Vous êtes sur la page 1sur 2

PROPOSITION DE LOI Nº 3293 RELATIVE A DES PREMIERES MESURES D’INTERDICTION DE CERTAINES

PRATIQUES GENERATRICES DE SOUFFRANCES CHEZ LES ANIMAUX ET D’AMELIORATION DES


CONDITIONS DE VIE DE CES DERNIERS

Amendement proposé par Samantha Cazebonne

Après l’article 5

Insérer article suivant

Après l’arLcle 227-21 du Code pénal, ajouter un arLcle ainsi rédigé :


«ArLcle 227-21-1

Le fait de provoquer un mineur à exercer, publiquement ou non, des sévices graves, ou à comme]re
un acte de cruauté envers un animal domesLque, ou apprivoisé, ou tenu en capLvité est puni de cinq
ans d'emprisonnement et de 150 000 euros d'amende.

Est puni des mêmes peines le fait pour toute personne physique ou morale d'organiser ou de
comme]re les faits visés à l’alinéa 1 en présence d'un mineur.

Les dérogaLons prévues à l'alinéa 7 de l'arLcle 521-1 du code pénal ne s'appliquent pas à cet arLcle.»

EXPOSÉ DES MOTIFS

Cet amendement vise à protéger l’empathie des mineurs envers les animaux, en les protégeant de
l’exposiLon à la violence exercée sur ces derniers, êtres vivants doués de sensibilité aux termes de
l'arLcle 515-14 du Code civil, y compris dans un contexte de tradiLon. Il vise également à ce que les
tradiLons locales ininterrompues faisant l’objet d’une dérogaLon aux disposiLons de l’arLcle 521-1 ne
puissent être enseignées à des mineurs ou leur être présentées dans le cadre d’acLvités de
familiarisaLon, afin d’éviter que les enfants considèrent que la souffrance animale puisse être
légiLmée par l’art ou le diverLssement.

En effet, des études (Thompson & Gullone, 2006, Bowne, Hensley & McGuffee, 2016) montrent, pour
les adolescents ayant été témoins plus jeunes de maltraitance animale, d’un risque accru d’exercer de
la violence sur les animaux. De plus, une étude française récente (Laurent Bègue, 2020), avec un
échanLllon de 12 344 adolescents, a montré le lien entre le fait de comme]re des actes de cruauté
sur les animaux et le fait de considérer que les animaux ont peu de valeur.

Si cet amendement vise donc à contribuer à diminuer le nombre d’actes de maltraitance animale, il
vise également à protéger les enfants. En effet, chez les personnes ayant été exposées enfants à la
violence sur animaux, des études ont également mis en évidence un risque d'effets subjecLfs
importants et un risque accru de conduites délinquantes ou violentes. Par ailleurs, la maltraitance sur
animaux par les adultes au sein d’un foyer est souvent révélatrice de violence intrafamiliale.
Les moins de 18 ans sont d’ailleurs protégés de ces scènes dans le cadre du travail, par l’arLcle
D4153-37 du Code du Travail qui précise qu’il est interdit d'affecter les jeunes à des travaux
d'aba]age, d'euthanasie et d'équarrissage des animaux ainsi qu’à des travaux en contact d'animaux
féroces ou venimeux.
Les effets négaLfs de l’exposiLon à la violence sur les animaux sont également présents lorsque celle-
ci est exercée au nom de la tradiLon, comme les courses de taureaux avec sévices graves ou les
combats de coq. Une étude espagnole (Grana y Cruzado, 2004) rapporte qu’une majorité d’enfants
ont un senLment défavorable sur les corridas, et qu’après avoir regardé une vidéo de corrida, leur
score d’agressivité et leur score d’anxiété est plus élevé si les images étaient accompagnées de
commentaires fesLfs plutôt que de commentaires neutres.
De nombreux témoignages d’adultes ayant assisté à des corridas étant mineurs font état de l’impact
traumaLsant laissé par ce spectacle.

Un ensemble de psychiatres et de psychologues français me]ent ainsi en garde contre le


traumaLsme que peut générer le fait d’assister à des scènes violentes sous les applaudissements
d’adultes de confiance, auprès de qui il sera difficile de faire adme]re la tristesse ou l’anxiété
provoquées, contre le risque d’accoutumance à la violence, et contre le décalage entre les valeurs
enseignées à l’école (pas de violence gratuite) et ces scènes de violence valorisées par des adultes.

C’est pourquoi le Comité des droits de l’enfant de l’ONU, organe chargé de vérifier l'applicaLon de la
ConvenLon internaLonale des droits de l'enfant (CIDE) dans les différents États parLes, esLme que
l’intérêt supérieur de l’enfant (c’est-à-dire le mineur) étant en jeu, la responsabilité des États
l’emporte sur celle des détenteurs de l'autorité parentale. En 2016, il a ainsi recommandé à la France
« de redoubler d’efforts pour faire évoluer les tradiLons et les praLques violentes qui ont un effet
préjudiciable sur le bien-être des enfants, et notamment d’interdire l’accès des enfants aux spectacles
de tauromachie ou à des spectacles apparentés ».

Or, comme État parLe de la CIDE (ConvenLon internaLonale des droits de l’enfant), traité
juridiquement contraignant, la France doit rendre un rapport public tous les 5 ans concernant le suivi
d’applicaLon des recommandaLons.