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travail sécurité & LE MENSUEL DE LA PRÉVENTION DES RISQUES PROFESSIONNELS

DOSSIER
Les travaux
N° 754 – OCTOBRE 2014 – 5,20 €

de déconstruction
QEN IMAGES QLE GRAND ENTRETIEN QPERSPECTIVES QEN ENTREPRISE
Une technologie Sylvie Brunet, membre Pour se prémunir De l’eau pour
particulièrement du Conseil économique, des gaz des le nettoyage à sec
affûtée social et environnemental conteneurs
SOMMAIRE

12

© Claude Almodovar pour l’INRS


Spécialiste des ressources
humaines, Sylvie Brunet travaille
actuellement, en tant que membre
du Conseil économique social
et environnemental, essentiellement
sur les questions de santé au travail.

15
Le secteur de la déconstruction
et de la démolition connaît
depuis une vingtaine d’années
© Gaël Kerbaol/INRS

des évolutions majeures, à tous


les niveaux : organisation, matériel,
formation, environnement. Autant

44
d’éléments qui contribuent à améliorer
la sécurité sur les chantiers.
© Patrick Delapierre pour l’INRS

Chaque année, plusieurs caristes sont tués à la suite


du renversement latéral de leur chariot élévateur.
La ceinture est le plus répandu des dispositifs
de retenue des conducteurs de ces engins.
Des alternatives efficaces vis-à-vis du risque
d’éjection hors de la cabine et adaptés à l’activité
existent, notamment des chariots équipés de portillons.

04 ACTUALITÉS 15 DOSSIER
QAccompagnement des entreprises. Les travaux de déconstruction
Quatre étapes pour vaincre les TMS
QPlate-forme internet. La SST a son 16. Un secteur en pleine mutation
Wikipédia
19. Des interventions extrêmement diversifiées
QAvis du Cese. Les saisonniers,
des travailleurs méconnus 21. Clap de fin pour l’ancien pont de Térénez
QIncivilités. Des agressions en hausse 22. Les fines lames du bâtiment
à Pôle Emploi
24. La Seine, théâtre d’un étonnant ballet
26. Réhabilitation d’immeubles de grande hauteur
12 LE GRAND ENTRETIEN
28. Une papeterie mise à nu
Sylvie Brunet, membre
du Conseil économique social
et environnemental, spécialiste
des questions de santé au travail
« Dans RH, il ne faut pas 30 PERSPECTIVES
oublier le « H » de humain » Transport maritime. Des conteneurs à toutes vapeurs ?

travail & sécurité – n° 754 – octobre 2014


32
La fabrication des lames de scies à rubans et des outils
coupants pour l’industrie du bois est une activité qui fait appel
à un savoir-faire très technique et où les principaux risques
professionnels ne sont pas forcément là où l’on croit…

© Guillaume J.Plisson pour l’INRS


Photo de couverture : Gaël Kerbaol/INRS

Revue mensuelle publiée par l’Institut national


de recherche et de sécurité (INRS)
pour la prévention des accidents du travail
et des maladies professionnelles.
65, boulevard Richard-Lenoir - 75011 Paris.
Tél. : 01 40 44 30 00. Fax : 01 40 44 30 41.

42
Dépôt légal 1950-9005. ISSN 0373-1944.
www.travail-et-securite.fr – www.inrs.fr
© Philippe Castano pour l’INRS

E-mail rédaction : ts@inrs.fr.


Prix au numéro : 5,20 €.
Abonnement annuel : 46 €.
Une des alternatives au perchloroéthylène,
cancérogène avéré et banni des pressings, Directeur de la publication : Stéphane Pimbert.
est le nettoyage à l’eau, appelé aquanettoyage. Rédactrice en chef : Delphine Vaudoux.
Un choix qui permet d’allier qualité du travail Assistante : Marie-Thérèse Margato, 01 40 44 30 40.
et protection des salariés. Secrétaire de rédaction : Alexis Carlier.
Rédaction : Antoine Bondéelle, Grégory Brasseur,
Leslie Courbon, Céline Ravallec.
Ont collaboré à ce numéro : Claude Almodovar,
Philippe Castano, Patrick Delapierre, Cédric Duval,

32 EN IMAGES Vincent Nguyen, Guillaume J. Plisson.


Rédacteur-graphiste : Amélie Lemaire.
Métallurgie. Une technologie particulièrement affûtée Reporter-photographe : Gaël Kerbaol.
Iconographes : Estelle Paulin, Nadia Bouda.
Responsable de fabrication : Sophie Schwab.

40 EN ENTREPRISE Documents officiels : assistance juridique,


01 40 44 31 63 ou 01 40 44 31 57.
40. Propreté Abonnements-diffusion : 01 40 94 22 22.

Un coup de balai du sol au plafond Photogravure : Made for com.


Imprimerie : Imprimerie de Compiègne-
42. Pressing Groupe des imprimeries Morault.
De l’eau pour le nettoyage à sec
Ce journal est imprimé par une imprimerie certifiée
44. Chariots élévateurs Imprim’vert®, avec des encres à base d’huile végétale

Pour une meilleure sécurité en cabine sur papier issu de forêts gérées durablement.

48 SERVICES
QQuestions-réponses Q Retour sur QStatistiques 10-31-1668 / Certifié PEFC / pefc-france.org

Q Extraits du Journal Officiel

travail & sécurité – n° 754 – octobre 2014


ACTUALITÉS
LE CHIFFRE
04
05
80%
des maladies
professionnelles ayant
entraîné un arrêt
de travail ou une
réparation financière
en raison de séquelles
sont des TMS.
(Source : 2012, CnamTS)

© Patrick Delapierre pour l’INRS


ACCOMPAGNEMENT DES ENTREPRISES
Quatre étapes pour vaincre les TMS
EN FRANCE, les maladies professionnelles les plus nombreuses sont des troubles
musculosquelettiques (TMS). Lancé en mai 2014, le site TMS Pros a été conçu
pour permettre aux entreprises d’améliorer leur connaissance des risques
de TMS et les aider à entamer une démarche de prévention efficace et pérenne.

E
n quoi suis-je dépistage des risques dans cible représente 0,4 % des d’autres doivent être mobili-
concerné ? Par quoi l’entreprise ; des quiz per- établissements mais 35 % des sées sur un processus métho-
commencer ? Com- mettant notamment de faire TMS indemnisés sur la der- dologique », explique Jean-
ment agir ? Comment le point sur les ressources nière triennale et 33 % des Luc Mochel, ingénieur-conseil
mesurer les résultats internes ; une offre de for- indemnités journalières dues à la Carsat Alsace-Moselle.
obtenus et les pérenniser ? mation visant l’acquisition aux TMS. Les entreprises « L’enjeu est dans un premier
Voilà la trame de la démarche des compétences nécessaires concernées disposent, sur le temps d’obtenir l’adhésion
en quatre étapes proposée au pilotage et à l’animation site, d’un espace personnel, des entreprises ciblées et de
par le site TMS Pros 1 pour du projet de prévention ; des en accès restreint, qu’elles les convaincre de l’intérêt
aider les entreprises, petites bonnes pratiques adaptées vont documenter et enrichir. qu’elles ont à s’engager dans
ou grandes, de tous secteurs aux différents secteurs d’acti- Il s’agit du premier maillon une démarche de conduite de
d’activité, à s’emparer de la vité ; un outil d’évaluation de de dialogue avec la Carsat, projet de prévention des TMS.
question des troubles mus- la démarche de prévention. qui se chargera ensuite de Le programme suppose éga-
culosquelettiques (TMS) et à L’offre donne également l’ac- combiner actions à distance lement que nous mobilisions
s’engager dans une démarche cès à une base documentaire et actions in situ pour s’assu- nos partenaires institution-
de prévention efficace dans constituée à partir de l’en- rer d’une dynamique de pré- nels et opérationnels (consul-
le temps. Le projet, centré semble des connaissances vention des TMS. » L’accom- tants, formateurs…) », estime
sur l’entreprise et sa capacité acquises par le réseau. pagnement s’étalera sur une pour sa part Jean-Michel
à mener sa propre préven- période de quatre ans, au Bachelot, ingénieur-conseil
tion, a mobilisé l’ensemble Une mobilisation cours de laquelle les entre- à la Carsat Pays-de-la-Loire.
du réseau de l’Assurance nécessaire prises devront apporter des En 2017, 80 % des entreprises
maladie-risques profession- « Un programme TMS Pros preuves de leur engagement. ciblées devront avoir mis en
nels (CnamTS, Carsat, Cramif, est spécifiquement mis en « Ce programme suppose place un plan d’actions. Une
INRS). place pour un peu plus de une réflexion sur nos pra- évaluation de leur progres-
À chaque étape de l’offre de 8 000 entreprises à forte tiques. L’activité individuelle sion sera menée. Au bout des
services TMS Pros, des outils sinistralité en matière de d’accompagnement de l’en- quatre ans, la CnamTS espère
sont mis à disposition : un TMS, qui seront plus parti- treprise est remise en ques- mesurer une baisse significa-
tableau de bord comprenant culièrement suivies dans leur tion dans sa globalité. Sur la tive de la sinistralité du panel
des indicateurs pour se fixer utilisation de la démarche région, nous avons 528 entre- ciblé. Q
des objectifs et suivre, au fur proposée par le site, indique prises ciblées. Certaines se 1. Pour en savoir plus :
et à mesure, l’efficacité des Thierry Fassenot, ingénieur- sont déjà inscrites dans une https://tmspros.fr.
actions menées ; un outil de conseil à la CnamTS. Cette démarche qu’il faut conforter, G. B.

travail & sécurité – n° 754 – octobre 2014


ACTUALITÉS
PLATE-FORME INTERNET ÉTUDE
Les solvants
La SST a son Wikipédia durablement néfastes
Selon une étude parue dans

L
Neurology 1, les effets délétères
ors du XXe Congrès ciaux ou encore les groupes à
des solvants sur les
mondial sur la sécu- risque.
performances cognitives
rité et la santé au tra- « Cette plate-forme consti-
vail (SST), qui se tenait tue une étape importante en
à Francfort en août faveur de l’amélioration de
2014, l’Agence européenne la santé et de la sécurité sur
pour la sécurité et la santé les lieux de travail en Europe,
au travail (EU-OSHA) a lancé a déclaré le Dr Sedlatschek,

© Gaël Kerbaol/INRS
OSHwiki, la première plate- directrice de l’Agence euro-
forme sur internet permettant péenne de Bilbao, à l’occasion
à ses utilisateurs de créer du du lancement d’OSHwiki. Elle
contenu, collaborer et parta- apporte une valeur ajoutée
ger des connaissances dans aux personnes concernées
le domaine de la sécurité et de tant au niveau professionnel
perdurent après que les
la santé au travail. De nom- que personnel. OSHwiki per-
travailleurs ont pris leur retraite.
breux instituts spécialisés met aux experts de partager
Plus de 2 000 hommes âgés
en matière de SST en Europe leur travail sur une plate-
de 66 ans en moyenne, exposés
ont collaboré à la rédaction forme pratique et facile à utili-
par le passé à des solvants
d’articles pour alimenter cette ser. Ils peuvent être reconnus
chlorés, au benzène ou à des
plate-forme. L’INRS a notam- par la communauté mondiale
solvants pétroliers, ont passé
ment participé à la rédaction
des tests portant sur leurs
de plusieurs articles ayant
capacités de mémoire, d’attention
pour thèmes la maintenance,
l’étiquetage et le stockage et de vitesse de traitement
de produits chimiques, les de l’information. L’étude révèle
risques psychosociaux ou que, chez les participants les plus
encore le fonctionnement du exposés aux solvants, le risque
système de prévention en d’avoir des capacités cognitives
France. inférieures à la normale est
OSHwiki est une plate-forme augmenté.
ouverte aux experts des orga- 1. Neurology, E.L. Sabbath et al., 2014.
nisations professionnelles
ou scientifiques du domaine INTERNET
de la SST qui, en la rejoi- Le site Agrobat
gnant, peuvent apporter leur de la SST pour leur expertise Page d’accueil fait peau neuve
contribution à un corpus de et bénéficier d’une révision de d’OSHwiki, première
plate-forme sur Agrobat est un site internet
connaissances en constante leur travail par leurs pairs. »
la sécurité et la santé qui s’adresse aux professionnels
évolution. Son réseau d’au- L’Agence de Bilbao a égale- au travail, avec de l’agroalimentaire et des
teurs accrédités en fait une ment mis en place un comité des experts
contributeurs. métiers de bouche, aux maîtres
source d’informations et de pilotage, rassemblant les
d’ouvrage, maîtres d’œuvre,
d’échanges unique, simple principaux organismes de
architectes et concepteurs
d’utilisation. Plus de 300 prévention en Europe dont
articles sont d’ores et déjà en de locaux agroalimentaires.
l’INRS. Cette instance a pour
ligne. Ils concernent notam- mission de conseiller l’Agence Il a pour objectif de leur apporter
ment la gestion et l’organisa- sur les orientations straté- des solutions éprouvées
tion de la SST, les stratégies giques futures du OSHwiki et de conception des lieux et
de prévention et de contrôle, d’assurer la promotion de ce situations de travail, permettant
les substances dangereuses, nouvel outil de partage des de répondre aux exigences
les agents physiques, l’ergo- connaissances. Q de protection en santé et sécurité
nomie, l’organisation du tra- En savoir plus : http://oshwiki.eu.
des consommateurs et des
vail, les problèmes psychoso- G. B. salariés. Né en 2007 et fruit
d’une collaboration entre
l’Assurance maladie-risques
professionnels, le ministère
INDUSTRIE DU MÉDICAMENT chargé de l’Agriculture et de
Mobilisation pour l’emploi des travailleurs handicapés l’Agroalimentaire et la Mutualité
Depuis 2008, l’industrie pharmaceutique s’engage en faveur de l’emploi des seniors sociale agricole, il vient de faire
et des personnes en situation de handicap. Un premier accord de branche, qui a permis peau neuve avec de nouvelles
de faire passer le taux d’emploi des personnes handicapées de 1,69 % en 2009 à 2,91 % rubriques, une nouvelle
en 2013, vient d’être reconduit pour cinq ans. Le texte a été signé par le Leem, qui regroupe ergonomie et davantage
les entreprises du médicament, et les six fédérations syndicales, CFDT, CFE-CGC, CFTC, CGT, d’informations.
FO et Unsa. www.agrobat.fr.

travail & sécurité – n° 754 – octobre 2014


ACTUALITÉS
LE CHIFFRE
06
07
686000
salariés saisonniers
travaillent dans
le secteur agricole.

© Patrick Delapierre pour l’INRS


(Source : Cese.)

AVIS DU CESE
Les saisonniers, des travailleurs méconnus
LA SECTION de l’agriculture, de la pêche et de l’alimentation du Conseil économique,
social et environnemental (Cese) s’est emparée de la question des saisonniers,
plus précisément dans les filières agricoles, halieutiques et agroalimentaires.
Une réalité complexe, qui soulève de multiples questions.

T
out d’abord, combien Le Cese présente des préconi- régimes différents (général, mation en avant-saison sur
sont-ils en France ? sations visant à sécuriser l’ac- agricole, indépendants…). la santé et la sécurité au
« Impossible de don- tivité économique des entre- Si cette situation a donné travail ;
ner le nombre de prises à forte saisonnalité et lieu à une « caisse pivot » ฀฀ ฀ ฀ ฀ ฀
saisonniers, répond à sensibiliser les consomma- en 1995, émanant de la loi vention aux spécificités du
Rafaël Nedzynski, rapporteur teurs (aux produits locaux et de modernisation de l’agri- travail saisonnier ;
de l’avis du Conseil écono- de saison). Il propose aussi culture, « ce dispositif n’a ฀฀ ฀ ฀ ฀ ฀ ฀ ฀
mique, social et environ- des pistes pour améliorer jamais fonctionné, regrette rôle possible, au plan dépar-
nemental (Cese) intitulé La la gestion de l’emploi dans Joseph Giroud, président de temental et infra-départe-
saisonnalité dans les filières les filières soumises à une la section de l’agriculture, de mental, des Commissions
agricoles, halieutiques et forte saisonnalité. Le Cese la pêche et de l’alimentation paritaires d’hygiène, de
agroalimentaires : une réalité juge indispensable de facili- du Cese. Il a été abrogé par sécurité et de conditions
méconnue aux enjeux impor- ter l’accès à la formation, en la loi d’orientation agricole, de travail (CPHSCT), ins-
tants. Dans le secteur agri- adaptant les programmes et en 1999 ». Le Cese insiste taurées par accord collectif
cole, la saisonnalité concerne les horaires de formation aux sur le fait qu’une caisse pivot mais qui restent à mettre
89 000 exploitations, ce qui rythmes et calendriers des permettrait de rationaliser la en place dans de nombreux
représente 686 000 salariés. activités saisonnières. « Il est gestion et d’améliorer le ser- départements.
Mais dans le secteur agro- important de chercher à fidé- vice rendu, sans création de Au-delà des conditions de
alimentaire, les données ne liser les saisonniers en leur nouvelle structure. travail et d’emploi, d’autres
sont pas disponibles. » permettant de faire plusieurs Le Cese constate par ail- aspects relevant de la situa-
Dans son avis, le Cese dresse saisons successives, ce qui leurs que les saisonniers tion personnelle des sala-
un panorama complexe de la rend leur travail plus attractif, sont davantage victimes riés jouent un rôle prépon-
situation : si, pour les entre- souligne Rafaël Nedzynski. d’accidents du travail, tant en dérant dans leur recherche
prises, la saisonnalité est Cela passe par des formations, termes de fréquence que de de contrat : les transports, le
souvent génératrice de fragi- et notamment les formations gravité, notamment en début logement et le service aux
lité (conditions climatiques, biqualifiantes, comme dans et fin de contrat. Le Conseil familles.
rotation de main-d’œuvre, l’agriculture et le tourisme… » identifie plusieurs pistes de Mais dans l’ensemble, l’avis
etc.), côté salariés (vendange, Mais cela implique une bonne réflexion : du Cese insiste sur le fait qu’il
cueillettes de fruits, légumes, connaissance des qualifica- ฀฀ ฀ ฀ ฀ manque un véritable pilote
etc.), le contrat saisonnier est tions des saisonniers et la bauche sur le lieu de rési- pour coordonner tout ce qui
un contrat à durée déterminée mise en place d’une gestion dence du saisonnier, avant touche aux saisonniers. Cer-
moins protecteur : absence de prévisionnelle des emplois et sa prise de fonction ; taines régions ont pris les
prime de précarité, journées des compétences territoriales. ฀฀ ฀ ฀ ฀ devants, comme l’Aquitaine,
de travail plus longues, repos de la médecine du travail Provence-Alpes-Côte-d’Azur
plus courts, difficulté pour se Pistes de réflexion (camions pour se rendre ou Rhône-Alpes, en mettant
loger, se déplacer. Enfin, pour En ce qui concerne la pro- dans les entreprises ou lieux en place un plan régional de
les territoires, cela se traduit tection sociale, c’est une d’activité) ; la saisonnalité ou des mai-
par des besoins particuliers source constante de diffi- ฀฀ ฀ ฀ ฀ ฀ sons des saisonniers. Autant
d’infrastructures, de loge- cultés, car les saisonniers prévention ; d’exemples à suivre. Q
ments et de transports. peuvent relever de plusieurs ฀฀ ฀ ฀ ฀ ฀ D. V.

travail & sécurité – n° 754 – octobre 2014


st en ligne.
S é c u ri t é e
Travail & s,
Le nouv ea u site d e
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Chaque n s, et a c c édez à to
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- e t - s e c u r i t e . f r
www.t r av a i l

www.travail-et-securite.fr
ACTUALITÉS
08 NORD-
PICARDIE

09 NORMANDIE
ILE-DE-
FRANCE
ALSACE
MOSELLE
NORD-EST
BRETAGNE

PAYS
DE LA LOIRE CENTRE
BOURGOGNE
FRANCHE-COMTÉ

CENTRE-OUEST

RHÔNE-ALPES
AUVERGNE

AQUITAINE

LANGUEDOC
MIDI-PYRÉNÉES ROUSSILLON SUD-EST

© Patrick Delapierre pour l’INRS


LES RÉGIONS

QCENTRE
Le 17 juillet dernier, l’université
d’Orléans, l’école d’ingénieurs
Polytech Orléans, la Carsat Centre
et l’INRS ont renouvelé une VIOLENCE AU TRAVAIL
Des agressions en hausse
convention de partenariat pour
l’enseignement de la santé et de

à Pôle Emploi
la sécurité au travail, signée en
2010. Ce partenariat vise à
introduire l’enseignement de la

L
santé et de la sécurité au travail
dans les formations d’ingénieurs es chiffres sont tom- rapport au nombre d’entre-
de Polytech Orléans, première bés cet été : en 2013, tiens (téléphoniques et en
école d’ingénieurs en France à la direction de Pôle face à face) réalisés chaque
développer un partenariat de cet Emploi a recensé année, soit 46 millions.
ordre. Elle a depuis été suivie par 8 442 agressions, soit Des mesures ont déjà été
de nombreuses universités et une augmentation de 13 % engagées pour prévenir ces
écoles d’ingénieurs françaises qui par rapport à l’année précé- risques d’agressions. Des
s’engagent aux côtés de la dente. Parmi celles-ci, 70 % affiches ont notamment été
Carsat et de l’INRS. La Carsat sont verbales, 12 % sont installées dans les agences
Centre a également conventionné comportementales et 2,8 % pour sensibiliser agents
avec Polytech Tours en 2013. se traduisent par des agres- et usagers. Les managers
sions physiques. Issues du d’accueil ont également été
QRHÔNE-ALPES
rapport social de l’établis- formés à l’identification et
Lors de l’installation du Centre de
sement public, ces données la détection de situations
ressources des industries du bois
témoignent des difficultés de conflit. Un second niveau
(Ceribois) dans ses nouveaux
croissantes rencontrées par d’accueil dédié aux questions
locaux drômois, en octobre 2012,
les agents. d’indemnisation, qui corres-
une charte de partenariat a été
Alors que la crise écono- pondent à environ 80 % des
signée avec la Carsat Rhône-
mique se poursuit, ces der- demandes, a aussi été ins-
Alpes, visant à la montée
en compétence du personnel
niers font face à la détresse tauré pour réduire l’attente.
en santé au travail, un
de chômeurs dont l’effec- Des alarmes silencieuses
accompagnement dans les
tif ne cesse de croître. Ce sont aussi venues équi-
démarches d’amélioration des désespoir se traduit par une per tous les postes. Reste
conditions de travail en première violence latente au quoti- que, d’une agence à l’autre,
et deuxième transformation dien. Loin d’être négligeable, les situations rencontrées
du bois, la création d’un guide le nombre de violences doit peuvent être très variées. Q
méthodologique d’intervention toutefois être relativisé par C. D.
et l’organisation d’actions
de communication. Ceribois MÉLANOME
a contribué à la formation Le personnel navigant serait très exposé
« opérateur de production des
industries du bois », en début Selon une étude, publiée dans le Journal of the American Medical Association (JAMA)
d’année. Sur une durée totale de Dermatology, colligeant les résultats de dix-neuf études, portant sur 266 000 personnes,
douze jours et demi, trois étaient les personnels navigants des compagnies aériennes auraient deux fois plus de risques
consacrés à l’intervention de développer un cancer de la peau – de type mélanome – que la population générale.
en sécurité sur les machines La raison ? Une plus grande exposition aux rayons ultraviolets du soleil à travers
de travail mécanique du bois et le pare-brise et les hublots des avions à haute altitude. En effet, à 9 000 mètres
deux à la prévention des risques d’altitude, l’intensité des rayons ultraviolets, qui ont une action cancérogène bien
professionnels dans la filière. établie, est deux fois plus forte. Ces niveaux sont même plus élevés quand les avions
Ce dispositif de formation sera volent au-dessus d’épaisses couches de nuages qui peuvent, tel des miroirs, renvoyer
reconduit sur l’année 2015. jusqu’à 85 % des rayons ultraviolets.

travail & sécurité – n° 754 – octobre 2014


ACTUALITÉS

L’IMAGE DU MOIS
Opération de terrassement sur le chantier de la LGV Sud Europe Atlantique
(tronçon Tours-Bordeaux), au niveau de la commune de Jaunay-Clan,
dans la Vienne. La prévention des collisions engins–piétons est une
des grandes préoccupations sur ce chantier. Une expérimentation
avec des caméras à reconnaissance morphologique a été menée
par la Carsat Centre-Ouest. Une dizaine d’engins ont été équipés
de ces caméras capables d’identifier une forme en mouvement
et d’alerter le conducteur. Les résultats sont en cours d’analyse.

© Gaël Kerbaol/INRS

travail & sécurité – n° 754 – octobre 2014


ACTUALITÉS
ÉTUDE
10
11 Les rythmes de travail
s’intensifient

A
près une période
de stabilisation,
l ’i nten s i f ic at ion
du travail a repris
en France entre
LE MONDE 2005 et 2013. D’après une
étude de la Dares, publiée en

© Guillaume J.Plisson pour l’INRS


QQUÉBEC juillet 2014, ce phénomène
La commission de la santé et la concerne toutes les catégories
sécurité au travail (CSST) vient de professionnelles. Sur cette
lancer une campagne nationale période, la part des salariés
de sensibilisation à la prévention déclarant travailler sous au
des accidents du travail axée moins trois contraintes de
entre autres autour de spots
rythme (cadences, objectifs
publicitaires télévisés. La CSST
de production, contraintes
veut ainsi faire prendre
techniques, surveillance de
conscience aux Québécois que
la hiérarchie, dépendance sont notamment évoqués. Le
les accidents du travail peuvent
vis-à-vis des collègues…) nombre de salariés en situa-
toucher tout le monde et ont des
est passée de 31 à 35,2 %. La tion de précarité ou d’insta-
conséquences sur le travailleur
hausse est plus forte dans la bilité est en effet passé d’un
mais aussi sur son entourage.
fonction publique que dans quart à près d’un tiers. Par ail-
QDANEMARK le secteur privé, même si leurs, la période est toujours
Chaque année, 44 000 accidents les contraintes restent plus marquée par l’usage croissant
du travail entraînant au moins nombreuses dans le privé. des outils informatiques. Le
une journée d’absence sont Pour la Dares, ces résultats contrôle ou suivi informatisé
enregistrés par l’inspection portent l’empreinte de la du travail est d’ailleurs la
du travail danoise. Cependant, dégradation de la situation contrainte de rythme qui s’est
les auteurs d’un rapport publié économique. Le rythme accru le plus diffusée. Q
par le syndicat LO estiment des changements organisa-
que le nombre annuel d’accidents En savoir plus : http://travail-emploi.
tionnels et l’augmentation gouv.fr.
avoisinerait les 100 000. Le taux
de l’insécurité de l’emploi G. B.
de sous-déclaration atteindrait
ainsi les 56 %.

QMONDE 1
Selon plusieurs études
CANCER
concordantes, étudiants et Des inégalités
internes en médecine seraient dans le maintien en emploi
très exposés au risque de LE CHIFFRE Une enquête de l’Institut national du
suicide 1. Ainsi, aux États-Unis,

3,5 millions
cancer (Inca) sur la vie deux ans après
5,7 % des jeunes médecins
un diagnostic de cancer témoigne du fort
américains connaissent
impact de la maladie sur la situation
la tentation du suicide,
ce pourcentage passant à 9,3 %
d’actifs, en France, professionnelle. 4 349 personnes ont été

en première année d’internat. ont travaillé de nuit interrogées. Lors du diagnostic, 8 sur 10
étaient en emploi. Deux ans plus tard,
En France, 22 % des étudiants en 2012, c’est-à-dire elles ne sont plus que 6. La perte d’emploi
en médecine ont pensé une entre minuit touche davantage les moins diplômés,
ou plusieurs fois au suicide
et 5 heures du matin. les plus jeunes et les plus âgés, ainsi que
pendant leurs études.
1. Source : Académie de médecine
C’est un million ceux qui exercent un métier d’exécution

américaine, Anemf. de plus qu’en 1991. (ouvriers ou employés), ont un contrat


de travail précaire ou sont employés
QMONDE 2
Durant cette période, dans des PME. Parmi les personnes
Pour renforcer la sécurité le nombre de femmes interrogées qui occupaient un emploi au
et l’efficacité des opérations, l’ISO concernées a moment du diagnostic, 11 % se sont
a publié une norme internationale quasiment doublé. senties pénalisées dans leur emploi à
(ISO 16715) présentant Le travail nocturne cause de leur maladie. Les enquêtés
un ensemble de gestes universels disant avoir été pénalisés dans leur
de commandement des engins
est également devenu emploi occupaient plus souvent un métier
de levage, utilisables sur les une activité de plus d’exécution, avec un contrat de travail
chantiers de construction partout en plus régulière. précaire et des revenus faibles.
dans le monde. (source : Dares.) En savoir plus : www.e-cancer.fr/.

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ACTUALITÉS
LES PARUTIONS
L’AGENDA
QTravaux à proximité des réseaux ces dépliants pratiques et synthétiques QParis, les 20 et 21 octobre 2014
enterrés sont destinés aux chefs d’entreprise.
Journées ResPECT
La nouvelle réglementation encadrant les Le premier, Commander des mesures sur les CHSCT dans
travaux à proximité des réseaux entérrés d’amiante dans l’air à des organismes la fonction publique
est entrée en vigueur le 1er juillet 2012. accrédités (ED 6171), décrit les objectifs Les prochaines journées
Elle introduit notamment l’obligation et la manière de commander auprès des nationales d’étude du Réseau
de procéder dans certains cas à des organismes accrédités les mesures des préventeurs et des
investigations complémentaires sans individuelles sur opérateurs et les mesures ergonomes des collectivités
fouille. Cette réglementation précise environnementales que l’entreprise doit territoriales (ResPECT) porteront
les relations entre les différents acteurs faire réaliser pour évaluer les niveaux sur le thème « Des CHS au
intervenant dans les travaux à proximité d’empoussièrement en fibres d’amiante. CHSCT, une évolution en marche
des réseaux enterrés. Elle a une incidence Et ce, pour les travaux de sous-section 3 dans la fonction publique ».
directe sur les pratiques des entreprises et 4. Le second, Décrypter un rapport Dans la fonction publique d’État,
de travaux publics et de génie civil qui d’essai de mesures d’empoussièrement ce n’est qu’en mai 1982 que les
en fibres d’amiante (ED 6172), vise à premiers CHS ont été créés (juin
ont à effectuer des travaux d’excavation,
1985 pour la fonction publique
de forages ou de fouilles. Parallèlement, faciliter la compréhension des rapports
territoriale). Le décret du
les différentes techniques disponibles de prélèvement et d’analyse et précise
3 février 2012 a transformé
pour procéder à des investigations les informations minimales qui doivent
les CHS des collectivités
complémentaires sans fouille y figurer. Un rapport final d’évaluation
territoriales en véritables CHSCT.
ont progressé, et d’autres, jusque-là du niveau d’empoussièrement en fibres
Cette dernière réforme entrera
réservées à d’autres domaines d’activité, d’amiante par un organisme accrédité doit
en vigueur le 31 décembre 2014.
sont apparues. L’objectif de cet aide- en effet comprendre, notamment, Ces journées seront l’occasion
mémoire technique, Travaux à proximité les parties suivantes : identification de découvrir ou de redécouvrir
des réseaux enterrés et investigations de l’organisme ayant réalisé les mesures cette partie de l’histoire sociale
complémentaires sans fouille, est de et de l’entreprise où elles sont réalisées, de notre pays. Elles donneront
présenter les grandes lignes des dernières objet de la prestation, processus concerné, l’occasion de se projeter dans
évolutions réglementaires et normatives description de la stratégie, rapport(s) l’avenir en tant qu’acteur des
concernant les travaux à proximité de prélèvement, rapport(s) d’analyse. évolutions qui font l’actualité
des réseaux et de faire le point ED 6171 et 6172. des collectivités territoriales.
sur les différents localisateurs de réseaux Pour tout renseignement :
enterrés pouvant participer à la réalisation QFluides de coupe. Protégez http://respect-prevergo.org/.
votre peau
QParis, du 4 au 6 novembre 2014
de sondages non destructifs préalables
à l’ouverture de travaux. Les fluides de coupe ont pour rôle
ED 6164. de faciliter l’usinage : ils assurent Salon Expoprotection 2014
la lubrification, limitent l’usure de l’outil, La 25e édition du salon

QMesures de l’exposition à l’amiante


professionnel Expoprotection
réduisent les risques de grippage ou
abordera la protection
Deux nouvelles brochures peuvent aider empêchent la corrosion des métaux.
des salariés, des locaux, des
les entreprises à commander des mesures Ce dépliant sensibilise et rappelle
données et de l’environnement
de niveaux d’exposition à l’amiante les bonnes pratiques à adopter lors
de travail des entreprises,
et à décrypter les rapports émis par de l’utilisation des fluides de coupe.
des collectivités et des
les laboratoires. À visée pédagogique, ED 907.
administrations… Il rassemblera
des spécialistes internationaux
Les brochures sont à consulter et à télécharger sur www.inrs.fr autour de conférences
ou à demander aux Caisses régionales (Carsat, Cramif et CGSS). et d’espaces de rencontres,
au sein de deux univers dédiés
à la prévention et à la gestion
des risques :
• Espace prévention-santé et
SERVICES DE SANTÉ sécurité au travail : prévention
Vers de meilleures pratiques au niveau mondial et protection contre les
risques professionnels
L’Organisation internationale du travail et l’Organisation mondiale de la santé et environnementaux, santé
ont publié le programme HealthWISE qui vise à améliorer les conditions de travail et bien-être au travail ;
des professionnels de santé et à fournir des services de meilleure qualité • Espace sécurité-feu :
aux patients. Il est composé d’un guide de formations et d’un manuel prévention et protection
d’intervention qui invitent la direction et les salariés à collaborer pour promouvoir contre la malveillance et le feu,
des lieux de travail sains et améliorer les pratiques de travail, comme, par exemple, sécurité des hommes, des
mettre à disposition des collecteurs non perforables et clairement balisés destinés biens et des informations.
à recevoir les objets piquantsn coupants et tranchants. Différents modules, Ce salon permet aux visiteurs
telles l’amélioration de la sécurité sur le lieu de travail, la protection contre de partager des compétences,
les risques biologiques et les infections, ou encore la lutte contre le harcèlement, de rencontrer des
la discrimination et la violence sur le lieu de travail, y sont abordés. Des projets interlocuteurs professionnels
pilotes de ce programme ont été réalisés, notamment au Sénégal, où la communication et de trouver des solutions
a été améliorée ainsi que les pratiques relatives aux conditions de travail. pour faire face au risque.
Pour tout renseignement :
Une sensibilisation au VIH des professionnels de santé en milieu hospitalier
www.expoprotection.com.
a notamment eu lieu.

travail & sécurité – n° 754 – octobre 2014


LE GRAND ENTRETIEN
12
13
Spécialiste des ressources humaines, SYLVIE BRUNET travaille actuellement
en tant que membre du Conseil économique, social et environnemental sur les questions
de santé au travail. Elle vient également d’être nommée, à la Kedge Business School,
responsable de la chaire « Bien-être et travail », créée pour la rentrée 2014. Par ailleurs
enseignante, elle mise sur la jeune génération pour que, à l’avenir, capital humain
et compétitivité soient de plus en plus corrélés.

« Dans RH, il ne faut pas oublier


le « H » de humain »
Une chaire « Bien-être et travail » vient d’être train de me “casser le dos” ? »...) à la santé psy-
créée à la Kedge Business School 1. Vous en chique. Cette dernière est liée au sens que donne
êtes la responsable. Quel est son objectif ? le salarié à son travail, et non au sens qu’on lui
Sylvie Brunet. Les premiers travaux de la chaire, impose. Il faut également donner des perspectives
financée par la Caisse d’Épargne Alpes-Côte- et favoriser le dialogue social pour permettre à
d’Azur sur trois ans, viennent juste de démarrer, chacun de faire remonter d’éventuels problèmes.
en septembre de cette année. Ils comportent trois Aujourd’hui, il arrive souvent que l’on ne sache
volets. Le premier, que je pilote, consistera, à tra- plus à qui s’adresser en cas de difficulté. De plus
vers un think-tank, à analyser plusieurs problé- en plus, les managers se trouvent sur un autre site,
matiques émanant d’entreprises déjà partenaires quand ce n’est pas dans un autre pays. Quand on
d’autres chaires (Caisse d’Épargne, Onet, Mala- regarde autour de soi, les gens vraiment épanouis
koff Mederic, La Poste, GDF Suez…). Parmi elles, au travail sont très rares. Cela interroge.
on trouve la qualité du dialogue social, le travail
des handicapés, la réinsertion professionnelle, Ce questionnement est-il nouveau pour vous ?
ou encore l’impact des nouvelles technologies ou S. B. Non ! Mes activités ont toujours eu pour fil
l’évolution du rôle du management. Ces réflexions conducteur les ressources humaines. Que ce soit
orienteront dans un second temps le choix des dans les nouvelles technologies chez Bull et Gem-
projets de recherche académique visant à créer plus (aujourd’hui Gemalto), dans l’administration
un socle commun de connaissances. Il s’agira de à la Communauté d’agglomération de Toulon
mesurer des indicateurs et de concevoir des outils
d’évaluation. Ensuite, le troisième volet consis-
tera à mener, avec la participation des étudiants QUELQUES PROPOSITIONS DU CESE
(stages, missions d’observation), des actions DANS SON RAPPORT « LES RISQUES
pilotes destinées à améliorer les conditions de PSYCHOSOCIAUX »
travail. Les étudiants ont des choses à nous QIntégrer la santé au travail comme
apprendre, ils ont un regard neuf et une culture une composante de la stratégie globale
des technologies de l’information différente. L’ob- de l’employeur.
QPromouvoir un dialogue social de qualité
jectif final est de faire bénéficier les entreprises
des résultats de ces travaux, notamment les TPE-
autour de la santé et du bien-être
PME qui constituent dans la région 95 % de notre
au travail.
tissu économique. Nous devons être solidaires
QRéactiver le droit d’expression des salariés
et coopérer avec ces structures qui sont souvent
en l’articulant avec la prévention
démunies face à ces problématiques.
des risques professionnels.

Quelle est votre définition du bien-être au QRenforcer la prévention des RPS en amont
travail ? des restructurations ou réorganisations.
S. B. Je dirais que cela désigne le fait de travail- QPromouvoir le bon usage des technologies
ler dans des conditions optimales pour l’individu de l’information et de la communication.
et l’organisation. Cela implique de prendre en QRenforcer le maillage des CHSCT dans
compte les déterminants collectifs et individuels la fonction publique d’État.
qui font qu’un salarié se sent bien. Ces détermi- QDévelopper les unités hospitalières
Propos recueillis
nants vont de la santé physique (« Est-ce que je de consultations « santé psychologique
par Leslie Courbon ne suis pas gêné par le bruit ? Les locaux sont- et travail ».
et Cédric Duval ils suffisamment lumineux ? Ne suis-je pas en

travail & sécurité – n° 754 – octobre 2014


LE GRAND ENTRETIEN

Sylvie Brunet est

© Claude Almodovar pour l’INRS


membre du Conseil
économique, social
et environnemental
et, à ce titre,
travaille sur les
questions de
santé au travail,
et notamment
les risques
psychosociaux.

ou dans le secteur de la propreté multiservices travailler des personnes, on doit s’assurer qu’elles
au sein du groupe Onet, j’ai exercé toutes les sont en bonne santé et qu’elles le restent. Pour y
facettes de ce métier, des politiques de formation parvenir, les directions des ressources humaines
aux relations sociales, en passant par le recru- doivent avoir un rôle de conseil auprès des diri-
tement, la négociation et parfois, hélas, le licen- geants. Elles doivent pour cela être impliquées
ciement… En parallèle de ces activités, j’ai tra- dans la stratégie globale de l’entreprise, au plus
vaillé sur les questions d’emploi, de formation et haut niveau de la gouvernance. Dans les entre-
plus globalement de responsabilité sociétale des prises qui affichent de bons résultats en matière
entreprises (RSE). Cette démarche s’inscrit dans de santé au travail, on observe que ces questions
le développement durable, sujet qui m’anime sociétales sont souvent portées par le dirigeant.
particulièrement et qui intègre l’économie, Concernant la méthode, nous devons être pédago-
l’environnement et le social aussi, même si on a gues et expliquer les textes réglementaires. Sou-
souvent tendance à l’oublier. Forte de ces expé- vent, les formations obligatoires sont vécues par les
riences, j’ai intégré en 2010 le Conseil écono- entreprises comme une contrainte et non comme
mique, social et environnemental (Cese) comme une opportunité de se prémunir contre des risques
personnalité qualifiée. Cette fonction, très pre- qui peuvent être graves pour les personnes, mais
nante, n’étant plus compatible avec mon poste aussi pour la survie de l’entreprise. Nous devons
de directrice des affaires sociales chez Onet, je former, sensibiliser et faire en sorte que les dif-
me suis dirigée vers l’enseignement après un an férents échelons de l’encadrement s’investissent
d’activité de conseil. J’enseigne ainsi la RSE et sur ce sujet. Il est aussi indispensable d’aller sur le
l’évaluation de la performance sociale à la Kedge terrain et d’être attentif à l’expression directe des
Business School. J’ai aussi une activité bénévole salariés. Surtout, il faut profiter pour investir dans
de vice-présidente de l’Association nationale des la prévention quand tout va bien. On le voit bien,
directeurs de ressources humaines (ANDRH). dans une période de crise comme celle que nous
vivons, cela devient beaucoup plus compliqué.
Comment les ressources humaines peuvent-

«
elles contribuer à l’amélioration des condi- En tant que membre du Cese, vous vous êtes
tions de travail ? emparée de la question des risques psycho-
S. B. La santé au travail s’inscrit dans la chaîne de sociaux (RPS). Comment fonctionne cette
responsabilités de l’entreprise. Dès lors que l’on fait assemblée ?

travail & sécurité – n° 754 – octobre 2014


LE GRAND ENTRETIEN
14
S. B. Le Cese, troisième assemblée de France au travail peut être un vrai levier de compétiti-
(après l’Assemblée nationale et le Sénat), compte
REPÈRES vité. Nous ne pouvons pas être dans la pure phi-
233 membres répartis en plusieurs groupes repré- Q JURISTE lanthropie. Une entreprise doit produire et être
sentant l’ensemble de la société. Les membres de formation, rentable, c’est évident. Mais des salariés motivés
sont tous affectés à des sections et délégations Sylvie Brunet et en bonne santé vont mieux travailler et être
de travail. Pour ma part, je siège dans la section a exercé diverses innovants. On observe d’ailleurs que les entre-
travail et emploi et au sein de la délégation aux responsabilités prises qui affichent de bonnes performances éco-
droits des femmes et à l’égalité dont je suis vice- dans le domaine des nomiques ont souvent une vraie stratégie RSE.
présidente. Plusieurs modes de saisines existent. ressources humaines,
Nous pouvons être sollicités par le gouvernement, dix ans chez Bull, puis Est-ce pour sensibiliser les jeunes généra-
nous autosaisir d’un sujet ou bien répondre à dix ans chez Gemplus tions que vous avez décidé d’enseigner ?
une pétition comptant au moins 500 000 signa- puis à la Communauté S. B. Oui. L’enseignement de ces questions doit
tures. Concernant la question des RPS, nous nous d’agglomération permettre d’agir en amont pour le futur. Car une
sommes autosaisis du sujet. de Toulon pendant fois que les gens sont en poste, c’est presque trop
quatre ans. Enfin, tard. Les universités et les grandes écoles ont pris
En 2013, vous avez été rapporteur d’un avis elle a été pendant conscience de cette réalité et reconnaissent un
du Cese sur la prévention des RPS 2. Quelles cinq ans à la Direction déficit de connaissance sur la santé au travail.
en étaient les grandes lignes ? des affaires sociales Il faut avoir conscience que le mot « RH » avait
S. B. Les suicides de salariés ont particulière- d’Onet. presque disparu des enseignements, au profit
ment choqué l’opinion publique, mais ces drames Q AU NIVEAU du « management ». Or, dans les « RH », il ne faut
ne sont que la partie émergée d’un phénomène national, en 2009 et pas oublier qu’il y a le « H » de « humain ». De
beaucoup plus large et grandissant. Après avoir 2010, elle a conduit nombreux étudiants, même en dernière année,
dressé un état des lieux de la connaissance de les négociations ne savent pas ce qu’est un délégué du person-
ces risques et des initiatives déjà mises en place, sur la formation nel ou une convention collective. Il y a du che-
nous avons formulé des recommandations visant professionnelle pour min à parcourir, mais dès qu’on leur parle de ces
à accroître l’effort de prévention en amont des la branche propreté enjeux, ils sont très intéressés. Je dirais que la
réorganisations et restructurations, à mobiliser et une mission pour nouvelle génération est particulièrement sensible
les différents acteurs de prévention, notamment améliorer le dispositif à ces questions, d’autant plus que nous nous trou-
le CHSCT et les services de santé au travail, et à du chômage partiel vons dans une période d’incertitude économique,
développer le dialogue social sur la santé et les de longue durée. source de souffrances chez les jeunes. Ils ont vu la
Q EN 2010, elle a
conditions de travail, y compris dans la fonction génération de leurs parents s’abîmer au travail et
publique. Malgré sa réglementation, ses services été nommée en tant
ils ne veulent pas faire de même.
de santé au travail, son inspection du travail, etc., que personnalité
la France n’est pas en avance sur la question des qualifiée dans la
Êtes-vous optimiste quant à la prise en
RPS, qui reste un risque majeur. L’une des ori- section du travail et
compte de ces questions dans les entre-
ginalités du rapport est d’avoir remis les choses de l’emploi au Conseil
prises ?
dans l’ordre. Nous rappelons que la prise en économique, social et
S. B. En observant combien les inégalités sociales
compte des RPS, et plus généralement la santé au environnemental et à
se creusent, ce n’est pas évident, mais les nou-
travail, doit faire partie intégrante de la stratégie la délégation aux droits
velles générations me rendent confiante. Et puis, si
de l’entreprise, au même titre que l’économie, l’in- des femmes. En 2013,
personne n’agit, nous ne progresserons jamais…
novation ou la finance. Comment agir en amont ? elle a été rapporteur
J’observe néanmoins que les gouvernements
La réponse tient dans la mise en place d’une vraie du rapport
prennent ces sujets en main. Aujourd’hui, les
politique de RSE. « La prévention
Allemands travaillent sur les achats responsables.
des risques
La norme ISO 26 000, qui donne des lignes direc-
Ce rapport a-t-il permis de faire progresser psychosociaux ».
trices aux entreprises et aux organisations pour
la prise en compte des RPS dans les entre- opérer de manière socialement responsable, est
Q ELLE EST vice- une opportunité de faire évoluer la situation. Elle
prises ?
présidente
S. B. Ce rapport doit avant tout servir de base touche notamment aux questions de relations de
de l’Association
de réflexion pour la mise en place d’actions. Par travail et de conditions de travail. Certes, les TPE-
nationale des DRH
exemple, depuis le vote de ce rapport, les par- PME sont loin de ces préoccupations mais cela
depuis deux ans.
tenaires sociaux ont signé un accord dans la évolue car de plus en plus de donneurs d’ordres
fonction publique pour prévenir les risques psy- exigent des garanties. Et puis n’oublions pas que
chosociaux, ce qui était une de nos recomman- le mouvement de la RSE est né dans les années
dations. Dans tous les cas, notre rôle ne doit pas 2000 à l’initiative du consommateur, soucieux
se borner à rédiger un rapport mais bien d’en d’acheter responsable. Voilà qui constitue un
assurer le service après-vente. Pour ma part, j’in- argument de poids pour faire évoluer les choses
terviens régulièrement dans des conférences ou dans le bon sens. Q
des tables-rondes dans des entreprises ou dans
1. La Kedge Business School forme en management
le secteur public. La prochaine en date sera la
des étudiants en formation initiale ou des professionnels
conférence européenne sur la santé mentale au et fait de la recherche sur les thèmes du management,
travail de Berlin au mois d’octobre. de la RSE, du marketing… (www.kedgebs.com/fr)
2. La prévention des risques psychosociaux - Avis présenté
Comment convaincre les entreprises d’agir ? en plénière le 14 mai 2013. À lire sur : www.lecese.fr/content/
S. B. Il faut leur montrer qu’une meilleure santé la-prevention-des-risques-psychosociaux.

travail & sécurité – n° 754 – octobre 2014


DOSSIER

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Les travaux
de déconstruction
© Gaël Kerbaol/INRS

16 Un secteur en pleine mutation 24 La Seine, théâtre d’un étonnant


ballet
19 Des interventions extrêmement
QDOSSIER RÉALISÉ diversifiées 26 Réhabilitation d’immeubles
par Céline Ravallec.
21 Clap de fin pour l’ancien pont de Térénez de grande hauteur

22 Les fines lames du bâtiment 28 Une papeterie mise à nu

travail & sécurité – n° 754 – octobre 2014


DOSSIER
16
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ELLE EST LOIN l’époque où les démolitions des bâtiments se faisaient à la boule,
en « tapant dans le tas », sans distinction de matériaux et sans étude préalable.
Le secteur de la déconstruction et de la démolition connaît en effet depuis une vingtaine
d’années des évolutions majeures, à tous les niveaux : organisation, matériel, formation,
environnement. Autant d’éléments qui contribuent à améliorer la sécurité sur les chantiers.

Un secteur en pleine mutation

J
usqu’au début des années Brech, expert BTP à l’INRS, que Les sites d’intervention sont
1990, ils étaient des cas- ce soit au niveau des méthodes extrêmement divers : immeubles
seu rs-réc upérateu rs. de travail, des équipements ou d’habitat, de bureaux, bâtiments
Puis ils sont devenus des des mesures de prévention. » industriels, centrales électriques,
démolisseurs. On parle Les entreprises de déconstruc- locaux commerciaux, sites mili-
désormais de déconstructeurs. tion ont pour première mission taires… Dans la mesure du pos-
Cette évolution sémantique tra- de mettre à nu un ouvrage ou sible, les opérations se déroulent
duit la transformation dont a fait un bâtiment et d’en évacuer tous selon le schéma inverse de la
l’objet le secteur de la démolition les constituants. C’est le curage. construction. Lors des opéra-
et déconstruction ces dernières Le gros œuvre est ensuite soit tions de curage, tous les élé-
années. « Le métier s’est pro- détruit, soit réhabilité pour com- ments du bâtiment sont retirés :
fessionnalisé durant ces deux mencer une nouvelle vie. C’est cloisons, faux plafonds, éléments
décennies, observe Alain Le la démolition ou la rénovation. de façades, vitres, réseaux divers
(électricité, chauffage, climati-
sation), ascenseurs... La dépose
des matériaux toxiques ou nocifs
(amiante, plomb, pyralène, etc.)
fait aussi partie des opérations
de curage 1. En cas de démolition
du gros œuvre, différentes tech-
niques sont possibles (écrétage,
grignotage, sciage, hydrodémo-
lition…). Lorsqu’il s’agit d’une
réhabilitation, le béton reste – au
Depuis une moins en partie – en place. Cer-
quinzaine d’années, tains planchers ou murs peuvent
la mécanisation être supprimés ou découpés à
permet d’améliorer l’aide de scies à béton ou d’en-
les conditions
de travail et la gins électriques commandés à
sécurité, notamment distance.
© Gaël Kerbaol/INRS

l’utilisation d’outils L’activité est à risque : pour l’an-


de démolition née 2012, le taux de fréquence
télécommandés, qui
maintiennent les
des accidents du travail était
opérateurs à distance de 57,5 et le taux de gravité de
de la zone à risque. 4,6. Quatre décès dont un lié à

LE SNED LES POUSSIÈRES DE DÉMOLITION


Créé en 1880, le Sned (Syndicat national des entreprises Un groupe de travail associant l’Ademe, la Cramif, l’INRS,
de démolition) représente aujourd’hui plus de 150 entreprises l’OPPBTP, le Sned et la Fédération française du bâtiment
en France, petites et moyennes, intervenant dans les secteurs planche actuellement sur la problématique de l’émission
de la démolition, la découpe du béton (sciage et carottage) des poussières sur les chantiers de curage. Objectif :
et le désamiantage. Ses membres vont de la TPE à l’entreprise mieux caractériser les poussières et leur nocivité
de 300 salariés. Il représente près de 6 000 salariés, soit environ afin de diminuer l’exposition des salariés et de
les deux tiers du secteur. Il sert de relais entre les entreprises l’environnement à ces poussières. Les échanges
et les pouvoirs publics ou les fabricants de matériels. de ce groupe devraient à terme aboutir à la publication
L’amélioration des conditions de travail est l’un de ses axes d’un guide de bonnes pratiques sur les opérations
de travail privilégiés. de curage.

travail & sécurité – n° 754 – octobre 2014


DOSSIER

© Gaël Kerbaol/INRS
l’amiante ont été déplorés. Si le Pour l’année 2012, des substances toxiques comme matière de sécurité et de préven-
taux de fréquence tend à dimi- le taux de fréquence le plomb. « La ventilation des tion des risques. « L’objectif était
de l’activité était
nuer depuis plusieurs années, locaux est très importante pour double, relate Gérard Béhard,
de 57,5 et le taux
ce n’est pas le cas du taux de de gravité de 4,6. que les opérations de curage ingénieur-conseil BTP à la Cra-
gravité. Les risques sont princi- Si le premier tend se déroulent dans de bonnes mif : améliorer les conditions de
palement les chutes de hauteur, à diminuer depuis conditions », précise Bruno Cour- travail et la sécurité, et limiter
les effondrements de structure plusieurs années, tois, expert chimiste à l’INRS. La une concurrence jugée déloyale
ce n’est pas le cas
– les accidents les plus graves du second. démolition du béton émet éga- en marginalisant les entreprises
rencontrés résultent de ces deux lement des poussières de silice non respectueuses des règles
risques mais aussi de bascule- cristalline. de sécurité. » Les techniques
ments d’engin –, la coactivité, commençaient parallèlement
les problèmes de flux et de circu- Actions tous azimuts à évoluer à l’époque. « La plus
lations. Les professions les plus En matière de conditions de grosse évolution concerne la
accidentées sont les ouvriers travail, de sérieuses avancées mécanisation de l’activité, et
démolisseurs et les conducteurs ont eu lieu depuis le milieu des notamment l’arrivée des pelles
d’engins. années 2000. À l’époque, le de grande hauteur depuis une
Les manutentions manuelles et Syndicat national des entre- quinzaine d’années, confirme
ports de charge sont encore très prises de démolition (Sned), Mathieu Hiblot, délégué géné-
présents dans les opérations de qui regroupe plus de 150 entre- ral du Sned. Les immeubles à
curage, car celles-ci sont dif- prises du secteur (lire l’encadré déconstruire sont de plus en
ficilement mécanisables. Ce page précédente), s’est penché plus hauts. Cela a profondément
sont par ailleurs des opérations avec la Cramif sur les conditions modifié le métier. » Le matériel

«
très génératrices de poussières. d’intervention de ses entre- s’améliore au fil des années :
Or les bâtiments sont souvent prises adhérentes, afin de tirer les engins ont des cabines cli-
anciens, et peuvent comporter les entreprises vers le haut en matisées, voire pressurisées,

30 % des entreprises
du secteur sont des filiales de grands
1,5 milliard d’euros
environ, c’est le chiffre
90 % c’est la proportion
que représente le béton dans
groupes du BTP. Le reste est constitué d’affaires annuel du secteur l’ensemble des déchets recueillis
d’entreprises indépendantes. au niveau national. sur les chantiers de démolition-
Initialement, les démolisseurs déconstruction.
étaient principalement des entreprises
familiales.

travail & sécurité – n° 754 – octobre 2014


DOSSIER
18
19
les pelles de démolition sont mêmes règles. « Puisqu’on va
équipées de systèmes de bru- casser quelque chose, certains
misation pour limiter les émis- donneurs d’ordres peuvent esti-
sions de poussières. L’utilisation mer qu’il n’est pas nécessaire
de robots de démolition télé- de mettre des moyens », com-
commandés, qui maintiennent plète Philippe Sordoillet, expert
les opérateurs à distance de BTP à l’INRS. C’est pourquoi la
la zone à risque, se développe prise en compte de la sécurité a
également. « La mécanisation a pu passer au second plan. C’est
supprimé un certain nombre de beaucoup moins vrai aujourd’hui.
risques professionnels, notam- « Les différents acteurs ont tous
ment au niveau des manuten- une responsabilité, insiste Alain
tions, mais elle a déplacé ces Le Brech : le maître d’ouvrage,
risques, nuance Gérard Béhard. le coordonnateur SPS, le maître
Ce qui impacte la sinistralité de d’œuvre, les instances de sécurité
l’activité actuellement, ce sont (contrôleur de sécurité Carsat-
les chutes à la montée et à la Cramif) et les entreprises. » Même

© Gaël Kerbaol/INRS
descente des cabines. Il y a un si, pour l’instant, rien n’existe de
travail de fond à mener sur l’ac- façon formelle en amont de l’en-
cès aux cabines d’engins. » treprise de démolition.
Mais les progrès n’ont pas été « Les donneurs d’ordres ont un
réalisés uniquement sur le maté- rôle important dans l’évaluation
riel. L’organisation des chantiers des risques ou le repérage des
est désormais beaucoup plus La mécanisation a désamiantage »… Enfin, les pré- substances dangereuses, mais il
rigoureuse. Le travail prépara- supprimé un certain occupations environnementales y a encore un gros travail péda-
nombre de risques
toire est de plus en plus impor- professionnels, mais
et l’essor du recyclage prennent gogique à mener auprès d’eux »,
tant. Le secteur fait de plus en en a créé d’autres. une place de plus en plus impor- constate Mathieu Hiblot. C’est
plus appel à des bureaux d’études Ce qui impacte tante dans le secteur des travaux. pourquoi le Sned a réalisé ces
et embauche des techniciens et la sinistralité de À cet égard, la mécanisation des derniers mois un cycle de confé-
des ingénieurs pour mieux com- l’activité actuellement, opérations contribue à un tri de rences à travers la France avec
ce sont les chutes
prendre comment les structures à la montée et à la meilleure qualité sur les chan- différents partenaires (Ademe,
ont été bâties. L’emploi de la 3D, descente des cabines tiers de démolition. L’emploi qui OPPBTP, Direccte, Carsat) pour
voire de la 4D, pour étudier la d’engins. sera fait des déchets détermine aller à la rencontre des maîtres
cinématique des opérations dans d’ailleurs pour une large part les d’ouvrage et les sensibiliser à
l’espace et le temps, et anticiper méthodes de déconstruction qui l’évaluation des risques pro-
le déroulement du chantier, tend seront utilisées. fessionnels. À travers tous ces
à s’étendre. Parallèlement, le axes de travail, l’amélioration
développement de formations Sensibiliser les des conditions de travail trans-
professionnelles contribue éga- donneurs d’ordres forme progressivement l’image
lement à valoriser les compé- Mais un des autres rôles du de la profession – en jouant sur
tences et le métier en apportant Sned, accompagné par les pré- la notion de performance globale
une qualification reconnue aux venteurs, est de sensibiliser les de l’entreprise – et améliore l’at-
salariés. Le Sned a contribué à donneurs d’ordres à l’intégra- tractivité de ces métiers. Q
développer plusieurs formations tion des mesures de prévention 1. Ce dossier ne traitera pas
professionnelles ces dernières dans les pièces de marché. Car, des opérations de désamiantage.
années (lire l’encadré p. 22) : si certaines entreprises mettent Lire à ce sujet le dossier
de Travail & Sécurité n° 723,
certificat de qualification profes- en œuvre des méthodes de tra-
datant de décembre 2011.
sionnelle (CQP) « scieur carotteur vail rigoureuses et des mesures Téléchargeable sur :
de béton » et habilitation « scier de prévention adaptées, d’autres www.travail-et-securite.fr.
en sécurité », CQP « opérateur en peuvent ne pas respecter les C. R.

EN SAVOIR PLUS
Q Interventions sur les peintures contenant du plomb, Q Travaux de déconstruction, recommandations générales
ED 909, INRS. sur la consultation des entreprises, Sned/Untec.
Q Soudage et coupage au chalumeau, ED 742, INRS. À consulter sur www.sned.fr.
Q Démolition de bâtiments non industriels, FAR 29, INRS. Q Travaux de démolition, déconstruction, Livret de l’accueillant,
À consulter sur www.inrs.fr. OPPBTP/Sned.
Q Démolition de structures de grande hauteur, À consulter sur www.preventionbtp.fr.
recommandations générales relatives à la conduite Q Travaux de démolition réalisés à l’aide d’engins mécaniques,
d’une pelle de démolition, Sned/Cisma. Recommandations Cramif n° 18.
À consulter sur www.cramif.fr.

travail & sécurité – n° 754 – octobre 2014


DOSSIER

Des interventions
extrêmement diversifiées
LES ENTREPRISES de déconstruction et de démolition réalisent tous types de chantiers.
Illustration avec B.D.S., une entreprise de la région bordelaise pour qui la maîtrise
des risques professionnels fait partie de ses engagements prioritaires.

E
n ce début de matinée
du mois de juillet, une
équipe de l’entreprise
B.D.S. intervient sur
un démantèlement de
chambres froides. Le chantier
se situe sur une ancienne plate-
forme de stockage de la grande
distribution, au marché d’inté-
rêt national de Bordeaux. D’une
durée de quatre semaines, l’in-
tervention de l’entreprise entre
dans sa dernière ligne droite. Elle
consiste à déposer les panneaux
isolants composés de mousse de
polyuréthane et de tôle, ainsi
qu’à effectuer le retrait des

© Gaël Kerbaol/INRS
canalisations et des différents
réseaux. Le local a une super-
ficie d’environ 2 500 m2, pour
une hauteur moyenne sous pla-
fond approchant les 15 mètres.
Mais les cloisons à déposer ne
dépassent pas les 8,30 mètres Les imprévus manuelles, limite les émissions il faut s’attaquer aux travaux
de haut. Le site ne comporte pas sont légion dans de poussières et permet un meil- de finition, remarque Stéphane
d’éléments toxiques (amiante, les chantiers de leur tri des déchets. C’est la solu- Balout, le chef de chantier. C’est
déconstruction et
plomb, …). certains peuvent tion la plus adaptée pour un tel un travail de fourmi, qui consiste
Le démontage des cloisons est nécessiter site. » Trois salariés de B.D.S. et à retirer tous les petits éléments
réalisé essentiellement à la d’effectuer des tris deux intérimaires interviennent d’habillage, comme les bouts de
pelle mécanique. « L’intérêt de des déchets à la main. sur ce chantier. Certains tuyaux cornière. »
mécaniser est multiple, explique sont coupés à la disqueuse
Sébastien Reuziaux, conduc- depuis des nacelles. L’avancée Ne pas faire d’écho
teur de travaux chez B.D.S. C’est du chantier s’est faite sur le prin- Anciens sites industriels, bâti-

«
plus rapide, ça supprime de cipe de la marche en avant, plus ments d’habitat, tours de
nombreux risques profession- souvent rencontré dans l’indus- bureaux, locaux commerciaux,
nels, réduit les manutentions trie que dans le BTP. « Ensuite, collectivités territoriales… les

B.D.S. EN CHIFFRES
Fondée en 1981, l’entreprise B.D.S. (Bordeaux démolition services)
a été rachetée par le groupe régional Cassous en 2008. Elle intervient
dans la déconstruction, la dépollution, le désamiantage et la valorisation-
recyclage. Dans ses équipes de terrain, elle compte six chefs de chantier,
deux chefs d’équipe, neuf opérateurs de démolition, six chauffeurs
© Gaël Kerbaol/INRS

de pelle et quinze désamianteurs. L’entreprise effectue des chantiers


dont les durées vont de la demi-journée à plusieurs mois. Un chantier
moyen dure deux mois et représente un chiffre d’affaires d’environ
100 000 euros.

travail & sécurité – n° 754 – octobre 2014


DOSSIER
20
21
de démantèlement. « Lorsque ça
arrive, je leur réponds qu’on est
des démolisseurs, pas des magi-
ciens, et qu’on ne peut pas faire
correctement le travail plus vite »,
poursuit Sébastien Reuziaux.
De l’autre côté de la Garonne, une
autre équipe de l’entreprise effec-
tue la démolition du bâtiment
d’une ancienne station-service,
sur la commune de Cenon. Là, il
s’agit de démanteler le bâtiment
et ses fondations, et rien de plus.
Le chantier doit durer une petite
semaine. La mécanisation est

© Gaël Kerbaol/INRS
plus lourde, une pelle de démo-
lition est à l’œuvre. Un opérateur
gravite à proximité. La « surprise
du jour », comme le commente
le conducteur de l’engin, c’est la
présence d’une couche isolante
sites de déconstruction sont Pour chaque chantier, déconstruction manuelle, sciage, (polystyrène et plastique) dans le
extrêmement variés. Les risques l’analyse des risques déconstruction mécanique), les béton. Le tri doit alors s’effectuer
passe par le Plan
professionnels dans l’activité particulier de sécurité méthodes retenues font l’objet à la main, avant l’évacuation des
sont multiples : collisions engins- et de protection d’analyses de risques préalables déchets.
piétons, effondrement d’éléments de la santé (PPSPS) pour déterminer les moyens « Dans le déroulement d’un
de structures, émissions de pous- ou par un plan de prévention les plus adaptés chantier de déconstruction, on
de prévention.
sières toxiques, manutentions et les protections collectives et rencontre toujours des choses
manuelles, risque électrique lié individuelles à mettre en œuvre. tordues, inattendues, commente
à de mauvaises consignations de « Qu’attend de nous un maître Sébastien Reuziaux. Les anciens
réseaux. Ils dépendent majoritai- d’ouvrage ?, questionne Pierre savent agir en conséquence, ils
rement de la nature du chantier : Guerlou. Que le chantier ne fasse connaissent le terrain et évaluent
un curage léger (dépose de cloi- aucun écho, dans tous les sens les risques. Pour les nouveaux,
sons, de faux plafonds) sera dif- du terme. » on organise des accueils sécu-
férent d’un curage mécanisé, lui- rité pour les sensibiliser dès leur
même différent d’une démolition. « Surprise du jour » arrivée. » Même pratique avec
« Historiquement, les entreprises « Un chantier de déconstruction les intérimaires, à qui l’entre-
de démolition avaient plus des ou de démolition réussi est un prise fait souvent appel. « Ils tra-
profils et une culture de travaux chantier qui ne fait pas parler de vaillent régulièrement avec nous,
publics. Or au quotidien, nous lui, précise le dirigeant : absence on les fidélise. Sur le terrain, on
sommes plus confrontés à des de nuisances ou de perturba- les associe aux discussions, ils
problématiques du bâtiment », tions pour le voisinage, absence sont impliqués au même titre que
remarque Pierre Guerlou, direc- d’accidents et incidents sur le les salariés et savent de quoi on
teur général de l’entreprise. chantier, gestion adaptée des parle. » Étant le plus souvent en
Pour chaque chantier, l’analyse déchets… » Pourtant, dans les sous-traitance du gros œuvre,
des risques passe par le Plan réhabilitations, certains maîtres l’entreprise intervient générale-
particulier de sécurité et de d’ouvrage qui souhaitent voir ment seule sur les sites. La pro-
protection de la santé (PPSPS) leur chantier avancer rapidement blématique de la coactivité est
ou par un plan de prévention. ont tendance à faire accélérer donc rarement rencontrée. Q
Et pour chaque métier (curage, la phase de déconstruction ou C. R.

ENGAGEMENT DE LA DIRECTION
Dans le cadre de sa politique qualité, sécurité Q la maîtrise de la sous-traitance ;
et environnement, la direction de B.D.S. a signé en mars 2014 Q l’amélioration du management en interne ;
un engagement pour maîtriser les risques en veillant à : Q l’information du personnel de son droit de retrait en cas
Q la formation des équipes dans le but d’élever de risque non maîtrisé ;
les compétences ; Q la mise en place de retour d’expérience des situations
Q l’identification, l’évaluation et la prévention des risques à risques perçues dans l’entreprise (accidents, incidents,
(y compris les risques psychosociaux et les addictions) ainsi presqu’accidents, réclamations clients, etc.).
que la gestion optimisée des situations dangereuses ;

travail & sécurité – n° 754 – octobre 2014


DOSSIER

CONSTRUIT ENTRE 1913 ET 1925, dynamité en 1944, reconstruit au début des années 1950,
le pont suspendu de Térénez est aujourd’hui en cours de déconstruction. Un chantier
spectaculaire où rien n’est improvisé.

Clap de fin pour l’ancien pont


de Térénez

C’
est un spectacle tier chez DSD démolition. Une côté exceptionnel de l’interven-
qui met en arrêt plate-forme mobile positionnée tion, avec ses contraintes tech-
les touristes et les sous l’ouvrage à l’extrémité de niques et environnementales.
randonneurs qui chaque demi-tablier permettait La bonne préparation des opé-
passent à proxi- la découpe au chalumeau de la rations en amont, réalisée par le
mité. L’ancien pont suspendu structure métallique. bureau d’études Ingérop, concep-
de Térénez, reliant le Finistère Les 58 suspentes, les barres
nord à la presqu’île de Crozon d’acier reliant les câbles por-
au-dessus de l’Aulne, disparaît teurs à la travée centrale tout au
progressivement. Sa déconstruc- long du pont, ont été découpées
tion a débuté le 6 janvier 2014. depuis des nacelles. Le tablier se
Réalisée par un groupement de trouvait à 28 mètres au-dessus
trois entreprises, DSD démoli- de l’eau, et la tête des pylônes
tion, 4D démolition et Ginger culminait 38 m plus haut. « Il ne
CEBTP, elle se déroule à l’inverse faut pas avoir le vertige, tout le
de la construction : une fois la monde n’est pas capable d’inter-
travée centrale ouverte en son venir à une telle hauteur sur une
milieu, le tablier de 272 mètres nacelle, souligne Michel Gouty,
© Gaël Kerbaol/INRS

a été découpé symétriquement chef de chantier chez 4D démo-


en remontant vers chaque rive. lition, d'autant que les mouve-
Selon les phases, de dix à quinze ments de la structure peuvent
personnes sont intervenues sur être impressionnants. »
le chantier. Si le démontage de la travée
Le tablier a été débité à la scie à centrale était considéré comme
béton en tronçons de 4,50 m de une des phases les plus délicates La bonne préparation teur de l’opération (étude de fai-
long et de cinq à six tonnes. La du chantier, il n’était qu’une des opérations en sabilité, diagnostic des matériaux
amont, réalisée par
partie métallique a ensuite été étape dans la déconstruction. Le un bureau d’études,
présents – plomb, amiante –,
découpée au chalumeau. Tous démontage des câbles porteurs a permis d’assurer appréciation des volumes de
les éléments ont été évacués a été réalisé dans la foulée. Le l’avancement du déchets, montage des dossiers
par deux grues de 35 tonnes, « grignotage » des deux pylônes chantier dans de de consultation des entreprises),
positionnées à proximité sur est actuellement en cours, auquel bonnes conditions. a permis d’assurer l’avancement
chaque demi-tablier. « En vitesse succédera le réaménagement du du chantier dans de bonnes
de croisière, 4,5 mètres de pont site et des belvédères prévu pour conditions. L'essentiel de la pré-
étaient grignotés chaque jour la fin de l’année. Ce chantier vention se joue lors de la phase
vers chaque rive », explique s’est pour l’heure déroulé sans préparatoire d’un chantier. Q
Yassine Hadjkali, chef de chan- imprévu particulier, malgré le C. R.

CHANTIER À DIMENSION SOCIALE D’UN PONT À L’AUTRE


Le conseil général du Finistère souhaitait un chantier exemplaire L’ancien pont de Térénez n’était plus en service
à tous les niveaux. La gestion des déchets (tri, suivi, traitement) à cause d’un problème d’alcali-réaction du béton
représente par exemple 800 000 euros sur un budget global qui fragilisait sa structure depuis une vingtaine
de 4,5 millions d’euros. Le site étant classé Natura 2000, d’années. Un nouveau pont, construit à proximité,
rien ne doit tomber dans l’Aulne. Par ailleurs, les entreprises a été inauguré en 2011 pour assurer la circulation
titulaires du marché se sont engagées à réserver 5 % des heures routière. Celui-ci a reçu deux récompenses
travaillées, soit 3 730 heures, à des personnes en réinsertion. internationales : le prix de la Fédération
Trois opérateurs issus d’horizons variés (un maçon, un peintre international du béton FIB 2014 et le World
et un marin) ont ainsi été recrutés pour participer à ce chantier. Infrastructure Award 2013.

travail & sécurité – n° 754 – octobre 2014


DOSSIER
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Les fines lames du bâtiment


LE MÉTIER de scieur-carotteur est aujourd’hui incontournable dans les activités
de déconstruction. Les acteurs du secteur se sont mobilisés pour développer
des formations qui structurent le métier et intègrent la maîtrise des risques professionnels.

pour les équipes, et ça ne crée


pas de dommages sur la struc-
ture conservée. » « On est dans
de la microdémolition, complète
le scieur-carotteur. Nous sommes
les fines lames du bâtiment ! »,
ironise-t-il.
Autre chantier, autre ville. À
Rennes, l’entreprise TNS BTP
intervient en sous-traitance du
gros œuvre pour effectuer toute
la démolition intérieure d’un
bâtiment d’anciens bureaux sur
un site militaire : murs, cloisons,
toiture, dallage. Seuls les murs
extérieurs seront conservés. Le
protocole d’installation de la scie
© Gaël Kerbaol/INRS à béton est le même, mais au sol.
Il s’agit ici d’effectuer le retrait
d’un dallage au sol, en préser-
vant une salle contiguë.
Un peu plus loin en centre-ville,
sur les bords de la Vilaine, sous

À
Parce qu’il consiste peine les locaux déser- d’épaisseur, afin d’agrandir les un pont quai Richemont, se tient
à s’attaquer à la tés par les collégiens sanitaires de l’établissement. Un une autre équipe de l’entreprise
structure même du
en ce début d’été, système de brumisation limite bretonne. Le chantier ici consiste
bâtiment, le métier
de scieur-carotteur deux opérateurs sont les émissions de poussières. à remplacer les appareils d’appui
comporte des risques à l’œuvre dans un col- Nicolas Lahure, scieur-carotteur du pont. Il faut créer des niches
sévères (effondrement lège de Mérignac, en Gironde. Ils chez Stifor, filiale de l’entre- pour loger des vérins provisoires
de structure, installent une scie à béton : pose prise B.D.S., pilote à distance qui vont maintenir la structure
écrasement, chute
de hauteur…). du rail, installation du moteur, l’engin et contrôle l’avancée du du pont avant de creuser de
du disque de 800 mm de dia- trait de coupe. Son équipier, en nouvelles niches où seront ins-
mètre, du carter. Ils s’équipent formation, le seconde. Attention tallés les vérins définitifs. Des
ensuite de leurs protections et concentration sont de mise. carottes de béton horizontales
individuelles. Et le disque se « C’est la solution anti-marteau de 1,60 mètre de profondeur sont
met en mouvement. Dans un piqueur, observe Franck Petit, extraites des piles du pont.
fracas assourdissant, commence conducteur de travaux dans Ces trois scènes de chantier
la découpe d’un pan de mur de l’entreprise. C’est beaucoup plus illustrent un métier relative-
3,60 x 2,70 mètres, et de 20 cm rapide, beaucoup moins fatigant ment récent, qui s’est longtemps

DEUX FORMATIONS POUR LES SCIEURS-CAROTTEURS DE BÉTON


Le Sned a initié deux formations professionnelles de scieurs-carotteurs de béton :
une habilitation à scier en sécurité et un certificat de qualification professionnelle (CQP)
scieur-carotteur de béton. D’une durée de 49 heures, dont 35 consacrées à la maîtrise
des risques professionnels, l’habilitation rappelle les règles de sécurité en termes
d’organisation et d’équipements et aide à analyser la structure porteuse du bâtiment
© Gaël Kerbaol/INRS

pour anticiper les effets d’une intervention. Plus de 150 scieurs ont été formés
sur deux ans. La première session du CQP scieur-carotteur de béton s’est terminée
en septembre 2014. D’une durée d’un an, elle a permis de former sept jeunes
en alternance. Le CQP aborde la question du mode opératoire global, intégrant
la sécurité. Il est délivré par les commissions paritaires nationales de l’emploi du BTP.

travail & sécurité – n° 754 – octobre 2014


DOSSIER

appris sur le tas : scieur-carotteur aujourd’hui, et les risques lors préoccupation lors de ces inter-
de béton. « C’est un métier plutôt de telles interventions (effon- ventions. « On le rencontre au
mal aimé, et encore mal reconnu drement de structure, écrase- cours des opérations de curage,
par les donneurs d’ordres », ment, chute de hauteur…) sont où il est difficile d’avoir une
décrit Mathieu Hiblot, délégué importants. consignation totalement fiable
général du Sned 1. L’activité de Le métier progresse à tous les des réseaux électriques, consi-
sciage-carottage se fait prersque niveaux. Parallèlement au déve- dère-t-il encore. C’est le pro-
exclusivement en sous-traitance. loppement des formations, les blème des petites rénovations,
Le manque de formations struc- équipements et outils de chantier qui ne sont pas preçues comme
turées a pu en pénaliser l’image. évoluent aussi. Les scies hydrau- de vrais chantiers. » En résumé,
C’est pourquoi le Sned a mis sur liques, dont le groupe hydrau- « c’est en jouant sur toutes les
pied deux formations propres lique pouvait atteindre 150 kg, composantes – l’organisation, le
aux scieurs-carotteurs (lire l’en- laissent progressivement la place matériel adapté, la formation, la
cadré page précédente). « Les aux scies électriques haute fré- sensibilisation – que l’on obtient
formations doivent contribuer à quence, dont le convertisseur Parallèlement au des progrès », explique Christian
élever le niveau de compétence (qui par analogie remplace le développement des Lebreton, contrôleur de sécu-
formations, les outils
des compagnons et valoriser groupe hydraulique) pèse une de chantier évoluent rité à la Carsat de Bretagne. Ce
le métier et les connaissances vingtaine de kilogrammes. « Sur aussi. Les scies vers quoi tend progressivement
nécessaires », poursuit-il. Et ce point, la grande difficulté est hydrauliques laissent le métier de scieur-carotteur de
compenser les problématiques le dialogue entre utilisateurs et progressivement béton. Q
la place aux scies
de recrutement dans l’activité fabricants, poursuit Bertrand For- électriques haute 1. Sned : Syndicat national
qui compte autour de 2 000 per- tineau. Les entreprises de démo- fréquence, plus des entreprises de démolition.
sonnes en France. lition sont de petites structures mobiles. C. R.

C’est un métier plutôt mal


aimé, et encore mal reconnu
par les donneurs d’ordres.

« Historiquement, les premiers face à de grands groupes de


scieurs venaient de la méca- fabricants, les rapports de force
nique, ils avaient très peu de ne sont pas déséquilibrés. Le
culture chantier, relate Bertrand Sned joue un rôle important pour
Fortineau, directeur de l’entre- nous relayer. »
prise TNS BTP. Or il faut amener Le déplacement de charges
les scieurs à une plus grande (matériel, gravats) reste un pro-
culture bâtiment, car leur rôle blème récurrent sur ces petits
est d’attaquer la structure. Pour chantiers. « Mais ça tend à
toutes les opérations, ils ont s’améliorer, grâce à une meil-
besoin de bien observer et maî- leure organisation en amont. Les
triser leur environnement. Les outillages, comme les robots de
© Gaël Kerbaol/INRS

formations récemment dévelop- démolition, les treuils sur potence


pées contribuent à leur apporter pour aider à la manutention,
la théorie qui manquait. » Car évitent certains risques », pour-
rares sont les scieurs-carotteurs suit Bertrand Fortineau. Le
provenant du bâtiment, encore risque électrique est une autre

Interview
BERTRAND FORTINEAU, directeur de l’entreprise TNS BTP
« Dans le cadre du Fonds national de soutien ressenti et les observations sur le terrain.
relatif à la pénibilité 1, et avec un soutien du Après cette phase de diagnostic, nous allons
Sned, nous avons mené en interne une étude constituer des groupes métiers avec des
sur la pénibilité dans nos deux métiers, opérateurs pour réfléchir à des pistes
© Gaël Kerbaol/INRS

démolisseurs et scieurs-carotteurs. Elle a porté d’amélioration qui, à terme, feront l’objet


sur trois aspects : les mesures physiques de fiches pratiques ou d’un guide de bonnes
(bruit, vibrations main-bras, vibrations du pratiques. »
corps entier), les entretiens menés par un 1. Aide financière de la Carsat Bretagne signée
consultant avec les compagnons sur leur avec la Direction des risques professionnels.

travail & sécurité – n° 754 – octobre 2014


DOSSIER
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La Seine, théâtre
d’un étonnant ballet
LA DÉCONSTRUCTION de l’ancien barrage de Chatou, entreprise au printemps 2013,
a nécessité de définir des modes opératoires inédits. La sécurité des salariés
a été prise en compte dans les différentes options retenues.

L’
île dite « des Impres- le détruire et de construire un Achevé en 1933, ce barrage était le
sionnistes », sur la com- nouvel ouvrage. La démolition de seul en France à vannes levantes
mune de Chatou, dans l’ancien barrage prévue dans le doubles, c’est-à-dire fonctionnant
les Yvelines, est en train programme d’aménagement de avec des vannes qui s'abaissaient
de changer de physio- cette partie de l’île a été confiée pour réguler le flux du fleuve. Il
nomie. Le barrage de régulation à l’entreprise Genier-Deforge, comprenait dans sa partie haute
de la Seine qui date des années filiale de Colas Déconstruc- deux poutres, une en amont et
1930 est en cours de déconstruc- tion. « Nous étions néophytes une en aval. Des moteurs hydrau-
tion tandis qu’un autre, construit en matière de travaux fluviaux, liques et des engrenages action-
50 mètres en amont, a été mis en explique Domingos Goncalves, naient les vannes. Sur chacune
service en 2013. L’ancien ouvrage chef de secteur. Il nous a fallu La pelle de des trois passes 1 de 30 mètres,
déconstruction a
présentait un état de vétusté commencer par recenser parmi été installée sur un se trouvaient deux vannes : une
avancée : vieillissement du béton, les tâches à effectuer celles que ponton adapté aux inférieure et une supérieure,
des vannes, des organes de l’on savait faire et celles qu’on ne besoins du chantier, l’une pesant 120 tonnes et l’autre
manœuvre, d’où la décision de savait pas faire. » en aval du barrage. 150 tonnes. Comment démon-
ter toute la machinerie, et les
vannes, de 30 m de long par
4 m de haut et 4 m de large ?
L’ouvrage, de 27 mètres de hau-
teur pour 100 mètres de large a
été désarmé de ses organes de
manœuvres et de ses éléments
métalliques avant que le génie
civil soit démoli.
« Initialement, on avait envi-
sagé d’édifier un échafaudage
intégré à l’ouvrage pour avoir
une protection collective avec
des postes de travail adaptés et
facilement accessibles, décrit
© Vincent Nguyen pour l’INRS

Domingos Goncalves. Mais


l’échafaudage aurait pris appui
sur le lit du fleuve, à 3,5 mètres
de profondeur. Or avec les tur-
bulences du fleuve et son débit,
ça n’était pas réaliste. Il a fallu
se réorienter vers un autre mode

MODERNISATION L’EAU, FACTEUR DE RISQUE


La démolition de l’ancien barrage de Chatou est réalisée dans Une procédure d’urgence a été définie en cas d’« homme
le cadre d’une opération de modernisation d’ouvrage d’art. à la mer ». Elle a été réalisée avec les pompiers des Yvelines
Réalisée par Voies navigables de France, elle consiste et le capitaine du pousseur, en vue d’organiser une
à construire un nouveau barrage sur la Seine puis à démolir évacuation efficace tout en assurant la sécurité de la
l’ancien qui datait des années 1930. Le nouveau barrage, équipé victime et des intervenants. L’embarcation à disposition
de trois clapets, a été mis en service en juillet 2013. Dans le sur le chantier pour effectuer les navettes entre la terre
prolongement de la déconstruction de l’ancien barrage, des et le ponton peut servir pour récupérer la victime.
aménagements paysagers seront réalisés. Les deux piles sur Des bouées sont présentes sur le ponton. Chaque
chaque rive seront conservées et côté rive gauche, les rouages personne sur le chantier porte obligatoirement un gilet
de l’ancien barrage seront mis en valeur au titre du patrimoine. de sauvetage à déclenchement automatique.

travail & sécurité – n° 754 – octobre 2014


DOSSIER

opératoire. » Il a finalement été deuxième ponton, équipé d’une il a fallu évacuer le batardeau.
décidé de déposer les éléments grue automotrice de 55 tonnes, Pour cette pièce en acier de
et de les évacuer par un ponton est venu s’arrimer au premier 130 tonnes, il a d’abord été envi-
configuré en fonction du gabarit ponton pour manutentionner les sagé de la découper en morceaux
et de la charge des vannes. Au éléments. L’ensemble a ensuite au chalumeau. « Mais il a une
préalable, la présence de plomb, été ramené sur la berge et le structure du type Eiffel, interve-
en petite quantité sur les vannes ponton principal arrimé à quai. nir partiellement aurait affaibli la
inférieures, avait nécessité une Les vannes étaient alors levées structure, d’où l’option de tout reti-
opération spécifique : les com- au moyen d’une grue automo- rer d’un seul tenant », poursuit-il.
pagnons sont intervenus en sca- trice depuis la terre ferme pour Là également, le mode opératoire
phandre sous ventilation assis- être ensuite découpées en quatre retenu était proche de ce qui a
tée et un sas de décontamination morceaux par oxycoupage. Les été réalisé avec les vannes. La
éléments étaient enfin débités pièce, mesurant 8 m x 30 m, soit
par pelle hydraulique munie 240 m2, présentait une prise au
de cisailles à ferrailles en plus vent importante. L’opération n’a
petites pièces, pesant de 500 kg pu être réalisée qu’à une vitesse
à une tonne en moyenne. de vent inférieure à 3 m/s. Le
« Le travail sur l’eau présente levage et le basculement de la
des conditions très particulières, pièce ont nécessité une barge de
explique Théo Deparis, ingé- 40 m x 60 m.
nieur travaux. C’est un chantier Après les phases de curage et la
© Vincent Nguyen pour l’INRS

de pure anticipation : quoi que dépose des différents éléments,


l’on fasse, tout est plus long. Si le est venu le tour de la démoli-
conducteur de la pelle de démo- tion du béton armé. Une pelle de
lition veut avancer ou reculer, il grande hauteur, intervenant de
doit faire appel au pousseur qui 15 à 56 mètres, a été position-
fera le nécessaire en déplaçant née sur un ponton qui était ancré
le ponton sur lequel est position- et stabilisé en aval du barrage à
née la pelle : il faut donc anticiper l’aide de deux pieux. L’abattage
a été installé sur le ponton. La Pour effectuer toutes les opérations. » Idem lors des poussières était réalisé par
vidange définitive du circuit les opérations des opérations de maintenance, un système de brumisation inté-
de maintenance,
hydraulique, représentant 800 litres il est nécessaire qui nécessitent d’acheminer à gré à la pelle. Avec là aussi des
de produits, a également été d’acheminer le ponton quai le ponton supportant la particularités liées à l’environ-
réalisée. à quai. Le chantier pelle afin de réaliser les opéra- nement fluvial. « La pelle n’a pas
se déroulant en milieu tions nécessaires. Dans l’orga- les mêmes réponses, on n’a pas
fluvial, une procédure
La spécificité du travail d’urgence « homme
nisation du chantier, les fluc- les mêmes repères que sur terre,
sur l’eau à la mer » a été tuations saisonnières du débit témoigne le conducteur, Manuel
Pour l’opération de dépose des définie. du fleuve ont également dû être Lopes. Par ailleurs, le béton ici est
vannes, l’analyse de risque a été prises en compte. Le débit limite dur et contient beaucoup de fer-
réalisée lors de la conception du pour travailler était de 700 m3/s. railles. Ça abîme rapidement les
ponton. Constitué de caissons de Or, en hiver, il peut dépasser outils. » La fin de la déconstruc-
9 m x 3 m qui s’emboîtent, celui- les 1 000 m3/s. Une interruption tion du barrage était prévue pour
ci a fait l’objet d’une étude de des travaux a donc eu lieu de mi-septembre. Avec, pour l’entre-
stabilité. Les centres de gravité novembre à avril. prise, l’atout d’avoir acquis de
ont notamment été étudiés par « Le chantier a été organisé pour nouvelles compétences dans un
le bureau maritime. Le ponton qu’il n’y ait pas de conflit entre domaine inédit, intégrant pleine-
mesurant 27 mètres, et la passe deux tâches et éviter ainsi la ment la sécurité des opérations. Q
30 mètres, celui-ci a été accolé coactivité », résume Domingos 1. Une passe correspond à l’espace entre
à une pile du barrage, perpendi- Goncalves. Après le curage et deux piles du barrage.
culairement au flux du fleuve. Un le démantèlement des vannes, C. R.

25 000 tonnes de béton armé


et 1 000 tonnes de ferrailles seront sorties
30 personnes, c’est l’effectif
maximal présent sur le chantier
57 mètres,
c’est la hauteur que
au terme de la déconstruction du gros au moment du pic d’activité. peut atteindre la pelle
œuvre du barrage. Les pièces métalliques En phase de déconstruction hydraulique de démolition
préalablement démontées avaient des du gros œuvre, il était utilisée sur le chantier,
dimensions impressionnantes : les vannes de cinq personnes la seule de ce gabarit
pesaient 120 ou 150 tonnes, le batardeau (trois compagnons, un chef en France.
130 tonnes, le pont roulant 175 tonnes. de chantier, un ingénieur travaux).

travail & sécurité – n° 754 – octobre 2014


DOSSIER
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27

Réhabilitation d’immeubles
de grande hauteur
UN CHANTIER de réhabilitation de trois tours de bureaux à Boulogne-Billancourt,
dans les Hauts-de-Seine, a privilégié la mise en commun de moyens collectifs d’accès
aux étages. Cette option contribue à une meilleure sécurité en facilitant les accès
aux postes de travail, l’acheminement du matériel, l’évacuation des déchets,
et le maintien des protections collectives contre le risque de chute de hauteur.

des équipements techniques tôles en façade ne sont donc pas


(chauffage, etc.), après consigna- toujours les mêmes non plus. »
tion des réseaux et traitement des
fluides frigorifiques préalables... Mise en commun des
Une opération de désamiantage protections collectives
a également été réalisée. Seul le Sur le plan de l’organisation,
squelette de béton des trois tours une des particularités de ce
a été conservé. chantier est la mise en com-
© Philippe Castano pour l’INRS

Après les travaux de réhabili- mun entre plusieurs entre-


tation, qui ont débuté en juin prises des moyens mécaniques
2013, cet ensemble immobilier d’accès aux étages, pour les
accueillera plus de 80 000 m2 personnes et pour le matériel.
de bureaux neufs à partir de juin Certains ascenseurs des tours
2015 et sera rebaptisé CityLights. ont pu être maintenus en fonc-
Parallèlement, se déroule la tionnement. Pour les besoins du
construction d’un autre « pétale » chantier, ils ont été configurés
accolé à la tour Chenonceau. en monte-charge. Pendant l’été

A
mboise, Chenonceau, En façade de chaque « C’est une des particularités de 2013, des ascenseurs de chan-
Vendôme… Ces trois tour, des plates- ce chantier : réhabiliter l’exis- tier – les lifts – ont été installés
formes d’élévation
noms associés à des tant tout en ayant à proximité en façade : deux sur Vendôme,
sur bi-mâts ont été
châteaux de Touraine mises en commun des travaux neufs », souligne deux sur Chenonceau et un sur
désignent trois tours entre différentes François Cousin, ingénieur tra- Amboise, tour plus petite que ses
du pont de Sèvres en cours de entreprises. vaux chez CMS. Cette entreprise deux sœurs. Un ascenseur de
réhabilitation lourde à Boulogne- est associée à l’entreprise Arène chantier a également été amé-
Billancourt, dans les Hauts-de- (toutes deux filiales de Vinci) qui nagé sur mesure pour réaliser le
Seine. Construites au milieu des réalise notamment le démontage curage d’une cheminée d’éva-
années 1970, comptant respec- des façades sur une durée de cuation de fumées qui mesure
tivement 9, 15 et 23 étages, ces 18 mois : dépose des vitrages, des plus de 100 mètres de haut. Il
tours, qui abritaient des bureaux allèges et des panneaux métal- permet au personnel d’accéder
ainsi qu’un parking central sou- liques. « L’isolation des façades au sommet de la cheminée en
terrain de 30 000 m2, ont fait n’est pas la même selon les tours, six minutes… contre une demi-
l’objet d’un curage complet entre explique Caroline Cellmer, res- heure par l’échelle à crinoline.
août 2011 et juin 2013 : dépose ponsable du service grands tra- Mais avec des contraintes fortes :
des faux plafonds, des cloisons, vaux. Les modes de fixation des de structure hexagonale, la che-

LIMITER LES ÉMISSIONS DE POUSSIÈRES REPÈRES


Une méthodologie a été définie sur ce chantier pour réaliser le curage vert en limitant Q Recommandation R445, Mécanisation
les émissions de poussières. « Même s’il n’y a pas de particules toxiques, notamment du transport vertical des personnes
de plomb, aucune poussière n’est bonne à respirer », remarque Bruno Courtois, et des charges sur les chantiers
expert chimiste à l’INRS. Il y a toujours un risque de provoquer des allergies (construction, réhabilitation,
ou des gênes respiratoires. L’humidification de zones a ainsi été instaurée pour entretien d’ouvrages), accessible
abattre au maximum les poussières. Des extracteurs d’air équipés de filtres, sur www.ameli.fr ou www.inrs.fr.
rejetant l’air à l’extérieur du bâtiment, ont également été installés dans certaines Q Note technique NT108 Sécurité dans
phases de curage. L’emploi d’outils de découpe moins émissifs a également été les travaux sur existant pour les
privilégié par rapport aux opérations de découpe au chalumeau. Outre la réduction travaux de réhabilitation, www.ameli.fr.
des émissions de poussières, ceux-ci évitent également le risque d’incendie.

travail & sécurité – n° 754 – octobre 2014


DOSSIER

chaque tour, des plates-formes six semaines par facette. Au total,


d’élévation sur bi-mâts ont égale- douze plates-formes bi-mâts ont
ment été mises en commun entre été mises en service sur l’en-
Une telle organisation différentes entreprises. « Ces semble du chantier.
« Dès le début du projet, en phase
est plutôt rare sur moyens de protection collective
ont fait l’objet d’une convention de de consultation des entreprises,
un chantier avec des mise à disposition qui organise le nous nous sommes orientés vers
corps d’état séparés. partage entre les différents corps
d’état, souligne Olivier Remon du
une mise en commun des moyens
pour les différentes entreprises
Pontavice, contrôleur de sécu- ayant à intervenir en façade,
rité à l’antenne 92 de la Cramif. présente Alessandro Dalla Pace,
La mécanisation du transport directeur de travaux chez BNP
minée comportait des croisillons vertical des charges et des per- Paribas immobilier, maître d’ou-
structurels (donc impossibles à sonnes vise à réduire les risques vrage. Il n’y avait pas d’autre
démonter) à différentes hauteurs de manutentions manuelles, de option possible. La réalisation
Conçu sur mesure,
et positionnés en quinconce. l’ascenceur d’accès chutes de hauteur, de heurts et d’un bi-mât témoin en façade
L’espace disponible pour instal- à la cheminée haute d’écrasements. » Les trois tours a permis d’ajuster les réglages
ler une cabine d’ascenseur se de 100 mètres comptent au total 38 facettes de en fonction des contraintes des
retrouvait de fait extrêmement peut transporter 12 m ou 15 m de large (12 à 14 différentes entreprises interve-
deux personnes
limité. et du petit matériel.
selon les tours), nécessitant un nantes, par exemple la distance
« La forme de la cabine a été Il monte à la vitesse temps de dépose des différents entre les bi-mâts et les façades
conçue sur mesure, elle est de… 1 km/h. éléments des façades d’environ ou le niveau bas au-dessous
triangulaire et mesure 0,8 m2, duquel ne devait pas descendre
présente François Cousin. Elle le bi-mât. Aujourd’hui, tous les bi-
permet l’accès du personnel – mâts répondent aux attentes des
deux personnes maximum – et trois entreprises intervenantes
du petit matériel. » Sa charge (dépose, pose de la façade, et
maximale est de 500 kg. Le mât reprise des ouvrages béton entre
est ancré tous les six mètres et la dépose et la pose). C’est une
dix portes palières ont été ins- option très satisfaisante assu-
tallées. Outre le personnel de rant la bonne gestion de la sécu-
CMS/Arène, la cabine a été mise rité, de l’approvisionnement des
à disposition des échafaudeurs matériaux, avec un aspect éco-
et d’autres corps d’état. « Une nomique intéressant. »
réflexion sur un tel outil néces- Une organisation qui apporte
site néanmoins de s’y prendre satisfaction aux différents inter-
en amont, souligne Caroline venants. « Une telle organisation
Cellmer. Cela ne s’improvise est plutôt rare sur un chantier
pas. Il a fallu trois à quatre mois avec des corps d’état séparés,
d’études pour élaborer la cabine souligne Patrick Gaire, direc-
d’ascenseur, cela engage des teur de travaux chez Artelia
frais. Par rapport au phasage du Group, le maître d’œuvre. Mais
© Philippe Castano pour l’INRS

chantier, on ne peut donc pas le quand la maîtrise d’ouvrage est


décider au dernier moment. » Le volontaire, derrière, on obtient
personnel amené à utiliser cet toujours des résultats. C’est en
ascenseur a reçu d’un techni- tout cas extrêmement plaisant
cien de l’entreprise installatrice et sécurisant, et d’une souplesse
une formation spécifique, avec absolue. Et ça lie toutes les entre-
attestation. prises entre elles. »Q
Parallèlement, en façade de C. R

GESTION DES DÉCHETS


Bois, déchets inertes banals, ferrailles/métaux, plâtre… Q plâtre : 305 tonnes (3 %) ;
Q déchets en mélange : 174 tonnes (2 %) ;
Sur ce chantier, 90 % des déchets ont pu être valorisés
par recyclage. Les tonnages cumulés récupérés par matière
ont été les suivants : Q bois : 147 tonnes (1 %).

Q gravats : 4 366 tonnes (44 %) ;


Les déchets ont été triés sur les plateaux et évacués au fur
et à mesure des avancements par des moyens mécaniques
Q déchets industriels banals : 2 523 tonnes (25 %) ; (transpalettes électriques), afin de limiter les manutentions
Q déchets de chantier : 1 307 tonnes (13 %) ; manuelles.

travail & sécurité – n° 754 – octobre 2014


DOSSIER
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29
LE SITE de la Papeterie de la Seine à Nanterre est en cours de réhabilitation.
Un curage complet avec démantèlement des installations des bâtiments doit être réalisé,
dans le cadre de la remise en état d’une ICPE 1 à la suite de sa cessation d’activité.

Une papeterie mise à nu

R
endre uniquement REPÈRES nisé. Il comportait de l’amiante, de carbone produits par les
les murs. Telle est la du plomb, des cuves d’hydro- moteurs thermiques des engins
mission de l’entre- Q DES ZONES carbures. Le travail s’est orga- et lors des opérations d’oxycou-
prise Midavaine qui de stockage par nisé bâtiment par bâtiment. Pour page. « Outre le port de masques
effectue le curage des types de déchets chacun, un mode opératoire a adéquats, il y a une vigilance
anciennes usines de la Papeterie ont été définies été défini, incluant un diagnos- permanente à avoir pour que
de la Seine, à Nanterre, dans les sur le site, tic des déchets à évacuer. Les les volumes d’apport d’air neuf
Hauts-de-Seine. Le site, plus que pour limiter réseaux électriques ont été pré- et d’extraction d’air soient adap-
centenaire, est à l’arrêt depuis l’encombrement alablement mis hors tension et tés aux émissions de fumées
avril 2010. Tout doit en être éva- sur le chantier. les installations du site purgées. à l’intérieur des bâtiments »,
cué : les machines, la cogénéra- Le volume total Le curage a pu démarrer après explique Olivier Remon du Pon-
tion, les éléments électriques, les récupéré sur le désamiantage et les mesures tavice, contrôleur de sécurité à la
réseaux… « On effectue une mise l’ensemble libératoires associées. Cramif. La réduction des risques
à nu totale du bâtiment, il ne faut du chantier est doit être prise en compte le plus
garder que les murs », souligne évalué à environ Manutentions en amont possible, dès l’évalua-
Fabrice Van Ryckeghem, chef de 3 000 tonnes. mécaniques et ventilation tion des risques par le maître
chantier. Le curage a débuté en Afin de limiter les risques liés d’ouvrage le maître d’œuvre, le
mars dernier et doit durer un an. aux manutentions manuelles, coordonnateur SPS et l’entreprise
Cet ancien site industriel, qui la mécanisation de certaines de démolition : méthodologies de
s’étend aujourd’hui sur 17 ha, tâches a été privilégiée. Mais curage et de démolition les moins
compte 22 bâtiments dans un l’opération a comme contrainte émissives possibles, captage à la
environnement fortement urba- l’impossibilité de démolir par- source, exhaustivité des diagnos-
tiellement le gros œuvre, limi- tics, etc. « Ce chantier de curage
tant ainsi la mécanisation qui est particulièrement intéressant
aurait permis une meilleure du point de vue des techniques
maîtrise des risques. Les ponts et méthodes utilisées dans la
roulants et palans qui servaient prévention des risques, observe
pour la maintenance des instal- François Garsault, responsable
lations ont néanmoins pu être QSE chez Midavaine. Il s’agit
remis en service pour évacuer surtout d’éviter la pénibilité aux
les éléments lourds (voir enca- postes de travail en organisant
dré). En plus de l’installation de au mieux la logistique d’évacua-
garde-corps, l’entreprise a fait tion des déchets et en mécani-
en sorte de maintenir un maxi- sant les tâches. La fonction de
mum de protections collectives chef de chantier est incontour-
© Gaël Kerbaol/INRS

des bâtiments pour limiter le nable sur ce genre d’opération et


risque de chute de hauteur. son expérience primordiale. » Q
Autre problématique récurrente 1. ICPE : installation classée pour
sur le chantier : l’émission de la protection de l’environnement
fumées, de plomb et de monoxyde C. R.

LE SITE DES MACHINES INDUSTRIELLES


La Papeterie de la Seine a été construite en 1904 par Jean Dupuy, Les machines à papier qui fonctionnaient
propriétaire du journal Le petit parisien, qui souhaitait produire son sur le site présentent des dimensions
propre papier. La première machine arrive en 1906. Installée à l’époque impressionnantes : au bâtiment O, un monstre
sur 23 ha, l'usine produit du papier pour les journaux. Elle prend comprend 63 rouleaux en fonte mesurant
officiellement en 1917 le nom de Société des papeteries de la Seine. chacun 1,50 m de diamètre, 5 m de long
Elle s’est progressivement orientée vers le recyclage de papier et d’un poids unitaire de 15 tonnes. « Il y a ici
et la fabrication de cartons ondulés à partir des années 1960. autour de 1 500 tonnes de matériel à évacuer »,
En 1977, elle arrête la fabrication de pâte à papier pour passer remarque Fabrice Van Ryckeghem, chef de
à 100 % de recyclage de vieux papiers. chantier.

travail & sécurité – n° 754 – octobre 2014


PERSPECTIVES
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TRANSPORT MARITIME

Des conteneurs
à toutes vapeurs ?
LES CONTENEURS de marchandises qui transitent à travers le monde contiennent
divers types de gaz, dont certains sont neurotoxiques ou cancérogènes.
Les personnes amenées à les ouvrir peuvent donc être exposées.
Dans quelles proportions ? Avec quelles atteintes potentielles pour la santé ?

L
e transport de marchandises par conteneurs cause de résidus de fumigations est la première
maritimes expose-t-il certaines catégories
REPÈRES préoccupation, mais il existe également un risque
de salariés à des risques d’intoxication ? Q GAZ TOXIQUES d’intoxication chronique avec exposition répétée à
C’est en 2010 que la question a été relan- dans les conteneurs des CMR », constate Philippe Lesné, contrôleur de
cée en France, à la suite du malaise de deux maritimes – État des sécurité à la Carsat Normandie. Les professionnels
douaniers, hospitalisés après avoir procédé à l’ou- lieux. Note Scientifique potentiellement exposés sont essentiellement les
verture d’un conteneur sur le port du Havre. Quelle et Technique de l’INRS, dockers, les douaniers, les chauffeurs routiers mais
est la nature des gaz présents dans les conteneurs ? novembre 2013, NS 310. surtout tout le personnel sur les plates-formes logis-
Dans quelles proportions ? Quels sont les effets tiques qui ouvre et dépote (décharge) les conte-
À consulter sur neurs, ainsi que le personnel amené à nettoyer
d’une intoxication aiguë, d’une intoxication chro-
www.inrs.fr. ou contrôler les conteneurs vides. « Aujourd’hui,
nique ?
De multiples gaz peuvent se retrouver à l’intérieur ce qui importe en premier lieu, c’est d’évaluer les
des conteneurs. À commencer par les résidus de risques aux postes de travail, pour mieux connaître
gaz de fumigation employés avant la fermeture la réelle exposition du salarié, notamment au cours
du conteneur pour éradiquer la prolifération du dépotage », observe Évelyne Noyer, médecin du
potentielle de nuisibles (insectes, champignons, travail au service de santé au travail des dockers
virus) pendant le transport. Si aucune réglemen-
tation internationale ne fixe vraiment de règles
sur les produits à utiliser 1, les conteneurs ayant
été fumigés devraient avoir un étiquetage spé- Prototype de dispositif de ventilation forcée
cifique. Or cette règle est bafouée et la plupart
des conteneurs concernés n’ont pas cet étique-
tage. Les personnels ne sont donc pas informés
des possibles risques encourus. En l’absence
d’informations sur le traitement du conteneur, la
personne chargée de la première ouverture doit
se prémunir contre l’inhalation de substances
nocives par le port d’un masque complet avec
filtre de type A2B2E2K2 P3.
Quatre gaz sont particulièrement préoccupants : le
bromure de méthyle, le difluorure de sulfuryle, le
cyanure d’hydrogène, le phosphure d’hydrogène
(phosphine). Parallèlement, des émissions de gaz
peuvent provenir des marchandises elles-mêmes.
Du benzène peut se retrouver sur des articles de
cuir, un anti-moisissure, le fumarate de diméthyle,
peut avoir été utilisé pour les meubles... Certains
produits (les bois, meubles ou cartons) peuvent
émettre du formaldéhyde, ou certaines colles pré-
sentes dans des produits textiles libèrent parfois
des solvants ou des hydrocarbures aromatiques
(toluène…). Le tout pouvant se retrouver à des
concentrations importantes au moment de l’ouver-
© 3 Zigs pour l’INRS

ture des portes.


Par l’intermédiaire des dockers et des douaniers,
la problématique interpelle depuis trois ans la Car-
sat Normandie et le service de santé au travail du
port du Havre. « Le risque d’intoxication aiguë à

travail & sécurité – n° 754 – octobre 2014


PERSPECTIVES

Gaz toxiques présents dans les conteneurs en fonction de la marchandise

Présence de l’agent chimique par rapport


au nombre de conteneurs testés
70 %

60 %

50 %

Électronique
40 %
Chaussures
30 % Denrées alimentaires

Mobiliers
20 %
Outils
10 % Textiles

Autres
0%
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Source : INRS.
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du port du Havre. Sur le port du Havre, l’ouverture ration en partie basse, résume François-Xavier Notes
des conteneurs 30 minutes avant que leur contenu Keller. Le débit et la durée de ventilation restent
1. Les pays qui ont ratifié
ne soit déchargé est désormais recommandée. Et à définir. » Cela en tenant compte du fait que la
le protocole de Montréal
à l’ouverture des portes, le personnel se tient en nature et la disposition du chargement à l’inté- interdisent l’utilisation
retrait pour ne pas être dans le flux d’air potentiel- rieur constituent un facteur important dans l’effi- du bromure de méthyle.
lement pollué. cacité d’une ventilation. 2. Action impliquant l’INRS
En collaboration avec la Carsat, une équipe de et la Carsat Normandie,
l’INRS mène depuis quelques années des études avec l’appui de la Direccte
sur le sujet. « Nous avions réalisé des tests de ven- QU’EN EST-IL À L’ÉTRANGER ? et de la DGT.

tilation naturelle (portes ouvertes uniquement) sur Peu de littérature existe sur le sujet au niveau
des conteneurs de 20 pieds et de 40 pieds vides, international. Certains pays européens
semi-remplis et remplis, explique François-Xavier (Pays-Bas, Allemagne, Grande-Bretagne) ont
Keller, responsable d’études à l’INRS. Les résultats pris conscience au cours des années 2000
ont montré que cette ventilation était utile mais de la problématique. Certaines procédures
de contrôle systématique ont par exemple été
pas forcément suffisante. À configuration égale,
mises en place : présentation obligatoire
pour diminuer et atteindre un même niveau de
d’une attestation d’absence de vapeurs
concentration, il faut attendre 2,5 fois plus long-
et gaz dangereux, mesures de polluants
temps pour un conteneur de 40 pieds que pour
associées à une ventilation si nécessaire.
un de 20 pieds. Si on crée une ventilation forcée
(injection d’air et aspiration en un autre point), on
diminue le temps d’attente. » « Pour l’heure, notre action 2 vise à améliorer la
Une nouvelle campagne de mesures a été réalisée connaissance des produits incriminés en fonc-
début juillet, en partenariat avec la plate-forme tion du contenu transporté et de la provenance
logistique de Cedilec au Havre. Cinq conteneurs des conteneurs, estime Philippe Lesné, afin de
contenant principalement du textile ont fait l’objet définir des systèmes de ventilation qui soient
de l’étude. Objectif : mesurer la concentration de simples d’utilisation et d’aider les chefs d’entre-
gaz avant ouverture des portes puis expérimen- prise à construire leur évaluation de ces risques.
ter des systèmes de ventilation pour valider une Mais il va surtout falloir s’attaquer véritablement
méthodologie de ventilation forcée. L’opérateur aux causes, notamment en repensant la concep-
chargé de dépoter le conteneur était également tion des conteneurs pour faciliter leur venti-
équipé d’un détecteur pour déterminer, au fil de lation. Ceux-ci ayant une durée de vie de six à
son avancée vers le fond du conteneur, sa pos- sept ans, c’est tout à fait envisageable. Parallè-
sible exposition aux gaz. « Au terme des tests, une lement, il faut également réfléchir aux modes de
ventilation forcée s’est avérée concluante : il s’agit conditionnement pour faciliter les chargement
d’un système entrebâilleur, qui n’oblige pas une et déchargement, travailler sur les techniques
ouverture complète des portes, avec un débit de de fumigation, établir des textes réglementaires
soufflage d’air en partie haute et un débit d’aspi- européens, voire mondiaux », conclut-il. Q Céline Ravallec

travail & sécurité – n° 754 – octobre 2014


EN IMAGES
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MÉTALLURGIE

Une technologie
particulièrement affû
FORÉZIENNE MFLS fabrique des lames de scies à
rubans et des outils coupants pour l’industrie du bois.
Une activité qui fait appel à un savoir-faire très
technique et où les principaux risques professionnels
ne sont pas forcément là où l’on croit…

travail & sécurité – n° 754 – octobre 2014


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tée

© Guillaume J.Plisson pour l’INRS

travail & sécurité – n° 754 – octobre 2014


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2
1 L’acier arrive sous forme de bobines pouvant
atteindre une tonne : celles-ci sont livrées sur un quai
de déchargement, où elles sont reprises à l’aide
d’un chariot muni d’une fourche à l’avant. Les dents
seront ensuite découpées à l’aide d’un jet d’eau sous
pression, un procédé nettement moins bruyant que
celui de l’ancien emporte-pièce, avec ses 88 dB(A).
Des mesures effectuées par le médecin du travail
montrent en effet un gain de 11 dB(A).

2 Avant de souder les deux extrémités de la lame,


l’opérateur vérifie scrupuleusement leur positionnement
et procède à l’ébavurage si nécessaire.

T
out se joue au centième étapes de fabrication, au cours 40 m/s, le moindre défaut peut
de millimètre, pour une desquelles les risques profes- avoir des conséquences graves.
lame de coupe. Si on sionnels sont multiples. Les rouleaux d’acier sont repris
en dévie, en scierie, les La matière première arrive sous à l’aide d’un chariot muni d’une
écarts de coupe peuvent forme de rouleaux d’acier, spé- fourche avant réalisée sur
atteindre plusieurs centimètres cialement élaboré pour cette mesure pour pouvoir les dépla-
au final et c’est catastrophique ! », entreprise et dénommé Fores- cer sans difficulté. Chacun a ses
explique Mickaël Albert, chargé till®. « Il faut que cet acier soit spécificités car, au final, il n’y
de communication au sein de élastique (pour que les lames aura pas deux lames de scies
Forézienne MFLS (pour Manu- puissent reprendre leur forme) identiques. Ils sont rangés dans
facture forézienne de lames de et dur », poursuit le chargé de des racks acquis avec l’aide d’un
scies). Située à Épercieux-Saint- communication. D’où un cahier contrat de prévention signé avec
Paul dans la Loire, l’entreprise des charges particulièrement la Carsat Rhône-Alpes il y a une
est spécialisée dans la fabrica- pointu car de la qualité de l’outil quinzaine d’années.
tion d’outils coupants destinés à coupant dépendent la coupe et la Les rouleaux sont ensuite char-
l’industrie du bois. Une activité sécurité de l’utilisateur. Et quand gés sur des machines qui vont
très technique qui nécessite un on sait que, dans les scieries, les découper les dents de la future
savoir-faire précis à toutes les lames peuvent tourner à plus de lame de scie à ruban. L’opéra-

travail & sécurité – n° 754 – octobre 2014


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3 Le soudage des deux extrémités de la lame se fait
par étincelage, avec aspiration à la source.

4 La soudure ne doit plus être visible : l’opérateur


meule et ponce longuement la lame devenue circulaire.
Des postes particulièrement bruyants où les bouchons
d’oreilles sont obligatoires. Le CHSCT a demandé –
et obtenu – l’achat d’une ponceuse pneumatique.

teur entre dans l’ordinateur le responsable de l’atelier scierie de soudure afin d’être transfor-
profil personnalisé des dents et membre du CHSCT, mais cette mées en rubans. Si elles sont à
souhaitées par le client, puis machine réduit à la fois le bruit et terre, elles sont reprises à l’aide
effectue des réglages minutieux les projections. De plus, elle limite de ventouses pour éviter à l’opé-
avant que la machine découpe les risques de changements de rateur de se baisser. « On meule
les pièces. Jusqu’en 2006, cette structure atomique de l’acier – un peu les bords des brins avant
opération était effectuée automa- car on ne chauffe pas l’acier – de les souder, explique Charly
tiquement par un emporte-pièce. ce qui est très important pour la Galland Mathieux, opérateur. Ça
Une machine particulièrement qualité du produit final. » nous permet de faire des sou-
bruyante et qui limitait les pos- dures de meilleure qualité. Ce
sibilités de formes de pièces. Des lames non coupantes poste est bruyant, mais comme
Depuis, une nouvelle machine « À ce stade-là, les lames ne je porte mes bouchons d’oreilles
a été installée. Elle découpe les coupant pas, le risque de cou- moulés, ça ne me dérange pas. »
pièces à l’aide d’un jet d’eau pure est quasi inexistant, cer- La soudure est réalisée par étin-

«
sous pression à 4 000 bars. Net- tifie Mickaël Albert. Elles sont celage : un courant est diffusé
tement plus silencieuse. « Le justes dentées. » Déposées sur dans les deux extrémités et fait
temps de découpe est plus long, des tables munies de rouleaux, fondre l’acier. Une aspiration à
certes, précise Marcel André, elles avancent jusqu’aux postes la source au poste de soudage a

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5
5 Le ruban d’acier formé est muni de dents,
mais les opérateurs n’encourent aucun risque
de coupure : les dents ne sont pas encore coupantes.
Pour retourner et plier les rubans, l’entreprise a mis
en place une formation permettant à l’opérateur
d’acquérir cette gestuelle si particulière.

6 Au poste de réglage de la tension (planage,


dressage, tensionnage), l’opérateur se sert de manivelles
dont certaines sont placées assez bas. C’est un poste
particulièrement complexe qui a été étudié avec
la Carsat pour diminuer les inaptitudes et les troubles
musculosquelettiques.

été installée, reliée à un système ruban fermé denté – et la plier. Devant l’impossibilité de réali-
d’aspiration centralisé, évitant « Les roboticiens contactés ont ser cette opération mécanique-
aux fumées de soudage de se tous décliné l’étude, indique ment, Forézienne MFLS a mis en
disperser. Afin que la soudure Nicolas Senta, technicien au place des outils et une formation
soit quasiment invisible, la lame bureau d’études. On a examiné pratique réduisant les risques
passe ensuite au meulage et au le problème sous toutes les cou- autant que possible », précise-t-
ponçage, des postes dotés égale- tures, mais il semblerait qu’on ne il. « Nous avons mis en évidence
ment d’une aspiration à la source. puisse retourner une lame que trois grands types de risques,
« La ponceuse est pneumatique, manuellement. Il en va de même lors de ce pliage : les coupures,
précise Marcel André. C’est une pour son chargement final. » Un les coups et les problèmes de
demande qui a été faite par les geste technique potentiellement postures, explique Isabelle
opérateurs et qui a ensuite été dangereux sur lequel l’entreprise Blachon, responsable des res-
portée par le CHSCT. Elle est plus s’est sérieusement penchée, sources humaines. La personne
légère et limite les vibrations. » reconnaît Frédéric Monjoffre, en formation doit être équipée
Une fois cette étape terminée, contrôleur de sécurité à la Car- (vêtement de travail, chaussures
les opérateurs se prêtent à un sat Rhône-Alpes : « Tout au long de sécurité, gants de protection,
drôle de ballet pour retourner la du process, les opérateurs sont manchettes). Elle visionne plu-
lame – qui, cette fois, forme un obligés de retourner les lames. sieurs fois la vidéo, puis se lance

travail & sécurité – n° 754 – octobre 2014


EN IMAGES
7 Cette manivelle sert à faire avancer la lame petit à petit
pour réaliser les opérations de planage, dressage, tensionnage.
Une observation du travail réel a mis en évidence le fait
que sa manipulation était très sollicitante pour les membres
supérieurs. Un nouveau banc à planer est en cours
de réalisation.

8 L’opérateur installe la lame de scie sur la machine


qui va découper les encoches sur chaque dent destinées
à accueillir soit un alliage de cobalt, soit une pastille
de carbure, constituant la partie tranchante de la lame.

dans la gestuelle, avec d’abord sont pas restées à ce poste, sou- être formé sur ce poste et 6 mois
une petite lame non tranchante. ligne Isabelle Blachon. Pendant pour être opérationnel », sou-
Une fois que le geste est maî- cette période, nous avons tota- ligne Nicolas Senta.
trisé, on augmente la taille de lisé 322 jours d’absence pour Une réflexion a eu lieu avec la
la lame… Cette manipulation onze planeurs, douze accidents Carsat Rhône-Alpes, selon la
est impressionnante, mais nous et deux inaptitudes définitives. » méthode « DAC », pour Détermi-
sommes très vigilants. » La Un réel problème pour les sala- nants, Activités, Conséquences.
lame, pliée, peut être portée sur riés et l’entreprise, car c’est un Des entretiens et des vidéos ont
l’épaule, ou à deux si elle excède savoir-faire complexe à acquérir. été réalisés, avec des opérateurs
25 kg. Il s’agit essentiellement d’enle- débutants et expérimentés, ainsi
ver les bosses et de mettre de que ceux chargés de la formation.
La méthode « DAC » la tension dans la lame, à savoir En parallèle, les conséquences
Vient ensuite le poste de « pla- créer une courbe pour lui faire observées chez les opérateurs
nage, dressage, tensionnage », épouser la forme du bâti (en scie- ont été analysées : maux de dos,

«
ultra-technique, et pour lequel rie) à l’aide d’un tendeur. « Une douleurs aux membres supé-
l’entreprise a des difficultés à bonne partie du travail se fait au rieurs. « On avait des idées pré-
recruter. « Entre 2008 et 2012, toucher et à l’œil… On considère conçues, se remémore Isabelle
douze personnes recrutées ne qu’il faut 6 à 12 semaines pour Blachon. Nous étions persua-

travail & sécurité – n° 754 – octobre 2014


EN IMAGES
38
39

9
9 et 10 Les réglages sont longs et minutieux avant
les opérations de dépose de la pastille sur chaque
dent puis d’affûtage (du dos de la lame) et de rectification
(des côtés) qui rendront les lames coupantes. Ces opérations
se feront sous eau ou huile pour limiter le bruit.

10

dés que ce qui posait problème, nouvelle génération est en cours Côté recrutement, un test a été
c’était le chargement des lames REPÈRES de réalisation : le chargement de mis au point avec Pôle emploi.
sur ce poste car il faut lever les QL’entreprise la lame se ferait par le bas et les Les candidats au poste doivent
bras assez haut. Or, en étudiant possède quatre déplacements seraient automati- réussir les tests issus de la
ce poste, on s’est aperçu que sites en France sés, pourquoi pas à l’aide d’une MRS (méthode de recrutement
c’était le poste de tensionnage et compte manette. par simulation) conçus spécifi-
qui était le plus pénible. » 200 personnes, Forézienne MFLS reçoit aussi des quement pour cette entreprise.
Cette opération nécessite en effet dont 150 sur le lames qui doivent être « repla- Cette méthode prend en compte
de réaliser jusqu’à 18 passes en site principal nées » à l’aide d’un marteau… l’habilité du candidat et laisse
déplaçant le tendeur et le rouleau d’Épercieux- ce qui sollicitait particulièrement de côté ses expériences et for-
planeur, le tout à l’aide de deux Saint-Paul. le poignet de l’opérateur. Aussi, mations. L’entreprise a aussi
manivelles : l’une pour déplacer Q20 000 m2 la longueur du manche du mar- décidé de dédier une personne
la lame, l’autre pour régler la d’ateliers. teau a été réduite, les matières à la formation des nouveaux.
tension. « Cela crée des tensions Q600 tonnes de son manche et ses pannes ont Depuis, une quinzaine de col-
au niveau du poignet », souligne d’acier Forestill® été revues avec le fournisseur, laborateurs ont intégré ce poste
l’un des opérateurs. Prenant en stockées en de manière à soulager l’opéra- via cette méthode et un seul a
compte l’ensemble de ces pro- permanence. teur. Par ailleurs, l’éclairage des abandonné.
blématiques, un banc à planer postes a été amélioré. Une fois cette étape passée, les

travail & sécurité – n° 754 – octobre 2014


EN IMAGES

11 et 12 Les lames sont affûtées au 1/100 de millimètre près


pour assurer une bonne coupe et la sécurité du personnel
dans les scieries. À noter que chaque lame a ses particularités.

13 Une fois la lame terminée, la partie coupante est protégée


par un jonc vert. Sur chaque ordre de fabrication qui accompagne
le travail, le poids de la lame finale est indiqué. S’il dépasse
11 les 25 kg, il est obligatoire de la déplacer à deux.

12 13

lames doivent être en mesure cette opération, elle coupe. Les tions de travail, remarque la res-
de recevoir la partie tranchante lames sont alors prêtes : la par- ponsable des RH, et cela parti-
composée soit d’un alliage de tie coupante est enveloppée cipe à la qualité du travail et aux
cobalt, soit d’une pastille de d’un jonc qui la protége et évite bonnes conditions de travail :
carbure. Préalablement, une les coupures. Elles sont ensuite une personne est en charge du
encoche doit être réalisée dans chargées dans des véhicules. nettoyage des machines. Et cha-
la dent. Cette opération, jusque- « Là aussi, nous avons cherché cun doit nettoyer son poste. »
là bruyante, a été perfectionnée à diminuer les manutentions L’entreprise a aussi installé,
avec l’ajout d’un système de manuelles, mais nous n’avons avec l’aide de la Carsat, un sys-
réduction de bruit. S’ensuivent pas trouvé de solution car les tème de rafraîchissement d’air
l’affûtage puis la rectification lames sont souples, encom- qui satisfait les salariés. Reste
qui a lieu sous un liquide com- brantes, fragiles et parfois le bruit… « Quand nous sommes
posé d’eau et d’huile ou unique- lourdes. Les collaborateurs les sur des ateliers anciens, avec
ment d’huile selon les machines chargent manuellement, sou- des machines encombrantes,
(ce qui a réduit notablement vent à deux », remarque Mickaël il est plus difficile de traiter les
le bruit par rapport à la même Albert. Delphine Vaudoux
murs contre le bruit, regrette le
opération réalisée auparavant Partout, les ateliers sont rangés, Photos : Guillaume contrôleur de sécurité. Il faut y
à sec). Lorsque la lame sort de propres. « Ce sont les instruc- J. Plisson penser dès la conception. » Q

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EN ENTREPRISE
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Fiche d’identité POUR PRÉVENIR les risques d’apparition de troubles
Q NOM : Pithiviers Nettoyage. musculosquelettiques (TMS) et réduire la pénibilité du travail
Q LOCALISATION : Pithiviers de ses salariés, Pithiviers Nettoyage a mené une réflexion portant
et Montargis (Loiret). sur l’achat de matériel, l’organisation du travail, et les formations.
Q EFFECTIF : 150 personnes
(130 à Pithiviers
et 20 à Montargis).
Q ACTIVITÉ : exploitation sur
site (nettoyage des locaux)
et interventions (vitres,
remise en état après
sinistre, nettoyage
de façades…).

© Philippe Castano pour l’INRS


L’essentiel
PROPRETÉ
Q PITHIVIERS NETTOYAGE
a pris part à une
expérimentation Carsat-
Aract sur la pénibilité.
Un coup de balai
Q L’ENTREPRISE a mis
en place des actions de
formation, d’achat de
du sol au plafond
matériel et d’organisation

C
du travail. hez Pithiviers Net- l’entreprise s’appuie sur l’achat
toyage, une entreprise de matériel adapté, l’organisa-
de propreté du Loiret, tion du travail et la formation des
on se préoccupe de la salariés.
santé et de la sécurité Les premières évolutions ont vu
des salariés. « Pour que les sala- le jour à l’occasion d’une expé-
riés évoluent dans les meilleures rimentation lancée en 2012,
conditions de travail et parce en partenariat avec l’Aract et la
qu’ils sont les représentants de Carsat Centre sur la prévention
l’entreprise », explique Éric Bon- de la pénibilité 1 : « Nous étions
gibault, responsable du déve- trois entreprises engagées.
loppement de cette entreprise Dans un premier temps, nous
spécialisée dans le nettoyage, nous sommes interrogés afin de
les travaux de remise en état, savoir si nous étions concernés
LE CHIFFRE le lavage des vitres, etc., et qui par la pénibilité. Puis nous avons
emploie 150 personnes. « Ce sont repéré, pour les différents types
+ de 75% eux qui, au quotidien, vont chez
les clients, nous avons donc tout
de prestations que nous effec-
tuions, quels étaient les facteurs
des employés intérêt à les soutenir, poursuit-il. de pénibilité. Ensuite, nous avons
sont à temps plein Sans compter que, d’ici dix ans, constitué un comité de pilotage
nous allons perdre un quart de composé de salariés volon-
alors que, dans le
nos effectifs du fait des départs taires représentant chacune de
secteur, ils ne sont à la retraite. Il est donc important ces familles d’opérations. Nous
en moyenne que nous véhiculions une bonne avons alors élaboré ensemble
que 25 %. image pour pouvoir recruter un plan d’actions », explique Éric
(source : FEP.) Leslie Courbon plus facilement. » Pour ce faire, Bongibault.

travail & sécurité – n° 754 – octobre 2014


EN ENTREPRISE

« Avant cette expérimentation, L’organisation du travail a aussi ture, un code couleur leur per-
l’entreprise avait déjà mené de fait l’objet d’une réflexion. L’en- met de repérer rapidement ce
nombreuses réflexions et avait treprise s’efforce de développer qu’elles ont à faire.
mis en place des améliora- le travail en journée, sur des Enfin, en 2014, 60 personnes
tions, constate Patricia Brousse, plages horaires comprises entre ont suivi une formation, que ce
contrôleur de sécurité à la Carsat 7 h et 19 h : cela concerne main- soient les nouveaux embauchés
Centre. Mais, à la suite de ce tra- tenant 70 % des salariés. « Pour qui sont systématiquement for-
vail, effectué pendant plus d’un les salariés, c’est moins fatigant més aux pratiques de l’entre-
an, elle a formalisé les choses en et plus simple pour articuler leur prise, ou les plus anciens qui
créant les fiches d’exposition à la temps personnel et profession- ont des formations spécifiques
pénibilité et en se lançant dans nel, indique Éric Bongibault. comme, par exemple, sur la cohé-
un plan d’actions. Cela a conforté De plus, pour l’entreprise, si un sion d’équipe, ou une formation
l’entreprise dans la démarche salarié est absent à la dernière certifiante CPS (certificat préven-
qu’elle avait déjà engagée. » minute, c’est plus aisé d’orga- tion secours) dans le secteur de
« Cela nous a permis d’établir des niser son remplacement s’il doit la propreté. Samantha Leclerc,
échanges avec la direction et de commencer à 7 h du matin qu’à qui intervient dans un entrepôt
faire remonter nos idées, sou- 5 h. » Pour faire accepter plus logistique, a suivie cette forma-
ligne Samantha Leclerc, agent facilement cette démarche aux tion : « Ce que nous y apprenons,
qualifié de service, secrétaire du clients, l’entreprise a investi dans nous le transmettons aux autres.
CHSCT et ancien membre de ce des aspirateurs moins bruyants. Par exemple, pour le stockage
En intervenant à la
comité de pilotage. Maintenant, fois sur l’organisation des produits, nous avons réorga-
le comité de pilotage n’existe Moins de stress du travail, le matériel nisé notre local et échangé avec
plus, mais le CHSCT a été consti- Sur les chantiers, chaque chariot et les formations, les collègues pour que les bidons
tué et la plupart des anciens est muni d’une fiche qui récapi- Phitiviers Nettoyage lourds ne soient plus en haut de
s’est attaqué à la
membres du comité de pilotage tule les différentes pièces dans pénibilité au sein de
l’armoire. » « Les formations que
en font partie. » Le dialogue éta- lesquelles il faut intervenir et, à ses équipes, avec le j’ai suivies depuis vingt ans sont
bli perdure. l’entrée de chaque pièce, dans soutien de la Carsat. importantes pour vérifier que
L’entreprise a investi dans du nous faisons bien les choses et
matériel visant à réduire les pour apprendre à utiliser le nou-
risques de troubles musculo- veau matériel, indique Marie-
squelettiques (TMS), qui a fait Fatima Froment, chef d’équipe.
l’objet d’un contrat de préven- Cela nous aide aussi à bien enca-
tion avec la Carsat Centre : « Tous drer les nouveaux embauchés.
nos véhicules sont équipés de On peut leur montrer le travail en
rampes de chargement avec ayant les bonnes postures. » Ces
vérin pneumatique qui évitent formations peuvent aller au-delà
© Philippe Castano pour l’INRS

aux salariés de soulever le maté- du métier proprement dit. Par


riel pour le charger, comme les exemple, les entretiens indivi-
auto-laveuses par exemple. Pour duels annuels, mis en place à la
les laveurs de vitres, nous avons suite de l’expérimentation péni-
aussi des perches télescopiques bilité, ont révélé que deux sala-
en carbone ultralégères. De plus, riés avaient des difficultés pour
nous avons investi dans des sys- écrire. Une formation leur a été
tèmes distribuant de l’eau pure proposée, sur les compétences
et permettant l’élimination des clés de la propreté, comprenant
traces tout en étant efficaces l’encadrement de la porte, une un module sur l’écriture.
au premier passage. Cela limite fiche résume les tâches à réa- Cette expérience, Pithiviers Net-
donc la répétitivité des gestes. liser en fonction du jour de la toyage la partage avec d’autres
Ils peuvent nettoyer jusqu’à 4 ou semaine. « C’est vraiment bien entreprises. Depuis quelques
5 m de hauteur depuis le sol, ce comme système, constate Patri- mois, elle s’est associée avec
qui réduit les risques de chutes cia Brousse. Car le travail est quatre autres sociétés de pro-
de hauteur. Enfin, nous utilisons organisé à l’avance en fonction preté engagées dans une même
pour nettoyer le sol un système du temps imparti, c’est moins de démarche de développement
de microfibres qui ne nécessite stress pour le salarié. » « De plus, durable, qui comprend les condi-
que très peu d’eau : pour 70 m2, ajoute Éric Bongibault, cela per- tions de travail, vues comme
avec un système traditionnel, il met de désamorcer d’éventuels un des piliers du volet social du
faut 20 l d’eau et avec le nou- conflits. Par exemple, si le sala- développement durable. Parmi
veau système, il suffit de 50 cl. rié d’une entreprise cliente se les objectifs : partager des res-
Le port de charges a été consi- plaint que son bureau soit sale sources, comme, peut-être, une
dérablement réduit, il n’y a plus le lundi, notre salarié peut le personne chargée de la préven-
de risques de TMS dus au pres- justifier en disant que le bureau tion des risques professionnels. Q
sage des serpillières et on utilise en question est nettoyé le mardi 1. Pour en savoir plus sur
moins de produits chimiques », matin. » Pour les personnes l’expérimentation Aract-Carsat :
remarque Éric Bongibault. ayant des difficultés avec la lec- www.centre.aract.fr/node/16.

travail & sécurité – n° 754 – octobre 2014


EN ENTREPRISE
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Fiche d’identité PRESSING
Q NOM : Pressing Royal.
Q LIEU : Asnières-sur-Seine
(Hauts-de-Seine).
De l’eau pour
Q EFFECTIF : 6 personnes.
Q ACTIVITÉ : nettoyage
de vêtements.
le nettoyage à sec
Q DATE DE CRÉATION : 1987.
L’entreprise a déménagé
CANCÉROGÈNE SUSPECTÉ, le perchloroéthylène est banni
en 2012. des pressings où il doit être progressivement remplacé.
Une des alternatives est le nettoyage à l’eau, appelé
aquanettoyage. Le Pressing Royal d’Asnières-sur-Seine
a tenté l’expérience et semble satisfait.

L’essentiel
Q LE PRESSING a substitué
le perchloroéthylène par
un produit lessiviel sans
ajouter de risques de TMS
dus à une augmentation
des manipulations des
vêtements et du repassage.
Q LE DÉMÉNAGEMENT a été
l’occasion d’aménagements
minimes mais favorables
à la qualité de vie au travail,
comme le réhaussement
des machines ou
© Philippe Castano pour l’INRS

l’installation des machines


à laver et des sèche-linges
côte à côte avec des
hublots s’ouvrant tous
deux vers l’extérieur
afin de faciliter
le transvasement du linge.

S
ouvent, les gérants de silioxane qui peuvent présenter
pressing pensent que un risque d’incendie ou d’irrita-
LE CHIFFRE le nettoyage à l’eau tion. De plus, nous ne disposons
n’est possible que pour pas du recul nécessaire pour
150 m2 les petits pressings -
qui traitent entre 30 et 50 pièces
connaître leur nocivité sur les
opérateurs. »
C’est la superficie par jour -, car la technique n’est Le constat de Pascal Poiron,
du pressing. pas compatible avec tous les contrôleur de sécurité à la Cramif,
Généralement, types de vêtements, demande n’est pas encourageant. D’autant
du temps, beaucoup de mani- que la substitution du perchloro-
les pressings pulations et d’espace : le linge éthylène, cancérogène suspecté,
qui utilisent ne sort pas sec du sèche-linge. est aujourd’hui une préoccupa-
le nettoyage à l’eau Il faut l’étendre 24 à 48 heures tion majeure pour les pressings.
sont plus grands pour le faire sécher et ensuite Depuis le 1er mars 2013, il n’est
car ils doivent finir cela demande plus de repassage plus possible d’installer de nou-
qu’avec le perchloroéthylène car velles machines employant ce
de sécher le linge il est plus froissé. Du coup, pour solvant dans des locaux conti-
sur cintre, substituer ce dernier, beaucoup gus à des locaux occupés par des
ce qui nécessite préfèrent se tourner vers des tiers, et celles-ci devraient avoir
de la place. Leslie Courbon produits à base de pétrole ou de totalement disparu en 2022. La

travail & sécurité – n° 754 – octobre 2014


EN ENTREPRISE

première échéance arrivait en nouvelle habitude à prendre. » Le perchloroéthylène est donc


septembre 2014, date à laquelle « Nous avons également moins substitué, sans augmentation du
toutes les machines mises en de difficultés à traiter les taches risque de TMS engendré par la
service avant 1999 doivent être de graisse qu’avec le perchloro- mise sur cintre pour le séchage et
remplacées. éthylène, explique Marie-France le repassage.
Profitant du déménagement de Blanco, blanchisseuse. Du coup,
son pressing en septembre 2012, nous utilisons moins de déta- Astuces et idées
Alain Depasse, le gérant du Pres- chants nocifs qui pouvaient faire contre les TMS
sing Royal à Asnières-sur-Seine, tousser ou donner mal à la tête, à Un autre avantage du nettoyage
près de Paris, a anticipé la nou- appliquer sur les vêtements avant à l’eau réside dans l’entretien
velle réglementation et changé de les mettre dans la machine. » des machines : « Nous nettoyons
toutes ses machines. Pour son Après 20 à 25 minutes de lavage les filtres tous les jours, ce qui est
très facile, il y a juste un tiroir
à tirer. Puis, chaque semaine,
nous rinçons la machine avec un
bain d’eau à 90 °C », remarque
D’ici 2022, toutes les Alain Depasse. « C’est un avan-
machines utilisant du tage considérable, car dans
perchloroéthylène auront les anciennes générations de
machines avec du perchloroéthy-
disparu des pressings. lène, il faut récupérer des boues,
une opération qui expose beau-
coup les opérateurs », indique
Pascal Poiron.
pressing qui traite 300 pièces et 30 à 35 minutes de séchage, Lors du déménagement, les
par jour en moyenne, il a choisi le linge ressort sec. « Il n’y a pas réflexions sont allées au-delà de
un procédé de nettoyage à l’eau, plus de manipulations qu’avant, Après 20 à 25 minutes la substitution du perchloroéthy-
ou « aquanettoyage ». « Lorsque ni de temps de séchage résiduel de nettoyage dans lène. Quelques investissements,
j’ai commencé à réfléchir à la et le linge ne ressort pas plus l’un des trois lave- comme un mannequin de repas-
question, les solutions étaient froissé qu’avec le perchloroéthy- linges et 30 à 35 sage ou une presse à repasser,
minutes de séchage
très limitées. Mais j’ai rencontré lène », constate Alain Depasse. dans l’un des trois
permettent de limiter les mani-
un fournisseur qui m’a proposé Le linge est directement sorti du sèche-linges, le linge pulations du linge par le person-
un produit compatible avec tous sèche-linge pour être repassé. ressort sec. nel et, donc, le risque de TMS.
les types de fibres et avec lequel Une filmeuse automatique évite
un séchage complet en sèche- aux opérateurs de lever les bras
linge est possible. De plus, avec pour insérer le vêtement dans le
cette méthode, toutes les fibres film plastique et pour le thermo-
pouvaient être traitées, ce qui coller. Mais cela passe aussi par
n’est pas le cas du perchloroé- des petites astuces, comme les
thylène, qui ne couvre qu’environ hublots du lave-linge et du sèche-
70 % des fibres », explique-t-il. linge qui s’ouvrent à l’opposé l’un
Il décide donc de tenter l’expé- de l’autre, laissant de l’espace au
rience et investit dans trois nou- salarié pour transvaser le linge
veaux lave-linges compatibles de l’un à l’autre, ou encore des
avec le nettoyage à l’eau et trois parpaings qui viennent surélever
sèche-linges. Le produit lessi- les machines afin que les opéra-
viel employé est à base de ten- teurs travaillent à hauteur. « C’est
sioactifs et ne présente a priori vraiment important de penser à
pas de risque spécifique pour les ces petits détails avant d’installer
employés. les machines, remarque Pascal
Poiron. Car il beaucoup plus com-
Des manipulations pliqué de réaliser ces aménage-
identiques ments une fois les machines en
Si la substitution ne révolutionne place. »
pas le travail, elle a entraîné Outre le confort des salariés, le
quelques évolutions : « Le tri ne se passage au nettoyage à l’eau
© Philippe Castano pour l’INRS

fait pas de la même façon qu’avec est utilisé comme argument de


le perchloroéthylène, explique-t- vente : « Les clients sont de plus
il. Avant, il se faisait en fonction en plus sensibles aux questions
des couleurs : clair, semi-clair, environnementales. Et quand ils
foncé. Maintenant, il y a cinq caté- entrent ici, ils remarquent que
gories, en fonction de la nature et l’odeur n’est pas celle d’un pres-
de la densité de la fibre. Ce n’est sing habituel », constate Alain
pas compliqué, mais c’était une Depasse. Q

travail & sécurité – n° 754 – octobre 2014


EN ENTREPRISE
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Fiche d’identité CHARIOTS ÉLÉVATEURS
Q NOM : Norbert
Dentressangle, Magasins
généraux de Champagne-
Pour une meilleure
Ardenne.
Q ACTIVITÉ : Entrepôt
logistique. Le site accueille
sécurité en cabine
plus de 100 camions par
jour et les opérations de
chargement/déchargement
se succèdent.
Q LIEU : Langres (Haute-
Marne).
Q EFFECTIF : 12 permanents,
quelques intérimaires.

L’essentiel
Q LA CEINTURE,
systématiquement montée

© Patrick Delapierre pour l’INRS


par les fabricants sur les
chariots élévateurs, n’est
pas le seul système de
retenue efficace en cas de
renversement latéral
de l’engin.
Q DANS L’ENTREPÔT
logistique de Langres,
Norbert Dentressangle
s’est doté de chariots
équipés de portillons.
CHAQUE ANNÉE, plusieurs caristes sont tués à la suite
Il est adapté aux tâches du renversement latéral de leur chariot élévateur. Le choix
et aux métiers du site. du système de retenue, le plus répandu étant la ceinture, est
Q CE DISPOSITIF peut être déterminant. Le dispositif doit être efficace vis-à-vis du risque
adopté en remplacement
d’éjection hors de la cabine et adapté à l’activité. Dans l’entrepôt
de la ceinture de sécurité
si le chef d’entreprise
logistique de Langres, en Haute-Marne, Norbert Dentressangle
juge qu’il est plus efficace. a opté pour des chariots équipés de portillons.

L
e renversement latéral de dans laquelle le drame survient,
LE CHIFFRE chariots élévateurs avec il y a forcément un avant et un
éjection du conducteur après.

5 ou 6 hors de la cabine est res-


ponsable, chaque année,
À Langres, en Haute-Marne,
Alain Aubry, directeur d’un
accidents d’un nombre important d’inca- entrepôt logistique de Norbert
mortels liés à un pacités permanentes ainsi que Dentressangle, en témoigne.
de plusieurs décès. La survenue « C’est arrivé chez nous. Mal-
renversement latéral d’un accident est toujours le gré les mesures visant à réduire
de chariot élévateur fait d’une conjonction de fac- la vitesse, l’aménagement des
surviennent chaque teurs : vitesse élevée, mauvaises voies de circulation, le rappel
année en France. manœuvres, visibilité dégradée, des consignes de sécurité et
On dénombre près fourche en position haute, cir- notamment du port de la cein-
culation sur un sol instable, uti- ture obligatoire. Tout ça n’a
de 600 accidents lisation du téléphone portable, pas suffi », explique-t-il. Immé-
donnant lieu conduite sous l’emprise de la diatement, la direction a sou-
à une incapacité drogue, de l’alcool ou de médi- haité réagir. En renforçant les
permanente. Grégory Brasseur caments… Pour l’entreprise mesures de sécurité existantes

travail & sécurité – n° 754 – octobre 2014


EN ENTREPRISE

notamment. Un travail sur le TROIS QUESTIONS À…


document unique et la défini-
tion des risques majeurs est
Jérôme Rebelle, expert INRS.
repris, en collaboration avec Quelles sont les obligations du fabricant
les salariés. Puis, la question de chariots élévateurs ?
du choix du système de retenue Ce sont les dispositions du Code du travail issues de la directive
en cabine pour les caristes est Machines 2006/42/CE qui s’appliquent. Elle prévoient que « lorsqu’il
posée. existe un risque que les opérateurs (...), transportés par la machine
« C’est un métier où l’on a ten- puissent être écrasés entre des éléments de la machine et le sol
dance à rouler vite sans avoir si la machine se retourne ou bascule (…), leur siège doit être conçu
véritablement conscience du ou équipé avec un système de retenue de manière à maintenir
risque, témoigne Dominique les personnes sur leur siège ». Cela signifie que lors de l’acquisition
Monribot, contrôleur de sécu- ou la location d’un chariot élévateur, il doit être équipé d’une ceinture
rité à la Carsat Nord-Est. Dans de sécurité ou d’un système équivalent maintenant le conducteur
l’entreprise, la volonté de renou- sur son siège.
veler le parc de chariots était
Quelles sont les obligations pour l’utilisateur ?
déjà là. L’enjeu était de trou-
La réglementation française impose aux employeurs des prescriptions
ver une solution de retenue en
de sécurité et de santé pour l’utilisation d’équipements de travail par
cabine adaptée aux tâches et à
les salariés ainsi qu’une évaluation des risques (document unique).
l’environnement du site. » Après
l’accident, le contrôleur fait Et parmi les risques identifiés, il y a le renversement latéral…
appel à Jérôme Rebelle, expert Oui, il fait partie des risques majeurs liés à l’activité de cariste pour
de l’INRS, qui vient sur place lesquels il faut prendre les mesures de prévention adaptées. L’article
étudier la situation et balayer, R. 4324-35 du Code du travail donne les prescriptions à suivre,
avec Alain Aubry, les différentes il mentionne « une ceinture de sécurité appropriée ou tout autre
solutions de protection exis- dispositif permettant de prévenir le risque d’éjection ». En résumé,
tantes. Les nombreux accidents la ceinture doit être présente sur la machine mais, pour assurer
mortels impliquant un chariot la protection du cariste vis-à-vis du risque de renversement latéral,
élévateur en porte-à-faux ont le chef d’entreprise peut imposer l’utilisation d’un autre dispositif.
en effet amené l’INRS à étudier Cette mesure doit être alors inscrite dans les consignes de sécurité
l’efficacité des systèmes de rete- de l’entreprise et les caristes informés-formés à celles-ci.
nue des caristes disponibles sur
le marché, dans une situation
de renversement latéral. évaluation s’est faite sur la base
de six critères : l’augmentation
Faire le bon choix du temps de montée et des-
« Sur le terrain, les préventeurs cente au poste de conduite, la
ont besoin d’informations leur perte de liberté de mouvements
permettant de faire un choix pour la prise d’informations, la
adapté au poste de travail du perte de visibilité, la réduction
© Patrick Delapierre pour l’INRS

cariste. À l’INRS, nous avons du confort dans la cabine, la


mené un travail en deux temps, diminution de la communication
indique Jérôme Rebelle. Un banc avec l’extérieur et l’empiètement
d’essai en laboratoire a tout du système sur l’environnement
d’abord été conçu pour simuler proche de la cabine lors de
les conditions réelles d’un ren- son ouverture, poursuit Jérôme
versement latéral, avec utilisa- Rebelle. Deux entreprises,
tion d’un mannequin de crash Nestlé Waters et Transalliance,
test pour remplacer le conduc- ont participé à l’étude (NDLR :
teur. On pense à tort que la cein- Sur les nouveaux tesse minimale, le dispositif doit lire l’encadré page suivante). »
ture, qui est systématiquement chariots en circulation comporter au moins deux points Chez Norbert Dentressangle,
montée par les fabricants 1, est dans l’entrepôt, d’ancrage sur le montant arrière Alain Aubry s’intéresse depuis
une porte vitrée
le seul système de retenue dis- est installée à droite de la cabine et un sur le mon- un certain temps aux dispositifs
ponible. Nous avons travaillé à et le portillon est tant avant. La cabine fermée alternatifs à la ceinture. Car si
estimer l’efficacité d’autres sys- monté à gauche, vitrée ou la porte partielle, ainsi elle reste un moyen de retenue
tèmes moins connus : portillons, du côté de la montée- que certains types de portillons, efficace lorsqu’elle est portée, il
descente du véhicule.
portières ajourées, sièges à Il comprend un point
remplissent ces critères. « Pour faut admettre que, dans la pra-
accoudoir-portillon… » d’ancrage à l’avant, les systèmes ayant répondu tique, la situation est tout autre.
La conclusion de ces travaux plusieurs à l’arrière. aux exigences de la première De multiples tâches incombent
est qu’un système de retenue phase d’essais, nous avons aux caristes, les obligeant à

«
doit permettre de maintenir le voulu estimer les contraintes et monter et descendre fréquem-
cariste dans sa cabine et éviter la gêne liées à leur utilisation ment du véhicule au cours de la
toute éjection hors de l’habi- au cours des différentes tâches journée. Les bouclages et débou-
tacle. Pour assurer une robus- qui incombent au cariste. Cette clages successifs nécessitent

travail & sécurité – n° 754 – octobre 2014


EN ENTREPRISE
46
des manipulations contrai- distance de six mètres doit être
QGÊNE ET CONTRAINTES
gnantes. « Nous avons énor- maintenue entre le cariste et
mément de grandes palettes. les piétons. Un seul conducteur
Pour les placer, ils ont besoin de Suivant le dispositif de sécurité choisi pour la retenue est autorisé à être présent aux
sortir le buste afin d’avoir une du cariste, les contraintes diffèrent. « Pour les deux abords du camion. Par ailleurs,
meilleure visibilité », affirme le entreprises qui ont participé à l’étude que nous avons aucun piéton ne doit circuler
responsable. « Soyons clairs : si menée, le portillon semble plus adapté à l’activité que dans les allées empruntées par
les opérateurs n’arrivent pas à la ceinture, indique Jérôme Rebelle, expert à l’INRS. les chariots. Au niveau des quais
se pencher, ils finissent toujours La perte de temps pour les montées et descentes extérieurs, des boxes isolés ont
par ne plus porter la ceinture est notamment réduite et le cariste ne ressent été installés pour permettre au
ou démonter la porte. Le risque aucune gêne au niveau de la ceinture abdominale. chauffeur d’attendre. En aucun
est qu’un système initialement Par ailleurs, l’ouverture-fermeture du dispositif est cas, il n’est autorisé à en sortir.
satisfaisant vis-à-vis du risque rapide et accompagne le mouvement. » Pourtant, « Nous formons les caristes à faire
d’éjection ne soit plus utilisé ou plusieurs paramètres entrent en considération dans respecter ces règles. Si quelqu’un
se dégrade », souligne Domi- le choix. Chez Nestlé Waters, par exemple, les chariots sort du cadre, ils ont le devoir
nique Monribot. automoteurs côtoient d’autres véhicules industriels d’intervenir, souligne Alain
et routiers. L’entreprise a donc souhaité, au motif Aubry. Le plus compliqué, c’est de
Respect des règles de l’harmonie des pratiques, conserver la ceinture convaincre. C’est pourquoi nous
L’entreprise se met donc en de sécurité. Ce dispositif de retenue reste, lorsqu’il est menons un travail de sensibilisa-
contact avec une société qui pro- porté, satisfaisant vis-à-vis du risque d’éjection. tion à tous les niveaux. »
pose un système de retenue de « En termes de retenue dans la
cabine, nous avons trouvé un
bon compromis. Les caristes ne
sont pas gênés dans leur quoti-
dien, affirme Yannick Deffraire,
responsable de l’agence Manu-
loc, l’équipementier prestataire
pour les chariots élévateurs.
Dernièrement, un client a abso-
lument voulu nous faire installer
une ceinture trois points sur ses
chariots, comme sur une voiture
Aucun piéton ne doit de tourisme. Il ne l’a pas gardée
circuler dans les bien longtemps. Les gars étaient
allées empruntées complètement ficelés ! » Pour
par les chariots.
© Patrick Delapierre pour l’INRS

Dominique Monribot, l’entreprise


Au niveau des quais
extérieurs, des boxes s’est posé les bonnes questions.
isolés ont été installés « Le responsable est un homme
pour permettre de terrain, proche des équipes.
aux chauffeurs des Il sait de quoi il parle. Quand je
camions d’attendre.
En aucun cas,
l’ai rencontré, il n’avait que deux
ils ne sont autorisés sauveteurs secouristes du travail
à en sortir. sur le site. Comme ça me sem-
blait insuffisant, il en a immédia-
type portillon, dont l’efficacité la ceinture, suivant la corpu- tement formé six », indique-t-il.
vis-à-vis du risque d’éjection lence de chacun, il faut par- Après une nouvelle visite de
est jugée satisfaisante, d’après fois se battre », poursuit Manu l’INRS, une question reste tou-
les travaux de l’INRS. Sur les Aubry, l’un de ses collègues. tefois en suspens concernant
nouveaux chariots en circula- En complément, une note de ser- les chariots. Elle concerne le
tion dans l’entrepôt, une porte vice a été émise. Elle reprend réglage de la hauteur de mon-
vitrée est installée à droite et le les règles à faire respecter par tage du système de sécurité.
portillon est monté à gauche, du les conducteurs de camions L’épaule du cariste doit en effet
côté de la montée/descente du qui entrent sur le site. Lors des être située en dessous du point
véhicule. Il comprend un point opérations de chargement, une le plus haut du cadre du portil-
d’ancrage à l’avant, plusieurs à lon. Ainsi, l’opérateur ne risque
l’arrière. En outre, le dispositif pas de passer par-dessus en cas
est asservi au fonctionnement En savoir plus de basculement. Q
de la machine. « Lorsqu’on ouvre Q CHARIOT AUTOMOTEUR. Prévenir le risque 1. La directive Machines 2006/42/CE
le portillon, ça coupe le moteur. de renversement latéral et d’éjection du conducteur, impose au fabricant d’une machine
C’est une sécurité supplémen- ED 125, INRS.
mobile en porte-à-faux de mettre
taire. La cabine est confortable. en place un dispositif de retenue
À consulter et à télécharger sur www.inrs.fr. du cariste sur son siège. La plupart
Q NOTE TECHNIQUE « Systèmes de retenue pour
Je m’y sens vraiment à l’aise,», implantent presque systématiquement
affirme Cédric Avrilleux, l’un caristes », INRS, HST, à paraître en décembre 2014. une ceinture de sécurité à deux points
des caristes. « Vous savez, avec d’ancrage.

travail & sécurité – n° 754 – octobre 2014


“SANTÉ ET SÉCURITÉ AU TRAVAIL”

À VOUS DE FILMER !

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SERVICES
QUESTIONS-
48 RÉPONSES
RETOUR SUR… LES THÈMES DES QUESTIONS présentées sont extraits des assistances assurées
par les experts de l’INRS. Les réponses apportées ici sont données à titre indicatif et ont
STATISTIQUES pour objectif de fournir des éléments d’information. Elles ne pourraient, en aucun cas,
EXTRAITS DU JO être considérées comme des textes de référence.

Maladies et contagion

?
Comment prévenir le risque de transmission des maladies hivernales ?

RÉPONSE L’hiver approche et, avec lui, les épi- ฀ ฀฀ rir la bouche et le nez avec sa manche
démies, parmi lesquelles la grippe ou la gastro- ou un mouchoir en cas de toux ou d’éternue-
entérite. Ces maladies peuvent se transmettre ments ;
par les gouttelettes mises en suspension dans ฀฀ ฀ égulièrement le local de travail pour
l’air lorsqu’on tousse ou éternue, les postillons, renouveler l’air.
le contact direct avec une personne infectée ou Par ailleurs, la vaccination contre le virus de
celui avec un objet contaminé par une personne la grippe saisonnière peut être recomman-
malade. dée sur avis médical, à certains salariés fra-
Dans un environnement de travail, quelques giles (par exemple aux insuffisants cardiaques,
gestes simples permettent de réduire ces risques aux femmes enceintes, quel que soit l’âge de
de transmission : la grossesse, ainsi qu’aux personnes souffrant
฀฀ ฀ r les mains avec du savon liquide, d’obésité. En milieu de soins, l’obligation de
notamment après s’être mouché, avoir toussé vaccination demeure recommandée aux pro-
ou éternué, avant de manger, après être allé aux fessionnels de santé (malgré la suspension de
toilettes, après avoir pris les transports en com- l’obligation prévue à l’article L. 3111-4 du Code
mun et en quittant son travail. Le séchage doit de la santé publique), pour réduire les risques
se faire de préférence avec un essuie-mains en de dissémination du virus. La vaccination contre
papier à usage unique ou à l’air libre. Si vous la grippe peut être également recommandée aux
n’avez pas d’eau ni de savon à disposition, une personnels de l’industrie des voyages (person-
solution hydro-alcoolique peut être utilisée ; nels navigants et accompagnateurs de groupes)
฀฀ ฀ ฀ d’écoulement nasal, utiliser des mou- et recommandée aux personnes en contact régu-
choirs en papier à usage unique ; lier avec le public ou des enfants. Q

Le dépistage de drogues

?
Un employeur peut-il soumettre un salarié à un dépistage de drogues ?

RÉPONSE Non. Conformément à la régle-


mentation en vigueur, les techniques
actuelles de dépistage de consommation
de drogues constituent un examen de
biologie médicale, y compris celles per-
mettant un résultat rapide (exemple : test
urinaire ou salivaire). Ils ne peuvent être
réalisés que par un biologiste médical ou,
pour certaines phases, sous sa respon-
sabilité. En cas de doute pour la santé et
© Gaël Kerbaol/INRS

la sécurité de ses salariés, l’employeur


pourra demander conseil aux services de
santé au travail.
D’autre part, l’employeur ne peut pas
imposer au médecin du travail de pres-
crire un test de dépistage chez un salarié,
même si une liste de postes de sûreté et de sécu- faussement positifs. La mauvaise réalisation du
rité est inscrite au règlement intérieur. Il est par test peut aussi aboutir à un résultat faussement
ailleurs à noter que les tests actuels présentent négatif. Enfin, les tests à lecture rapide ne per-
des limites importantes en termes de fiabilité. mettent pas de détecter toutes les drogues et
Selon le Comité consultatif national d’éthique, notamment les nouvelles drogues de synthèse
11 à 16 % des résultats fournis par ces tests sont dont le nombre est en augmentation rapide. Q

travail & sécurité – n° 754 – octobre 2014


SERVICES
QUESTIONS-
RÉPONSES
LES DÉLÉGUÉS du personnel sont élus pour quatre ans
RETOUR SUR…
49
dans les entreprises de onze salariés et plus. Cette institution
STATISTIQUES
représentative des salariés a des attributions qui lui sont
confiées spécifiquement par le Code du travail. Certaines EXTRAITS DU JO
missions, normalement dévolues au comité d’entreprise
et au CHSCT, lui incombent également en l’absence de ceux-ci.

Les délégués du personnel

D
ès le XIXe siècle, plusieurs exemples l’inspection du travail, qu’ils accompagnent, s’ils
témoignent d’une organisation spon- le désirent, lors de ses visites dans l’entreprise.
tanée des salariés, en dehors de tout Ils peuvent également saisir l’employeur de toute
cadre législatif, pour désigner, parmi atteinte injustifiée aux droits des personnes ou
eux, ceux dont le rôle sera de porter aux libertés individuelles et engager, en cas
leurs revendications auprès de l’employeur. Pour de difficultés, une action devant le conseil des
autant, l’institution des délégués du personnel prud’hommes qui statue alors en référé. Le ou les
(DP) n’est créée que bien plus tard, en 1936, salariés concernés doivent en avoir été préala-
avec l’avènement du gouvernement du Front
REPÈRES blement avertis et ne pas y être opposés. Depuis
populaire. Supprimée sous le Régime de Vichy, Q LE NOMBRE de la loi du 17 janvier 2002, la procédure d’alerte
elle est rétablie par la loi du 16 avril 1946. Le délégués du personnel des délégués du personnel en cas d’atteinte
dispositif est aujourd’hui inscrit dans les articles varie selon l’effectif aux droits des personnes ou aux libertés indivi-
L. 2311-1 et suivants du Code du travail. L’élec- de l’entreprise. Il y a duelles est étendue aux cas d’atteinte à la santé
tion d’un délégué du personnel est obligatoire autant de délégués physique et mentale des salariés. Elle peut donc
dans tous les établissements de onze salariés et suppléants que être déployée en présence d’une situation de
plus. Avant 1993, la durée du mandat n’était que de titulaires. harcèlement moral.
d’un an. Elle est passée à deux ans entre 1993 et Q DANS une
2005, puis à quatre. entreprise de moins Des moyens
L’élection se déroule en même temps, s’il y a de 200 salariés, Afin de donner aux délégués du personnel les
lieu, que celle des représentants du personnel au l’employeur peut opter moyens d’exercer leurs missions, l’employeur a
comité d’entreprise (CE). pour une délégation pour obligation de mettre à leur disposition un
unique pour le comité local, pour les réunions et permanences, et un
Une large palette d’attributions d’entreprise et les panneau d’affichage, destiné à l’information du
Les DP ont pour mission de représenter le per- délégués du personnel. personnel. Il convoque et reçoit les délégués une
sonnel auprès de l’employeur, lui faisant part Dans ce cas, le nombre fois par mois au minimum. Deux jours avant la
des réclamations individuelles ou collectives de délégués du réunion, ceux-ci posent leurs questions par écrit.
des salariés en ce qui concerne l’application de personnel est différent. L’employeur répond au cours de la réunion puis
la réglementation du travail. Ils peuvent aussi Leur crédit d’heures transcrit, sur un registre, toutes les notes des
bien être saisis par les salariés permanents que est par ailleurs délégués et les réponses apportées. Ce registre
par des intérimaires ou des salariés extérieurs porté de quinze est tenu à la disposition du personnel un jour
à l’entreprise. Dans les entreprises d’au moins à vingt heures ouvrable par quinzaine. Par ailleurs, chaque
50 salariés, en l’absence de CE, à la suite d’une (article L. 2326-1 délégué titulaire dispose d’un crédit de quinze
carence constatée aux élections, les attributions et suivants du Code heures par mois de délégation dans les entre-
économiques de celui-ci sont exercées temporai- du travail). prises d’au moins 50 salariés et de dix heures
rement par les DP. Ceux-ci sont alors consultés par mois dans les autres. Ce temps de déléga-
sur les licenciements économiques, la durée du tion est considéré et payé comme du temps de
travail, ainsi que sur la formation professionnelle travail. Enfin, les DP jouissent d’une liberté de
et la fixation des congés payés. En l’absence de déplacement dans l’entreprise (pendant les
CHSCT, quelle qu’en soit la raison, les délégués heures de délégation ou en dehors de leurs
du personnel exercent les missions de ce comité. heures de travail) et en dehors de l’entreprise
Ils disposent toutefois des mêmes moyens que le (durant les heures de délégation), afin de pou-
CHSCT seulement si la constitution de celui-ci voir s’entretenir avec les salariés. Ils ont accès à
est obligatoire. des documents obligatoires, tels que le registre
Par ailleurs, les DP peuvent faire des suggestions du personnel, les registres de sécurité, les docu-
au comité d’entreprise sur l’organisation géné- ments récapitulant la durée du travail, ou encore,
rale de l’entreprise. En cas de plainte d’un salarié en cas d’intérim, les contrats de mise à disposi-
sur l’application du droit du travail, ils saisissent Grégory Brasseur tion des travailleurs temporaires…Q

travail & sécurité – n° 754 – octobre 2014


SERVICES
QUESTIONS-
50 RÉPONSES
51 LES CHIFFRES PRÉSENTÉS sont extraits du rapport de gestion de l’Assurance maladie-
RETOUR SUR… Risques professionnels : sinistralité 2013. Sous la rubrique accident avec arrêt (AT avec arrêt)
sont pris en compte l’ensemble des sinistres ayant entraîné l’imputation au compte employeur
STATISTIQUES (ou au compte spécial) d’un premier règlement (indemnité journalière, indemnité en capital, capital
EXTRAITS DU JO rente ou capital décès). Il s’agit donc de l’ensemble des sinistres en premier règlement.

Statistiques
technologiques 2013
L'accidentabilité au travail
Données générales

2012 2013 Évolution

Effectifs CTN 18 296 201 18 314 269 0,1 %

Accidents travail (AT)

AT avec arrêt 640 891 618 263 - 3,5 %

AT avec incapacité permanente (IP) 40 136 39 078 - 2,6 %

Décès 558 541 - 3,0 %

Jours d'incapacité temporaire (IT) 37 823 128 37 495 807 - 0,9 %

Durée moyennne IT 59,0 60,6

Indice de fréquence (IF) 35,0 33,8 - 3,6 %

Taux de fréquence (TF) 23,5 22,7 - 3,4 %

Taux de gravité (TG) 1,4 1,4 0,0 %

Indice de gravité (IG) 15,3 14,7 - 3,9 %

Maladies professionnelles (MP)

MP réglées 54 015 51 452 - 4,7 %

MP avec incapacité permanente (IP) 29 267 27 450 - 6,2 %

Décès 523 430 - 17,8 %

Jours d'incapacité temporaire 10 748 158 10 196 080 - 5,1 %

Accidents du trajet

Accidents avec arrêt 90 092 93 363 3,6 %

Accidents avec IP 8 103 7 865 - 2,9 %

Décès 323 306 - 5,3 %

Jours d'incapacité temporaire 6 102 853 6 206 593 1,7 %

Durée moyennne IT 67,7 66,5

Les accidents du travail


En 2013, par rapport à l’année précédente, à 33,8 accidents pour mille salariés. Ce recul
l’effectif salarié des Comités techniques natio- de la fréquence des accidents du travail est
naux progresse de 0,1 %. Les accidents du observable dans tous les Comités techniques
travail avec arrêt s’établissent au nombre de nationaux, hormis le CTN Transport où elle est
618 263, en baisse de 3,5 %. De cette évolu- stable. Le taux de fréquence diminue de 3,4 %.
Jean-Claude Bastide tion, il ressort que l’indice de fréquence recule Il passe de 23,5 à 22,7 accidents par million

travail & sécurité – n° 754 – octobre 2014


SERVICES

d’heures travaillées. Le nombre de journées ฀฀ ฀ ฀ ฀ ฀ ฀฀ ฀ ฀ ฀


d’incapacité temporaire perd 0,9 %, pour arri- à la déviation (ex : échelle) ;
ver à 37,5 millions. Le nombre des décès s’éta- ฀ ฀ ฀฀ ฀ ฀ ฀
blit à 541, soit une baisse de 3,0 % par rapport à Pour cette année de mise en place du système,
2012. Les maladies professionnelles sont désor- seuls 40 % des accidents survenus en 2013
mais décomptées par syndromes. Elles sont au ont été codés, aussi nous ne produisons pas ici
nombre de 51 452 cas, en baisse de 4,7 %. On d’examen descriptif. Un premier exemple d’ap-
observe 93 363 accidents de trajet, soit une proche est présenté dans le rapport de gestion
progression de 3,6 %. de la CnamTS 2013 qui vient d’être publié 2.
En ce qui concerne les causes et circonstances Avec 39 078 accidents avec incapacité perma-
des accidents, les statistiques sont désormais nente, le nombre des accidents graves baisse
établies conformément au modèle européen de 2,6 %, tandis que les décès reculent de 558
Seat 1. Les accidents de plus de quatre jours sont à 541 cas. En ce qui concerne les décès, remar-
ainsi décrits à travers quatre variables : quons une hausse dans deux CTN : celui du BTP
฀฀ ฀ ฀฀ ฀ ฀ ฀ ฀ ฀ et celui des transports.
au moment de l’accident ; 1. Voir à ce sujet : http://epp.eurostat.ec.europa.eu/cache/
฀฀ ฀ ฀฀ ฀ ฀ ฀ ฀ ฀ ITY_OFFPUB/KS-RA-12-002/FR/KS-RA-12-002-FR.PDF
(ex : chute) ; 2. www.securite-sociale.fr/CNAMTS.

Accidents du travail 2013 : répartition par CTN et principaux indicateurs

Comités techniques nationaux (CTN) Salariés AT-arrêt AT-IP Jours IT Décès 2013 Décès 2012

Métallurgie 1 698 509 54 429 3 869 2 784 106 53 64

Bâtiment et TP 1 551 809 100 617 7 437 6 427 019 145 131

Transport, EGE, livre, communication 2 082 423 91 150 5 799 6 040 519 120 108

Alimentation 2 317 422 107 884 5 558 6 072 473 41 60

Chimie, caoutchouc, plasturgie 419 253 11 203 811 637 557 11 11

Bois, ameublement, papier, carton, textile,


458 487 21 262 1 546 1 228 467 22 25
vêtement, cuirs et peaux, pierres et terres à feu

Commerce 2 225 512 49 783 3 226 3 129 363 38 41

Services I (banques, assurances…) 4 334 283 42 835 2 402 2 101 666 34 40

Services II (santé) et travail temporaire 3 226 571 139 100 8 430 9 074 637 77 78

Total CTN 18 314 269 618 263 39 078 37 495 807 541 558

Indice de Taux de
Comités techniques nationaux (CTN) Taux de gravité Indice de gravité
fréquence fréquence

Métallurgie 32,0 20,5 1,0 14,1

Bâtiment et TP 64,8 42 2,7 36,9

Transport, EGE, livre, communication 43,8 29,5 2,0 20,3

Alimentation 46,6 29,8 1,7 14,1

Chimie, caoutchouc, plasturgie 26,7 17,9 1,0 13,0

Bois, ameublement, papier, carton, textile,


46,4 29,6 1,7 23,7
vêtement, cuirs et peaux, pierres et terres à feu

Commerce 22,4 14,8 0,9 9,5

Services I (banques, assurances…) 9,9 7,2 0,4 4,0

Services II (santé) et travail temporaire 43,1 29,5 1,9 17,0

Total CTN 33,8 22,7 1,4 14,7

travail & sécurité – n° 754 – octobre 2014


SERVICES
QUESTIONS-
52 RÉPONSES
53 RETOUR SUR… Les maladies professionnelles
STATISTIQUES
EXTRAITS DU JO Principales maladies professionnelles 2013

60 000

Ensemble des maladies professionnelles


50 000

40 000 Tableau n° 57 – Affections périarticulaires

30 000

5 000

4 000
Nombre de maladies professionnelles

Tableau n° 30 – Affections provoquées par les poussières d'amiante


3 000
Tableau n° 98 – Affections chroniques du rachis lombaire
dues aux charges lourdes

2 000

1 200

1 100

1 000

900 Tableau n° 30 bis – Affections consécutives à l'inhalation des poussières d'amiante


Autres tableaux de MP

Tableau n° 42 – Affections provoquées par les bruits


800

600
Tableau n° 79 – Lésions chroniques du ménisque

500
Tableau n° 97 – Affections chroniques du rachis lombaire dues aux vibrations

400

300
Tableau n° 65 – Lésions eczématiformes de mécanisme allergique
Tableau n° 66 – Affections respiratoires de mécanisme allergique
200 Tableau n° 25 – Pneumoconioses consécutives à l'inhalation de silice
Tableau n° 69 – Affections provoquées par les vibrations
de certaines machines-outils
100 Tableau n° 76 – Maladies liées à des agents infectieux en milieu d’hospitalisation
Tableau n° 47 – Affections provoquées par les poussières de bois
Tableau n° 15 ter – Lésions de la vessie par les amines aromatiques
0
2009 2010 2011 2012 2013

travail & sécurité – n° 754 – octobre 2014


SERVICES
Pour les maladies professionnelles, l’inversion baisse est surtout sensible en ce qui concerne les
de la tendance survenue en 2012 se poursuit en syndromes touchant l’épaule. Pour les patholo-
2013, puisque les cas dénombrés par syndrome gies liées à l’amiante, on observe une baisse de
sont au nombre de 51 452 cas, en baisse de 4,7 %. 3 168 cas au tableau n° 30A et une baisse égale-
Les affections périarticulaires qui, avec 40 613 cas ment de 897 cas au tableau n° 30B. Les affections
représentent toujours 79 % des maladies pro- chroniques du rachis lombaire dues aux charges
fessionnelles, sont en recul de 1 535 cas. Cette lourdes reculent, pour atteindre 2 892 cas.

Maladies professionnelles 2013 : répartition par CTN

MP-CTN MP MP-IP Jours IT Décès

Métallurgie 6 509 3 697 1 217 772 51

Bâtiment et TP 6 546 3 511 1 365 488 25

Transport, EGE, livre, communication 3 032 1 498 658 966 7

Alimentation 10 347 4 349 2 248 284 1

Chimie, caoutchouc, plasturgie 1 816 922 363 247 17

Bois, ameublement, papier, carton, textile, vêtement 2 993 1 566 602 302 11

Commerce 2 574 1 293 525 341 3

Services I (banques, assurances…) 1 885 888 332 396 3

Services II (santé) et travail temporaire 7 393 3 426 1 524 209 0

Total CTN 43 095 21 150 8 838 005 118

Bureaux et sièges sociaux 53 22 10 062 0

Compte spécial 7 609 5 921 1 231 394 312

Catégories professionnelles particulières 695 357 116 619 0

France 51 452 27 450 10 196 080 430

Les accidents de trajet


Avec 93 363 sinistres
en 2013, le nombre Accidents du trajet 2013 : répartition par CTN
des accidents de trajet AT-Trajet AT-arrêt AT-IP Jours IT Décès
progresse de 3,6 %.
Cependant, le nombre Métallurgie 6 464 664 446 372 38
des incapacités per-
Bâtiment et TP 5 762 516 440 400 43
manentes s’élève à
7 865, ce qui repré- Transport, EGE, livre, communication 9 220 822 657 305 25
sente une baisse de
Alimentation 15 810 1 132 1 120 154 44
2,9 %. Les décès dimi-
nuent de 5,3 % et sont Chimie, caoutchouc, plasturgie 1 378 127 92 629 7
au nombre de 306 en
2013. Bois, ameublement, papier, carton,
1 698 173 133 968 12
textile, vêtement

Commerce 10 019 826 627 652 26

Services I (banques, assurances…) 17 193 1 396 838 769 35

Services II (santé) et travail temporaire 23 690 1 911 1 675 887 65

Total CTN 91 234 7 567 6 033 136 295

Bureaux et sièges sociaux 457 36 24 173 1

Total CTN, bureaux et sièges sociaux 91 691 7 603 6 057 309 296

catégories professionnelles particulières 1 672 262 149 284 10

Total 93 363 7 865 6 206 593 306

travail & sécurité – n° 754 – octobre 2014


SERVICES
QUESTIONS-
54 RÉPONSES

Documents officiels
55
RETOUR SUR…
STATISTIQUES
EXTRAITS DU JO EXTRAITS DE TEXTES parus du 1er juillet au 31 août 2014

Santé et sécurité au travail

PRÉVENTION - GÉNÉRALITÉS alcoolisée autre que le vin, la bière, le cidre et le poiré. L’em-
ployeur peut désormais, par le biais du règlement intérieur (ou
ACCIDENTS DU TRAVAIL/MALADIES d’une note de service), limiter ou interdire la consommation de
PROFESSIONNELLES toutes boissons alcoolisées dans l’entreprise (y compris le vin,
la bière, le cidre et le poiré) et ceci, dans un objectif de pro-
QRéparation tection de la sécurité et de la santé physique et mentale des
Décret n° 2014-953 du 20 août 2014 relatif aux modalités de travailleurs. Ces mesures devront toutefois être proportionnées
calcul des indemnités journalières dues au titre de la mala- au but recherché.
die, de la maternité, des accidents du travail et des maladies
professionnelles. ÉVALUATION DES RISQUES
Ministère chargé de la Santé. Journal officiel du 23 août 2014 –
pp. 14021-14023. Loi n° 2014-873 du 4 août 2014 pour l’égalité réelle entre les
femmes et les hommes.
Arrêté du 20 août 2014 portant abrogation de l’arrêté du Parlement. Journal officiel du 5 août 2014 – pp. 12949-12965.
3 août 1993 portant sur les modalités de calcul du gain journa-
lier net mentionné à l’article R. 433-5 du Code de la Sécurité Cette loi comporte des dispositions relatives à l’égalité entre les
sociale. femmes et les hommes dans la vie professionnelle et modifie
Ministère chargé de la Santé. Journal officiel du 23 août 2014 – notamment des textes intéressant la santé et la sécurité au
p. 14027. travail.
L’article 20 ajoute une phrase au premier alinéa de l’article
QSécurité sociale L. 4121-3 du Code du travail, qui prévoit désormais que l’éva-
Loi n° 2014-892 du 8 août 2014 de financement rectificative de luation des risques tient compte de l’impact différencié de
la sécurité sociale pour 2014. l’exposition au risque en fonction du sexe.
Parlement. Journal officiel du 9 août 2014 - pp. 13344-13355. Sont notamment modifiées des dispositions relatives à la mater-
nité, à la paternité, à l’adoption et à l’éducation des enfants
L’article 2 de cette loi prévoit notamment que, sous certaines (Code du travail et loi n° 2005-882 du 2 août 2005 en faveur
conditions et dans certaines limites, la réduction générale des des petites et moyennes entreprises), et des dispositions rela-
cotisations patronales (dite « réduction Fillon ») pourra s’impu- tives au harcèlement (article 222-33-2 du Code pénal relatif
ter aux cotisations accidents du travail et maladies profession- au harcèlement moral, article L. 1153-5 du Code du travail
nelles dues au titre des rémunérations versées à compter du relatif aux faits de harcèlement sexuel, et articles L. 4123-10,
1er janvier 2015. L. 4123-10-1 et L. 4123-10-2 du Code de la Défense).

Décret n° 2014-933 du 19 août 2014 modifiant le décret SITUATIONS PARTICULIÈRES DE TRAVAIL


n° 2009-1576 du 16 décembre 2009 pris pour l’application de
l’ordonnance n° 2006-1588 du 13 décembre 2006 relative au QDétachement
régime de prévention, de réparation et de tarification des acci- Loi n° 2014-790 du 10 juillet 2014 visant à lutter contre la
dents du travail et des maladies professionnelles à Mayotte. concurrence sociale déloyale.
Ministère chargé de la Santé. Journal officiel du 22 août 2014 – Parlement. Journal officiel du 11 juillet 2014 - pp. 11496-11500.
pp. 13952-13954.
Ce texte insère dans le Code du travail un article L. 1262-2-1,
ADDICTIONS qui prévoit l’obligation pour l’employeur de salariés détachés
sur le territoire français d’effectuer une déclaration de déta-
QAlcoolisme chement à l’inspection du travail du lieu où débute la presta-
Décret n° 2014-754 du 1er juillet 2014 modifiant l’article tion. Les employeurs concernés sont :
R. 4228-20 du Code du travail. ฀฀ ฀ ฀ ฀ ฀ ฀ ฀ ฀ ฀
Ministère chargé du Travail. Journal officiel du 3 juillet 2014 – des salariés sur le territoire national ;
pp. 10988-10989. ฀฀ ฀ ฀ ฀ ฀ ฀ ฀ ฀ ฀ -
raire, établies hors du territoire national et qui détachent
Ce décret complète l’article R. 4228-20 du Code du travail qui temporairement des salariés auprès d’une entreprise utilisa-
concerne l’interdiction, sur le lieu de travail, de toute boisson trice établie ou exerçant sur le territoire national.

travail & sécurité – n° 754 – octobre 2014


SERVICES

Il convient de préciser que la notion de détachement implique L’article L. 124-14 du Code de l’éducation prévoit dorénavant
l’existence d’un contrat de travail entre l’employeur étranger que les stagiaires bénéficient des mêmes règles applicables au
et le salarié détaché et le maintien de leur relation de travail personnel de l’établissement d’accueil, en ce qui concerne la
pendant la période de détachement. durée maximale du travail, le repos et la présence de nuit. Il est,
Le décret n° 2008-244 du 7 mars 2008 avait déjà prévu cette par ailleurs, interdit de confier au stagiaire des tâches dange-
obligation et l’avait inscrite aux articles R. 1263-3 et R. 1263-4 reuses pour leur santé ou leur sécurité.
du Code du travail qui précisent, en outre, les éléments que La loi modifie, en outre, l’article L. 1221-13 du Code du travail
doit comporter la déclaration de détachement. et prévoit que les noms des stagiaires doivent désormais être
La loi prévoit également la désignation par l’employeur d’un inscrits, dans l’ordre d’arrivée, dans une partie spécifique du
représentant de l’entreprise sur le territoire national, chargé registre du personnel.
d’assurer la liaison avec l’inspection du travail. Enfin, l’article 8 de la loi complète l’article L. 452-4 du Code
Un nouvel article L. 1262-4-4 impose parallèlement au don- de la Sécurité sociale qui concerne l’action en reconnaissance
neur d’ordres ou au maître d’ouvrage qui contracte avec un de la faute inexcusable de l’établissement d’enseignement en
prestataire de services qui détache des salariés, de vérifier cas d’accident survenu par le fait ou à l’occasion d’une période
avant le début de détachement, qu’il s’est bien acquitté de ses de formation en milieu professionnel ou d’un stage. Désor-
obligations de déclaration et de désignation d’un représen- mais l’établissement d’enseignement doit appeler en garantie
tant sur le territoire national. l’organisme d’accueil de la période de formation ou du stage.
Des amendes administratives sont prévues en cas de défaut Les juges pourront ainsi décider, dans la même instance, de
de déclaration ou de désignation d’un représentant, par l’existence d’une faute inexcusable éventuelle et de la prise en
l’entreprise étrangère, ou en cas de défaut de vérification de charge de la réparation financière accordée à la victime, par
l’existence de la déclaration de détachement par le donneur l’organisme d’accueil appelé en garantie.
d’ordre ou le maître d’ouvrage contractant.
La loi instaure en outre une obligation de vigilance et de res- ORGANISATION - SANTÉ AU TRAVAIL
ponsabilité des donneurs d’ordre et des maîtres d’ouvrage
en ce qui concerne les conditions d’hébergement des sala- CHSCT
riés détachés, en ce qui concerne le respect de la législation
du travail par l’entreprise sous-traitante directe ou indirecte QExperts agréés
(libertés individuelles, protection de la maternité, durée du Arrêté du 1er juillet 2014 modifiant l’arrêté du 7 janvier 2014
travail, travail de nuit des jeunes, règles relatives à la santé et portant agrément des experts auxquels le comité d’hygiène, de
sécurité au travail, emploi des enfants…) et en ce qui concerne sécurité et des conditions de travail peut faire appel.
le paiement des salaires dus aux salariés détachés. Ministère chargé du Travail. Journal officiel du 20 juillet 2014 –
Le texte détaille les obligations qui pèsent désormais sur le p. 12111.
donneur d’ordre : obligation d’injonctions adressées à l’entre-
prise sous-traitante, information de l’inspection du travail des Arrêté du 1er juillet 2014 portant agrément des experts aux-
suites données, conséquences en cas d’absence de régula- quels le comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de tra-
risation de la part de l’entreprise sous-traitante, solidarité vail peut faire appel.
financière du donneur d’ordre en cas de non-paiement par Ministère chargé du Travail. Journal officiel du 24 juillet 2014 –
son cocontractant étranger du salaire minimum légal à ses p. 12232.
salariés détachés.
SERVICES DE SANTÉ AU TRAVAIL
Arrêté du 1er juin 2014 fixant le modèle du formulaire « Ques-
tionnaire pour le maintien au régime français de sécurité sociale QSurveillance médicale
d’un travailleur salarié détaché hors du territoire français ». Décret n° 2014-798 du 11 juillet 2014 portant diverses disposi-
Ministère chargé de la Santé. Journal officiel du 2 juillet 2014 – tions relatives à la médecine du travail.
p. 10920. Ministère chargé du Travail. Journal officiel du 13 juillet 2014 –
pp. 11804-11806.
QHandicapés
Loi n° 2014-789 du 10 juillet 2014 habilitant le gouvernement Dans un arrêt du 17 juillet 2013 (n° 358109), le Conseil d’État
à adopter des mesures législatives pour la mise en accessibilité avait annulé certaines dispositions du décret n° 2012-137 du
des établissements recevant du public, des transports publics, 30 janvier 2012 relatif à l’organisation et au fonctionnement
des bâtiments d’habitation et de la voirie pour les personnes des services de santé au travail, au motif qu’elles relevaient
handicapées. d’un décret en Conseil d’État et non d’un décret simple.
Parlement. Journal officiel du 11 juillet 2014 - pp. 11494-11496. Étaient notamment concernés les articles D. 4624-37 à
D. 4624-46 et D. 4624-50 du Code du travail relatifs à la fiche
QStagiaires d’entreprise établie par le médecin du travail ou par l’équipe
Loi n° 2014-788 du 10 juillet 2014 tendant à l’amélioration, pluridisciplinaire dans les services de santé interentreprises
à l’encadrement des stages et à l’amélioration du statut des (SSTI), le rapport annuel d’activité établi par le médecin du
stagiaires. travail et le dossier médical constitué au moment de la visite
Parlement. Journal officiel du 11 juillet 2014 - pp. 11491-11494. d’embauche.
Ce décret tire les conséquences de la décision du Conseil d’État

«
Cette loi crée, dans le Code de l’éducation, un chapitre consa- et rétablit dans le Code du travail, dans la partie décrets en
cré aux stages et aux périodes de formation en milieu profes- Conseil d’État, les dispositions annulées, tout en corrigeant
sionnel effectués dans le cadre de l’enseignement scolaire ou et clarifiant certaines dispositions qui posaient des difficultés
universitaire. d’interprétation.

travail & sécurité – n° 754 – octobre 2014


SERVICES
QUESTIONS-
56 RÉPONSES
57 RETOUR SUR…
Sont ainsi réintégrées dans le R. 4412-60 du Code du travail : CMR de catégorie 1 ou 2 au
STATISTIQUES Code du travail : sens de l’article R. 4411-6, produits de catégorie 1A ou 1B au
EXTRAITS DU JO ฀ ฀ ฀ ฀ ฀ sens du règlement européen n° 1272/2008 Reach et subs-
R. 4624-41, les dispositions rela- tances ou mélanges ou procédés classés cancérogènes par
tives à la fiche d’entreprise (éta- arrêté ministériel. S’agissant de la fiche médicale d’aptitude,
blissement et mise à jour, présentation annuelle au CHSCT, l’article R. 4624-47 précise désormais que le médecin du
consultation possible par les agents des services prévention travail n’établit pas de fiche médicale d’aptitude à l’issue de
des Carsat…) ; l’examen de pré-reprise, ainsi que les modalités de transmis-
฀฀ ฀ ฀ ฀ ฀ ฀ ฀ ฀ ฀ ฀ sion de la fiche et de contestation de l’avis médical.
relatives au rapport annuel d’activité (établissement par le En outre, la surveillance médicale renforcée qui était prévue
médecin du travail, transmission et présentation au comité à l’article R. 4152-1 au bénéfice des femmes dans les six mois
d’entreprise pour les services autonomes ou au conseil d’ad- suivant l’accouchement et pendant l’allaitement est supprimée
ministration pour les SSTI, après présentation, transmission (les femmes enceintes continuant de bénéficier d’une surveil-
par l’employeur ou par le président du service de santé au lance médicale renforcée prévue à l’article R. 4624-18).
travail, au Direccte et au médecin inspecteur du travail…). Enfin, le texte modifie aussi le décret n° 90-277 du 28 mars
Dans les SSTI, l’alinéa 2 de l’article R. 4624-42 prévoit tou- 1990 relatif à la protection des travailleurs intervenant en
tefois désormais que le directeur du service devra établir en milieu hyperbare. De nouvelles sanctions sont prévues en cas
plus une synthèse annuelle de l’activité du service de santé d’infractions aux règles relatives à la médecine du travail.
au travail. Cette synthèse rendra compte de la réalisation des
actions approuvées par le conseil d’administration dans le Décret n° 2014-799 du 11 juillet 2014 portant diverses disposi-
cadre du projet pluriannuel de service, de la réalisation des tions relatives à l’organisation de la médecine du travail.
actions sur le milieu de travail et des actions menées pour Ministère chargé du Travail. Journal officiel du 13 juillet 2014 –
assurer le suivi individuel de la santé des salariés, notamment pp. 11806-11807.
à partir du rapport annuel établi par chaque médecin du tra-
vail, pour les entreprises dont il a la charge. Adopté dans le même contexte que le décret n° 2014-798, ce
La commission médicotechnique prévue à l’article L. 4622-13 décret corrige certaines imprécisions rédactionnelles conte-
émet un avis sur cette synthèse, avant sa présentation aux nues dans le décret n° 2012-137 du 30 janvier 2012 relatif à
organes de surveillance. l’organisation et au fonctionnement des services de santé au
Un arrêté du ministre chargé du Travail viendra fixer le modèle travail et clarifie également certaines dispositions qui faisaient
de la synthèse annuelle de l’activité du service de santé au l’objet de difficultés d’interprétation.
travail. Il reformule également les dispositions du Code du travail qui
Les dispositions relatives à la constitution du dossier médical à concernent les travaux en milieu hyperbare interdits aux jeunes
la visite d’embauche sont réintroduites à l’article R. 4624-46. (article D. 4153-23).
En second lieu, le décret précise les missions et les moyens des
collaborateurs médecins qui peuvent être recrutés dans les RISQUES CHIMIQUES ET BIOLOGIQUES
services de santé au travail, s’ils s’engagent à suivre une for-
mation en vue de l’obtention de la qualification en médecine RISQUE CHIMIQUE
du travail. Les articles R. 4623-25-1 et R. 4623-25-2 précisent
les modalités de leur encadrement par le médecin du travail : QAmiante
missions confiées par ce dernier dans le cadre de protocoles Décret n° 2014-802 du 16 juillet 2014 portant abrogation du
écrits en fonction des compétences et expériences acquises, titre « Amiante » du règlement général des industries extractives.
examens médicaux pouvant être réalisés, avis d’aptitude ou Ministère chargé de l’Environnement. Journal officiel du 18 juillet 2014 -
d’inaptitude donnés par le médecin du travail sur la base du pp. 12018-12019.
rapport du collaborateur médecin ayant réalisé les examens
médicaux. Ce décret rend applicables dans les mines, les carrières et
Parallèlement les articles R. 4623-25-3 à R. 4623-25-5 du leurs dépendances les règles prévues par le Code du travail en
Code du travail prévoient désormais la possibilité, pour les matière de protection contre l’amiante, substituées à celles pré-
services de santé au travail de recruter un médecin disposant vues jusqu’alors par le décret n° 80-331 du 7 mai 1980 portant
d’un diplôme étranger pour exercer la profession de méde- règlement général des industries extractives.
cin du travail dans certaines conditions. Le contrat de travail
conclu dans ce cadre a une durée maximum de 3 ans. Arrêté du 16 juillet 2014 abrogeant certaines dispositions rela-
Le décret clarifie en outre la prise en charge financière de tives à l’amiante dans les industries extractives.
l’examen médical obligatoire avant l’affectation d’un travail- Ministère chargé de l’Environnement. Journal officiel du 18 juillet 2014 -
leur à des travaux l’exposant à des agents chimiques dange- p. 12021.
reux (examen clinique général ou examens complémentaires
nécessaires). L’article R. 4412-45 prévoit désormais que ceux- Ce texte abroge une série d’arrêtés pris le 9 juillet 1998 en
ci sont à la charge de l’employeur lorsque celui-ci dispose application du titre « Amiante » du règlement général des indus-
d’un service de santé au travail autonome et à la charge des tries extractives.
SSTI dans les autres cas.
De plus, la surveillance médicale renforcée prévue à l’article Arrêté du 1er août 2014 relatif à la liste des fonctions et des
R. 4624-18 au bénéfice des salariés exposés à des agents établissements ou parties d’établissements permettant l’attri-
cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction, bution d’une allocation spécifique de cessation anticipée d’acti-
n’est plus limitée uniquement aux CMR de catégorie 1 ou 2. vité à certains fonctionnaires et agents non titulaires du minis-
Elle concerne désormais tous les CMR mentionnés à l’article tère chargé de la Mer.

travail & sécurité – n° 754 – octobre 2014


SERVICES

Ministère chargé de l’Environnement. Journal officiel du 9 août 2014 sées de commercialisation pour les produits de construction et
(www.legifrance.gouv.fr – 9 p.). abrogeant la directive 89/106/CEE du Conseil.
Commission européenne. Journal officiel de l’Union européenne
QBiocides n° C 259 du 8 août 2014 – pp. 1-44.
Arrêté du 25 juillet 2014 portant modification de l’arrêté du
9 octobre 2013 relatif aux conditions d’exercice de l’activité PROTECTION INDIVIDUELLE
d’utilisateur professionnel et de distributeur de certains types
de produits biocides. QConformité
Ministère chargé de l’Environnement. Journal officiel du 5 août 2014 – Arrêté du 15 juillet 2014 modifiant l’arrêté du 20 décembre 2010
p. 12972-12973. portant habilitation d’organismes chargés de procéder aux exa-
mens CE de type, à l’évaluation des systèmes de garantie de
QÉtiquetage qualité CE et à l’évaluation et à la surveillance des systèmes
Décret n° 2014-840 du 24 juillet 2014 portant modification d’assurance qualité CE concernant certains équipements de
des dispositions d’étiquetage applicables aux générateurs protection individuelle.
d’aérosol. Ministère chargé du Travail. Journal officiel du 24 juillet 2014 –
Ministère chargé de l’Économie. Journal officiel du 26 juillet 2014 – p. 12233.
pp. 12346-12347.
QRisque de noyade
QLiquides inflammables Arrêté du 24 avril 2014 relatif à l’utilisation des équipements
Arrêté du 24 juin 2014 modifiant l’arrêté du 13 juillet 2000 de protection individuelle (EPI) destinés à prévenir le risque de
portant règlement de sécurité de la distribution de gaz combus- noyade.
tible par canalisations. Ministère chargé de l’Environnement. Journal officiel du 17 juillet 2014 –
Ministère chargé de l’Environnement. Journal officiel du 13 juillet 2014 – pp. 11914-11915.
p. 13702.
RISQUE MÉCANIQUE
QReach
Règlement (UE) n° 895/2014 de la Commission du 14 août 2014 QMachines/équipements de travail
modifiant l’annexe XIV du règlement (CE) n° 1907/2006 du Par- Communication de la Commission dans le cadre de la mise en
lement européen et du Conseil concernant l’enregistrement, œuvre de la directive 2006/42/CE du Parlement européen et du
l’évaluation et l’autorisation des substances chimiques, ainsi Conseil du 17 mai 2006 relative aux machines et modifiant la
que les restrictions applicables à ces substances (Reach). directive 95/16/CE.
Commission européenne. Journal officiel de l’Union européenne Commission européenne. Journal officiel de l’Union européenne,
n° L 244 du 19 août 2014 – pp. 6-9. n° C 220 du 11 juillet 2014 – pp. 1-76.

Règlement (UE) n° 900/2014 de la Commission du 15 juil- RISQUE PHYSIQUE


let 2014 modifiant, aux fins de son adaptation au progrès tech-
nique, le règlement (CE) n° 440/2008 établissant des méthodes QAtmosphère hyperbare
d’essai conformément au règlement (CE) n° 1907/2006 du Par- Arrêté du 31 juillet 2014 relatif aux interventions secours et
lement européen et du Conseil concernant l’enregistrement, sécurité en milieu aquatique et hyperbare.
l’évaluation et l’autorisation des substances chimiques, ainsi Ministère chargé de l’Intérieur. Journal officiel du 12 août 2014 –
que les restrictions applicables à ces substances (Reach). pp. 13483-13484.
Commission européenne. Journal officiel de l’Union européenne,
n° L 247 du 21 août 2014 – pp. 1-111. QInstallations électriques/matériel électrique
Arrêté du 19 juin 2014 modifiant l’arrêté du 17 janvier 1989
RISQUE BIOLOGIQUE portant approbation d’un recueil d’instructions générales de
sécurité d’ordre électrique.
QDéchets d’activités de soins Ministère chargé de l’Environnement et de l’Énergie. Journal officiel du
Arrêté du 20 mai 2014 modifiant l’arrêté du 7 septembre 1999 9 juillet 2014 - p. 11385.
relatif au contrôle des filières d’élimination des déchets d’acti-
vités de soins à risques infectieux et assimilés et des pièces QRayonnements ionisants
anatomiques et l’arrêté du 7 septembre 1999 relatif aux moda- Directive 2014/87/Euratom du Conseil du 8 juillet 2014 modi-
lités d’entreposage des déchets d’activités de soins à risques fiant la directive 2009/71/Euratom établissant un cadre com-
infectieux et assimilés et des pièces anatomiques. munautaire pour la sûreté nucléaire des installations nucléaires.
Ministère chargé de la Santé. Journal officiel du 5 juillet 2014 – Conseil de l’Union européenne. Journal officiel de l’Union européenne
pp. 11161-11162. n° L 219 du 25 juillet 2014 – pp. 42-52.

RISQUES PHYSIQUES ET MÉCANIQUES RISQUE ROUTIER/TRANSPORT

BTP QPermis de conduire


Arrêté du 4 août 2014 modifiant l’arrêté du 20 avril 2012 fixant
QProduits de construction les conditions d’établissement, de délivrance et de validité du
Communication de la Commission dans le cadre de la mise en permis de conduire.
œuvre du règlement (UE) n° 305/2011 du Parlement européen et Ministère chargé de l’Intérieur. Journal officiel du 19 août 2014 –
du Conseil du 9 mars 2011 établissant des conditions harmoni- pp. 13719-13735.

travail & sécurité – n° 754 – octobre 2014


L’INSTITUT NATIONAL DE RECHERCHE ET DE SÉCURITÉ
58 pour la prévention des accidents du travail et des maladies
professionnelles est une association déclarée sans but lucratif.

STATUTS ET MISSIONS et de l’ergonomie, dont les moyens très divers QUnion professionnelle artisanale (UPA)
Q L’Institut national de recherche et concourent à la réalisation des programmes L’association est soumise au contrôle
de sécurité (INRS) est une association d’activité. financier de l’État.
(loi du 1er juillet 1901), constituée sous l’égide
MEMBRES PRÉSENTS DE DROIT CONSEIL D’ADMINISTRATION
Q Le directeur de la Direction générale
de la Caisse nationale de l’Assurance maladie.
Son conseil d’administration est composé Q Président : Jean-François Naton
en nombre égal de représentants des
du travail (ministère chargé du Travail) QVice-président : Marc Veyron
organisations professionnelles d’employeurs et Q Le directeur de la Sécurité sociale QSecrétaire : Nathalie Buet
des organisations syndicales de salariés. (ministère chargé de la Sécurité sociale) QTrésorier : Pierre Thillaud
Q L’INRS apporte son concours à la Caisse Q Le directeur du Budget QSecrétaire adjoint : Pierre-Yves Montéléon
QTrésorier adjoint : Ronald Schouller
nationale de l’Assurance maladie des travailleurs (ministère du Budget)
Q Le directeur de la Caisse nationale
salariés, aux caisses régionales d’Assurance QAdministrateurs titulaires :
maladie, aux comités d’hygiène, de sécurité et de l’assurance maladie
Q Le controleur général économique
Jean-François Naton, Marc Veyron,
des conditions de travail, aux entreprises ainsi Nathalie Buet Pierre-Yves Monteleon,
qu’aux services de l’État et à toute personne, et financier auprès de l’Institut national
Pierre Thillaud, Ronald Schouller,
employeur ou salarié, qui s’intéresse à la de recherche et de sécurité.
Marie-Claude Brault, Marie-Hélène Leroy,
prévention.
MEMBRES ACTIFS DE L’ASSOCIATION Monique Rabussier, Bernard Salengro,
Q L’INRS recueille, élabore et diffuse toute QConfédération générale du travail (CGT) Jocelyne Chabert, Hugues Decoudun,
QConfédération française démocratique
documentation intéressant l’hygiène Henri Forest, Serge Gonzales, Anne Heger,
et la sécurité du travail : brochures, dépliants, Christian Lesouef, José Lubrano, Carole Panozzo
du travail (CFDT)
affiches, films, renseignements bibliographiques...
QConfédération générale du travail-force QAdministrateurs suppléants :
Q L’INRS forme des techniciens
ouvrière (CGT-FO) Elodie Corrieu, Philippe Debouzy,
de la prévention.
Q Confédération française des travailleurs Alain Delaunay, Isabelle Delorme,
Q L’INRS procède, en son centre de Lorraine, Vincent Gassmann, Renaud Giroudet,
chrétiens (CFTC)
aux études permettant d’améliorer les conditions
QConfédération française
Christine Guinand, Jean-Baptiste Pascaud,
de sécurité et d’hygiène du travail. Alain Lejeau, Salomé Mandelcwajg,
de l’encadrement (CFE-CGC)
Q Le centre comprend des départements Philippe Maussion, Mohand Meziani,
et services scientifiques dans les domaines QMouvement des entreprises de France (Medef) Annie Michel, Martine Philippon,
des risques chimiques, des risques physiques, QConfédération générale des petites Philippe Prudhon, Jean-Benoit Sangnier,
de la sécurité des machines et des systèmes, et moyennes entreprises (CGPME) Betty Vadeboin.

travail sécurité & LE MENSUEL DE LA PRÉVENTION DES RISQUES PROFESSIONNELS


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TRAVAIL ISOLÉ

Une trop dangereuse


N° 741 – JUILLET-AOÛT 2013 – 5,10 €

Q PAYS..................................................................................................................................... Q VILLE........................................................................
solitude

Q COURRIEL....................................................................................................................... Q TÉL.............................................................................
QEN IMAGES QUNE JOURNÉE AVEC QEN ENTREPRISE QSERVICES
Une nouvelle façon Une cadre de santé La course contre L’équipe pluridisciplinaire
de construire sur tous les fronts la montre des drives de santé au travail
l’avenir

LE MAGAZINE
DE LA PRÉVENTION DES
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Tél. : 01 40 94 22 22
abonnement@inrs.fr RÈGLEMENT : Par chèque R Par virement R Demande de facture acquittée R
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travail & sécurité – n° 754 – octobre 2014


JOURNÉE TECHNIQUE

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2014
Concevoir des postes de travail et 18 novembre 2014 www.studio-synchro.fr

des outils adaptés aux opérateurs


et à leur activité constitue un enjeu $#%"!'&'$'''%$&'$!'"'
pour la santé-sécurité au travail. '$#'&'$'$&''
 '
En quoi les mannequins virtuels
peuvent-ils y contribuer ?
Inscription obligatoire :
Cette journée sera l'occasion d’échanger autour www.inrs-mannequins-virtuels.fr
des mannequins virtuels intégrés dans les outils Contact : mannequins-virtuels@inrs.fr
logiciels de conception (CAO) et utilisés pour
l’évaluation des équipements et des espaces de
travail, des contraintes physiques, etc.
www.inrs.fr
Vous êtes concepteur, préventeur, ergonome…
cette journée s’adresse à vous pour vous informer
sur les logiciels existants, leurs apports et leurs
En partenariat avec :
limites, et partager avec vous des retours
d’expérience.
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Ce séminaire s’adresse aux acteurs de la prévention : services de santé


ĂƵƚƌĂǀĂŝů͕ĨŽŶĐƟŽŶŶĞůƐĚĞƐĠĐƵƌŝƚĠ͕ƉĂƌƚĞŶĂŝƌĞƐƐŽĐŝĂƵdž͕,^d͙

KďũĞĐƟĨƐĚĞĐĞƐĠŵŝŶĂŝƌĞ͗
ɽ Faire un point sur ůĞƐĚŝƐƉŽƐŝƟĨƐĚ͛ĂůĞƌƚĞĞƚĚĞǀŝŐŝůĂŶĐĞĞdžŝƐƚĂŶƚƐet sur les études
ĞƚĂĐƟŽŶƐƌĠĐĞŶƚĞƐ.
ɽĠŐĂŐĞƌĚĞƐƉŝƐƚĞƐĚ͛ĂĐƟŽŶĚĞǀĞŝůůĞ et d’ŽƵƟůƐĚ͛ĂĐĐŽŵƉĂŐŶĞŵĞŶƚ pour les
entreprises.

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