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Jean Taine

Franck Enguehard
Estelle lacona

Transferts thermiques
Introduction aux transferts
d'énergie

Cours et exercices d'application

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DU NOD
Illustration de couverture : © Martin Cape k - Foto lia.com

Le pictogramme qui figure ci -contre d'enseignement supérieur, provoquant une


mérite une explication. Son objet est boisse brutale des achats de livres et de
d'alerter le lecteur sur la menace que revues, au point que Io possibilité même pour

particulièrement dons le domaine


de l'édition technique et universi-
taire, le développement massif du
photocodopdillog e. Il
®
représente pour l'avenir de l' écrit, - - - - - les auteurs de créer des œuvres
DANGER nouvelles et de les foire éditer cor-

.
rectement est aujourd'hui menacée.
Nous rappelons donc que toute
dreprodudion, portielble ou totale,
Le C e e 1o propriété inte ec- e 1o présente pu 1icotion est
tuelle du 1er juillet 1992 interdit LE Pl+:)T(X:CMJILLAΠinterdite sons autorisation de
en effet expressément la photoco- TUE LE LIVRE l'auteur, de son éditeur ou du
pie à usage collectif sons aulori - Centre français d'exploitation du
sotion des ayants droit. Or, cette pratique droit de copie (CFC, 20, rue des
s'est généralisée dons les établissements Grands-Augustins, 75006 Paris).

© Dun od, 1991, 1998, 2003, 2008, 2014


"O 5 rue Larorniguière, 75005 Paris
0
c
::J
www.dunod.com
0
v ISBN 978-2-10-071458-2
T"-f
0
N
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~
..c Le Code de Io propriété intellectuelle n'autorisant, aux termes de l' article
Ol
ï:::: L. 122-5, 2° et 3° a), d'une port, que les «copies ou reproductions strictement
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a. réservées à l'usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective»
0
u el, d'autre pari, que les analyses et les courtes ci tations dans un but d'exemple et
d'illustration, « toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite
sons le consentement de l'auteur ou d e ses ayants droi t ou ayan ts couse est
illicite » (art. L. 122-4).
Cette représentation ou reproduction, par quelq ue procédé que ce soit, constitue-
rait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L. 335-2 et suivants du
Code de la propriété intellectuelle.
TABLE DES MATIÈRES

Avant-propos XIII

Index des notations XV

PARTIE 1
PREMIÈRE APPROCHE DES TRANSFERTS THERMIQUES

Chapitre 1. Les principaux modes de transfert d'énergie 3


l. l Limitations physiques et objectifs 3
l . l . l Le système 3
l. l .2 Déséquilibre thermique et équilibre thermodynamique local (E.T.L.) 4
l. l .3 Objectifs des transferts thermiques - Conventions sur les flux 5
l .2 Première notion de flux radiatif 6
l .3 Transfert conductif 8
l .3. l Flux conductif 8
l .3.2 Ordres de grandeur des conductivités thermiques 10
l .3.3 Systèmes à conductivité apparente très élevée : caloducs l1
l .4 Flux convectif et conducto-convectif l1
l .4. l Le phénomène de convection l1
l .4.2 Flux surfacique conductif à une paroi, couplé au phénomène
de convection 14
l .4.3 Application aux caloducs 16
l. 5 Conditions aux limites classiques 18
1.5. l Exemple l : milieu opaque et milieu transparent 18
l .5.2 Exemple 2 : deux milieux opaques 19
"O l .5.3 Exemple 3 : un milieu (semi-)transparent et un milieu transparent 19
0
c l .5.4 Exemple 4 : contact thermique 19
::J
0 l .5.5 Exemple 5 : interface entre deux phases 20
v ;a; l .6 Bilan d'énergie en régime stationnaire sans mouvement 20
T"-f
"='
0
N
c 1.6. l Formulation générale du bilan d'énergie 20
"' 1.6.2 Méthodologie de résolution d'un problème de transfert thermique 21
@ .,"'"'
~
..c
~
't:
0
1.6.3 Exercices d'application 22
Ol
ï:::: '5 Exercice l. l. Chauffage en volume 22
>- "'0c Exercice 1.2. Crayon fissile 24
a. c
0 c
u .Q
ü
"'
"='
Chapitre 2. Transferts conductifs stationnaires linéaires 27
2
o.
~ 2.1 L'analogie électrique et ses limites 27
"'
'5 2.1.l Principe 27
F! 2.1.2 Exercices d'application 30
-ci
0
c Exercice 2.1. Résistances thermiques 30
"'
0
Exercice 2.2. Le paradoxe de l'isolant, en géométrie cylindrique 31
@

Ill
Transferts thermiques. Introduction aux transferts d'énergie

Exercice 2.3. Résistance thermique d'un élément d'échangeur plan;


coefficient d'échange global 32
2.2 Ailettes et approximation de l'ailette 34
2.2.1 Approximation de l'ailette 35
2.2.2 Calcul de l'efficacité d'une ailette 36
2.2.3 Ailette idéale (isotherme) 38
2.2.4 Ailette infinie 39
2.2.5 Résultats pour diverses géométries d'ailettes 39
2.2.6 Validité de l'approximation de l'ailette au sens du profil
de température 39
2.2.7 Résolution générale du problème de l'ailette (conduction
stationnaire à plusieurs dimensions) 40
2.2.8 Validité de l'approximation de l'ailette au sens du flux global 42
2.2.9 Exercices d'application 43
Exercice 2.4. Ailette en acier: conditions pratiques de l'approximation
de l'ailette 43
Exercice 2.5. Bilan énergétique simplifié d'un appartement 43
Chapitre 3. Conduction instationnaire 49
3.1 Introduction 49
3.2 Théorèmes généraux 52
3.2.1 Théorème de superposition 52
3.2.2 Analyse dimensionnelle - Théorème ll 54
3.3 Géométrie semi-infinie. Réponse après un intervalle de temps court 57
3.3.1 Réponse d'un système après un intervalle de temps court 57
3.3.2 Réponse d'un système à une condition extérieure périodique 60
3.3.3 Exercice d'application 63
Exercice 3.1. Contact thermique 63
3.4 Géométrie finie. Réponse d'un système à un instant quelconque 66
3.4.1 Réponse à une perturbation brutale 66
3.4.2 Réponse à un régime forcé 68
3.5 Échelles de temps et de longueur 68
"O
3.5.1 Temps caractéristiques 68
c
0 3.5.2 Nombre de Biot 70
0
::J
3.5.3 Nombre de Fourier 71
v
,..-!
3.5.4 Exercices d'application 71
0
N
Exercice 3.2. Temps de réponse d'un thermocouple 71
@ Exercice 3.3. Pont thermique 72
~
..c
Ol Chapitre 4. Transferts radiatifs entre corps opaques 75
ï::::
>-
a.
0
4.1 Domaine du rayonnement thermique 76
u 4.2 Expression d'un flux monochromatique 78
4.2.1 Flux monochromatique directionnel 78
4.2.2 Expression générale du flux monochromatique hémisphérique 79
4.2.3 Expression du flux monochromatique hémisphérique dans le cas
d'un rayonnement isotrope 80
4.2.4 Flux radiatif; vecteur flux radiatif 81
4.3 Équilibre thermique et propriétés radiatives 82

IV
Table des matières

4.3. l Absorptivité et réflectivité monochromatiques directionnelles 82


4.3.2 Rayonnement d'équilibre 83
4.3.3 Émissivité monochromatique directionnelle 84
4.3.4 Loi fondamentale du rayonnement thermique 85
4.3.5 Cas particuliers usuels 85
4.4 Propriétés du rayonnement d'équilibre 87
4.5 Modèles simples de transfert radiatif 89
4.5. l Corps opaque convexe isotherme entouré par un corps noir
isotherme 89
4.5.2 Corps opaque convexe de petite dimension et isotherme placé
dans une enceinte en équilibre thermique 90
4.5.3 Conditions de linéarisation du flux radiatif 91
4.5.4 Extension au cas de milieux transparents par bandes 92
4.5.5 Exercices d'application 94
Exercice 4.1. Mesure par thermocouple de la température d'un gaz 94
Exercice 4.2. Étude thermique d'une ampoule à incandescence 96
4.6 Métrologie radiative; pyrométrie bichromatique 99
4.7 Méthode générale de traitement du transfert radiatif entre corps opaques l0l
4.7. l Expression du flux radiatif l0l
4.7.2 Exemple de calcul direct: intérêt des écrans radiatifs 103
4.7.3 La méthode des flux incidents et partants 104
4. 7.4 Exercice d'application 107
Exercice 4.3. Étalon de luminance - corps noir 107
4.7.5 Propriétés des facteurs de forme l l0
4.7.6 Exercice d'application l l2
Exercice 4.4. Structure isolante en cryogénie l l2
4.8 Généralisation de la méthode l 14
4.8. l Généralisation au cas de parois partiellement transparentes l 14
4.8.2 Généralisation au cas de rayonnement(s) incident(s) directionnel(s) l l7
Chapitre 5. Introduction aux transferts convectifs 119
5. lBilan d'énergie pour un système indéformable 120
"O 5. l. l Système matériel 120
0
c 5. l.2 Premier exemple d'application : une filière 120
::J
0 5. l.3 Système ouvert à frontières fixes en régime stationnaire 122
v
,..-!
;a; 5.1.4 Retour sur l'exemple de la filière 123
"='
0
N
c 5. l.5 Exemple 2 : interface solide-liquide, front de fusion 123
"'
@ .,"'"' 5.2 Bilan d'énergie pour un système fluide monophasique 125
~
~
..c 't:
0
5.2. l Théorèmes de transport 125
Ol
ï:::: '5
"'0c
5.2.2 Bilan d'énergie (approche simplifiée) 127
>-
a. 5.3 Applications simples: transferts dans une conduite; échangeurs de chaleur 130
c
0 c
u .Q 5.3. l Hypothèses simplificatrices 130
ü
"'
"='
2
5.3.2 Bilan d'énergie en régime stationnaire l 31
o.
~ 5.3.3 Exercice d'application 133
"'
'5 Exercice 5.1. Performances comparées d'échangeurs de chaleur 133
F! 5.4 Analyse dimensionnelle en convection forcée 138
-ci
0
c 5.4. l Notion élémentaire de viscosité 139
"'
0
5.4.2 Nombres caractéristiques clés 140
@

V
Transferts thermiques. Introduction aux transferts d'énergie

S.4.3 Interprétation physique des nombres caractéristiques 142


S.4.4 Notion de similitude en convection forcée 145
S.4.S Transition entre régimes laminaire et turbulent 145
s.s Convection forcée externe 148
S.S.1 Convection forcée externe laminaire 148
S.S.2 Convection forcée externe turbulente l 51
S.S.3 Exercice d'application 155
Exercice S.2. Refroidissement d'une plaque 155
S.6 Convection forcée interne 156
S.6.1 Convection forcée interne laminaire 156
S.6.2 Convection forcée interne turbulente 160
S.6.3 Comparaison entre les transferts turbulents le long d'une plaque
et dans un tube 162
S.6.4 Autres écoulements internes; notion de diamètre hydraulique 165
S.6. S Exercice d'application 166
Exercice S.3. Écoulement dans un tube 166
S.7 Convection naturelle externe 167
S.7.1 Analyse dimensionnelle en convection naturelle externe le long
d'une plaque verticale 169
S.7.2 Transition entre régimes laminaire et turbulent le long d'une plaque
verticale l 72
S.7.3 Principaux résultats pratiques de convection naturelle externe l 73
S.7.4 Exercice d'application l 75
Exercice S.4. Chauffage d'une pièce l 75
S.8 Convection naturelle interne 176
S.8.1 Exercice d'application 176
Exercice S.S. Lame d'air d'un double vitrage 176
S.9 Convection mixte : compétition entre convection forcée et convection
naturelle 177
Problèmes de synthèse de la partie 1 179
1 Circuit de refroidissement d'un moteur fusée cryogénique 179
2 Thermique élémentaire d'un réacteur à neutrons rapides 182
"O
0 3 Dimensionnement d'un capteur solaire thermique 187
c 4 Effet de serre atmosphérique 193
::J
0
v
,..-!
0
N PARTIE 2
@
~
..c TRANSFERTS THERMIQUES AVANCÉS
Ol
ï::::
>-
a.
0
u Chapitre 6. Rayonnement des milieux denses et des gaz 199
6.1 Généralités 201
6.2 Phénomènes volumiques d'absorption, d'émission et de diffusion 202
6.2.1 Absorption 202
6.2.2 Émission 203
6.2.3 Diffusion 205
6.3 Équation de transfert du rayonnement 207

VI
Table des matières

6.3. l Formulation locale de l'équation de transfert 207


6.3.2 Couplage avec l'équation de bilan d'énergie 209
6.3.3 Formulation intégrale de léquation de transfert 21 0
6.3.4 Conditions aux limites de léquation de transfert 21 2
6.3.5 Échelles caractéristiques du rayonnement 214
6.4 Transferts radiatifs en géométrie monodimensionnelle 21 6
6.4. l Mur plan homogène et isotherme (sans diffusion) 21 7
6.4.2 Exercice d'application 219
Exercice 6. l. Sphère homogène et isotherme (non diffusante) 21 9
6.4.3 Mur plan non diffusant hétérogène et anisotherme 220
6.5 Cas limites de milieux optiquement minces ou optiquement épais 224
6.5. l Milieu hétérogène et anisotherme optiquement mince : moyenne
de Planck 2 24
6.5.2 Milieu hétérogène et anisotherme optiquement épais: loi de Fourier
radiative; moyenne de Rossel and 22 5
6.6 Méthode de dimensionnement: hémisphère équivalente de Hottel 227
6.6. l Principe de la méthode 227
6.6.2 Exercice d'application 231
Exercice 6.2. Transferts radiatifs dans un tube 231
6. 7 Exemples simples de transferts radiatifs avec diffusion 232
6. 7. l Conductivité radiative d'un milieu diffusant et absorbant
optiquement épais 232
6.7.2 Exercice d'application 234
Exercice 6.3. Caractérisation d'un milieu poreux diffusant 234
6.8 Méthodes générales de transfert radiatif 236
6.8. l Méthode de tracés de rayons 237
6.8.2 Méthodes d'interpolation et d'ordonnées discrètes 241
6.8.3 Principe de réciprocité, méthode des zones 243
6.8.4 Méthode de Monte-Carlo appliquée aux transferts 246
6.8.5 Approximation différentielle: méthodes P1 ,P3 , ••• ,P2 n+i 253
"O
c
0 Chapitre 7. Propriétés radiatives des milieux 257
::J
0 7. lPropriétés radiatives des milieux denses 258
v ;a;
T"-f
"=' 7.1. l Milieux denses non diffusants dans des conditions
0 c
N
"' de laboratoire 258
@ .,"'"' 7.1.2 Propriétés radiatives d'une assemblée de particules 261
~ ~
..c 't:
0 7.1.3 Matériaux réels 267
Ol '5
ï::::
>- "'0c 7.2 Propriétés radiatives des gaz 274
a. c
0
u c
.Q
7.2. l Approche raie par raie 275
ü 7.2.2 Les phénomène de corrélations spectrales 278
"'
"='
2
o. 7.2.3 Modèle statistique à bandes étroites 281
~

"'
'5
7.2.4 Modèle CK 286
F! 7.2.5 Modèles globaux 289
-ci
0
c 7.2.6 Comparaison entre modèles approchés 291
"'
0
7.2.7 Abaques de Hottel 292
@

VII
Transferts thermiques. Introduction aux transferts d'énergie

Chapitre 8. Équations générales de la convection (fluide monophasique) 293


8. l Équations de bilan pour un fluide homogène 293
8.1. l Dépendance en température et pression des grandeurs
thermophysiques 293
8. l .2 Bilan de quantité de mouvement 294
8.1.3 Bilan d'énergie 296
8.2 Équations de bilan pour un fluide hétérogène 299
8.2. l Bilan de masse d'une espèce 300
8.2.2 Bilan d'une grandeur relative à une espèces 302
8.2.3 Bilan d'énergie d'un fluide monophasique hétérogène 302
8.3 Équations de bilan adimensionnées (transformations isovolumes) 304
8.3. l Convection thermique 304
8.3.2 Convection avec transfert de masse 307
8.4 Analogie entre transferts thermiques et transferts massiques 309
8.4. l Grandeurs et échelles caractéristiques en diffusion d'espèces 309
8.4.2 Principaux nombres caractéristiques en convection 31 0
8.4.3 Conclusion : usage des analogies en convection 31 2
8.5 Couches limites en convection forcée externe laminaire 31 3
8.5. l Approximation de la couche limite 31 3
8.5.2 Solution par la méthode intégrale 31 5
8.6 Couches limites en convection naturelle externe laminaire 31 7
8. 7 Convection forcée interne laminaire 31 8
8.7. l Établissement du régime mécanique dans une conduite 319
8.7.2 Établissement du régime thermique dans une conduite 321
8.8 Convection naturelle interne laminaire 324

Chapitre 9. Transferts turbulents 325


9. lÉquations de bilan et échelles caractéristiques 326
9.1. l Équations locales instationnaires de bilan 326
9.1.2 Équations statistiques de bilan en turbulence 327
"O
0
9.1.3 Échelles mécaniques caractéristiques de la turbulence 330
c 9.1.4 Échelles caractéristiques thermiques et scalaires 335
::J
0 9.1.5 Cascade énergétique 336
v
,..-!
0
9.2 Écoulement turbulent au voisinage d'une paroi 33 7
N
9.2. l Contrainte totale Trot 339
@
~
9.2.2 Flux surfacique thermique radial total 340
..c
Ol 9.2.3 Structure de l'écoulement 342
ï::::
>-
a. 9.2.4 Cas d'un fluide de masse volumique variable 348
0
u 9.2.5 Couplages avec le rayonnement 348
9.2.6 Structure d'un écoulement turbulent dans une autre géométrie 349
9.3 Les différentes voies de modélisation 349
9.3. l Simulation numérique directe de la turbulence 3 50
9.3.2 Méthodes fondées sur des équations statistiques de bilan
et la diffusion turbulente 352
9.3.3 Simulation des grandes échelles de la turbulence 359

VIII
Table des matières

Chapitre 1O. Bases physiques des transferts thermiques 361


10.1 Fonction de distribution des vitesses, Luminance, Flux 362
10.1.1 Fonctions de distribution des vitesses 363
10.1.2 Vitesses et énergies macroscopiques 364
l 0.1.3 Flux de diffusion 365
10.1 .4 Flux radiatif et luminance 369
10.2 Équilibre Thermodynamique Parfait 3 70
l 0.2. l Équilibre thermodynamique parfait du système
matériel 371
l 0.2.2 Équilibre thermodynamique parfait du champ
de rayonnement, loi de Planck 3 72
10.2.3 Interprétation physique de la loi de Planck
(modèle d'Einstein) 3 73
l 0.3 Équations d'évolution 375
10.3.1 Équation d'évolution de la distribution des vitesses 3 75
10.3.2 Équation de transfert du rayonnement pour un gaz 382
l 0.4 Équilibre Thermodynamique Local et flux de diffusion 384
l 0.4. l Système matériel 385
l 0.4.2 Exercice d'application 390
Exercice 10.1. Modèle grossier de viscosité et conductivité thermique 390
10.4.3 ETL et solution de perturbation pour le champ
de rayonnement 393
l 0.5 Non équilibre du système matériel : nanosystèmes et milieux raréfiés 394
10.5.1 Conditions de Non équilibre 394
10.5.2 Exercice d'application 396
Exercice 10.2. Régime ballistique d'une assemblée de particules 396
Complément A. Quelques méthodes mathématiques de la diffusion 401
A. l Utilisation de la transformation de Laplace 401
A.2 Utilisation de la méthode de séparation des variables 405
A.3 Utilisation de la fonction de Green en conduction 406
Complément B. Fonctions et équations usuelles 413
"O
0
c B.1 Fonctions d'erreur (conduction instationnaire) 41 3
::J
0 B.2 Fonctions intégro-exponentielles (rayonnement) 4 14
v ;a; B.3 Tenseurs usuels en transferts (convection) 4 14
T"-f
"='
0
N
c B.4 Équations utiles en convection (coordonnées cartésiennes et cylindriques) 420
"'
@ .,"'"'
~
..c
~
't:
Complément C. Corrélations de convection 423
0
Ol '5
ï::::
>- "'0c C. l Convection forcée externe 423
a. c C.1.1 Écoulement parallèle à une paroi plane (ou à une paroi de faible
0 c
u .Q courbure) 423
ü
"'
"='
2
C.1.2 Écoulement perpendiculaire à l'axe d'un cylindre de section
o.
~ circulaire 425
"'
'5 C. l .3 Écoulement impactant une sphère 425
F! C. l .4 Autres configurations 425
-ci
0
c C.2 Convection forcée interne 425
"'
0
C.2. l Tube de section circulaire 425
@

IX
Transferts thermiques. Introduction aux transferts d'énergie

C.2.2 Plaques parallèles 428


C.2.3 Autres cas 429
C.3 Convection naturelle externe 429
C.3.1 Paroi verticale plane 429
C.3.2 Paroi plane inclinée 431
C.3.3 Paroi horizontale plane 431
C.3.4 Cylindre isotherme vertical 432
C.3.5 Cylindre horizontal 432
C.3.6 Sphère 432
C.3. 7 Autres cas 432
C.4 Convection naturelle interne 432
C.4.1 Enceinte rectangulaire bi-dimensionnelle, infinie
dans une direction horizontale 432
C.4.2 Autres cas 433
Complément D. Quelques propriétés thermophysiques (conduction
et convection) 435
D. l Gaz à pression atmosphérique 43 5
D.2 Liquides 439
D.3 Solides 442
Complément E. Quelques données radiatives 445
E. l Rayonnement d'équilibre 445
E.2 Quelques facteurs de forme 44 7
E.3 Emissivités totales des gaz 448
Complément F. Données diverses 451
F. l Conversions d'échelles de température 451
F.2 Conversions d'unités diverses 451

Bibliographie 453

"O
Index 461
0
c
::J
0
v
T"-f
0
N
@
~
..c
Ol
ï::::
>-
a.
0
u

X
AVANT-PROPOS

Plus de 85 % de l'énergie consommée dans le monde passe par la combustion de


réserves fossiles ou de ressources renouvelables. D'autre part, quelles que soient les
technologies utilisées, la maîtrise de l'énergie nucléaire, de l'énergie solaire ther-
mique, de la géothe1mie profonde ou des pompes à chaleur reposent en partie sur les
transferts thermiques. De plus, les efficacités des systèmes de propulsion, de produc-
tion d'énergie et, plus généralement encore, de la plupart des systèmes industriels ou
d'usage courant, électroniques par exemple, dépendent aussi de la maîtrise du condi-
tionnement thermique de ces systèmes. Les transferts thermiques constituent donc
une science clé de l'énergie.
La cinquième édition de cet ouvrage repose sur l'expérience acquise par les
trois auteurs, professeurs à l'École Centrale Paris, tant en enseignement qu'en re-
cherche au sein du laboratoire d'énergétique moléculaire, macroscopique combustion
(EM2C). Elle est organisée en deux paities :
La première partie de l'ouvrage « Première approche des transferts thermiques»,
de niveau Licence 3, constitue une présentation de l'ensemble de la discipline avec
un minimum de formalisme. Les différents modes de transfert, par conduction, rayon-
nement et convection thermiques, sont progressivement introduits en privilégiant une
approche physique des phénomènes. Dans cette partie, les applications envisagées
sont généralement monodimensionnelles, de façon à éviter les difficultés d'ordre ma-
thématique ou numérique engendrées par des géométries complexes. Dans le même
esprit, les transferts convectifs sont abordés en amont d' un cours de mécanique des
fluides dans cette première partie. L'accent est mis qualitativement d'abord, puis à
"O
0
paitir des outils de l'analyse dimensionnelle, sur le couplage entre phénomènes de
c
::J diffusion et de convection dans les couches limites. Cette première partie du cours est
0
v ;a;
illustrée :
T"-f
"='
0 c
N
"' d'exercices d'application immédiate résolus, au fil des paragraphes,
@ "'
"'
~ ~ de problèmes de synthèse résolus, en fin de partie. Représentatifs de la grande
..c 't:
0
-
Ol '5
ï::::
>- "'0c: diversité des applications de la discipline, ils mettent en jeu les couplages entre les
a. c:
0
u c: différents modes de transfert.
.Q
ü
~ La deuxième partie « transferts thermiques avancés», de niveau Master, introduit
o.
~ des modèles avancés de rayonnement thermique et de transfert convectif. Le cas gé-
'='
f2 néral des transferts radiatifs en milieu semi transparent et les cas limites des milieux
-ci
§ optiquement minces et des milieux optiquement épais sont abordés. Une attention
~ particulière est portée sur la modélisation des propriétés radiatives des gaz, prenant

XI
Transferts thermiques. Introduction aux transferts d'énergie

en compte l'épineux problème des corrélations spectrales. Le chapitre sur les dif-
férentes voies de modélisation des transfe1ts turbulents intègre des développements
récents de la recherche. Le chapitre « Bases physiques des transferts » constitue une
innovation de cette cinquième édition. Au-delà du traitement des transferts diffusifs et
radiatifs en non-équilibre et à l'équilibre thermodynamique local, ce chapitre consti-
tue une introduction à la nanothermique. Cette deuxième partie du cours constitue
aussi une référence pour les ingénieurs d'études avancées et de recherche, ainsi que
pour les chercheurs.

Jean Taine, Franck Enguehard, Estelle Iacona


Juin 2014

'O
0
c
::J
0
v
,..-!
0
N
@
~
..c
Ol
ï::::
>-
a.
0
u

XII
INDEX
DES NOTATIONS

a, A, 3l grandeur massique, volumique, totale


a (m2 s- 1) diffusivité thermique
b (Wm- 2K- 1s1;2) effusivité
C, c (JK- 1, JK- 1kg- 1) capacité thermique, capacité thermique massique
C (m2 ) section efficace
Cr (WK- 1) débit de capacité
c, co (ms- 1) célérité du rayonnement, dans le vide
3
Cs (kgm- ) concentration d'une espèce s
D1i (m) diamètre hydraulique
2
D sb (m S- 1) diffusivité d'une espèce s dans un bain b
ev épaisseur optique
ep(m) profondeur de pénétration
E, e, 8 (Jm- 3 , Jkg- 1, J) énergie interne volumique, massique, totale
E efficacité d'un échangeur
f , f ij facteur de forme
g (ms-2 ) résultante des forces massiques
hp (J.s) constante de Planck
h (Wm-2 K- 1) coefficient de transfert
H, h, 1i (Jm-3 , Jkg- 1 , J) enthalpie volumique, massique, totale
j (Am- 2 ) vecteur densité de courant
ks (JK- 1) constante de Boltzmann
k (m2 s- 2 ) énergie cinétique turbulente massique
"O
kvK constante de Von Karman
c
0 k' constante thermique turbulente ine1tielle
::J
0 Lm, Lrh (m) longueur d' établissement mécanique, thermique
v
T"-f ~ LA (Wm- 2 µm- 1se 1) luminance monochromatique (ou spectrale)
0
N
~ Lv (Wm- 2 Hz- 1se 1) ou (Wm- 2 (cm- 1) - 1se 1)
@ "'
~ ~ m, M, M (kg, kg, kg/mol) masse, masse totale, masse molaire,
..c 't:
Ol
ï:::: ~ m (kgs- 1) débit de masse
>- c:
a.
0
0
c
c:
n01male orientée
u B N.D.T (N.T.U) nombre d ' unités de transfert
::>

l p (Pa) pression
~ P, P (Wm- 3 , W) puissance volumique, puissance totale
: Q efficacité (théorie de la diffusion)
§ q, qi (Wm- 2 ) vecteur flux surfacique
0
@ r,R(JK- 1kg- 1 , JK- 1mol- 1) constante massique, molaire des gaz parfaits

XIII
Transferts thermiques. Introduction aux transferts d'énergie

~ (KW- 1) résistance thermique


s ij tenseur des taux de déformation
T (K) température
t (s) temps
U, Ui vecteur unitaire
u(ms- 1) vitesse suivant Ox
u (Jm- 3) densité volumique d' énergi e radiative
v (ms- 1) vitesse suivant Oy
v, vi (ms- 1) vecteur vitesse
w (mç 1) vitesse suivant Oz
W.Dext (mÇ 1) vitesse de déplacement de l'interlace
z(O, À/Àm) fonction de distribution spectrale cumulée
du rayonnement d' équilibre
Caractères grecs
œ absorptivité
/3 (m-1) coefficient d'extinction
Y (m- 1) coefficient de pénétration (milieu diffusant isotrope)
y (Nm- 1) tension superficielle
r (W K - 1) conductance thermique
E émissivité
s (m 2 s-3 ) dissipation d'énergie cinétique turbulente
K (m-l) coefficient d'absorption
TJ, (T/oo) efficacité d'une ailette, (infinie)
T/v (Wm- 3 Hz- 1sc 1) coefficient monochromatique d' émission
il ütm) longueur d'onde
il (Wm- 1K- 1) conductivité thermique
"O µ (kgm- 1s- 1) viscosité dynamique
0
c V (m2çl) viscosité cinématique, diffusivité mécanique
::J
0
v v (Hz ou cm- 1) fréquence ou nombre d' onde
T"-f
0 II (m2ç3) production d'énergie cinétique turbulente
N
@ p (kgm- 3 ) masse volumique
~
..c
Ol
p réflectivité
ï::::
>- a- (Wm-2 K- 4) constante de Stefan
a.
0
u a- (cm- 1) coefficient de diffusion
T transmittivité
r.p, <P (Wm-2 , W) flux surfacique , flux total
n angle solide
w albedo

XIV
Index des notations

Nombres caractéristiques
Bi nombre de Biot
CF coefficient de frottement
Ec nombre d ' Eckert
Fr nombre de Froude
Gz nombre de Graetz
Gr nombre de Grashof
Kn nombre de Knudsen
Le nombre de Lewis
Nu nombre de Nusselt
Oh nombre de Ohnesorge
Pe nombre de Péclet
Pr nombre de Prandtl
Ra nombre de Rayleigh
Re nombre de Reynolds
Ri nombre de Richardson
Sc nombre de Sherwood
St nombre de Stanton
We nombre de Weber
Indices usuels hauts
a absorbé (rayonnement)
d diffusé (rayonnement)
e émis (rayonnement)
ext
éteint (rayonnement)
incident (rayonnement)
_p partant (rayonnement)
r
"O
0
réfl échi (rayonnement)
c R
::J radiatif
0 0
v
T"-f
équilibre
0
N directionnel
@ de frottement (T*, v* , · · · )
~
..c
Ol
ï::::
>-
a.
0 relatif aux structures dis si patives (turbulence)
u
relatif aux structures énergétiques (turbulence)
de débit (vitesse), de mélange
relatif à une espèce s
grandeur turbulente
grandeur spectrale

XV
"O
0
c
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0
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0
N
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..c
Ol
ï:::
>-
0..
0
u
Cette première partie de l'ouvrage, de niveau Licence 3, constitue à la fois une intro-
duction aux transferts thermiques fondée sur la compréhension physique des phéno-
mènes et un document de base pour l'ingénierie thermique. Les trois modes de trans-
fert, par conduction, rayonnement et convection thermiques, sont abordés et couplés
dans des applications concrètes. La maîtrise du premier principe de la thermodyna-
mique et de notions élémentaires de mathématiques de niveau licence de mécanique
ou physique est suffisante pour une complète assimilation du cours. Un ensemble de
-0
0 compléments, en fin d'ouvrage, permettent de dimensionner, au moins en première
c
0
::J approche, de nombreux systèmes au sein d'applications variées.
"1"
.-!
Comme cette première paitie est focalisée sur la compréhension physique des phé-
0
N nomènes, les transferts thermiques sont le plus souvent traités à une dimension, de
@ façon à alléger le formalisme mathématique. Une attention pai·ticulière est portée
......
..c
Ol à la modélisation des systèmes thermiques dans des exercices d'application et des
ï::::
>-
a. problèmes de synthèse qui illustrent le cours : d'abord en définissant une stratégie de
0
u résolution, ensuite en construisant à pa11ir d'hypothèses réalistes des modèles simples
et en résolvant ces problèmes alors bien conditionnés, enfin en validant a posteriori
ces modèles.
Le premier chapitre introduit à un niveau élémentaire les modes de transfert et le
bilan d'énergie en régime stationnaire, en absence de mouvement. Le second chapitre
est consacré aux modèles linéaires de conduction thermique stationnaire, quand les
Transferts thermiques. Introduction aux transferts d'énergie

propriétés des milieux dépendent faiblement de la température. Le Chapitre 3 intro-


duit les bases de la physique macroscopique de la diffusion, à partir de l'exemple
par excellence que constitue la conduction thermique instationnaire. Les transferts
radiatifs entre corps opaques à travers un milieu transparent sont abordés dans le
Chapitre 4. Le dernier chapitre est consacré à une approche phénoménologique de
la convection thermjque forcée ou naturelle, en régime laminaire ou turbulent. Les
notions de base essentielles introduites dans cette première partie sont étendues à un
niveau master dans la deuxième partie de l'ouvrage.

'O
0
c
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>-
a.
0
u

2
LES PRINCIPAUX
MODES DE TRANSFERT
D'ÉNERGIE

Notions cl és
Équilibre Thermodynam ique Local (E.T .L.), flux cond uctif, flux radiatif, fl ux
co nvecti f, flu x cond ucto-convectif, cond itio ns aux li mites, bil an en rég ime sta-
tionnaire sans mouvement .

1.1 LIMITATIONS PHYSIQUES ET OBJECTIFS

1.1.1 Le système
Tout système physique se compose de deux sous-systèmes en interaction perma-
nente : un système matériel et un champ de rayonnement.
Le système matériel est en général considéré du point de vue des milieux continus.
Il est en fait constitué, à l'échelle élémentaire, de molécules (atomes, ions, molé-
cules), d' électrons, de particules fictives telles que les phonons (qui représentent des
quanta d'énergie de vibration dans un solide). Adopter le point de vue des milieux
continus consiste à limiter l'analyse d' un système matériel à des éléments de vo-
lume arbitrairement petits à l'échelle macroscopique mais suffisamment grands pour
que les nombres de molécules qu'ils contiennent soient extrêmement élevés [1 12]. À
titre d' exemple, l'état d'un système matériel fluide, dans un élément de volume dV,
"O
c
0 pendant un bref intervalle de temps dt, est caractérisé par des grandeurs physiques
::J
0 macroscopiques : pression, vitesse hydrodynamique (vitesse du centre de masse des
v ;a;
T"-f
0
"O molécules dans d V), etc. et, sous certaines conditions seulement, température.
c
N ::l

@ .,.,
~ Le champ de rayonnement électromagnétique est caractérisé à l'échelle macro-
~
..c
'<I)

·-=g"'
scopique par la donnée à chaque instant t, en tout point r de l' espace, pour toute
Ol
ï:::: ::l
CO direction u, d' une grandeur énergétique L~ dépendant de la fréquence v et appelée
>- c
a.
0
0
c
c
luminance monochromatique 1 , qui sera définie dans le Chapitre 4. Le champ radiatif
u .~
0
::l
résulte de la distribution des photons caractérisés chacun par une fréquence v, une
"O
e quantité de mouvement p et un état de spin m 5 •
Q,
~
~
::l
i8
-ci
0
c
::l
0
@ 1. La luminance est introduite directement en physique statistique (voir paragraphe 10.1.4).

3
Chapitre 1 • Les principaux modes de transfert d'énergie

1.1.2 Déséquilibre thermique et équilibre


thermodynamique local (E.T.L.)
L'équilibre thermique, une des conditions del' Équilibre Thermodynamique Parfait
(E.T.P.), est caractérisé par l'isothermie à la température absolue2 T (en K) de l'en-
semble du système ou, formulation équivalente, par l'absence de tout flux thermique.
Les systèmes considérés dans cet ouvrage sont en déséquilibre thermique, par
exemple du fait des contraintes imposées par le milieu extérieur. De nombreux mé-
canismes à l'échelle élémentaire tendent alors à faire retourner le milieu vers un état
d'équilibre thermique : collisions molécule-molécule ou molécule-paroi, transitions
molécule-photon (absorption, émission spontanée, émission induite, etc.), interac-
tions phonon-phonon, phonon-électron, électron-photon, phonon-photon, etc. L' évo-
lution énergétique du système résulte du couplage, à l'échelle macroscopique, entre:
• Les effets cumulés de ces processus élémentaires de transfert thermique, qui
donnent naissance aux phénomènes de conduction et de rayonnement thermique,
• Le transfert de chaleur associé à un éventuel transfert macroscopique de masse,
appelé convection.
Dans le cas d'un déséquilibre thermique important le système matériel ne peut être
caractérisé, au point r, à l'instant t, que par la distribution statistique des populations
NiJ des différentes espèces j (molécules, particules) sur les différents niveaux quan-
tiques d'énergie i, discrets ou continus. Les mécanismes mentionnés précédemment,
comme les collisions par exemple, conduisent à des équations de relaxation régissant
les évolutions des populations Nij' analogues aux éq uations de la cinétique chimique.
Une méthode puissante pour décrire les évolutions du système est le formalisme des
équations de Boltzmann [46]. Cette approche est nécessaire à l'étude des transferts
thermiques dans diverses applications : milieux lasers, plasmas froids utilisés comme
"O
0 source d'énergie ou pour la production de composites (torches à plasma), plasmas de
c
0
::J fusion, rentrée d'engins dans l'atmosphère, milieux raréfiés, nanosystèmes, etc.
v Toute la physique des transfe1ts dans les milieux continus repose sur l'hypothèse
T"-f
0
N de 1' équilibre thermodynamique local 3 (E.T.L. ou L.T.E. dans la bibliographie anglo-
@
~
saxonne) qui con-espond à une situation de déséquilibre faible : pendant un intervalle
..c
Ol de temps dt et dans un élément de volume dV arbitrairement petits, mais à l' échelle
ï::::
>-
a. macroscopique, le système matériel est infiniment voisin d' un état d'équilibre tan-
0
u gent, caractérisé par un ensemble de valeurs des grandeurs physiques intensives et

2. La température absolue est introduite quantitativement [1 12], à partir du seul postulat fondamental
de la physique statistique appliqué à une partition d ' un système isolé à l'équilibre thermodynamique
(construction de l'ensemble représentatif canonique).
3 . C'est, en toute rigueur, l'état correspondant à la solution d'ordre zéro de l'équation de Boltzmann
(voir un cours de physique statistique, par exemple [46]).

4
1.1. Limitations physiques et objectifs

extensives. Concrètement l'hypothèse de l'E.T.L. signifie qu'il est possible de défi-


nir, à chaque instant t, en tout point r, les variables physiques usuelles en pa1ticulier
la température T(r,t). Elle revient à admettre que les degrés internes du système ma-
tériel sont thermalisés (distribution de Maxwell-Boltzmann des populations sur les
niveaux d'énergie). Un critère simple de validité des conditions de l'E.T.L. dans un
élément de volume dV macroscopiquement petit (paragraphe 10.4) est que le libre
parcours moyen (l.p .m.) des po1teurs responsables de la thermalisation soit petit par
rapport à une dimension L de cet élément (Kn= l.p.m./L, nombre de Knudsen, petit
devant 1.)
Nous adoptons, dans la suite de l'ouvrage, l' hypothèse de l'E.T.L. pour le seul
système matériel. Le système physique considéré est alors le siège de transformations
irréversibles macroscopiques auxquelles sont associés des flux.
Dans le référentiel d'un élément du système matériel, l'effet cumulé à l'échelle
macroscopique du transpo1t par des particules (molécules, électrons, phonons, etc.)
de différentes grandeurs physiques extensives (charge électrique, nombre de molé-
cules d'une espèce donnée, énergie) se traduit par des flux macroscopiques de dif-
fusion : conduction électrique, diffusion d'une espèce dans un milieu, conduction
thermique, etc. Ces flux de diffusion apparaissent dans n'importe quel référentiel de
référence.
Dans un référentiel quelconque, à tout transfert macroscopique de masse engendré
par le mouvement global d' une partie du système matériel sont associés des flux
macroscopiques de charge électrique, d'énergie, etc.; ce sont les phénomènes de
convection : convection électrique, convection thermique (qui est plus précisément
une convection d'enthalpie), etc. Les phénomènes de diffusion se couplent aux phé-
nomènes de convection dans un référentiel quelconque.
Les interactions entre les molécules du système matériel et les photons du champ
de rayonnement conduisent, dans le cas où système matériel et champ de rayonne-
"O
c
0 ment sont en déséquilibre, à des flux macroscopiques d'énergie sous forme de rayon-
0
::J
nement thermique. Si le système matériel est ici considéré au voisinage de l'E.T.L. ,
v
T"-f
;a;
"O
le champ de rayonnement est généralement en déséquilibre profond4 .
0 c
N ::l

@ .,.,
~

~
..c
'<I)

"'
1.1.3 Objectifs des transferts thermiques - Conventions
·-=
g
Ol
ï:::: ::l
CO
sur les flux
>-
a. 0
c
c
0
u c
.~
L'objectif des transferts thermiques est de déterminer, dans tout système matériel
0::l
"O
physique voisin de l'E.T.L., les évolutions des champs de température T(r,t) et de
e flux d'énergie, quelle que soit la forme de cette énergie, en vue de la maîtrise et du
Q,
~
~
conditionnement thermique de ce système.
::l
i8
-ci
0
c
::l 4. Le champ de rayonnement est voisin de l'E.T.L. uniquement dans les milieux dits optiquement épais
0
@ (voir paragraphes 6.4 et 10.5).

5
Chapitre l • Les principaux modes de transfert d'énergie

Une transformation sera dite instationnaire si, par rapport à un référentiel donné,
les grandeurs physiques A(r,t) considérées, scalaires, vecteurs ou tenseurs, dépendent
explicitement du temps :
8A(r,t) O
8t *. (1.1)

Une transformation sera dite stationnaire dans le cas contraire :

8A(r,t) = O
8t . (1.2)

Nous adopterons les conventions définies ci-dessous pour les flux à travers une sur-
face ouverte :
• La puissance élémentaire d<P, exprimée en W, traversant algébriquement une sur-
face élémentaire dS orientée p ar une normale n (figure 1.1) et appelée flux élémen-
taire d 'énergie à travers dS, s'écrit en fonction du vecteur flux surfacique d'éner-
gie q:
d<t> = q · n dS. (1.3)

d~
~"
q
Figure 1.1 - Élément de surface orienté.

• On appelle flux surfacique (algébrique) d'énergie, au point M, à travers la smface


dS orientée, la quantité, exprimée en W m-2 :

"Cl
0 <p= q ·n (1.4)
c
::::i
0
Pour chacun des modes de transfert cités précédemment (conduction, convection,
0"""
..-1

N
rayonnement) nous définirons les quantités d<P, q et <p. En pratique, les normales
@ aux surfaces ouvertes sont orientées dans le sens des axes du référentiel. Ces flux

..c à travers des suifaces ouvertes sont comptés positivement dans le sens des axes .
Ol
·;::
>-
a.
0
u 1.2 PREMIÈRE NOTION DE FLUX RADIATIF
Le Chapitre 4 est consacré à l 'étude du rayonnement thermique dans des cas simples.
Nous nous limitons dans le présent paragraphe à introduire la notion de flux radiatif.
De l'énergie est échangée en permanence entre un système matériel et le champ de
rayonnement par deux processus : l'émission et l'absorption. L'émission spontanée de

6
1.2. Première notion de flux radiatif

rayonnement est une conversion d'énergie matérielle (énergie de vibration-rotation,


énergie électronique, énergie des phonons, etc.) en une énergie radiative (photons).
L'absorption de rayonnement consiste en une conversion inverse d'énergie radiative
en énergie matérielle5 . D'autres processus (diffusion sans changement de .fréquence,
réflexion) correspondent à des changements de direction d'un rayonnement incident
mais n' influent pas directement sur l'énergie du système matériel.
On distinguera trois types de milieux matériels homogènes vis-à-vis du rayonne-
ment : deux cas limites importants, les corps transparents et les corps opaques, et le
cas général des milieux semi-transparents.
Un milieu transparent n'interagit pas avec le champ de rayonnement; il n'émet
pas, n'absorbe pas, ne réfléchit pas, ni ne diffuse de rayonnement; tout rayonnement
incident est transmis quelles que soient sa direction et sa fréquence (ou longueur
d'onde).

co1ps
d opaque X

Figure 1.2 - Interaction


rayonnement-corps opaque. Figure 1.3 - Flux émis et absorbé.

Un corps opaque ne transmet aucune fraction d'un rayonnement incident (i); ce


dernier est alors soit absorbé (a), soit réfléchi (r) (figure 1.2). Plus restrictivement,
"Cl nous définirons un corps opaque comme un milieu tel que la profondeur 17 de péné-
0
c tration du rayonnement est faible devant une dimension caractéristique du système :
::::i
0
d. Dans la mesure où un corps opaque absorbe du rayonnement (a), il est susceptible
;o;
"""
..-1
0
"O
c d'en émettre (e), en tout point de sa frontière6 .
N :::>

@ .,.,;:;; Par souci de clarté, absorption et émission ont été représentées en des points diffé-
.µ ,,,
'V
..c
Ol
·;::
s:::> rents sur la figure 1.2. Soit un corps opaque dont la surface frontière est normale en 0
·;::
>- "'c à l'axe Ox (figure 1.3). Le flux suif'acique radiatif 'PR caractérise la puissance échan-
a. 0
c
0
u c
.~
gée entre le corps opaque et le champ de rayonnement. Il s'écrit algébriquement avec
0:::>
"O
ec.
1!! 5. Le phénomène antagoniste de l'absorption, appelé émission induite, qui joue un rôle essentiel dans
~
:::> les milieux lasers, n'est pas abordé ici. Ce phénomène est globalisé avec celui d'absorption dans Je cas
~
-d
considéré où Je système matériel est proche de l'E.T.L.
0
c
:::> 6. En effet, les phénomènes d' émission et d'absorption sont tous deux produits par un mmnent dipolaire
0
9 électrique, qui caractérise la distribution de charge électrique au sein de l'élément matériel considéré.

7
Chapitre 1 • Les principaux modes de transfert d'énergie

la convention qui consiste à compter positivement le flux suivant Ox:

(1.5)

Dans cette expression, <.pe et <.pa sont des grandeurs arithmétiques, respectivement les
flux surfacique émis et flux surfacique absorbé par le corps opaque au point 0, qR
est le vecteur flux radiatif et n le vecteur normal unité. Dans le cas d'un solide par
exemple, le premier terme de l'équation 1.5 <.pe représente la disparition d'énergie
matérielle (phonons, etc ... ) par émission, le second <.pa l'apparition d'énergie maté-
rielle à la frontière du corps par absorption. Les quantités <.pe et <.pa sont intégrées sur
tout le spectre des longueurs d'onde (fréquences) et sur toutes les directions du demi-
espace correspondant. Il est important de noter que le flux réfléchi n'intervient pas
dans l'équation 1.5.
À l'équilibre thermique, le flux radiatif surfacique <.pR est nul. Hors d'équilibre,
<.pR représente un flux d'énergie qui se propage sous forme radiative dans le milieu
transparent et diffuse sous forme conductive dans un solide opaque.
Un milieu semi-transparent réfléchit, absorbe, diffuse ou transmet sur une lon-
gueur finie un rayonnement incident ; il émet également du rayonnement. Si dans
le cas de corps opaques les interactions rayonnement-matière peuvent, en première
approximation, être considérées comme superficielles, elles doivent être nécessaire-
ment traitées comme volumiques dans le cas d'un milieu semi-transparent. Le cas
des milieux semi-transparents est abordé dans le Chapitre 6.

1.3 TRANSFERT CONDUCTIF


Le transfert d'énergie par conduction se produit dans tout référentiel, en particulier
dans le référentiel d'un élément matériel, dès lors qu'il existe un gradient de tempé-
"O
0 rature : il représente l'effet global du transport d'énergie par les po1teurs élémentaires
c
::J (molécules, phonons, électrons, etc.).
0
v
T"-f
0
N 1.3.1 Flux conductif
@
~
..c Dans le cas de milieux homogènes et isotropes (fluides ou solides), le vecteur flux
Ol
ï:::: surfacique conductif q cd est proportionnel au gradient de température local VT, sui-
>-
a.
0 vant la loi de Fourier :
u
qcd = -/l(T)VT. (1.6)
A(T), appelée conductivité thermique (en wm- 1 K- 1), dépend en général fortement
de la température. Les conductivités thermiques de matériaux et de fluides usuels
sont données dans le Complément D et dans [142, 143, 144]. Le signe moins dans
l'équation 1.6 provient du second principe de la thermodynamique.

8
1.3. Transfert conductif

Dans le cas d' un fluide, les p01teurs élémentaires (molécules, atomes, ions etc.)
sont caractérisés par des énergies de translation, éventuellement de vibration-rotation,
des énergies électroniques, etc. Le formalisme d'Enskog [26, 46, 60] dérivé del' équa-
tion de Boltzmann permet de calculer, avec une excellente précision, la conductivité
thermique d'un gaz comme toutes les autres propriétés de transport (viscosité, diffu-
sivités d' espèces, etc.), même dans le cas d'un mélange dans un milieu réactif.
Dans le cas de solides, les atomes sont liés dans un réseau cristallin plus ou moins
parfait. Les vecteurs élémentaires de l' énergie sont les phonons (quanta de vibration
du réseau) et, éventuellement, les électrons libres (ou de conduction électrique et
thermique). La modélisation des transferts par conduction électrique et thermique
relève des méthodes de la physique du solide [76, 162].
La loi de Fourier correspond à l'approximation de la réponse au premier ordre
d'un système et est analogue à de nombreuses autres lois physiques correspondant à
des phénomènes similaires de diffusion, engendrant des flux de charge électrique, de
fraction massique, etc. :
• la loi d'Ohm, sous sa forme vectorielle :

j = o-E = -o-VVez , (1.7)

où j, E, a- et Vet représentent respectivement les vecteurs densité de courant et


champ électrique, la conductivité et le potentiel électriques ;
• la loi de Fick, relative à la diffusion d'une espèce diluée dans une autre espèce :

(1.8)

où q~ représente le flux de masse de l'espèce s (en kg m- 2 ç 1


), D s la diffusivité
"O
(en m2 s- 1) , es la concentration (en kg m-3 ).
0
c
0
::J De nombreux corps ne peuvent être considérés comme homogènes et isotropes (corps
v
T"-f
;a; composites, isolants fibreux, pneumatiques, corps feuilletés présentant des conducti-
"='
0
N
c
"' vités différentes dans le plan de clivage et dans la direction perpendiculaire). La loi
@ .,"'"' de Fourier se généralise alors en considérant la conductivité comme un tenseur. Un
~ ~
..c 't:
Ol 0
'5
exemple de corps de ce type est donné figure 1.4. On voit que la conductivité peut
ï::::
>- "'0c dépendre d'une manière très critique de la direction.
a. c
0 c
u .Q La loi de Fourier ne fait pas intervenir explicitement le temps : elle postule une
ü
"'
"='
2 réponse instantanée en tout point d' un milieu à une perturbation thermique survenant
o.
~ en un point M. Cette hypothèse est valable tant que les échelles de temps considé-
"'
'5
F! rées sont grandes devant celles caractérisant le transfert par collisions entre porteurs
-ci
0
c élémentaires (temps de relaxation). En pratique, la loi de Fourier est valable dans la
"'
0
quasi-totalité des applications. Une discussion est menée dans le paragraphe 10.5.
@

9
Chapitre l • Les principaux modes de transfert d'énergie

10./--------~
J.. (Wm- 1K ~

,
ur
I0 .....__-...-+----+-....,......-+--.......
1 JO JO-

Figure 1.4 - Conductivité du graphite pyrolithique [ 144); a) parallèlement au plan de


clivage; b) perpendiculairement.

1.3.2 Ordres de grandeur des conductivités thermiques


L'échelle des conductivités thermiques est beaucoup plus réduite que celle des
conductivités électriques (rapport 1 à 5.104 contre 1 à 1040 ). Les conductivités ther-
miques de quelques corps sont représentées en fonction de la température sur la fi-
gure 1.5. La distinction entre conducteurs et isolants thermiques présente un carac-
tère un peu arbitraire ; néanmoins, on peut noter une certaine correspondance avec
les conducteurs et isolants électriques.
Parmi les bons conducteurs, il faut citer les métaux en général, le cuivre et l'alumi-
nium en particulier, et les alliages de ces métaux [143]. Les aciers sont des conduc-
teurs médiocres de la chaleur ; pour un acier inoxydable courant, la conductivité ne
vaut pas plus que 15 wm- 1K- 1 à 300 K.
Les gaz ont des conductivités faibles (de l' ordre de quelques 10- 2wm- 1K- 1);
celles-ci évoluent très grossièrement en fonction de la température absolue en T 0•7
et sont indépendantes de la pression, dans un large intervalle de pressions, jusqu'à
"Cl
quelques 106 Pa. La conductivité d'un mélange gazeux a une expression complexe
0
c
::::i
en fonction des conductivités des constituants. Il faut tenir compte en effet des dif-
0 férents types d'interactions collisionnelles à l' échelle des molécules. Des tables de
"""
..-1
0 conductivité existent pour certains mélanges usuels [142] .
N
@ À première vue, les gaz constituent d'excellents isolants. Mais une restriction fon-

..c damentale à leur usage comme isolants thermiques apparaît très vite : c'est le phé-
Ol
·;:: nomène de convection naturelle développé dans le paragraphe suivant. Cependant on
>-
a.
0 peut constituer des isolants avec des milieux divisés, fibreux ou poreux, baignés par
u
l'air; les interstices sont alors assez petits pour que la convection naturelle ne puisse
se développer, du fait de la viscosité du fluide : laines de verre, etc. Les transferts
dans de tels milieux sont essentiellement dus à la conduction (contacts entre fibres)
et au rayonnement, même à basse température.

10
1.4. Flux convectif et conducto-convectif

cuivre

aluminium
JO~ '

acierAJSI3J6
JO

: 1.1 verre
J
, eau {liquide)
-r<J.6 1~téflon
'
-1
JO

T(K)

JOO 300 500 'JOO

Figure 1.5 - Évolution de la conductivité avec la température.

1.3.3 Systèmes à conductivité apparente très élevée :


caloducs
Un caloduc est un système pouvant prendre la forme d' un baireau, dont l'enveloppe
externe est souvent en acier, et qui présente entre ses deux extrémités une conduc-
tivité apparente très élevée, bien supérieure à celle du cuivre, dans ses conditions
"Cl
c
0 d'utilisation. Le principe de fonctionnement du caloduc est complexe et met en jeu
::::i
0 un fluide sous deux phases entre un évaporateur et un condenseur. Des notions sur les
;o;
"""
..-1
0
"O caloducs sont données dans le paragraphe 1.4.3.
c
N ::i

@ .,"'"'
.µ '~
..c ·c
Ol
·;::
>-
c
::;
"'cc
1.4 FLUX CONVECTIF ET CONDUCTO-CONVECTIF
a. c
0 c
u .S!
1.4. l Le phénomène de convection
ti
::i
"O
2
o..
~ La convection thermique est un transfert d'énergie par rapport à un repère donné,
s"' consécut~f à un transport macroscopique de masse dans ce repère.
F
-ci
c
c
::i
Considérons l'écoulement d'un fluide au travers d'une surface élémenta.ire dS ca-
0
@ ractérisée par une normale orientée n (voir figure 1.6). Le débit de masse à travers

11
Chapitre l • Les principaux modes de transfert d'énergie

plafond

X
y
OO
plancher chaud
Figure 1.6- Fl ux convectif. Figure 1.7- Exemp le de convection
naturelle.

dS , noté dm, est donné par :


dm= pv · n dS, (1.9)
où p désigne la masse volumique et v la vitesse7 locale du fluide par rapport à la
surface dS. À ce transfert macroscopique de masse est associé un transfert d' enthal-
pie en M , caractérisé par unflux convectif d<Pcv :

d<Pcv = pv · nhdS =dm h, (1.10)

où h désigne l'enthalpie massique locale du fluide en M rapportée à une orig.ine


arbitraire des températures. Le vecteur flux surfacique convect{f est défini par :

qcv = pv h tel que : 'Peu = pv · n h. (1.11)

On distingue traditionnellement tro.is types de convection.


Un phénomène de convection forcée apparaît quand le mouvement du fluide est
"Cl imposé par une cause mécanique extérieure au système. C'est le cas, par exemple,
0
c des échangeurs industriels, des radiateurs de voitures, qui sont essentiellement des
::::i
0
convecteurs : deux fluides en mouvement échangent de l'énergie à travers une paroi
"""
..-1
0 dont la température diffère des leurs. Comme les vitesses d'écoulement peuvent at-
N
@ teindre des valeurs très élevées, le transfert associé à la convection forcée est souvent

..c
Ol
extrêmement efficace (voir paragraphe 1.4.2) .
·;::
>- Un phénomène de convection naturelle thernlique apparaît spontanément, sous
a.
0
u certaines conditions, dans un fluide au sein duquel existe un gradient de masse vo-
lumique dû à un gradient de température imposé par le milieu extérieur. Prenons
comme exemple une pièce dont le plancher est plus chaud que le plafond (chauf-
fage par le sol). L'air chaud au voisinage du plancher, moins dense que l'air froid
7. Dans tout cet ouvrage, on appelle vitesse la vitesse hydrodynamique définie en physique statistique :
voir le paragraphe l 0.1.2.

12
1.4. Flux convectif et conducto-convectif

proche du plafond, va monter sous l'effet d'une force d'Archimède, tandis que l'air
froid va descendre (figure 1.7). L'écoulement est freiné par les forces de frottement
visqueux, premier phénomène dissipatif, et 1' écart de température, cause du phéno-
mène, est amoindri par conduction thermique, second phénomène dissipatif. Sous
1' effet de deux forces antagonistes (d'Archimède et de frottement), le fluide atteint
sous ce1taines conditions une vitesse limite conduisant en tout point à un écoule-
ment stationnaire. Cet écoulement fait passer de l'énergie du plancher au plafond : ce
transfert est évidemment beaucoup plus important qu'un transfert purement conduc-
tif dans l'air immobile, dont la conductivité est faible. La convection naturelle est
en général beaucoup moins efficace que la convection forcée, qui aurait lieu dans
1' exemple précédent si on utilisait un ventilateur dans la pièce. On est cependant sou-
vent obligé de se limiter à un transfert par convection naturelle dans de nombreuses
applications pour des raisons techniques ou économiques (coût et fiabilité). Des ai-
lettes permettent alors d'augmenter la surface d'échange entre le fluide et le système :
refroidissement de pompes, de gros transformateurs électriques, d'éléments électro-
niques (voir paragraphe 2.2).
La convection mixte correspond au couplage des deux phénomènes précédents
(convections naturelle et forcée) quand les vitesses d'écoulement, fictives, dues aux
deux types de convection sont, considérées séparément, du même ordre de grandeur.
Quel que soit le type de convection considéré on distingue, suivant la vitesse du
fluide, deux régimes d'écoulement : laminaire et turbulent. Nous limiterons la pré-
sente introduction à une description qualitative. Considérons un écoulement dans un
tube transparent de section constante et supposons qu'on puisse suivre par des tra-
ceurs les évolutions d'éléments matériels macroscopiques de ce fluide.
À faible vitesse, l'écoulement se fait de façon ordonnée, parallèlement aux géné-
"O
ratrices du tube, sans brassage du fluide : un mince filet d'encre ne s'étale pas sensi-
0
c
::J
blement. Il ne s'étale que par phénomène de diffusion. C'est un régime laminaire. En
0 tout point, on peut définir de façon déterministe la vitesse et la température du fluide
v ;a;
T"-f
0
"='
c
à chaque instant, à partir des conditions initiales.
N
"'
@ .,"'"' Si la vitesse croît, le type d'écoulement change totalement à pa1tir d'une vitesse
~ ~
..c 't:
Ol 0
'5
critique Ve (qui dépend de la nature du fluide, du diamètre du tube, voire de la rugosité
ï::::
>- "'0c des parois). Les filets d'encre sont animés de mouvements tourbillonnaires de carac-
a. c
0 c
u .Q tère apparemment aléatoire; le mouvement du fluide devenu chaotique se fait à trois
ü
"'
"='
2 dimensions, avec un brassage important qui favorise les échanges thermiques comme
o.
~ il accélère la répartition du colorant dans tout le fluide. C' est un régime turbulent. De
"'
'5
F! la même manière, la température moyenne du fluide est homogénéisée dans chaque
-ci
0
c section du tube. L'écoulement étant devenu chaotique, il n'est plus possible de pré-
"'
0
dire de manière exacte les valeurs des champs de vitesse et de température du fluide.
@

13
Chapitre 1 • Les principaux modes de transfert d'énergie

En premières approches, ces champs sont considérés comme étant les superpositions
de champs moyens 8 v et t et de champs fluctuants v' et T'.
Dans un problème de convection, il est nécessaire de déterminer à la fois les
champs de vitesse et de température pour déterminer les flux d'énergie échangés dans
le système9 . Dans ce cours introductif, nous allons traiter un grand nombre d' ap-
plications à partir du modèle phénoménologique simple du coefficient de transfe1t
convectif h, qui va être introduit dans le paragraphe suivant sur un exemple signifi-
catif. L'évaluation de ce coefficient h dans un certain nombre de situations pratiques
fait l'objet du Chapitre 5.

1.4.2 Flux surfacique conductif à une paroi, couplé


au phénomène de convection
Considérons une paroi solide léchée par un fluide en mouvement et supposons pour
simplifier que les transferts radiat~fs sont négligeables. Le flux surfacique conductif
à la paroi dans le solide S s'écrit en fonction de la conductivité du solide As et du
champ de température Ts, si la paroi est normale à Oy:

'P cdl -_ -Ils


1
-éJTs 1
. (1.12)
pS éJy pS

Le transfert thermique dans le fluide à la paroi est uniquement conductif, puisque


la vitesse du fluide est en ce point celle de la paroi, c'est-à-dire nulle 10 . Le flux
surlacique conductif, côté fluide, a pour expression :

'P
cdlpf = - Ai éJT11
oy p.r' (1.13)

où Àf et T1 représentent la conductivité et le champ de température du fluide. On a


"O
0 en l'absence de rayonnement et pour une paroi inerte :
c
::J
0
v -Às éJTs 1 = -ÀJ éJT11 . (l.14)
oy oy
,..-!
0 ps pf
N
@
~
..c
De plus, la température est continue à la paroi.
Ol
ï:::: Dans l'expression du flux conductif, côté fluide, le problème épineux est de dé-
>-
a.
0 terminer le gradient de température à la paroi oT1/oylpf, qui dépend du phénomène
u
de convection. Nous appellerons le flux associé, donné par l'expression 1.13, flux
8. Tl s'agit de moyennes temporelles, prises sur des intervalles de temps longs devant les périodes des
fluctuations.
9. Une telle approche est développée dans les Chapitres 8 et 9.
10. La viscosité du fluide assure la continuité du profil de vitesse en tout point du fluide, en particulier
à la paroi.

14
1.4. Flux convectif et conducto-convectif

conducto-convectif à la paroi et le noterons <.pcc, car il résulte d'un couplage entre un


phénomène convectif dans le sens de 1' écoulement et un phénomène conductif trans-
verse à celui-ci. Pour le déterminer, il est nécessaire, en toute rigueur, de résoudre les
problèmes thermique et mécanique couplés. Nous allons, en fait, adopter un modèle
simplificateur, qui va être introduit à partir d'un exemple.
Considérons un fluide opaque ou transparent circulant, en régime stationnaire,
entre deux plaques supposées infinies suivant Ox et Oz et maintenues à tempéra-
tures T 1 et T 2 respectivement (figure 1.8). On se place loin de l'entrée des plaques,
de façon à ce que le champ de température dans le fluide ne dépend plus des condi-
tions d'entrée. L'écoulement est supposé très turbulent dans la zone considérée ; la
moyenne temporelle de la vitesse est cependant en tout point parallèle à Ox. Au cœur
de l' écoulement, le brassage est considérable, favorisant les échanges thermiques. Le
profil de température moyennée dans le temps, sur une durée plus grande que celle
des fluctuations turbulentes, est stationnaire, à la limite uniforme et prend la valeur
Tm dans la zone centrale entre les deux plaques (figure 1.9). Par contre, au voisinage
immédiat des parois, la vitesse du fluide est très faible, nulle à la paroi, sous l'effet
du frottement visqueux. Dans une couche d'épaisseur tout', le transfert thermique
suivant Oy est quasiment conductif. Si on admet que la conductivité Àf du fluide est
constante, le profil de température suivant Oy, moyenné dans le temps, est linéaire et
schématisé, dans ce cas limite, sur la figure 1.9. Avec ce profil de température, le flux
surfacique conducto-convectif à la paroi y= 0 s'écrit

cpccl IJTfl = - Àf (Tm-T,) = h(T1


= -À. r - - Tm)· (1.15)
y=O IJy y=O t
h est appelé coefficient de transfert convectif à la paroi 11 et ne dépend pas de la nature
de la paroi 12 ; h dépend uniquement des propriétés thermophysiques du fluide et de la
nature de l'écoulement. Le résultat 1.15 peut être généralisé à la plupart des écoule-
"O
0 ments (convection forcée, naturelle ou mixte), en régime laminaire ou turbulent, pour
c
0
::J
calculer un flux surfacique conducto-convectif local à une paroi <.p~c sous la forme:
v ;a;
T"-f "O
0 c
N ::l (l.16)
@ .,.,
~

'<I)
~
..c ·-=g"'
où TP désigne la température locale de la paroi et Tc la température caractéristique
Ol ::l
ï::::
>-
a.
CO
c
0
locale du fluide. Celle-ci peut être la température au loin en convection forcée le
c
0
u c
.~
long d' une structure, celle du fluide au repos en convection naturelle, la température
0
moyenne dans la section droite d' une conduite, appelée température du mélange,
::l
"O
e
Q,
~ pondérée au sens d'une loi définie dans le paragraphe 5.3.2 a). L'expression 1.16 a
~

i8 été prise en valeur absolue : le signe dépend en effet du choix des axes.
::l

-ci
0
c
::l 11. h est à distinguer d'une enthalpie massique, notée h.
0
@ 12. h peut cependant dépendre de l'état de surface (rugosité) de la paroi.

15
Chapitre l • Les principaux modes de transfert d'énergie

'l (y)
T . ~ prqftl conduclifpur
1
y • • • • ••••• profil réel
T1 · · ••••• profil adopté
//// T,,,
I v (1) T] ~o~~~~~~~·-··-·----=~'~~--t..
1( (r) y
X ~ zone ftfrbulent~ ~ •
/ '-.sous couches /
pariétales
Figure 1.8- Configuration d'écoulement. Figure 1.9 - Champ t hermique simplifié.

L'efficacité du transfert convectif est évidente, si on considère la figure 1.9 : le


brassage du fluide dû à la turbulence homogénéise la températme dans la zone cen-
trale et reporte les gradients de température au voisinage des deux parois, dans les
couches d'épaisseur ? et ?'; la zone brassée est d'autant plus importante, et les
couches d'épaisseur? et?' d' autant plus réduites que la vitesse moyenne du fluide
est plus élevée ; le flux surfacique à la paroi prend alors une valeur élevée, d'après
1.15. Si on supposait le fluide parfaitement immobile, avec les mêmes conditions
thermiques aux parois, le transfert serait purement conductif; le flux surfacique à la
paroi s'écrirait:
cd 1 - -À T2 - Tt (1.17)
'Pp - .f l
y=O

où l désigne la distance entre les deux parois. Comme (T2 - T1) et (Tm - T1) sont du
même ordre de grandeur, le rapport des flux surfaciques conductifs en l'absence et en
présence de couplage avec la convection est de l'ordre de (/l, quantité qui est petite
"Cl
0
devant 1, ce qui démontre l'efficacité des transferts convectifs.
c
::::i Nous avons, à titre indicatif, regroupé dans le tableau 1.1 des ordres de gran-
0
deur des valeurs atteintes par le coefficient de transfert convectif h suivant le type
"""
.-1
0 de convection, la nature du fluide et le régime d'écoulement. Le cas d'échanges di-
N
@

phasiques est également abordé.
..c
Ol
·;::
>-
a.
0 1.4.3 Application aux caloducs
u
Un caloduc est un dispositif exploitant les valeurs élevées des coefficients de trans-
fert h en régime diphasique liquide-vapeur et des chaleurs latentes de changement
de phase pour transférer un flux important de chaleur d' un évaporateur (côté source
chaude) vers un condenseur (côté source froide). Comme la variation de température
du fluide à l'intétieur du caloduc est faible et que le caloduc se présente extérieure-

16
1.4. Flux convectif et conducto-convectif

Tableau 1.1 - Ordres de grandeur de h.


Type de transfert Fluide h(wm- 2 K- 1 )
air 5 - 30
Convection naturelle
eau 100 - 1000
air 10 - 300
eau 300 - 12000
Convection forcée
huile 50 - 1700
métal liquide 6000 - 110000
ébullition 3000 - 60000
Changement de phase (eau)
condensation 5000 - 110000

ment comme un barreau inerte, il est clair, d'après la loi de Fourier que le caloduc est
caractérisé par une conductivité équivalente très élevée.

évaporateur condenseur
Source ------------
vapeur---• Source
chaude ------------ froide
L st111cture cap;//aire
Figure 1.10 - Coupe d'un caloduc.

Le liquide circule le long des parois dans une structure capillaire de relativement
faible section. Cela permet au système de fonctionner contre la gravité. À l'évapora-
teur, il reçoit la chaleur fournie par la source chaude et se vaporise : le coefficient de
transfert convectif est alors excellent (voir tableau 1. 1). La vapeur engendrée est éva-
cuée dans le cœur du caloduc avec une section de passage beaucoup plus importante
"Cl
0
que celle offerte au liquide et est condensée à l'autre extrémité au niveau de la source
c
::::i froide, avec également un excellent coefficient de transfert convectif. Compte tenu
0
;o; du faible écart de pression, l'écart de température est très faible entre condenseur et
"""
..-1
0
"O
c évaporateur.
N ::i

@ .,"'"' Les avantages de cette technique sont nombreux : a) le système est passif, du
.µ '~
..c ·c
Ol
·;::
c
::; point de vue de l'utilisation, donc fiable; b) les surfaces d'échange côté évaporateur
>- "'cc et côté condenseur peuvent être très différentes. Si on souhaite un refroidissement
a. c
0 c
u .S! par convection naturelle (fiable et peu coûteux), on a intérêt à augmenter la surface
ti
::i
"O
2
d' échange du condenseur. Réciproquement, la surface d'échange de l'évaporateur
o..
~ peut être de faible dimension, et de forme adaptée à la géométrie d'une pièce dif-
s"'
F ficile d'accès (partie profonde d'un moule de fonderie par exemple) ; c) la gamme
-ci
c
c
::i
des points de fonctionnement est très étendue : ils sont liés aux températures d' équi-
0
@ libre liquide-vapeur du fluide choisi. On peut utiliser des fluides cryogéniques (azote,

17
Chapitre l • Les principaux modes de transfert d'énergie

ammoniaque), de l'eau (autour de 100 °C) ou des métaux liquides (sodium jusqu'à
900 °C); d) à haute température, un caloduc creux constitue un four particulièrement
stable.

1.5 CONDITIONS AUX LIMITES CLASSIQUES


La température est une grandeur physique continue de façon générale, mais a
l'échelle locale. C'est aussi le cas du flux surfacique d'énergie, en tenant compte
de toutes les formes d'énergie. Nous abordons dans ce paragraphe un certain nombre
d'exemples, non limitatifs, de conditions aux limites thermiques relatives aux flux.

1.5.1 Exemple 1 : milieu opaque et milieu transparent


Soit un solide conducteur de conductivité ils, opaque au rayonnement, limité par le
plan x = 0, (x < 0), baigné par un fluide transparent de température au repos T 0 dans
lequel se développe un phénomène de convection naturelle (coefficient h à la paroi);
le solide échange un flux radiatif cpR avec le milieu extérieur à travers ce fluide (figure
1.11). La température est appelée Ts(x) dans le solide. La continuité du flux d'énergie
au voisinage de x = 0 s'écrit avec les conventions de signe choisies (qui consistent à
compter positivement les flux suivant Ox) :

oTs R
- ls ox x:;:o
1
= h[Ts (0) - To] + cp (1.18)

où cpa et cpe représentent les flux arithmétiques associés aux rayonnements émis et
absorbé, sur toutes les longueurs d' ondes et dans toutes les directions, au voisinage
"Cl de x =O.
0
c
::::i
0 fluide
solide solide fluide
"""
..-1
0 opaque transparent semi-transparent 1ranspare111
N
h y;
@

0 J...,:r: s
Àf T
' f
..c R R
Ol
·;::
Às ,T s Àr ,1r cp s (0 ) qJf (0 4;
>-
a. 0 X
0 X
u <p

Figure 1.11 - Solide opaque et fluide Figure 1.12 - Solide semi-tranparent et


transparent. fluide transparent.

18
1.5. Conditions aux limites classiques

Si le milieu (x > 0) était un solide conducteur transparent de conductivité l~ et de


température T's (x), la condition de continuité deviendrait :

- l s -oTs 1 ar5 +<p.R


= - l' s - 1 (1.19)
ox x=O ox x=O
1.5.2 Exemple 2 : deux milieux opaques
Considérons, par exemple, le cas d 'un solide opaque en contact avec un liquide
opaque. Comme les portées des photons sont négligeables dans les deux milieux,
aucun flux radiatif n'apparaît dans la condition à l'interface de ces deux m.ilieux.
Dans l'équation l.18 le flux radiatif est nul.

1.5.3 Exemple 3 : un milieu (semi-)transparent et un milieu


transparent
On considère le même problème qu ' au paragraphe 1.5.1, en remplaçant le solide
opaque (x < 0) par un solide semi-transparent au rayonnement (figure 1.12). Dans
ces conditions, les échanges entre le champ de rayonnement et le solide ne sont plus
considérés, en première approximation, comme superficiels mais sont volumiques. Il
y a alors continuité du flux radiatif à la paroi x = 0 13 , et par conséquent égalité du
flux conductif dans le solide avec le flux conducto-convectif dans le fluide:

(l.20)

-ls oTsl
~ = h[Ts (0) - To] (1.21)
ux x=O
Le problème à résoudre est plus complexe que le précédent, car la température dans
"O
c
0 le milieu semi-transparent Ts (x) est très étroitement couplée au champ de rayonne-
::J
0 ment.
v ;a;
T"-f "O
0 c
N
@
::l

.,.,
~ 1.5.4 Exemple 4: contact thermique
'<I)
~
..c
Ol
Considérons un élément cylindrique de conductivité 1 1, enchassé dans un manchon
·-=g"'
::l
ï:::: CO
de conductivité A2 (figure 1.13). Quelle que soit la précision de l' usinage des faces r =
>-
a.
c
0
c
0
u c
.~
R 1 du cylindre et du manchon, le contact entre ces deux pièces n'est pas parfait, du fait
0
de la rugosité, des coefficients de dilatation différents, etc. En pratique les contacts
::l
"O
e
Q,
~
sont aléatoires et dans les interstices se loge de l'air; comme les dimensions des
~
interstices sont très faibles, del' ordre du µm, la convection ne peut se développer ; les
::l
i8
-ci
0
c
::l 13. Les flux radiatifs dans le solide cp~ (0-) et dans le fluide cp~ (ü+) peuvent être déterminés à partir des
0
@ modèles présentés au Chapitre 4.

19
Chapitre l • Les principaux modes de transfert d'énergie

transferts sont conductifs et radiatifs à la fois. Comme, de plus, l'air est très mauvais
conducteur, la chute de température entre deux surfaces fictives extrêmement proches
à l'intérieur de chacune des deux parois peut ne pas être négligeable à une échelle
macroscopique de modélisation simpl~fiée :

(1.22)

Le flux surfacique d'énergie reste évidemment continu puisque les surfaces qui se
correspondent dans les milieux 1 et 2 sont extrêmement proches. Il est nécessaire de
recourir à une modélisation assez délicate du contact thermique car la géométrie de la
lame d' air est difficile à préciser. En régime stationnaire, il est possible d 'introduire la
notion de résistance thermique de contact. Des données grossières sont données dans
la référence [7] par exemple. En régime instationnaire, le problème est beaucoup plus
délicat.

Figure 1.1 3 - Contact thermique entre deux pièces.

1.5.5 Exemple 5 : interface entre deux phases


"Cl On se reportera pour ces cas relativement complexes à l'exemple traité dans le para-
0
c graphe 5.1.5.
::::i
0

"""
.-1

~
@
1.6 BILAN D'ÉNERGIE EN RÉGIME STATIONNAIRE
~
Ol
SANS MOUVEMENT
·;::
>-
g-
u
1.6. l Formulation générale du bilan d'énergie
Les systèmes considérés sont supposés ici indéformables, fixes, continus, matériels.
Le système de volume V est limité par une surface S (figure 1.14); en régime sta-
tionnaire, l 'énergie interne totale 8 du système est invariante. En l ' absence de mou-
vement, donc de travail, le bilan énergétique consiste à écrire que la somme du flux
traversant algébriquement la surface S et de la puissance engendrée dans le volume

20
1.6. Bilan d'énergie en régime stationnaire sans mouvement

V est nulle. Sous forme intégrale, l'équation de bilan d'énergi e s'écrit alors :

d1-l(t) = dô(t) = ( - · n . dS + ( PdV = 0 (1.23)


dt dt Js
q ext Jv '
(1.24)
Dext est la normale orientée vers 1' extérieur à un élément de surface dS ; q représente
le vecteur flux surfacique d'énergie, avec des contributions radiatives et conductives.
Le vecteur flux radiatif qR sera défini dans le paragraphe 4.2.4 ; q · n exr est le flux
surfacique local à travers la surface. Les contributions convectives sont absentes de
l'expression du bilan en l' absence de mouvement dans le système. Le signe moins
du premier terme permet de respecter la convention thermodynamique, opposée à la
convention mathématique d'orientation de la normale. P, la puissance volumique en-
gendrée en un point M, est comptée positivement quand elle correspond à un échauf-
fement du système (effet Joule, etc.), ce qui est généralement le cas.

d
dV
Ü M(r)

Figure 1.14 - Système étudié.


"Cl
c
0 L'équation de bilan pour un système immobile indéformable en régime station-
::::i
0 naire 1.23 peut être écrite pour un élément de volume élémentaire d V. Il vient après
"""
..-1
;o;
"O
transformation :
0 c
N ::i
- V·q +P=O (1.25)
@ .,"'"'
.µ '~
..c ·c
c
À cette équation de bilan locale sont associées les conditions aux limites thermiques
Ol ::;
·;::
>- "'cc du type de celles abordées dans le paragraphe 1.5, ce qui conduit à un problème
a. c
0 c mathématique clos, à solution unique.
u .S!
ti
::i
"O
2
o..
~
1.6.2 Méthodologie de résolution d'un problème
s"' de transfert thermique
F
-ci
c
c
::i
La plupart des problèmes de transfert thermique peuvent être résolus en suivant les
0
@ différentes étapes méthodologiques suivantes :

21
Chapitre 1 • Les principaux modes de transfert d'énergie

• Identification des sources et puits de chaleur;


• Simplification du problème par l'exploitation de toutes ses symétries;
• Définition précise du système et éventuellement des sous-systèmes auxquels des
bilans d'énergie vont être appliqués ;
• Définition des axes;
• Écriture des équations de bilan ainsi que de toutes les conditions aux limites qui
leur sont associées ;
• À partir de la solution, validation des éventuelles hypothèses formulées a priori
pour simplifier le problème.

1.6.3 Exercices d'application

( Exercice 1. 1 Chauffage en volume


Énoncé
Considérons une plaque homogène, d'épaisseur e, de conductivité ;i constante, infinie
suivant Oy et Oz, normale à Ox. La température To est imposée en x = e; la plaque
est baignée, en x = 0 dans un fluide dont la température caractéristique est Tf et le
coefficient de transfert conducto-convectif est h. Une puissance volumique P(x) est
dissipée dans cette plaque. Enfin, un flux radiatif se propageant suivant Ox s'atténue
suivant la loi, supposée connue, qui correspond au cas où l'émission de la plaque est
négligeable :
ql(x) = 'Po e-Kx avec : Ke >> 1. (1.26)
"O
0
c Établir les équations permettant d'obtenir le champ de température dans la
::J
0 plaque.
v
T"-f
0
N
@
~ Solution
..c
Ol Il est évident que le problème reste invaiiant par toute translation suivant Oy et Oz : il est
ï::::
>-
a. à traiter à une dimension, suivant Ox. Le point fondamental consiste à définir le système :
0
u une tranche élémentaire de la plaque, comprise entre x et x + dx, de surface unité en
projection sur yOz, et à lui appliquer le bilan d'énergie. Ce système matériel est soumis
sur ses surfaces externes à deux types de flux (conductif et radiatif). Les flux surfaciques
conespondants sont comptés positivement suivant Ox. Le flux conductif est:

dT
cpcd(x) = - À - . (1.27)
dx

22
1.6. Bilan d'énergie en régime stationnaire sans mouvement

T,j
e X

Figure 1.1 5 - Les différents flux.


Le flux d'énergie à travers la smface fermée S du système, orientée vers l'intérieur, vaut:

L s
d(l dcpcd )
-q.next dS = [</(x)+cpcd(x)-cpR(x+dx)-cpcd(x+dx)]S = - - +- (
Sdx. (l.28)
dx dx
La puissance engendrée dans le volume du système vaut P(x)S dx. Il vient donc à partir de
l'équation 1.23 :
d2 T
À-+ K f fl e - KX +P(x) = 0 (l.29)
dx2 't'O '

équation del' énergie du système, dont la solution dépend de deux constantes à déterminer
à partir des conditons aux limites; soient, d ' une part:
T(e) = To, (1.30)
D'autre part, en x = 0, la plaque est soumise à un flux conducto-convectif et à un flux
radiatif. De plus, le milieu est considéré comme semi-transparent et il y a, séparément,
continuité du flux surfacique d'énergie thermique (égalité 1.3 1. ci-dessous) et du flux sur-
facique radiatif cp0 en x = 0 (voir paragraphe 1.5.3) :
dT
- A- (0)
dx
= h[Tf - T(O)]. (l.31)

Dans l'équation 1.29 le terme Kq>o e-Kx s'apparente à une puissance volumique engendrée
dans le milieu, comme P(x); l'interprétation en est évidente: ce terme représente la frac-
tion d'énergie radiative absorbée (qui a été convertie en énergie matérielle volumique).
"Cl
0
Si quel que soit x, le terme en exp(-Kx) est négligeable à l'échelle macroscopique au
c voisinage de x = 0, alors la contribution radiative disparaît de l'équation 1.29, qui devient:
::::i
0

"""
..-1
;o;
"O d2 T
0
N
c
::i
il dx2 + P(x) = 0, (1.32)
@ .,"'"' assortie des conditions aux limites :
.µ '~
..c ·c
Ol c
·;:: ::; T(e) = To, (1.33)
>- "'cc
a. c
0 c
u .S!
dT
ti
::i
"O -il-(0) = h[Tf - T(O)] + <po. (1..34)
2
o..
dx
~
L'équation 1.34 exprime que le flux radiatif cpR(O) est absorbé en surface. Le flux émis,
s"'
F rappelons-le, a été négligé dans cet exemple: le corps est un corps opaque froid . La plaque
-ci
c
c
::i
est dans ces conditions un cO!ps opaque, qui correspond au cas limite où Ke est très grand
0
@
devant 1 (voir paragraphe 1.2).

23
Chapitre 1 • Les principaux modes de transfert d'énergie

Exercice 1.2 Crayon fissile


Énoncé
On considère un crayon de matière fissile, assimilé à un cylindre de rayon R infini
selon Oz, de conductivité ;i constante, dissipant une puissance volumique homogène
P. Ce cylindre est baigné dans un fluide dont la température caractéristique est Tt.
Le coefficient de transfert conducto-convectif est h. On considère le transfert radiatif
négligeable.
Quelle est la distribution de température dans le crayon ?

Solution
Le problème est monodimensionnel (suivant Or). Il s'agit d'écrire le bilan d'énergie dans
un anneau élémentaire du crayon dont Je rayon est compris entre r et r + dr et de hauteur
dz (voir fig. 1.16). Les flux surfaciques sont comptés positivement suivant Or.

P, : '' r+dr
h,Tf
:
r
À ~
''
:n ext : »ext
~

"O
0 Figure 1.16 - Le système considéré.
c
::J
0
v Par symétrie, le flux surfacique est nul aux sections de cotes z et z + dz. Le flux d'énergie
T"-f
0 à travers la surface fermée S du système, orientée vers l'intérieur, vaut alors :
N
@
~
..c ( -q.next dS = [+cpcd(r)S(r)- cpcd(r + dr)S(r + dr)] = -~[cpcdS(r)]dr. (1.35)
Ol
ï:::: Js dr
>-
a.
0 Le bilan d 'énergie s'écrit donc:
u
d
--(2n:rdzcpcd)dr + 2n:rdrdzP = 0 (1.36)
dr
Avec:
(1.37)

24
1.6. Bilan d'énergie en régime stationnaire sans mouvement

on obtient:
d dT
-(rÀ-) = - Pr, (1.38)
dr dr
avec les conditions limites :

dT(O) - 0 par symetne


, . ( l.39)
dr

dT
-il dr (R) = h[T(R) - Tt] (1.40)

Compte tenu des équations 1.38 à 1.40, l'évolution de température s'écrit:

p 2 2 PR
T(r) - Tt= - - (r - R ) + -
4À . 2h
____ (1.41)
)

"O
0
c
::J
0
v
T"-f
0
N
@
~
..c
Ol
ï::::
>-
a.
0
u

25
"O
0
c
::i
0
~
.-l
0
N
@

..c
Ol
ï:::
>-
0..
0
u
TRANSFERTS
CONDUCTIFS
STATIONNAIRES
,
LINEAIRES

Notions clés
Résistance et conductance thermiques, approximation de l'ailette, nombre de
Biot, ailettes infinie et idéale; méthodologie de résolution.

L'objectif de ce chapitre est d'appliquer le formalisme du bilan d' énergie dans des
cas simples de transferts conductifs stationnaires au sein d'un milieu immobile. Dans
les conditions aux limites apparaissent des transferts conducto-convectifs ou radiatifs,
dans l'hypothèse où ils sont linéarisables, ce qui sera discuté dans le paragraphe 4.5.3.
Comme les conductivités et les coefficients de transfert sont, dans cette première ap-
proche, supposés indépendants de la température, les transferts conductifs sont li-
néaires.
Un modèle fondé sur l'analogie électrique est développé dans le paragraphe 2.1 ;
le modèle classique de l'ailette fait l'objet du paragraphe 2.2 ; une synthèse de ces
différents modèles et une méthodologie de résolution sont proposées dans l'exercice
d'application 2.5 : le bilan énergétique simplifié, en régime stationnaire, d'un appar-
tement.

"O
c
0
::J
2.1 L'ANALOGIE ÉLECTRIQUE ET SES LIMITES
0
v ;a;
T"-f
0
"='
c
Ce modèle est limité à des géométries relativement simples et permet de dégrossir
N
"'
"' 1' étude de systèmes stationnai res.
@ .,"'
~ ~
..c 't:
0
Ol '5
ï::::
>- "'0c 2.1.1 Principe
a. c
0 c
u .Q
ü
"'
"=' Nous avons vu dans le Chapitre 1 que l'expression du flux conductif donné par la loi
2
o.
~ de Fourier:
"'
'5
F! q cd = - 11.( T)VT (2.1)
-ci
0
c
"'
0
@

27
Chapitre 2 • Transferts conductifs stationnaires linéaires

est analogue à la loi de Fick (équation 1.8) et à la loi d' Ohm sous forme locale (équa-
tion 1.7). Notons les correspondances évidentes entre grandeurs électriques et ther-
miques:
conductivité électrique a-(T) ~ À(T) conductivité thermique
potentiel Ve1 ~r température
vecteur courant j ~qcd vecteur flux conductif
intensité du courant J ~ <Pcd flux conductif

Les isothermes (équipotentielles) sont normales aux lignes et aux tubes de flux
(lignes et tubes de courant). L'intérêt, en régime stationnaire, de l'analogie électrique
est d'appliquer aux transferts thermiques les techniques simples et bien connues de
l' électrocinétique linéaire et stationnaire : résistance et conductance, association en
série, en parallèle, lois des réseaux, etc.
Cependant, l'usage de ces méthodes est plus limité qu'en électrocinétique pour
deux raisons essentielles. D'une part, les conductivités électrique et thermique dé-
pendent en général de la température T; si ceci ne présente que peu d'inconvénient
dans le cas de la conduction électrique, cette propriété rend les problèmes non li-
néaires en T dans le cas de la conduction thermique. Pour appliquer l'analogie élec-
trique, la conductivité thermique doit donc être supposée homogène, isotrope et indé-
pendante de T, tout au moins dans la plage de température correspondant à l'appli-
cation considérée. Une deuxième limitation est que le transfert conductif se produit
souvent en concurrence avec un transfert radiatif, rarement linéarisable. Quand le
rayonnement thermique n'est pas linéaire, l'analogie électrique ne peut être utilisée
(voir à cet égard le paragraphe 4.5 .3).

s, <p = 0
---'Ylf-+------t?'\
/~;j____ -----~,,,
! ~
"O
0
\
\ .....:
c
::J dS
0
v
,..-!
T(s)
0
N
Figure 2.1 - Tube de flux.
@
~
..c
Ol
ï:::: Étant données ces deux réserves, il est possible de définir une résistance et une
>-
a.
0 conductance thermiques. Considérons un tube élémentaire de flux compris entre deux
u
sections élémentaires isothermes dS 1 et dS 2 , orthogonales aux génératrices du tube
et à températures Ti et T2 respectivement (figure 2.1). Le flux conductif d<P à travers
une section orthogonale isotherme courante dS , caractérisée par l'abscisse curviligne
s, s'écrit:
dT
d<P = -À-dS (s). (2.2)
ds
28
2.1. L'analogie électrique et ses limites

Ce flux d<P est, en régime stationnaire, conservatif à l'intérieur du tube de flux 1•


Après intégration de s 1 à s2 , si on considère, suivant la convention des électriciens,
des diminutions de température, analogues aux chutes de tension, on obtient :

(2.6)

~' qui est la résistance thermique du tube entre s 1 et s2, est l'inverse d'un élément
différentiel. La relation 2.6 est analogue à la loi d'Ohm sous sa forme usuelle :

(2.7)

où ~e désigne la résistance électrique. On introduit également la conductance ther-


mique dr:
dI' - À[ ~]-1 rs2 (2.8)
dS(s) Js,
On peut passer à partir de 2.6, par association en série ou en parallèle, à la résistance
thermique d'un tube de flux fini entre deux surfaces isothermes quelconques. L'idée
de base est comme en électrocinétique stationnaire que le flux d'énergie dans un tube
est conservat~f
On trouvera dans la bibliographie des expressions analytiques, ou issues de calculs
numériques, de résistances thermiques ou conductances thermiques pour diverses
configurations géométriques (voir par exemple la référence [7]).
l. La démonstration détaillée de cette propriété "évidente" permet d'illustrer, une nouvelle fois, les
conventions de signes à adopter dans un bilan.
Choisissons comme système la tranche de tube de flux comprise entre dS 1 et dS. On lui applique le
bilan d'énergie (équation l.23). En l'absence de production interne de chaleur et de rayonnement, ce

"O
0
bilan se réduit à :

dt
l
-d8 = - qcd .Ilex1 dS = Û,
s
(2.3)

c où S surface totale du système comprend dS 1, dS et la surface latérale du tube élémentaire. Par défini-
::J
0 tion, il n'y a pas de flux à travers cette dernière surface.
v ;a;
T"-f "O
Par convention, les flux à travers les surfaces dS 1 et dS, considérées indépendamment, sont comptés
0 c
N ::l positivement dans le sens de l'axe 0 1s.
@ .,.,
~
Mais, dans le bilan d'un sys1ème, on comple posilivement les.flux quand les normales sont entrantes .
'<I)
~
..c "'
·-=
g Dans ces conditions, la contribution au bilan du système à travers dS 1 est - ÀoT/ôs(s 1)dS 1 qui corres-
Ol ::l
ï:::: CO pond à un flux algébrique compté positivement dans le sens de l'axe; inversement, la contribution au
>-
a.
c
0
0
c bilan du système à travers dS est + ÀÔT/ôs(s)dS qui correspond à un flux algébrique compté négative-
c
u .~ ment dans le sens de l'axe. L'équation de bilan du système élémentaire devient :
0::l
"O
eQ,
~
(2.4)
~
::l
i8 ou:
-ci
0 d<t>
ar ar
= - À - (s,)dS 1 = - À - (s)dS . (2.5)
c
0
::l
0s 0s
@

29
Chapitre 2 • Transferts conductifs stationnaires linéaires

2.1.2 Exercices d'application

( Exercice 2 . 1 Résistances thermiques


Énoncé
Écrire la résistance thermique du système considéré.
1. Résistance d'un manchon cylindrique indéfini dont les surfaces latérales sont iso-
thermes (figure 2.2).
2. Résistance d'un manchon cylindrique fini de longueur l dont les faces cylindriques
sont isolées et les sections droites isothermes (figure 2.3).
3. Résistance du volume compris entre deux éléments isothe1mes de sphères concen-
triques et une surlace conique isolée (figure 2.4).
4. Résistance thermique de transfert conducto-convectif entre un fluide de tempéra-
ture caractéristique Tc et une paroi isotherme à Tp de surlace J;; Je coefficient de
transfert h est supposé uniforme sur toute la surface I:.
cp - 0

-- -·-----·-- .... -....... -... --........... T3 :z


1
T./
cp - 0 cp =0 1

<p 0
z Rl R2 z
Rl Ti R2 r

dz
8 I
Figure 2.2 - Manchon (sections Figure 2.3 - Manchon (sections
droites extrêmes isolées). droites isothermes).

"Cl
0
c
::::i 1]
0
0
"""
..-1
0
N
@

..c
Ol
·;::
Figure 2.4 - Tronc de cône.
>-
a.
0
u
Solution
1. On raisonne sur une tranche d'épaisseur dz, en coordonnées cylindriques. Les cylindres
coaxiaux de rayon courant r sont isothermes à T(r); les lignes de flux sont radiales. Avec
les notations habituelles, on a, quel que soit r :
dT d<P R?
d<P = -À-2nrdz soit : Ti - T, = - - ln --=. (2.9)
dr - 2rr,1dz Ri

30
2.1 . l'analogie électrique et ses limites

La résistance thermique cherchée est donc :

1?.. = _l_ ln R1 (2.10)


2nAdz Ri
2. En coordonnées cartésiennes, on trouve :

1?.. = l/[rrÀ(R~ - Rf )] (2.11)

3. On trouve, si Q est l'angle solide du cône :

(2.12)

4. Le flux à la paroi s'écrit :


<Pcc = Eh(Tp - Tc). (2.13)
La résistance thermique coITespondante est alors :

'R = (hE)- 1 , (2.14)

et la conductance thermique :
I'=Eh. (2.15)
h apparaît comme une conductance thermique swfacique. Notons que h peut être un co-
efficient de transfert convectif hcc, un coefficient de transfert radiatif hR (voir paragraphe
4.5.3), dans les conditions très spécifiques de linéarisation du flux radiatif, enfin un coeffi-
cient de transfert global (h = hcc + hR).

Exercice 2.2 Le paradoxe de /'isolant, en géométrie cylindrique


Énoncé
On se propose d' isoler une conduite cylindrique dont la température exteme, au rayon
r = Ri. , est maintenue à la valeur T 1 (figure 2.5); on dispose un manchon isolant
"Cl
0 entrer= R 1 et r = R2 , de conductivité À constante et refroidi sur sa face exteme par
c
::::i
0
convection naturelle dans l'air au repos à Ta et par rayonnement linéarisé (coefficient
;o; de transfert global h).
"""
..-1
0
"O
c
N :::>
Exprimer la résistance thermique associée au système. Commenter.
@ .,.,;:;;
.µ ,,,
'V
..c ·;::
Ol s:::>
·;::
>- "'c
a. 0
c
0 c
u .~
0:::>
"O
ec.
1!!
~
:::>
~
-d
0
c
:::>
Figure 2.5 - Coupe de la conduite isolée.
0
9

31
Chapitre 2 • Transferts conductifs stationnaires linéaires

Solution
Entre r = R1 et l'air ambiant, on a une association de résistances thermiques en série,
suivant le schéma de la figure 2.6. On obtient une résistance thermique globale pour une
longueur dz, d'après 2.10 et 2.14 :

(2.16)

Celle-ci passe par un minimum, en fonction de R2 , pour: R;lin = À/h, si toutefois R 1 est
infé1ieur à À/h. Dans cette hypothèse, le flu x dissipé <1> est maximum pour R 2 égal à À/h
et prend une valeur supérieure au flux dissipé en l'absence de manchon isolant <1>0 (fi-
gure 2.7). Si R 1 est supérieur à À/h, le flux dissipé décroît continûment quand on augmente
1'épaisseur de lisolant.

r R1
re.nstance résis1ance R
conductive conducto-convective
Figure 2.6 - Schéma électrique équivalent. Figure 2.7 - Paradoxe de l'isolant.

Le fait que le flux dissipé passe par un maximum pour R1 égal à À/h est catastrophique
dans certaines applications. Supposons qu'on veuilJe isoler une conduite d 'eau chaude et
que l' isolant, altéré par l'humidité, ait une conductivité de 0,5 W m- 1K- 1 • Le flux sera
alors maximal pour un diamètre externe d ' isolant de 0,1 m si on adopte la valeur réaliste:
h = 10 W m- 2 K- 1. Ce fait, bien connu, constitue le paradoxe de l'isolant et caractérise
la géométrie cylindrique ~ l' explication en est simple : l'effet d 'augmentation de surface
externe, qui tend à augmenter le flux dissipé, l'emporte sur l'augmentation de la résistance
de conduction due à l'épaisseur. En pratique, on a intérêt à rendre étanche ce type de
manchon isolant.
"Cl
0
c
::::i
Exercice 2.3 Résistance thermique d'un élément d'échangeur plan; coeffi-
0 cient d'échange global
"""
..-1
0 Énoncé
N
@ On considère un échangeur entre deux fluides caloporteurs circulant entre plans

..c
Ol
·;::
parallèles : une paroi d' épaisseur e sépare les deux fluides (figure 2.8), caractérisée
>-
a. par une conductivité il et au travers de laquelle ont lieu les échanges thermiques. On
0
u se limite à un élément d'échangeur, de longueur dx suffisamment petite pour qu'on
puisse considérer comme constantes (suivant x) les températures caractéristiques TA
et TB des fluides A et B et les températures T pA et T pB des deux faces de la paroi mé-
diane.Lest la dimension transverse suivant Oy de l'échangeur, suffisamment grande
pour qu'on puisse négliger les effets de bord. On néglige la conduction axiale dans la
paroi (suivant Ox) devant le transfert suivant Oz. Les fluides n'échangent de la cha-

32
2.1 . l'analogie électrique et ses limites

leur avec la paroi médiane que par transfert conducto-convectif ~ soient hA et hs les
coefficients de transfert convectif. On néglige le transfert radiatif.

Établir l'expression de la conductance thermique du système et en déduire l'ex-


pression d'un coefficient d 'échange global. Discuter d'un point de vue pratique
des différentes contributions.

Solution

z! T.l fluide A
.: X

Ipe. ':paroi: T
A
T
pA
T
pB
TB
Ta fluide B :À e
--~~~~~~~~--

dx
'
/\MIW\JWv
Figure 2.8 - Élément d'échangeur. Figure 2.9 - Montage électrique
équivalent.

Il s'agit d 'écrire l'expression du flux échangé entre les deux fluides en fonction de la ré-
sistance thermique du système à partir du schéma électrique équivalent donné par la fi-
gure 2.9 . Le flux d'énergie échangé entre les deux fluides dans l'élément dx est alors :

(2.17)

dr = Ldx[lfhA + e/;t + lfhBr 1 = Ldxhg. (2.18)


Dans 2. 18, hg qui représente une conductance surfacique est appelé coefficient d 'échange
global entre les deux fluides. Cette notion est essentielle pour caractériser un échangeur
"Cl
0 (voir exercice d'application au paragraphe 5.3.3).
c
::::i Si la paroi est bom1e conduct.J.ice, le terme e/À est souvent négligeable dans l'expression de
0
;o;
la conductance 2 .18 devant les termes l/hA ou lfhB : c'est en général le cas pour des gaz
"""
..-1
0
"O
c séparés par une paroi métallique. Si l'un des transferts conducto-convectifs est médiocre,
N ::i
on a intérêt à augmenter la surface d'échange du fluide con-espondant en disposant des
@ .,"'"'

..c
'~
·c ailettes (voir paragraphe 2.2) : c'est le cas d ' un radiateur d'automobile pour l'échange
Ol c
·;:: ::; air-paroi par exemple.
>- "'cc Il faut en général tenir compte du phénomène d'encrassement des parois, à plus ou moins
a. c
0 c
u .S! long terme, qui crée des résistances thermiques conductives supplémentaires; on trouve
ti
::i
"O dans des ouvrages spécialisés des expressions empiriques de résistances thermiques d'en-
2
o..
~ crassement rapportées à l'unité des surfaces dépendant de .la nature des fluides et des
s"'

___
conditions d 'utilisation (suies, moules dans les circuits de refroidissement des centrales
F
-ci nucléaires, etc.).
c
c
::i
)
0
@

33
Chapitre 2 • Transferts conductifs stationnaires linéaires

2.2 AILETTES ET APPROXIMATION DE L'AILETTE


Les flux d'énergie évacués d'une pièce ou d'un système par transfert conducto-
convectif dépendent fortement du type de fluide utilisé (air ou eau, pour se limiter
aux fluides les plus usuels), du type de convection considéré (forcée, naturelle, etc.)
et de la nature de l'écoulement (laminaire, turbulent, etc.) : on se reportera au ta-
bleau 1.1 du paragraphe 1.4.2 pour trouver des plages de variation du coefficient de
transfert h. Le cas de la convection naturelle avec del' air est doublement défavorable.
Or c'est le seul type d'échange énergétique envisageable dans de nombreuses appli-
cations industrielles pour des raisons de .fiabilité ; la convection naturelle se produit
quoiqu'il an·ive, tandis que la convection forcée est tributaire de pannes d'organes
mécaniques ou de brèches de circuits de refroidissement par eau par exemple. À ces
raisons de fiabilité et d'absence de nuisances sonores, s'ajoutent des raisons écono-
miques évidentes.
Dans ces conditions, une idée simple pour augmenter le flux transféré entre un sys-
tème et un fluide consiste à augmenter artificiellement la surface d'échange entre ce
système et ce fluide : on dispose ainsi des ailettes sur la surface de la pièce nue. Des
cas classiques sont constitués par des ailettes de radiateurs de chauffage central ou
des ailettes destinées à refroidir un thyristor, composant électronique de puissance,
représentées en vue de dessus sur la figure 2.1O. Les applications sont en fait innom-
brables.

a;/elles
g~ / 0 l8l
'=' ·

composant
~
=">:/eles
Qlr
"Cl
0
c Figure 2.10 - Systèmes ailettés.
::::i
0

""'"
.-1
0
N Les dimensions des ailettes sont à optimiser en fonction de considérations écono-
@

miques : augmentation du transfert attendue en regard de l'augmentation de l'inves-
..c tissement. On utilise aussi des ailettes en convection forcée, dans un radiateur d'au-
Ol
·;::
>-
a. tomobile par exemple, du côté du fluide présentant la plus faible valeur du coefficient
0
u h: l'air.
Une notion importante est l'efficacité d'une ailette, ou d'un ensemble d'ailettes. On
en trouve deux définitions dans la bibliographie. Nous adopterons en général comme
définition del' efficacité d'une ailette :

(2.19)

34
2.2. Ailettes et approximation de l'ailette

soit le rapport du flux dissipé par une ailette <Pa au flux <P0 que dissiperait, dans les
mêmes conditions extérieures, la base nue (en absence d'ailette). Par mêmes condi-
tions, il faut entendre que le fluide extérieur garde la même température Tf de réfé-
rence et est caractérisé par le même coefficient de transfert h ; en toute rigueur les
coefficients de transfe1t convectif entre ce fluide et la pièce nue ou le système ailetté
diffèrent, de même que les coefficients de transfert radiatif hR, dans l'hypothèse où les
transferts radiatifs sont linéarisables : voir le paragraphe 4.5.3. On a intérêt à rendre 77
le plus grand possible et supérieur à l'unité, au moindre coût. Mais des limitations ap-
paraissent très vite pour maintenir la valem de h si le nombre d'ailettes croît. L'autre
définition de l'efficacité, utilisée couramment dans les échangeurs, est :

0 ::::; 77' ::::; l , (2.20)

où <Pa(T0 ) désigne le flux qui serait dissipé par la même ailette dont toute la surface
serait à la température T0 de la base (ailette idéale de conductivité infinie : voir le
paragraphe 2.2.3).

2.2.1 Approximation de l'ailette


Nous nous limitons ici au cas simple d'une seule ailette de section quelconque des-
tinée à refroidir dans le fluide ambiant à Ta une plaque plane (base en z = 0) à
température T 0 (figure 2.11.a).

z
h ,Ta
-
T{y, z) . . . . ._
------ -- - --- -- - ~

\
T(z}

"Cl
0
c y
::::i
0 -a 0 a b)
;o;
"""
..-1
0
"O
c
N ::i
Figure 2.11 - a) Exemple d'ailette ; b) Profil de température dans une section droite.
@ .,"'"'
.µ '~
..c ·c
Ol
·;::
c
::; Nous supposons que les transferts entre l'ailette et l'environnement sont unique-
>- "'cc ment conducto-convectifs ; néanmoins des transferts radiatifs sont aussi, dans cer-
a. c
0 c
u .S! tains cas, linéarisables : voir le paragraphe 4.5 .3. Le coefficient de transfert est pris
ti
::i
"O
2
constant, égal à h, sur toutes les faces de l'ailette exposées à l'air. Le problème est
o..
~ de déterminer le flux dissipé par conduction par toutes les faces de l'ailette baignées
s"'
F par le fluide. En régime stationnaire, ce flux est égal à celui traversant par conduction
-ci
c
c
::i
la base de l' ailette (z = 0). En théorie, il est nécessaire de déte1miner au préalable le
0
@ champ de température à trois dimensions, en tout point de l'ailette. En pratique, le

35
Chapitre 2 • Transferts conductifs stationnaires linéaires

problème est considérablement simplifié par le recours à une approximation, classi-


quement appelée approximation de l'ailette.
Le flux surfacique conducto-convectif échangé, en P, par un élément courant de
la surface latérale de l'ailette, de normale extérieure orientée suivant l'axe y (fi-
gure 2.11 .a), a pour expression :

(2.21)

Ce flux smfacique, caractérisé par une faible valeur du coefficient de transfert convec-
tif h, est alors petit devant le flux surfacique conductif -iloT/oz(M) dans l'ailette, au
point M, à travers un élément de surface normal à Oz (voir figure 2.11 .a) ; soit :

(2.22)

Ceci s'applique quels que soient les points P et M appartenant à la tranche [z, z + dz]
de l'ailette. Il ressort des expressions 2.22 que, quelle que soit la direction considérée
normale à Oz, les variations de température au sein de l'ailette dans cette direction
sont petites devant les variations de température suivant Oz.
L'approximation de l'ailette consiste à supposer que les isothermes au sein de
l'ailette sont normales à Oz (ce qui revient à dire qu'on néglige les variations de
température suivant une direction normale à Oz). Le champ de température est alors
monodimensionnel suivant Oz, ce qui simplifie considérablement les calculs. En pra-
tique, on remplace un profil de température bidimensionnel T(y,z) ou tridimensionnel
T(x,y,z) par le profil T(z) moyenné sur une section droite (figure 2.11.b).
Sil' ailette considérée sur la figure 2.11 .a est pleine, il est également possible d'en-
visager des ailettes creuses avec éventuellement un autre fluide à l'intérieur caracté-
"O risé par une température de référence T~ et un coefficient de transfert h' différents ;
0
c
::J
l'approximation de l'ailette se généralise sans peine à ce cas.
0
v
,..-!
0
N
2.2.2 Calcul de l'efficacité d'une ailette
@ Le modèle linéaire de l'approximation de l'ailette n'est applicable que si la conduc-
~
..c
Ol tivité du matériau est indépendante de la température, que si les flux radiatifs sont
ï::::
>-
a. négligeables ou linéarisables et enfin que si le coefficient de transfe1t h est supposé
0
u uniforme. En 1' absence de puissance dissipée dans la matière, le bilan énergétique
s'écrit:
d~l(t) = l -q. llext dS =O. (2.23)

Nous l'appliquons à une tranche d'ailette comprise entrez et z + dz (figure 2.12). 3l


désigne la section de l'ailette et <p le périmètre mouillé de cette section, périmètre

36
2.2. Ailettes et approximation de l'ailette

z l > 5/m

h T
' a
h T
' a
cp cc(z)

...... ~d-... ·1·....... .


z
X
cp (z} -a a

Figure 2.12 - Système étudié. Figure 2.13 - Ailette à deux dimensions


(x et z), infinie selon z.

léché par le fluide. Trois flux thermiques apparaissent dans le bilan d'énergie : deux
flux conductifs aux sections z et z+dz, et un flux conducto-convectif à la paroi latérale.
Le bilan s'écrit donc :

(2.24)

avec:
<pcd = - À dT(z) (2.25)
dz
soit :
d2 T hP -
- 2 - --[T(z)-T] =O. (2.26)
dz À YI a

Cette équation de bilan est adimensionnée en adoptant comme dimension caractéris-


"Cl
0
tique transverse del' ailette la quantité :
c
::::i
0
D, = Y</P, (2.27)
;o;
"""
..-1
0
"O
c
N ::i
et en posant :
@ .,"'"'

..c
'~
·c
(2.28)
Ol c
·;:: ::;
>- "'cc Il vient alors :
a. c
0 c
u .S! (2.29)
ti
::i
"O
2
o..
~
avec:
s"' Bi= hDr/À. (2.30)
F
-ci
c
c
::i
Bi est le nombre de Biot, dont l'intérêt apparaîtra dans le paragraphe 2.2.6. Sa signi-
0
@ fication physique précise est discutée dans le paragraphe 3.5.2.

37
Chapitre 2 • Transferts conductifs stationnaires linéaires

Retournons à 1' équation de bilan dimensionnée 2.26. Deux conditions aux limites
lui sont associées ; par exemple :

en z = 0: T(O) = To, (2.31)

dT -
en z = l (bout d'ailette) : - / l - (l) = h[T(l) - Ta] · (2.32)
dz
Le système d'équations 2.26, 2.31 , 2.32 est résolu, en posant:

m2 = Ph/:l{ll. (2.33)

Soit:

T - Ta = exp[m(l - z)](l + mll/h) - exp[-m(l - z)](l - mll/h)


~~- ~~~~~~~~~~~~~~~~~~
(2.34)
To - Ta exp(ml)(l + mll/h) - exp(-ml)(l - mll/h)

La température en bout d'ailette est alors :

2mA/h
T (l) = Ta + (To - Ta) · (2.35)
exp(ml)(l + mÀ/h) - exp(-ml)(l - mÀ/h)

Le flux dissipé par l'ailette traverse sa base (plan z = 0), soit :

(2.36)

Ce flux est à comparer au flux échangé par la base seule, en l'absence d'ailette (on
suppose avoir le même coefficient de transfert h) :

"O c/>0 = :l{h(To - Ta). (2.37)


0
c
::J
0 L' efficacité de l'ailette, définie par 2.19, vaut alors :
v
,..-!
0
N = (mÀ/h) (1 + mÀ/h) exp(ml) + (1 - mÀ/h) exp(-ml) ( _ )
@ 17 2 38
~
(1 + mÀ/h) exp(ml) - (1 - mÀ/h) exp(-ml)
..c
Ol
ï::::
>- Cette efficacité doit être supérieure à 2 pour que le système soit intéressant.
a.
0
u
2.2.3 Ailette idéale (isotherme)
Une ailette idéale, en aluminium ou en cuivre ou en alliage de ces métaux, est très
conductrice. Si la longueur l de l'ailette est telle que :

ml« 1, (2.39)

38
2.2. Ailettes et approximation de l'ailette

la température de l'ailette reste en tout point très voisine de To. L' efficacité d'une
telle ailette isotherme est obtenue par passage à la limite de la relation 2.38, compte
tenu de 2.39 et 2.27 2 :
77isotherme ~ l/D,. (2.40)
Le gain apporté par une ailette isotherme est de l'ordre du rapport de la surface laté-
rale à celle de la base.

2.2.4 Ailette infinie


Le champ de température défini par 2.34 tend vers un profil exponentiel exp(-mz)
pour une ailette infinie, au sens thermique, vérifiant :

exp(ml) >> 1. (2.41)

Cette relation est, en pratique, vérifiée dès que l est supérieur à 3/m (précision de
4.10- 2 ) ou 5/m (précision meilleure que 10- 2 ). Il apparaît sur l'équation 2.38 que
dans le cas d'une ailette infinie, vérifiant l'équation 2.41 , le gain en efficacité est
quasiment nul à partir d'une certaine longueur d'ailette; aucun flux n'est plus dissipé
en bout d' ailette. En effet, au bout d'une ce1taine longueur la température de l'ailette
est proche de la température de référence du fluide; le flux échangé tend alors vers O.
L'efficacité d'une ailette infinie est :

7700 = Jm/h = Bi- 112 (2.42)

2.2.5 Résultats pour diverses géométries d'ailettes


Le lecteur trouvera les champs de température, les flux thermiques dissipés et les
efficacités d'ailettes pour de multiples géométries dans des ouvrages spécialisés (par
"O exemple la référence [7]).
0
c
::J
0
v
2.2.6 Validité de l'approximation de l'ailette au sens
;a;
T"-f
0
N
"O
c
::l
du profil de température
@ .,.,
~

~
'<I)
À paitir du champ de température obtenu en supposant vérifiée 1' approximation de
..c "'
·-=
Ol g
::l
l'ailette (éq uation 2.34), il est possible d'étudier la validité du critère 2.22. Il suffit de
ï:::: CO
>-
a.
c
0 calculer le rapport :
c
0 c
u .~
0::l
"O -ÀdT/dz mil exp[m(l - z)](l + mil/h) + exp[-m(l - z)](l - mil/h)
e ----= (2.43)
h exp[m(l - z)](l + mÀ/h) - exp[-m(l - z)](l - mÀ/h)
Q,
~ h(T - Ta)
~
::l
i8
-ci
0
et de le comparer à 1.
c
::l
0
@ 2. Pour obtenir 2.40, on a supposé que Bi défini par la relation 2.30 est très petit devant 1.

39
Chapitre 2 • Transferts conductifs stationnaires linéaires

Dans le cas d'une ailette infinie, tant que la quantité exp[m(l - z)] est grande de-
vant 1, c'est-à-dfre à une certaine distance de l'extrémité de l'ailette, le rapp01t donné
par 2.43 tend vers la quantité mÀfh. Le critère 2.22 est vérifié au sens du profil local
de température, si :

mll/h = Bi- 112 » 1 soit Bi« 1. (2.44)

D'une manière générale, la relation 2.44 est un critère de validité de l'approximation


de 1' ailette au sens du profil de température sauf en bout d'ailette. Ce critère sera
retrouvé directement au paragraphe 3.5.2 à partir de l'analyse des temps caractéris-
tiques. Dans le cas particulier d'une ailette infinie, le critère 2.44 est d'autant mieux
vérifié que l'efficacité de l'ailette est plus élevée.
En bout d'une ailette, non nécessairement infinie au sens thermique, le rapport 2.43
est égal à 1. En conséquence, l'approximation de l'ailette n'y est pas valable: le pro-
blème doit être traité à deux ou trois dimensions. Ceci est d'un faible intérêt pratique,
puisque dans le cas d'une ailette bien conçue, donc proche de l'ailette infinie, les
échanges d'énergie sont très faibles en z = l puisque la température de l'ailette est
alors extrêmement proche de celle du fluide.
En fait, nous verrons dans le paragraphe suivant que la condition pratique de va-
lidité de l'approximation de l'ailette est moins restrictive si on s'intéresse au flux
globalement échangé par toute 1' ailette et non pas au champ de température.

2.2.7 Résolution générale du problème de l'ailette


(conduction stationnaire à plusieurs dimensions)
Dès que la géométrie du système et les conditions aux limites deviennent complexes,
la résolution d'un problème de conduction, même stationnaire, nécessite, en pratique,
le recours à des méthodes numériques. Néanmoins, des exemples de résolution ana-
"O
0 lytique de ce genre de problèmes par séparation des variables, transformation de La-
c
0
::J place et fonctions de Green sont donnés en compléments de cet ouvrage3 .
v Nous nous limitons dans ce paragraphe au problème bidimensionnel simple de
T"-f
0
N l'ailette, de façon à donner un exemple de structure d'un problème de conduction
@
~
multidimensionnel. Nous nous proposons de calculer, pour une géométrie simple,
..c
Ol
ï:::: 3. Mentionnons pour mémoire l'existence de méthodes graphiques, devenues obsolètes avec le déve-
>-
a.
0 loppement des moyens de calcul [6]. Ces méthodes reposent sur l'unicité de la solution du problème
u physique pour des systèmes à deux dimensions et de conductivité uniforme. Il s'agit de tracer à main
levée les lignes de flux et les isothermes, qui sont orthogonales. Les symétries et le fait que les parois
soient à températures imposées ou adiabatiques simplifient ce tracé. Tout l'art de la méthode consiste à
construire des cellules curvilignes, entre deux isothermes et deux lignes de flux, constituées de quasi-
rectangles de même taille. Les flux passant dans les différents tubes de flux sont alors quasiment égaux.
Si cette méthode présente maintenant un intérêt historique, sa compréhension permet de mieux cerner
le transfert de chaleur par conduction.

40
2.2. Ailettes et approximation de l'ailette

le flux exactement dissipé par une ailette, sans faire l' approximation d' une tempé-
rature fonction de z seulement, et de comparer ce résultat à celui obtenu en faisant
l' approximation de l' ailette.
Considérons une ailette infinie suivant Oz au sens de 2.41 , infinie géométrique-
ment suivant Oy, de largeur 2a suivant Ox. La base (z = 0) est maintenue à To ;
l' ailette est refroidie par convection dans l'air à Ta, avec un coefficient de transfert h
supposé constant. Le problème, invariant par translation suivant Oy, se traite à deux
dimensions suivant Ox et Oz (figure 2.13). Si nous admettons que la conductivité est
indépendante de la température, l'équation locale de bilan d 'énergie 1.25 prend la
forme simple:
éPT ô2 T
- 2 + -= 0 (2.45)
ôx ôz2
avec les quatre conditions aux limites :

T( x,O) = To (2.46)

T(x ,oo) = Ta (2.47)

ôT
- À ôx (a,z) = h[T(a ,z) - Ta ] (2.48)

(2.49)

Introduisant les quantités sans dimension suivantes4 :

"O
y + (x+ +) = T - Ta
,z To - Ta
X
+ X
= - z+ = -z (2.50)
c
0 a a
::J
0
v ;a;
le système précédent devient :
T"-f "O
0 c
N ::l

@ .,.,
~
a2 r + a2 r +
~
'<I) -- + -- =0 (2.51)
..c
Ol
·-=g"' ôx+2 ôz+2
::l
ï:::: CO
>-
a.
c
0
c
0 c
u .~ (2.52)
0
::l
"O
e
Q,
~
~
::l (2.53)
i8
-ci
0
c
::l 4. Le choix de a, demi-largeur de l'ai lette, comme longueur de référence est cohérent avec l'équa-
0
@ tion 2.27.

41
Chapitre 2 • Transferts conductifs stationnaires linéaires

(2.54)

IJT+
IJx+ (0, z+) = 0 (2.55)

Le système précédent ne dépend que du nombre de Biot :

Bi= ha/À (2.56)

Dans le cas d'une ailette finie, le système dépendrait d' un deuxième paramètre, l/a.

2.2.8 Validité de l'approximation de l'ailette au sens du flux


global
Si on suppose connue la solution T +(x+, z+), le flux exact dissipé par l'ailette est
obtenu par retour à des grandeurs dimensionnées :

(2.57)

La solution du système 2.51 à 2.55 est obtenue par la méthode de séparation des
variables développée dans le Complément A.2. Soit :

cpex = 2d À(T - T)
a Y O a
fi 2sin2 kn
Ukn + sm
· kn cos kn (2.58)
n=I

où les kn sont les solutions discrètes de tg k = Bi/k. Une expression approchée de ce


flux <P~P dans le cadre de l'approximation de l'ailette est obtenue à partir de 2.34 et
en faisant tendre l vers l'infini :
"O
0
c
::J cp~P = 2dy(To - Ta)~ (2.59)
0
v
8 Tant que le nombre de Biot est inférieur à 1, l'erreur relative commise sur le flux à
N
@ partir de l'approximation de l'ailette est inférieur à 10%. Cet ordre de grandeur du
.:t: nombre de Biot critique est valable pour d'autres géométries d'ailettes et permet de
Ol
·~ vérifier facilement si l'approximation de l'ailette peut être utilisée. Dans le cas d'une
g.
u
ailette finie il faudrait aussi tenir compte del/a. On notera que le critère :

Bi< 1, (2.60)

obtenu ici, est beaucoup moins sévère que le critère local Bi << 1 obtenu dans le
paragraphe 2.2.6. La raison est qu'on ne s'intéresse ici qu'au flux global dissipé par
l'ailette.

42
2.2. Ailettes et approximation de l'ailette

2.2.9 Exercices d'application

( Exercice 2.4 Ailette en acier : conditions pratiques de /'approximation


de /'ailette
Énoncé
Considérons une ailette en acier, plane, infinie au sens de l'équation 2.41 , d' épaisseur
2a égale à 2 10- 3 m.
Étudier à partir du tableau des valeurs de h (paragraphe 1.4.2) et des valeurs
des conductivités thermiques (voir Complément D) dans quel cas l'approxima-
tion de l'ailette est fondée.

Solution
Pour une ailette en acier (À::::: 15 wm- 1K- 1), l'approximation de l'ailette est fondée si

Bi= ha/A::::: 7.10-5 h < 1. (2.61)

L'approximation est justifiée suivant le critère 2.60 tant que h est inférieur à
15 000 Wm - 2 K - 1, soit en convection naturelle pour tout fluide et en convection for-
cée pour les fluides usuels (gaz, eau, huile). Par contre, elle ne le serait plus en convection
forcée avec un métal liquide, ni s'il se produit un changement de phase sur les parois de
l'ailette (ébullition, condensation). Notons, de plus, que l'acier choisi dans notre exemple
représente un cas défavorable du point de vue de l'approximation de l'ailette, par rapport
à l' aluminium ou au cuivre (15 ou 25 fois plus conducteur).

Exercice 2.5 Bilan énergétique simplifié d'un appartement


Énoncé
Un appartement est situé entre des appartements identiques, chauffés tous à la tempé-
"O
0
rature Ti (figure 2.14 et figure 2.15). Les trois murs porteurs, orientés nord-sud (deux
c
::J murs latéraux et un mur central) ainsi que les dalles qui constituent le plancher et
0
v ;a; le plafond sont en béton d'épaisseur ep et de conductivité Àp (figure 2.14); ces trois
T"-f
"='
0
N
c murs aboutissent au ras de la façade sud, le mur central au ras de la paroi nord; les
"'
@ .,"'"' deux murs latéraux encadrent au nord la loggia qui n'est ouverte que par un plan.
~ ~
..c 't:
0 Des joints parfaitement isolants relient les trois murs aux dalles plancher et plafond
Ol '5
ï::::
>- "'0c (figure 2.15). Cette propriété heuristique des joints n'a d'autre but que de simplifier
a. c
0
u c
.Q le problème traité.
ü
"'
"='
2 Les murs de façade, orientés est-ouest, sont en béton léger, d'épaisseur e1 et de
o.
~ conductivité ÀT. La façade sud est percée de deux fenêtres en verre, de surface S v
"'
'5
F! chacune, d'épaisseur eu, de conductivité Àv, la façade nord de deux porte-fenêtres de
-ci
0
c surface S f chacune, constituées du même verre. Le verre est dans tous les cas par-
"'
0
faitement isolé des murs. De la même façon, les deux murs de façade sont liés à la
@

43
Chapitre 2 • Transferts conductifs stationnaires linéaires

l1 S . s1 loggia S .Si
I,

l chambre:!
e
c
entrée palier

séjour S

Figure 2.14 - Coupe horizontale.

murs porreurs
L~--- -~- .. ... ' 't!f'rt! ... . ...........L ~..

Figure 2.1 5 - Façade sud.

structure porteuse par des joints parfaitement isolants. Les cotes des cloisons internes,
d'épaisseur ec, de conductivité Àc, sont reportées sur la figure 2.14.
L'air intérieur (appartement, palier) est, à une certaine distance des parois externes, à
température Ti. Le milieu extérieur est à température Te; on prendra comme coeffi-
cients de transfert hi sur toutes les parois internes et he sur toutes les parois externes.
"Cl
0 Ces coefficients de transfert tiennent compte des échanges radiatifs linéarisés et des
c
::::i transferts conducto-convectifs. L'air de l'appartement est renouvelé par appott d'air
0
externe à Te, à raison d'une fois le volume de l' appartement par heure (phénomène
"""
..-1
0
de convection).
N
@
.µ Exprimer la puissance nécessaire au maintien de la température Ti dans l'ap-
..c
Ol
·;:: partement, en régime stationnaire, avec les données suivantes :
>-
a. l = 2 m; l1 = 2 m; H = 2,5 m; L = 4,8 m; d = 2,5 m; D = 1,5 m; ep = 0,30 m;
0
u e1 = 0,20 m; ec = 0,15 m; ev = 4.10- 3 m; Àp = 5 ;A1 = 0,2 ;Àc = 1,5; Àv = 1
(Wm- 1K- 1);Sv = 1m2 ;Sf=2,5m2 ;hi = JO;he = 30(Wm- 2 K - 1); Te = 0 °C;
Ti= 19 °C.
Les propriétés thermophysiques de l'air sont à trouver dans le Complément D .

44
2.2. Ai lettes et approximation de l'ailette

Solution
La démarche décrite au paragraphe 1.6.2 va être suivie.
• Les paramètres clés
Le milieu source est l'intérieur de l'appartement à Ti; l'énergie est dissipée vers le mi-
lieu extérieur à Te. Une question se pose: quelle est exactement la partie de la structure
de l'appartement qui est à Ti ? La modélisation devra préciser ce point.
• Le système

> Symétries. Si on considère une coupe verticale de l'appartement perpendiculaire à


l'axe N-S (figure 2.16), il est évident que, par symét1ie des conditions géométriques et
thermiques, les flux échangés avec les appartements supérieur, inférieur et latéraux sont
nuls. Le système est donc limité par les plans de symétrie de la figure 2.16. Il est à noter
que le palier présente la même symétrie.

Jll. <p 0
1'1 11 1
.
· ····· · · · · · · ·· · · · ······ · · · ···· · · · · · · ····· · ·~~ · · · · · ·

T; ~I, i
-o .:
1 T; hi Tl '1 i
: <p - 0
1 j[ ' h1

... ,................ ...... ............... ..., .......


<p

1;1 q, -o r, 11 1 I l l
Figure 2.16 - Plans de symétrie.

> Les transferts


Trois types de transfert thermique existent dans ce système :
le renouvellement de l'air par convection: l'air frais entre à Te, l'air vicié sort à Ti
avec le même débit massique ;
les différents transferts à travers les façades Net S, murs légers et vitrages : l'exis-
"Cl
tence heuristique de joints parfaitement isolants découple ces diverses contributions.
0
c Chaque sous-système est caractérisé par une simple association en série, comme ill us-
::::i
0 tré à la figure 2 .17. Cependant, pour chaque sous-système, les températures T p, et T p;
"""
..-1
;o;
"O
des parois extérieure et intérieure sont différentes;
0 c
N ::i

@ .,"'"' he ,Te 1pe


.µ '~
..c ·c 'l e Tpe Tpi T;
Ol
·;::
c
::;
"'cc
cp 0 e, À cp -o
>-
a. c
0 c h 1 ,T; Tpi
u .S!
ti
::i
"O
2
o.. Figure 2.1 7 - Montage électrique équivalent.
~

s"'
F les transferts à travers la smface extérieure des murs porteurs, plafond et plancher :
-ci
c
c ce calcul semble complexe en raison de l'existence des structures internes à l' appar-
::i
0
@
tement; c'est ici que la modélisation est déterminante.

45
Chapitre 2 • Transferts conductifs stationnaires linéaires

> Modélisation des murs porteurs, plancher et plafond


Ces murs porteurs, plancher et plafond peuvent être traités dans le cadre de l'approxi-
mation de l'ailette (voir figure 2.18); en effet, pour des murs d'épaisseur eµ/2 isolés sur
une face et échangeant du flux sur J' autre par transfert conducto-convectif (hi et he), Jes
nombres de Biot valent :

(2.62)

Ces valeurs vérifient le critère de validité de l'approximation de l'ailette au sens du flux


(Bi < 1). Les murs porteurs, plancher et plafond se comportent de plus comme des
ailettes infinies tant vers l'intérieur que vers l'extérieur dès que leur longueur excède
une longueur utile définie par Lu = 5/m (voir paragraphe 2.2.4); soit, ici :

(2.63)

À une distance supé1ieure à 1,4 m des façades toutes les cloisons internes (palier com-
p1is) sont isothermes à Ti: les cloisons internes de l'appartement ne jouent aucun rôle
dans l'étude. De la même façon les murs de la loggia sont à la température Te à 0,8 m
de la façade.
• Bilans d 'énergie :

> Renouvellement de /'air. Les flux convectifs entrant et sortant sont mhe et mhi
où m, he et hi désignent respectivement le débit massique d'air (entrant et sortant), l'en-
thalpie massique de l'air extérieur et l'enthalpie massique de l'air intérieur. Le flux de
chaleur dû au renouvellement del' air est donc :

(2.64)

où V/!:::..t désigne le débit volumique. Soit: <I>ren ~ -1,6 kW.

> Transferts à travers les façades Net S. D'après le schéma équivalent précé-
-0 dent (figure 2.17), le flux traversant la façade nord est, avec les notations de l'énoncé :
0
c

)-] ( )-]l
::J

[(
0
v N 1 ev 1 1 er 1 ·
,..-!
0 <!>. = (T -T)
1 2S1· - + -1 + - + (2LH - 2S1·) -h · + -1 + -h (2.65)
N fac e h1· llv he 1 llf e
@
~
..c
Ol
soit : <I>'.lac ~ - 1, 0 kW. De même pour la façade sud :

l
ï:::
>-
a.

)-1 + (2LH - 2S ) (-hi + - + -he )-1


0 s 1 ev 1 1 er 1
u
fac e ' [ (
<!> . = (T - T) 2S - + - + -
v hi Àv he v Àr
(2.66)

soit : <t>].ac ~ - 0,6 kW.

> Transferts à travers les murs porteurs, plancher et plafond sud et Je


mur porteur central nord. La figure 2. 18 représente le modèle adopté après l'étude

46
2.2. Ailettes et approximation de l'ailette

précédente. Les isothermes sont perpendiculaires à Ox, à la fois dans le mur conductif
entre x = 0 et x = e1, et dans l' ailette: x > e,. Le flux <1> 1 traversant la face x = 0 s'écrit :

(2.67)

où H 1 est le périmètre des cloisons considérées: H 1 = 3H + 2L + 2ep.


Le champ de température dans l'ailette T'(x) est solution de:

2
2
d T' - hi (T' - T·)
. , = 0 ·, T'(
. oo) = T. i ; T'(e1) = T(
. e1) . (2.68)
dx 2 À.pep

Soit:

(2.69)

On obtient donc :

(2.70)

Tpe he Te
\ 0

0 e1 1'(-oo) 'l'e
<P 0
- -·-·-- ..... -... -...... <P
1, (>.~
... ... ... .. Q.....
T'(x)
,, ; r,. cp 0 e1 p 0
......... ..............

"Cl
0 T(oo) - T;
c
::::i
0 X T( t oo) T.
I
;o;
"""
..-1
0
"O
c Figure 2.18 - Ailette couplée à un Figure 2.19 - Ailettes couplées.
N ::i

@ .,"'"' mur.
.µ '~
..c ·c
c
Ol
·;::
>-
::;
"'cc
>- Transferts à travers les murs porteurs externes, plancher et plafond
a.
0
c
c
nord. Le modèle adopté est celui de la figure 2.19 : deux ailettes infinies, couplées par
u .S! un pont conducteur d'épaisseur e1 . Le flux traversant la face x = 0 s'écrit:
ti
::i
"O
2
o..
~

s"' (2.71)
F
-ci
c
c
::i
0
@
où H2 est le périmètre des cloisons considérées: H2 = H + 2L + 2ep.

47
Chapitre 2 • Transferts conductifs stationnaires linéaires

Les champs de température T 1(x) et T 2 (x) se calculent comme précédemment:

(2.72)

On en déduit la puissance nécessaire au maintien de la température Ti :


<l>roi = - (<Pren + <l>fac + <PJ·ac + <1>1 + <1>2), soit <l>tot ~ 4,6kW.
Commentaire
On remarquera que les divers flux échangés par l'appartement sont proportionnels à Te-Ti
(transferts linéaires). C'est ce qui justifie, en régime stationnaire, les normes de l' industrie
du bâtiment: nombres K, G, B et C, qui sortent del' objet de cet ouvrage. D'un point de vue
pratique, il s'avère que les pertes principales sont, dans le cas considéré, dues au renouvel-
lement, vital, de l' air et aux vitrages : d 'une part, une ventilation mécanique contrôlée à
double flux, c'est-à-dire utilisant un échangeur fournissant à l'air frais la plus grande partie

économiquement intéressants.
_____
de l'énergie thermique utilisable de l'air vicié, et d ' autre part, un double vitrage, seraient
)

"O
0
c
::J
0
v
T"-f
0
N
@
~
..c
Ol
ï::::
>-
a.
0
u

48
CONDUCTION
INSTATIONNAIRE

Notions clés
conductivité, diffusivité, effusivité thermiques; théorème de superposition et
théorème n; échelles caractéristiques de temps et de longueur; nombres de
Fourier et de Biot.

Par souci de simplicité, l'étude se limite ici à des systèmes caractérisés par des pro-
priétés thermophysiques uniformes, en particulier par des conductivités thermiques
scalaires (isotropes) indépendantes de la température et par des coefficients de trans-
fert uniformes, intégrant le cas échéant un transfert radiatif linéarisé. Par conséquent,
les équations de bilan d'énergie et les conditions aux limites considérées ici sont li-
néaires. En effet, dans ce chapitre on privilégie une approche physique de la diffusion
basée sur des échelles caractéristiques de longueur et de temps. Il sera ici question de
conduction thermique instationnaire, mais les résultats obtenus pourront être étendus
à tout phénomène de diffusion.

3.1 INTRODUCTION
L'objet de ce chapitre est limité au cas de systèmes matériels immobiles et indé-
formables. Dans un cas contraire, apparaîtraient des déplacements des frontières du
"Cl
système, donc des phénomènes de convection. L' équation de bilan d'énergie s'écrit
0
c
::::i
pour un tel système de volume V limité par une surface S (figure 3.1) :
0
;o;
"""
..-1
0
"O
c (3.1)
N :::>

@ .,.,;:;;
.µ ,,,
'V
..c ·;::
Ol s:::>
·;::
>- "'c
a. 0
c
0 c
u .~
0:::>
"O
ec.
1!!
~
:::>
~
-d
0
c
:::>
0
9
Figure 3.1 - Système fixe indéformable.

49
Chapitre 3 • Conduction instationnaire

T(r,t), cp(r, t), p(r, t) et P(r,t) représentent les température, capacité thermique mas-
sique à pression constante dans le cas d'un gaz, masse volumique et puissance vo-
lumique dissipée au point M(r) à l'instant t; qcd et qR les vecteurs flux smfaciques
de conduction et de rayonnement en r à l'instant t. L'équation 3.1 s'écrit aussi sous
forme locale :
(3.2)

Le flux conductif qcd s'exprime en général par la loi de Fourier, dans le cas d'un
milieu isotrope :
qcd = - À(r,t)VT. (3.3)
Les approximations linéaires du Chapitre 2 ne sont vérifiées que si la conductivité
thermique À, exprimée en W m- 1 K- 1, est indépendante de la température. Si le milieu
n' est pas isotrope, l'équation 3.3 se généralise sous forme tensorielle 1 , ce qui rend
la résolution du problème plus délicate sur le plan numérique, mais non sur le plan
physique. De ce fait, nous n'envisageons pas ici ce cas qui se rencontre dans des
milieux textiles, pneumatiques par exemple, ou dans des matériaux composites dont
l'emploi se développe actuellement.
L'équation 3.3 ne tient compte d'aucun phénomène de retard dans la réponse en
flux à une perturbation brutale du champ de température. Si on considère des phéno-
mènes très rapides (par exemple, les réponses à des impulsions de lasers de 1' ordre de
10- 12 à 10- 15 s), cette loi n' est plus satisfaisante. Le phénomène de conduction est en
effet dû à des transferts d'énergie par des porteurs (interactions molécule-molécule
dans un gaz ou un liquide, ou interactions mettant en jeu des phonons et des électrons
dans un réseau cristallin) : les temps caractéristiques des transferts ou temps de re-
laxation sont de l'ordre de 10- 10 à 10- 12 s. À ces échelles de temps, la loi de Fourier
n' est plus valable2 .
"O
Une autre limitation de l'équation 3.3 concerne les nanosystèmes, couches ex-
0
c
::J
trêmement minces de l'ordre du nanomètre, pour lesquels la conductivité the1mique
0 n'est pas nécessairement définie. Mais dans la plupart des applications qui concernent
v
T"-f
0 l'ingénieur, une réponse à 1 ns près ou à une fréquence inférieure à 1 GHz est suffi-
N
@ sante ; l'équation 3.3 est alors correcte.
~
..c L'introduction du vecteur flux surfacique radiatif qR (voir paragraphe 4.2.4) n'a
Ol
ï:::: d' intérêt que pour l'étude des milieux semi-transparents. Le te1me - V· qR repré-
>-
a.
0 sente alors la différence entre puissances volumiques absorbée et émise3 . À l' inté-
u
l. qfd = - À;/âT/âxj), où À;j est un tenseur de conductivité.
2. Le critère de validi té de la loi de Fourier est: Kn « l, où Kn désigne le nombre de Knudsen, rapport
du temps de relaxation des porteurs à une durée d' intérêt physique pour le système, ou rapport du libre
parcours moyen des porteurs à une échelle spatiale d'intérêt physique, par exemple la plus petite échelle
spatiale considérée : voir Je paragraphe 10.4.1.
3. Ce point est développé dans Je Chapitre 6.

50
3.1. Introduction

rieur d'un corps opaque, et non pas à sa frontière, le flux radiatif est nul, tandis que,
dans l'autre cas limite d' un milieu parfaitement transparent qui n' interagit pas avec
le champ de rayonnement, on obtient V · qR = O. Cette dernière relation traduit le
fait que toute l'énergie radiative entrant dans un système transparent quelconque en
resso1t sous forme radiative. Donc, quand le système considéré ne comprend que des
corps opaques baignés dans des milieux transparents, l'équation de l'énergie prend
la forme simplifiée4 :

ôT
pcpBt =V. [/l(r,t)VT] + P(r,t). (3.4)

Les flux radiatifs n'interviennent plus que dans l'expression des conditions aux li-
mites aux parois des corps opaques.
Un problème de conduction instationnaire est, dans ces conditions, défini par un
système comprenant :

a) l'équation de l'énergie (plusieurs si le système se décompose en plusieurs sous-


systèmes);

b) les conditions aux limües thermiques sur l' ensemble des smfaces frontières.
Les différents types de conditions aux limites classiques (conduction, convection,
rayonnement etc.) ont été abordés dans le paragraphe 1.5 ;

c) une condition initiale, définissant l'état du système, en tout point r , à t = O. La


condition initiale peut faire intervenir des distributions de température ou de flux.
Elle ne correspond pas nécessairement à un état d' équilibre thermique, ni même à
un régime stationnaire.

Nous supposerons dans tout ce chapitre que les transferts conductifs sont représentés
"O
0 par des systèmes linéaires en T , c'est-à-dire que la conductivité À, la masse volumique
c
0
::J
p, la capacité thermique massique Cp et les coefficients de transfert convectifs h sont
v ;a; constants et que les éventuels transfe1ts radiatifs intervenant dans les conditions aux
T"-f "O
0 c
N ::l
limites sont linéarisables. L'équation de l'énergie 3.4 devient alors si on introduit la
@ .,.,
~

~
'<I) difj'usivité thermique a (en m2/s) :
..c ·-=g"'
Ol ::l
ï:::: CO
>-
a.
c
0 À
c
0 c a= - (3.5)
u .~ pcp
0::l
"O
e
Q,
~
~
équation de diffusion. Il est important de noter qu'une équation linéaire similaire à
::l
i8 l'équation 3.5 est aussi vérifiée par les composantes du vecteur flux.
-ci
0
c
::l
0
@ 4. L'équation 3.4 s'applique aussi à des milieux semi-transparents si - V· qRest intégré dans P(r, t).

51
Chapitre 3 • Conduction instationnaire

3.2 THÉORÈMES GÉNÉRAUX


3.2.1 Théorème de superposition
a) Principe
La solution du système linéaire d'équations aux dérivées partielles constitué par
l'équation de l'énergie, les conditions aux limites et la condition initiale est unique.
On a souvent intérêt à décomposer un système de ce type S (O) en sous-systèmes S (1),
S <2), · · · , S (n) également linéaires et à solutions uniques, tels que par somme membre
à membre on obtienne le système linéaire de départ s<0). La solution T (O) unique du
système S (O) est alors la somme des solutions T (i) de chacun des sous-systèmes S (i).
Par souci de chuté, ce théorème très général est ici illustré sur un exemple concret.
La généralisation à d'autres cas (géométrie, conditions aux limites ou initiale diffé-
rentes) est évidente.

h1 h1 < h,

À,p ,c,a,P
eI À ,p ,c,a,P
e2 > e1 Te T(x,t) T0

t
eau
R t
eau
t
eau
R t
eau
À, a, p, c
X

/ <... 0

Figure 3.2 - Conditions initiales et finales. Figure 3.3 - Mur semi infini.

b) Exemple d' application


On considère un cylindre de rayon R, de longueur très grande, d'un matériau fissile
"Cl
0 de conductivité À et de diffusivité a uniformes ; dans cette barre une puissance vo-
c
::::i
0
lumique P supposée uniforme est dissipée (figure 3.2). En fonctionnement normal,
un régime stationnaire s 'établit : la puissance fournie au cylindre par la réaction de
"""
..-1
0
N fission est évacuée par un fluide caloporteur (eau pressurisée) dont la température
@ de mélange est supposée constante à la valeur 8 1 ; 1'échange est caractérisé par un

..c
Ol
·;::
coefficient de transfert conducto-convectif constant h 1 . On néglige pour simplifier la
>-
a. présence de la gaine en acier inoxydable entre le matériau fissile et l'eau. À l'instant
0
u t = 0 survient un incident dans le circuit de refroidissement; d'une manière très gros-
sière, nous considérons que la température de mélange de l'eau passe immédiatement
à la valeur 82 (82 > 81) tandis que le coefficient de transfert devient h2 (h2 < h,).
Le problème est d'évaluer au bout de quelle durée 8t la température T2(r,t) du
matériau fissile, dans les conditions 2, atteint une valeur critique Tc si on laisse évo-
luer le système, ou de combien de temps on dispose pour ralentir la réaction (réduire

52
3.2. Théorèmes généraux

P autant que possible) en faisant tomber les barres du modérateur de la réaction de


fission.
Le champ de température T2 (r,t) est, pour t > 0, solution du système comprenant:

• l'équation de l'énergie, en coordonnées cylindriques :


2
8T2 = a(8 T2 + ~ 8T2) + !._ (3.6)
8t or2 r or pc

• les conditions aux limites :

(3.7)

(3.8)

• la condition initiale :
T2(r,t = 0) = Tf (r). (3.9)

Tf(r) représente la solution stationnaire initiale, associée au couple (h 1 , 81), qui est
la solution du système d'équations 3.10 à 3.12 dans lequel on adopte la valeur i = 1:

i = 1,2 a(-
2
d Tf
-
dr2
+
1 dTf
- -
r dr
+
p
-
pc
=0
l (3.10)

dT 5
i = 1,2 - .tl-i (R) =hi
dr
[rs' (R) - 8i] (3.11)
"O
0
c dT 5
::J
0 i = 1,2 l (0) = 0
-À - (3.12)
v ;a; dr
T"-f
"='
0
"'"' dont la solution est (voir exercice 1.2 au paragraphe 1.6.3) :
c
N
@ .,"'
~ ~ 2 2
..c 't: R - r R )
Ol
ï::::
0
'5 T f = 8i + P ( 4À. + 2h; (3.13)
>- "'0c
a. c
0 c
u .Q
T~ est la solution stationnaire hypothétique du système pour le couple (h2 , 82 ) au bout
ü
"'
"='
2 d'un temps dit infini, notion qu'on précisera ultérieurement. La résolution directe
o.
~

"'
'5
du système d'équations 3.6 à 3.9 est possible mais laborieuse. Il est beaucoup plus
F! simple de poser, en utilisant la technique de superposition :
-ci
0
c
"'
0
T2(r,t) = T~(r) + T(r,t) (3.14)
@

53
Chapitre 3 • Conduction instationnaire

Le système d'équations 3.6 à 3.9 est remplacé par le système d'équations 3.10 à 3.12
pour i = 2, de solution T~(r) connue, et par un système en T(r,t) obtenu par diffé-
rences membre à membre des équations homologues des deux systèmes précédents
(avec i = 2 dans le deuxième cas) ; soit :
2
oT =a (o T + ~ oT) (3.15)
or2
1
ot r or

oT
- À or (R ,t) = h2T(R, t), (3.16)

oT
- À or (O ,t) = 0, (3.17)

T (r,0) = T f (r) - T~(r) = 81 - 82 +


PR( h;,1 -
2 h
1)
= To < O. (3.18)
2
Il est plus simple de résoudre le système d' équations 3.15 à 3.18 que le système 3.6
à 3.9. En effet, le terme de puissance volumjque P a disparu ; l'équation 3.16 est
homogène; la condition initiale 3.18 est uniforme. La résolution mathématique du
dernier système d' équations est classique et reportée au Complément A.1 afin d' allé-
ger l'exposé. Une application numérique concernant l'exemple traité y est également
abordée.
D ' un point de vue physique, ce système représente la diffusion de la chaleur dans
un cylindre infiniment long de rayon R, initialement à une température uniforme To
négative, qui s'échauffe sous l'effet d' un transfe1t conducto-convectif à la paroi, ca-
ractérisé par h1 et une température de mélange Tm = 0 du fluide. Ce type de problème
très classique donne lieu à des tabulations pour différentes géométries monodimen-
"O
sionnelles et différentes conditions aux limjtes [122].
0
c
::J
Lors d' une tabulation des résultats de calculs analytiques ou numériques, il est
0 souhaitable de présenter la solution en fonction d' un nombre mirumal de groupe-
v
T"-f
0 ments adimensionnés ; ces groupements adimensionnés représentent les paramètres
N
@ physiques, en nombre limjté, qui régissent le problème. C' est l' objet du paragraphe
~
..c suivant.
Ol
ï::::
>-
a.
0
u
3.2.2 Analyse dimensionnelle - Théorème II
L' analyse dimensionnelle repose sur un théorème classique, dit de Vaschy-
B uckingham ou théorème n , que nous nous contenterons d'exposer et d' appliquer
à quelques cas.
Si un phénomène physique est décrit par n g randeurs physiques Pi (i = l, ... , n),
qui s'expriment en fonction de k dimensions indépendantes, alors il est possible de

54
3.2. Théorèmes généraux

grouper les n grandeurs physiques en n - k produits sans dimension, notés II1 (j =


l, ... , n - k), et la solution se met sous laforme :

(3.19)

Appliquons ce théorème à deux exemples, de façon à en comprendre la portée et les


limites :

a) l er exemple : échauffement d'une barre


Soit à étudier le phénomène représenté par le système d'équations 3.15 à 3.18. Le
problème dépend den = 8 grandeurs physiques indépendantes (t,T,To,a,r,.:i,R,h2).
On notera que les quantités T et To représentent en fait des écarts de température
par rapport à la température de mélange Tm = 0 du fluide, considérée ici comme
référence. Les unités SI des huit grandeurs physiques sont respectivement : s, K,
K, m2/s, m, W/(m.K), m, W/(m 2 .K) qui s'expriment en fonction de k = 4 unités
indépendantes (s, K, m, W). On obtient donc : n - k = 4. Il faut faire appel au sens
physique pour guider les choix de certains groupements sans dimension pilotant le
problème ; les autres s'en déduisent.

Soient:
- II1 = r/R = r+ : distance adimensionnée ;
- II2 = at/R2 = Fo : ce groupement, déduit de la dimension de a et appelé
nombre de Fourier noté Fo, représente un temps adimensionné t+ = t/Tcd,
avec: ~d = R2 /a;
- ll3 = T/To : rapport d'écarts de températures caractéristiques.
Il reste à déterminer un groupement ll4, qui fasse intervenir À et h2, grandeurs
"O
physiques non utilisées dans les groupements précédents. Le plus simple est
0
c de poser:
::J
0
v ;a;
- fl4 = h2R/ À = Bi, nombre de Biot introduit dans le Chapitre 2. La signification
T"-f
"='
0
N
c physique de Bi sera abordée dans le paragraphe 3.5.2.
"'
@ .,"'"' Sans aucun calcul, on sait, à partir du théorème il que la solution du système
~ ~
..c 't:
Ol 0
'5
d'équations 3.15 à 3.18 peut s'écrire:
ï::::
>- "'0c
a. c
0
u c
.Q f(T/To, Bi, Fo, r/R) =O. (3.20)
ü
"'
"='
2
o.
~ Il s'avère qu'elle s'écrit même: T/To = g(Bi, Fo, r/R), après résolution du système
"'
'5
F! (voir Complément A). Notons, à ce stade, que dans ce type de problème, relatif à une
-ci
0
c géométrie finie, les variables adimensionnées spatiale r/R et temporelle F o jouent
0"'
@ des rôles bien distincts.

55
Chapitre 3 • Conduction instationnaire

b) Deuxième exemple : mur semi-infini de température


pariétale imposée
On considère un mur semi infini (x > 0), initialement à température To, dont le champ
de température ne dépend que de x. À partir de l'instant t = 0, la température de la
paroi x = 0 est imposée à la valeur Te. Tous les paramètres physiques caractérisant le
problème (À, a, p, c) sont constants (figure 3.3). T(x,t) vérifie le système :

ôT ô2 T
(3.21)
ôt =a ôx2 '

T(x = O,t) = Te T(x = oo,t) = To T(x,t = 0) = To. (3.22)

Ce système dépend den = 5 grandeurs physiques : (T - Te, To - Te, t, a, x), dont les
unités respectives (K, K, s, m2/s, m) dépendent de k = 3 unités indépendantes. Il est
caractérisé par n - k = 2 groupements sans dimension :

- fl1 = (T - Te)/ (To - Te) = T +, température adimensionnée,


- un autre groupement fl2 qui dépend nécessairement de t, a et x.

On pose alors fl2 = at/x2 = Fo, nombre de Fourier ; et le phénomène étudié a une
solution du type f (T +, Fo) = 0 qui, dans ce cas, se met d'ailleurs sous la forme
T+ = g(Fo) (voir paragraphe 3.3.la)).

Il est remarquable de constater que, dans ce deuxième exemple, con-espondant à


une géométrie semi-infinie, les variables x et t ne sont plus indépendantes comme
dans le cas précédent mais interviennent de façon liée dans le groupement at/x2,
"O
c
0 nombre de Fourier, qui prend alors deux significations distinctes :
::J
0
v
,..-!
0
N - en x donné, Fo est un temps adimensionné : le temps caractéristique de
@
~
conduction thermique, de 0 à X, noté rd, est x 2 ja;
..c
Ol
ï:::: - à t donné, on introduit Fo- 112 = x/ Yai qui est un adimensionnement de la va-
>-
a.
0 riable d'espace; Yai est la longueur caractéristique de conduction à l'instant t
u
(l'instant 0 correspondant à l'apparition de la perturbation).

Il apparaît également dans le groupement at/ x 2 qu'il est équivalent de faire tendre x
vers l'infini (hypothèse initiale du mur semi-infini) ou le temps vers 0; il est clair que
le modèle d'un mur semi-infini caractérise la réponse d'un système dans les instants

56
3.3. Géométrie semi-infinie. Réponse après un intervalle de temps court

qui suivent immédiatement une perturbation tels que : t << L2/a , si Lest la dimension
finie du mur (réponse aux courts instants) 5 .
La suite de cette étude sera divisée en deux parties : l'étude des phénomènes phy-
siques liés à des géométries semi-infinies, ou à la réponse aux courts instants, dans
le paragraphe 3.3 et celle des géométries fini es, ou de la réponse à un instant quel-
conque, dans le paragraphe 3.4.

3.3 GÉOMÉTRIE SEMI-INFINIE. RÉPONSE APRÈS


UN INTERVALLE DE TEMPS COURT
Nous abordons, dans ce paragraphe, des cas caractéristiques mais non limitatifs des
problèmes liés à une géométrie semi-infinie, sous un angle physique : la réponse
d'un système un bref intervalle de temps après une perturbation et le problème de
la réponse thermique à une sollicitation périodique forcée. Des outils mathématiques
puissants (fonctions de Green, transformation de Laplace, etc.), développés dans le
Complément A, permettent de généraliser à des situations plus complexes les cas
abordés dans ce paragraphe.

3.3.1 Réponse d'un système après un intervalle de temps


court
a) Réponse à une température imposée
On reprend le deuxième exemple du paragraphe 3.2.2b), c'est-à-dire le mur semi-
infini initialement isotherme, auquel on impose une température de paroi Te à l' ins-
tant t = 0 en x = O. Si on adopte les variables sans dimension :
X
et u=
2
Yai, (3.23)

"O
c
0 l'équation aux dérivées partielles 3.21 dégénère en une équation différentielle6 en u:
::J
0
v ;a;
d2 T + dT+
T"-f
0
"O -- 2
+ 2 u - =Ü. (3.24)
N
c
::l du du
@ .,., Le sens physique de cette transformation est clair : ce type de problème est gouverné
~

'<I)
~
..c ·-=g"' par l'unique grandeur adimensionnée Fox = at/x2 , nombre de Fourier introduit au pa-
Ol ::l
ï:::: CO
>-
a.
c
0
ragraphe 3.2.2b). La condition initiale et la condition à la limite x ~ oo ont fusionné
c
0
u c
.~ pour donner
0
::l
"O
(3.25)
e
Q,
~ En effet, l'infini n' est jamais affecté par une pe1turbation en x =O.
~
::l
i8 5. Par contre, il n'est pas équivalent de considérer les solutions à t ~ oo et x ~ 0, car dans le premier
-ci
0
c
::l cas le modèle physique n'est plus fondé.
0
@ 6. En effe t, on a, pour t t:. 0 : 8 2 T /8x2 = (1 /4at)d2 T/du 2 et 8T /8t = -(u/2t)dT/du.

57
Chapitre 3 • Conduction instationnaire

La condition à la limite x = 0 devient

(3.26)

On obtient après intégration :

dT+
v=- ·- = A exp(- u2). (3.27)
du
Le facteur 2, introduit arbitrairement dans l'équation de définition 3.23 de u, conduit
à la forme simple précédente. Puis, intégrant (3.27) et tenant compte des condi-
tions (3.25) et (3.26), on aboutit :finalement à :

T- T Juexp(-u'2)du' 2 l u=x/(2 ..;ai) 2


e = r+ = J°oo = erf(u) = - r:;;. exp(- u' )du''
To - Te exp(-u'2)du' y7r o ·
0
(3.28)
où apparaît la fonction d 'erreur erf(u), brièvement étudiée dans le Complément B.

I
T - T
e

T(x,t)
0,5 cp (1)
0 À, a, p , c

{2(al)/ 1 -'
0
·-~- -
0,5
-+
1.1
X

2,-1

Figure 3.4 - Fonction d'erreur. Figure 3.5 - Mur semi infini.


"Cl
0
c
::::i
0
Sur la figure 3.4 le rôle du groupement x/(2-{{it) apparaît clairement:
""'"
.-1
0
N
@

..c
Ol
·;:: • à x fixé, T cd = x2/a est le temps caractéristique de conduction7 qui caractérise la
>-
a.
0
dynamique del' évolution du système; en effet, pour x/(2 -{{it) = 0,5 ou Fox =
u at/x2 = 1 ou encore t = x2/a , la perturbation thermique imposée en x = 0 a
imposé la moitié de son effet en x, par rapport aux conditions asymtotiques ;

7. En fait, ce résultat est valable pour tous les phénomènes de diffusion : si D est la diffusivité, en m2/s,
associée au phénomène de diffusion considéré (diffusion de quantité de mouvement, de concentration
d'espèce, de charge électrique, etc.), le temps caractéristique associé est r = x 2/D.

58
3.3. Géométrie semi-infinie. Réponse après un intervalle de temps court

• à t fixé, zcd = YQi est la longueur caractéristique de conduction8 ; en effet, on


peut donner la même interprétation que précédemment pour Fox = at/x2 = 1
OU X= Yëii.

Le modèle du mur semi-infini n'a de sens que tant que la dimension du mur sui-
vant x, notée L, vérifie

L» Vat soit: Fol= at/L2 « 1. (3.29)

On déduit de l'équation 3.28 le flux surfacique r.p(x,t) en utilisant la relation dimen-


sionnée:
r.p = - À oT = - (To - Te)
ox '/-;[
~exp(-~)
4at
(3.30)

Le groupement :
b=~, (3.31)
appelé ejfusivité du matériau, caractérise physiquement la réponse d'un système aux
instants qui suivent immédiatement une perturbation. L'intérêt de cette grandeur ap-
paraîtra de façon plus manifeste dans le paragraphe 3.3.3.
On notera la décroissance du flux en r 112 à la paroi x = 0 du mur, caractéristique
de la réponse du mur semj-infini.

b) Réponse à un flux extérieur constant


Un milieu semi-infini, initialement isotherme à la température To, est soumis à partir
de l'instant t = 0 à un flux surfacique uruforme et constant dans le temps r.p0 sur sa
frontière x = O.
"O
c
0 Sous l'hypothèse d' uniformité de a, l'équation de l'énergie peut être écrite en
::J
0 te1mes de fi ux :
v ;a; oT or.p o 2 r.p
T"-f "O
r.p(x,t) = - À ox (3.32)
0
N
c
::l ot =a ox2 '
@ .,.,
~

'<I)
~
..c ·-=g"' r.p(O,t) = t.po r.p(x ~ oo ,t) = 0 r.p(x,0) = O. (3.33)
Ol ::l
ï:::: CO
>-
a.
c
0
0
c
c
Le système d'équations 3.32 à 3.33 est formellement du même type que le sys-
u .~
0 tème d'équations 3.21 à 3.22 dont la solution est donnée dans le paragraphe 3.3.la).
::l
"O
e Compte tenu des différences de conditions aux limites et irutiales, on trouve :
Q,
~
~
::l
i8
-ci
0
c
r.p(x,t) = t.po {1 - erf [x/(2 Vat)]} = t.po erfc [x/(2 Wt)] t * 0, (3.34)
::l
0
@ 8. Expression généralisable à tout phénomène de diffusion : l = ..../Dt.

59
Chapitre 3 • Conduction instationnaire

où erfc(u) désigne la fonction d'erreur complémentaire (voir le Complément B.l).


La solution en température s'en déduit immédiatement, en utilisant les conditions
aux limites du problème et la loi de Fourier :

2<po Yt
T(x,t) = _~
Loo , ,
erfc(u )du + To avec at/L2 « 1. (3.35)
yÀpc x/2Vai

L'intégrale, appelée ierfc, qui apparaît dans l'équation 3.35, est tabulée dans le Com-
plément B.1. Dans cette expression apparaît encore l'ejfusivité YXiiC notée b, qui
caractérise la réponse du système aux instants qui suivent immédiatement une per-
turbation. On constate qu'un système de grande effusivité verra sa température plus
faiblement pe1turbée qu'un système de faible effusivité.

Notons que:
• À la paroi x = 0, la température du système croît en Yi, dès lors que la condi-
tion at/L2 « 1 est vérifiée.
• L'analyse dimensionnelle montre que le système d'équations 3.32 à 3.33 dé-
pend de six grandeurs indépendantes (T - T 0 , x, t, a, À, <po), s'exprimant en
fonction de quatre unités indépendantes (m, s, W, K). La solution dépend donc
de deux groupements indépendants : at/x2 et <pox/[À(T - T0 )]; en fait ici ce
sont les combinaisons x/(2 Vat) et il (T - To)/'Po Vat = b (T - To)/'Po Yt qui
interviennent explicitement dans l'équation 3.35.
• La fonction intégrale qui apparaît dans l'équation 3.35 a une largeur caracté-
ristique : x/(2 Vat) = 1/2 ; la constante de temps de ce phénomène est toujours
r = x2/a et la longueur de diffusion -Vat.

g 3.3.2 Réponse d'un système à une condition extérieure


c5 périodique
8 Un système peut être soumis à des conditions thermiques périodiques : alternance
N
@ jour-nuit, phénomène important pour les applications solaires ou les bâtiments; tech-
.:t: niques de hachage de faisceau utilisées en métrologie, etc. Un régime sinusoïdal
Ol
·~ constitue souvent une première approximation de ce régime périodique. Dans le cas
g.
u
des applications métrologiques, les techniques de traitement du signal permettent de
se limiter, en toute rigueur, à l'étude the1mique du régime sinusoïdal.

a) Analyse du problème
Considérons un mur semi-infini (x > 0), initialement à température To et soumis en
x = 0 à un flux <p = <po(l +cos wt), c'est-à-dire modulé sinusoïdalement autour d'une

60
3.3. Géométrie semi-infinie. Réponse après un intervalle de temps court

valeur moyenne cp0 (figure 3.5). Le système régissant ce problème est:

aT a2 r (3.36)
ot =a ox2 '

T(oo, t) = To T(x,0) = To. (3.37)

On a postulé implicitement que la perturbation n'atteindrait pas l'infini. Cette hypo-


thèse sera discutée ultérieurement. Utilisons le théorème de superposition, en cher-
chant une solution du type: T = T 1 + T1 telle que T 1 et T2 vérifient les deux systèmes
d'équations 3.38 à 3.39 et 3.40 à 3.41 respectivement:

(3.38)

T1(00, t) = To Ti(x,0) = To. (3.39)

Ce premier sous-système a été étudié au paragraphe 3.3.lb). L'autre sous-système


s'écrit:
0T2 o2T2
-=a-- (3.40)
ot ox2 '

(3.41)

La notation Re(eJwt) signifie ici partie réelle de eJwt. Le théorème ll (para-


graphe 3.2.2) montre que la solution du système d'équations 3.40 à 3.41 dépend de
trois groupements sans dimension wt, AT2 /(cpox) et x2 w/a. La solution générale de ce
"O
c
0 système s'obtient par les techniques exposées au Complément A. Ce deuxième sous-
::J
0 système conduit au bout d'un temps suffisamment grand, précisé ultérieurement, à un
v
T"-f
;a;
"=' régime asymptotique forcé.
0 c
N
"'
@ .,"'"'
~
..c
~
't:
b) Solution en régime forcé
0
Ol '5
ï::::
>- "'0c On cherche une solution de la forme :
a. c
0 c
u .Q
ü
"'
"='
T:;(x,t) = Re[82 (x) exp(jwt)], (3.42)
2
o.
~

"'
'5 au bout d'un temps infini; B2(x) vérifie évidemment le système :
F!
-ci

.JWe2 = ad-28-2
0
c
"'
0 (1) 82(00)=0 (3). (3.43)
@
dx2
61
Chapitre 3 • Conduction instationnaire

La condition initiale n'a alors plus de sens. L'équation caractéri stique de l' équa-
tion 3.43(1) s'écrit:
p 2 = jw/a. (3.44)
D 'où:

lh (x) =A exp [-(w/2a) 112 (1 + j)x ] + Bexp [Cw/2a ) 112 (1 + j)x]. (3.45)

Les conditions 3.43(2) et 3.43(3) imposent :

A = (<po/il)(a/2w) 1/ 2 (1 - j) B= O. (3.46)

La solution asymptotique r ;(x, t) s'écrit alors :

r ; cx ,t) = (<po/À)(a/w) 112 exp [-(w/2a) 112 x] cos [wt - (w/2a) 112 x - n/4] . (3.47)

c) Dégénérescence du phénomène de diffusion en phénomène


de propagation
La solution asymptotique ci-dessus ne vérifie pas la condition initiale écrite en 3.41 ;
le système a totalement perdu mémoire de son état initial. Étudions les propriétés
remarquables de la solution en régime forcé à la pulsation w.

Le phénomène de diffusion a dégénéré, à pulsation w fixée, en un phénomène de


propagation vers les x positifs avec une célérité C:

w(t - x/C) = wt - (w/2a) 112 x ==:::} C(w) = (2aw) 112 • (3.48)

La célérité est dispersée en fréquence. L'analyse spectrale du phénomène de dif-


fusion montre, d 'après l'équation 3.48, que :
'O • Les signaux à fréquence infinie se propagent avec une célérité infinie : au-
0
c cun temps de retard n ' apparaît entre une perturbation et sa propagation en un
::J
0
v point; ce phénomène, peu physique, provient de l'hypothèse de Fourier (para-
,..-!
0 graphe 10.5).
N
@ • Les signaux à fréquence faible se propagent lentement.
~
..c
Ol
ï:::: Le signal à la pulsation w se propage en étant fortement atténué en
>-
a.
0 exp [- (w/2a) 112 x] dans l'équation 3.47. Cette atténuation est d'ailleurs d'autant
u
plus forte que la pulsation w est plus élevée. Si les composantes à fréquence éle-
vée d'un signal thermique se propagent vite, elles sont rapidement éteintes. La
profondeur de pénétration eP est définie, pour la pulsation w, par :

ep = (2a/w) 1/ 2 (3.49)

62
3.3. Géométrie semi-infinie. Réponse après un intervalle de temps court

Le nombre de Fourier associé Fow = af(wep 2 ) est voisin de l'unité, égal à 1/2.
On constate l'existence d'un déphasage n/4 entre le flux excitateur <po cos wt et la
réponse en température en x = O.

Toutes ces propriétés traduisent l'existence d'un effet de peau lors de la propaga-
tion d'une onde thermique de pulsation w. Rappelons, à ce stade, qu'on est en droit de
parler de propagation et d'onde thermique à fréquence fixe w, mais que, si le phéno-
mène est envisagé globalement, il s'agit de diffusion, caractérisée par une dispersion
de la célérité.
Une perturbation thermique dépendant du temps imposée en la face x = 0 d'un mur
semi-infini peut être décomposée par analyse spectrale en composantes élémentaires
de pulsation w. Chacune des composantes se propage avec une célérité C(w) et est
caractérisée par une profondeur de pénétration ep(w). Le signal global correspond à
1' ensemble des composantes à toutes les pulsations et est doublement déformé lors
de son transport à 1' intérieur du milieu : c'est le phénomène de diffusion.
Une méthode mathématique puissante pour résoudre ce type de problème consiste
à faire subir au système une transformation de Laplace (voir Complément A.1) :
l'équation aux dérivées partielles que représente l'équation de l'énergie dégénère
alors en équation différentielle s'il y a une seule variable d'espace à considérer. La
transformation de Laplace correspond à une analyse spectrale du signal thermique ;
le fait que l'équation de l'énergie à une dimension spatiale dégénère à une fréquence
donnée en une équation différentielle correspond à la dégénérescence du phénomène
de diffusion en phénomène de propagation, plus facile à étudier. La transformation
inverse permet de reconstituer par intégration spectrale la réponse du phénomène de
diffusion.
'O

g
::J
3.3.3 Exercice d'application
0
v
,..-!
0
N
, ( Exercice 3.1 Contact thermique
@ "'
~ ~ Énoncé
..c 't:
0
Ol
ï:::: ~ Un problème courant consiste à étudier l'évolution the1mique d'un système constitué
>-
a.
0 ~ de deux corps notés 1 et 2, initialement isothermes à des températures différentes Tf
u
·~ et rg,
et mis brusquement en contact thermique à l'instant t = 0 (figure 3.6). On fait
l les hypothèses suivantes :
~

"'
~ • Les grandeurs thermophysiques caractérisant les deux corps (ili, Pi, ci, ai, bi
-ci
0
c
i = 1,2) sont uniformes,
=i

~ • Le contact est supposé parfait,

63
Chapitre 3 • Conduction instationnaire

Àl, a 1 ,p1 , c1 , b1 ~, a 2' p2 , c2 , b2


1j (x, t) T2 (x, !} x
yo 0 yo
J 2
milieu 1 milieu 2
Figure 3.6 - Modèle du contact thermique.

• On ne s'intéresse à l'évolution du système qu'aussitôt après la mise en contact.


1. Établir les expressions donnant l'évolution de la température des deux corps
en fonction du temps et de la variable d'espace.
2. Quelle est la température de contact entre la peau assimilée à de l'eau à 37 ° C
et une plaque d'acier à 60 °C? Même question avec une plaque de bois à 60 °C.
Commenter.

Solution
1. Le système à résoudre, en utilisant le modèle adapté de deux murs semi-infinis, s'écrit:

(3.50)

(3.51)

Ti (-oo,t) = r? (3.52)

T1(x,O) = T? (3.53)
"Cl Le système dépend de neuf paramètres indépendants (Tg - T?, T 1 - T?, T 2 - rg, À 1 , À2 ,
0
c x,t,a 1 , a2) qui eux-mêmes dépendent de quatre unités indépendantes (K,W,m,s); la so-
::::i
0 lution s'exprime en fonction de cinq produits sans dimension indépendants. On pose, a
"""
..-1 priori: (T 1 -T?)/(T~ -T?), (T2 - rg)/(T?-T~), Ài/À.2 ,a 1t/x2 , a 2t/x2 . On remarquera que
0
N dans le choix des produits, on s'est attaché à ne pas détruire la symét1ie du système: a 1/a 2
@

est obtenu par rapport des deux derniers groupements .
..c
Ol Il s'agit de résoudre le système d'équations 3.50 à 3.53. En variables sans dimension,
·;::
>- choisies de façon à ne pas rompre la symétrie du système :
a.
0
u + Ti - T~ T + _ T2 -T2° X
Tl = _T_o__T_o ' 2 - T o T o' Ut= ' (3.54)
2 - 1 1 - 2 2~
le système devient :

(3.55)

64
3.3. Géométrie semi-infinie. Réponse après un intervalle de temps court

(3.56)

(3.57)

Tt(-oo)=O (3.58)
Les solutions des équations 3.55 vérifient les relations (paragraphe 3.3.la)):

(3.59)

et l'équation 3 .56 devient :


(3.60)
Compte tenu des conditions aux limites à l'infini 3.58, les équations 3.59 s'intègrent en :

(3.61)

L'équation 3.57 conduit alors à:

(3.62)

Le système des deux équations 3.60 et 3.62 permet la détermination de A 1 et A1 et finale-


ment des champs de température Tt (u 1) et T{ (u2 ) :

(3.63)
"O
0
c soit:
::J
0
v ;a;
T"-f
"=' (3.64)
0 c
N
"'
@ .,"'
"'
~ ~
..c
Ol
't:
0 2. Intéressons-nous à l'évolution des températures au point de contact (x = 0) aux instants
ï:::: '5
>- "'0c qui suivent ce contact. Comme erfc(O) vaut 1, il vient :
a. c
0 c
u .Q
ü (3.65)
"'
"='
2
o.
~
Immédiatement après le contact, une température intermédiaire entre T~ et T~ s'établit au
"'
'5
F! point de contact, et celle-ci se maintient apparemment indéfiniment dans le temps. En fait,
-ci
0
c elle ne se maintient que tant que le modèle des murs semi-infinis (limité aux instants qui
"'
0 suivent la perturbation) a un sens : a 1tfL7 « 1, a1t/L~ « 1. Le résultat remarquable est
@

65
Chapitre 3 • Conduction instationnaire

que le corps de plus grande e.ffusivité tend à imposer sa température à l'autre. En effet, si
b1 » b2, on obtient:
(3.66)
Les conditions du paragraphe 3.3.1 sont donc réalisables dans ce cas. C'est aussi l'ex-
plication d'un phénomène courant mais paradoxal : marcher à pied nu (à 37 °C) sur une
plaque métallique à 60 °C ou sur un morceau de boi s à la même température ne donne pas
la même sensation de température : la première est insupportable, la seconde est tout-à-
fait tolérable. La réponse est simple : l' effusivité du pied est assimilable à celle de l'eau :
bp ~ 1600 (SI), celle du bois vaut : bb ~ 11 (SI) et celle de l'acier : ba '.::::'. 13000 (SI).
Lors du contact pied-acier, une température s' établit immédiatement : T pa = 57 ,5 °C. Lors
du contact pied-bois, on obtient seulement : T pb = 37 °C. Si, par contre, on persiste à res-
ter debout sur la planche de bois, très vite l'effet sera le même que sur la plaque d ' acier.
C'est une démonstration par l'absurde, facile à réaliser, que le modèle du mur semi -infini
n'est valable qu'aux temps courts. Les Sages Je savent bien, qui ne font que passer sur Jes
brasiers ardents !
L'ejfusivité -yxpë représente dans tous les cas envisagés aux paragraphes 3.3.1 et 3.3.3
une grandeur caractérisant la réponse instationnaire d'un système aux instants suivant une
perturbation (tant que le milieu peut être considéré comme semi-infini). Elle représente
physiquement la capacité du milieu à résister (en température) à une modification brutale
des conditions extérieures. _ _ _J

3.4 GÉOMÉTRIE FINIE. RÉPONSE D'UN SYSTÈME


À UN INSTANT QUELCONQUE
La réponse d'un système fini à une perturbation a déjà été abordée (paragraphe 3.2.1).
Nous traitons ici d'autres cas, de façon à mettre en évidence les spécificités physiques
"O
0 de ce type de problème. Les outils mathématiques et méthodes numériques (diffé-
c
0
::J
rences finies, éléments finis, etc.) permettant d'aborder des problèmes plus complexes
v
,..-! sortent des objectifs de cet ouvrage.
0
N
@
~
..c
Ol 3.4.1 Réponse à une perturbation brutale
ï::::
>-
a.
0 Considérons un mur, d'épaisseur L suivant Ox, isolé sur la face x = 0, initialement
u
à température To et échangeant, à partir de l'instant t = 0, de l'énergie avec un
milieu extérieur à température Te par transfert conducto-convectif caractérisé par le
coefficient h sur la face x = L. Le système à résoudre s'écrit:

ôT ô2 T
-= a-- (3.67)
ôt ôx2
66
3.4. Géométrie finie. Réponse d'un système à un instant quelconque

ôT ôT
- À ô x (L,t) = h [T (L,t) - Te] - À ô x (0 ,t) = 0 , (3.68)

T( x ,0) = To. (3.69)


Il y apparaît huit grandeurs indépendantes (T - Te, To - Te, x , t, a , À, h, L) dépen-
dant de quatre unités indépendantes (K, W, m , s) ; la solution dépend donc de quatre
groupements adimensionnés : T + = (T - Te)/(To - Te), x+ = x/L, t+ = Fo = at/L 2 ,
Bi = hL/ À. La signification physique du nombre de Biot Bi sera précisée dans le
paragraphe 3.5.2. Le système devient, sous forme adimensionnée:
aT+ a2 T +
= (3.70)
ôx+2 '

aT+ +) . + +)
- (l, t +Bi T (l., t = 0 (3.71)
8 x+

(3.72)
Ce système linéaire ne comporte qu ' une équation non homogène 3. 72 ; il peut être
résolu dans ces conditions par différentes techniques, dont les plus classiques sont
la transformation de Laplace ou la méthode de séparation des vari ables. La solution
dimensionnée , détaillée dans le Complément A.2, est:

T (x ,t) - Te _ fi(
- L.J 2 sin(kn)
. )
cos
(k x )
n-
( 2 at )
exp -kn L2 , (3.73)
To - Te n=O kn + sm(kn) cos(kn) L
où les kn sont la suite des solutions de :
(3.74)
"O
0 Cet exemple est représentatif du type de solutions obtenues, pour une géométrie finie
c
0
::J quelconque. Quand il est possible d ' obtenir une solution analytique, elle se présente
v ;a; généralement sous la forme de séries infinies. Une telle solution est valable quelle
T"-f
"='
0
N
c
"' que soit la valeur de t. Il est clair que le temps caractéristique T cct = L2 /a qui apparaît
@ .,"'"' dans le temps adimensionné t+ (ou nombre de Fourier) représente la constante de
~ ~
..c
temps du système. À la limite où : at/L 2 >> 1, on peut se contenter d' un seul terme :
't:
0
Ol '5
ï::::
>- "'0c la réponse du système aux temps longs prend une forme exponentielle. Quand, au
a. c
0
contraire : at/L 2 << 1, c' est-à-dire aux courts instants après la perturbation, tous les
c
u .Q
ü
"'
"='
2 termes doivent être pris en compte. Dans ces conditions, le milieu peut être considéré
o.
~ comme semi-infini puisque le phénomène de diffusion n'affecte pratiquement pas la
"'
'5
F! frontière x = 0 du système. Des solutions directes, plus aisément exploitables peuvent
-ci
0
c souvent être obtenues (voir paragraphe 3.3.1). Dans les cas intermédiaires, il sera en
"'
0
général suffisant de limiter la série à 2 ou 3 termes.
@

67
Chapitre 3 • Conduction instationnaire

3.4.2 Réponse à un régime forcé


L'étude du paragraphe 3.3.2 peut être reprise, sans difficulté, dans le cas d'une géo-
métrie finie. Il apparaît, pour une pulsation w donnée, un phénomène de propagation
d'ondes thermiques à la fois vers les x positifs et vers les x négatifs, donnant lieu à
des ondes stationnai res.
,
3.5 ECHELLES DE TEMPS ET DE LONGUEUR
Ce paragraphe présente les résultats principaux ayant trait aux échelles de longueur
et de temps en diffusion. Ces résultats sont appliqués ici à la conduction the1mique,
mais ils restent valables pour tout phénomène de diffusion.

3.5.1 Temps caractéristiques


Un système thermique est souvent caractérisé par des temps caractéristiques propres
(excitation périodique, durée d'une impulsion, temps caractérisant le déplacement
d'un front de fusion, temps nécessaire au conditionnement ou au traitement d'un
matériau, etc.). Ces temps sont à comparer entre eux et à d'autres qui caractérisent
les transferts par conduction, convection et rayonnement lors del' analyse initiale du
système. Il est souvent possible de simplifier considérablement la modélisation de
celui-ci, dès lors que certains de ces temps sont négligeables devant d'autres.

a) Temps caractéristique de conduction thermique


Un temps caractéristique de conduction thermique rcct, dans une direction pour la-
quelle l'extension du système est R, est construit à partir de l'expression du nombre
de Fourier relatif à cette direction (Fo, obtenu dans le paragraphe 3.2.2 dans le cas
"O
d'un cylindre) :
c
0 t at cd R2
::J
Fo = rcd = R 2 r =- (3.75)
0 a
v
T"-f
0 Un système est souvent caractérisé par plusieurs temps caractéristiques de conduc-
N
@ tion. Notons qu'un bloc parallélépipédique homogène de diffusivité a et de dimen-
~
..c sions L 1 , L 2 , L 3 est caractérisé a priori par trois nombres de Fourier atf LT, at/L~, at/L~
Ol
ï::::
>- auxquels on peut associer les trois temps caractéristiques Lifa,L~ja et L~/a.
a.
0
u
b) Temps caractéristique de transfert conducto-convectif
Un temps caractéristique de transfert conducto-convectif r<-·c peut facilement être in-
troduit. Pour ce faire, on suppose que, pour un système fini, le temps caractéristique
de conduction normalement à la paroi est nul (conductivité thermique du matériau
infinie : notion qu'on précisera ultérieurement). Considérons, à titre d'exemple, une

68
3.5. Échelles de temps et de longueur

tranche élémentaire d'une barre de rayon R, initialement à la température T 0 , qui


échange de la chaleur uniquement avec un bain à la température Te par transfert
conducto-convectif caractérisé par un coefficient d'échange h. À chaque instant t la
barre sera, avec les hypothèses précédentes, isotherme à la température T(t). L' évo-
lution de la température T(t) de la tranche de cette barre, de volume dV et de smface
d'échange avec le bain dS est régie par le système:

T(O) = To. (3.76)

dont la solution est :

_T_-_T_e = exp (- _h_dS_t) = exp (- _t ) . (3.77)


To - Te pcdV Tee

En l'absence de retard lié au phénomène de conduction (isothermie instantanée de la


barre), le temps caractéristique conducto-convectif est:

cc pc dV pcR
T = h dS = 2h . (3.78)

L'hypothèse d'isothermie instantanée9 de la tranche est vérifiée à des échelles de


temps grandes devant T cd , quand est vérifiée la relation :

(3.79)

Notons que cette inégalité, qui doit être considérée au sens d'une exponentielle
"O
très petite, est peu contraignante : rd 3 à 5 fois plus petit que Tee est suffisant.
0
c
::J
Dans l'hypothèse inverse:
0 (3.80)
v ;a;
T"-f "O
0
N
c
::l la conduction thermique peine à transférer au milieu l'énergie apportée à la paroi
@ .,.,
~

~
'<I)
par transfert conducto-convectif : c'est la limite où on considère que h tend vers
..c "'
·-=
Ol g
::l
l'infini. Le transfert conducto-convectif impose alors la température Te à la paroi
ï:::: CO
>-
a. 0
c de la barre et il convient de résoudre complètement le problème de conduction
c
0 c
u .~ instationnaire au sein de la barre (voir les paragraphes précédents).
0::l
"O
eQ,
~
~
::l
i8 9. Dans un problème instationnaire, cette propriété d'isothermie instantanée n'est atteinte qu'au bout
-ci
0
c
::l d'un délai de l'ordre de quelques Tcd . Cet intervalle de temps correspond à l'établissement d'un régime
0
@ stationnaire local.

69
Chapitre 3 • Conduction instationnaire

c) Temps caractéristique de transfert radiatif


Il est également possible de définir un temps caractéristique radiatif aux limites d'un
système. Dans un cas simple classique l'équation 3.76 se transforme en:
dT
pc dt dV = -ê<T (T
4
- r:) dS T(O) = To . (3.81)

dont la solution est :


pc dV (T dT'
t - to = ê<T dS Jro r: -
T'4 (3.82)
Ce temps est lié au flux radiatif, pas au phénomène de propagation des photons qui
est en pratique instantané, puisque caractérisé par la célérité du rayonnement sur des
distances finies. Son expression peut être simplifiée dans différents cas limües : à la
limite où : (T - Te)/Te « 1, après linéarisation, on retrouve l'équation 3.76 ; si, au
contraire: Te>> T, le flux est constant dans l'équation 3.81 et il vient:
t - to pc dV
= (3.83)
T - To s<TT: dS
Ce résultat dépendant de la température, il dépend fortement des conditions de l'ap-
plication considérée; il n'y a alors pas d'expression générale pour le temps caracté-
ristique radiatif.
3.5.2 Nombre de Biot
Dans le cas d' une barre de rayon R, on retrouve le nombre de Biot hR/;t comme
rapport des temps caractéristiques de conduction R2 /a (équation 3.75) et de transfert
conducto-convectif pcR/2h (équation 3.78), soit, à un facteur près :
(3.84)
Ce résultat est général et la discussion du paragraphe précédent correspond aux deux
"O
0 critères classiques :
c
::J
0
v
,..-!
• Bi « 1, déjà rencontré comme critère de validité de l'approximation de l'ai-
0
N lette au sens du profil de température. Ce critère s'éclaire parfaitement, à partir
@ de la discussion précédente. Même si l'ailette est considérée en régime sta-
~
..c
Ol tionnaire, le fait que le temps de conduction transverse rd soit petit devant le
ï::::
>-
a. temps de transfert conducto-convectif rc' ou global incluant éventuellement
0
u un rayonnement linéarisé, impose de fait une quasi-isothermie de la section
droite del' ailette.
• Bi >> 1, rencontré quand le coefficient de transfert est très élevé (échange di-
phasique, par exemple : voir tableau 1.1 du paragraphe 1.4.2). Dans ce cas, le
fluide impose sa température à la paroi du corps en contact avec lui.

70
3.5. Échelles de temps et de longueur

3.5.3 Nombre de Fourier


Différentes s.ignifications du nombre de Fourier ont été abordées dans cette étude :
a) Pour un système de dimension finj e, de longueur L, c'est le temps adimen-
sionné:
(3.85)

où r-·dest le temps caractéristique de conduction dans la direction relative à la dimen-


sion L (voir le paragraphe 3.5.1).
b) Pour un système ayant une dimension semi-infinie (c'est-à-dire considéré aux
instants suivant immédiatement une perturbation), le nombre de Fourier permet :

• à un instant donné t, d'obtenir la distance caractéristique de diffusion : ...;ai;


• en un point M d'abscisse x, d'obtenir le temps caractéristique de diffusion :
x2/a;
• dans le cas d' un régime sinusoïdal forcé à la pulsation w, le nombre de Fou-
rier permet d' obtenir la profondeur de pénétration de l'onde à la pulsation w :
y2a/w (paragraphe 3.3.2).

3.5.4 Exercices d'application

( Exercice 3.2 Temps de réponse d'un thermocouple


Énoncé
Un thermocouple est représenté, avec sa gaine généralement en acier, sur la figure 3.7.
"Cl
0
La soudure entre les deux fils métalliques est disposée à l'extrémité d' un cylindre de
c rayon R, au centre d'une hémisphère de rayon R. Elle est noyée dans un matériau
::::i
0
;o;
isolant (magnésie). C'est la f.e.m. engendrée au niveau de cette soudure qui permettra
"""
..-1
0
"O
c de remonter à la température du thermocouple.
N :::>

@ .,.,;:;;
.µ ,,,
'V
fil métallique J gaine
..c ·;::
Ol s:::>
·;::
>- "'c

\==·
a. 0
c
0 c
u .~

/-______,_,,
0:::>
"O
ec.
1!!
~
:::>
~
-d
fll mérallique 2 magnésie
0
c
:::>
0
9
Figure 3.7 - Coupe d 'un thermocouple commercial.

71
Chapitre 3 • Conduction instationnaire

Caractériser les temps de réponse de ce thermocouple. Discuter, d'un point de


vue pratique, de l'influence du rayon.

Solution
Si on suppose, pour simplifier, le matériau constituant le thermocouple homogène et de
diffusivité a , on peut introduire un temps de réponse conductif transverse: T ed = R2/a et
un temps de réponse conducto-convectif: T ee = pcR/h. Les deux temps de réponse T ed et re
sont en série et caractérisent globalement la réponse du thermocouple ; rd et T ee diminuent
sensiblement quand R décroît, d'autant plus, dans le second cas, que h augmente fortement
quand R décroît (voir Complément C.1).
On a donc intérêt, si on veut privilégier une réponse rapide d' un thermocouple, à diminuer
autant que possible le rayon R. Si les thermocouples usuels, dans l' industrie et au labo-
ratoire, ont un rayon de 0,5 mm , les thermocouples les plus pe1formants ont des rayons
de l'ordre de 10-2 mm. Le coût d ' un tel thermocouple croît en raison exponentielle de
l' inverse du rayon.
Exercice 3.3 Pont thermique
Énoncé
Un fluide opaque s'écoule en régime stationnaire suivant Ox entre deux plaques pa-
rallèles de longueur L maintenues à la température uniforme Tp (voir figure 3.8). La
température de mélange du fluide, qui est à la pression p, est supposée uniforme sur
la longueur Let de valeur Tf . Une barre cylindrique en acier de rayon R et de conduc-
tivité thermique À maintient les deux plaques à une distance H l'une de l'autre. Le
coefficient de transfe1t conducto-convectif entre le fluide et la barre est supposé uni-
forme et de valeur h.
t
1
1

"O
0 H =SOcm - - - - - - ---+- -+-- - - - - - - --+ X
c
::J 1j = 100°c
0 1
v i

-
T"-f
7~ = 20°C
0
N
2R=6 mm
@
~
..c L= 3m
Ol
ï::::
>-
a.
Figure 3.8 - Section du système.
0
u
1. h = 81 W.m- 2 .K- 1 (air comprimé). Donner, à partir du modèle le plus simple
possible, l'expression analytique et la valeur numérique du flux échangé entre la
barre et le fluide.
2. h = 5105 W.m- 2 .K- 1 (sodium liquide). Écrire le système d'équations le plus
simple possible permettant d'obtenir le champ de température dans la barre.

72
3.5. Échelles de temps et de longueur

=
Données : L 3 m ; H = 50 cm ; R =3 mm ; ,l = 15 W.m- 1.K-1 ; p = 3 bar ;
TP = 20 °C ; Tf = 1OO ° C.

Solution
Les efficacités comparées du transfert conductif dans le solide et du transfert conducto-
convectif dans le fluide ont un impact direct sur la solution de ce type de problème. Le
nombre de Biot donne un ordre de grandeur du rapport entre les temps caractéristiques T ed
et re. Le système présentant un plan de symétrie (Je plan d'équation z = H /2), seule une
moitié de la barre, de longueur H /2, est étudiée.
1.Le nombredeBiotvautBi = hR/;t = 0,016.CommeBi « 1,l'approximationdel'ailette
est valide en termes de champ de température et de flux échangé. Soit T (z) le champ de
température au sein del' ailette (l' axez est défini sur la figure 3.8). Le bilan d'énergie pour
une tranche [z, z + dz] de la barre s'écrit:
nR2 [cp (z) - <P (z + dz)] - h [r (z) - Tf ] 2n R dz =0 (3.86)
ou encore:
d2T 2
-
dz 2
- m [r (z) - Tf] = O (3.87)

avec m = y2h/;tR = 60m- 1•


La longueur adimensimmée de l'ailette m.H/2 vaut 15; elle est donc plus grande que 5, et
la barre peut être assimilée à une ailette infinie.
Les conditions aux limites sont T (0) = Tp et T (oo) = T.r. La résolution donne:
T (z)- T r
--- · = exp (-mz) (3.88)
Tp- Tf
Le flux <I> fourni par la barre au fluide est le double de celui traversant la base de la demi-
ailette, soit :

(3.89)

2. Ici, le nombre de Biot vaut Bi = 100 » 1. Le temps caractéristique de conduction r ed


"O
0 est donc très grand par rapport à celui décrivant le transfert conducto-convectif T ee . Dans
c
::J ces conditions, le fluide impose sa température de mélange T.r à la surface de la barre. Le
0
v problème est donc bidimensionnel. Un bilan d ' énergie appliqué au volume élémentaire de
T"-f
;a;
0
"='
c barre situé entre deux cylindres concentriques de rayons r et r + dr d' une part et entre deux
N
"' plans de cotes z et z + dz d 'autre part aboutit au résultat suivant:
@ .,"'"'
~
~
..c
Ol
't:
0
'5 ôT(r,z)
a2 r + -
= -8r2
1 ar a2 r
-+- =0 (3.90)
ï::::
>- "'0c r Br 8z2
a. c
0 c
u .Q Les conditions aux limites sont :
ü
"'
"='
2
o.
~
T (R, z) = T.r T (r,O) = Tp
8T
Br (O,z) =0 BT
az
(r, H)
2
=0 (3.9 1)
"'
'5
F! _ _ _J
-ci
0
c
"'
0
@

73
"O
0
c
::i
0
~
.-l
0
N
@

..c
Ol
ï:::
>-
0..
0
u
TRANSFERTS
RADIATIFS ENTRE
CORPS OPAQUES

Notions clés
milieux opaques, transparents et semi-transparents; luminance; rayonnement
d'équilibre; étendue spectrale d'une source; absorptivité, émissivité et réflecti -
vité d'un corps opaque; flux radiatif; corps immergé dans un système à l'équi-
libre radiatif.

Si on se limite aux échanges d' énergi e radiative entre corps opaques 1 à travers un
milieu transparent (voir les définitions dans le paragraphe 1.2), les transferts radiatifs
n'apparaissent dans le bilan thermique d' un système qu'au niveau des conditions aux
limites (voir paragraphe 1.5). Nous adopterons ce point de vue dans le présent cha-
pitre et n'aborderons que des configurations géométriques et physiques simples. Le
problème essentiel est ici d'exprimer le flux smfacique radiatif <pR, qui intervient dans
l'expression du flux d' énergie à la frontière d' un corps opaque (voir paragraphe 1.5).
Le champ de rayonnement thermique se décompose en rayonnements élémen-
taires, caractérisés par des fréquences v ou des longueurs d'onde l. Le flux surfacique
radiatif <pR en un point, compté positivement dans le sens de la normale à la smface,
représente la somme sur tout le spectre de longueurs d'onde l du flux surfacique
monochromatique d<p~, défini pour l'intervalle spectral [l, l +dl] :

"O
c
0
::J
<pR = rl=oo d<p~. (4.1)
0 j A=O
v ;a;
T"-f "O
0
Les flux radiatifs surfaciques <pR et d<p~ sont algébriques; d<p~ s'exprime en fonction
c
N ::l

@ .,.,
~

~
'<I) de flux surfaciques monochromatiques particuliers définis dans le paragraphe 1.2
..c ·-=g"'
Ol
ï:::: ::l
CO
(voir figures 4.1 .a et 4.1 .b), qui sont des quantités arithmétiques intégrées dans un
>-
a.
c
0 demi-espace :flux émis, d<p~ ;flux absorbé, d<p~ ;flux réfléchi, d<p~ ;flux incident, d<p~;
c
0 c
u
0 flux partant, d<p~ Du point de vue du corps opaque, le flux surfacique radiatif mono-
.~

e chromatique d<p A s'écrit en x = o-, avec le sens choisi pour Ox sur la figure 4.1.a :
::l
"O

Q,
~
~
::l
i8 (4.2)
-ci
0
c
::l
0
@ 1. Le traitement général des milieux semi-transparents est détaillé dans Je Chapitre 6.

75
Chapitre 4 • Transferts radiatifs entre corps opaques

Du point de vue du milieu transparent, d<p1 s'écrit en x=ü+ (figure 4.1.b):

d'PAR_dp d i (4.3)
- 'PA - 'PA·

Les équations 4.2 et 4.3 sont équivalentes pour un corps opaque. En effet, le flux
monochromatique incident sera en partie absorbé et en partie réfléchi :

d<p~ = d<p~ + d<p~ (4.4)

tandis que le flux surfacique partant se compose des flux émis et réfléchi :

(4.5)

corps . milieu corµs milieu


opaque; transpare/lf opaque : trtm~pare111
flux j~
absorbé=. : //11;r
l 0 i11cidem
t

X : ~ X
/lux ~lux
émis
~
a) Point de l'lie b) Point de vue
du COIJJS OfXJq11e du milieu transparent

Figure 4.1 - Les deux approc hes du flux radiatif.

4.1 DOMAINE DU RAYONNEMENT THERMIQUE

"Cl
Le rayonnement thermique est constitué de quanta, appelés photons, d'énergies hv,
0
c particules ultrarelativistes dont l'étude relève de la statistique de Bose-Einstein des
::::i
0 particules en nombre indéterminé [39]. Nous considérons dans ce chapitre que le
"""
..-1
0
rayonnement se propage dans des milieux transparents d' indice absolu n égal à 1
N
@
(vide et, en excellente approximation, gaz transparents : N2 , 0 2 , etc.). La grandeur

..c fondamentale caractérisant un rayonnement est la fréquence v, invariante lors d' une
Ol
·;:: réflexion ou de la traversée d' un milieu quelconque. Avec les hypothèses précédem-
>-
a.
0 ment faites, la longueur d'onde ,l du rayonnement est également invariante2 :
u
;l = c0 /v, (4.6)
2. /l n'est pas invariante dans un milieu semi-transparent ; en effet, net c peuvent dépendre des propriétés
locales du milieu, présenter une partie imaginaire ou même dépendre de v et de la direction u. L' unité
spectrale sera, dans un tel milieu, liée à la fréquence (Hz) ou plus comamment au nombre d 'onde dans
le vide (cm- 1).

76
4.1. Domaine du rayonnement thermique

où c0 est la célérité du rayonnement dans le vide. Conformément à l'usage, nous uti-


liserons en général la longueur d'onde exprimée en ~Lm oo-
6 m). Nous démontrerons

dans le paragraphe 4.4 que la longueur d'onde Âm la plus représentée dans un milieu
transparent à la température T , en équilibre thermodynamique avec les corps opaques
qui J' environnent, vérifie la relation remarquable :

T.Àm(T) = 2898 ~un.K. (4.7)

On déduit de l'équation 4.7 les longueurs d'onde caractéristiques des rayonnements


en équilibre avec des sources à des températures diverses (figure 4.2). Le domaine
du rayonnement thermique usuel couvre une grande partie du domaine infrarouge
(0,8 à 70 ~Lm) et le domaine visible (0,4 à 0,8 ~Lm). Cependant, les lois du rayonne-
ment introduites dans cet ouvrage s'appliquent à tous les domaines spectraux (si A
est petite devant une échelle caractéristique du système3) : seuls les ordres de gran-
deur changent. Il apparaît clairement sur l'équation 4.7 que le rayonnement est une
notion autant thermodynamique qu'électromagnétique. Les seules méthodes prati-
cables pour mesurer des températures élevées sont radiatives ; délicates à mettre en
œuvre, de plus en plus fondées sur l' usage de lasers, elles sont précises parce qu'elles
perturbent peu le milieu étudié.

fond c1yogénie température fission, fusion


du ciel (azote liquide) ambiante combustion soleil nucléaires

6 7
-1 80 300 2500 5600 JO - JO T(K)

"Cl
0 -./
c À (.ttm ) 36 10 1,2 3,3 10
0,55
::::i
0
;o; microonde
.!
"""
..-1
0
"O
c 0 11 '
! U. v.:
N :::>

@ .,.,;:;; Henzien in}iw·ouge Visible X y



..c
,,,
'V
·;::
ro ~8 ~-1
Ol s:::> ~ ---------------------- ·· --------------------------------------- ~
·;:: rayonnement thermique usuel
>- "'c
a. 0
c
0 c
u .~ Figure 4.2 - Les différents types de rayonnement électromagnétique.
0:::>
"O
ec.
1!!
~
:::>
~
-d
0
c
:::> 3. Cette condiüon correspond à l'approximation classique en physique quantique et au champ lointain
0
9 en électromagnétisme.

77
Chapitre 4 • Transferts radiatifs entre corps opaques

4.2 EXPRESSION D'UN FLUX MONOCHROMATIQUE


4.2. l Flux monochromatique directionnel
Une grandeur directionnelle est relative à un angle solide élémentaire d.Q s'étendant
autour d' une direction caractérisée par un vecteur unitaire o . Elle sera affectée d'un
symbole prime (1).
Considérons un élément de surface dS 1 autour d'un point 0 1, qui échange du
rayonnement avec un élément de surface dS 2 autour de 02 (figure 4 .3). Soient n 1
et n2 les normales orientées des faces en regard de dS .1 et dS 2, o 1 le vecteur unitaire
de 0 1 vers 0 2, 02 le vecteur unitaire de 0 2 vers 0 1 (02 = -o 1), et f}i et 82 les angles
(n 1,u 1) et (n2,02). Le flux monochromatique directionnel échangé entre dS 1 et dS 2
est proportionnel à:
a) la suiface apparente de dS 1 dans la direction 0 10 2, soit dS 1 cos 81,
b) l'angle solide d.Q 1 sous lequel on voit dS 2 de 0 1, soit dS 2 cos 82/0 1O~,
c) la largeur de l'intervalle spectral [À, À + d/l.].

Figure 4.3 - Configuration d'échange entre surfaces élémentaires.

On obtient finalement :

"', = '(O. )dS1 cos81dS2cosfhd 1


d5 ""'A L,1 ,,01 2 /l . (4.8)
"Cl
0
0,02
c
::::i
0
L'équation 4.8 est la relation phénoménologique de définition4 de la luminance mono-
"""
..-1
0 chromatique directionnelle L~(0 1 ,o 1 ) du rayonnement considéré (loi dite de Bouguer
N
@ ou de Kirchoff). C'est une grandeur définie en tout point del' espace qui est invariante

..c
Ol
en tout point du trajet 0 10 2 dans le cas où le milieu entre 0 1 et 0 2 est transparent.
·;::
>- La partie géométrique de l'équation 4.8 est symétrique vis-à-vis des surfaces dS 1
a.
0
u et dS 2 : elle peut s'écrire sous deux formes différentes. Si on fait apparaître l'angle
solide d.Q 1, on obtient :

(4.9)

4. Une définition physique directe de la luminance, relevant de la physique statistique, caractérise en


(r ,t) 1'état d' un système de photons hors équilibre : voir paragraphe l 0.1.

78
4.2. Expression d'un flux monochromatique

Si on fait apparaître l'angle solide dQ2 sous lequel on voit dS 1 de 0 2 , soit


dS 1 cos Bi/0 1O~, on obtient:

(4.10)

La luminance, grandeur énergétique, est additive ; par exemple, le flux monochro-


matique directionnel partant de l'élément de surface dS 1 supposé opaque d5 <P~~ se
compose d'un flux émjs d 5 <t/1~ et d'un flux réfléchi d 5 <1>'1~ :

(4.11)

On obtient, à partir de relations analogues à l'équation 4.8, la relation entre les lumi-
nances correspondantes :
p -
LuI I e
- Lu+ L1,i,·Ir (4 . 12)

Si L'Li désigne la luminance directionnelle monochromatique incidente sur dS 2, il


vient:
(4.13)
où L{~ représente la luminance du rayonnement incident sur dS 2 et réfléchi dans un
demi-espace et L;~ la luminance du rayonnement qui va être absorbé par dS 2·
La notion de luminance monochromatique directionnelle L~ est liée à la grandeur
spectrale choisie comme référence : dans le cas présent la longueur d'onde À.. Il est
possible de définir d'autres grandeurs physiques qui sont les luminances monochro-
matiques rapportées à la fréquence v (L~) ou au nombre d'onde a- (L~), ce qui est
d'usage dans l'étude des milieux semi-transparents. Les relations liant ces trois gran-
deurs physiques sont :
(4.14)
"O
0
c Les signes moins qui apparaissent dans l'équation 4.14 proviennent du fait que les
::J
0
v différentielles dtl et dv sont de signes opposés. Rappelons l'expression de dtl :
T"-f
;a;
"='
0 c
N
@
"'
.,"'"' dtl. = (-c0 /nv)[n-\dn/dv) + v- 1 ]dv. (4.15)
~ ~
..c 't:
0
Ol
ï::::
>-
'5
"'0c 4.2.2 Expression générale du flux monochromatique
a.
0
u
c
c
.Q
hémisphérique
ü
"' Considérons les flux monochromatiques incident, réfléchi, absorbé, émis, partant
"='
2
o.
~ dans toutes les directions du demi-espace limité par l'élément de surface considéré
"'
'5
F! du corps opaque et correspondant à chacun des phénomènes. De tels flux sont dits
-ci
0
c flux hémisphériques. Suivant les cas on utilise les équations 4.9 ou 4.10. Un flux sur-
0"'
@ facique hémisphérique monochromatique incident, absorbé ou réfléchi en dS 1 , émis

79
Chapitre 4 • Transferts radiatifs entre corps opaques

ou partant de dS 1 s'écrit (figure 4.4) sans symbole' puisque c'est un flux hémisphé-
nque:

s=i,a,r,e,p (4.16)

Si la luminance présente une symétrie de révolution par rapport à n 1 (cas de la fi-


gure 4.5), l'équation précédente devient, en remplaçant la dépendance en u .1. par une
dépendance en e, :

s = z, a, r, e, p (4.17)

dQ

corps
opaqu

Figure 4.4 - Configuration Figure 4.5 - Cas d'une luminance


générale. axisymétrique.

4.2.3 Expression du flux monochromatique hémisphérique


dans le cas d'un rayonnement isotrope

"Cl
Si la luminance du rayonnement considéré est indépendante de la direction (on notera
c
0
dans ce cas la luminance L,1. en omettant le symbole'), alors les équations 4.16 et 4.17
::::i
0 se simplifient compte tenu du fait que:
"""
.-1
0
N r;rr/2
@

Jo cos 812n sine, d81 = 7T. (4.18)
..c
Ol
·;::
>-
a. Soit:
0
u (4.19)

Les flux surfaciques monochromatiques émis, absorbé, réfléchi, partant, incident


s'écrivent dans ce cas très simplement, si L~ désigne la luminance associée:

(4.20)

80
4.2. Expression d'un flux monochromatique

4.2.4 Flux radiatif; vecteur f1 ux radiatif


a) Expression d u fl ux radiatif
Soient n le vecteur unitaire de la normale orientée vers l'extérieur en un point M
d'un corps opaque (figure 4.4) et e l'angle (n,u); le flux radiatif monochromatique
surfacique en M s'écrit:

(4.21)

À partir des équations 4.16 et 4.21 , on obtient à ce stade deux expressions du flux
radiatif:

(4.22)

(4.23)

b) Vecteur flux radiatif5


Le flux surfacique partant a trait au demi-espace caractérisé par: u.n =cos e > 0; le
flux surfacique incident au demi-espace caractérisé par: u.n =cos e < O. Soient :

dcp~ = dil ( Lf cos edn ; dcp~ = dil ( (f I cos e1dn. (4.24)


J 2rr(cos B>O) J 2rr(cos B<O)

La distribution de luminance (tous rayonnements confondus) au point M est L~ (M,u)


définie par :

cos e > 0 L~(M,u) = Ll (M,u); cos e < 0 L~(M,u) = Lj (M,u). (4.25)


"O
0
c Il résulte des équations 4.23 à 4.25 la relation :
::J
0
v
T"-f
0
;a;
"O
c
dcp~ = dcp~ - dcp~ = n.(dil ( L~(M,u)udn)· (4.26)
N ::l
J 4rr
@ .,.,
~

~
'<I) La quantité entre parenthèses dans l'équation 4.26 est appelée vecteur flux radiatif
..c ·-=g"'
Ol
ï:::: ::l
CO
monochromatique6 . On définit par intégration sur le spectre un vecteur flux radiatif
>-
a.
c
0 qR, analogue à q cd :
c
0 c
u
L~(M,u)udn,
00
.~
0::l qR = ( dit ( (4.27)
"O
e
Q,
~
Jo J 4rr
~
::l 5. La lecture de ce paragraphe n'est pas nécessaire pour la compréhension du Chapitre 4.
i8 6. Le vecteur flux radiatif monochromatique est directement introduit par dénombrement des photons :
-ci
0
c
::l voir paragraphe 10.1 . S ' il présente peu d' intérêt pour calculer les transferts entre corps opaques, il joue
0
@ un rôle essentiel dans la modélisation des milieux semi-transparents.

81
Chapitre 4 • Transferts radiatifs entre corps opaques

tel que :
(4.28)
À l'échelle élémentaire, les phénomènes de transfert par rayonnement et conduction
présentent une grande analogie (voir paragraphe 10.1) :

Le flux surfacique radiatif provient des contributions énergétiques des photons


traversant dans toutes les directions de l'espace l'unité de surface par unité de
temps.
Le flux surfacique conductif provient, dans le cas d'un gaz monoatomique pour
simplifier, des contributions des énergies cinétiques des atomes traversant dans
toutes les directions de l'espace l'unité de surface par unité de temps.

4.3 ÉQUILIBRE THERMIQUE ET PROPRIÉTÉS


RADIATIVES
Les phénomènes d'absorption, d'émission et de réflexion sont caractérisés par des
grandeurs monochromatiques directionnelles appelées respectivement absorptivité
(ou facteur d'absorption), émissivité (ou facteur d'émission), réflectivité (ou facteur
de réflexion) qui ne dépendent que du corps opaque considéré et del' indice réel n du
milieu transparent de propagation. On introduira ultérieurement la transmittivité dans
le cas des corps non opaques. À l'équilibre thermique, ces facteurs sont liés par des
relations simples qu'on généralisera quand le système matériel est hors d'équilibre7
(mais à l'E.T.L. - voir paragraphe 1.1.2).

4.3.1 Absorptivité et réflectivité monochromatiques


"O directionnelles
0
c
0
::J Le rayonnement incident dans l'angle solide d.Q 1 autour de la direction u 1( 81 ,<p1)
v
T"-f
sur 1' élément dS 1 opaque est caractérisé par le flux directionnel monochromatique
0
N incident d5 <1'>',{. Ce flux est en partie absorbé (fraction d5 <J'>~a), et en partie réfléchi8
@
~
dans 2n stéradians (fraction d 5 <1'>1ir) (figure 4.6). D'où la relation :
..c
Ol
ï:::: (4.29)
>-
a.
0
u 7. Le champ de rayonnement est en général totalement hors d ' équilibre (sauf dans le cas d'un milieu
optiquement épais, tel que le libre parcours moyen des photons est petit devant une distance caractérisant
les variations des champs thermiques : voir paragraphes 6.5.2 et 10.4.3).
8. Dans d 5 <J>~hr, le premier symbole (') se rapporte à un flux incident directionnel, le second (11) au flux
réfléchi qui est hémisphérique. La notation d 5 , qui ne sera utilisée que dans ce paragraphe dans un souci
de précision, désigne cinq dimensions différentielles : deux pour chaque surface, une pour la longueur
d'onde.

82
4.3. Équilibre thermique et propriétés radiatives

Figure 4.6 - Flux incident sur dn.. Figure 4.7 - Flux partant de dn..

À partir de la définition del' absorptivité monochromatique directionnelle de dS 1 :

(4.30)

et de ce.lle de la réflectivité monochromatique directionnelle hémisphérique de dS 1 :

(4.31)

on déduit la relation :

(4.32)

L'équation 4.32 est vérifiée même quand le corps opaque est totalement hors d'équi-
libre.

"Cl
0 4.3.2 Rayonnement d'équilibre
c
::::i
0 On démontre en physique statistique [112] que dans un milieu transparent, non dis-
;o;
"""
..-1
0
"O
c
persif, d'indice 1, en équilibre the1mique avec les corps opaques avoisinants, il existe
N :::>

@ .,.,;:;; en tout point un rayonnement d'équilibre . La luminance de ce rayonnement est in-


.µ ,,,
'V
dépendante de la direction (rayonnement isotrope) et ne dépend que de la longueur
..c ·;::
Ol s:::>
·;:: d'onde et de la température. L' expression de cette luminance, notée par convention
>- "'c
a.
0
0
c
c
L~, est donnée par la loi de Planck9 :
u .~
0:::>
"O
ec.
1!!
~
:::>
L 0 =2hc~
À
- - [exp ( -
;l5
hc-
0 )
-1
ksÀT
i- I (n = 1), (4.33)
~
-d
0
c
:::> 9. Une expression généralisée de cette luminance à des milieux d'indice de réfraction différent de 1,
0
9 dépendant de la fréquence et/ou de la direction de propagation est donnée dans le paragraphe 10.2.2.

83
Chapitre 4 • Transferts radiatifs entre corps opaques

dans laquelle h et ks désignent les constantes universelles de Planck et Boltzmann et


c0 la célérité du rayonnement dans le vide :

k8 = 1,3805 io-23 J/K ; h = 6,626 io- 34 J.s ; c0 = 2,998 108 m/s. (4.34)

Aucune autre hypothèse que l 'isothermie à la température T n'est nécessaire pour


obtenir ce résultat. Le rayonnement d'équilibre va servir de référence à tout calcul
de flux comme nous allons le montrer dans le paragraphe suivant. Ses propriétés
essentielles sont exposées dans le paragraphe 4.4.

4.3.3 Émissivité monochromatique directionnelle


Dans des conditions d'équilibre thermique à la température T1 d'un système (champ
de rayonnement et système matériel), le flux monochromatique partant dans l'angle
solide df! 1 d'un élément de surface dS 1 opaque a pour expression, d'après l'équa-
tion 4.9 :
(4.35)
Ce flux se compose d'un flux émis, caractérisé par la luminance L~e(0 1 , 8 1 ,<p 1 , T1):

(4.36)

et d'un flux réfléchi (d5 <P~rryq dans l'angle solide df! 1, en provenance de toutes les
directions du demi-espace vu par le corps opaque (figure 4.7). Ces différents flux
vérifient la relation :

(4.37)

On tire des équations 4.35 à 4.37 une conclusion fondamentale :

(d5 ct>'~rq ~ (d 5 <P'~rq ~ (L'Jrq (01'8i '<p1 'Ti)~ Lf (Ti)


"O
c
0 (4.38)
::J
0
v
T"-f
Ce résultat, démontré à l'équilibre du système, est généralisé quand le système est
0
N hors équilibre, plus précisément quand le système matériel est proche de l'E.T.L.
@ mais que le champ de rayonnement est, en général, hors d'équilibre. La luminance
~
..c
Ol monochromatique LJ(0 1 , 81 ,<p1, Ti) du rayonnement émis par un corps opaque de
ï::::
>-
a. température Ti est toujours inférieure ou égale à celle du rayonnement d'équilibre
0
u à la même température L~. La luminance du rayonnement d'équilibre apparaît donc
comme une référence et une limite pour caractériser la luminance monochromatique
du rayonnement émis par un corps opaque. On définit alors l'émissivité monochro-
matique directionnelle s~ du corps opaque par la relation :

0 ::; ê~ ::; 1. (4.39)

84
4.3. Équilibre thermique et propriétés radiatives

4.3.4 Loi fondamentale du rayonnement thermique


L'absorptivité monochromatique directionnelle d'un corps opaque œ~ est égale à son
émissivité monochromatique directionnelle 10 ê~; soit:

(4.42)

Cette relation sera supposée vérifiée hors d'équilibre pour le système matériel (mais
au voisinage de l'E.T.L. de celui-ci).

4.3.5 Cas particuliers usuels


a) Corps gris
Un corps gris est un corps opaque dont les propriétés radiatives (œ', ê', p'h) sont in-
dépendantes de la longueur d'onde À mais dépendent a priori de la direction. Dans ce
cas paiticulier, l' équation 4.42 devient :

(4.43)

Cette approximation est souvent faite de façon inconsidérée. Un corps peut géné-
ralement être considéré comme gris dans certaines plages de longueurs d' onde. Par
exemple, dans l'infrarouge moyen, autour de 10 µm, le plâtre sec a une émissivité
dans la direction normale del' ordre de 0,9 : on pourra le considérer comme gris pour
des rayonnements issus de sources à faible température (murs, sol, atmosphère, habi-
tants, etc.). Mais le plâtre est beaucoup plus réfléchissant pour le rayonnement solaire
(de température caractéristique 5 600 K). Son absorptivité n'est plus alors que de 0,2
environ. Il pourra encore être considéré comme gris mais avec une autre valeur de
l'absorptivité pour ce dernier rayonnement. Le verre est un autre exemple de cette
"O
0 limite de la notion de corps gris (voir paragraphe 4.5.4).
c
::J
0 10. On peut introduire également, à partir de l' équation 4.37, une réflectivité monochromatique hémi-
v ;a;
T"-f
0
"O 5phérique directionnelle P1', qui à l'équilibre est liée à l'émissivité directionnelle par la conservation de
c
N ::l
l'énergie. En divisant l'équation 4.37 par L?i (T 1) dS 1 cos01 dQ 1 dl!, il vient, en utilisant l'équation 4.35 :
@ .,.,
~

'<I)
~
..c ·-=g"' (4.40)
Ol ::l
ï:::: CO
>-
a.
c
0 relation analogue à l' équation 4.32. pfq représente la réflectivité dans un angle solide élémentaire dQ
c
0
u c
.~
(notation '),associée à un rayonnement incident de luminance isotrope. En fait , p:{1 et pfq s 'expriment
0::l en fonction d'une réfl ectivité bidirectionnelle (voir Chapitre 6), et il est possible de démontrer, en théorie
"O
e de la diffusion ([55]), que :
Q,
~
~ (4.41)
::l
i8 point également discuté dans la référence [67). Ce résultat est traditionnellement appelé principe de
-ci
0
c
::l réciprocité de Helmholtz. Une conséquence immédiate de l'égalité précédente et des équations 4.32
0
@ et 4.40 est la deuxième loi de Kirchhoff (équation 4.42).

85
Chapitre 4 • Transferts radiatifs entre corps opaques

b) Corps à propriétés radiatives isotropes


Ces corps sont tels que l' émissivité, l'absorptivité et la réflectivité monochromatiques
sont indépendantes de Ja direction. Ces facteurs ne dépendent alors que de la Jongueur
' '

d' onde ; l'équation 4.42 devient:

(4.44)

Cette approximation se justifie souvent par le fait que, même pour des corps à pa-
rois optiquement lisses 11 , les indicatrices directionnelles d'émissivité et d' absorpti-
vité sont stationnaires au voisinage de la direction normale (figure 4.8); par exemple,
s~ et a~ varient peu entre 0 et 60°. Or ces incidences, proches de la normale, sont
déterminantes dans l'expression du flux, à cause de la pondération par cos 0 1 dans
l'équation 4.9. Dans le cas de parois rugueuses, cas plus réaliste, la distribution locale
des pentes de la paroi est aléatoire à l'échelle de la longueur d'onde : les propliétés
radiatives du corps opaque tendent encore plus vers l'isotropie de ce fait. L'intérêt
de l' approximation d'isotropie est évidemment de simplifier considérablement les
calculs.
s'
• ). 20°
--
---
alunîï'nium bronze
' 60°

0,1 o../
"Cl
0 Figure 4.8 - Émissivité directionnelle des métaux.
c
::::i
0

""'"
.-1
0
N
@ c) Corps noir

.,C
Ol
·;::
Un corps noir, par définition, absorbe tout rayonnement, quelles que soient sa lon-
>-
a. gueur d'onde et sa direction ; soit:
0
u
(4.45)

11. Paroi optiquement lisse : telle que la rugosité (échelle de longueur caractérisant l'état de surface)
est très inférieure aux longueurs d'onde à considérer dans l'application.

86
4.4. Propriétés du rayonnement d'équilibre

On en déduit deux propriétés fondamentales :


Un corps noir ne réfléchit aucun rayonnement d' après l'équation 4.32.
La luminance monochromatique du rayonnement émis par un élément de surface
assimilable à un corps noir de température T est égale à la luminance du rayonne-
ment d'équilibre à la température T. En effet, d'après les équations 4.39 et 4.42
il vient:
LfC.N (T) = L~(T) (4.46)

On notera dans la suite L~(T) à la fois la luminance du rayonnement d'équilibre et


celle du rayonnement émis par un corps noir à l'E.T.L. à la température T , mais il est
essentiel dans les applications de bien distinguer les deux notions.
Il n' existe pas de corps noir parfait, mais certains matériaux tendent vers les pro-
priétés d' un corps noir dans un intervalle spectral [À. 1,À.2], par exemple le plâtre ou le
verre à vitre au delà de 3 ~tm.

4.4 PROPRIÉTÉS DU RAYONNEMENT D'ÉQUILIBRE


La luminance du rayonnement d'équilibre à la température T est donnée par l' équa-
tion 4.33, dans le cas d'un milieu transparent d'indice 1. Cette fonction est isotrope,
dans le milieu d'indice isotrope considéré, et a l'allure caractéristique de la figure 4.9.
Elle passe par un maximum, à T fixée, pour Àm(T) vérifiant:

T.Àm(T) = 2898~tmK (4.47)

ce qui permet de trouver les longueurs d'onde caractéristiques associées à différentes


températures (voir paragraphe 4.1). Les courbes de luminance correspondant à diffé-
"O
c
0 rentes températures ne se coupent pas (figure 4.9). Si on fixe À :
::J
0
v ;a; T' > T ===> L~(T') > L~(T) (4.48)
T"-f
"='
0 c
N
"'
@ .,"'"' En coordonnées n01malisées, définies par :
~ ~
..c 't:
0
Ol
ï:::: '5 X= À/Àm(T), y = L~(T)/L~ 111 (T), (4.49)
>- "'0c
a. c
0 c
u .Q la représentation de la luminance du rayonnement d'équilibre est universelle (fi-
ü
"'
"='
2 gure 4.10). En pratique, la plage s'étendant de Àm/2 à 8 Àm correspond à 98 % de
o.
~ l'énergie du rayonnement d'équilibre. En d'autres termes, le rayonnement thermique
"'
'5
F! est à prendre en compte dans cette plage. C'est aussi, d'après l'équation 4.39, la plage
-ci
0
c caractéristique des longueurs d'onde du rayonnement émis par un corps quelconque,
"'
0
proche de l'E.T.L.
@

87
Chapitre 4 • Transferts radiatifs entre corps opaques

1.0
12 0.9
0.8
JO
':::" 0.7
..."'
.....
8 0.6
~
...._,
-~
~
.<"
0.5
6 -~ ·<
~ ...:) 0.4
<:>
à-. 4 0.3
0.2
2
/
/
- --1300
0.1
/
0 0.0 ............................................................................................................................................
2 4 6 1 2 À/A 3 4
À[µm] m

Figure 4.9 - Luminance du rayonnement Figure 4.10 - Luminance


d'équilibre. adimensionnée du rayonnement
d'équilibre.

La luminance totale du rayonnement d'équilibre est définie par :

L~(T)dÀ =
00

L 0 (T) = ( a- T 4 (4.50)
Jo n
relation remarquable, dans laquelle a- représente une constante universelle, dite
constante de Stefan, fonction de h, ks et c 0 :

(4.51)

Le flux smfacique total de rayonnement isotrope incident sur un élément de surface


"O
c
0 ou partant de cet élément, à l'équilibre à la température T, s'écrit, d'après l'équa-
::J
tion 4.20 :
0
v
,..-!
0
N
@
cp; = cpP = f rrL~(T)dA = rrT 4 (4.52)

~
Pour calculer les transferts radiatifs, on utilise en pratique la fonction z :
..c
Ol

J:i~ L~(T)d.tl = J:i~ nL~(T)d.tl


ï:::: 2 2
>-
a.
0
z[ .tli À2 ] =
(4.53)
u
Àm(T)' Àm(T) fo 00
L~(T)dÀ a-T4

qui représente le rapport d'un flux hémisphérique de rayonnement d'équilibre cor-


respondant à la bande spectrale [.tl 1, .tl2] au flux du même rayonnement d'équilibre
intégré sur tout le spectre. Les valeurs de z[O, ÀfÀm(T)] en fonction de x = À/Àm(T)
sont reportées dans le Complément E.1 .

88
4.5. Modèles simples de transfert radiatif

4.5 MODÈLES SIMPLES DE TRANSFERT RADIATIF


Les exemples développés dans ce paragraphe correspondent à des cas particuliers
importants dans la pratique et conduisent à des expressions simples du flux radiatif.
L' expression du flux radiatif monochromatique surfacique en un élément de paroi
de smface dS 1 d'un corps opaque d'émissivité E~ et de température T 1 (figure 4.11)
s'écrit à ce stade, compte tenu des équations 4.22, 4.30, 4.39 et 4.42 :

(4.54)

Dans cette expression, le point délicat est d'exprimer la luminance incidente sur
I.

dS1L j.

corps milieu transparent


opaqu n

Figure 4.11 - Problème élémentaire à la paroi d'un corps opaque.

4.5.1 Corps opaque convexe isotherme entouré


par un corps noir isotherme
"Cl
On considère un corps opaque convexe de surface S 1, isotherme à la température
c
0
T 1 , d'émissivité monochromatique directionnelle s;,i<e, cp, À, T 1) entouré complète-
::::i
0 ment par un corps noir, de surface quelconque S 2 , éventuellement concave, isotherme
;o;
"""
..-1
0
"O
c
à T2 (figure 4.12). Le mili.eu séparant les deux corps est parfaitement transparent.
N ::i
On cherche 1' expression du flux radiatif <J>R traversant les surfaces S 1 et S 2 . Soit
@ .,"'"'
·c un élément de surface dS 1 quelconque de S 1 (figure 4.11). Si on choisit un axe Oz
.µ '~
..c c
Ol ::; orienté vers le milieu transparent, le flux radiatif à travers dS s'écrit:
·;:: 1
>- c
"'c
a. c
0 c
u .S!
ti
::i
"O
d<l>f = de/)~ - d</>~ (4.55)
2
o..
~

s"' où d<P~ et d<P~ représentent les flux émjs et absorbé dont les expressions sont:
F
-ci
c
c
::i
0 (4.56)
@

89
Chapitre 4 • Transferts radiatifs entre corps opaques

e'
corps ,.,,..1)..
opaque "-'
1j

Figure 4.12 - Corps opaque Figure 4.13 - Corps opaque convexe et de


convexe entouré par un corps petite dimension recevant un rayonnement
noir isotherme. d'équilibre.

et:
(4.57)

Comme le corps 1 est convexe, le rayonnement incident ne provient que du corps 2.


Comme S 2 est un corps noir à température T2 , la luminance associée, notée dans ce
cas LL,
est indépendante de la direction et vaut :

(4.58)
soit :
(4.59)

Le flux radiatif ne dépend pas de la géométrie de S 2 qui peut être concave, ni de son
aire!
Dans le cas d'un corps gris d'émissivité isotrope s 1(T 1), il vient, d'après l'équa-
tion 4.20 :
"Cl
c
0
::::i
0
M>~ = dS1t:1(T1) f rr[(LA(T1)- LA(T2)]d.l (4.60)

soit, d'après l'équation 4.50 :


"""
..-1
0
N
@ d<l>f = s1(T1)dS1 cr(T{ - Ti). (4.61)

..c
Ol
·;::
>-
4.5.2 Corps opaque convexe de petite dimension
a.
0
u
et isotherme placé dans une enceinte en équilibre
thermique
Considérons d'abord une enceinte fermée à température uniforme T2 (figure 4.13).
Les parois sont opaques, de propriétés radiatives quelconques. Le rayonnement exis-
tant à l'intérieur de cette enceinte est caractérisé en tout point et dans toutes les di-
rections par la luminance du rayonnement d'équilibre L~(T2 ). On introduit dans cette

90
4.5. Modèles simples de transfert radiatif

enceinte un corps opaque, convexe, de très petite dimension, maintenu par un moyen
quelconque à une température T 1 ; ce corps apporte une perturbation négligeable au
rayonnement existant dans l'enceinte (dans la mesure où sa température n' est pas
élevée devant celle de l'enceinte, le rayonnement qu'il émet, ou celui qu'il absorbe,
est négligeable devant le rayonnement émis par l'enceinte). Le flux radiatif échangé
d<Pf a donc exactement la même expression que dans le paragraphe 4.5.1 , mais le
phénomène physique est très différent. On retrouve évidemment l'équation 4.61 si
l' émissivité du corps 1 est grise et isotrope.
Remarques:
• Si l'enceinte est un corps noir, la luminance incidente sur 1 est la luminance émise
par l'enceinte;
• Sinon, la luminance incidente sur 1 est la luminance partant de l'enceinte, qui inclut
une composante émise et une composante réfléchie.

4.5.3 Conditions de linéarisation du flux radiatif


Dans de nombreux cas d' intérêt pratique mettant en jeu un corps gris d'émissivité
isotrope s qui est entouré complètement soit par un corps noir isotherme à Ta (pa-
ragraphe 4.5.1) soit, plus fréquemment encore, par un milieu en équilibre à Ta (pa-
ragraphe 4.5.2), le flux radiatif à la paroi de ce corps gris de température T s'écrit :

(4.62)
En parallèle se produit généralement un échange conducto-convectif du type :

(4.63)

par convection forcée, naturelle ou mixte. Quand <pcc et 'PR sont du même ordre de
grandeur, il est parfaitement inutile de calculer 'PR avec une précision élevée, dans la
"O
c
0 mesure où, de plus, s est généralement estimé avec une précision qui n' excède pas
::J
0 10%. Si (T - Ta) est très petit devant T, on peut linéariser l'équation 4.62, soit:
v ;a;
T"-f
"='
0
N
c
"' (T4 - T~) = (T - Ta)(T + Ta)(T2 + T'!'z) ~ 4T~(T - Ta) (4.64)
@ .,"'
"'
~ ~
..c 't:
0
où Tm est une température intermédiaire qu' on peut prendre en première approxima-
Ol '5
ï::::
>- "'c tion égale à (T + Ta)/2 ou même à Ta dans la mesure où celle-ci est connue. Cela
a. 0
c
0
u c
.Q
revient à écrire l'équation 4.62 sous la forme:
ü
"'
"='
2
o. (4.65)
~

"'
'5
F! analogue à l'équation 4.63 où le coefficient de transfert radiatif hR vaut 4scrT,~ . Il est
-ci
0
c évident que la condition de linéarisation doit être vérifiée dans chaque cas particulier,
"' en fonction du niveau des températures considérées et de la précision souhaitée.
0
@

91
Chapitre 4 • Transferts radiatifs entre corps opaques

Par exemple, pour une application au bâtiment, les températures sont voisines de
300 K et leurs écarts de quelques K; alors hR : : : 6 W m-2 K- 1 pour s = 1, ce qui
est peu différent de h cc :::::: 4 W m-2 K- 1, couramment utilisé en première approche
pour caractériser la convection naturelle ; on obtient alors le fameux coefficient de
transfe1t heq :::::: 10 W m- 2 K- 1, attribué généralement à la convection, alors que le
rayonnement est du même ordre de grandeur ! Les transfe1ts thermiques (conductifs,
convectifs, conducto-convectifs, radiatifs) intervenant dans le bâtiment (voir exer-
cice à la fin du Chapitre 2) sont donc linéarisables. Ce fait explique l'existence dans
les normes de cette industrie d 'un coefficient global smfacique K (homogène à une
conductance thermique surfacique) tel que les pertes d 'un immeuble s'écrivent, en
régime stationnaire :
(4.66)

4.5.4 Extension au cas de milieux transparents par bandes


Nous n'avons abordé jusqu'ici que les transferts entre corps opaques à travers un
milieu transparent. Mais de nombreux corps (verre, air, atmosphère, eau ... ) sont semj-
transparents (voir paragraphe 1.2). Nous nous limiterons dans ce paragraphe aux cas
particuliers de corps transparents ou opaques par bandes de longueur d'onde 12 .
La transmittivité monochromatique directionnelle, éventuellement totale, est défi-
nie comme le rapport du flux transmis au flux incident sur un matériau :

(4.67)

De ce fait, un rayonnement incident peut être transmis, réfléchi, ou absorbé. La


conservation de l'énergie s'écrit alors (voir figure 4.14):
"O
0
c
::J
0 (4.68)
v
T'-f
0
N
Comme nous nous limitons à des milieux quasi-transparents ou opaques, T~ est voi-
@
~
..c
sin de 1 ou vaut O. Par exemple, les propriétés radiatives d 'une vitre en verre peuvent
Ol
ï:::: être, sous incidence normale, schématisées par la figure 4.15, en première approxi-
>-
a.
0
mation. La longueur d'onde de coupure Àc varie entre 2,5 et 4 ~Lm suivant le type de
u verre. Pour calculer les flux radiatifs, il suffit de décomposer le spectre en bandes de
longueurs d'onde; on adopte alors tantôt le point de vue d'un corps opaque, tantôt
celui d'un corps transparent qui n'échange, rappelons-le, aucune énergie radiative
avec le système matériel.

12. Une étude générale des milieux semi-transparents est présentée dans le Chapitre 6.

92
4.5. Modèles simples de transfert radiatif

d{p_' h r
n /... r e:.n
J'ec· h r·
t:~ (Oo) a;, (0°)
5<1>.'a 0,95
d À
absorbé

1
i<P; """\ \ lransmis o ,__~~-L-~01---==::::..__1_~
0 Â.c J..(µm) 0

Figure 4.14 - Milieu transparent par Figure 4.1 5 - Propriétés radiatives


bandes. d'une vitre.

a) Effet de serre usuel


On considère une vitre idéalisée par les propriétés suivantes :
T~ = 1pour0,2 µm <À< 3 ~tm; œ~ = 1pour3 ~tm <À< 80 ~tm.
Considérons les rayonnements émis par une source noire à 5 700 K : c'est approxi-
mativement le cas du soleil avant filtrage par l'atmosphère; c'est très grossièrement le
cas du soleil au niveau du sol 13 . On obtient : Àm = 3000/5700 = 0,53 ~tm. Le spectre
utile du soleil s'étend alors de Àm/2 = 0,26 µm à 8Àm = 4,24 µm. La quasi-totalité de
ce spectre utile con-espond à la zone transparente de la vitre 14 .
Inversement, le rayonnement émis par une source noire à 300 K (sol), caractérisée
par Àm = 10 µm, s'étend de Àm/2 = 5 µm à 8.:lm = 80 µm. Aucune fraction de ce
rayonnement n'est transmis par la vitre, qui l 'absorbe totalement. Globalement le sol
à 300 K s'échauffe sous l'effet du flux solaire reçu, mais ses pertes sont limitées par la
vitre qui absorbe tout le rayonnement qu'il émet. Cette énergie gagnée par la vitre va
contribuer à élever la température de celle-ci. De ce fait, la vitre va transférer au sol
"Cl
0 un flux par émission, conduction ou convection 15 . La présence de la vitre contribue
c
::::i
0 donc à augmenter la température du sol.
;o;
"""
..-1
0
"O
c
N :::>

@ .,.,;:;;
.µ ,,,
'V
..c ·;:: 13. Dans le domaine visible, une fraction importante du rayonnement solaire est transmise par l' atmo-
Ol s:::>
·;:: sphère. En très grossière approximation, ce rayonnement est assimilable au-dessus de l' atmosphère à
>- "'c
a. 0
c celui d'une source ponctuelle noire à 5700 K. Au sol, on reçoit :
0 c
u .~ une contribution directionnelle (venant du point source considéré : Je soleil);
0:::>
"O une contribution diffuse, en première approximation isotrope, due à la diffusion du rayonnement solaire,
ec.
1!! soit par les gouttelettes d 'eau contenues dans les nuages (gris), soit par les molécules de l'atmosphère
~
:::> (bleu du ciel) : voir le paragraphe 7 .1.2.
~
-d
14. Un calcul à partir de la fonction z (équation 4.53 et Complément E .1) conduit à 98% de transmission.
0
c
:::> 15. Dans un effet de serre idéal, la vitre devrait être totalement réfléchissante au lieu d'être absorbante,
0
9 ce qui annulerait les pertes radiatives du sol.

93
Chapitre 4 • Transferts radiatifs entre corps opaques

b) Effet de serre atmosphérique (essentiellement dû à H2 0)


L'effet de serre atmosphérique vient du fait que l'atmosphère se comporte en partie
comme une vitre 16 entre le soleil et le sol (transmission du rayonnement en dessous
de 2 ~Lm environ, absorption au delà sauf dans la zone spectrale [9, 12 ~Lm]). Si on
oublie cette dernière réserve, l'effet de serre dû à 1' atmosphère est similaire à celui
dû à la vitre et conduit à une augmentation sensible de la température moyenne de
la terre. Dans la fenêtre atmosphérique [9, 12 µm], zone dans laquelle l'émission du
sol est maximale, la terre se refroidit par émission, sans contrepartie de la part de
l'atmosphère.

c) Effet de serre atmosphérique complémentaire (C0 2 et CH 4 )


L'effet de serre complémentaire est essentiellement dû à C02 et CH4 17 . Quand la
concentration de C02, par exemple, augmente, la fenêtre atmosphérique [9, 12 ~Lm]
est faiblement rétrécie. La conséquence de ce rétrecissement est que la terre émet
moins d'énergie directement vers l'espace et se refroidit moins; au deuxième degré,
l'atmosphère absorbe davantage d'énergie en provenance de la terre et sa tempé-
rature augmente légèrement, donc celle de la terre également du fait des échanges
thermiques terre-atmosphère.

4.5.5 Exercices d'application

( Exercice 4.1 Mesure par thermocouple de la température d'un gaz


Énoncé
On considère un gaz transparent, en écoulement turbulent dans une conduite de dia-
mètre D = 0,6 m qui est assimilable à un corps gris d'émissivité êp = 0,5 (fi-
"O
0 gure 4.16).
c
::J
0 On se propose de mesurer la température de ce gaz avec un thermocouple de diamètre
v d = 0,5 mm, placé suivant l'axe de la conduite. Pour simplifier les calculs, ce thermo-
T"-f
0
N couple est supposé isolé suivant sa section droite terminale ; le thermocouple est un
@
~
..c 16. L' air est absorbant, non par les espèces les plus abondantes (N2 et 0 2 ) mais par les traces de C02
Ol
ï:::: (xc0 2 "" 3,810- 4 ) , de CH4 dans certaines régions et surtout de H2 0 (de l' ordre de l % à 2% suivant le
>-
a.
0 degré hygrométrique, là où la température dépasse 0 °C). De ce fait, l'air pourra raisonnablement être
u considéré comme transparent sur des distances courtes, mais très absorbant par bandes sur quelques
kilomètres. Les bandes intenses d'absorption sont celles de C02 (15 µm, 4,3 µm, 2,7 µm, ... )et celles
de H2 0, beaucoup plus étendues sur Je spectre. Dans la zone spectrale qui nous intéresse ici :
T~ = 1 pour À < 2 µm et 9 µm < À < 12 µm ; l~~1 = 1 pour 2 µm < À < 9 µm et À > 12 µm.
17. Le rôle du C02 est prépondérant dans l'équilibre physico-chimique de l'atmosphère, du fait d'une
durée de vie de 1'ordre de quelques décennies, beaucoup plus longue que celle de CH4 de 1'ordre de
l'année.

94
4.5. Modèles simples de transfert radiatif

corps gris d'émissivité éc = 0,8. La température caractéristique du gaz Tg(= 600 °C)
et la température de la paroi Tp (= 200°C) sont supposées constantes sur une dis-
tance L grande devant D, ainsi que la température T du thermocouple. Les différents
coefficients de transfert convectif sont hc = 100 W m- 2 K- 1 et hp = 30 W m- 2 K- 1 à
la paroi du thermocouple et à celle de la conduite respectivement.
ep

thermocouple "- h c T ec f r
· · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · ·\ri . ... . tèra n

D T q>=O __.f--~~~-1~~~~--~
g Td
········· ···· ··· ······· ·········;,···

L>>D
Figure 4.16 - Coupe du système (proportions non respectées).

Quel écart y a-t-il entre la température mesurée T du thermocouple et celle du


gaz Tg?

Solution
• La température T du thermocouple dépend de celle du gaz Tg par transfert conducto-
convectif mais aussi de celle de la paroi T P par transfert radiatif.
• Le point délicat est de modéliser le transfert radiatif thermocouple-paroi; le gaz transpa-
rent ne participe pas à ce transfert : sa température ne joue aucun rôle. Le thermocouple
de diamètre d = 5.10- 4 m est dans un tube isotherme à température Tp. de diamètre
D = 0,6 m. Si on néglige la présence du thermocouple, il règne en tout point à l'in-
térieur du tube et dans toutes les directions un rayonnement d'équilibre de luminance
"Cl
c
0 L~ (Tp). La perturbation apportée par le thermocouple est liée au rapport du flux émis
::::i
0 par ce thermocouple au flux émis par le tube par unité de longueur. Soit :
;o;
"""
..-1
0
"O
c (4.69)
N ::i

@ .,"'"' Si, en première approximation, qui constitue une majoration, on pose T = Tg, ce rapport
.µ '~
..c
Ol
·c
c vaut 1,5 .10-2 . Il est justifié de négliger la perturbation apportée par le thermocouple .
·;:: ::;
>- "'cc Celui-ci reçoit un rayonnement d 'équilibre à la température T P' quelle que soit la valeur
a. c
0
u c de Sp !
.S!
ti
::i
"O • Le seul bilan à faire est celui du thermocouple en régime stationnaire :

L
2
o..
~

s"' (qcd + qR) · (-llext)dS = Ü (4.70)


F
-ci
c
c
::i
0
@
ndL[hc(Tg - T) + (<l - </)] =O. (4.71)

95
Chapitre 4 • Transferts radiatifs entre corps opaques

Le flu x absorbé cp0 s'éc1it:


a i
'P = ê c'P = ê cCF p ·
T4 (4.72)
Le flux émis 'Pe s'écrit :
'P e = êcCFT4 . (4.73)
D ' où l'équation de bilan:

(4.74)

qui est résolue par itération. Soit T ~ 760 K qui est à rapprocher de Tg = 873 K et
Tµ = 473 K.
Dans le rayonnement incident sur le thermocouple, une partie représente le flux émis par
le tube SpcrT;, l'autre partie (1 - êp)crT; représente un flux réfléchi par ce tube. La somme
de ces deux contributions correspond au rayonnement d'équilibre.
L'écart de température Tg - T est considérable! Le the1mocouple donne sa propre tempé-
rature, pas celle du gaz. Pour remédier à cet inconvénient, on dispose, en pratique, un écran
de diamètre 8 petit devant D autour du thermocouple. De cette façon, l' écran se trouve à
une température voisine de T déterminée précédemment: en fait, sa température Te est
même plus proche de Tg puisque l'écran échange de la chaleur avec le gaz par ses deux
faces. Le rôle perturbateur sur Ja nouvelle température T' du thermocouple est alors assuré
par cet écran, et non plus par la paroi du tube. Cet effet est plus faible dans la mesure où
l'écart Te-T'est faible, et d'autre part le rapport d/8 n'est pas très petit. L'écran n'impose
plus un rayonnement d'équilibre sur le thermocouple ; cependant la correction n'est pas
parfaite.

Exercice 4.2 Étude thermique d'une ampoule à incandescence


Énoncé
Une lampe de puissance 'P est schématisée sur la figure 4.17. Elle comprend une en-
veloppe en ven-e, sphérique de rayon R, d' épaisseur e, de conductivité lv, d'émissivité
"O s V11., supposée à température uniforme Tv et, d'autre part, un filament en tungstène, de
0
c
::J température uniforme TF, de smface S F, assimilable aux 3/4 d'un tore, de rayon gé-
0
v nérateur a et de même centre 0 que l'ampoule. Le tungstène est opaque d'émissivité
T"-f
0
N
EFA· On fait les approximations ou hypothèses suivantes :
@
~ • Tous les rayonnements issus du filament amvent sur l'enveloppe en ven-e (et non
..c
Ol
ï:::: en un autre point du filament),
>-
a.
0
u • La présence des conducteurs mettant le tungstène sous tension est négligée,
• La puissance 'P est dissipée dans le filament,
• Les transferts à l' intérieur de l'ampoule sont uniquement radiatifs,
• Le milieu extérieur est à température Ta; le coefficient de transfert par convection
naturelle avec l'extérieur est h.

96
4.5. Modèles simples de transfert radiatif

O. ./+----~

0,1 1

Figure 4.1 7 - Coupe de Figure 4.18 - Émissivité du


l'ampoule. filament.

On suppose dans un premier temps que le filament de tungstène est un corps gris
d'émissivité cF = 0,4.
Déterminer le rendement de l'ampoule, rapport de la puissance lumineuse émise
entre 0,4 et 0,8 ~tm à la puissance P. Déterminer Tv. Justifier que la température
du verre est uniforme dans le sens radial.
Si le tungstène a en fait une émissivité donnée sur la figure 4.18, quelles consé-
quences en découle t-il ?
Données:
P = 60 W ; R = 2, 5 · l 0- 2 m ; e = 5 · l 0- 4 m ; S F = 2 · l 0- 5 m2 ; a = 1,5 · l 0- 2 m ;
Ta = 20 °C; h = 5Wm- 2 K- 1•

, , 1
verre : /lu =
lW
m
- IK- 1
; c u;t :
{À ::; 3,5~un
1
: T u;t = 1 ; c u;t = 0
0 1
/l > 3 , 5 ~lm : T uA. = ; c u;t = ·
"Cl
0
c
::::i
Solution
0
;o; > Analyse. Les paramètres gui conditionnent l' étude thermique sont la puissance rp de
0"""
..-1 "O

N
c
::i
l' ampoule, la température T 0 du verre, celle du milieu extérieur T 0 • En fait i.1 est nécessaire
@ .,"'"' de connaître la répartition spectrale du rayonnement émis par la lampe ; donc un paramètre
.µ '~
..c ·c
c
clé est aussi la température TF du filament. Les sous-systèmes à étudier sont, d'une part, le
Ol ::;
·;:: filament, dont le bilan conduit à la température TF, gui permet de déterminer le rendement
>- "'cc
a. c de la lampe, et, d 'autre part, l'enveloppe de verre dont le bilan permet de déterminer la
0 c
u .S! température du verre. On notera que le verre est ici assimilé à un corps noir vis-à-vis de
ti
::i
"O
2 toute source de température inférieure à 428 K (région [Àm/2, 8J171]).
o..
~

s"' > Bilan du filament en régime stationnaire.


F
-ci
c
c
::i ( PdV + ( q en _(- nex1)dS = 0 (4.75)
0
@ Jv Js
97
Chapitre 4 • Transferts radiatifs entre corps opaques

Si on ne considère que des transferts radiatifs, avec un vetTe de température a p1iori infé-
rieure à 428 K :
(4.76)
Tv étant évidemment négligeable devant TF, l'équation 4.76 permet d'évaluer TF : TF ~
3400K. Le maximum d'émission du filament se produit pour: Âm (TF)= 0,88~tm, ce qui
est à la limite du visible et de l'infrarouge.
Le rendement de l'ampoule est le rapport du flux émis dans le visible et transmis par le
verre au flux rp dissipé par la lampe; soit :

R= nSFsF f°·s ~unL~(TF)d;t=z(o. 0,8~1.m)- z (o, 0,4µm) ~ o,I8 (4.77)


rp Jo,4~1m Àm(TF) Àm(TF)

>- Bilan du verre. Avec la pièce extéiieure, le vetTe, assimilé à un corps noir pour Tv <
428 K, échange del' énergie par transfert conducto-convectif, mais aussi par rayonnement.
Le verre reçoit un rayonnement d'équilibre 18 (flux surfacique cpi) à la température T 0 et
émet du rayonnement. Soit :

(4.78)

À l'intérieur del' ampoule, le verre absorbe le rayonnement émis par le filament au delà de
3,5 ~tm. Il reçoit aussi un rayonnement émis par lui-même (autoéclairement), qu'i l absorbe
entièrement. Ce rayonnement est exactement compensé par le rayonnement qu'il émet vers
l'intérieur (équilibre radiatif vetTe-vetTe). Le bilan s' écrit donc en utilisant l'équation 4.53 :

s V [ h (Ta - Tv) + (T ( T: - T:)] + rp [ 1 - l


z (0 , ~~ (~;) ) = 0
5
(4.79)

On trouve, par itération :


Tv ~ 330 K (ou 57 °C).

Compte tenu de la faible température du verre, il était possible de linéariser l'expression


"O
du bilan :
0
c
::J
0 (4.80)
v
T"-f
0
N
ce qui conduit à :
@
~
..c
Ol
ï::::
La température du vetTe est évidemment unifo1me dans le sens radial. Un montage ther-
>-
a. mique équivalent très simple permet de le montrer (figure 4.19): Soit:
0
u
(4.81)

18. L'ampoule est évidemment de faible dimension par rapport à la pièce et ne perturbe pas le rayonne-
ment d'équilibre de celle-ci.

98
4.6. Métrologie radiative; pyrométrie bichromatique

Figure 4.19 - Montage électrique équivalent.

>- Avec des données plus réalistes sur l' émissivité du tungstène, les résultats de l' étude
sont modifiés. L' émissivité étant inférieure ou égale à 0,4 et la puissance électrique dissipée
par la Jampe inchangée, la température du filament TF est plus élevée. Dans .le domaine
visible, SFÀ est inchangé, mais TF a augmenté, donc le rendement R croît. Enfin, la fonction
z[O, 3,5/11.m(TF )] augmente puisque TF augmente~ donc la température Tv diminue.
En fait, on est obligé d'introduire un gaz inerte dans l'ampoule, sous une pression assez
faible de façon à empêcher la volatilisation du filament. Dans ce gaz apparaissent des
mouvements complexes de convection naturelle relativement faibles mais qui ont pour
effet de refroidir le filament et de faire chuter le rendement.
_ _ _J

4.6 MÉTROLOGIE RADIATIVE; PYROMÉTRIE


BICHROMATIQUE
Une méthode classique de mesure de la température T d'un élément de corps
opaque repose sur la mesure préalable des flux reçus par un détecteur optique
(Germanium-Or, Antimoniure d'indium, etc.) pour deux longueurs d'onde diffé-
rentes, d'où l'appellation de pyrométrie bichromatique. On considère la configuration
de 1a figure 4.20, avec 1es hypothèses suivantes :

a) Le flux réfléchi par l'élément de surface dS dont on veut mesurer la température


"Cl
c
0 est négligeable devant le flux émis par cet élément (cas d'une paroi très chaude
::::i
0 dans un environnement froid).
;o;
"""
..-1
0
"O
c b) Le milieu entre dS et Je détecteur dI est transparent.
N ::i

@ .,"'"'

..c
'~
·c c) Le système centré optique, focalisant le rayonnement en un point du détecteur, est
Ol c
·;:: ::; parfaitement connu.
>- "'cc
a. c
0 c
u .S! d) Deux filtres interférentiels (étalons Fabry-Pérot avec un seul mode passant), dont
ti
::i
"O
2
les propriétés de transmission et de réflexion sont grossièrement schématisées sur
o..
~ la figure 4.21 , peuvent être placés devant le détecteur. Pour un filtre interférentiel
s"'
F donné j (} = l ou 2), le détecteur ne reçoit un flux incident D. <J/ que dans l'inter-
-ci ./
c
c
::i
valle spectral [À.1, A1 + D.A.i]; ce flux donne lieu à une tension électrique, qui est
0
@ mesurée.

99
Chapitre 4 • Transferts radiatifs entre corps opaques

L'expression de /1ÇP~ est :

L
À-+~À ·

L
1 1
. SC
11<1>} = dE cosBd.Q T,i s~L~(T)dil avec cos(}~ 1 (4.82)
~lù Àj

L'intégration directionnelle se fait sur l'angle solide !iw sous lequel l'élément de
surface dS est vu au niveau du détecteur à travers le système centré de transrnit-
tivité T~c et le filtre interférentiel (voir figure 4.20); l'angle B est évidemment
pratiquement nul en excellente approximation.
e) L' émissivité s~ . du corps dS est invariante sur !iil j et sur les directions conjuguées
J
de celles comprises dans l'angle solide !iw; de même, T1c est invariante sur !iilj.

.......... -----..........
1: '
À
. .
P;.'

dS corps milieu
détecteur ...l
opaque transparent
dI
.
"".
n L1w ".
système ..
optique filtre
E'}. 1' ..f; À.
inteJjérentie/ F 1

Figure 4.20 - Montage optique. Figure 4.21 - Propriété d'un filtre.

Dans ces conditions :

-0
(4.83)
0
c
::::i
0
Le rapport des flux associés aux deux filtres :
"'"
.-1
0
N
@

..c
Ol
·;::
(4.84)
>-
a.
0
u
dépend de T, grandeur à déterminer, par l'intermédiaire du rapport des deux inté-
grales (fonction bijective de T, parfaitement connue numériquement) ; du rapport
connu des transmittivités du système centré ; du rapport inconnu, dans des condi-
tions industrielles, des émissivités aux deux longueurs d'onde ,l1 et A2 du corps à
étudier.

100
4.7. Méthode générale de traitement du transfert radiatif entre corps opaques

En pratique, tout dépend du choix de À1 et À2 , qui résulte de deux considérations


antagonistes :

1 1 et 12 doivent être suffisamment différentes pour que le rapport des intégrales,


pour un même Lil, diffère sensiblement de 1 ;
1 1 et 12 doivent être suffisamment proches pour que &~ 1 et &~2 , en général incon-
nues, puissent être supposées égales.

On aura donc intérêt à choisir 1 1 et 12 dans la plage [0 ,6lm(T) ; 0,9lm(T)], c'est-


à-dire là où la fonction L~(T) est la plus pentue. La validation de l'hypothèse d'inva-
riance de&~ s'obtient en utilisant une troisième longueur d'onde À3 et en comparant
les températures T 12 , T 13 et T23 déterminées pour l' élément dS à paitir des couples
(À1 , 12), (11 , 13) et (12, 13) respectivement.
On peut s'affranchir, par une technique laser et modulation du rayonnement inci-
dent, du rayonnement réfléchi par dS dans l'hypothèse où il n'est pas négligeable.

4.7 MÉTHODE GÉNÉRALE DE TRAITEMENT


DU TRANSFERT RADIATIF ENTRE CORPS
OPAQUES
4.7. l Expression du flux radiatif
L'expression du flux radiatif surfacique 'PR à la paroi d' un corps opaque a été établie
dans l'introduction du paragraphe 4.5 : 'PR(r), compté positivement dans le sens de
la normale (figure 4.22), est obtenu, en chaque point M(r), par intégration sur tout le
"O
0 spectre des longueurs d'onde l du flux radiatif monochromatique surfacique d'fJ~(r)
c
0
::J relatif à l' intervalle [À, l + dÀ] :
v ;a;
T"-f

rÂ=oo d(/J~(r).
"='
0 c
N
"' ql(r) = (4.85)
@ .,"'"' J Â=Ü
~ ~
..c 't:
0
Ol '5
ï::::
>- "'0c Le flux radiatif monochromatique s'écrit indifféremment, avec le sens de la normale
a. c
0
u c
.Q
choisi :
ü
"'
"=' d'fJ~(r) = d'fJ~(r) - d'fJ~(r) , (4.86)
2
o.
~

"'
'5
F! (4.87)
-ci
0
c
"'
0
@

101
Chapitre 4 • T ransferts radiatifs entre corps opaques

Les indices a, e,i,p se rapportent respectivement aux flux absorbé, émis, incident et
pattant de la surface. L'expression locale en M du flux radiatif 4.86 est, d' après 4.55
à 4.57 :

s~(r,u) {L~[(T(r)] -
00

ql (r) = <l(r) - <pa(r) = ( d;l ( Li (r,u)} cos BdO,


Jo Jn=27T
(4.88)
où s~ est l'émissivité monochromatique directionnelle du corps, L~ (T) la luminance
du rayonnement d' équilibre à la température T et Ll
la luminance directionnelle du
rayonnement incident; du point de vue de l'équation 4.87 le flux s'écrit:

(4.89)

f
où L désigne la luminance du rayonnement partant en M dans dO autour de la direc-
tion u. La complexité du problème est grande si on considère l'équation 4.88. Dans
l'absolu, il est nécessaire de connaître s~ (r,u) en chaque point. Il est, en pratique,
peu réaliste de tenir compte des dépendances angulaires de l' ém.issivité pour des ma-
téri aux opaques, corrodés, oxydés ou encrassés dans des conditions industrielles.

c~
M.'l:

dQ

"Cl
0 Figure 4.22 - Convent io ns. Figure 4.23 - Complexité d u champ de
c luminance i ncidente.
::::i
0

"""
..-1
0
N
D ' autre part, la détermination du champ des luminances incidentes Z:J,
pour toutes
@ les directions u, en tout point de chaque paroi, est irréaliste à cause des phéno-

..c mènes de réflexions multiples ; la considération du cas particulier de la figure 4.23 en
Ol
·;:: convaincra le lecteur. La méthode numérique dite de Monte Carlo permet au prix d' un
>-
a.
0 investissement numérique important de résoudre ce type de problèmes (voir le Cha-
u
pitre 6). En général, il est nécessaire de recourir à des approximations réalistes : c'est
l'objet du paragraphe 4.8. Néanmoins, dans quelques cas particuliers simples, il est
possible de calculer directement les flux radiatifs en tenant compte des phénomènes
de réflexions multiples.

102
4.7. Méthode générale de traitement du transfert radiatif entre corps opaques

4.7.2 Exemple de calcul direct : intérêt des écrans radiatifs


Considérons deux corps opaques, plans, indéfinis, d'émissivités isotropes eu et eu et
de températures uniformes T 1 et T2 respectivement, séparés par un milieu transparent
d'indice 1. Les flux radiatifs 'Pf et <p~ s'écrivent avec les conventions d'orientation de
la figure 4.24 :
(4.90)

L;
où A désigne la luminance, isotrope dans ce cas particulier, du rayonnement in-
cident sur 1 (en effet, car e u , eu , p u et Pu sont isotropes et la géométrie est
plane). Le rayonnement incident sur 1 se compose d'une part initialement émise
par 1 et subissant un nombre impair de réfl exions sur 2 ou 1 et d'une part initia-
lement émise par 2 19 . La fraction de la luminance du rayonnement incident sur 1
correspondant à l'émission par 2 comprend les termes suivants : E2,iL~ (T2) (trajet
2 ~ 1); E2,iPuP2,iL~ (T2) (trajet 2 ~ 1+1 aller-retour); · ·· ; e2,i (p up2,itL~ (T2) (tra-
jet 2 ~ 1+n aller-retours);· · ·. La somme de ces termes est: e1,iL ~(T2)(1-pupu ) - 1 •
Par un raisonnement analogue, la fraction de luminance du rayonnement incident
sur 1 due à l'émission par 1 est: eup2,i L~(T1)(1 - P uPu)- 1• Il vient donc :

L~ ,i = [e2,iL~ (T2) + eupuL~ (Td] (1 - PuPu )- 1• (4.91)

émis
-- .. . . ------·-- . . .... . ~ absorbé
MT. ---
-·-· -·--ré.fléchi s
E
2}..
•• -- ----- - -
- - -- --- }). c.o. Tc

C.o.
-;;;;;;hÎ-------------- ···-------
';/ '
r~fléchj.• · ~
~
absorbé
...
"Cl
X
0
c
::::i Figure 4.24 - Réflexions multiples. Figure 4.25 - Écrans
0
radiatifs.
;o;
"""
..-1
0
"O
c
N :::> Le flux smfacique s'obtient, dans ces conditions, à partir des équations 4.90 et 4.91 :
@

..c
Ol
·;::
.,.,;:;;
,,,
'V
·;::
s:::>
"'c
R R
'P1 = 'P2 =
0
1 00
e u e2,vr [L~ (T2) -
1 - (1 - et,l)(l - e2À)
dl,
L~(T1)]
(4.92)
>-
a. 0
c
0
u c
.~ où, pour T 1 = T 2 , le flux s'annule. Dans le cas de deux corps gris, l'équation 4.92
0:::>
ec. devient:
"O

1!!
~
:::>
(4.93)
~
-d
0
c
:::> 19. Sur la fi gure 4.24 on a représenté, par commodité, le cas d' un rayon : le raisonnement s' applique
0
9 ici, en fait, au cas d'une réflexion isotrope.

103
Chapitre 4 • Transferts radiatifs entre corps opaques

L'équation 4.93 permet d'estimer les pe1formances d'un système de N écrans radia-
tifs placés entre deux milieux à TF et Tc (figure 4.25). En régime stationnaire, le flux
échangé est constant et les écarts de température sont faibles du côté de la source
chaude (pas de convection naturelle) mais importants du côté de la source froide. En
pratique, on utilise des nids d'abeilles ou des empilements de pailles, en cryogénie
par exemple.

4.7.3 La méthode des flux incidents et partants


L'objectif de cette méthode est de déterminer le flux surfacique radiatif en tous les
points de la smface interne d'une enceinte constituée de corps opaques. Le milieu
de propagation du rayonnement est supposé transparent et d'indice de réfraction égal
à 1.

a) Hypothèses générales

>-Hypothèse H 1 : les propriétés radiatives des corps opaques sont isotropes,


indépendantes de la direction, soit :

(4.94)

Dans cette expression, Ptl désigne à la fois p~h qui ne dépend pas de l'angle d'inci-
dence, etPT qui ne dépend pas del' angle d'émergence (voir le paragraphe 4.3).
>- Hypothèse H2 : le système est discrétisé en N surfaces, notées S j (j =
l, · · · ,N), supposées isothermes à Tj et caractérisées par des propriétés radiatives
uniformes. La validité de cette hypothèse repose sur la finesse de la discrétisation
adoptée, d'où un optimum du rapport précision/temps de calcul à définir.
En première conséquence des hypothèses Hl et H2, la luminance L jtl du rayon-
"O
0 nement émis par la surface S j est isotrope et uniforme, indépendante du point de la
c
::J surface considéré :
0
v
T"-f
(4.95)
0
N
L'isotropie de la luminance du rayonnement pa1tant découle de l'hypothèse Hl rela-
@
~
..c
tive àpjtl et E:jtl· L'uniformité de L Ptl repose sur une hypothèse supplémentaire:
.!
Ol
ï::::
>-
a.
>- Hypothèse H3 : le flux surfacique monochromatique incident sur une surface
0
u S j• défini par la relation :

d<p~i,i(r) = d;l J:JT L1À(r,(),TJ) cos ()dQ (4.96)

dans laquelle L1À représente la luminance, dépendant de() et de l'azimut TJ, du rayon-
nement incident, est uniforme (indépendant de r).

104
4.7. Méthode générale de traitement du transfert radiatif entre corps opaques

Ce flux est caractérisé par une luminance incidente isotrope équivalente uniforme
L~;i· soit:
(4.97)
qui est indépendante du point r. Notons bien que la luminance du rayonnement inci-
dent réel dépend, en général, de la direction.

b) Expression des flux radiatifs


La luminance du rayonnement incident dans dQ et réfléchi dans un demi-espace
s'écrit (voir équation 4.31):

(4.98)

Le flux réfléchi correspondant est :

d'fJ/f (dQ ~ 2n) = L'jX'(dQ ~ 2n) cos BdQdil = (1 - Ej,i)L~~ cos Bdndil, (4.99)

et le flux global réfléchi :

d'fJj;i(2n ~ 27r) = (1 - Ep)dil ( LJ;i cos Bd.Q = (1 - Ep)nL~;idil. (4.100)


Jn=2JT
La luminance (1 - Ej;i)L~,i du rayonnement réfléchi par la surlace S j est uniforme et
isotrope. Il en va de même de la luminance L~;i du rayonnement partant de S j :

(4.101)

L'intérêt des hypothèses Hl, H2 et H3 est de conduire à des luminances uniformes


"O
0 et isotropes L~;i des rayonnements partant des smfaces jet de permettre l'usage des
c ./
0
::J
luminances incidentes isotropes éq uivalentes uniformes Li.À.. Le flux radiatif à la pa-
.1
v ;a; roi j, donné par l'équation 4.87, devient alors :
T"-f
"='
0 c

R_[
N
"'
.,"'"' i)
n (p
@
~
..c
~
't:
'Pj - LjA - LjÀ. dil. (4.102)
Ol 0
'5 0
ï::::
>- "'0c
a.
0
u
c
c
.Q
Il reste à exprimer la luminance incidente isotrope équivalente L~;i· Le flux mono-
ü
"' chromatique d<P~;i incident sur S j provient des N surfaces opaques intervenant dans
"='
2
o.
~ le système, y compris la surface S j elle-même :
"'
'5
F! N
-ci

d<P~;i nL~;iS jdil = ~ d<t>f~j,;i,


0
c
"'
0 = (4.103)
@
k= l

105
Chapitre 4 • Transferts radiatifs entre corps opaques

où d<P:-+ j,'1. représente le flux monochromatique partant de k et arrivant directement


sur j, sans réfl exion intermédiaire. Avec les notations de la figure 4.26, il vient :

P
d<Pk-+1. À

_
-
P
LkA d/l
LL
sk sj
dS kcosBkdS jcosBj
rkj
2 (4.104)

compte tenu des propriétés d'isotropie et d'uniformité de Lf,i· En prenant comme ré-
férence le flux monochromatique global partant de k noté d<Pf,i, on définit la quantité
purement géométrique fkj, appelée :facteur de forme de k à j :

(4.105)

Soit:
< .< .. - _1_
0 - fk; - 1 f k; - S'
rc k s k s j
LL
dS kCOS8kdS jCOS8 j
?-
kj
(4.106)

Trois propriétés des facteurs de forme apparaissent immédiatement :

Figure 4.26 - Configuration d'échange radiatif.

• D 'après l'équation 4.106, la relation de réciprocité:

s kfkj = s jfJk. (4.107)

-o • D 'après l'équation 4.105, si N surfaces, comprenant la surface k, forment une


0
§ enceinte fermée, la conservation de l'énergie implique que:
0

"""
.-1
0
N N
N
d<J>f,i = L: d<J>f-+j,A => L:fkj = 1. (4.108)
@
.µ j=I j=l
..c
Ol
·;::
>-
a. En particulier, si j entoure complètement un corps convexe k :
0
u
fkj = l. (4.109)

• Pour un corps k convexe, il vient, d'après 4.105 :

fkk =o. (4.110)

106
4.7. Méthode générale de traitement du transfert radiatif entre corps opaques

L' égalité 4.103 peut être réécrite en exprimant les différents flux monochromatique
du terme de droite à l'aide de la relation 4.105 :
N
nL~AS 1dil = .2.: fkJS knLL_dil, (4.111)
k=J

Compte tenu de 4.107, l'égalité ci-dessus se simplifie pour devenir:


N
L~,i = I
k=l
fjkLf,i · (4.112)

Les équations 4.101 et 4.112 constituent un système linéaire de 2N équations à


2N inconnues, les luminances des rayonnements partants et incidents relatifs aux
N surfaces S 1, dont la solution permet de calculer les flux par l'équation 4.102,
dans la mesure où les propriétés radiatives et températures des corps opaques sont
connues.

c) Cas particulier de corps gris


Sous l'hypothèse que les N surfaces S J sont grises :

Vj : Ej = Œj = 1 - PJ (4.113)

les équations 4.101 , 4.102 et 4.112 s'expriment en flux après intégration sur tout le
spectre:
R ,...P i
<p-=t.p;-'{J·
J J J
(4.114)

(4.115)
"O
0
c
::J
0 N

'P~ = I 11kcr1
v
T"-f
0
(4.116)
N
k= I
@ "'
"'
~ ~
..c
Ol
ï::::
·~ 4.7.4 Exercice d'application
>- "'0c:
a. c
0
u
·~(Exercice 4.3 Étalon de luminance - corps noir
2
~ Énoncé
s"'
f2Considérons une sphère creuse de rayon R, opaque, d'émissivité isotrope E,i, iso-
-o
§ therme, à la température T (figure 4.27) munie d' un orifice circulaire de rayon r
~ (r << R).

107
Chapitre 4 • Transferts radiatifs entre corps opaques

On fait l'hypothèse que Je flux monochromatique incident est uniforme à l' intéri eur
de la sphère (cette unifo1mité n'est, en toute rigueur, perturbée que par la contribu-
tion très faible de l'orifice à ce flux). Les conditions Hl, H2 et H3 sont supposées
réalisées.
Donner l'expression de la luminance monochromatique sortant de l'orifice nor-
malement à la sphère.

Figure 4.27 - Corps noir Figure 4.28 - Montage expérimental.


étalon : principe.

Solution
Les luminances des rayonnements incidents et partants L~ et L~ en tout point de la sphère,
hors l'orifice, sont :
(4.117)

L~ = fn:L~ + fis L~,1, (4.118)


où J; et S représentent les aires respectives de la sphère (sans l'orifice) et de 1' orifice, et
L~ ,i la luminance du rayonnement pénétrant dans la sphère par l'orifice :

(4.119)
"Cl
0
c
::::i où Te est la température d'équilibre de la pièce contenant la sphère. Il vient:
0

"""
...-1
0
!sr= J ; frs = fsr(S /};) = S /J: ; frr = 1 - S/L:, (4.120)
N
@ et après calcul :

..c
Ol
·;::
>- (4. 121)
a.
0
u
i o SJL: ( o o ]
L,1 = L;i (T) + ( l - )S/~ L,1 (Te) - L;i (T) (4.122)
EA + EA ,;..,

Comme S /J; est très petit devant 1 et que Te est en général très inférieur à T, on peut poser:

(4.123)

108
4.7. Méthode générale de traitement du transfert radiatif entre corps opaques

Les rayonnements partant et incident à l'intérieur de la sphère sont pratiquement caracté-


risés par la luminance du rayonnement d'équilibre à la température T, soit L~ (T), même
quand les parois de cette sphère sont loin d'être des corps noirs. Ce résultat présente un
intérêt fon damental et de multiples intérêts pratiques :
a) Sur un plan fondamental, dès lors qu'on réalise de façon approchée les conditions de
l'équilibre the1mique dans un système, donc de l'équilibre radiatif, il est évident qu'on
retrouve comme résultat une des lois posées en rayonnement thermique20 : la luminance du
rayonnement thermique dans un milieu tran.sparentd'indice 1 (isotrope) est, à l'équilibre
à la température T, donnée dans toutes les directions par la fonction L~ (T) (formule de
Planck). L'écart constaté ici pe1met de quantifier l'écart du système avec une situation
d' équilibre thermique parfait: cet écart est proportionnel à [L~(T) - L~(Te )] et croît aussi
avec le rapport S /E. Le système ne peut en toute rigueur être à l' équilibre puisqu'il dissipe
de l'énergie vers le milieu exté1ieur à température plus basse.
b) Sur un plan pratique, nous retiendrons deux applications:
• Pour réaliser un étalon de luminance de rayonnement d'équilibre à la température T,
soit L~( T), il suffit de réaliser une cavité parfaitement isotherme (figure 4.28) - c'est
toute la difficulté du problème - et de ménager dans cette cavité un petit orifice dS.
On aura évidemment intérêt à choisir des parois plutôt absorbantes. Le rayonnement
sortant de l'orifice dS est, de façon plus ou moins rigoureuse suivant la qualité de la
réalisation, caractérisé par la luminance L~(T). L'utilisateur de ce système ne considère
pragmatiquementque le rayonnement sortant de l'orifice dS, non matéiiel, qui se com-
porte du point de vue du rayonnement partant comme s' il émettait un rayonnement émis
par un corps noir à la température T (en effet cette surface dS est le point objet de tout
le système optique utilisé). Aussi appelle-t-on usuellement l'orifice dS (et par abus de
langage l'ensemble du système) corps noir étalon. En fait on a réalisé les conditions du
rayonnement d' équilibre. Notons qu'un rayonnement quelconque entrant par l'orifice
dS dans la cavité a très peu de chances d'en sortir; il est absorbé après des réflexions
multiples : a~ = 1.
• Les conditions de l' équilibre radiatif sont souvent réalisées alors que les conditions de
"O
c
0 l'équilibre thermique ne le sont pas. Ce cas apparaît classiquement quand on veut utiliser
::J
0 un thermocouple pour mesurer la température d'un fluide transparent et très an isotherme
v ;a; en écoulement. Dans ces conditions, la température du thermocouple est affectée non
T"-f "O
0 c seulement par les transferts conducto-convectifs qui tendent à imposer la température
N ::l

@ .,.,
~
des couches fluides les plus proches mais également et à grande distance, parce que le
'<I)
~
..c "'
·-=
g
fluide est transparent, par les transferts radiatifs avec les parois, généralement beaucoup
Ol
ï:::: ::l
CO plus froides, qui tendent à faire baisser la température du thermocouple. Le remède,
>-
a. 0
c
0
c partiel, à cette perturbation classique par les parois consiste à protéger le thermocouple

_____
c
u .~
0::l
par un écran radiatif (voir l'exercice d'application 4.1 ).
"O
eQ,
)
~
~
::l
i8
-ci
0
c
::l 20. Démontrée, rappelons-le, en physique statistique (statistique de Bose-Einstein pour des bosons en
0
@ nombre indéterminé).

109
Chapitre 4 • Transferts radiatifs entre corps opaques

4.7.5 Propriétés des facteurs de forme


a) Propriétés principales et dénombrement
Rappelons que la méthode développée au paragraphe 4.7.3 repose sur les proprié-
tés, purement géométriques, des facteurs de forme f iJ , de valeurs comprises entre
0 et 1. Dans une enceinte fermée, délimitée par N surfaces, on a N 2 facteurs de
forme (de f 11 à fNN ), N relations de conservation de l'énergie 4.108, C~ relations
de réciprocité 4.107, p facteurs de forme nuls f u s'il existe p surfaces convexes
parmi les N surfaces. Le nombre des facteurs de forme à déte1miner est alors :
n = N 2 - N - N(N - 1)/2 - p. En fait l'enceinte considérée présente, en général,
un certain nombre de symétries qui réduisent le nombre des facteurs de forme à dé-
terminer mais aussi le nombre de relations les liant.

Exemple 1 : Obtention directe de tous les facteurs


Soient des échanges radiatifs entre deux sphères concentriques (figure 4.29). On peut
écrire les diverses égalités suivantes :

!11 = 0 ; !1 2 = 1 - f11 = 1 ; hi= (S i/S 2)!1 2 = S 1/S 2 ; h2 = 1- hi=


1 - S i/S 2 ·
(4.124)
Tous les facteurs de forme sont déterminés directement. Noter que ces résultats res-
tent valables pour deux cylindres coaxiaux.

"Cl
0
c
::::i
0

"""
..-1
0 Figure 4.29 - Sphères Figure 4.30 - Cube (6 faces
N
@
concentriques. participantes).

..c
Ol
·;::
>-
g-
u
Exemple 2 : cas d'un cube
Soit un cube dont les 6 faces internes, notées 1 à 6, sont caractérisées par des pro-
priétés différentes mais uniformes. On a en théorie (figure 4.30) 36 facteurs de forme
et 6 + 15 + 6 = 27 relations, donc 9 facteurs de forme indépendants à calculer direc-
tement. En pratique, compte tenu de toutes les symétries du problème, il n'y a que
deux facteurs de forme différents : f relatif à des faces adjacentes, f' relatif à des

110
4.7. Méthode générale de traitement du transfert radiatif entre corps opaques

faces opposées. Il ne reste qu' une relation, non triviale, qui exprime la conservation
de l 'énergie :
f' + 4f = 1. (4.125)
Il faut donc calculer directement un facteur par l'équation 4.106, ou chercher la va-
leur du facteur de forme correspondant dans une table (voir Complément E.2). On
trouvera également des données dans des ouvrages généraux de rayonnement ther-
mique [64, 128].

b) La technique de la surface fictive


Une surface fictive intermédiaire, généralement plane, apporte souvent une relation
supplémentaire au calcul des facteurs de forme. Soit à calculer les facteurs de forme
entre deux demi-cylindres de rayon R (figure 4.31.a). A priori, il faut calculer / 12 et
f 11 . Nous ne disposons en fait que d'une relation non triviale : / 12 + / 11 = 1. Il reste
une inconnue. Soit la surface fictive 0 (figure 4.31. b). On a alors les facteurs de forme
fi 1 et fio à calculer, liés cette fois par :
f1J + fw=l !0 1 =1 !10 = (S o/S 1)/01 = S o/S 1 = 2/rr, (4.126)

donc:
/1 2 = /10 = 2/rr /11 = 1-2/rr. (4.127)

"Cl Figure 4.3 l - Surface fictive : application à deux hémisphères.


0
c
::::i
0
;o;
"""
..-1
0
"O
c
c) Facteurs de forme différentiels
N ::i

@ .,"'"' Considérons le système constitué par les surfaces S 1 et S 2 en regard et les éléments
.µ '~
..c ·c
::; différentiels dS 1 et dS 2 (figure 4.32). On définit différents facteurs de forme différen-
Ol c
·;::
>- "'cc tiels à partir de l' équation 4 .106 :
a. c
0 c
u .S! de dS 1 vers dS 2 :
ti
::i
"O
2
o..
(4.128)
~

s"'
F de dS 1 vers S 2 :
-ci
c
c
0
::i
(4.129)
@

111
Chapitre 4 • Transferts radiatifs entre corps opaques

de S 1 vers dS 2 :
df. = dS 2 ( dS t cosB1 cosB2
(4.1 30)
s ,, ds2 rrS 1 Js1 rT2
et enfin un facteur de fo1me global :

F
JS 1,S '>
-
. = _l_
S
rr 1
LL
S1 S2
dS 1dS 2cosB1cosB2
2
rl2
(4.131)

dx dx'
c.o.

x'

Figure 4.32 - Configuration Figure 4.33 - Facteur de forme


élémentaire. différentiel.

Les facteurs de forme différentiels se déduisent facilement des facteurs de forme glo-
baux. Soit à calculer, à l'intérieur d' un tube, le facteur de forme entre deux segments
cylindriques élémentaires de largeurs dx et dx' (figure 4.33), noté par commodité
f dx,dx'. Supposons connaître le facteur de forme f x,x' entre les deux disques de rayon
R, centrés en x et x' respectivement. On a de manière évidente :

ô ' R ô
dfx,dx' = fx,x' - fx,x'+dx' = - Ôx'fx,x' dx f dx' ,x = - 2 Ôx' fx,x' (4.132)

Par un raisonnnement analogue on trouve :


R ô ô . R ô ô ,
"Cl
0 df dx',dx = - 2 ôx' ôxfx,x' dx df dx,dx' = - 2 ôx' ôxfx,x' dx (4.1 33)
c
::::i
0
Les facteurs de forme différentiels susceptibles d'intervenir dans un tube se déduisent
0"""
.-1

N
donc aisément du facteur de forme entre deux disques noté fx,x' (Complément E.2).
@
:§, 4.7.6 Exercice d'application
·;::
>-
a.
0
u ( Exercice 4.4 Structure isolante en cryogénie
Énoncé
On utilise souvent, à l' intérieur d'une enceinte vidée 00- 2 à io- 6 torr)21 , une struc-
ture isolante constituée d' un empilement de pailles (tubes cylindriques creux) pour
21. 1 torr (Torricelli) = 1 mm Hg.

112
4.7. Méthode générale de traitement du transfert radiatif entre corps opaq ues

limiter 1es transferts radiatifs entre les parois extérieures et Ja zone à conditionner
à très basse température. En effet, en l'absence de transferts conducto-convectifs
(vide) et compte tenu de la faiblesse des transfe1ts conductifs (faible conductivité
des "pailles", mauvais contact thermique entre génératrices de pailles voisines), les
échanges radiatifs sont importants même aux très basses températures considérées.
Soit un empilement régulier de pailles, d'émissivité s indépendante de la longueur
d'onde et de Ja direction (figure 4.34).

Figure 4.34 - Configuration élémentaire.

On considère pour simplifier que tous les éléments des demi-couches 2n et (2n + 1),
constituées de demi-cylindres, sont isothermes à T 2n et T 2n+ l respectivement et véri-
fient les propriétés Hl , H2 et H3.

z z
2n+2

cp p' 2n+l
2n

Figure 4.35 - Transferts à l'intérieur Figure 4.36 - Transferts à l'extérieur de


d'un cylind re. cylindres.

On considérera 1es flux surfaciques radiatifs partants ou incidents notés


1
"Cl
c
0 mp' rrl {{/ {{/
r 2n '"1'2n+ l ' "1' 2n ' "1'2n.+l
et mp" rnp" " /' 1rl'
"1' 2n. ' "1'2n.+ 1 '"1'2n '"1'2n.+ l
respectivement suivant qu'on consi-
::::i
0 dère l'intérieur ou l'extérieur des cylindres.
;o;
"""
..-1 "O
0
N
c
::i Exprimer les flux radiatifs cp~n·
@ .,"'"'
.µ '~
..c ·c
Ol c
::; Solution
·;::
>- "'cc Dans ces conditions, on peut écrire :
a. c
0
u c
.S!
a) À l'intérieur d'un cylindre (figure 4.35) :
ti
::i
"O
2 j' - '+ I p' (4.134)
o..
~
'P2n - f 'Pin f 'P211+ 1 '
s"'
F où f et f' sont donnés par les équations 4.126 et 4. 127 et :
-ci
c
c
::i
j' - p' I p'
0
@ 'P211+ I -f'P2n+I +f'P2n · (4.135)

1 13
Chapitre 4 • Transferts radiatifs entre corps opaques

Le flux radiatif smfacique, positif suivant Oz, est :

R' - p' i' - (1 - f') scr (Tin - Tin+!)


<.p2n - <.p211 - <.p2n - 1 - (1 - s)(2/ - 1) (4.136)

b) À l'extérieur de 4 quarts de cylindre (figure 4.36), les facteurs de forme requis se cal-
culent avec la méthode de la surface fictive :

fo,211 +1 = 1 h11+1,211+2 = h11+1,0 = 2/n = f' h11+l,2n+I = f = 1 - J' (4.137)

Les relations entre les flux smfaciques <.p~;i+ I, 1.p!(t- 1 etc. sont analogues aux relations 4.134
à 4.136. Les flux radiatifs par unité de surface /k
et~,, sont constants, en régime station-
naire, de n = 1 à n = 2N si les transferts autres que radiatifs sont négligeables et vérifient :

R
(2/n )<.po = <.pR'1 = <.pR"J = i.{J2R' = i.{J2R" = · · · = <.p2n
R'
= <.p2nR" = · · · = <.p2N+
R
1(2/n) • (4.138)
ce qui conduit aux rel ations cherchées entre Jes températures T 0 , T 1, ... , T1N+I ·
_____ )

4.8 GÉNÉRALISATION DE LA MÉTHODE


4.8.1 Généralisation au cas de parois partiellement
transparentes
a) Quelques notions sur les milieux semi-transparents
Nous n'abordons pas dans ce paragraphe le cas général des milieux semi-transparents
(voir le Chapitre 6); nous nous limitons au cas de parois partiellement transparentes
non absorbantes ou absorbantes mais isothermes, à propriétés radiatives isotropes.
Précisons, dans un premier temps, ce qu'il faut entendre par rayonnements transmis,
"O
0 absorbé et réfléchi pour un milieu semi-transparent, en nous aidant de l'exemple de
c
0
::J la figure 4.37. Un rayonnement incident en A sur la paroi considérée est en partie
v
T"-f
réfléchi dans le milieu (1) avec une indicatrice complexe22 ; l'autre partie se propage
0
N dans le milieu (2), également avec une indicatrice complexe. Pour simplifier, nous
@
~
suivrons un seul trajet réfracté, de A à B; entre A et B, ce rayonnement peut être ab-
..c
Ol sorbé en tout point ou également être diffusé en tout point vers d'autres directions, ce
ï::::
>-
a. qui est représenté en A' : certains rayons diffusés atteignent la face supérieure de la
0
u paroi (cas de C'), d'autres la face inférieure (cas de B') ; la fraction non absorbée et
non diffusée du rayonnement se propage de A vers B, atteint B où elle est en partie ré-
fléchie dans le milieu (2) par réflexion interne, en partie transmise dans le milieu (3).
22. Plus précisément, on introduit une densité de probabilité de réflexion dans chaque direction. Une
densité analogue est également introduite pour la transmission; et une troisième, appelée fonction de
phase de diffusion, caractérise le phénomène de diffusion au sein du milieu.

114
4.8. Généralisation de la méthode

Si on suit le rayonnement réfl échi de B vers C, on retrouve les mêmes phénomènes


que précédemment (de A vers B): absorption, diffusion, réfl exion interne (vers D) ou
transmission, dans le milieu (1) cette fois, etc.
z
(/)

(2)
D
(3)

Figure 4.3 7 - Devenir d'un rayon Figure 4.38 - Sous-ensembles couplés.


incident.

On appelle rayonnements réfléchis tous les rayonnements issus du rayon incident


en A et repartant finalement vers les z > 0 dans le milieu (1), à l'interlace 1- 2, quels
que soient les trajets suivis par ces rayons. On définit la réflectivité globale p ,i comme
le rapport du flux global réfléchi d<P~ au flux incident d<P~ :

(4.139)

Notons que, contrairement au cas d' un corps opaque, cette grandeur n'est pas intrin-
sèque. De la même façon, si on introduit les flux globalement transmis d<P~ dans (3),
vers les z < 0, et globalement absorbé d<P~, on définit des transmittivité et absorptivité
globales, grandeurs extrinsèques, par :

(4.140)
"Cl
0
c
::::i D' une manière évidente, la conservation de l'énergie s'écrit:
0

d<J>~ = d<J>~ + d<J>~ + d<J>~ ,


;o;
"""
..-1
0
"O
c
OU: p,i + T ,i + ŒÀ = 1. (4.141)
N ::i

@ .,"'"' On appelle rayonnement globalement émis par la paroi l'ensemble des rayonne-
.µ '~
..c ·c
::; ments qui, ayant été émis en un point quelconque du milieu (2), se propagent soit
Ol c
·;::
>- "'cc dans le milieu (1) (vers les z > 0) soit dans le milieu (3) (vers les z < 0) après avoir
a. c
0 c
u .S! subi éventuellement des phénomènes de diffusion et de réflexion multiple au sein
ti
::i
"O
2
du milieu (2) et finalement un phénomène de transmission. En général, le milieu (2)
o..
~ n'est pas isotherme; les flux émis globalement vers (1) et vers (3) sont différents.
s"'
F Comme il n'y a pas de température de référence, on ne peut définir d'émissivité glo-
-ci
c
c
::i
bale (analogue à œÀ). Le calcul des flux émis dans ces conditions est complexe: voir
0
@ le Chapitre 6.

1 15
Chapitre 4 • Transferts radiatifs entre corps opaques

Si nous nous limitons au cas paiticulier d'une paroi isotherme, en régime insta-
tionnaire, telle que Bi « 1, le problème se simplifie : il est possible de définir une
émissivité globale23 , grandeur extrinsèque, par référence à la température T de cette
paroi, telle que le flux surfacique monochromatique émis (aussi bien vers les z > 0
que vers les z < 0) est :
(4.142)
Nous considérons toujours le cas simplificateur de propriétés radiatives isotropes. On
démontre aisément, à partir de considérations sur une situation d'équilibre, que, dans
ce cas particulier, on a alors la relation :
(4.143)

b) Expression des flux radiatifs


Si dans une enceinte fermée une des parois est partiellement transparente et isotherme
à la température To (paroi 0 de la figure 4.38), il est possible de généraliser lamé-
thode de calcul des transferts vue dans ce chapitre (les hypothèses Hl, H2, H3 sont
vérifiées : voir le paragraphe 4.7.3 a)). On distingue la face inférieure et la face su-
périeure de la paroi, même si celle-ci est infiniment mince, et on considère deux
sous-systèmes.
• Le sous-système 1 est constitué par l'intérieur de l'enceinte : le rayonnement à la
paroi est caractérisé par les luminances L~ll et L~,i.

k = 0,1 ... N (4.144)

(4.145)
où la luminance L~,i représente le rayonnement issu de II et transmis dans I.
"O
c
0 • Le sous-système II comprend la face supérieure de la paroi et le milieu extérieur.
::J
0 Les rayonnements au-dessus de la paroi sont caractérisés par les deux luminances
v
,..-! L~, ,i et L~, Il; la luminance L~, Il dépend du milieu extérieur uniquement; la lumi-
0
N
nance L~, A a pour expression :
@
~
..c (4.146)
Ol
ï::::
>-
a.
0 23. Dans le cas d'une paroi mince, les réflectivité, absorptivité et transmittivité globales introduites dé-
u pendent en général non seulement des propriétés du matériau mais aussi de l'épaisseur d de la paroi :
ce ne sont pas des propriétés intrinsèques comme dans le cas d'un corps opaque. De ce fait, certains
auteurs soulignent cette caractéristique en utilisant des terminologies différentes : absorptance, réftec-
tance, transmittance du milieu et éventuellement des notations différentes. Dans un souci de simplicité
de langage, ce choix n'a pas été retenu dans cet ouvrage. À la limite où la paroi est optiquement épaisse,
sans être opaque, ces propriétés deviennent des propriétés intrinsèques du matériau tout au moins s' il
est proche de 1' isothermie (la transmittivité est alors nulle).

116
4.8. Généralisation de la méthode

Le couplage entre les deux sous-systèmes est assuré par les te1mes exprimant les
rayonnements transmis :

(4.147)

À l'intérieur de l'enceinte/, les transferts entre les parois opaques sont traités avec
le modèle classique des flux incidents et partants.

4.8.2 Généralisation au cas de rayonnement(s) incident(s)


directionnel(s)
Des sources de rayonnements directionnels apparaissent dans certaines applications,
fraction directe du rayonnement solaire non diffusé par l'atmosphère par exemple.
Pour ce type de source, les flux reçus par les surfaces ne peuvent plus se calculer à par-
tir du fomalisme des facteurs de forme ; le calcul doit être conduit directement à partir
de considérations géométriques, en tenant compte d'éventuels phénomènes d' ombre.
L'hypothèse d'isotropie des propriétés radiatives des corps opaques (t:,.i , p,.i , œ,.i) peut
toujours être faite dans ces conditions, si bien que, dès la première réfl exion sur une
surface, les flux partant de cette surface sont caractérisés par une luminance isotrope :
le modèle des flux incidents et partants s'applique alors à ces contributions. Dans ces
conditions, les rayonnements incidents sur une surface S .i se composent :
• de rayonnements partant de surfaces S k> à propriétés radiatives isotropes, entou-
rant la surface S .i : on introduit, comme dans le paragraphe 4.7.3, une luminance
isotrope équivalente L~,.i pour décrire ce rayonnement incident :

(4.148)

"O
c
0 où L~A. désigne la luminance isotrope du rayonnement partant de la surface S k ·
::J
0 • d' un rayonnement directionnel, qui n' apparaît que dans un angle solide dQ élé-
v ;a;
T"-f
0
"='
c
mentaire, si la source est ponctuelle, unique et à l'infini ; ce rayonnement est carac-
N
"' térisé par la luminance Lj,.i dir . La seule difficulté de ce type de problème consiste
@ .,"'
"'
~ ~
..c 't:
0
à exprimer Lj,.i dir et la fraction du flux associé à cette luminance qui est réfl échie
Ol '5
ï::::
>- "'0c par la surface S .i.
a. c
0 c
u .Q
ü
"'
"='
2
o.
~

"'
'5
F!
-ci
0
c
"'
0
@

117
"O
0
c
::i
0
~
.-l
0
N
@

..c
Ol
ï:::
>-
0..
0
u
1NTRODUCTION
AUX TRANSFERTS
CONVECTIFS

Notions clés
Flux convectif, systèmes ouvert et matériel, théorèmes de transport, nombres de
Nusselt, Reynolds, Prandtl, régimes laminaire et turbulent, régime établi, convec-
tion forcée, convection naturelle, température de mélange, diamètre hydraulique.

Les systèmes étudiés dans les Chapitres 2 et 3 sont fixes ; aucun transfert convectif
n'est pris en compte au sein de tels systèmes. Cependant un mouvement apparaît le
plus souvent dans un fluide du milieu extérieur. Le transfert convectif associé à ce
mouvement est couplé au phénomène de conduction 1 dans le fluide, supposé trans-
parent ou opaque, et modifie le champ de température au sein de celui-ci au voisinage
de la paroi. Le flux conductif dans le fluide à la paroi couplé à la convection est appelé
flux conducto-convectif (voir paragraphe 1.4.2).
Ce chapitre a pour objet principal d'exprimer ce flux conducto-convectif. Il est
alors nécessaire de prendre en compte les transferts convectifs thermiques. L'étude
de ces phénomènes est abordée de façon progressive. Dans le paragraphe 5 .1, nous
envisageons le cas simple d 'un système indéformable, à la fois des points de vue
du système matériel et du système ouvert. Nous introduisons ensuite, dans le para-
graphe 5.2, le formalisme général applicable à un fluide défo1mable et introduisons
l'équation de bilan d'énergie2 . Ce formalisme est appliqué, en première approche, à
des cas simples relatifs aux échangeurs de chaleur dans le paragraphe 5.3. Le para-
graphe 5.4 introduit des résultats pratiques en vue de la détermination du coefficient
"O
c
0 de transfert h en convection forcée, à partir de la seule analyse dimensionnelle. Les
::J
0 évolutions de h en convection forcée laminaire ou turbulente dans des configurations
v ;a;
T"-f
0
"O ouvertes ou fermées classiques sont étudiées dans les paragraphes 5.5 et 5.6. Les trois
c
N ::l

@ .,., derniers paragraphes sont une introduction à la convection naturelle et à la convection


~

~
'<I)
mixte.
..c ·-=g"'
Ol
ï:::: ::l
CO Des corrélations classiques pour la détermination du coefficient de transfert dans le
>-
a.
c
0
0
c
c
cas de configurations géométriques, mécaniques et thermiques standard sont données
u .~
0
::l
dans le Complément D.3 en convection naturelle ou forcée, laminaire ou turbulente.
"O
e
Q,
~ l. Dans le cas d'un fluide semi-transparent un couplage se réalise, au sei n du fluide, entre conduction,
~
::l convection et rayonnement (voir Chapitre 9 et par exemple [ 160, 161 ]).
i8 2. Le formalisme général de l'équation de bilan d'énergie appliquée à un fluide monophasique éven-
-ci
0
c
::l tuellement composé de différentes espèces (transferts de masse et de chaleur couplés) est développé
0
@ dans le Chapitre 8, dans lequel des modèles avancés de convection naturelle et forcée sont détaillés.

119
Chapitre 5 • Introduction aux transferts convectifs

5.1 BILAN D'ÉNERGIE POUR UN SYSTÈME


INDÉFORMABLE
5.1.1 Système matériel
On appelle système matériel un système continu limité par une surface fermée S m(t),
éventuellement mobile et déformable, qui n' est traversée en aucun point et à aucun
instant par un flux macroscopique de masse. C' est, en d' autres termes, une quantité
macroscopique de matière dont on suit les évolutions dans le temps3 . Les compo-
santes normales de la vitesse du fluide v (M , t) en un point M de S m (t) et de la
vitesse de déplacement w (M, t) de la frontière Sm (t) en M sont égales :

[v(M, t)- w(M, t)] · llext = 0 (5.1)

où Dext est le vecteur unitaire normal en M à S m (t) orienté vers l'extérieur. Une autre
formulation possible est la suivante : (v - w) · Dext• appelée vitesse de convection au
travers de la frontière, est nulle. Il n'y a pas de transfert convectif à la frontière d'un
système matériel.
On applique à un tel système le premier principe généralisé sous la forme :

d ( ) . . (5.2)
dt o + Ocin + op = W + Q

où o , ocin et op représentent les énergies interne, cinétique et potentielle de tout


le système, W et Q les puissances échangées avec le milieu extérieur sous forme
de travail réversible et de chaleur, à travers la surface et au sein du volume dans ce
dernier cas. Les seuls échanges de chaleur à prendre en compte aux frontières avec
le milieu extérieur sont pour un système matériel : les échanges conductifs (incluant
d'éventuels flux conducto-convectifs) et les échanges radiatifs.
'O
0
c
c5 5.1.2 Premier exemple d'application : une filière
À titre d'exemple, étudions le bilan thermique d'un fil métallique de section J: défilant
à très grande vitesse u (suivant Ox) dans le référentiel d'un atelier Oxr (figure 5.1). Le
~
..c fil est refroidi par rayonnement et par transfert conducto-convectif dans l' air ambiant
Ol
ï:::: à la température Ta (coefficient de transfert h). Le système considéré est la tranche
>-
a.
0 matérielle comprise à l'instant t dans l'intervalle [x, x + dx] qui se déplace dans le
u
3. Cette définition est macroscopique. À l'échelle microscopique, un nombre considérable de molé-
cules entrent et sortent du système matériel à travers sa surface Sm (t). Les transports de quantité de
mouvement, d'enthalpie et de masse de chaque espèce associés au transport moléculaire à travers cette
surface produisent les phénomènes de diffusion : viscosité, conduction thermique, diffusion d'espèces
respectivement. Mais le flux global de masse à travers n'importe quel élément de surface de Sm (t) est
toujours nul.

120
5.1 . Bilan d'énergie pour un système indéformable

<p cc
r h Ta

À,e,c
<p
cd
X 1dx
0 !},

.X x idx coupe s11iva111 x

Figure 5.1 - Coupes du système indéformable.

référentiel Oxr. Nous supposons la température constante dans chaque section droite
(voir le paragraphe 2.2.6).
Les flux extérieurs à prendre en compte pour ce système matériel sont :
• les flux conductifs I<pcd (x) et J:<pcd(x + dx) à travers les sections droites du fil et le
flux conducto-convectif 'Pdxh[T(x) - Ta] à travers la surface latérale, si 'P désigne
le périmètre mouillé du fil. Ce dernier flux est compté positivement suivant Or.
L'air est en mouvement, de convection forcée, dans le référentiel du fil.
• un flux radiatif 'Pdx<pR, compté positivement suivant Or, entre la surface latérale
de la tranche et le milieu extérieur.
Dans l' équation 5.2, l'énergie cinétique Ôcin du système matériel dans le référentiel
choisi est constante, les variations del' énergie potentielle de pesanteur 8p sont négli-
geables, et le terme W est nul ; il vient, d'après cette relation, en assimilant enthalpie
et énergie interne pour un solide :

d1{ = d8 = CdT = (pcJ:dx) (()T + u oT) (5.3)


dt dt dt ot ax
"Cl
c
0 où C et c désignent la capacité thermique de la tranche et la capacité thermique mas-
::::i
0 sique du fil, respectivement.
"""
..-1
;o;
"O Le terme de l'équation 5.3 en 8T/8t correspond à un régime instationnaire : varia-
0 c
N ::i
tion temporelle de la température en un point fixe x du référentiel de l 'atelier; nous
@ .,"'"'
.µ '~
·c
nous limitons dans cet exemple à un régime stationnaire caractérisé par :
..c c
Ol ::;
·;::
>- "'cc
a.
0
c (5.4)
c
u .S!
ti
::i
"O
2
o..
Dans ces conditions, l'équation 5.3 devient
~

s"' d1{
F
-ci
dt = (pEu) c dT = rh c dT (5.5)
c
c
::i

où m, égal à pEu, est le débit massique de la filière.


0
@

121
Chapitre 5 • Introduction aux transferts convectifs

Le terme de l' équation 5.3 en u ôT/ôx existe en régime stationnaire : il représente


la variation de température, par unité de temps, d' un élément matéri el suivi dans son
mouvement par rapport au réf érentiel de l'atelier.
Compte tenu des transferts à prendre en compte, on obtient, d'après l'analyse pré-
cédente:
Q = I [<pcd(x) - <pcd(x + dx)] + Pdx {h [Ta - T(x)] - 'PR} . (5.6)

Soit, à partir des équations 5.2 à 5.6, en régime stationnaire4 :

d<J{ d8 dT d2 T R
dt= dt= pi cu dx dx = ÀE dx2 dx + Pdx [h(Ta - T) - <p (Ta,T)], (5.7)

avec les conditions aux limites :

T(O) = To T(oo) =Ta. (5.8)

5.1.3 Système ouvert à frontières fixes en régime


stationnaire
Un système ouvert a une surface perméable aux flux macroscopiques de masse. Nous
nous limitons dans ce paragraphe au cas d' un système ouvert à frontières fixes dans le
référentiel choisi. Le cas général sera abordé dans le paragraphe 5 .2.1 et le Chapitre 8.
En régime stationnaire, les grandeurs physiques globales considérées sont invariantes
par rapport au temps dans ce référentiel5 :
d8 . d<J{
~(!) = 0 dt(!)= 0, (5.9)
dt
Les transferts thermiques à prendre en compte sont les transferts conductifs 'Peel ou
<pcc, radiatifs 'PR et convectifs <peu; ces derniers sont associés aux flux macroscopiques
de masse à travers la smface du système.
"O
0
c Le bilan d'énergie pour un système ouvert à frontières fixes en régime stationnaire
::J
0 s'écrit, si qen désigne le vecteur flux surfacique d' énergie, h l'enthalpie massique du
v
,..-!
0
fluide et P la puissance volumique dissipée :
N
@ (5.10)
~
..c
Ol
ï::::
>-
a.
0 d<J{ = ( - qen · DextdS + ( Pd V = 0. (5.11)
u dt Js Jv
Cette équation de bilan est illustrée par deux exemples (paragraphes 5 .1.4 et 5 .1.5)
4. Comme, en régime stationnaire (BT /Bt = 0), T [x (t)] ne dépend pas directement du temps, des déri-
vées droites sont utilisées: (dT/dt) = (dT /dx)(dx/dt).
5. Les relations 5.9 font apparaître des dérivées droites et non des dérivées partielles car les grandeurs
considérées ne dépendent que du temps.

122
5.1. Bilan d'énergie pour un système indéformable

5.1.4 Retour sur l'exemple de la filière


Nous reprenons l'exemple du paragraphe 5.1.2 en adoptant le point de vue du sy-
tème ouvert compris entre les plans x et x + dx, quel que soit l'instant considéré.
L'équation 5.11 devient:
2
d'H . d T [ ] dT
- = Q = ,U;'-2
dx + 'Pdx -ql + h(Ta - T) - J:pcu-d dx = O. (5.12)
dt dx X

Le premier terme ,U;'(d2 T/dx2)dx représente l'effet global des contributions conduc-
tives dans les plans x et x + dx; le second terme 'Pdx[-<pR + h(Ta - T)] les contri-
butions radiative et conducto-convective sur la surface latérale du fil ; le dernier
terme -J:pcu(dT/dx)dx la somme des contributions convectives J:pu h[T(x)] en x et
-J:pu h[T(x+dx)] en x+dx. Il est évident que, formellement, l'équation de bilan 5.12
est identique à l'équation 5.7 obtenue avec le point de vue du système matériel dans
laquelle le terme de convection de l'équation 5.12 J:pcu(dT/dx)dx apparaît au pre-
mier membre changé de signe.
Si on ignore le flux radiatif <pR, la solution du sytème d'équations 5.7 et 5.8 s'écrit:
12
T - Ta = exp{-pcux[(i + 4'PhÀ ) / _ 1]}· (5.13)
To - Ta 2,i J;p2c2u2
La contribution de la conduction axiale suivant Ox, représentée par À, est négligeable
devant la contribution convective (point du vue du système ouvert) si :

(5.14)

Dans pratiquement toutes les applications usuelles, cette condition est réalisée, qu'on
"O
ait affaire au mouvement d'un solide (le fil par exemple), d'un liquide ou d'un gaz.
0
c Pour s'en convaincre, il suffit d'envisager des valeurs réalistes de À,p, c, des valeurs
::J
0 réalistes de 'Pet J:, et enfin les plages de variation du coefficient de transfert convectif
v ;a;
T"-f
0
"='
c
h (cf. tableau 1.1 du paragraphe 1.4.2). Nous admettons dans la suite que le transfert
N
"' conduct~f axial, pour un solide, un gaz ou un liquide, est en pratique négligeable de-
@ .,"'"'
~
..c
~
't:
vant le transfert convectif dans la même direction. Ce fait est justifié rigoureusement
0
Ol
ï:::: '5 pour un fluide dans le paragraphe 8.5. l.
>- "'0c
a. c
0 c
u .Q
ü
"'
"='
5.1.5 Exemple 2 : interface solide-liquide, front de fusion
2
o.
~ Une des méthodes pour stocker l'énergie en vue d'une utilisation différée consiste à
"'
'5
F! utiliser la chaleur latente importante de changement d'état liquide-solide. On utilise
-ci
0
c des sels dont le point de fusion peut atteindre 900° C, ce qui permet de ne pas dé-
0"'
@ grader le niveau thermique. On peut utiliser des échangeurs classiques avec parois,

123
Chapitre 5 • Introduction aux transferts convectifs

peu efficaces, ou mieux des échangeurs à contact direct gouttes-fluide. Un des pro-
blèmes à résoudre est de relier la vitesse de déplacement du front de fusion aux flux
d'énergie à l'interface, côté liquide et côté solide. Si on fait l'hypothèse simplifica-

Liquide : À l p
z z
~q>~ }q>~

J•J Front de fusion à TF

) cp cc/ Jcp CV
) s l s
Solide : À s' P
Figure 5.2 - Modèle d'interface.

trice que les masses volumiques Ps et PL des phases solide et liquide sont égales à la
valeur p, on peut, en première approche, modéliser le front de fusion par une couche
indéformable d'épaisseur 7], isotherme à TF, constituée des deux phases intimement
liées (figure 5.2). Le système le plus simple à choisir est le front de fusion lui-même
d'épaisseur 1J qui est en mouvement, de vitesse ZF par rapport à un axe fixe Oz. C 'est
un système ouvert. On applique le bilan d'énergie par rapport à un système d'axe OZ
lié à ce front de fusion. Des transferts convectif et conductif sont à considérer sur
chaque face (voir figure 5.2)6 :

(5.15)

"Cl
où .E, hs(TF) et hL(TF) désignent la smface du front et les enthalpies massiques des
0
c phases solide et liquide à la température de fusion TF. in représente le débit massique,
::::i
0 évidemment constant, de liquide et solide à travers les faces du front de fusion ; soit :
"""
..-1
0
N
@ in= -p.EZ,p. (5.16)

..c
Ol
·;:: L'équation de bilan devient :
>-
a.
0
u
(5.17)

où lv désigne la chaleur latente massique de changement d'état.

6. L'équation 5.15 est valable si les deux phases sont toutes deux soit opaques, soit transparentes.

124
5.2. Bilan d'énergie pour un système fluide monophasique

5.2 BILAN D'ÉNERGIE POUR UN SYSTÈME FLUIDE


MONOPHASIQUE
La modélisation des transferts thermiques dans un fluide en mouvement, en particu-
lier au voisinage des parois, est un enjeu majeur de la discipline. Il convient d' établir,
comme pour un solide, la loi d'évolution de l'énergie du système fluide : le pro-
blème est rendu délicat par le fait que le fluide est déformable, mais aussi dilatable
(ôp/ôT * 0); c'est le cas, en particulier, d'un gaz auquel on apporte ou duquel on
extrait une énergie importante. Les gaz sont également compressibles (ôp/ ôp 0), *
mais cette propriété ne génère des difficultés supplémentaires que dans les cas où les
variations de pression sont importantes, cas que nous excluons ici. L'équation géné-
rale de bilan d'énergie pour un écoulement monophasique compressible et dilatable
se trouve au paragraphe 8.1.
L'équation simplifiée de bilan d'énergie découle de deux théorèmes de transport
introduits dans les paragraphes à suivre, et du premier principe de la thermodyna-
mique appliqué à un système matériel.

5.2.1 Théorèmes de transport


a) Système ouvert monophasique à frontières mobiles
Soient A et a des grandeurs scalaires, vecteurs ou tenseurs, rapportés aux unités de
volume et de masse respectivement :
A =pa. (5.18)
Considérons, dans un référentiel, un système mobile, déformable, de volume V(t) , li-
mité par une surface S (t) (figure 5.3). Nous admettons le théorème [153] représentant
l'évolution temporelle de la quantité globale 3l rattachée au volume V :
"O

d3l = ~ ( ( A dV) = (
0
c
::J
ôA dV + ( A w.next dS. (5.19)
0 dt dt J v(t) J v(1) ôt J s(t)
v ;a;
T"-f
0
"='
c Dans cette expression, llext représente la normale orientée vers l'extérieur d 'un élé-
N
"'"' ment de la surface S et w le vecteur vitesse de déplacement de l'élément de surface
@ .,"'
~ ~
..c 't:
0
dS dans le référentiel d 'étude (et non celui de l'élément matériel en ce point à l' ins-
Ol '5
ï::::
>- "'c tant considéré, noté v).
a. 0
c
0 c
u .Q
ü
"'
"='
b) Théorème de Reynolds pour un système matériel
2
o.
~
monophas iq ue
"'
'5
F! Un système matériel de volume Vm(t) et de surface S mU) est défini par (para-
-ci
0
c graphe 5.1.1) :
"'
0
(5.20)
@ w (r ,t).next = v(r ,t).nexr,

125
Chapitre 5 • Introduction aux transferts convectifs

Figure 5.3 - Système ouvert à frontière mobile.

c'est-à-dire que les composantes normales à la surface des vitesses v de l'élément


matériel et de déplacement de la surface w coïncident en tout point de la surface. La
substitution de v(r,t).next à w(r, t).next dans l'équation 5.19 conduit au théorème de
transport de Reynolds7 pour un système matériel :

d
d3{
t
= d
d
t
(l V111 (t)
A dV =)l V,,,(1)
ôA d V +
7)
t
LS,,,(t)
A v · Dext dS (5.21)

c) Équation de bilan de la masse globale


L'équation 5.21 appliquée à la masse (A= p) donne l'équation de bilan de la masse
globale, encore appelée équation de continuité :

m. = -dm =
dt
l V,.,,(t)
ôp dV +
7)
t
L
S 111 (!)
pV.Dext dS =O. (5.22)

Soit, après transformation, sous forme locale :

ôp
- + V· (pv) = 0 (5.23)
Ôt

d) Réécriture du théorème de Reynolds


·~ L'expression 5 .19 peut être transformée dans le cas d'un système matériel, vérifiant
a.
3 l'équation 5.23, en adoptant les notations définies par l'équation 5.18. Soit:

-d3I = -d
dt dt
(J:
Vm(t)
padV )= l V,,,(t)
[ - + aop
pôa
8t
- + aV.(pv) + pv.Va] dV,
8t
(5.24)

7. Certains auteurs notent la dérivée totale dA/dt avec des D majuscules (DA/Dt) et l' appellent dérivée
matérielle.

126
5.2. Bilan d'énergie pour un système fluide monophasique

et après simplification, à partir de l'équation 5.23 :

-dJI = -d
dt dt
(J:
V 111 (t)
padV =) J: (
V 111 (t)
p -ôa + v ·Va) dV =
Ôt
J:
V111 (t)
da
p-dV,
dt
(5.25)

formulation équivalente du théorème de Reynolds, valable que a soit scalaire, vec-


teur ou tenseur. On notera que dans cette expression, p peut dépendre du temps par
l'intermédiaire de Tou p.

e) Remarque très importante : significations physiques


des dérivées partielle et droite
Pour toute quantité massique a, il convient de bien distinguer les significations phy-
.
s1ques de 1a d,envee · 11. e par rapp01t au temps ôa
· , pa1t1e ôt et de 1a d,envee
· , d ro1te
· dadt .

La dérivée partielle ~~ caractérise l'évolution instationnaire de la grandeur a en


un élément de volume autour d'un point fixe M(r) du référentiel. Dans un fluide
en mouvement, ce sont des éléments de matière djfférents qui occupent ce volume
élémentaire en fonction du temps.
La dérivée droite da caractérise l'évolution temporelle globale de la grandeur
dt
a attachée à l'élément de matière macroscopique qui occupe l'élément de volume
considéré autour d'un point fixe M(r) du référentiel au seul instant t. Contrairement
à la dérivée partielle, la dérivée droite n'est pas nulle en régime stationnaire.
D'un point de vue mathématique, il vient:

da(r, t) ôa(r,t) V )
= ô + v. a(r,t (5.26)
dt t
"O Le terme v.Va(r,t) représente la contribution à l'évolution temporelle de l'élément
0
c matériel due au seul déplacement par unité de temps dt de cet élément dans des
::J
0
v champs qui seraient figés à l'instant t : cette contribution existe en régime station-
;a;
T"-f
0
"O
c . L ôa(r,t) . . . , .
N ::l narre. e terme ôt est le terme mstat1onnaue complementarre.
@ .,.,
~

'<I)
~
..c "'
·-=
g
Ol
ï:::: ::l
CO 5.2.2 Bilan d'énergie (approche simplifiée)
>-
a. 0
c
c
0
u c
.~
L'équation de bilan d'énergie est établie dans ce paragraphe sous l'hypothèse restric-
tive d'un fluide soumis à une faible variation de pression8 , tant des points de vue d'un
0::l
"O
e
Q,
~ système matériel que d'un système ouvert. Une démonstration complète et générale
~
est exposée dans le paragraphe 8.1 .
::l
i8
-ci
0
c
::l 8. Une faible variation de pression est en effet nécessaire pour engendrer le mouvement du fluide dans
0
@ une conduite par exemple.

127
Chapitre 5 • Introduction aux transferts convectifs

a) Point de vue d'un système matériel


Nous admettrons sans démonstration que la variation d'enthalpie d'un système ma-
tériel fluide monophasique à pression quasiment constante est égale à la puissance
calorifique algébriquement fournie au système :

d<Jim
- - =
dt
L (cd
S 111 (t)
- q + q R) .next dS + l Vm(t)
PdV (5.27)

Le premier te1me du second membre ne prend en compte que des flux conductif
et radiatif (qR .next représente le flux radiatif smfacique 'PR à travers la surface du
système orientée vers l'extérieur). Il n'y a pas de terme de convection dans ce bilan
écrit du point de vue d' un système matériel. Pest la puissance calorifique volumique
engendrée dans le milieu. Dans la mesure où le fluide est un liquide ou un gaz parfait,
l'enthalpie massique h9 vérifie :

(5.28)

On obtient, par application du théorème de Reynolds 5.25 :

- - = -d
d1im
dt dt
(l Vm(t)
phdV )= l Vm(t)
dh
p-dV
dt
= l V 111 (t)
dT
pcp-dV
dt
(5.29)

Compte tenu des deux équations 5.27 et 5.29, l'équation de bilan d'énergie sous
forme intégrale s'écrit :

d<Jim
- - =
dt
l
V 111 (t)
pc p -dT. d V = -
dt
LS ,,,(t)
q cd .Ilext dS + l (V 111 (t)
PR + P ) d V (5.30)

où on a introduit la puissance radiative pR dissipée dans un fluide semi-transparent,


"O
c
0 égale à - V · qR.
::J
0
v b) Point de vue d'un système ouvert
T"-f
0
N
@ Considérons un système matériel fluide, de surface frontière Sm (t) et de volume
~
..c Vm (t), mobile dans un référentiel donné. Par définition d' un système matériel, le flux
Ol
ï::::
>-
convectif q~v · Ilext de quelque grandeur physique Ji que ce soit (a par unité de masse,
a.
0 A par unité de volume) est nul en tout point M de la frontière et à chaque instant t.
u
À présent, considérons un système fluide ouvert, de surface frontière S 0 (t) et de vo-
lume V 0 (t), également mobile, et qui occupe exactement le même volume physique
que le système matériel précédent uniquement à l'instant t. Les vitesses w (N, t) de
certains points N de sa surface frontière diffèrent nécessairement des vitesses v (N, t)
9 . Dont la notation est à distinguer de h coefficient de transfert.

128
5.2. Bilan d'énergie pour un système fluide monophasique

du fluide aux mêmes points, sinon V0 (t) serait un volume matériel. Par conséquent,
des flux convectifs q~v · Dext apparaissent en ces points à travers la surface S 0 (t); ils
sont donnés par 10
q~v · Dext = A (V - W) · Dext = pa (V - W) · Dext (5.31)
Le théorème général de transport 5.19 permet d'exprimer le taux de variation de la
grandeur globale 5l pour le système matériel :

d5lm = d
-d-
t
d
t
(J:V111 (t)
) J:
pa d V =
V111 (t)
o(pa) d V +
0t
L S m(t)
pa v · Dext dS (5.32)

Pour le système ouvert, le même théorème donne :

d5lo = _5!. ( (
dt dt JV0 (t)
pa d v) = J( V0 (t)
{) ~a) d V + (
t JS 0 (t)
pa w · Dext dS (5.33)

On notera que la vitesse du fluide v, qui apparaît dans l'équation 5.32, est remplacée
par la vitesse w de la frontière S 0 (t) dans l'équation 5.33. Comme, à l'instant t, les
smfaces S 0 (t) et Sm (t) sont égales ainsi que les volumes V0 (t) et Vm (t), il découle
de ces deux équations le résultat suivant :
d5lo = -d-
-d-
t
d5lm -
t
L S 0 (t)
d5lm -
pa (V - W) · Dext dS = -d-
t
L S oU)
cv
qa · Dext dS (5.34)

Le taux de variation de la grandeur extensive 5l sur le système ouvert est donc égale à
la somme du taux de variation de la même grandeur sur le système matériel occupant
le même volume à l'instant t et de l'intégrale sur la frontière du système ouvert du
flux convectif q~v donné par l'expression 5.31 et compté positivement vers l'intérieur
du système.
Ce résultat général peut à présent être appliqué à l'enthalpie 11. Le premier terme
des second et troisième membres de l'égalité 5.34 d<J{m/dt est donné par l'équation
"O
0
de bilan d'énergie pour un système matériel (équation 5.30):
c
::J
0
v
ct'l1m -
dt
r a(Ph) dV
JV111 (t) ---al + Js
r (t) P
h
V · Dext
dS
T"-f
;a;
"O
111 (5.35)
0
N
@
c
::l

.,.,
~
= - fs 111 (t) qcd · Dext dS + fvm(t) (PR+ P) dV
'<I)
~
..c "'
·-=
g
Il s'ensuit que le taux de variation de l'enthalpie du système ouvert d1{0 / dt a pour
Ol
ï::::
>-
::l
CO
c
expression :
a. 0
c
0
u c
.~
0
ct11a -
dt
r
)Vo(t)
ô(ph) dV
-af
f
+ Js o(t) p
h
W . Dext
dS
::l
"O
e (5.36)
~
Q,
~ - fs o(t) ( qcd + qfiv). Dext dS + Jva(t) (PR+ P) dV
::l
i8 10. Cette expression est plus générale que celle du paragraphe 1.4.1 : (v - w) · nex1 représente la vi-
-ci
0
c
::l tesse normale du fluide par rapport à l'élément de smface dS 0 (t) mobile, encore appelée vitesse de
0
@ convection.

129
Chapitre 5 • Introduction aux transferts convectifs

Pour le système ouvert, le flux convectif apparaît explicitement dans le second


membre de l'équation de bilan 5.36, tandis que pour le système matériel, il apparaît
implicitement dans le premier membre de l'équation 5.35 via le terme de transport.
Les résultats du paragraphe 5 .1. 3 sont retrouvés ici ; en particulier, l'équation 5 .11
correspond à un système ouvert à frontières fixes en régime stationnaire.

5.3 APPLICATIONS SIMPLES : TRANSFERTS DANS


UNE CONDUITE; ÉCHANGEURS DE CHALEUR
Nous considérons l'écoulement stationnaire d'un fluide, de débit massique m
constant, dans une conduite cylindrique (de génératrices parallèles et de section
constante .E). Dans ce qui suit, une température globale, appelée température de mé-
lange, va être introduite pour caractériser le fluide dans une section donnée. Cette
température de mélange servira de référence dans les calculs de transfert convectif,
en particulier dans les échangeurs de chaleur, pour des écoulements laminaires ou
turbulents.

5.3.1 Hypothèses simplificatrices


On se propose de construire un modèle simple à partir d'un certain nombre d'hypo-
thèses :
>- Hypothèse H 7 : les propriétés thermophysiques du fluide il, cp, ... sont suppo-
sées uniformes, en particulier indépendantes de la température; on prend, en fait, la
valeur moyenne de ces grandeurs sur toute la longueur de la conduite et sur toutes ses
sections. La masse volumique p est susceptible de varier de façon appréciable avec
"O T, notamment pour un gaz.
0
c
0
::J
>- Hypothèse H2 : la vitesse du fluide v est, en tout point, parallèle aux généra-
v trices de la conduite, c'est-à-dire à Ox; elle a pour valeur algébrique u; ceci suppose
T""f
0
N qu'on est loin d'une entrée éventuelle du tube. En régime stationnaire, la conserva-
@
~ tion de la masse dans un tube de flux s'écrit d'après l'équation 5.23 :
..c
Ol
ï::::
>-
a. ô
0
u ôx(pu) =O. (5.37)

La vitesse axiale une se conserve pas dans un tube de flux dans la mesure où p varie.
>- Hypothèse H 3 : le fluide est un gaz parfait ou un liquide.

130
5.3. Applications simples : transferts dans une conduite; échangeurs de chaleur

5.3.2 Bilan d'énergie en régime stationnaire


La température du fluide dépend, en toute rigueur, des trois coordonnées spatiales.
Nous allons adopter un modèle simplificateur, monodimensionnel, analogue à celui
de ]'approximation de ]'ailette, en introduisant la notion de température de mélange.

a) Notion de température de mélange


Considérons le système matériel fluide compris, à l'instant t, entre x et x+dx et repré-
senté sur 1a figure 5.4.a. À un instant ultérieur, ce système s'est déplacé et déformé
(voir la figure 5.4.b) : cette déformation est importante puisque les filets de fluide
au voisinage immédiat de la paroi ne se sont pratiquement pas déplacés (annulation
de la vitesse à la paroi) contrairement aux filets occupant la partie centrale du tube.
La vaiiation d'enthalpie par unité de temps de ce système, en régime stationnaire,
s'obtient en adaptant aux conditions et hypothèses du problème l'équation 5.25 :
d<J{ r
dt= dx JrPCpU Bx dydz,
ar (5.38)

expression dans laquelle p, u et T dépendent de x,y,z, tandis que cp est constante.


Après transformation, on obtient, compte tenu de la relation 5.37 :

(5.39)

1
T - T
e

0,5 1
"Cl
0
c
::::i
0
;o;
JI?
0"""
..-1 "O x1[2(at)) -
c
N ::i
0 0,5 1,2 2,./
@ .,"'"'
.µ '~
..c ·c
Ol
·;::
c
::; Figure 5.4 - Déformation temporelle de l'élément matériel.
>- "'cc
a. c
0 c L'intégrale sur J; peut s'interpréter comme une moyenne de la température pondérée
u .S!
ti
::i
"O
par le débit massique. On appelle température de mélange la quantité:

LL L
2
o..
~

s"' puT dydz puT dydz


F
-ci
c Tm(x) = = (5.40)
c
::i
0 pudydz
@
l:

131
Chapitre 5 • Introduction aux transferts convectifs

Cette température serait celle de la section droite J; si l'équilibre thermique était


fictivement réalisé dans cette section 11 (d'où la notion de mélange). C'est une tempé-
rature globale de la section droite associée au débit massique m. L'équation 5.38 de
bilan d' énergie devient dans ces conditions :

(5.41)

Cette nouvelle expression, rigoureuse, est formellement identique à celle relative au


mouvement en bloc d' un solide caractérisé par la relation 5.5.

b) Bilan d'énergie pour une tranche élémentaire


Nous supposons, pour simplifier, que les échanges radiatifs sont linéarisables et incJus
dans le coeffi cient d'échange hou négligeables; d'autre par.t, la conduction axiale est
supposée négligeable (voir les conclusions du paragraphe 5.1.4). Dans le cas d' un
flux conducto-convectif à la paroi, le bilan d'énergie pour une tranche matérielle
[x,x + dx] s'écrit:

(5.42)

où rp représente le périmètre mouillé de la conduite et Tp(x) la température de la


paroi, supposée constante dans une section droite (éventuellement moyennée sur le
périmètre mou.illé P). Dans le cas particuUer où la température de paro.i de la conduite
Tp est constante en x, la température du fluide converge exponentiellement vers Tp :

(5.43)

où To désigne la température à l'entrée de la conduite. Cette situation se produit,


"Cl
0 par exemple, s'il existe de l'autre côté de la paroi un système restant sur toute la
c
::::i longueur de la conduite sous deux phases : condenseur parfait ou évaporateur pa1fait
0
(figu re 5.5).
"'"
.-1
0
N
@ T," (,r) T
p ...... ··:..:.·;.;
· ·.-
·
-~-----
.µ a) évaporateur
..c parjàit
Ol
·;::
b) condenseur
>- pmjàit
a. Tp
0
u T
X 0 X

Figure 5.5 - Profils de température des deux fluides.

11. Dans un écoulement turbulent, cette moyenne spatiale est pratiquement réalisée au cœur de l'écoule-
ment, tout au moins si on considère les champs moyennés sur des échelles de temps grandes par rapport
à celles des fluctuations turbulentes.

132
5.3. Applications simples : transferts dans une conduite; échangeurs de chaleur

5.3.3 Exercice d'application

(Exercice 5.1 Performances comparées d'échangeurs de chaleur


Énoncé
Soit l'échangeur de chaleur plan très simple à deux fi uides, chaud c et froid F, séparés
par une paroi conductrice d'épaisseur e, de conductivité il, à travers laquelle de la
chaleur est échangée (figure 5.6). Les deux autres parois parallèles à la paroi médiane
sont parfaitement isolantes et distantes de d de celle-ci. Cette condition est en pratique
réalisée par un empilement d'éléments d' échangeur du type décrit ici. On considère
que l'étendue L suivant Oy de l'échangeur est suffisamment grande devant d pour
négliger les effets de bord. Un échangeur est dit à co-courant si les fluides circulent
su.ivant Ox dans le même sens, à contre-courants' ils ci.rculent en sens contraire. Nous
adopterons les conclusions du paragraphe 5.3.2 et ne considérerons pas de transfe1ts
radiatifs, ou des transferts linéarisés pris en compte dans les coefficients de transfert.
Soient n1.c et mF les débits massiques constants des fluides chaud et froid, comptés
positivement si l'écoulement se fait dans le sens de Ox; mesera toujours positif, mF
pourra être positif ou négatif suivant le type d'échangeur considéré. Nous appelons
T mc(x), TmF(x), Tpc(x) et TpF(x) respectivement les températures de mélange des
fluides chaud et froid et celles des faces de la paroi à leur contact, à l'abscisse x.

@L cp - 0
. T
me
d -d<P

:
' c
h 1 x ~ dx
. e J.. X

"Cl
~ T pF
c
0
::::i d
.
: -
0 : mF TmF
"""
..-1
0
;o;
"O
:<- J
N
c
::i cp =O
@ .,"'"'

..c
'~
·c Figure 5.6 - Coupe de l'échangeur plan.
Ol c
·;:: ::;
>- "'cc
a.
0
c
c
1. Bilan thermique d'un échangeur
u .S!
ti
::i
Donner les expressions reliant les températures de mélange d'entrée et de sortie
"O
2
o.. des fluides chaud et froid. Commenter.
~

s"'
F 2. Efficacité et nombre d'unités de transfert
-ci
c
c
::i
Un échangeur peut être considéré comme un quadrupôle (les pôles étant les entrées
0
@ et sorties des fluides froid et chaud); les températures des fluides sont désormais

133
Chapitre 5 • Introduction aux transferts convectifs

affectées d'un indke e pour l'entrée et s pour la so1tie. On appelle débit de capacité,
noté Cr, le module du produit incp (capacity rate en anglais), et on pose :
(5.44)
(5.45)
Pour préciser la notion de perfo1mance d'un échangeur, on introduit un nombre sans
dimension E, appelé efficacité de l'échangeur, et défini comme le rapp01t du flux
transmis <Pau flux maximal théoriquement transmissible <Prh·
a) Exprimer la quantité de chaleur maximale théoriquement échangée entre le
fluide chaud et le fluide froid <l>th en fonction du débit de capacité Cr.
b) Exprimer l'efficacité d'un échangeur à co-courant ou à contre-courant en
fonction d'un paramètre physique appelé nombre d'unités de transfert NUT dé-
fini par NUT = hgSmaJCrmin· Discuter.

Solution
1. Les bilans d'énergie pour des tranches matérielles de fluide comprises à l'instant t entre
x et x + dx (figure 5.6) s'écrivent:

-d<t> =me Cpc dTmc = -Ldxhc(Tmc - Tpc). (5.46)


d<t> = mF CpF dTmF = -LdxhF(TmF - TpF ), (5.47)
où hc et hF désignent les coefficients de transfert aux parois, moyennés sur la longueur de
l'échangeur, côté fluide chaud et côté fluide froid. Dans cet échangeur parfait, la chaleur
perdue par le fluide chaud ld<PI est totalement gagnée par le fluide froid.
Les écarts de température Tmc - Tpc et TmF - TpF peuvent se calculer à partir de la notion
de coefficient d'échange global hg, conductance surfacique d'un élément dx d'échangeur
(voir exercice 2.3 au paragraphe 2.1.2). Soit, par définition de hg :

"O
d<t> = -Ldxhg(TmF - Tmc), (5.48)
0
c
0
::J
expression où hg vaut 12 (d' après l' équation 2.18):
v
,..-!
1
0 1 e 1 )-
N
hg = ( hc + A+ h F (5.49)
@
~
..c
Ol
ï::::
Le système se simplifie en :
>-
a.
0
u (5.50)

YnpCpFdTmF = +Ldxhg(Tmc - TmF)· (5.51)

12. On pourrait ajouter des résistances d' encrassement, ce qui revient à ajouter de part et d'autre de
la paroi conductrice des couches faiblement conductrices supplémentaires dont les propriétés sont à
évaluer.

134
5.3. Applications simples : transferts dans une conduite; échangeurs de chaleur

On obtient, si l'entrée del' échangeur est en x = 0, à partir des équations 5.50 et 5.51 :
Tmc(x)-TmF(x) = [Tmc(O)-TmF(O)] exp[-hgLx(-._l_ + . l )]. (5.52)
mcCpc mpCpF

En substituant l'équation 5 .52 dans les équations 5 .50 et 5 .5 1, il vient, si on note S max la
quantité Ll :

Tmc(O) - T,,ic(l)
(5.53)
Tmc(O) - TmF(O)

TmF([) - TmF(O)
Tmc(O) - TmF(O)

Les équations 5 .53 et 5.54 sont valables pour tous les types d'échangeurs à co-courant
(me, mF > 0) et à contre-courant (me > 0, fn.F < 0), quelle que soit la géométrie de
la section : cylindrique, triangulaire, etc. En général, dans un échangeur industriel plus
complexe, la surface d'échange S max offerte à l'un des :fluides est plus importante que la
smface offerte à l'autre. Dans ce cas, le coefficient global d'échange hg est par convention
rapporté à S max .
Dans le cas particulier où mFCpF (ou mcCpc) tend vers l'infini, alors TmF(x) garde la valeur
constante TmF(O) (Tmc(x) garde la valeur T mc(O)): c'est le cas d' un tube à température de
paroi constante, cas déjà traité : paragraphe 5.3.2 , équation 5.43.

Tmc Tmc

0 l 0 l
"Cl
0
c Figure 5.7 - Échangeur à co-courant. Figure 5.8 - Échangeur à
::::i
0 contre-courant : inFcpF + incCpc =O.
;o;
"""
..-1
0
N
"O
c
::i
> Dans le cas des échangeurs à co-courant, les températures des deux :fluides
tendent à converger à la sortie commune de l'échangeur (figure 5.7).
@ .,"'"'
.µ '~
..c
Ol
·c
c
::;
> Dans le cas des échangeurs à contre-courant, les arguments des exponen-
·;::
>- "'cc tielles dans les équations 5.52, 5.53 et 5.54 s'annulent en même temps que la quan-
a.
0
c
c tité mFcpF + mccpc· On distingue les différents cas d'évolutions représentés sur les fi-
u .S!
ti
::i
gures 5.8, 5.9 et 5.10. Lorsque mFCpF + mcCpc = 0, les profils de température sont des
"O
2
o..
droites parallèles. Par ailleurs, il apparaît que pour un échangeur à contre-courant, le fluide
~
froid peut sortir plus chaud que ne sort le fluide chaud : Tm F(O) > T,,u..(l) (figures 5.9
s"'
F et 5 .10), ce qui est impossible avec un échangeur à co-courant. Un échangeur à contre-
-ci
c
c courant est donc plus performant qu' un échangeur à co-courant. Nous allons préciser cette
::i
0
@
notion dans ce qui suit.

135
Chapitre 5 • Introduction aux transferts convectifs

~llC 1/nc

~nF TmF

0 I 0 l
Figure 5.9 - Échangeur à Figure 5.10 - Échangeur à
contre-courant : tnfCpF + tncCpc > 0. contre-courant : tnfCpf + tncCpc < 0.

2. Pour exprimer le flux maximal thé01iquement transmissible ct>11i, on considère qu' un des
fluides subit la variation maximale de température autorisée par le second principe, soit
(T,~ic - r:,
1
F). Cette situation est réalisée par exemple dans un échangeur à contre-courant
de longueur infinie. Il est faci le de se convaincre que seul le fluide de plus petit débit de
capacité Crmin peut subir cette vaiiation de température. Donc cf>r11 est:
(5.55)
Un schéma de quadrupôle est donné sur la figure 5.11. Tl existe de très nombreux types
d'échangeurs de chaleur (à cc-courant, contre-courant, courants croisés, courants bras-
sés, etc.), mais tous se réduisent au quadrupôle précédent. La relation fondamentale d'un
échangeur parfait, sans pertes vers l'extérieur, s'écrit:
(5.56)
Rappelons que les échangeurs industriels sont constitués d'empilements très compacts de
modules élémentaires ; de ce fait, les pertes sont en pratique négligeables. Dans l'équation
précédente, lc/>I exprime le flux échangé entre les deux fluides sur toute la longueur de
l'échangeur.
L'efficacité de l'échangeur, définie comme le rapport du flux transmis et> au flux maximal
thé01iquement transmissible ct>11i, est donc :

"Cl
cf> Crc(T~c - T,~1c) CrF(TiiF - T,~F)
= <Prh = Crmin(T:iu: - T,~F) Cr111in(T,~1c - T1~1F).
0 (5.57)
c
::::i
E -
0
CrF
0"""
..-1

N
@ e 1 E

..c
Ol
'lin c
·;::
>-
a.
0
Crc
u

s NUT
O .._~~~~~~~~__.
T,11
0 5

Figure 5.11 - Représentation d'un Figure 5.12 - Caractérisation d'un élément


échangeur. d'échangeur.

136
5.3. Applications simples: transferts dans une conduite; échangeurs de chaleur

Étudions, à titre d'exemple, les efficacités des échangeurs à contre-courant et à co-courant


examinés plus haut. Dans le cas d ' un échangeur à co-courant, on obtient:

E = {l _ exp[-(l + Crmin )hg S max ]}/(l + Crmin ) (5.58)


Crmax Crll1ln Crmax

et pour J' échangeur à contre-courant :

(5.59)

Il apparaît sur les expressions 5.58 et 5.59 que les efficacités des deux types d'échangeurs
sont d'au tant plus élevées que la smface maximale d'échange est plus grande; dans le
cas de l' échangeur à co-courant, E est bornée par (1 + Crmjn/Crmax)- 1 tandis que pour
un échangeur à contre-courant E peut atteindre 1, mais pour un échangeur de longueur
infinie, notion qui sera précisée ultérieurement. Les augmentations de la surface d'échange
entre les deux fluides, donc de l' encombrement et surtout du coût de l'échangeur, sont
évidemment limitées par des raisons économiques.
L'efficacité de l'échangeur est une fonction de deux grandeurs adimensio1mées, le rap-
port Crmin/Crmax d'une part, et d'autre part la quantité hgS max/Crmin· Cette demière appa-
raît comme le rapport de la surface maximale d 'échange S max à une surface de référence
Crmin/hg, qu 'on appelle unité de transfert; hg représente, rappelons-le, le coefficient global
d ' échange moyen pour tout l'échangeur rapporté à la surface maximale d'échange et C rmin
le débit de capacité minimum des deux fluides ; la surface de référence est celle qui est
nécessaire pour élever d' un degré environ la température d ' un des fluides quand l' écart de
température caractéristique entre les deux fluides est de l' ordre du degré.
Nous appellerons nombre d 'unités de transfert NUT d'un échangeur de type donné (ou
NTU dans la bibliographie anglo-saxonne) la quantité :

(5.60)
"O
0
c
::J où Smax désigne la surface d'échange la plus importante, hg le coefficient d'échange glo-
0
v bal moyen de l'échangeur rapporté à S max , et Crmin le débit de capacité minimal. D ' une
T"-f
;a;
0
"='
c manière générale, la relation caractéristique d'un échangeur est du type:
N
"'
@ .,"'"' E = f(NUT, Crrrûn/Crmax ) . (5.61)
~ ~
..c 't:
0
Ol '5
ï:::: Pour tout type d ' échangeur, le constructeur foumit cette relation (voir un exemple fi-
>- "'0c
a. c
0 c gure 5.12). L'efficacité est d ' une manière générale d'autant plus élevée que :
u .Q
ü
"'
"='
2
>- le NUT, donc la surface d ' échange, est plus élevé; pour un NUT de l'ordre de 4,
o.
~ l'efficacité tend vers une valeur asymptotique; une augmentation de la surface d'échange
"'
'5 provoque alors un gain fai ble en efficacité.
F!
-ci
0
c >- le rapport Crrrûn/Crmax est plus faible; mais à la limite, le débit d'un des fluides est
"'
0 négligeable, ce qui en général est peu intéressant.
@

137
Chapitre 5 • Introduction aux transferts convectifs

Commentaire: principe d'un calcul d'échangeur


Supposons qu'on veuille, dans une installation industrielle, préchauffer un fluide par un
autre fluide (mélange à chauffer avant combustion, préchauffé par les produits de cette
combustion, etc.). Les températures d'entrée et les débits des deux fluides sont imposés.
On se fixe un type d'échangeur adapté au problème considéré. Il reste à déterminer la sur-
face d ' échange S max , c'est à dire le volume de l'échangeur, compte tenu de sa compacité
(en m2 de surface d'échange par m 3 ). Il est possible de procéder par itérations. Les variétés
d ' échangeurs et de fluides utilisables sont innombrables. Pour des applications précises, il
convient de se reporter à des publications spécialisées : [71 ] par exemple pour les échan-
geurs compacts. Il faut enfin prendre en compte les problèmes de coût, d'encrassement, de
perte de charge, de contraintes thermiques, de vibrations, de fiabilité, etc.
_ _ _J

5.4 ANALYSE DIMENSIONNELLE EN CONVECTION


FORCÉE
Quel que soit le type de transfe1t convectif thermique considéré (naturel ou forcé,
laminaire ou turbulent), les phénomènes principaux qui interviennent de façon cou-
plée dans l'expression du flux conducto-convectif13 à une paroi, au sein d' un fluide
monophasique homogène transparent, sont 14 (figure 5.13) :

• un transfert convectif de quantité de mouvement, axial, c'est-à-dire parallèle à


la paroi;
• un effet visqueux, essentiellement transverse à l'écoulement (diffusion de
quantité de mouvement) ;
• un transfert convectif d'enthalpie, axial ;
"O
0
• un transfert conductif essentiellement transverse (diffusion d'enthalpie).
c
::J
0
v
T""f
0
Dans ce paragraphe, nous étudions à partir de considérations simples d'analyse di-
N
@
mensionnelle le comportement du coefficient de transfert convectif h à une paroi, et
~
..c mettons en évidence un ensemble de groupements adimensionnés de grandeurs phy-
Ol
ï:::: siques, appelés nombres caractéristiques, qui jouent un rôle déterminant en convec-
>-
a.
0 tion thermique.
u
13. La notion de flux conducto-convectif a été introduite dans Je paragraphe l.4.2.
14. Dans le cas d'un fluide semi-transparent (produits de combustion, bain verrier, etc.), la situation
de la figure 5.13 est compliquée par l'existence d'un transfert radiatif volumique au sein du fluide. Le
flux d'énergie conductif pariétal - ÀaT/aylP résulte alors d'un couplage entre conduction, convection
et rayonnement; à température élevée, dans un tel milieu, il est très fortement modifié par le couplage
avec le rayonnement. Ces phénomènes sont abordés brièvement dans le paragraphe 9.2.5 .

138
5.4. Analyse dimensionnelle en convection forcée

paroi fluide

Tp h T(1·) To

diffùsions convec1ions
mécanique y
visqueuse
et et
cond11c1ive thermique

Figure 5.1 3 - Schématisation des transferts dans un fluide au voisinage d'une paroi.

5.4. l Notion élémentaire de viscosité


L'origine physique de la viscosité est liée à celle de la conduction thermique. Il s'agit
de l 'effet cumulé à l'échelle du milieu continu des transferts de quantité de mouve-
ment entre molécules d'un gaz ou d'un liquide lors de processus de collisions inter-
moléculaires. De ce fait le phénomène est général, sauf dans un milieu extrêmement
raréfié. Nous nous limitons ici à introduire le phénomène à une seule dimension, en
amont d'un cours de mécanique des fluides.
Considérons un fluide de champ de vitesse u(y) parallèle à Ox et dépendant de la
seule variable y (figure 5.14). Séparons fictivement ce milieu fluide en deux parties :
y > y 0 et y < y0 . La normale n à l'interface est orientée positivement suivant l'axe
Oy. Par convention 15 , laforce surfacique T exercée suivant Ox au point (x, yo) par la
partie du fluide située du côté de la normale orientée (y > yo) sur l'autre partie du
fluide (y < yo) est :

"Cl T=µ-
au (5.62)
c
0 8y
::::i
0
;o; oùµ désigne la viscosité dynamique (en kg/ms). Si 8u/8y est positif, r accélère le
"""
..-1
0
"O

N
c
:::> mouvement de la couche y < Yo ; par exemple, le fluide situé au coeur de l'écoule-
@ .,.,;:;;
.µ ,,,
'V
ment accélère le mouvement de la couche inférieure, qui serait freinée par une paroi
..c ·;::
Ol s:::> en y = O. En d' autres termes, la viscosité assure la continuité du profil de vitesse dans
·;::
>- "'c le fluide à partir de la paroi, où cette vitesse est nulle, par continuité également.
a. 0
c
0 c
u .~
0:::>
"O
ec.
1!!
~
:::> 15. Cette convention est 1' inverse de celle utilisée en transferts thermiques : il n'apparaît pas de signe -
~
-d
comme dans la loi de Fourier qui est issue de la même physique ; en effet, la convention adoptée revient
0
c
:::> à considérer, pour une surface fermée dont la normale est orientée mathématiquement vers l'extérieur,
0
9 l'action du milieu extérieur sur Je système fluide.

139
Chapitre 5 • Introduction aux transferts convectifs

rf~
X

X
!D
Yo y

Figure 5.14 - Fluide visqueux: cas ôu/ôy >O.

5.4.2 Nombres caractéristiques clés


L'analyse dimensionnelle en convection forcée thermique, dont la po1tée est générale,
va être introduite à partir d'un exemple classique.
On considère, par rapport à un référentiel 0 xyz, une paroi plane, d'inclinaison
quelconque, de longueur L suivant Ox, maintenue isotherme à Tp (figure 5.13). Un
fluide de vitesse uo parallèle à la plaque, et de température To loin de la plaque,
échange de l'énergie avec la plaque entre le bord d'attaque (x = 0) et le bord de fuite
(x = L). Dans cette première approche, les propriétés physiques du fluide sont sup-
posées constantes ; plus précisément, on adopte les valeurs de p (masse volumique),
À (conductivité thermique),µ (viscosité dynamique) et cp (capacité thermique mas-
sique à pression constante) con-espondant à la température de.film (To + Tp )/2. Il est
utile de distinguer dans les applications :

• h(x) coefficient de transfert local à une abscisse x, associé au flux conducto-


convectif local :

aTI
<p(x) = h(x)(Tp - To) = - i l - . (x) (5.63)
8Y paroi

• h coefficient de transfert moyen sur la plaque, associé à un flux conducto-


convectif moyen :

lL
"O
0
c
0
::J - P - To) = -l
ëp = h(T h(x)(TP - To)dx (5.64)
v
,....f
L o
0
N -
@ Dans ce deuxième cas, le problème de la détermination de h, associé au flux
~
..c conducto-convectif transverse, dépend d'un certain nombre de grandeurs et
Ol
ï::::
>- phénomènes physiques qui pilotent le problème :
a.
0
u • la seule éche11e de longueur utilisable est la longueur L de la plaque;
• le flux surfacique convectif16 axial de quantité de mouvement est caractérisé
par l'échelle puouo qui est homogène à une force surfacique, tandis que la
diffusion visqueuse axiale 17 est caractérisée par l'échelle de force surfacique
µu 0 /L (d'après l'équation 5.62);

140
5.4. Analyse dimensionnelle en convection forcée

• le flux surfacique convectif axial thermique est caractérisé par l'échelle


pu0 cp(Tp - T0 ), tandis que la diffusion thermique axiale est caractérisée par
l'échelle de flux surfacique /l.(Tp - To)/L.

Ni les propriétés thermophysiques, ni les champs de vitesse ne dépendent de


(Tp - To); h ne dépend pas alors explicitement de (Tp - To) (dans le cas contraire,
le phénomène serait du type convection naturelle ou mixte, c'est-à-dire qu'une par-
tie du mouvement serait due à la force d' Archimède engendrée par (Tp - T0 ) ).
Dans ces conditions, compte tenu des échelles précédentes, le problème thermique
de la détermination de h est entièrement déterminé par sept grandeurs physiques :
h,p, µ,il, cp, Let uo.
Les dimensions respectives de ces grandeurs MT- 3 e- 1, ML-3, ML- 1T- 1,
MLT- 3e-1 , L 2T- 2 e-1, L et LT- 1 s'expriment en fonction de quatre dimensions
(M,T,L et 8). Le théorème II (voir paragraphe 3.2.2) permet de prédire que la solu-
tion s'exprime en fonction de trois groupements sans dimension indépendants. Nous
faisons de plus l'hypothèse que la solution s'écrit sous la forme d'un produit de puis-
sances de ces groupements, hypothèse valable sur des intervalles finis de variation
des paramètres. Soit :
(5.65)
Quatre relations, associées aux quatre dimensions de référence, s'en déduisent:

c = -d + l , b = d - a , e = a , f = a - 1. (5.66)

Après résolution, on obtient, en posant œ = +a et f3 = +d, la relation :

"O
(5.67)
0
c
::J
0 où C est une constante, et qui s'écrit également sous la forme:
v ;a;
T"-f "O
0
NuL = C Re~ Pr8
c
N ::l
(5.68)
@ .,.,
~

'<I)
~
..c ·-=g"' où apparaissent le nombre de Nusselt rapporté à la longueur L :
Ol ::l
ï:::: CO
>-
a.
c
0
0
c
c NuL = hL/il, (5.69)
u .~
0::l
e 16. Tout flux convectif surfacique a pour échelle pu0 a, où a est la grandeur massique de référence; la
"O

Q,
~ quantité de mouvement massique de référence est la vitesse u0 ; l'enthalpie massique de référence est
~
::l cp(Tp - T0 ).
i8 17. La diffusion visqueuse est essentiellement transverse. Mais, à ce stade, nous ne disposons pas
-ci
0
c
::l d'échelle de longueur transverse; d'où ce choix d'échelle caractéristique axiale, qui n' influe pas sur
0
@ le résultat.

141
Chapitre 5 • Introduction aux transferts convectifs

le nombre de Reynolds rapp01té à L:

ReL = puoL/µ, (5.70)

et le nombre de Prandtl:
Pr= µcµ/À. (5.71)

De la même façon, pour le transfert thermique local caractérisé par la substitution de


x et h(x) à Let h respectivement, on obtient:

(5.72)

ou:
Nux(x) = C' Re~ Pl1 (5.73)

en introduisant le nombre de Nusselt local, au point x, rapporté à la longueur x:

Nux(x) = h(x)x/À (5.74)

et le nombre de Reynolds rapporté à x :

Rex = puox/µ. (5.75)

Les exposants qui apparaissent dans les équations 5.68 et 5.73 sont évidemment
identiques, et les coefficients C et C' sont liés 18 . On introduit également souvent
le nombre de Péclet, rapporté à x ou L :

'O

§ 5.4.3 Interprétation physique des nombres caractéristiques


0
Les groupements adimensionnés qui figurent dans ces relations ont des significations
précises.
~
..c
• Le nombre de Reynolds ReL = pu0 L/µ représente un rapport entre des énergies
Ol
ï:::: volumiques 19 , caractérisant l'inertie et la viscosité :
>-
a.
0
u (5.76)

18. La relation entre C et C' découle de l'équation 5.64, laquelle se réécrit sous la forme de l' équa-
tion 5.84. En particulier, C' = 2C pour a = 1/2 et C' = 5C/4 pour a = 4/5, valeurs courantes de
l'exposant cr.
19. Il s'agit ici d'une simple analyse de phénomènes, qui ne vise qu'à caractériser des ordres de gran-
deur.

142
5.4. Analyse dimensionnelle en convection forcée

Une autre interprétation physique consiste à voir dans le nombre de Reynolds le


rapport du temps caractéristique de diffusion de quantité de mouvement20 L2 /v au
temps caractéristique de convection L/uo. v, diffusivité de quantité de mouvement,
a pour expression v = µ/p; on l'appelle également diffusivité mécanique ou visco-
sité cinématique, et elle s'exprime en m2 .s- 1 (comme la diffusivité thermique). Les
temps caractéristiques de transport convectif L/u0 sont classiquement de l'ordre de
la seconde, tandis que ceux de diffusion visqueuse L2/v peuvent facilement at-
teindre 105 secondes.
Ce nombre caractérise l'écoulement, en particulier la nature du régime (laminaire
ou turbulent).
• Le nombre de Prandtl Pr = µc p/il compare la diffusivité de quantité de mouvement
v à la diffusivité thermique a :
µ À µCp V
V= - et a= - - Pr=-=- (5.77)
p pep À a
Il compare donc les deux phénomènes transverses par diffusion. Le nombre de
Prandtl ne dépend que des propriétés physiques du fluide. On considère trois
classes de fi uides :

- les gaz, dont le nombre de Prandtl est voisin de 0,7 et les liquides usuels (eau,
huiles légères, etc.) pour lesquels l'ordre de grandeur du nombre de Prandtl est
proche de l'unité (Pr = 7 pour l'eau à 20 °C, Pr = 2 à 90 °C).
- les métaux liquides, très conducteurs (K, Na, Li, NaK, etc.), souvent utilisés
comme fluides caloporteurs, en particulier dans des réacteurs nucléaires à neu-
trons rapides, et dont le nombre de Prandtl est très faible (qq 10- 2 ) : ces fluides
ont un compo1tement très différent des précédents lors du transfert d' enthalpie.
"O
0 - les huiles très lourdes, dont le nombre de Prandtl peut dépasser 103 .
c

.
::J
0
v
T"-f ~ Le nombre de Nusselt local Nux(x) = h(x)x/il représente le gradient de température
0 c
N ::l

@ .,.,
~ adimensionné à la paroi. En effet, si on pose :
~ ~
..c ·-=
Ol g
::l
y+ = y/x ; y+ = (T - Tp)/(To - Tp) (5.78)
ï:::: CO
>-
a.
c:
0
0
c:
c: l'expression du flux conductif à la paroi :
u .~
0::l
"O
e
Q,
~
-il-arl
ôy paroi
= h(Tp - To) (5.79)
~
::l
i8
-o 20. En effet, toute l'analyse développée au Chapitre 3 en conduction thermique peut être étendue à
0
5 n'importe quel phénomène de diffusion, et dans le cas présent à la diffusion de quantité de mouvement
0
© caractérisée par la diffusivité mécanique v.

143
Chapitre 5 • Introduction aux transferts convectifs

devient:
Nux(x) = ar+
~ +
1
. (x). (5.80)
uy paroi
Cette expression est à rapprocher de celle du coefficient de frottement C Fx en mé-
canique des fluides, défini comme le rapport de la contrainte visqueuse à la paroi à
l'énergie cinétique volumique, de l'écoulement amont dans le cas considéré :

Tp
CFx(x) = -1 - = 1µ 2OUI
- (x) (5.81)
-pu2
2 0 2 0 oy
-pu paroi

Soit en posant, comme dans l'équation 5.78 :

(5.82)

2 au+
Cpx(x) = -R ~ +
1
_(x) (5.83)
ex uy paroi
-
• Le nombre de Nusselt global NuL = hL/;i a un intérêt pour calculer le transfert
global par la plaque. Il se rapporte au coefficient de transfert moyen h, et s'exprime
en fonction du nombre de Nusselt local Nux (x) par:

Nux(x)d
L
L
N UL = X (5.84)
0 X

On notera que la moyenne réalisée n'est pas celle de Nux(x).


D'autres expressions du nombre de Nusselt associées à d'autres configurations
peuvent être définies. En particulier, en convection forcée interne (par exemple
dans un tube), on rencontrera un nombre de Nusselt local au point x (x est compté
suivant l'axe de l'écoulement à partir de l'entrée) associé à une dimension trans-
"O
0
verse (D le diamètre du tube par exemple), noté Nu 0 (x) :
c
::J
0 Nuv(x) = h(x)D/;i (5.85)
v
T"-f
0
N En régime établi, c'est-à-dire au bout d'une ce1taine longueur dans le tube (la
@
~
définition de ce régime sera donnée au paragraphe 5.6), quand le fluide a perdu
..c
Ol mémoire des conditions d'entrée, ce nombre de Nusselt eth pourront être indépen-
ï::::
>-
a. dants de x ; on pose alors simplement :
0
u
Nuv = hD/,t (5.86)
-
Enfin, si on considère le nombre de Nusselt associé au coefficient de transfert h
moyenné de l'entrée du tube en x = 0 à x = L, on posera :

Nuv L = hD/,t (5.87)


'

144
5.4. Analyse dimensionnelle en convection forcée

5.4.4 Notion de similitude en convection forcée


Les expressions très synthétiques des nombres de Nusselt précédemment obtenues
sont généralisables à d'autres situations. Les problèmes considérés sont définis par:
• une géométrie, caractérisée au moins par une longueur de référence H (longueur L
de la plaque dans nos exemples) intervenant dans les expressions de Nui et Rei;
d'autres longueurs peuvent intervenir : x, iliamètre D, diamètre hydraulique Dh
(voir paragraphe 5.6.4), etc.
• des conditions aux limites thermiques et mécaniques (température ou flux imposé
sur la plaque, température amont du fluide ou température au loin ; vitesse nulle à
la paroi, vitesse amont du fluide ou vitesse au loin, etc.).
• un type d'écoulement, caractérisé par les valeurs du nombre de Reynolds.
• un type de fluide, caractérisé par la valeur du nombre de Prandtl; on distinguera
les fluides usuels dont le nombre de Prandtl est de l'ordre de 1, les métaux liquides
pour lesquels Pr vaut quelques 10- 2 et les huiles de nombre de Prandtl élevé.
Deux problèmes sont thermiquement semblables s'ils sont caractérisés par des géo-
métries semblables, des conditions aux limites adimensionnées identiques, la même
valeur du nombre de Reynolds et la même valeur du nombre de Prandtl. La valeur du
nombre de Nusselt est alors la même.
Dans ces conditions, les expressions du nombre de Nusselt sont du type :

Nu= C Rea Pr8. (5.88)

Les expressions utilisées peuvent provenir :


- d'une modélisation ; la précision est alors liée à la connaissance des propriétés
"O thermophysiques du fluide (il, p, Cp, µ) et à la précision des méthodes mathéma-
0
c
::J
tiques et/ou numériques utilisées.
0
v
T"-f
;a; - d'une approche semi-théorique et semi-expérimentale, avec une certaine part
"='
0 c
N
"' d'empirisme. La précision escomptée est alors de quelques pour cent.
@ .,"'"'
~
..c
~
't:
On trouvera dans le Complément C un certain nombre d'expressions du type de
0
Ol
ï:::: '5 l'équation 5.88 correspondant à des écoulements par convection thermique forcée
>- "'0c
a. c dans différentes conditions. Ces expressions permettent d 'accéder aux valeurs des
0 c
u .Q
ü coefficients de transfert locaux ou globaux par les équations 5.69 et 5.74.
"'
"='
2
o.
~

"'
'5 5.4.5 Transition entre régimes laminaire et turbulent
F!
-ci
0
c Dans ce paragraphe, les domaines associés aux régimes laminaire et turbulent sont
"' définis pour deux configurations géométriques particulières : écoulement parallèle
0
@

145
Chapitre 5 • Introduction aux transferts convectifs

à une plaque plane d'une part, et écoulement au travers d' une conduite, plus pré-
cisément d'un tube circulai re, en régimes mécanique et thermjque établis, c' est-à-
dire suffisamment loin de l'entrée pour que l'écoulement ait perdu la mémoire de
ses conditions d'entrée (voir paragraphe 5.6.1). Pour d' autres configurations géomé-
triques, les résultats peuvent différer sensiblement de ceux donnés ici (voir Complé-
ments C. l et C.2).
Dans tous les cas, il n'existe pas de critère précis caractérisant la transition entre
un régime laminaire et un régime turbulent. Cette incertitude est due au fait que, pour
n'importe quel phénomène physique, 1' amorçage d'instabilités nécessite souvent des
conditions favorables très spécifiques et incontrôlables. Néanmoins, 1' objectif le plus
souvent recherché dans les applications industrielles est de produire de la turbulence,
par exemple au moyen de promoteurs de turbulence (rugosités de parois artificielles,
etc.) ou encore en faisant vibrer le dispositif. Un document de référence sur les ca-
ractéristiques physiques de la transition entre écoulements laminaire et turbulent est
la référence [120].
En convection f orcée externe, c' est-à-dire lorsqu' un fluide s'écoule le long d'une
structure, les champs de vitesse et de température dans le fluide sont perturbés par
les parois du fait des phénomènes de diffusion (viscosité et conduction thermique
respectivement). Ces régions proches de la paroi, où les champs de vitesse et de
température sont perturbés, s' appellent des couches limites. Ici, l'étude se limite au
cas d' une plaque plane; la distance de référence est alors la distance x depuis le bord
d'attaque, c'est-à-dire le premier point de la plaque rencontré par le fluide.
Les résultats importants qui suivent sont essentiellement issus d'expériences,
quelques-uns de simulations numériques, mais aucun n'a été tiré d' un modèle phy-
sique.

"O
• L'écoulement est laminaire, au voisinage de la plaque, depuis le bord d' attaque (en
0
c x = 0) jusqu'à une certaine abscisse XIe ; un premier nombre de Reynolds critique
::J
0 Rexlc est associé à XIe·
v
T"-f
0
N
• Une zone de transition apparaît entre x 1e et une seconde abscisse X2c ; un second
@
~ nombre de Reynolds critique Rex2c est associé à x2e · Les premières instabilités
..c
Ol
ï:::: apparaissent dans cette zone de transition et prennent de l'ampleur ; l'écoulement
>-
a.
0
est intermittent, tantôt laminaire tantôt instable.
u
• Au-delà de X2e apparaît un régime de turbulence développée. Un certain ordre
s' établit dans le chaos. Dans ce régime d' écoulement, les champs de vitesse
et de température présentent des structures bien définies, avec différentes sous-
couches, dans n'importe quelle section d' abscisse x normale à la plaque (voir pa-
ragraphe 5.5.2 et, pour plus de détails, le paragraphe 9.2.3).

146
5.4. Analyse dimensionnelle en convection forcée

Les valeurs critiques Rex1c et Rex2c ne sont pas universelles. En effet, tout écoulement
réel présente une ce1taine intensité de turbulence21, et aucune plaque n'est parfaite-
ment lisse. De plus, la configuration géométrique réelle au bord d'attaque joue un rôle
important : par exemple, un bord d'attaque pointu génère de nombreux tourbillons.
Néanmoins, les résultats généraux qui suivent peuvent être considérés comme va-
lides :
• Même avec une forte intensité de turbulence initiale, l'écoulement est générale-
ment laminaire aux abscisses x telles que Rex < Re_tlc = 2105 [120, 153].
• Pour Rex compris entre 2105 et 6105 , l'écoulement peut être laminaire, de transi-
tion ou turbulent [120]. Dans des conditions de laboratoire extrêmes (surfaces par-
faitement lisses, pas de vibrations, intensité de turbulence initiale quasiment nulle),
ce1taines expériences ont montré des écoulements laminaires pour un nombre de
Reynolds local Rex allant jusqu'à 6105 [120].
• De nombreux auteurs ont observé que, dans des conditions communes, le régime
de turbulence développée apparaît pour un nombre de Reynolds local Rex plus
grand que 5 à 6105 [120]. En présence d'une intensité de turbulence initiale im-
portante, ce régime a été observé à des nombres de Reynolds locaux Rex situés
dans l'intervalle [3 105 ; 6105 ].
En conclusion, dans une application faisant intervenir une plaque de faible rugosité et
une intensité de turbulence initiale typiquement inférieure à 0,01, seule une estima-
tion des résultats peut être faite avec les valeurs suivantes des nombres de Reynolds
critiques définis précédemment22 :

Re,û c = puox2c/µ = 5 105 (5.89)

"O En convection forcée interne, le fluide s'écoule au travers d'une conduite ou d'une
structure. Nous nous limitons ici au cas d'un tube circulaire de diamètre23 D et de
0
c
::J
0 régimes mécanique et thermique établis (ces notions de régimes établis seront préci-
v ;a;
T"-f
0
"O
c sées au paragraphe 5.6.1). Cet écoulement est caractérisé par un nombre de Reynolds
N ::l

@ .,., ReD défini par


~

'<I)
~
..c
Ol
"'
·-=
g Reo = puoD/µ (5.90)
::l
ï:::: CO
>-
a. 0
c
0
c 21. L'intensité de turbulence est définie par le rapport de l'écart-type de la fluctuation de vitesse à la
c
u .~ v.itesse moyenne; voir paragraphe 5.5.2.
0
22. Certains auteurs simplifient cette approche et considèrent que Je régime est laminaire jusqu'à 3 105
::l
"O
eQ,
~ et turbulent au-delà de cette valeur; il s'agit là d'une manière pragmatique de tra.iter la zone de transition
~
::l très mal connue.
i8 23. Dans le cas d'une conduite de section constante non circulaire, la longueur caractéristique utilisée est
-ci
0
c
::l le diamètre hydraulique D1i (voir paragraphe 5.6.4) ; il s' agit du diamètre du tube circulaire équivalent
0
@ à la conduite considérée pour des écoulements turbulents.

147
Chapitre 5 • Introduction aux transferts convectifs

Comme précédemment dans le cas de la plaque plane, les résultats qui suivent sont
issus d' expéri ences et quelquefois de simulations numériques, mais n'ont aucune
justification théorique.
Le régime est toujours laminaire, partout dans le tube, pour [120]

ReD = puoD/µ < 2300 (5.91)

Le régime peut être turbulent pour Re 0 > 2300 si les conditions sont favorables à
l'initiation d 'instabilités turbulentes (vibrations de la conduite, rugosité de smface,
...).Mais, dans le cas d 'une conduite et de conditions opératoires bien maîtrisées (pa-
rois lisses, pas de vibrations, utilisation d'un convergent à l' entrée de la conduite, in-
tensité de turbulence initiale très faible), l'écoulement peut encore être laminaire à des
valeurs de Re0 allantjusqu'à 6104 [120] ! Par conséquent, dans des conditions indus-
trielles, des promoteurs de turbulence sont couramment utilisés pour rendre l'écoule-
ment turbulent en régimes établis pour des nombres de Reynolds supérieurs à 2300.
Cependant, il est recommandé de dépasser sensiblement cette valeur pour être bien
sûr de la nature turbulente de l'écoulement.

5.5 CONVECTION FORCÉE EXTERNE


La convection forcée externe correspond à un écoulement le long d' une plaque plane,
ou plus généralement à l'extérieur d' une structure, à partir du bord d'attaque (en
x = 0) jusqu' au bord de fuite (en x = L) (voir figure 5.13).

5.5. l Convection forcée externe laminaire


a) Couches limites mécanique et thermique
Les transferts d'énergie fluide-structure se font, dans le cas de géométries ouve1tes,
"O
0 au travers de zones appelées couches limites qui se développent à partir du bord
c
0
::J d ' attaque de la structure (en x = 0). Dans ces couches limites les champs de vitesse
v
T"-f
et de température sont perturbés par rapport à une situation de référence (en amont et
0
N au loin).
@ La couche limite mécanique est due au phénomène de diffusion de quantité de
~
..c
Ol mouvement par frottement visqueux; le champ de vitesse du fluide est pe1turbé par la
ï::::
>-
a. proximité de la paroi, où la vitesse s'annule, tandis qu' au loin l'écoulement n'est pas
0
u perturbé. Plus précisément, la couche limite mécanique est la zone de fluide comprise
entre la paroi et le lieu des points, considérés sur des normales à la paroi, où la
vitesse est 0,99 fois la vitesse de l'écoulement non perturbé (figure 5.15).
La couche limite thermique est due au phénomène de diffusion d' enthalpie par
conduction : le champ de température du fluide est perturbé par la présence de la pa-
roi, qui est à une température différente. Plus précisément, la couche limite thermique

148
5.5. Convection forcée externe

est la zone de fluide comprise entre la paroi et le lieu des points dont les écarts de
température avec la paroi (T - T p), comptés sur les normales à la paroi, sont 0,99 fois
l'écart de température (To - T P) entre la partie du fluide non perturbée et la paroi
(figure 5.15).

région non perturbée uo

couche limite
mécanique

) -1 !/ l'r.r T. j

6r1r(~J
région non perturbée To

Figure 5.1 5 - Couches limites en convection forcée externe. Par souci de clarté, les
couches limites mécaniques et thermiques sont représentées respectivement en haut et
en bas de la figure. Dans la réalité elles sont évidemment imbriquées. Les profils de
v itesse et de température adimensionnés ont été représentés, en des pos itions X; fixées,
en fonction de y.

On note Ôm(x) et ô11i(x) les épaisseurs, comptées nmmalement à la paroi en x, des


couches limites mécanique et thermique. Ces épaisseurs peuvent être voisines ou dif-
férentes suivant la valeur du nombre de Prandtl (Pr= v/a), comme il sera discuté ulté-
rieurement. L'expérience montre que, sauf au voisinage immédiat du bord d' attaque
x = 0, les épaisseurs de couches limites Ôm et Ôih sont petites devant x: Ôm, Ôrh « x.
On associe en mécanique des fluides des couches limites à de nombreuses autres
grandeurs physiques ; nous ne les utiliserons pas dans cet ouvrage.
"Cl
0
c
::::i
0 b) Résultats pratiques en régime laminaire pour une plaque
"""
..-1
0
;o;
"O
c
plane
N ::i

@ .,"'"' Pour un écoulement de convection forcée externe laminaire, parallèle à une plaque
.µ '~
..c ·c
::; plane, le calcul des champs de vitesses et de température est mené à bien dans le
Ol c
·;::
>- "'cc paragraphe 8.5. Il s'agit, en s'appuyant sur des connaissances de mécanique des
a. c
0 c
u .S! fluides, de résoudre les équations de bilan de masse globale (dite de continuité),
ti
::i
"O
2
de quantité de mouvement (dite de Navier-Stokes) et d' énergie généralisant l'équa-
o..
~ tion 5.30. Nous considérons uniquement dans ce paragraphe les résultats essentiels,
s"'
F sous l'angle de la physique des phénomènes. Ils sont valides pour les fluides usuels
-ci
c
c
::i
tels que Pr > 0,5 ; ils ne sont pas valides pour les métaux liquides, caractérisés par de
0
@ très faibles nombres de Prandtl.

149
Chapitre 5 • Introduction aux transferts convectifs

L'épaisseur de la couche limite mécanique Ôm (x) est donnée par:

Tp uniforme ; Pr> 0,5 : Ôm (x) = 4,92 Re~l/2 (5.92)


X

Le nombre de Prandtl, rapport des diffusivités mécanique et thermique v/a, est direc-
tement lié au rapport des épaisseurs locales des couches limites mécanique et ther-
mique24 :
Ôrh (x) = Pr-1/3
T P uniforme ; Pr > 0,5 : (5.93)
Ôm (x)
Pour les gaz usuels, le nombre de Prandtl est voisin de 0,7. Dans ces conditions
les couches limites sont en pratique confondues (ôrhlôm '.: : :'. 1,13). Pour des huiles
lourdes, Pr est très élevé : la couche limite thermique est beaucoup plus fine que la
couche limite mécanique : c'est aussi le cas de l'eau entre 0°C et 100°C mais dans
une bien moindre mesure (Pr compris entre l, 7 et 7). Pour des métaux liquides (Pr
de l' ordre de 10-2) apparaît le phénomène contraire : la couche limite thermique
est plus épaisse, en théorie, que la couche limite mécanique, ce qui conduit à une
situation instable. En effet, l'existence d 'un gradient de température en dehors de la
couche limite mécanique est susceptible de déclencher un phénomène de convection
naturelle dans cette partie de la couche limite thermique, conduisant en fait à un
écoulement de convection mixte.
Le nombre de Nusselt local Nux (x), dans le cas d'un fluide usuel, s' exprime en
fonction du coeffi cient de frottement CFx (x) et du nombre de Reynolds Rex par les
relations suivantes :

Tp uniforme ; Pr > 0,5 1 CFx (x ) Rex Pr 1/3 -- 0 ,332


Nux (x ) -- 2 . Rex1/2 Pr 1/3
(5.94)
À ce stade, il est important de souligner que les con-élations locales de convection ex-
"O
c
0 terne en régime laminaire telles que celle ci-dessus ne sont pas valables à proximité
::J
0 immédiate du bord d'attaque. En effet, elles reposent sur un modèle de couches li-
v mites qui suppose que les vitesses normales à la plaque sont petites devant les vitesses
T'-f
0
N axiales, ce qui n'est pas le cas au voisinage du bord d ' attaque. Seule une résolution
@
~
numérique des équations de bilan de masse, de quantité de mouvement et d 'énergie
..c
Ol
ï::::
permet de résoudre le problème du comportement de h (x) au voisinage de x = O.
>-
a. Le nombre de Nusselt global NuL pour la totalité de la plaque se déduit de la
0
u relation 5.84 :

Tp uniforme ; Pr > 0,5 N UL -LL


-
0
Nux (x)dx -- 0 , 664 R eL1/2 pr 1/3
X
(5.95)

24. Il est prouvé au paragraphe 8.5. l que, pour un fluide de nombre de Prandtl égal à 1, les champs
adimensionnés de vitesse u+ et de température T + sont égaux.

150
5.5. Convection forcée externe

On remarquera les liens entre N ux (x), h (x) et l'épaisseur de la couche limite ther-
mique Ôth (x) :
X il
Tp uniforme ; Pr > 0,5 Nux (x) = 1,63 ( ) h(x) = (5 96)
Ôth X 0,61 Ôth (x ) ·

Dans le modèle simpliste développé au paragraphe 1.4.2, pour un écoulement turbu-


lent dans un canal, le coefficient de transfert est égal au rapport de la conductivité
thermique du fluide à une longueur caractéristique f Au vu de la relation 5.96, on
s' aperçoit que ce résultat est généralisable à un écoulement laminaire le long d' une
plaque et que cette longueur caractéristique ~ est égale à 0,61 Ôth (x).

c) Applications des résultats obtenus


La dépendance en x du coeffici ent de transfert sur une plaque plane, à pa1tir du bord
d'attaque, est extrêmement imp01tante dans de nombreuses applications. On obtient :

112
T p uniforme; Pr > 0,5 : h(x) = Nux; x)il = 0,332 Pr 113 ( u: ) il x- 112 (5.97)

soit un comportement théorique en x- 112 au voisinage du bord d' attaque (x = 0) et


dans toute la partie de la couche limite où l'écoulement reste laminaire (Rex < 2105 ).
En toute rigueur, en x = 0, les hypothèses du modèle utilisé ne sont plus vérifiées
(voir Chapitre 8) mais elles le redeviennent pour une valeur de x faible; h(x) prend ef-
fectivement des valeurs extrêmement élevées dans cette zone. On a donc intérêt dans
une réalisation industrielle à multiplier les effets de bords d' attaque (figure 5.16) si
on souhaite augmenter le flux transféré. La distance l entre les plaques et la longueur
L de ces plaques doivent être optimisées : l doit être suffisamment faible pour que la
"O diminution de surface d'échange qui résulte de ce dispositif ne l'emporte pas sur le
0
c
::J
gain résultant de l' augmentation de h(x) ; inversement, il est intuitif que pour que l' ef-
0
v
fet de bord d'attaque soit important, il faut que les conditions de l'écoulement amont
T"-f
;a;
0
"='
c (à la température près) soient grossièrement rétablies au début de la plaque suivante.
N
"' Les réalisations technologiques s'appuyant sur ce principe sont très diverses (décol-
@ .,"'"'
~
~
..c 't:
0
lement de couche limite par inclinaison de bord de fuite, macrorugosité, aiguilles,
Ol '5
ï::::
>- "'0c etc.) et n' entrent pas dans les objectifs de cet ouvrage. À titre d' exemple, le refroidis-
a. c
0
u c sement des parois d'une chambre de combustion ou de celles d'une aube de turbine
.Q
ü
"'
"='
dans un moteur d' avion repose notamment sur la multiplication d'effets de ce genre.
2
o.
~

"'
'5 5.5.2 Convection forcée externe turbulente
F!
-ci
0
c Dans les modèles simples de turbulence appliqués à un fluide de masse volumique
"' p supposée uniforme, les champs spatio-temporels de vitesse et de température sont
0
@

1 51
Chapitre 5 • Introduction aux transferts convectifs

uo_______
amon~t----::
écoulement.<:::
____:
.
1 - - - ',

l
___ _,

L l l
1

L
uO-------
écou/ement amont
Figure 5.16 - Réseau de plaques espacées.

considérés somme résultant de la superposition de leurs champs moyens, v et f res-


pectivement, et des champs de leurs fluctuations v' et T' :

v= v + v' T = f + T' T' = 0 (5.98)

Les grandeurs moyennes correspondent à des moyennes temporelles sur des durées
grandes devant les périodes caractéristiques des fluctuations turbulentes. Cette ap-
proche, appelée prise de moyenne de Reynolds, permet la détermination des champs
moyens de vitesse et de température dans des cas simples. Les difficultés principales
de tout modèle de turbulence proviennent des termes moyens de convection de quan-
tité de mouvement, par exemple p uv où u et v sont deux composantes du champ v, et
de convection d'enthalpie, par exemple pep uT . En effet, on démontre que les valeurs
moyennes de ces termes de convection dépendent non seulement des champs moyens
-- - -
mais aussi de termes de c01Télation du type u'v' et u'T' :

uv = uv + u'v' uT = uf + u'T' (5.99)

Le problème de base est de déterminer les termes du type pu' v' et pcP u'T' , lesquels
dépendent des lois statistiq ues très mal connues de la turbulence. Ces termes portent
"Cl de fortes non-linéarités associées au transport turbulent25 , lequel est le phénomène
0
c prédominant au cœur d'un écoulement turbulent.
::::i
0
Les fluctuations mécaniques et thermiques sont caractérisées par l' énergie ciné-
"""
..-1
0 tique turbulente par unité de masse k = u'2 + v' 2 + w'2/2 d'une part, et par la va-
N
@

riance des fluctuations de température e = T' 2 d'autre part, et aussi couramment par
..c les intensités de turbulence mécanique et thermique
Ol
·;::
>-
a.
0 (5.100)
u
où V est le module de la vitesse v et To est une température de référence.
25. Le terme pu' u' peut être interprété comme étant le transport de fluctuation de quantité de mouvement
par unité de volume dans la direction x pu' corrélé par la fluctuation de vitesse dans la direction yu'.
De même, pc,, u'T' peut être interprété comme étant le transport de fluctuation d'enthalpie volumique
pcpT' corrélé par la flucluation de vitesse dans la direction x u' .

152
5.5. Convection forcée externe

a) Notions qualitatives sur la turbulence pari étal e


Considérons l'écoulement, le long d'une plaque plane supposée ici parfaitement lisse,
d'un fluide caractérisé, en amont et au loin, par une vitesse parallèle à la plaque uo
et une température To. Il se développe, à partir du bord d'attaque (x = 0), deux
couches limites laminaires mécanique et ther.m ique (paragraphe 5.5.1 et figure 5.17).
Ce régime laminaire se maintient jusqu'à une distance x 1c, associée à un nombre de
Reynolds critique Rexi c d'environ 2105 .
À partir de cette distance, apparaît un régime intermittent d'écoulement turbulent:
des tourbillons se créent dans cette zone, puis disparaissent ; d'autres apparaissent.
Au-delà d'une distance X2c au bord d'attaque, associée à une valeur du nombre de
Reynolds Rex2c de l'ordre de 5 1.05 , la turbulence se maintient en permanence: c' est
la turbulence développée. Dans la zone de turbulence développée, il est possible de

couche limite 111rbulente

c ,
( _
'
,
couches limites zone de ~ (statistique)
laminaire : transitio11
~ turbulence dé veloppée
-::--- {interniillente) sous couche visqueuse

X~
4

.............. "::::__ /

Figure 5.1 7 - Structure d'un écoulement sur une plaque.

définir, en moyenne temporelle sur une durée !:lt grande par rapport aux périodes des
tourbillons, une couche limite turbulente d' épaisseur ô. La frontière, définie statisti-
quement, de cette couche est néanmoins traversée périodiquement par des tourbillons
dont la taille caractéristique est de l'ordre de ô (figure 5 .17).
"Cl
0
Si on observe le champ d'indice optique associé au fluide en écoulement par une
c
::::i technique optique (strioscopie, interférométrie .. .), donc en pratique le champ de tem-
0
;o; pérature pour un fluide homogène quasi-isobare, on constate au voisinage immédiat
"""
..-1
0
"O
c de la paroi la présence de franges représentant des isothermes très resserrées et pa-
N ::i

@ .,"'"' rallèles à cette paroi. Dans cette sous-couche, qualifiée de conductive, il existe certes
.µ '~
..c ·c
Ol c
::;
des structures tourbillonnaires convectant des fluctuations d'enthalpie, mais le trans-
·;::
>- "'cc fert dominant est conductif. De la même façon, au voisinage immédiat de la plaque,
a. c
0 c
u .S! le champ de vitesse est en pratique parallèle à la paroi, comme dans un écoulement
ti
::i
"O laminaire: c'est la sous-couche visqueuse. Les sous-couches visqueuse et conductive
2
o..
~ jouent un rôle déterminant puisque c'est dans celles-ci qu'est calculé le flux conductif
s"' à la paroi, donc le coefficient de transfert.
F
-ci
c
c
::i
La production de turbulence lors de l'interaction entre un fluide non réactif et
0
@ une paroi lisse est due principalement au cisaillement visqueux dans la zone fluide

153
Chapitre 5 • Introduction aux transferts convectifs

immédiatement au contact de la sous-couche visqueuse26 , appelée zone de produc-


tion de turbulence. Les structures ainsi engendrées ont, en général, des tailles impor-
tantes, typiquement de l'ordre de l'épaisseur ô de la couche limite. Ces tourbillons de
grandes tailles, ou structures énergétiques, dégénèrent dans une cascade énergétique
en tourbillons de tailles de plus en plus petites, mais de vitesses angulaires de plus en
plus élevées, structures dissipatives. On verra, dans le Chapitre 9, que cette dégéné-
rescence globale est due aux termes non-linéaires de convection dans les équations de
bilan qui permettent d'augmenter les nombres d' onde des tourbillons, donc de dimi-
nuer leurs tailles. La dissipation d'énergie cinétique turbulente se fait, sous forme de
chaleur, par viscosité moléculaire, très majoritairement sur les tourbillons de petites
tailles. Cette dissipation est également maximale dans la zone de production.
Un autre effet de la turbulence est d'homogénéiser, au cœur de l'écoulement, les
champs de vitesse et de température moyennés, par exemple sur une durée ~t grande
devant les périodes caractéristiques des tourbillons. Corrélativement, les gradients de
ces mêmes champs sont augmentés aux voisinages des parois par rapport au cas d' un
écoulement laminaire. Les transferts, en particulier thermiques, sont donc augmentés
à la paroi.

b) Résultats pratiques en convection forcée externe


turbulente
L'expression du nombre de Nusselt Nux (x) pour un écoulement turbulent le long
d' une plaque plane s'obtient, comme en régime laminaire, par la résolution des équa-
tions de bilan couplées de masse, de quantité de mouvement et d'énergi e. Nous nous
plaçons ici dans la zone de turbulence développée (Rex > Rex2c). L'épaisseur de
la couche limite turbulente ô (x), définie statistiquement, est donnée par (voir par
exemple la référence [23]) :

"O
ô(x) = 0,37 Re~I/5 (5.101)
0 X
c
Il s'ensuit que ô (x) est proportionnel à x415 . Pour une plaque plane lisse et dans la
::J
0
v
T'-f
0
zone de turbulence développée, on trouve les corrélations suivantes :
N
@
~
Pr> 0,5 Nux (x) = ~ C Fx (x) Rex Pr113 = 0,0296 Re~5 Pr113 (5.102)
..c
Ol
ï::::
>-
a.
0 Pr> 0,5 : NuL = hL/À = Pr 1/ 3 [0,664 Re~12 + 0,037 (Re~5 - Re~15 )] (5.103)
u
26. Dans cette région le gradient de vitesse est très important. On peut donner un argument si mple pour
expliquer le phénomène; un élément au voisinage de la paroi est soumis, dans un référentiel entraîné à
la vitesse du champ moyen, à un couple résultant de deux forces (contraintes) de sens opposés, l'une
freinant cet élément (du côté de la paroi), l'autre l'accélérant (du côté du coeur de l'écoulement) : il
en résulte l'apparition d'un tourbillon superposé au champ moyen, qui tend à partir de la paroi vers
l'arrière de l'écoulement. Une justification plus précise est donnée dans Je paragraphe 9.1.

154
5.5. Convection forcée externe

Dans l'équation 5.103, le tenue 0,664 Re~12 rend compte de l'écoulement laminaire
jusqu'à la valeur du nombre de Reynolds critique Rec, à choisir en cohérence avec la
discussion du paragraphe 5.4.5.

On constate en pratique que :


- le coefficient de transfert h(x) décroît en x- 112 en régime laminaire et en x- 115
en régime turbulent ;
- les valeurs des nombres de N usselt, donc de h, croissent très sensiblement dans
la zone de transition entre régimes laminaire et turbulent (voir figure 5.18).
Une question pratique est de savoir si, pour augmenter le transfert d'énergie,
on a intérêt à se placer dans les conditions d'un écoulement turbulent sur une
plaque plane ou, au contraire, à multiplier les effets de bord d'attaque observés
en x = 0 en régime laminaire (h(x) ~ oo). La réponse dépend des conditions
d'utilisation.
1,\ régime régime turbulent
laminaire
___.. -'J,5 X -'U
transition
0 xç ..
X,.' X

Figure 5.18 - Évolutions de h(x) depuis le bord d'attaque.

5.5.3 Exercice d'application

( Exercice 5.2 Refroidissement d'une plaque


"Cl
0
Énoncé
c
::::i
0
On considère une plaque plane de 2 m de long, à T P = 1OO °C, que 1'on souhaite
;o; refroidir en faisant circuler de l'air à la vitesse v = 5 m/s et à la température Ta =
"""
..-1
0
"O

N
c
::i 20 °C parallèlement à la plaque.
@ .,"'"' À quel endroit le refroidissement est-il le plus efficace ?
.µ '~
..c ·c
Ol c
·;:: ::;
>- "'cc
a. c
0 c Solution
u .S!
ti
::i
Il s'agit de calculer le coefficient de transfert conducto-convectif h (x), en convection for-
"O
2
o.. cée externe le long de la plaque (selon Ox). On pourra par exemple comparer la valeur
~
numérique de h proche du bord d ' attaque (en x = 1 cm) et au début du régime turbulent
s"'
F (en x = x2c). La démarche consiste à déterminer .l e régime d'écou.l ement puis à calculer
-ci
c le nombre de Nusselt local Nux (x) à partir de la con-élation adéquate. Le coefficient de
c
::i
0
@ transfert est ensuite déduit de la relation h (x) x/ À.

155
Chapitre 5 • Introduction aux transferts convectifs

Le régime de l'écoulementest déterminé par le nombre de Reynolds Rex = vx/v. La visco-


sité de l'air v est p1ise à la température de film Tfilm = 333 K: v = 1,9210- s m2/s. Au voi-
sinage du bord d ' attaque (en x = 1 cm), Rex = 2603 : le régime est laminaire. Le nombre
de Prandtl de 1' air à Tfilm vaut 0,702; on peut donc appliquer la corrélation 5.94 Nux (x) =
0,332 Re~2 Pr 113 . Le calcul donne Nux (x) = 15,06. Or Nux (x) = h (x) x/À, expression
dans laquelle À est la conductivité thermique de l' air à Tiilm et vaut À= 2,87 10- 2 W/m/K.
On en déduit finalement h (x) = Nux (x) ;ijx = 43,3 W/m2/K.
L'écoulement devient turbulent (turbulence pleinement développée) en x = x2c =
51 os v/v, soit x = 1,92 m. La con-élation à appliquer est à présent la formule 5 .102
Nux (x) = 0,0296 Reys Pr 1/3, ce qui donne Nux (x) = 953 ,5 puis finalement h (x) =
14,3 W/m2/K.
On en déduit que le refroidissement est très efficace à proximité du bord d'attaque mais
peu uniforme (voir figure 5.18). )

5.6 CONVECTION FORCÉE INTERNE


La convection interne est associée à un écoulement entre des plaques parallèles, dans
des conduites de section circulaire, rectangulaire, hexagonale, . . . et, plus générale-
ment, dans des canaux. Une définition précise sera donnée au paragraphe 5.6.l.b).
Cette pa1tie se limite à des cas de convection interne dans des conduites de section
constante en régime stationnaire ; les écoulements laminaires sont traités au para-
graphe 5.6. l et les écoulements turbulents au paragraphe 5.6.2.

5.6.1 Convection forcée interne laminaire


a) Structure des champs dans une conduite
Dans le cas d'un écoulement forcé le long d'une plaque, il a été établi dans le para-
graphe précédent qu'on retrouve sur une normale à la paroi, à une certaine distance de
"O
0 celle-ci, les conditions de l'écoulement non perturbé (mêmes profils de vitesse et de
c
0
::J température). Ceci n'est plus vrai pour le champ de vitesse dès l'entrée de la conduite,
v
T"-f
dans un cas de convection interne. En effet, comme le débit de masse est conservé
0
N dans toute section droite du tube et que la vitesse du fluide diminue au voisinage des
@ parois du fait des frottements visqueux, la vitesse augmente au voisinage de l'axe.
~
..c
Ol Dans cette zone voisine de l'axe, les effets visqueux sont faibles et le profil de vitesse
ï::::
>-
a. garde une valeur Umax(x) indépendante des coordonnées transverses mais fortement
0
u dépendante de x (écoulement localement en bloc); cette valeur Umax(x) croît avec x
quand on s'éloigne de l'entrée (figure 5.19).
Par contre, la température conserve, au voisinage de l'axe, sur une certaine distance
à partir de l'entrée, la valeur uniforme T o qu'elle avait dans l'écoulement amont.
Mais la notion de température a peu d'intérêt physique dans ce type d'écoulement et
il conviendra de raisonner en terme d'écart de température avec la paroi, et même de

156
5.6. Convection forcée interne

Couches limites mécaniques


u(y)

Figure 5.19 - Couches limites mécaniques en régime laminaire.

température adimensionnée r+ , qui sera introduite dans le paragraphe 5.6.1 c). Si le


flux imposé à la paroi du tube est constant, la température de paroi Tp(x) varie en x
dès l'entrée, et l' écart entre la température locale et la température de paroi varie en
x dès l'entrée, comme la vitesse.
Il ressort des remarques précédentes que les couches limites dans les zones d'en-
trée ont des définitions différentes de celles du paragraphe 5.5. l.
• La couche limite mécanique est comprise entre la paroi et le lieu des points où la vi-
tesse est égale à 0,99 fois la vitesse maximale dans une section droite (figure 5.19).
• La couche limite thermique est comprise entre la paroi et le lieu des points où
l'écart entre la température et celle de la paroi est égal à 0,99 fois l'écart entre la
température extrême dans une section droite et celle de la paroi (figure 5.20).

Couches limites thermiques


J T{xj.y}

"Cl
..- --- -
... ...
0
c
::::i
0
;o;
"""
..-1
0
"O
c
N ::i

@ .,"'"'
.µ '~
..c ·c
Ol c
·;:: ::;
>- "'cc Figure 5.20 - Couches limites thermiques en régime laminaire.
a. c
0 c
u .S! 6m(x) et Ôrh(x) sont les épaisseurs des couches limites mécanique et thermique. Au
ti
::i
"O
2 bout d'une certaine longueur L;P dite longueur d'entrée mécanique, les couches li-
o..
~
mites mécaniques se rejoignent (figure 5.19). De même, au bout d' une longueur L~h '
s"'
F dite longueur d'entrée thermique, les couches limites thermiques se rejoignent (fi-
-ci
c
c
::i
gure 5.20). Au delà, sous certaines conditions, c'est la zone de régime établi (voir
0
@ paragraphe 5.6.1 c).

157
Chapitre 5 • Introduction aux transferts convectifs

b) Limitations du modèle précédent

• Dans certaines applications, un tube de grand diamètre D mais de faible lon-


gueur L doit être considéré comme une géométrie ouverte ; en effet, en sortie,
les épaisseurs de couches limites <5m(L) et Ôrh(L) peuvent être très inférieures à
D : le formalisme de la plaque plane est alors justifié dans la mesure où Ôm et
Ôrh restent faibles devant le rayon de courbure de la géométrie considérée et la
dimension caractéristique transverse.
La convection n'est de type interne que si les épaisseurs des couches limites
ne sont pas très petites devant une dimension transverse caractéristique de la
conduite.
• Dans un circuit fermé sans changement brutal de géométrie, il n'apparaît pas
de phénomène d'entrée.

c) Régimes mécanique et thermique établis


En régime stationnaire, sous les deux hypothèses adoptées dans la suite :
>- Hypothèse H 1 : les géométries considérées sont de section constante,
>- Hypothèse H2 : les propriétés thermophysiques des fluides (p, tl, µ, Cp· ··> sont
uniformes,
on obtient, au delà d' une certaine distance de l'entrée, des régimes établis, tels que
les profils de certaines grandeurs physiques sont invariants en x.
Le régime mécanique établi est caractérisé par :

"O au+ + u
0 - = 0 avec u =- (5.104)
c
0
::J ox Um
v
T"-f
0 Um est la vitesse de débit et a pour expression :
N
@
~
..c (5.105)
Ol
ï::::
>-
a.
0
où mdésigne le débit massique de l'écoulement et J; la section de la conduite.
u
On définit une température locale adimensionnée T + en prenant comme référence
l'écart entre la température de paroi T µ(x) et la température de mélange du fluide
dans la section droite x, notée T m(x) (paragraphe 5.3.2 a)) :

+ T(x,y,z) - Tµ(x)
T (x, y , z) = Tm(x) - Tp(x) (5.106)

158
5.6. Convection forcée interne

Il est établi dans le paragraphe 8.7.2 qu'un régime thermique établi est caractérisé
par:
ar+
-=0 (5.107)
ox
Finalement, à partir de l'entrée d'une conduite, trois régions sont associées à trois
types de régimes mécanique et thermique:
• Les régions très proches de l'entrée, où les régimes mécanique et thermique sont
identiques à ceux au voisinage du bord d'attaque d'une plaque plane,
• Les régions intermédiaires, de longueurs L~1 et L~h' correspondant à l'établissement
des régimes mécanique et thermique,
• Les régions très éloignées des zones d'entrée de longueurs L;n et L~h' où les régimes
mécanique et the1mique sont établis.

d) Résultats en régime laminaire pour un tube circulaire


Les conditions associées à la transition entre les régimes laminaire et turbulent dans
un tube circulaire de diamètre D sont discutées au paragraphe 5.4.5.
Le nombre de Nusselt local NuD (x) prend une valeur importante en x = 0, comme
pour une plaque plane, puis décroît continûment jusqu'à la valeur asymptotique
NuD obtenue lorsque les régimes mécanique et thermique sont établis (voir Com-
plément C.2). Cette valeur asymptotique est une constante : elle est indépendante du
nombre de Reynolds. Selon le type de condition limite imposée aux parois du tube,
NuD vaut:
condition de flux imposé : NuD = 46/11 = 4,364
(5.108)
condition de température imposée : NuD = 3,657
"O
0
c
::J Ces derniers résultats diffèrent fortement de ceux relatifs à un écoulement laminaire
0
v ;a;
sur une plaque plane, pour lesquels il n'y a pas de valeur asymptotique mais une
T"-f
"='
0
N
c transition vers la turbulence pour les grandes valeurs de Rex, comme il a été vu au
"'
@ .,"'"' paragraphe 5.5.2.
~ ~
..c 't:
0 Des résultats précis sont donnés au Complément C.2 pour un tube, et quelques
Ol '5
ï::::
>- "'0c références pour d'autres configurations géométriques. Pour un écoulement laminaire,
a. c
0
u c
.Q ces résultats dépendent fortement :
ü
"'
"='
2
o. • du type de condition limite (température imposée ou flux imposé aux parois, par
~

"'
'5
exemple);
F!
-ci
0
c • de la superposition ou non des zones d'établissement des régimes mécanique et
"'
0 thermique.
@

159
Chapitre 5 • Introduction aux transferts convectifs

5.6.2 Convection forcée interne turbulente


a) Écoulement dans un tube

Considérons un tube ouvert à l'entrée (x = 0) et un écoulement amont caractérisé


par une vitesse uo parallèle au tube et une température To unifonnes. Il se développe
d'abord, à partir de x = 0, des couches limites mécanique et thermique laminaires
le long de la paroi (voir précédemment). Cependant, au bout d'une certaine longueur
x1 dépendant de la valeur de uo/v, ces fines couches limites laminaires deviennent
turbulentes, au moins de façon intermittente, et s'épaississent brusquement jusqu'à
occuper toute la conduite pour la valeur Xe de la distance au bord d'attaque, longueur
d'entrée. C'est l'établissement de régime turbulent. Des expressions des longueurs
d'entrée et des champs relatives à cet établissement de régime turbulent sont pré-
sentées dans le Complément C.2. Les longueurs d'établissement en régime turbulent
(de l'ordre de 60D) sont beaucoup plus courtes que celles correspondant au régime
laminaire. Au-delà de Xe, on trouve un régime dit de turbulence établie dans le tube
(figure 5.21).

Transition Turbulence
Établiss établie
Xr Xe

Figure 5.21 - Structure d'un écoulement turbulent dans un tube.

Une fois le régime d'écoulement établi dans un tube de section constante, la struc-
ture d'écoulement est tout-à-fait comparable à celle observée en turbulence dévelop-
pée le long d' une plaque plane (figure 5.22): présence de sous-couches visqueuse et
"Cl
0 conductive, production maximale d'énergie cinétique turbulente principalement sous
c
::::i forme de tourbillons de taille typique D au voisinage de ces sous-couches, dissipa-
0
tion de ces tourbillons par les mêmes phénomènes que précédemment. Les champs
"""
.-1
0
moyens sont également presque uniformes au cœur de l'écoulement et les gradients
N

- ·- .- ··c·;u ·- . . . . ·a ·-
@ pariétaux importants.

..c
Ol
·;::

~r
>-
a.
0 Sous couches visq11e11m
u

~- . c.~ .........................~...:l~: :,:·pce établie

Figure 5.22 - Régime turbulent établi.

160
5.6. Convection forcée interne

Le critère de transition vers un régime turbulent, qui est complètement développé


au bout d'une distance d'approximativement 60 D de l'entrée du tube, est discuté au
paragraphe 5.4.5.

b) Cas de parois 1isses


On considère un tube circulaire de diamètre D avec des parois lisses, c'est-à-dire dont
la rugosité est plus petite que les épaisseurs des sous-couches visqueuse et conduc-
tive. Le nombre de Reynolds ReD est défini sur la base de la vitesse de débit um :

(5.109)

Le nombre de N usselt N uD est propo1tionnel au coefficient de frottement CF D (par-


fois également noté f) et est donné par [38] :

0,7 <Pr< 160 et L/D > 60


hD 1 (5.110)
NuD = T = CF D ReD Pra = 0,023 Re~ 5 Pra
2
où la valeur de a dépend de la configuration thermique (parois du tube chaudes ou
froides) : voir Complément C.2.
Contrairement au cas précédent de l'écoulement laminaire, le nombre de Nus-
selt dépend fortement du nombre de Reynolds pour un écoulement turbulent. Les
grandeurs thermophysiques du fluide doivent être prises à la température de film
(TP + Tm) /2, moyenne de la température des parois du tube et de la température de
mélange du fluide. En général, les conditions thermiques aux parois (flux imposé ou
température imposée, etc.) n'ont pas d'impact sur l'expression du nombre de Nusselt
"O
0 en écoulement turbulent, contrairement au cas de l'écoulement laminaire.
c
::J
0
v ;a;
T"-f
0
"='
c
c) Cas de parois rugueuses
N
"'
@ .,"' Dans la plupart des applications, les parois d'un tube circulaire de diamètre D pré-
"'
~ ~
..c 't:
Ol 0
'5
sentent une rugosité absolue~' exprimée en ~Lm ou mm, et par conséquent une rugo-
ï::::
>- "'0c sité relative définie par le rapport ~ / D. En régime turbulent complètement établi, le
a. c
0
u c
.Q
ü
coefficient de frottement CF D (ou f) est multiplié par 3 pour~ /D = 10-2 et par 6
"'
"='
2 pour~ /D = 510-2 , selon les abaques de Nikuradze et Moody [98] exprimées ensuite
o.
~ au moyen d'une équation analytique par Churchill (voir Complément C.2). Il s'agit
"'
'5
F! donc là d'un phénomène important qui doit être pris en compte dans beaucoup d'ap-
-ci
0
c plications pratiques. En effet, l'équation 5.110 indique que le nombre de Nusselt est
"'
0
multiplié dans les mêmes proportions que le coefficient de frottement.
@

161
Chapitre 5 • Introduction aux transferts convectifs

d) Prise en compte des variations de la viscosité


La variation de la viscosité en fonction de la température est importante pour les gaz
(par exemple les gaz de combustion soumis à de forts gradients thermiques) mais
aussi pour les liquides : ainsi l' eau voit sa viscosité dynamique µ divisée par 4 entre
7 °C et 80 °C. À partir de diverses expériences réalisées sur des conduites, Sieder et
Tate [127] ont proposé une corrélation prenant en compte la dépendance deµ avec la
température. L' équation 5.110 devient:

(5.111)

où µm. et µP sont les viscosités dynamiques à la température de mélange du fluide et


à la température des parois respectivement (la température de film n' intervient donc
pas dans ce rapport µ m/µ p). Whitaker [153] conseille d' appliquer cette correction
pour tout écoulement turbulent et dans toute configuration géométrique.

5.6.3 Comparaison entre les transferts turbulents le long


d'une plaque et dans un tube
a) Écoulement laminaire
En écoulement laminaire le long d'une plaque plane (convection forcée externe la-
minaire), la vitesse et la température en une abscisse x donnée depuis le bord d'at-
taque varient dans toute l'épaisseur des couches limites. De même, en écoulement
laminaire complètement développé dans un tube de diamètre D (convection forcée
interne laminaire), la vitesse et la température varient sur toute la section du tube. Par
conséquent, les échelles de longueur caractérisant les variations des profils de vitesse
et de température sont :

"O
• Dans le premier cas, les épaisseurs Ôm (x) et Ôrh (x ) des couches limites mécanique
0
c et thermique,
::J
0
v • Dans le second cas, le diamètre du tube D.
T"-f
0
N Considérons à présent les expressions du coefficient de transfert associées à ces deux
@
~
cas:
..c
Ol
ï:::: • En convection forcée externe laminaire, l'équation 5.96 donne
>-
a.
0
u h (x) = 1,63 À/Ôth (x) (5.112)
• En convection forcée interne laminaire, dans un tube circulaire, l'équation 5 .108
donne en tout point où le régime est complètement établi :
flux imposé aux parois : h = Nu0 À/D = 4,364 À/D (5.113)
température imposée aux parois : h = Nu 0 il/ D = 3,657 il/ D (5.114)

162
5.6. Convection forcée interne

Dans les deux cas, le coefficient de transfe1t apparaît comme étant le rapport de
la conductivité the1mique du fluide À. à l' échelle spatiale
" .
associée aux variations
du champ de température : Ôrh (x)/1 ,63 en convection forcée externe, D/4,364 ou
D/3,657 en convection forcée interne. Ôm (x ) et Ôrh (x) apparaissent dès lors comme
étant les véritables échelles spatiales caractérisant la viscosité et la conduction ther-
mique à la paroi d' une plaque plane. Elles sont plus pertinentes que x , qui ne fait que
décrire la direction axiale.

b) Transition entre régimes laminaire et turbulent


Les valeurs typiques du nombre de Reynolds critique caractérisant la fin du régime
laminaire le long d' une plaque (Rexic = 2105 ) et dans un tube en régime complè-
tement établi (Rev = 2300) ont été cliscutées au paragraphe 5.4.5. Ces deux valeurs
diffèrent sensiblement l' une de l'autre, mais sont reliées à deux échelles spatiales
différentes : l' abscisse x pour la première, le diamètre D pour la seconde.
Suivant les conclusions du paragraphe 5.6.3 a), un autre nombre de Reynolds en
convection forcée externe laminaire peut être construit en remplaçant la longueur de
référence x par Ôm (x) de la manière suivante :

Ôm (x ) 1/2
Reo,,.(x) = Rex = 4,92 Rex (5.115)
X

où le rapport Ôm (x) /x a été remplacé par son expression 5.92. Avec ce nombre de
Reynolds transverse, la fin du régime laminaire, associée au critère Rexlc = 2105 , est
à présent caractérisée par le critère Reo,,,(x lc) = 2200. Ce résultat correspond à celui
associé à la fin du régime laminaire dans un tube.
La théorie est donc cohérente, mais elle manque d'explication physique sur la va-
leur de ce critère unifié, issu uniquement d'expériences ou de simulations numé-
"O
c
0 riques.
::J
0
v ;a;
T"-f
0
"='
c
c) Écoulement turbulent
N
"'
@ .,"' En régime turbulent, que ce soit en convection forcée externe (le long d'une plaque
"'
~ ~
..c 't:
Ol 0
'5
dans la zone de turbulence développée) ou interne (dans un tube en régime complè-
ï::::
>- "'0c tement établi), les effets des phénomènes de diffusion (viscosité et conduction ther-
a. c
0 c
u .Q mique) ne sont pas totalement négligeables dans des zones au contact des parois et
ü
"'
"='
2
d' épaisseurs faibles par rappo1t aux épaisseurs ô ( x) des couches limites turbulentes
o.
~ ou au diamètre D du tube. Une analyse plus détaillée de ces zones, appelées zones
"'
'5
F! internes mécanique et thermique, est donnée au paragraphe 9.2.3.
-ci
0
c Au cœur de l'écoulement, les profils de vitesse et de température ont des allures
"'
0
similaires. Un profi l universel de vitesse souvent cité, et tracé à la figure 5.23, est
@

163
Chapitre 5 • Introduction aux transferts convectifs

y/R
0 1
Figure 5.23 - Profil de vitesse turbulente, Re 0 =106 , de Nikuradze, cité par
Schlichting [ 120).

exprimé par :
u/ Umax = (y/ R) l /n avec n = 3 Re~ 08 (5.1 16)
où y et R sont la distance à la paroi du tube et son rayon. Les zones internes méca-
nique et thermique correspondent grossièrement à: y/ R < 0, l. Ici nous nous bornons
à considérer que ces sous-couches sont des pellicules d'épaisseur unifo1me le long
du périmètre mouillé d' une section du tube ou le long de la couche limite. Dans une
section, les variations des champs moyens de vitesse et de température ne se pro-
duisent que dans ces sous-couches ; par conséquent, le coefficient de frottement et le
nombre de Nusselt ne dépendent que des conditions mécaniques et thermiques dans
ces sous-couches. De plus, les résultats concernant le coefficient de transfert pour
une plaque plane (équation 5.102) et un tube (équation 5.110) sont très semblables,
contrairement au cas de l'écoulement laminaire :

h (x) = Nux (x) il.lx= 0,0296 Re~5 Pr 113 il./x = 0,0296 Pr 113 : (5.117)
(v/uo) 15 xl /5
"Cl
0
c
::::i
il
0
h = Nuv il.ID= 0,023 Re~ 5 Pra il.ID= 0,023 Pra (5.118)
"""
..-1 (v/um) 415 Dl/5
0
N
@ Les longueurs caractéristiques (v/uo) 415 x 115 et (v/um)415 D 115 apparaissant dans les

..c
Ol
deux expressions ci-dessus font intervenir d' autres longueurs caractéristiques : v / uo
·;::
>- et v / um respectivement. Ces quantités peuvent être interprétées comme étant la lon-
a.
0
u gueur l telle que l'échelle temporelle de convection l/uo (respectivement l/um) est
égale à l'échelle temporelle de diffusion de quantité de mouvement t2 /v. L'échelle
spatiale v/uo (v/um) caractérise l'écoulement turbulent au voisinage de la paroi; dans
cette zone, l'écoulement est caractérisé par un nombre de Reynolds27 Re = uoy/v
27. En réalité, la vitesse de référence dans le nombre de Reynolds est une vitesse de frottement u* : voir
paragraphe 9.2. l.

164
5.6. Convection forcée interne

(umy/v) qui n'est autre que la distance à la paroi y rapportée à cette échelle spatiale
v/uo (v/um).

5.6.4 Autres écoulements internes; notion de diamètre


hydraulique
En régime turbulent uniquement, différents résultats (longueur d'entrée, longueur
d'établissement, coefficient de frottement, nombre de Nusselt, etc.) obtenus dans des
tubes de section circulaire avec un ensemble de conditions aux limites (mécaniques
et thermiques) peuvent être généralisés, avec une précision raisonnable, à des géomé-
tries différentes mais pas trop éloignées, pourvu que les conditions aux limites soient
de même type. L'idée de base consiste à prendre comme référence un tube de section
circulaire et de diamètre D et de définir, pour une autre géométrie, un tube équivalent
caractérisé par un diamètre équivalent, classiquement appelé diamètre hydraulique
et noté Dh. Soient, par exemple, des conduites cylindriques dont les sections droites
sont caractérisées par les géométries de la figure 5.24 :

Figure 5.24 - Géométries exploitables avec le diamètre hydraulique Dh.

On les caractérise par :


• Le périmètre mouillé par le fluide d'une part. Cette grandeur, notée P,n. vaut par
exemple n (D 1 + D 2 ) pour les deux dernières sections de la figure 5.24;
• La section de passage ouverte au fluide d'autre part. Cette grandeur, notée I, vaut
"Cl
n( Dâ - Df) / 4 pour ces deux mêmes sections.
0
c
::::i
Le diamètre d'un tube équivalent est une longueur caractéristique, proportionnelle à
0 I/Pm· Par convention, on adopte comme définition du diamètre hydraulique :
;o;
"""
..-1
0
"O
c
N ::i
(5.119)
@ .,"'"'
.µ '~
..c ·c
Ol
·;::
c
::; expression qui conduit à retrouver D dans le cas d'un tube circulaire (d'où le coeffi-
>- "'cc cient 4). Pour deux plans parallèles infinis distants de e, on obtient: I = ed, Pm = 2d,
a. c
0 c
u .S! ce qui conduit à la valeur D1i = 2e. Dans le cas d'un espace annulaire caractérisé par
ti
les diamètres D1 et D2, I = 7f (D~ - Di)/4 et Pm= 7f (D1 + D2), donc D1i = D1 -Di.
::i
"O
2
o..
~
Pour un canal de section non circulaire, le diamètre hydraulique Dh = 41: / P111 est
s"'
F donc, en convection forcée interne turbulente et en régime complètement établi, le
-ci
c
c
::i
diamètre du tube circulaire équivalent du point de vue des valeurs du coefficient de
0
@ frottement et du coefficient de transfert conducto-convectif. On pourra donc évaluer

165
Chapitre 5 • Introduction aux transferts convectifs

ce dernier coefficient en remplaçant D par Dh dans les corrélations vues précédem-


ment.
La notion de diamètre hydraulique n'a d'intérêt qu'en régime turbulent. En effet, il
est montré dans le paragraphe 9.2.3 que, dans ce type de régime, les variations de la
u
vitesse moyenne et de la température moyenne T ont lieu essentiellement dans les
zones dites internes (mécanique et the1mique), de faible extension et voisines de la
paroi, typiquement d'épaisseur TJ inférieure à R/10 pour un tube à section circulaire.
Aussi la notion de périmètre mouillé est-elle directement associée à l'extension de
ces zones internes, caractérisées schématiquement par une section de passage égale à
TJPm. Inversement, la section E offerte au fluide est constituée essentiellement par la
zone dite externe (cœur de l'écoulement turbulent).
On conçoit, dans ces conditions, que les expressions du nombre de Nusselt dé-
pendent, à diamètre hydraulique égal, assez peu de la géométrie considérée mais sur-
tout du rappo1t E/ Pm. En régime laminaire au contraire, les variations de température
et de vitesse sont appréciables dans toute la section du tube, et non plus seulement au
voisinage immédiat des parois. Aussi les résultats dépendent-ils, à diamètre hydrau-
lique donné, beaucoup plus de la géométrie considérée.

5.6.5 Exercice d'application

( Exercice 5.3 Écoulement dans un tube


Énoncé
On considère un écoulement complètement établi, de débit massique m = 1 kg/s,
au travers d'un tube circulaire de diamètre D = 10 cm et de longueur L = 5 m. La
température de la paroi du tube T P est imposée. L'étude se limite à un endroit du tube
"O
où la température de mélange du fluide est Tm.
0
c
0
::J Comparer les coefficients de transfert conducto-convectif lorsque le fluide est de
v
T"-f
l'eau liquide, de l'air et de l'hélium (Tp = 20 °C et Tm = 100 °C), et du sodium
0
N liquide (TP = 220 ° C et Tm = 300 ° C), a) pour des parois lisses, b) pour des parois
@ rugueuses : s = 400 ~tm.
~
..c
Ol
ï::::
>-
a.
0
u
Solution
a) Parois lisses : il s'agit d'un écoulement de convection forcée interne dans un tube cir-
culaire. Le nombre de Reynolds Reo a pour expression Reo = pumD / µ où um, vitesse de
débit, est telle que m = pumnD2 /4; par conséquent, Reo = 4m/ (nµD). La corrélation de
convection forcée interne sera une relation du type NuD = f (ReD , Pr); connaissant les va-
leurs de ReD et de Pr, on en déduira donc celle de NuD puis finalement celle du coefficient
de h puisque Nuo = hD /À.

166
5.7. Convection naturelle externe

Les propriétés thermophysiques µ, Pr et À du fluide doivent être p1ises à la température


de film Tfilm = (rp+ Tm)/2; pour cela, des interpolations linéaires des tables du Com-
plément D doivent être faites. Les deux tableaux ci-dessous listent les valeurs numé1iques
auxquelles on aboutit.

Tfilm (K) µ(kg/mis) Pr tl (W/m/K)


eau liquide 333 4,44 10- 4 2,81 0,657
air 333 2,00 10- 5 0,702 2,87 10- 2
hélium 333 2, 14 10- 5 0,678 0, 164
Na liquide 533 3,82 10- 4 0,00646 78,0

Reo écoulement corrélation Nuo h (W/m 2 /K)


eau liquide 2 870 turbulent Nuo = 0,023 Re~ Pr0 •3
5
18,3 120
Nuo = 0,023 Re~ Pr0 •3
5
air 63 600 turbulent 144 41,4
Nu0 = 0,023 Re~ Pr0 •3
5
hélium 59 600 turbulent 135 221
Na liquide 3 330 turbulent Nuo = 4,8 + 0,0156 Re~ 85
4,94 3 850
Pro,93

Toutes conditions étant identiques, on note que le coefficient d ' échange pour l' air est le
plus faible, que les coefficients d'échange pour l' eau et pour l'hélium sont du même ordre
de grandeur malgré des nombres de Reynolds très différents, et que le sodium liquide
fournit le coefficient d 'échange le plus élevé et ce malgré un nombre de Reynolds faible.
b) Parois rugueuses:
Dans ce cas, les nombres de Reynolds et de Prandtl étant inchangés par rapport au cas
précédent, il découle de la relation 5 .110 NuD = ~ CF D ReD Pt1' que les nombres de
NusseJt et par conséquent les coefficients de transfert conducto-convectif sont multipliés
par un facteur égal au rapport du coefficient de frottement du tube rugueux à celui du tube
"O
0 lisse. Le diagramme de Moody (reproduit dans le Complément C.2) permet d'évaluer ces
c
::J divers coefficients de frottement. Ainsi, pour l'air (Rev = 63600 ~ 6 104 ), le coefficient
0
v ;a;
Cp D vaut environ 0,031 pour la paroi rugueuse (s/ D = 4 10-3 ) et 0,020 pour une paroi lisse
(on retient ici la courbe de rugosité relatives/ D minimale, c'est-à-dires/ D = 510- 6 ); le
T"-f
"='
0

_____
c
N
"'
"' coefficient de transfert du tube rugueux sera donc égal à environ 1,5 fois celui du tube lisse.
@ "'
~
..c
"'
~
't:
)
0
Ol
ï:::: '5
>- "'0c
a. c
0 c
u .Q
ü
"'
"='
2
o.
5.7 CONVECTION NATURELLE EXTERNE
~

"'
'5
F! Le phénomène de convection naturelle n'est pas dû à une cause mécanique externe,
-ci
0
c ce qui est le cas de la convection forcée. Il est dû à un mouvement résultant de dif-
"' férences de masse volumique au sein du fluide et qui a pour origine les conditions
0
@

167
Chapitre 5 • Introduction aux transferts convectifs

aux limites thermiques ou les conditions initiales imposées à un système dans un cas
instationnaire. Ce paragraphe ne traite que de la convection naturelle thermique.
Le terme moteur de la convection naturelle thermique provient des variations de la
masse volumique du fluide avec la température. Ces différences de masse volumique
du fluide en des cellules voisines créent une situation d'instabilité. Un mouvement est
alors engendré sous l'effet de forces volumiques d'Archimède. Deux effets diffusifs
s'opposent à ce mouvement: la viscosité du fluide joue le rôle de frein; le phénomène
de diffusion thermique tend à détruire à la source les écarts de température qui sont à
l'origine de la convection naturelle.
De ce point de vue, la convection naturelle est un phénomène plus complexe que
la convection forcée, dans laquelle le terme moteur (énergie cinétique volumique) est
issu d'une cause mécanique externe et est beaucoup moins couplé aux autres champs
du fluide, tandis que le seul effet diffusif est la viscosité du fluide.
L'objet de ce paragraphe est limité à une première approche de la convection natu-
relle, en suivant la même démarche globale que celle qui a été suivie pour la convec-
tion forcée. Elle repose essentiellement sur une technique d'analyse dimensionnelle,
laquelle fournit la structure générale des solutions. Une analyse plus détaillée, dé-
crite à la référence [6], dite analyse d'échelles, prédit les grandeurs adimensionnées
pe1t.inentes dans différentes conditions et pour différents types de fluides. Les phéno-
mènes de convection naturelle the1mique et massique sont également abordés dans
les paragraphes 8.6 et 8.8.
Afin de simplifier l'analyse, les hypothèses suivantes dites hypothèses de Boussi-
nesq [12] seront faites :
>- Hypothèse Hl : les propriétés thermophysiques du fluide sont supposées uni-
f01mes28 (cas deµ, il, cp), à l'exception de la masse volumique p dans le seul terme
moteur (Archimède) de la convection naturelle.
"O
0
>- Hypothèse H2 : les variations de la masse volumique sont supposées linéaires
c
::J en température, données par la relation suivante où T 0 représente la température du
0
v
T"-f
fluide non perturbé :
0
N
@ /3(T - To) << 1 p(T) =Po (To) [1 -/3(T - To)] (5.120)
~
..c
Ol
ï::::
>-
La condition H2 est vérifiée par les liquides. Dans le cas d' un gaz parfait, on a :
a.
0
u
f3 = l /T : les variations relatives de la température absolue du fluide doivent être
faibles.
La plupart des fluides sont caractérisés par des valeurs positives de f3. Une excep-
tion célèbre est l' eau liquide, uniquement entre 0 °C et 4 °C ; cette propriété singu-
lière, qui conduit à une inversion de la direction du mouvement de convection natu-
28. On adopte, comme précédemment, les valeurs de ces grandeurs à (T0 + Tp)/2, température de film.

168
5.7. Convection naturelle externe

relle dans la plage de température [0 °C; 10 °C] proche du point de fusion de l 'eau,
est exploitée dan s certaines applications.

5.7.1 Analyse dimensionnelle en convection naturelle


externe le long d'une plaque verticale
Considérons, comme problème de référence, celui d'une plaque verticale de hau-
teur Let de température Tp en contact avec un fluide de température T 0 et au re pos
loin de la plaque, comme illustré à la figure 5.25. Les équations 5.63 et 5.64 re-
présentent comme précédemment les flux surfaciques local et moyen sur la plaque,
auxquels on associe les coefficients de transfert local h (x) et moyen h.

X
L fluide au repos
au loin
1~
lg To , uo - 0
0
Figure 5.25 - Problème de référence en convection naturelle externe.

Comme dans le cas de la convection forcée externe, des couches limites méca-
nique et thermique apparaissent à partir du bord d'attaque (en x = 0). La définition
de la couche limite mécanique diffère de celle introduite en convection forcée. En
convection naturelle externe, la couche limite mécanique est la zone fluide située
"Cl
0
entre la plaque et le lieu des points où la vitesse axiale est égale à 1 % de sa valeur
c
::::i maximale dans la direction transverse ; la figure 5 .26 illustre cette définition. Quant
0
;o;
à la couche limite thermique, elle a exactement la même définition qu 'en convection
"""
..-1
0
"O
c forcée externe.
N ::i

@ .,"'"' Le problème de transfert global est enti.èrement détenniné par sept grandeurs
.µ '~
..c ·c
::; h,p0 ,µ, À, cP, Let le terme moteur p 0 g[3(Tp - T 0 ). Au lieu d ' utiliser la méthode
Ol c
·;::
>- "'cc mise en oeuvre dans le cas de la convection forcée, nous procédons par analogie
a. c
0 c
u .S! avec ce cas. Si nous avons introduit le terme moteur pogf3(Tp - To) dans les para-
ti
mètres physiques, c'est que le choix d ' une vitesse de référence Ur, analogue à uo,
::i
"O
2
o..
~
n'est pas évident. Néanmoins, une expression de u,. qui dépendrait de pogf3(Tp - To)
s"'
F et des autres grandeurs physiques permettrait d' utiliser directement les équations 5.67
-ci
c
c
::i
et 5.72, en y substituant u,. à uo, vitesse de référence en convection forcée. Pour ce
0
@ faire, écrivons l'équilibre entre la force motiice volumique maximale pogf3(Tp - To)

169
Chapitre 5 • Introduction aux transferts convectifs

région non perturbée 1,t.1 =0


y
couche limite mécanique

région non perturbée T'l y

Figure 5.26 - Couches limites en convection naturelle externe (plaque verticale). Par
souci de clarté, les couches limites mécanique et thermique sont représentées
respectivement en haut et en bas. En réalité, elles se recouvrent. Les profils de vitesse et
de température sont également tracés en fonction de y en des positions x données.

et un ordre de grandeur de la force visqueuse volumique29 µu,/L 2 ; ce raisonnement


conduit à poser :
(5.121)

Le problème est alors déterminé par les sept grandeurs physiques : h, po, µ,À, cp, L
et u,.. Dans l'équation 5.67, le nombre de Reynolds prend la forme:

p6gf3(Tp - To)L3
------=GrL (5.122)
µ2

Il est appelé nombre de Grashof GrL, rapporté à la longueur L. Les expressions des
nombres de N usselt global et local sont alors :

(5.123)
"Cl
0
c
Nux(x) = C' Gr~ Pr8
::::i
0 (5.124)
"""
..-1
0 Dans l'équation 5.124 apparaît le nombre de Grashof local rapporté à x:
N
@

..c
Ol
(5.125)
·;::
>-
3a. Cette simple étude dimensionnelle a permis de dégager un résultat essentiel
de convection naturelle : si le transfert thermique croît avec le terme moteur
Pof3g(Tp - To), il croît à une puissance trois fois plus élevée avec la distance ca-
ractéristique x (ou L). La viscosité joue évidemment un rôle de frein dans le transfert
29. Celle-ci est rapportée à L dans la mesure où, comme en convection forcée, on ne dispose pas à ce
stade d'échelle transverse de longueur.

170
5.7. Convection naturelle externe

(terme en l/µ 2 dans le nombre de Grashof). Enfin, on notera que le nombre de Gra-
shof a la même signification physique que le nombre de Reynolds : il est le rapp01t
du terme source du mouvement au terme de dissipation mécanique. Par conséquent,
la valeur de ce nombre permettra de caractériser la nature laminaire ou turbulente de
l'écoulement. La zone de transition entre ces deux régimes sera elle aussi décrite par
deux valeurs critiques du nombre de Grashof.
En convection naturelle, on a l'habitude d' introduire d'autres groupements sans
dimension:

• Des nombres de Rayleigh local Rax et global RaL :

o)
g{J ( T p - T x 3
Rax = Grx Pr = - - - - - -
av

• Des nombres de Boussinesq local Box et global Bol :

L' intérêt physique des nombres de Rayleigh et de Boussinesq apparait dans l' ana-
lyse d' échelles suivante, détaillée dans la référence [12] :

• Le nombre de Rayleigh caractérise le transfe1t thermjque pour les fluides clas-


siques de nombre de Prandtl supérieur à 0,5 (gaz, liquides, huiles), c'est-à-dire les
fluides pour lesquels la couche limite mécanique est d' épaisseur à peu près égale
ou supérieure à la couche limite thermique. Il rend compte de l' équilibre entre
"O
la force de mise en mouvement du fluide (la force d' Archimède) et les deux ef-
c
0
fets dissipatifs par diffusion de quantité de mouvement (viscosité) et par iliffusion
::J
0 d' enthalpie (conduction). Pour ces fluides classiques, le nombre de Nusselt dépend
v ;a;
T"-f
0
"='
c
essentiellement du nombre de Rayleigh; le nombre de Prandtl apparaît en tant que
N
"' facteur correctif (voir Complément C.3).
@ .,"'
"'
~ ~
..c 't:
Ol 0
'5
• Le nombre de Boussinesq caractérise le transfert thermique pour les fluides de
ï::::
>- "'0c nombre de Prandtl très inférieur à 0,5 (métaux liquides), c'est-à-dire les fluides
a. c
0 c
u .Q pour lesquels la couche limite thermique est beaucoup plus épaisse que la couche
ü
"'
"='
2 limite mécaruque. Il rend compte de l'équilibre entre la force de mise en mouve-
o.
~ ment du fluide (la force d'Archimède) et le principal effet dissipatif par diffusion
"'
'5
F! d' enthalpie (conduction). Pour les métaux liquides, le nombre de Nusselt dépend
-ci
0
c essentiellement du nombre de Boussinesq ; le nombre de Prandtl apparaît en tant
"'
0
que facteur correctif (voir Complément C.3).
@

17 1
Chapitre 5 • Introduction aux transferts convectifs

Comme en convection forcée, deux interprétations physiques peuvent être données


pour les nombres de Grashof, Rayleigh et Boussinesq :

• Ils représentent le rapport du terme source du mouvement pog/3 (TP - To) x, travail
d'une force volumique, à une énergie dissipée par unité de volume par viscosité
µ 2/ (Pox2 ), par couplage viscosité-conduction µa/x2 et par conduction poa2/x2 .
• Ils représentent également le carré du rapport d'une échelle de temps associée
à la viscosité x 2 /v, au couplage viscosité-conduction x 2 / yav et à la conduc-
tion x 2/a à une autre échelle de temps associée au terme source du mouvement
~x/ [g/3 (Tp - To)].
Néanmoins, les coefficients de transfert local h (x) et moyen lis' obtiennent, pour tous
les fluides, via des expressions du type (voir Complément C.3) :

NuL = C Raf Pr8' (5.128)

Nux (x) = C' Ra~' Pr8' (5.129)

5.7.2 Transition entre régimes laminaire et turbulent


le long d'une plaque verticale
Dans le cas d'un fluide au repos et isotherme au loin en contact avec une plaque
isotherme, l'écoulement est laminaire depuis le bord d'attaque (en x = 0) jusqu'à
une abscisse critique x = x 1c pour laquelle le nombre de Grashof atteint la valeur
critique [8]30 :
-0
c
0 Grxlc ~ 109 (5.130)
::J
0
v Au delà de cette valeur critique x1c, une turbulence intermittente apparaît et se dé-
T'-f
0
N veloppe au fur et à mesure que x croît, comme en convection forcée le long d'une
@
~ plaque. Un régime de turbulence développée s'instaure à partir d'une abscisse cri-
..c
Ol
ï:::: tique X2c définie par :
>-
a.
0
u
(5.131)

30. Remarque importante concernant les résultats de convection naturelle.


L' analyse de A. Bejan [8] est pertinente pour une plaque plane verticale. Cependant, pratiquement
aucun auteur n'utilise le nombre de Grashof pour définir la transition laminaire-turbulent dans le cas
d'une autre configuration (cf. le handbook du même auteur (7]).

172
5.7. Convection naturelle externe

5.7.3 Principaux résultats pratiques de convection


naturelle externe
a) Plaque plane verticale isotherme
Des expressions précises des nombres de Nusselt local Nux (x) et global NuL, en
régimes laminaire et turbulent, sont données dans le Complément C.3 . Ce paragraphe
contient quelques remarques d'ordre physique à propos de ces résultats.
• En régime laminaire et à une distance suffisante du bord d'attaque (pour que le
modèle des couches limites soit valable), Nux (x) = h (x) x/ À est proportionnel à
4
RaY , et NuL = hL/À à Ra~ . Par conséquent, comme Rax est proportionnel à x3,
4

le coefficient de transfert local h (x) est proportionnel à x- 114 • Il apparaît donc,


comme en convection forcée externe où h(x) est proportionnel à x- 112 , un effet de
bord d'attaque, mais beaucoup plus faible qu'en convection forcée. Les couches
limites mécanique et the1mique laminaires, pour un nombre de Prandtl voisin de 1,
sont à peu près superposées ; leur épaisseur est donnée par 1' expression [63] :

Ôm (x) ,.., Ôrh(x) ,.., 3,93 (0,952 + Pr) 114 Gr- 1/4
(5.132)
x x Prl/2 x

Les épaisseurs de couches limites varient donc en x 114 •


• En régime turbulent, Nux (x) = h (x) x/A est en pratique proportionnel à RaY3 ,
et NuL = hL/À à Ra~3 . Par conséquent, comme Rax est proportionnel à x 3 , le
coefficient de tran~fert local h (x) est indépendant de x; il est uniforme.

b) Autres configurations géométriques


Des résultats relatifs à des plaques planes inclinées, des plaques horizontales, des
"O cylindres et des sphères, dans différentes conditions, sont donnés dans le Complé-
0
c
::J
ment C.3.
0
v ;a;
T"-f
0
N
"='
c c) Effets du signe de la variation de masse volumique
"'
@ .,"' Les effets liés au signe des variations de p méritent d'être discutés. Nous nous li-
"'
~ ~
..c 't:
Ol 0
'5
mitons ici à deux configurations : une plaque ve1ticale isothe1me d'une part, et une
ï::::
>- "'0c plaque horizontale isotherme d'autre part. Les c01Télations relatives à ces deux confi-
a. c
0 c
u .Q gurations sont données dans le Complément C.3.
ü
"'
"='
2 Considérons d'abord le cas d' une couche limite le long d'une plaque verticale de
o.
~ température imposée plongée dans un fluide immobile au loin et de température elle
"'
'5
F! aussi imposée (figure 5.27). Une inversion des températures imposées à la plaque et
-ci
0
c au fluide change le signe des variations de masse volumique et se traduit par deux
"'
0
écoulements similaires au signe du champ de vitesse près. Le bord d'attaque devient
@

173
Chapitre 5 • Introduction aux transferts convectifs

fluide T paroi T
a) c I I I I C/
>>>>>>>>

paroi /Tu ide T


1'
r r
Tc 1'c
1 T
r L L
fluide T.
r paroi ~· I
cj b) >>>>>>>>
paroi T
I I

fluide
I I

T
c c
/, L

Figure 5.27 - Inversion des conditions Figure 5.28 - Inversion des conditions
aux limites; plaque verticale isotherme. aux limites; plaque horizontale
isotherme.

le bord de fuite et vice-versa. Si l'origine et le sens de l'axe des abscisses sont chan-
gés, les expressions du nombre de Nusselt local Nux (x) et du coefficient de transfert
local h (x) sont inchangées.
Les résultats diffèrent en revanche si on considère le transfert par convection na-
turelle le long d'une plaque horizontale. En effet, l'une des deux situations est favo-
rable au transfert tandis quel' autre ne l'est pas. Supposons que la plaque est infinie et
que, comme dans la grande majorité des cas3 1, la masse volumique du fluide décroît
lorsque la température augmente.
Si les couches fluides inférieures sont plus froides, et donc plus lourdes, que celles
au dessus (cas de la figure 5. 28 a), une stratification du fi uide s'installe, le fi uide
restant au repos. Si des instabilités et un écoulement de convection naturelle prennent
naissance, ce ne peut être que du fait d'effets de bord liés à une taille finie de la
plaque. Même dans de telles circonstances, les valeurs du coefficient de transfert sont
faibles, car les conditions ne sont pas favorables au développement d'un écoulement
de convection naturelle. Des résultats associés à cette configuration sont donnés dans
"Cl
c
0 le Complément C.3. Les mêmes conclusions s'imposent si une paroi froide est placée
::::i
0 sous le fluide.
"""
..-1
0
En revanche, si les couches inférieures du fluide sont plus chaudes, et donc plus
N
légères, que celles au dessus (cas de la figure 5.28 b), le système est instable. Cette
@

..c
configuration est favorable au développement d'un mouvement de convection natu-
Ol
·;:: relle. La valeur du coefficient de transfert est plus grande que dans le cas précédent,
>-
a.
0
comme on pourra le constater à l'examen de corrélations données dans le Complé-
u ment C.3.
En conclusion, l'inversion des sources froide et chaude ou l'inversion de la gravité
conduisent, dans les deux configurations examinées, tantôt à des écoulements exacte-
ment semblables (cas de la plaque verticale), tantôt à des écoulements très différents

31. Voir les commentaires qui suivent l'équation 5.120.

174
5.7. Convection naturelle externe

et par conséquent à des valeurs très différentes du coefficient de transfe1t (cas de la


plaque horizontale).

5.7.4 Exercice d'application

( Exercice 5.4 Chauffage d'une pièce


Énoncé
On considère un radiateur rectangulaire plan de surface S = 0,5 m2 (de hauteur H et
de largeur L), à température T,. = 60 °C, placé contre le mur d' un local. La tempé-
rature de l' air à l'intérieur du local et de toutes les parois du local vaut Ta = 20 °C.
Trois configurations seront examinées : [H = 0,7 met L = 0,7 m], [H = 2,5 met
L = 0,2m] et [H = 0,2m et L = 2,5 m].
Quelle est la configuration la plus efficace du point de vue du transfert convec-
tif?

Solution
Le flux fourni par le radiateur au local par convection naturelle a pour expression :

<!> = h(T,. -T )S
0 (5.133)

où h est le coefficient d'échange moyen sur la hauteur du radiateur. La différence de tem-


pérature et la surface d'échange étant les mêmes pour les trois config urations, maximiser
<!> revient donc à maximiser h.
Il s'agit d' un problème de convection naturelle externe sur une hauteur H. Le nombre de
Grashof a pour expression
(5.134)
où les propriétés thermophysiques f3 et v de l'air sont prises à la température de film
"O Tfilm = (T,. + T 0 )/2 = 3 13K : f3 = 1/Tfilm = 3, 1910-3 K- 1 et v = 1,7210- 5 m2/s. Le
0
c nombre de Prandtl et la conductivité thermique de l' air à cette même température valent
::J
0 respectivement Pr = 0,705 et ,1 = 2,73 10-2 W/m/K. Les corrélations adaptées et les va-
v ;a;
T"-f
"=' leurs numériques obtenues sont regroupées dans le tableau ci-dessous.
0 c
N
"'
@ .,"'"' GrH écoulement corrélation NuH h (W/m 2 / K)
~ ~
..c 't:
Ol
ï::::
0
'5 H =0,2m 3,39 107 laminaire NUH = 0,680 + 0,514 Ra~4 36,6 4,99
>- "'0c
a.
0
c H = 0,7m 1,45109 transition
c
u .Q 2
ü H = 2,5m 6,6210 10
turbulent NUH = (0,825 + 0,324 Ra~ )
6
411 4,48
"'
"='
2
o.
~
La configuration la plus favorable au transfert par convection naturelle est donc celle à
"'

___
'5
F! faible hauteur du radiateur, mais le gai n par rapport à un radiateur de grande hauteur est
-ci
0
c assez faible. )
"'
0
@

175
Chapitre 5 • Introduction aux transferts convectifs

5.8 CONVECTION NATURELLE INTERNE


Les problèmes de convection naturelle interne dans des configurations géométriques
tridimensionnelles (les cavités fermées par exemple) ne peuvent être résolus que nu-
mériquement; leur traitement sort du cadre de ce livre.
Dans les cas de configurations géométriques simples et de conditions aux limites
classiques (température imposée ou flux imposé aux parois), les résultats sont géné-
ralement exprimés en termes d'une conductivité équivalente plutôt que d'un nombre
de Nusselt. Cette conductivité équivalente dépend d'un nombre de Rayleigh rapporté
à la distance entre les parois d' une part, et du nombre de Prandtl du fluide d' autre
part (voir Complément C.4).

5.8.1 Exercice d'application

( Exercice 5.5 Lame d'air d'un double vitrage


Énoncé
On considère une lame d'air verticale, rectangulaire, d'épaisseur d, de hauteur H =
1 m, et infinie dans la troisième direction. Les murs verticaux de part et d'autre de la
lame d'air sont soumis à des températures imposées : T 1 = 10 °C et T2 = 20 °C. Les
murs horizontaux sont supposés parlaitement isolés.
Pour quelles valeurs de d le transfert est-il pseudo-conductif? Quel est l'intérêt
pratique de ce régime ?

Solution
Dans cette configuration géométrique, l'échange thermique par convection naturelle in-
terne est caracté1isé par la notion de conductivité équivalente Àeq· Cette grandeur dépend
"O
c
0 du nombre de Rayleigh RaH défini par
::J
0
v (5.135)
T"-f
0
N
@ et du rapport H / d de la cavité. Une fois la conductivité Àeq évaluée, le flux échangé par
~
..c
convection naturelle interne entre les deux parois verticales se déduit par la relation
Ol
ï::::
>-
a. (5.136)
0
u
Le calcul du nombre de Rayleigh aboutit à la valeur RaH = 1, 10 109 . Le rapport H / d
de la cavité étant sûrement assez grand, et le fluide considéré étant de l'air, on trouve la
corrélation suivante dans le Complément C.4 :

H)4/7 !!:_
(d Ra~ 7
> 30 Àeq
À.
= 0 364 Ra 114
' H H
(5.137)

176
5.9. Convection mixte: compétition entre convection forcée et convection naturelle

où À désigne la conductivité thermique de l'air (à la température de film T film =


(T1 + T2) /2). La condition (H / d) 417 Ra~ 7 > 30 se traduit par d < 47 cm; et l' équa-
tion 5.137 donne Àeq/ À < 1 pour d < 15 mm. Lorsque À eq/ À < 1, le fluide ne se met
pas en mouvement, le transfert est donc simplement conductif et est caractérisé par la
conductivité du fluide À (régime dit de pseudo-conduction).
L'intérêt d' une lame d'air dans un double vitrage est de limiter le transfert thermique;
par conséquent l'épaisseur d de la lame doit être suffisamment grande pour limiter le flux
(voir équation 5.136) mais également suffisamment petite pour interdire tout mouvement

les fabricants. _____


convectif de l'air. Des épaisseurs de lames de l'ordre de 10 mm sont souvent retenues par
)

5.9 CONVECTION MIXTE : COMPÉTITION ENTRE


CONVECTION FORCÉE ET CONVECTION
NATURELLE
Lorsque les convections forcée et naturelle coexistent, c'est-à-dire lorsque le mou-
vement du fluide est généré par une cause mécanique extérieure mais aussi par des
gradients de masse volumique en son sein, un critère simple permet de comparer les
contributions des deux phénomènes. Il apparaît, dans les équations de bilan adimen-
sionnées relatives à la convection mixte et dans le cadre des hypothèses de Boussinesq
(voir paragraphe 8.3.1), que le poids relatif de la convection naturelle par rapport à
la convection forcée est gouverné, pour une configuration donnée, par le nombre de
Richardson Rix, grandeur sans dimension définie par

Ri . _ Grx (5.138)
x - Re2
X

"O
c
0 Ce nombre définit les domaines de convection forcée dominante (Rix « 1), de
0
::J
convection naturelle dominante (Rix >> 1) et de convection mixte (Rix ~ 1). Cette
v ;a; analyse est valide quelle que soit la longueur de référence x.
T"-f
"='
0 c
N
"' On aura donc intérêt à choisir ill et il.2 dans la plage [0,6ilm(T); 0,9il.111 (T)], c'est-
@ .,"'"' à-dire là où la fonction LA(T) est la plus pentue. La validation de l'hypothèse d'inva-
~ ~
..c 't:
Ol
ï::::
0
'5 riance des~ s'obtient en utilisant une troisième longueur d'onde A3 et en comparant
>- "'0c les températures T 12 , T 13 et T23 déte1minées pour l'élément dS à paitir des couples
a. c
0 c
u .Q (A1, il.2), (il.1, À.3) et (À.2, il.3) respectivement.
ü

2
"'
"='
On peut s'affranchir, par une technique laser et modulation du rayonnement inci-
o.
~

"' dent, du rayonnement réfléchi par dS dans l'hypothèse où il n'est pas négligeable.
'5
F!
-ci
0
c
"'
0
@

177
"O
0
c
::i
0
~
.-l
0
N
@

..c
Ol
ï:::
>-
0..
0
u
PROBLÈMES DE
SYNTHÈSE DE LA
PARTIE 1

0 Circuit de refroidissement d'un moteur fusée cryogénique

Connaissances requises
Transferts linéaires (Chapitre 2); convection (Chapitre 5).
Il s'agit de réaliser un calcul d' avant-projet pour une configuration donnée. De ce
fait, certaines hypothèses, introduites à ce stade pour permettre un calcul mo-
nodimensionnel, sont contestables. Dans le cadre de ces hypothèses, il est de-
mandé de construire un modèle physique simple, fondé sur des approximations
justifiées, et de calculer tous les paramètres clés du problème aussi précisément
que possible.

Les parois en cuivre de la chambre de combustion d' un moteur cryogénique spa-


tial (de type Vulcain) sont soumises à un flux thermique intense de la part des gaz
issus de la combustion de parahydrogène et d'oxygène (température de mélange :
Tc = 3600 K, pression : Pc = 14 MPa, débit massique : qc = 103 kg/s). On consi-
dère une section droite de la chambre, assimilée à celle d' un tube cylindrique creux
"O
c
0 de diamètre intérieur D = 0,5 m, à travers lequel l' écoulement des gaz chauds est
::J
0 supposé établi (voir figure 1).
v ;a;
T"-f
0
"='
c Les parois sont refroidjes par du parahydrogène liquide qui, avant injection dans la
N
"'"' chambre de combustion, traverse un grand nombre de canaux à sections rectangu-
@ .,"'
~
~
..c 't:
0
laires qui entourent complètement la chambre. Dans la section droite considérée, le
Ol '5
ï::::
>- "'c parahydrogène circule dans les canaux en régime établi, à contre-courant des gaz
a. 0
c
0
u c chauds, avec une température de mélange T1 = 60 K. Les canaux sont eux-mêmes
.Q
ü
"'
"='
entourés de parois en cuivre massif (voir la disposition des canaux et le détail d'une
2
o. section droite sur la figure 2). Le système est, d'autre part, supposé parfaitement isolé
~

"' de l'extérieur.
'5
F!
-ci
0
c On fera l'hypothèse simplificatrice que la température en y = E est unifo1me. On
"' négligera tout transfert radiatif.
0
@

179
Transferts thermiques. Introduction aux transferts d'énergie

y q? = 0
L+2E cuivre
L+E

: canaux
qc T,,=3600K
chambre de
combustion ~·
·'O.
:11 .:
~:
E ~... :::: .... ::.:.:..... ,..... , .... ····.... T(r::)
cuivre
0 - - - - - - - - T, -?OOK
t <p
ch.ambre de combustion

Figure 1- Détail d'une section droite de la chambre de combustion.

Déterminer qh le débit massique minimal de parahydrogène dans un canal,


pour qu'en aucun point des parois en cuivre la température n'excède T1
700K.

Données: e = 2 mm ; E = 2 mm ; L = 10 mm.
Propriétés des gaz chauds à 2150 K:

1 ,...,
Ile- 0 , 35 Wm- LK- 1 ' Prc -
,..., 0, 6, µc ~ 6,4 10- 5 kg m- 1s- 1 •

Les propriétés thermophysiques du parahydrogène suivent des lois affines en fonc-


tion de la température, du type AT+ B, sur la plage [200 K - 400 K]; les valeurs des
coefficients A et B sont données dans le tableau ci-dessous.

Propriété Unité A B
"'O À W·m- 1·K- 1 0,000205 0, 123
0
c p kg·m- 3 - 0,0346 21,24
::J
0 kg·m-1.ç1 2,75 10-s 5 10- 1
µ
<::!""
.......
0 Pr 0 0,7
N
@
..c.
C'I
~
>-
a.
0

Les notations usuelles dans cet ouvrage des différentes grandeurs sont utilisées.
a) Stratégie de résolution
Trouver qf revient à détermjner le coefficient de transfert h1 . Le problème à résoudre
est résumé sur la figure 2.

180
Prob lèmes de synthèse de la partie 1

T1 =700K

ailette
~~~~~~~~~~_y_~ y
0 E <p= O E +L
Figure 2 - Schéma de la géométrie à étud ier.

On détermine par un calcul explicite, successivement : hc, coefficient de transfert à


la paroi de la chambre de combustion, puis 'fJ, flux smfacique extrait de la chambre,
et enfin T(y = E). En introduisant la notion d'efficacité de 1' ailette ry(h1 ), on obtient
alors une équation de bilan qui conduit à ht :
(1)
L'hypothèse d' une ailette infinie mérite d' être envisagée (puis, éventuellement, vali-
dée).

b) Calcul de hc

• Les données sont calculées à: Tfi1m = (3 600 + 700)/2 = 2 150 K.


• On obtient à pa1tir des données: ReD = PcVcD/µc = 4qcf (nDµ c) = 4,0107 .
Le régime étant turbulent, le nombre de N usselt est donné par :

"Cl
0
c
::::i
0
;o;
"""
..-1
0
"O
c
c) Calcul du flux et de T(y = E)
N ::i

@

.,"'"'
'~
'P = hc(Tc - Tt) = 4,8 107 W/m2
..c ·c
c
Ol
·;:: ::; <p = Àcu[Tt - T(y = E) ]/E
>- "'cc
a.
0
u
c
c
.S!
Àcu(300 ° C) = 384 Wm- 1K- 1 ==::} T(y = E) = 449 K
ti
Le cuivre était incontournable : Tt - T(E) ~ 251 °C !
::i
"O
2
o..
~

s"' d) Calcul de hf
F
-ci
c
c
On fait l' hypothèse d' une ailette infinie, en supposant l'approximation de l'ailette
::i
0
@
justifiée (à vérifier ultérieurement). Dans ce cas (voir paragraphe 2.2) :

181
Transferts the rmiques. Introduction aux transferts d'énergie

7]00= l/ Ylli, avec Bi = hfe/(2lcu) (on raisonne sur une demi-ailette). hf est solution
de l'équation 1, du second degré en .JhÏ':

2cp =[hi + (2Àcu/e) 112 .Jhf-] [T(E) - Tt ]


==> hf = 76220 Wm- 2 K- 1 •
e) Calcul de qf
Pour la température de film T fiim = (449 + 60)/2 ~ 255 K, on obtjent :
µ1(255 K) = 7 ,5 10-6 kg m - 1ç 1
,

ÀJ(255 K) = 0,175 Wm - 1 K - 1 ,
Pr1(255 K) = 0,7.
Le diamètre hydraulique est: D1i = 4I/P = 4Le/[2(L + e)] = 3,33 10-3 m, avec :
I = 2 10-5 m 2 . On en déduit le nombre de Nusselt puis, en utilisant une corrélation
de régime turbulent, le nombre de Reynolds et le débit :
Nuv11 = h1D1i/Àf = 0,023 Re~,~ Prj
3

Rev,, = q1D1i/(Iµ1) ==> qf = 5,110- 2 kg/s


Remarque
On a n0/(2e) = 393 canaux, soit un débit total de parahydrogène de refroidissement
de 20 kg/s.

f) Validité des approximations faites


• approximation de l'ailette (voir paragraphe 2.2) : Bi= h.re/(2Àcu) = 0,20 < l ;
• ailette infinie: m2 =h1P/(lcuL)=2h1/(Àcue) =2,0105 m-2 ; exp(-mL)!::! 10-2 .

f) Thermique élémentaire d'un réacteur à neutrons rapides


-0
0
c
::J Connaissances requises
0
<::!"
....... Transferts linéaires stationnaires (Chapitres l et 2); convection (Chapitre 5) .
0
N
@

q
1
.c
0\ Fluide li
ï::: Tjs Fluide I
>-
a.
1Js
0
u Coeur
· crayon
- - gaine
T2e

Figure 3 - Schéma d'ensemble des circuits thermiques.

182
Problèmes de synthèse de la partie 1

assemblage

élément
fi

Coeur - 120 assemblages assemblage - 270 élémenL'i

Figure 4 - Schéma des assemblages.

Le schéma d'ensemble des circuits thermiques d'un surgénérateur est donné figure 3.
Dans le cœur, la matière fissile est disposée sous forme de crayons de rayon R 1 dans
des gaines en acier inoxydable (on considèrera un acier au chrome-nickel 18/8 (18 %
Cr/ 8 % Ni)) de longueur Let de rayon R1. On supposera que les crayons occupent
toute la longueur des gaines et sont jointifs, délimitant des interstices ; 270 éléments
gaine-crayon sont groupés dans un assemblage. Les 120 assemblages sont jointifs et
constituent le cœur (figure 4): ce sont des structures de section hexagonale d'arête a.
Le sodium primaire (fluide I) circule dans le cœur, dans les interstices entre gaines.
Le coefficient de transfert conducto-convectif dans le coeur, entre la gaine et le so-
dium, supposé uniforme, est h1 . La puissance thermique tot<:ùe du surgénérateur est
P . Les conduites entre le cœur et l'échangeur sont parfaitement isolées et l' échan-
geur à contre-courant est supposé sans pertes. Le fluide primaire entre dans le cœur
à T 1e avec un débit massique q 1 • Le fluide secondaire (sodium également) sort de
l'échangeur à T2s avec un débit massique q1.
On fera les approximations suivantes :
"Cl
0
c • la puissance volumique P, dissipée dans la matière fissile uniquement (crayons),
::::i
0
est homogène et constante pour tous les crayons (grossière approximation),
"""
..-1
0 c
N
~ • les flux conductifs axiaux (au sens de l'écoulement de Na 1 ) sont négligés aussi
@ "'
.µ ·~ bien dans les crayons, les gaines, les parois d'assemblages que dans le fluide,
..c ·c
Ol c
·;:: ::;
>- ~ • les débits de N a1 sont les mêmes dans tous les interstices entre gaines,
a. c
c
0 c
u .S!
• la conductivité thermique de U02 À.u est supposée indépendante de la température
ti
::>
2o.. (grossière approximation),
~

s"' • pour simplifier le calcul de h 1, on prendra, dans cette première approche, les pro-
F
-ci
c
c
priétés thermophysiques du sodium uniformes à (T1e + T2s)/2 : À.Na, µ Na, PNa et
8 CpNa·
@

183
Transferts thermiques. Introduction aux transferts d'énergie

1. Sachant que la température maximale admise en un point des crayons est


rmax' quel doit être le débit massique qi en régime stationnaire?

A.N : R1 = 0,003 m; R1 = 0,005 m; L = 2 m; a= 0,107 m


'P = 3 200 MW, Tmax = 2 400 °C,

T1 e = 400 °C, T 2s = 540 °C, Au = 2,4 W m- 1K - 1 •

2. Pour une température donnée T z.e d'entrée du fluide II dans l'échangeur à


contre-courant, quels doivent être le débit massique q 2 du fluide II et la surface
d'échange?
On supposera, pour simplifier, que l'échangeur est à plaques parallèles en acier in-
oxydable 18/8, d'épaisseurs ô, et est constitué de Ne canaux pour chaque fluide, de
largeur d et de dimension transverse H.
A.N : Ne= 500; d = 0,005 m; ô = 0,002 m ; H = 3,75 m; T2e = 380 °C.

Solution

1. Détermination du débit massique q 1

a) Stratégie de résolution
Deux inconnues pilotent le problème: q 1 mais aussi T 1s. La détermination de T 1s est
liée à celle de Tmax. En effet, étant donnée la symétrie de révolution de 1' ensemble
gaine-crayon et le fait que nous pouvons considérer la puissance volumique P comme
"O
constante, la température T max est atteinte sur l'axe du crayon et en sortie d'assem-
0
c
::J
blage, au niveau où la température du fluide est la plus élevée, T1s. Un bilan en cette
0 section conduira à une première relation entre q 1 et T 1s. Un bilan global sur le coeur
-.;t
......
0 conduira à une deuxième relation entre ces grandeurs .
N
@
...... b) Bilan global
..c
Ol
ï:::: La puissance totale 'P du réacteur est intégralement emp01tée par le fluide 1. Soit:
>-
a.
0
u (2)

c) Expression de la température maximale


Pour trouver une deuxième relation, nous considérons les échanges transverses liés
au refroidissement du cœur. On appelle Tu et Tg les champs de température dans le

184
Problèmes de synthèse de la partie l

crayon d'uranium et la gaine et Àg la conductivité thermique de la gaine. Considérons


une tranche de crayon fissile d'épaisseur dZ. La puissance cédée au fluide est :
d<P = nRf dZP = 2nÀ9 /ln(R2/R1)[Tu(R1 ,Z) - T 9 (R2,Z)]dZ
(3)
d<P = h1(q1)2nR2dZ[T9 (R2,Z) - T1 (Z)]
soit:
Tu(R1,Z) -T1(Z) = nRf P[(2nR2h1)- 1 + ln(R2/R1)/(2nÀg)] (4)
Tu(R 1 ,Z) est obtenue à paitir d'un bilan thermique de la couronne comprise entrer et
r + dr et d'épaisseur dZ dans la matière fissile :
0 = dZ[2nnpcd(r) - 2n(r + dr)<pcd(r + dr)] + 2nrdrdZP (5)
Après intégration, en tenant compte de la relation (4) et de la condition de symétrie
axiale : dTu/dr(O ,Z) = 0, on obtient :
Tu(r,Z) - T1(Z) = P(RÎ- r 2 )/(4Àu) +nRÎP[(2nR2h1)- 1
(6)
+ ln(R2/R1)/(2nil9)]
Soit, en Z = L, où T1 (L) = Tis et Tu(O,L) = ymax :
T 1s = ymax -nRîP{(4niluF 1 + [2nR2h1(q1)r 1 +ln(R2/R1)/(2nil9)} (7)
ce qui donne la deuxième relation cherchée entre q 1 et T 1s. La puissance volumique
P s'obtient à paitir de la puissance totale du réacteur:
(8)
où ncr désigne le nombre de crayons par assemblage et nas le nombre d'assemblages.
d) Expression du coefficient de transfert
L'écoulement a lieu dans les interstices entre gaines. La section de passage glo-
bale dans un assemblage est : I = (3 Y3/2)a2 - 270nR~ = 0,00854 m 2, et
"O
c
0 le périmètre mouillé total, qui ne comprend pas les parois de l'hexagone, est :
::J
0 P111 = 270(2nR2) = 8,48 m. Le diamètre hydraulique est donc :
v ;a;
T"-f
0
N
"='
c D1i = 4I/Pm = 4,0 mm.
"'
@ .,"' L'expression du nombre de Reynolds est (avec µNa = 2,54 10-4 kg/(ms) obtenu par
"'
~ ~
..c 't:
Ol 0
'5
interpolation linéaire à partir des données du Complément D.2):
ï::::
>- "'0c
a. c ReD,, = (qi/nas)Dhf(µNaL) = 15,47 q1.
0 c
u .Q
ü
"'
"=' Supposons que le régime d'écoulement du sodium est turbulent. La corrélation pour
2
o.
~ les métaux liquides est alors :
"'
'5
F!
-ci NuD = hiD1i = 6 3 + 0 0167 Re0 •85 Pr0 •93 ==} h1 (q1) = 106 020 + 19,914 q~· 85
0
c " ilNa ' ' D1i Na
"'
0 (9)
@

185
Transferts the rmiques. Introduction aux transferts d'énergie

Ainsi on dispose d ' un système de trois équations 2, 7 et 9 dont les inconnues sont au
nombre de trois: q 1, T 1s et hr. La combinaison de ces 3 équations permet d 'aboutir à
la relation suivante vérifiée par q 1 :

r,. + q,
P
CpNa = ym» -
PR
-;i1
ll
2

Àa
2
+ R1 (106020 + 19,914 q~· 85 ) +
2ln(R2 /R 1) ]
Ag

La résolution numérique de cette équation donne q 1 = 11530 kg/s. Avec cette valeur
de q 1 , Rev1i vaut 1,78 105 : l' écoul ement est bien turbulent. Par ailleurs, la connais-
sance de la valeur de q 1 pe1met de calculer celles de h1 et T1s : h1 = 1,62 105 W/m2/K
et Ti s = 619 °C.

2) Dimensionnement de l'échangeur
Comme l'échangeur est sans perte:

(10)

ce qui donne: lq2 1= 15790 kg s- 1 • Considérons, à l' instant t, des tranches matéri e1les
[x ,x + dx] des deux fluides dans cet échangeur à contre-comant (voir figure 5).

1'fr ~1 (.~) {1 (x + dx)


1 1

i 1

qz <U li.r l
1

11(x) fi
1

(x + dx)
"O
0
u x x+dx L
c
0
::J
Figure 5 - Schéma de l'échangeur.
<::!"
Cj Des bilans élémentaires conduisent à (voir exercice d'application au para-
N
@ graphe 5.3.3) :

.c
0\
ï::: q, > 0 (11)
>-
a.
0
u
q2
-CpNadT2 = 2H dx h9 (T, - T2) (12)
Ne
où h9 désigne le coefficient global d'échange transverse :

l /hg = l /h + ô/Îlacier + l /h2 ·


J (13)

186
Problèmes de synthèse de la partie l

Notons que les températures des deux fluides T 1(x) et T 2 (x) décroissent quand x croît.
On obtient donc, en résolvant ce système :

(14)

On introduit la surface totale d'échange S tot = 2NcH L ; S 101 a donc pour expression

(15)

Il reste maintenant à évaluer hg, et ceci passe par l'évaluation des deux coefficients
d'échange hi et h1.
Avec les données du problème, on trouve :

J; = dH Pm= 2(d + H) ~ 2H

qiDh
ReiD1i = N J; RelD11 = 48340 Re2D,, = 66190
c µNa

NuiD" = h~/lNa
Dh = 6,3 + 0,0167 Re~~'~ Pr~~3 Nuw 11 = 7,41 Nu2v11 = 7,74

Soit : h 1 = 50 180 W/m2/K h2 = 52 480 W/m2/K


Avec Àacier ~ 20W/m/K: hg= 7 195W/m2/K S 101 =10350m2
Ne = 500 couples de canaux d'épaisseur 14 mm ont une hauteur de 7 m. Par
ailleurs, connaissant S 101 , on en déduit la longueur L des plaques de 1' échangeur :
L = S 101/(2NcH) = 2,76m. Le volume total de l'échangeur est donc de 72 m3 .
"O
0
c
::J IJ Dimensionnement d'un capteur solaire thermique
0
v ;a;
T"-f
"='
0
N
c Connaissances requises
"'
@ .,"'"'
~
..c
~
't:
Rayonnement (Chapitre 4); convection (C hapitre 5)
0
Ol '5
ï::::
>- "'0c
a. c
0
u c
.Q Un capteur solaire orienté au sud et incliné à 45° par rapport à la verticale est supposé
ü
"'
"=' parfaitement isolé sur toutes ses faces, à l'exception de sa face vitrée, carré d'arête L.
2
o.
~ Il est constitué de deux plaques de verre d'épaisseur e, entre les plans 1 et 2 d'une
"'
'5
part et 3 et 4 d'autre part, et d' un absorbeur d'épaisseur d en acier inoxydable 18/8,
F!
-ci
0
c entre les plans 5 et 6. Les plans 2 et 3 d'une part, et 4 et 5 d'autre part, délimitent
"'
0 deux lames d'air à pression atmosphérique. Les distances entre les vitres et entre la
@

187
Transferts thermiques. Introduction aux transferts d'énergie

vitre interne et l'absorbeur sont égales à ô. Un fluide caloporteur opaque, assimilé ici
à de l'eau, entrant à température Ti s'écoule horizontalement en régime établi, avec
un débit massique q, dans le canal d'épaisseur E constitué par le plan 6 et la paroi
externe isolée 7.
1

verticale
vitres <p = 0
SUD
~
7

absorbeur
fluide
caloporteur
<p =0 d

Coupe du capteur solaire

Figure 6 - Coupe du capteur solaire.

Il est supposé que :


• Le flux solaire incident sur le capteur, directionnel et sous incidence normale, est
égal à 'PO·
• Le soleil est un corps noir à température Ts.
"O
0
c • L'atmosphère, à température Te, est transparente entre 0,25 et 3 ~lm d' une part, et
::J
0
-.;t
entre 9 et 12 µm d'autre part. En dehors de ces deux intervalles spectraux, elle est
...... totalement absorbante .
0
N
@ • Le sol est un corps noir à température Te.
......
..c
Ol • Le facteur de forme entre le plan 1 et le sol vaut f = 0,25.
ï::::
>-
a.
0
• Les colonnes d'air entre le capteur et le sol, beaucoup moins épaisses que les dis-
u tances atmosphériques, sont transparentes.
• Le revêtement de la face 5 de l'absorbeur est totalement absorbant pour ;i <3 ~lm
et est caractérisé au-delà par une émissivité é isotrope.
• Le verre est totalement transparent pour ,t < 3 ~lm et est opaque au-delà et carac-
térisé par une absorptivité a isotrope.

188
Problèmes de synthèse de la partie l

• L'inclinaison du capteur se traduit, dans d'éventuels calculs de convection natu-


relle, par le fait de pondérer l'accélération de la pesanteur par cos 45°.
• Un vent d' ouest de température Te et de vitesse v0 balaie le capteur.
On supposera en première approximation que toutes les interlaces j (j = 1 à 6)
sont isothermes à températures T1. Les différents flux à travers une inte1f ace j seront
notés 'PJ · On supposera tous les écarts de température petits devant la température
absolue.
1. Estimer l'ordre de grandeur de la variation de Tb température du fluide ca-
loporteur, entre l'entrée et la sortie du capteur.
2. Si on estime qu'un tel capteur est actif pendant Sh, combien de m2 de capteurs
fonctionnant en régime stationnaire sont nécessaires à une élévation de 40 °C de
la température de 100 L d'eau chaude sanitaire pendant cette durée (en suppo-
sant l'échangeur utilisé parfait)?
Données :
L = 1m ; e = 3 mm ; d = 1 mm ; q = 1 kg/s ; E = 5 mm ; ô = 1 cm ;

Ti = 70 °C ; Te = 7 °C ; T s = 5 750 K ;
'PO= 400 W/m 2 ; E = 0,5; a = 0,9 ; vo = 10 m/s.

Solution

"O
0 1. Une estimation est obtenue en supposant que tout le flux solaire incident se1t à
c
0
::J chauffer l'eau de ôT f :
v
T"-f
;a; (16)
"='
0 c
N
"' On en déduit ôT1::::: 0, 1 °C.
@ .,"'"'
~ ~
..c 't:
0
2. a) Stratégie de résolution
Ol '5
ï::::
>- "'0c
On exprimera, en régime stationnaire, la conservation du flux d 'énergie à travers tous
a. c
0 c
u .Q les plans du système. Pour ce faire, on exprimera d'abord en fonction des tempéra-
ü
"' tures les flux suivants :
"='
2
o.
~
• flux radiatif pour il< 3 ~tm de 1 à 5 (d' origine solaire),
"'
'5
F!
-ci
0
• flux radiatif en 1 pour À> 3 µm,
c
"' • flux total en 1 (côté fluide), incluant tous les types de transferts,
0
@

189
Transferts thermiques. Introduction aux transferts d'énergie

• flux totaux en 3 (côté fluide) et 5 (côté fluide), incluant tous les types de transfe1ts,
• flux total en 6 (côté fluide) , incluant tous les types de transferts.
Après une analyse des résultats et une comparaison des différentes contributions, on
déduira un modèle simplifié de résolution.
b) Flux radiatif pour À < 3 µm de 1 à 5
Le flux solaire incident 'PO appartient au dessus de l'atmosphère à l'intervalle
[ Àm (Ts) /2 = 0,26 ~Lm; 8 Àm (Ts) = 4,2 ~Lm] et sur le capteur, après transmission par
l'atmosphère, à [0,26 ; 3 µm]. La partie du flux solaire transmise par l'atmosphère
vaut donc cp0 = cp0 z [0; 3/Àm (Ts)J = 390,3 W/m2 . Comme l'absorbeur est un corps
noir sur le domaine spectral [0,26 ; 3 ~Lm], ce flux cp0 sera absorbé sur la surface 5
après transmission par les vitres.
Aucun autre flux n'existe dans ce domaine spectral (ni les vitres ni l'absorbeur n'y
émettent).
c) Flux radiatif pour À > 3 µmen 1
Pour le sol, le capteur et l'atmosphère, la température est d'environ 300 K, le do-
maine spectral utile est donc [5; 80 ~Lm]. Le flux dcp~À. absorbé en 1 par le verre, qui
est un corps gris d'absorptivité œ dans le domaine spectral À > 3 ~Lm, dépend des
contributions de l'atmosphère et du sol :

dcp~À = œdcpL = œ(0,25 nL~ sol+ 0,75 nL~ atm) dÀ


Compte tenu de la bande de transparence de l'atmosphère entre 9 et 12 µm, le flux
total correspondant est :

<p~ ~ œ[o,25crti + 0,75 (crT: - f 2 rrL~(T,)dA)]


"O
g L'intégrale est calculée en utilisant les fonctions z. On pose :
::J
0
-.;t
......
Z = z[O; 12/Àm(Te)] - z[O; 9/Àm(Te)] = 0, 1808
0
N
@ et on obtient :
...... (17)
..c
Ol
ï::::
>-
a. Après linéarisation, on obtient
0
u
cpf = hf (Te - T1) + cp~ (18)

avec hRJ = 4 œ a- T e3 = 4 ' 48 W/m2/K et 'Tî '


4
m' = - 0 75 œ Z a- T = - 42 53 W/m
e '
2
·
d) Flux total en 1
cc R I
'PI = 'P1 + 'P1 + 'Po (19)

190
Problèmes de synthèse de la partie l

Le coefficient h~c est donné par : NuL = h~c L/ Àair · Les propriétés du fluide sont prises
à 280 K. Le nombre de Reynolds est: ReL = voL/vair = 7,09105 . Le régime étant tur-
bulent, la corrélation à utiliser est NuL = Pr~; [o,664Re~12 + 0,037 (Ref 5 - Re: 15 )]
avec Rec = 3 105 . On en déduit h~c = 27 ,46 W/m2/K.
Le flux total en 1 devient:
<pi = h~q (Te - Ti)+ <p~ + <p; (20)
avec h~q = hf + h~c = 31,95W/m2 /K.
e) Flux en 3 et 5

>- Convection naturelle entre 2 et 3 et entre 4 et 5. Pour d' éventuels calculs itératifs
de convection naturelle, il faut postuler des températures d' interfaces initiales. On
peut poser:

Ts =Ti= 343K
Ce choix majore les écarts de température donc surestime la convection naturelle.
Entre les smfaces 2 et 3, le rapport hauteur/ largeur vaut L/ô = 100, et le nombre de
Rayleigh a pour expression :
g'f3ait-(T3 -T2)L3 -~
RaL = avec g' = g/-v2
GairVair
Les propriétés de l'air sont prises à Tfilm = (T2 + TJ) /2 = 295,75K. Le calcul donne
RaL = 2,17 109 < 10 13 et (L/6)4/7 Ra~7 = 300 > 30; on a donc affaire à une longue
cavité, et la corrélation à utiliser est NuL = Àeqf Àair = 0,364 Ra~ ô/L. Le cal-
4

cul donne Nul = Àeq/Àair = 0,79 < 1; on est donc là dans un régime de pseudo-
conduction, et le flux conducto-convectif à la paroi 3 a pour expression :
"O
0 <p~c = Àair (Tfi!m = 295,75K) (T2 - T3) = h3c (T2 - T3) (21)
c ô
::J
0
v
T"-f
;a; avec h3c = 2,60 W/m2 /K. De même, le flux conducto-convectif sur la surface 5 est:
"='
0 c
<p~c = Àait-(Tfilm = (T4 +ôTs)/2 = 327,25K) (T4 - Ts) = h~c (T4 - Ts)
N
"' (22)
@ .,"'"'
~ ~
..c 't:
0
Ol
ï::::
>-
'5
"'0c avec h~c = 2,83 W/m2/K.
a. c
0 c
u .Q
ü >- Rayonnement de 2 à 3 et de 4 à 5. Il s' agit d' un échange radiatif entre 2 corps gris
"'2 plans parallèles infinis. En effet, pour le domaine spectral considéré ([5; 80 ~Lm]) , les
"='
o.
~

"'
'5
vitres et l'absorbeur sont opaques et ont pour émissivités œ et E respectivement. Le
F! fi ux radiatif est :
-ci
0
c (23)
"'
0
@

191
Transferts thermiques. Introduction aux transferts d'énergie

Après linéarisation, on obtient :


R 3 éiéj
'PiJ = 4crTm 1 - (1 - éi)(l - éJ) (Ti - T1)· (24)

Soit, d'une pait, avec ci = c1 = œ : cp~3 = h23(T2 - T3) et h23 = 4,80 wm-2 K- 1, et
d'autre pait, avec ci= œ et c1 = c: cp:5 = h4s(T4 - Ts) et h4s = 3,77 wm-2 K- 1 .
f) Flux total en 6
(25)
Les propriétés du fluide (eau) sont prises à sa température d'entrée Ti : µeau =
4,01 io-4 kg/m/s, Preau = 2,52 et Àeau = 0,663 W/m/K. Le diamètre hydraulique
associé à l'écoulement est Dh ~ 2E, et le nombre de Reynolds est:
2q
ReD h = - - = 4988
µeau L

Le régime étant turbulent, le nombre de N usselt est :

h62E o8 o3 2
Nuv" = - 1- = 0,023 ReD1i Pre~u =} h6 = 1830 W/m /K
/leau

Analyse des résultats


La conservation des flux en régime stationnaire s'écrit :

cp = 'Pl = 'P2 = ... = 'P6 (26)

soit:

"O
0
c /
(T3 - T4 ) + cp0 = h5eq (T4 - Ts ) + cp0 = d
Àu / Àacier
0
::J = -;; (Ts - T6 ) = h6 ( T6 - Tt )
-.;t
......
0 avec h;q = h13 + h~c et h~q = h4s + h~c
N
@
...... Les applications numériques montrent que, en première approximation, on peut po-
..c
Ol ser: T1 = T2; T3 = T4; Ts = T6 = Tt. On obtient:
ï::::
>-
a.
u
0
cp = (Te - Tt)+ cp~/h~q + ,
l/h~q + l/h;q + l/h~q 'Po
En prenant pour Tt la valeur Ti = 70 °C, on obtient cp = 188W/m2 . La surface
d'échange S est obtenue par un bilan: fneauCp eau/)..Teau = P eau:rcpeau/),_Teau = cpS,
ce qui conduit finalement à S = 4,95 m2 .

192
Problèmes de synthèse de la partie 1

GJ Effet de serre atmosphérique

Connaissances requises

Rayonnement (Chapitre 4); convection (Chapitre 5)


Un calcul grossier très global est proposé avec des données, en particulier so-
laires, moyennées sur l'alternance jour-nuit, c'est-à-dire sur toute la surface de la
terre: le but est d'estimer des effets. Les estimations obtenues sont réalistes.

La ten-e est représentée par un corps opaque gris d' émissivité Er et température T,.
Du point de vue radiatif, l'atmosphère est représentée par une couche, disjointe de la
terre, de température uniforme Ta, qui est un milieu transparent ou un corps noir sui-
vant les bandes de longueurs d'onde (voir son spectre d'émissivité êa,.t à la figure 7) .


a~ -!

1 -
1 -
0.15 z 9 Il 8(} À(J.Ull)

Figure 7 - Evolution de l'émissivité de l'atmosphère en fonction de la longueur d'onde.

Au-delà de l'atmosphère, le rayonnement du cosmos est assimilé à celui d' un corps


noir à Tc. La seule autre source radiative que l'on prendra en compte est le soleil,
dont le rayonnement issu de la photosphère et incident sur 1' atmosphère est assimilé
à celui d' un corps noir à Ts. Pour simplifier, on adoptera une valeur globale du flux
solaire incident au dessus de l' atmosphère terrestre 'PO (Wm-2 ); ce flux est moyenné
"Cl
0 sur une année et la surface du globe.
c
::::i
0 Les échanges d'énergie non radiatifs entre la terre et l' atmosphère (évaporation,
"""
..-1
;o;
"O
transferts conducto-convectifs ... ) sont représentés par un flux surfacique global
0 c
N ::i
'Pth (Wm- 2 ) cédé par la terre à l' atmosphère.
@ .,"'"'
.µ '~
..c ·c
c
Ol
·;:: ::;
"'cc
Données : Tc = 4 K; Ts = 5 750 K; t.po = 342 Wm- 2 ; 'Prh = 114 Wm- 2 ; et s, = 0.8.
>-
a. c
0
u c
.S! 1. Calculer la température qu'aurait la terre si l'atmosphère n'existait pas.
ti
::i
"O
2
o.. 2. Déterminer la température de la terre T 1 en présence de l'atmosphère. Appli-
~

s"' cation numérique.


F
-ci
c
c
3. L' effet de serre, constaté en 2) par rapport au résultat de l), est très majoritaire-
::i
0
@
ment dû à la vapeur d' eau contenue dans l'atmosphère. La présence de C0 2 (espèce

193
Transferts thermiques. Introduction aux transferts d'énergie

à durée de vie longue) est augmentée par l'activité humaine, en particulier par tout
type de combustion.
Étudier l'impact sur T 1 d'un rétrécissement de la fenêtre de transparence atmo-
sphérique de [9 - 12 µm] à [9,05 - 11,95 ~tm]. Quel est en wm- 2 l'effet sur le
flux émis par la terre ?

Solution

1. La température Tr s'exprime, en régime stationnaire, à partir d'un bilan élémentaire


de la terre seule (l'atmosphère n' existant pas, le flux 'Pth est pris nul).
4nR;<p~ = 0 (27)
où <p~ est le flux radiatif surfacique donné par
R e a
'Pr = 'Pr - 'Pr = s,o-
T t4 - cr'PO·
Remarque
crTi « cp0 , donc on peut négliger le rayonnement d'origine cosmique dans tout ce
problème.

On en déduit: Tr = (<po/o-)lf4 , soit: Tt = 279 K.


2. Il s' agit de déterminer la température de la terre et la température de l'atmosphère.
Un bilan de la terre et un bilan de l'ensemble terre-atmosphère permettront d'obtenir
les deux équations nécessaires.
a) Bilan de la terre
'Pra - 'Pre - 'Pth = 0 (28)
"O
0 où 'Pf et <p~ sont les flux smfaciques absorbé et émis par un élément « moyen » de
c
0
::J su1face terrestre. Le flux émis par la terre est :
-.;t
...... e y4
'Pr = s,o- r (29)
0
N
@ Le flux absorbé par la terre est :
......
..c
Ol
ï:::: (30)
>-
a.
0
u
Le flux monochromatique surfacique incident sur la terre d<p~t provient de deux
contributions :
• le flux monochromatique émis par l' atmosphère: 7rca,iL~(Ta)dA,
• le flux monochromatique provenant du soleil et transmis par l'atmosphère. On
connaît le flux directionnel incident au dessus de l'atmosphère, moyenné sur toute

194
Problèmes de synthèse de la partie l

la surface de la tetTe et sur une année. Comme la composition spectrale de ce flux


est celle d' un corps noir à Ts, le flux monochromatique associé transmis par l'at-
mosphère d'P~fr s'en déduit par une simple proportion :

is L~ (Ts) dJ L~ (Ts) dJ
dlp,lt = (1 - êaA) roo <[JO = (1 - êaA) 4 </JO (31)
Jo L~ (Ts) dil a-Tsflr

Finalement, le flux absorbé par la ten-e est:

<p~ = lrêr [saÀL~ (Ta)+ EaA)L~ (Ts)] dÀ


00

( 'P0 (1 - (32)
Jo a-Ts4
Si on fait l'hypothèse Ta ~ 300K, l'intervalle spectral utile associé à Ta est
[5 ; 80 ~Lm]. On peut alors écrire les diverses égalités suivantes :

Jo EaÀL~ (Ta) dÀ = Js80 EaÀL~ (Ta) dÀ = Js9 L~ (Ta) dÀ + Ji~O L~ (Ta) dÀ


00

= J: L~ (Ta) dil +fu L~ (Ta) dil = (}";;: [z(0 , A~,~~:))+ 1 - z(0 , ~,~t~~))]

De même, comme Ts = 5750K, l'intervalle spectral utile associé à Ts est


[0,26; 4,2 ~Lm]. On peut donc écrire les diverses égalités suivantes :

Jo
00
(1 - EaÀ) L~ (Ts) dÀ = Jo.;! (1 - Ea i) L~ (Ts) dÀ = Jo~26 L~ (Ts) dÀ
1

= r2LoÀ (Ts) dÀ =
Jo
crr; z
n
(o ' A,,,(Ts)
2~Lm )

Introduisant les notations

2µm ) 9~Lm) 12µm)


Zs (2) = Z ( 0 , Àm(Ts) Za (9) = Z ( 0 , Àm (Ta) Za (12) = Z ( 0 , Àm(Ta)

"O
0
le flux absorbé par la ten-e a pour expression :
c
::J
0 'Pf =Er {a-T: [1 + Za (9) - Za (12)] + 'POZs (2)}. (33)
v ;a;
T"-f
"='
0 c
N
@ ~"' b) Bilan global (terre + atmosphère)
~ ~
..c
Ol
't:
0
Il est judicieux ici d' utiliser les notions de flux incident sur l'ensemble (teITe + atmo-
'5
ï::::
>- "'c sphère) <fJ~+a et de flux partant <fJf+a. En effet, le flux incident 'P~+a vaut tout simplement
a. 0
c
0
u c
.Q
'PO· Quant au flux partant <fJf+a ' il comporte 3 te1mes :
ü
~ • La fraction du flux solaire <po transmise par l' atmosphère, réfléchie par la terre, et
o.
~ transmise à nouveau par l'atmosphère. Ce flux vaut
'5
F!
-ci
0
c
"'
0
@

195
Transferts thermiques. Introduction aux transferts d'énergie

• La fraction du flux émis par la ten-e qui est transmise par l'atmosphère. Ce flux vaut
n Et fo
00
(1 - Ea i) L~ (T,) dÀ. Si on fait l'hypothèse T 1 ~ 300K, l'intervalle spectral
1

utile associé à Tr est [5 ; 80 ~lm]. On peut alors écrire les diverses égalités sui-
vantes:

7r Et Jo
00
(1 - Ea,i) L~ (Tt) dÀ = 7r Et Js80 (1 - Ea,i) L~ (T,) dÀ = 7r Et
12
]; L~ (Tt) dÀ
= E1crT')- [Zr (12) - Zr (9)] avec la notation Zt (À-0) = z(O, ,i1 ~i,))

• Le flux émis par l'atmosphère, qui a pour expression crTd [l + Za (9) - Za (12)]
(voir bilan sur la ten-e).
Le flux partant r.pf+a vaut donc :

r.pf+a = (1 - Er) r.po Zs (2) + ErcrT'} [z, (12) - Zt (9)] + crTd [l + Za (9) - Za (12)] (34)

et le bilan sur l'ensemble (ten-e +atmosphère) s'écrit:

tnp - tni - tn (35)


rr+a - rt+a - rO

En combinant les équations 28, 29, 33, 34 et 35, on obtient :

crT( = 'PO [ 1 + Er Zs(2)] - 'PrhfEr


(36)
1 + E1 [z1(12) - zr(9)]

Par itération, on obtient la température de la ten-e : Tt = 289 K. L'effet de sen-e atmo-


sphérique principal, essentiellement dû à la vapeur d'eau, a élevé la température de
la ten-e de 10 °C.
3. À partir de l'équation 36, il vient :
"O
0
c (37)
::J
0
-.;t
......
0 On en déduit, pour un déplacement des deux bornes de la fenêtre atmosphérique de
N
@ 0,05 ~lm, une élévation de température ôTr = 0,3 °C, soit une augmentation du flux
......
..c émis con-espondant ôr.p1 = 1,3 W/m2 . Cet effet de sen-e additionnel a l'ordre de gran-
Ol
ï::::
>- deur de celui constaté depuis le début de la révolution industrielle. Il est aussi de
a.
u
0 l'ordre de grandeur de l'incertitude sur le bilan énergétique de la ten-e.

196
Les premiers objectifs de cette partie, de niveau master, sont d'approfondir l'étude du rayon-
nement thermique et de la convection, étendue aux transferts d'espèces. Les milieux semi-
transparents en rayonnement sont abordées de façon générale (Chapitre 6), ainsi que les pro-
priétés radiatives tant des milieux denses que des gaz avec ou sans particules (Chapitre 7). Les
équations générales de bilan et le modèle des couches limites en convection sont introduits
en incluant les transferts d'espèces, mais en limitant l'étude à des mi.lieux monophasiques
(Chapitre 8). Une attention particulière est apportée à l'étude des phénomènes de base de
la turbulence, sous l'angle des flux transférés, et à la modélisation pratique des transferts
turbulents (Chapitre 9).
L'objectif du dernier chapitre de l'ouvrage (Chapitre 10) est d'introduire les bases phy-
siques des transferts thermiques. Suivant le cursus suivi ou les centres d'intérêt du lecteur,
ce chapitre peut être considéré comme une conclusion, mettant en évidence les limites des
modè.les de milieux continus et ouvrant vers la nanothermique, ou au contraire comme une
-0
0
introduction physique à l'ensemble de l'ouvrage.
c Si la première partie de l'ouvrage était focalisée sur la compréhension des phénomènes
::J
0
"1"
physiques, en se limitant de ce fait à des approches le plus souvent monodimensionnelles,
.-!
0 cette seconde partie aborde les sujets traités avec des modè.les avancés. Une attention par-
N
ticulière est apportée aux changements d'échelles (de celle des molécules ou des photons à
@
..... celle des milieux continus, de celles des champs instationnaires turbulents à celle des champs
..c
Ol
ï::::
moyens, après moyenne d'ensemble). Les solutions sont alors généralement numériques. Cet
>-
a. ouvrage aborde la plupart des modèles physiques qui sont utilisés dans les solutions numé-
0
u riques, mais n'a pas vocation à traiter des méthodes numériques en général, moins encore des
algorithmes associés.
Dans chaque chapitre, le lecteur trouvera une bibliographie récente correspondant à l'état
de l'avancement de la recherche dans les différents thèmes des transferts thermiques, ce qui
constitue une ouverture sur les méthodes les plus avancées des bureaux d'étude et centres de
recherche.
"O
0
c
::i
0
~
.-l
0
N
@

..c
Ol
ï:::
>-
0..
0
u
RAYONNEMENT
DES MILIEUX DENSES
ET DES GAZ

Notions clés
émission, absorption, autoabsorption, diffusion, épaisseur optique, milieux opti-
quement minces, milieux optiquement épais.

Le Chapitre 4 abordait l'étude des des transfe1ts radiatifs entre corps opaques à tra-
vers un m.ileu transparent d'indice n égal à 1 (vide ou gaz en première approxima-
tion). C'est une limitation importante, qui est loin d'être générale. Il apparaît en ef-
fet des milieux semi-transparents 1 dans les applications relevant des sciences de la
terre et de l'univers et dans de nombreuses applications industrielles. Le Chapitre 7
traite de la caractérisation des propriétés radiatives des milieux : corps opaques mais
aussi milieux semi-transparents (gaz, milieux denses, particules). Le présent chapitre
est consacré à une approche générale des transferts racliatifs dans les m.ilieux semi-
transparents.
En sciences de la terre, l' atmosphère et les océans sont des milieux semi-
transparents [96]. En effet, H20, C02 et les espèces organiques en phases gazeuse
ou dense émettent et absorbent du rayonnement en volume. Si ces milieux sont divi-
sés (gouttelettes d'eau, glace, . . .) ou contiennent des aérosols ils sont susceptibles,
de plus, de d~ffuser du rayonnement ; c'est aussi le cas, à une autre échelle, des molé-
cules de 1' air. Ces phénomènes de diffusion conditionnent notre environnement (fond
du ciel bleu, dégradés subtils de gris de la couverture nuageuse des ciels bretons,
"O couleurs des levers et couchers de soleil, etc.). En astrophysique, l'étude de la struc-
0
c
::J
ture interne des étoiles, du soleil en particulier, nécessite de recourir au formalisme
0 des milieux semi-transparents également. Que ce soit en météorologie ou en astro-
v ;a;
T"-f
0
"O
c physique, les techniques de mesure sont pratiquement toutes radiatives et reposent
N ::l

@ .,.,
~ sur 1' inversion de l' équation de transfert du rayonnement, qui sera introduite dans ce
'<I)
~
..c ·-=g"' chapitre.
Ol
ï::::
>-
::l
CO
c
Parmi les nombreuses applications industrielles des milieux semi-transparents, la
a. 0
c
0
u c plus importante est constituée par les transferts dans les milieux en combustion ou
.~
0
::l
"O
dans les produits issus de cette combustion. En effet C02 et H20, les deux produits
e
Q,
les plus courants d' une combustion, sont des espèces dont les spectres d'émission
~
~
::l et d'absorption sont très intenses. Paimi les produits de combustion se trouvent éga-
i8
-ci
0
lement des suies, particules de carbone plus ou moins agglomérées, des paiticules
c
::l
0
@ 1. voir la dé finiti on dans le paragraphe 1.2.

199
Chapitre 6 • Rayonnement des milieux denses et des gaz

liquides ou solides d'alumine ou de zircone, issues de la combution de pains de pro-


pergols solide, ou des particules issues des parois et ablatées par un jet, de tailles très
diverses. Toutes ces particules émettent, absorbent et diffusent du rayonnement en
volume. Une autre classe importante d' applications concernent les milieux verriers
(composition, bains des fours verriers, plaques de verre dans un procédé de type fioat,
ou même vitrages). Notons aussi la nécessité de modéliser les transfe1ts en milieux
semi-transparents pour les phénomènes de trempe par l'eau à très haute température,
les problèmes liés à la sûreté nucléaire en cas d'accident sévère, etc.
En principe, les transferts radiatifs dans des milieux poreux à haute température
peuvent, si la phase dense est opaque, être modélisés à partir de modèles locaux de
transfert radiatif entre corps opaques (Chapitre 6). En pratique, un tel milieu poreux
est traité comme un milieu semi-transparent continu, après une procédure d' homogé-
néisation valide sous certaines conditions.

Enfin une simple couche d' air (de quelques cm à quelques m) doit souvent être
considérée comme un milieu semi-transparent en fonction de la nature de l' applica-
tion considérée. En effet un air humide, même sans phase liquide, à température am-
biante est caractérisé par une fraction molaire en H2 0 atteignant 0,02 et une fraction
molaire en C02 de 3, 6.10-4 , abondance naturelle en dehors de sources de pollution.
Certaines bandes d'absorption (et d'émission) par H2 0 et C02 sont, même dans ces
conditions, d'intensités non négligeables. De ce fait, toutes les mesures radiatives réa-
lisées au voisinage des bandes à 2, 7 ~lm, 4,3 µm, 15 ~lm seront fortement perturbées
par le caractère semi-transparent de l'air. Les transferts radiatifs gaz-gaz perturbent
également les écoulements de convection naturelle dans des pièces de grandes dimen-
sions. Savoir s'il faut modéliser l'air comme un milieu semi-transparent en transfe1ts
thermiques est une question délicate, qui ne trouve de réponse que cas par cas.

L' étude des phénomènes d'émission, d' absorption et de diffusion, l' établissement
"O
c
0
de l'équation de transfert du rayonnement, sous deux formulations, et les conditions
::J
0 aux limites radiatives courantes font l'objet des paragraphes 7.1 à 7.3.
v
T"-f
0
N Le paragraphe 6.4 est consacré à la résolution analytique de problèmes classiques
@ en géométrie monodimensionnelle, pour des milieux non diffusants éventuellement
~
..c
Ol hétérogènes et anisothermes. Le cas du mur plan hétérogène et anisothe1me est dé-
ï::::
>-
a. taillé dans la mesure où il sert de solution de référence à tout modèle de transfert
0
u en géométrie complexe. Les cas limites essentiels des milieux optiquement minces
et optiquement épais sont abordés dans le paragraphe suivant. À la limite d' un mi-
lieu optiquement épais sur tout le spectre, la modélisation du rayonnement par une
conductivité fortement non-linéaire en température est discutée. La méthode de di-
mensionnement de Hottel pour des milieux non diffusants isothermes est introduite
dans le paragraphe 6.6 . Des exemples de transfert radiatif au sein d'un milieu diffu-

200
6.1. Généralités

sant sont abordés dans le paragraphe 6.7. Enfin les méthodes générales de transfe1t
radiatif les plus utilisées sont brièvement exposées dans le paragraphe 6.8.

6.1 GÉNÉRALITÉS
Un milieu dense homogène ou un gaz est un milieu semi-transparent, caractérisé op-
tiquement par un indice complexe n égal à n + }X (n est l'indice réel et x 1' indice
d'extinction du milieu). n varie en fonction de la variable d'espacer et de la direc-
tion u. Il sera établi dans le Chapitre 7 que, pour des milieux semi-tramparents, x
est généralement petit devant n (verre, air, etc). Nous utiliserons cette propriété dans
la suite en ne considérant que 1' indice réel n pour définir les propriétés géométriques
du faisceau. Il est cependant évident que 1' absorption et/ou la diffusion volumique
par le milieu, qui lui confèrent son caractère semi-transparent sont étroitement liées
àx. D'autre part, si la fréquence d'un rayonnement qui se propage dans un milieu est
invariante dans un référentiel donné, la longueur d'onde de ce rayonnement est une
fonction de r et de u :

À(r,u) = c(r,u)/v = co/[v n(r,u)] avec n = co/c (gaz : n ~ 1) (6.1)

où c et co représentent respectivement les célérités du rayonnement dans le milieu


et dans le vide. Si pour l'air et les gaz, en première approximation, n vaut 1 à qq
10- 4 près, il n'est pas judicieux d'utiliser À pour caractériser le rayonnement dans
un milieu semi-transparent : on utilise soit la fréquence v, exprimée en Hz et ses
multiples (c'est l'usage dans le domaine dit He1tzien, les microondes), soit le nombre
d'onde dans le vide a-, égal à v/c0 , exprimé usuellement en cm- 1 (ou Kaiser), c'est
l'usage dans le domaine infrarouge.
La luminance du rayonnement d'équilibre dans un milieu réel dépend également
"O der et de u; elle a pour expression (paragraphe 10.2.2) :
0
c
::J
0 0
2hv3 hv _1 2 0
v ;a; Lv(u, r, T) = 2 [exp(-k ) - 1] = n (r,u)Lv(T) (6.2)
T"-f
0
"='
c
c (r,u) T
N
"'
@ .,"'"' où L~ (T) représente la luminance isotrope du rayonnement d'équilibre dans le vide,
~ ~
..c 't:
Ol 0
'5
ou dans un milieu d'indice n égal à 1. La luminance d'équilibre, donnée par l'équa-
ï::::
>- "'0c tion 6.2, n'est donc isotrope que dans la mesure où n est isotrope.
a. c
0 c
u .Q La structure du troisième membre de l'expression 6.2 se généralise à des lumi-
ü
"'
"='
2 nances quelconques au sein d'un milieu transparent, d'indice n. Considérons la tra-
o.
~ jectoire courbe d'un rayon (M 1M2s) et deux éléments de surlace dS 1 et dS2 normaux
"'
'5
F! en M 1 et M2 à la trajectoire (figure 6.1) au sein d'un milieu d'indice hétérogène.
-ci
0
c Considérons un autre rayon courbe passant par les points conjugués M 1 et M2 dans
"'
0
les angles solides élémentaires respectifs d.Q 1 et dn2, dont les vecteur unités 01. et
@

201
Chapitre 6 • Rayonnement des milieux denses et des gaz

u 2 font les angles 8 1 et 82 avec les normales n 1 et n 2 à dS 1 et dS 2 . Le théorème de


Clausius relative à la conservation de l'étendue optique d'un faisceau n 2 dS cos(} d.Q
s'écrit [93] :
(6.3)
L'indice réel n, la surface de l'élément dS, l 'angle solide d.Q sont susceptibles de va-
ri er entre les points s 1 et s2 . Si, de plus, le milieu est considéré comme transparent, la
conservation du flux monochromatique d'énergie dans l ' intervall e spectral dv s'écrit,
en introduisant les luminances L~ v et L~v en s1 et s2 :

(6.4)

Il vient, à partir des deux dernières relations, dans le cas d'un milieu transparent :

(6.5)

Ce résultat est analogue à l'équation 6.2 : dans un milieu transparent hétérogène à


l'équilibre, L~(T) est invariante. On généralisera, dans la suite, ce résultat au cas des
milieux considérés ici, tels que x indice d'extinction est petit devant n.

6.2 PHÉNOMÈNES VOLUMIQUES D'ABSORPTION,


D'ÉMISSION ET DE DIFFUSION
La caractéristique essentielle des milieux semi-transparents est qu'ils sont suscep-
tibles d'absorber, d'émettre et de diffuser du rayonnement en chaque élément de vo-
lume, tandis que pour des corps opaques ces phénomènes étaient considérés comme
superficiels.

"Cl
0
c
::::i
r..,;M b)
0
~ dQ
0""" dV ~
..-1

N
@

..c Figure 6.1 - Conjugaison optique. Figure 6.2 - Absorption en volume .
Ol
·;::
>-
a.
0
u
6.2. l Absorption
Considérons le flux d 5 cf>~ associé à un rayon élémentaire se propageant dans d.Q, en
s, normalement à un élément de surface dS dans un milieu semi-transparent. Soit
(figure 6.2a) :
(6.6)

202
6.2. Phénomènes volumiques d'absorption, d'émission et de diffusion

Ce flux est en paitie absorbé dans l'élément de volume dV compris entres et s + ds


(soit: dV = dSds). D' une manière relativement générale2 , l'expression algébrique
du flux absorbé par un élément de volume dV est (voir figure 6.2b) :
-d6 cp'a
V
= d6 cf>'(s)
V
= -KV L'V dVd.Qdv (6.7)
c'est-à-dire proportionnelle à L~, dV, d.Q et dv. Kv est par définition le coefficient
volumique d'absorption du milieu (généralement exprimé en cm- 1). La relation 6. 7
n'a de sens que si dV est arbitrairement petit, plus précisément si : Kvds « 1. On dit
alors que l'élément de volume est optiquement mince vis-à-vis de l'absorption.
>- Cas particulier d'une colonne homogène et isotherme
Pour une colonne rectiligne, de longueur l, homogène et isotherme3 , le coefficient
monochromatique d'absorption du milieu Kv est uniforme, l'indice n est également
uniforme, donc la propagation est rectiligne. Si on considère le seul phénomène d'ab-
sorption entres = 0 et s = l, le flux transmis en s = l s'exprime en fonction du flux
incident dans la direction Os en s = 0, par intégration de l'équation 6.7 compte tenu
de l'équation 6.6 en posant dV = dSds. Soit:
d 5 cf>~(l) = exp(-Kvl)d5 cf>~(O) (6.8)

ce qui fait apparaître les transmittivité r~ et absorptivité œ~ de la colonne, liées par :


~ = 1 - œ~ = exp(-Kvl) (6.9)
C'est la loi de Beer, rigoureuse à condition de considérer des grandeurs monochro-
matiques. L'intérêt de la configuration élémentaire de la colonne homogène isotherme
est d'être celle à laquelle se réduit un calcul dans un milieu hétérogène et aniso-
therme, après discrétisation numérique.

6.2.2 Émission
"O
c
0
Tout milieu susceptible d'absorber du rayonnement est susceptible d'en émettre. 4 Le
::J
0 flux émis dans l'angle solide élémentaire d.Q, par un volume élémentaire dV, dans dv
v ;a;
T"-f
0
"O
c
est, par définition :
N ::l

@ .,.,
~ (6.10)
'<I)
~
..c "'
·-=
g 17v(s) est appelé coefficient monochromatique d'émission en s .
Ol ::l
ï:::: CO
>-
a. 0
c
0
c 2. Dans des milieux poreux homogénéisés, le flux absorbé peut ne pas être proportionnel à la lumi-
c
u .~ nance incidente. Un formalisme généralisé, adapté à ces milieux, non Beeriens est développé dans les
0::l
"O
e références [134, 131 , 24].
Q,
~ 3. En pratique, net K,, dépendent de la température; l'isothermie est donc nécessaire pour que le milieu
~
::l soit considéré comme homogène en net Kv.
i8 4. On ne considère ici que l'émission spontanée de rayonnement. L'émission induite, pas toujours né-
-ci
0
c
::l gligeable en rayonnement thermique, est comptabilisée négativement dans le coefficient d'absorption
0
@ de l'équation 6.7 : voir paragraphe 10.2.3.

203
Chapitre 6 • Rayonnement des milieux denses et des gaz

Si on fait l'hypothèse de l'équilibre thermique du milieu, la luminance dans toute


direction et en tout point est la luminance du rayonnement d' équilibre n2 L~(T).
D'autre part, à l'équilibre thermique, le flux absorbé est égal au flux émis; compte
tenu des équations 6. 7 et 6.10, il vient :

(6.11)

Cette relation est généralisée dans l'hypothèse de faible déséquilibre du milieu semi-
transparent (qui reste au voisinage de l'E.T.L.). Dans cette hypothèse, le flux émis
par l'élément de volume dV, dans l'angle solide d.Q, a pour expression :

(6.12)

Si le milieu semi-transparent est très fortement hors d'équilibre (loin de l'E.T.L.), T/v
s'exprime directement à paitir d' un modèle cinétique local (voir paragraphe 10.2.3).
>- Cas particulier d'une colonne homogène et isotherme
On considère à nouveau une colonne homogène, isotherme, rectiligne, de longueur l,
(Kv et n uniformes : figure 6.3). À l'équilibre thermique à la température T , le flux
incident (en s = 0) et le flux partant (en s = l) sont caractérisés par la luminance
n2 L~(T). Soit, si on considère que dS est normale à Os:

d 5 <P~(O) = d5 <P~(l) = n2 L~(T)dS d.Q dv (6.13)

Or, d5 <P~(l) se compose d'un flux émis et d' un flux transmis par la colonne, soit:

(6.14)

avec:
(6.15)
'O
0
c
Par définition de l' émissivité monochromatique de la colonne isotherme5 et homo-
0
::J
gène du milieu comprise entre 0 et l, on pose :
v
,..-!
0
N
(6.16)
@
~
..c Soit, d'après les équations 6.13 à 6.16 :
Ol
ï::::
>-
a. s~ = 1 - T~ = œ~ = 1 - exp( -Kvl) (6.17)
0
u
Les équations 6.16 et 6.17 représentent le flux globalement émis et l 'émissivité glo-
bale de la colonne de longueur l. Elles tiennent compte de 1' ensemble des phénomè-
nes d' autoabsorption de rayonnement par la colonne, c'est à dire des rayonnements
5. Notons que si la notion de transmittivité garde un sens pour une colonne hétérogène et anisotherme,
l'émissivité n'a pas de sens pour une colonne anisotherme.

204
6.2. Phénomènes volumiques d'absorption, d'émission et de diffusion

émis par tous les éléments ds entres et s + ds et absorbés par les éléments ds' entre
s' et s' + ds' (figure 6.4). Les équations 6.16 et 6.17 sont généralisées au cas d' un
déséquilibre thermique faible du milieu semi-transparent (hypothèse de l'E.T.L.);
l'expression générale de la luminance en l est alors, pour une colonne isotherme en
faible déséquilibre avec son environnement :
L~(l) = <L~(O) + (1 -<)n2 L~ (T) (6.18)
Le premier terme représente la luminance du rayonnement transmis par la colonne,
le second celle du rayonnement émis globalement par celle-ci.

d~~~ d~~m
0 s s' J
a{_______~o, 1 11 1 1 1
s s '+ds'

Figure 6.3 - Émission par une colonne. Figure 6.4 - Colonne discrétisée
(autoabsorption).

6.2.3 Diffusion
La diffusion du rayonnement est un phénomène volumique qui a deux effets sur le
flux d 5 <P~(s) qui se propage dans l'angle solide dQ:
• un effet d'extinction : une fraction de ce flux se propage en s + ds dans des di rec-
tions, telles que u', n' appartenant pas à l'angle solide dQ (figure 6.5a).
• un effet constructif : certains rayonnements qui se propageaient hors de l' angle
solide dQ en s, se propagent en s+ds dans cet angle solide (figure 6.5b).

u
"Cl
0
a) b)
c dQ (.<;) dQ (s.,.ds)
::::i
0
;o; Figure 6.5 - Diffusion: a) extinction, b) terme source.
"""
..-1
0
"O
c
N :::>

@ .,.,;:;; Le premier phénomène est énergétiquement analogue à l' absorption du seul point de
.µ ,,,
'V
..c
Ol
·;::
s:::> vue du rayonnement transmis; le flux éteint par diffus.ion a pour express.ion6 :
·;::
>- "'c
a. 0
c - d6 <t>'d-
V
= d 6 <t>'V =-a-V L'V d.QdVdv (6.19)
0 c
u .~
0:::>
"O
où a-v représente le coefficient volumique de diffusion, exprimé en cm- 1 • On intro-
ec.
1!! duit, compte tenu des équations 6.7 et 6.19 un coefficient d'extinction f3v et l'al-
~
:::> bedo Wv:
~
-d
0
c
f3v = Kv + 0-v (6.20)
:::>
0
9 6. Les limitations physiques sur l'équation 6.7 s'appliquent aussi à la diffusion.

205
Chapitre 6 • Rayonnement des milieux denses et des gaz

Le coefficient d'extinction f3v vérifie:

(6.21)

où d 6 <P~- représente le flux arithmétique éteint entre s et s + ds.


>- Cas particulier d'une colonne homogène et isotherme
Les coefficient de diffusion CF v et d'extinction f3v jouent exactement les mêmes rôles
que le coefficient d' aborption Kv, du point de vue de la transmission. Si on consi-
dère une colonne, de longueur l, homogène et isotherme, de coefficient de diffusion
uniforme CF v. les transmittivités liées à la diffusion et à l'extinction sont :

T~ = exp( -CFvl) et T~ = exp[-(Kv + CFv)l] (6.22)

Il est plus délicat de prendre en compte l'effet constructif de la diffusion décrit par la
figure 6.5b. À une luminance incidente en s, dans l'angle solide élémentaire d.Q' cen-
tré sur la direction u', dans