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Analyse du risque d'inondation à Niamey, Niger

Chapter · January 2016

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2 authors:

Maurizio Tiepolo Sarah Braccio


Politecnico di Torino Politecnico di Torino
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Etudes

sous la direction de
Vieri Tarchiani et Maurizio Tiepolo
Risque et adaptation climatique
dans la Région Tillabéri, Niger
africaines Série Géographie
Pour renforcer les capacités d’analyse et d’évaluation

Dans le Sahel de l’Ouest, la planification climatique n’a pas progressée


en même temps que le processus de décentralisation politique et sous la direction de
administrative. C’est seulement depuis quelques années que quelques
Vieri Tarchiani et Maurizio Tiepolo
plans locaux de développement commencent à aborder le changement
climatique, sans d’ailleurs saisir l’intensité et la tendance de celui-ci et
sans apprécier l’impact attendu des mesures identifiées, ni le risque de
catastrophes.
Ce livre propose de renforcer la planification locale avec des outils d’aide Risque et adaptation climatique
à la décision. Le cas d’application est la région Tillabéri, au Niger, et la
dans la Région Tillabéri, Niger

Risque et adaptation climatique dans la Région Tillabéri, Niger


ville de Niamey qui se trouve en son cœur : un ensemble de 95 000 km2 et
4 millions d’habitants déjà frappés par des inondations et des sécheresses

Pour renforcer les capacités d’analyse et d’évaluation


catastrophiques. Le livre caractérise le climat, présente les changements
attendus aux horizons 2025 et 2050, propose une analyse-évaluation Pour renforcer les capacités d’analyse et d’évaluation
multirisque (inondation et sécheresse agricole) à l’échelle communale,
des villes et des villages à partir de la cartographie préliminaire du risque
d’inondation.

Vieri TARCHIANI, chercheur de l’Institut de Biométéorologie du Conseil


National des Recherches d’Italie, s’occupe de gestion des risques, des
ressources naturelles, de développement rural, sécurité alimentaire,
vulnérabilité, changement climatique, agrométéorologie dans les pays
de l’Afrique méditerranéenne et sub-saharienne.

Maurizio TIEPOLO, professeur d’aménagement urbain et planification


territoriale au Politecnico di Torino, a coordonné plusieurs programmes
de recherche en Afrique au Sud du Sahara et a fourni expertises à
projets de développement au Congo, à l’Equateur, en Haïti, Macédoine,
au Mozambique, Niger, Paraguay et au Sénégal.

Etudes africaines
Série Géographie

ISBN : 978-2-336-308493-0
28 €
SOUS LA DIRECTION DE
Vieri Tarchiani et Maurizio Tiepolo

Risque et adaptation climatique


dans la Région Tillabéri au Niger

Pour renforcer les capacités


d’analyse et d’évaluation
Photographie : Maurizio Tiepolo.
Diagnostic participatif à Tallé, Niger, 24 novembre 2014

Ce livre a été produit dans le cadre du projet ANADIA Niger -


Adaptation au changement climatique, prévention des
catastrophes et développement agricole pour la sécurité
alimentaire, cofinancé par la Direction Générale pour la
Coopération au Développement du Ministère italien des
Affaires Étrangères, IBIMET-CNR, DIST-Politecnico et
Université de Turin et par la Direction de la Météorologie
Nationale du Niger

© L'HARMATTAN, 2016
5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-08493-0
EAN : 9782343084930
Chapitre 10
Analyse du risque d’inondation à Niamey, Niger27

Sarah Braccio28, Maurizio Tiepolo29

1. Introduction

Au cours des dernières années les grandes villes au sud du


Sahara ont été de plus en plus frappées par des inondations
(Tiepolo 2014a), des évènements considérés comme imputables
au changement climatique (CC) (UN-Habitat 2014 ; Douglas et
al. 2008 ; Satterthwaite et al. 2007). Les initiatives pour
accompagner les gouvernements locaux à se doter de plans,
comme la Cities and climate change initiative (UN-Habitat
2012), se multiplient. L’analyse-évaluation du risque est une
activité préalable au traitement du risque. Par analyse on entend
établir le niveau du risque, alors que par évaluation on entend
la comparaison entre les coûts des biens exposés (récepteurs) à
l’aléa, du traitement et du risque résiduel (ISO 2009). Au sud du
Sahara ces activités sont encore sporadiques et elles se limitent
à déterminer les zones inondables (Ould Sidi Cheikh et al.

27
Ce chapitre est réalisé avec des informations tirées de l’Atlas des ressources
locales (Braccio et Tiepolo 2014), qui a été produit par le projet EuropeAid
127763/C/ACT/TPS, et intégrées par des données géomorphologiques,
météorologiques et hydrologiques collectées dans le cadre du projet
ANADIA-Niger (Direction Générale pour la Coopération au Développement-
Ministère Italien des Affaires Étrangères). Les auteurs remercient Katiellou
Gaptia Lawan et Moussa Moujaimini (Direction Nationale de la Météorologie
du Niger), Abdourhamane Daouda (Ministère de l’Hydraulique et de
l’Assainissement), Harouna Mato (Institut Géographique National du Niger)
pour les informations, Abdou Adam et Maiga Harouna (Ville de Niamey)
pour les informations et les visites des lieux, Alessandro Sotrios d’Acquisto et
Elena Ferro pour la photo-interprétation des champs et des habitations dans
les zones inondées.
28
Sarah Braccio, urbaniste PhD et chargé de recherche au DIST-Politecnico et
Université de Turin, est l’autrice des paragraphes 4 et 5,
sarah.braccio@polito.it
29
Maurizio Tiepolo, professeur d’Aménagement urbain et planification
territoriale au DIST-Politecnico et Université de Turin, est l’auteur des
paragraphes 1, 2, 3, 6, 7 et 8, maurizio.tiepolo@polito.it

233
2007), en estimant tantôt les classes principales de récepteurs
(Mbaye et al. 2004 ; Bello et al. 2014), tantôt la quantité de
population affectée (Mendelshon et al. 2010, Oriola et al. 2012,
Mutanga et al. 2013). Seulement un nombre limité de grandes
villes dispose d’une véritable cartographie du risque
d’inondation (Ponte 2014 ; CREDEL 2010 ; Diallo 2009), qui
d’habitude est limitée à un seul aléa sans estimer les dommages
potentiels. Parmi les principales raisons de ces lacunes il y a
sans doute un déficit d’information : bases de données (BD)
fragmentaires ou trop brèves pour caractériser le CC (Tiepolo
2014a), manque d’enregistrements de la profondeur des eaux,
de la durée de submersion, des dommages selon les récepteurs
exposés. Une autre raison est la tendance à utiliser des modèles
hydrologiques et hydrauliques dans la cartographie des
inondations : une approche qui demande des temps longs et qui
rarement engendre des produits dont peuvent s’approprier les
administrations locales au sud du Sahara.
Cependant, il est possible d’analyser le risque, même avec
un nombre limité d’informations, si elles sont convenablement
croisées, et déterminer les zones où ce risque est plus élevé sur
une cartographie préliminaire du risque pour permettre
l’évaluation des mesures de réduction du risque.
Le but de ce chapitre est celui d’effectuer une analyse du
risque inondation au moyen d’un nombre limité d’informations
et de méthodes simplifiées fonctionnelle à la prise de décisions.
Le cas choisi est Niamey (1 million d’habitants, 123 km2), parce
que depuis 2010 cette grande ville a été inondée 4 fois par le
fleuve Niger et elle a subi la destruction et l’endommagement
de milliers de maisons et la perte d’une large partie de la
production agricole urbaine et périurbaine. Ces évènements
coïncident avec une augmentation des précipitations extrêmes et
de leur apport au cumul pluviométrique annuel après 2000 par
rapport aux décennies précédentes (Panthou et al. 2014) dans le
nord-est du Burkina Faso, à la tête des bassins hydrographiques
des affluents de droite du fleuve Niger en amont de Niamey
(Gorouol, Dargol, Sirba). Après les inondations de Niamey,
Bechler-Carmaux et al. (2000) a réalisé une carte de la
vulnérabilité aux inondations fluviales qui estimait la
population et les grands équipements exposés à inondation.

234
Trois cartes d’inondation ont été produites plus récemment, qui
déterminent la zone submergée (SERTIT 2012a, 2012b ; OCHA
2012) et la profondeur des eaux (ABN/CRA 2007). Cependant,
aucun d’entre ces outils n’est fonctionnel à la prise de décisions
parce qu’ils n’analysent pas le risque.
Au contraire, ce chapitre propose une vraie analyse du
risque, dont le but est celui de produire un outil d’aide à la
décision sur les mesures de réduction du risque catastrophe
(RRC). Les données, gérées dans un SIG et visualisées dans des
cartes préliminaires, ne permettent pas exemple d’estimer les
dommages potentiels en termes monétaires par rapport auxquels
les mesures de réduction doivent être avantageuses.
Aux pages suivantes nous introduirons (ii) la méthodologie,
(iii) l’aléa, (iv) les zones inondables, (v) les dommages, (vi) le
risque, (vii) l’utilisation de la carte préliminaire du risque, (viii)
les conclusions.

2. Méthodologie

La détermination des limites de la zone exposée aux


inondations est effectuée à l’aide d’une approche historique
(OMM 2013 : 18), fondée sur la délimitation des zones
effectivement inondées par les plus hautes eaux connues
(PHEC) du fleuve le 22 août 2012 et à une autre date à laquelle
l’eau a atteint une cote plus basse. La même approche a été
utilisée pour les zones inondées en cas de pluies intenses. Par
conséquent, la carte préliminaire du risque permet de calculer et
de comparer les risques d’inondation pluviale et fluviale. La
zone inondable étant connue, selon plusieurs scénarios de
probabilité de retour de l’évènement, le risque (R) est déterminé
par deux composantes. D’abord, l’aléa (A), «un phénomène
dangereux… pouvant causer des pertes de vies humaines, des
blessures ou d’autres effets sur la santé, des dommages aux
biens, des pertes de moyens de subsistance et des services, des
perturbations socioéconomiques, ou des dommages à
l’environnement» (UNISDR 2009 : 4), puis les dommages (D),
«dégâts qui affectent les bâtiments ou les véhicules terrestres à
moteur et leur contenu, qui impliquent la réparation, la

235
reconstruction ou le remplacement du bien, des pertes
d’exploitation pour les activités industrielles et commerciales,
des pertes indirectes comme le loyer, les frais de recasement,
les frais supplémentaires, etc.» (MEDD, ONRN 2012). Les
deux composantes sont liées dans l’équation R = A * D
(UNISDR 2011 ; UNDP 2010 ; Marzocchi et al. 2009).
La zone inondable par débordement du fleuve est déterminée
selon un scénario de haute et de moyenne probabilité. La haute
probabilité correspond à une crue de 580 cm à l’échelle
limnimétrique de Niamey (qui correspond à une cote de 175 m)
telle qu’elle s’est produite le 29 août 2012. Ce jour-là la crue a
été observée à l’aide d’une image satellite radar TerraSAR-X,
de laquelle le SERTIT a obtenu une carte des superficies
inondées (SERTIT 2012a, 2012b). Ce scénario suppose la tenue
des berges et l’endiguement de la crue. Au contraire, le scénario
de probabilité moyenne suppose que les berges cèdent comme il
s’est passé le 22 août 2012 lorsque la crue a atteint 617 cm à
l’échelle limnimétrique de Niamey. Étant donné que nous ne
disposons d’aucune image au moment des PHEC, nous avons
estimé le niveau de crue en projetant la cote PHEC sur un MNT
créé à partir des courbes de niveau des cartes IGN 1 : 20 000 et
1 : 50 000 (IGN 1978 et 1980) avec un intervalle de 2,5 m.
Cependant, nous avons considéré la pente du fleuve : 16 cm/km
en amont du pont Kennedy, 7 cm/km en aval (ABN, CRA 2007 :
2), c’est-à-dire à hauteur des limites actuelles de la zone bâtie le
long du fleuve (6 km en amont et 6 en aval du pont Kennedy)
cotes de 713 cm et 575 cm (par rapport à l’ échelle limnimétrique
de Niamey). Nous avons donc situé le plan d’eau à moitié entre
ces deux extrêmes, c’est-à-dire à 686 cm à l’échelle
liminimétrique de Niamey. Cela crée au pont Kennedy un plan
d’eau qui dépasse de 69 cm la cote PHEC et qui sera considéré
dans cette étude comme un scénario de moyenne probabilité
d’occurrence, car, selon le principe de précaution, il devrait
nous mettre à l’abri des fautes dues à l’écart entre MNT et
profil réel du sol (figure 1). Par conséquent, nous avons
considéré la cote 580 et la cote 686 cm. Les périmètres inondés
à ces deux côtes permettent de déterminer 2 zones de
profondeur des eaux : 0-1 m et supérieure à 1 m.

236
Figure 1 : Niamey. Cote des scénarios d’inondation fluviale

Selon une méthodologie déjà testée à Maputo (Braccio


2014), l’MNDVI obtenu des images Landsat du 17 juin 2002 a
permis de déterminer les eaux et les terres humides après la
pluie du 13 juin 2002 (68 mm), qui, d’après nos calculs, est un
évènement à haute probabilité d’occurrence. Les principaux
récepteurs (bâtiments et cultures) ont été déterminés au sein de
la zone inondable.
L’aléa est exprimé comme la probabilité qu’une inondation
pluviale ou fluviale se produise l’année successive au calcul. La
probabilité est l’envers de la période retour PR = (n +1)/m où n
est le nombre d’années observées (70) et m est le nombre de
fois où l’événement considéré se répète dans la série. Les
données sont calculées sur les enregistrements journaliers
fournis respectivement par le Ministère de l’hydraulique et de
l’assainissement et par la Direction de la météorologie
nationale. La période observée est 1946-2015, car la série de
données sur les débits du fleuve des 18 années précédentes est
incomplète (Abrate 2007).
Les dommages causés par l’inondation dépendent de la
profondeur et de la vitesse des eaux, de la durée de submersion
de chaque récepteur et de la taille des sédiments présents dans
l’eau. À Niamey, comme dans d’autres villes tropicales, l’analyse
de l’inondation ne peut prendre en compte que la profondeur des
eaux, à cause du manque d’informations sur les autres
composantes. Cependant, même si on ne considère que la
profondeur de l’eau, nous ne connaissons pas les dommages (%
sur la valeur monétaire du bâtiment) par rapport à la profondeur
de l’eau.

237
Figure 2 : Le fleuve Niger à Niamey le 16 décembre 2015 (photo Tiepolo)

Dans ce cas, nous avons utilisé la moyenne entre 2 courbes


de dommage produites pour des bâtiments à un étage sans sous-
sol et pour des bâtiments à plusieurs étages sans sous-sol
similaires à ceux de Niamey (NFIP 2013 ; Davis et al. 1992).
Selon la moyenne entre les deux courbes un bâtiment à un étage
est endommagé pour 13% de sa valeur si l’inondation est
profonde 0,5 m et pour 37% de sa valeur si l’inondation atteint
1,5 m. Ces deux côtes sont la valeur moyenne pour les deux
tranches de profondeur des eaux (0-1, 1-2 m). Dans le cas d’un
bâtiment à plusieurs étages ces valeurs baissent à 11% et 28%.
Dans le cas d’habitations en banco (figure 2) les courbes de
dommage ne sont pas utilisées parce que le bâtiment s’écroule
dès que l’eau entre.
La valeur des bâtiments ne peut pas être acquise au moyen
du cadastre, ce qui est possible dans d’autres pays, parce que les
constructions informelles, très nombreuses dans la zone
inondable, ne sont pas enregistrées. Par conséquent, les
bâtiments ont été déterminés par photo-interprétation de l’image
satellite 16 octobre 2014 disponible sur Google Earth, c’est-à-
dire un peu plus de deux années après la grande inondation. Au
lieu de la valeur de chaque bâtiment on a estimé le coût de

238
construction d’un module de 4 x 6 m à un étage en briques de
ciment et d’un module en banco plus salle de bains et cuisine.
Dans les zones inondables l’habitation peut se composer d’un,
deux ou quatre modules que nous avons pris en compte. Les
coûts de construction sont déduits du bordereau réalisé par
Zaneidou (2013) pour le Fonds International pour le
Développement Agricole (FIDA) qui, à son tour, repose sur le
prix national de référence fixé par le gouvernement le 15
janvier 2012.
Pour les cultures (figure 2) le dommage est calculé à partir
des rendements moyens par hectare et des prix par kg (2008-
2012) du mil et du riz à Niamey (RN, MF, INS 2013a), en
supposant pour ces cultures le même comportement du blé, qui,
comme on le sait (Förster et al. 2008 : 314), ne résiste à aucune
submersion supérieure à un jour.
Nous n’avons pas estimé les dommages au contenu des
bâtiments, aux infrastructures urbaines, aux véhicules, à la perte
de ventes et à l’interruption de la production, les dommages
relatifs aux coûts de nettoyage, ni les dommages immatériels.
Les récepteurs et les coûts de construction évoluent
continûment. En deux années seulement dans la zone inondée
20% des maisons écroulées ont été reconstruites. Les prix des
matériaux de construction sont soumis à des hausses
considérables d’une année à l’autre. Pour ces raisons, l’analyse
du risque devrait être mise à jour périodiquement.

3. Aléa

La ville de Niamey est exposée aux inondations pluviales et


fluviales. Dans ce chapitre on considère un scénario (très
probable) pour les inondations pluviales et deux scénarios pour
celles fluviales (très et moyennement probable). Les seuils des
scénarios sont moins de 3% de probabilité d’occurrence au
cours de l’année pour le scénario moyen et plus de 3%
d’occurrence pour le scénario très probable. Il n’y a aucun
scénario à probabilité basse (inférieure à 1%), car la série
d’enregistrements ne compte que 70 années. Ces seuils sont
utilisés dans plusieurs pays (EXCIMAP 2007).

239
Le 17 juin 2002 est un exemple d’inondation pluviale (68
mm) à haute probabilité d’occurrence (49%). Pour les
inondations fluviales la référence est le débit annuel maximal
(m3/s) du fleuve Niger tel qu’il a été enregistré à Niamey de
1945 à 2015. Le niveau de 580 cm (2 105 m3/s) qui a été atteint
le 29 août 2012 sera très probablement (10%) atteint à l’avenir.
Le niveau de 617 cm (2 477 m3/s) atteint par le fleuve Niger le
22 août 2012 est à moyenne probabilité d’occurrence (1,4%).
Les scénarios les plus probables ne menacent ni les bâtiments,
ni les cultures et ils ne produisent aucun dommage.
L’inverse de la période de retour (probabilité qu’une
inondation se répète dans l’année suivante) de la pluie ou du
débit annuel maximal (figure 3) exprime l’aléa dans l’équation
du risque. Pour l’inondation pluviale la valeur est 0,49, alors
que pour les inondations fluviales très probable et
moyennement probable les valeurs sont 0,1 et 0,01
respectivement. La ville de Niamey présente une plus grande
probabilité d’inondation pluviale que fluviale. Dans le premier
cas, la durée dépasse rarement un jour, tandis que dans le
deuxième cas elle peut atteindre les deux semaines.
Dans le cas d’inondation fluviale, la ville est exposée à deux
crues. Jusqu’à 2005 l’inondation fluviale plus importante s’est
toujours produite durant la saison sèche, suite à l’arrivée de la
crue de la Guinée (janvier-février). Une crue plus faible pendant
la saison humide est provoquée en cas de précipitations
importantes et elle est dénommée crue locale ou rouge, en
raison de la matière en suspension transportée par le
ruissellement sur des sols latéritiques de la zone. Au cours des
10 dernières années le débit de la crue locale a dépassé celui de
la crue guinéenne 5 fois sur 10 (ABN 2015).
Le changement a été éclatant en 2012, 2013 et 2015 avec des
crues en saison humide sensiblement supérieures à la crue
durant la saison sèche (figure 4).

240
Figure 3 : Niamey-aéroport, 1946-2015. Pluie maximale annuelle (haut)
et débit maximal annuel (bas) selon le temps de retour (DMN, MHA)

Les inondations catastrophiques des dernières années ont été


attribuées (Sighomnou et al. 2013) au ruissellement sur des
superficies dénudées de plus en plus étendues. Pour comprendre la
dynamique du phénomène on devrait partir de la caractérisation
pluviométrique dans les bassins versants de la Sirba, du Gorouol,
du Dargol (par rang de débit annuel moyen) et des nombreux koris,
c’est-à-dire sur un bassin hydrographique de 90 540 km2 que les 5
stations pluviométriques prises en compte par Sighomnou ne
représentent pas.

241
Figure 4 : Niamey, 2006-2015. Crue locale (gris) et crue guinéenne (noir)

Figure 5 : Niamey, 21 août 2012. Précipitations à la veille de la plus


grande inondation des 70 dernières années dans les bassins
hydrographiques en amont de la capitale (EMMA 2012, après Braccio)

242
Pour augmenter la signification de l’analyse on peut avoir
recours aux précipitations tri-horaires (EMMA 2012). Cette
analyse montre que l’inondation catastrophique de 2012 à
Niamey a été précédée par des précipitations intenses dans les
bassins de rive droite en amont de la capitale à la veille de
l’événement (figure 5). Le pic de crue du mois d’août coïncide
avec la maturation des cultures pluviales et avec le repiquage
des plants de riz (Sido 2011). L’inondation à ce moment
critique détruit les cultures.
À ce point, il reste à évaluer l’éventualité d’une coïncidence
d’inondation pluviale et fluviale. Si on considère les trois plus
grandes inondations du passé, on remarque qu’en 1970, 2012 et
2013, dans les 4 jours qui précèdent le pic de crue il n’y avait
pas eu de pluie importante à Niamey.
En 1970 le niveau de crue était atteint très lentement avec un
pic qui durait de 2 (1967) à 6 jours (1970). Au contraire, en
2012 et en 2013 le régime fluvial a changé et le pic est atteint
durant la saison des pluies, il dure un jour seulement, il est
atteint plus rapidement et il est accompagné de précipitations
locales modestes, inférieures à 18 mm (figure 6). Jusqu’à
présent, la coïncidence d’inondation ne s’est pas produite, mais
à l’avenir elle pourrait se produire si le régime du fleuve reste
celui des 5 dernières années. Il est donc utile de considérer tous
les deux aléas.

4. Zones inondables

Les zones inondables ont été déterminées selon l’aléa


(pluviale et fluviale), la profondeur de l’eau (0-1, 1-2 m) et la
probabilité (haute, moyenne). Les zones inondables par les
pluies ou par le débordement du fleuve dans le scénario très
probable s’étendent respectivement sur 1 010 et 1 847 Ha
(tableau 1), dont seulement 1,7 Ha sont actuellement urbanisés.

243
cm
800
590 617 605
600
400
200 119
0
26-30/1/1970 18-22/8/2012 26-20/8/2013 Jours

Figure 6 : Niamey, 1970-2015. Hauteur de la crue (gris) et


précipitations (noir) dans les 4 jours qui précèdent les 3 plus grandes
crues des 70 dernières années. Le pic de la crue (cm) au 5e jour est
indiqué en haut de la barre

Selon le scénario à moyenne probabilité d’occurrence la


superficie de débordement du fleuve atteint 3 019 Ha dont 167
Ha urbanisés : moins de 2% de la superficie bâtie de la capitale
(Tiepolo et Braccio 2015). Il s’agit donc d’une superficie
limitée par rapport à d’autres grandes villes au sud du Sahara,
comme Cotonou. De plus, la zone inondable urbanisée est
distribuée sur à peine 7 sites principaux : dans la plaine du
fleuve Niger (inondation fluviale), à la confluence des koris
avec le fleuve, le long des koris, dans les dépressions,
notamment sur la rive gauche (inondation pluviale) : une
condition favorable pour le traitement du risque, car elle permet
de concentrer les mesures au lieu de les distribuer sur plusieurs
sites différents comme dans le cas de Luanda (15 sites) et
Maputo (11 sites). Le calcul des superficies occupées par
chaque récepteur demande du temps. Dans l’esprit d’une
analyse expéditive nous procèderons en deux étapes.
Premièrement, nous nous concentrerons sur la zone la plus
exposée, pour déterminer les récepteurs qui influent davantage
sur la détermination de la valeur des dommages.
Deuxièmement, nous étudierons ces récepteurs à l’échelle de
ville entière. Le 5e arrondissement occupe toute la rive droite et
il contient 49% de zones inondables par débordement du fleuve
dans le cas du scénario très probable. D’abord, nous nous
concentrerons sur cet arrondissement pour déterminer les biens
exposés les plus importants, puis nous étendrons l’analyse à la
ville entière uniquement pour ces biens-là.

244
Tableau 1 : Niamey, 2014. Inondation selon probabilité d’occurrence

Type d’inondation Probabilité d’occurrence Surface inondable (Ha)


Fluviale Haute 1 847
Moyenne 3 019
Pluviale Haute 1 010

Tableau 2 : Niamey, 5e arrondissement, 2014. Zones inondables


bâties et non bâties selon probabilité d’occurrence

Type d’inondation Probabilité Bâti Non bâti Total


d’occurrence Ha Ha Ha
Fluviale Haute 0,1 907 907
Moyenne 113 1 745 1 858
Pluviale Haute 78 932 1 010

Tableau 3 : Niamey. Bâti inondable selon différentes hypothèses

Type d’inondation Probabilité Hypothèse Bâti inondable


d’occurrence Ha
Fluviale Haute Tenue des berges 1,7*
Moyenne Rupture des berges 167

*
+3 Ha en cas d’effondrement des berges.

L’analyse démontre que l’exposition à inondation fluviale


concerne une superficie très vaste, aussi bien en termes de zone
bâtie (édifiée, lotie mais non occupée, routes) que non bâtie
(tableau 2). Les zones cultivées ont une valeur par unité de
superficie qui est inférieure par rapport à celle des zones bâties.
Les zones exposées à inondation fluviale sont beaucoup plus
vastes que les zones exposées à inondation pluviale. Nous
analysons les zones bâties exposées à débordement du fleuve
dans tous les 5 arrondissements selon les scénarios de haute et
moyenne probabilité d’occurrence (tableau 3). Selon le scénario
de haute probabilité de débordement des eaux fluviales les trois
quarts du bâti inondable de Niamey sont situés dans le 4e
arrondissement, alors que selon le scénario moyennement probable
68% du bâti inondable est situé dans le 5e arrondissement.

245
Figure 7 : Niamey, 2014. Zones inondables par débordement du fleuve
avec profondeur d’eau (a) 0-1 m, (b) 1 m et plus (après Braccio)

5. Dommages

Selon l’analyse développée sur le 5e arrondissement les


zones inondables sont surtout cultivées (49%), non utilisées
(38%) et, dans une moindre mesure, bâties (13%). Les parties
cultivées comprennent des cultures irriguées (riz, jardins) et des
cultures pluviales (mil, sorgho). Les parties non utilisées
renferment des usages dont il est difficile d’estimer le dommage
: sols nus, talus, étangs, arbustes, pâturages. La zone inondable
est parfois traversée par des routes nationales comme le Bd de
l’Université, qui est la première liaison entre la rive gauche et la
rive droit et la principale voie d’accès à la capitale depuis le
Burkina Faso jusqu’à la construction du pont de l’amitié Chine-
Niger (2011).

246
Figure 8 : Courbe de dommage pour bâtiments à un étage sans sous-
sol (haut) et à plusieurs étages sans sous-sol (bas) (sources : Davis et
al. 1992 ; NFIP 2013)

La partie bâtie inclut les lots qui n’ont pas encore été bâtis et
qui, en cas d’inondation pluviale, sont exposés à érosion et
endommagement du mur d’enceinte. La partie bâtie comprend
aussi plus de 8 000 habitations en matériaux durables et
habitations en semi-dur et en banco à un étage, des écoles qui,
en cas d’inondation, risquent de perdre leur fonction de premier

247
accueil des sinistrés ou restent simplement inhabitables si les
salles sont formées de paillottes.
Bien que cette zone ait été ravagée par l’inondation du 22
août 2012 et par celle du 30 août 2013, la reconstruction a été
rapide. Les maisons ont été reconstruites tantôt en banco, un
matériau peu coûteux mais résistant à l’eau, tantôt sur une dalle
en béton armé. L’obstination à rester dans le même site
inondable s’explique par le manque d’alternatives si proches du
centre-ville (à peine 4 - 6 kilomètres du Grand marché).
S’installer dans la banlieue, à la recherche d’un nouveau lot,
entraînerait une dépense importante et un éloignement de 10
kilomètres et plus du centre-ville.
Selon le scénario très probable, la superficie bâtie inondable
suite à débordement du fleuve est de 4 815 m2
Le dommage potentiel s’élève à 0,6 millions d’euros. Selon
le scénario moyennement probable la superficie bâtie inondable
est de 333 665 m2 et la valeur du dommage potentiel des
bâtiments est de 36,8 millions d’euros (tableau 4).

6. Risque

Le risque est fonction de l’aléa et du dommage :


R=A*D

A = 1/PR (période de retour)
D = dommage en fonction de la profondeur d’eau, des
matériaux de construction et du nombre d’étages

L’aléa (1/PR) varie de 0,014 (probabilité moyenne


d’inondation fluviale) à 0,098 (haute probabilité d’inondation
fluviale) et il influe sur la valeur du risque moins que le
dommage, qui varie de 0,23 à 1. Les logements en banco
influent beaucoup sur la valeur totale du risque, même si, selon
le scénario, ils constituent entre 34 et 38% de la superficie bâtie
et entre 18 et 43% de la valeur, parce que, en cas d’inondation,
ils s’écroulent en peu de temps. Cela augmente le dommage
potentiel à 100%, tandis que pour les bâtiments réalisés en
matériaux durables le dommage potentiel ne dépasse jamais 37%.

248
Tableau 4 : Niamey, 2015. Risque d’inondation fluviale selon deux
scénarios et profondeur d’eau (m) sur le récepteur bâti

Probabilité inondation Récepteur D A R


Récepteur m2 €/m2 M € % M€ % M€
Probable 0-1 m
Résidence en dur 1 344 519 0,7 13 0,1 0,01 0,00
Résidence en banco 1 814 191 0,4 100 0,4 0,01 0,00
Non résidentiel 1 561 519 0,8 13 0,1 0,01 0,00
Outre 2 étages et plus 96 519 0,1 11 0,0 0,01 0,00
Total 4 815 1,9 0,6 0,01 0,01
Moyen probable 0-2 m
Résidence en dur 158 746 519 82,4 13 10,7 0,01 0,11
Résidence en banco 110 828 191 21,2 100 21,2 0,01 0,21
Non résidentiel 55 686 519 28,9 13 3,8 0,01 0,04
Outre 2 étages et plus 3 590 519 1,9 11 0,2 0,01 0,00
Total 328 850 134,3 35,8 0,01 0,36
Moyen probable >1m
Résidence en dur 1 344 519 0,7 37 0,3 0,01 0,00
Résidence en banco 1 814 191 0,4 100 0,4 0,01 0,00
Non résidentiel 1 561 519 0,8 37 0,3 0,01 0,00
Outre 2 étages et plus 96 519 0,1 28 0,0 0,01 0,00
Total 4 815 1,9 0,9 0,01 0,01
Moyen probable total 333 665 136,2 36,8 0,37

L’inondation fluviale apparaît donc catastrophique pour les


bâtiments en banco et non pas pour les autres constructions et
ces constructions pèsent sur la valeur totale du dommage entre
64 et 59% selon le scénario probable ou moyen (tableau 4).
Dans le 5e arrondissement les trois quarts du risque sont
concentrés en trois zones (figure 9) qui, dans l’ensemble,
mesurent à peine vingt-six Ha et présentent un dommage
potentiel de 27,3 millions d’euros. A Niamey le processus de
construction est frénétique : conversion de terres en sols urbains,
concentration des bâtiments en lotissements, hausse continue des
prix des matériaux de construction. Dans les zones inondables la
valeur des récepteurs change, même si les bâtiments ont une
valeur toujours supérieure à celle des cultures par unité de
superficie et sur le total des récepteurs exposés.

249
Figure 9 : Niamey, 2014. Carte préliminaire du risque d’inondation
fluviale pour le bâti selon les deux profondeurs de l’eau (après Braccio)

La carte préliminaire du risque inondation change au fil du


temps et elle devrait être considérée comme l’expression
graphique d’un système d’information à mettre à jour
périodiquement.

7. Utilisation de l’analyse du risque inondation

La carte préliminaire du risque inondation repose sur


l’estimation de la valeur des récepteurs et des dommages : deux
informations inéluctables dans la prise de décisions.
Les mesures de RRC se situent entre deux extrêmes : le
recasement des habitants et la protection des bâtiments exposés.
À Niamey les récepteurs ont (2013) un coût estimé de 135,2
millions d’euros, dont 36,8 millions sont le dommage potentiel,

250
les trois quarts concentrés dans le 5e arrondissement (27,5 M
euro).
Le coût du recasement des habitants s’articule sur plusieurs
postes : expropriation du terrain nécessaire à tracer 8 000 lots
dans une zone non périphérique, embryon de maison, eau
potable, égouts, réseau d’électricité et écoles. Le recasement
coûte au moins 113 millions d’euros, outre les infrastructures et
l’expropriation des terrains. Il s’agit d’un chiffre important pour
une ville qui, en 2012, n’avait qu’un budget d’investissement de
9 millions d’euros (RN, VN 2013). Une condition que le
gouvernement n’a pas à l’heure actuelle serait nécessaire : le
contrôle strict des constructions abusives, pour éviter qu’elles
occupent à nouveau les zones inondables après le recasement.
Au contraire, la réalisation de 15,5 km de berges pour
protéger les zones inondables, en laissant seulement les champs
exposés à l’inondation, vaut la peine si elle coûte moins des
dommages potentiels aux bâtiments existants (27,3 millions
d’euros), soit 1 761 euro/ml ou 1,16 M FCFA/ml).
Une quantité de mesures intermédiaires sont possibles, de
l’alerte précoce aux plans de contingence, à la préparation, aux
entrées relevées des habitations, aux latrines surélevées, etc.
(Tiepolo 2014b).
L’estimation qui est proposée ici est actuellement la
meilleure possible dans le cadre des outils rapides d’aide à la
décision : la zone inondable, les récepteurs et leur valeur
peuvent être estimés d’une manière plus adéquate en ayant
recours, par ordre d’importance, à un MNT plus précis, à une
courbe de dommage qui se réfère à Niamey, à l’évaluation de
l’impact ruissellement-dommage, à la mise à jour des
dommages d’après le système d’information sur les marchés
agricoles et l’indice des prix. Tout système d’information a
comme point de départ un embryon à développer par la suite, ce
qui était le but du présent chapitre.

8. Conclusions

A partir de 2006 le régime du fleuve Niger à Niamey a


changé. L’alternance habituelle de crue locale moins importante

251
au mois d’août et crue guinéenne (pic annuel) entre janvier et
février s’est invertie en 2006, 2010, 2012 (PHEC des 70
dernières années), 2013 et 2015, suite à des précipitations
particulièrement intenses sur les bassins hydrographiques à
partir des rivières Sirba, Gorouol, Dargol (90 540 km2) qui
confluent dans le fleuve Niger en amont de la capitale. La
plupart de ces bassins se trouve au Burkina Faso sud-oriental.
Au cours des 34 années qui précèdent le 22 août 2012 à Niamey
le fleuve avait été tranquille, sans jamais dépasser 1 940 m3/s de
débit (544 cm à l’échelle limnimétrique). Entre-temps, la zone
bâtie était passée de 43 à 123 km2, occupant aussi la plaine sur
la rive droite. Le débordement du fleuve en 2012 (617 cm à
l’échelle limnimétrique) a fait «liquéfier» 10 556 maisons en
banco et a inondé 5 861 maisons en matériaux durables, en
provoquant 84 259 sinistrés (RN, VN 2012 : 4).
Le nouveau régime du fleuve Niger à Niamey exerce
également un impact sur les cultures (mil) et sur les cultures
irriguées (riz, jardins). Autrefois, au mois d’août la plaine sur la
rive droite restait sèche, les cultures en sec étaient en maturation
et on effectuait le repiquage des plants de riz dans les
concessions de l’ONAHA qui étaient protégées par des berges.
Le pic du 22 août 2012 a inondé ces zones et l’eau y est restée
pendant un mois, en détruisant les cultures.
Les inondations pluviales sont responsables de dommages
moins importants : les zones où les eaux pluviales séjournent
sont peu nombreuses et, en large partie, non habitées.
Cependant, Niamey a atteint un seuil critique, car presque
tous les terrains plats, sans risques, sont bâtis ou lotis. Si la
surface bâtie de la capitale du Niger continue d’augmenter de
50% dans cette décennie également, ce qui dépend de la
dynamique géographique et du besoin de réinvestir les produits
de la rente pétrolière, elle concernera de plus en plus les zones
inondables. Les premiers signes sont déjà visibles sur les zones
inondées le 22 août 2012, où au moins 20% des habitations ont
été reconstruites.
Actuellement, il y a 333 665 m2 de bâtiments avec une
probabilité moyenne d’être inondés, pour un dommage potentiel
de 36,8 millions d’Euros.

252
La concentration maximale de récepteurs se trouve dans les
quartiers de Lamordé, Karadjie, Kirkissoye (5e arrondissement)
et Saga (4e arrondissement). 38% de la superficie exposée est
formée d’habitations en banco. Les zones sont circonscrites et
elles pourraient être protégées avec 15,5 km de berges. Elles
sont situées près du centre-ville, ce qui devrait rendre les
mesures de protection prioritaires par rapport aux mesures de
recasement, si on veut encore garantir la possibilité de vivre
près du centre-ville, en réduisant les déplacements et les
émissions de gaz à effet de serre. De plus, le coût de la
protection est un quart du coût du recasement.
L’analyse du risque utilise une carte préliminaire, qui est
l’expression graphique d’un SIG. Le travail mené jusqu’à
présent nécessite quatre améliorations :
• Une évaluation plus soignée. MNT à haute résolution
géométrique, inférieure ou égale à 1 m et courbe de
dommage vérifiée pour le contexte spécifique de Niamey.
• Enrichir le scénario d’inondation pluviale. La sélection et
l’analyse des images satellites en présence de pluie avec
moyenne probabilité d’occurrence permettraient une
délimitation plus précise des zones inondables.
• Etude des zones de ruissellement. Ces zones vastes sont déjà
loties et soumises à une activité rapide de construction. Il
s’agit de points chauds de la ville future qui devraient faire
l’objet de mesures de RRC de la part de la municipalité.

L’analyse du risque inondation est utile pour deux raisons


pratiques :
Premièrement, elle démontre le potentiel de la cartographie
préliminaire du risque inondation au moyen de sources
d’information gratuites et d’un SIG dont l’administration locale
peut s’approprier.
Deuxièmement, elle aide la prise de décision, non pas pour
bloquer l’extension de la construction dans les secteurs à risque,
comme Bechler-Carmaux et al. (2000) souhaite, car aujourd’hui
les autorités locales sont impuissantes, mais pour localiser les
mesures prioritaires de RRC à court et moyen terme : alerte
précoce, information et préparation des populations,
aménagement urbain, plan de contingence, entrées des

253
parcelles, des habitations et des latrines surélevées, recasement
ou digues.

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258
Table des matières

Les auteurs ..................................................................................7

Préface ........................................................................................9

Remerciements .........................................................................11

Abréviations .............................................................................13

Introduction générale
Vieri Tarchiani et Maurizio Tiepolo .........................................17

Chapitre 1
Milieu physique, peuplement et exposition aux aléas
hydro-climatiques dans la région Tillabéri, Niger
Abdourhamane daouda, Vieri Tarchiani, Maurizio Tiepolo.....27

Chapitre 2
Caractérisation des systèmes
de production agricole de la région Tillabéri
Garba Boulamine Mounkaïla, Aliou Moumouni Tankari ........53

Chapitre 3
Le climat de la région Tillabéri
Maurizio Bacci, Katiellou Gatpia Lawan,
Mouhaimouni Moussa ..............................................................79

Chapitre 4
Variabilités et changements climatiques
et leurs impacts sur les cultures pluviales
dans la région Tillabéri, Niger
Maurizio Bacci, Katiellou Gatpia Lawan .................................99

Chapitre 5
Analyse du risque d’inondation à méso-échelle :
les communes de la région Tillabéri au Niger
Maurizio bacci, Sarah Braccio, Maurizio Tiepolo..................117

275
Chapitre 6
Analyse du risque de sécheresse agricole
dans la région Tillabéri au Niger
Admou Aïssatou Sitta, Maurizio Bacci ..................................143

Chapitre 7
Analyse des risques climatiques
dans la commune d’Imanan, Niger
Edoardo Fiorillo, Mamoudou Idrissa,
Katiellou Gaptia Lawan, Aliou Moumouni Tankari ................155

Chapitre 8
Plan villageois de réduction du risque d’inondation
et de sécheresse dans la commune d’Ouro Gueladjo au Niger
Vieri Tarchiani, Edoardo Fiorillo ...........................................177

Chapitre 9
Analyse-évaluation du risque d’inondation
et de sécheresse à micro-échelle :
Garbey kourou et Tallé au Niger
Sarah braccio, Maurizio Tiepolo ............................................205

Chapitre 10
Analyse du risque d’inondation à Niamey, Niger
Sarah Braccio, Maurizio Tiepolo............................................233

Conclusion générale
Vieri Tarchiani, Maurizio Tiepolo..........................................259

Listes des figures et tableaux ..................................................259

276

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