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INNOVATION ET RESPECT ENVIRONNEMENTAL SONT-ILS

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COMPATIBLES ? LE CAS DU SECTEUR DES TIC
Sophie Liénart, Annick Castiaux

De Boeck Supérieur | « Reflets et perspectives de la vie économique »


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2012/4 Tome LI | pages 77 à 96


ISSN 0034-2971
ISBN 9782804175917
Article disponible en ligne à l'adresse :
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https://www.cairn.info/revue-reflets-et-perspectives-de-la-vie-
economique-2012-4-page-77.htm
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Pour citer cet article :


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Sophie Liénart, Annick Castiaux« Innovation et respect environnemental sont-ils
compatibles ? Le cas du secteur des TIC », Reflets et perspectives de la vie
économique 2012/4 (Tome LI), p. 77-96.
DOI 10.3917/rpve.514.0077
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Innovation et respect environnemental
sont-ils compatibles ?

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Le cas du secteur des TIC
Sophie Liénart 1 et Annick Castiaux 2
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Résumé – Au confluent de deux besoins stratégiques rencontrés par tous les secteurs,
à savoir la nécessité d’innover et le respect de l’environnement, le secteur des tech-
nologies de l’information et de la communication (TIC) a développé depuis quelques
années de nouvelles compétences et de nouvelles opportunités d’affaires. En effet,
les entreprises ont pris conscience que la pérennité de leur position concurrentielle
dépend entre autres de leur capacité à innover tout en répondant dès maintenant aux
défis environnementaux du développement durable. Dans cet article, nous dévelop-
pons le rôle clé joué par le secteur TIC dans ce contexte. Nous étudions la stratégie
Green IT poursuivie par de nombreux acteurs de ce secteur. Nous en donnons une
typologie détaillée et illustrée et mettons en évidence que ces innovations à vocation
environnementale contribuent à la croissance économique des entreprises bénéficiai-
res, mais également au positionnement stratégique du secteur TIC.
Mots clés – innovation, développement durable, TIC, Green IT.
JEL : M10, M15, L86, 032

Abstract – At the crossroads of two strategic issues faced by all companies, i.e. inno-
vation and environmental challenges, the ICT sector has been developing for several
years new competences and new business opportunities. As a matter of fact, firms are
increasingly aware of the fact that the continuation of their competitive position depends
not only on their innovation capabilities but also on their ability to respond to environ-
mental requirements. In this paper, we develop the key role played by the ICT sector in
this context. We study the Green IT strategy adopted by numerous actors in this sector.
We give a detailed and illustrated typology of Green IT opportunities. We also underline
the fact that those innovations, while dedicated to face environmental challenges, also
contribute to the economic growth of both the recipient firms and the ICT providers. For
the latter, it even corresponds to a new strategic positioning of the sector.

1. Doctorante, Louvain School of Management Group, Université de Namur, Belgique.


2. Professeur, Louvain School of Management Group, Université de Namur, Belgique.

DOI: 10.3917/rpve.511.0077 Reflets et Perspectives, LI, 2012/4 — 77


SOPHIE LIÉNART ET ANNICK CASTIAUX

1 INTRODUCTION

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Si les entreprises ont toujours dû innover pour pérenniser leur présence sur le
marché, leur démarche innovante est aujourd’hui confrontée à un enjeu que nulle
organisation ne peut ignorer : la prise en compte des impacts environnementaux
de ses actions ou décisions. Les études qui s’intéressent aux stratégies environ-
nementales des firmes se concentrent généralement sur les secteurs dont l’impact
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environnemental est visible et souvent pointé du doigt : l’industrie lourde, le sec-


teur aérien, le domaine des transports et de l’énergie, etc. Or les innovations qui
contribuent à permettre à ces secteurs d’améliorer leur performance environne-
mentale ont très souvent en commun leur recours aux technologies de l’informa-
tion. Le secteur TIC se trouve ainsi à l’intersection de deux exigences auxquelles
tous les secteurs sont confrontés : d’une part, la nécessité d’améliorer continuel-
lement leurs processus et d’innover dans leurs produits et services, d’autre part,
de manière tantôt complémentaire, tantôt conflictuelle, les défis environnemen-
taux. Cette position particulière fait de ce secteur un acteur clé pour concilier inno-
vation technologique et respect de l’environnement.
Dans une première partie de cet article, nous mettons en évidence la dimen-
sion stratégique tant de l’innovation que du développement durable. Nous mon-
trons la tension qui peut exister entre ces deux défis stratégiques mais aussi les
nouvelles opportunités d’affaires qu’ouvre une meilleure prise en compte des
enjeux environnementaux. Dans la section suivante, nous mettons en évidence
l’ambiguïté du positionnement environnemental du secteur des TIC. Si, d’une part,
ce secteur joue un rôle clé dans le développement de technologies et d’organisa-
tions plus « vertes », d’autre part, l’omniprésence des TIC rend leur impact envi-
ronnemental considérable. Néanmoins, le secteur TIC lui-même propose des
solutions pour diminuer l’impact environnemental du monde des affaires. C’est ce
que l’on regroupe sous le concept de Green IT. Nous illustrons notre propos de
différents exemples d’applications des TIC, qui mettent également en lumière que
ces solutions peuvent être plus ou moins ambitieuses. Enfin, nous proposons une
typologie de profils d’innovations environnementales, utilisant la théorie des transi-
tions sociotechniques (Geels et Schot, 2007) : transformation, reconfiguration,
substitution technologique et désalignement/alignement. Grâce à cette théorie,
nous mettons en lumière le continuum d’investissements verts existants et l’évolu-
tion toujours incertaine du paysage économique en matière de développement
durable.

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INNOVATION ET RESPECT ENVIRONNEMENTAL SONT-ILS COMPATIBLES ? LE CAS DU SECTEUR DES TIC

2 INNOVATION ET DÉVELOPPEMENT DURABLE :


DES PRÉOCCUPATIONS STRATÉGIQUES
INCONTOURNABLES

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2.1 Innover
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2.1a Entre marché, technologie et société

Depuis les travaux de Joseph Schumpeter en 1934, l’innovation est considérée


comme un, voire le facteur central du soutien et du développement de la compé-
titivité des entreprises (Schumpeter, 1934 ; Tidd et al., 2005 ; Hall et Wagner,
2011). Ce que l’on entend par innovation varie considérablement selon les organi-
sations et les acteurs impliqués. Dans le cadre de cet article, nous adoptons la
définition de l’innovation proposée par la Commission européenne et l’OCDE.
Selon le Manuel d’Oslo (OCDE, 2005, p. 46), « l’innovation est la mise en œuvre
d’un produit nouveau ou sensiblement amélioré (bien ou service), d’un procédé,
d’une nouvelle méthode marketing, ou d’une nouvelle méthode d’organisation des
pratiques de business, de l’organisation du travail ou des relations extérieures ».
Pour espérer rencontrer sa vocation stratégique de facteur de différentiation,
l’innovation doit se situer à l’intersection des trois dimensions suivantes : (1) une
dimension « marché », définissant ce qui est souhaitable pour les utilisateurs en
termes de design et d’expérience satisfaisant leurs besoins, (2) une dimension
« technologique », déterminée par ce qui est possible en termes de technologie et
(3) une dimension sociétale, intégrant ce qui est viable et acceptable par la société.
L’innovation dépasse donc la génération de nouvelles idées ou la dissémination de
connaissances ; il s’agit de générer un changement ou de faire les choses autre-
ment. C’est cet élément de mise en œuvre qui sépare la connaissance et les inven-
tions des innovations (Hendrickson et al., 2011).
Nous nous focalisons ici essentiellement sur les innovations technologiques
étant donné les caractéristiques technologiques du secteur que nous avons choisi
d’étudier. Selon Mentz (1999), une innovation technologique consiste à concevoir
et produire une nouvelle solution découlant d’une connaissance scientifique et
technologique de manière à répondre à un besoin réel ou perçu, à la développer
afin d’en faire un objet viable et productible et enfin à introduire cet objet sur le
marché. Il s’agit donc de la réalisation et de la mise en œuvre d’une invention tech-
nologique.

2.1b L’innovation pour survivre et croître

L’innovation (et particulièrement les changements technologiques, selon l’OCDE


(2005)) permet d’améliorer la performance économique de manière significative via
l’amélioration des produits, des services et des processus mais aussi via l’amélio-
ration des modèles de business et des stratégies marketing (Von Hippel, 1988 ;

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SOPHIE LIÉNART ET ANNICK CASTIAUX

Lengnick-Hall, 1992 ; Grant, 1996 ; Vilanova et Dettoni, 2011 ; Bouglet et al., 2011 ;
Hendrickson et al., 2011). Dans ce contexte, une entreprise qui veut survivre doit
entrer dans le cercle vertueux de l’innovation soit comme leader, en changeant les

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règles du jeu, soit comme imitateur rapide, afin de s’adapter aux changements
technologiques, ainsi qu’à l’évolution des marchés et des modes de concurrence
(Utterback, 1994 ; D’Aveni, 1994 ; Dougherty et Hardy, 1996 ; Lawson et Samson,
2001). Les entrepreneurs innovants cherchent à augmenter la rentabilité de leur
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organisation en transformant les compétences de leur entreprise, en collaborant


avec les clients, les fournisseurs et les concurrents, en adaptant les technologies
et processus existants à des usages nouveaux et en créant des solutions qui
répondent aux besoins des consommateurs. De cette manière, ils induisent un
changement à plus grande échelle qui contribue à la croissance globale. Depuis
peu, cet objectif de croissance est confronté à des questionnements sociaux et
environnementaux. Pour répondre à ceux-ci, l’innovation, comme activité de dyna-
misation de la croissance, est amenée à évoluer.

2.2 Intégrer le développement durable

2.2a Une évolution des règles du jeu

Depuis une ou deux décennies, les entreprises font face à des pressions de plus
en plus importantes de la part des consommateurs, des organismes de contrôle et
de leurs partenaires pour rencontrer des exigences tant environnementales que
sociales. Les externalités négatives causées par les activités industrielles remettent
en question notre système économique et son mode de développement (Freeman,
1996 ; Preuss et Cordoba-Pachon, 2009) principalement basé sur le progrès tech-
nique et l’innovation. Les préoccupations environnementales et sociales modifient
le cadre dans lequel les entreprises évoluent. Ces dernières sont contraintes
d’intégrer le développement durable non seulement dans leurs opérations mais
aussi dans leurs stratégies afin d’assurer leur survie sur le long terme et la protection
de leurs avantages compétitifs (Porter et Kramer, 2006). Un changement fonda-
mental est en marche menant les entreprises vers des modalités de fonctionnement
plus durables (Holliday et al., 2002). La prise de conscience accrue des firmes con-
cernant leur rôle dans les enjeux du développement durable se concrétise dans
différentes initiatives individuelles (e.a. un reporting environnemental quasiment
systématisé) et collectives (comme le World Business Council for Sustainable
Development 3, une association de dirigeants d’entreprise qui veut galvaniser les
modèles d’affaires plus respectueux de l’environnement). Les organisations éco-
nomiques internationales comme l’ONU et l’OCDE ont elles aussi intégré dans
leurs réflexions l’importance de la dimension environnementale 4. Les pays mem-
bres de l’OCDE ont ainsi signé en juin 2009 une « déclaration de croissance
verte », qui reconnaît leur capacité à mener un développement économique tout

3. Voir www.wdcsd.org.
4. Voir www.unep.org et www.oecd.org/env/

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INNOVATION ET RESPECT ENVIRONNEMENTAL SONT-ILS COMPATIBLES ? LE CAS DU SECTEUR DES TIC

en adressant des défis environnementaux urgents. Une « stratégie de croissance


verte » a été mise en place par l’OCDE et publiée en mai 2011. La croissance
verte consiste à favoriser la croissance économique et le développement tout en

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assurant la préservation des ressources naturelles sur lesquelles repose notre
bien-être. Il s’agit aussi de favoriser les investissements et l’innovation qui sous-
tendent la croissance durable et donnent lieu à de nouvelles opportunités écono-
miques. En effet, seuls le développement de solutions radicalement nouvelles et
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la généralisation de bonnes pratiques environnementales parmi les acteurs éco-


nomiques permettent d’espérer faire face à l’épuisement progressif des res-
sources non renouvelables sur lesquelles repose une partie importante de notre
économie. La stratégie de croissance verte consiste à (1) améliorer la gestion des
ressources et stimuler la rentabilité et l’efficience des activités ; (2) encourager
l’implantation d’une activité économique à l’endroit le plus avantageux pour la
société sur le long terme ; et (3) développer de nouveaux moyens pour que les
entreprises et la communauté puissent atteindre ces objectifs (Hendrickson et
al., 2011).

2.2b Des opportunités nouvelles

Si les exigences environnementales et sociales du développement durable remet-


tent en question les modalités de développement de notre société, elles peuvent,
en changeant les règles du jeu, constituer de nouvelles opportunités de dévelop-
pement pour les entreprises qui les prennent en compte. Prendre en compte
l’environnement dans sa stratégie et ses opérations est une manière de se diffé-
rencier des concurrents et permet de mieux se préparer aux exigences crois-
santes de la société en la matière. Les entreprises peuvent décider volontairement
de contribuer à l’amélioration de la société et à la protection de l’environnement.
Souvent, cependant, elles sont amenées à incorporer les exigences du dévelop-
pement durable dans leur stratégie suite aux diverses pressions venant des auto-
rités locales, des instances supranationales et surtout des citoyens, leurs clients
(Demazière, 2007).
Dans le cadre de cet article, nous allons nous concentrer sur les aspects envi-
ronnementaux du développement durable. La majorité des initiatives des entre-
prises dans le domaine environnemental vise l’efficience des opérations, en
diminuant le coût des intrants (les ressources consommées) et en limitant les
déchets produits. La raréfaction des ressources et l’augmentation consécutive
des coûts, la dépendance vis-à-vis de pays fournisseurs instables et l’impact envi-
ronnemental important de la consommation de ressources non renouvelables,
sont autant de facteurs qui poussent les entreprises à adopter des solutions inno-
vantes. En particulier, de nombreux projets visent l’amélioration de performances
énergétiques. En effet, le volet énergétique constitue la préoccupation majeure du
monde occidental. Dans son récent rapport sur la responsabilité sociétale, mené
auprès de 510 entreprises belges tous secteurs confondus, Business & Society 5

5. http://www.businessandsociety.be/

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SOPHIE LIÉNART ET ANNICK CASTIAUX

constate que plus de deux tiers des répondants estiment tenir compte des
aspects environnementaux quand ils développent de nouveaux produits ou ser-
vices et 35 % des répondants travaillent déjà dans une perspective d’amélioration

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continue au niveau de la réduction de la consommation énergétique (Business &
Society Belgium, 2011).
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2.3 La durabilité environnementale :


facteur clé de l’innovation
Au vu des pressions environnementales, seule une démarche d’innovation inté-
grant la dimension environnementale permet aux entreprises d’explorer de nou-
velles opportunités de croissance durable (Porter et van der Linde, 1995a, 1995b ;
Hall et Vredenburg, 2003 ; Hart et Sharma, 2004 ; Ayuso et al., 2011). Plusieurs
recherches affirment que l’innovation, perçue comme un facteur endogène, doit
amener le développement de nouvelles ressources ou de nouvelles combinaisons
de ressources et de routines qui offriront aux entreprises un avantage concurren-
tiel à long terme (Mc Williams et Siegel, 2000 ; Hart et Sharma, 2004 ; Hall et
Wagner, 2011). Certaines entreprises considèrent la durabilité comme étant le
nouveau défi du potentiel innovant de la firme (Nidumolu et al., 2009 ; Faucheux et
Nicolai, 2011) et anticipent les enjeux stratégiques qui y sont liés. Selon Nidumolu
et al. (2009, p. 4), « la quête de la durabilité est déjà en train de transformer le pay-
sage concurrentiel, ce qui va forcer les entreprises à changer la manière dont elles
réfléchissent à propos des produits, des technologies, des processus et des
modèles d’affaires. La clé du progrès, particulièrement en temps de crise, est
l’innovation. »
Ceci demande cependant de modifier la conception du rôle de l’innovation au
niveau de la firme. L’innovation a été considérée depuis Schumpeter comme un
levier de productivité et de croissance de la firme et une façon de maintenir sa
compétitivité. Face aux défis environnementaux, l’innovation doit veiller à créer de
la valeur pour l’entreprise et ses parties prenantes internes et externes (notamment
ici les parties prenantes ayant des préoccupations environnementales) (Senge et
Carstedt, 2001). Cependant, cette évolution de l’envergure de l’innovation ne doit
pas compromettre la santé financière et la croissance de la firme (Steiner, 2008).
Réconcilier des impératifs économiques de court-terme avec des exigences envi-
ronnementales de long-terme à travers une stratégie d’innovation appropriée n’est
pas si simple (Olson, 2008).
Nidumolu et al. (2009) ont étudié les initiatives de durabilité environnementale
mises en place par trente entreprises pendant un certain temps et ont montré que le
développement durable est le talon d’Achille des innovations organisationnelles et
technologiques. Ils prétendent que respecter des contraintes environnementales
réduit les coûts supportés par les entreprises car cela diminue l’utilisation des
matières premières. En outre, le processus engendre des revenus additionnels en
générant des produits plus respectueux de l’environnement, ou encore il permet aux
entreprises de créer de nouvelles opportunités d’affaires. Mais d’autres chercheurs
restent sceptiques. Selon eux, la prise en compte de préoccupations environne-

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INNOVATION ET RESPECT ENVIRONNEMENTAL SONT-ILS COMPATIBLES ? LE CAS DU SECTEUR DES TIC

mentales va éroder la compétitivité et mener à des coûts plus importants, sans


toutefois délivrer des bénéfices financiers immédiats (Palmer et al., 1995 ; Cerin et
Karlson, 2002) ; ils craignent que la prise en compte de considérations vertes ne

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freine le potentiel innovant de l’entreprise.

3 RÔLE CLÉ DES TECHNOLOGIES DE


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L’INFORMATION POUR L’INNOVATION


ET LA DURABILITÉ ENVIRONNEMENTALE

Après avoir abordé les sujets de l’innovation technologique et de la durabilité envi-


ronnementale, nous présentons maintenant le contexte sectoriel auquel nous
nous intéressons et montrons que l’innovation (tout particulièrement technologique)
et l’environnement sont des préoccupations capitales dans ce secteur, qui, à son
tour, joue un rôle clé dans leur réconciliation.

3.1 Omniprésence des technologies de l’information

Le secteur des technologies de l’information et de la communication (TIC) est


devenu l’un des secteurs les plus importants au monde. Six entreprises de ce sec-
teur faisaient partie en avril 2012 du classement Forbes 6 des 25 entreprises ayant
la plus grande valeur de marché (Apple étant la première). De plus, la capacité
d’une entreprise d’un autre secteur à s’approprier intelligemment les TIC semble
être un facteur clé de performance (Bharadwaj et al., 1999 ; Stoel et Muhanna,
2009), une augmentation significative de l’investissement des firmes en TIC allant
souvent de pair avec une amélioration de leur position concurrentielle (McAfee et
Brynjolfssen, 2008 ; Dao et al., 2011).
Les principaux domaines d’activité de ce secteur sont l’acquisition, le traite-
ment, le stockage et la dissémination d’information basés sur la combinaison
microélectronique d’informatique et de télécommunications (Longley et Shain,
2012). Cela inclut le software et le hardware, les systèmes d’information, les lan-
gages de programmation etc. Les TIC améliorent en général l’efficience des opé-
rations et promeuvent des modèles d’affaires où les transferts d’information, la
distribution des ressources et la mobilité des travailleurs sont des valeurs clés
(ICC 7, 2010). Les TIC ont envahi toutes les dimensions du monde des affaires et
permettent à l’entreprise utilisatrice de développer de nouvelles capacités afin de
faire face à un environnement hyper-compétitif. Les entreprises pourraient donc
difficilement s’en passer.

6. Voir www.forbes.com/global2000/
7. Chambre Internationale du Commerce.

83
SOPHIE LIÉNART ET ANNICK CASTIAUX

3.2 Préoccupations environnementales au sein du


secteur des TIC

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En raison du rôle central que les TIC et leurs applications jouent dans l’entreprise,
la manière dont les firmes de ce secteur opèrent, intégrant ou non la dimension
environnementale, intéresse de plus en plus les chercheurs (Dao et al., 2011 ;
Mahaux et al., 2011). En effet, les TIC ont un impact non négligeable sur l’environ-
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nement (Sayeed et Gill, 2008), non seulement en tant que secteur, mais aussi
parce que le développement d’applications TIC a généré des changements signi-
ficatifs de comportements individuels et organisationnels (manières de travailler,
communiquer, voyager, jouer, etc.) qui, à leur tour, ont un impact sur l’environne-
ment. Tant au niveau de la fabrication que de la fin de vie des composants électro-
niques, le bilan environnemental est lourd. L’intensité en ressources (essentiellement
non renouvelables) d’une puce électronique est de 16000:1 MIPS 8. À titre comparatif,
elle est de 100:1 pour un ordinateur et de 54:1 pour une voiture. L’élimination des
composants électroniques pose aussi problème. On estime à 75 milliards de kilos
la quantité de DEEE 9 en 2014. En vingt ans, la durée de vie des appareils TIC a été
divisée par quatre suite à différents facteurs d’obsolescence. Ces appareils sont
en effet de moins en moins souvent réparés, recyclés ou reconditionnés (Bordage,
2011a). Il existe donc des enjeux considérables de production informatique plus
respectueuse de l’environnement. Par exemple, il est relativement facile d’ajouter
de la mémoire sur une machine existante ou d’acheter un disque dur plutôt que
d’acheter une nouvelle machine. Cependant, ceci remet en question le modèle
économique actuel du secteur (Frischknecht et Lambelet, 2010).
En outre, les TIC génèrent près de 3 % des émissions anthropiques 10 globales
de gaz à effet de serre, ce qui équivaut aux émissions de toute l’industrie de l’aviation
civile. 25 % de ces émissions sont liées à la fabrication de technologies TIC et
75 % concernent leur usage. La contribution des TIC aux émissions anthropiques
est même susceptible d’augmenter de 3 % actuellement à 6 % en 2020 étant
donné la disponibilité croissante des technologies informatiques, ainsi que l’aug-
mentation du nombre de clients et de leurs besoins en termes de débit, de traite-
ment et de stockage d’information (Essec, 2009 ; IPCC, 2011).
Tout en ayant à l’esprit la proportion de gaz à effet de serre générée par ce
secteur, il faut être conscient qu’il est également directement responsable
d’environ 40 % de la croissance totale du produit intérieur brut des pays de
l’OCDE (OCDE, 2011). D’autre part, les applications TIC ont le potentiel de réduire
la consommation énergétique liée aux 97 % d’émissions carbone restantes (ICC,
2010). Les TIC constituent donc une partie du problème mais aussi une grande
partie de la solution puisqu’elles permettent de réduire l’empreinte carbone des
utilisateurs, c’est-à-dire la quantité totale de gaz à effet de serre nécessaire pour
supporter les activités humaines directes et indirectes, exprimée en tonnes

8. MIPS signifie Material Input per Service Unit. Il s’agit du rapport du poids des matières premières
brutes par rapport au produit fini (www.ecoguide-it.com/mips-433233).
9. Déchets d’équipements électriques et électroniques.
10. Émissions de CO2 dues aux activités humaines.

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INNOVATION ET RESPECT ENVIRONNEMENTAL SONT-ILS COMPATIBLES ? LE CAS DU SECTEUR DES TIC

d’équivalents CO2 (Hart, 1997 ; Molla, 2008, 2009a, 2009b). Selon une étude menée
par le GeSI 11 en 2008, si elles sont déployées de manière stratégique dans les pro-
cessus d’affaires, les TIC ont le potentiel de réduire les émissions globales de CO2

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de 15 % d’ici à 2020, c’est-à-dire presque cinq fois plus que leur propre empreinte
carbone (The Climate Group, 2008, p. 6 ; Olson, 2008). Les TIC sont donc à la fois
au centre et à l’origine du développement de solutions durables (Anderson et Mar-
kides, 2006 ; The Climate Group, 2008 ; Hack, 2011).
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Dans le cadre de notre interrogation sur la conciliation de l’innovation et du


développement durable, le secteur des TIC offre un cadre de recherche très intéres-
sant pour plusieurs raisons. Tout d’abord, il s’agit d’un secteur fondant son succès
sur l’innovation technologique. Étant donné leurs caractéristiques high-tech, les
firmes TIC sont poussées à innover constamment afin de rester concurrentielles
dans un environnement en perpétuel changement. Ensuite, comme nous venons
de le voir, ce secteur est au cœur de défis environnementaux. Les activités TIC
génèrent des externalités négatives pour la planète mais l’innovation peut être vue
comme une opportunité d’explorer de nouvelles solutions pour atteindre les exi-
gences de durabilité verte. Enfin, ces enjeux d’innovation dépassent largement le
secteur lui-même : les TIC jouent un rôle primordial dans l’élaboration de solutions
durables soit en tant que composante principale, soit en tant que facilitateur de la
mise en place d’une solution durable plus globale.

3.3 Les TIC au service de la durabilité


environnementale : typologie
Les concepts de (1) Green IT et de (2) IT for Green se situent au confluent de deux
révolutions : la révolution des technologies de l’information et la révolution environ-
nementale (Essec, 2009). Cette classification permet de distinguer d’une part le
Green IT (ou green for IT), ce qu’on pourrait appeler la « verdisation » des techno-
logies TIC, et d’autre part, l’IT for Green, c’est-à-dire l’utilisation des technologies
TIC pour « rendre plus vert » les processus d’une entreprise faisant partie du sec-
teur TIC ou non. On pourrait donc parler de Green IT interne ou externe. Une autre
classification plus détaillée, basée sur la terminologie empruntée au Web permet
de distinguer trois groupes de Green IT : le Green IT 1.0, le Green IT 1.5 et le
Green IT 2.0 12. Étant donné que le Green IT a fait l’objet de relativement peu de
recherches scientifiques jusqu’à présent, outre le fait de nous inspirer de la littéra-
ture académique (Sayeed et Gill, 2008 ; Molla, 2008, 2009a, 2009b ; Faucheux et
Nicolai, 2011), nous avons également puisé dans la littérature business (Gartner,

11. Global e-Sustainability Initiative.


12. Cette typologie a été développée par F. Bordage (GreenIT.fr) en collaboration avec de nombreux
acteurs du monde de l’entreprise en France. D’autres sociétés de conseil (Forrester et Gartner) ne
distinguent pas Green IT 1.5 et Green IT 2.0. Nous attirons l’attention du lecteur sur le fait que ces
dénominations peuvent induire en erreur. D’une part, elles pourraient évoquer des générations de
Green IT successives, ce qui n’est pas le cas ici. D’autre part, le concept 2.0 en informatique est
lié à une dimension collaborative qui n’est pas nécessairement présente dans le Green IT 2.0. Voir
une discussion sur ce sujet à la référence suivante : http://www.greenit.fr/article/acteurs/green-it-
tentative-de-definition-1646.

85
SOPHIE LIÉNART ET ANNICK CASTIAUX

2007 ; Info-Tech, 2009 ; Baroudi, 2009 ; EuroGreen IT, 2010) afin de construire
nos définitions des types de Green IT existants. Nous illustrons chacun des trois
types de Green IT (de manière non exhaustive) en mettant en évidence le rôle clé

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joué par les TIC dans chaque cas.

3.3a Green IT 1.0


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Le Green IT 1.0 consiste à réduire l’empreinte écologique 13 des technologies de


l’information. Dans le cas d’une firme du secteur TIC, cela consiste à systématique-
ment appliquer des exigences de durabilité environnementale 14 au cycle de vie
(design, production, approvisionnement, utilisation et élimination) de l’infrastructure
technique IT ainsi que dans les modalités d’utilisation et de gestion de cette infras-
tructure technologique. Cette catégorie fait donc référence au Green IT tel que
brièvement décrit plus haut.

Illustration du Green IT 1.0


Les centres de traitement de données (datacenters) sont des systèmes physiques qui
regroupent les constituants du système d’information de la firme (dont les serveurs).
Aujourd’hui, on s’attend à une demande de plus en plus importante en termes de surface
de stockage de données (+23 % entre 2010 et 2014). Cette densification nécessite une
importante consommation électrique et augmente aussi les besoins de refroidissement.
Dans certains secteurs, les datacenters sont responsables de 30 à 40 % de la consom-
mation énergétique totale de l’entreprise (O’Connor, 2008). Afin de rendre les datacenters
plus respectueux de l’environnement, plusieurs mesures peuvent être mises en place.

Tout d’abord, la couche logicielle joue un rôle de levier dans ce cas-ci car elle influence les
besoins en supports matériels et donc les besoins en refroidissement. Afin de supprimer les
KWh informatiques inutiles, les données peuvent être dédupliquées et compressées.

Ensuite, l’infrastructure informatique peut être optimisée en augmentant le taux d’occupa-


tion des serveurs grâce à la virtualisation. La plupart du temps, les serveurs ne sont pas
utilisés à leur pleine capacité. La virtualisation permet de consolider au sein d’un même
serveur physique plusieurs serveurs virtualisés et d’exécuter ainsi plusieurs systèmes
d’exploitation et plusieurs applications de façon autonome sur un seul serveur physique.
Ceci permet de réduire les coûts, d’accroître l’efficacité énergétique et de diminuer les be-
soins en matériel. Augmenter le taux d’occupation des serveurs de 15 à 30 % permet de
diminuer de moitié la quantité de serveurs nécessaires (O’Connor, 2008).

Enfin, il est possible de réduire les besoins en climatisation des datacenters en amenant l’air
froid au plus près des sources chaudes et en isolant les allées chaudes et froides afin de per-
mettre un refroidissement de précision mais aussi en augmentant la température globale de
fonctionnement des serveurs de plusieurs degrés (de 18 jusqu’à 27 °C), ce qui permet de
réduire la consommation électrique globale dans le cas d’un datacenter équipé de free-coo-
ling (c’est-à-dire d’un système de refroidissement qui a moins fréquemment recours à une
pompe à chaleur, très énergivore, mais utilise l’air extérieur pour refroidir les équipements 15).

13. Mesure de la pression qu’exerce l’homme sur la nature correspondant à la surface productive
nécessaire à une population pour répondre à sa consommation de ressources et à ses besoins
d’absorption de déchets.
14. Réduction de la consommation énergétique, utilisation de technologies propres, gestion des
déchets…
15. http://www.ecoinfo.cnrs.fr/spip.php?article143.

86
INNOVATION ET RESPECT ENVIRONNEMENTAL SONT-ILS COMPATIBLES ? LE CAS DU SECTEUR DES TIC

3.3b Green IT 1.5

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Le Green IT 1.5 consiste à réduire l’empreinte écologique de l’organisation phy-
sique de l’entreprise, que cette entreprise appartienne au secteur informatique ou
non. Cette catégorie fait référence à l’IT for Green tel que décrit plus haut.
Les TIC permettent en effet d’optimiser la manière dont les gens communi-
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quent (téléphonie, dématérialisation), travaillent (télétravail, visioconférence, smart


work centers, etc.) ou se déplacent (covoiturage, voitures partagées).

Illustrations du Green IT 1.5


(1) Le télétravail et les smart work centers permettent de diminuer sensiblement les dé-
placements des employés (en termes de distance et de temps) et donc leurs émissions
de gaz à effet de serre. Les smart work centers sont des centres d’affaires disposant de
toute l’infrastructure de bureau et localisés souvent à faible distance des quartiers rési-
dentiels. Grâce à l’utilisation des technologies informatiques, tous les processus de travail
sont assurés. L’employeur peut ainsi proposer plus de flexibilité au travailleur, qui, en rai-
son de déplacements réduits, démontre une productivité accrue.

(2) D’autre part, près de 50 % des émissions de gaz à effet de serre relatives à l’industrie
des services sont causées par les voyages d’affaires, qui, outre le coût énergétique, re-
présentent aussi un coût financier et souvent, un coût en termes de productivité du tra-
vailleur fatigué. La plupart du temps, ces voyages pourraient être remplacés par des
visioconférences (Frischknecht et Lambelet, 2010). Celles-ci combinent deux technolo-
gies TIC : la visiophonie qui permet de voir et de communiquer avec son interlocuteur à
travers un écran et la conférence multipoints qui permet de réaliser une réunion avec
deux terminaux ou plus.

3.3c Green IT 2.0

Le Green IT 2.0 fait référence à l’intégration des TIC dans d’autres industries
(exemples : construction, transport, logistique, énergie, etc.) via le développement
de systèmes d’information ou d’outils analytiques. En permettant aux entreprises
de bénéficier de plus de flexibilité et de systèmes informatiques intelligents capa-
bles de mesurer et réguler les consommations énergétiques, le Green IT 2.0 a la
capacité de réduire l’empreinte écologique de ces industries en générant un chan-
gement structurel au cœur même de leur modèle d’affaires via la réorganisation et
l’optimisation des processus métier, des opérations et de l’organisation de l’entre-
prise (Bordage, 2011b ; Marchand, 2012). De ce fait, cette catégorie est beau-
coup plus ambitieuse que les deux précédentes, qui sont, elles, focalisées sur les
dimensions techniques et organisationnelles de l’entreprise.
Cette catégorie peut faire référence soit à l’IT for Green soit au Green IT for
Green. En effet, les outils TIC utilisés pour réduire l’empreinte écologique de
l’entreprise considérée peuvent être soit gris 16, soit verts. Si l’on parle d’IT for
Green, cela signifie que même si l’outil informatique utilisé est gris et laisse donc

16. Un outil « gris » n’est pas optimisé en lui-même d’un point de vue environnemental.

87
SOPHIE LIÉNART ET ANNICK CASTIAUX

une empreinte écologique, il offre l’opportunité de diminuer suffisamment l’empreinte


écologique de l’entreprise dans lequel il est employé de manière à obtenir un bilan
total plus vert. Si l’on parle de Green IT for Green, l’outil informatique utilisé est vert.

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Il permet donc à la fois de réduire les émissions de gaz à effet de serre relatives au
secteur TIC mais aussi relatives à l’entreprise dans laquelle la technologie informa-
tique est utilisée.
Comme illustré ci-dessous, grâce aux technologies de l’information, une ges-
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tion intelligente des infrastructures est possible. Sur base de mesures d’indicateurs,
les systèmes intelligents détectent et gèrent les exceptions de fonctionnement.

Illustrations du Green IT 2.0


(1) Smart buildings : Lors de la construction de nouveaux bâtiments ou la rénovation
d’anciens bâtiments, des capteurs intelligents sont intégrés sur le réseau électrique ou en
tout autre point d’intérêt pour mesurer différents paramètres (présence de personnes, dif-
férences de température, équipements en activité...) et optimiser de cette manière la con-
sommation énergétique du bâtiment (chauffage, éclairage, installations informatiques,
etc.). Dans ce cas-ci, il est intéressant de noter que si les capteurs intelligents utilisés sont
produits de manière verte (voir ci-dessus), on peut parler de Green IT for Green lorsque
l’on fait référence à ces capteurs.

(2) Smart energy grids : Un réseau électrique intelligent consiste en un ensemble d’outils
hardware ou software permettant aux générateurs électriques de fournir de l’énergie de
manière plus efficace (Faucheux et Nicolai, 2011) en prévoyant la localisation temporelle
et spatiale des pics de consommation sur base d’une série de paramètres (météo, pério-
des de vacances, présence d’équipements alternatifs comme les panneaux photovoltaï-
ques privés...), ce qui permet donc de pouvoir répondre aux demandes des
consommateurs en temps réel tout en évitant les surplus de production d’énergie.

(3) Smart garbage collection : À l’aide de capteurs placés sur les collecteurs de verre,
qui permettent de mesurer le taux de remplissage des collecteurs, les tournées de ramas-
sage des déchets sont optimisées.

La classification précédente et les illustrations (liste non exhaustive) que nous


avons proposées montrent que les TIC sont vecteurs d’opportunités de différents
types lorsqu’il est question d’investissement environnemental : opportunités
internes lorsque l’entreprise se concentre sur la « verdisation » de ses équipements
TIC, opportunités périphériques lorsque l’entreprise se focalise sur la « verdisation »
des fonctions de support à son activité principale et enfin, opportunités externes
lorsque l’intelligence TIC permet de rendre plus verts des secteurs autres que les
TIC. La figure 1 classe ces profils suivant deux dimensions : l’impact sur la stra-
tégie de l’entreprise concernée et la création de valeur pour la firme. Elle montre
qu’une entreprise TIC peut choisir un développement environnemental modifiant
plus ou moins fort son modèle d’affaires (i.e. sa manière de créer de la valeur) et
remettant plus ou moins en question sa stratégie. Lorsque l’entreprise développe
des projets Green IT 1.0, elle tente de réduire son empreinte écologique et d’amé-
liorer son efficience (i.e. le rapport entre les résultats obtenus et les ressources
utilisées). Dans cette intention, elle met en place des solutions techniques qui
n’ont pas nécessairement d’impact sur sa stratégie et la création de valeur de la
firme dans ses produits et services. Lorsque l’entreprise développe des solutions

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INNOVATION ET RESPECT ENVIRONNEMENTAL SONT-ILS COMPATIBLES ? LE CAS DU SECTEUR DES TIC

Green IT 2.0, les processus d’affaires et la stratégie d’entreprise sont modifiés de


manière assez radicale. Cette réorganisation stratégique est potentiellement généra-
trice de valeur ajoutée supplémentaire pour l’entreprise.

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Cette classification montre l’influence de réflexions vertes sur la stratégie des
entreprises, mais ne permet cependant pas de déterminer l’impact environne-
mental de ces stratégies plus ou moins radicales tant au sein de l’entreprise qu’au
delà, de manière plus systémique. C’est ce que nous allons étudier dans la pro-
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chaine section.

Figure 1 : Types de Green IT (adapté de Bordage, 2011b)

DEEE : Déchets d’Equipements Electriques et Electroniques


RSE : Responsabilité Sociale de l’Entreprise
REACH : Registration, Evaluation, Authorisation and Restriction of Chemical substances
(réglementation européenne sur l’utilisation sécurisée des substances chimiques, voir http://
ec.europa.eu/environment/chemicals/reach/reach_intro.htm)

4 PROFILS GREEN IT
S’il existe un panel de solutions durables de Green IT, les firmes ont des compor-
tements très différents à l’égard du Green IT, ce qui reflète la manière dont elles
acceptent et intègrent les exigences environnementales et plus spécifiquement du
Green IT dans la conduite de leurs activités. Ceci se reflète tant dans leurs objectifs
stratégiques, comportant ou non une dimension environnementale, que dans les
moyens qu’elles mettent en œuvre pour atteindre ce volet environnemental.
Le contexte dans lequel les firmes technologiques évoluent est assimilable à
un régime sociotechnique auquel elles doivent s’adapter, dans lequel tant le chan-
gement technologique que les conditions sociétales jouent un rôle important. Ces
régimes sociotechniques et les chemins de transition (transition pathways) qu’ils

89
SOPHIE LIÉNART ET ANNICK CASTIAUX

induisent auprès des acteurs économiques ont été étudiés par les sociologues de
l’innovation. Dans cette littérature, nous avons choisi d’utiliser la typologie de tran-
sition proposée par Geels et Schot (2007) que nous détaillons dans le tableau 1.

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En effet, les évolutions que ces auteurs proposent correspondent idéalement aux
comportements que nous avons pu observer sur le terrain et au travers des études
de cas répertoriées dans la littérature.
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Tableau 1 : Chemins de transition entre régimes sociotechniques


(traduit et adapté de Geels et Schot, 2007, p. 414)

Chemin Acteurs principaux Type d’interactions


de transition

Transformation Acteurs du régime et Critique externe. Les acteurs établis ajustent


groupes externes les règles du régime (objectifs, principes directeurs...)
(mouvements sociaux)

Substitution Firmes établies contre De nouveaux venus développent des innovations,


technologique nouvelles firmes qui entrent en concurrence avec les technologies
du régime

Reconfiguration Acteurs du régime et Les acteurs du régime adoptent des innovations


fournisseurs de composante développées par de nouveaux
fournisseurs. Il y a une concurrence entre anciens
et nouveaux fournisseurs

Désalignement/ Nouveaux acteurs Des changements structurels créent des pressions


Alignement de niche importantes sur le régime. Les firmes établies perdent
la confiance de leurs clients. De nouveaux entrants
accroissent la compétition pour les ressources et
questionnent la légitimité des firmes établies.
Finalement, une innovation gagne, menant
à un nouveau régime.

Les projets d’innovation Green venant du secteur des TIC contribuent de manière
très variable au développement durable et sont plus ou moins avancés dans une
transition entre le régime ancien et le nouveau régime où la question environne-
mentale devient stratégique. Nous pouvons ainsi distinguer trois profils de firmes
selon leur degré d’investissement dans la dimension environnementale des projets
et l’intégration de cette dimension dans leur stratégie : les firmes « responsables »,
les firmes « efficientes » et les firmes « différenciées ».

4.1 Les « responsables »


Ces entreprises sont des firmes établies qui sont confrontées à l’évolution de la
législation environnementale et/ou aux pressions de parties prenantes diverses les
entourant. Face à ces contraintes externes, elles ajustent leur comportement et
modifient leurs modalités de communication afin de rencontrer les attentes légales

90
INNOVATION ET RESPECT ENVIRONNEMENTAL SONT-ILS COMPATIBLES ? LE CAS DU SECTEUR DES TIC

ou commerciales. Si elles sont suffisamment puissantes, elles peuvent également


imposer leurs nouvelles pratiques comme référence, ce qui ne modifie pas le régime
sociotechnique en place, mais l’ajuste aux contraintes. Ce type de comportement

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contribue à une transition de type « transformation » du régime existant (Geels et
Schot, 2007), par accumulation de petits changements, mais ne cherche pas stra-
tégiquement cette transformation. Les projets Green IT 2.0 qui visent une mise en
conformité des installations d’une entreprise par rapport à de nouvelles normes,
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en installant des systèmes de détection et de surveillance de paramètres environ-


nementaux, comme la consommation énergétique, sont dans cette ligne. Ils ne
remettent pas en question le régime établi et ne questionnent pas la pertinence
des processus d’affaires existants. Ils ne permettent pas non plus d’envisager de
nouvelles opportunités d’affaires intégrant l’environnement comme élément stra-
tégique de différenciation. Quel que soit le type de projet concerné (selon la typo-
logie de la figure 1), les firmes en question ne cherchent pas à en tirer un nouveau
positionnement ou une valeur ajoutée.
Le risque de ce positionnement très défensif est l’arrivée sur le marché de nou-
veaux entrants allant beaucoup plus loin dans la réflexion environnementale, en
proposant des technologies plus en accord avec les exigences de la société. Nous
serions alors dans un chemin de « substitution technologique » par rapport au
régime existant (Geels et Schot, 2007). Les firmes établies qui se seraient limitées
à un comportement responsable réactif ou adaptatif se retrouveraient alors en
mauvaise position face à ces nouveaux concurrents.

4.2 Les « efficientes »

Ces entreprises ont compris que les enjeux environnementaux leur offraient
l’opportunité de repenser leur organisation de manière à limiter leur consommation
en ressources et leur production de déchets. La mise en œuvre de tels projets de
réorganisation est ambitieuse et nécessite des investissements lourds. Elle exige
généralement de faire appel à des fournisseurs spécialisés dans la ré-ingénierie
des processus et dans les technologies correspondantes. Parmi les fournisseurs
potentiels, ceux qui auront démontré leur focalisation sur les enjeux environne-
mentaux seront préférés. Nous nous situons donc sur un chemin de
« reconfiguration » (Geels et Schot, 2007) du régime actuel. La bataille concurren-
tielle a lieu davantage au niveau des fournisseurs. Les anciens fournisseurs qui
n’auront pas intégré les nouvelles exigences seront en mauvaise position. Les pro-
jets mis en place dans ce cadre intègrent tant des solutions Green IT 2.0 de ges-
tion optimisée des processus que des solutions Green IT 1.0 où l’attention sera
portée sur l’utilisation d’équipements moins consommateurs en énergie et plus
facilement recyclables, par exemple.

91
SOPHIE LIÉNART ET ANNICK CASTIAUX

4.3 Les « différenciées »

Les entreprises qui mènent des projets de type « SMART 17 » (Doran, 1981), comme

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la mobilité intelligente ou les villes intelligentes, s’investissent dans des démarches
ambitieuses et à long terme. Elles se distinguent de leurs concurrents par une stra-
tégie se focalisant sur les opportunités liées aux défis environnementaux. Elles
essaient de construire des infrastructures et des concepts radicalement nouveaux.
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Dans ce but, elles combinent les trois types de Green IT mentionnés à la figure 1.
Ces projets sont généralement complexes et demandent l’association de multiples
acteurs ayant des compétences complémentaires. Il s’agit aussi de mobiliser diffé-
remment les compétences et les ressources des partenaires, en étant créatif et coo-
pératif. Si tous les partenaires du projet (firmes, associations, gouvernement et
autres) ne sont pas convaincus de l’intérêt d’investir dans le projet, il sera aban-
donné avoir même d’avoir commencé. Les entreprises qui s’engagent dans de tels
projets doivent donc être capables d’évaluer la motivation et la maturité de leurs par-
tenaires par rapport à la démarche : les futurs utilisateurs sont-ils prêts ? Les auto-
rités publiques, impliquées de facto dans les projets de mobilité ou d’urbanisme
verts, veulent-elles investir ? Etc. Ces projets tracent le chemin d’une évolution radi-
cale où les intervenants sont multiples : anciens acteurs et nouveaux acteurs cons-
truisent ensemble une vision autre du futur. Nous pouvons assimiler ces projets au
chemin d’« alignement / désalignement » (Geels et Schot, 2007) entre un ancien et
un nouveau régime. Peu de projets sont arrivés à ce niveau de maturité. La transition
entre régimes ancien et nouveau n’est assurément pas consommée.

5 CONCLUSION
Que ce soit de manière interne (Green IT 1.0), périphérique (Green IT 1.5) ou
externe (Green IT 2.0), les TIC jouent un rôle significatif dans la quête de solutions
respectueuses de l’environnement. Elles fournissent les outils de détection et de
suivi de paramètres environnementaux. Elles permettent aussi de repenser des
processus d’affaires, pour les rendre plus efficients, notamment en matière de
consommation énergétique. Elles sont enfin à la base de visions innovantes et
créatives de notre futur, tant en matière d’habitat que de mobilité.
Les défis environnementaux sont générateurs de nouvelles opportunités d’affaires
pour les entreprises du secteur TIC. Au-delà de ce secteur, les technologies qu’il
développe offrent à d’autres firmes des outils d’amélioration continue voire d’inno-
vation, les rendant plus efficientes mais aussi plus aptes à gérer à plus ou moins
long terme les exigences croissantes en matière environnementale.
Cependant, si ces technologies et les entreprises qui les développent ont le
potentiel de faire évoluer notre société d’un régime où l’environnement n’occupe pas
une place prépondérante vers un régime radicalement différent, de tels changements
nécessitent la participation de l’ensemble des parties prenantes concernées : entre-
prises technologiques, autorités publiques et citoyens.

17. L’acronyme « S.M.A.R.T. » signifie, en ce qui concerne des objectifs de développement de projet,
« specific », « measurable », « achievable », « relevant » et « timely ».

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INNOVATION ET RESPECT ENVIRONNEMENTAL SONT-ILS COMPATIBLES ? LE CAS DU SECTEUR DES TIC

RÉFÉRENCES

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