Vous êtes sur la page 1sur 20

L'ENTREPRENEURIAT VERT : MÉCANISMES DE MISE EN ŒUVRE ET

MOTIVATIONS EN TUNISIE (CAS D'UN PAYS ÉMERGENT)

Allala Ben Hadj Youssef, Mariem Dziri

ANDESE | « Vie & sciences de l'entreprise »

2012/2 N° 191 - 192 | pages 59 à 77


ISSN 2262-5321
Article disponible en ligne à l'adresse :
--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
https://www.cairn.info/revue-vie-et-sciences-de-l-entreprise-2012-2-page-59.htm
--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Distribution électronique Cairn.info pour ANDESE.


© ANDESE. Tous droits réservés pour tous pays.

La reproduction ou représentation de cet article, notamment par photocopie, n'est autorisée que dans les
limites des conditions générales d'utilisation du site ou, le cas échéant, des conditions générales de la
licence souscrite par votre établissement. Toute autre reproduction ou représentation, en tout ou partie,
sous quelque forme et de quelque manière que ce soit, est interdite sauf accord préalable et écrit de
l'éditeur, en dehors des cas prévus par la législation en vigueur en France. Il est précisé que son stockage
© ANDESE | Téléchargé le 18/09/2020 sur www.cairn.info (IP: 41.108.101.37)

© ANDESE | Téléchargé le 18/09/2020 sur www.cairn.info (IP: 41.108.101.37)


dans une base de données est également interdit.

Powered by TCPDF (www.tcpdf.org)


VSE : VIE & SCIENCES DE L’ENTREPRISE 59
_________________________________________________________________________________

L’ENTREPRENEURIAT VERT : MECANISMES DE MISE EN


ŒUVRE ET MOTIVATIONS EN TUNISIE (CAS D’UN PAYS
EMERGENT)
Par Allala BEN HADJ YOUSSEF
Enseignant chercheur, Institut supérieur d’administration des affaires (Sfax)
& Mariem DZIRI
Doctorante, Faculté de Sciences économiques et de gestion (Sfax)

Résumé :
L’éco-entrepreneuriat consiste à créer des entreprises en exploitant le filon
écologique. Le discours écologique est arrivé en force ces dernières années,
traduisant l’inquiétude de l’opinion publique quant au sort réservé à notre terre. Le
monde des affaires et les impératifs environnementaux sont-ils conciliables ?
Cette étude vise à comprendre les mécanismes motivationnels des entrepreneurs
éco-innovants en Tunisie. Il est évident que leurs motivations ne sont pas dictées
uniquement par un désir de protéger l’environnement. Cette recherche met en
évidence d’autres finalités de natures interne et externe.
Elle montre que les considérations écologiques trouvent un intérêt entrepreneurial
important même dans les pays émergents. En effet, la motivation économique
explique l’essentiel de l’entrepreneuriat vert en Tunisie. Elle présente deux
aspects : saisir de nouvelles opportunités d’affaires ; réduire les coûts de
production et les gaspillages d’énergie. La sensibilité croissante de l’opinion
publique à l’écologie vient en deuxième position pour confirmer la prise de
conscience planétaire des problématiques de l’écologie.
© ANDESE | Téléchargé le 18/09/2020 sur www.cairn.info (IP: 41.108.101.37)

© ANDESE | Téléchargé le 18/09/2020 sur www.cairn.info (IP: 41.108.101.37)


Mots clés : Eco-entrepreneuriat, développement durable, innovations
écologiques, motivations entrepreneuriales

Abstract:
Ecopreneurship consists in creating companies by exploiting the green
opportunities. The green discourse has dramatically shown up over the last years,
expressing public opinion’s concern about the Earth’s future. Are the business
world and the environmental requirements compatible? To understand this
phenomenon, it is important to identify the reasons and factors that make
entrepreneurs choose this way by starting green companies.
Thus, this study aims at understanding the innovating ecopreneurs’ motivational
mechanisms in Tunisia. Obviously, their motivations are not only imposed by a
desire to protect the environment, so this study puts other internal and external
finalities forward.

Keywords : Green entrepreneurship, sustainable development, ecological


innovation, ecopreneurship, entrepreneurial motivations
VSE : VIE & SCIENCES DE L’ENTREPRISE
__________________________________________________________________________________

INTRODUCTION
Vingt ans, c’est le délai que les experts nous accordent pour inverser le processus
de dégradation du climat et de l’environnement. Une réaction immédiate est
nécessaire, sinon nos pays ne pourront pas surmonter la triple crise
démographique, climatique et énergétique prévue en 2030 (Gabus, 2003). La
protection de l’environnement sur toute la planète est devenue primordiale.
Le sommet de Copenhague (2009) lance un cri d’alarme, l’humanité doit adopter
de nouveaux repères et comportements pour faire face à la dégradation de la
planète. D’ailleurs, plusieurs bouleversements sont en cours : raréfaction des
ressources naturelles, accélération du rythme des innovations technologiques,
mondialisation et globalisation des économies, crises économiques, etc. Comme le
souligne Buccholz (1996), la performance économique ne conduit pas
nécessairement au bien-être de la société et au progrès social, notamment
lorsqu’elle participe à la dévastation de l’environnement. Le développement des
innovations écologiques peut ainsi apparaître comme une solution et le reflet d’une
volonté de définir de nouvelles règles économiques, sociales, écologiques,
permettant un meilleur-être, ce qui place la question écologique au centre des
actions entrepreneuriales.
La création des projets « vert » devient une évidence. Cela nécessite le
remodelage de toute la chaîne de valeur de l’entreprise, l’adaptation du système
de management (traquer les gaspillages, simplifier les procédures, …) et la
modification des relations avec les parties prenantes (fournisseurs, clients,
pouvoirs publics) (Azzone & Noci, 1998).
Ces dernières années marquent, en Tunisie, l’ère d’une libéralisation et d’une
réglementation au cœur de laquelle l’entreprise et l’entrepreneur éco-innovant
occupent une place de choix. Or, si l’objectif est clair, les contraintes restent
nombreuses. Dans ce cadre, peu de recherches ont été consacrées à l’analyse de
l’éco-entrepreneuriat. Ainsi, cette étude s’oriente vers l’apport d’éléments de
réponse aux questions suivantes : quelles sont les motivations des
© ANDESE | Téléchargé le 18/09/2020 sur www.cairn.info (IP: 41.108.101.37)

© ANDESE | Téléchargé le 18/09/2020 sur www.cairn.info (IP: 41.108.101.37)


entrepreneurs éco-innovants tunisiens ? Leurs créations sont-elles fondées
sur une forte culture écologique et une conscience de la nécessité de la
protection de l’environnement ou sont-elles poussées par d’autres
motivations ?
Le présent travail cherche à identifier les motivations potentielles des actions
écologiques chez les entrepreneurs tunisiens. Cela nous permettra de voir les
spécificités locales sur ces questions. Cette recherche prend pour base les
résultats d’une recherche qualitative effectuée auprès de 7 entrepreneurs éco-
innovants et 50 étudiants tunisiens en master professionnel entrepreneuriat (donc
des entrepreneurs potentiels).

1. DEVELOPPEMENT DURABLE ET ECO-ENTREPRENEURIAT :


CONCEPTS EN EMERGENCE
On a assisté ces dernières années à l’émergence des thèmes de l’éco-
entrepreneuriat, l’entrepreneuriat vert, la responsabilité sociale de l’entreprise et le
développement durable qui renvoient tous à la même idée : l’entrepreneur doit être
conscient de son rôle social et environnemental.
VSE : VIE & SCIENCES DE L’ENTREPRISE 61
__________________________________________________________________________________

La Commission Mondiale pour l’environnement et le développement (1987) pose


les bases du concept du développement durable : c’est « le développement qui
satisfait les besoins de succès de la génération présente sans compromettre les
attentes des générations futures de satisfaire leurs propres besoins ».
Le rapport Brundtland et celui de la conférence de Rio s’accordent sur le fait que le
développement durable doit satisfaire 3 exigences : le développement
économique, la viabilité environnementale et l’équité sociale. La durabilité
économique s’exprime en termes d’équilibre budgétaire et vise à optimiser la
croissance et à éviter l’endettement excessif. La durabilité environnementale met
l’accent sur la lutte contre la pollution, la préservation des ressources non-
renouvelables, les économies d’énergie, et la transmission du capital naturel aux
générations futures. La dimension sociale consiste à lutter contre la pauvreté et
l’exclusion et à respecter les droits du travailleur.
L’éco-entrepreneuriat a émergé comme domaine de recherche à la fin des années
1980. Ainsi, Schaper (2002) fait référence à un article pionnier de Quinn (1971)
paru dans la Harvard Business Review, selon lequel : “The ecology movement
could provide profitable new markets for business expansion rather than simply
being a drain on economic activity”.
Dans ce sens, Elkington & Burke (1989) défendent l’idée que l’environnement peut
être une source d’affaires lucratives. Des auteurs comme Bennett (1991) ou Blue
(1990) commencent à utiliser les termes d’entrepreneur environnemental,
d’entrepreneur vert ou d’éco-entrepreneur, et marquent donc l’émergence de
courants de recherche plus structurés.
Plusieurs auteurs ont développé des typologies d’éco-entrepreneurs tels que
Schaltegger (2002), Linnanen (2002), Schick & al. (2002).
De leur part, Taylor & Walley (2004) présentent une typologie des éco-
entrepreneurs basée à la fois sur l’orientation personnelle de l’entrepreneur et sur
l’intensité des influences structurelles externes. Le croisement des deux variables
aboutit à 4 types d’éco-entrepreneurs (figure 1) :
© ANDESE | Téléchargé le 18/09/2020 sur www.cairn.info (IP: 41.108.101.37)

© ANDESE | Téléchargé le 18/09/2020 sur www.cairn.info (IP: 41.108.101.37)


Figure 1 :
Typologie des éco-entrepreneurs de Taylor & Walley (2004)
62 VSE : VIE & SCIENCES DE L’ENTREPRISE
__________________________________________________________________________________

Détaillons les quatre types d’éco-entrepreneurs :

Type 1 (Innovateur opportuniste) : il poursuit une démarche purement économique


dans un cadre structurel contraignant. Il est influencé par les pressions externes
(comme les lois et les lobbies verts). Il exploite des opportunités stratégiques pour
développer une affaire « verte ».
Type 2 (Champion visionnaire) : il évolue dans un milieu pro-écologique et porte
des convictions personnelles à dominante développement durable. Il vise un futur
durable qui suppose de profonds changements dans la société ; une passerelle
entre deux cultures a priori opposées, celle des affaires et celle de l’écologie.
Type 3 (Anti-conformiste éthique) : c’est un écologiste convaincu qui désire
propager ses valeurs. Il évolue dans un milieu à faible pression environnementale.
Son passage à l’acte est plutôt déclenché par des amis, de la famille, des
expériences personnelles (beaucoup plus que le désir de changer le monde).
Type 4 (Eco-entrepreneur par accident) : il crée pour des raisons plutôt
économiques dans un espace ignorant l’écologie. Il est surtout motivé par la
rentabilité financière.

Taylor & Walley (2004) insistent sur la nature dynamique de leur typologie : le type
d’éco-entrepreneur n’est pas figé dans le temps. Au contraire, il peut (et parfois
doit) évoluer au fil des événements. Il est admis que s’engager dans le domaine de
l’éco-entrepreneuriat exige de l’éco-entrepreneur l’adoption des innovations
écologiques (innovations environnementales, innovations vertes).

2. INNOVATIONS ECOLOGIQUES : DEFINITION ET TYPOLOGIE


L’Ademe (2006) -Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Energie- définit
les innovations écologiques comme « l’ensemble des innovations (techniques,
conceptuelles, méthodologiques) qui contribuent directement ou indirectement à
une amélioration de l’état de l’environnement. L’environnement étant pris au sens
© ANDESE | Téléchargé le 18/09/2020 sur www.cairn.info (IP: 41.108.101.37)

© ANDESE | Téléchargé le 18/09/2020 sur www.cairn.info (IP: 41.108.101.37)


large, incluant les ressources naturelles (air, eau, sols, milieux), la biodiversité, le
changement climatique, l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables, le
cadre de vie et le développement durable de la société ». L’agence alerte que la
société ne peut continuer sur les modes de consommation et de production actuels
sans endommager sérieusement l’environnement.
D’autre part, il est important de distinguer deux types d’innovations écologiques en
fonction du cadre d'intervention : les innovations "end of pipe" ou "en bout de
tuyau" et les innovations dites "propres" ou "intégrées" (Gasmi & Grolleau, 2003).
VSE : VIE & SCIENCES DE L’ENTREPRISE 63
__________________________________________________________________________________

Tableau 1 :
Innovations "en bout de tuyau" vs innovations "Propres"

Principales
Distinctions Définitions Exemples
limites
Technologies
"curatives" qui
Disperser ou diluer
interviennent en fin
Innovations N'attaquent pas la les émissions
du processus de
"end source de la toxiques de
production
of pipe" pollution manière à diminuer
afin de réduire les
l'intensité de leurs
impacts
impacts
environnementaux
négatifs
Adoption
Ecoproduits
nécessitant
réduisant les
généralement un
Changements impacts
engagement
"préventifs" au environnementaux :
relativement
sein du processus de produits fabriqués
important en
production et commercialisés
termes de
Innovations avec la recherche de telle sorte qu’ils
ressources
"propres" d'un processus de ne soient pas
humaines et
production moins nocifs pour
financières, ainsi
polluant, dès la l’environnement ni
que des
source pour les utilisateurs
changements
et qui sont
profonds des
recyclables
systèmes de
facilement.
production
© ANDESE | Téléchargé le 18/09/2020 sur www.cairn.info (IP: 41.108.101.37)

© ANDESE | Téléchargé le 18/09/2020 sur www.cairn.info (IP: 41.108.101.37)


3. MOTIVATIONS DES INNOVATIONS ECOLOGIQUES
DANS LA THEORIE
Malgré la jeunesse du champ d’application et le peu de travaux sur le sujet,
quelques recherches permettent d’identifier une série de facteurs sociétaux
influençant l’adoption de ce type d’innovation (Hart, 1997 ; Laforest & al, 2005).
Hall & Vrenderburg (2003), mettent en avant les motivations d’ordres sociétal et
moral. Selon Bansal & Roth (2000), les actions vertes sont plutôt des actions
idéalistes que rationnelles.
Un autre groupe de motivations peut être souligné : les pressions
environnementales institutionnelles. De récentes études se focalisent sur le rôle de
la régulation environnementale sur l’adoption d’éco-innovations de produit et de
procédé. La loi est perçue dans ce cas comme un moyen efficace permettant
d’obliger les firmes à respecter leur environnement (Bernauer & al, 2006).
Pour d’autres auteurs, l’innovation permet de répondre aux attentes des clients en
améliorant la performance environnementale des produits et en rendant les
procédés de fabrication moins polluants (Abrassart & Aggeri, 2007). En effet, le
produit vert « a le potentiel de contribuer à la croissance tout en améliorant la
64 VSE : VIE & SCIENCES DE L’ENTREPRISE
__________________________________________________________________________________

qualité de l’environnement et en protégeant les ressources naturelles » (Faucheux


& al., 2007). Ce qui permet de satisfaire les exigences écologiques d’une bonne
catégorie de clients.
Pour d’autres à l’image de Rennings & Zwick (2001), “environmental innovations
may be developed with or without the explicit aim of reducing environmental harm.
They also may be motivated by the usual business goals such as reducing costs or
enhancing product quality”. La réduction des coûts mais aussi l’augmentation de la
qualité des produits peuvent donc être des leviers efficaces à l’eco-innovation.

4. PROMOTION DES INNOVATIONS ECOLOGIQUES


EN TUNISIE : RESPONSABILITE DE L’ETAT
En Tunisie, l’entrepreneuriat représente une priorité stratégique. L’Etat a prévu une
batterie de mesures pour promouvoir la création. Nous citons notamment la :

- Mise en place d’organismes de soutien et de formation aux créateurs


comme les centres d’affaires, les pépinières, les espaces initiatives dans
les bureaux d’emploi, le Guichet unique au sein de l’agence de promotion
de l’industrie, etc.
- Création de deux banques spécialisées en financement des nouvelles
entreprises à savoir la BTS (Banque Tunisienne de Solidarité) et la
BFPME (Banque de Financement PME).
- Mise en place de programmes de financement étatique (participation au
capital ou lignes de crédit à faible taux d’intérêt).

D’autre part, et en Tunisie comme ailleurs, l’industrie contribue largement à


l’épuisement des ressources et à la pollution de l’environnement (eau, sol, air). Il
est donc urgent de pousser ce secteur à mobiliser des innovations qui peuvent
participer à la réduction de son impact environnemental et à l’introduction des
produits verts. L’Etat a donc prévu des programmes de soutien et des lois pour
© ANDESE | Téléchargé le 18/09/2020 sur www.cairn.info (IP: 41.108.101.37)

© ANDESE | Téléchargé le 18/09/2020 sur www.cairn.info (IP: 41.108.101.37)


favoriser l’entrepreneuriat éco-innovant. La Tunisie propose notamment les
programmes suivants :

- Pronagdes (Programme National de Gestion des Déchets Solides)


comportant la mise au point d’un cadastre pour les déchets industriels et
un programme de surveillance lancé en 1993.
- Pour la qualité de l’air, une loi de 1994 fixe des normes qui sont surveillées
par l’ANPE (Agence Nationale de Protection de l’Environnement) dans les
grands centres urbains.
- Un programme de traitement des eaux usées est organisé et géré par
l’ONAS (Office National d’Assainissement).
- La création en 1993 de la Commission Nationale de Développement
Durable (CNDD), en tant qu'instance capable de coordonner les efforts
nationaux en la matière.
- La création en 1992 d’un fonds de dépollution (FODEP) ayant pour
objectifs : d’aider à la création d’entreprises de collecte et de recyclage des
déchets, d’encourager la protection de l’environnement contre la pollution
industrielle et d’inciter à l’utilisation des technologies propres et non
VSE : VIE & SCIENCES DE L’ENTREPRISE 65
__________________________________________________________________________________

polluantes. Le FODEP accorde une subvention plafonnée à 20 % du coût


de l’investissement écologique approuvé par l’ANPE pour les projets de
dépollution. La subvention sert principalement à financer des installations
visant à réduire ou à éliminer la pollution des entreprises ; des projets de
collecte, de traitement et de recyclage des déchets ; et des projets de
technologies propres visant à réduire la pollution à la source.
- Outre les subventions, l’entreprise « verte » peut bénéficier de plusieurs
avantages fiscaux et une exonération des droits de douane pour les
équipements importés n’ayant pas de similaires localement.
- Le projet vert peut également contracter un crédit bancaire (FOCRED)
remboursable sur une durée de 10 ans dont le taux d’intérêt est inférieur
au TMM pouvant couvrir 50 % de l'investissement de dépollution.

5. LES PROPOSITIONS DE RECHERCHE


Les travaux de Rennings & Zwick (2001), Taylor & Walley (2004), Bernauer & al
(2006) et d’Abrassart & Aggeri (2007) appellent à une réflexion typologique quant
aux motivations de l’entrepreneuriat vert. A partir de là, une synthèse de la
littérature et des observations sur le terrain nous ont permis de construire huit
propositions.

Proposition 1 : les entrepreneurs mettent en place des innovations écologiques


pour se conformer aux pressions et aux lois de protection de l’environnement.
Proposition 2 : les entrepreneurs mettent en place des innovations écologiques
pour bénéficier des avantages accordés par l’état.

Motivations : répondre aux pressions


Propositions 1 + 2 légales et bénéficier des avantages de
l’état
© ANDESE | Téléchargé le 18/09/2020 sur www.cairn.info (IP: 41.108.101.37)

© ANDESE | Téléchargé le 18/09/2020 sur www.cairn.info (IP: 41.108.101.37)


Proposition 3 : les entrepreneurs mettent en place des innovations écologiques
pour saisir les opportunités et faire du business (exemple : les gains économiques
du recyclage).
Proposition 4 : les entrepreneurs mettent en place des innovations écologiques
pour réaliser des économies de charges (exemple : les gains économiques de
l’énergie solaire).

Propositions 3 + 4 Motivations d’ordre économique

Proposition 5 : les entrepreneurs mettent en place des innovations écologiques


pour répondre aux besoins des clients sensibles à l’environnement. (Exemple :
produits respectant la couche d’ozone).
66 VSE : VIE & SCIENCES DE L’ENTREPRISE
__________________________________________________________________________________

Proposition 6 : les entrepreneurs mettent en place des innovations écologiques


pour répondre aux besoins des clients économes. (Exemple : appareils à faible
consommation d’énergie ou meilleure isolation de l’habitat).

Propositions 5 + 6 Motivations répondre aux attentes des clients

Proposition 7 : les entrepreneurs mettent en place des innovations écologiques


pour protéger l’environnement (éthique).
Proposition 8 : les entrepreneurs mettent en place des innovations écologiques
pour sortir du chômage.
Notre enquête qualitative nous a permis par la suite de vérifier ces propositions.

6. CADRE EMPIRIQUE ET RESULTATS DE L’ETUDE

6.1. METHODOLOGIE ET TERRAIN DE RECHERCHE

Afin de comprendre les motivations qui poussent les entrepreneurs tunisiens vers
l’écologie, nous avons adopté une méthode qualitative de recherche. La démarche
qualitative donne de bons résultats pour l'étude des opinions, des comportements,
des motivations et des pratiques des individus (Miles & Huberman, 2003).
Pour ce faire, nous avons opté pour une sélection d’entreprises en fonction de
leurs innovations écologiques. Nous avons estimé que l’analyse des discours par
rapport à notre objectif est meilleure que la représentativité statistique.
La sélection des entreprises a impliqué un premier travail d’exploration et de
10
contacts. Nous avons contacté plusieurs organismes de protection de
l’environnement et de promotion des innovations écologiques pour avoir la liste
des entreprises éco-innovantes.
Les entreprises ont été sélectionnées sur la base de leurs activités innovantes.
Environ 22 entreprises ont été contactées, au final 7 ont accepté de s’exprimer en
© ANDESE | Téléchargé le 18/09/2020 sur www.cairn.info (IP: 41.108.101.37)

© ANDESE | Téléchargé le 18/09/2020 sur www.cairn.info (IP: 41.108.101.37)


entretien semi-directif et ont répondu au questionnaire. Le même questionnaire a
été distribué à 50 étudiants directement concernés par l’entrepreneuriat (mastère
professionnel en entrepreneuriat de l’Institut Supérieur d’Administration des
Affaires de Sfax et 5ème année de l’Ecole Nationale des Ingénieurs de Sfax).
Notre analyse des données recueillies est basée sur les travaux de Miles &
Huberman (2003) [Analyse des discours, techniques de présentation et
d’interprétation des résultats, matrices, tableaux, diagrammes, codage, réseaux, …].

10
Agence Nationale de Protection de l’Environnement ANPE, Agence Nationale de Gestion des
Déchets ANGED, Agence Nationale de Maitrise de l’Energie ANME
VSE : VIE & SCIENCES DE L’ENTREPRISE 67
__________________________________________________________________________________

6.2. PRESENTATION DES RESULTATS

Lors de cette étude, 7 entretiens individuels ont été réalisés auprès


d’entrepreneurs éco-innovants dont voici les profils :

Tableau 2 :
Présentation des entrepreneurs

Type d’innovation
Entrepreneur Activité
implantée
Collecte et recyclage des
E1 Recyclage des déchets
déchets, des métaux
Collecte et recyclage des
E2 Recyclage des déchets
déchets plastiques
Production des produits en Innovation de procédés
E3
plastique pour diminuer les inputs
Innovation end of pipe :
E4 Production de café entretien a posteriori des
émissions
Collecte, transport, stockage, tri
E5 Recyclage des déchets
et vente des batteries usagées
Innovation produit :
Production d’huile d’olive
E6 modification des spécificités
biologique
du produit
Production de détergents et de
E7 Recyclage des déchets
savon à base d’huile usagée

6.2.1. Les motivations des entrepreneurs éco-innovants


© ANDESE | Téléchargé le 18/09/2020 sur www.cairn.info (IP: 41.108.101.37)

© ANDESE | Téléchargé le 18/09/2020 sur www.cairn.info (IP: 41.108.101.37)


Pour identifier les motivations, nous avons commencé par interroger les
entrepreneurs sur l’histoire de leur entreprise, sur leurs expériences personnelles
au moment où ils ont décidé de se lancer dans l’aventure. L’enquête confirme que
les motivations des investissements écologiques sont diverses et sont de natures
externe et interne.
68 VSE : VIE & SCIENCES DE L’ENTREPRISE
__________________________________________________________________________________

Dans le tableau ci-dessous, nous présentons quelques citations des entrepreneurs


évoquant leurs motivations au moment de créer de leurs propres entreprises.

Tableau 3 :
Codage des motivations externes et internes des entrepreneurs

Nécessité de la protection de la nature, les


entrepreneurs doivent jouer un rôle responsable Motivation sociétale
envers l’environnement naturel
Bonnes récompenses financières, un mode de Motivation
vie plus aisé économique
Recyclage des déchets plastiques en vue de les
réincorporer dans le processus de production, ce Motivation
qui diminue la quantité des matières premières économique
consommées.
Je vise la catégorie de clients qui sont
Motivation :
conscients de la nécessité de consommer les
répondre aux
produits les plus respectueux de l’environnement
besoins des clients
en Tunisie
Les mesures de l’Etat deviennent très
Motivation :
intéressantes et encourageantes si on respecte
bénéficier des
le cahier de la charge en créant une entreprise
avantages de l’Etat
verte
Les lois de la Tunisie sont très sévères avec les
entreprises polluantes, j’ai donc été obligé
Motivation : se
d’adopter des technologies de dépollution
conformer aux lois
puisque ses lois peuvent constituer des barrières
à l’entrée
© ANDESE | Téléchargé le 18/09/2020 sur www.cairn.info (IP: 41.108.101.37)

© ANDESE | Téléchargé le 18/09/2020 sur www.cairn.info (IP: 41.108.101.37)


• Les motivations externes : elles regroupent la réponse aux contraintes
législatives, aux avantages accordés et aux besoins des clients.
Tout d’abord, l’Etat a réalisé l’urgence du problème écologique et a instauré une
législation environnementale obligeant les entreprises à respecter la biosphère
sous peine de pénalités. Cette législation peut même devenir une sorte de barrière
à l’entrée en spécifiant les lieux d’implantation des entreprises, surtout celles
appartenant au secteur chimique considéré comme le secteur le plus polluant.
Un seul entrepreneur affirme que les contraintes législatives sont la principale
motivation dans l’adoption des innovations écologiques et ceci à cause des
pressions exercées par l’Etat tunisien sur les entreprises polluantes. Cet
entrepreneur considère que l’investissement dans la protection de l’environnement
est une contrainte génératrice de coûts et non une opportunité. Il adopte donc un
comportement passif en ce qui concerne les initiatives vertes. En effet, l’innovation
adoptée se limite aux technologies de dépollution. C’est une innovation de nature
curative placée en fin de cycle de production.
Par ailleurs, un deuxième entrepreneur confirme que sa motivation ne concerne
pas la réglementation environnementale mais plutôt les subventions et les
avantages financiers et fiscaux accordés par l’Etat. Cet entrepreneur dont
VSE : VIE & SCIENCES DE L’ENTREPRISE 69
__________________________________________________________________________________

l’entreprise gère la collecte, le transport, le stockage, le tri et la vente des batteries


usagées, a bénéficié de plusieurs avantages fiscaux.
Les propositions 1 et 2 sont donc partiellement vérifiées.
Un troisième entrepreneur affirme que sa motivation principale est poussée par un
facteur externe : la sensibilité des clients aux produits écologiques. Il propose une
huile d’olive biologique car il pense que les clients sont plus conscients des
problèmes environnementaux causés par les insecticides. Il mise également sur le
label biologique qui véhicule une image de consommation saine. En effet, la
consommation de produits écologiques est en croissance grâce à cette prise de
conscience. La proposition 5 est donc partiellement vérifiée.

• Les motivations internes : elles regroupent des objectifs de nature économique


et éthique.
Deux entrepreneurs affirment que leur principale motivation est d’ordre
économique. L’appât du gain est une motivation partagée par tous même si elle
n’est pas toujours évoquée ouvertement. En effet, la création d’entreprise reste
dans les perceptions des interviewés liée à une augmentation sensible du revenu.
On note que l’entrepreneur E1 a créé une entreprise éco-innovante afin d’exploiter
une opportunité d’affaire, à savoir la collecte et le recyclage des déchets des
métaux. La proposition 3 est donc vérifiée.

La diminution des charges de l’entreprise constitue la motivation principale de


l’entrepreneur E3, qui a créé un système de recyclage du plastique. Il procède au
recyclage des déchets plastiques en vue de les réincorporer dans le processus de
production, ce qui diminue la quantité des matières premières consommées. Selon
cet entrepreneur, « cette opération est nécessaire dans ce secteur si on veut
conserver une marge satisfaisante ». La proposition 4 est donc partiellement
vérifiée.

Le deuxième type de motivations internes est d’ordre moral. Deux entrepreneurs


© ANDESE | Téléchargé le 18/09/2020 sur www.cairn.info (IP: 41.108.101.37)

© ANDESE | Téléchargé le 18/09/2020 sur www.cairn.info (IP: 41.108.101.37)


de notre échantillon évoquent la nécessité de protéger la nature. Ils affirment que
les affaires obéissent à un code moral que chacun doit respecter. Un seul
entrepreneur (E2) affirme que la protection de l’environnement constitue sa
principale motivation dans la création de son entreprise éco-innovante. La
proposition 7 est donc partiellement vérifiée.

Nous proposons de nous inspirer de la typologie des éco-entrepreneurs de Taylor


& Walley (2004) décrite précédemment, basée sur l’orientation personnelle de
l’entrepreneur et sur l’intensité des influences externes pour classer nos
entrepreneurs interviewés.
70 VSE : VIE & SCIENCES DE L’ENTREPRISE
__________________________________________________________________________________

Figure 2 :
La typologie des éco-entrepreneurs interviewés

• Les motivations communes : En plus de ces motivations spécifiques aux


entrepreneurs éco-innovants, on trouve aussi des motivations communes avec les
créateurs d’entreprises en général :

Tableau 4 :
Citations des motivations communes des entrepreneurs

Une sorte d’échappatoire au chômage Motivation pour sortir du


et aux contraintes qui lui sont associées chômage
C’est un outil de concrétisation de mes
idées, d’innovation, de valorisation de Valorisation du savoir-faire
mes compétences.
Créer une entreprise, c’est être libre,
© ANDESE | Téléchargé le 18/09/2020 sur www.cairn.info (IP: 41.108.101.37)

© ANDESE | Téléchargé le 18/09/2020 sur www.cairn.info (IP: 41.108.101.37)


c’est l’autonomie, l’indépendance. La
création de ma propre entreprise me Besoin d’indépendance et de
permet d’échapper à la hiérarchie, aux liberté
contraintes, me permet aussi la maîtrise
de mon temps.
Si je crée une entreprise, c’est pour me
satisfaire, pour l’affirmation du moi, de Satisfaction de soi
mes désirs
Etre “patron” implique sur sa personne
un autre regard des autres, plus
Valorisation sociale
valorisant que celui qu’on adresse aux
salariés.
J’aime beaucoup être un entrepreneur
Goût d’entreprendre
et diriger mes propres affaires
VSE : VIE & SCIENCES DE L’ENTREPRISE 71
__________________________________________________________________________________

L’enquête confirme que les interviewés ne présentent pas seulement des


motivations liées à l’écologie mais aussi des finalités communes à tout autre type
de création (désir de se réaliser, valorisation sociale, …). La proposition 8 est donc
partiellement vérifiée.

6.2.2. Les motivations des étudiants interviewés


ème
Nous nous sommes adressés aux étudiants de 5 année de l’ENIS et aux
étudiants du mastère professionnel en entrepreneuriat de l’ISAAS. Un grand
nombre d’entre eux vise la création d’entreprise comme carrière. Notre échantillon
se présente comme suit :

Tableau 5 :
L’échantillon des étudiants interviewés

ème
Etudiants de 5 année de l’ENIS 25

Etudiants du mastère pro en entrepreneuriat de l’ISAAS 25

Le sexe masculin représente 66 % de l’échantillon, contre 34 % pour les femmes


interviewées.
Nous avons constaté un fort désir de création d’entreprises de recyclage et de
traitement des déchets, et dans une deuxième position de création d’entreprises
sur la base des innovations écologiques orientées vers les clients sensibles à
l’écologie. Les résultats se présentent comme suit :

Tableau 6 :
Types d’innovations écologiques mentionnés par les étudiants
© ANDESE | Téléchargé le 18/09/2020 sur www.cairn.info (IP: 41.108.101.37)

© ANDESE | Téléchargé le 18/09/2020 sur www.cairn.info (IP: 41.108.101.37)


Nombre
Type d’innovation écologique pour la création Pourcentage
d’étudiants
Création sur la base du recyclage et traitement des
22 44%
déchets
Création sur la base d’innovations produits
17 34%
orientées clients
Création sur la base de substitution des matières
6 12%
premières
Création sur la base de technologies de dépollution 5 10%
Total 50 100%
72 VSE : VIE & SCIENCES DE L’ENTREPRISE
__________________________________________________________________________________

Tableau 7 :
Le type d’innovation pour chaque catégorie d’étudiants

Recyclage Substitution Technologies


Produits
Etudiants des de matière de Total
écologiques
déchets première dépollution
ENIS 7 11 4 3 25
Entrepreneuriat 15 6 2 2 25
Total 22 17 6 5 50

On remarque un plus grand désir des ingénieurs de l’ENIS à l’adoption des


innovations orientées clients et surtout les produits verts ou bio, ceci est
principalement dû à la nature de leurs études et à leur esprit d’innovation,
contrairement aux étudiants du mastère en entrepreneuriat qui affirment que leurs
connaissances sont moins approfondies pour ce type d’innovations, et qui ont une
plus grande orientation à la création des entreprises de recyclage et de traitement
des déchets.
Les motivations qui peuvent amener les étudiants à créer des entreprises bio sont
essentiellement de nature économique et de nature à répondre aux besoins des
clients sensibles à l’écologie (la quasi-totalité des étudiants a mentionné ces deux
motivations). Les propositions 3, 4 et 5 sont donc totalement vérifiées. Voici
quelques citations des étudiants :
© ANDESE | Téléchargé le 18/09/2020 sur www.cairn.info (IP: 41.108.101.37)

© ANDESE | Téléchargé le 18/09/2020 sur www.cairn.info (IP: 41.108.101.37)


VSE : VIE & SCIENCES DE L’ENTREPRISE 73
__________________________________________________________________________________

Tableau 8 :
Citations des motivations des étudiants

« Assurer un certain mode de vie plus aisé »,


« Je pense qu’on peut réaliser de bons résultats
Motivations
financiers avec ce type d’entreprises »,
économiques
« Processus de production moins coûteux »,
« Rompre avec la pauvreté »
« Vous savez que les produits bio sont fabriqués Motivation :
de telle sorte qu’ils ne soient pas nocifs pour répondre aux
l’environnement et pour leurs utilisateurs, et je besoins des
pense que les clients consomment de plus en clients sensibles à
plus ces produits écologiques » l’écologie
« Il ne faut pas avoir peur de se mettre en avant,
réaliser un rêve, proposer nos idées, montrer Motivations
notre amour de notre planète » « mon rêve c’est éthiques
de participer à la protection la nature »
« Ceci me permet d’échapper aux contraintes du
Motivations :
chômage », « Ne pas attendre un emploi, ne pas
sortir du
avoir de comptes à rendre, ne s’en prendre qu’à
chômage
soi-même »
Motivations :
« Une entreprise éco-innovante peut être très
bénéficier des
coûteuse, mais avec les aides de l’Etat, ça peut
avantages de
beaucoup aider »
l’Etat
« Produire des produits verts me permet de
proposer mon savoir-faire, de concrétiser mon La valorisation de
esprit d’innovation », « L’affirmation de mes son savoir-faire
© ANDESE | Téléchargé le 18/09/2020 sur www.cairn.info (IP: 41.108.101.37)

© ANDESE | Téléchargé le 18/09/2020 sur www.cairn.info (IP: 41.108.101.37)


idées, de mes compétences »
« A mon tour, j’ai envie de diriger, assumer mes Le goût
propres erreurs » d’entreprendre et
de diriger
74 VSE : VIE & SCIENCES DE L’ENTREPRISE
__________________________________________________________________________________

Nous avons demandé à chaque étudiant de nous mentionner sa principale


motivation. Les résultats se présentent dans le tableau suivant :

Tableau 9 :
Les motivations des étudiants interviewés

Nombre
Les motivations des étudiants Pourcentage
d’étudiants
Motivations économiques 15 30%
Sensibilité croissante des clients à l’écologie 13 26%
Motivations éthiques 9 18%
Echapper au chômage 6 12%
Se conformer aux lois et bénéficier des 4 8%
avantages de l’Etat
La valorisation de son savoir-faire 2 4%
Le goût d’entreprendre et de diriger 1 2%
Total 50 100 %

Les propositions 1, 2, 7 et 8 sont donc partiellement vérifiées.


Il est intéressant de constater que la motivation éthique (protéger la terre) est plus
importante chez les étudiants que chez les entrepreneurs éco-innovants. Certes,
ce constat est prometteur pour l’avenir, mais il est relativisé par le dynamisme et
l’utopie de la jeune génération en attendant de se heurter aux réalités de la vie
professionnelle.
Toutes les propositions sont donc partiellement ou totalement vérifiées chez les
entrepreneurs comme chez les étudiants mis à part la proposition 6 (les
entrepreneurs mettent en place des innovations écologiques pour répondre aux
besoins des clients économes).
© ANDESE | Téléchargé le 18/09/2020 sur www.cairn.info (IP: 41.108.101.37)

© ANDESE | Téléchargé le 18/09/2020 sur www.cairn.info (IP: 41.108.101.37)


Ce résultat est contraire aux conclusions de Rennings & Zwick (2001) qui valident
cette proposition dans le contexte européen. Cela s’explique par une
méconnaissance de cet avantage et par une réflexion insuffisante sur les besoins
des clients économes dans le contexte d’un pays en émergence comme la Tunisie.
Cet avantage est pourtant de plus en plus important avec la baisse du pouvoir
d’achat et l’accentuation des crises économiques.

Recommandations managériales
A la lumière des résultats de recherche, il nous parait important de sensibiliser les
étudiants et les entrepreneurs potentiels aux dispositifs incitatifs de l’état. Ces
avantages sont accordés par trois organismes à savoir l’Agence Nationale de
Protection de l’Environnement (ANPE), Agence Nationale de Gestion des Déchets
(ANGED), Agence Nationale de Maitrise de l’Energie (ANME). Une meilleure
sensibilisation dans ce sens participera au développement de l’entrepreneuriat
vert.
D’autre part, tout dirigeant doit prendre en compte le fait que le « souci
écologique » est de plus en plus présent chez les consommateurs. Cela suppose
des efforts pour réduire la pollution du processus productif et la pollution du produit
VSE : VIE & SCIENCES DE L’ENTREPRISE 75
__________________________________________________________________________________

lui-même. Le dirigeant peut alors orienter quelques actions marketing pour mettre
en avant les vertus écologiques de son produit. Cela permettra d’augmenter les
retombées commerciales du produit. Les entrepreneurs tunisiens sont également
invités à prendre en considération une motivation centrale de la réflexion
écologique à savoir les clients économes (proposition 6). En effet, mettre en valeur
des produits verts à forte économie d’énergie comme « les murs isolants
thermiques » ou « les voitures électriques » peut se révéler très vendeur même
dans les pays émergents.
Tout dirigeant adoptant une « attitude verte » a de grandes chances de voir son
profit augmenter. Cela est dû aux économies réalisées grâce au recyclage, à la
préservation de l’énergie, à l’utilisation des énergies renouvelables, à la chasse
aux gaspillages, etc.

CONCLUSION
Cette étude cherche à identifier les motivations des entrepreneurs éco-innovants
tunisiens en matière d’adoption des innovations écologiques pour la création de
leurs entreprises. De plus, nous avons dégagé les types d’innovations vertes et les
motivations de 50 étudiants en classe terminale (les futurs entrepreneurs
potentiels).
Protéger l’environnement et bénéficier d’une bonne image de marque restent les
motivations les moins mentionnées. Mis à part E2 (entrepreneur 2), les
entrepreneurs interviewés ne placent pas la protection de la nature comme leur
principale priorité stratégique. Ils sont surtout attirés par les économies de charges,
les subventions étatiques et les opportunités d’affaires qu’ouvre ce créneau. Ils
sont parfois contraints par la législation.
La motivation essentielle des étudiants comme des entrepreneurs éco-innovants
en Tunisie est de nature économique. Ce sont soit des opportunistes innovateurs,
soit des éco-entrepreneurs par accident en se référant au tableau de Taylor &
Walley (2004). La motivation économique explique donc l’essentiel de
© ANDESE | Téléchargé le 18/09/2020 sur www.cairn.info (IP: 41.108.101.37)

© ANDESE | Téléchargé le 18/09/2020 sur www.cairn.info (IP: 41.108.101.37)


l’entrepreneuriat vert. Elle présente deux ramifications : saisir de nouvelles
opportunités d’affaires (faire du business) ; réduire les coûts de production et les
gaspillages d’énergie et de matières premières.
La sensibilité croissante de l’opinion publique à l’écologie vient en deuxième
position pour confirmer la prise de conscience planétaire des problématiques de
l’écologie. Elle pousse les entrepreneurs à proposer des produits plus respectueux
(dans leur conception et utilisation) de la nature et par la même occasion moins
nocifs pour la santé de l’utilisateur.
Contrairement aux idées reçues, cette étude montre que les considérations
écologiques réussissent à se frayer un chemin même dans les pays émergents.
Enfin, notre article invite à plus d’approfondissements dans l’étude des innovations
écologiques. Comment pouvons-nous développer ce type d’innovations pour le
bien de l’Homme et de la nature sans pour autant perdre en potentiel
économique ?
76 VSE : VIE & SCIENCES DE L’ENTREPRISE
__________________________________________________________________________________

BIBLIOGRAPHIE

Abrassart, CH., et Aggeri, F. (2007), « Quelles capacités dynamiques pour les


stratégies de développement durable des entreprises ? », Actes de la XVIe
Conférence de l’Association Internationale de Management Stratégique,
Montréal.
Azzone, G., et Noci, G. (1998), “Seeing ecology and "green" innovations as a
source of change”, Journal of Organizational Change Management, Vol. 11, N°
2; pp. 94-111.
Ademe (2006), L’éco-conception en actions, Ademe Editions, 2ème Edition.
Bansal, P., et Roth, K. (2000), “Why companies go green: A model of ecological
responsiveness”, Academy of Management Review, Vol.43, N° 4, pp. 717-736.
Bennett, S.J. (1991), Ecopreneuring: The Complete Guide to Small Business
Opportunities from the Environmental Revolution, New York, Editor: John Wiley.
Bernauer, T., Engels, S., Kammerer, D., et Sejas, J. (2006), “Explaining green
innovation – Teen years after Porter’s Win-Win Proposition: How to study the
effect of regulation on corporate environmental innovation?”, Center for
comparative and international studies, University of Zurich, Working Paper n°
17.
Blue, J. (1990), Ecopreneuring: Managing for Results, Londres, Editor: Scott
Foresman.
Buccholz, G. (1996), “Latin American Social Security Reforms: Applications for
U.S. Social Security Reform”, Southern Business and Economic Review.
Gabus, A. (2003), L’économie mondiale face au climat, Ed l’Harmattan.
Elkington, J., et Burke, T. (1989), The Green Capitalists, Londres, Editor Victor
Gollantz.
Gasmi, N., et Grolleau, G. (2003), « Spécificités des innovations
© ANDESE | Téléchargé le 18/09/2020 sur www.cairn.info (IP: 41.108.101.37)

© ANDESE | Téléchargé le 18/09/2020 sur www.cairn.info (IP: 41.108.101.37)


environnementales, une application aux systèmes agro-alimentaires »,
Innovations, n° 18, p 73-89.
Hall, J., et Vrenderburg, H. (2003), “The challenge of innovating for sustainable
development”, Sloan management review, vol 45, n° 1, pp. 61-68.
Hart, S. (1997), “Beyond Greening: Strategies for a Sustainable World”, Harvard
Business Review, pp. 66-76.
Faucheux, S., Hue, C., et Nicolaï, I. (2007), « L'éco-innovation : une opportunité
pour l'avenir du développement durable ? », Ateliers de l'éthique, volume 2, n°
1.
Laforest, V. et Berthéas, R. (2005), « Ambiguïtés entre technologies propres et
meilleures techniques disponibles », Vertigo, vol 6, n° 2.
Linnanen, L. (2002), “An Insider’s Experiences with Environmental
Entrepreneurship”, Greener Management International, summer, n°38, pp 71-
80.
Quinn, J.B. (1971), “Next Big Industry: Environmental Improvement”, Harvard
Business Review, Vol. 49, No. 5 (September-October), pp. 120-131.
VSE : VIE & SCIENCES DE L’ENTREPRISE 77
__________________________________________________________________________________

Rennings, K., et Zwick, TH. (2001), “The employment impact of cleaner production
on the firm level: empirical evidence from survey on five European countries”,
ZEW Discussion paper, n° 03-01, Mannheim.
Schaltegger, S. (2002), “A Framework for Ecopreneurship”, Greener Management
International, summer, n° 38, pp 45-58.
Schaper, M. (2002), “The Essence of Ecopreneurship”, Greener Management
International, summer, n° 38, pp 26-30.
Schick, H., Marxen, S., et Freimann, J. (2002), “Sustainability Issues for Start-Ups
Entrepreneurs”, Greener Management International, summer, n° 38, pp 59-70.
Huberman, M., et Miles, M. (2003), Analyse des données qualitatives, Traduction
de la 2éme édition américaine par Hlady Rispal, Edition De Boeck.
Taylor, D.W., et Walley, E.E. (2004), “The Green Entrepreneur: Opportunist,
Maverick or Visionary?”, International Journal of Entrepreneurship and Small
Business, vol 1, N° 1/2, pp 56-69.
© ANDESE | Téléchargé le 18/09/2020 sur www.cairn.info (IP: 41.108.101.37)

© ANDESE | Téléchargé le 18/09/2020 sur www.cairn.info (IP: 41.108.101.37)

Vous aimerez peut-être aussi