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Edouard Proust

Séminaire S77 Env. – Compte rendu de cours

Ce texte ne fait pas un listing des connaissances acquises durant les cours, mais offre quelques pistes
de réflexion sur les thèmes qui y ont été abordés.

Avant de commencer ce séminaire (et c’est d’ailleurs pour cette raison que je l’ai choisi), la
question du paysage était un mystère pour moi, une zone d’ombre, mes connaissances dans le
domaine limitées. Le paysagisme est bien souvent réduit par les architectes à un simple outil de
remplissage de plan par du vert.

Non pas que je sache maintenant beaucoup de choses ou possède de nombreuses connaissances
dans le domaine (loin de là), mais ce cours a constitué une sorte d’introduction sur le sujet et, s’il ne
m’a pas transmis une somme colossale d’informations, celui-ci a remplit son rôle afin de m’ouvrir
l’esprit sur un thème (le paysage) beaucoup plus vaste et complexe qu’il peut y paraitre à première
vue.

Et c’est vrai que le sujet est vaste, touchant à de nombreux domaines ; sans doute la raison de cet
effet « décousu » et « à la carte » de cet enseignement… Mais les sujets évoqués sont autant
d’apports indépendants et d’introductions suscitant la curiosité et montrant les choix possibles
quand à la production du paysage. C’est donc une base à la mise en place d’une culture paysagère, et
c’est vrai que l’on ne sait par où commencer.

***

Il y a des termes tout d’abord, qu’il convient de bien employer (et des contresens sont
souvent largement employés dans le métier). Notamment la confusion qui existe (et que j’avais)
entre Nature, paysage et Environnement. Sans rentrer dans les détails, ces mots ont des
significations bien distinctes.

La nature englobe finalement tout ce qui est, c'est-à-dire êtres et choses, comprenant
l’environnement biophysique, l’habitat, le milieu (aquatique, terrestre,…), le paysage, les forces
fondamentales, les éléments, les espèces, les phénomènes climatiques et cycles,… Elle est donc
antérieure, contemporaine et postérieure à tout. C’est une notion objective et l’homme fait partie de
la nature, on pourrait même dire qu’il la subit (et la transforme : c’est de cette transformation selon
ses besoins que nait le paysage).

L’environnement est au sens premier « ce qui entoure », c'est-à-dire le voisinage immédiat à une
chose ou un être : « étendu de pays que l’on voit d’un seul aspect » (définition de 1694). Il y a donc un
rapport ressenti (tous les sens) et un lien d’influence, d’impact, de modification, etc.… entre ces deux
entités. Au 20e siècle s’est développé un autre sens, l’environnement biophysique englobant
l’ensemble des composants naturels de la planète terre, indépendamment d’un individu donc (sens
objectif).

Le paysage est quand à lui une notion esthétisante, faisant uniquement appel à la vision. Il s’agit de la
vue qu’a un individu sur une composition d’éléments naturels (disposés dans un certain ordre). Et le
paysage n’existe pas sans celui qui regarde. C’est même une notion proprement humaine et c’est
pour cela qu’elle est complexe : elle change et évolue dans le temps, selon l’époque, la culture ou
bien les aspirations des hommes. Elle est intéressante en ce sens qu’elle est multiple : étudier la
conception paysagère d’une civilisation apprend sur sa façon dont celle-ci voit le monde et se le
représente (car elle le façonne selon cette image).

Toutes les civilisations ont une valeur différente du paysage et ont un impact différent sur leur
environnement: un asiatique ne le voit pas comme un européen ou encore comme un indien Hopi
(bien que la globalisation brouille les pistes). Cela découle notamment de données culturelles qui
sont spécifiques selon l’histoire de chaque homme.

Et les civilisations n’ont pas toutes un rapport au paysage (ce qui est difficile à concevoir pour nous
qui sommes immergés dans une culture paysagère). L’observation de certaines tendances permet de
savoir si ce rapport existe. Par exemple: la valorisation in-situ, si le paysage est peint ou
photographié, la présence de traces lyriques (poésie) décrivant des lieux géographiques, le
développement d’un art des jardins, etc.… : la notion de paysage n’est pas innée, elle se développe et
découle d’une prise de conscience progressive.

La notion paysagère se développe lorsque l’homme modifie sont environnement, c'est-à-dire


qu’il doit le transformer de façon réfléchie et pensée selon ses propres nécessités. La notion
philosophique est récente mais on peut remonter au temps du néolithique, date de la
sédentarisation de l’homme, pour voir les premières organisations paysagères de l’homme en
Europe : liées au développement de l’agriculture, de l’élevage, et la construction des premières villes.

On peut considérer qu’en Europe le paysage tel que nous le connaissons date du XIVe siècle (au
Japon et en Chine, cette pratique est beaucoup plus ancienne et date de 2000 ans). Ceci est en lien
avec les grands travaux de domestication de l’espace suite aux conquêtes datant de la fin du Moyen-
âge. Et ce sont les vénitiens qui ont inventé le terme de « paysage » en 1480 ; plus tardif en France
où il reste inconnu jusqu’en 1590 (on remarque que les civilisations qui ont un rapport prégnant à la
mer (vénitiens, hollandais,..) ont eu une propension à développer plus tôt leur rapport au paysage
que d’autres civilisations continentales).

C’est à cette époque (fin du Moyen-âge) que la peinture paysagère prend son envol. Petit à
petit l’intérêt se fait sur sa représentation. Par la fenêtre tout d’abord, en tant que cadrage, on
s’intéresse à ce qu’il y a dehors. La mise au point de la perspective permet d’améliorer la
représentation à la Renaissance. Et la peinture fantastique prend son envol, on met en scène et on
embellit cette nature. Plusieurs œuvres ont été montrées durant le semestre, comme celles de Le
Lorrain ou de plusieurs peintres hollandais.
Les œuvres recèlent de symboles qui apprennent sur la perception de l’époque. L’une d’elles par
exemple (j’ai perdu le nom de l’oeuvre), met en scène un paysage campagnard aux allures
bucoliques, une image de fertilité et d’opulence, de joie… Par ailleurs, la montagne représentée en
arrière plan est grisée et montre une allure sinistre : la montagne reflète cette image du chaos, c’est
un lieu encore peu exploré à l’époque et qui fait peur (inconnu), et c’est ainsi qu’il est représenté.

En réalité, le paysage, au-delà de l’aspect visuel, fait référence à un imaginaire. Le même


paysage si nous l’avions vu au XIVe siècle, nous apparaitrait comme différent aujourd’hui, car il ne se
réfèrerait pas aux même attentes, appréhensions, envies. Ainsi, à titre d’exemple, la plage, paysage
délaissé pendant longtemps, a connu un regain d’intérêt important lorsque la baignade est rentrée
dans les mœurs. Autrefois paysage tumultueux, aujourd’hui vision estivale par excellence, synonyme
de repos et de détente, ce n’est que récemment que son image a été réhabilitée... De même que
notre façon de regarder la montagne a changée.

Si le paysage est une notion changeante, il est alors intéressant de se questionner quand à la
façon de concevoir le paysage.

Il est une envie générale qui consiste à « préserver l’ancien », à « refaire comme autrefois ». Et il est
vrai que l’on a une certaine tendance à rêver des paysages ancestraux et à l’inverse, à diaboliser ce
qui est nouveau, notemant la ville (selon le principe d’opposition entre ville/nature : Rat des villes,
rat des champs): celle-ci se réfère bien souvent à une sensation de stress de vitesse, de pollution,…
Ainsi, on aspire à un retour à une nature vierge et réparatrice.

Or, il faut savoir que les paysages du globe sont, pour l’immense majorité, transformés par l’homme.
Et ce sont d’ailleurs souvent des paysages transformés selon les critères esthétisants de l’homme qui
définissent cet idéal : les rizières sont une image d’exotisme bien qu’étant le résultat de la culture du
riz, les pyramides d’Egypte érigent un relief dans un désert afin de satisfaire un culte, Le Machu
Picchu qui se dresse fièrement sur sa montagne… Ainsi, il ne sert à rien de « préserver le paysage »
(subjectif) comme on l’entend souvent ; il vaudrait mieux « préserver l’environnement » (objectif) -
Alain Roger, Court Traité du paysage.

Ce que recherche l’homme finalement, à travers ces envie de retour à une nature primitive d’avant
l’homme, c’est un paradis perdu, une sorte d’Eden où le besoin n’existerait pas et la volupté serait
intarissable. Cette image de la nature est profondément imprégnée dans notre imaginaire (tout du
moins occidental) du fait de notre culture (mythe de Prométhée, la Genèse,…) et est
indissociablement liée à la domestication de notre environnement opéré depuis des millénaires : la
nature a perdu définitivement son apparence hostile et dangereuse qu’ont connue les premiers
hommes.

Si l’on aime les paysages anciens, c’est aussi sans doute une question d’habitude,
d’accoutumance. Et l’homme a tendance à idéaliser les modèles désuets (que ce soit en architecture,
en urbanisme, ou en paysagisme – ce qui est lié à la production spatiale). Sans doute, nous
habituerons nous à nos nouveaux paysages urbains ou industriels que nous considérons comme
« laids ». Sans doute ces paysages sont-ils trop récents pour que nous les acceptions… peut-être
seront-ils considérés comme « beaux » un jour venu. Il est d’ailleurs des collectifs de photographes
travaillant à revaloriser l’image que l’on a de ces paysages, à y trouver des valeurs (des nouvelles
valeurs) esthétisantes. Le train est en marche.

Le paysagisme, par ailleurs, est une discipline extrêmement récente. Il a même fallu attendre
les années 60 pour que les projets d’architecture prennent en compte leur contexte, 1968 pour la
création d’un ministère de l’environnement ou encore 1990 pour une législation sur le paysage en
France. La profession de paysagiste est récente et encore peu (pas assez) admise. La problématique
environnementale est également nouvelle et il convient, pour nous jeunes architectes de nous y
intéresser. Au-delà des notion subjectives de « beau » ou de « laid » et des différents courants
paysagistes auxquels l’on sera plus ou moins sensibles (Bernard Lassus et la tendance paysagiste,
Gilles Clément et la tendance naturaliste,…), ces nouvelles données sont une source d’inspiration
pour la création paysagère contemporaine.

***

L’ensemble des cours concernant le développement durable et l’environnement a constitué


une approche intéressante, une sensibilisation. C’est une fois de plus un domaine que je n’avais pas
encore appréhendé, m’étant surtout tourné vers les enseignements de patrimoine jusqu’à
maintenant. Et mon choix de projet du semestre prochain sera une occasion d’approfondir la
démarche.

Un premier point intéressant est de savoir que la biodiversité est un facteur de stabilisation.
Dans un milieu donné, la vie s’autorégule par un système de cycles et le principe proie/prédateur
répond à des lois précises. Comme il existe des classifications pour les espèces animales, les climats
sont référencés de façon minutieuse. De la Toundra à la steppe en passant par le maquis, des types
divers et variés de végétation poussent selon des critères bien spécifiques : altitude, humidité,
température, … que nous avons pu voir.

Le principe de l’effet de serre également qui, une fois définit de façon plus claire (et le cycle du
carbone), permet de mieux comprendre l’impact que l’on peut avoir sur l’environnement à travers
notre mode de vie, et les choix qu’il convient de faire.

Que ce soit le végétal, l’animal, les conditions climatiques, ou encore les éléments physiques, on se
rend compte par une approche biologique que ce petit monde se tient dans son intégralité et se
suffit à lui-même. Il suffit finalement d’en inverser le cours pour détraquer l’ensemble, mettre en
péril la biodiversité d’un milieu donné. Une sorte d’effet papillon, qu’il est intéressant d’appréhender
afin de se sensibiliser aux enjeux contemporains environnementaux.
En tant que futurs architectes, nous sommes d’autant plus concernés par ces problématiques
que l’impact environnemental de notre métier est très important.

Il convient alors de le minimiser par différents moyens.

Des normes qui régissent le domaine du BTP tout d’abord, afin de favoriser la création de projets
respectueux de l’environnement : le HQE, THQE,…

Ensuite, au-delà de nos manières nouvelles de construire (satisfaisant la productivité et


l’obligation de construire vite : préfabrication, disparition de l’artisanat,…), il est des exemples
d’architectures vernaculaires qui enseignement quand à la manière respectueuse et réfléchie de
construire. En effet, alors que beaucoup de constructions comme en France ne sont pas adaptées au
climat et au contexte dans lesquels elles s’insèrent, ces architectures bien au contraire, sont le fruit
d’un tâtonnement, d’adaptations et de recherches effectués durant plusieurs générations, afin
d’inventer un habitat le plus performant possible. Des apports culturels extérieurs (l’invasion
Iranienne de l’archipel des Comores, en est un exemple, modifiant de façon durable l’habitat
traditionnel) viennent également enrichir cette production.

On distingue en fonction des climats, plusieurs façons de construire bien distinctes : qu’il soit tropical
humide, chaud et sec, ou encore froid et sec (il s’agit là d’une classification très large et simplifiée : il
ne faut pas oublier qu’il existe un nombre incalculable de climats et que de très nombreux
paramètres autres que la température de l’air et l’humidité sont aussi çà prendre en compte).

En climat tropical humide, la masse d’air ayant une forte inertie, il convient de ventiler et de créer
des circulations d’air permanentes (orientation du bâtiment face aux vents dominants) tout en se
protégeant du soleil. Les matériaux préconisés sont léger, isolants et à faible inertie.

Par climat chaud et sec, les variations de température entre le jour et la nuit étant importantes, il
convient de créer un habitat faiblement ventilé et à forte inertie (stockage de la chaleur le jour et
rejet la nuit). Des innovations et astuces sont favorisées: principe du mégaron, l’iwan, les ouvertures
en moucharabié ou encore les géniales tours des vents en Iran.

Par ailleurs, il est d’usage, par climat froid, de favoriser une construction compacte, chauffée au
centre, orientée vers le sud (pour l’hémisphère nord, orientée nord pour l’hémisphère sud) et évitant
les déperditions de chaleur (matériaux isolants).

Bien que ces principes soient généraux et simplistes, ils ne sont pourtant pas toujours mis en œuvre
correctement dans la production contemporaine. C’est pourtant primordial, un bâtiment ne pouvant
faire abstraction de son contexte.

Des solutions existent afin de construire « durable ». Il est important par exemple de
favoriser les matériaux renouvelables, comme le bois.
L’utilisation de la terre est également judicieuse puisque ne nécessitant aucun transport et
limite drastiquement l’énergie dépensée lors de la mise en œuvre (dépend de la taille de l’ouvrage).
En revanche, l’image de pauvreté à laquelle ce matériau renvoie et les temps de travaux très
importants (incompatible avec les préconisations actuelles), font que ce matériau peine à s’imposer
sur le marché occidental : plus de 30% des constructions dans le monde sont pourtant montées à
base de terre ; Shibām au Yémen, illustre toutes les capacités de la terre.

Le bambou est un matériau de construction de plus en plus prisé pour ses qualités
structurelles, esthétiques et écologiques. L’aspect du bambou est très apprécié, de même qu’il est
très résistant, léger et malléable, le rendant performant en cas d’intempéries et de tremblement de
terre par exemple.

Le bambou croit également très rapidement, ce qui en fait un excellent matériau écologique, de
même qu’une bambouseraie capture une importante quantité de gaz carbonique tout en dégageant
une grande quantité d’oxygène.

Un autre matériau étudié en cours, beaucoup plus adaptable à notre climat cette fois-ci, est
la paille. Ses avantages sont nombreux, aussi bien d’un point de vue environnemental que sur le plan
de la consommation énergétique : la paille en bottes est très isolante et réduit presque toute
déperdition de chaleur (si bien-sûr aucun pont thermique n’est présent). Elle nécessite un transport,
mais son prix est dérisoire et sa mise en œuvre très rapide, favorisant l’auto-construction (c’est une
chose qui se perd, de la même façon que dans le BTP, le lien humain producteur/acheteur s’étiole).

Ces nouvelles pistes environnementales abordées en cours m’intéressent tout


particulièrement. Ces enjeux doivent, selon moi (et je vais tenter de m’y attacher), des axes
structurant lors de la conception architecturale et permettent de dessiner de façon rationnelle et
pensée. Loin des méthodes esthétisantes et finalement assez vides de sens.

***

Les architectes construisent dans le paysage, le transforme y insérant un bâtiment. Est-ce


mal, cet acte est il légitime ou coupable ? D’un point de vu strictement humain, il semble inévitable.

Le beau, le laid sont subjectifs et répondant à des normes et des règles sociétales
particulières. Sans doute, le problème ne réside pas dans le fait de transformer ou pas le paysage.

C’est plutôt sur la façon dont nous construisons qu’il faut sans doute se questionner.
Durant les études d’architecture, on a tendance à se sentir perdu quand à la manière de concevoir :
nous sommes immergés dans l’image et le concept. Au-delà des données esthétisantes (insertion
urbaine, ordonnancement, composition, espace public,…), structurelles, de sécurité et d’accessibilité
(proprement humaines), les contraintes environnementales m’intéressent tout particulièrement.
Elles apparaissent de fait comme intemporelles et s’illustrent à travers une recherche permanente,
dans le but de construire différemment.