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Mona Lys, 2020

Designer : David KOFFI


À mes deux tata Danielle KOFFI et Mimi MWAKU qui m’ont aidé à la
correction et la relecture.

QUE DIEU VOUS BENISSE


Ce roman est une fiction. Les noms propres, les personnages, les lieux, les
intrigues, sont le fruit de l’imagination de l’auteur. Toute ressemblance avec des
personnes réelles, vivantes ou décédées, des évènements ou des lieux serait une
pure coïncidence.
SI SEULEMENT…

TOME 2

Résumé

Elles ont toutes fait le choix de leurs principes au détriment de ce que la vie
avait placé devant elles. Leur amitié a aussi pris un coup. Chacune vit
dorénavant sa vie. Mais, les choix qu’elles ont opérés sont-ils les meilleurs ?
Retrouvez Kayla, Vanessa, Ashley et Zoé dans une nouvelle aventure encore
plus compliquée que la précédente.
Episode 1

KAYLA

Teddy : Papa ?

Moi : Il sera là d’un moment à l’autre mon amour. Va jouer avec tes amis.

Il court retrouver ses amis dans le petit bassin. Je pousse un soupir de désespoir.
La solitude a fini par avoir raison de moi. J’ai pourtant tout essayé pour créer
une belle ambiance familiale à la maison. Mais sans compter sur les efforts de
Marc-Arthur. Deux ans que nous sommes mariés, et deux ans que je vis comme
une femme célibataire. Je ne vois presque pas mon mari. Il est tout le temps
parti. Si ce ne sont pas les voyages de longues durées, ce sont les diners
d’affaires qui finissent toujours tard. A peine mon mari rentre à la maison qu’il
en ressort. Même avec son fils, il ne passe pas beaucoup de temps. Pourtant il est
attentionné quand il le veut. Des cadeaux, il nous en couvre à chaque occasion.
Ça prouve au moins que toutes ses absences portent du fruit. Mais en tant que
femme j’ai besoin de mon homme. Marc-Arthur nous a acheté l’an dernier un
magnifique triplex avec piscine et jacuzzi. Il a même fait installer dans
l’immense jardin, sur lequel on peut même construire une deuxième maison, des
airs de jeux pour son fils. Matériellement, nous sommes comblés Teddy et moi.
Mais côté sentimental et affection, il y a un gros manque.

Marc-Arthur pour se racheter auprès de son fils avec qui il passe peu de temps, a
décidé qu’on organise une petite fête aujourd’hui à la maison avec les amis du
petit. Seulement, il n’est toujours pas là et l’heure de retour des autres enfants
est proche. Je sais qu’il ne viendra pas. Je ne cesse de lui laisser des messages et
de l’appeler mais c’est sans réponse. Ce qui signifie qu’il est en plein dans son
travail. Je ne sais pas quoi faire pour maintenir Marc-Arthur à la maison ne
serait-ce que pour une semaine. S’il passe une semaine en Côte d’ivoire, bah
nous ne le voyons qu’une heure de temps par jour, précisément pendant les
petits déjeuners. Après quoi, il entre quand nous sommes déjà au lit. Demain ça
fera six mois qu’il ne m’a pas touché. Eh oui. Je vis l’abstinence en étant mariée.
Je ne comprends toujours pas comment un homme marié peut faire des mois
hors de sa maison sous prétexte que c’est pour le voyage. Ce soir j’ai décidé de
l’attendre jusqu’à ce qu’il rentre pour en discuter. Je ne peux plus continuer
ainsi.

Ce qui me permet de tenir bon, c’est mon bébé. Teddy. Mon bébé d’amour.
C’est lui ma force et ma joie. Le voir chaque jour me rend si heureuse. Marc-
Arthur et moi l’avions conçu avant le mariage. Quand je lui ai annoncé la
grossesse pendant les préparatifs du mariage, il était fou de joie. Sa prière était
que ce soit un garçon, et Dieu l’a exaucé. Il était si fou de joie. Même si Marc
n’a pas vraiment assez de temps pour lui, je ne peux nier qu’il adore son fils.
Toutes les nuits quand il rentre, il part l’embrasser même s’il dort déjà. Teddy a
tout pris de moi, rien de Marc. Il a pris mon métissage. Disons que mon sang
Libanais est très fort. Il est très timide comme enfant, ce qui est surprenant pour
un petit garçon. Surtout que ni moi ni Marc ne le sommes et ne l’avions été dans
notre enfance. Ce sont généralement les garçons les plus bruyants. Mais mon fils
non. Il suffit de juste le mettre devant son dessin animé favori et il y reste toute
la journée. Quand il se lève, il se dirige dans le jardin se balancer, faire des
glissades et jouer à tous ses jeux.

La journée est terminée et mon mari n’est pas entré. Tous les enfants sont
rentrés chez eux. J’ai servi à Teddy une part de gâteau qu’il mange assis devant
la télé. Je donne des ordres à la servante pour le diner. Je pars ensuite prendre
ma douche. Quand je finis je reviens dans la chambre travailler un peu. A défaut
d’avoir mon mari, je me réfugie dans le travail. J’ai ouvert deux autres boutiques
qui marchent toutes aussi bien que la première boite.

« Bonsoir chérie. »

Il est enfin rentré. Je ne prends pas la peine de relever la tête.

Moi : Bonsoir. Il est 19h Marc.


Marc : Je suis désolé. Un rendez-vous de dernière minute.

Moi : Ça ne te coûte rien d’avertir tu sais.

Marc : Désolé.

Moi : Ton fils t’a attendu toute la journée.

Marc : Kayla j’ai dit que j’étais désolé.

Moi (relevant la tête) : Tu ne me parles pas ainsi. Tu as promis à ton fils passer
la journée avec lui et tu lui as fait faux bond.

Marc : Que voulais-tu que je fasse ? Planter mon partenaire ?

Moi : Oui ! Ta famille doit passer avant ton travail.

Marc : Et comment je prends soin de cette famille si je lègue mon travail au


dernier plan ?

Moi : Nous n’avons pas besoin de tout ce luxe si tu n’es pas là.

Marc : N’est-ce pas que tu voulais vivre dans l’opulence ? Je t’en donne donc tu
n’as pas à te plaindre. J’ai acheté cette immense maison que j’ai mise en ton
nom, je t’ai offert deux voitures et là j’en ai commandé une troisième pour toi,
notre fils fréquente l’une des écoles les plus chères de ce pays. Ton argent de
poche s’élève à près d’un million de Franc en plus de ce que tu gagnes dans ton
travail, tu renouvelles ta garde-robe chaque six mois. Tu pars en Europe chaque
vacance, souvent même juste pour le week-end pour faire du shopping. Kayla,
que veux-tu de plus ?

Moi : J’AI BESOIN DE MON MARI.

Marc (hurlant) : Ne me hurle pas dessus, je ne suis pas ton enfant. Tu ne peux
pas avoir le beurre et l’argent du beurre. C’est pour vous que je bosse si dur
alors ne vient pas me chauffer les oreilles.

Moi : C’est donc pour te servir de décor que tu m’as épousée.

Marc : Je t’ai épousée parce que je t’aime. Nous avons un fils. Je suis comblé.

Moi : Mais moi non. J’ai envie que mon mari me fasse l’amour, j’ai envie qu’il
me fasse sortir, qu’il m’accorde son temps.

Marc : Nous sortons souvent.

Moi : Tu veux parler de ces diners gala ennuyeux ?

Marc : N’est-ce pas que tu voulais faire partie de la haute ? Ecoute je n’ai pas le
temps de me disputer. Je dois me rendre à un rendez-vous. En plus demain j’ai
un avion à prendre.

Moi : Et c’est maintenant que tu me le dis ? Il y a le mariage d’Alice.

Marc : Nous irons. Le vol est pour 23h.

Il commence à se déshabiller. Je me rassois sur le lit.


Moi : Tu continues de la voir ?

Marc : Elle est la mère de ma fille.

Moi : Tu sais de quoi je veux parler.

Il rentre dans la salle de bain sans me répondre. Je sais qu’il continue de coucher
avec l’autre, cette Océane. J’ai plusieurs fois vu des sextos dans son portable.
Au début j’en faisais tout un plat, mais j’ai compris que ça ne servait à rien de
continuer à lui faire des histoires. Elle vit en France et moi ici. Tant qu’elle reste
à sa place, ça me va. Seulement, l’imaginer lui faire l’amour alors qu’il m’en
prive, ça me tue. Je sais aussi que mon mari fréquente d’autres filles. Je n’en ai
pas de véritables preuves, mais il est plus d’une fois rentré avec des parfums de
femme sur lui. Il m’a donné comme excuse qu’il était obligé de se rendre dans
les bars à striptease pour faire plaisir à ses partenaires. Une autre fois, j’ai vu un
reçu d’hôtel dans la poche de son pantalon. Il m’a encore pondu une excuse dû
au travail. J’ai arrêté de me torturer l’esprit. Qu’il fasse ce qu’il veut. Tant qu’il
ne me ramène pas de bâtard à la maison, ou tant qu’il les tient toutes en laisse
dehors, ça va.

Il revient dans la chambre en s’essuyant. Le voir à moitié nu me donne des


envies. Je suis grave en manque. Je ravale ma fierté et le rejoins. Je lui caresse le
torse et pose de petits baisers sur ses lèvres.

Moi : Fais-moi l’amour avant de t’en aller. Je brûle chéri.

Marc : Je suis déjà en retard. Mais je te promets qu’à mon retour je te ferai
l’amour comme jamais.

Moi : Mais tu risques de rentrer tard. Je te veux maintenant.


Marc : Patiente juste un peu.

Moi : Bébé, je veux un autre enfant.

Marc : Nous en aurons plein d’autres ne t’inquiète pas. Laisse-moi vite me


rendre au rendez-vous et je serai tout à toi.

Moi : Ça ne te coûtera rien de faire plaisir à ta femme pour une fois.

Marc : Tu ne vas pas recommencer !

Moi : Fais comme tu veux.

Je récupère dans le tiroir le collyre pour les yeux de Teddy et me rends dans le
salon où il est toujours devant la télé.

Moi : Bébé j’ai toujours dit de t’éloigner de la télé.

Teddy : Pardon maman.

Moi : Viens là.

Je le prends sur mes jambes. Je mets une goutte dans chaque œil. L’inconvénient
d’avoir des yeux globuleux, c’est d’avoir des maux d’yeux. Il risque de porter
des lunettes à cette allure. Je me mets à table avec lui. Marc en profite pour s’en
aller. Teddy pleure souvent quand son père sort. Je le mets au lit après le diner.
Je pars ensuite me mettre au lit. Je sais déjà que ça ne servirait à rien d’attendre
Marc-Arthur. Il rentrera tard.
*Mona
*LYS
Nous arrivons en retard au mariage d’Alice. Pour cause ? Mon mari ne s’est pas
vite réveillé pour être rentré hier à 3h du matin. Nous n’avons pas fait l’amour
comme il l’avait dit. Dès qu’il est entré, il s’est jeté sur le lit. Il ne s’est réveillé
qu’à 11h. Ensuite il a dû travailler sur un dossier, sur lequel il a pris du retard,
jusqu’à 16h. Le mariage était prévu pour 14h à la mairie. Je ne voulais pas venir
sans lui. Si je le devançais, c’est sûr qu’il ne serait pas venu. J’ai dû insister pour
qu’il lâche son dossier. Nous avons raté la cérémonie à la mairie. Nous arrivons
juste au moment où le couple s’apprête à ouvrir le bal. Ils ont mis le paquet dans
ce mariage. La salle est hyper grande et elle est bondée de monde. C’est un très
grand mariage. Selon ce que Béca m’avait dit, ils ont dû prendre trois
photographes pour couvrir l’évènement et comme caméra, il y a un drone en
plus d’une caméra à pied.

Mon mariage était pareil. Je dirai peut-être plus grand. Ma mère a fait tout son
boucan. Elle y a aussi mis des millions mais juste pour elle, pour épater ses
copines. Nous avions opté pour un buffet libre parce que ma mère voulait une
folie. Des serveurs ne s’en seraient pas sortis avec tous les plats. La mission de
ma mère, c’était que mon mariage soit le plus grand de toute la famille, même
que celui de Béca. Et elle a réussi. Mon gâteau, était spectaculaire. Nous avions
déplacé un pâtissier depuis la France pour le faire. Ma robe, les alliances, nos
différentes tenues, tout est venu d’Europe et d’Amérique. Mon mariage a fait le
tour des réseaux sociaux. Ça a fait le buzz. C’était le mariage le plus beau et le
plus grand en Côte d’Ivoire. Notre mariage m’a ouvert des portes. Des milliers
de femmes accouraient à ma boutique pour acheter mes créations et par
curiosité. J’ai nargué Béca, je l’avoue. Je lui ai montré que moi aussi j’avais
atteint la haute classe. La seule personne à n’avoir pas été heureuse pour mon
mariage, c’est mon père. Il était présent, mais n’a pas assisté à toute la
cérémonie. Quand je suis allée le voir, il m’a fait savoir que mon mariage avait
l’air d’une mascarade et qu’il ne pouvait pas rester là à voir sa fille gâcher sa vie
dans un mariage sans amour. Je lui ai pourtant dit que Marc-Arthur et moi nous
nous aimions mais il m’a fait savoir que ce qu’il y a entre nous ce n’est pas de
l’amour. Mais juste de l’attirance. Pour éviter de voir le désespoir dans son
regard et son mécontentement, j’ai mis une certaine distance entre nous. Je me
contente juste de l’appeler de temps en temps.

Maman : Regarde, elle a voulu tricher sur ton mariage mais ça n’a pas réussi.
Je roule les yeux. Cette femme n’arrêtera donc jamais. Malgré toute la grandeur
de mon mariage, voilà où j’en suis. Je suis une femme mariée célibataire. J’ai
compris à mes dépends que le mariage, ce n’est pas la cérémonie, mais la vie
d’après. Si je savais que mon mariage se déroulerait ainsi, j’aurai fait un truc
dans la plus grande simplicité.

Maman : Y a personne pour égaler ton mariage ma fille.

Moi : Maman arrête.

Maman : Laisse-moi me réjouir non. Mes sœurs pensaient qu’on jouait dans la
même catégorie. Mais je leur ai montré que c’est moi la chef. Depuis deux ans
qu’ils ont fait la dot, c’est aujourd’hui qu’ils se marient. J’ai serré mes fesses
pour ne pas qu’elle se marie avant toi. C’est comment ? Ta petite sœur va se
marier avant toi pourquoi ?

Je suis pourtant sûre qu’elle est plus heureuse que moi. Je n’écoute plus le
bavardage de ma mère. Elle tire Teddy sur la piste de danse. Je tourne mon
regard qui tombe sur Béca et Max qui dansent aussi sur la piste. Ils sont mariés
depuis plus longtemps que moi mais à les voir, on sent que leur amour est
toujours au top de sa forme. J’ai eu un plus grand mariage que celui de Béca
mais je crois qu’elle est plus épanouie que moi. Son mari et elle ont l’air si
amoureux que je les envie là en ce moment. J’aime cette manière que Max a de
la regarder. Ça me fait vraiment rêver. Marc-Arthur m’a laissé pour rejoindre un
groupe d’homme. Je suis prête à mettre ma main à couper qu’ils parlent boulot.
Je le vois enfin revenir vers moi. Peut-être qu’il vient me proposer une danse.

Marc : Chérie, viens qu’on prenne des photos souvenirs tous les deux. Il est où
Teddy ?

Moi : Avec ma mère sur la piste.


Marc : Ok viens. Les mariés ont installés une magnifique déco pour les photos.

Moi : Ok.

Je suis heureuse qu’il veuille prendre des photos avec moi. C’est mieux que rien.
C’est main dans la main que nous nous dirigeons vers le décor. Il y a un
photographe qui prend des photos aux mariés. Je crois même qu’ils ont fini.
Quand le photographe se retourne, je suis ébranlée. Je me liquéfie sur place.

Marc : Qu’est-ce qui se passe ?

Je regarde Darnell qui ne m’a pas encore vu. Il manipule son appareil. Marc-
Arthur suit mon regard.

Marc : Ce ne serait pas ton ancien photographe ? Ça tombe bien. Il faisait de


magnifiques photos dans ta boutique. Allons.

Mou : Euh, je, je reviens un instant. Je dois aller refaire mon maquillage.

Marc : Mais il est parfait.

Moi : Je dois faire une retouche. Je reviens.

Je n’attends pas sa réponse que je cours me cacher dans les toilettes. C’est la
première fois en deux ans que je le revois. Depuis sa démission, je n’ai plus eu
de nouvelles de lui. Je n’ai pas non plus cherché à le voir. J’ai préféré laisser les
choses telles qu’elles étaient. Mais le voir aujourd’hui, ça… ça, je ne sais pas en
fait. Pourquoi j’ai fui ? Je ne devrais pas pourtant. Lui et moi c’était juste une
histoire passagère. Je ne devrais pas me sentir de la sorte rien qu’à sa vue. Je
pense que je ne supporterai pas d’être face à lui. Il faut que je parte d’ici.
J’appelle mon mari pour lui stimuler un malaise. Il accepte donc que nous
rentrions. Il doit aussi se préparer pour son voyage.
Ce n’est qu’une fois à la maison que j’ai soufflé. Je suis assise dans mon bain le
cœur toujours battant la chamade. Darnell. Il n’a pas vraiment changé. S’il a été
choisi comme photographe au mariage d’Alice, ça signifie qu’il commence à se
faire un nom. Il s’en est donc sorti après sa démission. J’en suis ravie. Je devrais
arrêter de rêvasser. Je l’ai vu, c’est fini. Je dois passer à autre chose. C’est juste
mon ancien employé, donc y a pas de quoi en faire tout un plat.

Marc s’est déjà rendu à l’aéroport. Teddy est au lit. Je reviens dans la chambre
ranger le désordre que mon mari a laissé en cherchant un dossier. Je jette des
coups d’œil sur chaque dossier, même si je ne comprends pas grande chose. Il y
a trop de chiffre et les maths c’est pas mon fort. Je tombe sur un document qui
attire particulièrement mon attention. C’est un document médical fait en France.
Je prends le temps de le lire quoi que certains termes me sont étrangers.
J’écarquille grand les yeux quand je vois « M. Marc-Arthur ADOU déclaré
stérile suite à une MST. Impossibilité de faire des enfants même après
traitement. Doit se faire traiter pour éliminer le virus. ». Je lis la date et là
encore je reçois un gros coup. Ça a été fait il y a deux ans. Je fais un calcule
dans ma tête pour voir à quel moment il a choppé cette maladie. Je me rappelle
bien avoir pris une première grossesse de lui donc il ne peut pas être stérile. En
plus il y a Teddy. La date sur les documents correspond à la période où j’ai fait
ma fausse couche. C’est-à-dire après notre retour d’Assinie. Non ce n’est pas
possible. Marc-Arthur ne peut pas être stérile. Teddy est son fils. Nous l’avons
conçu le jour de la demande en mariage, si je me réfère à mes calculs. Je décide
de l’appeler. Son vol est à 23h, il est encore là.

« Marc : Oui bébé. »

Moi : En rangeant tes affaires je suis tombée sur un document médical qui
stipule que tu serais stérile depuis deux ans. C’est un faux document n’est-ce
pas ?

Je l’entends lancer un juron. Il me répond par le silence. J’ai l’impression de


l’entendre réfléchir.
Moi : Marc-Arthur !

« Marc : On en reparlera à mon retour. »

Moi : C’est vrai ou c’est faux ?

« Marc : On en reparlera à… »

Moi : Marc-Arthur je veux savoir.

« Marc : C’est vrai. »

Je me laisse tomber au sol ne tenant plus.

Moi : Ce n’est pas possible. Ce rapport est faux. Teddy…

« Marc : N’est pas mon fils. Mais je ne veux rien savoir. Il est mon fils un point
c’est tout. Peu importe qui est son père biologique, je ne veux rien savoir. Je
l’aime, c’est tout ce qui compte. Pour le reste on en parle à mon retour. »

Il raccroche. Non je ne crois pas. C’est une blague. Teddy est son fils. Marc-
Arthur est le seul homme avec qui j’ai couché après la demande en mariage,
donc ça n’a pas… Oh non ! A moins que… Non ce n’est pas possible. J’ai bien
calculé. Ça ne peut pas être cette nuit-là. Si Marc-Arthur est stérile, ça signifie
que les rapports que nous avons eu dans cette période n’ont pas porté de fruit.
Donc en l’occurrence… Le teint métissé, les yeux globuleux, la timidité.
Merde ! Seigneur pourquoi cela m’arrive à moi ?
Episode 2

VANESSA

Chantal : Vanessa, il y a une femme qui désire vous voir.

Je jette un coup d’œil à ma montre.

Moi : Ok fais-la entrer.

Je me masse le cou pendant qu’elle s’exécute. C’est la dernière que je vais


prendre, après quoi je rentre chez moi. Je me sens beaucoup épuisée ces derniers
mois. J’ai accumulé travail sur travail, procès sur procès, et maintenant la
fatigue se fait ressentir. Je dois vite me reposer car demain j’ai un vol à prendre
pour la France. J’ai été sollicitée là-bas pour aider un Avocat sur une affaire.
C’est mon patron qui m’a mis sur le coup. J’en suis d’ailleurs heureuse.

Chantal réapparait avec la femme en question. C’est une belle jeune femme,
mince, élancée, d’un très beau teint clair. Elle doit être moins âgée que moi. Je
constate tout de suite son alliance. Jeune et mariée. C’est beau à voir. Son make
up ne la laisse pas passer inaperçu. Ça lui va cependant. Moi je ne suis pas très
maquillage. Je n’ai pas vraiment le temps de passer deux heures de temps à me
créer un autre visage. Juste un peu de fond de teint, un crayon pour les yeux et
du rouge à lèvre, des nudes de préférence.

Moi : Bonjour Madame. Prenez place s’il vous plaît.


Elle (s’asseyant) : Merci.

Moi : On vous apporte quelque chose ?

Elle : Non merci.

Moi : Bien. Comment puis-je vous aider Mme… ?

Elle : KEITA. Je suis là pour plus vous demander conseil et vous prendre pour
Avocate si besoin est.

Moi : Je vous écoute.

Mme KEITA : Voilà, j’ai un gros problème avec mon amant.

Je ne suis pas surprise de cette nouvelle. Les histoires de maitresse, d’amant,


nous en entendons tous les jours. Plutôt que de prendre note, j’active
l’enregistrement. Je suis épuisée et je n’ai plus la force de tenir un stylo.

Mme KEITA : Il me menace de révéler notre liaison à mon mari et de me traîner


en justice si je ne lui envoie pas ses enfants.

Moi : Vous aviez eu des enfants ensemble avant de vous marier ?

Mme KEITA (gênée) : Euh non. Nous les avons eus pendant mon mariage. Mon
mari pense qu’ils sont de lui mais ce n’est pas le cas.

Moi : Ok veuillez me raconter toute l’histoire sans omettre un seul détail. Je dois
tout savoir pour mieux vous conseiller et vous défendre.
Mme KEITA : Je sortais avec Parfait, mon amant, avant de rencontrer mon mari.
Parfait et moi vivions dans des conditions défavorables alors j’ai décidé d’aller
me chercher comme on le dit. J’ai rencontré mon mari à une soirée et malgré
toutes mes tentatives de séduction, il ne m’accordait aucune attention. J’ai donc
usé de stratégie pour l’avoir.

Moi : Parlant de stratégie, à quoi faites-vous allusion ?

Elle baisse la tête.

Moi : Je dois tout savoir Madame.

Mme KEITA : Je l’ai envouté pour qu’il tombe amoureux de moi et m’épouse.
Mais quand il m’a mis la bague au doigt, j’ai arrêté je vous le jure. Et tout va
bien entre nous. Je suis une femme comblée sur tous les plans. J’avais besoin de
stabilité financière et il m’en donne.

Moi : C’est donc pour le matériel que vous êtes avec votre mari ?

Mme KEITA : En quelque sorte, mais je l’aime aussi. Avec l’argent que me
donne mon époux, je prends soin de mon amant qui a toujours été l’amour de ma
vie. Il a mis sur pied une petite structure qui marche bien. Nous avons eu deux
enfants, des jumeaux d’un an et demi, sans que mon mari ne le sache.

Moi : Votre époux est-il stérile ?

Mme KEITA : Bien-sûr que non. Seulement lui et moi ne sommes pas
compatibles. Le jour où je l’ai su en récupérant nos examens à tous les deux, j’ai
aussi découvert que j’étais enceinte. J’ai donc caché les résultats et j’ai falsifié
un autre qui stipule que tout va bien entre nous. Mon mari ne se doute donc de
rien. Les problèmes ont commencé quand il y a deux semaines j’ai découvert
que j’étais encore enceinte. Parfait en a eu marre de rester loin de ses enfants et
maintenant il exige que je les lui amène pour qu’il fasse partie de leur vie. Il est
prêt à aller en justice pour exiger leur garde maintenant qu’il est stable
financièrement. Je lui ai proposé de l’argent mais il a refusé. Il veut ses enfants
ou rien. Je ne veux pas perdre mon mariage encore moins mes enfants. Je ne
veux pas aussi perdre mon amant parce que je me sens plus sexuellement
épanouie avec lui qu’avec mon mari bien qu’il me procure du plaisir. Ce n’est
pas pareil.

Je croyais avoir déjà tout entendu mais cette jeune femme me laisse
complètement sans voix.

Moi : Madame, il vous faut faire un choix. Soit vous quitter votre mari pour aller
avec votre amant et vos enfants. Soit vous quittez votre amant et prenez le risque
de mettre en danger votre mariage. Mais si vous expliquez à votre mari que lui
et vous êtes incompatibles raison pour laquelle vous avez eu des enfants avec un
autre, il peut vous pardonner.

Mme KEITA : Je dois mentir à mon mari que je suis tombée enceinte d’un autre
pour le rendre père ?

Moi : Vous lui mentez déjà. Ce sera un mal pour un bien. Maintenant, je vais
vous demander de trouver des choses compromettantes chez votre amant avec
lesquelles on pourra l’obliger à laisser tomber ses plans.

Mme KEITA : Oh il en a plein. Mais je l’aime.

Moi : Dans ce cas divorcez et aller fonder votre famille. Il est maintenant stable
financièrement donc ça va.

Mme KEITA : Je ne veux pas faire de mal à mon mari. C’est un homme très
sensible.
Moi : Vous lui en avez déjà fait assez.

Mme KEITA : Bon, laissez-moi réfléchir et je vous reviens.

Moi : Très bien. Bonne soirée Madame.

Mme KEITA : A vous pareillement.

Je la regarde sortir en secouant la tête. Avant je croyais qu’il n’y avait que les
hommes qui étaient des ordures, mais ces deux dernières années, j’en ai
rencontré des femmes qui ne sont pas dignes d’être appelées des épouses. Elles
ne méritent même pas la bague.

J’arrive chez moi avec les pieds lourds. Je n’arrive même plus à les soulever. Ma
servante me débarrasse de mes affaires qu’elle monte ranger dans ma chambre.
Je me laisse tomber dans ce sofa super relaxant que j’ai acheté justement pour ce
genre de moment.

Servante : Tantie, je te sers le diner ?

Moi : Je n’ai pas vraiment faim. J’ai juste sommeil.

Servante : Tantie tu dois manger pour reprendre des forces. Si tu veux je peux
mettre dans ta bouche.

Moi (souriant) : Ok je vais manger. Je monte prendre une douche.

Servante : Donc je vais monter avec.


Moi : Oui. Demain tu peux rentrer voir ta famille. Je pars en France pour une
semaine.

Servante : D’accord tantie. Faut m’envoyer cadeau hein.

Moi : Je n’y manquerai pas.

Je la regarde disparaitre en souriant. J’ai eu de la chance de tomber sur une jeune


fille sympa. C’est la seule compagnie que j’ai dans ma vie. Je compte jusqu’à
trois et me lève. Monter les escaliers, encore un autre supplice. Qui m’a
conseillé de prendre une aussi grande maison ? Je me suis achetée la maison de
mes rêves. Elle est belle, magnifiquement meublée de partout et immense. Mais
surtout, elle est vide. Il n’y a que moi et ma servante qui y vivons. Il m’est plus
d’une fois arrivé de penser à la revendre et de me prendre un tout petit appart.
Oui, je l’avoue, je me sens seule. J’ai un énorme salaire, une immense maison,
deux voitures, une grande renommée, et que sais-je encore, mais chez moi, je vis
la solitude absolue. J’ai demandé à ma mère de venir vivre avec moi mais elle
préfère son village à la ville.

Les filles avaient raison. Je me retrouve seule après avoir atteint mes objectifs.
C’est peut-être difficile à croire mais depuis Khalil, je n’ai plus couché avec un
homme. Je n’ai même pas eu de flirt. Des hommes m’ont fait des yeux doux, j’ai
répondu à des invitations mais sans plus. Je n’ai pas eu cette petite étincelle.
L’année passée je n’ai pas voulu rencontrer d’homme pour mieux profiter de
mon nouveau poste. Mais cette année j’ai voulu en fréquenter. Je me suis dit que
maintenant que je suis là où je voulais être je peux maintenant chercher l’amour.
Je me sens seule chaque soir dans cette maison. Mon lit est froid. Je n’en peux
plus. J’ai besoin d’un homme qui me fera des massages chaque soir à ma
descente du boulot. Besoin d’un homme qui me chouchoutera. Je ne pensais pas
le dire un jour, mais… j’ai besoin de Khalil. Il me manque. Ses petits déjeuners
chaque matin me manquent, ses petites attentions, ses mots doux, ses caresses,
bref tout. Lui seul savait prendre soin de moi. Je regarde chaque soir avant de
dormir la bague de fiançailles qu’il m’avait jetée à la figure. Je n’ai pas pu m’en
débarrasser.
En chaque homme avec qui j’ai eu des rencards, je le recherchais. Je cherchais
en eux, dans leur manière de parler, de se tenir, de me traiter, un peu de Khalil.
Je n’ai jamais pu l’oublier. Après une année à faire comme si je m’en fichais de
lui, j’ai commencé à l’épier. Je suivais ses actualités chaque jour. Il n’utilise plus
son compte Facebook. Il a juste ouvert une page pour sa boite. Il y poste souvent
des photos de lui à des conférences. Il est devenu encore plus beau. Je regrette
tant ce que j’ai fait.

Khalil est le seul homme à m’avoir supporté. Les hommes n’aiment


généralement pas qu’une femme soit trop sûre d’elle. Ils aiment les femmes
naïves. Mais Khalil m’a aimé malgré que je sois plus chargée intellectuellement
que lui. Il a supporté que je le lègue au second rang dans ma vie. Il a supporté
mes caprices, mon sale caractère. Il m’a aimé malgré tout, et moi en retour je
l’ai déçu. Comme je regrette aujourd’hui. J’ai 35 ans, je n’ai ni homme, ni
enfant. Je n’aurai pas dû avorter il y a deux ans.

La sonnerie de mon portable me détourne de mon diner que j’ai presque terminé.
C’est ma mère.

Moi : Bonsoir maman.

« Maman : Vanessa, ma santé devient de plus en plus faible. Je suis vieille. Je


vois mon petit enfant quand ? »

Moi : Maman !

Elle se met à pleurer.

« Maman : Maman quoi ? Je vais bientôt mourir. Je te laisse avec qui ? Qui va
prendre soin de toi ? Tu dis tu ne te maries pas, que tu ne veux pas avoir
d’enfant, tout ça à cause de ton travail. Tu as même chassé le seul homme qui
t’aimait. Donc notre nom va disparaitre comme ça ? Tout l’argent tu gagnes,
personne ne va bouffer ? »
Je commence à me sentir mal.

« Maman : Je sais que c’est bon qu’une femme travaille, mais la place de la
femme c’est dans un foyer. Je ne dis pas que le mariage c’est la fin de la vie,
mais le mariage est très important dans la vie d’une femme. Les gens diront ce
qu’ils veulent mais une femme qui n’est pas mariée, n’est pas une femme
accomplie. Mais vous les femmes de maintenant vous pensez que le mariage
c’est la prison. Restez là à vous mentir. Maintenant que tu as tout l’argent du
monde, es-tu heureuse ? »

Je reste silencieuse.

« Maman : Faut me répondre. Est-ce que tu es heureuse ? N’est-ce pas que tu


voulais être une grande femme indépendante, qui n’a pas besoin d’homme ? Es-
tu maintenant heureuse ? Si tu me dis que tu es heureuse comme ça, toute seule,
sans mari, sans enfant, je ne vais plus t’embêter parce que c’est ton bonheur qui
m’importe. »

Je n’ose lui répondre. Je ne suis pas heureuse. Je suis certes heureuse de la


femme que je suis dans la société, mais de façon générale, je ne le suis pas. Je
me sens vide. Face à mon silence, elle raccroche. Je pose mon plat sur le lit. Je
n’ai plus l’appétit. J’ai juste envie de pleurer. Ma mère a raison. J’ai de l’argent,
mais je me retrouve seule. Mes comptes sont remplis mais personne pour
dépenser en dehors de ma mère. J’aurais dû saisir l’occasion lorsque j’avais à
ma portée un homme qui était prêt à tout pour moi. J’aurais dû garder ce bébé.

*Mona
*LYS

Le dossier sur lequel nous devions travailler, nous l’avons bouclé en trois jours.
J’ai donc quatre jours à passer ici en France pour relaxer un peu. J’en ai grave
besoin. Je ne prends pas assez de temps de repos. Je passe toutes mes journées à
bosser non-stop. Il me faut vraiment faire une petite pause. Mais avant
d’entamer ma journée, je dois me rentre à l’hôpital. Je m’y étais rendue pour
demander des remontants mais le Docteur, qui a aussi été un client, m’a
conseillé de faire des examens approfondis. Il a donc demandé que je passe ce
midi prendre les résultats et les cachets. Je suis très vite reçue à mon arrivée.
Depuis que j’ai sorti le Docteur Tom du pétrin, je suis une privilégiée dans son
hôpital et pour ses services.

Moi : Bonjour Doc. Alors quoi de neuf.

Doc : Je n’ai pas de très bonnes nouvelles.

Moi : Qu’est-ce qui se passe ?

Doc : Tout d’abord, pour la fatigue incessante, je dirais que vous manquez de fer
et de cholestérol. Mais ce n’est pas ça le problème. Vos examens nous ont aussi
montré que… vous avez des signes de ménopause précoce.

Moi : Quoi ? Comment ça ?

Doc : La ménopause précoce peut être causée par diverses choses. Mais il n’y a
jusqu’alors pas de causes principales définies. Ça peut être génétique, ou dû à…

Moi : Attendez, oubliez toutes les explications. Je veux savoir, je ne pourrai plus
avoir d’enfant ?

Doc : J’en venais donc. Alors, la bonne nouvelle c’est que, comme je l’ai dit,
vous n’avez pour l’heure que des signes. Ce n’est pas encore effectif. Il vous
reste cependant peu de temps pour tomber facilement enceinte.

Moi : Facilement ?
Doc : Lorsque la ménopause sera totale, il vous sera vraiment difficile d’en
avoir. Vous allez devoir passer par plusieurs traitements. Alors, soit c’est
maintenant, soit…

Moi : C’est presque jamais.

Doc : Oui. Je suis désolé.

Je ferme les yeux dans un soupir. Je n’ai pas d’homme dans ma vie pour parler
de tomber enceinte. Comment est-ce que je fais ? Je ne veux pas rester sans
enfant. J’en veux. Un ou deux ou trois, mais j’en veux. Je récupère mes cachets
contre la fatigue et je quitte l’hôpital totalement désemparée. Pourquoi cela
m’arrive à moi ? J’éclate en sanglot quand j’arrive dans ma chambre d’hôtel. Je
m’assieds à même le sol près de mon lit. J’ai mal. Je suis déjà ménopausée à
juste 35 ans. Je n’aurai donc pas d’enfant ? Comme je me sens stupide d’avoir
avorté dans le passé. C’est peut-être ça ma punition. Il faut que je parle à ma
mère. Peut-être qu’elle trouvera les mots pour me remonter le moral.

Moi (pleurant) : Allô maman.

« Maman : Tchantie y a quoi ? Tu pleures ? »

Moi : Maman, je ne pourrai plus avoir d’enfant. Je tends déjà vers la ménopause.

« Maman : Comment ça ? »

Moi : Je n’en sais rien. C’est juste arrivé comme ça. Je ne te donnerai jamais de
petit enfant.

« Maman : Ooh ! Je suis vraiment désolée. Je t’ai donc contaminé. »


Moi : Comment ça ?

« Maman : Quand je t’ai eu, je ne pouvais plus faire d’enfant. On m’a dit que
j’avais déjà atteint la ménopause. C’est pour ça que ton père est parti. Il voulait
forcément un garçon. Je suis désolée Tchantie. »

Moi : Ce n’est pas de ta faute maman. Je paye juste pour mes erreurs du passé.
Maman, j’étais tombée enceinte de Khalil et j’ai avorté sans lui dire.

« Maman : Hé maman tu vas me tuer. C’est pour cela qu’il est parti ? »

Moi (éclatant en sanglot) : Oui maman. Il voulait d’un enfant mais moi j’ai été
égoïste. Je n’ai pensé qu’à moi. J’ai avorté sans remords. Je regrette tellement.
J’ai mal. Si tu savais comme il me manque.

« Maman : Je suis vraiment désolée. On fait tous des erreurs et on retient des
leçons. Pourquoi tu ne retournes pas vers Khalil pour lui demander pardon ?
Peut-être qu’il t’aime encore. »

Moi : Je ne sais pas maman. Il me détestait.

« Maman : Ça ne coûte rien d’essayer. Le véritable amour ne disparait pas


aussi vite. »

Moi : Je vais y réfléchir maman. Merci d’être toujours là pour moi.

« Maman : Je suis ta maman, c’est normal. Je t’aime. »

Moi : Je t’aime aussi maman.


*Mona
*LYS

Nous entrons dans ma chambre d’hôtel en nous embrassant comme des affamés.
Nos gestes se font précipités. Je fais sauter les boutons de sa chemise et lui, il
glisse ses mains sous ma robe. J’ai décidé de me lancer à la quête d’un homme
avec qui je pourrai faire un enfant même si nous n’allons pas arriver au mariage.
Je refuse de rester sans avoir d’enfant. Même si ce n’est qu’un seul, je veux en
avoir. Peu m’importe le père. Je veux tomber enceinte d’ici le mois prochain.
J’ai perdu l’amour de ma vie. Il me faut au moins quelque chose à laquelle
m’accrocher, il me faut une raison de vivre, une raison de me lever chaque
matin, une raison de sourire malgré tout, une raison de continuer à gagner de
l’argent. Ma mère est déjà vieille et elle peut partir à n’importe quel moment.
Mon rencart de ce soir est aussi Avocat. Nous avons travaillé dans le passé sur
un dossier. Il est beau, très grand, il est aussi très intelligent de ce que j’ai pu
remarquer. Il est aussi super élégant, et très éloquent. Je pense qu’à nous deux,
nous donnerons naissance à un magnifique bébé. Il s’attaque à mon soutien
après avoir retiré ma robe.

Moi : Non, attend stop.

Lui : Qu’est-ce qui se passe ?

Je m’éloigne de lui. Qu’est-ce qui me prend ? Suis-je désespérée au point de


coucher avec quelqu’un que je connais à peine ?

Moi : Je ne peux pas faire ça, désolée.

Lui : J’ai fait quelque chose ?

Moi : Non ce n’est pas toi. C’est moi. J’ai envie de rester seule si cela ne te
dérange pas.
Lui : Ok. Comme tu veux.

Il se rhabille et prend la porte. Je m’assois sur le lit en me massant le visage. Le


problème n’est pas que je ne veuille pas faire l’amour avec lui. J’en ai grave
envie, d’autant que j’ai la jachère. Ce qui cloche c’est que mon corps s’est
habitué au corps de Khalil. A absolument tout de lui. Depuis notre rupture, je
n’ai pu me donner à un autre. Je ne crois pas que je puisse tourner la page
Khalil. Il est ancré en moi malgré moi.

J’ai pris une décision cette nuit. Je ne veux pas tomber enceinte du premier
venu, d’un homme qui risque de me pourrir la vie, voire même de me filer une
maladie. Je ne crois pas non plus avoir assez de temps pour rencontrer un
homme, apprendre à le connaitre, l’aimer et envisager un avenir avec lui. Je ne
crois même pas que je puisse aimer alors que dans mon cœur il n’y a que de la
place pour un seul. Je retourne donc à l’hôpital m’entretenir avec le Docteur. Il
pourra mieux me conseiller et me conduire. L’assistante du Docteur me prévient
qu’il est occupé avec un patient. Je patiente donc dans le hall. Le temps d’attente
me permet de mieux réfléchir à ma décision. A défaut d’avoir un homme avec
qui avoir un enfant, je peux très bien avoir un enfant sans avoir d’homme dans
ma vie.

L’apparition de deux silhouettes devant le bureau du Docteur me fait tourner la


tête. Mais quelle n’est pas ma surprise lorsque je reconnais l’homme qui discute
avec le Docteur Tom. Khalil. Mon cœur part dans un sprint inimaginable. Mon
Dieu, comme ça m’a manqué de le voir en vrai. Je ne le voyais que sur les
réseaux sociaux. Mais là, il est devant moi. Il empoigne la main de Docteur et
part dans une autre direction. L’assistante me fait signe de rentrer. Je marche
lentement vers le bureau rien que pour voir Khalil s’en aller. Même de dos il est
à tomber. Les têtes de ces femmes blanches se tournent sur son passage. Quand
je pense qu’il aurait pu être à moi et que je l’ai chassé de ma vie par mes
mauvaises décisions. Qu’elle conne ! Si seulement j’avais la possibilité de tout
recommencer. Si seulement j’avais gardé ce bébé, j’aurai eu une part de lui dans
ma vie. A quoi aurait ressemblé notre bébé si je l’avais gardé ? Je suis sûre qu’il
aurait pris sa beauté à lui. En tout cas ça aurait été préférable. L’idée d’avoir un
bout de Khalil dans ma vie fait battre mon cœur deux fois d’amour. Un mini
Khalil. Ça ne serait pas mal. Mais ça ne sera plus possible. J’ai tout fichu en
l’air. A moins que…

Doc : Alors Madame que puis-je faire pour vous ?

Moi : Euh, je vous ai vu sortir avec Khalil.

Doc : M. Khalil KEITA ? Vous le connaissez ?

Moi : Oui. C’est un vieil ami. Il a un problème de santé ?

Doc : Non pas vraiment. Disons qu’il vient de temps en temps faire son bilan de
santé. Il est très à cheval sur sa santé.

Moi (souriant) : Oui, c’est tout lui ça.

Je me mords la lèvre quant à ce que je m’apprête à demander.

Moi : Vous vous rappelez que vous me devez un service après que j’ai sauvé
votre hôpital de la fermeture et cela gratuitement ?

Doc : Euh oui. Que voulez-vous ?

Moi : Le sperme de Khalil.

Doc (butant) : Pardon ?

Moi : Je veux le sperme de M. Khalil KEITA. Si vous voulez je peux vous faire
un montant.
Doc : Madame, ce que vous me demandez va contre mon étique. Je ne le peux
pas.

Moi : Dois-je vous rappeler que si cet hôpital est encore ouvert c’est grâce à
moi ?

Je soupire.

Moi : Ecoutez, je ne veux pas jouer à la garce. J’ai besoin que vous m’aidiez. Je
vous promets que vous ne serez jamais impliqué dans une affaire. Je suis
Avocate et je sais gérer les situations complexes. J’étais justement venue ce
matin demander votre aide concernant mon problème de santé. Là je tombe sur
Khalil et je me dis que c’est peut-être une chance que la vie me donne.

Doc : Avant tout, puis-je savoir ce que vous voulez faire avec ce sperme ?

Je le regarde droit dans les yeux sans lui répondre. Après un moment, son visage
se décompose, je crois qu’il a compris.

Docteur : vous n’êtes pas sérieuse ?

Moi : Je suis plus que sérieuse.


Episode 3

ASHLEY

Stéphane : Tu n’es qu’une femme stupide, idiote, irréfléchie. Tu n’as


absolument rien dans ta cervelle, raison pour laquelle tu demeurerais une simple
secrétaire si je ne t’y avais pas enlevé. Tu es dégueulasse comme femme. En
plus d’être sale et répugnante, tu es nulle au lit. En dehors de moi, aucun homme
n’aurait eu envie de t’épouser tant tu es une sous femme.

J’écoute les insultes de mon cher mari à mon encontre sans pouvoir broncher. La
seule chose que j’arrive à faire, c’est de pleurer en silence. Si je réponds, mes
bagages se retrouveront dehors pour une énième fois et mes parents me
gronderont au profil de Stéphane qu’ils adulent. Je ne sais pas ce qu’il leur a
promis mais malgré mes pleurs et mes plaintes chez mes parents, ceux-ci
exigent à chaque fois que je demande pardon à mon mari même si je n’ai
absolument rien fait. Je ne veux pourtant plus rester dans ce concubinage. Oui
nous sommes en concubinage car monsieur ne m’a pas encore épousé. Il m’a
juste doté il y a deux ans. Quand je lui parle de mariage, il me dit que je suis
déjà mariée, pourtant il s’est très bien que la dot ce n’est pas le mariage. C’est
juste une officialisation devant nos familles. Aux yeux de la loi je suis toujours
une demoiselle, donc célibataire. C’est aussi ce même discours de je suis déjà
mariée que me servent mes parents. Je n’en peux plus de ce foyer. Je suis
fatiguée. Je veux tout quitter, tout abandonner mais c’est sans compter sur
l’accord de mes parents. Il y a aussi le fait que je dépends entièrement de
Stéphane financièrement. J’ai arrêté de travailler à sa demande et là maintenant
je ne suis qu’une femme de maison. Stéphane est méchant comme homme. Il ne
manque jamais une occasion de me rabaisser si bien que j’ai perdu toute estime
de ma personne. Je me sens comme une moins que rien.

Stéphane : Je commence à en avoir marre de ton insolence. Si tu es encore dans


cette maison c’est par respect pour ma mère et pour tes parents. Tu devrais
même t’estimer heureuse qu’un homme comme moi puisse mettre une femme
comme toi dans sa maison. Je te donne de la valeur donc tu devrais rester
tranquille.

Il sort de la maison et claque la porte. Toutes ces paroles, juste parce que je lui
ai demandé pourquoi est-ce qu’il ne voulait pas que nous ayons un enfant alors
que nous vivons ensemble. Je lui ai posé cette question parce qu’il m’a fait
enlever pour la deuxième fois une grossesse, et ce sans me donner de raison
valable. Juste “enlève cette grossesse, ce n’est pas le moment’’. Je veux pourtant
un enfant. Seul un enfant peut me donner la force de tenir dans ce ménage
puisque je ne peux en sortir. Je ne sais pas à quoi je sers dans cette maison.
Enfin, je dirai en dehors d’être une ménagère. Au lit, je sers juste de vide
couille. Nous n’avons pas vraiment de partage. Il m’ordonne juste des positions
et il fait ce qu’il a à faire sans se soucier de mon plaisir. Plaisir que je ne prends
d’ailleurs pas. Au fait, il s’en fiche complètement de moi. Mes parents le savent
mais pour eux, tant que je suis dans un foyer ça va. Les premiers mois ont
pourtant été beaux. Stéphane était un homme bon même si dans nos disputes il
avait tendance à être cru. Mais maintenant, il ne fait même plus d’effort pour
être un bon mari.

Financièrement il me comble de tout. Je ne manque de rien. Il est bien placé et il


voyage même beaucoup. Nous vivons même dans un duplex. Mais moi le
matériel ne m’a jamais vraiment intéressé. Moi j’ai toujours voulu d’un homme
qui m’aimerait et me traiterait comme une reine même avec des faibles moyens.
J’en viens à me dire que je n’aurais pas dû accepter le choix de mes parents. Me
voilà aujourd’hui réduite à quémander l’amour et l’attention d’un homme.

Je me nettoie le visage et me rends à la cuisine où je commence à préparer le


diner. Il est encore tôt mais je préfère le faire maintenant pour vite me mettre au
lit. Je n’ai pas envie d’entendre Stéphane m’insulter de nouveau. Je pense à ce
qu’aurait été ma vie si j’avais suivi mon cœur. Aurais-je été heureuse malgré le
refus de mes parents ? Allais-je subir les malédictions qu’ils auraient proférées
sur ma vie si j’avais choisi Adé ? Ce n’est pas le moment de penser à tout ça.
J’ai déjà choisi alors je dois assumer. Si j’avais su quel genre d’homme
Stéphane serait, jamais je n’aurais accepté de m’unir à lui. Aujourd’hui je ne
sais même pas si je voudrais aller à la mairie et à l’église avec lui pour
officialiser notre union. Je le voulais au début mais avec tout ce que j’ai vécu
jusqu’à ce jour, je ne sais pas.
Je m’interromps dans la cuisine quand mon portable se met à sonner depuis le
salon. Je cours le récupérer. C’est ma mère. Je suis sûre que Stéphane s’est
plaint chez elle. Il le fait à chaque dispute.

Moi : Bonsoir maman.

« Maman : Ton mari m’a appelé tout énervé. Tu as encore fait quoi ? »

Je soupire.

Moi : Rien maman. Je lui ai juste parlé du fait qu’il ne veuille pas d’enfant.

« Maman : Ekiéé, pourquoi tu es têtue comme ça ? Le monsieur il n’est pas


encore prêt mais tu lui poses quand même la question. »

Moi : Dans ce cas qu’il se protège. Je ne vais pas passer mon temps à avorter
parce que monsieur n’est pas prêt à avoir un enfant.

« Maman : Tu vois, c’est ta bouche-là qui fait qu’il se fâche à chaque fois. Tu es
une femme et c’est à toi de pousser ton mari doucement doucement à vouloir
avoir un enfant. Tu penses que c’est en lui faisant des histoires que tu vas y
arriver. »

Moi : Attends, je dois le supplier pour qu’il ait une descendance ? S’il n’en veut
pas ok. Mais qu’il me libère pour que j’aille faire ma vie ailleurs.

« Maman : Imbécile. Tu es mariée et tu parles de la sorte. S’il t’entend il va


mettre tes bagages dehors. Ton père et moi faisons tout pour te maintenir dans
ce mariage et toi tu fais la bouche. A ton âge-là, quel homme voudra de toi ? En
plus tu ne travailles pas. Tu penses que les hommes aiment les fainéantes. »
Moi (choquée) : Je travaillais maman. J’avais un salaire et c’est vous qui m’avez
demandé d’arrêter pour être une femme au foyer.

« Maman : Tu parles de quel bon salaire même ? Salaire où tu ne pouvais même


pas nous donner de bonnes sommes là c’est de ça tu parles. Aujourd’hui tu es
bien posée et ton mari prend bien soin de nous à ta place. C’est ça tu veux
quitter. Tu veux aussi mettre la honte sur nous ? Je te dis en même temps, si tu
laisses Stéphane, je ne veux pas voir tes pieds chez nous. On n’a pas l’argent
pour s’occuper d’une vieille fille. Maintenant écoute-moi, si ton mari rentre, vas
lui demander pardon à genoux. Si demain je l’appelle et puis il est toujours
fâché, tu vas me sentir. »

Elle me raccroche au nez. Je souffle. Toujours le même scénario. M’excuser


quand bien même je n’ai rien fait et faire en sorte de rester dans ce foyer pour
éviter la honte à mes parents. Je retourne à ma cuisine. Quand je finis, je vais
prendre une douche. Quand je ressors de douche, Stéphane est là. Il se
déshabille. Il a l’air toujours fâché.

Moi : On peut parler ?

Stéphane : Non !

Moi : Chéri s’il te plaît.

Il se dirige vers la salle de bain. Je le retiens.

Moi : Je te demande pardon. Je n’aborderai plus ce sujet.

Stéphane : Pourquoi tiens-tu tout le temps à me mettre sur les nerfs ?


Moi : Je te demande pardon. Je te promets d’être sage dorénavant. Ne me boude
plus s’il te plaît.

Je me hisse sur la pointe de mes pieds et pose un baiser sur ses lèvres. Le fait
qu’il ne me repousse pas me rassure. Je l’embrasse véritablement cette fois-ci.
Nous nous retrouvons la minute qui suit sur le lit à faire l’amour. Je fais mine de
prendre du plaisir bien que ça ne soit pas le cas. Je pars à la fin me nettoyer et
dresser la table le temps qu’il se douche. Nous nous mettons ensuite à table.

Stéphane : Nous aurons de la visite dans deux jours.

Moi : Qui c’est ?

Stéphane : Ma femme.

La nourriture me passe par le nez. Il a dit quoi ?

Moi : Ta quoi ?

Stéphane : Ma femme. Quoi tu ne sais pas que je suis marié à une femme
blanche ? Une Française ? Tes parents le savent déjà.

Moi : Attends tu es sérieux ?

Stéphane : Oui. Comment crois-tu que j’ai eu mes papiers Français ? Et puis
bref, elle vient passer une à deux semaines ici. Elle sait déjà qui tu es et elle n’a
aucun problème avec, alors tu vas aussi faire de même.

Moi (haussant le ton) : Non mais un instant. Tu me demandes d’accepter que


l’homme avec qui je suis fiancée soit marié avec une autre ? Je suis en quelque
sorte ta maitresse puisque tu es marié légalement avec elle. C’est donc pour cela
que tu refuses de me mettre la bague au doigt ?

Stéphane : Ne me hurle surtout pas dessus. Qu’est-ce que tu veux à la fin ? Tes
parents ont dit qu’ils désirent que leur fille soit mise dans un foyer, c’est ce que
j’ai fait. Tu es dans cette maison, tu ne manques de rien, que veux-tu encore ?

Moi : Tu es donc avec moi par pitié ? On t’a dit qu’aucun homme ne me faisait
la cours avant toi ?

Stéphane : Ce n’est pas ma faute si tes parents t’ont fait passer pour une
désespérée qui n’a aucun homme qui veuille l’épouser. Je ne leur ai jamais
caché que j’étais déjà marié. Ma mère aussi souhaitait ce mariage, je lui ai donc
obéi pour lui faire plaisir parce que je l’aime. Mais en même temps ce n’étais
pas si mal que j’ai une femme aussi dans mon pays. Maintenant tu organises tout
pour recevoir ma femme. Comment crois-tu que j’ai gagné mon argent ? Tu n’as
pas intérêt à faire ta garce.

Il se lève bruyamment de table et disparait vers la chambre. Non je n’y crois pas.
Il est marié ? Le plus choquant c’est que mes parents le savent et m’ont quand
même poussé dans ses bras. Il ne porte pas d’alliance, et toutes les fois où je l’ai
surpris discutant tard dans la nuit, j’ai toujours pensé que c’était juste des petites
copines. Je sais qu’il n’est pas fidèle et je ne m’y attardais pas pour éviter de me
donner des maux de tête inutiles. Mais de là à ce qu’il soit marié, j’en tombe des
nues.

Je n’ai pas dormi toute la nuit. Cette affaire de mariage me fatigue l’esprit. J’ai
donc décidé de venir avoir des réponses auprès de ma mère. Je ne peux pas
croire qu’ils m’aient demandé de me mettre avec lui en sachant qu’il est déjà
casé. Je tapote du pied en attendant qu’elle me rejoigne au salon.

Maman (arrivant) : Bonjour ma fille. Tu es matinale.


Moi : Bonjour maman. J’ai des choses à te demander.

Maman (s’asseyant) : Quoi ?

Moi : Stéphane m’a dit qu’il est marié à une Française et que vous le saviez. Est-
ce vrai ?

Maman : Donc c’est pour ça tu es venue ce matin ? J’ai cru qu’il y avait quelque
chose de grave.

Moi : Parce que ça ce n’est pas grave ? Maman, j’occupe donc la place de
maitresse.

Maman : Quelle maitresse ? Tu es la femme de Stéphane. L’autre elle est


seulement en France et puis c’est juste pour les papiers qu’il l’a épousé.

Moi : Donc vous m’avez demandé de quitter Adé pour que je devienne la
“deuxième femme’’ d’un homme ?

Maman : Tu devrais nous remercier de t’avoir sauvé la vie. Si tu étais restée


avec le sorcier là tu serais morte aujourd’hui. Laisse-moi maintenant te parler de
chose sérieuse. Je suis allée voir un charlatan hier. Même si avec la blanche c’est
juste pour les papiers, on ne sait jamais, tu dois sécuriser ton mariage. Je t’ai
donc rapporté des poudres que tu dois mettre dans la nourriture de ton mari et
aussi dans ton sexe, comme ça il ne va jamais te laisser pour une autre. Il faut
bien le serrer. Il faut qu’avant la fin de cette année il t’envoie aussi à la mairie.
Je veux aussi des petits enfants.

Moi (choquée) : Donc toi tout ce qui t’intéresse, c’est que je sois juste dans la
maison d’un homme ? Que je sois heureuse tu t’en fiches.
Maman : Tu me parles comment même ? Tu ne sais pas que dans la vie on crée
soi-même son bonheur ? Tu penses qu’avec ton père c’était rose. S’il est encore
avec moi aujourd’hui c’est parce que je l’ai bien serré avec les poudres. Les
poudres ont sécurisé mon mariage donc si je t’en donne c’est pour ton bien. Ce
sera de cette façon que tu seras heureuse. Tu n’as pas intérêt à sortir de ce
mariage sinon tu vas finir vielle fille célibataire.

Moi : Je n’aurai pas eu besoin de tout ça si j’étais restée avec Adé.

Je reçois aussitôt une gifle.

Maman : Tu penses que je suis ta camarade pour que tu me contredises ? Tu


penses connaitre la vie que moi ? Petite impolie. Si tu me parles encore de ton
Adé tu vas voir de quel bois je me chauffe. Mtchrrr.

Elle pose les poudres sur la table basse et me laisse seule en continuant à
bavarder. Je sors à mon tour sans toucher aux poudres. Je n’ai jamais fait ce
genre de chose, je ne vais donc pas commencer aujourd’hui.

*Mona
*LYS

Je suis devenue la servante dans ma propre maison. Ça fait trois jours que cette
Française est là et je suis reléguée au rang de servante. Je n’ai pas le droit de
manger à table avec eux mais je viens débarrasser quand ils finissent. J’ai même
déménagé de la chambre pour céder ma place à la blanche. Je les entends chaque
nuit faire l’amour. Principalement la blanche, elle ne fait que hurler. Mon cœur
me fait mal à en mourir. Ce n’est pas de cette vie-là que j’ai rêvé. Quand je me
retrouve seule, je ne fais que pleurer. Je regrette tant d’avoir choisi Stéphane au
détriment d’Adé. Si j’avais la possibilité de revenir en arrière, je le choisirais
sans hésiter. Quand je pense que j’ai quitté mon amour pour le choix de mes
parents, j’ai envie de me mettre une balle dans la tête.
Je soupire quand j’entends ma “rivale’’ Patricia m’appeler depuis le salon. Je
sors de la chambre et la retrouve avec ma belle-mère qui est une véritable
lécheuse de botte. Elle ne fait que défiler ici depuis que cette femme est là. Je
me demande bien si les deux n’ont pas le même âge. En tout cas ma belle-mère
ne doit pas être bien loin de la soixantaine ou disons soixante-dix. Bon, son
comportement envers moi ne me surprend pas. Elle m’a toujours regardé de
haut. Je me demande bien pourquoi elle a voulu que son fils me prenne comme
femme.

Moi : Oui !

Patricia : Donne-moi la commande de la télé.

Je la regarde, surprise. Elle est sérieuse ? Elle m’a fait sortir de la chambre pour
que je lui donne la télécommande qui est juste posée devant elle sur la table ? Je
regarde ma belle-mère qui attend aussi que je m’exécute. Alors là non. J’ai déjà
trop accepté comme ça.

Moi : Excuse-moi mais tu peux la prendre toute seule la télécommande.

Patricia : Pardon ?

Moi : J’ai dit de prendre toi-même la commande. Elle est juste posée devant toi.

Patricia : Stéphane a dit que tu étais à mon service.

Moi : Bah non je ne le suis pas.

Belle-mère : Hé Ashley, comment tu parles à la femme de ton mari là ? Elle est


l’étrangère dans cette maison donc ton rôle c’est de faire tout ce qu’elle veut.
Moi : Je ne suis pas sa boniche.

Patricia (se levant) : Bah si tu l’es. Tu es ma domestique. Je te laisse être la


deuxième épouse de mon mari donc étant la première je t’ordonne de te
soumettre à moi. Sale négresse.

Je bute. Elle a dit quoi ? Toute cette rage que j’ai gardée en moi me remonte au
nez. Je lève la main et l’abat sur sa joue. Ma belle-mère hurle comme si j’avais
déclenché l’Hiroshima. La blanche quant à elle est devenue toute rouge. Elle
n’arrive même plus à bouger. Elle se contente juste de me regarder avec les yeux
à deux doigts de sortir de leurs orbites.

Patricia : Tu m’as giflé ?

Moi : Oui. Personne ne me traite comme une sous femme.

« Qu’est-ce qui se passe ici ? »

Toutes, nous nous tournons vers Stéphane qui fait son entrée dans la maison
avec des courses en mains. Patricia court se jeter dans ses bras.

Patricia : Mon amour, elle a osé lever la main sur moi.

Stéphane : Quoi ? Ashley c’est vrai ?

Moi : Elle m’a manqué de respect.

Stéphane : Et c’est une raison pour lui porter main ?

Moi : Mais…
Je reçois une gifle violente. Mon oreille se met à siffler.

Moi : Tu m’as…

Stéphane : Oui. Tu veux me rendre ma gifle ? Cette fois tu as dépassé les bornes.
Je n’en peux vraiment plus. Tu dégages de ma maison.

Je ne me suis toujours pas remise de sa gifle. C’est bien la première fois qu’il
lève la main sur moi. Il disparait du salon pour revenir une bonne quinzaine de
minutes plus tard. Il me jette ma valise et un autre sac aux pieds.

Stéphane : Tu dégages maintenant de chez moi.

Moi (la voix tremblante) : Il est 21h. Où veux-tu que j’aille à cette heure ?

Stéphane : Bah chez tes parents. Tu n’es pas orpheline que je sache.

Je les regarde les trois à tour de rôle en laissant couler sur mes joues mes larmes.
Je n’ai pas envie de le supplier comme d’habitude. Peut-être que ça c’est ma
porte de sortie. Je range bien mes vêtements sous leurs regards. Je retourne dans
la chambre tout ramasser sans rien laisser. Il veut que je parte de chez lui ? Bien.
J’irai et je ne reviendrai plus. Je sors de la maison plus déterminée que jamais
même si je ne peux m’empêcher de pleurer. Je pleure parce que j’ai mal d’avoir
perdu deux années de ma vie dans cette relation sordide. Je ne sais pas encore ce
que je vais faire, mais partir loin d’ici c’est mon premier but. Je m’engouffre
dans le taxi lorsque mon portable se met à sonner dans ma bandoulière. Je donne
l’adresse de chez mes parents au chauffeur avant de décrocher à l’appel de ma
mère. Je soupire.

Moi : Al…
« Maman : Qu’est-ce que tu as encore fait ? Ta belle-mère vient de me prévenir
que tu as quitté la maison. »

Moi : C’est Stéphane qui m’a mise à la porte.

« Maman : Et qu’as-tu fait ? Ashley pourquoi tu tiens tant à gâcher ta vie ?


Maintenant que tu as été mise à la porte, où comptes-tu aller ? »

Moi : Je suis déjà en route pour la maison.

« Maman : Quelle maison ? Je ne veux pas voir tes pieds ici. C’est moi qui t’ai
envoyé faire des bêtises. Apprends à être une femme responsable. Retourne
chez ton mari. »

Elle me raccroche au nez. Je sais déjà que ça ne sert à rien que j’y aille. Elle me
répètera tout ce qu’elle m’a dit et me fermera la porte au nez. Je demande au
chauffeur de garer. Je règle la course et je descends avec mes bagages. Je
m’assois en plein milieu de nulle part. Je me sens désemparée. Je me sens
tellement idiote. Idiote d’avoir fait le mauvais choix, idiote d’avoir été idiote,
idiote d’avoir laissé filer l’amour de ma vie. J’éclate en sanglot. Je sens des
gouttes de pluies tomber petit à petit sur moi. Je n’ai pas la force de chercher à
m’abriter. Je n’ai même plus la force de bouger. Il commence à pleuvoir et moi
je ne fais que pleurer. J’ai l’impression d’avoir gâché ma vie. J’ai tout sacrifié
pour un homme qui a fini par me jeter à la rue, et mes parents qui m’ont
conseillé cet homme refusent de m’aider.

Moi (priant) : Seigneur, j’ai juste besoin d’une toute petite chance pour
reprendre ma vie en main. Je promets de faire dorénavant de bons choix.

Je souffle. Là il ne me reste qu’un seul espoir. Ma grande sœur Safi. Nos


rapports ne sont plus trop au beau fixe depuis ma dot. Elle ne m’a jamais caché
son mécontentement surtout qu’Adé est un très bon ami à elle. Elle n’est même
jamais venue me voir chez Stéphane. Il n’y a qu’au téléphone qu’elle prend de
mes nouvelles. Elle ne tarde pas à décrocher mon appel.

« Safi : Bonsoir Ash. Je n’ai pas trop le temps de parler. Je suis dans le jet de
mon boss. Nous n’allons pas tarder à décoller. »

Moi : Stéphane m’a mis hors de chez lui avec toutes mes affaires.

« Safi : Quoi ? »

Moi : Maman refuse que j’aille à la maison.

« Safi : Ça ne me surprend pas d’elle. Bon comme j’ai dit je n’ai pas trop le
temps. Cèd est aussi avec moi. M. YOUL a demandé ses services. Il n’y a donc
personne à la maison. Laisse-moi passer un coup de file rapide et je te
rappelle. »

Elle raccroche sans perdre de temps. Cinq minutes plus tard elle rappelle.

« Safi : Ok mon boss m’a donné la permission de t’envoyer l’un de ses gardes
qui te conduira chez un ami à moi qui est aussi d’accord pour t’héberger le
temps que je revienne de voyage dans une semaine. Je vais t’envoyer maintenant
de l’argent sur ton mobile money. Prends soin de toi. Je t’aime. »

Moi : Merci pour tout. Je t’aime aussi.

Je souffle de soulagement. Je cherche maintenant un endroit où m’abriter bien


que je sois déjà bien trempée.

Je pénètre dans une splendide villa. C’est une jeune fille qui me reçoit. Elle se
présente comme étant la servante. Elle me prévient aussi que son patron est
encore au travail mais qu’il avait appelé pour donner des instructions me
concernant. Je m’installe dans ce qui sera ma chambre durant mon séjour ici et
la première chose que je fais c’est de prendre une douche. Je trie ensuite dans
mes affaires tout ce qui est mouillé et les mets dans la douche. La servante me
prévient que mon diner est servi sur la table à manger. Elle me dit encore plein
de trucs que je devrais savoir avant de me dire au revoir. Apparemment elle ne
dort pas ici. Je jette un coup d’œil à mon portable voir si Stéphane m’a appelé
mais rien. Personne ne m’a même appelé. Je laisse un message WhatsApp à ma
sœur l’informant que je suis bien arrivée chez son ami. Elle m’a envoyé 50 000
FCFA sur mon compte mobile money. Ça me fait tout bizarre d’être seule dans
la maison d’un inconnu. Je ne sais pas trop comment m’y prendre. Cependant je
crève la dalle.

Je vais donc me mettre à table. Je dine en pensant à tout ce par quoi je suis
passée ces dernières années. J’ai trop encaissé. Je ne pense plus avoir la force
d’encaisser d’avantage de coup. Je préfère demeurer vielle fille célibataire que
de retourner près de Stéphane. Je ne l’aime même pas en plus de tout ça. J’ai
pourtant tout essayé pour l’aimer mais rien. J’ai juste été une bonne femme pour
faire plaisir à mes parents. Rien de plus. Mon cœur il est resté avec Adé. Je me
demande bien ce qu’il devient. J’ai arrêté de prendre de ses nouvelles auprès de
ma sœur pour m’éviter des chagrins. Nous ne nous sommes plus croisés ces
deux années. A-t-il refait sa vie avec une autre ? J’ai un petit pincement à l’idée
qu’il appartienne à une autre. Mais en même temps c’est moi qui l’ai jeté.

Je débarrasse la table, je fais ensuite la vaisselle dans la cuisine. Cette cuisine est
très bien équipée. Je l’adore au premier coup d’œil. Je me sers un verre d’eau
que je bois d’une seule traite.

« Bonsoir. »

Quand j’entends cette voix je sursaute et quand je me retourne en face de


l’homme, je lâche le verre qui se brise en mille morceaux au sol.

Moi : Oh mon Dieu ! Je suis désolée. Je vais nettoyer.


Adé : Non laisse je vais le faire.

Il attrape un balai à manche près de lui plus une pelle. En deux trois
mouvements il nettoie tout.

Moi : Je suis vraiment désolée.

Adé : Ce n’était qu’un verre.

Je me sens toute honteuse devant lui. Qu’est-ce qu’il fait ici ?

Adé : La servante t’a bien installée ?

Moi : Euh oui. C’est… c’est chez toi ?

Adé : Oui ! Je n’ai pu dire non à Safi quand elle m’a demandé ce service.

Moi : Je vois. Je suis désolée de te déranger.

Adé : Tu ne me déranges pas. Après l’amour ce n’est pas la guerre, comme on le


dit.

Moi : Merci. Ne t’inquiète pas, je ne vais pas tarder ici.

Adé : Tu peux rester autant que tu veux. Je vais me mettre au lit. J’ai une autre
journée chargée demain.

Moi : Ok. Bonne nuit.


Adé : Bonne nuit.

Il reste encore quelques secondes à me fixer. J’ai envie que la terre s’ouvre et
m’engloutisse. Il sort de la cuisine et je peux enfin respirer normalement. C’est
quel tour que cette vie me fait ? Je me retrouve chez l’homme que j’ai rejeté
parce que l’homme pour qui je l’ai rejeté m’a mise à la porte. C’est la plus
grande honte de ma vie.
Episode 4

ZOE

Allongée au sol de la salle de bain, je pleure toutes les larmes de mon corps.
Comme je regrette, comme je voudrais revenir en arrière. Si Lucas m’avait dit
qu’il ferait de moi un objet sexuel après notre mariage, jamais je ne l’aurais
suivi. Je voulais être une femme au foyer. Pas une poupée sexuelle. Je n’en peux
plus de vivre tout ça. J’en ai marre de tout le temps essuyer le sperme de ces
hommes sur tout mon corps. Pourquoi n’ai-je pas refusé dès le début ? Pourquoi
n’ai-je pas pris la fuite quand j’ai vu les premiers signes ?

***FLASH-BACK***

Je regarde les deux hommes faire l’amour et j’ai la nausée. Qu’est-ce qui m’a
pris d’accepter une telle chose ? Tantôt ils m’incitent à les rejoindre, tantôt ils se
passent de moi. C’est dégueulasse. Si j’avais su que mon mari était bisexuel,
jamais je ne me serais mariée avec lui. Si j’avais su qu’il était sadomasochiste
jamais, je ne me serais mariée avec lui. Si j’avais su qu’il était adepte de
partouze, jamais je ne me serais mariée avec lui. Tous ces vices en un seul
homme. J’ai cru qu’il aimait juste le sexe avec moi, mais non, après un an de
mariage, j’apprends qu’il aime le sexe groupé. Tout allait pourtant si bien, notre
mariage était beau, parfait, jusqu’à ce qu’il me révèle un soir l’un de ses
fantasme. Que je couche avec un autre homme devant lui. J’ai catégoriquement
refusé mais ça a créé une distance entre nous. Il ne me parlait plus, passait plus
de temps dehors qu’à la maison. J’ai fini par céder. J’ai été surprise de voir mon
mari complètement heureux de me voir, moi sa femme, me faire prendre par un
autre. Mais comme on le dit, que ne ferait-on pas par amour ? Après cette nuit,
Lucas ne m’a plus rien demandé. Plus rien jusqu’à il y a deux jours où il m’a
réitéré sa demande. Mais cette fois en me signifiant qu’il serait de la partie. J’ai
refusé et ça l’a mis en colère. Il m’a de nouveau boudé et j’ai cédé. Voici
comment je découvre aujourd’hui que mon mari avait l’habitude de se faire
prendre par derrière. Le pire, c’est qu’il filme.

Seigneur dans quoi je me suis mise ?

Ils finissent enfin et je peux aller me doucher. Quand je reviens dans la chambre,
l’autre est déjà parti. Mon mari me regarde tout heureux.

Lucas : Tu étais parfaite ma poulette. Il t’a adoré. Il dit que de toutes les femmes
qu’il a connu, tu es la meilleure. Il promet de revenir.

Moi : Quoi ? Ça va continuer ?

Lucas : Bah oui. Je croyais que tu étais d’accord.

Moi : Pour une seule fois, pas pour toujours.

Lucas : Tu vas donc me priver de mes fantasmes alors que moi je te lèche à tout
bout de champ parce que tu adores ça.

Moi : Tu peux arrêter si tu veux. Je peux très bien m’en passer.

Lucas : Eh beh ce n’est pas mon cas. J’adore te voir coucher avec d’autres
hommes et ça continuera. Fin de la discussion. Sers-nous le diner.

Pendant que nous sommes à table, je réfléchis à comment le faire renoncer à son
“fantasme’’. Je refuse de coucher avec d’autres hommes. Je ne suis pas une pute
bien que j’en avais l’air. Je me suis mariée parce que je voulais appartenir à un
seul homme. Sinon je serais en train de faire le trottoir. Je n’y avais jamais pensé
en deux années, mais ce soir je me demande si j’ai vraiment fait le bon choix. Il
est vrai que j’ai eu à regretter d’avoir abandonné ma fille et Laurence dont
j’étais sûre d’être amoureuse, mais ma vie ici en France m’avait fait tout oublier.
J’avais tout ce dont je rêvais. Alors je m’étais dit, ça en valait la peine que je
prenne cette décision. La seule chose que je n’ai pas encore c’est un enfant.
Lucas voulait qu’on attende un peu avant de s’y mettre. Nous serons bientôt à
deux ans de mariage, je crois que maintenant c’est bon.

Moi : Chéri, et si on songeait maintenant à avoir un enfant ?

Lucas : J’ai dit qu’on devrait encore attendre.

Moi : Nous sommes mariés depuis plus d’un an.

Lucas : C’est encore tôt. Excuse-moi je dois sortir.

Il se lève de table et sort de la maison. Je ne peux m’empêcher de penser qu’il va


encore se faire sauter dehors. Ça ne vaut pas la peine que je l’attende. Il rentrera
très tard. J’ai l’impression qu’il fait des choses louches en plus de son travail. Il
me parlait de son entreprise avant notre mariage, mais lorsque je suis arrivée ici,
j’ai constaté qu’il n’avait aucune entreprise. Il travaillait pour un autre. Il m’a
raconté une histoire comme quoi son entreprise a rencontré des problèmes, ce
qui l’a obligé à la vendre au plus offrant. J’avais l’impression qu’il me mentait
mais puisque financièrement il me comblait, j’ai zappé. Il m’a dit qu’il fait
d’autres affaires en dehors de son travail de manager. Ce sont ces affaires que je
voudrais découvrir. Il sort presque tout le temps la nuit et ne rentre qu’à l’aurore.
Il s’enferme aussi dans son bureau quand un numéro spécial l’appelle. Il y a
écrit sur le numéro « Le Club ». Un jour je lui ai demandé, il m’a dit que c’était
un club de poker où ses amis et lui se rencontraient pour jouer. Je n’ai rien dit
mais au fond de moi je ne fais que douter. J’espère juste qu’il ne fait rien qui
pourrait nous envoyer en prison.

Depuis ce matin Lucas est tout joyeux. Il n’a fait que siffloter. Je le retrouve
dans la chambre se mettant sur son 31.
Moi : Tu sors ?

Il me regarde bizarrement.

Lucas : Pourquoi n’es-tu pas prête ? Je t’avais demandé de te faire belle.

Moi : J’ai cru à une plaisanterie. Où part-on ?

Lucas : Tu voulais savoir ce que je fais quand je sors les nuits ? Je vais te le
montrer. Il est temps que tu découvres mon monde.

Je souris de bonheur. Enfin il se décide à m’impliquer dans ses affaires. Je me


prépare et très vite nous arrivons dans un lieu privé. L’extérieur a l’air anodin
mas quand nous y entrons, je reste la bouche scotchée. L’endroit est super
luxueux. Il y a effectivement des jeux de poker et d’autres du même genre. Les
hommes et les femmes sont super bien fringués. Je me sens même toute petite
devant eux. Lucas me présente à un groupe de cinq hommes qui sont aussi
accompagnés de femmes noires, des Africaines comme moi. Elles sont aussi
minces et élancées. Ils ont tous le même goût pour les femmes à ce que je vois.
Je reconnais les deux avec qui Lucas a voulu que je couche. J’évite de les
regarder. Je me plonge très vite dans la conversation. Je surprends de temps en
temps les regards pervers des hommes sur moi. Je sursaute quand l’un me donne
une tape sur les fesses.

Lui : Il parait que tu es plus bonne que ma femme. On verra ça tout à l’heure.

Je veux riposter mais tout le groupe d’homme se dirige vers une porte. Lucas se
rapproche de mon oreille.

Lucas : Viens je vais te montrer quelque chose. Tu dois être docile.

Moi : Pardon ?
Il me tire jusque dans une pièce où sont tous les hommes qui m’ont été présentés
plus tôt. Quand ils me voient ils commencent à se déshabiller.

Moi : Qu’est-ce qui se passe ?

Lucas : Il est temps de faire ton adhésion dans le Club.

Moi : Quoi ? Quel Club ?

Lucas : Les deux hommes avec qui tu as couché ont rendu un bon témoignage
de toi. Tous les autres veulent aussi faire l’expérience.

Moi : Quoi ? Non ! Lucas, je ne veux pas coucher avec eux.

Je veux m’en aller mais il me tire et me jette violemment sur le lit.

Lucas : J’ai dit, sois docile.

Moi : Lucas non ! Je ne suis pas une pute.

Je me relève à peine qu’il me flanque une gifle. Les autres hommes assistent
juste à la scène sans broncher. Voyant que je ne pouvais rien pour éviter ce gang
bang, je me mets à pleurer.

Moi : Lucas ne me fais pas ça. On continuera tes fantasmes à la maison. Mais
pas ça s’il te plaît.
Lucas ne m’écoute pas. Il pompe quelque chose dans mes yeux. Je commence
aussitôt à voir flou. Je me sens droguée. Je n’arrive plus à me débattre. Je
regarde juste les hommes approcher en pleurant silencieusement. Les minutes
d’après, je me retrouve nue et tous les hommes présents, à tour de rôle, me font
l’amour, dans toutes les positions. Quand ils sont tous passés, ils le font
ensemble, aucun de mes trous n’est épargné. Je n’ai plus aucune force pour
riposter. Je les regarde donc me violer.

***FIN DU FLASH-BACK***

Voici comment depuis six mois je suis une poupée sexuelle. Les hommes du
Club de Lucas ont adoré “mes trous’’, selon les dires de Lucas, et ils me
redemandaient à chaque fois. De ce que Lucas m’a expliqué, toutes les femmes
Africaines que j’avais vu ce soir-là étaient consentantes. Elles acceptaient de
coucher avec tous les cinq hommes, sans compter leur mari, et avec Lucas y
compris. Les maris n’ont pas le droit de coucher avec leurs femmes, ils doivent
juste regarder et filmer. En fonction des performances des femmes, chaque
homme versait une somme au mari. Ils adorent les Africaines mais surtout les
minces pour pouvoir les malmener à leur guise. Les femmes fortes étaient pour
eux dures à soulever, parce que oui il arrive que deux hommes nous soulèvent
en nous écartant bien les jambes et que les autres se faisaient plaisir. J’ai dit à
Lucas que je ne voulais pas le faire, alors il me droguait à chaque fois sans que
je ne m’en aperçoive. Un jour je lui ai dit que je voulais rentrer voir ma famille.
Un moyen pour moi de prendre la fuite. Il m’a donc fait une proposition. Que
j’accepte de participer à ce jeu et avec l’argent que je gagnerai j’irai voir ma
famille et revenir. Il m’a même promis acheter des milliers de cadeaux pour eux.
Juste pour ça j’accepte de le faire en étant sobre. Mais quand je suis épuisée, je
me drogue pour ne rien sentir.

Ces hommes sont immondes. Ils refusent d’utiliser des préservatifs. Certaines
éjaculent en moi quand d’autres le font sur moi, d’autres encore dans ma
bouche. Quand j’ai mes menstrues, ils le font uniquement dans mon petit trou. Je
me sens tellement sale. J’ai accepté parce que je croyais que c’était juste un
fantasme mais là ça dépasse les bornes. Quand ce ne sont pas ces hommes qui
m’utilisent à leur guise, c’est Lucas qui m’oblige à participer à ces pratiques
homosexuelles.
J’aurais dû écouter mon cœur et rester avec Laurence et notre fille. Je le voulais
mais j’avais tellement bloqué dans ma tête que je ne veux pas vivre en Afrique
ni même épouser un Africain que je n'ai plus réfléchi. Je donnerais tout pour
retrouver ma vie d’avant. Avec quelques modifications mais quand même ma
vie en Côte d’Ivoire. Je donnerais tout pour retourner auprès de ma petite
maman, de mes frères, de mes meilleures amies, de Laurence et de notre fille.
Aujourd’hui je paye pour mon insolence, mes mauvais choix, mes rêves
démesurés. Le bonheur était à ma porte mais je l’ai rejeté tout ça pour des
principes stupides.

Je me lave plusieurs fois et reviens dans la chambre.

Lucas : Les hommes ont super adoré. Ils ont chacun donné 1000 Euro.

Moi : Je peux donc aller en Côte d’Ivoire ?

Lucas : Tu penses que je suis assez stupide pour te laisser y aller toute seule ?
Nous irons ensemble, mais ce n’est pas pour maintenant. Je sors.

Moi : S’il te plaît ne m’enferme pas.

Il ne m’écoute pas et sors. Il ne ferme pas la chambre mais il fermera sans doute
toutes les portes de sortie. Les fenêtres sont déjà condamnées. Il ne me fait pas
encore assez confiance pour me laisser me déplacer librement. Je n’ai plus de
portable. Il m’a aussi confisqué mon passeport et tous mes papiers. Je ne peux
donc aller nulle part. Je suis condamnée à rester ici.

*Mona
*LYS

Et voilà que je suis enceinte. Je leur avais pourtant signifié ma période de


fertilité mais ces hommes n’ont rien voulu comprendre. Je me retrouve
maintenant enceinte de je ne sais lequel des cinq. Lucas ne me touche plus
depuis que tout ceci a commencé. Il est donc rayé de la liste des potentiels pères.
N’ai-je pas déjà assez souffert ? Pourquoi faut-il que la vie m’inflige ça de
plus ?

Lucas (entrant) : J’ai pris rendez-vous avec le Docteur pour pratiquer


l’avortement.

Moi : Je ne veux pas avorter.

Lucas : Arrête de raconter des âneries. Connais-tu le père de cette chose ? Il y a


cinq hommes qui éjaculent en toi trois fois par semaine, pourras-tu deviner à qui
appartient cette grossesse ? Non ! Donc on va m’enlever ça immédiatement.

Moi : C’est à cause de cette pratique que ton ex-femme t’a quitté et qu’elle
empêche votre fils de te rendre visite ?

Lucas : Il s’agit de ma vie privée. Maintenant sors de ce lit.

Quoi que je fasse, il me fera avorter de force. Je le suis donc jusqu’à cette
clinique. Je suis très vite reçue. Je demande à ce qu’on m’endorme parce que je
ne veux pas vivre ça. Quand je me réveille une heure plus tard, je me remets à
pleurer sur mon sort. J’ai plusieurs fois entendu des histoires de ces jeunes filles
qui ont aussi été victimes d’esclavage sexuelle ici en Europe, mais j’ai toujours
pensé que ça n’arrivait qu’aux autres, que moi jamais je ne vivrai pareille chose.
Je me suis demandée, pourquoi je n’ai pas eu la chance comme celles qui vivent
bien, heureuses avec leur mari blanc ? J’en ai vu certaines ici avec leurs enfants
et leur époux, et elles avaient l’air heureuse. Même en côte d’Ivoire j’en ai vu
qui sont tombées sur des bons. Mais pourquoi ça n’a pas été mon cas ?

Une infirmière, noire, vient revoit ma perfusion. Je ne sais d’ailleurs pas


pourquoi j’en ai. Elle me pose des questions dans un accent Malien très
prononcé. Une idée germe dans ma tête.
Moi : Il est où mon mari ?

Infirmière : Il est rentré. Il a dit qu’il revient dans une demi-heure.

Moi : Je vous en supplie aidez-moi sinon je vais mourir. Je suis tenue en


captivité par mon mari qui fait de moi son esclave sexuelle. Il m’oblige à
coucher avec ses amis pour de l’argent. Il m’a tout pris, passeport, papier, tout.
Je vous en supplie aidez-moi si vous le pouvez. Je veux retourner chez moi en
Côte d’Ivoire.

Infirmière : Eh, moi je ne veux pas avoir de problème.

Moi : Non vous n’en aurai pas. Je ne demande pas de le dénoncer ou quoi que ce
soit. Je veux juste rentrer chez moi.

Je continue de la supplier en pleurant. Je lui raconte brièvement mon histoire.


Son regard devient compatissant.

Infirmière. Ok. Comme tu es ma sœur Africaine je vais t’aider. Mais si ça


chauffe je ne veux pas entendre mon nom dedans.

Moi : Je vous le promets.

Infirmière : D’accord. Laisse-moi tout régler avant qu’on ne sorte d’ici. Je finis
dans trente minutes.

Elle part pour revenir une trentaine de minute plus tard. Elle me donne une
blouse d’infirmière plus une perruque blonde que j’enfile. Elle me demande
d’attendre un moment avant de sortir. Elle me donne aussi un peu d’argent pour
le transport après m’avoir indiqué chez elle. J’attends donc pendant cinq minutes
avant de sortir. Je marche vers la sortie de l’hôpital et je vois Lucas entrer. Je
fais vite demi-tour et fais mine de lire une fiche. Comme par malchance, il reste
derrière moi en communiquant au téléphone. Mon cœur bat à tout rompre. J’ai
tellement peur qu’il me reconnaisse. Il raccroche enfin et continue son chemin.
Je précipite mes pas jusqu’à ce que j’arrive à l’arrêt de bus le plus proche. Après
quelques minutes de route, le bus gare. Je marche encore un peu lorsque je vois
l’infirmière devant un immeuble. Quand elle m’aperçoit, elle rentre sans
m’attendre. Je fais de même et souffle de soulagement quand je la vois monter
les escaliers. Nous nous pressons de rentrer chez elle. Il y a un homme qui
apparemment nous attendait.

L’homme : C’est elle ?

Infirmière : Oui. Les enfants dorment ?

L’homme : Oui.

Elle me donne place et disparait dans la cuisine.

L’homme : Bonsoir, je suis Issouf TOURE. Je suis aussi Ivoirien. Ma femme


m’a expliqué votre situation. Je dois justement me rendre en Côte d’Ivoire dans
deux jours voir ma famille. Vu ton physique, je crois que ça ne poserait pas de
problème que tu utilises le passeport de ma femme. Juste un peu de maquillage,
une perruque et c’est bon.

Moi : Vraiment merci M. TOURE. Dieu vous bénira.

M. TOURE : Entre Ivoirien c’est normal qu’on s’entraide. J’avais une amie qui
est morte dans ce genre de pratique. Si je peux empêcher une autre mort ce serait
bien.

Sa femme vient avec de la nourriture et du jus qu’elle me donne.


Mme TOURE : Hum, quand je dis à mes sœurs Africaines que le bonheur ne se
trouve pas seulement en Europe, on me traite de jalouse. Toutes les femmes ne
sont pas appelées à épouser des occidentaux. C’est lorsqu’elles veulent forcer le
destin que les choses tournent ainsi. Moi aussi j’ai failli tomber dans ça. Je
voulais un blanc à tout prix. Mais je suis tombée sur mon mari actuel. J’ai voulu
lutter avec mes sentiments pour me retrouver avec un blanc mais quand j’ai
appris ce qu’une cousine vivait ici, hum j’ai abandonné mon idée et j’ai suivi
mon cœur. Me voilà aujourd’hui, je suis heureuse avec mon Ivoirien et Dieu
nous a bénit, nous sommes venus vivre ici en France. C’était à cause de ce
même pays que je voulais le laisser mais finalement je suis venue.

Moi : Je regrette tellement mes choix si vous saviez. J’ai même abandonné ma
fille pour Lucas.

Mme TOURE : Et voilà maintenant que tu payes. Le karma est puissant.

M. TOURE : Chérie ça suffit. (A moi) Vous avez encore la possibilité de tout


arranger. Nous faisons tous des erreurs, le plus important c’est de se remettre en
cause et chercher à tout réparer. A votre retour, avouez tout à votre famille et
priez beaucoup pour que Dieu vous aide.

Moi : Je le ferai. Encore merci.

*Mona
*LYS

Quand je passe le cap des contrôles, je pousse un ouf de soulagement. Enfin


chez moi. Je me mets à genoux en pleurant. Je remercie le Seigneur d’avoir fait
en sorte que je rentre dans mon pays saine et sauve après tout ce par quoi je suis
passée. M. TOURE me relève. Je tombe dans ses bras.

Moi (pleurant) : Merci infiniment pour tout Monsieur. Dieu vous bénira.
Moi : Calmez-vous. Ça va. Allons que je vous dépose chez vous rapidement.

Nous nous précipitons vers la sortie. Nous prenons un taxi qui prend la direction
de la maison de ma mère. J’ai tellement hâte que nous arrivions. Lorsqu’enfin le
taxi gare devant la maison, mon cœur se met à battre dans tous les sens. M.
TOURE me tend quelques Euros que je pourrai aller changer en FCFA. Je lui
dis encore des bénédictions avant de descendre. Avec tout le corps tremblant, je
sonne à la porte. Je sonne deux fois de suite. J’entends des pas approcher.

« C’est qui ? »

Entendre la voix de ma mère me fait encore plus pleurer. Comme sa voix m’a
manqué.

Moi (la voix tremblante) : Maman c’est moi. Zoé.

Elle ouvre précipitamment la porte en hurlant de joie. Mais quand elle me voit
pleurer et tomber à ses pieds, elle panique.

Maman : Maman y a quoi ? Où sont tes bagages ?

Moi : J’ai fui maman. Tu avais raison. J’aurais dû t’écouter ooohhhh.

Ma mère ne comprenant rien me laisse cependant pleurer dans ses bras. Je n’ai
pas écouté ma mère et mes frères qui n’étaient pas vraiment d’accord pour ce
mariage mais qui ont accepté parce que j’étais entêtée. Ils m’ont demandé si
j’étais sûre de vouloir le suivre jusqu’en France, j’ai dit oui. Ils m’ont demandé
si je le connaissais assez pour le suivre, j’ai encore dit oui. J’en ai fait qu’à ma
tête, et voilà que je reviens au point de départ. Je reviens dans cette vie que
j’avais fui. Mais je la préfère mille fois à celle que j’avais en France. Je suis
prête à tout reprendre à zéro. A tout faire pour réparer mes erreurs. Je suis prête
à tout, absolument tout.
Episode 5

KAYLA

Depuis la découverte sur la paternité de Teddy, je ne suis plus tranquille, ni dans


ma peau, ni dans mon esprit. J’ai porté l’enfant de Darnell sans même le savoir.
Je n’ai même pas pensé qu’il pouvait être l’auteur de la grossesse tellement
j’étais focus sur Marc-Arthur. Jamais je n’ai pensé que notre nuit aurait pu
porter du fruit. Comme j’ai été idiote. Mais maintenant que j’ai la certitude que
Teddy est son fils, je ne sais plus quoi faire. J’attends d’abord le retour de Marc-
Arthur pour en discuter. Seulement, je pense que Darnell devrait savoir qu’il a
un fils. Je ne crois pas pouvoir garder ce secret. Je trouve ça même injuste qu’un
père ne sache pas qu’il a un enfant quelque part. On le dit souvent que la vérité
finit toujours par être révélée donc Darnell apprendra tôt ou tard que nous avons
un fils. A ce moment-là, il m’en voudra à mort, déjà que je lui ai brisé le cœur.
Pff, j’en ai marre de réfléchir. Il faut que Marc-Arthur entre pour mieux discuter
de tout ça. Il doit rentrer ce soir, mais bon comme toujours, il est encore en
retard. Le diner est surement déjà froid.

Je tourne la tête vers Teddy qui s’est finalement endormi dans le divan à force
d’attendre son père qui a finalement fait deux semaines au lieu de quatre jours.
Je regarde attentivement mon fils et encore une fois je remarque la ressemblance
avec son père. Les mêmes yeux dormant, le même nez, pareil avec les lèvres.
Teddy a un air de Darnell et aussi de Coralie. Comment tout ça a pu me passer
sous les yeux ? Je le prends dans mes bras et pars le faire coucher dans sa
chambre. Je reste assise près de lui. Je passe mes doigts dans ses cheveux
bouclés. Il est beaucoup plus métis que Coralie puisque moi j’ai un côté
Libanais. Mais n’empêche qu’ils se ressemblent tous les deux. Je n’arrive pas à
croire que j’ai un bout de Darnell. Cette dernière nuit si belle et intense que nous
avions passée ensemble a donné un magnifique fruit.

Je souris.
Il m’est arrivé de penser à cette dernière nuit maintes fois. C’était une nuit de
réconciliation et d’amour. Il n’y était pas allé avec douceur comme les
précédentes fois. C’était si fort, si intense, si profond, si…

« Bonsoir chérie. »

J’ouvre les yeux. Je souffle pour me reprendre de cette sensation qui avait
commencé à prendre possession de moi rien qu’en revoyant les images de cette
nuit. Je me retourne vers Marc-Arthur.

Moi : Bonsoir. Bon arrivée. Tu vas prendre une douche avant de passer à table ?

Marc : Non ça va. J’ai diné dans l’avion.

Moi : Ok.

Marc : Je suis venu embrasser le petit.

Je le laisse donc seul avec le petit et vais l’attendre dans notre chambre. Il ne
tarde pas à m’y rejoindre. Je suis assise sur le lit face à la porte.

Moi : Est-ce qu’on peut parler ?

Marc : Je n’en ai pas vraiment envie.

Moi : Il le faut pourtant.

Marc : Dans ce cas commence par me dire avec qui tu m’as trompé.
Moi : Je ne t’ai pas trompé. Toi et moi ce n’était pas la forme. Mais toi tu m’as
délibérément menti. Tu savais que tu étais devenu stérile et tu ne m’as rien dit.

Marc : Serais-tu restée avec moi si je te l’avais dit ?

Moi : Peut-être que oui. Comment cela est-il arrivé ?

Marc : Je ne sais pas où j’ai chopé cette MST mais elle m’a bouffé ma fertilité.

Moi : Tu couchais donc avec d’autres filles en dehors de moi et Océane.

Il baisse les yeux.

Moi : Wahoo ! Tu me mentais donc tout ce temps alors que moi je t’attendais ici
patiemment.

Marc : Tu m’attendais patiemment ? Dis plutôt que tu couchais avec tous les
hommes nantis de ce pays.

Moi : Oui j’ai flirté avec des hommes, mais c’est parce que tu ne m’as pas laissé
d’autre choix. Pendant que moi je t’attendais tu couchais avec cette Océane.

Marc : Parce qu’elle était enceinte.

Moi (hurlant) : Moi aussi je suis tombée enceinte de toi mais tu as disparu des
radas. Le désespoir m’a poussé dans les bras d’un autre.

Marc : C’est aussi le désespoir qui m’a poussé à ne rien te dire sur ma situation.
Je voulais avoir des enfants avec la femme que j’aime, c’est-à-dire, toi. Mais
l’annonce de cette nouvelle m’a complètement brisé. Je me suis tu de peur de te
perdre. Quand tu m’as annoncé être enceinte, j’ai d’abord eu mal parce que je
savais que ce n’était pas de moi mais quand j’ai remarqué que même toi tu ne
savais pas réellement qui était le véritable auteur de cette grossesse, j’ai décidé
de jouer le jeu. Je ne voulais pas tout révéler par honte. Je ne voulais être la risée
de personne. Comment moi qui ai réussi dans ma vie professionnelle, je finis
stérile ? Je ne pouvais accepter une telle humiliation. Quand nous avons su par
l’échographie que c’était un garçon, ça m’a renforcé dans ma décision d’être le
père de cet enfant. Teddy est mon héritier. Nous n’aurons plus d’enfant, certes,
mais j’ai déjà un garçon qui perpétuera le nom des ADOU, mon nom. C’est tout
ce qui m’importe. Qu’il soit de mon sang ou pas, ça n’a aucune importance.
Teddy est mon fils. Un point c’est tout.

Moi : Je veux dire la vérité à son véritable père.

Il tourne la tête vivement vers moi.

Marc : Quoi ?

Moi : Le père de Teddy a le droit de savoir…

Marc : JE SUIS LE PÈRE DE TEDDY.

Moi : Ne me hurle pas dessus. Tu penses être en droit de hausser le ton après
m’avoir menti ?

Marc : On en parle de ta trahison ?

Moi : Je ne t’ai pas trompé.

Marc : Arrête de mentir. Selon les calculs et l’échographie tu es tombée enceinte


dans la période où je t’ai fait ma demande. Tu m’as trompé alors que nous étions
fiancés.
Moi : C’est archi faux. Ça c’est fait avant nos fiançailles. Cette nuit-là où tu
m’as giflé.

Marc : Tu étais donc allée retrouver ce type qui t’avait offert la voiture ?

Moi : Non. Ce n’est pas lui. C’est Darnell.

Marc : Darnell ? Je suis censé le connaitre ?

Moi : Mon ancien photographe.

Il beugue.

Marc : Quoi ? Tu m’as trompé avec un photographe ? Un photographe ? Tu te


fous de moi ?

Il se met à tourner sur lui-même.

Marc : Je n’arrive pas à le croire. Comment as-tu pu me rabaisser de la sorte ?


J’aurai encore souhaité que tu le fasses avec l’autre type de la voiture. Au moins
je saurai que ça en valait le coup. Mais un putain de photographe. Quelqu’un qui
ne m’arrive même pas à la cheville.

Moi : Je t’interdis de parler de lui de la sorte. Il est certes un photographe mais il


m’a mieux traité que toi. Jamais il n’a levé la main sur moi.

Marc : Oui mais tu penses qu’il aurait pu prendre soin de vous comme je le
fais ? Vous offrir tout ce luxe dans lequel vous êtes ? Jamais.
Moi : Arrête de me parler de matériel. Je te parle du père de mon fils. Il ne nous
aurait peut-être pas offert le luxe, mais je sais qu’il aurait été toujours présent
pour son fils. Contrairement à toi qui n’est jamais là. Teddy a besoin d’une
figure paternelle.

Marc : JE SUIS CETTE FIGURE PATERNELLE. Je lui offre tout et il porte


mon nom. Cette discussion est close.

Moi : Ce serait injuste de cacher son fils à Darnell. Je vais le lui dire.

Marc-Arthur bondit sur moi. Il me renverse sur le lit et me saisit à la gorge.

Marc : Je suis ton mari et je dis que personne ne saura quoi que ce soit. Je suis le
père de Teddy et ça restera ainsi indéfiniment. Je veux t’entendre me dire que tu
la fermeras.

Moi (étouffant) : Marc arrête. Tu m’étouffes.

Marc : J’ai dit de me promettre.

Moi : Ok je ne dirai rien. Je t’en supplie lâche-moi.

Il me lâche et je me mets à tousser. Je n’arrive pas à croire qu’il m’ait fait une
telle chose. Après la gifle d’il y a deux ans, il n’a plus été violent avec moi
jusqu’à ce soir. Il sort de la chambre en claquant la porte derrière lui.

Ce matin j’ai appelé ma cousine Béca pour lui donner rendez-vous à midi dans
un restaurant. Je ressens le besoin de parler à quelqu’un. Depuis deux ans que
les filles et moi sommes disputées, nous n’avons toujours pas repris contact.
Pourtant, elles me manquent énormément. Je regrette tant tout ce que j’ai dit. Je
suis prête à m’excuser si je les voyais. Mais je n’ai plus aucune nouvelle d’elles.
Elles ont même changé de numéro. Enfin je le pense. Ils ne sont plus
disponibles. Je me sens constamment seule sans elles. Je n’ai plus personne à
qui me confier et personne qui me dira quoi faire même avec des mots crus. Je
ne suis non plus pas très proche de mes cousines à cause de cette rivalité entre
nous. Mais ce matin j’ai fait une exception parce qu’il me faut vraiment parler à
quelqu’un, et de toutes mes cousines, seule Béca est plus mature et plus
expérimentée en matière de mariage. Ça n’a pas toujours été rose entre nous, ce
qui est de ma faute, mais elle a toujours été ouverte avec moi. J’espère qu’elle
me sera vraiment d’une aide parce que j’ai ma tête qui est prête à exploser.

Elle est déjà installée en train de boire un jus à la paille. Je passe ma commande
une fois installée. Je prends des nouvelles de sa famille le temps que le serveur
m’apporte mon jus.

Béca : Alors ?

Moi : J’ai un sérieux problème et j’ai vraiment besoin de me confier.

Béca : Je t’écoute.

Moi : Voilà. J’ai découvert récemment que Marc-Arthur est stérile.

Béca (ouvrant grand les yeux) : Sérieux ? Mais et Teddy ?

Moi : C’est justement là le problème. Teddy n’est pas son fils. Ce que j’ignorais
de fait.

Béca : Je m’en doutais bien. Teddy n’a rien pris de Marc-Arthur. Max m’a dit
que je voyais le mal partout. Mais comment tu as pu te tromper sur la paternité
de ton fils. On dit généralement que les femmes savent qui est l’auteur de leur
grossesse.
Moi : Bah moi non. Je n’ai pas fait le rapport avec l’autre vu que… j’ai couché
avec les deux à quelques heures d’intervalles.

Elle me regarde bizarrement.

Moi : Ne me juge pas s’il te plaît. (Je souffle) Le problème, est que je veux dire
la vérité au véritable père, mais Marc-Arthur refuse catégoriquement disant qu’il
aime Teddy comme son propre fils. Il ne mérite donc pas que je les sépare.

Béca : L’autre non plus ne mérite pas qu’on lui cache qu’il a un enfant.

Moi : Mais Marc-Arthur…

Béca : Laisse-moi parler. Je n’en disconviens pas que Marc aime Teddy. La
preuve depuis deux ans il prend soin de lui et jamais il ne t’a dit quoi que ce soit.
Mais il n’est pas son père. Tôt ou tard cette vérité éclatera et Dieu seul sait ce
qui se passera. Au fait, c’est pareil qu’arracher un enfant à sa mère. Dire la
vérité au véritable père ne signifie pas séparer Teddy de Marc-Arthur. C’est
juste mettre les choses à leur place. Ton mari pourra jouer comme bon lui
semble le rôle de père et l’autre aussi. C’est une question de communication. Il
n’est pas le seul homme à élever l’enfant d’un autre.

Moi : J’ai peur que ça ne finisse au tribunal.

Béca : C’est qui l’autre ? Nous le connaissons ?

Je me triture les doigts et baisse les yeux.

Moi : C’était mon employé. Mon photographe.

Je n’entends rien. Quand je lève les yeux je tombe sur un regard choqué.
Béca : Tatie le sait ?

Moi : Elle est le dernier de mes soucis. Marc jouait beaucoup avec mes
sentiments en cette période et Darnell était là pour moi. J’ai succombé.

Béca : Bon, si c’est juste un photographe et qu’il veut en faire tout un plat sans
rien comprendre, vous n’aurez qu’à utiliser vos pouvoirs. S’il veut vous intenter
un procès en justice pour vous arracher le petit, soyez sans pitié à votre tour. De
toutes les façons entre vous c’était juste l’histoire d’une nuit, il n’y a donc pas de
sentiment.

Je baisse les yeux. Je peux sentir son regard peser sur moi.

Béca : Kayla, ne me dit pas que tu étais amoureuse et que ce n’était pas un coup
d’un soir.

Je ne réponds rien.

Béca : Hein ? Tu étais amoureuse d’un autre et tu t’es mariée avec Marc ?
Kayla !

Moi : J’étais amoureuse des deux. Mais Marc m’était plus favorable.

Béca : Parce qu’il a de l’argent ? Tu t’es donc mariée pour le luxe ?

Moi : Pas toi peut-être ?

Béca : Non ! Je me suis mariée par amour. Même si Max devenait le plus fauché
des hommes, je resterai avec lui parce que je l’aime. Tu as épousé un homme
qui ne fait même pas de toi et “votre fils’’ sa priorité. Combien de temps vous
accorde-t-il ?

Moi : Il est super occupé à cause de son travail. Rien à avoir avec la priorité. Il
nous aime c’est l’essentiel.

Béca : Bah non tu vois ! André est beaucoup plus riche que Marc mais il ne met
jamais son travail avant sa famille. Terry qui est connu pour être un puissant
homme d’affaire consacre aussi du temps à sa famille. Je dirai même beaucoup.
Tu sais le nombre de fois qu’il a annulé des rendez-vous pour signature de
contrat rien que pour un diner avec sa femme ? Il a même annulé un voyage
pour célébrer l’anniversaire de sa fille. C’est ça un homme qui aime sa famille.

Je m’énerve parce que je sais qu’elle a raison.

Moi : Je n’ai pas fait appel à toi pour que tu juges mon mari. Je veux juste que tu
me donnes une solution pour la situation que je traverse en ce moment. Rien de
plus.

Béca : Ok je m’excuse. Comme je l’ai dit, essaie de convaincre calmement ton


mari pour dire la vérité à l’autre. Il est en droit de savoir. Après, asseyez-vous et
trouvez ensemble des solutions. Ne pense pas uniquement à ton mari parce qu’il
n’est pas le seul concerné. Avant de prendre une décision, pose-toi la question
de savoir si tu aimerais qu’on te prive de ton enfant toute ta vie. Je ne crois pas
que tu le voudrais. Ne le fais donc pas à un autre.

Béca a raison. Je ne peux pas priver Darnell de son fils. Il me faut donc trouver
un moyen de convaincre Marc-Arthur. Je retourne travailler le reste de la
journée après le déjeuner. Quand je rentre le soir, je trouve Marc qui fait son
petit sac de voyage.

Moi : Bonsoir. Où pars-tu ?


Marc : En France. Océane m’a informé que la petite ne se sentait pas bien. Elle a
besoin de moi.

Moi : Mais tu viens à peine d’entrer de voyage. Teddy a aussi besoin de toi. Il
n’a fait que te demander durant ton absence.

Marc : Kayla, je vis avec vous donc vous m’avez avec vous constamment. Elles
non.

Moi : Dois-je te rappeler que tu y étais déjà ces deux dernières semaines ?

Marc : Et je suis avec vous pour la vie. Je serai de retour dans trois jours maxi.

Il m’embrasse et sort avec son sac. Je me laisse tomber sur le lit. Et si Béca avait
raison ? Et si nous n’étions pas si importants que ça pour Marc-Arthur ?

*Mona
*LYS

Marc-Arthur avait dit trois jours, mais là ça fait une semaine qu’il est parti.
Depuis son départ, Teddy ne se sent pas en forme. Il fait de la fièvre. Je lui ai
donné des calmants mais j’ai l’impression que ça n’a aucun effet. C’est peut-être
l’absence de son père qui le rend dans cet état. Je le regarde endormi dans mes
bras et quelque chose de bizarre attire mon attention. Il m’a l’air raide. Je fronce
les sourcils.

Moi (tapotant sa joue) : Teddy ! Teddy chéri ouvre les yeux.

Il ne réagit pas.
Moi : Teddy réveille-toi !

Pareille. Je lève son bras et le laisse tomber. Je suis prise d’horreur quand je
constate que mon fils s’est évanoui dans mes bras. Je hurle le nom de sa nounou
et lui ordonne de m’apporter mon sac à main. Pendant ce temps je cours vers ma
voiture. Elle me rejoint et je lui tends Teddy. Nous nous engouffrons dans la
voiture et telle une course de Rallye, je conduis à pleine vitesse jusqu’à la
clinique la plus proche. C’est en pleurant que j’explique au Docteur ce qui s’est
passé. Il me demande de me calmer et d’attendre dans la salle d’attente. J’obéis
pour la salle d’attente mais je continue de pleurer en silence. Je ne veux pas
perdre mon fils. Il est ma raison de vivre. Le seul qui me donne la force de tenir
dans ce mariage. Il n’a même pas encore commencé à profiter de sa vie. Il n’a
même pas encore deux ans. Je veux le voir grandir, se marier, avoir des enfants.
J’ai encore besoin de mon fils. Ne voulant pas rester seule, j’appelle ma mère et
Béca pour les informer de la situation. J’appelle aussi Marc-Arthur mais ça ne
passe pas. Je lui laisse un message WhatsApp. J’en ai marre de devoir faire
mains et pieds pour le joindre. Ça me saoule.

Ma mère arrive alors que je n’ai toujours pas de nouvelle de mon fils. Je me jette
dans ses bras en la voyant.

Maman : Quelles sont les nouvelles ?

Moi : Je ne sais toujours rien. On m’a juste donné une ordonnance à acheter.
J’attends toujours.

A peine nous nous asseyons que Béca arrive.

Maman : Que fait-elle ici ?

Moi : Je l’ai appelé.

Maman : Depuis quand vous êtes copines ?


Moi : Maman arrête de parler comme si c’était ton ennemi. Elle est ta nièce je te
rappelle.

Béca nous salut avant de me prendre dans ses bras. Nous attendons donc toutes
les quatre, la nounou y compris. Le Docteur se montre enfin.

Moi : Comment va mon fils ?

Doc : Je n’ai pas de très bonnes nouvelles. Votre fils fait un palu très sévère.
Vous auriez dû l’emmener à l’hôpital dès le premier jour de la fièvre.

Moi : C’est donc grave ?

Doc : Sans vous mentir oui. Et sans vouloir vous affoler, certains en meurent.
Mais n’allons pas vite en besogne. Nous lui avons donné les premiers soins. Il
ne nous reste plus qu’à attendre et voir comment son corps réagit. Si ses
défenses immunitaires sont solides, d’ici deux jours il doit pouvoir y avoir un
début de rétablissement.

Maman : Et dans le cas contraire ?

Il fait un léger signe d’épaule. Ça veut tout dire. J’éclate en sanglot et me réfugie
de nouveau dans les bras de Béca.

Béca : Ne t’inquiète pas, il va se remettre. C’est un champion.

Moi : Je ne veux pas perdre mon fils.

Béca : Tu ne le perdras pas.


Voici deux jours maintenant que Teddy est hospitalisé. J’ai mal de voir mon fils
dans cet état. Il a ouvert les yeux mais refuse de manger. Il ne fait que pleurer. Je
suis obligée d’être forte pour ne pas craquer devant lui. Je lui ai apporté son
doudou avec lequel il joue faiblement.

Teddy : Maman, je veux papa.

Moi : Ton papa sera bientôt là mon lapin.

Teddy : Je veux papa.

Il se met à pleurer de nouveau. Je me couche près de lui et le prends dans mes


bras. Je le rassure du mieux que je peux sur la venue prochaine de son père alors
que je n’ai aucune nouvelle. Béca me regarde avec compassion. Quand Teddy se
rendort, elle et moi allons prendre de l’air dans la salle d’attente.

Béca : Marc-Arthur n’a toujours pas fait signe de vie ?

Moi : Non. J’ai pourtant besoin de lui en ce moment. Notre fils est dans un état
déplorable et je suis la seule à subir ça. Ce n’est pas juste.

Je me retiens de pleurer. J’en ai assez fait ces deux derniers jours.

Moi : Tu crois que je devrais appeler Darnell ?

Béca : Que te dit ton cœur ?

Moi : Que je devrais le faire. (La voix tremblante) Et si Teddy ne s’en sortait
pas ? Darnell a le droit de le connaitre avant.
Béca : Ne pense pas ainsi. Teddy s’en sortira. Mais si tu veux tout dire à
Darnell, vas-y.

Moi : Il va me falloir appeler d’abord Alice.

J’appelle mon autre cousine à qui j’explique que j’ai besoin des services des
photographes de son mariage. Elle m’envoie en photo leurs différentes cartes de
visites. J’en vois une avec le nom de Darnell. C’est avec les doigts tremblants
que je compose son numéro. Ça sonne, ça sonne, ça sonne, puis…

« Darnell : Allô ! »

Sa voix résonne jusque dans mon cœur. Je ferme les yeux, assaillie par tant de
souvenir. Entendre sa voix ne me laisse pas indifférente. Mon Dieu, j’aime
toujours Darnell.

« Darnell : Allo ? »

Moi : Allô ! Bonsoir Darnell. C’est… Kayla.

Le long silence qui suit fait battre mon cœur fortement comme si j’étais en
attente du verdict du Juge. Un ange ne cesse de passer et repasser. J’entends
juste un clic. Il a accroché. Je me remets à pleurer.

Béca : Qu’est-ce qui se passe ?

Moi : Il m’a raccroché au nez. Il m’en veut toujours.

Béca : Ok laisse-moi essayer.


Moi : Tu devrais attendre un peu sinon il se doutera que c’est moi.

Après une trentaine de minute, Béca l’appelle de son numéro à elle. Elle se fait
passer pour une infirmière et demande à Darnell de se rendre à la clinique pour
répondre d’un patient qui l’a désigné comme responsable. Il n’y comprend rien
vu qu’il ne connait pas grand monde, mais il accepte néanmoins de venir.
L’attente est longue. Très longue même. J’ai en même temps hâte, en même
temps peur de le voir. J’ai peur de véritablement me rendre compte que je l’aime
malgré que je sois mariée. Avec Darnell, ça a été court mais tellement fort. Je ne
crois pas avoir déjà vécu pareille situation. Quand je le vois à travers la baie
vitrée parler à la réceptionniste, mon cœur s’emballe.

Moi : Il est là !

Béca se tourne dans la direction de mon regard. Il marche vers la salle d’attente.
Je crois qu’il ne nous voit pas encore.

Béca : Comment tu as fait pour ne pas te rendre compte du véritable père de


Teddy ? Tu n’as pas remarqué la ressemblance ou quoi ? Regarde ses yeux.

Moi : Je sais, j’ai été stupide.

Béca : Bon, je vais vous laisser. Tu m’appelles après pour me raconter.

Moi : Ok.

Elle sort et intercepte Darnell à qui elle demande d’entrer. Je donne dos à la
porte de peur de le faire fuir s’il me voit.

Darnell : Bonjour.
Je souffle et me retourne. Quand il me voit il serre son visage.

Moi : Bonjour Darnell.

Darnell : J’aurais dû me douter que c’était toi.

Moi : Je suis désolée d’avoir usé de ruse pour te faire venir. C’était urgent.

Darnell : Quel que soit l’urgence, je ne veux rien savoir. Je ne veux plus jamais
avoir affaire à toi. Je ne sais même pas pourquoi après deux ans tu réapparais
dans ma vie. Ne me contacte plus jamais, Kayla. Plus jamais.

Il se retourne vers la porte.

Moi : Ton fils est hospitalisé ici.

Il stoppe son prochain pas.

Moi : Nous avons un fils de deux ans, toi et moi.

Il se retourne.

Darnell : C’est à moi que tu parles ?

Moi : Oui. Notre dernière nuit chez toi, a produit un fruit. Il s’appelle Teddy et il
est en ce moment très souffrant.
Il me regarde complètement choqué.

Darnell : Un instant, tu es en train de me dire que toi et moi avons un fils


ensemble ?

Moi : Oui.

Darnell : Et depuis deux ans c’est maintenant que tu me le dis ?

Moi : Je n’en savais rien.

Darnell (haussant le ton) : Comment ça tu n’en savais rien ? Une femme ça


connait le père de son enfant.

Moi : Darnell…

Darnell : Ça ne t’a pas suffi de me briser le cœur il y a deux ans, il t’a fallu
encore me cacher ma progéniture et le donner à ton mari.

Moi (éclatant en sanglot) : Je te demande pardon. Je n’en savais rien je te jure.

Darnell : Et tu oses m’informer aujourd’hui qu’il est souffrant. L’aurais-tu fait


s’il n’y avait pas eu cette maladie ?

Je n’ose répondre. Il s’énerve et donne un coup de poing dans l’un des sièges. Je
sursaute. Je ferme les yeux en continuant de pleurer.

Moi : Je te demande sincèrement pardon. Je l’ai découvert il y a peu. Tu as le


droit d’être en colère, de m’en vouloir, de me hurler dessus, de me traiter de tous
les noms. Mais là en ce moment, j’ai juste besoin de toi.
Darnell : La dernière fois que tu m’as dit ça, ça ne s’est pas très bien terminé.

Moi : Il risque de mourir Darnell. Mon bébé, risque de mourir si son corps ne
réagit pas vite aux traitements. Je sais que tu es colère mais je t’en conjure, ne
me laisse pas seule dans cette épreuve. Je n’y arriverai pas. Je n’ai jamais été
forte dans ce genre d’épreuve.

Je pleure de plus en plus sans pouvoir me retenir.

Moi : J’ai si peur Darnell. J’ai peur de perdre mon bébé. Il est ma raison de
vivre. Je te demande juste, le temps de sa convalescence, de faire fi des
ressentiments que tu as contre moi. Il a besoin d’un père, de son père. Je…

Je suis encore prise d’un gros sanglot. Je sens mes jambes s’affaisser quand je
sens des bras me retenir. Il m’attire à lui et me serre fort contre son torse. Je me
sens bien d’un seul coup. Etre de nouveau dans ses bras m’apaise. Je ne veux
plus qu’il me lâche. J’avais justement besoin de câlin, d’attention. Il promène sa
main dans mon dos dans un geste d’apaisement.

Darnell : Ça va, je suis là.

Moi : Je te demande pardon pour tout.

Darnell : Chuut !!!

Je m’accroche encore plus à lui. Sentir son odeur, ça m’avait manqué. J’oublie
tout autour de moi. Le monde a cessé de fonctionner. Je suis là où j’aurais dû
être depuis.

« Je peux savoir ce qui se passe ici ? »


Je sursaute à l’entente de la voix de Marc-Arthur. Il dévisage Darnell avec
colère. Il a fermé même ses poings. Pourquoi Marc-Arthur a le chic d’apparaitre
à chaque fois que je suis dans les bras de Darnell ? Je quitte les bras de Darnell.
Par le regard de Marc-Arthur je crois qu’il l’a reconnu.

Marc : Je rentre de voyage et je viens trouver ma femme dans les bras d’un
autre.

Darnell : Excusez mais ce n’est pas ce que vous croyez.

Marc : Que voulez-vous que je crois ? Que faites-vous ici d’ailleurs ?

Moi (m’avançant) : Marc s’il te plaît pas de scandale.

Marc : Demande-lui donc de s’en aller. Il n’a rien à faire ici.

Darnell : Kayla, est-ce que tu peux me dire dans quelle chambre se trouve mon
fils que j’aille le voir s’il te plaît ?

Marc : Votre fils ? Avez-vous un fils ici ?

Moi : Marc-Arthur arrête.

Il me saisit violement le bras.

Marc : Je t’avais pourtant défendu mais tu l’as fait.

Moi (grimaçant) : Arrête tu me fais mal.


Marc : Demande-lui donc de s’en aller et de rester loin de MON fils.

Il me lâche et je me tourne vers Darnell qui semble être énervé.

Moi : Tu devrais rentrer s’il te plaît.

Darnell : Tu penses vraiment que je vais quitter ce lieu sans avoir vu mon fils ?

Marc : J’ai dit que vous n’avez pas de fils ici.

Darnell : Ok, vous, calmez-vous. Ok ? Je n’ai pas affaire à vous. J’étais chez
moi, ignorant de tout lorsqu’elle m’a appelé parce qu’elle se sentait seule face à
cette épreuve. Vous n’étiez pas présent quand elle se lamentait, quand elle avait
besoin de vous. Maintenant que vous êtes là, occupez-vous plutôt d’elle et
lâchez-moi les baskets. J’ai découvert que j’avais un fils qui aura bientôt deux
ans alors retenez bien une chose, je ne compte pas disparaitre de sa vie. Je veux
le connaitre et faire partie intégrante de sa vie, peu importe qu’il vive avec vous.

Marc : Je suis son père devant la loi et c’est moi qui en prends soin. N’essayez
pas de vous jouer les bons pères parce que vous ne pourrez jamais lui offrir le
quart du luxe dans lequel il vit.

Darnell : Donnez-lui le luxe, je lui donnerai de l’amour, vu que ça, vous êtes
incapable de le donner même à votre femme. (A moi) Je veux le numéro de sa
chambre.

Moi : Chambre 5.

Darnell : Merci !
Il nous laisse Marc-Arthur et moi. J’évite de le regarder parce que je le sais déjà
très en colère.

Marc : Tu es sans doute fière de toi. Me rabaisser devant ton amant.

Moi : Tu devrais peut-être accepter qu’il soit le véritable père de Teddy. Ça


éviterait déjà les histoires.

Marc : Je ferais mieux de rentrer à la maison au risque de faire quelque chose de


regrettable.

Moi : Tu n’as même pas demandé comment il allait.

Marc : Je suppose qu’il va bien si tu as le temps de te jeter dans les bras d’un
autre homme.

Il sort aussi de la salle. J’appelle Béca à qui je fais un compte rendu de tout ce
qui vient de se passer. Je retourne au chevet de mon fils où Darnell est déjà. Je le
trouve assis près de lui à le regarder dormir. Par son regard, je peux deviner
qu’il est émerveillé.

Darnell : On aurait dit Coralie en version masculine.

Moi (souriant) : Ouais.

Darnell : Je pourrai le voir après son rétablissement ? Je veux qu’il me


connaisse, ainsi que sa sœur.

Moi : Je n’y vois pas d’inconvénient.


Il tourne enfin la tête vers moi.

Darnell : Toi ça va ?

Moi : Maintenant que je n’ai plus ce secret sur la conscience, oui.

Darnell : Je peux aussi financièrement prendre soin de lui. Je m’en sors


beaucoup mieux maintenant qu’il y a deux ans.

Moi : Je l’avais bien imaginé.

Je ne peux plus détourner mon regard du sien. J’aimais tellement qu’il me


regarde avec ses gros yeux dormants. Nous ne nous disons plus rien. Nous nous
contentons juste de nous regarder jusqu’à ce que l’entrée du Docteur nous fasse
tourner la tête. Il entre avec des fiches en main et examine Teddy. Il nous
annonce qu’il répond bien au traitement et si les choses continuent ainsi, il sera
sur pied d’ici la fin de la semaine. Je souffle de soulagement.

Deux jours après l’annonce du Docteur, Teddy va un peu mieux. Il mange


maintenant et joue avec un peu plus d’engouement bien qu’il soit toujours en
clinique. Darnell a passé toutes ses journées ici près de lui durant ces deux jours.
Je lui ai demandé s’il n’avait pas de travail, il m’a répondu que la santé de son
fils valait beaucoup mieux que son travail. Ça m’a fait chaud au cœur. Marc-
Arthur quant à lui se contente de prendre des nouvelles à distance avec le
Docteur et de payer les soins par virement. Teddy, en seulement deux jours s’est
habitué à Darnell. Les deux jouent ensemble avec les doudous de Teddy. J’ai
fait en sorte que ma mère ne vienne pas à la clinique de peur qu’elle rencontre
Darnell et qu’elle en fasse toute une histoire. Déjà que Marc-Arthur refuse qu’un
autre soit le père de son fils, je ne vais pas en rajouter en informant toute la
famille. Tout le monde le saura au temps opportun. Pour l’instant, seule Béca est
dans la confidence. Elle a d’ailleurs rencontré Darnell et le courant est vite
passé. Sa simplicité à elle, ça m’a toujours plu.
Voyant que Teddy s’amuse bien avec son père Darnell, je décide de faire un tour
à la maison m’occuper de mon mari. Il me boude toujours. Lui et moi devons
avoir une discussion. Nous ne pouvons pas continuer ainsi. Quand j’arrive, je le
vois encore une fois ranger ses affaires mais cette fois il m’a l’air paniqué. Il fait
tout à la va vite.

Moi : Tu pars encore en voyage ?

Marc (paniqué) : Oui. J’ai deux trois trucs à régler.

Moi : Qu’est-ce qui t’arrive bébé ? Quelque chose ne va pas ?

Marc : Ne t’inquiète pas. Je vais tout régler en peu de temps.

Moi : Mais dis-moi…

Il sort de la chambre en me poussant presque. Je reste là perplexe. On aurait dit


quelqu’un qui fuyait à voir cette façon désordonnée avec laquelle il a rangé sa
valise et ses documents. Je décide d’aller prendre une douche et de faire un petit
somme avant de retourner près de mon fils. Je n’ai pas vraiment eu de repos ces
deux derniers jours.

Je suis réveillée par des coups donnés sur la porte de ma chambre. J’entends la
voix de la nounou de Teddy m’appeler derrière la porte. Je vais ouvrir en
m’étirant.

Moi : Qu’il y a-t-il ?

Nounou : Tantie il y a les policiers. Ils veulent te voir.

Moi : Policier ?
Nounou : Oui. Ils sont beaucoup.

J’arrange ma tenue en la suivant jusque dans le salon où se trouvent plusieurs


policiers qui fouillent çà et là.

Moi : Bonsoir, vous cherchez quelque chose ?

Policier : Bonsoir Madame. Nous sommes bien chez M. ADOU Marc-Arthur ?

Moi : Oui. Je suis sa femme.

Policier : Bien. Votre époux fait objet d’une enquête. Il est impliqué dans une
affaire de trafic de drogue et de blanchiment d’argent. Toutes les preuves sont
déjà réunies contre lui. Nous avons reçu des ordres du tribunal. Puisqu’il est
introuvable, nous allons vous mettre en garde à vue pour nous assurer que vous
n’êtes pas de mèche avec lui.

Moi : Attendez c’est une blague !? Mon mari n’est pas un drogué.

Policier : Peut-être, mais il s’enrichit sur la vente de drogue. Veuillez nous


suivre au commissariat.

Sans me laisser un temps de réponse, deux officiers se positionnent de part et


d’autre de moi. Sans me menotter ils me conduisent à leur véhicule. Je suis très
vite transportée au commissariat. On ne me met pas en cellule mais plutôt dans
une salle, je pense d’interrogatoire. Je suis même interrogée pendant un long
moment. Je n’arrive pas à comprendre ce qui se passe. Marc-Arthur, trafiquant
de drogue ? Depuis quand ? Serait-ce ce qui expliquerait tous ses voyages et
consort ? J’espère que c’est une très grosse erreur. Je refuse de croire que tout ce
temps, je vivais avec l’argent de la drogue. J’ai élevé mon fils avec de l’argent
sale. Mon Dieu !
Policier (entrant) : Votre père est là. Vous êtes libre de vous en aller.

Cette nouvelle m’apaise mais je me demande qui a bien pu le joindre. Je n’ai pas
donné son contact. Quand je le vois de loin discuter avec celui qui me semble
être le Commissaire, je suis prise de honte. Il m’avait pourtant dit qu’il trouvait
Marc-Arthur louche. Mais je ne l’ai pas écouté. Malgré la honte, je me jette dans
ses bras. J’ai besoin de réconfort. Dans le silence nous allons à sa voiture. Son
chauffeur nous fait vite sortir de là.

Moi : Merci d’être venu. Comment as-tu su ?

Papa : Le Commissaire est un ami. Il lui a suffi de voir mon nom sur ta pièce.
C’est justement pour cette raison qu’il a décidé de t’éloigner de toute enquête.
Mais, tu risques de tout perdre.

Moi : Comment ?

Papa : Puisque les biens de ton mari proviennent de la drogue, ils sont obligés de
tout réquisitionner. Vos maisons, les voitures, son entreprise, vos comptes en
banque et même tes boutiques.

Moi : Quoi ? Mais ce sont mes boutiques. Aussi j’ai mon compte à moi toute
seule.

Papa : Vous êtes mariés sous le régime de communauté de bien donc on suppose
que tout est à vous deux.

Moi : Mais ma plus grande boutique, ce n’est pas avec son argent que je l’ai
ouverte. Tu m’as aussi donné de l’argent pour que je commence.
Papa : Je l’ai signifié au Commissaire et il promet de tout faire pour que tu ne
sortes pas perdante. Il me fera signe les jours à venir. Aussi l’une des possibilités
de t’éloigner de tout ceci c’est de demander le divorce. Mais c’est à toi de
prendre cette décision.

Je me contente de baisser la tête sans pouvoir rien dire. Les mots me manquent.

Papa : Puisque tu n’as plus de toit, je te ramène chez moi. Sauf si tu préfères
aller chez ta mère ?

Moi (honteuse) : Non. Je préfère aller vivre chez toi.

Je sers les dents pour ne pas pleurer mais je n’y arrive pas. Mon père me prend
dans ses bras.

Papa : Ça va je suis là. Côté finance tu sais que tu n’as pas à t’inquiéter.

Moi : Je sais.

Mais côté vie personnelle, je suis au fond du gouffre. Si Marc-Arthur a été


capable de prendre la fuite et de me laisser seule dans cette merde, c’est qu’il ne
m’a jamais aimé. Quand je pense que j’ai, comme une idiote, rejeté le véritable
amour pour lui parce qu’il avait tous les critères de ma liste, j’ai envie de me
pendre à un bois. J’ai vraiment fait n’importe quoi.
Episode 6

DARNELL

Je suis heureux que mon fils aille mieux. J’avais peur qu’il lui arrive malheur
alors que je venais à peine de faire sa connaissance. Il m’est toujours incroyable
que j’ai un fils. Jamais je ne l’aurais imaginé. Un enfant de moi et Kayla, mon
ancienne patronne. Quand elle m’a annoncé cette nouvelle, j’ai cru rêver. Je n’y
ai pas vraiment cru jusqu’à ce que je le vois de mes propres yeux. Là, tout doute
s’est dissipé. J’ai un garçon, un héritier, celui qui étendra le nom des MENSAH.
Finalement je suis heureux qu’il soit là. C’est incroyable comme mes deux
enfants me sont tombés dessus alors que je ne l’ai même pas souhaité. Mais
comme mamie Kossia le dit, un enfant est toujours une bénédiction. Quand je lui
ai annoncé cette nouvelle, elle n’en revenait pas. J’ai dû lui apporter une photo
vu qu’elle est un peu faible pour se déplacer. Sa santé s’est dégradée ces deux
dernières années. Ça ne l’a pas empêché de se réjouir. Elle n’a jamais cessé de
me dire que ce qui s’est passé entre Kayla et moi était un amour fort. Quand je
lui ai donc parlé de Teddy, elle m’a dit que quand l’amour est fort entre deux
personnes, ça ne peut que produire du fruit. J’en ai rigolé. J’ai pourtant tout fait
pour la convaincre que l’amour que je ressentais pour Kayla n’était pas
réciproque mais difficile de lui faire accepter cela.

Il m’a fallu du temps pour tourner la page, du temps, pour la sortir de ma tête et
de mon cœur, du temps pour la rayer de ma vie. Mais ce temps a été vain, parce
qu’il m’a suffi de la voir pour que mes sentiments reprennent vie. Je les ai reçu
en pleine face je dois dire. Mais ce n’est cependant pas pour autant que je vais
retomber dans ses filets. L’amour seul ne suffit pas pour être avec quelqu’un.
Malgré ce que je peux ressentir pour elle, je n’ai aucunement l’envie de tenter
quoi que ce soit avec elle. Mais en même temps il n’y a pas lieu de penser à une
éventuelle relation vu qu’elle est mariée. Et moi aussi je suis engagé. J’ai renoué
avec Amélie. Oui je sais et mamie Kossia n’a cessé de me le répéter, c’est une
grosse erreur. Mais quand la personne que tu aimes déraisonnablement te plaque
pour un autre, tu es susceptible de tomber dans les bras de n’importe qui, pourvu
que tu oublies ton chagrin. Un an après avoir assisté aux fiançailles de la femme
que j’aimais et après ma démission, je ne m’étais toujours pas remis. J’avais du
mal à me concentrer sur le travail, à faire autre chose que penser à elle. Lorsque
je suis tombé sur ses photos de mariage sur les réseaux sociaux, j’ai cru perdre la
tête. C’était comme si on m’arrachait mon cœur sans m’avoir au préalable
anesthésié. J’avais atrocement mal. Amélie n’arrêtait pas dans cette même
période de me faire des avances. Un soir elle a débarqué chez moi, elle m’a
aguiché. Dans le but de noyer mon chagrin, je lui ai fait l’amour et c’est de là
que tout est reparti. Je me suis dit, si celle que tu aimes t’a plaqué pour un riche,
pourquoi ne pas accepter celle qui te veut malgré ta situation financière ? En
plus c’est la mère de ton enfant. Voici comment depuis une année nous vivons
ensemble avec Coralie notre fille. Mamie Kossia ne s’en est pas réjouie mais
elle a quand même accepté ma décision.

Maintenant que Teddy va mieux, il va me falloir parler de lui à Amélie. Elle va


l’apprendre de toute façon parce que je compte l’emmener chez moi passer des
jours. Je ne compte pas laisser un autre élever mon fils et rester en marge. Qu’il
s’occupe de lui ne me dérange guère, mais je veux que mon fils me connaisse.
J’ai attendu toute la journée, le retour de Kayla, mais finalement c’est la nounou
du petit qui s’est montrée. Je l’ai donc laissé avec lui et maintenant je rentre
chez moi me reposer. Je dois reprendre le boulot demain. J’ai pu enfin ouvrir
mon studio. Il est certes encore petit, mais je m’en sors plutôt bien. Je suis
beaucoup sollicité pour les cérémonies. Ça m’a même permis de déménager de
mon studio américain pour un deux pièce. J’attends d’être un peu plus stable
pour prendre une plus grande maison. Pour l’heure ce n’est pas la priorité. Nous
nous en sortons très bien dans cette maison qui est même spacieuse.

A peine j’ouvre la porte que Coralie vient se jeter dans mes bras. Je la relève et
lui pose un baiser sur la joue.

Moi : Ça va toi ?

Coralie : Oui.

Moi : Elle est où maman ?


Coralie : Dans la chambre.

Moi : Tu as pris ta douche ?

Coralie : Non.

Moi : Pourquoi ? Il est pourtant presque 19h.

Je la pose dans le fauteuil devant son dessin animé et me rends dans la chambre.
Amélie est étendue sur le lit à rigoler au téléphone. Encore un moment de
commérage avec ses copines. Elles en font tout le temps malgré mes plaintes.
Elle ne se gêne même pas de raccrocher à mon arrivé. Je vais me prendre une
douche et je reviens la trouver dans sa même position. Je sors de là avant de
m’énerver. Commençant à sentir la faim pointer, je vais jeter un coup d’œil dans
les casseroles. Grande est ma surprise de constater qu’elle n’a rien cuisiné. Cette
fille est sérieuse ? Je reviens dans le salon.

Moi : Princesse tu as diné ?

Coralie : Non !

Madame se décide enfin à sortir de la chambre.

Amélie : Bonsoir chéri.

Moi : Pourquoi Coralie n’a pas encore pris de douche et pourquoi il n’y a rien à
manger dans cette maison ?
Amélie : Oh j’étais vraiment épuisée. J’ai eu la paresse de me rendre au marché.
Mais on peut commander à manger. Je vais appeler la vendeuse de poisson
braisé qui est en bas pour qu’elle nous apporte un plat. Donne l’argent.

Moi : Comment ça ? Si tu n’as pas fait la cuisine c’est que les 5000 FCFA que je
t’ai donné ce matin sont encore là.

Amélie : Ahii mais nous on a commandé à manger à midi.

Moi : Tu as fini 5000 FCFA toute seule juste à midi ?

Amélie : C’est ça qui est quoi ? Les gens dépensent plus que ça rien que pour la
boisson.

Moi : Sauf que nous ne sommes pas comme eux. Nous ne roulons pas sur l’or,
nous avons des charges en plus d’une fille à élever. Tu n’as aucune activité
parce que tu dis ne pas te sentir prête pour le moment. Mais tu es aussi incapable
de prendre convenablement soin de la maison.

Amélie : Mais c’est fatiguant. C’est pour ça je t’ai demandé de prendre une
servante.

Je soupire. Cette fille est un cas désespéré. Je fais pourtant le nécessaire pour la
faire changer mais elle ne fait aucun effort. Toujours là à vouloir faire comme
les autres oubliant notre situation. Elle est matérialiste jusque dans ses os. Elle
veut juste vivre dans le luxe et être traitée comme une reine. Elle n’a toujours
pas compris que pour être une reine, il faut se construire son palais. Au risque de
déclencher une dispute devant la petite, je ne dis plus rien. Je lui demande de lui
donner sa douche le temps pour moi d’aller nous chercher à manger. Même
Coralie n’est pas très proche d’elle parce que justement elle ne crée aucune
attache. Elle est tout le temps occupée sur son portable. Il n’y a que moi qui joue
avec la petite.
Après le diner, je vais mettre Coralie au lit. Je demande ensuite à parler à
Amélie dans le salon. Elle me rejoint et la première chose qu’elle fait, c’est de se
jeter sur moi et de m’embrasser. Je la repousse légèrement.

Moi : Je dois te parler.

Amélie (insistant) : Je veux qu’on fasse l’amour. Mes menstrues sont enfin
finies.

Moi : Amélie il faut qu’on parle.

Amélie : Pourquoi à chaque fois que je me rapproche de ma période fertile tu


deviens distant.

Moi : Je ne suis pas distant. Je t’ai déjà dit que notre deuxième enfant, nous le
ferons une fois mariés.

Amélie : Mais si c’est sûr que nous allons nous marier, pourquoi ne pas en faire
maintenant ?

Moi : Il y aura justement un deuxième enfant dans cette maison.

Elle se met à jubiler. Elle veut s’asseoir sur moi mais je la repousse encore.

Moi : Reste tranquille et écoute-moi.

Amélie : Mais tu as dit…

Moi : J’ai un fils.


Amélie : Que quoi ?

Moi : J’ai appris il y a deux jours que j’ai un fils.

Amélie : QUOI ? Tu m’as trompé ?

Moi : Bien-sûr que non. Il aura bientôt deux ans. C’était donc avant qu’on ne se
remette ensemble.

Amélie : C’est avec cette métisse avec qui mon amie t’avait vu.

Moi : Mon ancienne patronne, oui.

Elle se lève choquée.

Amélie : Quoi ? Tu couchais donc avec ta patronne ? Et puis pourquoi c’est


maintenant qu’elle apparait avec l’enfant ? Qu’est-ce qui prouve qu’il est le
tien ?

Moi : Il n’y a qu’à le voir pour le savoir. Je tenais à t’informer de son existence
parce que j’ai l’intention de le reconnaitre et de lui donner une place dans ma
vie. Il viendra de temps en temps rester ici avec nous. Je voudrais donc que nous
soyons aussi une belle famille pour lui.

Amélie : Hors de question !

Moi : Pardon ?
Amélie : J’ai dit hors de question ? Une bonne femme se lève un matin avec son
enfant et tu veux que moi je m’occupe de lui. Jamais.

Moi : Je ne te demande pas de t’occuper de lui. Juste de l’accepter parce que


c’est mon fils et le frère de Coralie.

Amélie : Coralie n’a aucun frère. Les seuls frères et sœurs qu’elle aura seront
ceux qui sortiront de mon ventre. Pas un bâtard.

Moi (me levant) : Je t’interdis de parler de la sorte de mon fils. Que tu le veuilles
ou non il est le fruit de mes entrailles et je n’ai pas l’intention de l’abandonner.

Amélie : Fais ce que tu veux mais je ne veux pas le voir dans ma maison.

Moi : Cette maison c’est moi qui la paye et j’en suis le chef alors je décide qui
entre et qui sort. Mon fils viendra ici autant de fois que je le voudrai.

Amélie : S’il vient je pars. Tu m’entends Darnell ? Tu vas devoir choisir entre
lui et moi.

Moi : Ne t’aventure pas sur ce terrain au risque d’en sortir perdante. Je te laisse
te calmer.

*Mona
*LYS

Depuis trois jours Amélie fait une grève à la maison. Elle ne m’adresse plus la
parole, ne s’occupe plus de la maison qui est devenue toute sale, ne prend plus
soin de Coralie et elle refuse même de faire la cuisine. Elle m’a lancé à la figure
de dire à la mère de mon fils de venir tout faire à sa place puisque je veux lui
imposer son fils. Pour éviter les histoires, j’ai décidé de sortir avec Coralie
aujourd’hui après avoir fait le ménage. Je l’emmène rencontrer son petit frère
qui va beaucoup mieux. Il sortira cet après-midi. Coralie n’a pas cours ce jour,
ça lui fera donc une balade. Elle adore sortir avec moi. Elle adore sortir mais sa
mère ne le fait jamais avec elle. Je lui ai annoncé qu’elle avait un petit frère. Elle
s’est réjouie et ce matin c’est même elle qui m’a réveillé pour qu’on parte le
voir. J’ai laissé de l’argent à Amélie. Qu’elle fasse ce qu’elle veut.

C’est encore la nounou de Teddy que je trouve à son chevet. Je ne vois plus
Kayla. Ça commence à m’intriguer.

Moi : Bonjour. Elle est où ta patronne ?

Nounou : Chez son papa. Elle a dit qu’elle sera là aujourd’hui pour rentrer avec
Teddy.

Moi : Ok.

Je fais les présentations entre les deux enfants. Coralie ne cesse de sourire. Elle
récupère un des nounours de son petit frère avec lequel elle commence à jouer.
Lui il la regarde un moment avant de la rejoindre. Je passe le temps à répondre
aux messages WhatsApp et Messenger des potentiels clients. Quand nous ne
sommes pas en période de fête, les sollicitations se font un peu rares. Il peut y
avoir des semaines où je peux être sollicité d’un peu partout et d’autres pas du
tout. Mais en période de fête, que ce soit la Pâque, la Tabaski, le Ramadan et les
fêtes de fin d’année, chaque week-end est chargé pour moi. Je fais aussi les
vidéos mais puisque je ne peux faire les deux à la fois, j’ai pris avec moi un
jeune novice apprenti qui m’aide et moi je m’occupe des montages. J’ai foi que
je m’en sortirai.

« Bonjour. »

Je tourne la tête vers la porte. Kayla est là. Je ne sais pas si je vois mal mais j’ai
l’impression qu’elle a mauvaise mine. Elle a même perdu du poids.
Moi : Comment vas-tu ?

Kayla : Ça peut aller.

Remarquant la présence de Coralie qui joue avec Teddy, elle se met à sourire.

Kayla : Oh tu es venu avec elle ? Comme elle a grandi.

Moi : Elle était impatiente de rencontrer son petit frère.

Son sourire s’agrandit. Elle se rapproche de Coralie et entame une discussion.


Ma fille me regarde timidement. Elle ne la reconnait plus. Normal, elle n’avait
que 1 an quand elle l’a vu pour la dernière fois. Le Docteur nous libère enfin. Je
propose qu’on aille passer un peu de temps au glacier. Je n’ai pas grande chose à
faire aujourd’hui. Kayla accepté à la seconde où je fais la proposition. Elle a
aussi besoin de détente à ce que je vois. La nounou rentre à la maison avec les
affaires du petit. Installés autour d’une table, nous regardons les enfants discuter
comme des vieux amis en dégustant leurs glaces. Je tourne les yeux sur Kayla et
je n’arrête pas de penser qu’elle ne va pas bien. Elle sourit certes aux enfants,
mais je la sens préoccupée.

Moi : Tu es sûre que tu vas bien ?

Kayla (me regardant) : Oui ! Pourquoi ?

Moi : Je ne sais pas. T’as pas l’air bien. Il est où ton mari ?

Elle secoue la tête désespérément.


Kayla : Perdu dans la nature. Il a pris la tangente après qu’un mandat d’arrêt ait
été lancé contre lui. Il serait un truand. La justice nous a tout pris, même la
maison et les comptes en banques. Je suis retournée vivre chez mon père.

Moi : Je suis navré.

Kayla : Tu n’as pas à l’être. Je subis les conséquences de mes choix. Je me


retrouve à tout reprendre de zéro puisque mes boutiques ont été mises sous
scellé. Je ne sais pas quand les enquêtes prendront fin pour savoir si on me les
redonne ou pas. Je ne sais vraiment pas ce que j’aurais fait si mon père n’était
pas là.

Moi : Tu t’en sortiras j’en suis certain. Je te sais bosseuse. Si tu as pu ouvrir des
boutiques une fois, tu peux le refaire. Tout vient de ta tête donc ce n’est pas si
grave.

Kayla (souriant timidement) : Merci ! Ça me soulage que tu me parles de


nouveau après tout ce qui s’est passé.

Moi : Je ne veux pas avoir à élever mes enfants dans les rancœurs. Ça ne sert à
rien de toutes les façons.

Kayla : Merci !

Elle pose sa main sur la mienne. Mon regard s’attarde sur ce geste. Le contact de
nos mains ravive des souvenirs en moi. Je reviens à moi quand des bruits
s’élèvent près de nous. Quand je tourne la tête je vois Amélie qui se tape dans
les mains en hurlant.

Amélie : Hééééé, je vous ai attrapé. Donc c’est ça là affaire de ton fils là ? Je


savais que c’était un piège pour me tromper.
Moi : Que fais-tu ici ?

Amélie : Toi que fais-tu ici avec cette pétasse voleuse de mari d’autrui ? (A
Kayla) Donc c’était ton plan ? Attirer mon mari dans tes filets en prenant pour
excuse ton fils ? Mais tu as menti. Darnell m’appartient et jamais je ne le
laisserai à une autre encore moins une dévergondée comme toi.

Kayla : Darnell maîtrise la !

Je me lève et rejoins Amélie. Toutes les têtes sont tournées vers nous. Elle est en
train de faire ce que je déteste de toutes mes forces. Me donner en spectacle.

Moi : Amélie tu m’arrêtes ça maintenant.

Amélie : Pourquoi ? Tu ne veux pas que je remette cette chose à sa place.

Elle renverse le pot de glace de Kayla sur elle. Teddy se met à pleurer. Coralie le
rejoint. Ils sont apeurés.

Amélie : Toi et ton bâtard de fils restez loin de mon mari.

Kayla devient rouge de colère. Elle se lève et assène une claque magistrale à
Amélie.

Kayla : Plus jamais tu n’oses parler ainsi de mon fils, fille de bas quartier.
Estime-toi heureuse que Darnell te reprenne avec ton comportement de fille de
trottoir.

Amélie : Moi fille de trottoir. Pute que tu sois.


Voyant que je ne peux pas la calmer, je décide de la faire sortir. Elle continue de
bavarder et ne remarque pas que j’ai arrêté un taxi.

Moi : Tu rentres à la maison.

Amélie : On rentre ensemble sinon je ne bouge pas.

Moi (haussant le ton) : J’ai dit tu rentres maintenant.

Je la pousse presque dans le taxi avant de claquer la porte et de donner un billet


au chauffeur. Je retourne près de Kayla qui a pu calmer les enfants. Elle nettoie
la tâche de glace sur son haut.

Moi : Je suis vraiment désolé.

Kayla : Comment tu as pu te remettre avec cette folle sans cervelle ?

Moi : Que voulais-tu que je fasse après que tu aies accepté la demande en
mariage d’un autre sous mes yeux alors que la veille, nous avions fait l’amour ?

Elle stoppe son geste. Elle devient confuse.

Kayla : Je suis désolée pour ça. Je suis consciente de t’avoir fait du mal.

Moi : Oublions !

Je rentre à la maison avec Coralie qui s’est endormie dans mes bras. Je suis
accueillie par la mère d’Amélie qui tire la tronche. Amélie fait de même, assise
près d’elle. Je la salue au passage. Je vais faire dormir la petite dans le seul lit de
la maison et reviens vers ma belle-mère.
Moi : Sois la bienvenue maman. Quelles sont les nouvelles ?

BM : Je suis venue te dire que je n’aime pas la façon dont tu traites ma fille.

Moi : Qu’ai-je fait ?

BM : Elle m’a dit que tu veux lui imposer un fils que tu as eu dehors. Mon fils,
quand tu es venu faire le Kôkôkô, tu ne nous a pas dit que tu avais un fils avec
une autre femme et maintenant tu veux qu’elle élève l’enfant d’autrui ? Est-ce
que tu l’as marié pour lui faire subir ça ?

J’ai plus d’une fois dit à Amélie que j’avais horreur qu’elle parle de nos
problèmes de couple à ses parents. Je déteste qu’on s’ingère dans ma vie.

Moi : Je pense qu’il y a eu un problème de communication. Je n’ai rien voulu lui


imposer. Je lui ai juste dit que j’ai découvert l’existence d’un fils que j’aurais eu
bien avant qu’elle et moi ne reprenions. J’ai signifié que je voulais faire partie
de sa vie donc qu’elle, en tant que ma future femme, devrait m’aider à lui
donner une famille.

BM : Si tu veux qu’elle le fasse, épouse-la d’abord.

Moi : Nous avions déjà prévu faire la dot pour le mois de Novembre.

BM : Remets ça donc au mois prochain.

Je souris pour camoufler la colère qui commence à pointer son nez.


Moi : Je ne le peux pas. Nous avions déjà un programme et Amélie ne cesse de
me dire qu’elle veut qu’on se prenne une maison plus grande pour que Coralie
ait sa chambre. Tout ça, ça demande de l’argent que je suis en train de mettre de
côté.

Amélie : Donc tu sais que la maison est petite et tu veux ajouter un autre enfant.
Il va dormir où ?

Je l’ignore de peur de lui dire une parole blessante.

BM : En tout cas le père de ta femme te donne jusqu’à la fin de ce mois pour


choisir une date plus proche pour la dot sinon il récupère sa fille. Jusqu’à ce que
tu te décides, tâche de ne pas faire souffrir ma fille en lui imposant ton fils. Je
demande la route. Je veux mon transport.

Je regarde Amélie. Je secoue la tête et sors de la poche arrière de mon jeans mon
porte-monnaie duquel je sors un billet de cinq mille.

Amélie : C’est cinq mille tu vas donner à ma maman ? Darnell c’est quelle
foutaise ça ?

Cette fille, je sens que je vais la faire sortir d’ici par les cheveux. Je commence
sérieusement à ne plus la supporter. Je donne un billet de dix mille à sa mère.
Les deux sourient. Amélie ne sait pas que c’est l’argent de ses cheveux que je
viens de donner à sa mère. Si elle pense que je roule sur de l’or, je vais lui
prouver le contraire.

*Mona
*LYS

Puisqu’Amélie refuse que j’emmène Teddy à la maison, c’est moi qui viens le
voir presque tout le temps chez son grand-père où il vit avec sa mère. Je trouve
même que c’est mieux ainsi parce que je ne sais pas ce qu’Amélie est capable de
lui faire. Je viens le voir tous les jours pour que nos liens se resserrent. Il ne
m’appelle pas encore papa, mais il s’est déjà habitué à moi. Il demande à ce que
ce soit moi qui le mette au lit.

Moi : Je crois que je vais rentrer maintenant.

Kayla : Papa se plaint que tu ne dines jamais avec nous.

Moi : Je dois vite rentrer pour être débout tôt. C’est lorsque je finis le boulot que
je viens ici.

Kayla : Juste pour ce soir. S’il te plaît. Ça ferait plaisir au petit.

Moi : Ok.

Kayla : Merci.

Elle me conduit dans la salle à manger. Son père, un monsieur très sympathique,
nous rejoint. A chacune de mes visites, il discute avec moi comme si nous étions
d’anciens potes. Teddy dine en restant assis sur mes jambes. Lorsque nous
terminons, je vais le mettre au lit.

Moi : Bonne nuit champion.

Teddy : Bonne nuit papa.

Je souris. J’ai un baume au cœur. Je le serre très fort dans mes bras avant de le
laisser à sa nounou qui va lui lire une histoire. Les choses des blancs. Kayla
m’accompagne jusque sur la grande voie où je dois emprunter.
Moi : Tu devrais rentrer maintenant. Teddy doit te chercher.

Kayla : Ok. Rentre bien.

Elle se rapproche de moi et m’embrasse la joue. Ses lèvres se posent vraiment


très proche de la commissure de mes lèvres. Elle tourne son visage beaucoup
trop près du mien. Nos souffles se mélangent. Cette proximité entre nous me
dérange. Ça me met dans une situation dans laquelle je ne voulais plus jamais
être. Elle rapproche encore plus ses lèvres des miennes en me fixant droit dans
les yeux. Quand elle est sur le point de m’embrasser, je détourne la tête.

Moi : Non ! Plus de ça s’il te plaît.

Kayla : Je suis désolée. Ça a été plus fort que moi.

Moi : Ecoute, contentons-nous juste d’être les parents de Teddy. A propos, je


voulais te dire que, j’aimerais commencer les démarches pour qu’il porte mon
nom.

Kayla : Je soutiendrai cette démarche.

Moi : Ok. Je vais y aller.

Je hèle le premier taxi que je vois. J’arrive à la maison une heure de temps plus
tard. Les bouchons n’ont pas facilité la circulation. J’entre à peine dans la
maison qu’Amélie me tombe dessus.

Amélie : C’est à cette heure que tu entres ? Darnell, à 20h ?


Moi : Il y avait les bouchons.

Amélie : Ne me prends pas pour une truite. Tu étais surement en train de


roucouler avec l’autre connasse.

Moi : J’ai dit d’arrêter de dire de gros mot dans cette maison. Je ne veux pas que
Coralie prenne cette mauvaise habitude.

Je jette un coup d’œil sur la table à manger. Il n’y a aucun repas dessus.

Moi : Coralie a mangé ?

Amélie : Je te parle d’autre chose et tu me demandes si Coralie a mangé.

Moi : C’est la seule qui a de l’importance pour moi. Qu’a-t-elle mangé ?

Amélie : Des céréales.

Moi : Des céréales ? Où est passé l’argent du marché ? Non laisse tomber. Je
vais me coucher.

Je suis réveillée par une sensation étrange. Quand j’ouvre les yeux je vois
Amélie qui a mon membre dans sa bouche. Je la laisse faire. Ça faisait un
moment que nous n’avions pas fait l’amour. Trop de dispute. Je tire ma main
vers le tiroir dans lequel je sors un préso.

Amélie : Tu n’as pas besoin de ça. Je prends la pilule.

Moi : C’est pour plus de prudence.


Je me protège et la tire sous moi. Nous passons les minutes suivantes à nous
envoyer en l’air en faisant attention à ne pas réveiller Coralie bien qu’elle dorme
sur son petit matelas en bas près du lit. Quand nous terminons, je tombe tout
repus sur le lit. Amélie retire la capote remplie de ma semence pour aller la jeter
dans les toilettes. Je reste coucher le temps de reprendre. Mais un élément fait
tilt dans ma tête. C’est la première fois depuis que nous avons repris qu’Amélie
décide de me débarrasser du préservatif. La dernière fois qu’elle l’a fait, Coralie
est née. Je bondis du lit et par surprise ouvre la porte. Elle panique. La capote
tombe de ces mains. Quand elle me voit, elle referme ses jambes. Je le savais.

Moi : Qu’étais-tu en train de faire ?

Amélie : Ri… rien. Je ne faisais rien, je te jure.

Moi : Tu me refaisais le même coup. Amélie, tu étais en train de refaire la même


chose.

Amélie : Mais je veux un deuxième enfant.

Moi : NON MAIS TU T’EN FICHES DE CE QUE JE PEUX BIEN VOULOIR


MOI.

Je souffle en tournant sur moi-même. Il faut que je me calme. Je ramasse la


capote et la fais disparaitre dans le wc. Je ressors et me remets au lit. Je préfère
ne pas prendre de décision hâtive. Il est déjà jour. Je dois me préparer pour me
rendre au studio.

Amélie : Je suis désolée.

Je l’ignore. Il me faut dormir un peu. Je me réveille une heure de temps plus


tard. Je prends une douche et me rends au salon. Coralie dort encore. C’est le
week-end, elle n’a donc pas cours. Je suis surpris de remarquer que la table à
manger a été dressée. Amélie ne fait jamais de petit déjeuner. Elle fait
d’habitude la grasse matinée. Quelle mouche l’a piqué ? Pour être sûr que c’est
vraiment elle qui a fait la table je me rends dans la cuisine. J’avance doucement
et je la vois mettre une poudre dans un verre de jus. Elle chuchote ensuite
dessus.

Moi : Que fais-tu ?

Elle sursaute. Elle cache dans son dos le reste de la poudre dans un sachet.

Amélie : Je te faisais à manger.

Moi : Qu’as-tu mis dans le jus ?

Amélie : Oh, c’est juste du sucre. Il n’y en avait pas assez.

Moi : Bois-le donc.

Amélie : Quoi ?

Moi : J’ai dit de boire si ce n’est que du sucre. Bois maintenant.

Elle se met à trembler. C’est bien ce que je pensais.

Moi : Tu cherchais à m’envouter.

Amélie (pleurant) : Je te demande pardon. Je suis désespérée. J’ai peur de te


perdre.
Moi : Donc la solution c’est de m’envouter c’est bien ça ? Amélie ! J’ai supporté
ton sale caractère, j’ai supporté ta mauvais gérance de la maison, j’ai supporté
que tes parents s’immiscent dans notre couple. Mais là je dis non ! Je ne peux
l’accepter. Tu prends tes bagages et tu retourner chez tes parents. Je viendrai les
voir plus tard pour leur annoncer officiellement que c’est fini.

Amélie : Tu ne peux pas me faire ça. J’ai trop supporté dans cette relation pour
que tu me jettes aussi facilement.

Moi : Je ne veux pas faire d’histoire.

Amélie : C’est pour elle que tu veux me quitter c’est ça ?

Moi : Si je voulais te laisser pour elle, je l’aurais fait dès le premier jour où je
l’ai revu. Le problème ce n’est pas elle, mais toi.

Amélie : Darnell je ne vais nulle part. Il va falloir me tuer pour me faire sortir
d’ici.

Moi : Ok. Dans ce cas je pars avec ma fille. On verra si tu pourras gérer le loyer.

Je marche vers la chambre quand elle s’y précipite avant moi. Avant que j’y
arrive à mon tour, elle ressort avec deux feuilles en main.

Amélie : Ce sont les extraits de Coralie. Si tu me chasses de cette maison, ça


signifie que tu me chasses aussi de sa vie. Je renonce à être sa mère.

Moi : Parce que tu penses être une mère pour elle ? Ton chantage ne marchera
pas. Fais ce que tu veux.
Croyant qu’elle blague, je suis surpris lorsqu’elle déchire les actes de naissance
de Coralie. Elle l’a vraiment fait ? Non mais cette fille est malade. Elle a un
sérieux problème.

Amélie : Je retourne chez mes parents, mais cette fois crois-moi, pour me
ramener ici, il va te falloir me mettre la bague au doigt sinon c’est mort.

Elle rentre dans la chambre. Je la suis et la regarde ranger ses affaires assis sur le
lit. Elle fait du boucan jusqu’à réveiller la petite. Je la prends sur mes jambes et
elle reprend le somme.

Amélie : Tu vas me regretter et lorsque tu viendras me lécher les pieds, il sera


trop tard.

Elle sort et claque la porte. Coralie sursaute dans mes bras. Je la serre.

Moi : Chuut !!! Papa est là.

Cette fois c’est décidé. Plus de femme dans ma vie. J’ai déjà deux enfants, un
héritier et une princesse. Ça me va. Les femmes, c’est bon. J’en ai eu ma dose.
Episode 7

VANESSA

Je n’avais pas vraiment réfléchis lorsque j’ai pris cette décision. Mais
maintenant que je vois ces tests de grossesse positifs, je me dis que j’ai vraiment
fait n’importe quoi. Comment ai-je pu prendre frauduleusement la semence d’un
homme pour m’inséminer ? J’ai même impliqué un Docteur qui pourtant est
réputé pour bien faire son travail sans tomber dans les magouilles. J’ai merdé.
Mais là je ne peux plus faire marche arrière. Je suis bien enceinte de Khalil. Je
suis d’une part heureuse que l’insémination ait marché et que j’aurai un enfant
avant la ménopause. Mais je me sens mal vis-à-vis de Khalil que j’ai de nouveau
trahit en lui volant sa semence. Je suis heureuse de porter l’enfant de l’homme
que j’aime mais malheureuse parce qu’il me détestera s’il apprenait comment
s’est arrivé. Alors le mieux c’est qu’il ne sache jamais. Je vais vivre avec ce
secret toute ma vie.

Je jette les tests de grossesse, prends ma douche et me préparer pour le boulot.


Mais avant je dois fais un tour à la clinique pour une échographie. Je veux être
sûre que tout se passe bien dans mon ventre. En entrant dans le bureau du
Docteur, je me rends compte qu’il s’agit de Laurence, l’ami de Zoé. Le voir me
rend tout de suite nostalgique. Elle me manque cette petite. Elles me manquent
toutes d’ailleurs. J’aurais voulu qu’elle soit là pour me dire ce qu’elles pensent
de ce que j’ai fait. Je n’aurais pas dû leur dire tout ce que j’ai dit. Je ne le
pensais même pas. Je ressentais juste le besoin d’évacuer cette peine que j’avais
de voir Khalil avec une autre.

A voir la tête que fait Laurence, je crois qu’il m’a aussi reconnu. Il me fait signe
de la main de m’asseoir en terminant sa conversation téléphonique. Il finit par
raccrocher.

Laurence : Vanessa, c’est bien ça ?


Moi : Oui. Bonjour Laurence.

Laurence : Comment te portes-tu ?

Moi : Bien. J’ai un début de grossesse. Je suis venue m’assurer que tout va bien.

Laurence : Nous allons donc nous rendre dans la salle à échographie.

Moi : Ok.

Je le suis dans la salle juste à côté. Le gynécologue principal n’est pas encore
arrivé. Il me montre une petite forme sur l’écran. J’en suis émue. J’ai un bout de
Khalil en moi. Le seul homme que j’ai jamais aimé. Le seul qui a réussi à se
mettre entre mes ambitions et moi. Je donnerai tout pour qu’il soit là en ce
moment même. Laurence m’informe que le bébé se porte à merveille. Je lui
explique mon état de santé. Il me rassure encore que cela n’aura pas d’impact
sur le bébé vu que la ménopause n’est pas encore effective. Il n’y a juste que des
traces. Il me conduit à une sage-femme pour une consultation en profondeur. Il
préfère ne pas le faire pour éviter la gêne. Quand je finis je reviens dans son
bureau lui dire au revoir.

Moi : Au fait, tu as des nouvelles de Zoé ?

Laurence : Euh non. Je crois qu’elle s’est installée en France après son mariage.

Moi : Ah ok. Elle nous avait tout dit concernant la petite. Je suis vraiment
désolée que les choses ce soient passées de la sorte.

Laurence : Chacun fait ses choix dans la vie. On y peut rien.

Moi : Alors comment va la petite ?


Laurence : Parfaitement bien. Une vraie boule d’énergie. Je sens que les voisins
finiront par se plaindre de ses bruits.

Je souris. Je lui souhaite une bonne journée. Je me rends maintenant au boulot


où un tas de dossier m’attend. Je me caresse le ventre chaque deux minutes ne
réalisant toujours pas que je suis enceinte. Je vais être maman. Je sais qu’avoir
un bébé demandera plus de temps à lui consacrer et moins de temps à travailler,
mais n’ai-je pas assez travaillé ces dernières années ? Il est temps que je pense à
construire ma vie. Je ne supporte plus cette solitude. Je veux avoir une famille.
Pouvoir profiter de mon argent avec eux. Faire des voyages, des sorties, offrir
des cadeaux. Bref, faire tout ce qu’il y a à faire avec sa famille. Et si je renouais
le contact avec Khalil ? Il y a peut-être des chances qu’il ait encore un peu de
sentiment pour moi. Peut-être que si je lance une opération séduction et
récupération, il retombera amoureux de moi. Je ne veux aucun autre homme que
lui. Je ne peux pas me mettre avec un autre alors que c’est lui que j’aime. J’ai
vraiment été stupide de l’avoir laissé me filer entre les doigts. Mais je vais
prendre le risque de me rapprocher de nouveau de lui.

Chantal : Vanessa, il y a Mme KEITA qui est là ?

Moi : La même ?

Chantal : Ouais.

Moi : Ok fais-la entrer.

Je souffle quand Chantal ressort de mon bureau. J’espère qu’elle s’est trouvée
une solution. Je n’ai vraiment pas envie de m’occuper de son dossier. Comment
une femme peut-elle foutre autant de bordel dans son mariage ? Elle apparait
aujourd’hui avec son ventre qui pointe un peu. Quand je pense que son mari est
certainement heureux que sa femme porte “son troisième enfant’’.
Mme KEITA : Bonjour Maitre HOUSSOU.

Moi : Bien le bonjour Mme KEITA. Que me vaut l’honneur de votre visite ?

Mme KEITA : Disons que j’ai suivi vos conseils et j’ai réglé le problème moi-
même de sorte à ce que tout le monde en sorte gagnant.

Moi : Et ?

Mme KEITA : Parfait, mon amant, vit en ce moment avec nous.

Moi : Pardon ?

Mme KEITA : Je lui ai proposé de venir vivre chez nous pendant un à deux
mois durant lesquels il nouera des liens avec ses enfants comme ça quand il le
désirera il pourra venir les voir et eux pourront aussi passer du temps chez lui.
J’ai dit à mon époux que c’était un cousin venu de l’Europe pour s’installer
définitivement en Côte d’Ivoire. Donc le temps qu’il se trouve un logement, il
restera avec nous. Je ne vois pas de raison que mon mari refuse que “mon
cousin’’ vienne voir “ses neveux’’ de temps en temps et vice versa.

Elle me fait un sourire. Cette femme est sérieuse ? Je suis choquée d’autant
d’ingéniosité de sa part. Autant de mauvaise ingéniosité je dois dire.

Mme KEITA : J’ai tenu à vous informer pour qu’en cas de retournement de
situation vous sachiez comment défendre mes intérêts.

Moi : Ecoutez, je suis désolée, mais je serai dans l’incapacité de vous défendre.
Je m’en sens incapable.
Mme KEITA : Ok c’est comme vous voulez. Finalement, je ne pense même ne
plus avoir besoin de vos services. Je peux tout gérer. Je dois maintenant y aller.
Bonne journée à vous.

Elle ressort sans perdre de temps. Elle est folle. Vraiment folle. Bref, je préfère
ne plus penser à elle. Je reçois un appel de mon patron qui me demande dans son
bureau. Je m’y rends.

Patron : Tu te souviens de Khalil ? L’ami de ma fille Joyce que vous avez


rencontré il y a deux ans chez moi le jour de la Noël ?

Mon cœur rate un battement.

Moi : Oui Monsieur.

Patron : Il donne une soirée demain dans son entreprise qui prend une grande
tournure. Ma femme étant occupée, je voudrais y aller avec toi. Si bien-sûr tu
n’as rien de prévu.

Comment aurais-je quelque chose de prévu lorsqu’il s’agit de revoir Khalil ?

Moi (excitée) : Non monsieur. Je suis partante.

Patron : Ok. Attends je te note l’adresse sur un bout de papier.

Il griffonne quelque chose sur du papier qu’il me tend. C’est le cœur joyeux que
je ressors de son bureau. Je vais enfin avoir l’occasion d’être proche de lui. Je ne
vais pas me jouer celle qui est trop sérieuse et qui attend que l’homme fasse le
premier pas. Je le connais, il me connait. Pas besoin de protocole. Je vais faire le
premier pas sans me gêner. Quand je vois le numéro de ma mère s’afficher sur
l’écran de mon portable, je souris deux fois plus. Je coupe et la rappelle. Je ne
veux pas qu’elle gaspille ses unités.
Moi : Allô ma petite maman.

« Maman : Tu m’as l’air heureuse. Je suis contente. »

Moi : J’ai une bonne nouvelle à t’annoncer. Non, plutôt deux.

« Maman : C’est quoi ? »

Moi : Un, je suis enceinte.

« Maman : Hein ? Vraiment ? »

Moi : Oui maman.

« Maman : Wééééh, je vais être grand-mère ooohh. Enfin je vais entendre pleurs
de bébé dans la maison de mon enfant. Je vais venir à la fin de ce mois avec les
feuilles pour te purger. On doit sécuriser l’enfant. »

Je ne fais que rire face au bonheur de ma mère. Je le savais que ça la réjouirait.

Moi : Tu ne m’as même pas demandé qui était le père.

« Maman : Ah je sais que tu es trop compliquée pour te laisser enceinter par un


vaurien. Je sais déjà que c’est un bon type ooh. »

J’éclate de rire.
Moi : Oui tu as raison. La grossesse est de Khalil.

« Maman : Wééé, mon joli petit mari est de retour. Vous vous êtes donc
réconciliés ? »

Moi : Pas vraiment. Mais j’ai aussi décidé de tout arranger avec Khalil. Je vais
faire tout ce qui est en mon pouvoir pour le récupérer. Tu avais raison maman, il
est l’homme qu’il me faut.

« Maman : Je suis heureuse que tu aies enfin compris. »

Moi : Merci beaucoup maman pour tes conseils.

« Maman : C’est parce que je t’aime et tu es mon seul enfant. Je serai toujours
avec toi. »

Moi : Merci maman. Je t’aime aussi.

*Mona
*LYS

J’ai mon cœur qui saute dans tous les sens quand j’arrive devant l’entreprise de
Khalil. Je stresse à l’idée de le voir. Comment est-ce qu’il réagira en me
voyant ? Sera-t-il aussi froid qu’il y a deux ans ? Ou aura-t-il déjà tout oublié ?
Je l’espère bien. J’espère qu’il me facilitera la tâche. J’appelle mon patron qui
vient me chercher à l’entrée. Le lieu est magnifique. Les meubles, la peinture, la
déco, tout est magnifiquement bien choisi. C’est du Khalil tout craché. Nous
arrivons enfin à la salle où la soirée bat son plein. Je suis arrivée pile poil au
moment du cocktail. Je commençais même à avoir faim. Je cherche du regard
Khalil. Je ne mets pas longtemps à l’apercevoir dans un coin de la salle en pleine
discussion avec deux hommes. Mon cœur reprend son sprint. Il est encore plus
beau que lorsque je l’ai vu en France. Tout en grignotant les amuse-bouche,
j’essaie de placer dans ma tête les phrases que je pourrais lui dire pour faire
passer la gêne. Quand je me sens prête, je marche vers lui. Je suis vite stoppée
dans ma marche par une remontée de nourriture. Non pas maintenant. Je
demande les toilettes à mon patron qui me les indique hors de la salle. J’y cours
et verse tout ce que je viens d’avaler. Bébé n’est pas d’humeur à manger ce soir.
Quand je finis de tout vomir, je me rends compte qu’il y a des gens dans l’une
des toilettes qui font l’amour.

L’homme : Ton mari ne te fait pas ça hein ?

La femme (gémissant) : Non ! Il n’est pas aussi compétent. Oui continue, plus
fort. Plus fort. Je t’aime bébé.

Je suis écœurée. Je sors me laver les mains dans l’un des lavabos. Je ne peux pas
m’empêcher d’entendre ce qu’ils se disent. Je crois qu’ils ont enfin terminé.

L’homme : Il part quand en voyage ?

Femme : Dans deux jours. La maison sera toute à nous.

L’homme : Pourquoi tu ne le tues pas pour que nous soyons enfin ensemble sans
avoir à nous cacher ?

Femme : Je ne suis pas une criminelle.

L’homme : Dans ce cas prend lui autant d’argent que possible pour que nous
quittions le pays avec nos enfants. J’en ai marre qu’ils l’appellent papa.

Femme : Je préfère cette idée. Mais laisse-moi y réfléchir. Je ne veux prendre


aucun risque.
L’homme : Ok. Mais et si on rentrait maintenant pour continuer ce que nous
avons commencé. La soirée va durer encore quelques bonnes heures avant qu’il
ne rentre.

Femme : Ok.

Quand je les entends ouvrir la porte, je sors en courant me cacher dans les
toilettes où j’ai vomi tout à l’heure. La curiosité me pousse à légèrement ouvrir
la porte afin de voir les deux amants. Grande est ma surprise de voir cette
femme, Mme KEITA, qui était venue au cabinet demander mes services. Je
conclu que l’homme c’est son fameux amant. Cette femme est vraiment décidée
à faire du mal à son mari. Quand ils sortent, je me lave les mains, la bouche et
sors à mon tour. Je marche à une bonne distance derrière eux. Je les vois entrer
dans la salle où se tient la soirée. Je fais de même en les chassant de mes idées.
Ils ne sont pas ma priorité ce soir. J’ai une mission et je dois la mener à bien. Je
cherche du regard Khalil. Il est encore là. Je prends une bouteille d’eau minérale
dont je vide la moitié. J’entends quelqu’un m’appeler derrière. Je me retourne et
tombe sur Mme KEITA.

Moi : Bonsoir Mme.

Mme KEITA : Je suis surprise de vous voir ici.

Moi : J’accompagne mon patron. Et vous ?

« Chérie ? »

Khalil apparait derrière elle. Il parait choqué en me voyant mais il se reprend


très vite. Il enlace la femme en face de moi. Cette dernière lui pose un baiser sur
les lèvres. Je remarque une alliance sur le doigt de Khalil. Je tombe des nues.
C’est… sa femme ?

Mme KEITA (à Khalil) : Je me sens épuisée. Je vais rentrer.


Khalil : La soirée n’est pas encore terminée.

Mme KEITA : Je sais mais tu sais avec le bébé c’est difficile de tenir longtemps
debout.

Khalil : Oui tu as raison.

Mme KEITA : Je vais demander à Parfait de me raccompagner.

Khalil : Ok.

Ils s’embrassent de nouveau. Elle part ensuite avec son amant. Je commence à
me sentir mal quand elle part avec son amant. Je n’arrive pas à croire mes yeux.
Cette femme si vile, si manipulatrice, si dépourvue de morale, c’est la femme de
Khalil. Mon Khalil. Je ne sais pas ce qui me choque le plus. Le fait de savoir
qu’il est marié, le fait de savoir que je suis enceinte d’un homme marié ou le fait
de savoir qu’il est marié à cette femme dont je connais la vie secrète. Je
commence à me sentir faible. Je cherche un mur sur lequel m’appuyer.

Khalil : Vanessa tu vas bien ?

Moi : J’ai ma tête qui tourne.

Khalil : Attends que je t’aide.

Il m’attrape à peine le bras que je m’écroule.

J’ouvre un œil après l’autre. Je jette un coup d’œil à la pièce essayant de deviner
où je suis. Je suis dans un bureau. Le bureau de Khalil à en juger sa grande
photo accroché au mur tenant un trophée en main. Je tourne la tête. Il est là,
assis dans un fauteuil, manipulant son portable. Il a retiré sa veste. Comme il est
beau. J’ai envie de gouter à ses lèvres. Je me relève doucement. Il vient vers
moi.

Khalil : Hé doucement. Ça va tu peux rester assise ?

Moi : Oui. Merci.

Khalil : Un Docteur t’a examiné. Il dit que tu as eu une hausse de tension. Tu as


des problèmes de santé ?

Moi : Non. Je vais bien. Ce doit être la fatigue.

Khalil : Je devine.

Moi : Je suis désolée d’avoir gâché ta soirée.

Khalil : Tu n’as rien fait.

Nous devenons tous deux silencieux. Qu’est-ce que je fais maintenant de tout ce
que je sais ? Dois-je lui dire toute la vérité ? Ça risque de le détruire. Mais en
même temps, ce serait injuste. Quoi que je fasse, il souffrira.

Khalil : Tu pourras conduire ? Ou tu veux que je t’appelle un taxi ?

Moi : Tu ne proposes pas de me déposer ?

Khalil : Je dois rentrer rejoindre ma femme et mes enfants.


Moi : Ok. Je peux conduire.

Khalil : Bien.

Il se relève et prend sa veste. Je ferme les yeux et lâche la bombe.

Moi : Ta femme te fait cocue.

Khalil (plissant les yeux) : Pardon ?

Moi : Ta femme, elle te trompe. Les enfants ne sont pas de toi.

Khalil : Je rêve ou tu tiens des accusations contre ma femme que tu ne connais


même pas ?

Moi : Je la connais Khalil. Elle a demandé mes services en tant qu’Avocate pour
une histoire entre elle et son amant. Je ne savais pas que c’était ta femme jusqu’à
ce que je la vois t’embrasser ce soir. Je…

Khalil : TU LA FERMES MAINTENANT !

Je sursaute.

Khalil : Pour qui te prends-tu pour essayer de détruire mon mariage ? Tu penses
qu’ainsi je retournerai dans tes bras ? Me prends-tu pour un homme aussi facile
que ça ?
Moi : C’est vrai que mon intention en venant ici c’était pour me rapprocher de
toi et essayer d’arranger les choses entre nous. Mais je te jure sur ma vie que je
te dis la vérité. Son amant, c’est celui qui vit avec vous et qu’elle fait passer
pour son cousin. Il s’appelle Parfait. C’est lui le père des jumeaux et de l’enfant
qu’elle porte. Vous deux êtes incompatibles. Si elle est avec toi, c’est
uniquement pour ton argent. Elle m’a même avoué avoir utilisé des poudres
contre toi pour te pousser à l’épouser. Son amant et elle n’ont jamais rompu. Ils
s’enrichissent sur ton dos. Elle est venue au cabinet parce qu’il menaçait de lui
prendre les enfants et par ricochet tout t’avouer. Elle voulait savoir si c’était
possible d’empêcher cela par la loi. Elle a finalement trouvé une solution. Celle
de le faire venir chez vous comme son cousin pour qu’il se rapproche de ses
enfants. Même ce soir, ils ont couché ensemble dans les toilettes avant de rentrer
sous prétexte de fatigue. Je les ai entendu planifier une fuite hors du pays après
t’avoir pris assez d’argent. Si tu rentres maintenant tu les surprendras peut-être.
Khalil je te jure que c’est la véri…

Il prend un vase qu’il balance contre le mur. Je hurle de frayeur. Il soulève un


des sièges de son bureau qu’il balance de l’autre côté du bureau. Je suis prise de
peur.

Khalil : Comment peux-tu me dire de telles choses ?

Il prend son ordi et le brise contre mur. Cette fois je me relève pour m’abriter
dans un coin.

Moi : J’estimais que tu devais le savoir. Je ne voulais pas qu’elle continue de se


jouer de toi. Tu ne mérites pas ça.

Khalil : Et je mérite peut-être que tu me lances de telles atrocités à la figure ? Tu


es réapparue après deux ans pour me faire encore plus de mal que tu ne l’as déjà
fait ? C’était ça ton objectif ?

Moi : Non ! Je t’aime Khalil et jamais je ne te voudrai de mal.


Khalil : PARCE QUE TU CROIS QU’EN TUANT MON PREMIER ENFANT
TU ME FAISAIS DU BIEN ? TU CROIS QU’EN M’ANNONÇANT QUE MA
FEMME ME FAIT COCU DEPUIS DEUX ANS C’EST POUR MON BIEN ?

Moi : Elle ne te mérite pas.

Khalil (tapant dans le mur) : Toi tu me mérites peut-être ?

Il commence des tours sur lui-même.

Khalil : J’aurais dû te foutre à la porte à l’instant même où je t’ai vu. Je le


sentais que ton retour me porterait la poisse.

Je reçois cette parole comme un coup. Je ne peux m’empêcher de pleurer.

Khalil : Tu n’as pas idée de ce par quoi je suis passé après ta trahison. Mais j’ai
tenu bon. Je me suis relevé plus fort de ce chagrin. Mais tu es revenue encore me
donner un coup de massue détruisant en quelques secondes tout ce que j’avais
construit et qui me permettait de tenir. Tu es revenue foutre le bordel dans ma
vie.

Moi : Je suis désolée. Je pensais bien faire.

Khalil : Et je t’en remercie. Merci de me faire souffrir de nouveau. J’espère que


tu es satisfaite ?

Il sort sans prendre sa veste. Je m’écroule dans le fauteuil en pleurs. Je pense


que je viens de faire une gaffe. Je n’aurais pas dû lui dire de cette façon. J’ai fait
une bêtise. Mais maintenant je ne peux plus revenir en arrière. Je viens de foutre
un mariage en l’air. J’ai violé le secret professionnel. S’il décide de porter
plainte, je risque de perdre ma licence. Mais ce n’est pas ce qui m’inquiète le
plus. Je crains que Khalil ne me déteste indéfiniment cette fois-ci. Je crains
l’avoir perdu à jamais.

Je n’ai pas pu fermer les yeux de la nuit. Je n’ai fait que réfléchir à ce que se
passera par la suite. Je n’ai même pas le numéro de Khalil pour prendre de ses
nouvelles. Une idée horrible m’a traversé hier l’esprit. Et s’il avait fait un
accident. Il n’était pas dans un bon état quand il a quitté le bureau. Je veux aller
demander son contact à mon patron mais j’hésite. Je risque de lui mettre la puce
à l’oreille, surtout que pour lui nous ne sommes que deux inconnus. J’essaie tant
bien que mal de me concentrer sur le boulot mais c’est impossible. Je veux avoir
des nouvelles de Khalil. Je veux savoir comment il va.

Je relève la tête quand quelqu’un entre en trombe dans mon bureau. C’est Joyce,
la fille de mon patron et la meilleure amie de Khalil. Je me lève pour la recevoir
mais la première chose qui vient d’elle c’est une gifle résonnante. Je manque de
tomber. J’en perds mon latin.

Joyce : Tu n’es qu’une sale garce. Comment peux-tu jouer ainsi avec la vie de
mon ami ? Pour qui te prends-tu ?

Moi : Je croyais bien faire.

Joyce : Eh bien maintenant il devenu alcoolique.

Je ferme les yeux et une larme m’échappe.

Joyce : Il avait réussi à reprendre sa vie en main après ton sale coup. Mais tu as
de nouveau tout gâché.

Moi : Je l’ai fait par amour.


Joyce : Amour mon œil. Tu penses que moi je ne l’aime pas ? J’ai grandi avec
lui mais ça ne m’a pas donné le droit de lui balancer l’infidélité de sa femme à la
figure.

Je la regarde avec surprise.

Joyce : Oui je m’en doutais parce que je suis une femme et je sais reconnaitre
une femme infidèle. Seulement je cherchais comment mettre Khalil devant les
faits sans avoir à trop lui faire mal. Mais toi la garce tu viens le lui balancer à la
figure. Tu viens de le briser en mille morceaux. Hier il est tombé sur la pire
scène de sa vie. Sa femme se faisant sauter par son amant. Et tu sais ce qu’il a
fait ? Il a pris un couteau et était à deux doigts de les tuer tous les deux. Si je
n’étais pas arrivée à temps, il serait en ce moment même en prison. Tout ça par
ta faute. J’espère maintenant que tu es satisfaite. Mais écoute-moi bien pétasse,
je vais te le faire payer. Tu vas payer tout le mal que tu as fait à mon meilleure
amie. Attends-toi à moi. N’importe quoi !

Elle sort comme elle est entrée. Je me laisse tomber dans mon siège. Qu’est-ce
que j’ai fait ? Chantal réapparait dans mon bureau et m’informe que le patron
me demande dans son bureau. Je m’y rends le cœur battant. Joyce a dû tout lui
raconter. Il me fait signe de m’asseoir.

Patron : C’est vrai que tu connaissais Khalil bien avant de le rencontrer chez
moi ?

Moi (baissant la tête) : Oui Monsieur.

Patron : Est-ce aussi vrai que tu as reçu sa femme à ton bureau ? Qu’elle t’a
raconté des choses et que tu as tout balancé à Khalil ?

Silence.

Patron : Pourquoi as-tu fait une chose pareille ?


Moi : Je, je l’ai fait par amour, Monsieur. Khalil et moi sortions ensemble, mais
j’ai tout gâché. J’ai fait passer mon travail avant lui et je le rabaissais tout le
temps. Il en a eu marre et s’est barré. J’avais décidé d’arranger les choses entre
nous sans savoir que c’était sa femme, cette femme que j’avais reçu pour un
problème avec son amant. Quand je l’ai découvert, j’ai réagi par instinct. Khalil
avait déjà assez souffert par ma faute dans la passé, j’ai estimé qu’il ne devait
pas subir ça. J’ai voulu le protéger.

Patron : A-t-il dit à sa femme que l’information venait de toi ?

Moi : Je n’en sais rien, Monsieur.

Patron : Si elle le sait, elle risque de porter plainte contre toi ou même contre
nous, et tu sais ce que ça signifie ?

Moi (baissant la tête) : Oui Monsieur.

Patron : Nous risquons de perdre notre prestige. Plus personne ne viendra chez
nous si tout le pays apprend qu’une des avocates a divulgué des informations
d’une cliente. Nous risquons de mettre la clé sous les verrous.

Moi : Je suis désolée.

Patron : Oui moi aussi. Je suis vraiment déçu de toi. Jamais tu n’avais fait une
erreur pareille avant.

Moi : J’aime Khalil, Monsieur.

Patron : Et tu es censé savoir qu’on ne mélange pas vie sentimentale à la vie


professionnelle. Je t’ai toujours apprécié, mais là tu ne me donnes pas d’autre
choix. Si cette femme porte plainte contre toi, je serai dans l’obligation de te
démettre de tes fonctions pour sauver mon cabinet. En plus, tu finiras en prison.
Tu as donc intérêt à prier pour qu’il ne te dénonce pas.

Moi : Encore désolée, Monsieur. Puis-je vous demander l’adresse de Khalil s’il
vous plaît. Je voudrais arranger les choses.

Patron : Je pense que tu ne feras qu’empirer les choses.

Moi : Laissez-moi essayer, et si les choses empirent, je les assumerais.

Il hésite un moment avant de me le donner. Je retourne à mon bureau où la


première chose que je fais c’est d’éclater en sanglot. Je ne suis qu’une conne,
une grosse connasse. C’est Joyce qui a raison. Je ne mérite pas Khalil et je ne
fais que lui faire du mal. J’ai pensé bien faire. J’ai pensé avec mon cœur parce
que je ne voulais pas qu’il continue à être le larbin de ces deux personnes. J’ai
fait ça par amour. J’aurais vraiment dû procéder autrement. Comme je m’en
veux. Tout ce stress agit sur ma grossesse. Je ne me sens pas bien mais je me
dois de rester sur pieds pour régler cette merde que j’ai engendrée. J’ai vraiment
peur que cette femme porte plainte contre moi et le cabinet. Je ne veux pas
perdre ma licence. J’aime travailler. Mais une chose dont j’ai encore plus peur,
c’est que Khalil me rejette définitivement. S’il me déteste pour cette histoire, je
ne sais ce qu’il fera quand il saura que j’ai volé son sperme pour me faire
inséminer et que je suis même enceinte de lui. Je suis la reine des problèmes.
Episode 8

KHALIL

Je ne réponds pas aux coups donnés sur la porte de ma chambre. Je n’ai envie de
parler à personne, je ne veux voir personne. Tout ce que je veux c’est rester
enfermé. J’ai la sensation d’avoir échoué ma vie. Près de deux ans de mariage
basées sur du faux. Ma supposée femme n’a fait que se jouer de moi pendant
que je pensais avoir enfin une famille à moi. Une famille dont j’ai toujours rêvé.
Une femme et des enfants. J’ai cru que tout était posé dans ma vie. Je pensais
enfin avoir eu tout ce que je désirais. Mais ce n’était qu’illusion. Mon mariage
est parti en éclat en une seule soirée. Tous mes espoirs, mes rêves, mes projets,
tout est parti en éclat. Comment je me retrouve de père de deux enfants à
homme sans aucun enfant ? Ma vie a basculé en une fraction de seconde. Je n’ai
pas vraiment cru au discours de Vanessa même si une partie de moi avait des
doutes. Quand je suis rentré chez moi sans faire de bruit et que j’ai plutôt été
accueilli par les bruits que faisait ma femme à profiter de la partie de jambes en
l’air dans notre lit conjugal, j’ai cru mourir. Ma femme couchait dans notre lit
avec son soi-disant cousin. Je n’ai pas eu à leur poser des questions que son
amant m’a tout déballé. C’était exactement ce que Vanessa m’avait dit. J’ai pété
un câble et j’ai été à deux doigts de les poignarder tous les deux. Peut-être que je
l’aurais fait, peut-être pas. J’avais juste envie de prendre le dessus sur eux. Sans
trop réfléchir je les ai tous mis à la porte, les enfants y compris.

On dira que c’est un peu méchant de ma part de mettre aussi les enfants à la
porte avec leur mère mais je me sentais pas capable de les garder en sachant
qu’ils étaient d’un autre. C’est au-dessus de mes forces. Je les aimais pourtant.
Je me voyais en eux, je les couvrais de tout. J’avais mis mon espoir en eux. Mais
c’est mieux ainsi. Plus vite on se sépare mieux ce sera.

La porte s’ouvre sur Joyce.

Joyce : Ok tu te lèves de ce lit et maintenant.


Moi : Sors de ma chambre, Joyce.

Joyce : Ne m’oblige pas à te sortir par tes poils pubiens Khalil KEITA.

Je lui tourne le dos.

Joyce : Tu vas vraiment laisser cette femme te briser ? Elle ne te mérite pas. Elle
ne t’a jamais mérité cette connasse. Elle a toujours été une pute.

Moi : Tu le savais donc ?

Je l’entends soupirer. Elle me rejoint ensuite sur le lit, s’asseyant juste devant
moi.

Joyce : Je n’avais pas de preuve, mais je m’en doutais. Je cherchais justement un


moyen de la prendre la main dans le sac pour t’en parler. Vanessa m’a juste
devancée. En parlant d’elle, que faisait-elle à ta soirée ?

Je me redresse dans le lit.

Moi : Je n’en sais rien. Elle m’a juste parler de renouer les liens.

Joyce : La connasse.

Je pousse un soupir.

Moi : Je me sens vraiment brisé au plus profond de moi.


Joyce : Ne laisse pas ces femmes faire de toi leur pantin. Tu dois leur montrer
que tu es plus fort qu’elles ne le croient.

Moi : Ça m’a fait un choc de la revoir.

Joyce : Si tu me dis que tu es toujours amoureux d’elle, je te donne une taloche.

Je souris. Si je suis encore amoureux de Vanessa ? Je n’ai pas vraiment eu le


temps d’y penser. Mieux, je n’y pense pas. Je n’ai pas l’intention de me remettre
avec elle. Jamais de la vie. Elle m’a fait beaucoup trop de mal. Elle a brisé ma
confiance, et le coup qu’elle vient de me donner, me pousse à la détester encore
plus.

Joyce et moi finissons par nous endormir. Je me réveille avant elle et la couvre.
Elle ne supporte pas la climatisation trop forte. J’éteins donc le climatiseur et
descends retrouver ma mère. Depuis que la bombe a explosé dans mon mariage,
ma mère est venue passer quelque jour avec moi, histoire de s’assurer que je ne
me laisse pas aller. Ma sœur, elle prend de mes nouvelles au téléphone. Elle est
en France en ce moment. Ma mère vient me prendre dans ses bras quand elle me
voit descendre les escaliers.

Maman : Tu t’es bien reposé ?

Moi : Oui maman.

Maman : Où est Joyce ?

Moi : Endormie.

Maman : C’est elle qui devait aller te réveiller et finalement elle dort pour te
laisser.
Je souris. Elle me fait asseoir à table où est dressée la nourriture. Je ne me suis
pas bien nourri depuis le chaos. L’amertume a eu raison de moi. Ma stabilité a
volée en éclat. Avoir une vie privée stable me permettait de mieux me
concentrer sur mon travail. Je le savais que Phanie n’était pas une femme à
épouser. Elle a pour réputation d’être une femme volage. Mais je ne sais ce qui
m’a poussé à la prendre comme femme. Vanessa a parlé de poudre qu’elle aurait
utilisée sur moi. Ce doit être ça. Je n’étais pas fou amoureux d’elle, mais je
l’aimais quand même. J’aimais savoir que j’avais une femme chez moi et des
enfants, que j’avais une famille sur laquelle est plaquée mon nom. Mais, cette
famille n’a jamais été la mienne. C’était juste du faux.

Ma mère se lève de table quand la sonnerie de la maison retentie. Elle revient


sans tarder.

Maman : Chéri, tu as de la visite.

Moi : Qui c’est ?

Maman : Vanessa. Ton ancienne copine.

Moi : Vanessa ? Tu en es sûre ?

Maman : Oui. Je l’ai reconnu.

Je suis surpris parce qu’elle n’est pas censé connaitre chez moi. Je pose ma
fourchette. Je m’essuie la bouche et sors de table. Je pars la retrouver assise au
salon. Elle manipule son portable. Je reste un moment au pas de la porte à
l’observer. Ça aurait dû être elle la maitresse de cette maison. Ça aurait dû être
elle Mme KEITA. Les choses auraient été si parfaites si elle n’avait pas tout
fichu en l’air pour ses ambitions. Las de la regarder, je lui signale ma présence
par un raclement de gorge. Elle se lève en me voyant.
Vanessa : Bonjour Khalil.

Moi : Qu’est-ce que tu fous chez moi ?

Vanessa : Je, euh, je venais prendre de tes nouvelles. Comment vas-tu ?

Moi : Mon état de santé doit être la dernière chose qui doit t’intéresser.

Vanessa : Je…

Moi : Je vais bien. Tu peux retourner chez toi.

Je lui tourne dos.

Vanessa : As-tu dit à ta femme que c’était moi qui avais vendu la mèche ?

Je souris et me retourne.

Moi : Je m’en doutais bien que ta venue n’était due qu’à ton travail. Il n’y a que
ça qui ait de l’importance dans ta vie.

Vanessa : Je…

Moi : Tu as foutu le bordel dans ma vie. Je devrais normalement faire de même


dans la tienne. Mais tu vois, moi je ne suis pas dépourvue de moralité comme
toi. Je ne détruis pas la vie des autres juste pour le plaisir. Maintenant que tu sais
que ton nom n’a pas été cité, sors de chez moi et ne reviens plus.
Elle ferme les yeux. Je ne veux pas être odieux avec elle, mais j’ai besoin de me
défouler sur quelqu’un. D’ailleurs j’en ai marre de la voir. Je lui tourne dos
encore une fois. Juste au moment où j’atteins le seuil de la porte, sa voix se fait
entendre.

Vanessa : Je t’aime Khalil.

Je lui refais face histoire de voir si elle n’est pas droguée par hasard. Elle me
fixe avec détermination.

Vanessa : Je sais que j’ai gaffé il y a deux ans. Je sais aussi que ce n’est pas le
moment, mais si je suis revenue dans ta vie, c’était pour de nouveau me
rapprocher de toi. Je ne savais pas que les choses se passeraient ainsi. Ce que
j’avais prévu te dire ce soir-là c’était que je regrettais le passé, que j’étais prête à
tout pour me racheter, parce que je t’aime plus que tout.

Je glisse mes mains dans mes poches.

Moi : Quand t’en es-tu aperçue ? Lorsque la solitude a eu raison de toi ?

Elle baisse la tête.

Moi : C’est bien ce que je pensais. Si ton travail te comblait, tu ne serais pas là
en ce moment. Tu aurais continué à te contenter de ton travail et des coups d’un
soir, exactement comme à l’époque de notre rencontre.

Vanessa : Tu peux le croire ou non, mais après toi je n’ai plus connu d’homme.
Ce n’est pas faute d’avoir essayé.

Cette déclaration ne me laisse pas indifférent.


Vanessa : Je n’arrive plus à me donner à un autre. Je n’arrive plus à tomber
amoureuse, parce que quand tu es parti, tu es parti avec mon cœur.

Une larme perle sur sa joue. Je n’ai jamais supporté la voir pleurer. Je faisais
tout justement pour qu’elle soit constamment heureuse. J’ai envie de lui donner
une réponse cinglante mais la voir déjà pleurer m’oblige à me taire. Je préfère
m’en aller. Lorsque je lui tourne le dos une troisième fois, j’entends un bruit
derrière. Je me retourne et c’est le corps allongé de Vanessa que je vois. Je me
précipite vers elle. Elle est toute pâle. Ça fait la deuxième fois qu’elle
s’évanouie en ma présence et en moins d’une semaine. Contrairement à la
première fois, je la conduis cette fois à l’hôpital.

Je suis à l’hôpital avec Joyce qui m’a rejoint. Nous attendons devant sa chambre
le diagnostic du Docteur qui vient justement vers nous.

Docteur : C’est vous qui avez conduit la patient Vanessa HOUSSOU ?

Moi : Oui. Qu’a-t-elle ? Ça fait la deuxième fois qu’elle s’évanouie.

Docteur : Elle manque de fer, ce qui explique ses évanouissements et dans son
état ce n’est pas bon. Pour une femme enceinte, elle se doit d’avoir toujours du
fer et du sang.

Moi : Vous avez dit enceinte ?

Docteur : Oui.

Moi : Ok merci Docteur.

Docteur : Pas de quoi. Vous pouvez aller la voir.


Il me laisse seul avec Joyce. Je ne sais pas comment prendre cette nouvelle. Elle
est enceinte.

Joyce : Cette femme est vraiment une garce. Elle porte l’enfant d’un autre et elle
vient te parler d’amour. Pire elle fout ton mariage en l’air.

Je me masse le visage et m’assois. Pourquoi a-t-elle fait une chose pareille ?


Cette femme ne veut vraisemblablement pas me voir heureux.

Joyce : On devrait peut-être rentrer.

Moi : Ok. Laisse-moi aller lui demander si je devais appeler quelqu’un pour lui
tenir compagnie.

Joyce : Ok.

Je marche doucement vers sa chambre. Tous ces évènements qui me tombent


dessus finiront par me rendre dingue. Ma vie était pourtant si bien. Mais il a
fallu qu’elle réapparaisse. Maintenant j’apprends qu’elle est enceinte. Est-ce
qu’elle le sait ? Peut-être que non sinon elle aurait avorté. Sa seule priorité dans
sa vie c’est son travail. Il est donc possible qu’elle enlève encore cette grossesse.
Elle m’avait dit n’avoir connu aucun autre homme après moi. Elle a donc
menti ? Mais ce ne sont pas mes oignons. Le mieux c’est que je reste loin d’elle.
J’approche de sa chambre dont la porte est entrouverte et quand j’entends mon
nom, je marque un arrêt. Je crois qu’elle est en communication.

Vanessa : Khalil me déteste, maman. Il me détestera encore plus s’il apprend


que je suis enceinte de lui.

Je beugue sur sa dernière phrase. Elle est enceinte de qui ?


Vanessa : Maman, je ne t’ai pas dit une chose. Si je suis enceinte de Khalil ce
n’est parce que nous avons eu des rapports. Je suis enceinte de lui parce que je
me suis faite inséminer avec sa semence que j’ai volé à l’hôpital.

Elle éclate en sanglot. Moi je suis complètement sous le choc. Je n’en reviens
pas de ce que j’entends. Elle explique à sa maman en pleurant de plus en plus. Je
crois que mon sang a cessé de circuler dans mes veines. Comment a-t-elle pu
faire une chose pareille ? Comment une femme peut-elle être ainsi dépourvue de
sens ? Pris de colère j’entre brusquement dans la chambre. Elle raccroche dans
un sursaut. A l’aide d’un mouchoir elle se nettoie le visage.

Moi : J’ai tout entendu de ta conversation. Mais j’ose croire que c’est un
mensonge. Tu n’as pas osé te faire inséminer avec ma semence ?

Vanessa : Je suis désolé Khalil.

Moi : Merde !

Je cogne dans le mur derrière moi.

Vanessa : Je te demande pardon. J’étais désespérée.

Moi : Qu’est-ce que tu me veux à la fin ? Vanessa, que t’ai-je fait pour que tu
foutes autant le bordel dans ma vie ? Tu n’en as pas eu assez de ce que tu m’as
déjà fait pour en rajouter une couche à chaque fois ? Cette fois crois-moi, je vais
porter plainte contre toi et ce Docteur qui s’est laissé corrompre.

Vanessa (se levant) : Je t’en supplie Khalil. Ne fais pas ça. Je t’aime, c’est la
raison pour laquelle j’ai fait une telle chose. Je voulais avoir un bout de toi avec
moi. Je te demande pardon.

Elle essaie de me toucher.


Moi : T’as pas intérêt à poser tes mains sur moi. Je maudis ce jour où j’ai posé
les yeux sur toi. Ce jour où je suis tombé amoureux de toi. Vanessa, tu viens
d’affermir la haine que j’avais pour toi. Tu fais la honte de toutes les femmes.
Tu ne mérites même pas de porter cet enfant. Tu ne mérites de porter aucun
enfant.

Je sors et claque la porte derrière moi. Je suis vraiment dégouté. Cette femme
me dégoute.

*Mona
*LYS

Maman : Chéri, Vanessa est là.

Moi : Mets-la à la porte.

Maman : Ecoute au moins ce qu’elle a à dire. Elle a l’air désespéré.

Moi : Crois-moi, elle le sera encore plus si je descends. Je ne veux plus la voir.

Maman : Khalil, fais-le pour moi.

Je serre les dents. Je me lève de mon lit et me rends au salon où Vanessa


m’attend. Juste pour ma mère, je m’assois. Elle se lance dans un long récit
accompagné de pleurs. Elle me parle de ce que son Docteur lui a diagnostiqué et
tout le reste. Plus elle parle, plus elle m’énerve. Cette femme que j’ai tant aimée
dans le passé, me répugne au plus haut point.

Moi : Sors de chez moi.


Vanessa : Je sais que je n’aurais pas dû. Mais je t’en supplie pardonne-moi.
J’étais désespérée à l’idée d’être vite ménopausée et quand je t’ai vu à la
clinique, je n’ai pu m’empêcher de prendre cette décision. Je t’en supplie ne me
repousse pas.

Moi : Si je n’ai pas porté plainte, c’est uniquement à cause de ma mère. Mais ne
me pousse pas à bout. Ne reste pas près de moi.

Vanessa : J’ai besoin de toi, Khalil.

Moi : Si tu avais besoin de moi tu serais venue me supplier de te reprendre et de


te mettre enceinte. Tu aurais tout fait pour que je te pardonne. Tu n’as jamais eu
besoin de moi. Mais tu avais juste besoin de ma semence. Alors maintenant que
tu as eu ce que tu voulais, je te demande de sortir de ma maison, de ma vie et je
ne veux plus jamais te voir, encore moins le bébé.

Elle est choquée.

Vanessa : Il s’agit de ton enfant.

Je pète un câble et lui bondis dessus. Je la relève violemment par le bras.

Moi : Je préfère encore mourir que d’avoir un enfant avec une femme comme
toi.

Vanessa (pleurant) : Ne me rejette pas je t’en conjure. Donne-moi une chance et


je te promets que nous serons heureux.

Ayant marre d’entendre sa voix, je la conduis, en la tenant fermement, vers la


porte. Elle continue de me supplier mais je ne suis pas disposé à l’écouter. Je
veux qu’elle sorte de ma vie à tout jamais. Sa présence me fait trop souffrir. Elle
m’a tellement fait de mal que je ne veux plus la voir, même en peinture. Vanessa
est la dernière femme avec qui je voudrais me mettre.

Maman (me suivant) : Khalil, fais doucement pardon. Elle est enceinte.

J’ouvre la porte, la fou dehors, lui balance son sac à main et claque la porte.

Vanessa (derrière la porte) : Je te pardon Khalil. Je t’en prie ne me chasse pas de


ta vie. Je t’aime plus que ma propre vie. Laisse-moi une chance de te le prouver.

Je serre les dents. J’ai envie de la cogner. Je n’ai jamais eu envie de taper sur
une femme, même pas Phanie quand je l’ai pris en flagrant délit. Mais j’ai grave
envie de cogner Vanessa pour tout le mal qu’elle me fait. Je ferme le portail à
clé et la glisse dans ma poche.

Maman : Khalil, laisse-lui une chance de se racheter.

Moi : Non maman, c’est fini.

Maman : Mais elle porte ton enfant.

Moi : Je ne reconnais pas avoir engrossé une femme. Si tu veux des petits
enfants, j’en adopterai mais celui-là, tu l’oublies. Je ne veux rien qui me
rapproche de cette femme. Je l’ai dit maman, c’est fini. Je ne laisserai plus
jamais l’occasion à une femme de me faire du mal.

Je vais faire comme Vanessa. Dorénavant, ce sera mon travail et rien d’autre.
Qu’elles aillent toutes au diable.
Episode 9

ZOE

Encore un autre jour qui se lève où je remercie le Seigneur de m’avoir ramené


chez moi. Je ne cesse cependant pas de pleurer, chaque jour qui passe, de regret.
Je repense à tout ce que j’ai vécu et j’ai de plus en plus mal que lorsque je les
vivais. Je me sens si sale malgré toutes les douches que j’ai pu prendre. Je n’ai
encore rien dit à personne. Je n’en ai pas encore la force. Je n’ai non seulement
pas la force, mais aussi pas de courage. Comment leur dire qu’ils avaient
raison ? Comment leur dire que l’homme pour qui je leur ai tenu tête a fait de
moi un objet sexuel sur le dos duquel il s’enrichissait ? C’est une grande honte
pour moi. Mais je vais bien finir par tout leur dire. Lucas a appelé le lendemain
de ma venue. Il n’a pas demandé après moi. Il a discuté comme si de rien n’était
et ma mère a aussi fait semblant de lui demander de mes nouvelles pour
brouiller les pistes. Il a trouvé une excuse bidon à donner avant de raccrocher.
Depuis, plus de nouvelle de lui. Pour l’instant il est le dernier de mes soucis. J’ai
autre chose à régler.

Je finis de me préparer et rejoins ma mère dans son petit marché devant la


maison. L’aider à vendre, c’est la seule chose que je fais de mes journées. La vie
est drôle parfois. Cette chose que j’ai refusée de faire dans le passé parce que ce
serait trop rabaissant pour moi, aujourd’hui je prends un plaisir à la faire.
Vendre me fait oublier, me distrait, me permets de mieux réfléchir à la suite des
évènements. La première chose que je veux faire, c’est d’essayer d’arranger les
choses avec Laurence. Je veux le récupérer, lui et notre fille. Mais avant tout je
veux récupérer ma fille. Avec lui ce sera plus difficile, j’espère que pour la
petite ce sera plus simple. Je ne fais que prier pour ça.

Maman : Zoé, tu vas me dire quand ce qui s’est passé avec ton mari pour que tu
le quittes ?
Moi : Il y a eu beaucoup de chose qui se sont passées, maman. Laisse-moi juste
le temps de digérer avant d’en parler.

Maman : Bon, lui aussi il vient te chercher quand ? S’il y a eu un problème entre
nous, il doit venir pour tout arranger. Ou bien chez les blancs là ils ne
connaissent pas ça ?

Moi : Même s’il venait, je ne retournerai plus avec lui. Je ne veux plus de lui.

Maman : Qu’est-ce qui s’est passé ? Il te battait ? Il te trompait ?

Ma gorge se noue aux souvenirs de ces horreurs. Je pleure sans pouvoir


répondre à ma mère. Je retourne à l’intérieur en courant. Je revois ces gens
coucher avec moi, je revois leurs corps répugnants sur moi, je les revois
m’embrasser de force, je les revois éjaculer sur moi, dans ma bouche et
m’obliger à avaler. Je les vois me fouetter pour accentuer leurs plaisirs. Je revois
toutes ces horreurs et je suis prise de nausée. Je vomi mes tripes dans les
toilettes. Je ne sais pas si j’arriverai un jour à oublier ces images choquantes.

Ce soir j’ai décidé de me rendre à l’appartement de Laurence en espérant qu’il y


soit toujours. Je reviens de sa clinique où on m’a prévenu qu’il était déjà rentré.
Il n’est pas de garde ce soir. Je n’ai pas pris la peine de demander s’il vivait
toujours au même endroit. Bon en même temps, rien ne garantit que l’un deux le
sache. En montant les marches de l’immeuble où je vivais il y a deux ans, des
flashs de souvenirs me frappent au visage. De bons souvenirs. Principalement
ceux avec Laurence lorsque j’étais enceinte. C’étaient mes derniers instants en
Côte d’Ivoire. Après j’ai précipité et la dot et le mariage rien que pour fuir
Laurence et notre fille. Notre fille. Ça me fait tout bizarre de le dire. Surtout que
je l’ai abandonné sans remord. Ça ne sera pas facile de regagner la confiance de
Laurence, mais je ferai mon possible pour y arriver.

Je souffle profondément avant de cogner à sa porte. J’attends deux secondes et


refais la manœuvre. La porte s’ouvre sur une jeune fille. J’entends la voix d’une
petite fille à l’intérieur. Mon cœur a un sursaut.
Moi : Euh, bonsoir. Suis-je bien chez Laurence ?

Elle : Oui.

Moi : Est-ce qu’il est là ?

Elle : Oui. Attendez, je vais l’appeler.

Elle referme la porte. Je commence une prière intérieure. Je crois que mon cœur
va lâcher. Comment va-t-il me recevoir après tout ce temps ? La porte s’ouvre
de nouveau. A la vue de Laurence, un meli melo de sensation s’empare de mon
être. Purée ! Comme ça me fait plaisir de le revoir. Il n’a pas changé du tout. Il
est pareil comme quand je suis partie. Non je crois qu’il a embelli, vu comme
mes yeux n’arrivent plus à se détacher de son visage. Je le regarde avec des yeux
brillants et le cœur dansant la Samba. Lui, me regarde avec surprise, beaucoup
de surprise. J’ai envie de me glisser dans sa tête pour savoir ce qu’il pense en cet
instant. Il se reprend dans un raclement de gorge.

Moi : Sa… salut.

Laurence : Je crois que vous vous êtes trompée de porte.

Moi : Non je…

Il me claque la porte au nez. Je cogne de nouveau. La porte s’ouvre


brusquement.

Laurence (énervé) : Ne touche plus jamais à cette porte. Si tu réveilles ma fille


avec tes coups, tu dormiras en prison.
Moi : Laurence je…

Il me claque de nouveau la porte au nez. Je crois que c’est clair. Laurence ne


veut pas me donner de chance. C’est toute abattue et pleurant toutes les larmes
de mon corps que je rentre. Ma mère est assise au salon avec mes deux frères.

Joe : Zoé, viens ici nous dire ce qui s’est passé pour que tu fuies la France. Et
nous ne voulons pas entendre de “laissez-moi d’abord digérer’’.

Je m’assois face à eux en me nettoyant le visage. Seulement, mes larmes ne sont


pas prêtes de me lâcher. J’essuie une qu’une autre prend la relève.

Maman : Zoé, tu pleures pourquoi ?

Ben : Maman, arrête de la traiter comme une enfant. Elle a 28 ans et elle est une
femme au foyer.

Je m’efforce de me calmer. Peut-être qu’eux pourront m’aider si je leur raconte


tout.

Moi : J’ai fait de grosses erreurs dans le passé. J’ai fui la France parce que
Lucas… me vendait à des hommes.

Maman : Ça veut dire quoi ?

Moi : Il me forçait à coucher avec des hommes et en retour ils lui donnaient de
l’argent. Un jour il m’a conduite à l’hôpital pour me faire avorter. C’est là que
j’ai rencontré une infirmière à qui j’ai demandé de l’aide. C’est grâce à elle et
son mari que je suis revenue. J’ai fui.

Ma mère s’attrape la tête. Mes frères sont sous le choc.


Joe : Tu vivais tout ça et tu ne nous a pas appelé pour nous informer ?

Moi : Il avait confisqué tous mes effets. Portable, passeport, tout. Mais tout ça
n’a plus d’importance maintenant. Je sais qu’il ne viendra pas ici de peur de se
retrouver en prison.

Joe : Tu trouves que ça ce n’est pas un problème ?

Moi : Non ! Je crois plutôt à une punition de la vie. Il y a quelque chose que je
ne vous ai pas dit.

Ben : Quoi encore ?

Moi : Il y a deux ans, je suis tombée enceinte d’un autre homme que Lucas. J’ai
prétexté ce voyage à Daloa pour me cacher de vous jusqu’à l’accouchement.

Maman : Tu as accouché ?

Moi : Oui. Et, j’ai abandonné le bébé à son père en échange d’un million de
FCFA.

Ma mère pousse un cri et la seconde d’après elle abat sa main sur ma joue.

Maman : Zoé ! Zoé ! Zoé ! Je t’ai appelé combien de fois ?

Moi (pleurant) : Trois fois.

Maman : C’est comme ça je te renie trois fois.


Moi : Maman, pardon. Ne me fais pas ça.

Maman : Toi tu n’as pas renié ta fille ? Et puis tu veux que moi je te garde.
Non ! Donc quand je te demandais si tu avais été enceinte à ton retour de Daloa
là, donc tu avais vraiment accouché ? J’ai insisté jusqu’à mais tu m’as dit que
non. Je te savais bandite, mais de là à vendre ton propre enfant, ta chair, ton
sang, Zoé, tu es pire que le diable. Ehi !

Elle tape dans ses mains. Mes frères n’arrivent à placer aucun mot. Seuls leurs
regards me transpercent. Ma mère se met à pleurer.

Maman : Seigneur j’ai fait quoi oooh ?? J’ai fait quoi pour que tu me donnes une
sorcière comme fille ? Zoé, j’aurais dû t’avorter.

J’éclate en sanglot tant ses propos me brisent au plus profond de mon âme. Je
m’agenouille devant elle.

Moi : Ne dis pas ça pardon. Je regrette ce que j’ai fait.

Maman : Tu regrettes ? Tu regrettes hein ? Attends moi je reviens.

Elle marche vers la cuisine et ressors avec le petit pilon. Elle s’apprête à
m’assommer avec quand mes frères s’interposent.

Ben : Maman, ne fais pas ça.

Maman : Laissez-moi fracasser son vieux crâne pour mettre la morale dedans.
Elle défait le petit pagne qu’elle avait attaché sur le plus long. Elle le plie en
deux et commence à me fouetter. Malgré l’intervention de mes frères, je reçois
les coups. Je tombe sur mes fesses en me protégeant le visage. Je sens un coup
de pied dans mon dos. Je m’attendais à être corrigée par mes frères puisque ma
mère n’a jamais levé la main sur moi. Mais la voir si déchainée me fait
comprendre que j’ai vraiment, mais vraiment merdé. Je l’entends renifler malgré
qu’elle me tape. J’ai tellement mal.

Maman : Zoé, ce n’est pas toi, c’est moi. C’est moi qui ai voulu une fille. Ton
père voulait seulement deux garçons, mais moi dans mon wèrè wèrè j’ai dit je
veux fille. Voici fille que j’ai eu. Mais je te dis hein, je ne te reconnais plus
comme ma fille. J’ai seulement deux garçons. Pas de fille.

Moi (me remettant à genoux) : Pardon maman. Je te demande pardon.

Elle pousse Ben et me claque de nouveau.

Moi : Frappe-moi jusqu’à demain si tu veux, mais pardon ne me renie pas. J’ai
besoin de toi. Je te promets d’écouter tes conseils. Je ferai tout ce que tu veux.

Maman : Tu penses que je vais te donner conseils encore ? Kpô ! C’est mal me
connaitre. Va percer tout ton corps, va faire d’autres tatouages même sur tes
dents, va chercher un autre blanc et tu reviens. Si je ne t’ai pas brûlé vive, faut
changer mon nom. Regardez-moi sa figure on dirait piercing. Imbécile comme
ça. Mtchrrr.

Elle se dégage de l’emprise de ses fils et sors de la pièce. Mes frères aussi, sans
rien dire, partent. Je reste seule au salon à pleurer sur mon sort.

*Mona
*LYS
Je suis venue ce matin voir la femme de mon frère Joe pour qu'elle plaide en ma
faveur chez ma mère. Mes frères également sont en colère contre moi. J'ai
essayé de leur parler mais ils ont été catégoriques. Ils ne veulent pas me voir.
Ma mère depuis deux jours ne me parle plus. Au contraire, elle ne fait que me
lancer des injures à longueur de journée. Mais je ne peux leur en vouloir. Je
mérite même la mort. La femme de Joe donne rendez-vous à la femme de Ben
chez ma mère et nous retournons à la maison, elle, moi et mon petit neveu de
neuf mois. Mon autre belle-sœur est déjà présente. Elle est enceinte de six mois.
Dès que ma génitrice me voit, elle recommence les injures sans dire mon nom.

Maman : Souvent Dieu ne veut pas te donner d’enfant mais tu forces jusqu’à
c'est démon tu finis par avoir. Il y a des enfants qu'on doit avorter parce qu'ils ne
feront que détruire ce beau monde. Avant d'avoir un enfant il faut demander à
Dieu de te révéler son avenir en même temps pour éviter les surprises. J’aurais
dû avorter ooooohhhhh. Ouloulouuu.

Ces paroles m’arrachent des larmes. Amy, ma belle, la salue et demande à lui
parler. Je les laisse seules. Je m'enferme dans ma chambre. Je prie que tout se
passe bien. Ça me parait vraiment long. Pourvu qu'elle me pardonne. Malgré
tout ce que j’ai pu faire à ma mère, je l’aime. J'ai besoin d'elle dans toute cette
merde qu'est ma vie. Il n'y a qu'elle seule qui puisse me donner la force
d’affronter toutes ces épreuves et reprendre ma vie en main.

Je bondis de mon lit quand des coups retentissent sur ma porte. C'est Amy.

Amy : Elle est disposée à t'écouter. Sache donc quoi dire pour toucher son cœur.

Je hoche la tête avec vigueur. Nous redescendons. Quand ma mère me voit, elle
lance un tchip. Je me mets à genou devant elle, les mains jointes.

Moi : Aucun mot ne peux me faire pardonner parce que l'acte que j'ai posé est
ignoble. Mais maman, je te demande de regarder au plus profond de ton cœur
l’amour que tu as toujours eu pour moi et donne-moi une chance de me racheter.
Je suis prête à suivre tous tes conseils, à travailler h24 s'il le faut pour devenir la
fille que tu as toujours voulu que je sois. J’étais égarée mais j'ai changé. Tu es
ma force, maman. Si tu me renies, que deviendrai-je ? Tout le monde peut
abandonner un enfant, mais jamais sa mère.

Maman : Mais toi tu as abandonné ta fille non ?

Moi : Et je veux la récupérer. Mais pour se faire, j'ai besoin de toi. Je t'en prie.

Elle tire la bouche. Je la regarde avec l’espoir qu'elle accepte. Je crois qu'elle va
accepter sinon elle m'aurait déjà répudié.

Maman : Je ne vais pas dire que je te pardonne hein. Tu vas d'abord me


convaincre. Mais je suis prête à t'aider parce que tu es sortie de mon ventre. Tu
redeviendras ma fille quand je verrai ton changement. Assieds-toi.

Moi : Merci maman. Je vais te prouver que j'ai changé. (A mes belles) Merci
infiniment à vous. Dieu vous bénira.

Je me rassois avec un grand soulagement.

Maman : Où est ma petite fille ?

Moi : Chez son père. Je suis allée chez lui mais il m'a chassé. Je veux qu'on aille
ensemble lui demander pardon pour que je puisse la connaitre, ainsi que la
famille.

Maman : D’accord. Faut aussi parler à tes grands-frères. C’est entre homme ils
doivent parler.

Moi : J'irai les voir ce soir.


Joe a accepté de nous accompagner ma mère et moi. Ben s’est rendu à un
rendez-vous de dernière minute. Nous sommes dimanche et c'est le jour de repos
de Laurence. Il y a donc des chances qu'il soit à la maison. Lorsque nous
arrivons devant sa porte, des éclats de rire d'une petite fille nous proviennent. Je
souris. J'ai hâte de la voir, de voir à quoi elle ressemble mais surtout à qui elle
ressemble entre Laurence et moi. Je cogne timidement. La porte s'ouvre sur
Laurence lui-même. Quand il me voit, il ferme son visage. Mais lorsque son
regard tombe sur mes accompagnateurs, il parait surpris.

Joe : Laurence ?

Laurence : Je suis surpris de te voir chez moi, Joe.

Moi : Vous, vous vous connaissez ?

Joe : Laurence est un vieil ami de l’Université. C’est aussi lui qui nous a aidé
pendant l’accouchement d’Amy. (A Laurence) Donc ta fille, c’est ma nièce ?

Laurence est surpris de découvrir que je suis la sœur de son ami. Il se reprend et
nous invite à entrer. Etre de nouveau dans cette maison me trouble. Je nous
revois, Laurence et moi, dans toutes les pièces à nous comporter comme un
véritable couple. Ma stupidité n’a vraiment pas de nom. La jeune fille qui
m’avait reçu l’autre jour nous apporte des rafraîchissements. Une mignonne
petite fille apparait dans la pièce en courant.

Laurence : Malia, cesse de courir, tu vas te faire mal. Va avec dada dans ta
chambre.

Elle appelle la jeune fille dada et toutes les deux disparaissent vers les chambres.

Maman : C’est ma petite fille ?


Laurence : C’est ma fille.

La réponse de Laurence montre qu’il n’est vraiment pas prêt à me donner une
place dans la vie de la petite. Malia. Quel beau prénom.

Joe : Laurence, mon frère. Vraiment, je ne savais pas qu’un jour j’allais me
trouver dans une mauvaise posture vis-à-vis de toi. Je me sens vraiment mal,
surtout que c’est toi qui as sauvé la vie de mon fils. Je ne savais pas que ma
petite sœur, Zoé, et toi aviez eu une aventure et qu’il en était sorti un bébé. Ce
n’est que récemment, prise de remords, qu’elle nous a raconté toute l’histoire.
Jamais nous n’avions su qu’elle avait été enceinte et qu’elle avait eu une fille.

Laurence : Sans vouloir te manquer de respect, ta sœur n’a aucune fille avec
moi. Malia n’a pas de mère. Sur son extrait, il n’y a que mon nom qui figure. Je
ne vois donc pas pourquoi ta sœur vous a conduit chez moi.

Joe : Je comprends ta colère.

Laurence : Oh, je ne suis pas en colère. Je ne sais pas ce qu’elle vous a raconté
mais laisse-moi t’expliquer les choses telles qu’elles étaient. J’étais saoul, je suis
tombé sur une fille qui m’a proposé une nuit. J’ai accepté. Un mois plus tard je
recroise cette fille par pure hasard à ma clinique parce qu’elle voulait se faire
avorter. C’est à ce moment qu’elle m’a avoué être enceinte de moi. J’ai usé de
supercherie pour la convaincre de garder la grossesse, elle a accepté avec en
contrepartie une somme de 1 million de FCFA que je devais lui verser en
tranche. Elle m’a clairement fait savoir qu’elle ne désirait pas de cet enfant donc
en l’occurrence, elle n’était pas la mère mais plutôt la mère porteuse. Mère
porteuse avait-elle dit. A la fin, elle a eu son argent, elle m’a donné mon bébé, et
chacun a continué sa vie de son côté. Entre elle et moi c’était un contrat de
courte durée. Le contrat est terminé. Je ne comprends donc pas pourquoi elle
prétend être la mère de ma fille. Les mères porteuses n’ont aucun droit sur les
enfants qu’elles portent.
Les regards de mon frère et de ma mère pèsent sur moi. Je me contente de
pleurer en silence.

Maman : Tout ça à cause d’un vilain blanc. J’ai envie de la gifler même.
Mtchrrr.

Joe : Elle nous a dit qu’il s’était passé quelque chose entre vous. Un
rapprochement.

Laurence : C’est le passé tout ça. Oui je suis tombée amoureux de ma mère
porteuse. J’ai même essayé de la convaincre de nous donner une chance. Mais
elle m’a jeté au diable. Là maintenant, tout ce que je désire c’est qu’elle ne
vienne pas gâcher ma tranquillité d’esprit. Je suis heureux avec ma fille. Nous
n’avons pas besoin d’elle.

Moi (pleurant) : Laurence…

Laurence : Par pitié ferme-la ! Si tu es là, assise dans mon salon, c’est
uniquement par respect pour ton frère et ta mère. Ne me pousse donc pas à te
foutre à la porte.

Maman : Mon fils, laisse-moi donc te demander pardon. La vie a puni Zoé. Elle
a beaucoup souffert et elle a retenu la leçon. Maintenant, elle a changé. En tout
cas c’est ce qu’elle m’a dit et je la crois. Tu sais, nous faisons tous des erreurs.
Mais quand quelqu’un reconnait ses péchés, on doit lui pardonner. Elle veut
faire partie de la vie de la petite. Moi aussi je veux connaitre ma petite fille. Elle
veut juste une petite chance pour se racheter. Je te demande pardon de la lui
donner.

Moi (me mettant à genou) : Je ferai tout ce que tu veux, Laurence. Je peux
même être ta ménagère sans salaire. Je suis prête à tout ce que tu veux, à
m’humilier s’il le faut. Je veux juste me racheter auprès de la petite. Je veux lui
demander pardon de l’avoir abandonné. Regarde.
Je sors de ma bandoulière les chèques.

Moi : Voici les chèques. Tu as surement dû remarquer que je ne les ai pas retiré.
Je n’en ai pas eu le courage. Je les avais laissés ici dans mes affaires. Tu peux
les reprendre. Laisse-moi être une meilleure personne.

Maman : Mon fils, moi aussi je me mets à genou.

Elle pose son sac et se met à genou. Laurence se lève précipitamment.

Laurence : Mon Dieu qu’est-ce que tu fais maman ? Quel genre de malédiction
veux-tu que j’attire sur ma vie en te laissant te mettre à genou devant moi. Je
t’en prie ne fais pas ça.

Il l’oblige à se rasseoir. Il fait de même.

Laurence : Une mère c’est sacré. Je n’accepterai pas une telle humiliation d’une
femme qui peut me mettre au monde.

Maman : Donc faut donner une chance à Zoé, pardon.

Il serre les poings.

Laurence : Ok. Mais j’ai des conditions.

Moi : Je ferai tout ce que tu veux.


Laurence : Toutes les fois que tu dois la voir, j’exige que sa nounou soit avec
elle. Je ne veux pas de mauvaises surprises. J’exige qu’en la présence de ma fille
tu te vêtisses convenablement. Pas d’habit qui laisse voir tout ton corps. Pas de
piercing, pas de consommation d’alcool ni de cigarette devant elle. Mais surtout
pas de langage vulgaire. Seule sa nounou a le droit de lui faire à manger. Avant
de l’emmener où que ce soit ou d’acheter quoi que ce soit pour elle, tu me
demandes d’abord la permission. On la laissera s’habituer à toi avant de lui
parler d’un quelconque lien entre vous. A la moindre erreur de ta part, je
t’interdis de la voir. Pour l’instant c’est tout.

Moi : Je suivrai tous tes consignes, promis. Merci infiniment.

Laurence : Ok.

Maman : Est-ce que nous pouvons la voir ?

Laurence : Oui.

Il part lui-même la chercher. Elle le tire même. Je la sens très turbulente.


Laurence lui présente Joe et ma mère. Elle les saluts avec vigueur comme si elle
les connaissait depuis toujours.

Maman : Comment tu t’appelles ma chérie ?

Malia : Malia. C’est papa qui a fait mes cheveux. C’est joli ?

Maman : Très joli même.

Nous éclatons de rire. Laurence me la présente mais ne lui dit pas que je suis sa
mère. Elle est mignonne ma fille. Elle est claire comme moi. Elle a pris ma
forme mince, mes yeux. Tout le reste c’est son père. Elle lui ressemble comme
deux gouttes d’eau. Je prie qu’elle s’habitue vite à moi et qu’elle puisse
m’appeler maman. C’est mon plus grand rêve.

*Mona
*LYS

Une semaine aujourd’hui que je fréquente ma fille et tout se passe bien. Elle
n’est pas encore complètement habituée à moi mais ça viendra. Elle me connait,
m’appelle même tata Zoé, mais elle refuse de rester seule avec moi quand sa
nounou doit s’absenter pour quelques minutes. Je suis un peu jalouse qu’elle soit
beaucoup trop proche de sa nounou qu’elle appelle Dada à défaut de dire Nadia,
son vrai nom. Mais c’est compréhensible. Elle m’a dit être la nounou de Malia
depuis ses cinq mois. C’est elle qui m’aide à mieux connaitre ma fille, ses gouts,
faire la différence entre les pleurs de caprice et ceux qui sont vrais. Il arrive à
Malia de faire semblant de pleurer juste pour obtenir ce qu’elle veut et une fois
fait elle se met à rire aux éclats. Je crois bien qu’elle tient cette fourberie de moi.

Elle passe la journée chez moi avec sa nounou. Pour qu’elle puisse s’habituer à
rester seule avec moi, nous sommes montées toutes les deux dans ma chambre
faire les essayages des petites robes que j’ai acheté pour elle. Nadia est restée en
bas faire sa nourriture. Malia adore recevoir des cadeaux. Y a même qu’à voir
comment elle s’extasie sur les robes. Elle veut toutes les portes en même temps.
Après les essayages, je la conduis dans la cour où nous jouons rien que toutes les
deux. Je lui lance une balle qu’elle me ramène par des tirs. Elle est heureuse. Je
lui lance la balle qui va un plus loin derrière elle. Elle court après la récupérer.
Elle pousse subitement un cri en tombant au sol. Je cours, toute effrayée, vers
elle. Mon sang se glace quand je vois une grosse pointe logée dans son pied.
Elle saigne abondement. Ses pleurs me transpercent le cœur. Je hurle le nom de
Nadia dans les bras de laquelle je pose Malia quand elle nous rejoint. Je cours à
l’intérieur prendre mon porte-monnaie et nous filons dans le dispensaire le plus
proche. Je regarde les infirmières l’emmener en tremblant de tout mon être. Je
sens que les problèmes ne sont pas loin avec Laurence. Je l’appelle quand même
pour le tenir informer.

Après une heure de temps, nous n’avons aucune nouvelle concrète de Malia. On
m’a juste demandé d’acheter des trucs qui permettront de la soigner. Laurence
nous a rejoints et est aussi à l’intérieur avec les infirmières. Etant Docteur, elles
lui ont permis d’intervenir. Je l’ai senti furieux lorsque je lui ai dit ce qui était
arrivé. J’espère qu’elle n’aura rien d’alarmant. J’espère aussi que cela ne va pas
m’empêcher de continuer à la voir. Je me lève en voyant Laurence venir.

Moi : Comment va-t-elle ?

Laurence (en colère) : Je peux savoir comment est-ce possible qu’une aussi
énorme pointe ait pu lui traverser le pied ? Où étais-tu ?

Moi : Je jouais avec elle.

Laurence : Et tu n’as pas jugé bon de vérifier si l’espace n’était pas dangereux
pour elle ? As-tu idée de la catastrophe que nous avons raté de justesse ? Si cette
pointe lui avait touché l’os on aurait dû l’amputer.

Moi : Je…

Laurence (haussant le ton) : Je ne t’ai pas demandé de me répondre. Elle était


sous ta responsabilité et tu as failli la tuer. Pour un enfant de son âge c’est atroce
de vivre une telle douleur. Tu sais ce que ça m’a fait de voir tout ce sang sortir
de ma fille ?

Moi (pleurant) : je suis désolée. Ça ne se reproduira plus.

Laurence : Oui ça ne se reproduira plus. Je t’interdis de continuer à la voir.

Moi (l’attrapant) : Quoi ? Non Laurence je t’en supplie ne me fait pas ça. Par
pitié.
Laurence : Enlève tes mains de moi. Si tu n’es pas de prendre soin d’une maison
encore moins de toi-même, comment pourras-tu le faire pour un enfant de deux
ans ? Je t’ai donné ta chance et tu l’as ratée. Maintenant, tu restes loin de ma
fille. Et si tu délègue toute ta famille jusque chez moi, je vous fous tous à la
porte, amitié ou pas. (A la nounou) Nadia, suis-moi.

Je les regarde se diriger vers la salle où est Malia sans pouvoir dire un mot. Je
sers juste mes lèvres afin de ne pas éclater en sanglot. Je pleure de regret, je
pleure de douleur. Je ne verrai plus ma fille. C’était pourtant elle qui m’avait
redonné le sourire. Elle m’a même donné la force de commencer à chercher du
travail afin de mieux prendre soin d’elle. Voilà que je la perds, pour une
deuxième fois.
Episode 10

ASHLEY

Le voyage de Safi s’est finalement étendu sur plusieurs jours. Je me suis donc
retrouvée à passer deux semaines chez Adé au lieu de juste trois jours. Je vis
chaque jour dans la gêne au point où je n’arrive même pas à le regarder. C’est
vraiment humiliant pour moi de vivre dans la maison de mon ex, encore plus
parce que mon supposé mari m’a foutu à la porte. En parlant de lui, il ne m’a
toujours pas appelé pour me demander de revenir. Je pense qu’il se sent mieux
sans moi. Je ne crois d’ailleurs pas que je retournerai près de lui s’il m’appelait.
A quoi ça me servirait de retourner chez un homme qui me mettra de nouveau à
la rue à la moindre gaffe de ma part ? C’est ma mère qui ne cesse de m’agacer
avec ces appels. Toujours à me hurler de retourner demander pardon à mon
mari. A la question de savoir où j’étais, je lui ai répondu chez Safi. Je sais
qu’elle n’y mettra jamais les pieds donc je suis tranquille.

Avec Adé, les choses se passent bien. Enfin, il me traite bien malgré ce que je
lui ai fait dans le passé. Il met tout à ma disposition, si bien que je ne me sens
pas étrangère. Mais malgré tout, je suis prise de honte en sa présence. Il n’a pas
une seule fois évoqué le passé, il ne m’a même pas nargué. Les matins, il pose
de l’argent sur la table à manger, donne des instructions à sa servante et part au
travail. Quand il rentre les soirs, il dine, reste quelques minutes devant la télé et
il s’enferme dans sa chambre. C’est tout. Il me demande si je vais bien, si j’ai
passé une bonne journée, si j’ai besoin de quelque chose en particulier. Juste ces
questions et rien d’autre. Il n’y a pas vraiment de conversation entre nous,
encore moins d’échange. Pour éviter une grande gêne, j’évite de diner au même
moment que lui. Je le fais soit avant qu’il n’entre, soit après qu’il ait fini de
diner. J’ai pourtant envie de lui parler, de lui dire que je regrette de ne l’avoir
pas choisi, de passer du temps avec lui, de retrouver cette complicité entre nous.
Mais je n’ose pas. Je ne sais même pas s’il sort avec quelqu’un. En tout cas je
n’ai jamais vu de fille depuis que je suis là.
Les coups donnés sur la porte de ma chambre me font détourner la tête du
bouquin que je lis. Quand la porte s’ouvre sur Safi, je bondis de joie sur mon lit.
Elle vient me prendre dans ses bras. Je suis super heureuse de la voir.

Moi : Je ne savais pas que tu étais rentrée ?

Safi (s’asseyant) : Je ne maitrisais pas notre programme. Alors ça va ici ?

Moi : Oui. Sauf que je commençais à m’ennuyer.

Safi : Adé te traite bien j’espère ?

Moi : Ouais. Il n'a pas changé.

Je souris timidement. Elle passe ses doigts sur ma joue.

Safi : Alors, quelles sont les nouvelles ?

Moi : Je ne sais plus où j'en suis dans ma vie. Stéphane ne m'a pas appelé une
seule fois pour me demander de revenir. Maman veut que je retourne le supplier
de me reprendre.

Safi : Et toi qu’est-ce que tu veux ?

Moi : Reprendre ma vie en main.

Safi : En commençant par ?


Moi : Toi dis-moi. Mes dernières réflexions n’ont rien donné de bon. Je veux
avoir les conseils de ma grande-sœur.

Safi : Bah si j’étais toi je commencerais par me trouver du travail. Une femme
ne doit pas dépendre d’un homme. La preuve te voici sans aucun fond ni endroit
où aller et te prendre en charge. Je n’ai pas compris pourquoi tu as démissionné.

Moi : Stéphane voulait que je reste à la maison.

Safi : Il voulait que tu dépendes de lui pour mieux te maltraiter. Qu’est-ce que tu
veux faire comme activité ?

Moi : Je devrais songer à déposer mes dossiers dans les entreprises.

Safi : Tu n’en as pas marre de ces maigres salaires ? Ne veux-tu pas être à ton
propre service ?

Moi : Je n’ai pas…

Safi : Je te donnerai ce dont tu auras besoin pour ouvrir ton activité. Que veux-tu
faire ?

Moi : J’ai toujours aimé la coiffure. Surtout la confection des perruques. C’est
moi qui faisais celles de mon amie Kayla.

Safi : Voilà, donc on reste sur ça. Fais un devis et tu me le donnes. Aussi, tu
resteras avec moi. Nous te trouverons un appartement.

Moi : Merci beaucoup.


Safi : Je ne le fais pas gratuitement. Je veux qu’en échange tu me promettes
d’être plus responsable. Ash, tu as 34 ans, tu ne peux pas continuer à laisser les
autres décider de ta vie. Regardes où tu en es aujourd’hui.

Moi : Je croyais que les choix des parents étaient toujours les meilleurs.

Safi : Tu as la confirmation que non. Les parents n’ont pas toujours raison. Ils ne
font pas toujours de bons choix. Oui c’est bon d’avoir la bénédiction des parents
en toute chose mais ce n’est pas pour autant qu’il faut conditionner son bonheur
à eux. Quelqu’un a dit, et je suis d’accord, que lorsqu’on est enfant on obéit aux
parents, mais quand on devient adulte on les respecte. Nous ne sommes plus
obligés de leur obéir. Ne pas accepter une décision de ses parents ne signifie pas
qu’on leur manque de respect. Nous oublions souvent que les parents sont aussi
des humains et qu’ils peuvent aussi avoir tort. La Bible qui a dit « Enfants,
obéissez à vos parents. », c’est cette même Bible qui a dit « Parents, n’irritez pas
vos enfants. ». Pour dire que les parents aussi peuvent faire des bêtises. Personne
ne saura ce qui est bon pour toi mieux que toi. Les parents sont là pour nous
guider, nous conseiller, mais ils ne peuvent nous obliger à accepter leurs
décisions. La vie est une formation. Nous sommes donc appelez à faire des
expériences, à échouer et à apprendre pour mieux faire. Si tu n’as pas su ce qui
t’a fait échouer aujourd’hui, comment pourras-tu changer de tactique et réussir
demain ? Je le dis toujours, il est préférable de subir les conséquences des
décisions que nous avons-nous-même prises que de subir les conséquences des
décisions des autres.

Moi : Tu as raison. Mais nos parents…

Safi : Les parents ne veulent pas de Cèd, mais ils ne retournent jamais l’argent
qu’il leur verse les fins du mois. Si tu veux toujours suivre les humeurs des
parents, tu finiras malheureuse. On peut continuer à honorer ses parents tout en
décidant soi-même de ce qu’on veut faire de sa vie. Il est temps de prendre ta vie
en main Ash. Tu as assez perdu de temps comme ça. Il est temps de te réveiller.
Montre aux parents que tu es une grande fille. Sois responsable.
Les paroles de ma sœur m’ouvrent l’esprit. Elle a parfaitement raison. Elle a
toujours eu raison, c’est moi qui refusais de l’admettre. Mais maintenant que je
me retrouve face à mon destin, je crois que le seul moyen pour moi de m’en
sortir c’est de devenir maitresse de ma vie. Plus personne ne doit décider à ma
place. Je sais maintenant ce que je veux. Je dois faire tout ce dont j’ai rêvé
depuis longtemps car c’est à cela qu’est rattaché mon bonheur. Je prends ma
sœur dans mes bras et la remercie sans cesse.

Safi : Ce n’est rien.

Moi (me détachant) : Tu seras avec moi pour affronter les parents ?

Safi : Toujours. Alors que comptes-tu faire ?

Moi : Pour commencer, annuler ma dot. Je vais demander à Stéphane un peu de


temps pour lui rembourser ce qu’il a versé aux parents. Ensuite, mettre sur pied
mon magasin de mèches et perruques et si possible un salon de coiffure. Enfin,
récupérer Adé.

Safi (souriant) : Récupérer Adé ?

Moi : N’est-ce pas de lui que mes parents m’ont obligé à me séparer. Mais
j’hésite un peu. Je ne sais pas s’il a encore des sentiments pour moi.

Safi : Bien-sûr qu’il en a. Pourquoi crois-tu qu’il a accepté de t’héberger ?

Moi : Par amitié pour toi, m’avait-il dit.

Safi : C’est plutôt par amour pour toi. Mais il va te falloir faire des efforts pour
qu’il te reprenne. Il a vraiment souffert de votre rupture, surtout vu comme ça
s’est passé.
Moi : Ouais. Je vais te rejoindre demain. Laisse-moi remercier Adé comme il se
doit de son hospitalité.

Safi (souriant) : Sois sexy surtout.

Je lui lance un coussin. Elle reste une heure de plus avant de rentrer se reposer.
Moi, je vais faire les courses pour cuisiner à Adé un bon diner. Pour mon dernier
soir ici, je veux diner avec lui et lui dire au revoir. Je dresse magnifiquement la
table. Je dispose des bougies sur une petite chandelle que je place au centre de la
table. Je lui ai fait son plat ivoirien préféré. Normalement c’est le foutou à la
sauce graine, mais il n’aime pas manger lourd les soirs, alors j’ai fait du riz à la
place du foutou. Une fois que la servante rentre chez elle, je vais me faire belle
et attendre Adé. Quand j’entends la clé glisser dans la serrure, je m’arrête
prestement près de la table à manger. Adé entre, il s’arrête quand il me voit toute
habillée.

Moi : Bonsoir. Bonne arrivée.

Adé : Merci. Tu as prévu sortir ce soir ?

Moi : Euh non. Au fait, j’ai… je veux qu’on dine ensemble ce soir. Safi est de
retour et je vais demain chez elle. Je t’ai fait à manger pour te remercier. Ça…
ne te dérange pas j’espère.

Adé : Pas du tout. Laisse-moi me débarbouiller rapidement.

Moi : Ok. J’attends.

Il passe son regard sur la table, le ramène sur moi et continue son chemin. A son
retour une vingtaine de minutes plus tard, il a troqué son costume pour un polo
et un pantalon chasseur. Mon cœur s’emballe à sa vue. Comme j’ai envie de lui
sauter dessus, de savourer de nouveaux le gout de ses lèvres, sentir son parfum
et restée blottie dans ses bras toute la nuit. Il faut que je me calme. Une chose
après l’autre. Je lui sers une assiette, de la boisson et dans le silence nous dinons.
Je lève de temps en temps les yeux sur lui. Je suis soulagée de voir qu’il mange
avec beaucoup d’appétit.

Moi : Tu aimes ?

Adé : Ouais. Merci de l’avoir fait. Ça faisait longtemps.

Moi : Ta servante ne sait pas en faire ?

Adé : Si mais pas comme j’aime. Elle met un peu trop d’eau dans la sauce.

Moi : Alors que toi tu l’aimes lourde.

Adé : C’est ça.

Je souris. Enfin une conversation.

Moi : J’en ai fait assez. Je crois que ça pourra contenir dans trois bols.

Adé : Merci. Tu pars demain à quelle heure ?

Moi : Le matin. Plus vite je rentrerai, plus vite j’irai me chercher un


appartement. Je tenais vraiment à te remercier pour tout, Adé.

Adé : Tu n’as pas à le faire. Ça a été un plaisir.


Moi : Je n’en doute pas.

Le diner terminé, il m’aide à débarrasser et même à faire la vaisselle malgré


mon refus. Je lave, il rince et range. Nous terminons très vite.

Adé : Je crains de ne pouvoir vite me réveiller demain tant je suis rassasié.

Moi (riant) : Je te réveille si tu veux.

Adé : Ce n’est pas une mauvaise idée. Je vais de ce pas me mettre au lit. Passe
une bonne nuit.

Moi : Toi aussi.

Je m’essuie les mains en le regardant s’en aller.

Moi : Adé, attends s’il te plaît.

Il revient sur ses pas. J’avance d'un pas vers lui.

Moi : J'ai décidé de réparer certaines erreurs du passé. Je vais arranger tout ce
que j'ai gâché, récupérer tout ce que j'ai laissé m’échapper. Et parmi tout ça,
(j’avance) il y a toi.

Il glisse ses mains dans ses poches en m'observant. Je me rapproche encore plus
de lui.

Moi : La plus grosse erreur de ma vie a été de te laisser partir. J'aurais dû te


choisir toi et pas lui. J'ai grave merdé. Mais je te demande juste de m'accorder
une chance. Rien qu’une seule pour me racheter.
Il ouvre la bouche pour parler que je l'en empêche par un smack.

Moi : Je n'ai jamais cessé de t'aimer. Passer ces semaines tout près de toi dans
cette maison m'a fait comprendre combien j’avais besoin de toi dans ma vie.

Adé : Ashley !

Moi : Juste une chance, Adé. Rien qu’une seule.

Adé : Je préfère qu'on ne parle pas de ça. Si tu as décidé de réparer tes erreurs,
c'est une bonne chose pour toi. Mais laisse-moi en dehors de ça. Je vais me
reposer.

Moi (le retenant) : Adé.

Adé (se dégageant) : Non Ashley. Non ! Malgré ce que tu m'as fait dans le passé
j'ai accepté de t'héberger chez moi. Mais de grâce, ne viens pas remuer le
couteau dans la plaie. Je te souhaite une bonne chance dans tes nouvelles
résolutions.

Il sort de la chambre. J'ai senti du chagrin dans sa voix. Je pense qu'il n'a pas
encore digéré ma trahison d’il y a deux ans. C’était vraiment un coup bas. Mais
je veux tout arranger maintenant. Je suis prête à devenir une femme déterminée,
qui se bat pour ce qu'elle désire. Je suis prête à me battre pour arranger les
choses entre nous. Je marche à sa suite jusqu’à sa chambre où je suppose qu'il
est. Je toque deux fois. Il ne réagit pas. Je toque encore. La porte s'ouvre avec
force.

Adé : Ashley je t'en prie ne complique pas…


Je me jette sur ses lèvres sans hésiter. Je veux lui faire comprendre que je ne
blague pas lorsque je dis vouloir arranger les choses entre nous. Je sens de
l’hésitation en lui. Je sais qu'il lutte entre me repousser et répondre à mon baiser.
Je m'accroche à son cou. Cela a pour don de le faire décider. Il m'attire à lui et
d'un coup de pied ferme la porte. Nous nous communiquons en esprit et
concomitamment nous nous déshabillons. Nos lèvres toujours scellées, nos
vêtements retirés, nous tombons sur lit. Adé promène ses lèvres sur tout mon
corps. Je me mords la lèvre en laissant échapper de petits gémissements. Je
l’incite à aller droit au but. Je ne veux plus des préliminaires. Je sens ma chair
être écartée, l’instant d’après je sens Adé profondément en moi. Je le griffe dans
le dos dans un long soupir. Refaire l’amour avec lui après tout ce temps fait
monter une vague d’émotion en moi si bien que je me mets à pleurer. Pleurer de
plaisir. C’est tellement bon d’être dans les bras de celui qu'on aime. Il n'y a rien
de tel. Ça ne peut s’expliquer ce genre de sentiment. Il faut le vivre pour
comprendre.

Je ne sais pas combien de minute dure ce moment d’amour, mais nous terminons
tout épuisé. Les yeux d'Adé restent rivés sur le plafond tandis que moi je me
reprends en étant couchée sur son torse.

Moi : Je t'aime Adé.

Adé : Mais tu appartiens à un autre. Merde, je ne sais pas pourquoi je t'ai touché.

Il me repousse et s'assoit sur le lit, me donnant dos.

Moi : Je compte rompre ma dot.

Adé : Peu importe Ashley. Tu n'es pas à moi.

Moi : Tu sais que je l'ai toujours été. Adé, donne-moi la possibilité de tout
arranger entre nous. Je suis prête à me battre pour notre amour. Je ne laisserai
plus mes parents me dicter quoi que ce soit. J’ai compris la leçon.
Adé : Dans ce cas prouve-moi. Prouve-moi que tu es devenue responsable. Il n'y
a pas que dans ta vie amoureuse que tu dois être responsable. Mais en tout. Tant
que je ne verrai pas une évolution dans les autres domaines de ta vie, je refuse
de t’accorder une quelconque chance.

Moi (souriant) : Nous deux, c'est donc possible alors ?

Adé : Ne brûle pas les étapes.

Moi : Ok. Laisse-moi donc te prouver que je ne suis plus celle que tu as connu et
que je ne veux personne d'autre que toi. Je me battrai pour nous deux. Je t'en fais
la promesse.

*Mona
*LYS

Aujourd’hui, ma mère m’a demandé de passer à la maison parce qu’il y a une


rencontre avec “mon mari’’ et sa famille. Après mon retour chez Safi, je l’ai
contacté pour lui donner de mes nouvelles. Elle a passé près de trente minutes de
bavardage dans mes oreilles sur le fait d’avoir abandonné mon foyer et patati et
patata. Elle n’a aussi pas manqué de me dire que Stéphane est très furieux contre
moi et exigeait des excuses de ma part avant de me reprendre chez lui. Mes
parents m’ont donc demandé de venir supplier mon mari afin de retourner chez
moi. J’ai demandé à ma sœur de m’accompagner à cette réunion car j’ai besoin
de force pour faire ce que j’ai à faire. Je serai seule devant tous et j’ai peur de ne
pouvoir ouvrir la bouche. Si ma sœur est présente, ça me motivera.

Une chose qui me motive encore plus, Safi est enceinte. C’est juste d’une
semaine, mais cette annonce me rassure tellement que je suis deux fois plus
déterminée. L’une des raisons qui m’obligeait à suivre les décisions de mes
parents, était que je craignais la malédiction. Quand Safi s’est mariée avec Cèd,
ma mère lui a dit que jamais elle ne sera heureuse et jamais elle n’aura d’enfant.
Ces malédictions m’ont troublé alors que ça n’a eu aucun effet sur Safi qui lui a
répondu qu’aucune malédiction ne pouvait l’atteindre parce qu’elle n’avait rien
fait de mal si ce n’est suivre son cœur. C’est donc vrai le verset de la Bible qui
dit qu’une malédiction sans cause n’a pas d’effet.

Safi et moi retrouvons tout le monde déjà installés. Nous les saluons et nous
nous installons.

Papa : Bien, maintenant que tout le monde est là, nous allons commencer. Ça
fait plusieurs jours qu’Ashley a quitté son foyer. Je voudrais savoir ce qui s’est
passé.

Stéphane : Papa, c’est Ashley qui m’a poussé à bout. Depuis que nous sommes
ensemble, elle ne fait que me tenir tête en toute chose. Quoi que je dise, quoi
que je fasse, elle s’y oppose farouchement. Vous connaissez tous ma femme qui
est en Europe. Vous savez la raison de notre mariage. Je vous avais aussi promis
me séparer d’elle cette année puisque financièrement je suis posé. Mais Ashley a
encore fait n’importe quoi. Elle a levé la main sur elle ce qui m’oblige à rester
encore un peu avec elle pour éviter qu’elle ne veuille se venger et tout
m’arracher. J’ai donc mis Ashley à la porte pour la punir.

Papa : C’est donc pour la punir, et non parce que tu veux rompre ?

Stéphane : Oui papa. Si Ashley me demande pardon et promets ne plus


recommencer, elle pourra rentrer à la maison. C’est à cause de son
comportement sauvage que je refuse qu’on ait un enfant. Je ne veux pas que
mon enfant vive dans une telle atmosphère. Si Ashley promet changer, on pourra
en avoir.

Maman : Ashley tu as entendu ? C’est de ta faute si ton mari t’a chassé. Donc
demande-lui pardon tu vas retourner chez toi. La place d’une femme ce n’est pas
dehors, mais près de son mari.
Je prends une profonde inspiration et me lance.

Moi : Stéphane, je te demande pardon pour tout le tort que je t’ai causé durant
ces deux années. J’ai agi par ignorance et par manque de responsabilité. Mais les
choses vont changer.

Je vois ma mère sourire.

Moi : Papa, maman, vous savez que je vous aime beaucoup et que je vous
aimerai toujours. Mais, j’ai décidé d’être ma propre chef. Je ne retournerai plus
chez Stéphane. Je ne veux plus de lui.

Maman : Hein ?

Moi : Je veux rompre les fiançailles. Je veux être une femme accomplie, une
femme responsable. Je n’ai jamais aimé Stéphane. J’ai été avec lui juste pour
vous faire plaisir. Mais maintenant ça suffit. Je ne suis pas heureuse.

Maman : Si tu n’es pas heureuse c’est parce que tu ne le veux pas. Ashley, c’est
quel français tu parles même ? Tu veux briser ton mariage pour quoi ?

Moi : Pour tout, maman. J’ai arrêté de travailler alors que j’aime ça.

Maman : Tu veux travailler pour quoi même ? C’est aux hommes de prendre
soin de leur femme.

Moi : Je ne suis pas comme ça. Maman, je t’en prie d’essayer de me


comprendre. Pensez à mon bonheur.
Maman : Imbécile, parce que tu penses que tout ce qu’on a fait pour toi depuis
tu es née c’est pour ton malheur ? Ecoute-moi bien, si tu sors de ce mariage, tu
oublies que tu as des parents. Ne compte pas sur nous pour te donner 5 FCFA.

Stéphane : Euh, je crois que nous allons vous laisser discuter. Faites-moi signe
quand Ashley reprendra ses esprits.

Stéphane et sa mère nous laissent en famille.

Papa : Ashley, tu as bu ce matin ?

Moi : Non papa. Je suis très lucide.

Maman : Ou bien c’est ta sœur qui t’a retourné le cerveau ? Tu veux suivre ses
traces ? Tu veux qu’on te renie aussi ?

Moi : Non maman ! Je veux plutôt que vous acceptiez nos choix. Nous sommes
des grandes femmes.

Maman : Grande femme et tu ne sais pas garder ton foyer ? Moi je n’ai pas
l’argent pour rembourser dot de quelqu’un.

Moi : Je le ferai.

Maman : Donc tu as l’argent ? Tu as l’argent et puis c’est lui qui est en train de
construire maison pour nous ? Est-ce que tu as même pensé à ça ? Si tu le quittes
qui va terminer la maison ?

Safi : Nous le ferons.


Maman : Toi va là-bas. Depuis tu étais là pourquoi tu ne l’as pas fait ?

Safi : Parce que je mettais de l’argent de côté pour le faire au moment propice.
Avant de faire des choses grandioses il faut mieux se préparer.

Papa : Attendez, donc c’est une rébellion ?

Moi : Loin de là papa.

Papa : Bon on va couper court. Ashley, je ne veux rien entendre, retourne chez
ton mari.

Moi (baissant la tête) : Je ne peux pas papa.

Papa : Dans ce cas sors de ma maison et ne reviens que lorsque tu auras retrouvé
tes esprits. Et sache qu’en dehors de Stéphane, nous n’acceptons aucun autre
homme. Point final.

Il se lève et monte les escaliers.

Maman : Ashley, tu es prête à subir la colère de ton père ?

Moi : Maman, j’ai pris ma décision.

Maman : Tu es prête à assumer les conséquences ?

Moi : Maman s’il te plait. Comprenez que…


Maman : Est-ce que tu es sûre d’aller jusqu’au bout ? Es-tu prête à assumer les
conséquences ?

Moi : Oui. Mais sachez avant tout que ce n’est pas contre vous. Je veux juste
faire ce qui me rendra heureuse.

Maman : Bien.

Elle se lève à son tour. Safi me prend la main.

Safi : Sur le chemin du bonheur, il y a toujours des embuches. Mais si tu fais ce


que ton cœur te dicte, tu y arriveras. Viens, on rentre.

C’est vrai que je suis déterminée, mais savoir mes parents en colère contre moi
me fait de la peine. Mais je dois rester sur ma décision. Je dois faire les choses
en pensant à mon bonheur, pas à celui des autres. Je demande à Safi de me
déposer chez Adé. Il faut qu’il sache que j’ai fait ce que j’ai dit. J’ai aussi besoin
qu’il me prenne dans ses bras et me rassure qu’il sera là.

A la première sonnerie, la servante m’ouvre. L’embarras se dessine sur son


visage à ma vue.

Moi : Adé est là ?

Elle : Euh oui. Mais, il est occupé.

Moi : Je vais l’attendre.

Dès que j’entre, une autre femme apparait avec sur elle une chemise d’homme
que je déduis être celle d’Adé. Je reste là perplexe. Il a quelqu’un dans sa vie ?
Quand elle me voit, elle marque un arrêt.
Elle : Bonjour, vous voulez ?

Moi : Euh, je voulais voir Adé. Mais s’il est occupé ce n’est pas bien grave.

Elle : Non attendez. (Hurlant) Chéri, il y a quelqu’un qui te demande.

Elle s’excuse et disparait. Adé descend à son tour. Il parait surpris en me voyant,
mais pas gêné.

Adé : Ashley, je ne savais pas que tu venais. Tu as oublié quelque chose ?

La femme revient, l’embrasse et remonte les escaliers. Il n’est toujours pas gêné.

Moi : Tu, tu as quelqu’un dans ta vie ? Et tu m’as dit que tu me donnerais une
chance.

Adé : Je n’ai rien dit de tel. J’ai dit que pour qu’il y ait une possibilité de chance,
faudrait que je vois un changement.

Moi : Et c’est ce que j’ai fait. Aujourd’hui j’ai tenu tête à mes parents en
rompant avec Stéphane. J’espérais que cela te convaincrait.

Adé : Tu n’as toujours pas compris, Ashley ? Tu ne dois rien faire pour les
autres. Fais tout, d’abord pour toi. Si tu veux rompre ton mariage, fais-le pour
toi, pas pour moi. Si tu veux reprendre ta vie en main, fais-le pour toi, pas pour
moi ou pour qui que ce soit.

Moi : Mais et nous deux ?


Adé : Ne fais pas d’un homme le but de ta vie. Avant d’être heureuse en couple,
sois-le en étant célibataire. Toi et moi, n’y pense plus. Tu connais la porte.

Il tourne les talons, me laissant là, pantoise. C’est telle une automate que je
ressors de chez lui. Je sais qu’il a raison, mais c’est aussi en partie pour lui que
je fais tout ça. Penser que lui et moi ce n’est plus possible me fait mal. Ses
paroles, me font vraiment, vraiment mal.
Episode 11

HUIT MOIS PLUS TARD

KAYLA

Je mâchouille le bout de mon crayon en regardant mes croquis. Enfin, je les


regarde sans vraiment les voir. Savoir Darnell dans la salle juste à côté
m’empêche de me concentrer. Il y a juste trois mois que j’ai pu récupérer ma
première boutique. C’est tout ce que j’ai pu récupérer après les enquêtes, et cela
juste à cause de mon père. J’ai dû tout reprendre à zéro. Rembaucher des
employés car les anciens n’étaient plus disponibles, refaire toute l’organisation,
rechercher un nouveau photographe, mais surtout avoir de nouveaux livreurs.
C’était ça le plus dur parce qu’il faut les choisir avec tact. On ne peut confier les
colis à n’importe qui. Il y a trop de malhonnête là dehors. Bref, j’ai enfin trouvé
un photographe qui ne me coûte pas cher mais il n’a pas vraiment d’expérience.
J’ai alors demandé les services de Darnell, le seul photographe qui jusque-là m’a
satisfait, professionnellement je veux dire. J’ai signé avec lui un contrat
Freelance de deux mois durant lesquels il formera mon photographe. Le contrat
prend fin ce mois, cette semaine. Il ne vient que trois fois dans la semaine et à
distance il aide pour les retouches des photos. Mais ce n’est pas tout ça le
problème. Le véritable problème, c’est que je n’arrive pas à être proche de
Darnell sans avoir envie de me retrouver dans ses bras, de l’embrasser, de lui
dire à quel point je l’aime et que ses caresses me manquent.

Mon amour pour Darnell s’est amplifié ces huit derniers mois. Le voir presque
tous les jours m’a fait l’aimer trois fois plus qu’il y a deux ans. Tout ce que je
désire ardemment en ce moment, c’est être de nouveau avec lui. Mais, il n’est
pas prêt. Darnell a mis une énorme distance entre nous. Je lui fais du rentre
dedans, je me fais pimpante à chacune de nos rencontres rien que pour le
séduire, je crée souvent des sorties détentes avec les enfants rien que pour être
proche de lui. Mais Darnell est indifférent à tout ceci. Ça me brise le cœur de le
dire, mais je crois qu’il ne m’aime plus. Je ne vois plus dans son regard cette
façon unique qu’il avait de me regarder, cette étincelle. Quand je pose ma main
sur la sienne, il la retire. Quand je me rapproche de lui, il s’éloigne. Je ne sais
plus quoi faire. Je veux pourtant que les choses s’arrangent entre nous. Lui, n’est
plus prêt. Pourtant j’ai cru qu’après sa rupture d’avec la mère de Coralie, les
choses se feraient simplement. Je me suis même réjouie de leur séparation et j’ai
commencé à imaginer comment j’allais le reconquérir. Mais il a mis un bloc
autour de lui, m’empêchant de faire un pas de plus vers lui.

Ok, bon j’ai envie d’être proche de lui. Je pose le crayon et me rends dans le
studio. Le voir fait naître une bouffée de chaleur en moi. Il est tellement beau
avec ses beaux yeux. Je n’ai jamais autant aimé un homme avec des jeans et des
tee-shirts, moi qui suis plus attirée par les hommes en costume. Je reste en
marge à le regarder travailler. Il aide mon photographe pour le shooting. Je ne
cesse de me dire que j’ai été d’une grande stupidité. Je l’avais à ma portée, il
était tout près de moi, prêt à être mon homme, mais j’ai tourné les regards
ailleurs. Comme on le dit, on apprécie une chose que lorsqu’on l’a perdu. Et moi
j’apprécie ardemment la présence de Darnell dans ma vie. Pas comme le père de
mon fils, mais comme mon homme. Que dois-je faire pour le reconquérir ?

Darnell : C’est fini pour aujourd’hui.

Je me ressaisie quand il se tourne vers moi. Son regard glisse juste sur moi avant
qu’il ne se rende derrière le bureau avec l’autre photographe. Il ne me regarde
même plus. C’est insupportable. Je retourne dans mon bureau terminer mes
croquis. Quelques instants après, Darnell me rejoint, son appareil photo
accroché à son cou.

Darnell : Je rentre maintenant.

Moi : Alors ?

Darnell : Il apprend très vite comme je te l’ai déjà dit. Plus il continuera à
travailler plus il se perfectionnera.
Moi : Ok.

Darnell : A quelle heure iras-tu chercher les enfants chez mamie ?

Moi : Vers 15h. Tu viendras ?

Darnell : Non. J’ai du boulot.

Moi : Ok. Mais est-ce qu’on pourrait déjeuner ensemble ? Il est midi.

Darnell : Non plus. Comme je l’ai dit, j’ai du boulot.

Moi : Darnell…

Darnell : Kayla s’il te plaît.

Moi : Tu ne me pardonneras donc jamais ?

Darnell : Sauf que je n’ai rien à te pardonner. Ma fille passe souvent des nuits
chez toi, c’est bien la preuve que je n’ai rien contre toi. Je dois vraiment y aller.

Moi : Ok.

Je le regarde s’en aller, un pincement au cœur. Je n’ai plus la tête à bosser. Je


décide alors d’aller chercher les enfants chez leur arrière-grand-mère. Ils ont
passé le week-end chez elle. Teddy l’adore et ne peut plus se passer d’elle. Ma
mère ne sait toujours rien sur la paternité de Teddy. Je n’ai non plus envie
qu’elle le sache pour éviter les bavardages sans cesse. Mon père quant à lui a
adopté Coralie comme sa petite fille. Il la comble de cadeau autant que Teddy.
On serait une vraie famille si Darnell acceptait de nous redonner une chance.
Moi j’aime Coralie comme si je l’avais porté et je suis même prête à l’adopter.
Elle m’appelle aussi maman. Mais Darnell est indifférent à toutes ces choses.

Une fois arrivée chez mamie Kossia, je retrouve les enfants assis devant un
dessin animé dégustant de l’Alloco. Ils viennent se jeter dans mes bras. Après
les bisous, je les laisse retourner à leur occupation.

Moi : Elle est où mamie ?

Coralie : Dans la chambre.

Je marche en direction de la chambre afin de lui annoncer ma présence. Quand


j’approche de la chambre, ce sont des lamentations qui m’accueillent. Je me
rapproche et par le petit espace entre la porte je la vois assise à même le sol.

Mamie : Seigneur, je n’ai pas pu atteindre ma mission et mes jours tirent à leur
fin. Je te demande de me pardonner. Ne me refuse pas l’accès dans ton royaume.

Elle éclate en sanglot.

Mamie : John, je te demande pardon. Je n’ai pas pu retrouver ta femme et votre


fille. Pardonne-moi. J’ai tout essayé pourtant. Je regrette amèrement ce que j’ai
fait. Je t’en prie, n’en veut plus à ta maman.

Elle pleure de plus belle au point où elle ne m’entend pas taper. Je me sens
obligée d’ouvrir la porte. Elle est assise par terre avec tout un tas de photo
disposé devant elle.

Moi : Mamie !
Elle lève les yeux enflés vers moi. Elle n’essaie pas de cacher les photos. Du
bout de son pagne elle se nettoie le visage. Je me permets de m’asseoir par terre
près d’elle. Mon regard est attiré sur la photo d’un petit garçon qui ressemble
étrangement à Teddy mais en plus noir.

Moi : C’est Darnell ?

Mamie : Oui. (Prenant une photo) Et ça c’est son père, ici sa mère qui attendait
un bébé.

Je regarde les autres photos qui sont de Darnell et ses parents. Sa mère apparait
sur quelques-unes avec un énorme bidon. Sur les autres elle était plus fine sans
porter de grossesse. Elle était magnifique. Son visage me parait étrangement
familier.

Moi : Je croyais que vous n’aviez aucune photo des parents de Darnell ?

Mamie : C’est ce que je lui ai fait croire pour le protéger. Ou du moins par
honte.

Moi : Honte de quoi ?

Elle se remet à pleurer.

Mamie : Est-ce que tu aimes mon petit-fils ?

Moi : Profondément.

Mamie : De quoi seras-tu prête pour lui ? Pour qu’il soit heureux ?
Moi : Absolument tout. Je l’aime et tout ce que je désire c’est être sa femme.

Son regard se fait évasif. Elle fixe un point droit devant elle sans vraiment le
regarder.

Mamie : Je vais bientôt mourir et j’ai échoué dans la mission que je m’étais
donnée.

Moi : Comment ?

Mamie : J’ai beaucoup menti à Darnell. Je lui ai caché vraiment beaucoup de


chose par peur qu’il me déteste lui aussi. Je vais tout te confier parce que je vois
en toi une femme bien pour lui. Mais promets-moi deux choses s’il te plaît.

Moi : Quoi ?

Mamie : Que tu ne lui révèleras tout ce que je vais te confier qu’une fois que je
serai morte. Et deux, que tu feras ton possible pour terminer ma mission.

Je ne comprends vraiment rien de ce qu’elle raconte mais voir le désarroi sur son
visage me pousse à me jeter à l’eau.

Moi : Je te le promets.

Elle se nettoie encore le visage.

Mamie : La mère et la sœur de Darnell sont en vie.

Je manque de m’étouffer avec ma respiration.


Moi : Quoi ?

Les pleurs reprennent.

Mamie : Je n’ai pas le courage de te raconter tout le mal que j’ai fait. Mais tout
est écrit dans une lettre que je vais garder sous mon lit. Tu dois la sortir
uniquement après ma mort. J’ai peur que tu ne me déteste si je te dis tout. Mais,
tu dois savoir que la mère de Darnell est en vie et elle avait accouché d’une fille
qui doit avoir 30 ans aujourd’hui.

Moi : Où sont-elles ?

Mamie : C’est ça la raison de mon tourment. Je ne sais pas. Pendant les


funérailles de mon fils, John MENSAH, le père de Darnell qui est mort par
noyade, Joëlle a pris la fuite. Elle a accouché et est tombée dans un long coma.
Nous les avons abandonné elle et la fille qu’elle a mise au monde. Mon
deuxième et dernier fils avait pris le bébé pour le laisser devant un orphelinat
parce qu’on ne voulait pas dépenser de l’argent dans leurs soins. Avant de
retourner au Ghana, nous avons appris que Joëlle s’était réveillée du coma mais
nous ne sommes pas retournés vers elle. C’était la dernière fois que nous avions
de ses nouvelles.

Moi : C’est horrible !

Mamie : Je le sais.

Moi : Dans quel orphelinat aviez-vous laissé le bébé ? Pourquoi ne pas y


retourner ?

Mamie : Je l’ai fait. Je suis retournée à l’Orphelinat Les enfants de cœur mais
c’était fermé. On m’a dit qu’il y avait eu des problèmes d’argent donc ils avaient
dû envoyer les enfants dans un autre orphelinat. J’y suis allée aussi et c’était
pareil. Je me suis encore rendue dans le troisième orphelinat et la femme qui
m’a reçu m’a confirmé connaitre la fille dont je parle mais elle ne peut me
donner d’information sur elle au risque pour elle de perdre son travail. Elle m’a
néanmoins dit qu’elle était en vie et qu’elle avait réussi dans la vie.

Moi : Mais elle doit te donner son identité puisque tu es de sa famille.

Mamie : C’est ce que je lui ai dit mais elle a été catégorique.

Moi : Ok. Tu me donneras l’adresse pour que j’aille essayer. On ira ensemble.

Mamie : Ma fille, si tu peux retrouver ma petite-fille, je te serai éternellement


reconnaissante. Je vis dans le regret depuis 30 ans. La seule chose qui me
donnera la paix du cœur serait que Darnell retrouve sa famille. Je t’en prie, fais
ça pour moi. Je ne veux pas que mon bébé reste seul. Reste avec lui.

Moi : Je t’en fais la promesse mamie. Je ferai l’impossible pour ça.

Je reste encore quelques heures à avoir plus d’informations qui me permettraient


de retrouver aussi la mère de Darnell. Elle, rien ne garantit qu’elle soit toujours
en vie mais il y a de forte chance.

*Mona
*LYS

Ce matin j’ai décidé de faire un tour rapide à l’Orphelinat Les enfants de Cœur.
Mamie Kossia est aussi présente. Je veux vite me mettre à la recherche de la
famille de Darnell pour vite les retrouver. Je souhaite que cela se fasse avant que
mamie Kossia ne meure. Elle est persuadée qu’elle mourra dans très peu de
temps. Elle a soutenu qu’une personne qui a longtemps vécu sait quand son
heure approche, ce qui est son cas. Je veux lui donner la possibilité de leur
demander pardon avant. Nous sommes reçues dans le bureau de la directrice.
Elle m’a l’air jeune pour être la directrice d’un orphelinat qui a l’air vieux.
Elle : Bonjour, je suis Madame AMON. Comment puis-je vous aider ?

Mamie : Ma fille, tu ne me reconnais pas ? C’est moi j’étais ici l’année passée
pour te demander des renseignements sur ma petite fille qui était ici.

Mme AMON : Ah oui je vois. Vous l’avez enfin retrouvé ?

Moi : Comment le peut-elle si vous refusez de l’aider ? Cette femme souffre de


ne pas savoir qui est sa petite fille disparue.

Mme AMON : Tous les enfants qui sont entrés dans notre orphelinat à cette
période étaient tous des enfants abandonnés, pas des enfants disparus. Et cette
femme que vous dites être votre petite fille, elle avait été abandonnée, posée à
même le sol devant nos portes dans un temps pluvieux. C’était feu ma mère, la
fondatrice du centre, qui l’avait recueillie.

Moi : Vous ne connaissez pas toute l’histoire. Vous êtes aussi censés aider les
orphelins à retrouver leurs familles si l’occasion se présentait. Vous n’avez pas
le droit de garder un tel secret en empêchant par la même occasion de réunir une
famille.

Mme AMON : Vous avez parfaitement raison. Et comme je l’ai dit à la mémé, si
la femme en question était une personne lambda, je vous aurais donné son
identité. Mais là c’est impossible. Elle est la femme d’un puissant homme qui
aussi a beaucoup d’ennemi dans ce pays. Vous pouvez même en être.
Lorsqu’elle a expliqué à son mari les conditions dans lesquelles elle avait
grandi, il était à deux doigts de tous nous foutre en prison pour maltraitance sur
les enfants. N’eut été l’intervention de sa femme, je ne serai pas là. C’est grâce à
elle si ce centre est de nouveau fonctionnel, que les enfants ont un meilleur
mode de vie qu’à son époque à elle. Elle a aussi pris en charge ceux de sa
génération, elle et un autre ancien, le footballeur Joël ANDERSON. Lui, tout le
monde connait son histoire. C’était si difficile à l’époque qu’elle a dû s’enfuir du
centre à l’âge de 15 ans pour se prendre en charge. Nous n’avions plus de ces
nouvelles jusqu’au jour où nous l’avons vu à la télé au bras de son mari. Ce
monsieur nous a clairement fait comprendre qu’à la moindre erreur de notre
part, c’était direct la prison. Je ne peux donc pas me permettre de divulguer des
informations sur sa femme. Elle est la prunelle de ses yeux et tuerait quiconque
lui voudrait du mal. Je suis donc dans l’incapacité de vous aider.

Moi : Je vous donnerai de l’argent, ce que vous voulez rien que pour le nom.

Mme AMON : Fhum, je préfère ma vie à l’argent. Je préfère être dans les
bonnes grâces de ce monsieur que de me goinfrer de votre argent.

A voir le regard de cette femme, je sais que ça n’en vaut pas la peine d’insister.
Une autre idée me vient soudain à l’esprit.

Moi : Ok comme vous voulez. Pouvez-vous cependant informer le couple que la


famille de la femme est à sa recherche ? Je vais vous laisser mon contact pour
que vous me fassiez le retour.

Mme AMAON : Comme vous voulez. Mais je crains que ça n’aboutisse.

Moi : On ne perd rien à essayer.

Mme AMON : Bien.

Je dépose mamie chez elle. Sur le chemin retour, je tourne dans ma tête les
différents hommes puissants de ce pays qui pourraient avoir épousé la sœur de
Darnell. Il y en a tellement. Il y en a même qui sont plus puissants que d’autres.
Ça peut être n’importe qui. Je regarde la grande enveloppe kaki posée sur le
siège passager en poussant un soupir. Mamie Kossia m’a remise toutes les
photos et d’autres documents pour mieux m’aider dans mes recherches. J’ai mon
cœur qui est rempli de tristesse en pensant à Darnell. Il a passé toute sa vie à
penser qu’il était orphelin alors que non. Il a une mère et une sœur qui sont
quelque part dans ce pays. J’espère vite les retrouver parce qu’il me sera difficile
de lui cacher ce secret. Mais une chose est sûre, cette nouvelle le brisera
profondément.

Je rentre chez moi terminer la décoration du sapin de Noël avec les enfants.
Nous sommes aujourd’hui le 24 Décembre, et à cause du travail je n’ai pas eu le
temps de décorer ma maison. Je suis finalement retournée dans mon ancienne
demeure d’il y a deux ans. J’ai tout refait, la peinture, la déco, les meubles, tout.
Je l’avais avant mon mariage et ce n’était pas Marc-Arthur qui me l’avait offerte
donc je l’ai aussi récupérée. Les seuls souvenirs que j’ai gardé de cette maison,
ce sont ceux avec Darnell. Ce sont les seuls d’ailleurs que je veux garder.

J’entends les cris des enfants depuis l’intérieur. Carolie, étant très calme, passe
son temps à surveiller son petit frère, qui depuis un moment extraverti, pour
éviter qu’il fasse des bêtises. Mais des fois, il l’entraine dans ses turbulences.
J’aime les voir courir partout, s’amuser, hurler, même si c’est agaçant des fois.
Ils se mettent à sautiller en me voyant. Je monte déposer mes affaires sur le lit et
je redescends commencer les décorations. Darnell a prévu passer ce soir
apporter leurs cadeaux pour demain matin. Moi j’en ai déjà acheté assez. Les
enfants passeront la Noël chez moi parce que Darnell est un peu chargé
professionnellement. Mais il a promis être présent pour le diner de Noël avec les
enfants.

Après plusieurs heures à décorer, je demande à leur nounou de leur donner leur
bain avant qu’elle ne s’en aille. J’en fais de même. Je me douche très rapidement
pour être présente quand Darnell viendra. Arrêtée devant ma penderie à la
recherche de quelque chose à mettre sur le dos, je vois tout ce lot de lingerie
super hot qui traine et que je n’ai pas encore utilisé. Je garde toujours un
exemplaire de mes modèles que j’utilise pour les occasions spéciales, mais
puisque depuis un an personne ne m’a touché, ils sont tous encore neufs. Une
idée coquine germe dans ma tête. Je sais comment faire succomber Darnell. Je
fais donc ce que j’ai à faire sur moi, ensuite descends tout organiser en bas, je
remonte enfin me reposer le temps qu’il se pointe. Les enfants sont devant la
télé. J’ai donné la permission à leur nounou de rentrer fêter avec sa famille. Il
n’y aura pas grande chose à faire demain. Tout a déjà été précuit. Je récupère
l’enveloppe contenant les photos de Darnell et sa famille et à l’aide d’un
marqueur, écris dessus « Retrouver la mère et la sœur de Darnell. » Je le fais
pour ne pas avoir à la mélanger avec mes autres dossiers. Il me sera plus facile
de la retrouver ainsi.
Mon cœur fait un bond quand la sonnerie retentit. Il est là. Je pose l’enveloppe
sur le lit et me presse de m’admirer une dernière fois dans mon grand miroir.
Tout est bon. J’ai juste porté une longue robe ample qui a une aussi une très
grande fente sur le côté qui dévoile ma jambe. Darnell aura donc une belle vue
sur ma cuisse que je ne me priverai pas d’exposer. Je n’ai non plus pas porté de
soutien pour permettre des mouvements fluides à mes loloches. Je ne me suis
pas vraiment maquillée parce qu’il aime quand je suis naturelle. Je m’asperge
une dernière fois de parfum sans trop en mettre. Je descends ensuite lui ouvrir la
porte. J’ai interdit aux enfants de s’approcher de la porte donc ils sont sagement
assis au salon comme s’ils n’avaient rien entendu. Quand j’ouvre et vois
Darnell, un flot de sentiment coule en moi. Son regard glisse le long de mon
corps mais très rapidement.

Darnell : Bonsoir. J’ai apporté les cadeaux pour les enfants.

Moi : Tu n’entres pas ?

Darnell : Non, je préfère rentrer me reposer. La journée a été fatigante.

Moi : Darnell, c’est le réveillon de Noël. Fais un effort s’il te plaît. Les enfants
ne te verront pas à leur réveil et quand ils déballeront leurs cadeaux. Passe au
moins le réveillon avec eux pour qu’ils ne sentent pas trop ton absence demain.

Son regard descend sur ma poitrine dont les seins pointent en dessous du tissu
fin. Il détourne les yeux.

Darnell : Je…

Moi : Fais-le pour Teddy qui passe son premier Noël avec son véritable père. Je
t’en prie.
Avant qu’il ne réponde, les enfants déboulent du salon en hurlant son nom.
Teddy est le premier à se jeter dans ses bras.

Coralie (hurlant) : Mes cadeaux, mes cadeaux. Papa c’est une poupée ?

Teddy : Ma voiture, ma voiture.

Coralie : Papa, nous avons cuisiné avec maman. Tu viens gouter ?

Les enfants ne cessent de lui demander de rester. Teddy s’est déjà jeté sur les
cadeaux dont il essaie de déchirer les emballages. Je le supplie du regard.

Darnell : Ok.

J’étouffe un “yes’’ dans ma gorge. La chose la plus difficile de mon plan vient
d’être faite. Il fallait juste qu’il accepte de rester ce soir. Pour le reste je gère.
Tellement absorbée à le regarder que je ne remarque pas que les enfants
déballent les cadeaux. C’est le bruit du scotch que me ramène à moi. Trop tard,
Coralie a ouvert son cadeau. Elle se met à jubiler avec sa poupée. Teddy, lui a
du mal avec son cadeau. Darnell l’aide donc en allant s’installer dans le salon
avec eux. Bon, ils déballeront mes cadeaux demain. Mon père en a aussi apporté
des cadeaux. Je les poserai cette nuit sous le sapin. Nous passons une très belle
et magnifique soirée ensemble. Nous ressemblons à une véritable famille. Juste
un mot de Darnell et nous le serons pour de vrai. Teddy est vraiment heureux de
voir son père. Il reste accroché sur lui, même pour jouer avec son Robot
télécommandé.

Les enfants ont fini par s’endormir sur Darnell. Il les pose chacun sur une épaule
et monte les faire coucher dans leur chambre. Je profite de ce moment pour
mettre mon plan B à exécution. Je fais sortir toutes les bougies que j’avais caché
derrière les cadres photos et les pots de fleurs. Je les allume toutes avant de
plonger le salon dans une lumière tamisée. Je place un paquet de préservatif sur
la table. J’en place un entre la fine corde de mon string qui traverse la raie de
mes fesses. Oui, j’avais acheté ces préservatifs depuis un moment pour au cas où
Darnell succombait. Je retire ma robe et je reste dans une tenue cochonne. C’est
une guêpière qui laisse la poitrine à découvert mais qui la maintient. Je place
mes caches tétons sexy qui sont très excitants. Ça fait partie de ma récente
collection. Je détache mes cheveux naturels que je laisse au vent. Darnell aime
que je sois naturelle de la tête aux pieds. J’entends ses pas descendre les
escaliers.

Darnell : Kayla, pourquoi il fait…

Il s’arrête en me voyant. Il glisse son regard, cette fois plus lentement, sur tout
mon corps. Je marche sensuellement vers lui.

Darnell : Je… vais rentrer.

Moi : Reste s’il te plaît.

Il ferme les yeux comme pour se reprendre.

Darnell : Je croyais avoir déjà été clair ? Arrête donc avec ça.

Moi : Je t’aime Darnell. Tu me manques.

Je veux le toucher. Il recule.

Darnell : Ne me touches pas. Je ne veux pas être désagréable. Bonne nuit.

Il me tourne le dos. Le vinaigre me monte au nez face à sa résistance. Aucun


homme ne m’a jamais résisté.

Moi : Pourquoi tu fais ça ?


Il continue son chemin sans me prêter attention.

Moi : Je fais tout pour arranger les choses entre nous. Je fais tout pour te prouver
que je t’aime, mais toi tu t’en fiches.

Moi (se retournant) : Peut-être parce que tu m’as assez donné de faux espoirs.
Combien de fois m’as-tu fait ton discours ? Combien de fois t’ai-je cru ? Et dis-
moi comment ça s’est terminé ? Tu t’es mariée à un autre.

Moi : Oui et je le regrette. Darnell, je t’aime.

Moi (s’énervant) : Non tu ne m’aimes pas. Tu me veux juste pour éteindre le feu
qui embrase tes reins. Ça a toujours été ça. Tu revenais vers moi lorsque ton
type super friqué t’abandonnait et moi comme un con je tombais dans tes filets
parce que j’étais fou de toi. Mais c’est terminé tout ça. Kayla, tu comprends ?
C’est terminé. Tu es la mère de mon fils, rien de plus.

Moi (la voix tremblante) : Ne me dis pas ça. J’ai fait des erreurs mais mon
amour pour toi est vrai. Je ne suis plus la même Kayla.

Darnell : Amélie m’a aussi fait ce discours, mais résultat des courses, elle a
encore tenté de me piéger. Vous êtes pareilles toutes les deux. Vous me voulez
juste pour vos intérêts.

Le fait qu’il me compare à cette moins que rien me met hors de moi. J’avance
vers lui.

Moi : Je ne te permets pas de me comparer à cette conasse. Elle n’en avait que
pour ton argent, pour le mariage et pour le sexe.
Darnell : Donc vous êtes pareilles. Ou bien tu me diras que tu n’as pas choisi
Marc-Arthur parce qu’il avait une meilleure situation financière que moi ? Si
j’étais autant riche que lui, ne serions-nous pas mariés en cet instant ?

Moi (confuse) : Je…

Darnell : Il n’y a que le luxe qui t’intéresse. Je ne suis toujours pas en mesure de
te l’offrir bien que ma situation se soit améliorée. Maintenant écoute-moi, je ne
veux plus que tu me parles de ce sujet. Toi et moi c’est fini. Vous me faites chier
à la fin.

Moi : Ne me parle pas sur ce ton.

Darnell : Donc lâche-moi les basquets. Et puis habille-toi, tu ressembles à une


pute.

Je déglutis. La honte me pousse à lui flanquer une gifle.

Moi : Je t’interdis de me traiter de pute parce que tout ce que je fais, c’est
uniquement pour toi.

Je vois ses mâchoires craquer. Ok je crois que j’ai fait une gaffe. Mais je m’en
fiche. Qu’il fasse ce qu’il veut.

Darnell : Plus jamais, je dis bien plus jamais tu ne refais ça.

Moi : Sinon quoi ?

Il desserre son visage et me donne dos.


Moi : Tu n’es qu’un enfoiré, un salaud, un pauvre type. Puisque tu ne veux pas
de moi, ok. J’irai donner ce corps à un autre. Il y a un homme là dehors qui
saura pendre soin. Il me fera l’amour tous les jours, dans toutes les positions. Je
lui ferai aussi plein de cochonnerie pour lui faire…

Il se retourne violemment et me plaque contre le mur. Il ne dit rien mais les


nerfs qui tressautent sur son front me disent clairement qu’il est fou de jalousie.
Je décide donc de continuer à le provoquer. Ça le fera peut-être réagir encore
plus.

Moi : Je vais le faire jouir autant qu’il me fera jouir. Je lui ferai des choses que
je ne t’ai jamais faites à toi ni à aucun autre. Je serai sa pute, sa tigresse, sa
lionne. Je me donnerai corps et âme à lui, Darnell. Si tu veux je pourrai nous
filmer et t’envoyer les vidéos pour que tu voies à quel point je m’amuse sans toi.
De toutes les façons, de tous les hommes que j’ai connus, tu es celui qui m’a
donné le moins de plaisir. C’est pour cette raison que j’ai choisi Marc-Arthur.

Je le repousse violemment.

Moi : Vas-y rentre chez toi. C’est tout ce que tu sais faire. Ou si tu veux tu peux
rester ici veiller sur les enfants. Je dois sortir m’amuser un peu.

Cette fois c’est moi qui tourne le dos. Je me saisis à peine de mon portable que
Darnell lance un juron et bondit sur moi. Il m’arrache mon portable qu’il
fracasse au sol.

Moi : Non mais ça ne va…

Je suis de nouveau plaqué contre le mur. Darnell me regarde avec rage.

Darnell : Il est hors de question que tu laisses mes enfants ici pour aller
t’envoyer en l’air avec n’importe qui.
Moi : Dans ce cas occuper-toi de moi. Punis-moi, Darnell, pour mon insolence.

Il ne se fait pas prier. Il s’acharne sur mes lèvres avec beaucoup de fougue. Il me
soulève contre le mur sans lâcher mes lèvres.

Darnell : Tu as osé lever la main sur moi.

Moi : Punis-moi pour ça.

Je fais sortir la capote de mon dos et la lui tend. Il me l’arrache et l’enfile très
rapidement. Je ne le vois pas venir mais il me pénètre en un seul coup. Je me
laisse aller dans un long cri. Darnell, pour la première fois, y va très fort. J’étais
tellement en manque que je deviens une fontaine. Il me descend et me tourne
contre le mur. Je me suis imaginée plus d’une fois comme ça serait, Darnell qui
me prenait par derrière. C’est magique.

Darnell : Tu me rends fou, Kayla.

Moi : Toi aussi bébé. Ne t’arrêtes pas.

Il s’agrippe à mes hanches. Moi je tente de m’agripper au mur. Voyant que


j’avais du mal à tenir debout, il nous fait basculer dans le divan. C’est les jambes
en l’air que je reçois la fin de la plus belle des punitions. Je savais Darnell très
doux, très romantique. Mais bestial, wahoo. C’est tout simplement divin.

Nous nous écroulons sur la moquette complètement trempés de sueur. Je me


couche sur le torse de Darnell. Il nous faut de longue minute pour reprendre une
respiration normale.

Darnell : Tu es une sorcière.


Moi (souriant) : Je le sais.

Darnell : Tu n’avais pas l’intention de sortir n’est-ce pas ?

Moi : Pas le moins du monde. Je voulais juste te faire réagir.

Il prend un air plus sérieux. Il se redresse contre le fauteuil. Je m’assois face à


lui.

Darnell : Je n’aurais pas dû succomber. Tu es du genre à ne pas savoir avec


exactitude ce que tu veux.

Moi : Si tu me l’avais dit il y a deux ans, je t’aurai dit oui. Mais aujourd’hui tout
est différent. Je sais ce que je veux.

Je me rapproche.

Moi : Je te veux toi. Je t’aime, Darnell. Plus que jamais. Je suis prête à te le
prouver. Ecoute, même si Marc-Arthur revenait, ou un tout autre homme friqué
venait me faire une demande en mariage, je refuserais parce que je ne veux être
qu’avec toi. J’ai appris de mes erreurs. J’en ferai encore, mais une seule que je
ne ferai plus, c’est ne pas te choisir au détriment des autres hommes. Laisse-moi
t’aimer. Donne-nous une chance d’être une famille. Je veux être la mère de
Coralie. Je suis prête à mettre mon nom sur son extrait de naissance puisque sa
mère a renoncé à son rôle. Je patienterai jusqu’à ce que tu sois prêt pour le
mariage. Je ferai tout ce que tu désires. Mais laisse-moi une chance.

Il me regarde avec une telle profondeur que ça me trouble. De son pouce, il trace
une ligne sur ma joue qu’il passe sur mes lèvres. Je frétille.
Moi : Alors ?

Il pose délicatement ses lèvres sur les miennes. Je crois que j’ai ma réponse. Je
veux approfondir le baiser mais il recule.

Darnell : Tu m’as creusé.

J’éclate de rire.

Moi : Je nous apporte du gâteau.

Darnell : Je vais en profiter pour me nettoyer.

Je le regarde s’en aller en direction des toilettes du bas. Je cours nous servir une
grande assiette de gâteau. Nous revenons au même moment. Le voir tout nu me
donne encore des envies.

Darnell : Baisse les yeux petite fille.

Je souris. Il enfile son boxer. C’est assis sur la moquette que je lui mets le gâteau
en bouche.

Moi : C’est avec les enfants que j’ai acheté cette bûche de Noël. S’il me
demande, je leur dirai que c’est le père Noël qui a mangé une part.

Darnell : N’embête pas mes enfants avec ces histoires sordides de père Noël.

Moi : C’est juste pour embellir leur enfance. Ils sauront très vite qu’il n’existe
pas. Moi je l’ai su à 10 ans.
Darnell : Moi je n’ai pas connu tout ça. Je n’avais pas de parent pour me faire
rêver et mamie était trop occupée à subvenir convenablement à mes besoins.

Moi : Tu as la possibilité de combler tes enfants.

Darnell : L’une des raisons pour lesquelles je ne voulais pas avoir d’enfant
c’était la peur de ne pas assurer. Je n’avais aucune figure paternelle alors je me
sentais incapable d’être un père. Je ne sais même pas ce que ça fait d’être aimé
par une mère. Mamie Kossia m’a aimé certes, mais rien ne peut remplacer
l’amour d’une mère.

Je pose le gâteau près de moi, prise de compassion. Je pose ma main sur sa joue.

Moi : Je peux comprendre ce que tu ressens. C’est aussi pour cela que je veux
être là pour toi. Je veux que nous donnions une belle famille à nos deux enfants.

Darnell : Ça me met un baume au cœur que tu aimes Coralie.

Moi : Comment ne pas l’aimer quand j’aime follement son père. Laisse-moi être
sa mère s’il te plaît. Laisse-moi faire partie intégrante de vos vies.

Darnell : Je prends de nouveau le risque de te faire confiance. Ne me blesse pas


s’il te plaît. Pas de secret, pas de mensonge. Rien que la vérité, la sincérité et
l’amour.

Je lève mon petit doigt. Il lève le sien. J’accroche nos doigts.

Moi : Promis.

Nous repartons dans un baiser. Plus doux cette fois. J’ai un pincement au cœur
en pensant à la découverte sur sa mère et sa sœur. Je veux bien le lui dire, mais
j’ai promis à une vielle femme mourante de garder le secret jusqu’à son dernier
souffle. C’est aussi pour ça que je veux être avec lui. Pour lui donner une famille
à laquelle s’accrocher après la mort de sa grand-mère. Je ne veux pas le laisser
seul. J’espère que les choses se passeront tranquillement jusqu’à ce que je dise
tout à Darnell. Je ne veux pas gâcher cette chance qu’il vient de me donner.

Moi : Laisse-moi te faire l’amour.

Darnell : La dernière fois que tu m’as fait l’amour, Marc-Arthur est réapparu.

Cette situation qui était déplorable il y a deux ans nous fait rire tous les deux.
Nous scellons notre réconciliation en faisant l’amour de la plus tendre, douce
des manières. J’ai pris les rênes de ce tour. J’ai allongé Darnell et je m’occupe
parfaitement de lui. Il me laisse faire. J’aime énormément cet homme.

Je sens des baisers sur mon visage. J’ouvre l’entement les yeux et croise les
yeux magnifiques de Darnell.

Darnell : Il fait jour. Les enfants ne tarderont pas à descendre. Tu es toute nue.

Moi (souriant) : Tu veux qu’on fasse un dernier match ?

Darnell (souriant) : Je suis tenté mais je dois rentrer me changer. Je monte


prendre une douche dans ta chambre.

Moi : Ok. Tu veux un peu de café ?

Darnell : Ouais.

Il se baisse pour poser un baiser sur mes lèvres. Je me mordille la lèvre en le


regardant s’en aller. Mon Dieu je suis dingue de lui. J’enfile ma robe après un
petit rangement. Je file dans la cuisine préparer le petit déjeuner. Des frissons
parcourent mon corps quand les images de la nuit me reviennent. J’ai envie de le
retrouver là-haut et me jeter sur lui. Ce n’est pas une si mauvaise idée. Peut-être
que je devrais faire ça. Je coupe le gaz prestement avec plein de papillon dans le
ventre à l’idée qu’il me fasse l’amour sous la douche.

« Kayla, c’est quoi ça ? »

Je fais face à Darnell avec le sourire aux lèvres. Mais quand je vois ce qu’il
tient, mes jambes flageolent. Non ! Pas ça. C’est l’enveloppe.

Moi : Darnell…

Darnell : Est-ce que ma mère vit ? Ai-je une petite sœur ?

Moi : Darnell je…

Darnell (hurlant) : Dis-moi pourquoi il y a écrit “retrouver la mère et la sœur de


Darnell’’ sur cette enveloppe et pourquoi diable as-tu les photos de moi petit
avec ces gens nommés comme mes parents ?

Son regard est éjecté le sang. Il tremble de tout son corps, et moi aussi. Quoi que
je dise, il connait déjà la réponse. Je ferme les yeux mais je ne peux empêcher
une larme de s’échapper de mes yeux. Pourquoi faut-il que tout se gâche alors
que ça vient de s’arranger ?
Episode 12

DARNELL

Je monte les escaliers le sourire aux lèvres. J’ai passé une nuit fantastique dans
les bras de Kayla. Elle peut se montrer insistante quand elle le veut. Elle m’a
rendu deux fois plus amoureux d’elle cette nuit. J’aurais bien voulu rester encore
avec elle et les enfants, mais le devoir m’appelle. J’entre dans la chambre de
Kayla où je dois prendre une douche avant de rentrer chez moi changer de
vêtement. Je pose mon jean plus mon tee-shirt sur le lit quand je remarque une
enveloppe. Je n’y prête pas tout de suite attention mais je tique en voyant mon
nom inscrit. Je regarde de plus prêt et je peux lire “Retrouver la mère et la sœur
de Darnell’’. Ça m’intrigue. J’ouvre l’enveloppe histoire d’être sûr qu’il ne
s’agit pas de moi puisque normalement ma mère est censée être morte. Je n’ai
pas de sœur non plus. Je regarde une à une les photos qui se trouvaient à
l’intérieur de l’enveloppe. Je me vois, étant enfant, au premier coup d’œil arrêté
entre un homme et une femme enceinte. Je sais que c’est moi parce que ma
grand-mère a des photos de moi quand j’étais enfant. Les photos qu’elle n’a pas,
ce sont ceux de mes parents. Je regarde le dos de la photo, il y a écrit “Famille
MENSAH. John, Joëlle et Darnell’’. Je regarde attentivement l’homme. Il
ressemble à celui que je vois dans mes cauchemars qui continuent jusqu’à ce
jour. Je regarde toutes les photos et j’ai froid dans le dos. Je regarde avec
beaucoup plus d’insistance cette femme qui serait ma mère. Je n’ai jamais su à
quoi ressemblait ma mère et là je la vois. Je vois un document où on parle de ma
sœur qui aurait été abandonnée devant un orphelinat et de ma mère qui avait été
hospitalisée dans un hôpital où elle a donné naissance. Il y a aussi un acte de
décès de mon père, mais pas celui de ma mère. Il est marqué sur l’acte que mon
père John MENSAH est mort par noyade. C’est quoi tout ça ? Que font toutes
ces choses me concernant ici chez Kayla ?

Non, ce n’est pas ce à quoi je pense. Ma mère ne peut pas être en vie. Mamie me
l’aurait dit sinon. Non je refuse de le croire. Tout est pourtant clair. Tout est sous
mes yeux. Ma mère est en vie ? Depuis tout ce temps ? Non, c’est faux. Je me
rhabille et retrouve Kayla à la cuisine avec l’enveloppe et tout ce qu’elle
contenait.
Moi : Kayla, c’est quoi ça ?

Elle me fait face avec un sourire qui disparait quand elle voit ce que je tiens en
main.

Kayla : Darnell…

Moi : Est-ce que ma mère vit ? Ai-je une petite sœur ?

Kayla : Darnell je…

Moi : Dis-moi pourquoi il y a écrit “Retrouver la mère et la sœur de Darnell’’


sur cette enveloppe et pourquoi diable as-tu les photos de moi petit avec ces
gens nommés comme mes parents ?

Tout mon être se met à trembler de colère. Son silence me met hors de moi
parce que ça confirme mes soupçons. Elle ferme les yeux et laisse couler une
ligne de larme.

Kayla : Je suis désolée Darnell.

Je pète un câble.

Moi : Je ne te demande pas d’être désolée. Mais de me répondre. Pourquoi tu as


des photos de moi et mes parents alors que moi je n’en ai jamais vu aucune ?

Kayla : C’est mamie Kossia qui me les a donné. Elle veut que je l’aide à
retrouver…
Elle se pince les lèvres.

Moi : RETROUVER QUI ?

Kayla (baissant la tête) : Ta mère et ta sœur.

Moi : Donc, elles sont en vie ?

Kayla : Oui !

Cette révélation me fait un très gros choc. J’ai l’impression de recevoir une
bombe en plein visage.

Moi : Tu le savais et tu ne m’a rien dit.

Elle relève la tête.

Kayla : Je l’ai appris que hier.

Moi : ET TU NE M’AS RIEN DIT !

Elle sursaute et se met à pleurer.

Kayla : J’avais promis à mamie garder le secret jusqu’à sa mort. Elle n’arrête
pas de dire que son heure est proche. Je ne voulais pas te mentir. Je voulais aider
une femme mourante à réaliser son dernier vœu.

Moi : Et as-tu pensé à moi ? Tu ne t’es pas dit que je devais savoir que ma mère,
que je croyais morte toutes ces années, est en vie ? Je t’ai parlé de la solitude
dans laquelle je suis depuis enfant, mais tu n’as pensé que cette information
pouvait… MERDE ! Je me suis laissé une fois de plus avoir par toi. Tu as donc
fait tout ce cinéma hier par pitié.

Kayla : Non, non Darnell. C’est par amour. Je t’aime.

Elle essaie de me toucher.

Moi : Je vais te faire sacrément mal si tu poses tes mains sur moi.

Kayla : Darnell…

Moi : Tu sais quoi ? Je ne veux plus te voir. Si tu as été capable de me cacher


une chose aussi importante, je ne sais pas qu’elle autre chose tu pourras me
cacher.

Kayla (pleurant) : Darnell je t’en prie, ne me repousse pas. Je veux être là pour
toi. Je t’aime.

Moi : Toi tu me répugnes.

Je sors de la cuisine et retourne au salon enfiler mes chaussures. Kayla me


supplie en pleurant mais je n’ai que faire de ses émotions. Je me sens mal au
plus profond de moi. Ma mère est en vie. J’ai donc été séparé d’elle. A moins
que ce soit elle qui m’ait abandonné. Il faut que je sache ce qui s’est passé. Je
repousse Kayla qui essaye de me retenir. Il faut que je sache.

J’arrive enfin chez ma grand-mère après avoir passé plus d’une heure dans les
embouteillages. Elle est déjà réveillée. Je déboule dans le salon où elle est assise
à regarder dans le vide. Je jette l’enveloppe à ses pieds.
Moi : Tu m’expliques ?

Elle regarde l’enveloppe. Quand elle la reconnait elle s’attrape la tête.

Mamie : Darnell. Mon chéri.

Moi : JE NE SUIS PAS TON CHERI. JE DIS, TU M’EXPLIQUES ?

Elle se laisse tomber au sol en pleurant. Elle n’arrive pas à parler. Elle ne fait
que s’attraper la tête et marmonner des mots en Ashanti. Je tourne sur moi-
même pour essayer de me calmer.

Moi : Où est ma mère ?

Mamie : Darnell…

Moi : Est-elle en vie ?

Mamie : Oui. Darnell. Je te demande pardon.

Moi : Pourquoi tu m’as menti tout ce temps ? Que t’ai-je fait ? C’est elle qui m’a
abandonné c’est ça ?

Mamie : Non oooh. Tout est de ma faute. Je te demande de me pardonner.

Elle reprend les pleurs de plus belle. Quelqu’un déboule dans la maison. C’est
Kayla.

Kayla : Darnell…
Moi : Toi, ne m’approches pas. Mamie, je veux tout savoir et maintenant. Si
dans les minutes qui suivent tu ne me racontes pas tout ce qui s’est passé, je te
jure que je mets le feu à cette maison. J’ai vu que mon père était mort par
noyade alors que toi tu m’as dit que c’était par un accident de la route. Explique-
moi donc.

Je tire une chaise sur laquelle je m’assois. Kayla rejoint mamie Kossia qui gratte
le sol qui est mouillé de ses larmes. Elle se nettoie le visage du bout de son
pagne.

Mamie : Avant tout, je te demande de me pardonner. Je vis dans le regret depuis


30 ans. Tout ce que je te demande, c’est de trouver la force en toi de me
pardonner.

Je ne lui donne aucune réponse. J’ai juste hâte qu’elle se mette à parler.

Mamie : J’étais une veuve avec deux fils. Mon premier, ton père, avait épousé
une Ivoirienne, malgré mon refus. Je ne voulais pas d’une étrangère dans ma
famille parce que je voulais que nos cultures se perpétuent. Avoir une étrangère
dans la famille signifiait avoir à accepter des cultures étrangères. Personne ne
voulait de ta mère. Ton père a donc déménagé en Côte d’ivoire avec sa femme
pour l’éloigner de nous. Mais ça ne m’empêchait pas de toujours la persécuter
dans les appels et quand je venais passer du temps avec eux. Mais ta mère, qui
était très douce, ce qui me surprenait vu qu’elle était Bété qui eux sont reconnus
pour avoir le sang chaud, ne m’avait jamais manqué de respect ni répondu. Ton
père la défendait tout le temps à chacune de nos attaques. Puis vint ce jour
sombre.

Elle replonge dans les pleurs.

Mamie : Darnell pardonne-moi.


Moi : Continue.

Kayla : Darnell, vas-y doucement s’il te plaît.

Moi : Où as-tu laissé mes enfants ?

Kayla : Ils sont avec mon père.

Moi : Vas donc les rejoindre et laisse-moi résoudre mes problèmes.

Kayla : Darnell…

Moi : FERME-LA, KAYLA, FERME-LA.

Elle ferme les yeux. Je serre les poings pour garder mon calme.

Mamie : Tu avais trois ans. Ta mère était enceinte et presqu’à terme. Ton oncle,
mon deuxième fils était venu passer deux semaines chez tes parents ici en Côte
d’Ivoire parce qu’il avait des problèmes d’argent. Ton père, pour faire distraire
ta mère, qui était épuisée par la grossesse, vous a tous emmené à la plage. Selon
les dires de ton oncle, tu jouais dans l’eau avec ton père et ta mère était assise
pas très loin. Tu as eu soif, ton père t’a confié à ta mère le temps d’aller te
chercher de l’eau. Un moment, elle a ressenti des douleurs dans le ventre. Ça l’a
distrait le temps d’une seconde et tu en as profité pour aller plus près de l’eau.
Une grande vague est venue et t’a emporté. C’était la panique. Ta mère ne savait
pas nager mais ton père si, il a accouru et a plongé pour te secourir. Il avait
réussi à te sauver même si tu t’étais évanouie. Mais lui, il n’a pu se sauver.
Quand les sauveteurs l’ont fait sortir de l’eau, c’était trop tard.

Moi : C’était donc ça mes cauchemars à répétition ?


Mamie (pleurant) : Oui.

Moi : Je t’ai pourtant posé la question, mainte et mainte fois, mais tu m’as dit ne
rien savoir.

Je me lève et fais valser la table en bois contre la porte d’entrée. Elles hurlent de
frayeur.

Moi : Tu m’as regardé souffrir sans rien me dire. Tu connaissais la cause de ma


phobie des grandes eaux et tu as gardé le silence.

Mamie : Je voulais te protéger de cette douleur.

Je leur tourne le dos en me répétant de garder mon calme jusqu’à la fin de son
récit.

Moi : Qu’est-ce qui est arrivé à ma mère ?

J’entends ses reniflements dans mon dos mais je ne ressens aucune pitié.

Mamie : Toute la famille est venue du Ghana pour les funérailles. On voulait
transférer le corps mais ça revenait trop cher. La mort de ton père était une
excuse pour nous pour malmener ta mère. Elle était seule, sans famille au milieu
de nous parce qu’orpheline. Quelques cousins étaient venus la saluer mais après
plus rien. Nous l’avons accusé de la mort de ton père et lui avons fait subir des
rituels qu’on pratiquait au Ghana. Elle devait tous les subir pour nous prouver
qu’elle n’était pas responsable de la mort de son mari. Nous l’avons obligé à
dormir avec le corps de ton père que nous avions récupéré à la morgue et mis
dans l’une des chambres de votre maison la veille de l’enterrement. Nous
l’avons obligé à boire l’eau qui avait servir à le laver.

Kayla : Oh mon Dieu !


Je ferme les yeux pris d’un horrible frisson. J’ai même la nausée.

Mamie : Nous les femmes de la famille l’avons encerclé et l’avons fouetté, rasé
sa tête et son intimité. La maison était grande donc tout se faisait à l’intérieur
sans que personne ne se doute de quoi que ce soit. Les voisins ne pouvaient se
plaindre des bruits et des pleurs puisqu’il s’agissait de funérailles. Voyant
qu’elle acceptait tout sans broncher, nous l’avons accusé d’infidélité en doutant
de la paternité de l’enfant qu’elle portait. Moi je savais qu’elle était innocente
mais je prenais plaisir à lui faire payer d’avoir épousé mon fils contre mon gré.
Son dernier test pour nous prouver sa fidélité était qu’elle couche avec le frère
de ton père en affirmant que si le lendemain elle était toujours en vie, ça
signifierait qu’elle n’a rien fait, sinon elle mourrait.

Je serre les poings. Je commence vraiment à bouillonner de rage face à toute


cette injustice sur ma mère.

Moi : Mais le soir où cela devait se passer, elle a pris la fuite. Elle avait
seulement pris les vêtements du bébé et ses pièces. Nous avons conclu ce que
nous voulions conclure juste pour nous donner une bonne raison de nous
accaparer des biens de mon fils. Le lendemain, on nous a appelés sur le fixe de
la maison pour nous dire que ta mère avait eu accident qui l’avait plongé dans le
coma. Ils avaient dû lui faire une césarienne. Nous ne voulions pas dépenser un
seul centime des biens que nous nous étions partagés alors nous avons décidé de
récupérer le bébé et ton oncle l’a abandonné devant un orphelinat. Nous avons
ensuite disparu au Ghana après avoir vendu tout ce qui appartenait à ton père.
Mais avant nous avions appris que ta mère était sortie du coma. Je t’ai gardé
avec moi parce que tu étais le seul souvenir de ton père. Cinq mois plus tard,
l’âme de ton père a commencé à me torturer. Je l’entendais pleurer chaque nuit
sans que je ne le vois. Il pleurait et il me disait « Maman pourquoi ? ». J’étais
paniquée. Un jour dans mon rêve, je l’ai vu. Il me disait combien il m’en voulait
d’avoir fait souffrir sa femme, d’avoir divisé sa famille. Il me disait que j’allais
payer par le sang si je ne reparais pas mon tort. Que nous tous allions payer. J’ai
réuni toute la famille pour leur faire part mais ils m’ont dit qu’ils ne se sentaient
pas concernés. Une semaine après, ton oncle est mort dans un terrible accident
de voiture. Il a été broyé par un gros camion. Il ne restait rien de lui à enterrer.
Ça a été un signe. Avec ma part des biens de ton père et celui de ton oncle
décédé, je suis revenue en Côte d’Ivoire avec toi pour seul but de retrouver ta
mère et ta sœur. Je suis retournée à l’hôpital, on m’a dit que ta mère s’était
réveillée du coma et avait quitté l’hôpital avec un homme de Dieu qui avait pris
ses soins à sa charge. J’ai recherché l’homme de Dieu en vain. Ta sœur vit ici,
mais je ne sais qui c’est. Darnell, je te demande pardon. Je me mets à genoux.

Toute la colère en moi disparait pour laisser place à une profonde tristesse. Je
me sens déboussolé jusque dans mon âme. Je n’entends ni les pleurs de ma
grand-mère ni ceux de Kayla. Je revois toute l’histoire dans mon esprit. Je
n’arrive pas à retenir ce flot de larme qui se déverse sur mon visage. Toute ma
vie n’est qu’un mensonge. On m’a séparé de ma mère. Ce sont eux qui m’ont
privé de son amour. Jamais je ne connaitrai ma petite sœur. Je suis frappé d’un
gros sanglot. Je n’arrive pas à me retenir. Je m’en fiche de me retenir. Il me faut
évacuer cette boule qui s’est formé sur mon cœur tout au long de ce récit. J’ai
tenu bon tout ce temps parce que je croyais que je n’avais rien à avoir dans la
mort de mes parents et que je ferai tout pour qu’ils soient fiers de moi de là où
ils sont. Mais aujourd’hui, j’apprends que c’est de ma faute si mon père est
mort. J’apprends que j’ai expressément été privé de l’amour de ma mère. Mon
âme est déchirée.

Kayla : Darnell, je suis tellement désolée.

Elle pose ses mains sur moi. Je me dégage violemment. Mon visage est mouillé
de larme.

Moi : Ne me touche pas. Restez toutes les deux loin de moi.

Mamie (pleurant) : Pardonne-moi !

Moi : Tu m’as laissé grandir dans un aussi grand mensonge. Tu m’as regardé
pleurer la mort de mes parents, tu m’as regardé souffrir de leur absence, tu m’as
regardé faire tous ces cauchemars sans m’éclairer. Tu avais pourtant la clé de
mon supplice. J’ai 33 ans et c’est maintenant que je découvre que j’ai une
famille quelque part dans ce pays. Tu as gâché ma vie.
Mamie : Ne dis pas ça. Je t’aime.

Je ravale la réponse qui s’apprêtait à sortir.

Moi : Je préfère m’en aller avant de te dire des horreurs. Je ne veux plus jamais
te voir et ne t’approches plus de mes enfants.

Je sors de cette maison qui me fait suffoquer. Je marche jusque sur la grande
voie. Après là, je ne sais plus où aller. Je marche sans destination. Je manque à
deux reprises de me faire renverser. Mes larmes continuent de couler sans frein.
Si je n’avais pas avancé vers la mer, mon père serait en vie et ma famille serait
toujours réunie. J’aurais connu ma petite sœur tout comme Coralie et Terry. J’ai
toujours voulu avoir des frères et sœurs pour me sentir moins seul. A quoi peut
bien ressembler ma sœur ? A notre mère ? Moi je ressemble à notre père. Elle a
peut-être pris le côté de notre mère. Est-elle noire ou plus claire ? Tant de
question qui me taraudent l’esprit malgré mon chagrin, si bien que je m’aventure
sur la route sans regarder. Je me rends compte de ma bêtise quand un klaxon
bruyant résonne à m’en casser les tympans. La seconde d’après, ma vue est
brouillée par la lumière des phares. Je reçois un choc dans mon côté. Je
m’écroule.

J’ouvre un œil après l’autre. Ma vue est encore floue. Un visage apparait au-
dessus de moi. Je distingue de longs cheveux et un teint clair.

« Vous êtes réveillé ? »

Je vois un peu plus clair. J’ai l’impression de voir ma…

Moi (faiblement) : Maman ?


Je ne vois pas très bien le visage mais les traits que je distingue ressemblent à
ceux de ma mère que j’ai vu sur la photo. Je l’ai tellement regardé que j’ai gardé
son visage en esprit.

Moi : Maman c’est toi ?

Elle : Non. Je ne suis pas votre mère. Ouvrez bien les yeux.

Je me frotte les yeux et les ouvre. Je vois une jeune femme. Je n’ai pas menti,
elle a les traits de ma mère.

Moi : Qui êtes-vous ?

Elle : Je m’appelle Trisha YOUL. Vous vous êtes aventuré sur la voie sans
regarder et ma voiture vous a heurté.

Moi : Trisha YOUL ?

Elle : Oui, c’est mon nom. Ecoutez, je dois m’en aller. Je me rendais à un
rendez-vous important. J’ai déjà réglé les frais mais vous n’avez rien. Dois-je
appeler un membre de votre famille ?

Moi (me redressant) : Non. Merci.

Elle : Ok. Faites attention la prochaine fois et Joyeux Noël à vous.

Elle sort de la pièce mais je ne peux m’empêcher de la suivre du regard. Cette


ressemblance doit être une coïncidence. Je crois que j’ai encore les images de
ma mère dans ma tête.
A mon retour à la maison, je me suis enfermé chez moi et j’ai éteint mon
portable. Je ne veux voir ni parler à personne. Je n’ai encore rien avalé. La seule
chose que j’arrive à faire, c’est pleurer les larmes de mon corps. Je ne sais plus
qui je suis. J’ai l’impression de ne même plus savoir où je vais. Quelle histoire
raconterai-je à mes enfants ? Que leur arrière-grand-mère a divisé leur famille
par pure méchanceté ? Qu’ils ont une grand-mère perdue dans la nature et une
tante dont j’ignore l’identité ? J’ai envie que la terre s’ouvre et m’engloutisse
pour ne plus avoir à ressentir cette douleur si déchirante. Je ne sens même plus
mon cœur battre. Je n’ai pas réussi à fermer l’œil de la nuit. Comment des gens
peuvent être aussi ignobles pour affliger une veuve enceinte ? Je suis meurtri en
pensant à ce supplice qu’elle a supporté pour la mémoire de son mari.

Plusieurs coups sont donnés sur la porte. Je ne réagis pas. Assis dans le salon, la
tête entre les mains, j’imagine ce qu’aurait été ma vie si mes parents étaient
encore présents. De ce que j’ai compris, ils étaient aisés. Pourtant j’ai grandi
dans la misère. Je ne méritais pas ça. Ma mère ne méritait pas ça. Ma sœur ne
méritait pas ça. Sait-elle qu’elle a un frère ? Si oui, essaye-t-elle de me
retrouver ?

Kayla (derrière la porte) : Darnell, bébé, je sais que tu es là. Ouvre-moi s’il te
plaît.

Sa voix est pleine de tristesse. Je sais qu’elle n’est pas coupable de tout ceci,
mais pour l’heure, je veux rester seul.

Kayla : Je, je suis désolée de devoir te l’annoncer ainsi. Mais tu ne m’en laisse
pas le choix.

Elle marque une pause avant de reprendre.

Kayla : Après ton départ, mamie a piqué une crise. Elle, elle a rendu l’âme il y a
une heure de temps. Elle m’a dit de te demander pardon avant de rendre son
dernier souffle. Je vais te laisser seul, mais je repasserai demain en espérant que
tu m’ouvres. Avant de faire une bêtise, pense à Coralie et Teddy qui ont besoin
de leur père. Pense à moi qui ne peux plus vivre sans toi. Tu n’es pas seul, mon
amour. Nous sommes là pour toi. Je suis là pour toi. Je t’aime Darnell. Ne
l’oublie pas.

J’entends ses pas s’éloigner. Ses paroles me font couler les larmes. Ils m’aiment.
Je les aime aussi mais là j’ai juste besoin de me retrouver avec moi-même. Ma
grand-mère est morte. Je crois que je suis vide de toute âme et tout sentiment,
parce que l’annonce de la mort de celle qui m’a élevé et pour qui je voulais
coûte que coûte réussir afin qu’elle soit fière de moi, ne me fait ni chaud, ni
froid. Elle m’a tué avant de mourir.
Episode 13

VANESSA

Je regarde Zeinab, la sœur de Khalil me parler des raisons qui la poussent à


demander le divorce. Elle ne sait pas qui je suis mais moi je l’ai très vite
reconnu. Il n’y a qu’à voir sa grande ressemblance avec son frère pour tout de
suite savoir qui elle est. En plus, Khalil m’avait dans le temps plusieurs fois
montré des photos d’elle. Je préfère ne pas lui révéler mon identité de peur de la
refroidir.

Moi : Si je comprends bien, vous voulez divorcer de votre époux, Antoine, parce
qu’il vous a trompé. Il vous a supplié de lui pardonner en affirmant que c’était sa
seule et dernière fois de le faire. C’est bien ça ?

Zeinab : Oui.

Moi : Vous me permettez de vous poser une question plus intime ?

Zeinab : Allez-y !

Moi : Combien de temps passez-vous avec votre époux ? Votre famille en gros ?

Zeinab : Euh, je… ne sais pas trop, je dois dire. Mais c’est parce que mon travail
me prend beaucoup de temps. Mon mari ne gagne pas assez donc je me dois de
gagner plus pour équilibrer les choses. Je ne veux pas que mon fils manque de
quoi ce soit.

Je souris. Khalil avait raison. Elle est exactement comme j’étais. Je me souviens
d’une phrase qu’il m’a dite un jour lors d’une dispute.
Moi : Quelqu’un m’a dit un jour que mon rôle entant qu’Avocate n’était pas
seulement de défendre, mais aussi de conseiller. C’est donc ce que je vais me
permettre de faire avec vous. De tout votre récit, je ne retiens qu’une seule
chose, votre vie professionnelle a plus de valeur pour vous que votre vie de
famille. Moi aussi j’étais ainsi et je peux vous dire que la fin de tout ceci c’est la
solitude. Tu auras tout ce qu’un bon boulot peut offrir mais tu n’auras plus de
famille. Vous m’avez parlé de vos voyages d’affaire, de vos réunions, les diners
auxquels vous vous rendez pour affaire, mais vous n’avais pas une seule fois
parlé d’une quelconque sortie en famille ou en tête à tête avec votre mari. Ne
pensez-vous pas que c’est le manque d’amour qui a poussé votre mari dans les
bras d’une autre ?

Zeinab : Rien ne justifie une infidélité.

Moi : Oui, mais ne donnons pas non plus une raison à l’infidélité d’avoir une
place dans notre vie. Le problème avec nous les femmes est que, lorsque nous
désirons quelque chose, nous nous mettons à fond pour l’avoir, oubliant même
certaines choses importantes. Si vous étiez venues me voir il y a deux ans,
ç’aurait été à cœur joie que je vous aurais encouragé à divorcer de cet homme.
Mais aujourd’hui, tout ce que je veux vous dire, c’est de sauver votre mariage.

Zeinab : Vous me demandez de pardonner l’adultère de mon mari ? Il a couché


avec une pute de trottoir.

Moi : C’était donc le coup d’un soir qui transcrit en réalité le manque de sexe
qu’il a encaissé longtemps dans son couple. Une personne, homme ou femme,
en manque de sexe ira forcement voir ailleurs pour éteindre ce feu puis
regrettera après. Mais si ce manque persiste, cette personne finira par se trouver
un autre partenaire pour se soulager. Evitez donc d’arriver à ce stade. Je sais que
votre mari vous aime ce qui l’a poussé à lui-même vous avouer son péché.
Faites donc aussi un pas vers lui. Voici ce que nous allons faire, je vous propose
de prendre un temps rien que pour vous et votre mari. Faites-lui à manger,
faites-vous des sorties, des moments rien qu’à deux, prenez des vacances. Faites
tout ce qu’une femme mariée est censée faire pour et avec l’homme qu’elle aime
et revenez me voir dans deux mois. Si rien n’a changé entre vous, je prends
l’engagement de vous faire divorcer sans prendre 5 FCFA avec vous. Souvent
nous les femmes sommes celles qui poussons nos hommes dehors. Moi j’ai
perdu mon plus grand amour à cause de ces mêmes choses et aujourd’hui je le
regrette amèrement. Je veux donc éviter à une autre femme de finir dans la
solitude comme moi. Faites un effort s’il vous plait.

Elle passe un bout de temps silencieuse, les yeux baissés. Je prie qu’elle accepte
parce que ce serait vraiment dommage qu’elle quitte un homme aussi bon
qu’Antoine. Même pour l’avoir vu qu’une seule fois, j’ai su qu’il était un
homme de la même trempe que Khalil. Zeinab relève des yeux rougis sur moi.

Zeinab : Je ferai donc ça et je vous reviendrai.

Moi (souriant) : J’en suis ravie.

Elle me remercie et prend congé. Je range les dossiers et fais signe à Chantal de
venir les récupérer pour les donner au patron. Il trouvera un autre avocat à qui
les confier. Aujourd’hui, je prends mon congé maternité. Je devrais le prendre
depuis le mois surpassé mais j’ai préféré attendre d’être à terme pour le faire. Je
vais accoucher dans pas longtemps. Quand exactement ? Je n’en sais rien.
Parait-il que les bébés viennent quand ils le désirent. Sinon, selon l’échographie,
ça doit se faire la semaine prochaine. J’attends donc le jour où le petit Khalil
voudra pointer son nez. Si j’ai décidé d’attendre maintenant pour prendre mon
congé, c’est pour ne pas sentir la solitude. Khalil m’a vraiment chassé de sa vie.
Depuis ce jour où il m’a foutu dehors, il n’est plus revenu sur sa décision. J’ai
plusieurs fois essayé de le joindre mais il a bloqué mes numéros. Je soupçonne
même qu’il ait changé ses contacts. J’ai passé tous ces huit derniers mois dans la
tristesse et le désespoir. Mes nuits se passent entre pleurs, regrets et malaises.
J’ai tellement besoin de lui en ce moment où son fils fait des siennes. C’est un
garçon d’après l’écho. Khalil a toujours rêvé d’avoir comme premier enfant un
garçon. Comme j’aurais aimé que les choses se déroulent différemment.

Patron : Tu es encore là toi ?

Je relève la tête vers mon patron arrêté au pas de mon bureau.


Moi : Je rentrais maintenant.

Patron : Je te croyais partie depuis ce matin ?

Moi : J’avais deux ou trois trucs à régler avant.

Patron : Ok. Tu n’oublies pas de me prévenir quand le bébé sera là, hein ?

Moi : Je ne manquerai pas.

Il me regarde d’un air compatissant.

Patron : Je sais que ce n’est pas facile pour toi, mais tiens bon. Je te sais
courageuse.

Moi : Merci Monsieur.

Il me gratifie d’un sourire d’encouragement et tourne les talons. Je récupère mes


sacs mais Chantal se dépêche de venir me débarrasser de tout ce poids. Elle
m’aide jusqu’à dehors et arrête un taxi dans lequel je m’engouffre avec mes
sacs. J’ai eu pour interdiction de conduire puisque je suis à terme. Nous ne
savons pas à quel moment le bébé se pointera donc mieux vaut être prudent.

Ma mère m’accueille avec des remontrances. Je lui souris parce que je sais
qu’elle a raison. J’avais dit rentrer à midi mais là il est 18h. Je lui pose un baiser
sur la joue après que ma servante m’ait débarrassée de mes affaires.

Maman : Faut pas m’embrasser. Depuis que le médicament est prêt pour boire et
te purger avec tu ne viens pas jusqu’à c’est devenu glacé. Je vais devoir
réchauffer.
Moi : Pardon maman.

Elle tchip et disparait vers la cuisine. Je suis bien heureuse de sa présence bien
que celle dont j’ai le plus besoin c’est celle de Khalil. Ma mère est venue vivre
avec moi lorsque j’ai entamé mon deuxième trimestre. Et elle n’est pas venue les
mains vides. Elle a rapporté toutes sortes de médicaments traditionnels, des
feuilles, les écorces d’arbres, d’autres qui sont déjà en liquide dans des
bouteilles, il y même un canari, et des kaolins que je dois laper et frotter sous
mon ventre. Toutes ces choses participeraient à sécuriser la grossesse et bien
former le bébé dans mon ventre. Il y en a aussi pour après l’accouchement. Cette
femme est vraiment prête pour moi. Je n’en peux plus d’avaler toutes ces choses
mais je fais de gros efforts puisqu’il s’agit du bien-être de mon bébé. Je ferai
tout ce qui pourra lui donner une bonne santé.

Mon traitement du jour terminé, je me mets à table avec ma mère et la servante.


J’ai fini par l’adopter comme une petite sœur. Je mange un peu que j’ai des
douleurs dans le ventre. Je grimace.

Maman : Y a quoi ? Tu as mal au ventre ?

Moi : Oui maman. Je vais monter m’allonger un peu.

Maman : Si ça ne va pas on va aller à l’hôpital.

Moi : C’est compris.

Plutôt que de me rendre dans ma chambre, je vais dans celle du bébé. Tout est
déjà prêt à l’accueillir. Une grande chambre, un berceau qui m’a coûté cher, des
centaines de nounours et gadgets musicaux, un autre lit une place pour quand il
sera un peu plus grand. Il y a de tout dans cette chambre. Ah oui, il manque une
poussette pour les promenades. J’en achèterai cette semaine. J’ai trop hâte de
voir mon bébé. A qui va-t-il ressembler ? Moi ou Khalil ? Je préfère qu’il
ressemble à Khalil mais qu’il prenne mon intellect et mon amour pour le travail
pour qu’il se fasse aussi une grande place dans ce pays. Khalil aussi est
intelligent mais j’ai un QI plus élevé que le sien et ça ne l’a jamais dérangé
d’avoir une femme plus chargée intellectuellement que lui. Moi non plus.

Je pousse un soupir en caressant mon ventre, assise dans la chaise balançante.


Khalil me manque et ça me brise le cœur. Ma mère a voulu intervenir mais j’ai
préfère qu’elle reste en dehors de tout ça. Je dois supporter les conséquences de
mes choix. Je regarde sa photo sur l’écran de mon portable. J’ai enregistré toutes
les photos de lui que j’ai vues sur le net. Je les regarde chaque jour pour me
souvenir de son visage.

« Maman, je t’ai dit d’arrêter de trop penser. »

J’éteins l’écran de veille de mon portable en regardant ma mère entrer dans la


chambre. Elle s’asseoir sur le petit lit.

Moi : Je ne peux m’en empêcher.

Maman : Il n’a toujours pas réagit ?

Moi : Non. Je suis tellement…

Ma gorge se noue.

Moi : Je suis tellement désespérée. J’ai vraiment besoin de lui, maman. J’ai
besoin de mon homme.

Maman : Ça va aller chérie. Il doit avoir encore mal. Je suis sûre que quand le
bébé pointera son nez, il viendra.
Moi : Je l’espère.

Maman : Tu as toujours mal ?

Moi : Non ça va.

Maman : Va donc te reposer. Demain c’est Noël. Je suis pressée de voir quel
cadeau tu as acheté pour moi.

Moi (souriant) : Mais tu es trop vielle maman.

Maman : Vielle où ? Pardon faut pas me faire vite vieillir. Si demain je ne vois
pas mon cadeau tu vas me sentir.

C’est en riant que je rejoins ma chambre. Ma mère décide de rester près de moi
jusqu’à ce que je m’endorme dans ses bras.

Je suis réveillée par des éclats de rire provenant d’en bas. Je reconnais la voix de
ma mère et celle de la mère de Khalil. Cette femme est un véritable ange. Elle a
été là pour moi malgré l’interdiction de son fils de m’approcher. Elle passe me
voir au moins trois fois dans la semaine. Et elle aussi ne vient pas les mains
vides. Toujours un petit quelque chose soit pour moi soit pour son petit-fils. Des
boubous Marocains, j’en ai eu de toutes les couleurs et de tous les modèles. Elle
me rassure toujours que son fils finira par revenir parce qu’elle ne cesse de lui
casser les oreilles. Si elle me dit qu’il reviendra, alors j’espère encore.

Je me lave les dents, et en attachant mon peignoir en tissu par-dessus ma robe, je


descends les retrouver. C’est tout un tas de paquet qui m’accueille.

Moi : Bonjour.
Maman K : Oh ma fille tu es là. Ce sont nos rires qui t’ont réveillé ? Pardon ooh.

Moi : Non ça va.

Maman K : Vient voir. J’ai acheté des cadeaux pour mon petits fils.

Elle tire deux énormes cartons et je vois une poussette puis un transat.

Moi : Ooohh !! Je pensais justement en acheter. Merci maman.

Maman K : De rien ma fille.

Je m’assois et nous essayons de monter la poussette. Le résultat est parfait. Je


l’adore. Nous faisons de même pour le transat. Elle me tend d’autres paquets
remplis de vêtements de bébé mais de différents âges. Je crois que mon fils a
déjà des vêtements jusque pour ses 2 ans. Je fonds en voyant un peignoir pour
bébé en coccinelle et un autre en lapin. C’est trop beau. Je suis émue.

Maman K : Alors, comment va le bébé ?

Moi : Bien. On n’attend que le grand jour.

Maman K : Ne t’inquiète pas, tout va bien se passer. La sœur de Khalil te passe


le bonjour. Elle dit qu’elle fera tout pour que vous vous rencontriez avant la fin
de cette année.

Je me garde de lui dire que je l’ai déjà rencontré à mon cabinet. Zeinab m’a fait
savoir que personne encore ne savait pour ses intentions de divorcer.

Moi : C’est compris. (Je soupire) Comment va Khalil ?


Maman K : Toujours renfermé sur lui-même. Je pense que tu devrais aller le
voir.

Moi : Non ! Je crois que c’est une mauvaise idée.

Maman K : Mais si tu restes ici sans bouger, rien ne bougera aussi.

Maman : Peut-être que s’il te voit avec ton ventre, ça va calmer sa colère. Les
hommes sont toujours sensibles quand il s’agit de leur enfant.

Moi : Vous croyez vraiment que je devrais aller le voir ?

Maman K : Oui. J’ai même une idée. On va lui préparer son plat préféré et tu
iras avec.

Cette nouvelle m’enchante. Je monte prendre une douche le temps que la


servante aille chercher le nécessaire au marché pour le thiep à la Sénégalaise. Je
prends un copieux petit déjeuner avant que nous n’entamions la préparation.
Mon ventre pèse tellement que je ne tiens pas longtemps debout. Je m’assieds de
temps en temps pour la regarder faire. Ça sent tellement bon que je me mets à
volet les morceaux de poulet. Ma mère me donne une tape sur la main quand je
prends un autre morceau. Je le prends quand même et le mange en riant.

Il est 16h lorsque la mère de Khalil et moi arrivons chez lui. J’ai dû faire un petit
somme avant. La maison est vide de sa présence. Sa mère m’aide à dresser la
table. Elle me laisse seule et monte se reposer un peu. Je parcours la maison
pour faire passer le temps. Cette maison est très belle et très grande. Je rêve de
vivre ici avec lui et notre enfant. Je reviens vers la table à manger lorsque je vois
un dossier qui attire mon attention. La curiosité me pousse à l’ouvrir. Ce sont
des papiers de divorce. Il a enfin divorcé de l’autre. Cette nouvelle m’enchante.
Il est maintenant un homme libre.
« Que fous-tu chez moi ? »

La voix de Khalil me fait sursauter. Je manque de faire tomber les papiers que je
tiens. Je les redépose et fait face à Khalil. Il est avec son amie Joyce. Par son
regard je devine aisément qu’il est en colère. Je le vois baisser son regard sur
mon ventre avant de remonter à mon visage. Je me rapproche de la table à
manger.

Moi : Bonsoir Khalil. Je, j’avais envie de passer te faire un coucou comme nous
sommes en période de fête. Je…

Khalil : Sors tout de suite de chez moi avant que je ne perde patience.

Moi : Khalil s’il te plaît. Tu ne crois pas qu’il est temps de tourner la page ? S’il
te plaît.

Il tourne sur lui-même en ruminant.

Moi : Je t’ai apporté un cadeau. J’ai aussi fait ton plat préféré. Ta mère m’y a
aidé.

Il fait volte-face et fait valser toute la nourriture par terre ainsi que le cadeau.
Joyce et moi poussons un cri de frayeur. Khalil fonce sur moi et me saisit
violement le bras.

Khalil : J’ai horreur de t’avoir toujours dans mes pattes. Comment veux-tu que
je te dise que je ne veux plus jamais te voir ?

Joyce : Khalil doucement, elle est enceinte.

Khalil : C’est bien ce qui me retient de la jeter hors d’ici.


Voir tant de haine dans ses yeux à mon égard me fend littéralement le cœur. Je
me laisse aller dans les émotions. Je pleure de l’avoir perdu à tout jamais. Plus je
vois son regard éjecter ce sentiment à mon égard, plus je pleure. Je détourne les
yeux lorsque sa mère détache son emprise.

Maman K : Khalil tu es malade de traiter une femme ainsi ? De surcroit une


femme qui porte ton fils.

Khalil : Je ne me rappelle pas avoir eu une aventure avec une quelconque femme
qui aurait engendré un enfant. Maman, je t’avais pourtant bien dit de ne pas la
fréquenter.

Maman K : Donc tu vas me frapper pour ça ? Khalil, c’est quel péché on ne


pardonne pas sur cette terre ?

Khalil : Tu n’arrêtes pas de me parler de ce qu’elle ressent elle, mais as-tu songé
à ce que moi je ressens ? A ce que je ne cesse de ressentir ? Ma vie est partie en
éclat par son égoïsme. J’ai perdu les deux enfants que j’aimais plus que ma vie
tout ça par sa faute.

Il souffle.

Khalil : Je n’ai plus envie de parler de tout ça. Je ne veux plus me répéter.
Maman, je ne t’ai jamais manqué de respect, ne m’oblige pas à commencer. Si
tu veux fréquenter cette femme, vas-y. Mais garde-la très loin de ma maison et
de moi.

Il saute le désordre au sol et monte les escaliers. J’éclate en sanglot. Khalil n’est
pas prêt de me pardonner. Je ressens une douleur dans le ventre qui m’oblige à
m’asseoir.
Maman K : Qu’est-ce qui se passe ? Tu as mal ?

Moi : Un peu. Mais ça va.

Je souffle entre mes larmes pour me reprendre.

Maman K : Je suis désolée. Je ne savais pas qu’il réagirait de la sorte.

Moi : Tu n’as rien fait. Je n’ai que ce que je mérite. Est-ce que je peux avoir un
balaie et une pelle pour nettoyer ?

Maman K : Non laisse ça. Je m’en occupe.

Moi : Ok. Merci. Je vais donc rentrer.

Maman K : Attends-moi je vais te raccompagner.

Moi : Non ça va. J’ai besoin de me retrouver toute seule.

Elle m’aide à me relever. Je ressors de la maison le cœur en miette. Je ne cesse


de revoir le regard de Khalil. Il était plein de ressentiment, de dégoût, de haine,
de regret. Il ne m’avait jamais regardé de la sorte. Je n’aurais pas dû venir. Alors
que je m’éloigne de la maison, j’entends quelqu’un m’appeler. C’est Joyce. Elle
me rejoint précipitamment.

Joyce : Vanessa, je suis vraiment désolée pour ce qui s’est passé. C’est vrai que
je n’ai pas apprécié tout ce que tu as fait à Khalil mais tu ne mérites pas non plus
un tel traitement. Je te fais la promesse de lui parler.

Moi : Merci.
Je reprends mon chemin sans attendre.

Après une trentaine de minute à marcher, j’ai finalement décidé de me rendre


dans un restaurant, mais pas n’importe lequel. Le restaurant qui nous servait de
QG avec les filles. Depuis notre séparation, je n’y ai plus mis les pieds. Ce soir
j’ai envie de m’y réfugier et terminer la soirée de Noël. A défaut d’être avec les
personnes que j’aime, je peux revivre nos meilleurs souvenirs. La réceptionniste
me reconnait et m’accueille avec un très large sourire.

Elle : Je suis vraiment heureuse de vous revoir.

Moi : Merci. La table est disponible ?

Elle : Normalement non. Elle a été réservée mais ne vous inquiétez pas. Je vais
gérer. Vous pouvez y aller. Et les autres ?

Moi : Il n’y aura que moi ce soir.

Elle : Ok pas de souci. Je vous fais servir votre bûche de Noël préférée ?

Moi : Oui. Je la veux en entier.

Elle : Ça marche.

Je m’installe à notre table fétiche. Je ne tarde pas à recevoir notre bûche préférée
à moi et aux filles. Je coupe une part que je commence à déguster très lentement.
Je n’ai pas vraiment faim mais je ressens le besoin de noyer mon chagrin dans
ce gâteau. Je le déguste en repensant à la scène de tout à l’heure. Khalil ne
m’aime donc plus ? J’avais pourtant espoir que les choses s’arrangeraient.
Surtout avec la grossesse. Mais…
« Vanessa ! »

Je suspends ma main en entendant cette voix. Après deux ans, je l’entends de


nouveau. Je lève la tête pour être sûre de ne pas rêver et je vois Kayla arrêtée
juste devant moi.

Moi : Kayla ?

Elle fait juste un pas qu’une personne apparait derrière elle. Zoé. Elle parait
aussi surprise de nous voir.

Zoé : Bon… bonsoir.

Kayla se place sur un côté en regardant Zoé avancer à petits pas. L’effet de
surprise n’est pas encore passé que cette fois c’est Ashley qui apparait. Nous
sommes toutes autant surprises de nous croiser à cet endroit sans même nous
être contactées au préalable. L’émotion me pousse à me lever. Elles baissent
toutes leurs regards sur mon énorme ventre.

Ash : Tu es enceinte ?

Moi : Oui !

Nos voix sont pleines d’émotions. Etant déjà moi-même prête à pleurer, je me
précipite vers elles. Elles comprennent ce que je veux faire et elles se regroupent
pour qu’on se fasse un câlin. Nous éclatons toutes ensembles en sanglot puis
deux à deux nous enlaçons.

Moi : Je suis tellement heureuse de vous voir. Vous m’avez tellement manqué.
Nous passons du temps à nous embrasser sans faire attention aux autres
personnes dans le restaurant. Heureusement que nous sommes un peu dans le
fond.

Moi : Ok ça suffit, asseyons-nous. Je commence à avoir mal au ventre.

Nous nous attablons avec empressement. Le serveur qui a l’habitude de nous


servir apporte des assiettes supplémentaires pour les filles. Nous nous tenons les
mains. L’émotion est à son comble.

Kayla : Je ne m’attendais pas à vous retrouver ici en venant.

Zoé : Moi non plus. Mais je suis tellement heureuse de vous revoir les filles.
Vous n’avez pas idée de combien vous m’avez manqué.

Moi : Ma vie est tellement un chaos qu’il me fallait une force supplémentaire
pour tenir le coup. Cette force c’est vous les filles.

Ash : Tu ne crois pas si bien dire.

Moi : Je suis tellement désolée pour tout ce qui…

Kayla : Chuut !! Nous n’allons pas revenir sur le passé.

Nous échangeons des sourires sous une atmosphère de tristesse qui plane autour
de la table. Je sers à chacune une part de gâteau. Je pense qu’elles ont aussi
besoin de noyer un chagrin.

Moi : Je ne sais pas vous, mais, je crois que j’ai fait de très mauvais choix il y a
deux ans.
Kayla : Pareille pour moi.

Ash : Moi aussi.

Zoé : Idem. (A moi) Mais toi tu es enceinte donc on peut dire que ça va.

Moi : Si tu savais Zoé, si tu savais.

Je soupire.

Moi : J’ai soudoyé un médecin pour qu’il se procure le sperme de Khalil et


m’insémine.

Elles me regardent choquées.

Moi : Ce n’est pas tout. J’ai gâché le mariage de Khalil en lui avouant de but en
blanc que sa femme le faisait cocu. Ensuite par pure hasard il a découvert ce que
j’avais fait et conclusion, il a refusé la paternité du bébé. Je me retrouve donc
enceinte d’un enfant sans père. Comme j’ai été conne.

Kayla : Je l’ai aussi été sois en sûre. Après deux ans je découvre que mon mari
est stérile et que “notre’’ petit garçon n’est pas de lui mais de Darnell.

Moi : Comment ? Tu ne le savais pas ?

Kayla : Non ! Si j’ai été assez stupide pour écouter ma tête en lieu et place de
mon cœur, comment aurais-je eu assez d’intelligence pour savoir qui était le
véritable père de mon fils ? Après cette découverte, une autre bombe me saute à
la figure. Marc-Arthur tire sa fortune de la drogue.
Nous : Quoi ?

Kayla : Et ce n’est pas tout. J’ai tout perdu, même mes boutiques mais
heureusement grâce à mon père j’ai récupéré la première.

Ash : Et Darnell ? Tu l’as recontacté ?

Kayla : Oui. Je n’ai pas hésité à lui dire pour son fils. Et après huit mois à
essayer de le reconquérir, je me retrouve au milieu d’une histoire de famille.
Parait que la mère de Darnell est en vie et qu’il a même une sœur. Darnell a
découvert que je le savais avant lui et maintenant il me met du côté de ses
ennemis, c’est-à-dire, sa grand-mère qui aussi a rendu l’âme dans mes bras. Je
reviens donc de chez Darnell qui refuse toujours de me parler. Je me retrouve
donc à préparer les obsèques de sa grand-mère.

Moi : Eh beh dis donc. Je suis vraiment navrée pour toi.

Kayla : Ce n’est rien.

Ash : J’ai fini par quitter Stéphane après deux ans d’humiliation et de
concubinage. J’ai appris qu’il était déjà marié en France. Sa femme est venue
passer du temps chez nous, elle m’a manqué de respect, je l’ai giflé, Stéphane
m’a mise à la porte. Comme si ça ne suffisait pas, je me retrouve dans une
maison dont le propriétaire n’est autre qu’Adé.

Zoé : Le Naija ?

Moi : Ouais. Après un séjour chez lui, je prends la décision de reprendre ma vie
en main. Mais c’est sans compter sur le soutien de mes parents. Ils refusent de
m’adresser la parole tant que je ne retourne pas chez Stéphane. J’ai tenté de
renouer avec Adé mais il n’est pas disposé, encore moins libre. Je me retrouve
donc ennemi de mes parents et de l’homme que j’aime.
Kayla : Les choses s’arrangeront si tu restes déterminée.

Ash : C’est ce que ne cesse de me dire ma sœur.

Moi : Et toi Zo ?

Zoé : J’aurais dû vous écouter. J’aurais vraiment dû. J’ai suivi Lucas en France
et j’ai fini comme objet sexuel pour ses amis.

Kayla (choquée) : Ils t’obligeaient à te prostituer ?

Zoé : Ouais. Et il gardait l’argent pour lui. Il m’a même fait avorter de force. J’ai
réussi à m’échapper. J’ai aussi réussi à convaincre Laurence de me laisser voir
ma fille. Mais ce dernier refuse même de m’adresser la parole. Maintenant les
choses plus dures de ma vie sont, reconquérir Laurence, trouver un bon travail et
arriver au stade où ma fille m’appelle maman.

Moi : Donc en gros nous avons toutes subis les conséquences de nos mauvaises
décisions et maintenant tout ce que nous désirons c’est récupérer nos hommes.

Elles : Exactement.

Zoé : Si seulement nous avions opéré les meilleurs choix il y a deux ans.

Kayla : Ouais. Si seulement.

Nous soupirons.

Ash (souriant) : Au moins nous nous sommes retrouvées. C’est déjà ça.
Zoé : Alors qu’est-ce qu’on fait maintenant ? Nous devons faire quelque chose
pour réparer tout ça. Il s’agit de notre bonheur après tout.

Ash : Oui. Nous avons appris de nos erreurs. Il est temps de les réparer. Je crois
que notre rencontre est une deuxième chance que la vie nous offre.

Kayla : Je suis d’accord. Pour commencer, Zoé, tu cherches du travail ? Bah je


peux t’en offrir. J’ai repris ma boutique de zéro et j’ai besoin de quelqu’un de
confiance pour gérer les sorties de colis et les entrées d’argent. Tu seras bien
rémunérée pour pouvoir être une mère.

Zoé : Tu ferais ça pour moi ?

Kayla : Bien-sûr. Nous devons nous serrer les coudes.

Zoé : Merci.

Ash : Et moi j’ai besoin de clientes fidèles pour les confections de perruques.

Kayla lève la main.

Kayla : Tu en as déjà une.

Zoé : Et une deuxième.

Moi : Moi aussi je veux des perr… AAhh.

Les filles : Qu’est-ce qu’il y a ?


Je sens un liquide sortir de moi.

Moi : Oh mon Dieu ! J’ai perdu les eaux. Le bébé arrive.

Zoé se met à hurler comme une folle en s’agitant.

Kayla (hurlant) : Zoé ! Arrête de hurler et vient nous aider à la conduire dehors.

Les filles m’aident à marcher petit à petit. Je ressens une douleur encore plus
forte qui me fait hurler. Nous montons dans la voiture de Kayla pour nous
rendre à la clinique…

Docteur : Madame poussez fort.

Les filles/Moi : AAAAAhhhh.

Les filles ont refusé de me laisser accoucher seule. Elles sont donc avec moi.
Kayla et Ashley me tiennent les mains tandis que Zoé tourne sur elle-même.

Zoé : Mais pourquoi ça dure ?

Ash : Zoé ferme-la !

Zoé descend vers mes jambes écartées et pousse un cri.

Kayla : ZOE ARRETE DE GUEULER.

Zoé : Ce n’est pas de ma faute. C’est ma première fois de voir un vagin.


Ash : Ta fille n’en a pas ?

Zoé : Pour ma fille c’est un toto. Mais ça, c’est énorme. Je vois même la tête du
bébé. Attendez que je prenne une photo.

Moi : FERMEZ-LA LES FILLES ET AIDEZ-MOI A POUSSER. (A Zoé) ET


TOI TU N’AS PAS INTERET A PRENDRE MON VAGIN EN PHOTO
SINON JE TE TUE.

Elle se presse de revenir vers moi. A trois, nous repartons toutes dans des cris
qui seraient capable de réveiller un mort. Nous nous taisons quand le cri du bébé
se fait entendre. Zoé court à mes pieds et se mets à jubiler.

Zoé : Il est trop mignon.

Je reprends des forces, affalée sur le lit. On pose le bébé sur ma poitrine. Les
filles et moi nous mettons à pleurer en lui caressant les cheveux.

Kayla : C’est top émouvant. J’ai encore envie d’avoir un bébé.

L’une des infirmières le récupère quand je ressens une violente contraction qui
m’arrache un cri.

Docteur : Qu’est-ce qui se passe ?

Moi : J’ai encore des douleurs.

Le Docteur ne comprenant rien, m’examine.


Docteur : Oh ! Il y a un autre bébé.

Moi : Quoi ? Non c’est impossible. Les échographies ont montré qu’un seul
bébé. En plus c’est une insémination.

Docteur : Je vous expliquerai plus tard. Pour l’instant, poussez.

J’ai finalement eu deux magnifiques garçons au lieu d’un seul. Le Docteur a


expliqué qu’une insémination pouvait produire deux ou trois embryons malgré
toutes les précautions. Mais peu importe, je suis heureuse d’avoir mes deux
enfants. Les filles sont encore à mes côtés à contempler les bébés. C’est Kayla
qui est rapidement allée acheter des vêtements pour les deux bébés le temps que
ma mère n’arrive avec les affaires. Leur présence m’a été d’une grande aide. Je
n’aurais pu attendre ma mère.

La porte s’ouvre justement sur ma mère et celle de Khalil. Ce sont des chants de
joie qui s’élèvent dans la chambre au point de faire geindre les bébés. Quand ma
mère finit son chant, c’est au tour de la mère d Khalil de reprendre. Elles
prennent les bébés qu’elles balancent en dansant. J’en pleure de joie.

Maman K : Ma fille merci oooh. Tu m’as donné deux petits enfants. Que Dieu te
bénisse.

Moi : Amen maman.

Maman : Comment vas-tu les appeler ?

Moi : Kader et Khalil.

La mère de Khalil lève les yeux pleins d’émotions sur moi.


Maman K : Kader ? Le nom du père de Khalil ?

Moi : Oui.

Maman K : Merci infiniment pour ce geste. Merci.

Elle se met à pleurer et me prend dans ses bras. Peu à peu nous nous reprenons.

Moi : Tu as informé Khalil ?

Le regard de la mère de Khalil devient triste.

Maman K : Oui.

Elle n’a pas besoin d’en dire plus. Il ne veut pas voir ses enfants. Je ravale de
toutes mes forces mes larmes, mais elles sortent quand même. Les filles
m’entourent.

Kayla : Ne t’inquiète pas, chérie. Il reviendra.

Moi : Si ses propres enfants ne l’ont pas fait revenir, qu’est-ce qui y arrivera ? Je
l’ai perdu.

Kayla me serre dans ses bras. Ma mère me demande de me calmer au risque de


rependre la tristesse sur les bébés. Je fais l’effort d’obéir.

Moi : Les filles, je vous encourage à vous battre pour vos hommes. Ne les
laissez pas filer comme moi. Je crois qu’il n’est pas encore trop tard.
Zoé : Il n’est pas non plus trop tard pour toi. On le fera ensemble. Ok ?

Moi : Ok.

Kayla : Ça suffit les pleurs. Nous devons nous réjouir. C’est quand même Noël.
J’ai une petite surprise.

Elle sort et revient avec une personne, tous deux chargés de cadeau.

Kayla : Joyeux Noël.

Ash : Comment as-tu fait ?

Kayla : Bah j’ai des relations moi. Faut pas me négliger.

Elle nous partage des cadeaux, même aux bébés. Il y a même des ballons, des
ours en peluche. La chambre est illuminée.

Moi : Joyeux Noël les filles.

Elles : Joyeux Noël.


Episode 14

ZOE

Je suis grave épuisée. Mon travail m’épuise. Mais quand je pense à la raison
pour laquelle je le fais, je reprends illico des forces. Dans ces huit derniers mois,
j’ai fini mon mémoire et j’ai fait ma soutenance. J’en suis sortie avec une
mention assez bien mais j’ai quand même eu mon diplôme. J’ai fait un stage de
quatre mois non rémunéré, après quoi j’ai déposé mon CV un peu partout à la
recherche d’un travail. Finalement, je suis serveuse dans un restaurant. Je l’ai
obtenu grâce à mon ancienne voisine de la fac qui y travaille aussi mais à des
heures différents des miennes. Tantôt je fais les soirs c’est-à-dire de 18h à 23h
voir minuit, tantôt les matins de 6h à 18h avant qu’une autre équipe ne relaye
celle du matin. Tout ceci pour plusieurs raisons. D’abord, être responsable. Je
veux pouvoir me louer un petit studio où je pourrai mieux organiser ma vie.
J’aime être chez ma mère mais à mon âge vivre encore chez ses parents c’est un
peu rabaissant. Je ne veux plus dépenser les petits sous de ma mère. Ce doit
normalement être à moi de lui verser de l’argent. C’est ce que je désire. La
deuxième raison, c’est pour ma fille. Je veux être en mesure de prendre
convenablement soin d’elle. Pouvoir lui acheter des choses, subvenir à ses
besoins sans avoir à demander de l’argent à qui que ce soit. La troisième et
dernière raison, c’est Laurence. Je veux le reconquérir, et pour ce faire, il
faudrait que je sois la femme qu’il a toujours voulu que je sois. Bosseuse,
présentable, bien éduquée, courageuse, pour ne citer que ceux-là.

Je veux lui monter que j’ai changé. Je ne suis plus la Zoé inconsciente qu’il a
connu. Je soigne même mon langage. Je lis même beaucoup pour avoir un bon
parlé parce qu’avant j’aimais beaucoup le jargon de la rue et les grossièretés.
J’étais vulgaire tant dans le parler que dans mon style vestimentaire. Je sais où
tout ça m’a mené. Aujourd’hui je suis une toute autre femme. Je ne peux pas
effacer mes tatouages mais je fais en sorte de ne pas trop les exposer. Je ne suis
plus prête à reprendre les mêmes erreurs. J’ai complètement changé mon mode
de vie. Je veux être un modèle pour ma fille.
Ma remplaçante arrive enfin et je peux prendre ma soirée. Je dis au revoir à tout
le monde et je sors du restaurant. Heureusement que Kayla m’a proposé un autre
emploi. Je suis tellement heureuse d’avoir retrouvée mes copines hier. J’étais
tellement désespérée de ne pas pouvoir passer la Noël avec lui et Malia, parce
qu’ils avaient un autre programme, que j’ai voulu me réfugier dans notre ancien
QG. Et c’est là que je suis tombée sur Kayla et Vanessa. Je crois qu’elles étaient
la force qui me manquait pour continuer à me battre. Maintenant qu’elles sont
là, je suis deux fois plus déterminée.

Je commence avec Kayla après les fêtes le temps pour moi de finir ce mois et
d’obtenir mon salaire. Je place un écouteur dans mes oreilles pour écouter de la
musique. L’air est tellement frais et agréable que je décide de marcher jusqu’à la
gare de voiture qui me déposera non loin de chez moi et où je devrais encore
prendre un wôrô wôrô 100FCFA pour arriver devant le quartier où se trouve la
maison de ma mère. Cette maison, ma mère refuse de la quitter ou même de la
vendre parce qu’elle dit y avoir tous les souvenirs d’avec mon père. Elle a dit
que si elle devait la libéré ce serait pour que l’un de nous ses enfants y vive.
Mais ni moi ni mes frères ne voulions y fonder notre famille. Nous y avons déjà
grandi et là nous voulons voir d’autres cieux. Ma mère vit donc avec ces nièces
venues du village qui l’aident aussi dans le commerce. Mon petit frère vit
toujours sur le campus. Je ne les vois presque pas parce qu’elles partent vendre
très tôt au grand marché et quand elles rentrent, elles restent toujours dans la
cour pour papoter. Avant, je ne m’occupais pas d’elles. Je n’avais pas ce temps.
Mais maintenant que je me suis assagie, je m’approche des fois d’elles pour
discuter. C’est cool d’avoir une famille.

La musique se coupe quand je reçois un appel. C’est Grâce, mon autre voisine et
amie de la fac. Celle-là, elle est toujours dans le show. Je suis prête à parier
qu’elle ira au bar ce soir.

Moi : Coucou toi.

« Grâce : Je dis Zoé, c’est comment ? Depuis ton retour de France-là tu te fais
rare, yakoi ? »

Moi : Je travaille, Grâce.


« Grâce : Donc quand on travaille on ne s’amuse pas ? Regarde, viens vite me
retrouver en Zone 4. Il y a un vrai show ce soir. Ce sont des gars qui assurent la
conso jusqu’au matin. Tu vas profiter en même temps pour me donner des
nouvelles de la France et de ton blanco. Amina m’a dit que tu l’avais quitté. Il y
aura des blanco ce soir, viens te chopper un. Ou bien si tu veux je vais te
présenter à un vrai mâle black avec un gros bazouzou qui va te faire des
choses. »

Plus elle parler, plus je ris. Cette fille n’a pas du tout changé.

Moi : Merci pour l’invitation, mais je vais devoir la décliner. Je rentre


maintenant du boulot et là je dois rentrer me reposer pour me relever en forme.
Je dois aller voir ma fille demain.

« Grâce : Attends, donc tu as vraiment eu un enfant avec un Ivoirien ? Quand


Amina m’a dit je pensais que c’était une blague. Qu’est-ce qui n’a pas
marché ? »

Moi : Tout a marché. Ma fille est ma plus grande joie en ce moment et je ne


regrette pas qu’elle soit là. Je ne suis plus dans le show, ma belle. J’ai d’autre
priorité maintenant.

« Grâce : Juuu, genre c’est nous on n’a pas priorité quoi ? Excusez-nous ooh.
Je ne savais pas que ton affaire de j’ai changé là c’était sérieux. Je ne vais plus
t’embêter. »

Moi : Tu ne m’embêtes pas, arrête. On se trouvera un jour avec Amina pour


nous retrouver entre copine dans un restau ou fast-food.

« Grâce : J’ai compris ooh. Je te laisse. Bye, la sainte. »


Je souris. J’aime la nouvelle version de moi. Je me sens plus légère et plus utile
dans la société bien que je ne fasse pas grande chose. Je cherche un autre chant
dans ma playlist lorsque j’entends quelqu’un hurler mon nom. Je me retourne et
je vois un mec avec qui j’ai eu à flirter dans le passé mais avec qui il n’y a rien
eu autre que les shows. Je ne me rappelle même plus son prénom.

Lui : Putain Zoé, tu es toujours aussi bandante.

Une odeur nauséabonde me titille le nez. Il put l’alcool. En plus il a une


bouteille de bière en main. Je recule d’un pas. Il se rapproche de moi.

Moi : Bonsoir. Ecoute je dois y aller.

Je reprends le chemin. Il me suit en disant des grossièretés sur mes fesses qui
d’après lui sont rebondies dans mon jean. Il me donne même une tape aux
fesses. Je fais volte-face et lui assène une gifle.

Lui : Oui j’aime ça. Gifle-moi encore. J’ai grave envie de te défoncer.

Il me pousse dans un couloir sombre qui se trouvait juste derrière moi. Il


commence à me violenter en essayer de m’embrasser. Je le repousse fortement
et je prends la fuite. Il me rattrape très rapidement. Des têtes se tournent vers
nous.

« Hé ! »

Nous nous tournons vers cette voix grave qui a résonné très fortement. Oh mon
Dieu c’est Laurence.

Laurence : Laisse-la tranquille.


Le mec : Tu es qui toi pour te mêler de mes histoires avec ma go ?

Laurence me regarde.

Le mec : Elle et moi nous rendions à l’hôtel. C’est notre manière de nous
amuser.

Je me dégage de l’emprise du gars et recule. Laurence avance vers lui.

Le mec : Ok bon je m’en vais. Zoé, ma belle, tu m’appelles ?

Il traverse sans même regarder et rejoint l’autre voie. Le regard mécontent de


Laurence m’oblige à garder les yeux baissés.

Moi : Il ment, Laurence.

Laurence : Où te rendais-tu ?

Moi : Je rentrais.

Laurence : Viens, je te ramène.

Je suis soulagée qu’il propose de me déposer. Je me dépêche de le suivre jusqu’à


sa voiture. Le trajet se fait dans un silence pesant. Ça m’énerve que la première
image qu’il voit de moi après tout ce temps soit celle-ci. Depuis l’incident de la
pointe, il a mis une plus grande distance entre nous après m’avoir de nouveau
permise de voir Malia. Je ne le voyais que de loin, lorsqu’il venait la déposer
elle et sa nounou chez ma mère les dimanches et lorsqu’il revenait les récupérer.
Je ne sais même pas s’il sait tous les changements que j’ai opérés dans ma vie.
Mais après la scène de tout à l’heure, c’est sûre qu’il me verra toujours comme
celle que j’étais.
Moi : Laurence, ce qui s’est passé tout à l’heure, c’était un malentendu. C’est
une ancienne connaissance et il m’est tombé dessus.

Laurence : Ce que tu fais de ta vie ne m’intéresse pas. Assure-toi juste que Malia
n’assiste jamais à ça.

Moi : Laurence j’ai changé. Je me suis même trouvée du travail.

Laurence : C’est bien pour toi.

Moi : Pourquoi tu ne veux pas faire d’effort me concernant ?

Il freine brusquement. Je remarque ses doigts serrer fortement le volant.

Laurence : As-tu toi fais des efforts deux ans plutôt ? Pour moi ? Pour TA
FILLE ? Zoé, j’ai fait un gros effort pour te laisser faire partie de la vie de
Malia, mais ne m’oblige pas à être des plus désagréables avec toi. Connais ta
place et restes-y.

Il redémarre la voiture et la remets en circulation. Je tourne la tête vers la vitre et


nettoie une larme qui était à deux doigts de couler. Je ne sais pas ce que je ferai
pour qu’il me pardonne et accepte de me donner une chance. Je l’aime
tellement.

Il gare devant la maison et décondamne les portières.

Moi : Merci.

Il ne répond pas. Je descends, le cœur toujours meurtri. Ma mère ouvre le portail


avant même que je ne sonne.
Maman : C’est la voiture de Laurence qui va non ?

Moi : Oui. C’est lui qui m’a déposé.

Je me rends au salon et me laisse tomber dans le fauteuil. L’une des cousines


m’apporte un verre d’eau.

Maman : Ça va maintenant entre vous ?

Moi : Non. Il me déteste toujours.

Maman : Ne t’inquiète pas, ça va aller. Les hommes sont beaucoup rancuniers.


Ça va lui passer.

Moi : Qu’est-ce que je devrais faire pour le reconquérir ?

Maman : Soit la femme qu’il veut que tu sois.

Moi : Mais je le suis déjà.

Maman : Continue donc. Mais comprends aussi que tu ne dois pas être une
bonne femme seulement pour lui, mais aussi pour toi. Si tu fais tout seulement
pour lui, tu ne vas pas le convaincre. Tu dois le faire d’abord pour toi. Avant de
chercher à plaire à un homme, plaît-toi à toi-même d’abord. C’est ainsi que tu
vas attirer un bon homme.

Je pousse un soupir. Elle a raison. Je dois avant tout être fière de moi-même
avant que Laurence le soit. Mais je ne veux pas baisser les bras. Je dois aussi le
récupérer. Ma culpabilité n’est pas seulement vis-à-vis de Malia, mais aussi de
lui. Il voulait que je lui donne une chance, que je donne une chance à notre petite
famille, mais j’ai dit non, parce que je croyais avoir mieux ailleurs. J’avais la
possibilité à seulement 26 ans d’avoir une belle famille, mais j’ai préféré des
choses futiles. J’étais vraiment jeune et bête.

*Mona
*LYS

J’ai décidé ce matin de venir passer toute la journée avec ma petite fille adorée.
C’est mon jour de repos aujourd’hui. Nadia, la nounou de Malia, m’avait dit
qu’elle n’était pas très en forme. J’ai alors voulu venir rester avec elle et lui
communiquer mon amour. Elle ne m’appelle toujours pas maman, elle dit juste
“Tata’’. Mais je ne désespère pas. Je sais qu’un jour ça sortira de sa bouche. Ce
matin, je me suis joliment vêtu. Une jupe taille haute et un chemisier. J’ai aussi
retrouvé dans mes anciennes affaires le bracelet en or que Laurence m’avait
offert il y a deux ans. Je l’ai donc ajouté à ma tenue. Je me sens belle ce matin et
de bonne humeur. Laurence a été de garde cette nuit donc il rentrera ce matin. Je
passerais donc en quelque sorte la journée aussi avec lui. J’ai fait le marché
avant de venir.

Malia, quand elle me voit entrer dans la maison après que Nadia m’est ouvert,
vient se jeter dans mes bras. J’adore ses étreintes, j’adore quand elle m’accueille
ainsi. Je lui fais un bisou résonnant. Elle est un peu chaude.

Moi : Tu as mangé quoi ce matin ?

Malia : Café.

Moi : Je suis fière de toi. Tu vas regarder ton dessin animé pendant que je fais la
cuisine.

Elle fait oui de la tête. Je la repose devant la télé et me rends à la cuisine.


Moi : Laurence est déjà rentré ?

Nadia : Oui tantie. Il dort.

Elle me regarde longuement.

Nadia : Tantie, tu vas préparer ?

Moi : Oui.

Elle se gratte la tête.

Nadia : Tonton a dit…

Moi : Je sais ce que ton patron a dit. Ne t’inquiète pas je gère. Tu n’auras aucun
problème.

Nadia : Mais…

Moi : Je gère, Nadia. Va rester avec la petite.

Je retire mes talons et commence à sortir les ingrédients pour la cuisine. Ces huit
derniers mois, j’ai aussi appris à cuisiner. Je ne suis pas encore une experte,
mais je maitrise mieux la cuisine. Ma mère m’a appris les plats typiquement
africains et dans le restaurant où je travaille, j’ai aussi appris d’autres mets. J’ai
aussi fait des recherches culinaires sur le net pour étendre mes connaissances.
Aujourd’hui, j’ai décidé de faire la sauce Djoumgblé (poudre de gombo sec)
rempli de crabe, viande, poisson fumé, peau de bœuf (kplo) accompagné de riz
et de placali. Je ferai le placali sur le gaz puisqu’il n’y a pas de fourneau chez
lui. Je cuisine avec joie. Pour la première fois ma fille va manger quelque chose
que j’ai moi-même cuisiné, enfin en dehors des purées et autres chichis.
Je finis de cuisiner et je dresse joliment la table. Je suis toute excitée. J’ai hâte
que Laurence se réveille et vienne déguster mon plat.

« Bonjour. »

Je me retourne face à Laurence qui vient de se réveiller. Il est tout chic. Il me


regarde de la tête aux pieds avec une surprise sur le visage. C’est la première
fois qu’il me voit vêtu ainsi.

Moi : Bonjour. Je me suis permise de cuisiner ton plat préféré.

Il jette un coup d’œil sur la table.

Moi : J’ai appris à cuisiner. Tu peux goûter juste un peu si tu veux.

Laurence : J’ai déjà prévu déjeuner dehors avec une amie.

Moi (déçue) : Ah. Ok. On va t’en garder comme ça tu pourras manger une fois
de retour.

Laurence : Ça n’en vaut pas la peine. Je ne mangerai pas.

Je baisse les yeux pour camoufler ma tristesse. J’ai même envie de pleurer. La
sonnerie de la maison retentie. Je vais ouvrir. Je vois une femme, qui est très
belle.

Elle : Bonjour. Laurence est-il là ?

Laurence (venant) : Oui, je suis là. Bonjour.


Il lui pose un baiser sur sa joue et sans un regard pour moi, ils disparaissent dans
les escaliers. Je retourne à l’intérieur toute découragée. J’oublie cette image de
Laurence et cette femme et je profite de ma journée avec ma fille. Quand elle
s’endort pour sa sieste, je décide d’aller faire un tour au supermarché lui acheter
des pots de yaourt, des biscuits, des céréales et d’autres petits trucs qu’elle prend
pour ses goûtés. Il n’en reste plus assez. Je vais en laisser un peu chez Laurence
et j’irai avec le reste chez moi.

Mon retour se fait un peu long à cause des bouchons bien que le supermarché ne
soit pas très loin. De loin je vois un monde fou devant notre immeuble. J’essaie
de comprendre ce qui se passe lorsque je vois un gros nuage de fumée. Je pousse
un cri. Il y a un incendie dans l’immeuble. Sans attendre que nous arrivions, je
descends du véhicule avec mes courses. Je cours vers l’immeuble. Je vois les
voisins et le gardien. Les gens sortent au fur et à mesure de l’immeuble. Je
cherche parmi tout ce monde Nadia et Malia mais je ne les vois nulle part. Je me
renseigne auprès du gardien qui me dit ne pas les avoir vu sortir de l’immeuble
depuis mon départ. Une grande angoisse s’empare de moi.

Je jette mes courses dans un coin et monte à toute vitesse. Le feu ne vient pas de
l’appartement de Laurence, mais d’un appartement situé à l’étage juste en
dessous. L’étage où je vivais. La chaleur est déjà répandue dans tout le bâtiment
mais le feu pas encore bien que les flammes sortent déjà de la maison en feu. Je
cogne plusieurs fois vu que je n’ai pas de clé mais Nadia ne vient pas ouvrir.
J’avais oublié que cette fille avait le sommeil profond. Avec mes faibles forces
je donne plusieurs coups dans le but de casser la porte. J’insiste à me faire mal
au poignet. Mais je ne m’attarde pas sur la douleur. Je dois sauver mon bébé et
sa nounou. Après un énième coup, la porte cède. Je cours dans la chambre de
Malia. Elles sont toutes les deux endormies. Je secoue violemment la fille pour
la réveiller et je prends ma fille dans mes bras. Nadia se réveille enfin.

Moi : Réveille-toi vite. Il y a un incendie.

Nadia : QUOI ? Oh mon Dieu !


Je lui demande de me suivre. Quand nous arrivons à l’étage en feu, grande est
ma surprise de voir que le feu est maintenant très haut dans le couloir. Le feu est
même répandu dans l’appartement juste à côté. Nadia commence à pleurer.

Moi : Arrête de pleurer. Tu vas effrayer la petite. Remontons.

Nous remontons. Je lui donne Malia et me rend dans la cuisine. Je remplie une
bassine d’eau et les asperge avec elle. J’ai vu dans un film que lorsqu’on est
mouillé, on peut passer un plus facilement entre les flammes sans se brûler. Ça
permet aussi de vaincre la fumée. Je refais la même manœuvre jusqu’à ce
qu’elle soit complètement trempée. Malia se met à pleurer. Je vais dans la
chambre de Laurence prendre un gros drap que je trempe dans de l’eau. Le drap
va les protéger de la fumée. Je me mouille aussi et nous redescendons à l’étage
où le feu sort de plus en plus.

Moi : Je vais mettre le drap sur vous. Tu coures très rapidement et tu continues
jusqu’à arriver en bas. Tu m’as bien comprise ?

Nadia (pleurant) : J’ai peur tantie.

Moi : Tu tiens mon bébé entre tes mains. Je t’interdis d’avoir peur. On se
retrouve en bas.

J’embrasse ma fille et les couvre. Je compte jusqu’à trois et nous courons entre
les escaliers. Nadia réussi à descendre. Je me dépêche aussi lorsqu’en passant
devant la deuxième maison en feu, une explosion survient. Je suis violemment
projetée contre le mur. Je sens des brûlures sur mon corps et un choc contre ma
tête avant de perdre connaissance.
Episode 15

LAURENCE

Nous avons finalement terminée la journée chez Hélène. Nous avons déjeuné
dans un restaurant avant qu'elle ne propose de nous rendre chez elle prendre le
dessert. Il y aurait des restes de la bûche de Noël qu'elle avait elle-même faite.
Hélène, je l'ai connu il y a six mois. Elle était la parente d’un de mes patients à
la clinique. Jusqu’à ce que son parent guérisse, nous avons sympathisé. C’est
elle qui faisait le premier pas à chaque occasion. Elle ne m’a pas caché qu’elle
était attirée par moi. J’ai voulu lui dire que ce n’était pas la peine de tenter quoi
que ce soit parce que je n’étais pas disposé à me mettre en relation. Mais après
mûre réflexion, j’ai décidé de me laisser aller. Je lui ai quand même dit que nous
irions par étape sans précipitation. Dieu merci elle est compréhensive. Elle ne
m’a pas brusqué une seule fois. Elle est très patiente pour une femme qui désire
un homme. Et ça, ça me plait chez elle. J’aime sa compagnie. Elle est très douce.
J'aime aussi ce côté indépendant qu'elle a. Elle est PDG de sa propre boite
qu’elle dirige d’une main de fer. Au fait, cette femme referme en elle seule
toutes ces choses qui peuvent m’attirer chez une femme. Peut-être que je devrais
nous donner une chance histoire de voir ce que ça donnera.

Depuis mon dernier déboire amoureux avec Zoé, je n’ai plus fréquenté de
femme. J’ai passé ces deux années à m’occuper de ma fille pour lui éviter de
ressentir un manque d'affection quelconque, en l’occurrence celle d’une mère.

Hélène : Alors tu aimes mon gâteau ?

Moi : Oui. Même si je crois pouvoir faire mieux.

Hélène (souriant) : Ah bon ? J’aimerais bien voir ça.


Moi : A notre prochain rendez-vous je te ferai déguster la meilleure bûche du
monde.

Hélène : Il y aura donc un prochain rendez-vous ?

Moi : Apparemment oui.

Elle se rapproche de moi.

Hélène : Est-ce que ça veut dire que je me rapproche peu à peu de ton cœur ?

Moi : Peut-être bien.

Elle rapproche doucement son visage du mien.

Hélène : Peut-être que tu devrais ôter pour de bon cette barrière autour de ton
cœur pour m’y laisser entrer.

Moi : J’essaie, je t’assure.

Hélène : Si je fais ça, ça t’aidera sans doute à faire un plus gros effort ?

Elle rapproche ses lèvres et capture les miennes. Je la laisse faire. Ça me fait
étrange de laisser une femme m’embrasser. Elle ne me laisse pas le temps de
réfléchir qu’elle s’assoit sur moi en califourchon. Je la laisse encore faire. Elle
s’attaque aux boutons de ma chemise. Je sens par la suite le contact de ses mains
sur mon torse.

Hélène (gémissant) : Oh Laurence !


Cette façon qu'elle a de prononcer mon nom me ramène violemment deux ans en
arrière. Zoé adorait dire mon nom quand nous faisions l’amour. Elle adorait me
toucher. Des flashs de nos ébats remplissent mes yeux clos. Je la vois s’agripper
à moi à chaque coup de rein. Je me revois embrasser son ventre arrondi et je la
vois heureuse dans mes bras.

Moi : Non, stop. Je ne peux pas.

Hélène : Quoi ?

Je me masse le visage.

Moi : Je… je ne me sens pas encore prêt. Il faut que je rentre. La nuit commence
à tomber.

Je la relève de sur mes jambes sous son regard plein d’incompréhension et de


frustration. Je mets de l’ordre dans la tenue, prends mes clés et sors. Je lance un
juron quand je suis seul. Zoé, Zoé. Je croyais que te détester tuerait l’amour que
je ressentais pour toi. Mais faut croire que non. Je sais que je lui en veux
terriblement de nous avoir abandonné Malia et moi. Ça n’aurait dépendu que de
moi que jamais je ne l’aurais laissé revenir dans nos vies. Mais il n’y a pas que
moi dans cette histoire. Je l’ai détesté pendant deux ans. Seulement, sa
réapparition a tout chamboulé. Depuis son retour je ne fais que penser à elle. Je
me tue pourtant à éviter cela mais elle force l’accès à mon esprit. C’est pour
cette raison que je reste loin d’elle. C'est pour cela que je continue à être des
plus désagréables avec elle. Pour ne pas succomber. Je veux continuer à la voir
comme une ennemie. Je ne veux même plus lui donner accès à ma vie.

Pourtant, malgré tout ça, je l'observe lorsqu'elle a le regard tourné. J'ai remarqué
son grand changement. Je peux dire qu'elle est loin d’être la Zoé d'il y a deux
ans. Elle m'a l'air plus mature, plus déterminée, plus courageuse. Toutes ces
choses que j'ai toujours voulu qu'elle soit. Mais maintenant qu'elle l'est, il est
trop tard pour nous. Je ne me sens pas prêt à retourner avec elle.
Pendant que je conduis, je reçois un appel d'un numéro inconnu.

Moi : Allô ?

« Voix : Allô tonton. C’est Nadia. »

Moi : Pourquoi m'appelles-tu d'un numéro inconnu ?

Je remarque après ma question son air affolé. Je crois même qu'elle pleure. Je
perçois dans le fond du grabuge.

« Nadia : Tonton, il y a incendie à la maison. Tout est en train de prendre feu. »

Moi : QUOI ? Et Malia ?

« Nadia : Elle est avec moi. Elle va bien. Mais… »

Elle se met à pleurer bruyamment. Elle parle mais je ne comprends rien. Il y a


trop de bruit. Je crois même entendre le bruit d'une sirène. Je raccroche et appuie
sur l’accélérateur. N'étant pas très loin, j'arrive très vite mais je suis obligé de
garer à une bonne distance. Je cours vers mon immeuble qui est en feu à un
étage en dessous de là où je vis. Si les pompiers ne se magnent pas le feu
s’étendra sur un autre étage. Ils sont déjà en train de s'activer. J’aperçois à une
cabine de l’autre côté de la voie, Nadia qui tient Malia. Je cours vers elle. Je
prends ma fille dans mes bras et la serre très fort.

Moi : Nadia ça va ? Vous n'avez rien ?

Nadia (pleurant) : Ça va tonton.


Moi : Arrête donc de pleurer. Tout va bien. Les pompiers vont vite éteindre le
feu.

Nadia : Tonton c’est pas ça. Tantie… tantie est restée là-bas.

Moi : Quelle tantie ?

Nadia : Maman Zoé. C’est elle qui nous a fait sortir quand le feu a commencé
mais quand elle voulait descendre, ça explosé et elle est tombée dans le feu.

Cette information fait un beugue à mon cerveau. Mes mains deviennent toutes
moites. Tous les scénarios possibles me passent par la tête. Zoé est coincée là-
haut. C'est une explosion qui me ramène sur terre. Les personnes curieuses qui
observaient le feu se dispersent en paniquant. Je jette Malia dans les bras de
Nadia et fonce vers l’immeuble. Je veux entrer dans l’immeuble, essayer de voir
si je peux faire quelque chose lorsque je suis accosté par un pompier.

Moi : Il y a une personne coincée là-haut.

Pompier : Oui nous le savons. C'est justement elle que mes collègues sont
montés chercher. Il y a des ambulanciers avec eux. Veuillez rester à l'écart s'il
vous plaît.

Sa phrase à peine terminé qu'un brancard est tiré et encerclé par quatre hommes.
Je cours vers eux avant qu'ils n'arrivent à mon niveau. Je suis d’abord accueilli
par l'odeur de la chaire brûlante. Quand par la suite je vois Zoé, je sens mon âme
me quitter. Elle est toute recouverte de fumée et le côté droit de ses habits est
calciné. Je vois même sa chaire brûlée. Je suis pris dans un torrent d’émotion et
je me surprends à verser une larme. Étant Docteur je peux aisément deviner son
état. Je tourne la tête vers Malia qui s'est mise à pleurer. Je suis à ce moment
piqué par une sorte d’optimisme, de déni je dirai. Au fait je n’en sais rien. Je
suis Docteur et tant que le cœur n'a pas encore arrêté de battre, il y a de l’espoir.
Je me précipite vers les ambulanciers qui ont installé Zoé dans l’ambulance. Je
sors la carte professionnelle.
Moi : Je suis Docteur. Quel est son état ?

Infirmier : Critique Docteur. Il nous reste peu de temps pour la sauver.

Moi : Je demande à ce qu'elle soit conduite dans ma clinique sur le champ.

Infirmier : Le CHU attend déjà son arrivée.

Moi : Et moi je dis de me suivre. Il s'agit de ma… femme. Elle s’appelle Zoé
AMENAN.

Ils acquiescent. Je leur donne le nom de ma clinique qu'ils connaissent et nous


nous y rendons sans perdre de temps.

J'ai confié Zoé à mon collègue. Je ne me sentais pas prêt pour affronter une telle
chose. La femme que j'aime à moitié calcinée. C'est au-dessus de mes forces. Je
tourne en rond sur moi dans mon bureau. J'ai prévenu la famille de Zoé qui m’a
très vite rejoint. Ils sont aussi dans mon bureau. J'ai envoyé Nadia et Malia chez
ma mère.

Selon les informations, le corps de Zoé était à deux étages plus bas après qu'elle
ait été propulsée par une explosion. C’est ce qui a évité qu'elle soit totalement
calcinée. Mais elle est quand même brûlée. A première vue, je dirais au premier
degré. Mais rien n'est encore clair. J’attends toujours mon ami. La mère de Zoé
ne cesse de pleurer tout en essayant de formuler des prières.

Après 6 heures d’attente, mon collègue Albert fait son entrée dans mon bureau.
Nous lui tombons presque dessus.

Moi : S'il te plait dis-moi qu’elle est en vie.


Albert : Elle l'est. Mais.

Mon cœur tombe direct dans mon ventre.

Albert : Nous allons attendre les prochaines heures ou jours pour savoir si elle
est réellement tirée d’affaire. Pour les brûlures, elle s’en remettra. Néanmoins,
son état est un peu critique.

Maman Zoé : Ça veut dire quoi ?

Albert : Elle est présentement dans le coma. Si elle survit, il est possible qu'elle
perde la mémoire parce qu'elle a reçu un choc au crâne. Aussi...

Il pousse un soupir.

Moi : Quoi ?

Albert : Il est aussi possible qu'elle perde la mobilité de ses jambes. Sa chute a
fait plus de dégâts que le feu. L’explosion l’a violemment projeté contre le mur
et si elle s’est retrouvée à deux étages plus bas, c’est qu’elle a beaucoup roulé
dans les escaliers. Mais comme je l'ai dit, ce sont des possibilités. Tout sera plus
clair quand elle se réveillera. Espérons donc qu'elle contre les diagnostics.

Cette nouvelle nous plonge tous dans une profonde désolation. Je me rassois
dans mon siège lentement comme si on venait de m’annoncer qu’il ne me restait
qu’une heure à vivre. Mais c’est tout comme. Je ne me sens pas capable de
regarder Zoé soit mourir, soir être transformée en une loque humaine. Il y a de
fortes chances qu’elle sorte amnésique et paralysée. J’ai déjà eu des patients
avec ces mêmes diagnostics et c’était facile pour moi de l’accepter, bien que
compatissant, parce que je ne les connaissais pas. Mais là il s’agit de Zoé, la
mère de ma fille, la jeune femme qui détient mon cœur depuis qu’elle est entrée
dans ma vie. Je ne me sens pas capable de supporter une telle épreuve. C’est au-
dessus de mes capacités. M’occuper d’autres patients c’est facile, mais d’une
personne qui m’est proche et qui plus est dans cet état, me dépouille de tout
courage.

Albert : Tu veux prendre la relève ?

Je passe une main sur mon visage.

Moi : Non, continue. Je t’assisterai juste.

Albert : Ok.

Joe, le frère de Zoé, lâche sa mère qui pleure dans les bras de son autre fils, et il
vient vers nous.

Joe : Quand est-ce qu’on pourra la voir ?

Albert : Une fois ses pansements terminés. Je vous ferai signe. J’aurai aussi
besoin d’autorisation pour lui faire subir une opération crânienne. Comme je l’ai
dit, elle a reçu un choc à la tête et quelques infimes caillots de sang s’y sont
logés. Nous devons aussi lui opérer les jambes pour mettre assez de chance de
notre côté pour qu’elle puisse remarcher.

Joe : Pas de souci Docteur. Faites tout le nécessaire pour la sauver. Pour les
factures, on pourra gérer.

Albert : Bien. Je vais voir où ils en sont avec les pansements et je vous reviens.

*Mona
*LYS
Après avoir passé toute la nuit et la moitié de cette nouvelle journée enfermé
dans mon bureau de peur d’aller voir Zoé dans sa chambre, je rentre chez moi
tout épuisé et les yeux près à se fermer. Autant il m’était difficile de me
maitriser, autant il était difficile à la mère de Zoé de quitter la clinique. J’étais à
deux doigts de lui permettre de rester au chevet de sa fille mais il était impératif
que Zoé reste isolée dans une chambre après son opération qui a été un succès. Il
ne reste plus qu’à attendre son réveille. Je n’ai toujours pas eu assez de courage
pour la voir. J’ai juste assisté à l’opération sans intervenir afin d’être sûr que
tout est fait comme il se doit.

Le feu a fait plus de dégât dans les maisons du deuxième étage que dans les
escaliers. Le proprio est présent pour constater les dégâts. Je monte chez moi et
la première image qui me fouette au visage, c’est Zoé arrêtée près de la table à
manger dans cette jupe taille haute qui dessinait parfaitement sa silhouette. Je
l’avais trouvé tellement belle dans sa tenue si sexy mais qui était loin d’être
vulgaire. Je crois que je ne l’avais jamais vu aussi belle. J’en avais été troublé
mais j’ai dû me contenir. La dernière fois que je l’avais vu c’était exactement là,
où elle avait servi mon plat préféré mais j’avais refusé de manger. J’avais été
surpris qu’elle ait fait la cuisine mais en même temps enchanté qu’elle ait fait cet
effort rien que pour moi. J’aurai dû accepter et manger ce qu’elle avait cuisiné
pour moi avec amour. Si je l’avais fait, je serais présent quand l’incendie a
éclaté et j’aurais pu la protéger. C’est de ma faute si elle se retrouve dans cet
état. Tout est entièrement ma faute. Elle a eu cet accident en voulant sauver
notre fille. Mais c’était mon rôle à moi de les sauver. Je ne sais pas si je me
pardonnerai cette absence.

La sonnerie du portable de Zoé posé à même le sol me fait sortir de ma torpeur.


Je marche lentement le récupérer. Je vois le nom de Kayla s’afficher. Ce doit
être son amie, sinon l’une de ses amies. Je me permets de décrocher. Je dois
informer ses meilleures amies de ce qui lui arrive.

« Kayla : Enfin Zoé tu réponds. »

Moi : Bonsoir Kayla. C’est Laurence.


« Kayla : Oh. Désolée. Bonsoir Laurence. Comment te portes-tu ? »

Moi : Ça pourrait aller.

« Kayla : Elle est là, Zoé ? »

Moi : Au fait euh, je n’ai pas de très bonnes nouvelles.

« Kayla : Qu’il y a-t-il ? »

Moi : Il y a eu un incendie dans l’immeuble où je vis. Et Zoé, Zoé en a été


victime.

« Kayla (hurlant) : Oh mon Dieu ! Oh mon Dieu ! Ne me dis pas s’il te plaît
qu’elle est… Non ! »

Moi : Non, non. Elle est en vie mais dans un état un peu critique.

Par le bruit qu’elle fait, j’en déduis qu’elle retient un sanglot. Elle ne cesse de
répéter le nom de Dieu avec une voix brisée. Cette fois elle pleure.

Moi : Je suis désolé. Je n’aurais pas dû te l’annoncer comme ça.

« Kayla : Non, ce n’est pas toi. Elle se trouve dans ta clinique ? »

Moi : Oui. Mais elle ne peut recevoir de visite jusqu’à demain, le temps qu’on
termine toutes les interventions sur elle.

« Kayla : Oh mon Dieu ! Pourquoi ? Et Malia ? »


Moi : Elle se porte bien grâce à Dieu et à Zoé qui l’a sauvé à temps.

Elle pousse un soupir de soulagement mais en même temps de désespoir.

« Kayla : Ok, je vais prévenir les filles. On passera la voir donc demain. Prends
soin d’elle s’il te plaît. Et sans vouloir te dicter quoi que ce soit, je te prie de ne
pas l’abandonner. Elle t’aime tellement si tu savais. Elle a besoin de toi à ses
côtés pour mieux guérir. »

Je ferme les yeux. Ces propos me font de l’effet. « Elle t’aime tellement si tu
savais. » c’est bien ce qu’elle venait de dire. Face à mon silence, Kayla
raccroche. Le portable de Zoé toujours en main, j’ouvre les yeux et tombe sur
son fond d’écran dont la lumière est vive dans mes yeux. Je manque de sommeil.
Voir son visage si souriant avec près d’elle Malia me comprime le cœur.
J’image ce sourire disparaitre à jamais et mon cœur bat douloureusement. Je ne
veux pas que ce sourire disparaisse. Je veux continuer à le voir, à la voir elle,
avec notre fille. Comme je donnerais tout pour reprendre la journée d’hier
exactement au moment où elle m’invitait à table. S’il m’était possible, plutôt que
la planter et partir avec une autre, je l’embrasserais et lui dirais à quel point elle
m’avait manqué ces deux dernières années. Et que même si je me tuais à la
détester, mon cœur lui n’était pas de cet avis.

Je ferme les yeux quand un flot d’émotion me parcourt tout le corps. Je la revois
couchée sur ce brancard à moitié morte et le côté brulé. Je lâche un sanglot que
j’ai trop longtemps retenu. Je ressens un profond vide en moi à l’idée qu’elle ne
pourrait survivre. Ça faisait aussi partie des possibilités dans son état. Albert
n’avait pas voulu causé des maux de cœur à la mère de Zoé raison pour laquelle
il a juste parlé des effets secondaires de l’incident. Je ne me sens pas prêt à
supporter une mort, déjà que j’ai du mal à me rendre dans sa chambre. Mon
cœur se brise encore plus si bien que j’ai l’impression de manquer d’air. Je me
libère totalement de toute cette amertume dans un grognement. Je sens des
mains aussitôt m’entourer. Sans ouvrir les yeux, je reconnais le parfum de ma
mère. Je me souviens n’avoir pas fermé la porte en rentrant. Je me laisse aller
dans ses bras en pleurant comme un gamin. Ma mère me serre très fort.
Maman : Libère-toi chéri. Vas-y !

Moi : Je ne veux pas qu’elle meure. Elle a fait des erreurs, mais elle ne mérite
pas un tel sort. Je suis prêt à tout lui pardonner mais il faut qu’elle reste avec
moi. Elle doit s’accrocher, maman.

Maman : Dieu fera grâce. Garde la foi en lui.

Je reste ainsi dans les bras de ma mère et me libère de cette boule sur mon cœur
jusqu’à m’en dormir.

Ça fait cinq jours que Zoé est toujours dans le coma et son état n’a toujours pas
évolué. Il est statique. Je passe mes jours et mes nuits à la clinique et ne rentre
que pour prendre une douche et me changer. Malia est toujours avec sa nounou
chez ma mère. Les amies de Zoé, Kayla et Ashley viennent tous les jours à son
chevet. Même ce matin elles étaient présentes. Vanessa est encore convalescente
à cause de son accouchement mais elle a fait un virement d’une somme
conséquente comme participation pour les soins de son amie. Tout le monde
passe la voir, sauf moi. Mais il va bien falloir. Arrêté à ma fenêtre à regarder la
pluie s’abattre sur la ville, j’entends mon assistante poser les résultats des
derniers examens de Zoé sur la table. Elle m’informe par la même occasion qu’il
y a quelqu’un qui désire me voir. Je lui demande de faire entrer la personne en
allant reprendre place derrière mon bureau. Quand elle sort, c’est au tour
d’Hélène de rentrer. A sa vue, je me retiens de lancer un juron. Je l’avais
complètement oublié. Depuis l’incident, je l’ai complètement zappé. Je ne
prenais même plus ses appels tant mon esprit était préoccupé.

Je lui demande de prendre place en accordant dans mon esprit les bons mots
pour éviter de lui faire mal.

Hélène : Comment vas-tu ?

Moi : Bien, et toi ?


Hélène : Idem. Ça fait une semaine que je n’ai plus de tes nouvelles et je suis
passée voir si tout allait bien. J’ai rencontré Nadia au supermarché hier et elle
m’a tout raconté.

Moi : Je suis désolé pour mon silence. J’avais besoin de m’être un peu d’ordre
dans les émotions. Ecoute, je…

Je prends une profonde inspiration.

Moi : Je suis désolé que les choses se passent ainsi. C’était à moi de venir à toi
mais bon.

Hélène : Pas grave.

Moi : Cet incident m’a permis de voir un peu clair dans ma vie, et…

Je cherche les bons mots. Je n’ai vraiment pas envie de la blesser surtout en
sachant ce qu’elle ressent pour moi.

Hélène : Et tu aimes toujours la mère de Malia.

Je lève les yeux sur elle. Ça sonne comme une affirmation mais en même temps
comme une question.

Moi : C’est ça. Ecoute, je n’ai jamais voulu te faire du mal. Je voulais même
tenter le coup avec toi. Seulement voilà, cet incident m’a ramené à la réalité.
J’aime Zoé et je veux être là pour elle. Je veux reformer ma famille. Malia a le
droit d’être avec sa mère surtout quand celle-ci fait mains et pieds pour obtenir
notre amour et notre pardon. Je suis vraiment désolé.
Hélène : Je comprends. Je l’ai compris quand tu m’as repoussé chez moi et pris
la fuite.

Moi : Je suis désolé.

Hélène (souriant) : Non tu n’as pas à l’être. On ne peut lutter contre l’amour. Je
suis ravie que tu aies été sincère avec moi. Ça prouve que je ne me suis pas
trompée sur ton compte.

Son sourire m’enlève un poids. Je sais qu’elle est déçue mais telle la bonne
femme que je lui reconnais, elle laisse un homme qui ne lui appartient pas partir
sans essayer de le retenir malgré son gré.

Moi : Merci.

Hélène : Alors, comment va-t-elle ?

Moi : Soit elle se réveille, soit… elle y passe. Et si elle se réveille, elle risque de
finir amnésique et paralysée.

Hélène : Oh. Je suis vraiment désolée. Je prierai pour qu’elle se rétablisse.

Moi : C’est gentil.

Hélène : Je vais maintenant y aller. Je dois célébrer la fête du nouvel an en


famille. Bonne année en avance Laurence.

J’avais complètement zappé que nous sommes le 31 Décembre. Je me chagrine


à cette pensée. Zoé qui aime tant les occasions de fête ne verra pas cette
traversée.
Moi : Bonne année.

Quelques heures après le départ d’Hélène, je continue de lutter avec cette envie
de me rendre dans la chambre de Zoé. Je reste dans mon bureau à jouer avec son
bracelet qui se trouvait dans ses effets. Constater qu’elle le portait m’a fait me
sentir deux fois plus mal. Je ressens profondément le désir d’être à ses côtés. Je
veux entrer dans la nouvelle année près d’elle.

Je sors de mon bureau et le cœur battant à tout rompre, je marche vers sa


chambre. J’inspire et expire plusieurs fois avant de pousser la porte de cette
chambre. Un pas après l’autre, j’entre en fixant le corps allongé dans le lit. Elle a
une bande sur la tête, un collier cervical au cou. Son bras droit a été bandé à
cause des brûlures. Mentalement je vois la bande qui lui entoure le ventre. Elle a
aussi des brûlures un partout sur le ventre, mais rien d’alarmant. Je referme
derrière moi et me rapproche d’elle sans quitter son visage des yeux. Elle m’a
l’air si paisible. J’ai vraiment du mal à voir cette image d’elle, celle qui aime
tant s’amuser, qui aime tant la vie, qui aime tant la joie. Pourquoi a-t-il fallu que
ceci t’arrive ? Ce n’est pas juste.

Je m’assois près d’elle et lui touche la main. Elle est toute glacée. Je la relève
lentement et y pose dans le dos un baiser. Je repose sa main et je me penche par-
dessus son visage. Je glisse un doigt sur sa joue.

Moi : Hey ! C’est moi, Laurence.

Ma voix se brise. Doucement je me racle en me retenant de me laisser emporter


par les émotions.

Moi : J’ai… j’ai besoin de toi, Zoé. Je te pardonne tu m’entends ? Je ne t’en


veux plus, et tu sais pourquoi ? Parce que je t’aime comme il ne m’a jamais été
permis d’aimer. Ne me laisse donc pas vivre cet amour tout seul. J’ai besoin de
toi pour le partager. Malia a aussi besoin de sa petite maman. Bébé, s’il te plaît,
ne nous abandonne pas. Pas maintenant. Ouvre les yeux je t’en supplie. Je te
promets de manger tout ce que tu me cuisineras même si ça n’a aucun goût. Je te
promets de t’envoyer tous les soirs au restaurant si tu le désires. On fera toutes
les folies que tu veux. On fera l’amour trois fois par jour parce que je sais que tu
aimes quand je suis en toi. On fera tout ce que tu veux bébé, juste réveille-toi. Je
ne suis pas encore disposé à te perdre. Pense à tout ce que nous avons partagé il
y a deux ans, pense à Malia et bats-toi pour nous revenir. Tu es celle que je
désire avoir dans ma vie. Toi et personne d’autre. Je t’aime plus que l’infinie.

Je pose un baiser sur ses lèves. A ce contact de nos lèvres, je frémi. J’ai cette
jeune femme dans la peau. Sentant les émotions venir violement dans mes tripes,
je décide de sortir d’ici. Je pose un dernier baiser et me relève. Je marche vers la
porte en essuyant cette fine larme qui menaçait de sortir. Un grondement de
tonnerre me fait légèrement sursauter. Un autre bruit de tonnerre, plus fort, se
fait entendre.

« Lau… rence »

Mon cœur rate un battement. Ai-je rêvé ?

« Laurence »

Je me retourne précipitamment. Non, je n’ai pas rêvé. Elle m’a bien appelé. Ses
doigts bougent, ses paupières aussi. Lentement, très lentement, ses yeux
s’ouvrent. Une vague de joie émerge en moi. A pas pressés, je retourne près
d’elle.

Moi : Je suis là.

Elle cligne des yeux plusieurs fois avant de bloquer son regard sur moi.

Zoé : Laurence.

Je souris de soulagement. Je fais la première chose qui me passe par la tête.


Cette chose que je m’étais promis faire si elle ouvrait les yeux. Je l’embrasse.
Ressentir ses lèvres contre les miennes me fait un bien fou. Je libère ses lèvres et
pose mon front contre le sien.

Moi : Te souviens-tu de moi ?

Zoé : Comment oublier l’homme que j’aime ?

Cette déclaration m’enlève un poids. Je souris et ouvre les yeux. Elle veut faire
un mouvement mais se retient quand une douleur la traverse. Elle gémit
douloureusement.

Moi : Doucement. Tu es blessée.

Zoé : Qu’est-ce qui s’est passé ?

Moi : Tu as eu un choc causé par une explosion après que tu aies sauvé notre
fille.

Zoé : Oh mon Dieu Malia !

Moi : Elle se porte bien.

Je caresse sa joue.

Moi : Comme tu m’as manqué.

Elle sourit.

Zoé : Tu as dit que si je me réveillais, tu me pardonnerais.


Pour toute réponse je l’embrasse de nouveau.

Moi : Je n’ai rien à te pardonner, bébé. Je t’aime.

Zoé : Je t’aime, Laurence.

Je l’embrasse avec beaucoup plus de profondeur oubliant qu’elle revient d’un


coma et qu’il me faut d’abord l’examiner. Elle lève lentement sa main valide et
la pose sur ma nuque. Je sens quelque chose mouiller mes joues. J’ouvre les
yeux et remarque qu’elle pleure. Je nettoie ses larmes avant de pose un baiser
sur chacune de ses joues.

Zoé : J’ai mon pied qui me démange.

Cette nouvelle fait tilt dans ma tête. Je me place à ses pieds et sors de ma blouse
un stylo dont je passe le bout sous son pied droit.

Moi : Est-ce que tu sens quelque chose ?

Zoé (souriant) : Oui. Ça chatouille.

Je fais de même sur l’autre pied. Elle fait oui de la tête. Fou de joie, je repars
vers elle l’embrasser.

Moi : Tout va bien maintenant, bébé. Tu es saine et sauve.

Elle sourit. Nos paires d’yeux à tous les deux sont brillants de larmes. Des cris
de joies proviennent du couloir. Je lève la tête vers l’horloge. Il est minuit. Elle
passe son doigt sous mon œil pour essuyer une larme.
Zoé : Qu’est-ce qui se passe ?

Moi : Bonne année.

Elle sourit.

Zoé : Bonne année à toi.

Front contre front, nous restons. Nous sommes seuls dans notre monde, à
ravivez notre amour dans le bruit des feux d’artifices qui explosent dans le ciel
dégagé de toute pluie. Quelle belle façon de débuter l’année.
Episode 16

KAYLA

Je me sens épuisée. Je n’ai pas eu de repos depuis la mort de mamie Kossia et


l’isolement de Darnell. Hier j’ai procédé à la mise en terre de mamie. J’avais
trouvé des contacts de sa famille au Ghana et je les ai contactés. Ils m’ont tout
simplement fait comprendre qu’ils ne se sentaient pas concernés par ce décès et
que ça faisait des lustres qu’il n’y avait plus aucune relation entre la défunte et
eux. Il n’y a donc pas eu de funérailles. Juste un enterrement avec quelques
voisins de son quartier et Ashley. Darnell était absent. J’ai pourtant tout essayé
pour le convaincre de venir mais je n’ai reçu aucune réponse. Il refuse même de
m’ouvrir la porte. Je suis donc obligée de lui parler au travers la porte.

Je suis désespérée à ce niveau. J’ai tout fait pour convaincre Darnell de me


laisser le voir mais en vain. Depuis une semaine qu’il est enfermé chez lui, je ne
sais même pas comment il se porte. S’il mange, s’il prend soin de lui. Je n’en ai
aucune idée. Hier j’ai dû lui demander de faire du bruit pour me rassurer qu’il
est encore en vie et Dieu merci il l’a fait. Mais cet après-midi, je compte
l’obliger à ouvrir la porte et pour ça il n’y a qu’un seul moyen. Ses enfants. Mon
père a dû les faire partir en France le temps que leur père se reprenne. Je n’ai pas
voulu qu’ils le voient comme ça. C’est aussi un moyen pour eux de visiter
d’autres cieux. J’espère que d’ici la semaine prochaine Darnell se reprendra.

Après la visite à la clinique pour voir Zoé qui n’est toujours pas encore sortie du
coma, je suis rentrée chez moi, me reposer et maintenant j’arrive chez Darnell,
essayer de le faire sortir de sa cachette. Nous sommes le 31 Décembre et je
refuse de rentrer dans la nouvelle année dans cette situation. Je ne veux pas non
plus que lui y entre dans cet état. Il doit se reprendre et si je ne l’y oblige pas, il
restera ainsi encore longtemps.

Je frappe à sa porte et comme toujours je n’ai aucune réponse.


Moi : Darnell, s’il te plaît ouvre. Tu ne peux pas continuer ainsi.

Silence.

Moi : Ça fait une semaine que les enfants demandent de tes nouvelles. Ils
désirent te parler.

Silence.

Moi : Je leur ai promis que tu les appellerais aujourd’hui.

Silence.

Moi : Teddy a pleuré hier parce qu’il voulait que tu lui racontes une histoire au
téléphone avant qu’il ne dorme. Tes enfants se sentent abandonnés, Darnell. Que
tu veuilles te couper du monde, ok. Mais ne te coupe pas des enfants. Ils sont
tout petits et ils ont besoin de toi. Ouvre-moi s’il te plaît pour que je puisse les
appeler. Je t’en prie.

Silence.

Moi : Ne le fais pas pour moi, mais pour les enfants. Après, je pars et je te laisse
tranquille.

Je reste derrière la porte à attendre. Je n’entends aucun bruit. Je prie qu’il


accepte de m’ouvrir. J’entends subitement le craquement de la serrure. Je souffle
de soulagement. La porte s’ouvre légèrement mais pas plus. Je pousse et je vois
Darnell se diriger vers le divan dans lequel il s’assoit. Il s’est caché la tête avec
la capuche de son sweet.
Moi : Darnell !

Darnell : Tu as parlé d’appel.

Entendre de nouveau sa voix, bien qu’elle soit brisée, fait battre mon cœur
d’amour deux fois plus que quand je l’ai vu. Sans attendre, je lance l’appel vers
la France et après une brève discussion avec mon père, il me passe les enfants.
Je leur passe à mon tour Darnell. Je reste à l’écart à l’observer. Il parle très
faiblement mais je peux percevoir une fine joie dans la tonalité de sa voix. Je
l’entends même rire doucement. Je balade mon regard dans la pièce. Tout est
propre. Je me rends à la cuisine histoire de m’assurer qu’il se nourrit. Tout est
propre. Néanmoins il y a des paquets de nourriture vide dans la poubelle. Je suis
soulagée. Quand je reviens dans le salon, il a fini de discuter avec les enfants.
Mon portable est posé sur la table devant lui. Je m’assois dans le fauteuil près de
lui. Il garde la tête baissée.

Moi : Darnell…

Darnell : Tu as dit que tu partirais après.

Je ne m’attarde pas sur sa phrase.

Moi : Comment vas-tu ?

Darnell : Qu’est-ce que ça peut te faire ?

Moi : Beaucoup, parce que je t’aime. Bébé, tu ne peux pas continuer ainsi. Une
nouvelle année va bientôt commencer et il te faut repartir de nouveau.

Darnell : Tu devrais t’en aller.


Moi : Oui, je m’en irai. Mais avant, je voudrais que tu saches que tu n’arriveras
à rien comme ça. Tant que tu continueras à te morfondre tu n’arriveras à
absolument rien. Tu as passé 33 ans de ta vie à penser que tu étais orphelin, et là
tu découvres que non. Qu’il y a des chances que ta mère soit en vie et que
quelque part encore tu as une sœur. Tu ne savais même pas que tu en avais.
C’est donc là le moment pour toi de prendre du courage et te mettre à leur
recherche. Ton but maintenant devrait être de les retrouver plutôt que de
t’apitoyer sur ton sort. Sans t’en rendre compte tu délaisses tes enfants, ceux
pour qui tu te bats pour être un bon père. Ils seront bientôt de retour. Tu veux
qu’ils te voient dans cet état ?

Je pose ma main sur sa cuisse.

Moi : Tu ne me crois peut-être plus, mais je t’aime. Et je ne te le redirai jamais


assez, je suis là pour toi. Je n’ai aucunement l’intention de t’abandonner, encore
moins pour un autre. Mon homme c’est toi et je t’attendrai le temps qu’il faudra.
Mais ne tarde pas s’il te plaît.

Je me lève et pose un baiser sur sa tête par-dessus la capuche. Je récupère mon


portable et sors. J’espère que mes paroles le feront réagir.

Ma mère a organisé une fête avec ses amies pour le réveillon du nouvel an. Elle
et ses copines que j’ai surnommées les cougars et chasseuses de diamant font à
tour de rôle ce genre de fête juste pour s’exhiber et faire jalouser les gens. Il y a
tout un tas de gens à cette soirée qui m'auraient intéressé si j’étais la Kayla
d’avant. La croqueuse de diamant. Il y a des hommes de ma tranche et super
classe comme j’aimais. Tous les parfums de qualité sont mélangés dans cette
salle comme s’il s’agissait d’une concurrence. Les femmes sont en robe de
soirée et les hommes en smoking. Tout respire le luxe à cette soirée. La Kayla
d’il y a deux ans ce serait déjà chopée un ou deux mecs à qui elle ferait saigner
les cartes de crédit. Mais celle qui est assise là, indifférente à tout ce qui se fait,
ne désire qu'une seule chose. Être dans les bras de son photographe. Il n'y a que
son parfum que je désire sentir. Il n’y a que ses bras que je désire sentir se
refermer autour de moi. Il n'y a que de ses lèvres que j’ai envie de me délecter
plutôt que ces champagnes hors de prix. Mon Dieu comme je peux l’aimer ce
photographe. J'ai travaillé plus d'un an avec lui sans savoir que c’était lui
l’amour de ma vie. La vie est bizarre parfois.

Je regarde mon portable et j'ai envie de l’appeler. Je lui envoie plutôt un


message. Juste un “ Je t'aime ”.

« Puis-je vous inviter à danser ? »

Je relève la tête vers un des invités de ma mère. Je vois celle-ci derrière lui me
faire des gestes d’accepter. Je suis sûre que c'est elle qui l'a conduit vers moi.
Toujours à vouloir me mettre avec un homme.

Moi : Désolée, je ne ferai pas une meilleure cavalière ce soir.

Lui : J’insiste.

Moi : Moi aussi.

Voyant le sérieux sur mon visage, il renonce. Je vois ma mère foncer vers moi.

Maman : Non mais qu’est-ce qui te prend ?

Moi : Je n’ai pas envie de danser c'est tout.

Maman : Kayla tu veux rester mère célibataire ?

Moi : Ne t’inquiète pas. Je te présenterai bientôt un homme.

Maman : Qui s'est ? Il gère quelle entreprise ?


Je roule les yeux.

Moi : Bonne soirée maman. Et bonne année.

Je récupère ma pochette et me lève.

Maman : Où pars-tu ?

Moi : Je suis épuisée. Je rentre.

Maman : Mais la soirée commence à peine.

Je ne lui prête aucune attention. Je sors sans me préoccuper de tous ces regards
d'hommes en chasse. Darnell a de plus beaux yeux et un plus beau regard
qu'eux.

Il est 19h et je n'ai pas envie de rentrer chez moi. Il n'y a personne. Je conduis
donc jusque chez Béca. Nos rapports se sont beaucoup améliorés même si je ne
la fréquente pas beaucoup. Mais ce soir j'ai envie de discuter avec quelqu’un.
J'ai déjà passé la journée avec les filles. Ce soir je veux me retrouver en famille.
Je suis accueillie par la servante qui me conduit au salon où Max joue avec ses
enfants. Ils sont accrochés à ses pieds. Cette image me fait sourire.

Moi : Bonsoir Max.

Max : Oh Kayla ! Bonsoir ma beauté.

Il marche difficilement avec ses enfants toujours accrochés et il vient me faire la


bise.
Max : Béca s'est enfermée dans sa deuxième chambre pour fuir nos bruits.

Moi (riant) : Ok je l’y rejoins.

Je marche vers la chambre personnelle de Béca. Elle s'est choisie une deuxième
chambre en dehors de la conjugale pour se retrouver seule de temps en temps. Je
tape et entre. Béca mange des chips, assise sur son lit devant l'écran accroché au
lit.

Moi : C’est donc ici que tu te caches.

Béca : Ouais. J'en ai marre des bruits de Max et ses gosses. Je me cache le temps
que le dîner soit prêt.

Je m'assois près d'elle. Elle me tend les chips

Béca : Tu en veux ?

Moi : Non merci.

Béca : Alors ? Comment vont papa et les enfants beaux yeux ?

Moi (souriant) : Les enfants vont bien. Le papa, c’est compliqué. (Je soupire)
L'amour, c'est compliqué. Avant j'avais les hommes que je n'aimais même pas à
mes pieds. Et maintenant, celui que j'aime me repousse sans cesse. Il me manque
tellement.

Elle sourit.
Moi : Pourquoi souris-tu ?

Béca : Je suis juste heureuse qu'enfin tu sois une femme mature.

Moi : Je ne l’étais pas avant ?

Béca : Si je me réfère à la définition que tu donnais à l'amour, je dirai non. Tu


veux savoir pourquoi je n’ai rien fait pour te mettre avec l'un des amis de Max ?

Moi : Pourquoi ?

Béca : Parce que tu les voulais juste pour te faire un nom et te faire voir. Tu
n'aurais jamais pu séduire André ainsi. Il se coltinait déjà une arriviste donc il
n'allait même pas te regarder. Léo était un coureur de jupon. En plus tu n'es pas
son genre de femme. Maintenant, Terry YOUL. Tu devrais me remercier de
t'avoir sauvé de cet homme. Toi tu es trop sensible et peureuse. Jamais tu
n'aurais pu tenir avec lui. Terry avait besoin d'une tigresse à ses côtés, d’une
femme plus folle que lui pour le dompter et dans ce vaste monde il n'y en avait
qu'une seule qui soit faite à sa taille, Trisha. Tu n'aurais jamais supporté le 1/3
de ce qu'elle a vécu. Sais-tu que Terry avait mis sa femme en prison ?

Moi : Quoi ? Vraiment ? C’était donc lui ?

Béca : Eh oui. Elle était même enceinte. Mais tu vois qu'elle est encore là. Toi à
sa place, tu serais déjà morte. Tu vois maintenant pourquoi je n'ai pas voulu que
tu tentes quoi que ce soit avec lui. Je voulais que tu rencontres l’homme qui
t'étais destiné, celui-là qui te ferait connaitre le vrai sens de l’amour et crois-moi,
je savais que ce n’était pas Marc-Arthur.

Moi : Je t'ai donc détesté pour rien.


Béca : Absolument. Raconte-moi comment ça s’est passé avec monsieur beaux
yeux.

Je souris. J'aime tellement ce petit surnom.

Moi : Je dirais que les choses se sont passées de sortes à ce que je n’ai le
contrôle sur rien. Le temps pour moi d’ouvrir mes yeux, j’étais déjà tombée
dedans comme on le dit. Mais je ne voulais pas l’accepter. Il ne remplissait en
rien mes critères. Même au niveau beauté, il ne faisait pas le poids face à Marc-
Arthur. Rien ne concordait entre nous. Te rends-tu compte que je suis son aînée
de deux ans ? C’est tout ça qui m'a fait le fuir. A peine s’il arrivait à subvenir
lui-même à ses besoins.

Béca : Les femmes rêvent toutes d'avoir des hommes riches. Pourtant la
meilleure richesse c'est celle qu'on construit avec son mari ensemble. C'est
tellement beau quand deux personnes vont de zéro pour devenir grand. Et crois-
moi que tous ces hommes lâches qui ont abandonné leur femme après que la
richesse ait frappé à leur porte ont fini par s'en mordre les doigts et les femmes
ont trouvé mieux. Dieu rend toujours justice. Quand j’ai rencontré Max, il gérait
les biens de sa famille. Mais il a eu envie, tout comme André de quitter l'ombre
de son père. Il a quitté l’entreprise familiale pour créer la sienne. On dira que
l’argent était déjà là, mais il fallait de bonnes idées pour fructifier cet argent. J'ai
aussi passé des nuits blanches avec lui pour trouver des stratégies et des idées
productives. Il y a eu des échecs par moment, mais j’étais là pour l'encourager.
C’est ça le rôle de la femme. Si ton homme n'est pas à ta hauteur, bah tire-le vers
le haut pour qu'il le soit. S’il n’est pas comme tu le veux, éduque-le. Ne dit-on
pas que c’est l’homme qui fait l'homme ?

Ses paroles me réconfortent dans ma décision de rester avec Darnell et me


donnent même des idées. Je savais que venir ici me ferait du bien. Je demande la
route après encore quelques instants. Elle insiste pour que je reste dîner mais là
je suis vraiment off.

Lorsque je gare ma voiture, je remarque une autre voiture magnifiquement


décorée. Je me tourne vers le gardien mais il a déjà disparu chez lui. Il n’y a
aucune carte. Je continue de me demander qui a pu me faire un tel cadeau en
rentrant. Il y a des pétales depuis la porte jusque dans le salon. Par précaution je
ne ferme pas la porte au cas où il s’agirait d'un psychopathe qui a des vues sur
moi. Quand j'arrive au salon, je suis en même temps surprise et énervée. Marc-
Arthur est debout avec un bouquet de rose dans une main et un cadeau dans
l'autre.

Moi : Je peux savoir comment tu es rentré chez moi ?

Marc : Ta mère m'a donné un double des clés.

Moi : Je ne…

Je me souviens que lors de sa dernière visite elle n’arrêtait pas de jouer avec
mon trousseau de clé.

Moi : Je peux savoir ce que tu me veux après m'avoir abandonné dans les filets
de la police ?

Marc : Je suis sincèrement désolé bébé. Je devais disparaitre pour pouvoir


prouver mon innocence.

Moi : Ah, parce que tu es innocent ?

Marc : Bien-sûr. Tu me connais très bien. Tu sais que je suis un mec réglo. Mais
tout ça c'est derrière nous maintenant. J'ai pu prouver mon innocence donc
maintenant je suis un homme libre. Je suis revenu pour que nous reformions
notre famille. Je t'ai apporté des cadeaux.

Il s'avance avec ce qu’il a en main. Voyant que je n'ai pas l’intention de les
prendre, il les pose et se rapproche encore plus de moi.
Marc : Tu m'as manqué ma puce.

Moi : Désolée mais ce n'est pas réciproque.

Je recule quand il passe rapidement son bras autour de ma taille et me colle à lui.

Marc : Je t’aime, Kayla.

Avant que je ne réplique il m’embrasse. Je suis prise de dégoût. Je me dégage


violemment quand un bruit résonne dans mon dos. Je me retourne et qui vois-
je ?

Moi : Darnell ?

Darnell est là, passant son regard de moi à Marc-Arthur.

Darnell : Désolé de vous avoir dérangé.

Il tourne les talons.

Moi : Darnell attend !

Je veux le rattraper mais je suis retenue de force par Marc-Arthur.

Marc : Tu restes ici avec ton mari.

Je me dégage et lui administre une baffe.


Moi : Tu ne poses plus jamais tes sales mains sur moi. Je ne suis plus ta femme
parce que j’ai déjà entamé la procédure de divorce. Je ne t’aime plus. J'aime
Darnell, le père de mon fils, et si tu essaies encore une fois de m’empêcher de le
rattraper, je t'écrase les testicules. Retourne d’où tu viens.

Je sors en courant de la maison en espérant voir encore Darnell. J’espère qu’il


n'est pas encore sorti du quartier et qu'il n'a pris aucun taxi. Je n'ai même pas
pris ma pochette ni mon portable ni ma clé de voiture. Tout ça à cause de ce fou
de Marc-Arthur.

Je cherche Darnell du regard mais ne le vois pas. Je continue d’avancer en


courant presque lorsque je l’aperçois déjà à la sortie du quartier. Je me mets à
courir derrière lui. Des gouttes de pluie commencent à tomber sur ma peau. Plus
j’avance plus les gouttes tombent. Puis un coup, la pluie s’écrase sur le sol. Les
gens courent se réfugier mais Darnell marche comme s'il ne sentait pas cette
pluie sur son corps. Ma belle robe est toute mouillée, mes cheveux n'en parlons
pas. Mais je m’en fiche. Je veux juste rattraper Darnell. Fatiguée de courir sur
ses talons, je m’arrête et hurle le nom de Darnell qui n'est plus qu’à quelques pas
de moi. Il s’arrête. Je souffle de soulagement. J’avance vers lui. Il est de dos

Moi : Darnell !

Il ne se retourne toujours pas.

Moi : Je suis désolée pour ce que tu as vu. Ce n’est pas ce que tu crois.

Darnell : Retourne près de lui.

Moi : Je ne peux pas. Je ne peux pas être avec lui alors que celui avec qui je
désire être c'est toi.
Il ne dit rien. Je me rapproche beaucoup plus de lui.

Moi : Tu me connais. Tu sais que si c’était lui que j'avais de nouveau choisi je
ne me serais pas aventurée à te courir après sous cette pluie. Tu penses vraiment
que je me serais permise de mouiller une robe de 100 000 FCFA et gâcher une
coiffure de 125 000 FCFA pour quelqu'un qui n'en vaut pas la peine ? Tout ça
n'a plus d’importance pour moi. Je suis prête à rester sous cette pluie avec toi
jusqu’au levé du jour.

Je lève lentement la main et la pose sur son dos. Il frémit.

Moi : Parle-moi bébé. Je suis là.

Un ange passe et repasse. Par sa respiration je le sens se détendre peu à peu. Il


desserre ses poings. Lentement il se retourne. Quand il lève les yeux, mon cœur
se brise. Son regard est plein de tristesse. J'arrive même à voir ses yeux se
remplir de larme.

Darnell : Je… Je me sens seul.

Je me rapproche de lui.

Moi : Et je suis là.

Darnell : J’ai mal.

Moi : Je sais, bébé.

J'ai du mal à ne pas pleurer devant autant de désolation. Mes larmes se mêlent à
l'eau qui tombe sur mon visage.
Darnell : J'ai… besoin de toi. Ne me laisse pas s'il te plait.

Moi (pleurant) : Oh Dieu ! Je ne pourrai jamais t'abandonner.

Je passe mes doigts tous tremblants sous ses yeux pour essuyer ses larmes que je
vois couler sous ces grosses gouttes d'eau.

Moi : Comment veux-tu que je parte si tu tiens mon cœur ? Laisse-moi te donner
une famille. Avec les enfants, tous les quatre, nous formeront une belle famille.
La nouvelle famille MENSAH. On aura même d’autres enfants si tu le désires.

Je colle mon front au sien. Je tremblote légèrement.

Darnell : Tu vas prendre froid.

Moi : Prends-moi donc dans tes bras.

Je sens ses mains passer dans mon dos. Quand il me ramène contre lui, j'éclate
en sanglot et m’accroche à son cou. Comme ça fait longtemps qu'il ne m'a pas
touché. Son corps est pris de soubresaut. Il pleure. Il resserre ses bras autour de
moi. Je fais de même.

Moi : Je suis là bébé. Je suis là.

Darnell : Je m'en veux tellement. C'est de ma faute s’il est mort.

Moi : Tu n'as rien fait. Tu n'avais que 3 ans et tu étais encore inconscient à cet
âge-là. Tu n'y es pour rien. Ne te culpabilise pas je t'en prie.
Darnell : J'ai l’impression de ne plus savoir qui je suis.

Je me détache et prends sa tête en coupe. Je l'oblige à me regarder.

Moi : Tu es Darnell MENSAH. Le père de Coralie et Teddy MENSAH. Tu es


aussi un très bon photographe qui se fait une renommée au fur et à mesure. Et tu
es mon homme à moi. Je te promets, là sous cette pluie, de remuer ciel et terre
pour retrouver ta sœur et ta mère. Je n’arrêterai pas tant que ça ne sera pas fait.
Je resterai à tes côtés jusqu’à ce que la mort nous sépare. Je t’aime Darnell, toi et
toi seul.

Ce regard qui a toujours eu pour don de me faire fondre réapparait. Il m'attire de


nouveau contre lui et cette chose que j’attendais depuis des jours se produit. Ses
lèvres tremblantes et mouillées se posent sur les miennes. Je plane dans un
cocktail de sensations merveilleuses. Je suis enfin dans les bras de mon homme.
Je sens enfin ses lèvres frémir contre les miennes. J’ouvre la bouche et nos
langues valsent au rythme des battements de nos cœurs. Je perds pied par ce
baiser si tendre, si envoutant. Nous restons sous cette pluie à vivre cette magie.
Plus rien ne compte en ce moment. Il n'y a que nous deux. Ce baiser si doux
provoque tant de chose agréable en moi. Être dans les bras de la bonne personne,
c'est ça l'amour.

Nous entrons dans notre chambre d’hôtel avec nos vêtements mouillés. Darnell
n'a pas voulu rentrer chez lui et moi je n’avais pas envie qu’on retourne chez
moi au risque de revoir Marc-Arthur. Nous nous sommes donc rendus dans un
hôtel où je suis reconnue comme une fidèle cliente ce qui me confère certains
privilèges. C'est d’ailleurs un de ces privilèges qui m'a permis d’avoir droit à
une chambre sans que je n’aie donné aucun sou. J'ai expliqué que mes effets
étaient restés chez moi à cause d'une urgence. Vu aussi l’état dans lequel nous
étions, ils ont eu pitié. La pluie avait même cessé avant que nous n'arrivions.
Demain donc je pourrai rentrer et revenir payer.

J’oblige Darnell à avaler quelque chose vu comme il a perdu du poids. Pendant


ce temps je vais prendre une douche. Quand je finis, il me remplace. J'en profite
pour bien ranger nos vêtements mouillés que je donne au service de chambre
pour qu'il les lave. Quand je reviens dans la chambre, Darnell a fini de prendre
sa douche. Il sort avec une serviette nouée au rein. Je vais vers lui. Je glisse mes
doigts dans sa barbe de plusieurs jours.

Moi : Que veux-tu faire maintenant ?

Darnell : Dormir. Je manque de sommeil.

Moi : Ok.

Je me couche sur le lit et je lui fais signe de venir se coucher sur moi. Il
s’exécute. Il se positionne entre mes jambes et pose sa tête sur mon ventre. Je
garde uniquement sur nous la lumière de la veilleuse. Je promène mes doigts
dans ses cheveux et sur son dos pour l’apaiser. Sa respiration ne tarde pas à se
faire régulière. Le bruit des feux d’artifices dehors me fait lever les yeux. Des
cris résonnent dans la ville. Je jette un coup d'œil à la veilleuse. Il est minuit. Je
regarde Darnell endormi. J'ai enfin réussi à réparer mes erreurs. Je pose un
baiser sur sa tête.

Moi : Bonne et heureuse année mon amour.


Episode 17

KHALIL

Ça fait une semaine que je lutte avec moi-même pour ne pas me rendre chez
Vanessa voir mes enfants. Mes enfants. J’en ai perdu deux et j’en ai eu deux
autres. Je ne peux pas expliquer exactement ce que j’ai ressenti quand ma mère
m’a annoncé que Vanessa avait mis des jumeaux au monde et qu’à un elle avait
donné le nom de mon père. Depuis cette annonce, je passe mes journées dans
des sentiments mitigés. Je suis ému d’avoir des enfants mais en colère de la
façon dont ils ont été conçus. J’en veux toujours à Vanessa de m’avoir joué un
aussi sale tour. Me voler ma semence pour se faire inséminer. C’est la pire des
trahisons qu’elle pouvait me faire. Cette femme m’a tellement fait de mal
qu’aujourd’hui, je me dis que lui pardonner serait une grosse erreur de ma part.

Arrêté à la fenêtre de mon bureau, je regarde les voitures défiler. Cette fin
d’année est la copie de celle d’il y a deux ans. Je l’ai passé dans un chagrin sans
nom à penser au coup que Vanessa m’avait donné. Elle avait avorté de mon
premier enfant et je ne l’ai pas vite digéré. Et lorsque je l’ai revu la Noël chez
les parents de Joyce, toute la colère et l’amertume que je ressentais m’étaient
remontés à la gorge. J’avais envie de les lui vomir au visage. Malgré les efforts
de Joyce, j’ai passé de très mauvaises fêtes. J’étais resté cloitré dans ma bulle
jusqu’à ce que je rencontre Phanie et que je passe à autre chose. Il m’a été
difficile de tourner la page, de reprendre goût à la vie, de sourire de nouveau.
Mais petit à petit j’y suis arrivé. J’y suis arrivé jusqu’à ce que Vanessa vienne de
nouveau tout foutre en l’air.

J’aurai voulu ne plus avoir affaire à elle. Je voulais la sortir définitivement de


ma vie mais là je ne crois plus que ça puisse être possible parce qu’elle vient de
mettre au monde mes deux garçons. J’aurai beau la détester, beau la chasser de
ma vie, mais je serai bien obligé de reconnaitre mes enfants. Ils sont mon sang,
la chair de ma chair. Le problème qui se pose c’est que je crains de baisser la
garde, de me laisser aller et de la laisser m’avoir. Je ne veux rien avoir avec elle.
Si je baisse la garde à cause de mes enfants, elle risque d’en profiter et de me
faire tomber dans ses filets.

« Toc toc. »

Je me retourne vers cette voix que je reconnais comme celle de ma sœur. Ça


tombe justement bien qu’elle soit là. J’avais à lui parler. Antoine m’a expliqué
ce qui s’était récemment passé. J’ai été affecté. J’espère qu’elle renoncera à son
idée de divorce.

Moi : Salut toi.

Elle me fait les bises et s’assoit sur mon bureau. Je la trouve toute souriante. Je
m’assois dans mon siège.

Moi : Je suis heureux de te voir sourire.

Zeinab : Je suppose qu’Antoine t’a tout expliqué.

Moi : Et bien que ce soit mal ce qu’il a fait, je te demanderais de ne pas


demander le divorce. Reconnais que tu ne lui as pas vraiment donné le choix.

Zeinab : Je sais. C’est pourquoi en lieu et place du divorce, j’ai organisé un


voyage au Bahamas rien que lui et moi pour deux mois.

Je fronce les sourcils. Elle sourit.

Moi : C’est une blague ?

Zeinab (riant) : Pourquoi tu me demandes ça ? Lui aussi m’a posé cette question.
Moi : Bah c’est normal. Il est difficile de s’imaginer que tu laisseras ton travail
pendant deux longs mois.

Zeinab : Difficile mais pas impossible.

Je continue de la regarder sans la croire. Elle lève les yeux au ciel et sort deux
billets d’avion de son sac. Je les prends et je suis sur le cul.

Moi : Quelle mouche t’a piqué ?

Zeinab : Disons que j’ai rencontré une Avocate dans le cabinet du tonton Eloge.
J’y étais allée pour lancer une procédure de divorce. Et tu sais ce qu’elle m’a dit
après que je lui ai expliqué mes raisons ?

Je secoue la tête distraitement parce qu’à parti du moment où elle a parlé du


cabinet du père de Joyce, mon idée est allé sur Vanessa.

Zeinab : Que je ne devais pas divorcer mais que je devrais plutôt essayer
d’arranger les choses avec mon mari. Te rends-tu compte ? Une Avocate qui au
lieu de se contenter de juste faire son travail, prend le risque de me dissuader de
ne pas la faire travailler. Elle m’a donné tout un tas de conseil. Elle m’a aussi
parlé de son amour qu’elle a perdu à cause de son féministe démesuré, tout
comme moi. Je sentais la tristesse dans sa voix si bien que ça m’a convaincu.
Elle a ajouté que si elle avait la possibilité de revenir en arrière, elle ne referait
pas les mêmes erreurs. Cette femme a trouvé les mots justes pour me faire
prendre conscience. J’ai alors mûrement réfléchi et j’ai opté pour sa solution. Je
vais nous redonner une seconde chance à Antoine et moi pour raviver cette
flamme qui nous avait poussé à nous marier.

Moi : J’en suis ravi.


Zeinab : Tu vas donc te jouer le baby-sitter avec maman pendant ces deux mois
vu qu’elle vit en ce moment chez toi. D’ailleurs, tiens la carte de l’Avocate. Tu
as besoin de conseille d’amour et je crois qu’elle t’en donnera de meilleurs.

Elle pose la carte sur mon bureau. Sans la prendre, je vois inscrit le nom de
Vanessa.

Zeinab : Bon je vais y aller. J’étais venue te dire au revoir. Notre vol c’est dans
deux heures. Souhaite-nous bonne chance. Je t’aime.

Elle pose un baiser sur mon front.

Moi : Je t’aime. Bonne chance.

Quand elle disparait, je récupère la carte et la regarde longuement. Vanessa a


donc en quelque sorte sauvée le mariage de ma sœur. Nous n’avons cessé de lui
donner des conseils mais elle nous a toujours tenu tête. Il a fallu Vanessa pour
lui faire entendre raison. Cette vie est bizarre. Je ne sais pas si je dois m’en
réjouir ou en vouloir à Vanessa d’avoir pu sauver la relation d’autre et de
n’avoir pas pu avec la nôtre. C’est elle qui a tout fichu en l’air.

J’entre plus tôt à la maison parce que c’est le réveillon du nouvel an et nous
faisons demi-journée. J’avais bien envie de rester au bureau et me plonger dans
le travail mais je n’ai plus la tête à travailler. Mes pensées divaguent entre ce
que je dois ou ne dois pas faire. Je suis accueilli par mon neveu qui me saute
dessus. Je suis bien heureux qu’il soit là. Il mettra un peu d’ambiance dans ma
maison. J’entends depuis le salon la voix de ma mère. J’y arrive et constate
qu’elle est avec la mère de Vanessa. Je les salue. Ma mère m’informe que la
mère de Vanessa souhaite s’entretenir avec moi. Ma mère s’éclipse avec mes
affaires.

Moi : Comment ça va maman ?


Maman V : Ça ne va pas. Quand j’entends ma fille pleurer chaque soir, je ne
peux pas bien aller. Mon petit mari, je t’ai toujours défendu devant Vanessa. Je
lui ai plusieurs fois tiré l’oreille à cause de toi. J’ai passé deux ans à la gronder
parce qu’elle t’avait fait fuir. Je crois que maintenant elle a compris. Mon petit
mari, je te demande pardon, laisse tout tomber. Après tout ce qui s’est passé, elle
a compris la leçon. Je te jure qu’elle ne recommencera plus. Vanessa ne mange
plus alors qu’elle vient d’accoucher. Son état agit sur les bébés. Je ne te
demande pas de te remettre forcement avec elle. Mais pardon, fais l’effort de lui
pardonner. Elle souffre. Elle a même été hospitalisée deux jours. C’est ce matin
que nous sommes rentrés de l’hôpital. Je ne veux pas rester là à regarder mon
unique enfant mourir, c’est pourquoi je suis venue. Elle-même ne le sait pas.

Ma mère revient et s’assoit. Elle me dévisage.

Maman : Je dis KEITA, tu veux tuer l’enfant des gens ? Vanessa a compris
maintenant, c’est bon. Nous demandons chaque jour dans nos prières que Dieu
nous pardonne mais nous refusons de pardonner notre prochain. Dois-je te
rappeler combien tu étais voyou quand tu étais adolescent ? Tu as oublié que je
t’ai attrapé avec la drogue ? J’allais te bastonner ce jour-là mais tu m’as
tellement supplié que je t’ai laissé par amour. Mais je t’ai tellement boudé que tu
as délégué tes oncles pour me demander pardon. Je t’ai pardonné et je n’ai
jamais rien dit à ton père. C’est après ce jour que tu es devenu consciencieux. Si
je t’avais tué ce jour-là, est-ce que tu serais assis devant moi ? Non. Vanessa a
fait des erreurs mais outre ses erreurs, avoue qu’il y a du bien qui en est sorti. Si
elle ne t’avait pas dit pour Phanie, tu allais continuer à élever les enfants d’un
autre et à les enrichir elle et son amant. Ça c’est quelque chose de bien. Elle
avait avorté il y a deux ans de ton enfant, mais aujourd’hui elle t’a donné deux
enfants. Deux garçons, deux héritiers. Ta descendance est assurée. Tu veux quoi
de plus ?

Je passe nerveusement ma main sur mon visage. Vu sous cet angle, ma mère a
raison. La mère de Vanessa demande la route. J’en profite pour monter me
reposer avant que ma mère ne commence par me tirer les oreilles.

Après plusieurs heures à tourner sur le lit, je n’ai pas réussi à fermer les yeux, ou
du moins à m’endormir. Les propos de ces deux mamans ne cessent de me
travailler l’esprit. Et si elles avaient raison ? Tous les évènements de cette
journée tournent en la faveur de Vanessa. D’abord, Zeinab, ensuite les mamans.
Il ne manquerait plus que Joyce vienne aussi me demander de lui pardonner.

Quand on parle du loup. J’entends Joyce rire aux éclats derrière la porte. Je me
place sur mon dos à attendre qu’elle se pointe. Elle cogne et entre. Ça lui arrive
souvent d’entrer sans attendre que je le lui dise.

Joyce : Alors le paresseux. Tu dors alors que c’est le réveillon du nouvel an ?

Moi : Que veux-tu que je fasse ??

Joyce : Bah sortir t’amuser.

Moi : Tu sais que le show c’est pas trop ma tasse de thé.

Sans retirer ses chaussures elle bondit sur le lit. Elle se met à sautiller au-dessus
de moi.

Moi : Arrête de faire ta gamine.

Elle se laisse tomber sur le lit.

Joyce : Alors c’est quoi le souci ?

Moi : Lequel ?

Joyce : Tu sais que tu ne peux pas faire semblant avec moi. Alors ? Non laisse-
moi deviner. C’est en rapport avec Vanessa.
Moi : Ouais. Je m’étais promis la détester jusqu’à la fin de mes jours mais
depuis ce matin, je commence à penser le contraire. Zeinab ne veut plus
divorcer. Elle a même organisé un voyage en amoureux avec Antoine. Et tu sais
grâce à qui ? Vanessa. Apparemment c’est sur elle que Zeinab est tombée
comme Avocate. Elle lui a donné des conseils en évoquant notre histoire.

Joyce : Ça montre qu’elle n’est plus la même. Mais surtout qu’elle mérite elle
aussi une seconde chance.

Je lève un sourcil vers elle, surpris qu’elle parle en la faveur de Vanessa.

Joyce : Je sais que j’étais la première à la détester bien avant que vous ne
rompiez. Mais, aux vus des derniers évènements je me dis que si tout le monde a
droit à une seconde chance, pourquoi pas elle ? J’ai eu mal la dernière fois
qu’elle est venue ici et que tu lui as hurlé dessus. Je me suis mise à sa place
entant que femme. Tu devrais lui pardonner. Ça ne te coûtera rien. Au contraire,
ça te rendra heureux, parce que même si tu ne le dis pas, je sais que tu as eu mal
toutes les fois que tu l’as refoulé. J’ai aussi compris que toute cette rancœur à
son égard cachait des sentiments.

Je lève encore les yeux vers elle.

Joyce : Ne me regarde pas comme ça. Tu sais que j’ai raison. Vanessa a été la
première femme à t’avoir fait perdre la tête au point où tu passais tout ton temps
à me parler d’elle. Tu souriais comme un débile à chaque fois que son numéro
apparaissait sur ton portable. Tu ne vas donc pas me dire que tu l’as aussi
facilement oublié.

Je vois que ce que j’ai dit viens de se réaliser. Joyce aussi se met du côté de
Vanessa.
Joyce : En tout cas j’ai hâte de connaitre mes neveux. D’après maman ils te
ressemblent tous les deux.

Moi : Elle me l’a aussi dit.

Joyce : Tu devrais aller voir ta petite famille ce soir et entrer dans la nouvelle
année avec eux.

Moi : Je t’aime.

Elle sourit.

Joyce : Même si ça n’a rien à avoir avec tout mon speech, je t’aime aussi mon
gros bébé.

*Mona
*LYS

J’ai finalement décidé de suivre les conseils que j’ai reçus aujourd’hui. Je gare
ma voiture devant la maison de Vanessa. Cette maison est immense. Je ne crois
pas qu’elle ait vécu ici toute seule. Mais en même temps c’est possible quand on
voit combien elle se plaisait dans la solitude. Je descends avec la servante de
Vanessa qui est venue me chercher à un carrefour. Elle m’aide à transporter les
choses que j’ai achetées pour les bébés. Je ne savais pas trop quoi acheter vu que
maman m’avait informé que tout avait déjà été acheté. Mais comme on le dit, on
n’a jamais assez de cadeau ou encore trop de viande dans la sauce ne la gâte pas.
La mère de Vanessa m’accueille avec grande joie. Elle m’annonce que Vanessa
dort encore. Il est portant 19h. Elle ne doit vraiment pas aller bien. Après avoir
pris place, la mère de Vanessa accompagnée de la servante descend avec les
bébés. Je me lève instantanément. Mon cœur se met à battre la chamade en les
voyant arriver. Quand la mère de Vanessa me donne celui qu’elle tient, mon
cœur flanche. Les émotions me submergent. Je souffle. Je suis heureux. Je
m’assois et approche le deuxième qui a été placé dans son transat. Ils sucent tous
les deux des tétines.

Moi : Mes champions.

Je leur caresse les joues à tour de rôle. Je reste plus d’une heure de temps à les
contempler. Quand ils se mettent à pleurer, la mère de Vanessa me permet de les
nourrir. Ils se rendorment juste après leur repas. Je fonds littéralement devant
leurs bouilles. Ils me ressemblent certes, mais ils ont aussi des airs de Vanessa.
Je me rends compte du courage dont elle a fait preuve durant sa grossesse. Je
n’ai fait que la rejeter alors qu’elle était enceinte. Mais malgré cela elle a tenu
bon pour les enfants. Je n’imagine pas ce que ça a dû être pas facile pour elle. Je
crois que ce sont toutes ces choses accumulées qui agissent maintenant sur sa
santé et son morale. Je n’ai pas vraiment été tendre avec elle.

Je demande à sa mère de me conduire dans sa chambre. Elle se serait réveillée


mais refuserait de manger encore moins de prendre ses médicaments. Pour les
médocs ça ne me surprend pas. Vanessa a horreur des comprimés, même des
sirops et des effervescents. C’est pourquoi je trouvais toujours des méthodes
pour les lui faire prendre.

Sa mère m’ouvre la porte pour me permettre d’entrer. Elle se dirige vers la


chambre des bébés pour vérifier qu’ils dorment bien. J’entre à pas silencieux
dans la chambre de Vanessa. Je reconnais tout de suite ses goûts par la
décoration et les meubles. Un lit trois places, elle a toujours aimé pour mieux se
balader entre les draps. Mes yeux tombent sur elle. Elle est couchée dos à la
porte et tient quelque chose entre ses mains avec laquelle elle joue. Je m’avance
et je reconnais la bague de fiançailles que je lui avais achetée il y a deux ans le
jour où tout s’est gâté entre nous. Elle ne s’en est donc pas débarrassée.

Vanessa : Maman je prendrai les médicaments demain s’il te plaît. Et je n’ai pas
faim. Je veux juste rester au lit.

Moi : Tu devrais pourtant faire un effort.


Elle se crispe avant de se retourner vivement.

Vanessa : Kha… Khalil ?

Moi : Bonsoir.

Elle se redresse dans son lit passant ses mains sur son visage et dans ses cheveux
pour se donner une bonne apparence. Elle fuit même mon regard.

Vanessa : Je ne savais pas que tu étais là.

Moi : Tu dormais encore. Pourquoi refuses-tu de te soigner ?

Vanessa : Bah tu sais, les médicaments et moi.

Je me rapproche d’elle et me permets de m’asseoir sur son lit près d’elle. Je


récupère le sachet de pharmacie et je lis les notices des médicaments qui s’y
trouvent. Elle me regarde faire avec toujours la surprise sur son visage. Une fois
terminé, je fais sortir dans ma main deux comprimés.

Moi : Sors la langue.

Elle fronce le nez.

Moi : J’ai dit sors la langue.


Elle sort lentement sa langue sur laquelle je pose d’abord un des comprimés. Je
lève le verre d’eau et l’emmène à ses lèvres. Elle boit une très grande rasade
pour avaler le comprimé sans avoir à sentir le goût.

Moi : La langue.

Elle rechigne mais obéit. Je fais la même chose et elle boit.

Vanessa : C’est dégueulasse.

Moi : Je sais. Mais j’ai besoin que la mère de mes enfants soit en forme.

Elle plonge son regard dans le mien.

Moi : Merci pour ces beaux garçons. Tu as fait un travail formidable. Je t’ai
apporté un cadeau, il est en bas. Je te le donnerai une fois que tu auras mangé.

Vanessa : Ok.

Elle range la bague dans sa boite. Je me lève de mon côté et après avoir pris le
sachet de pharmacie, je me penche vers elle pour la prendre dans mes bras. Elle
en est surprise mais ravie que je la prenne. Elle s’accroche à moi. Je crois même
l’entendre renifler mon parfum. Je la conduis jusqu’à la table à manger. Après
l’y avoir fait asseoir je me rends dans la cuisine lui servir un verre de jus dans
lequel je plonge deux effervescents. Je reviens à elle, je lui sers à manger. Elle
ne cesse de me regarder. Je sais qu’elle veut que je lui dise quelque chose nous
concernant, mais je préfère attendre qu’elle ait pris des forces. Je prends la
première bouchée que je conduis à sa bouche. Elle ouvre la bouche et je
commence à la nourrir. Je lui apporte le jus mais elle hésite à le boire parce
qu’elle sait que j’y ai mis les médicaments. Elle finit par le faire.
Je lui essuie la bouche après qu’elle ait vidé son verre d’eau sur la dernière
bouchée.

Moi : Tu vois, ce n’était pas aussi dur que ça.

Vanessa : Merci.

Moi : Tu veux encore dormir ?

Vanessa (souriant) : Non.

Je pose ma main sur la sienne.

Moi : Je suis désolé de t’avoir abandonné durant la grossesse. J’étais en colère.

Vanessa : Je sais. J’aurais fait pareille.

Je passe mon doigt délicatement sur sa joue. Elle ferme les yeux.

Moi : Je ne vais pas te parler d’amour maintenant parce que j’ai besoin d’encore
un peu de temps. Mais je veux bien oublier le passé, entretenir une bonne
entente avec toi pour le bien des enfants. Je veux que nous soyons de bons
parents pour eux, des parents unis.

Vanessa : Je comprends et je suis d’accord.

Elle prend ma main dans la sienne et la serre fortement.


Vanessa : Je veux juste que tu ne mettes aucune barrière entre nous. Permets-
moi de te prouver que je peux être une bonne femme pour toi. Je sais que je t’ai
déçu et pas qu’une seule fois. Mais je t’aime et je ne veux pas qu’entre nous
deux ça se limite aux enfants. Après toi je n’ai plus connu un seul homme. Je
n’ai plus jamais réussi à tomber amoureuse. J’ai pourtant essayé. Je ne veux
aucun autre homme que toi. Je suis prête à patienter le temps qu’il te faudra pour
m’aimer de nouveau. Laisse-moi juste te reconquérir.

J’arrive à percevoir dans ses yeux la sincérité et le fait de savoir qu’elle n’a plus
connu d’homme après moi m’enchante malgré moi. Je lui fais un léger sourire.

Moi : Je suis plus difficile à convaincre qu’un Juge.

Vanessa : Je n’abandonne devant rien.

Elle répond à mon sourire. Je me lève.

Moi : Viens là.

Je la relève par la main et l’attire contre moi. Elle se réfugie dans mes bras. La
sentir de nouveau contre moi m’apaise d’une certaine manière. Nous nous
sommes toujours complétés elle et moi. Mais je ne vais pas vite lui donner une
chance. Je suis curieux de voir ce qu’elle fera pour me reconquérir. Je veux être
sûre de son changement avant de lui redonner une chance.

Nous restons enlacés jusqu’à ce que nous entendions les pleurs d’un des bébés à
travers le baby-phone que je crois avoir été oublié au salon par la mère de
Vanessa. Je crois que ce sont tous ces grondements de tonnerre qui l’ont
réveillé. Main dans la main nous montons les escaliers et nous rendons dans la
chambre des enfants.

Moi : C’est lequel qui pleure ?


Vanessa : Kader.

Moi : J’ai du mal à les reconnaitre.

Vanessa : Ça viendra.

Elle le prend dans ses bras et le berce en lui chuchotant des mots doux. Je la
regarde faire. Elle est belle dans son rôle de mère. Je le savais qu’elle en ferait
une bonne. J’ai toujours su au fond de moi qu’elle ferait une bonne épouse, mais
elle ne le voyait pas.

Elle repose le bébé dans son lit sans toutefois s’en séparer. Je me rapproche dans
son dos, sors la petite boite dans ma poche, en sors la chaîne deux en un avec
comme médaillons les deux prénoms de nos garçons et le passe à son cou. Elle
lève la tête pour voir au travers le miroir en face. Elle touche la chaîne en
souriant.

Vanessa : C’est beau. Merci.

Je pose un baiser dans ses cheveux en l’enlaçant. Le petit Kader couine, nous
baissons nos yeux sur lui. Son frère, lui, dort à poings fermés. Nous voyons par
la baie vitrée de la chambre qui donne sur la terrasse du balcon, des feux
artifices éclater dans le ciel. Nous regardons automatiquement la petite horloge
de la chambre. Il est minuit. Je sens Vanessa se blottir encore plus contre moi et
resserrer mes bras autour d’elle.

Vanessa : Bonne année, Khalil.

Je pose encore un baiser dans ses cheveux.


Moi : Bonne année, Vanessa.
Episode 18

ADÉ

Je regarde le cadeau que j’ai en main et je ne peux m’empêcher cette fois de


sourire. Ashley a complètement perdu la boule. Ça fait une semaine qu’elle me
bombarde de cadeau. Cette fois c’est clair, elle a perdu la tête. Mais je dois
avouer que tout ceci ne m’est pas indifférent. J’aime cette façon qu’elle a
d’essayer de me reconquérir. Depuis huit mois elle ne faisait que m’envoyer des
messages qui commençaient à me saouler. Mais cette nouvelle technique me
plait. Pas à cause des cadeaux, mais parce que ça me montre qu’elle se souvient
encore de mes goûts. Tantôt ce sont des chemises, tantôt des polos, tantôt des
boutons de manchette. Bref, tout ce qui concerne les hommes. Elle commence à
embrouiller mon esprit. Je ne pensais plus à une éventuelle réconciliation entre
nous, même après qu’elle ait quitté mon toit. Je l’avais même sorti de mon esprit
si bien que je me faisais rare chez Safi, sa sœur, de peur de la rencontrer où que
cette dernière me donne de ses nouvelles. J’évitais tout ce qui pourrait me
donner des espoirs avec elle.

C’est pour cela que je préférais fricoter avec Lydie, mon plan cul. Je l’ai
rencontré pendant ma déception et coucher avec elle de temps à autre m’a
permis de faire le deuil de ma relation. Il n’y a aucun engagement entre nous.
Elle vit dans une toute autre ville. C’est uniquement lors de ses séjours ici que
nous nous voyons et passons du temps ensemble. L’un de nous peut arrêter
l’idylle quand il le souhaitera. Ça fait d’ailleurs cinq mois qu’elle m’avait
annoncé avoir rencontré quelqu’un et qu’elle pouvait à n’importe quel moment y
mettre fin. Depuis, je n’ai plus de ses nouvelles. Bon, en même temps, ce n’est
pas comme si je tenais à elle. Dans les débuts je pouvais la contacter plusieurs
fois en une semaine, mais après avoir digéré mon chagrin, je me faisais rare.
C’était plutôt elle qui me contactait.

Je rassemble tous les cadeaux reçus depuis ce matin dans un gros paquet et je
me concentre sur une tunique que je dois terminer et faire livrer avant 17h. J’ai
pris du retard là-dessus mais j’ai promis au client qu’il recevrait sa tenue avant
l’heure de sa soirée du nouvel an. Moi je n’ai rien prévu. Après le boulot, je
rentrerai juste prendre une douche, prendre un petit repas et hop au dodo. Cèd a
voulu que je vienne passer la soirée avec eux mais je préfère rentrer me reposer.
En plus, je suis vraiment KO. J’ai eu tout un tas de tenues à confectionner pour
ces fêtes de fin d’année. Il me faut vraiment me reposer avant de reprendre les
activités pour la nouvelle année.

Je termine la tenue et la donne à un de mes employés pour qu’il la livre. Je range


mes affaires pour rentrer lorsque je reçois un appel de Cèd.

Moi : Oui frangin.

« Cèd : T’es où là ? »

Moi : Encore à la boutique. Je rentre maintenant.

« Cèd : Bien. Rejoins-moi vite à Grand-Bassam. A l’étoile du Sud. »

Moi : Mec j’ai dit que je n’avais pas envie de faire la fête. Je suis juste épuisé.

« Cèd : Tu n’es pas obligé de faire la fête. Nous avons pris des chambres. Mais
je refuse de te laisser dans la solitude un réveillon du nouvel an. Tout le monde
doit rentrer dans la nouvelle année entouré des gens qu’il aime. Ne le fais pas
pour moi, mais pour Safi. Tu sais qu’on ne doit rien refuser à une femme
enceinte. »

Je souris. Ce type adore me faire du chantage émotionnel avec sa femme parce


qu’il sait que je l’affectionne beaucoup. Elle est comme une sœur pour moi.

Moi : Ok t’as gagné. A toute.


Je raccroche toujours le sourire aux lèvres. Je fais un bond rapide chez moi me
prendre quelques vêtements. Je me remets aussitôt en route pour vite arriver. La
ville est deux fois plus illuminée à cause des fêtes. Malgré la pluie qui s’est
abattue presque toute la journée, les gens sont surexcités, d’autres déjà saoules.
Il y en a qui ont même commencé à lancer des feux d’artifices. Des bruits de
pétards résonnent çà et là. Sur ma route je rencontre aussi des accidents, ce qui
n’est pas surprenant. Les gens conduisent deux fois plus mal en période de fête.
Il y en a qui conduisent en état d’ébriété. La folie anime certains dans ces
moments-là.

Je garde devant l’hôtel située en bordure de plage et appelle Cèd pour qu’il
m’indique où ils sont. Je suis ses instructions. Je pars en premier déposer mon
petit sac dans la chambre qui m’a été destinée. J’enfile des tongs et m’aventure
sur la plage. Je discute avec Cèd par texto en prolongeant sur la plage. Il y a des
groupes de personnes qui font aussi la fête. Je cherche au milieu d’eux les
visages de Cèd et Safi sans les voir. J’arrive au point indiqué par mon ami et je
vois une silhouette dans la pénombre. On dirait une femme mais je n’arrive pas
à savoir qui s’est vue qu’elle est de dos. Il y a aussi une nappe posée sur le sable
et sur laquelle sont placés un panier de nourriture plus une bouteille de vin. Il y a
aussi des bougies recouvertes qui font briller tout ceci. Je remarque des pétales
de roses.

Moi : Safi ?

Elle se retourne et plutôt que de voir Safi, c’est le visage d’Ashley qui se
présente à moi.

Ash : Salut !

Je comprends tout maintenant.

Moi : Salut ! C’est toi qui as orchestré tout ça ?


Ash : Oui. Tu as reçu mes cadeaux ?

Moi : Ouais. Tu n’aurais pas dû.

Ash : Il y a plusieurs choses que je n’aurais pas dû faire mais que j’ai faites et
d’autres que j’aurais dû faire mais que je n’ai pas faites. En gros, j’ai fait
n’importe quoi.

Moi : Ça tu l’as dit. Ecoute Ash…

Ash : Je voudrais que tu acceptes s’il te plaît ce rencard que j’ai préparé. Comme
j’ai accepté dans le passé tous tes rencards.

Je la fixe sans trop savoir comment me conduire.

Ash : En plus je sais que tu n’as pas diné.

Moi : Ok.

Nous prenons place sur la nappe. Ashley nous sert à manger et de la boisson. Je
mourrais de faim.

Ash : Alors ta journée ?

Moi : Fatigante. Mais j’ai réussi à terminer toutes les commandes à temps. Et la
tienne ?

Ash : Disons que je l’ai passé à organiser un rencard pour un homme qui me
plait bien. Il fait le difficile mais j’ai espoir qu’il finira par se laisser aller.
Je souris. Elle entame un autre sujet de conversation et au bout d’une trentaine
de minutes je me détends totalement. Je me laisse aller comme elle l’a dit. Nous
nous retrouvons à rigoler comme dans le bon vieux temps. Un moment, je sens
son regard s’attarder sur moi. Je tourne la tête vers elle.

Moi : Quoi ?

Ash : Tu te souviens il y a deux ans, alors que j’étais réticente à te donner une
chance, tu m’as demandé de te laisser me prouver que tu étais le bon ?

Moi : Ouais.

Ash : Aujourd’hui c’est moi qui te le demande. Je t’ai déçu, oui, mais beaucoup
de chose ont changé. Je veux que tu me laisses te montrer que je suis celle qu’il
te faut.

Moi : Je n’ai jamais douté que tu étais celle qu’il me fallait. C’est toi qui ne
savais pas que j’étais celui qu’il te fallait.

Ash : Maintenant je le sais. Adé, je suis prête à affronter quiconque s’opposera à


notre amour. Je suis prête à aller jusqu’au bout avec toi. Dis-moi juste un mot.

Elle récupère quelque chose dans le panier et se lève en face de moi. Je me


demande bien ce qu’elle veut faire lorsque je la vois poser un genou au sol. Elle
ouvre la boite qu’elle tient et une magnifique montre toute scintillante. Je fronce
les sourcils.

Ash : Adéyémi Okechukwo TUNDE, acceptes s’il te plait de me donner une


dernière chance et de m’épouser.
Moi : Quoi ?

Ash : Tu m’avais demandé en mariage il y a deux ans, j’ai refusé. Aujourd’hui


c’est moi qui te fais ma demande. (Fronçant le nez) Je n’ai pas acheté une bague
parce que ça fait gay.

Je souris.

Ash : Alors, veux-tu m’épouser ?

Je regarde cette femme à genou devant moi et encore une fois je me dis qu’elle
est folle. Me faire une demande en mariage ? Je secoue la tête.

Ash : Adé, je suis sérieuse.

Moi : On ne demande pas en mariage une personne avec qui on ne sort même
pas.

Ash : Quand c’est la bonne personne, pas besoin d’attendre. Faudrait pas aussi
qu’une autre passe dans mon dos. Je préfère sécuriser ma chose.

Je rigole. Elle a vraiment perdu la boule. Je la regarde, elle me sourit.

Moi : J’accepte la montre parce qu’elle est très belle.

Je la récupère de la boite.

Moi : Et je prends de nouveau le risque de te confier mon cœur.


Ash : C’est oui ?

Moi (souriant) : Oui.

Elle sourit et contre toute attente me bondit dessus. Je tombe à la renverse, elle
se retrouve au-dessus de moi.

Ash : Merci, merci, merci.

Moi : Je ne pouvais pas refuser une si belle montre.

Elle éclate de rire. Son rire m’avait manqué. Elle se redresse pour m’enfiler la
montre et se recouche sur moi.

Ash : Comme tu m’as manqué.

Moi : Toi aussi.

Elle rapproche son visage et prends mes lèvres entre les siennes. Je passe mes
mains sur ses hanches en les caressant. Elle m’a véritablement manqué. On dira
que c’est fou que je lui pardonne aussi facilement, mais si malgré ses années de
séparations nos sentiments sont toujours au beau fixe, pourquoi ne pas nous
redonner une chance ? Ce sera maintenant à elle de savoir garder cette chance
puisque le problème venait de son côté.

Nous sommes interrompus dans notre baiser par le bruit des feux d’artifice et
des cris de joie.

Ash (souriant) : Nous sommes entrés dans la nouvelle année avec un magnifique
baiser de réconciliation. Je crois que c’est un signe que cette fois c’est la bonne.
Bonne année.
Moi : Bonne année.

Cette fois c’est moi qui entreprends de l’embrasser.

Ash : On devrait rejoindre les autres.

Malgré moi je la laisse se relever. Je l’aide à tout ranger et main dans la main
nous marchons vers le bord de la piscine où je suis surpris de voir mon frère et
sa famille en compagnie de Cèd et Safi. Ils nous regardent tous avec de très
grands sourires.

Safi : Alors ?

Ash : Il a dit oui.

Tous élèvent des cris de joies et nous enlacent à tour de rôle pour nous féliciter.
Nous terminons par des vœux pour le nouvel an avant de reprendre place autour
de la table. Je regarde Ashley qui ne cesse de sourire. Je pose ma main sur la
sienne. Elle me regarde avec son magnifique sourire. Safi m’avait déjà parlé du
grand changement qui s’était opéré dans la vie de sa sœur mais j’attendais juste
de le voir. J’espère que ça continuera ainsi.

*Mona
*LYS

***UNE SEMAINE PLUS TARD***

Pour être déterminée, Ashley l’est. Elle a déjà entamé les préparatifs du mariage
après avoir choisi elle-même une date. Elle l’a fixé à dans deux mois. J’en étais
surpris. Dès notre retour sur Abidjan le 1er Janvier, elle a demandé à ce que
j’informe des oncles qui pourraient nous aider à convaincre ses parents
d’accepter notre union. J’en ai fait part à Fémi mon frère et ensemble nous
sommes allés voir un de nos oncles par alliance qui vit aussi en Côte d’Ivoire
pour qu’il m’accompagne demander la main d’Ashley et fixer la date pour la
dot. Il a été ravi et il a à son tour informé d’autres Nigérians ici pour faire partie
de la délégation. En une semaine nous avons tout organisé. Ashley a informé sa
famille que des gens viendraient les voir sans leur donner plus de précision de
peur qu’ils ne refusent de nous recevoir.

Je regarde Ashley s’habiller maladroitement. Depuis elle fait tout gauchement.


Elle est stressée. Je finis de boucler ma ceinture sur mon pantalon et me
rapproche d’elle. Je l’enlace par derrière.

Moi : Arrête de stresser, bébé.

Ash : Je ne stresse pas. Enfin, un peu si.

Moi : Ne t’inquiète pas. Tout se passera bien.

Ash : Ouais.

Je pose un baiser dans ses cheveux. Nous finissons de nous préparer et


retrouvons la délégation de quatre vieux Igbo en bas. Mon frère et Safi nous
trouverons sur place. Nous faisons un dernier briefing avant de nous mettre en
route. J’ai acheté des présents que nous offrirons aux parents d’Ashley en
remerciement de leur hospitalité. Durant tout le trajet, Ash ne cesse de taper du
pied. Je pose ma main sur sa jambe pour lui communiquer mon amour. Elle pose
sa main par-dessus la mienne en me gratifiant d’un sourire.

Nous avons été reçus par les parents d’Ashley, ce qui a été d’un soulagement.
Mes oncles et mon frère ont donné les présents. Nous sommes maintenant à
l’étape de la deuxième nouvelle. Ashley et Safi se sont éclipsées pour nous
laisser discuter.
Oncle : Encore merci de nous recevoir. Mon fils ici présent, Adé, m'a expliqué
qu'il y a deux ans il était venu se présenter mais que les choses ne s'étaient pas
bien passées. Mais nous allons laisser le passé au passé et parler du présent.
Adé, nous a délégué pour venir vous demander la main de votre fille Ashley. Par
ma voix, il vous demande pardon si d’une façon ou d’une autre il vous aurait
offensé dans le passé. Il aime votre fille et désire l'épouser. Comme elle vous
appartient encore nous demandons votre accord avant de faire quoi que ce soit.
Je laisse la parole.

Le père d'Ashley se redresse dans son fauteuil le visage toujours impassible. Sa


femme, elle ne cache pas son mécontentement.

Papa A : Merci pour votre visite. Mais comme je l'ai dit il y a deux ans, je refuse
de donner ma fille à votre fils. Vous pouvez donc retourner chez vous avec tous
vos cadeaux.

Mes oncles qui ont sûrement l’habitude de ce genre de situation restent très
calmes. Moi je commence maintenant à stresser. D'une part à cause de leur refus
mais aussi de l'effet que ce refus pourrait avoir sur Ashley.

Oncle : Permettez que je prenne la parole. Si vous refusez catégoriquement c'est


qu’il doit y avoir une raison. Permettez que je vous demande laquelle. On
trouvera peut-être un terrain d’entente.

Papa A (s'énervant) : Suis-je obligé de vous donner une raison. C'est ma fille je
la donne à qui je veux. Je ne veux pas de votre fils un point c’est tout.

Oncle : Il n'y a pas de quoi s’énerver. Ici il s'agit du bonheur de nos enfants.
Nous devons penser à eux avant toute chose.

Papa A (haussant le ton) : Vous insinuez que je ne pense pas au bonheur de la


fille c'est bien ça ?
Oncle : Loin de moi…

Papa A : Vous me prouvez que les Nigérians ne sont dotés d’aucune éducation.

Là, tous nous avons un mouvement de sursaut.

Papa A : Osé venir chez moi me manquer de respect ? Non mais pour qui vous
vous prenez ? En plus d’être des sorciers vous êtes mal éduquez.

Oncle : Ok ne dépassons pas les limites.

Le père d’Ashley se lève d'un bond.

Papa A (hurlant) : Dans ce cas sortez de ma maison. Moi de mon vivant jamais
ma fille n’épousera votre fils. Vous ne méritez pas ma famille. Vous êtes une
bande de vautour en quête de sang. Ma fille épousera un homme que je lui
choisirai moi-même. En plus, elle est déjà mariée. Elle a été dotée il y a deux
ans.

Mes oncles qui sont scandalisés par ces propos se mettent à parler entre eux en
langue. Ils essaient de calmer les choses mais le père d’Ashley ne veut rien
comprendre. Il les chasse même de la maison. Ils sont donc obligés de s'en aller
avec mon aîné. Le père d'Ashley continue de hurler en se rasseyant, ce qui attire
Ashley et Safi. Moi je reste encore un peu histoire de voir si je peux arranger les
choses.

Ashley : Qu’est-ce qui se passe ?

Papa A : Il se passe que tu as envoyé des gens dans ma maison me manquer de


respect. Ne t'avais-je pas déjà dit que je ne voulais pas de cet homme ? Mais tu
l'as quand même ramené. Comment peux-tu envoyer un homme alors que tu es
déjà mariée à Stéphane ?

Ash : Mais j'ai rompu les fiançailles avec lui papa. Je lui ai remboursé sa dot.

Sa mère qui jusque-là était silencieuse prend la parole.

Maman A : C’est au nom de qui tu es allée redonner la dot ? Quand tu lui as


donné l'argent, il est venu nous redonner donc la dot n'a pas été annulée.

Ash : Vous ne pouvez pas accepter une dot que j'ai déjà remboursée sans me
demander mon accord.

Maman : Tu parles comme ça à qui ? C'est nous qui t'avons mis au monde donc
c'est à nous de décider de qui sera ton mari.

Les larmes remplissent les yeux d'Ashley. Je me rapproche d'elle et lui prend la
main.

Safi : Papa, maman, vous ne pensez pas que nous sommes assez grandes
maintenant ? Ce n'est pas parce que nous prendrons nous-mêmes nos décisions
que ça signifie que nous ne sommes plus vos enfants. Nous le resterons jusqu’à
la fin de nos vies.

Ash (pleurant) : Papa, Stéphane me faisait souffrir. Mais avec Adé je suis
heureuse. J'ai accepté une première fois de me séparer de lui sous votre demande
mais notre amour est tellement fort que nous nous sommes retrouvés. Il est un
homme bon je vous le jure. Je sais que voulez mon bien mais vous ne pourrez
me protéger tout le temps du malheur. Etre parent c’est aussi laisser ses enfants
faire ses propres expériences en restant tout prêt pour les épauler en cas d’échec.
Je vous en supplie, acceptez mon choix.
Papa A : Je vais te dire mon dernier mot, Ashley. Je ne veux pas de cet homme,
ni aujourd’hui ni demain. Si tu ne veux plus de Stéphane, nous allons t’en
trouver un autre. Un homme qui vient de notre village. Il y en a plein d’ailleurs.
Mais cet homme non. Je ne veux aucun étranger dans ma famille. Et si tu
t’entêtes à me désobéir, je te renie.

Maman A : On te renie. Mtchrrr.

Les deux parents se suivent vers les escaliers qu’ils montent. Ashley tombe dans
mes bras en pleure. Je ne comprends vraiment pas pourquoi ses parents veulent
tant choisir eux-mêmes les partenaires de leurs filles. Ça remonte au temps de
Mathusalem cette pratique. Maintenant les choses ont changé. Chacun est libre
de faire ses choix et d’en assumer les conséquences.

Nous sommes revenus chez moi. J’ai été soulagé quand Ashley a demandé
qu’on rentre ensemble plutôt que de la laisser chez elle. Mais depuis elle est
triste. Elle ne parle pas mais se contente juste de réfléchir. J’ai mal de la voir
ainsi. Mais j’ai surtout mal d’être la cause de la discorde entre elle et ses parents.

Elle ne faisait que tourner sur le lit sans arriver à dormir. Je l’ai tenu dans mes
bras un moment mais elle n’arrêtait pas gigoter. Je l’ai donc laissé pour qu’elle
soit plus à son aise. Là maintenant, je suis arrêté au balcon à contempler le
jardin et écouter les grillons. Dans ma poche, je joue avec cette boite qui est
avec moi depuis quelques jours. L’ouvrirai-je un jour ?

Je sens des mains m’encercler. Je ferme les yeux en profitant de la chaleur que
me procure le contact du corps d’Ashley au mien. Elle pose un baiser dans mon
dos avant de coller sa tête.

Ash : Pourquoi tu ne dors pas ?

Moi : Pourquoi toi tu ne dors pas ?


Ash : Je réfléchissais à la couleur de la perruque que je porterai le jour de notre
mariage. Kayla m’a proposé le roux tandis que Zoé et Vanessa optent pour le
brun.

Moi : Tu veux donc toujours qu’on se mari ?

Ash : Pour quelle raison je ne le voudrais plus ?

Je reste silencieux face à son attitude. Soit elle fait un déni soit elle est vraiment
déterminée.

Ash : Je suis désolée d’avoir été triste depuis notre retour.

Moi : Tu n’as rien fait de mal. C’est tout à fait normal. Même si tu savais ce qui
allait se passer, c’est toujours douloureux d’essuyer un refus catégorique de tes
parents. C’est moi qui suis désolée de te créer autant de problème.

Ash : Tu n’y es pour rien. Ça aurait été un autre que ce serait pareille. Tu es le
troisième homme qu’ils m’ont refusé.

Moi : Tu veux donc continuer avec moi ?

Ash : Je te l’ai promis et je n’ai pas l’intention de revenir sur ma parole. Je veux
devenir ta femme et porter tes enfants. Tu n’auras qu’une seule Madame
TUNDE toute ta vie.

Cette déclaration me fait un bien fou. Je sors donc de ma poche l’écrin. Je me


retourne face à elle.

Moi : Je peux donc maintenant faire ceci.


Ash : Quoi ?

J’ouvre devant elle l’écrin dans lequel scintille un solitaire.

Moi : J’attendais de connaitre ta décision finale avant de te la donner.

Ash : Wahou ! Elle est belle.

Moi : C’est normalement à l’homme de faire la demande. Alors je te demande,


veux-tu m’épouser malgré toutes ces oppositions ?

Ash (souriant) : Je veux t’épouser malgré toutes ces oppositions. Je n’imagine


même pas ma vie sans toi. En plus ça sonne très bien, Ashley TUNDE.

Je glisse la bague sur son doigt et l’attire à moi pour l’embrasser. Juste un bref
baiser et nous nous enlaçons.

Moi : On continuera de plaider auprès de tes parents. Je veux que tu sois


totalement heureuse ce jour-là.

Ash : Oui. Mais s’ils ne changent pas d’avis, on se mariera malgré tout.

Je pose un baiser dans ses cheveux. Elle me serre en retour très fort. Je sais que
nous arrivons à être heureux parce que ce qui nous lie ce n’est pas une passion
passagère, mais de l’amour et quand l’amour est vrai, il résiste à tout. J’espère
cependant que les parents d’Ashley changeront d’avis.
Episode 19

ASHLEY

J'arrive chez ma sœur de très bonne heure pour prendre de ses nouvelles une
dernière fois avant d'aller en isolement. C'est demain le grand jour et je stresse à
mourir. Mon stress se situe surtout au niveau de mes parents. D’une part je
stresse qu'ils ne viennent vraiment pas. Je veux qu'ils soient présents même s'ils
n’aiment toujours pas Adé. De l'autre je crains que s'ils ne viennent pas, ils
envoient des gens venir saboter le mariage. Mais je me console dans le fait
qu’ils ne l’ont pas fait au mariage de Safi donc il n’y a pas grande chose à
craindre.

Ma venue ce matin chez ma sœur est plutôt dû au fait que j’espère y rencontrer
ma mère. En effet, Safi a accouché il y a deux mois d’un magnifique petit
garçon à qui elle a donné deux prénoms qui sont symboliques pour elle. Le
premier prénom c’est celui de notre père, Sylvain. Pour lui dire qu’elle l’aime
malgré tout ce qui a pu se passer. Et le deuxième prénom celui de son boss,
Terry, pour lui dire merci parce que c’est grâce à lui qu’elle est cette femme
accomplie aujourd’hui. Il lui a donné sa chance alors qu’elle était novice. Son
patron a tellement été touché par ce geste qu’il a offert une maison au bébé. Je
dis bien au bébé parce que la maison porte son nom. La femme quant à elle a
rempli la chambre du bébé de cadeaux coûteux les uns que les autres. J’ai dit à
ma sœur de s’arranger pour me mettre en contact avec la femme pour que je
devienne sa coiffeuse, ou du moins que j’en fasse partie. Qui n’aimerait pas
avoir une telle patronne ?

Bref, revenons aux choses sérieuses. Après l’accouchement, nous avons tous été
surpris que notre mère vienne laver le bébé. Safi lui a proposé de venir vivre
avec eux le temps qu'elle se rétablisse et prenne les choses en main mais notre
mère a refusé. Même si elle vient voir le bébé, elle n'aime toujours pas le père.
Mais l’essentiel c'est qu'elle soit présente. J'arrive donc avec la tenue que ma
sœur a commandé pour mon mariage. C'est elle qui sera mon témoin. Je ne crois
pas trouver meilleure témoin qu’elle. Ses conseils m’ont été d’une grande aide.
Je rencontre Cèd qui part au travail et entre. Safi est au salon en train d’allaiter
son bébé.

Moi : Bonjour ici.

Je pose sa tenue près d’elle et l’embrasse.

Safi : Non mais qu’est-ce que tu fais là ? Tu n’es pas censée être au verre ?

Moi : J'irai après ici. Alors comment ça va ?

Safi : Bien à part que je manque un peu de sommeil.

Moi : Tu es sûre d’être là demain ?

Safi : Non mais quelle question ? Sans moi il n’y aura pas de mariage.

Moi : Y a intérêt. Maman est déjà venue ?

Safi : Elle ne viendra pas aujourd’hui. Elle sait que demain c'est ton mariage
donc elle va nous éviter.

Moi : J’espérais lui parler une dernière fois en espérant que ça la fasse changer
d’avis.

Safi : Tu n’as plus à te morfondre. Vous avez fait tout ce qui était en votre
pouvoir pour les honorer. Vous n'avez cessé de déléguer des gens pour négocier
mais ils ont refusé. Devant Dieu vous êtes irréprochables. En plus, un mariage
civil sans dot est valable et reconnu. Vous pourrez faire la dot après le mariage
quand les parents seront contents. Est-ce que moi-même Cèd m’a doté ? Mais ne
suis-je pas mariée ? Ma patronne n’avait aucune famille donc elle n’a pas été
dotée. La dot c'est juste pour dire aux différentes familles que leurs enfants sont
ensembles et qu’ils ne font rien en cachette. Oui la dot c’est important mais pas
plus que le mariage civil. Donc quand les parents seront prêts à accepter ton
homme, on fera la dot. Tu n'as rien fait de mal, tu n’as manqué de respect à
personne donc libère ton esprit. Demain sera le plus beau jour de ta vie, refoule
toutes les pensées de tristesse. Ne retiens que ce qui te met en joie. En
l’occurrence ce qui grandit dans ton ventre.

Nous éclatons de rire. Je caresse mon ventre avec le cœur qui se gonfle de joie.
J'ai découvert il y a trois jours que j’étais enceinte de six semaines. Je n’ai
encore rien dit à Adé parce que je veux lui faire la surprise à notre nuit de noce.
Je craignais tellement que les avortements que Stéphane m'avait obligé à faire
aient pu créer des complications en moi. Mais maintenant ma joie est parfaite.

Safi : Bon maintenant ouste, dégage de chez moi. Va déstresser. Je n’ai pas payé
toutes ces choses pour rien. Je veux voir les photos pour être sûre que tu
profites.

Moi : Ok j’y vais. A demain. Je t’aime.

Safi : Je t’aime.

Je prends directement un taxi, direction l’Hôtel YOUL de Cocody Angré où ma


sœur nous a loué à moi et une fille la deuxième plus grande suite, la première
étant uniquement au boss. Elle nous a aussi offert le package complet pour les
futures mariés. C’est-à-dire, spa, soin de corps, massage, piscine, nourriture et
une soirée d’enterrement de vie de jeune fille. Moi j'ai opté pour une soirée
simple avec mes copines. Je n'ai pas besoin de tous ces tapages avec alcool et
tous ces bruits. Nous aurons quand même de quoi nous amuser.

J’envoie un message aux filles pour leur dire que je suis déjà là. Elles me
répondent que c'est maintenant qu'elles sont en chemin. De grosses dormeuses
comme ça. Au moins je pourrai dormir un peu avant leur arriver. Je n’ai pas
voulu choisir parmi elle une dame de compagnie et faire des autres mes
demoiselles d’honneur alors toutes les trois joueront ces deux rôles. Elles seront
dames de compagnie et demoiselles d’honneur. Elles seront mes queues tout le
temps. C'est mon mariage, je fais comme je veux. Je ne suis pas obligée de faire
comme tout le monde. C’est Kayla qui apportera ma valise. Parait qu’elle m'a
acheté plein de choses. J’ai surtout hâte de voir les lingeries. J'en avais choisi
quelques-unes avec elle mais elle m’a dit vouloir en ajouter.

Quand j'ouvre la chambre que je crois vide, je suis accueillie par le bruit du
champagne qui pète et des cris de joie. Avant que je ne me rende compte de la
présence des filles, je sens le champagne dans mes cheveux. Elles sont en train
de me rincer avec le champagne.

Elles : VIVE LA MARIÉEEE !!!!

Je n’en reviens pas de ce qu'elles me font. Mais je suis tellement heureuse.

Moi : Vous avez complètement sali le coin.

Zoé : On s'en fout. Il y a des employés pour ça.

Un deuxième champagne est pété et cette fois il est renversé dans des coupes
plutôt que sur moi.

Kayla : Trinquons à la mariée.

Nous cognons nos coupes et les portons à nos lèvres. Je bois à peine une gorgée
que Kayla m’arrache ma coupe et la vide.

Kayla : Tu es enceinte donc pas d'abus. Je boirai pour nous deux.


Moi : Alcoolique va.

Je sens un flash dans mes yeux. C’est à ce moment que je remarque le


photographe présent.

Vanessa : Bon, maintenant que nous sommes dans le bain, passons aux choses
sérieuses.

Chose dite, chose faite. Nous nous sommes lancées dans les activités. Nous
sommes passées par le massage, le soin du corps, lavage dans une piscine de
boue, épilation totale qui m'a fait hurler comme une folle. Maintenant, dans nos
peignoirs personnalisés, nous sommes détendues dans des fauteuils relaxant à
profiter des massages de pieds qui seront suivies de manucure et pédicure tandis
que nos visages sont couverts de gommage. Nous nous amusons superbement
bien. Le photographe nous suit pour immortaliser chaque moment. Le seul
moment où il n'a rien fait c’était pour l’épilation.

Je suis heureuse parce qu’au fond de moi je sens que j'ai fait le bon choix. En
plus mes copines sont à mes côtes. Vanessa a laissé ses bébés avec sa mère.
Kayla qui a fait pareille mais avec son père vu que Darnell sera aussi occupé
avec nous. C'est lui mon photographe principal. Zoé quant à elle vit avec
Laurence depuis l’incendie. Elle se déplaçait même dans un fauteuil roulant
après sa sortie d’hôpital. Ça fait deux semaines qu'elle a laissé pour cette fois
prendre une béquille. Elle peut marcher sans, mais pas très longtemps. Je suis
heureuse que malgré tout elle soit là pour partager ce jour si important.

Zoé : Alors Ash, tu as pensé aux positions que tu feras pour la lune de miel ?
J’en connais plein tu sais et je peux t’apprendre là maintenant.

Moi : Toi j’ai cru que tu avais changé.

Zoé : C’est moi j’ai changé, est-ce que c’est mon kpètou qui a changé ?
Vanessa : Si Laurence entend ça il va te foutre à la porte de chez lui.

Zoé : Lui-même il sait qu'il ne peut pas. Il aime ça. Toi d’ailleurs je sens que tu
as des toiles d’araignée à faire nettoyer en bas.

Vanessa : Ta baisegueule.

Moi (à Vanessa) : Alors, comment ça avance ave Khalil ?

Vanessa : Petit à petit. Nous ne sommes pas encore ensemble mais il me laisse le
séduire. Il vient dîner chaque soir et c'est moi qui fais la cuisine. Il me
complimente à chaque fois. Je crois donc que nous sommes sur la bonne voie.

Kayla : De mon côté par contre c'est le grand amour avec Darnell. Nous faisons
même l’amour presque tous les jours.

Vanessa : Tu es en train de pervertir ce jeune si timide.

Kayla : Il est timide mais au lit ahii c'est le feu.

Zoé : Vous en êtes où dans les recherches de sa mère et sa sœur ?

Kayla : Nous n'avons toujours aucune nouvelle de la femme du centre. J’irai la


voir après le mariage.

Moi : Mais tu n'as aucune idée de qui peut être la sœur ?

Kayla : Aucune. Il y a tant d'hommes riches dans ce pays.


Moi : Safi m’a dit que sa patronne était orpheline. Je crois même qu'elle a grandi
dans un orphelinat. Je lui demanderai plus de précision. Ça peut peut-être aider.

Kayla : Merci.

Zoé : Bon ça suffit. Pas de sujet triste. ON VA SE MARIEEERRRR !!!!

Nous nous mettons toutes à hurler en levant nos verres. C'est dans cette belle
ambiance que nous continuons notre journée.

J’ouvre les yeux lentement mais les referme aussitôt. J'ai une sacrée migraine.
Kayla se lève en rouspétant et part voir qui cogne à la porte. Je jette un coup
d'œil aux filles qui aussi se réveillent. Hier nous avons dormi tardivement à
force de papoter. Nous n'avons même pas vu l'heure passer.

Zoé : Oh la vache nous avons beaucoup dormi.

J'entends Kayla discuter avec un homme dans le salon. Elle revient alors que
nous sommes maintenant debout.

Kayla : C'est Darnell. Il est là avec son équipe. Nous avons déjà pris du retard.

Vanessa : Plus jamais je ne boirai d'alcool tardivement.

Zoé qui s'est reprise se met à danser.

Zoé : NOUS ALLONS NOUS MARIIIERRRR !!!

La fatigue laisse automatiquement place à la joie. Les filles se mettent à hurler et


moi je ne fais que sourire. Enfin je me marie à l'homme que j'aime. J'ai tellement
rêvé de ce jour. Être la femme de l’homme qu'on aime et qui nous aime, c'est
l'une des plus belles choses qui existent.

Après notre douche, les filles et moi nous installons dans le salon qui a été
transformé en salon de coiffure. La coiffeuse est déjà là et la maquilleuse aussi.
Une certaine Olivia qui selon Kayla est très douée. Chacune de nous se fait
coiffer. Darnell et son équipe prennent les photos et filment. Darnell et Kayla ne
cessent de se lancer des regards.

Zoé : Kayla reste concentrée. Arrête de vouloir séduire le photographe.

Kayla : Je t’emmerde.

Zoé (à Darnell) : Alors monsieur beaux yeux, qu’est-ce que ça vous fait de
photographier des femmes plus belles que la vôtre ? Principalement moi.

Nous rions devant le manège de Zoé. Elle est trop bête cette fille. Darnell
esquisse un sourire en coin sans se laisser distraire.

Zoé : J'aimerais bien que tu me fasses un enfant. J'ai toujours rêvé d’avoir un
enfant avec de beaux yeux.

Kayla lui donne une tape.

Zoé : Ahii. Quoii ?

Kayla : Je vais dire à Laurence que tu dragues un autre mec. Je lui dirai même
que c'est un blanc et que tu as récidivé.

Zoé : Mama, lui-même ne va pas te croire. Où je suis là j'ai trop peur des blancs.
Même quand je vois salamandre je fuu pati.
Toutes les personnes présentes dans la pièce éclatent de rire. Les filles et moi
sommes ravies que Zoé ait retrouvé sa joie de vivre. Elle déprimait trop et
l’incident n'avait rien arrangé.

Les filles finissent de se préparer avant moi. On met plus de temps sur moi pour
que je sois la plus belle. La maquilleuse n'a pas encore terminé que je suis déjà
satisfaite.

Nous sommes toutes enfin prêtes. J'adore ma robe. Elle est simple et droite. Je
n’ai pas voulu de robe bouffante pour faire un peu la différence. Je suis mince
alors j’ai opté pour une robe qui me prend la taille. Tout mon rôle dans
l’organisation a été de faire des choix. Je n'ai rien déboursé. Tout le monde m'en
a empêché. Tout a été fait par ma sœur, mes copines et Adé. J'ai été émue qu’ils
se démènent pour mon bonheur, surtout les filles qui n'étaient pas obligées de le
faire.

Pour ce jour, puisque mon père n'est définitivement pas venu, c'est Cèd qui me
conduira à Adé. Lui, c'est la femme de son oncle qui était venu pour les
négociations qui lui tiendra la main. Je descends de ma voiture qui a été
conduite par Vanessa et avec l'aide des filles je me rends devant la mairie. Cèd
me pose un baiser sur la joue avant de me prendre la main. Le cœur battant
j'avance vers l'autel. La salle est remplie de Nigérian. Ils poussent des cris dans
leur langue. Je suis tellement émue par cette ambiance que je pleure. Je regarde
Adé qui est tout beau dans son costume. Il ne fait que sourire en me regardant
avancer…

Maire : Par les pouvoirs qui me sont conférés, je vous déclare mari et femme.
Vous pouvez embrasser la mariée.

Adé ne perd pas de temps. Il balance mon voile et m’embrasse avec fougue. Des
cris s’élèvent dans la salle.

Adé : Tu es maintenant à moi.


Moi : Toi aussi.

Il m’embrasse encore avant de nous rasseoir pour procéder aux signatures.

La fête est superbe. Tout s'est déroulé à la perfection. Si je n'ai pas eu de soutien
de ma famille biologique, les Nigérians quant à eux ont fait honneur à leur fils et
frère. Ce sont eux qui se sont chargés de la restauration et je peux dire qu'ils ont
assurés. Les filles ont adoré les mets de leur pays qu'ils ont proposé. Il y avait
aussi de la nourriture Ivoirienne mais nous avons plus mangé la leur. Adé et moi
nous sommes changés après la bénédiction nuptiale. Nous sommes maintenant
en tenue traditionnelle Nigériane. C'est Adé qui s'est occupée de nos ténues,
même celles des filles. Elles sont super belles. Je suis tellement heureuse que je
ne sens même plus l’absence de mes parents. Au début j’étais triste mais quand
j'ai vu toutes ces personnes qui ne me connaissent même pas se démener pour
rendre ce jour inoubliable, je me dis que je n'ai pas le droit d’être triste.

Tout le monde est sur la piste de danse. Khalil danse avec Vanessa, Zoé avec
Laurence et Kayla avec Darnell. Elle l'a obligé à faire une petite pause pour lui
offrir une danse. Ce jour est le plus beau de toute ma vie. Je ne regrette pas
d’avoir fait ce choix. Je continuerai à aller voir mes parents pour leur prouver
que je les aime malgré tout et que je demeure leur fille.

Le moment fatidique est enfin arrivé. C'est mon lancé de bouquet. Il est
fatidique en ce sens qu'il sera spécial, surtout pour Zoé. En effet, pendant les
préparatifs du mariage, Laurence nous a contacté pour nous demander des
conseils pour faire sa demande en mariage. Il dit avoir plein d’idées au point de
ne pas savoir laquelle est la meilleure. C'est alors que j'ai eu une brillante idée.
J'avais regardé une vidéo sur Facebook où un homme avait sa demande pendant
le lancé de bouquet. La mariée était de mèche et plutôt que de lancer son
bouquet, elle l'a remis à sa meilleure amie et l’homme s'est aussitôt mis à genou.
C’était trop émouvant.

Toutes les filles de la salle se mettent derrière moi. Zoé se place même en
pointe. Je fais mine de lancer en comptant jusqu’à trois. À trois, je me retourne
et pose le bouquet dans les mains de Zoé. Elle se met à hurler de joie. Laurence
en profite pour s'agenouiller derrière elle et ouvre l’écrin qui contient la bague.
Quand elle se retourne elle manque de s’évanouir tant la surprise est grande.
Après avoir hurlé elle se met aussitôt à pleurer en se cachant. Elle finit par
tomber dans mes bras en pleurant à chaudes larmes. Les filles s’approchent.

Zoé : Après tout ce que j'ai fait. Après toutes mes erreurs. Je ne le mérite pas.

Moi (la serrant) : On mérite tous le bonheur en dépit de nos erreurs. Tu n'es plus
la même et ça il le sait.

Zoé : Je ne le mérite pas.

Kayla : Tu le mérites. Tu es une bonne personne.

Vanessa : Réponds-lui vite, il s’impatiente.

Elle se relève sans cesser de pleurer. Elle se retourne vers Laurence et sans
attendre qu'il lui pose la question, elle tombe dans ses bras. Il se relève pour
mieux la prendre. Toutes les femmes présentes sont en pleurs. Adé me serre par
la taille. Laurence glisse la bague au doigt de Zoé et ils échangent un baiser. Le
DJ met un slow. Je vois Kayla aller se blottir dans les bras de Darnell. Moi je
retourne à mon homme. Je suis heureuse d’avoir contribué au bonheur d'une de
mes meilleures amies.

Enfin nous entrons dans notre suite d’hôtel, là où nous passeront notre nuit de
noce. C'est aussi là que j'ai préparé une surprise à Adé. J'ai demandé aux filles
de décorer le lit en faisant un énorme cœur sur le lit avec des pétales de roses et
d’écrire dans le centre “Bientôt papa”. J'ai aussi demandé d’ajouter des
chaussons jaunes et une tétine. J'ai juste vu le résultat en photo et c’était
magnifique.

Adé, dès qu'il referme la porte me saute dessus.


Adé : J'avais hâte que la fête finisse. Tu étais trop à croquer dans tes tenues.

Moi : Toi aussi.

Nous nous embrassons en nous déshabillant mutuellement. Quand nous ouvrons


la porte de la chambre je mets fin au baiser.

Moi : J'ai une surprise pour toi.

Adé : Quoi ?

Moi : Regarde.

Il suit mon regard sur le lit. Il lit ce qui est écrit et il prend du temps à capter. Ses
yeux s'ouvrent grandement. Je souris. Il tourne vers moi et baisse les yeux sur
mon ventre. Il remonte sur mon visage. Une larme m’échappe face à l’émotion
sur son visage.

Moi : Surprise !!!

Il reste un long moment sans bouger. Je crois qu'il est submergé par les
émotions. Il y a juste une larme qui perle sur sa joue. Je me rapproche de lui et
l’embrasse. Il me serre fort contre lui.

Adé : Merci !

Il me soulève de terre et me fait allonger sur le lit. Il passe des minutes et des
minutes à embrasser mon ventre. J'ai enfin tout ce dont j'ai toujours rêvé. Un
mari qui m'aime et un enfant en route. Ça aurait été ainsi depuis longtemps si
seulement je n'avais pas fait de mauvais choix. Mais maintenant j’ai retenu la
leçon. Je ne laisserai plus jamais personne prendre des décisions à ma place. Je
serai responsable de ma vie et de mes choix. De toutes les façons, je serai
toujours la seule à assumer les conséquences.
Episode 20

KAYLA

Je termine de cuisiner le dîner pendant que les enfants prennent leur douche sous
l’assistance de leur nounou. Darnell sera là d'un moment à l’autre et
généralement quand il descend du travail il est épuisé et creusé dans le ventre.
Nous ne vivons pas encore ensemble mais il passe des fois les nuits chez moi
avec les enfants. Nous avons préféré que les enfants vivent avec moi parce que
c'est plus spacieux et ils ont chacun leur chambre. J’ai proposé à Darnell de
vivre aussi avec nous mais il a refusé disant qu’il ne pouvait vivre sous le toit
d’une femme encore moins quand cette maison a été achetée par un autre
homme. Je le comprends parfaitement, sauf que moi j'ai besoin de mon homme à
mes côtés. Je trouverai bien un moyen de lui faire changer d'avis.

Je sens des mains m'enlacer par la taille. Pas besoin de me retourner pour savoir
que c'est lui. Il enfouit sa tête dans mon cou et hume mon parfum.

Darnell : Tu sens super bon.

Moi : Toi par contre tu as beaucoup transpiré.

Darnell : Tu viens me donner ma douche ?

Je lui fais face et enroule mes bras autour de son cou.

Moi : Avec plaisir. Laisse-moi tout éteindre et je te rejoins.


Il m’embrasse suavement, de quoi me rendre encore plus gaga de lui. Je lui
mords la lèvre. Je le regarde s'en aller en souriant. Je suis tellement heureuse
avec lui que je regrette ces deux années gâchées aux côtés de Marc-Arthur.
D’ailleurs le concernant, après une longue et sincère discussion, il a fini par
accepter que notre histoire était terminée. Il m'a apporté ce matin les papiers du
divorce qu'il a signé. Nous sommes donc officiellement séparés. Je crois qu'il ira
vivre en France avec Océane et leur fille. Il a toujours aimé cette femme de toute
façon. Darnell de son côté a finalement pardonné sa grand-mère. Nous sommes
même allés sur sa tombe et aussi sur celle de son père. Mamie m’avait donné le
numéro d’un homme travaillant au cimetière qui pouvait m’y conduire. Darnell
s’est beaucoup libéré sur les deux tombes ce qui a contribué à sa guérison
émotionnelle.

Pendant que je monte les escaliers, je reçois un appel de la femme de


l’orphelinat. Depuis notre visite c'est maintenant qu'elle appelle. J’avais tenté de
la joindre mais sans succès. Je discute avec elle quelques brèves minutes avant
de raccrocher toute découragée Elle était notre seule espoir de retrouver la sœur
de Darnell et là elle m’annonce que ce ne sera pas possible. J'ai envie de
l'intenter en justice. Mais bon on verra ça plus tard.

Je rejoins Darnell qui est déjà sous la douche à profiter de l'eau. Je me frotte à
son dos en l’enlaçant.

Darnell : Je t'ai entendu discuter au téléphone.

Moi : Oui. C’était la femme de l’orphelinat. Apparemment l'homme ne souhaite


pas mêler sa femme à une autre histoire de parents retrouvés surtout dans son
état. Elle serait enceinte. Ils en auraient été plus d'une fois victime.

Darnell : Je comprends.

Je sens le découragement dans le soupir qu'il lâche. Je me colle encore plus à lui.
Moi : Rien n'est perdu, bébé. Je t'ai dit que je ferai tout pour la retrouver et je
tiendrai parole. Nous trouverons un autre moyen. La femme avait parlé d'un
footballeur qui aurait été son meilleur ami. Je trouverai le moyen de rentrer en
contact avec lui. On la retrouvera ne t’inquiète pas. On les retrouvera toutes les
deux.

Je pose de petits baisers dans son dos.

Moi : J'ai une bonne nouvelle. Marc-Arthur a enfin signé les papiers du divorce.
Je suis maintenant toute à toi. Rien qu’à toi.

Il se retourne avec une lueur dans les yeux. Il pose ses lèvres sur les miennes.
Nous nous aimons sous le jet d'eau. Il m'empoigne les fesses et contre la vitre
me fait l’amour jusqu’à épuisement.

Nous sommes à table avec les enfants. Ils ne cessent de raconter leur journée à
leur père. Darnell les écoute comme s'il s’agissait de quelque chose de la plus
haute importance. Je souris devant sa mine sérieuse. Il aime beaucoup ses
enfants.

Coralie : Papa, je veux nager avec toi dans la piscine.

Je regarde Darnell qui devient un nerveux. Ça fait la troisième fois cette semaine
qu'elle le lui demande. Il ne peut pas lui dire qu'il a une phobie de l'eau alors il
invente à chaque fois une excuse.

Darnell : Papa a mal à la jambe chérie.

Coralie pose sa cuillère et croise les bras en boudant. Teddy fait de même.

Darnell : On le fera une autre fois ma puce.


Coralie : Je ne veux pas. Maman, elle nage avec nous.

Il s’apprête à répondre quand je pose ma main sur la sienne pour le freiner.

Moi : Coralie, papa nagera avec toi un autre jour. Maintenant, arrête de bouder
sinon tu n'auras plus de glace.

Teddy : Et moi ?

Moi : Toi aussi.

Teddy se met à sourire en recommençant à manger. Coralie reprend sa cuillère


et termine son assiette. Darnell est maintenant triste. Je lui caresse la main. Il me
sourit faiblement.

Après le diner, je vais coucher les enfants. Darnell est au salon à travailler sur
les photos du mariage d’Ashley. Une idée germe dans mon esprit. Je descends
avec des serviettes que je pars disposer près de la piscine. Je reviens vers lui
lorsque son portable se met à sonner. Je vois le numéro et je sais déjà qui s’est.
Je range les jouets des enfants en l’écoutant communiquer. Il parle un bon
moment avant de raccrocher. Je souris.

Darnell : Tu ne devineras jamais.

Moi : Quoi ?

Darnell : On vient de me proposer deux gros contrats pour couvrir des


évènements. Et je dois aussi me préparer pour les mois à venir parce que je dois
encore couvrir le mariage d’une certaine Carine YOUL.
Je continue le rangement sans le regarder.

Moi : Ah bon ? Mais c’est super. Tu es doué, c’est donc normal qu’ils t’aient
choisi.

Darnell : Celle qui m’a contacté, je crois bien que c’est la sœur d’Ashley.

Je fais mine de ne pas avoir entendu. Oui j’y suis pour quelque chose. N’est-ce
pas que la femme doit aider son homme à devenir grand ?

Darnell : Tu y es pour quelque chose ?

Moi : Non.

Darnell : Kayla !

Je lui fais face.

Moi : Ok, bon disons que j’y suis un tout petit peu pour quelque chose. Ils
avaient besoin de photographe et je leur ai parlé de mon homme. Rien de plus.

Darnell (me fixant) : Tu n’as non plus pas proposé ces énormes cachets qu’ils
sont prêts à me verser ?

Je regarde ailleurs.

Moi : Peut-être que oui. Je ne m’en souviens plus.

Je le regarde en souriant. Il sourit de même et vient me prendre dans ses bras.


Darnell : Je t’aime. Merci !

Moi : Tu as maintenant une dette envers moi.

Darnell : Et que veux-tu que je fasse ?

Moi : Viens, suis-moi.

Il me laisse le tirer jusque près de la piscine.

Darnell : Qu’est-ce que qu’on fait là ?

Je lui caresse la joue.

Moi : Je vois la tristesse sur ton visage à chaque fois que les enfants te
demandent un moment de piscine. Je sais que tu en as envie mais que tu n’oses à
cause de ta phobie. Ce soir, je veux t’aider à la vaincre.

Darnell : Non, pas ça.

Il veut se défiler mais je le retiens fermement.

Moi : Bébé, tu dois pourtant surpasser cette peur. Tu ne fais plus de cauchemar
depuis que tu as connu toute l’histoire. Il te faut maintenant vaincre ce mal
entièrement. Tu ne peux pas vivre ainsi.

Darnell : Bébé…
Moi : Fais-moi confiance. On le fera ensemble. Je t’aiderai.

Darnell : Je…

Je l’interromps par un baiser.

Moi : Laisse-toi faire. Je suis là.

Je retire ma robe et l’aide à se déshabiller. Je descends en premier dans la


piscine. L’eau est glacée mais ça va. Je suis dans la partie non profonde. L’eau
m’arrive sur le ventre.

Moi : Approche.

Il hésite.

Moi : Darnell !

Darnell : C’est une mauvaise idée.

Moi : Pense aux enfants qui rêvent de nager avec leur père. Viens s’il te plaît.

Il fait de petits pas. Quand il arrive en bordure, il ferme les yeux.

Moi : Assieds-toi d’abord et mets tes pieds dans l’eau.

Il reste encore debout de longues minutes avant d’obéir encore lentement.


Quand son premier pied touche l’eau, il frissonne. Je continue de l’encourager
jusqu’à ce qu’il mette le deuxième pied. Il est maintenant assis. Je le sens
paniqué mais il se maitrise.

Moi : Maintenant descends lentement. Je vais t’attraper.

Je pose mes mains sur ses hanches et tout doucement je l’aide à descendre dans
l’eau. Quand tout son corps y est, il panique. Il manque même de rentrer sous
l’eau. Je suis obligée de le serrer fortement.

Moi : Je suis là. Il ne t’arrivera rien. Tu ne te noieras pas, rien ne t’arriveras.

Il continue à se débattre bien que l’eau lui arrive sur le ventre. Je l’incite à
attraper les bordures. Il le fait et c’est à cet instant qu’il se calme. Ça respiration
se fait bruyante. Je m’accroche sur son dos.

Moi : Tu y es arrivé. Tu n’as plus à avoir peur.

Darnell : Je revois les images.

Moi : Tout n’est que dans ta tête. Fais juste le vide.

Nous restons ainsi jusqu’à ce qu’il soit plus calme. Je l’incite à me refaire face.
Quand c’est fait, je l’embrasse pour le rassurer. Je m’éloigne après de lui
jusqu’au centre de la piscine. Je lui demande de me rejoindre. Il souffle et un pas
après l’autre avance. Je souris. Quand il est proche de moi, je me déplace
encore. Il avance. Je fais ce manège jusqu’à ce qu’il soit plus détendu. Je vais un
peu plus en profondeur. Il me rejoint. Il ne remarque même pas que l’eau lui
arrive maintenant à la poitrine.

Moi : Tu vois, tu as réussi.


Il ferme les yeux. Sous l’eau, il passe son bras autour de ma taille et m’attire à
lui. Je m’accroche automatiquement à son cou et nous nous perdons dans un
baiser. Nous retournons en bordure en continuant à nous embrasser. Je sens son
érection contre moi. Je retire mon dessous que je balance hors de la piscine.
J’enroule mes jambes autour de lui. Il ne perd pas de temps à me posséder sous
l’eau. Mon corps est pris de spasme quand il me fait un suçon dans le cou.

Darnell : Je t’aime tellement, Kayla. Tellement.

Moi : Encore bébé. Encore.

C’est tout ce que j’arrive à lui répondre jusqu’au prochain orgasme.

*Mona
*LYS

La lumière du jour m’oblige à ouvrir les yeux. Je me souviens que je ne suis pas
dans mon lit, mais dans celui de Darnell. Hier c’est moi qui suis passée chez lui.
Les contrats qu’il a eus lui demandaient beaucoup de concentration et de temps
pour produire de très bons résultats. Il a donc fait une semaine sans venir à la
maison parce qu’avec les enfants ça lui aurait été difficile de se concentrer.
C’était donc par appel, message ou appel vidéo que nous communiquions. Mais
hier j’avais trop envie de lui et j’ai rappliqué à l’improviste. Ça ne l’a pas
dérangé. Il m’a même bercé après avoir fait l’amour et il est retourné travailler.
C’est de ça dont j’avais besoin. D’un homme qui sait prendre soin de moi
malgré toutes ses charges professionnelles.

Je suis attirée par la bonne odeur qui vient de l’extérieur. Il doit avoir fait le petit
déjeuner. Je fronce les sourcils. Darnell n’a jamais fait la cuisine. Ce n’est pas
trop son truc. Je sors du lit lorsque je vois deux photos posées sur le lit. Je les
prends et un large sourire étire mes lèvres. Ce sont des photos qui remontent à
deux ans. Ce sont les photos de cette nuit-là où tout a commencé entre nous.
Cette nuit où pour la première fois nous avions fait l’amour. Il m’avait prise en
photo sans que je ne le sache pendant que je travaillais. J’avais ôté ma perruque
et mon chemisier. Il y a aussi la photo où je dormais après que nous ayons fait
l’amour. Je vois une autre photo posée au sol, puis une autre. Cette fois ce sont
les photos de la soirée de retraite de mon père. Je vois d’autres photos devant la
chambre. Il a disposé des photos jusque dans le salon. Je les prends chacune en
avançant. Elles ont été disposées chronologiquement. Elle raconte au fait une
histoire. De là où tout a commencé jusqu’à notre rupture. Je ris aux éclats devant
certaines photos. Je n’arrive pas à croire que tout ce temps il les avait encore.
Les photos se terminent sur la table à manger où est dressé un copieux petit
déjeuner. Croissant, omelettes, pain, avocat, œufs bouillis, croque-monsieur, lait
etc… Il apparait avec une carafe qu’il pose sur la table. Il soulève une rose et me
la donne. Je souris à en devenir maboule.

Darnell : Enfin tu es réveillée.

Il vient m’embrasser et me demande de m’asseoir. Il fait pareille.

Moi : Je n’arrive pas à croire que tu aies toutes ces photos.

Darnell : Je n’ai jamais eu le courage de les détruire. Regarde là, il y a un autre


lot.

Il me montre un petit lot de photo, mais cette fois elles sont récentes. Ce sont des
photos de moi et des enfants, il apparait dans quelques-unes. Il n’est pas trop
photo. Il préfère photographier les autres. Il y a aussi une photo de nous tous
dans la piscine. Depuis deux semaines en arrière où il a vaincu sa phobie,
Darnell passe presque tous les après-midi à nager avec ses enfants. Nous
sommes même allés une fois à la plage et là encore il est entré dans l’eau. Je suis
heureuse de l’avoir aidé à passer cette étape douloureuse de sa vie. Je pose
l’avant dernière photo et quand j’arrive sur la dernière je ne comprends pas.
C’est une photo d’une demande en mariage. C’est pièce magnifiquement
décorée avec des bougies, des pétales de roses, et un écriteau “Veux-tu
m’épouser’’. Je ne lis pas le reste de la phrase.

Moi : Je crois que tu t’es trompé. Celle-là doit être pour un de tes clients.
Darnell : Ce n’est pas une erreur. Lis bien.

Je lis ce qu’il y a d’écrit et c’est là que je vois “Veux-tu m’épouser Kayla ?’’.
J’ouvre la bouche et grand les yeux en essayant d’agencer mes pensées. Je sens
Darnell se lever mais je ne le regarde pas. Kayla ? C’est moi Kayla n’est-ce
pas ? Quand je lève enfin les yeux, je tombe des nues. Cette fois c’est clair.
Darnell est à genou devant moi.

Moi : OH MON DIEU !!! OH MON DIEU !!! Bébé ?

Darnell : Veux-tu m’épouser ?

Je regarde la bague dans l’écrin et j’ai toujours du mal à le croire. Il me fait une
demande en mariage ? Je suis tellement dépassée et émue que je commence à
rire aux éclats.

Moi : Non mais tu es un salaud. Me faire une telle surprise en si bon matin ? Tu
es complètement fou.

Il éclate de rire. Je me baisse pour l’embrasser avant de lui répondre oui. Quand
il me glisse la bague au doigt je me mets à sautiller en hurlant.

Darnell (riant) : Bébé, il y a des gens qui dorment.

Moi : Je m’en fiche. JE VAIS ME MARIEERR !!!

Je saute sur lui et l’encercle de mes jambes. Je pose des baisers partout sur son
visage. Il s’assoit avec moi sur ses jambes. Je contemple ma bague.
Moi : Elle est belle.

Darnell : Tu aimes ?

Moi : Oui bébé. Ça n’a pas d’importance que ce soit une copie ou une vraie.
L’essentiel c’est que ça vienne de toi.

Darnell : Qui t’a dit que c’était une copie ?

Moi : La vraie coûte un peu cher.

Darnell : Et ? Je te rappelle que tu m’as dégoté de très gros contrats.

J’ouvre la bouche.

Moi : C’est un diamant ? A combien l’as-tu acheté ?

Darnell : Ce n’est pas ton problème.

Il veut se lever mais je le maintiens.

Moi : Darnell !

Darnell : Bébé tu pèses. Vas prendre ton petit déjeuner.

Moi : Après une telle demande en mariage je n’ai plus faim.

Darnell : J’ai donc fait tout ça pour rien ?


Moi (me levant) : Oui.

Il me donne une tape sur les fesses quand je me relève sur lui. Je me rends dans
la chambre où je fais tout de suite un appel vidéo aux filles. Ash met du temps à
répondre. Et quand elle le fait, elle est toute en sueur.

« Zoé : Beurk, Ash tu étais en train de copuler ? »

« Ash : Ta baisegueule Zoé. »

Je leur montre ma bague et elles se mettent toutes à hurler. Je me lance dans une
longue explication. J’en suis même de nouveau émue. Les filles se réjouissent
pour moi. Elles commencent déjà par parler de l’organisation du mariage. Je
passe encore des minutes avec elles quand j’entends des voix provenir du salon.
Ça ressemble à une dispute. Je dis au revoir aux filles et retourne. Je tombe sur,
comment elle s’appelle déjà ? Amélie, la mère de Coralie. Elle est là avec sa
valise. Quand elle me voit elle redouble dans son tapage.

Amélie : Voici la pétasse, voleuse de mari. Je suis venue m’installer chez mon
homme donc tu dégages.

Darnell : Amélie ça suffit. Sors de chez moi.

Amélie : Pour aller où ? A cause de toi aucun homme ne veut de moi. Ils
viennent coucher avec moi et puis ils me laissent. Ils disent qu’ils ne veulent pas
d’une fille qui a déjà un enfant donc comme c’est toi le père de mon enfant je
suis revenue pour que tu me prennes.

Moi : Désolée mais il n’y a plus de place vacante dans la vie de Darnell. Et si
aucun homme ne veut de toi c’est surement à cause de ton sale comportement.
Amélie : Toi tu dis quoi même avec ton chôcôbi là ? Ce n’est pas parce que tu as
un enfant avec lui que ça fait de toi sa femme. J’ai eu un enfant avant toi donc
c’est moi qu’il doit épouser.

Je retourne dans la chambre et récupère le nouvel extrait de Coralie. Je reviens


et la lui jette à la figure.

Moi : Sur cet extrait il est marqué que la mère de Coralie c’est moi.

Elle ramasse et lit. Son visage se déforme.

Amélie : En plus de voler mon mari, tu voles mon enfant.

Moi : Je n’ai rien fait. Tu as toi-même renoncé à ce statut et comme il était


vacant je l’ai pris. Tu n’as donc plus aucun droit sur Coralie.

Amélie : Je vais vous trainer en justice.

Moi : Je n’attends que ça. Maintenant dégages, Darnell et moi devons fêter nos
fiançailles.

Je lui fais voir la bague. Elle se liquéfie.

Amélie : Darnell tu n’as pas osé ? Après tout ce que j’ai fait pour toi ? Je t’ai
supporté dans la galère et maintenant que ça va tu me laisse pour cette fausse
métisse.

Elle se lance dans une complainte sans fin. Je jette sa valise dehors, reviens à
elle, lui arrache l’extrait et la fout dehors.
Moi : Je ne veux plus jamais te voir autour de mon homme.

Je claque la porte et me tourne vers Darnell. Je lui pointe mon doigt.

Moi : Toi, comprends bien une chose, tu es à moi et à personne d’autre. Et puis
tu viens maintenant même vivre avec ta famille. Ce n’est pas à discuter.

Je ramasse l’extrait devant son air moqueur, retourne dans la chambre et claque
la porte. Après tout ce par quoi je suis passée elle pense que je vais lui laisser
Darnell aussi facilement ? N’importe quoi !

*Mona
*LYS

Ma mère a organisé un grand diner en famille. Elle a avancé que c’était pour
qu’on se retrouve en famille parce que ça faisait longtemps et qu’il fallait que
nous resserrions les liens. Mais moi je sais que c’est pour encore exhiber ses
nouveaux biens aux yeux de ses sœurs. En effet, un de ses anciens amants qui
est un homme marié, lui a acheté une nouvelle maison. Je me demande comment
une femme comme elle peut se rabaisser à cette vie. Le mois passé, elle a
manqué de se faire humilier sur la place public. La fiancée de son récent ex
amant qui était de 20 ans plus jeune qu’elle a menacé de publier ses nudes sur
les réseaux sociaux si elle ne foutait pas la paix à son homme. C’est le nouvel
hobbit de ma mère, sortir avec des hommes beaucoup plus jeune qu’elle. La
plupart n’ont même pas encore mon âge. Tous des gamins. Et c’est encore elle
qui prend soin d’eux. Elle est devenue une cougars. C’est à cette vie qu’elle
voulait aussi me conduire. Heureusement que j’ai vite emprunté un autre
chemin.

Darnell et moi retrouvons tout le monde déjà présent. Au début je ne voulais pas
y assister, mais finalement j’ai accepté parce que je trouve que c’est le moment
idéal pour annoncer à tous mes fiançailles. Lorsque Béca me voit avec Darnell,
elle vient nous embrasser chaleureusement.
Béca : Ta mère va te tuer ce soir.

Moi (riant) : Je sais.

Ma mère nous invite autour d’une grande table sans prêter attention à Darnell.
Le service traiteur que je n’avais pas remarqué commence à nous servir. Nous
nous lançons des regards parce que nous savons que tout ça c’est juste pour
impressionner. Mes cousines sont là avec leurs époux pour certaines et leurs
fiancés pour les autres. Mes quatre tantes aussi sont présentes sans leurs époux.
C’est une soirée rien qu’entre les sœurs et leurs enfants. Darnell ne participe pas
aux conversations, moi encore moins. Je me penche vers Darnell.

Moi : Ça va ?

Darnell : Je ne savais pas qu’il y avait autant de belle femme dans ta famille.

Je lui donne une tape dans son côté. Il rit. Béca me regarde et sourit. Je reçois un
message de ma mère.

« Maman : C’est qui lui ? Où est Marc-Arthur ? »

Je la regarde, elle me fait de gros yeux. Je lève ma coupe et à l’aide d’une petite
cuillère, la frappe pour imposer le silence. Je me lève devant tous.

Moi : Désolée de vous interrompre. Je suis heureuse que nous soyons tous en
famille ce soir. Ça m’avait manqué ce genre de partage. Alors je profite du fait
que vous soyez tous là pour vous faire des annonces. La première, c’est que
Marc-Arthur et moi avons divorcé.

Ma mère recrache sa boisson.


Maman : Quoi ?

Moi : Il me trompait, me cachait qu’il était un dealer et le pire, il était stérile. La


deuxième annonce donc, c’est que j’ai découvert que Teddy n’était pas le fils de
Marc-Arthur comme je le croyais.

Personne à part Béca et Max ne cache sa surprise.

Moi : Je vous présente ce soir Darnell, le père de Teddy. J’avais eu une aventure
avec lui dans le passé mais je ne savais pas que ça avait donné un fruit. Donc
comme je le disais, j’ai divorcé d’avec Marc-Artur, MAIS, je vais bientôt me
marier avec Darnell.

Je montre ma bague. Tout le monde se réjouit pour moi. Ils trinquent tous avec
moi et saluent Darnell qui est toujours silencieux. Je vois ma mère ouvrir sa
bouche. Elle veut parler.

Moi : Et avant que tu ne le demandes, maman, il n’est pas un homme de la


haute. Il n’a pas d’entreprise à neuf chiffres d’affaire. Il n’a pas un père pétrolier
ni une mère ambassadrice. Il n’a pas de compte en banque bourré d’argent. Il est
juste un photographe. Il était mon employé il y a deux ans et aujourd’hui il
travaille à son propre compte. C’est lui qui a couvert le mariage d’Alice.

Alice : Je vois maintenant d’où le visage m’est familier.

Moi : Alors à vous tous, je n’ai pas honte de ne pas épouser un homme riche
comme vous. Mais je sais que tout comme vous, je vis l’amour vrai. C’est tout
ce qui m’importe.

Maman Alice : Ma fille, nous on n’a jamais eues de problème avec la classe
sociale oh. Tant que vous êtes heureuses nous vos mamans le sommes aussi.
Moi-même mon mari s’est un planteur de café cacao. C’est au village on a quitté
pour venir vivre à Abidjan. C’est Dieu qui bénit.

Béca : En plus ça tombe bien qu’il y ait un photographe dans la famille. On aura
plus à se casser la tête lors de nos soirées.

Béca me fait un clin d’œil. Ma mère la dévisage.

Maman Béca : Mon fils, soit le bienvenu dans la famille.

Darnell : Merci maman.

C’est le sourire aux lèvres que je me rassois. Ma mère sort de la pièce toute
furieuse. Personne ne la calcule. Nous terminons la soirée sans nous préoccupée
d’elle. Tout le monde taquine Darnell et les maris de mes cousines demandent à
Darnell son contact en cas de sollicitation.

La soirée prend fin. Ma mère qui nous avait rejoint une heure de temps après
mon discours, nous remercie d’être passés avec un faux sourire plaquer sur son
visage. Je sais qu’elle veut me parler mais je sors sans lui en laisser l’occasion.
Tout le monde monte dans sa voiture et elles se suivent toutes. On aurait dit un
festival de voiture de marque. Plutôt que je prendre la mienne, je propose à
Darnell de marcher.

Darnell : Tu n’as pas mal aux pieds avec tes talons ?

Moi : Tu es là pour me servir d’appui.

Je demanderai au chauffeur de mon père de venir chercher ma voiture demain.


J’ai juste envie de prendre l’air avec mon homme à mes côtés. Nous marchons
donc lentement en enchainant les sujets de conversation. Certaines sont sans
têtes ni queues mais nous rendent encore plus complices. Arrivé à un carrefour,
Darnell nous achète de la banane braisé avec des arachides chez une femme
assise en bordure de la route sur un tabouret.

Darnell : Si tu manges ça, je t’assure que tu ne voudras plus manger de pizza.

La vendeuse et moi pouffons de rire. Elle nous ajoute une banane de plus
comme cadeau en soutenant que nous formons un beau couple. Nous mangeons
nos bananes en continuant la marche. Le véritable amour se retrouve dans les
petites choses. Pas besoin de million, pas besoin d’or, pas besoin de diamant,
juste être dans les bras de sa moitié. Si seulement j’avais fait ce choix il y a deux
ans, je me serais évitée tous ces chagrins par lesquels je suis passée. Nous nous
infligeons parfois des souffrances que nous pourrions nous éviter si seulement
nous prenions de bonnes décisions quand il le faut. Mais maintenant j’ai compris
la leçon. L’amour passera toujours avant le matériel. Comme mon père m’a dit il
y a deux ans, le matériel ça passe, les critères ça passe, mais l’amour, le vrai,
quelles que soit les épreuves, demeure.
Episode 21

VANESSA

Dès que je rentre chez moi, je jette mon sac de voyage et je cours rejoindre les
bébés qui jouent sur leur tapis de jeu. Je m'assois près d'eux et les prends dans
mes bras.

Moi : Comme vous m'avez manqué mes amours.

Je les embrasse de façon désordonnée. Ils m'ont trop manqué. Juste deux
semaines de voyage et j'ai eu l’impression de mourir loin d'eux. Je ne peux plus
me passer d'eux. Une heure loin d'eux parait comme une éternité. Je ne savais
pas que je pouvais être autant gaga de mes bébés. Ils grandissent tellement bien
et vite que j'ai peur qu'ils quittent déjà la maison pour fonder leurs familles. Je
veux les garder avec moi éternellement. Ils n'ont même pas encore 1 an qu'ils
sont super hyperactifs. Ils passent leur temps à faire des babillages qui donnent
l’impression qu'ils parlent même bien. Ils hurlent toute la journée et ce sont de
gros bouffeurs. Un seul bibi ne les suffisait plus. Chacun prenait deux biberons à
chaque repas en plus des céréales et autres purées. Je les ai alors vite sevrés.
Maintenant ils avalent de grandes assiettes. Mais je suis bien heureuse qu'ils
soient en pleine forme.

Je finis, malgré moi par les laisser et je monte dans ma chambre me


débarbouiller avant de rejoindre les filles chez Ashley qui a accouché d'un
garçon il y a un mois prématurément mais le bébé se porte à merveille. Je
reviens de la France où j’étais allé faire signer les papiers de divorce à Lucas,
l'ex-mari de Zoé. Ayant le droit d’exercer sur le territoire français, je m'y suis
rendue avec la demande de divorce. Lucas voulait se la jouer avec moi mais je
l'ai vite fait redescendre sur terre. Je lui ai fait comprendre que soit il signait ces
foutus papiers soit on portait plainte contre lui pour proxénétisme et
séquestration. De toutes les façons il n'avait vraiment plus aucune raison de
rester marié à Zoé, puisqu’il s’était dégoté une jeune Africaine qui a les mêmes
traits que Zoé. Il a fait son tapage mais a fini par signer. Il m’a même remis tous
ses papiers qu’il avait bloqués. Zoé est donc maintenant libre et peut se marier
avec Laurence. La dot a déjà été faite. Ils n’attendaient que le divorce soit
officiel pour se marier même si les préparatifs sont déjà entamés. Ils ont arrêté la
date pour ce mois-ci donc c’était à moi de me démener entant qu'Avocate pour
rendre Zoé libre.

J’arrive chez Ashley où les filles sont déjà. Zoé n'a pas arrêté de me bombarder
de message sur WhatsApp. J’ai fait mine de ne pas les voir parce que je veux lui
annoncer la bonne nouvelle en face. Je retrouve donc mes copines en pleine
discussion. Ashley donne la tété, Zoé ne cesse de regarder son portable attendant
sûrement un signe de ma part et Kayla caresse son ventre de femme enceinte.
Bon il est encore petit quoi que visible mais elle porte tellement des vêtements
près du corps qu'on ne peut le rater.

Moi : Bonjour la compagnie.

Zoé est surprise de me voir. C'est la seule qui ne savait pas que je rentrais
aujourd’hui.

Zoé : Tu es là ? Alors ? Dis-moi qu’il a signé.

Je la regarde sans répondre. Je ne laisse rien paraitre sur mon visage.

Zoé : Vanessa parle sinon je t'étrangle.

Je jette le document devant elle. Je lui fais un sourire.

Moi : On a gagnééé !!!

Elles se mettent toutes à jubiler. Zoé après avoir regardé se met à danser. Elle se
jette ensuite dans mes bras.
Zoé : Merci, merci, merci.

Moi : Nous allons fêter ça.

Je sors de mon sac à main une bouteille de vin. Kayla part dans la cuisine nous
ramener des verres.

Moi (servant) : Désolée la nourrice, pas de ça pour toi. Je t'ai quand même
apporté des cadeaux. Je lui tends les paquets avec lesquels je suis venue depuis
la France. Il y a des accessoires pour le bébé et des vêtements pour elle. Zoé,
Kayla et moi trinquons. Kayla boit juste une petite gorgée et pose son verre. Zoé
le récupère. La mère d'Ashley apparait dans les escaliers et vient récupérer le
bébé qui est endormi. Je suis surprise de la voir

Moi (chuchotant) : Ta mère est là ?

Ash : Elle vit ici le temps de ma guérison.

Je suis surprise.

Moi : Comment ça va entre elle et Adé ?

Ash : Bah coussi coussa. Il fait en tout cas de son mieux pour la mettre à l'aise
sans s'attarder sur ses humeurs.

Zoé : Pardon si la maison prend feu appelle-nous on va venir prendre le bébé


avant que vous ne vous tuez.
Kayla (à Zoé) : En tout cas en matière de sauver les gens des flammes on sait
que tu es une experte.

Zoé : Va là-bas. Mtchrrr.

J’appelle Khalil quand je reprends le chemin retour après deux heures passées
avec les filles. Lui aussi m'a énormément manqué.

Moi : Coucou toi.

« Khalil : Coucou. Tu es rentrée ? »

Moi : Oui. Je voulais passer chez toi avec les enfants. Ça fait longtemps que
nous n'avons pas passé de temps ensemble.

« Khalil : Ça ne me dérange pas mais je suis encore au boulot. »

Moi : Pas grave. On t’attendra. A toute.

« Khalil : Ok. »

Avec Khalil les choses ne sont pas encore totalement arrangées. Il n'est toujours
pas prêt à me redonner une chance. Pourtant nous nous comportons presque
comme un vrai couple. Nous ne couchons pas ensemble, ni ne nous embrassons,
mais nous sommes attentionnés l'un envers l'autre. Il est arrivé des fois où il m'a
embrassé dans le cou en me complimentant. Il passe souvent la nuit chez moi.
Nous avons même déjà dormi avec les garçons dans mon lit et le matin nous
nous sommes réveillés dans les bras l'un de l’autre. Tout est pourtant disposé
pour que nous ayons une très bonne relation. Je commence par me décourager.
J’ai une fois été à deux doigts de lui cracher au visage de me libérer s'il n'avait
pas l’intention de me redonner une chance. Tant d’hommes me font la cour mais
pour lui je refuse. J’espère qu'il se décidera vite sinon je risque de tourner la
page.

Je termine de dresser la table à temps. J’entends sa voiture se garer dans le


garage. Les enfants qui je ne sais par quel miracle reconnaissent le bruit du
moteur de la voiture de leur père se mettent à sautiller sur leurs fesses. Ils font
même quelques petits pas avant de retomber. Je passe mes mains sur mon visage
et dans les cheveux pour être sûre d’être présentable. Je le vois de loin
embrasser ses fils. Khalil ne passe jamais une journée sans les voir. Même
quand il est au bord de la fatigue il vient quand même les voir et finit par dormir
chez moi. Il vient vers moi et pose un baiser sur mon front.

Khalil : Ça va toi ?

Moi : Oui. Le diner est prêt.

Khalil : Je monte prendre une douche et je reviens.

Moi : D’accord.

Je me retourne vers la table pour vérifier que tout est ok. Je sens toujours des
yeux sur moi. Je me retourne et je vois Khalil qui glisse son regard sur moi.

Moi : Quoi ?

Khalil : J’aime bien ta robe.

Moi : Oh merci. Elle m’a été offerte par un homme qui a sacrément du goût.

Il sourit et s’éclipse. C’est lui qui m’a offert la robe pour aucune occasion
particulière. Il a dit qu’il a pensé à moi quand il l’a vu. La servante de Khalil se
charge de nourrir les garçons. Khalil descend tout propre et tout beau et nous
nous mettons à table. J’aime cuisiner pour Khalil. Après mon rétablissement de
l’accouchement, j’ai commencé mon opération séduction. Je fais de temps en
temps la cuisine pour Khalil, je lui accorde du temps pour des diners. Au fait,
même en dehors de lui j’ai fait des réaménagements dans ma vie. Je continue de
travailler mais je consacre toujours beaucoup de temps à mes enfants. Des fois,
c’est lorsqu’ils dorment que je me permets de travailler, quand je ne discute pas
avec Khalil par message. Les week-ends, principalement les dimanches, c’est
journée famille. Pas de travail, j’interdis même à Chantal de m’appeler pour le
boulot. Si elle veut me dire quelque chose elle me laisse des mails que j’ouvre
uniquement quand je me mets au lit.

Parlant du boulot, j’ai démissionné du cabinet du père de Joyce pour ouvrir le


mien. Ça fait cinq mois que je l’ai ouvert et comme j’avais déjà de la renommée
les clients n’ont pas mis du temps à rappliquer. Mon ancien patron, refusant de
me laisser partir m’a fait signer un contrat freelance pour que je continue de
travailler pour lui si besoin est. En démissionnant j’ai renoncé à mes parts dans
le cabinet. Mais je préfère travailler à mon propre compte pour avoir plus de
temps à consacrer à ma famille.

Khalil : Alors ce voyage ?

Moi : Il s’est très bien passé. Lucas a signé les papiers donc Zoé peut maintenant
se remarier sans souci. J’avais déjà bouclé l’affaire en une semaine.

Khalil : Et qu’as-tu fait la deuxième semaine ?

Moi : Bah j’ai fait des balades, des rencontres, des soirées avec des
connaissances. Bref, je me suis un peu amusée.

Khalil : Avec des connaissances hein. Je suppose qu’il y avait Henry.

Moi : Oui. Comment tu l’as su ?


Khalil : Un ami qui vous a vu ensemble me l’a dit.

Moi : Tu as mis des espions derrière moi ou quoi ?

Khalil : Peut-être que oui. Faudrait pas que la mère de mes enfants fréquente
n’importe qui.

Moi (souriant) : C’est ça.

Il sourit en apportant son verre à ses lèvres. Il lui arrive d’être jaloux quand un
homme se rapproche trop de moi. C’est ce qui me donne de l’espoir qu’il
m’aime encore.

Mon portable près de moi me signale un message de Zeinab.

« Zeinab : Je suis enceiiiinnte. Ne le dis pas à Khalil. Je suis tellement heureuse


que je n’arrivais pas à le garder pour moi. Il fallait que je le dise à quelqu’un
avant de faire la surprise à Antoine. »

Je souris. Je la félicite et relève la tête. Je tombe sur un regard suspicieux de


Khalil.

Moi : C’est ta sœur.

Il n’a pas l’air de me croire. Je lui montre le nom sans afficher le message. Il
replonge sa tête dans son plat. Avec Zeinab, nous sommes devenues des super
copines. Quand elle a su qui j’étais, elle a été ravie. Depuis, elle ne me lâche
plus. Elle est une belle personne comme son frère et sa mère. J’ai eu à constater
moi-même qu’elle avait opéré des changements dans sa vie tout comme moi.
Elle continue de travailler, de voyager pour le travail, mais elle accorde aussi du
temps à son mari et leur fils. J’ai rencontré un Antoine très heureux. Tout va
pour le mieux dans la famille.

Après le diner, nous avons passé le reste de la soirée devant un reportage sur les
hommes d’affaires Africains. Je me suis mise au lit un peu tôt parce que j’étais
épuisée. Là maintenant je sors du lit. Je dors dans une autre chambre quand je
viens ici. Les enfants ont leur chambre à eux. Je suis réveillée par la soif. Je me
rends dans la cuisine me remplir une carafe d’eau et en retournant à ma chambre
je vois de la lumière provenant du bureau de Khalil. Je m’y rends avec la carafe
et le verre en main. Je le vois par le petit espace de la porte en train de se masser
les tempes. Je pousse la porte et entre. Il me regarde avancer jusqu’à ce que je
pose ce que j’ai en main sur la table. Son regard s’attarde sur mes jambes nues.
Je ne porte qu’une petite nuisette transparente. J’ai oublié de mettre par-dessus
le peignoir. Je ne pensais même pas voir Khalil.

Moi : Je croyais que la personne qui abusait du travail c’était moi.

Khalil : Ce dossier me donne des céphalées. Ça fait un mois que je suis dessus.

Moi : Laisse-moi y jeter un coup d’œil.

Il me laisse jeter un coup d’œil à son ordinateur. Je suis tellement penchée en


avant que mes seins sont à eux doigts de sortir de la nuisette. Je peux sentir le
regard de Khalil sur ma poitrine même s’il regarde l’écran. Après avoir jeté un
coup d’œil au dossier, je lui donne mon avis. Il m’écoute attentivement. Il trouve
une solution dans mon analyse.

Khalil : Merci ! Tu viens de m’éviter d’autres nuits blanches.

Moi : De rien. Tu devrais maintenant te mettre au lit. Ne m’incite pas à aussi


prendre mon ordinateur pour travailler.

Il sourit. Il ferme tous les onglets et éteint l’ordinateur.


Khalil : Ça ne se fait pas de dormir dans une telle tenue quand on est chez les
gens.

Moi : Qu’est-ce qu’elle a ma tenue ?

Il sourit et se lève sans répondre. Je me retourne et nous nous retrouvons face à


face. Le regard qu’il pose sur moi est grisant.

Khalil : Ce genre de tenue peut pousser un homme à sortir de ses gongs.

Moi : Ah bon ? Je ne savais pas que je pouvais faire de l’effet à un homme.

Il me fait asseoir sur son bureau et se place entre mes jambes.

Khalil : Tu n’as pas idée de l’effet que tu me fais ce soir.

Moi : Uniquement ce soir ?

Khalil : Tous les soirs.

Il baisse la tête et capture mes lèvres. Je suis fouettée d’un court-circuit qui me
traverse de la tête à la plante des pieds. Quand il passe sa main sous ma robe
pour me caresser le dos, je lâche un gémissement entre ses lèvres. Ce gémissant
a pour don de le booster parce qu’il retire ma robe qui finit au sol. Je me
retrouve nue. J’entreprends aussi de le déshabiller pour que nous soyons en
harmonie. Je n’ai même pas encore totalement baissé son bas qu’il m’attire
contre lui et me possède. Bon sang de bon chic bon genre. C’est bon, c’est
agréable. J’ai été sevrée trop longtemps. Nous savourons ce moment pas qu’une
seule fois parce qu’après jouissance nous continuons encore et encore à faire
l’amour. Cette fois c’est effectif. Je l’ai récupéré.
*Mona
*LYS

Je me réveille en sursaut. Je jette un coup d’œil sur ma veilleuse. Merde je suis


en retard. J’ai un rendez-vous important ce matin avec un client et mon ancien
patron. Nous devons défendre un dossier d’une grande importance qui peut nous
rapporter des millions. Je file dans la salle de bain me laver rapidement avant de
revenir dans la chambre me préparer. La première chose que je vois quand je
reviens c’est un plateau de petit déjeuner sur la petite commode près de mon lit.
Il y a aussi une rose et une carte. Je souris en la lisant. « Je sais que tu seras en
retard ce matin mais prends juste deux minutes pour avaler le petit déjeuner,
surtout le jus. Je t’aime. »

Je me mordille la lèvre. Khalil a repris ses vieilles habitudes depuis notre


première nuit chez lui il y a une semaine. Nous passons toutes nos nuits
ensemble tantôt chez lui, tantôt chez moi. J’avale à la hâte le croissant et je serre
les dents avant de boire le jus. Je suis sûre qu’il y a mis quelque chose. Quand je
finis je sors de ma chambre et me rends dans celle des jumeaux les embrasser et
je fonce d’abord à mon cabinet. Je dois récupérer le dossier. J’appelle Khalil.

« Khalil : Tu es en retard ? »

Moi : Par ta faute oui. Tu n’as pas voulu me laisser dormir.

« Khalil : Tu n’avais pas envie de dormir. Tu as pris le petit déjeuner ? »

Moi : Oui.

« Khalil : Et tout va bien ? »

Moi : Oui. Je me rends au boulot.


Je l’entends rire.

Moi : Pourquoi ris-tu ?

« Khalil : Pour rien. Je te laisse. Je t’aime. »

Moi : Je t’aime.

Après le cabinet, je me rends à ce restaurant où je passe des heures et des heures


à discuter avec le client sous l’assistance d’Eloge. Je sens quelque chose de
bizarre sur moi mais je n’arrive pas à capter quoi. Je n’ai non plus le temps en ce
moment de chercher. Il est presque 14h et nous sommes loin d’avoir terminé.
Heureusement que nous avons fait une petite pause pour prendre le déjeuner.
J’ouvre de nouveau le dossier et c’est là que quelque chose capte mon attention.
Il y a sur mon doigt une bague. Une bague de fiançailles je crois. Que fait-elle
sur mon doigt ? Je la regarde afin de m’assurer que ce n’est pas celle d’il y a
deux ans que j’ai gardé. Je ne la porte jamais, je la gardais juste comme un
souvenir. Ce n’est pas la bague, mais une autre. Je ne me souviens pas en avoir
acheté une récemment. Et puis pourquoi me serais-je acheter une bague de
fiançailles ? On ne s’auto demande pas en mariage. Je n’ai pourtant pas ouvert le
tiroir où elle se trouvait. D’où sort cette bague et à quel moment elle a atterri sur
mon doigt ?

Eloge : Vanessa, ça va ?

Moi : Euh, oui.

Je replonge dans mes pensées mais je suis convaincue de ne l’avoir pas porté. Je
voudrais bien me reconcentrer sur le boulot mais la présence de cette bague sur
mon annulaire m’intrigue. Je demande un moment aux deux hommes et
m’éclipse dans les toilettes. J’appelle Khalil. C’est avec lui que j’ai dormi hier
donc il doit pouvoir m’éclairer.
« Khalil : Oui Vanoush. »

Je souris devant cette appellation. Enfin ça sort de sa bouche.

Moi : Au fait, je viens de remarquer quelque chose.

« Khalil : Quoi ? »

Moi : C’est bizarre mais, il y a une bague de fiançailles sur mon doigt.

« Khalil : Ah enfin tu la vois. »

Moi : Je, c’est… toi qui me l’as enfilée ?

« Khalil : Oui, quand tu dormais. »

Moi : Je… Tu…

Je veux lui poser cette question qui me brûle les lèvres mais j’ai peur de recevoir
une réponse décevante. Je l’entends rire à l’autre bout du fil.

Moi : C’est une demande en… mariage ?

« Khalil : Ça dépend de ce que tu veux. J’y vais, j’ai une réunion. »

Il raccroche et je reste là à analyser ce qu’il vient de dire. Et si c’était un test ? Et


s’il essayait de voir ce que je désirais réellement ? Je ne peux pas rester ici une
minute de plus. Je retourne à la table et je fais comprendre aux hommes que j’ai
une urgence à régler. Ils comprennent et acceptent que je leur fausse compagnie.

Je conduis à vive allure en n’arrêtant pas de fixer la bague. Je souris. C’est quel
genre de demande en mariage ? Je dors et je me réveille avec une bague au
doigt. Khalil a toujours de ces idées bizarres. Quand j’arrive à sa boite, je fonce
directement dans l’ascenseur qui me conduit à son étage. Je ne prends pas la
peine de demander à son assistante s’il est occupé que je rentre dans son bureau.
Je le vois arrêté.

Moi : Oui, je veux t’épouser.

Je vois trois têtes tourner dans ma direction. C’est à ce moment je me rends


compte qu’il est en réunion. Il sourit en me regardant.

Moi : Oh désolée.

Il libère les trois hommes assis devant lui en continuant à sourire. Je me dégage
pour les laisser passer. Je referme la porte derrière. Khalil ne me quitte pas des
yeux.

Moi : Désolée.

Khalil : Quelle est cette urgence qui t’a poussé à interrompre ma réunion ?

Je lève la main en avançant vers lui.

Moi : Je ne sais pas si c’est une demande en mariage mais je te le dis en même
temps, je veux t’épouser. Et tu n’as même pas intérêt à me dire que ce n’en est
pas une parce que j’adore déjà cette bague.
J’adore ce sourire malicieux qui ne quitte pas ses lèvres. Il m’attire contre lui et
m’embrasse.

Khalil : Je n’avais pas non plus l’intention de la reprendre.

Moi : Alors c’est…

Khalil : Oui.

Je me mets subitement à hurler. L’entendre de sa bouche rempli mon cœur de


joie. Je prends sa tête en coupe et l’embrasse à en perdre l’haleine.

Moi : Je t’aime Khalil. Je t’aime comme jamais.

Il passe ses mains sous mes fesses et me hisse sur son bureau. Il appuie sur le
combiné et demande qu’on ne le dérange sous aucun prétexter. Moi j’ai déjà
commencé à déboutonner sa chemise…

Dès que j’arrive chez Ashley et vois les filles déjà installées, je pose ma main
sur ma bouche en faisant mine de tousser. Elles remarquent tout de suite la
bague. Elles se mettent toutes à hurler. Je me laisse tomber sur l’immense
matelas. Elles me prennent la main pour contempler la bague.

Ashley : Enfin il l’a fait.

Moi : Oui. Hier. Je me suis réveillée avec la bague déjà au doigt. JE VAIS ME
MARIEERRRR.

Zoé : MOI AUSSIIII !!!


Je me sers un verre de vin pour les rejoindre. Kayla boit du jus de fruit.

Kayla : Je suis tellement heureuse que tout ce soit finalement arrangé dans nos
vies. Après tout ce par quoi nous sommes passées.

Zoé : Vraiment. En tout cas toi et Darnell n’avez pas perdu de temps pour faire
un autre bébé.

Kayla : Ce n’était même pas programmé. Ça nous est tombé dessus comme ça.

Ash : Et à quand le mariage ?

Kayla : Avant la fin de cette année. Actuellement les choses se posent dans le
travail de Darnell si bien qu’il est en train d’agrandir son studio. Depuis qu’il a
couvert le mariage de la petite sœur de Terry YOUL il y a quelques semaines, sa
renommée ne fait que grimper. Ils ont tellement adoré les photos qu’ils ne
cessent de le solliciter même de le proposer à d’autres personnes. Darnell m’a
promis un beau mariage et il travaille dur pour cela. Je lui ai pourtant dit que je
n’avais pas besoin d’un grand mariage, juste d’un truc entre nous. Je suis
tellement heureuse les filles. Il ne m’offre pas des choses qui coûtent les yeux de
la tête mais je suis complètement comblée. Si seulement je l’avais choisi plutôt.

Ash : Comme on le dit “Si je savais n’a pas de queue’’. Après plusieurs mois,
mes parents ont enfin décidé de prendre la dot.

Nous (souriant) : Vraiment ?

Ash : Oui. Mon père nous a convoqué ce matin. Il a appuyé qu’il n’était toujours
pas d’accord avec mon choix mais puisque je me suis entêtée, il va me suivre. Il
refuse qu’un homme profite de sa fille sans avoir au moins payé un dû. Donc le
mois prochain aura lieu ma dot ainsi que celle de Safi.
Moi : C’est une très bonne nouvelle.

Ash : Au fait j’ai compris une chose dans cette aventure. C’est que ce n’est pas à
nos parents d’aimer nos conjoints puisque ce ne sont pas eux qu’ils vont
épouser. Ils doivent juste les accepter et nous encadrer, nous donner des
conseils. Nos parents n’ont pas toujours raison vous savez. Regardez, la mère de
Zoé a eu raison de ne pas vouloir l’union entre sa fille et Lucas, mais mes
parents ont eu tort en refusant Adé pour me mettre avec Stéphane. Au fait, le
seul moyen de savoir s’ils ont raison ou tort, c’est de faire ce que nous pensons
être le mieux pour nous. Et puis ce n’est pas parce qu’on aura échoué que ça
veut dire que les parents avaient raison. Si ça n’a pas marché c’est que ça n’a
pas marché. On devrait même arrêter de dire que ça n’a pas marché parce que
nos parents l’avaient prédit. Nous avons aussi des responsabilités dans la
réussite de notre mariage, donc si ça ne marche pas c’est que c’est nous-même.
Et si on échoue, on aura au moins une expérience qui nous aidera dans le futur.
Dans la vie, l’échec est une réussite parce qu’on apprend toujours une leçon. Je
suis sûre qu’après l’expérience de Zoé elle ne commettra plus la bêtise de suivre
un blanc bêtement juste parce qu’elle veut voir l’Europe.

Zoé : Tu as trouvé même maman. En tout cas moi j’ai appris de mon expérience
qu’on peut avoir des préférences en amour, mais ces préférences ne sont pas
toujours ce qu’il y a de bon pour nous. Tous les blancs ne sont pas comme
Lucas, mais si on veut forcer le destin bah on tombera forcément sur un comme
lui. Tout le monde n’est pas appelé à épouser un blanc. Et une autre chose que
j’ai apprise dans cette aventure, c’est que le bazouzou des noirs est plus doux
que pour les blancs.

Nous éclatons de rire.

Ash : Je savais que tu finirais par y arriver.

Zoé : Ah mais c’est vrai.


Kayla : Moi aussi je rejoins Zoé. (Souriant) Pas sur le cas des bazouzous. Mais
sur le fait que tout le monde n’a pas la même destinée. Certaines femmes ont la
chance de tomber sur des hommes déjà riches, d’autres sur des hommes qui ne
sont ni riches ni pauvre, juste au milieu. Tandis que d’autres, comme moi,
tombent sur des hommes qui luttent pour se faire une place au soleil. Le plus
important dans tous ces cas c’est, est-ce que vous vous aimez ? Si un homme qui
se débrouille te rend heureuse, pourquoi te priver de ce bonheur pour le bling
bling ? La richesse ne garantit pas le bonheur. J’en connais tellement de ces
femmes de riches qui souffrent dans leur ménage mais qui reste à cause du
prestige. On ne devrait pas limiter notre bonheur au matériel. C’est au-delà de
ça.

Moi : J’ai tellement entendu des femmes crier haut et fort qu’elles s’en moquent
du mariage et qu’elles sont heureuses avec leur travail que j’ai fait pareil. Nous
les femmes, nous aurons beau nous mentir que le travail est la chose la plus
importante de nos vies et patati et patata, mais il arrivera un jour où nous aurons
besoin d’une chaleur masculine dans nos draps. Nous nous mentons tellement
quand nous sommes entre nous. Toujours à vouloir paraitre plus forte, plus
suffisante, plus heureuse, alors qu’une fois chez nous, c’est la tristesse totale.
Ma mère m’a dit un jour, la femme a été créée pour se marier et faire des
enfants. C’est ce qui fait que malgré tout l’argent qu’une femme peut avoir dans
sa vie, elle aura, à un moment de sa vie, forcément besoin d’un homme à ses
côtés. C’est ainsi que Dieu nous a créé. On n'y peut rien. Celles qui passent leur
temps à dire qu’elles s’en foutent du mariage finissent par sortir avec des jeunes
qui peuvent être leurs petits-enfants. Le mariage est une chose importante parce
que ça vient de Dieu et non d’un homme. Seulement que ce n’est pas la fin de la
vie. Il y a d’autres choses après. Nous pouvons très bien diriger nos entreprises
et être de bonnes épouses et vice versa.

Kayla : C’étaient des aventures douloureuses mais je pense qu’elles en valaient


la peine parce que nous en sommes sorties matures. Nous avons aussi appris des
leçons.

Zoé : Et nous avons eu de la chance que tout ce soit arrangé avec nos hommes.
Pour d’autres cela ne finit pas toujours ainsi.
Ash : Exactement. Si je n’avais pas rencontré Adé, j’aurais passé ma vie à
regretter un de mes ex. Vous vous souvenez de celui que mes parents avaient
refusé parce qu’il se débrouillait dans la vie ? Bah il est devenu le nouveau
propriétaire de l’entreprise où je bossais. La boite a fait faillite et c’est lui qui
l’a rachetée. Je l’ai rencontré par pure hasard à l’hôpital quand j’étais allée pour
le vaccin de Rémi. Il y était aussi parce que sa femme venait d’accoucher de leur
troisième enfant. J’aurai bien voulu que mes parents le voient pour qu’ils
comprennent que la vie d’une personne ne se limite pas à son présent.

Moi : Disons donc merci à la vie de nous avoir donné une nouvelle chance.

Nous levons nos verres, les cognons et les rapportons à nos lèvres.

*Mona
*LYS

Après l’ouverture du bal, nous revenons toutes nous asseoir complètement


exténuées. Le mariage de Zoé est magnifique. Elle est sublime dans sa robe de
mariée. Elle est tellement heureuse qu’on croirait que c’est son premier mariage.
Ça fait vraiment cet effet-là de se marier à la bonne personne.

Zoé : Devinez quoi les filles.

Nous : Quoi ?

Zoé : Laurence et moi partons en lune de miel à Paris.

Ash : Mais c’est super ça.

Kayla : Lucas t’attend là-bas.


Zoé : Mtchrr regardez-moi les choses comme ça. Il n’a qu’à m’attendre. Avec sa
grosse tête.

Moi : Tu es magnifique Zo.

Zoé : Je sais. Ce sont mes meilleures copines qui ont pris soin de moi de la tête
aux pieds.

Nous échangeons des sourires. Malia vient vers nous en courant.

Malia : Maman je veux manger le gâteau.

Zoé : Attend il sera… Comment tu m’as appelé ?

Elle lève les yeux sur nous.

Zoé : Elle a dit maman ?

Nous faisons oui de la tête. Elle soulève sa fille sur ses jambes et déverse sur son
visage plein de bisous qui font rigoler la petite. Laurence s’approche à son tour.

Zoé : Elle m’a enfin appelé maman.

Laurence : C’est normal, tu es sa mère. Tu m’offres cette danse ?

Zoé : Bien-sûr. On dansera tous les trois ensembles.

La petite famille se rend sur la piste de danse pour danser sur le slow qui joue.
Adé arrive à notre table et demande à sa femme de venir danser avec lui. Darnell
qui supervisait ses apprentis laisse son appareil photo et vient chercher Kayla. Il
ne reste plus que moi. Je sens quelqu’un se rapprocher de mon oreille. Je sais
que c’est Khalil.

Khalil : Vous ne dansez pas chère madame ?

Moi : J’attends mon cavalier.

Khalil : Je vais donc vous piquer le temps qu’il se pointe.

Il me prend la main et me tire vers les autres. Chacune de nous danse dans les
bras de son homme. Le Dj a choisi le parfait slow pour ce moment. Nos enfants
sont avec leurs nounous pour nous lâcher un peu la grappe. La vie nous a
vraiment fait une faveur en nous permettant de réparer nos erreurs auprès de ces
hommes que nous n’avons jamais cessé d’aimer. Nous aurons pu définitivement
les perdre.

C’est ainsi que plusieurs laissent passer leur bonheur. Toujours par de mauvaises
prises de décision. Soit nous restons dans des relations sans amour, où nous
sommes constamment humiliées, méprisées, trompées parce que nous espérons
que les choses changeront. Soit nous acceptons les coups et blessures de nos soi-
disant hommes parce que nous n’avons nulle part où aller, à cause des enfants
ou encore parce que nous avons peur des qu’en-dira-t-on.

Soit nous laissons passer le vrai amour parce qu’il est dans l’incapacité de nous
offrir le luxe auquel nous rêvons. Ou qu’il n’a pas la taille, la forme et le teint
que nous souhaitons. Soit nous laissons passer le véritable amour parce que nos
parents disent qu’il n’est pas assez bien. Soit nous laissons passer le bonheur à
cause de cette mentalité d’émancipation ou de féministe qui demande aux
femmes de ne point pratiquer la soumission qui, maintenant je le sais, n’est pas
synonyme d’esclavage. Etre soumise ne veut pas dire que nous n’avons pas
notre mot à dire dans notre ménage. Nous devons juste savoir le dire sans
manquer de respect à notre homme, encore moins le rabaisser.
Soit nous limitons nos vies en refusant d’être indépendante financièrement pour
vivre aux crochets d’un homme et nous finissons prisonnières d’un ménage qui a
échoué et dans lequel nous mourrons à petit feu. Soit nous nous rendons stérile
en acceptant d’avorter sous la demande d’un homme qui est trop lâche pour
assumer son rôle et nous nous retrouvons seule parce qu’aucun homme ne veut
d’une femme stérile. Soit nous gaspillons notre jeunesse dans les vices (alcool,
drogue, sexe, banditisme, prostitution, vie de débauche) pour après nous rendre
compte que notre âge est beaucoup trop avancé pour nous construire une vie
convenable et on se contente juste du peu que la vie peut nous offrir. Et après
toutes ces choses, nous passons le reste de notre vie dans le regret, dans le si je
savais.

Nous pouvons nous éviter certaines douleurs, certaines souffrances, l’enfer sur
terre, de perdre notre dignité, SI SEULEMENT nous prenons de bonnes
décisions quand il le faut. Dans chaque situation Dieu met toujours devant nous
des signes pour nous montrer le chemin à suivre. Mais nous fermons nos yeux
pour nous bercer de faux espoirs ou en croyant que la vie nous attendra. Que
chacun prenne de bonne décision pour éviter de dire un jour “Si Seulement…’’

***FIN***

Episode Bonus

KAYLA

Ma tête va exploser à force de cogiter. Qui diable est la sœur de Darnell ?


Depuis une semaine que je fais des recherches sur chacune des femmes des
hommes riches de ce pays. Je fouille dans chacune de leurs histoires. J’ai
d’abord fait une liste de celles dont les maris sont connus dans le pays. J’ai
ensuite sélectionné celles qui sont orphelines de père et de mère. Après celles
qui ont 31 ans puisque cette année ça fait 31 ans qu’elle a été abandonnée devant
l’orphelinat. Bon là maintenant il ne me reste plus assez de nom. Il ne me reste
même plus de nom. Cette histoire m’épuise le cerveau en plus de la grossesse
qui me donne constamment des nausées toute la journée.

Je me caresse le ventre en souriant. Je porte encore un enfant de Darnell. Il a été


tellement heureux de l’apprendre qu’il m’accompagne à chaque consultation.
J’ai eu peur qu’il se mette en colère et pense que j’ai l’ai fait exprès mais grande
a été ma surprise quand il m’a embrassé en me remerciant. Il a dit qu’il ne
voyait plus de raison de ne pas vouloir d’un autre enfant alors que nous allons
très bientôt nous marier. Il met de l’argent de côté pour nous acheter une
maison. Nous mettrons celle-ci, où il a finalement finit par venir vivre, en
location pour avoir un revenu de plus.

Bon j’en ai marre de rester dans cette maison. Je range tous les documents
devant moi dans mon sac à main. Je me rends chez Ashley pour y passer du
temps. Zoé est encore en lune de miel et Vanessa est occupée au travail. Ashley
est encore en congé maternité.

Je jette tous les documents devant elle et m’affaisse dans le fauteuil. Elle
m’apporte un jus de fruit sans attendre que je le lui demande. Je vide le jus
d’une traite.

Ash : Qu’est-ce qu’il y a ?

Moi : Les recherches n’avancent pas et je commence à désespérer. Darnell me


demande d’abandonner et qu’il est préférable que nous vivions comme si de rien
n’était. Mais je ne le peux pas. J’ai promis, à lui et mamie Kossia, d’aller au
bout de ces recherches. Je veux que nous nous mariions en présence de sa sœur
et de sa mère. Moi j’aurai toute ma famille avec moi, mais lui ? Il n’aura
personne. Je ne veux pas de ça. Je le sens triste même s’il me dit que ça n’a plus
aucune importance parce que moi et les enfants sommes sa famille. J’ai mal
parce qu’au fond de lui il souffre.
Ash : Ok, respire. Nous allons t’aider. Dis-moi où tu en es.

Je lui fais le briefing de ce que j’ai pu faire jusque-là même si ça ne m’avance à


rien. Nous parcourons le net en regardant les photos pour voir si une femme
ressemblerait soit à la mère soit au père de Darnell. Nous passons des heures à
faire des recherches. C’est l’arrivée de Safi qui nous oblige à faire une pause.
Elle s’enquiert de ce que nous faisons et c’est Ashley qui se charge de lui
expliquer brièvement. Elle en profite pour lui demander si elle n’aurait pas une
idée de qui pourrait être la sœur. Safi prend une des photos et son visage se
déforme.

Safi : C’est qui cette femme ?

Moi : La mère de Darnell.

Elle se lève avec la photo en main.

Ash : Qu’est-ce qui se passe ?

Safi : Cette femme, j’ai l’impression de voir ma patronne. S’il te plaît Kayla,
raconte-moi bien l’histoire.

Je lui raconte avec plus de détail en parlant de l’orphelinat et de ce que nous


savons déjà sur la sœur de Darnell.

Safi : Mon Dieu !

Moi : Quoi ?
Safi : Es-tu sûre de toutes ces informations ?

Moi : Oui.

Safi : Donc ton fiancé, c’est le frère de ma patronne.

Ash/Moi : Quoi ?

Safi : Il n’y a qu’un seul homme qui ait racheté l’orphelinat Les enfants
d’honneur et qui prenne soin des enfants. Toutes les informations que tu m’as
donné, les dates, l’âge, et pour couronner le tout, les photos de cette femme qui
ressemble trait pour trait à ma patronne, tout ça concorde avec la vie de ma boss.
Je suis constamment dans leur intimité, c’est moi qui gère leur image et je fais
partie des rares personnes à connaitre leurs véritables histoires depuis leur
enfance jusqu’à ce jour. Je suis donc la mieux placée pour te dire qu’il y a 90%
de chance que ton fiancé soit parenté à la femme du grand Terry YOUL.

Je tombe des nues. Darnell et Trisha ? Comment est-ce possible ? J’ai pensé à
tout le monde sauf à elle. Mon esprit n’a même pas divagué sur elle pour je ne
sais quelle raison. La meilleure amie de ma cousine est la sœur de mon homme.
Non ce n’est pas possible.

Safi : Ecoutez, pour en être plus sûre nous allons faire un test ADN. Si ça se
confirme on le dira au couple parce que si je le leur dit avant c’est sûr que Terry
ne voudra pas mêler sa femme à cette histoire. Trop de gens ce sont déjà fait
passer pour ses parents à cause de l’argent. Je peux me procurer des cheveux de
ma patronne et je me charge du test. Tu n’auras qu’à me rapporter aussi des
cheveux de Darnell.

Moi : Ok. Je vais lui en parler.

Je n’ai pas mis une minute de plus chez Ashley après cette bonne nouvelle. J’ai
foncé direct au studio de Darnell. Je ne me sens pas capable d’attendre qu’il
rentre ce soir. Je vois l’un de ses trois apprentis qui discute avec une cliente. Il
m’informe que Darnell est dans le studio à vérifier les appareils. Je m’y rends en
courant presque. Je déboule comme une folle dans son bureau.

Moi : Bébé.

Darnell : Kayla ? Que fais-tu là ? Et pourquoi es-tu autant essoufflée ?

Moi : J’ai une bonne nouvelle.

Il fronce les sourcils.

Moi (souriant) : J’ai retrouvé ta sœur.

Il écarquille les yeux.

Darnell : Quoi ???

***LA suite de l’histoire de Kayla et Darnell dans “T.Y : CET HOMME A


TOUT PRIX’’
Autres livres du même auteur :

1-Juste un peu d’amour


2-Ami-Amour
3-Lizzie, une exception
4-La vengeance est une femme
5-Mon cœur contre ma raison
6-Leela, la défigurée
7-Du contrat à l’amour
8-Un amour dangereux tome 1
9-Un amour dangereux tome 2
10-Un sacrifice très coûteux
11-Floriane, les épreuves d’une orpheline
12-TY : ce cœur à conquérir
13- L’autre lui
14-La vengeance est une femme tome 2
15-Si seulement…tome 1

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