée pour la progressivité par tranches.

b- La progressivité par tranches

La progressivité par tranches essaie de corriger les défauts enregistrés et

avérés de la progressivité globale. L’exemple ci-dessus montré nous permet de

constater le rapprochement entre les différentes tranches et entre les différents

impôts.

Ainsi donc

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Assiette Taux Progressivité globale Progressivité par tranches

100.000 10% 10.000

200.000 15% 30.000

400.000 20% 80.000

800.000 25% 200.000

L’illustration la plus évidente en droit positif béninois est l’IPTS dans sa

réforme issue de l’ordonnance portant loi des finances pour la gestion 1995. La

technique est plus commode, le rendement plus évident et la justice fiscale

mieux respectée.

2- L’aménagement de l’impôt progressif

L’impôt progressif subit encore des aménagements tendant à le rendre

plus équitable et plus juste. Nous distinguerons essentiellement deux

techniques d’aménagement.

a- Le quotient familial

Il vise à tenir compte de la situation familiale du contribuable. En

matière d’IPTS par exemple, le quotient familial prend la forme d’une décote

applicable au montant de l’impôt calculé. La loi fiscale béninoise prévoit :

De 0 à 1 enfant la réduction d’impôt de 0%

2 enfants la réduction d’impôt de 5%

3 enfants la réduction d’impôt de 10%

6 enfants la réduction d’impôt de 43%

b- L’abattement à la base

Son principe est simple. Il consiste à exonérer d’impôt ce qu’on considère

sociologiquement et biologiquement comme un minimum indispensable à la

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préservation d’une condition humaine décente. Certains l’appellent le

minimum social commun. Au Bénin tous les revenus salariaux inférieurs à

20.000FCFA sont exonérés de l’impôt progressif sur les traitements et salaires,

ce qui tend à faire croire que le minimum social commun s’évalue en franc à

20.000

D- Autre classification des impôts

On retient deux (02) grandes classifications, celles administratives et

celles économiques.

1- Classification administrative

Elle consiste à sérier les impôts selon la collectivité bénéficiaire. Ainsi on

distingue :

 Les impôts d’Etat, ce sont ceux perçus au profit du Budget National

 Les impôts locaux, ce sont ceux qui alimentent les budgets des

collectivités territoriales

 Les impôts perçus au profit d’organismes nationaux ou internationaux :

Le PCS alimente le budget de la commission de l’UEMOA.

La taxe sur les hydrocarbures alimente le budget du fonds routier du

Bénin.

2- Classification économique

Elle est plus complexe mettant en jeu l’appréciation de situations concrètes des

biens taxables. Ainsi, on distingue :

 L’impôt sur les revenus, le revenu étant le produit du capital ou

du travail

 L’impôt sur la dépense, la dépense étant le produit de la

circulation monétaire se traduisant par des transferts de propriété

dans la vie économique.

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 L’imposition du capital, le capital c’est la richesse acquise, il se

caractérise par sa stabilité et son caractère de source de revenus.

Le propriétaire d’un grand capital peut se dispenser de travailler.

 L’imposition des ménages, cellule sociale élémentaire, le ménage

peut être constitué d’une personne ou de plusieurs dizaines de

personne en cas de polygamie.

 L’impôt sur les entreprises, il frappe les unités de production de

biens et de services.

 L’impôt sur les produits, ce sont les biens produits par les

entreprises. Ex : le ciment, le pagne, la boisson avec

respectivement comme impôt la taxe sur le ciment, les textiles et

les boissons.

3- Classification technique

Elle complète et parachève les classifications économiques et administratives

et inclut :

- Les impôts directs et indirects, cette distinction entre impôt direct et

indirect appelle une autre distinction, celle du contribuable et du

redevable.

Le contribuable étant celui qui est juridiquement assujetti à l’impôt, celui qui

supporte la charge fiscale sur ses deniers et en dernier ressort

Le redevable est par contre celui qui effectue l’opération de paiement qu’il soit

en définitive celui qui supporte juridiquement la charge fiscale ou non.

En matière d’impôt direct, redevable et contribuable se confondent en une

seule et même personne physique ou morale.

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En matière d’impôt indirect, le redevable reverse l’impôt collecté auprès du

contribuable.

- Les impôts réels et les impôts personnels du Latin Res = Biens, l’impôt

réel est assis sur quelque chose, un bien meuble ou immeuble tandis que

l’impôt personnel est assis sur une personne physique ou une personne

morale.

- Les impôts progressifs et les impôts proportionnels. La proportionnalité

tient à l’affectation d’un taux applicable à la base imposable (ex : 18%)

La progressivité par contre prend en compte des paliers avec des taux

différents selon les paliers, ce qui permet de différencier les situations

personnelles des contribuables en vertu du principe de la prise en

compte de la capacité contributive.

- Les impôts spécifiques, et les impôts ad-valorem.

Ceux spécifiques prennent en compte un poids, un volume, une surface

avec affectation d’un taux par volume, surface, poids qui donne le

montant de l’impôt exigé.

Ex : 33cl de boisson non alcoolisée paye 7 FCFA.

L’impôt Ad-valorem prend en compte la valeur marchande du bien

imposable pour lui appliquer les taux en vigueur.

- Les impôts analytiques et les impôts synthétiques.

L’impôt analytique prend en compte de manière isolée, les éléments

d’un patrimoine (salaire, revenu immobilier et des placements

boursiers, des comptes d’épargne, etc.). Chacun de ces éléments étant

taxé séparément.

L’impôt synthétique procède par palier de revenus qui sont taxés de

manière globalisante en une seule fois.

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- Les impôts de Répartition et les impôts de quotité.

L’un et l’autre procède à contrario de l’un de l’autre.

L’impôt de répartition détermine d’abord le besoin et la taille de la

cagnotte fiscale recherchée. Ensuite on procède à la répartition de celle-

ci sur l’ensemble des contribuables.

L’impôt de quotité commence d’abord par déterminer qui peut payer et

combien chacun peut payer et c’est l’addition de cette opération initiale

qui donne le montant et la taille de la cagnotte disponible.

4- Le processus d’imposition

On peut retenir dans le processus d’imposition cinq (05) grandes étapes :

 La détermination de l’assiette

 Le calcul de la base imposable

 Le recouvrement

 Et éventuellement, le contentieux.

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CHAPITRE 2 : LES GRANDS PRINCIPES DU DROIT
FISCAL
Le droit fiscal repose sur quelques grands principes qui ont une valeur

constitutionnelle et en ce sens, sont défendus et contrôlés par le juge

constitutionnel Béninois.

A. Le principe de légalité

Pas d’impôt sans loi. Le principe de légalité au Bénin repose sur l’Article 98 de

la constitution du 11-12-1990. Lequel dispose « Sont du domaine de la loi, les

règles concernant …… L’assiette, le taux et les modalités de recouvrement des

impositions de toute nature »

Ainsi donc, seul l’Etat personne morale souveraine a la compétence de créer

ou de supprimer un impôt par décision du parlement, décision prise en la forme

législative. Les autres personnes morales de droit public, à savoir les collectivités

territoriales et les entreprises publiques n’ont qu’un pouvoir fiscal dérivé.

B. Le principe d’égalité

La République repose sur un postulat fondamental dont les ressorts sont à la

fois philosophique, politique et juridique : l’égalité entre les citoyens. Le juge

constitutionnel Béninois a eu plusieurs fois l’occasion de réaffirmer ce principe

d’égalité dans plusieurs situations :

 Egalité de l’homme et de la femme

 Egalité du citoyen et de l’étranger, etc…

En matière fiscale, le principe d’égalité est tout autant essentiel et sanctionné

par le juge. Cependant, l’égalité devant l’impôt n’implique pas l’uniformité

systématique des solutions face au cas contraire des contribuables. Le juge

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estime même que deux contribuables dans la même situation de fait puissent

bénéficier légitimement d’un traitement fiscal différent.

C. Le principe de liberté

L’impôt est lui-même la manifestation d’une liberté. Au sens où il

constitue une avancée historique dans le processus de collecte de ressources

pour faire face aux charges publiques. En effet, historiquement, les monarques

ont utilisé la guerre, les razzias, les pillages des contrées voisines et même

lointaines pour se procurer de l’argent ou des biens précieux pour alimenter

leur caisse. L’apparition de l’impôt constitue par rapport à cette violence

primaire, un triomphe de la liberté.

Cependant, le principe de liberté tel qu’on l’affirme aujourd’hui en

matière fiscale constitue un contre poids, une limitation des pouvoirs de

l’administration fiscale dans ses relations avec les contribuables. En un mot, la

détermination et le recouvrement de l’impôt doivent se faire dans le respect

des droits et libertés du citoyen.

D. Le principe de nécessité de l’impôt

Paul LeRoy-Beaulieu écrit que l’impôt est une « assurance collective »

qui permet au citoyen de contribuer aux charges découle de l’organisation de

la vie en société. L’impôt est un prélèvement douloureux sur le patrimoine des

citoyens mais il contribue une nécessité. Sans impôt pas d’Etat et pas

d’organisation de la vie en société.

E. Le principe de l’annualité de l’impôt

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L’annualité fiscale découle de l’annualité budgétaire. La loi de finance

autorise chaque année la perception des impôts et taxes en vigueur.

F. Le principe de l’imposition selon la faculté contributive

L’idée de faculté contributive est une manière de prendre en compte la

situation réelle du patrimoine imposable. L’appréciation d’un bien, sa valeur

fiscale est toujours un exercice abstrait. La prise en compte de la situation

personnelle du propriétaire du Bien, vient compléter sur un plan concret,

l’évaluation abstraite faite sur le patrimoine. Cette évaluation concrète faite à

partir de la situation personnelle, prend en compte les charges qui grèvent le

patrimoine en cause.

G. Le principe de progressivité

L’idée de base est que ceux qui ont un patrimoine consistant doivent

effectuer un effort fiscal aussi consistant. Plus on gagne, plus on paie. La

progressivité peut être globale ou par tranche selon la disposition de la loi

fiscale.

H. Le principe de respect des droits de la défense

L’impôt est un prélèvement obligatoire qui peut être mis en

recouvrement au besoin par la contrainte, il est important que le contribuable

puisse bénéficier d’un minimum de droit, notamment le droit de faire valoir

son avis, sa perception des choses dans les procédures qui l’opposent à

l’administration fiscale.

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