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Revue des sociétés

Revue des sociétés 2001 p.515

Les organes de direction de la société anonyme après la loi relative aux nouvelles régulations
économiques (1)

Bernard Saintourens, Professeur à l'Université Montesquieu-Bordeaux IV

Les modifications apportées par la loi relative aux nouvelles régulations économiques (ci-après désignée loi NRE), au régime juridique
s'appliquant aux organes de direction de la société anonyme constituent certainement l'un des aspects fondamentaux des multiples
dispositions de cette loi qui touchent au droit des sociétés. Outre le caractère spectaculaire de certaines règles nouvelles (nouveaux
pouvoirs du conseil d'administration, dissociation des fonctions de président du conseil d'administration et de directeur général...), ce
domaine mérite en effet de retenir l'attention et d'alimenter les discussions car, sous les aspects techniques, des positions de fond
s'expriment qui touchent à la fois à la légitimité du pouvoir de direction et à la recherche des modalités les plus efficientes de son exercice.

Quels mouvements de fond, quelles réflexions fondamentales relatives à la direction des sociétés pouvaient justifier que cette loi, déjà fort
encombrée des sujets les plus divers, réalise une réforme aussi importante dans ce domaine ? On pense immédiatement aux principes du
gouvernement d'entreprise (« corporate governance ») qui alimentent depuis quelques années les réflexions en ce domaine (au sein d'une
littérature désormais conséquente, V. not. A. Couret, Le gouvernement d'entreprise, D. 1995, chron. p. 163 ; P. Bissara, Les véritables
enjeux du débat sur le gouvernement d'entreprise, Rev. sociétés, 1998, p. 5 ). En effet, l'exposé des motifs du projet de loi comme les
débats parlementaires se réfèrent expressément à ce courant de pensée et certaines dispositions peuvent certainement y être rattachées
(notamment, la dissociation des fonctions de président et de directeur général). Mais pour autant cette référence ne saurait constituer le fil
conducteur exclusif de l'ensemble de la réforme. De nombreuses règles nouvelles seraient même en contradiction avec les principes
préconisés par ce courant (not. la compétence donnée au conseil d'administration pour choisir d'appliquer ou non la dissociation des
fonctions ; prise en compte de justes motifs pour la révocation du directeur général). La plupart des commentateurs de la loi NRE ont écarté
l'idée que la loi serait, dans ce domaine, la simple mise en oeuvre des règles traditionnellement inspirées du gouvernement d'entreprise (V.
not. D. Bureau, La loi relative aux nouvelles régulations économiques, Aspects de droit des sociétés, Bull. Joly, 2001, p. 553 ; A. Couret, La
loi sur les nouvelles régulations économiques, La régulation du pouvoir dans l'entreprise, JCP éd. G, 2001, I, 339 ; J.-P. Bouère, P-DG ou
président et directeur général ?, Bull. Joly, 2001, p. 695). On relèvera que le législateur a regroupé l'essentiel des dispositions relatives à la
direction de la société anonyme sous un intitulé plutôt sobre qui ne démontre pas très directement la filiation éventuelle avec le courant de
la corporate governance : « Equilibre des pouvoirs et fonctionnement des organes dirigeants ». La position exprimée par le législateur
dans la loi NRE incite davantage à admettre l'existence d'une solution à la française, pragmatique, qui tire les leçons de l'expérience,
imparfaite sans doute, comportant des contradictions et des incertitudes, mais qui finalement retient des formules qui pourront être
adaptées aux cas de figure rencontrés dans la pratique. En outre, la liberté prise par le législateur français atteste, et c'est plutôt rassurant,
qu'il ne cède pas les yeux fermés aux directives d'un courant idéologique instigateur, dans son domaine, d'une pensée unique.

L'orientation générale de la présente étude n'est pas de constituer un examen systématique et détaillé de toutes les règles touchant aux
organes de direction contenues dans la loi NRE, de précédentes études fournissent d'excellents points de repère (V., outre celles précitées,
les commentaires d'H. Le Nabasque, Petites Affiches, 5 juill. 2001, n° 133 ; A. Viandier, Dossiers pratiques F. Lefebvre, 2001 ; S. de
Vendeuil, JCP éd. E, 2001, p. 1315 ; BRDA, 10/01, p. 12 ; J. Mestre et D. Velardocchio, Bull. actu. Lamy Soc. Comm. 2001, n° 136 ; L. Rapp,
AJDA, 2001, p. 560 ; G. Daublon et E. Fremeaux, Defrénois, 2001, p. 805 ; B. Saintourens, Defrénois, 2001, à paraître) mais de proposer
une grille de lecture, une mise en perspective des principales dispositions pour tenter de faire ressortir la physionomie du droit après le
passage de la loi NRE.

Le cadre juridique relatif aux organes de direction de la société anonyme, tel qu'il résulte de l'adoption de la loi NRE, nous paraît présenter
trois caractéristiques. En premier lieu, les dispositions nouvelles tendent à réaliser une revalorisation des fonctions de direction (I), en
second lieu elles procèdent à une redéfinition des compétences entre les divers organes (II) et enfin elles accentuent la liberté
d'organisation de la direction de la société anonyme (III).

I. LA REVALORISATION DES FONCTIONS


Le point de départ de la réforme pourrait apparaître comme une réaction face aux abus, aux dérives qui ont pu être constatées dans la
situation de certains dirigeants : cumulant trop de mandats pour que l'on puisse croire qu'ils les exercent réellement, percevant des
rémunérations très élevées (ou tout au moins dans des conditions pas très claires), disposant de trop de pouvoir (le P-DG) ou au contraire
n'étant pas assez impliqués dans la gestion (membres du conseil d'administration). L'objectif poursuivi semble alors clair et légitime : rendre
la fonction plus crédible, la revaloriser en jouant sur plusieurs registres complémentaires. L'analyse du dispositif légal tel qu'il ressort de la
loi NRE permet d'identifier trois actions complémentaires censées contribuer à une revalorisation des fonctions de direction au sein de la
société anonyme : favoriser une disponibilité réelle (par la limitation des cumuls possibles), assurer une meilleure implication des
administrateurs (par la reconnaissance d'un droit à l'information) et faciliter le fonctionnement de l'organe collectif (par diverses mesures
procédurales et techniques).

A. Favoriser la disponibilité par une réduction des cumuls de fonctions


Question à la fois sensible et symbolique, le régime du cumul de mandats qu'une même personne physique est autorisée à exercer ne
pouvait guère échapper à une réforme ayant pour but affiché de rénover, de rendre plus crédible la fonction de dirigeant de société. La
fermeté de l'orientation législative apparaît clairement dans la mesure où la loi combine une réduction du cumul des mandats par type de
fonction avec une réduction globale, tous types de mandats confondus tout en renforçant les modalités de mise en oeuvre du nouveau
dispositif.

1. Réduction du cumul des mandats par type de fonction


Pour réaliser la réduction des mandats, correspondant à une même fonction, qu'une même personne physique peut exercer simplement
dans plusieurs sociétés anonymes, la loi NRE met en oeuvre deux principes. D'une part, elle réduit le nombre de mandats susceptibles
d'être cumulés et d'autre part, elle pose une règle d'exclusivité de mandat.

Se trouvent ainsi ramenés de huit à cinq les mandats d'administrateur ou de membre de conseil de surveillance qu'une même personne
physique peut au maximum exercer au sein de sociétés anonymes ayant leur siège sur le territoire français (art. L. 225-21 et L. 225-77 c.
com.). La réforme ainsi opérée apparaît à la fois mesurée et réaliste. En effet, tout en procédant à une réduction notable des cas autorisés de
cumul, la loi nouvelle laisse la possibilité à une même personne de s'engager dans plusieurs sociétés et d'y exercer avec suffisamment de
disponibilité la fonction d'administrateur ou de membre du conseil de surveillance. En outre, compte tenu des pratiques qui s'étaient
instaurées, sous l'incitation d'ailleurs de la loi elle-même, il était peu raisonnable de réduire plus radicalement encore les hypothèses
autorisées de cumul.

L'exclusion de tout cumul est toutefois posée pour le mandat de directeur général, de même que pour celui de membre du directoire et celui
de directeur général unique (art. 225-54-1 et L. 225-67 c. com.). Certes, la formulation de cette règle est peu élégante, les textes susvisés
disposant qu'une personne physique ne peut exercer simultanément plus d'un mandat de directeur général (ou de membre du directoire ou
de directeur général unique) de sociétés anonymes ayant leur siège sur le territoire français. C'est bien un principe de prohibition qui se
trouve ainsi exprimé. Il vise plus clairement encore que la réduction de huit à cinq du cumul des mandats d'administrateur à valoriser la
fonction de direction générale de la société, dont l'exercice réel et entier des pouvoirs généraux qui lui sont rattachés (voir infra) suppose
un engagement exclusif, à ce titre, au service d'une seule société anonyme.

Il est logique en revanche qu'aucune limitation particulière ne vise le président du conseil d'administration. S'il est également désigné
directeur général, c'est la limitation relative à cette dernière fonction qui s'appliquera, le laissant par ailleurs libre de cumuler avec d'autres
mandats de président (non directeur général) ou d'administrateur au sein d'autres sociétés anonymes, sous les restrictions s'appliquant au
mandat d'administrateur.

2. Réduction du cumul des mandats toutes fonctions confondues


L'objectif de valoriser les fonctions d'administration, de surveillance ou de direction a conduit le législateur à verrouiller, si l'on peut dire, le
dispositif limitant ou excluant les cumuls par une règle complémentaire visant de manière indifférenciée tous les types de mandats
susceptibles d'être exercés par une même personne. Il est à cet effet inséré au code de commerce un article L. 225-94-1 disposant que, sans
préjudice des règles applicables par types de mandat, une personne physique ne peut exercer simultanément plus de cinq mandats de
directeur général, de membre du directoire, de directeur général unique, d'administrateur ou de membre du conseil de surveillance de
sociétés anonymes ayant leur siège sur le territoire français. La règle est bien cohérente avec l'objectif de favoriser, si ce n'est de garantir,
une disponibilité minimale des personnes auxquelles des mandats peuvent être conférés. Il fallait évidemment éviter qu'une personne,
exploitant les maxima autorisés, se retrouve titulaire de cinq mandats d'administrateur, de cinq mandats de membre de conseils de
surveillance et d'un mandat de directeur général. En combinant les deux séries de règles, une même personne ne peut en aucun cas exercer
plus de cinq mandats, ce qui laisse quand même une liberté non négligeable aux intéressés (ex. une personne peut exercer un mandat de
directeur général, deux mandats d'administrateur et deux mandats de membre de conseil de surveillance). L'exigence de disponibilité et de
crédibilité dans l'exercice des fonctions aurait pu conduire le législateur à exclure la compatibilité d'un mandat de directeur général (ou de
membre de directoire ou de directeur général unique) avec tout autre mandat.

3. Durcissement des règles de mise en oeuvre du dispositif


L'orientation prise par la loi NRE dans le sens de la restriction des cumuls de mandats sociaux se trouve confirmée et même accentuée par
les dispositions relatives à la mise en oeuvre du dispositif légal nouveau. Les exceptions se trouvent singulièrement limitées et les
sanctions en cas de violation des règles régissant les cumuls autorisés sont précisées. En outre, des dispositions transitoires assez
contraignantes sont établies.

Un assouplissement des limitations aux cumuls permettait déjà de prendre en compte notamment la possibilité pour une même personne de
figurer à la fois dans le conseil d'administration (ou de surveillance) d'une société mère et de ses filiales (plus précisément « des sociétés
dont le capital est détenu à concurrence de 20 % au moins »). L'idée se retrouve encore dans le dispositif nouveau mais le lien susceptible
de valider l'exception se trouve modifié (V. D. Bureau, art. préc., p. 570). L'article L. 225-21 du code de commerce dispose que ne sont pas
pris en compte, pour le décompte des cinq mandats maximum autorisés, les mandats d'administrateur dans les sociétés qui sont contrôlées
au sens de l'art. L. 233-16 par la société dans laquelle est exercé un mandat. La référence est donc désormais la définition du contrôle
(exclusif ou conjoint) telle qu'elle est retenue pour l'obligation d'établissement des comptes consolidés. Le caractère restrictif de la
dérogation résulte notamment de ce qu'elle ne peut jouer que dès lors que les titres des sociétés contrôlées ne sont pas admis aux
négociations sur un marché réglementé. De plus, cette dérogation n'est pas applicable au mandat de président (art. L. 225-21, al. 2, in fine).
On relèvera, en outre, que les personnes investies d'un mandat de direction générale ne peuvent exercer, au titre de dérogation à
l'exclusivité de leur fonction, qu'un second mandat dans une société contrôlée (au sens de l'art. L. 233-16 c. com.) par la société dont ils
seraient déjà directeur général ou membre du directoire, dès lors que les titres de la société contrôlée ne sont pas admis aux négociations
sur un marché réglementé (art. L. 225-54-1 c. com.). Au résultat, l'accès aux dérogations est donc réduit, contribuant ainsi à accentuer
l'orientation générale du dispositif légal.

Le régime des sanctions parachève le durcissement du cadre légal. Un souci d'efficacité caractérise les règles instaurées. Toute personne
physique qui se trouve en infraction avec les dispositions relatives aux cumuls autorisés doit se démettre de l'un de ses mandats dans les
trois mois de sa nomination ou du mandat en cause dans les trois mois de l'événement ayant entraîné la disparition de l'une des conditions
requises pour le bénéfice de la dérogation prévue pour les sociétés contrôlées. A l'expiration de ce délai, elle est réputée s'être démise du
nouveau mandat (ou de celui exercé en vertu de la dérogation). Elle doit restituer les rémunérations perçues au titre de ce mandat.
Toutefois, les textes précisent, pour éviter toute insécurité juridique, que la validité des délibérations auxquelles cette personne a pris part
ne peut pas être remise en cause de ce seul fait.

Pour l'application dans le temps du nouveau régime des cumuls de mandats, l'article 131 de la loi NRE accorde un délai de dix-huit mois à
compter de la date de publication de la loi (soit jusqu'au 15 novembre 2002) pour que les intéressés se mettent en conformité avec les
nouvelles règles. A défaut, ils sont réputés démissionnaires de tous leurs mandats. La brutalité de la sanction devrait assurer un respect
scrupuleux du délai de mise en conformité.

B. Favoriser l'exercice des fonctions par une meilleure information

La nouvelle définition des compétences du conseil d'administration (voir infra) constituait un cadre propice à une intervention législative
visant à améliorer les conditions d'exercice du mandat d'administrateur. L'objectif d'assurer à chaque mandataire une information suffisante
s'est traduit par une avancée notable vers un droit à l'information.

1. La reconnaissance d'un droit individuel à l'information


Dans la mesure où le législateur entend valoriser l'exercice des mandats sociaux, il était indispensable que le dispositif nouveau assure à
chaque administrateur le droit de disposer des informations nécessaires à une participation active et éclairée aux discussions et
délibérations du conseil d'administration. Or, le droit antérieur, démontrant ainsi le peu de souci qu'il avait de la réalité du rôle des membres
de cet organe social, n'assurait pas une telle prérogative. Soucieuse de voir les administrateurs être en mesure de remplir leur mission en
toute connaissance de cause, la chambre commerciale de la Cour de cassation avait affirmé l'existence d'un tel droit individuel à
l'information (V. Cass. com. 2 juill. 1985, JCP éd. E, 1985, II, 14758, note A. Viandier, Rev. sociétés, 1986, p. 231, note P. Le Cannu ; 1 er déc.
1987, Rev. sociétés, 1988, p. 237, note P. Le Cannu ; 24 avr. 1990, Bull. Joly, 1990, p. 532 et chron. P. Le Cannu, p. 511).

La loi NRE reprend à son compte cette création jurisprudentielle en affirmant désormais que « chaque administrateur reçoit toutes les
informations nécessaires à l'accomplissement de sa mission et peut se faire communiquer tous les documents qu'il estime utiles » (art. L.
225-35, al. 3, c. com.). La réception officielle de ce droit dans la loi est plus que symbolique, elle s'accompagne d'un renforcement des
prérogatives de l'administrateur au regard de la position jurisprudentielle.

2. L'étendue du droit individuel à l'information


Le droit reconnu à chaque administrateur se dédouble ; il comporte un volet passif et un volet actif. Non seulement, sans rien avoir à
demander, chaque administrateur doit recevoir les documents et informations diverses lui permettant de délibérer utilement sur les points
en discussion lors de la réunion du conseil d'administration mais au-delà, tel qu'il est libellé, le texte nouveau semble bien reconnaître un
droit pour l'administrateur de réclamer la communication de documents qui ne lui auraient pas été spontanément adressés et qu'il jugerait,
pour ce qui le concerne, utiles à l'exercice de sa mission. En conséquence, si l'information, des administrateurs se conçoit normalement de
manière globale, chaque administrateur recevant les mêmes informations, elle peut également désormais prendre une forme individualisée.
Selon le degré d'implication et la curiosité de chaque administrateur, les documents complémentaires sollicités pourront varier. On peut
légitimement escompter que l'assurance d'être informé complètement sur les questions à débattre au sein du conseil d'administration
incitera les membres du conseil à s'impliquer davantage dans la vie sociale.

C. Faciliter le fonctionnement de l'organe collectif

1. Réduction du nombre des membres


Partant de l'opinion selon laquelle un organe collégial exerce d'autant mieux sa mission qu'il ne comporte qu'un effectif réduit (le
plafonnement des membres du directoire en est une illustration), le législateur a complété son oeuvre visant à valoriser les fonctions de
mandataire en réduisant le nombre maximum de membres composant le conseil d'administration et le conseil de surveillance.

Ici aussi, la réduction, pour n'être pas négligeable, reste dans une mesure raisonnable puisque le nombre maximum passe de vingt-quatre à
dix-huit (art. 225-17 et 225-69 c. com.). Un réel souci d'efficacité aurait pu conduire à une réduction beaucoup plus drastique.
Corrélativement se trouve également réduit, dans une proportion moindre toutefois, le nombre maximum de membres que ces organes
peuvent compter par suite d'une fusion de sociétés (art. L. 225-95 c. com.). De trente, le plafond est ramené à vingt-quatre, sachant que ce
nombre n'est que provisoire. Trois ans après la date de la fusion, l'effectif du conseil d'administration ou de surveillance devra être réduit à
dix-huit.

2. Droit de convocation
Pour que le conseil d'administration puisse jouer pleinement son rôle, qui ne peut se concevoir que de manière collective, il est logique que
la loi se soit souciée de faciliter sa convocation en réunion. Craignant une éventuelle abstention ou négligence d'un président peu enclin à
favoriser l'organe collégial, la loi NRE intègre au rang d'une disposition législative une règle qui figurait jusqu'alors dans le décret du 23
mars 1967 (art. 83). Adoptant une formulation un peu différente de celle contenue dans le décret, l'art. L. 225-36-1 c. com. dispose que,
lorsqu'il ne s'est pas réuni depuis plus de deux mois, le tiers au moins des membres du conseil d'administration peut demander au président
de convoquer celui-ci sur un ordre du jour déterminé. Cette promotion normative, outre qu'elle traduit bien la volonté du législateur en la
matière, s'accompagne d'une précision que la version réglementaire ne contenait pas, selon laquelle le président est lié par les demandes
qui lui sont ainsi adressées. Même si l'on a pu justement observer que le président est tenu d'organiser la réunion demandée sur l'ordre du
jour communiqué, aucun délai ne lui est imposé pour s'exécuter (V. A. Viandier, Sociétés et loi NRE, Dossiers pratiques Francis Lefebvre,
2001, n° 205), les droits des administrateurs sont tout de même formellement assurés par la loi. On ajoutera que ce même droit de demander
la réunion du conseil est également accordé au directeur général, accentuant ainsi l'assurance que le conseil d'administration soit en
mesure d'exercer pleinement sa mission.

3. Recours à la visioconférence
La contrainte tenant à l'obligation pour les membres du conseil d'administration ou du conseil de surveillance d'avoir à se réunir pour
exercer leur mandat peut être un obstacle au développement de leur rôle au sein des organes de la société. Les potentialités des
télécommunications permettaient d'envisager de dépasser ce type de problèmes, en n'imposant pas la réunion physique de tous les
membres en un même lieu, sans pour autant porter atteinte au caractère collégial de l'organe.

Faisant entrer les sociétés anonymes dans l'ère de la modernité technique (les SAS les y avaient précédées), les articles L. 225-37 et L. 225-
82 c. com. prévoient, respectivement pour le conseil d'administration et le conseil de surveillance, que, sauf disposition contraire des
statuts, le règlement intérieur peut prévoir que sont réputés présents pour le calcul du quorum et de la majorité les membres du conseil qui
participent à la réunion par des moyens de visioconférence. Le recours à cette formule supposera toutefois l'intervention d'un décret en
Conseil d'Etat qui en fixera les modalités et conditions d'application. Les statuts peuvent écarter cette faculté mais, outre le fait que cela
supposera une décision de l'assemblée générale extraordinaire, ce qui est un peu dissuasif, on n'imagine guère de sociétés dont les
associés s'opposeraient ainsi à ce qui n'est en réalité qu'une commodité matérielle de fonctionnement du conseil. En outre, cette technique
est écartée par la loi pour un certain nombre de décisions, jugées sans doute trop sensibles pour pouvoir être prises à distance. Il en est
ainsi, pour le conseil d'administration, pour l'élection du président, la nomination et la révocation du directeur général, l'établissement des
comptes annuels et des comptes consolidés (nomination et révocation des membres du directoire, élection du président pour le conseil de
surveillance).

II. LA REDEFINITION DES COMPETENCES


S'agissant de la détermination des compétences reconnues par la loi aux différents organes (au sens général du terme) qui concourent à la
direction d'une société anonyme, c'est le principe même d'une réforme qui pouvait poser problème. D'un côté, une sorte de bilan du droit et
des pratiques pouvait légitimement conduire à une réécriture du cadre légal. Sur un plan strictement normatif, il était devenu banal de
relever la confusion qui régnait en ce domaine compte tenu du recoupement dans la délimitation des compétences entre le conseil
d'administration et le président. Une telle malfaçon méritait bien d'être corrigée. Pour autant, des observateurs avisés n'ont pas manqué de
relever que dans la pratique les inconvénients d'un tel système n'étaient pas insurmontables et qu'il n'y avait pas de véritable nécessité de
modifier le cadre légal auquel les sociétés s'étaient parfaitement accoutumées. Toutefois, l'objectif poursuivi s'est avéré intégrant des
éléments allant bien au-delà de la simple correction d'une curiosité juridique. C'est la conception même des fonctions de direction au sein
des sociétés anonymes qui anime le débat. Une meilleure répartition des compétences permettrait d'éviter une trop forte concentration des
pouvoirs entre les mains d'une seule personne. La confrontation des avis et la réunion des compétences et d'aptitudes complémentaires au
sein d'un organe collégial peut constituer un mode de prise de décision plus sécurisant que celui qui consiste à s'en remettre totalement à
une seule personne. Un pouvoir partagé est aussi un pouvoir mieux contrôlé par l'instance suprême que constitue l'assemblée générale des
actionnaires. En conséquence, l'idée de déterminer les grandes catégories de compétences qui concourent à la gestion d'une société et de
les répartir entre les différents organes s'est concrétisée à l'occasion de la loi NRE. Au résultat et en s'en tenant aux grandes lignes du
dispositif nouveau, la détermination des orientations de la société et le contrôle de leur mise en oeuvre est rattaché au conseil
d'administration, la garantie du bon fonctionnement des organes de la société constitue la tâche essentielle du président du conseil
d'administration, le directeur général se voyant confier la direction générale et le pouvoir d'engager la société.

A. Déterminer les orientations de la société et contrôler leur mise en oeuvre : le nouveau conseil
d'administration

1. Le passage d'une compétence générale à des missions déterminées


Le pouvoir général qui était reconnu au conseil d'administration avant la réforme opérée par la loi NRE était exprimé par la formule bien
connue selon laquelle cet organe « est investi des pouvoirs les plus étendus pour agir en toute circonstance au nom de la société ». Il a
déjà été observé qu'en pratique le conseil d'administration n'exerçait pas ce pouvoir, abandonné au président du conseil, lui aussi doté de
la même compétence générale. Cette situation se trouve complètement réaménagée sur le plan normatif par le recours à une définition du
rôle du conseil d'administration qui repose sur l'identification de missions propres. Cette méthode permet d'éviter, a priori, tout
recoupement des compétences avec un autre organe de la société tout en reconnaissant au conseil un rôle prépondérant dans la conduite
des affaires sociales.

Selon la formulation nouvelle de l'article L. 225-35 du code de commerce, « le conseil d'administration détermine les orientations de l'activité
de la société et veille à leur mise en oeuvre ». Ainsi exprimé, ce rôle reconnu au conseil d'administration apparaît plus cohérent au regard de
la nouvelle physionomie d'ensemble des organes de la société anonyme. Nommés et révoqués (ad nutum) par l'assemblée générale des
actionnaires, les membres du conseil d'administration sont naturellement en charge de la définition, par délibération collective, des
orientations qu'il convient de donner à l'activité de la société sous tous ses aspects (production, accords commerciaux, recherche et
développement, politique commerciale et tarifaire...). Le caractère collégial de l'organe doit favoriser une confrontation d'idées et éviter les
impulsions trop personnelles. Si les orientations qu'il définit ne conviennent pas aux actionnaires, qui doivent conserver le dernier mot, la
révocation du conseil d'administration est le moyen ultime mais disponible par lequel les actionnaires imposent leur point de vue. C'est en
contemplation de cette nouvelle définition du rôle du conseil d'administration que doivent être envisagées les autres dispositions qui
complètent le périmètre de ses compétences. Dans la mesure où il appartient au conseil d'administration de fixer les orientations d'activité, il
est logique qu'il soit doté des moyens de contrôler qu'elles sont bien respectées, et singulièrement vis-à-vis de la personne chargée de la
direction générale. En conséquence, l'article L. 225-35 reconnaît au conseil d'administration le droit de procéder « aux contrôles et
vérifications qu'il juge opportuns ». Il s'agit là d'un droit propre qui ne connaît aucune limite quant à son domaine, ce qui confirme la
prééminence de cet organe dans la conduite des affaires de la société. Le droit individuel à l'information reconnu par ailleurs à chaque
administrateur (voir supra) se situe logiquement dans la même perspective. Même dépouillé de son ancien pouvoir général, le conseil
d'administration ne se trouve pas nécessairement affaibli après la loi NRE. On peut même considérer, qu'outre un rôle opérationnel dans la
conduite des affaires sociales, il recueille un pouvoir de contrôle sur la direction générale de la société normalement réservé au conseil de
surveillance dans la forme dualiste de société anonyme (V. J.-P. Bouère, art. préc.).

2. La résurgence d'une compétence générale ?


Dans la détermination des compétences du conseil d'administration, la loi a recours à une précision susceptible d'entraîner des discussions
quant à la cohérence d'ensemble du dispositif. L'alinéa premier de l'article L. 225-35 précise en effet qu'il se saisit « de toute question
intéressant la bonne marche de la société et règle par ses délibérations les affaires qui la concernent ». La formule pourrait être interprétée
comme laissant à cet organe une compétence aussi générale que celle dont il disposait sous l'empire du texte ancien, ruinant ainsi tout effet
réel à la réforme. On peut aussi considérer que cette disposition crée une concurrence avec les pouvoirs de la direction générale dans la
mesure où elle semble viser des questions liées à la gestion courante de la société. Sans doute pourrait-on mettre cela au passif de la
réforme. Il s'agirait d'une malfaçon (de plus) d'un législateur qui a voulu une chose et son contraire, dont la volonté de réforme n'était en
réalité pas très ferme.

La position selon laquelle le conseil conserverait en réalité les pouvoirs dont il disposait auparavant peut aussi se trouver renforcée par le
fait que le texte a maintenu, contre toute logique, la règle selon laquelle dans les rapports avec les tiers la société est engagée même par les
actes du conseil qui ne relèvent pas de l'objet social, à moins qu'elle ne prouve que le tiers savait que l'acte dépassait cet objet ou qu'il ne
pouvait l'ignorer compte tenu des circonstances, étant exclu que la seule publication des statuts suffise à constituer cette preuve. Cette
règle était cohérente avec la reconnaissance du pouvoir d'agir au nom de la société tel qu'il figurait dans le droit antérieur. Désormais, il est
difficile de justifier cette règle. Si la compétence du conseil est d'ordre interne (déterminer les orientations, procéder à des contrôles), il ne
dispose normalement d'aucun pouvoir d'engagement de la société vis-à-vis des tiers. La règle est donc sans objet.

Notre sentiment est qu'il faut en revenir à la cohérence d'ensemble des pouvoirs des organes en réservant au conseil d'administration une
compétence exclusive (mais limitée) pour la détermination des orientations de l'activité de la société et le contrôle de leur mise en oeuvre. La
référence à la bonne marche de la société ne doit pas aboutir à ajouter à sa compétence mais exprime seulement la plénitude de ses
pouvoirs, aucune question ne lui étant par principe indifférente.

B. Garantir le bon fonctionnement des organes de la société : le nouveau président du conseil


d'administration

1. De la confusion à la dissociation des pouvoirs


Historiquement, la conception des fonctions du président du conseil d'administration a varié dans le droit français des sociétés. Il n'y a
aucune raison que celle qui était exprimée dans l'état du droit antérieur à la loi NRE soit inaltérable, ayant vocation à perdurer quel que soit
le contexte économique et politique. L'histoire contemporaine a connu une longue période au cours de laquelle les fonctions de président
étaient dissociées de celles de directeur général, de la loi du 24 juillet 1867 à celle du 16 novembre 1940 (sur cette évolution, V. P.-H. Conac,
La dissociation des fonctions de président du conseil d'administration et de directeur général des sociétés anonymes par la loi sur les
nouvelles régulations, Dr. 21, E005 - www.droit21.com). Sans doute peut-on considérer qu'une soixantaine d'années constitue une période
suffisamment conséquente pour disposer de l'expérience requise permettant de justifier d'un changement. Des opinions se sont exprimées
pour contester l'opportunité de revenir à une telle division des fonctions (v. not. Ph. Merle, Faut-il vraiment créer un troisième type de
direction des sociétés anonymes en France ? Bull. Joly, 2000, p. 473), en relevant notamment les difficultés de déterminer le domaine exact
de compétence de chaque organe.

La loi NRE opte malgré tout pour un principe de dissociation des fonctions qui s'inscrit dans la logique d'ensemble du texte visant à répartir
les compétences de manière équilibrée entre les différents organes de la société anonyme. Certes, cette dissociation peut être évitée par un
choix exercé en ce sens par le conseil d'administration (voir infra), mais il apparaît clairement que le détachement de la direction générale de
la présidence du conseil d'administration est considéré par le législateur comme le mode normal de référence pour les sociétés anonymes.

2. La reconnaissance de l'autonomie de la fonction de président


La présidence du conseil d'administration doit être considérée désormais comme une fonction à part entière. Le président est un rouage
spécifique s'intégrant parmi les organes de la société et la décomposition de ses pouvoirs permet de mesurer l'importance de cette fonction.

L'article L. 225-51 du code de commerce définit désormais la fonction de président du conseil d'administration en distinguant trois types de
compétences, qui se trouvent constituer par là même autant d'obligations mises à sa charge. En premier lieu, le président « représente le
conseil d'administration ». Dans la mesure où le conseil n'est pas lui-même doté de la personnalité juridique, il est évident qu'il ne faut pas
prendre cette fonction de représentation au sens étroit et juridique du terme (telle par exemple la représentation de la société qui est
assurée par le directeur général). Même si l'on peut regretter que le législateur utilise des termes équivoques, la formule légale a
certainement pour objet de réserver à son président toute communication interne ou externe exprimant un avis du conseil d'administration.
La règle n'est peut-être pas inutile, elle confirme le caractère collégial de l'organe. Chaque administrateur pris individuellement n'a pas à
s'exprimer au nom de l'organe ; c'est un droit formellement réservé par la loi au président. En ces temps où la communication tient une aussi
grande place dans la vie des entreprises, une attribution claire d'un tel pouvoir est sans doute une solution opportune. En deuxième lieu, le
président « organise et dirige les travaux (du conseil d'administration), dont il rend compte à l'assemblée générale ». En un mot, on pourrait
dire le président préside. Cette formule ne doit pas être prise dans un sens restrictif, voire péjoratif. Ainsi isolée, la fonction spécifique de
président devrait au contraire être valorisée. La qualité des travaux du conseil d'administration dépend pour une bonne part des talents et
des diligences du président. La troisième série de compétences s'inscrit dans la même perspective. De manière complémentaire, le texte
précise que le président « veille au bon fonctionnement des organes de la société et s'assure, en particulier, que les administrateurs sont en
mesure de remplir leur mission ». Plus qu'un pouvoir, c'est une obligation qui se trouve ici exprimée et elle donne sa vraie densité et toute
son importance à la fonction présidentielle. Le cadre légal ancien avait incontestablement pour effet de survaloriser l'exercice de la direction
de la société et, par voie de conséquence, d'escamoter pour une large part les obligations propres du président à l'égard des membres du
conseil d'administration et donc du conseil pris en tant qu'organe.
Ici encore, c'est la logique d'ensemble du dispositif nouveau qu'il faut privilégier. La fonction présidentielle est peut-être un honneur mais
elle est surtout une charge. Nous sommes ici dans le domaine de l'organisation juridique d'une entreprise dont l'efficacité d'ensemble
suppose que chacun des rouages joue exactement son rôle.

On pourrait légitimement s'inquiéter de l'intérêt que présente désormais cette fonction (V. not. S. de Vendeuil, préc.). En réalité, pour peu
qu'une rémunération décente y soit attachée, elle pourrait bien receler de réels attraits. Outre la valeur symbolique d'une position «
présidentielle » qui peut demeurer séduisante pour certains, la présidence du conseil d'administration - nouvelle formule - pourrait
présenter l'avantage de permettre à une personne de peser sur la vie de la société, en se montrant un président actif exerçant pleinement sa
mission, constituant un interlocuteur avec lequel le directeur général devra compter (V. sur ce point, H. Le Nabasque, art. préc.), sans pour
autant encourir la même responsabilité dans la gestion de la société. Le nouveau président du conseil d'administration pourrait bien jouer le
rôle de l'éminence grise, n'apparaissant pas officiellement comme portant la responsabilité de la gestion de la société au quotidien mais en
exerçant un contrôle réel sur la direction générale par le biais des pouvoirs reconnus désormais expressément au conseil d'administration,
dont la réalité dépend pour une large part des diligences du président.

C. Assurer la direction générale et engager la société : le nouveau directeur général


En isolant la direction générale et en autorisant qu'elle puisse être exercée par une personne distincte du président du conseil
d'administration, la loi NRE réalise une réorientation dans la conception de cette fonction. Le régime juridique désormais établi accentue la
professionnalisation de la fonction en même temps qu'il garantit la plénitude de la fonction.

1. La professionnalisation de la fonction
Le directeur général de la génération NRE apparaît plus nettement comme un professionnel de la gestion des entreprises, choisi d'abord
pour ses compétences. Le fait qu'il ne doive pas obligatoirement être pris parmi les actionnaires renforce cette conception d'un directeur
général professionnel. De même, son indépendance à l'égard du président du conseil d'administration est assurée par la règle nouvelle
réservant au conseil d'administration le droit de le nommer et de le révoquer (art. L. 225-55 c. com.). En principe, étant seulement sous la
dépendance du conseil, le directeur général n'a pas à agir dans l'ombre du président ou sous sa conduite. Toutefois, comme nous
l'envisagions ci-dessus, tout dépendra en pratique de la manière plus ou moins active dont le président exercera sa propre fonction. Le
directeur général assumera seul comme un professionnel la responsabilité de ses actes. Le droit de demander l'octroi de dommages-intérêts
si sa révocation est décidée sans juste motif (sauf lorsque le directeur général est simultanément président du conseil d'administration)
participe également d'un exercice professionnel par le rapprochement qui peut être fait avec le régime juridique du licenciement. Enfin, la loi
ne fixe pas une limite de durée pour les fonctions de directeur général. Sauf disposition des statuts ou précision lors de la nomination, il
s'agit d'un mandat à durée indéterminée, à l'imitation du contrat de travail de droit commun applicable à une personne recrutée pour une
activité professionnelle.

2. La plénitude de la fonction
Le directeur général se trouve doté par la loi de pouvoirs suffisamment larges pour pouvoir mener à bien avec efficacité la charge qui lui est
confiée. Il recueille en effet le bénéfice de la formule légale, utilisée jusqu'alors pour le conseil d'administration et pour son président. Aux
termes de l'article L. 225-56 du code de commerce, le directeur général est investi des pouvoirs les plus étendus pour agir en toute
circonstance au nom de la société (sous la limite bien sûr de l'objet social et des pouvoirs que la loi réserve aux assemblées d'actionnaires
et au conseil d'administration). Il représente la société dans ses rapports avec les tiers. Le directeur général bénéficie également de la règle
traditionnelle selon laquelle la société est engagée même par les actes qui ne relèvent pas de l'objet social, à moins qu'elle ne prouve que le
tiers savait que l'acte dépassait cet objet ou qu'il ne pouvait l'ignorer compte tenu des circonstances, étant exclu que la seule publication
des statuts suffise à constituer cette preuve. De même, sa plénitude d'action est garantie par la règle selon laquelle les dispositions des
statuts ou les décisions du conseil d'administration qui limiteraient ses pouvoirs sont inopposables aux tiers.

On peut également rattacher à cette orientation vers une professionnalisation la faculté de seconder le directeur général par des directeurs
généraux délégués. La crédibilité dans l'exercice de la fonction suppose en effet que l'on reconnaisse que la direction générale peut être une
fonction trop importante pour une seule personne, selon les circonstances, qu'elle impose une disponibilité ou des compétences telles qu'il
faille s'assurer le concours de plusieurs personnes. Logiquement, la loi NRE rebaptise les anciens directeurs généraux adjoints de la loi du
24 juillet 1966 et précise leur statut juridique de façon à ne pas priver le directeur général d'un concours qui peut s'avérer essentiel pour la
bonne marche de la société. Sur un plan procédural, l'initiative de la nomination de directeurs généraux délégués appartient au directeur
général lui-même, juge de l'ampleur de la tâche, qui peut en faire la proposition au conseil d'administration, cet organe demeurant bien sûr
libre de sa décision (art. L. 225-53 c. com.). Le nombre maximal de directeurs généraux délégués est fixé par les statuts, sans pouvoir
dépasser cinq. Le conseil d'administration détermine la rémunération ainsi que l'étendue et la durée des pouvoirs conférés aux directeurs
généraux (art. L. 225-56-II c. com.), mais le texte précise toutefois que le conseil doit agir, en ce qui concerne les deux derniers éléments, «
en accord avec le directeur général ». On peut considérer que le cadre légal permettra la mise en place d'une véritable équipe, d'un effectif
limité mais suffisant, chargée de la conduite au quotidien des affaires de la société.

III. L'ACCENTUATION DE LA LIBERTE D'ORGANISATION


Le principe qui gouverne la réforme des modalités de direction des sociétés anonymes est celui de la souplesse et, pour une large part, de
la liberté. La loi NRE met en place un système optionnel de la dissociation de la présidence et de la direction générale qui contribue à
enrichir la diversité des modes disponibles d'organisation d'une société anonyme, accentuant ainsi l'orientation vers un droit des sociétés
faisant une large place à la liberté de choix des agents économiques.

A. Le caractère optionnel de la nouvelle répartition des fonctions


1. La maîtrise de l'option
Le choix du mode selon lequel la société sera dirigée semblait légitimement relever de la compétence des actionnaires réunis en assemblée.
La logique de la corporate governance suppose en effet que les détenteurs du capital disposent d'un tel pouvoir. La solution retenue par
la loi NRE apparaît sur ce point surprenante. Selon les termes de l'article L. 225-51-1, alinéa 2 du code de commerce nouveau, « le conseil
d'administration choisit entre les deux modalités ». Les actionnaires sont traités comme les tiers, ils seront simplement informés de ce choix
dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat (même texte). La crainte d'être dépossédés du pouvoir de fixer le mode de
direction de la société pourrait conduire des investisseurs à se détourner de cette forme de société, dont un aspect essentiel du
fonctionnement leur échappe ainsi, au profit, par exemple, de la société par actions simplifiée dont l'une des caractéristiques est justement
de pouvoir mettre en place un organe de direction qui reflète exactement la volonté des associés.

2. Les modalités de l'option


Les actionnaires ne sont toutefois peut-être pas totalement tenus à l'écart quant au choix de la modalité d'exercice de la direction générale.
L'article L. 225-51-1 alinéa 2 du code de commerce précise en effet que le conseil d'administration effectue son choix « dans les conditions
définies par les statuts ». Cette disposition énigmatique suscitera des discussions et sans doute du contentieux car l'enjeu est bien de
régler un conflit de pouvoir entre les actionnaires et le conseil d'administration. Il est bien difficile de déterminer le sens qu'il convient de
donner aux « conditions » dans lesquelles le conseil d'administration devra exercer son choix. La marge de manoeuvre paraît étroite dans la
mesure où les conditions fixées par les statuts ne doivent pas aboutir à retirer au conseil d'administration le pouvoir exclusif de choisir le
mode de direction que lui reconnaît la loi. Sans doute pourrait-on envisager, sur un plan procédural, d'imposer que le conseil
d'administration prenne préalablement l'avis d'un comité ad hoc (V. J.-P. Bouère, art. préc., p. 716) mais il est moins sûr que l'on puisse
imposer que la décision soit prise à l'unanimité ou même à une majorité renforcée (V. toutefois, en ce sens, S. de Vendeuil, préc., J.-P.
Bouère, préc.) car cela aboutirait à soumettre cet organe à une exigence dans l'exercice de son pouvoir qui ajoute à la loi. Le souci de
ménager les droits des actionnaires a sans doute inspiré cette règle mais, en pratique, on peut craindre soit qu'elle ne constitue aucunement
un contrepoids aux pouvoirs du conseil d'administration soit qu'elle soit l'occasion d'un contentieux si les actionnaires entendent lui
donner un contenu utile.

3. La pérennité de l'option
Même si le texte ne l'envisage pas expressément, la liberté de choix dont dispose le conseil d'administration ne saurait s'exercer une fois
pour toutes. Le conseil n'est pas prisonnier du mode de direction générale qu'il a pu adopter à un moment donné. Bien sûr, tant que le
conseil d'administration ne revient pas sur son choix initial, la direction demeure exercée selon le mode initialement fixé. Une certaine
pérennité quant aux modalités de direction peut donc être assurée à la société anonyme. Toutefois, il appartient au conseil d'administration
de modifier son choix au gré des circonstances, internes ou externes à la société. On peut tout à fait imaginer que ce droit de changer d'avis
puisse être utilisé comme une menace brandie à l'égard du président auquel initialement le conseil aurait confié la direction générale. Si le
conseil d'administration considère que l'intéressé ne s'acquitte pas correctement de ses fonctions de directeur général, il est en droit de
revoir sa position et de choisir de passer à une dissociation des fonctions. Ce petit jeu d'aller-retour pourrait lasser les actionnaires s'il
aboutissait à fragiliser la direction de la société et d'une manière générale lui portait préjudice. Ces derniers doivent alors avoir le dernier
mot et procéder à la révocation des administrateurs. Une sorte d'équilibre de la terreur pourrait ainsi s'instaurer. Certes, les administrateurs
imposent aux actionnaires le mode de direction générale qu'ils ont choisi, mais si ce mode ne convient pas aux actionnaires ils disposent du
droit de remercier les administrateurs.

B. L'enrichissement des modes de direction disponibles

1. Les multiples figures de la société anonyme


Même si le dispositif légal nouveau, relatif à l'administration et la direction des sociétés anonymes, n'est pas techniquement parfait et
n'emporte pas l'adhésion unanime des commentateurs, on ne peut toutefois nier l'enrichissement du cadre juridique offert aux entreprises
qu'il réalise. Les agents économiques disposent désormais d'une palette très diversifiée de modalités d'organisation juridique de la
direction de la société anonyme, ce qui devrait assurer une meilleure adéquation de la norme juridique avec les attentes de la pratique.
Quatre modalités principales de direction des sociétés anonymes sont aujourd'hui en concurrence dont on peut rapidement rappeler les
grandes lignes :

- la formule classique : par l'option pour la réunion des fonctions de président du conseil d'administration et de directeur général, la société
anonyme demeure fidèle au schéma qui caractérisait le droit français des sociétés. Le président du conseil d'administration, chargé de la
direction générale, demeure le seul véritable organe de la société anonyme. Nul doute, tout au moins pour quelques années encore, que
cette formule continuera de s'imposer dans le paysage juridique français. La loi NRE n'entraînera pas de sitôt la disparition du P-DG auquel
tant semblent encore attachés (V. J.-J. Daigre, Loi du 15 mai 2001 relative aux nouvelles régulations économiques, Aspects de droit des
sociétés, JCP éd. E, 2001, p. 1013) ;

- la formule nouvelle : la dissociation des fonctions de président du conseil d'administration de celles de directeur général assure une
véritable répartition des pouvoirs sans chevauchement possible. Il suffira de quelques circonstances faisant ressortir les limites des
capacités personnelles d'un P-DG (ancienne formule) pour que l'expérience soit tentée d'une direction générale dissociée et que l'on
découvre alors les vertus de cette modalité, notamment en ce qu'elle évite les méfaits d'un pouvoir sans partage ;

- le dualisme classique : les actionnaires peuvent toujours choisir de recourir à la société anonyme avec directoire et conseil de
surveillance, disposant d'un cadre légal fixé depuis la loi du 24 juillet 1966 qui a fait ses preuves, même s'il n'a pas été statistiquement très
utilisé et s'il est encore susceptible d'amélioration (V. P. Le Cannu, Pour une évolution du droit des sociétés anonymes avec directoire et
conseil de surveillance, Bull. Joly, 2000, p. 483). Les agents économiques qui redouteraient les difficultés de mise en oeuvre de la loi NRE
en ce qu'elle affecte les sociétés avec conseil d'administration pourront toujours trouver leur salut dans la formule dualiste classique,
présentant entre autres avantages celui de laisser aux actionnaires la maîtrise du mode de direction de la société ;

- le dualisme altéré : une variante dans le choix pour une société anonyme à directoire et conseil de surveillance est en effet ouverte par la
loi NRE en ce qui concerne la révocation des membres du directoire. Outre le pouvoir de révocation qui est conservé au bénéfice de
l'assemblée générale (la proposition du conseil de surveillance n'ayant plus à intervenir), la loi prévoit que la révocation peut également
être décidée directement par le conseil de surveillance, si les statuts le prévoient (art. L. 225-61, al. 1, c. com. modifié). Les actionnaires
peuvent ainsi désormais organiser une distribution originale des prérogatives entre les différentes composantes de la société. Une
confiance particulière vis-à-vis des actionnaires membres du conseil de surveillance peut être matérialisée au moyen d'une clause des
statuts qui reconnaîtrait à cet organe le pouvoir concurrent de révoquer les membres du directoire. Il s'agit également d'un moyen
permettant d'impliquer davantage ces mandataires dans l'exercice de leur fonction de contrôle.

2. L'alternative de la société par actions simplifiée


Les modifications importantes qui touchent la société anonyme avec conseil d'administration peuvent inquiéter, voire rebuter certains.
Même si la réforme « phare » portant sur la dissociation des fonctions de président du conseil d'administration et de directeur général
repose sur l'exercice d'une option, on ne peut nier que le dispositif nouveau dans son ensemble bouscule beaucoup d'habitudes et établit
des rapports de force inédits entre les divers organes. En outre, les règles nouvelles relatives au cumul de mandats, entre autres, peuvent
être ressenties comme autant de contraintes supplémentaires attachées par la loi au choix de la société anonyme comme forme juridique
d'une entreprise. Indirectement, la loi NRE fait ressortir la société par actions simplifiée comme offrant un havre de paix et de liberté. Ne
subissant que très peu les effets de la loi NRE, la SAS apparaît plus que jamais comme une alternative très attractive (V., en ce sens, A.
Charveriat et A. Couret, Société par actions simplifiée, Nouveaux atouts après la loi « nouvelles régulations économiques », Dossiers
pratiques F. Lefebvre, 2001, p. 5).

S'agissant de la situation des dirigeants sociaux, la seule modification touchant la société par actions simplifiée a pour objet de protéger les
associés contre un défaut de consultation à propos de décisions importantes. A cet effet, l'article L. 244-2 du code de commerce est
complété pour soumettre à une sanction pénale de six mois d'emprisonnement et de 50 000 F d'amende le fait pour un président ou un
dirigeant de SAS de ne pas consulter les associés dans les conditions prévues par les statuts en cas d'augmentation, d'amortissement ou
de réduction du capital, de fusion, de scission, de dissolution ou de transformation en une société d'une autre forme, de nomination de
commissaires aux comptes, d'approbation des comptes annuels et de répartition des bénéfices. Indirectement, l'alignement du régime du
contrôle des conventions passées entre la SAS et ses dirigeants sur celui applicable à la société anonyme, et que la loi a sensiblement
renforcé, affecte également la situation juridique des dirigeants de la SAS. Toutefois, la liberté d'organisation de la direction qui caractérise
notamment cette forme de société est parfaitement préservée (V. P.-L. Périn, Les apports de la loi NRE au régime de la SAS, Bull. Joly, 2001,
p. 745). La société par actions simplifiée, dont les modalités d'accès ont été opportunément facilitées lors de la réforme intervenue à
l'occasion de la loi du 12 juillet 1999, peut devenir le refuge de ceux qui recherchent un cadre législatif peu contraignant pour les dirigeants
sociaux et qui seraient effarouchés par la réécriture, certes un peu subtile, du régime juridique des dirigeants de la société anonyme par la
loi du 15 mai 2001 relative aux nouvelles régulations économiques.

Mots clés :
SOCIETE ANONYME * Conseil d'administration * Pouvoir * Nouvelle régulation économique

(1) Les réformes apportées au droit des sociétés par la loi n° 2001-420 du 15 mai 2001 relative aux nouvelles régulations économiques ont
fait l'objet d'un numéro spécial de la Revue des sociétés (n° 3/2001). Outre le présent article, ce numéro réunit les contributions suivantes :

Y. Guyon, Présentation générale, p. 503

J.-P. Dom, La protection des minoritaires, p. 533

R. Vatinet, Les conventions réglementées, p. 561

J.-P. Valuet, Identification et vote des actionnaires non-résidents des sociétés cotées, p. 571

R. Vatinet, Les options de souscription ou d'achat d'actions, p. 581

H. Le Nabasque, La société par actions simplifiée, p. 589

J.-J. Daigre, Aspects de droit des marchés financiers, p. 617

P. Le Cannu, Les apports à une SARL et la libération du capital des sociétés à capital variable, p. 633

B. Bouloc, Brèves remarques sur les aspects de droit pénal, p. 645

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