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Extrait de fragments d’une femme perdue de Patrick Poivre D’Arvor.

(PS : vérifier toutes l’orthographe avec le livre en papier)

« De mois en mois, d'année en année, elle abandonna toute confiance en elle et se réfugia dans
des tentatives d'émancipation qui toutes échouèrent. » P10/2.

« Comme elle était d'une saisissante beauté et que les hommes la courtisaient beaucoup, elle
se dit qu'après tout, elle avait peut-être en elle une ressource de nature à pallier l'absence de
talents dont elle s'était convaincue. » P12/1.

« Soumise désormais au désir des hommes, et dûment rétribuée pour cela, elle n'avait plus
qu'à obéir. » P17/2.

« Quitte à être salie, pourquoi ne pas l'être pour de bon ? » P25/1.

« Pauvre naïf ! Elle a toujours trompé son monde et elle le trompera, lui comme les autres.
Elle a ça dans le sang mais avec son petit corps d'oiseau tombé du nid, avec sa tête d'angelot,
elle respire l'innocence et inspire la compassion. » P33/1.

« Violette n'osait pas le regarder dans les yeux mais elle avait déjà l'attitude de qui va se
soumettre et masque sa honte par une apparence de détachement. Ce qu'elle fit :
– Et elles demandent combien les filles, si elles montent ?
– Ça dépend de la prestation mais ça peut aller loin. Il y a beaucoup de fric ici.
La conversation devenait vulgaire. Violette s'y enfonçait comme dans la boue. Les sommes
envisagées lui tournaient la tête. Le goût de l'interdit aussi.
Elle se leva, en évitant le regard du patron.
– Vous partez déjà ? Je vous ai choquée ?
– Non.
– Vous commencez quand ?
– Demain si vous voulez. Il faut juste que je m'habitue à l'idée. » P39/1.

« De plus, elle aimait monter les êtres les uns contre les autres (…) » P40/2.

« Me croyaient-ils ? Ils me jugeaient en tout cas indécise. Ils n'avaient pas tort. » P44/2.
« D'autant que depuis six mois j'avais entamé une étrange liaison, purement libertine, avec
un de mes plus anciens amis. Je le connaissais depuis l'adolescence. Elle ne me comblait pas,
me donnant simplement l'illusion d'être libre, affranchie, en rejoignant l'immense cohorte des
épouses qui trompent leur mari. Mais comme mon amant de poche me trompait à son tour
avec des femmes souvent vulgaires, et que cela ne m'inspirait nulle jalousie, je décidai de
mettre fin à cette histoire où je ne m'épanouissais guère. » P44/2.

« Il le fit le soir même, mais je refusai de céder si vite à ses avances, d'autant que j'avais de
longue date programmé mon dîner de rupture avec cet amant occasionnel qui était en train de
gâcher une amitié à laquelle je tenais. Le lendemain, pas de nouvel appel ; la semaine suivante
non plus ; voilà un homme qui passait vite à autre chose et semblait à la hauteur de sa
réputation de séducteur. Mais je refusais d'être la proie de pareil prédateur. A lui d'abord de
me rappeler, on verrait ensuite. » P45/1.

« Pourquoi ai-je fini par craquer la première ? Aujourd'hui encore je ne saurais répondre. Je
devais être vexée de me voir aussi peu désirée par un homme qui, disait-on, aimait tant les
femmes. Et puis, à dire vrai, il m'avait paru irrésistible. » P45/1.

« Je pense n'avoir jamais autant désiré un homme que je n'avais encore même pas effleuré.
J'eus l'envie violente de glisser mon pied droit entre ses cuisses ; et davantage encore celle de
le voir faire de même. Mais rien ne venait. J'étais à lui et il ne le savait pas. » P46/1.

« (…) il ne me demanda pas de l'accompagner chez lui, chez moi ou à l'hôtel. Pourtant j'en
mourais d'envie. Je me serais donnée corps et âme. Mais puisque le destin voulait que cet
homme que l'on disait pressé ne le soit pas avec moi… Quoi de plus délicieux que l'attente
quand elle exacerbe le désir ? J'étais prête à attendre des mois entiers. » P46/2.

« Je sus cette nuit-là que cet homme allait devenir ma plus belle histoire d'amour. » P47/1.

«  Je n'aime pas rater mes histoires. Si, un jour, je me suicide, ce qui est loin d'être exclu, je ne
me raterai pas.
Voilà donc en quelles dispositions d'esprit j'étais, ce jour d'été où je rencontrai Violette. Un
peu cabossé (…) » P48/2.

« Au terme de la remise des trophées, je raccompagnai mon garçonnet chez sa mère et, sitôt la
porte refermée, je téléphonai à Violette du hall de l'immeuble. Je lui proposai de dîner avec
elle le soir même, elle déclina mon offre : elle devait passer la soirée avec un de ses amis. Je
me fis caressant mais ne pus l'attendrir. Nous convînmes de nous rappeler. » P49/2.

« Elle l'avait supplié de ne pas l'appeler, parce que le mari n'était jamais bien loin : c'était elle
qui prenait l'initiative. » P51/2.

«  Pour l'heure, elle aimait assez l'idée de cet amour clandestin, et qui devait le rester.  Pas
seulement parce qu'il y avait un mari, même si peu, et qu'il n'y avait pas encore vraiment un
amant, mais parce qu'elle ne prisait guère l'ostentation et qu'elle avait le goût de la
dissimulation. » P54/2.

«  C'était sûr : il ferait de cette fille la femme de sa vie. » P58/2.

« Elle m'avait pourtant donné son nom à lui, Violette N., mais ses cartes de visite indiquaient
une Violette V. Que disait le passeport ? Je n'osai le lui demander mais depuis ce jour-là
– notre premier jour – j'eus la conviction que cette fille vivait dans l'ambiguïté et que jamais
elle ne disait la vérité. » P65/1.

« J'aurais dû décommander ce rendez-vous inutile, puisque j'étais si bien avec mon nouvel
amoureux, mais c'était plus fort que moi, il fallait que je séduise, encore et toujours, même si
à aucun moment je n'avais l'intention de céder à d'éventuelles avances. Etait-ce du vice ? De
l'inconstance ? Toujours est-il que je fus bien punie. » P70/1.
« Lorsque je découvre les mots et le visage nu de Diane Arbus, je la devine si précisément.
Elle est réelle, cette femme qui est un peu moi. Elle parle un langage qui m'est familier. Elle
me touche. Un animal insaisissable. Elle me confirme aussi qu'une femme belle, fragile, une
épouse, une mère aimante qui s'affirme artistiquement, se débat face aux conventions sociales,
se heurte aux jugements, à des rejets souvent violents. » P85/1.

« Tu exiges que je m'engage alors que tu es incapable ou que tu ne souhaites pas te donner à
moi avec une générosité absolue. Je préfère alors une amitié amoureuse, légère… » P85/2.

«  Je ne sais plus alors qui je suis. Je crains de me perdre à tes côtés. De n'être qu'une ombre
auprès de toi. Vas-tu me vampiriser ? Tu es trop bienveillant à l'égard de toi-même pour créer
un monde réservé à la femme que je suis. » P86/1.

«  Je ne peux supporter l'idée que quelqu'un lui touche la peau ou le cœur. Elle est à moi, non
parce que je l'ai achetée, non parce qu'elle m'appartient mais parce que la vie nous a unis. Je
prie Dieu, en qui je crois si peu, pour qu'elle ne nous sépare pas. » P91/2

«  « Ni avec toi ni sans toi » P123/2.

« Ce n'est pas un poison qu'elle a dans le sang. C'est l'essence même de la trahison. Je la
connais trop bien. Il faut qu'elle mente, qu'elle pique, à la manière des scorpions. C'est plus
fort qu'elle. Les pathétiques efforts de ce pauvre Alexis n'y changeront rien. Plus il rampe,
plus il bave, plus elle a envie de le piétiner. Mais comme elle n'a aucun courage, elle est
incapable de l'affronter, de lui avouer la vérité, elle mijote ses détestables petites affaires dans
son coin. Lorsque enfin il saura tout – ou presque tout –, elle niera. Jusqu'au bout. Parce que
c'est ce qu'elle a déjà fait face à son ex-mari. Et surtout parce qu'elle ne cesse de se mentir à
elle-même. » P132/1.

« Plus qu'une correspondance, un « mariage épistolaire » ; Violette avait bien raison quand, il
y a maintenant plus d'un an, elle avait proposé d'intituler ainsi le livre qu'ils s'étaient juré
d'écrire ensemble. Mais de livre, il n'y en avait toujours pas. Et de mariage non plus. » P143/1.
« Elle ne s'embarrassait pas de contradictions. » P147/2.

« elle me dit avoir un peu fréquenté ces derniers temps un disc-jockey. Elle le trouvait laid
– elle l'appelait « mon petit gnome » – et peureux – car il avait une femme possessive – mais
il la faisait rire et l'inondait de mails en anglais couverts d'un vernis culturel. Il venait de lui
proposer de l'accompagner à Florence pour l'animation d'une soirée branchée et elle se
demandait comment faire pour qu'Alexis n'en sache rien. « Il prend tout mal, me dit-elle, il ira
s'imaginer le pire alors que, pour moi, ce petit gnome n'est qu'une relation de passage. »
P148/1.

« Plus il se savait maltraité, plus il insistait. Il lui semblait que le monde entier se liguait pour
l'empêcher de vivre son amour en paix, à commencer par la principale intéressée, et pourtant
il s'obstinait. Ses amis ne cessaient de l'alerter : cette femme était mauvaise, fausse, cruelle,
méchante. Il n'en avait cure : sans doute lui en voulaient-ils de le leur avoir confisqué… »
P152/1.

«  Pouvaient-ils deviner que vers dix, onze ans, d'après ses dires, un kinésithérapeute chargé
de la rééduquer après l'une de ses innombrables défaillances physiques avait eu des gestes qui
l'avaient effroyablement choquée ? Elle n'en avait jamais parlé à ses parents mais,
inconsciemment, leur en avait beaucoup voulu de l'avoir laissée seule avec cet homme. »
P152/2.

« L'un d'eux exposa un jour devant lui une théorie qu'il disait tenir du bon docteur Freud :
selon lui, les hommes qui vont vers les femmes dangereuses, celles qui les entraînent vers leur
perte, ont été trop aimés par leur mère, trop couvés. » P153/1.

« Comme elle s'inventait en permanence des vies qu'elle n'avait pas le courage de
construire(…). » P155/2.

« Elle avait trop besoin de séduire, de se laisser séduire, approcher par des hommes qui ne
l'aimaient pas. Celui qu'elle avait sous la main, et qui l'aimait passionnément, elle l'humiliait
avec allégresse. » P157/2.
« J'ai détesté ton humeur changeante, tes caprices, cette façon de te plaindre de tout et de tous,
cette haine des autres, cette figure si peu avenante pour mes amis ou pour des gens simples,
cette manière de te croire le nombril du monde. » P158/2.

« Il n'y a pas de nom au métier que tu as choisi d'embrasser, pas de nom à ton goût maladif
pour la traîtrise, la dissimulation. Tu appelles ça la liberté, je nomme cela perversité, lâcheté,
saloperie. » P159/2.

« Tu as croisé la route d'un homme amoureux, qui voulait te tenir la main. Tu l'as rendu
malheureux à vie. » P159/2.

«  elle lui avait adressé ce message déroutant : « Tu es si naïf. Ou bien aveugle. Comment
penses-tu que je gagne ma vie depuis quelques mois ? » » P160/2.

«  Ainsi donc, c'était bien une traînée, comme on le lui avait si souvent dit. Il en avait
désormais l'absolue confirmation et se disait que cela l'aiderait sans doute à oublier plus
facilement cette femme qui ne valait pas que l'on se désespère pour elle. » P177/1.

« Comment avait-elle pu à ce point le nier, et renier leur histoire, en lui choisissant un


successeur aussi médiocre ?» P177/1.

« Dans ses affaires, le lendemain, on trouva un livre de poche corné à la page 375 : « Dire que
j'ai gâché des années de ma vie, que j'ai voulu mourir, que j'ai eu mon plus grand amour, pour
une femme qui ne me plaisait pas, qui n'était pas mon genre ! » » P189/2.

« « Et puis un jour ils se détourneront. Ou plutôt ils ne te regarderont plus. Il n'y aura plus
d'éclat. Mais quelques ridules assassines, les commissures des lèvres qui accuseront
soudainement la méchanceté, c'est souvent comme ça avec l'âge, des yeux morts comme ceux
des poissons. Redéfilera alors cette cohorte d'hommes qui ne sont venus à toi que pour une
apparence, une enveloppe corporelle, et qui t'ont jetée après usage. Redéfileront aussi tous
ceux qui t'ont quittée, abandonnée, par gêne ou par dégoût. Tes amies, tes proches, ceux qui
jetèrent l'éponge. Et peut-être, au loin, un fantôme, qui t'aima à la folie, qui crut à tes
mensonges, puis qui fit semblant. Pour son malheur, il croisa ton chemin et ne s'en remit pas.
Pour son bonheur, il connut des instants de passion déraisonnée qui lui firent croire en
l'existence de Dieu. Mais Dieu est mort ce soir. Toi aussi, le fantôme aussi, tout le monde est
mort. N'ont survécu que les pâles illusions qui flottent encore sur les champs lorsque vient
l'automne et qui ne sont que les plaintes envolées des amants morts. » » P190/1.

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