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MODELISATION DES EFFORTS DANS LES FONDATIONS

PROFONDES PAR PRISE EN COMPTE DES EFFETS DE COUPLAGE


RADIER-SOL

Halidou Niandou, Denys Breysse

CDGA. – Université Bordeaux I – Avenue des Facultés - 33405 Talence Cedex h.niandou@cdga.u-bordeaux1.fr,
d.breysse@cdga.u-bordeaux1.fr

RESUME. Les désordres dans les fondations constituent l’une des pathologies les plus fréquentes en construction. Les
fondations profondes ne sont pas exemptes de tels problèmes. Le dimensionnement usuel d’un ensemble radier – pieux repose
sur le calcul des efforts pondérés dans chaque pieu, en tenant compte des positions de chaque pieu. En fait, le radier n’est
pas infiniment rigide et sa flexibilité, sur sol hétérogène, provoque une redistribution des efforts dans les pieux .Nous
considérons un radier fondé sur pieux verticaux à espacement régulier et étudions comment, en fonction de la variabilité
spatiale des propriétés du sol et de la flexibilité du radier, des redistributions peuvent s’opérer entre pieux. Les paramètres
de l’étude sont : les rigidités respectives du radier (épaisseur) et du sol (module) ; la variabilité des propriétés du sol. La
prise en compte d’une rigidité équivalente k de pieu (reliant l’effort exercé au tassement en tête) permet de ramener le
problème à celui d’une poutre continue sur appuis discrets élastiques. Les simulations numériques (technique de Monte
Carlo) permettent d’estimer la distribution statistique des efforts dans les pieux, des moments dans le radier, des tassements
absolus et différentiels et de les comparer à des solutions de référence : radier infiniment rigide ; radier reposant sur des
pieux infiniment rigides ; pieux déformables et sol homogène.

MOTS-CLÉS : interaction sol-structure, variabilité spatiale, radier, fondations profondes, longueur de corrélation, pieux.

ABSTRACT. The disorder in foundations constitute one of the most pathologies frequent in building operations. Deep
foundations are not free from these problems. The usual calculation of a slab-piles system is based on the calculation of
efforts in every pile. In reality, the slab is not infinitely rigid and its flexibility, on heterogeneous soil, produces a
redistribution of the efforts in the piles. We study how, according to the spatial variability of soil properties and to the
flexibility of the slab, redistributions can take place between piles. The parameters of the study are : the respective stiffness of
the slab (depth) and the soil (module) ; the variability of the soil properties (magnitude and scale of fluctuation). Taking
()
elastic stiffness of the pile k into account (linking axial load and settlement at the head) allow to reduce the problem at
continuous beam upon discrete elastics supports. Numerical simulations (Monte-Carlo simulations) allow to estimate the
statistical distribution of efforts in piles, bending moments in slab, settlements and to compare them with some reference
solutions : infinitely rigid slab ; slab founded on piles infinitely rigid ; elastic piles and homogeneous soil.

KEYWORDS : soil-structure interaction, pile, fondation raft, reliability index, spatial variability, stiffness.

1. INTRODUCTION
L’EN-1997 (2003) donne une liste des états limites à prendre en compte dans le cas de fondations
sur pieux : le défaut de capacité portante de la fondation sur pieux , la rupture combinée du sol et de la
fondation sur pieux , les tassements excessifs , la rupture combinée du sol et de l’ouvrage…
Par ailleurs, il précise que dans le cas d’un radier sur pieux, une interaction se produit non
seulement entre les différents pieux mais également entre le radier et les pieux, et il n’existe pas de
méthode simple pour traiter ce cas. L’interaction entre pieux dépend essentiellement de leur
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espacement, du rapport de leur longueur à leur diamètre, de la raideur du pieu comparée à celle du sol
environnant et de la variation de la raideur du sol avec la profondeur. Lorsque les pieux sont alignés
sur plusieurs files, semelle filante sur pieux ou radier sur pieux, l’action sur chaque pieu doit être
évaluée en considérant l’effet de groupe qui peut être négligée lorsque leur espacement est supérieur à
trois fois le diamètre du pieu.

Pour le dimensionnement des pieux, on doit montrer que la fondation supportera la charge de calcul
avec une sécurité adéquate vis à vis d’une rupture par défaut de capacité portante. L’inéquation
suivante, principe de sécurité de la méthode semi–probabiliste, doit être satisfaite pour tous les cas de
charge et de combinaison de charge à l’état limite ultime : E d ≤ Rd , où E d est la charge ou les effets
de la charge de compression axiale de calcul à l’ELU et Rd la capacité portante de calcul. Bauduin
(2003) donne une expression intéressante de Rd et une méthodologie pour calculer l’indice de fiabilité
d’une fondation sur pieux en essayant de tenir compte des incertitudes qui résident dans les modèles
de calcul, la variabilité spatiale, les informations limitées du sol, les paramètres d’identification du
terrain…

Pour tenir compte de l’incertitude due à l’imperfection des modèles de calcul, l’Eurocode 7
introduit le concept de « facteurs de modèle », (γ mod ). Le concept de « facteurs de corrélation », ξ ,
tient compte de la variabilité du sol et de la variabilité de l’effet de l’installation du pieu. Les effets
favorables sur la fiabilité de la fondation dus à l’aptitude de la structure supportée à transférer les
charges de pieux « faibles ou rompus » à des pieux « résistants ou non rompus » est prise en compte
par l’intermédiaire d’un « coefficient de rigidité » du système favorable et égal au plus à 1,10 ,
( )
λ stiffness .

Dans cet article, la variabilité spatiale est modélisée en considérant une structure spatiale des
propriétés, représentée par une longueur de corrélation, Breysse et al. (2003). L’influence respective
du coefficient de rigidité du système, des efforts dans les pieux, du mode de tassement et des
sollicitations dans le radier est étudiée selon l’importance de l’interaction radier-pieux par l’évolution
[ ]
du rapport h 3 k , où k est une rigidité équivalente du pieu et h l’épaisseur du radier.

Pour une échelle de fluctuation donnée, on montre que le comportement du système est régi par le
[ ]
rapport h 3 k . Les valeurs moyennes des efforts dans les pieux ou le radier, évoluent de ceux fournis
( ) ( )
par la solution h 3 k → 0 à ceux de la solution h 3 k → ∞ . La prise en compte de la variabilité
spatiale montre que les efforts dans les pieux peuvent dépasser significativement (35% pour le fractile
à 95%) ceux estimés usuellement. La simulation de différentes échelles de fluctuation révèle que dans
les cas les plus défavorables, cet écart peut atteindre 50% au fractile de 95%. Ces effets d’interaction
sont complexes et difficilement prévisibles au cas par cas. Leur prise en compte au moyen de
coefficients de modèle corrigeant les coefficients partiels dans les règles Eurocode permettrait
cependant de rendre plus homogène la fiabilité des systèmes de fondation.

2. DESCRIPTION DU PROBLEME
Les pieux, de type foré et de diamètre 0 ,80 m , sont disposés sur un maillage carré de 4 m . La
structure est un radier carré de coté égal à 25 m . L’entre-axe des pieux étant supérieur à 3 fois le
diamètre, il n’y a pas par conséquent d’effet de groupe. Ces pieux reprennent une partie du radier,
qu’on peut modéliser comme une poutre continue de section rectangulaire, montrée sur la figure 1,

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dont la largeur est de 4 m et la hauteur h , prise comme paramètre de notre étude, égale à : 0 ,30 m ;
0 ,45 m ; 0 ,60 m ; 0 ,75 m ; 0 ,90 m ; 1,05 m ; 1,20 m ; 1,35 m ; 1,50 m .

Le module d’élasticité du matériau de l’élément de structure (le radier) ou module d’Young est
constant et égal à 32200 MPa . Nous prendrons pour charge d’exploitation sur le radier 100 kN m 2 et
nous négligeons le poids propre du radier, ce qui donne une charge uniformément répartie sur cette
(
poutre continue de 400 kN m = 100 kN m 2 x4 m . )
La rigidité des pieux est modélisée par des appuis élastiques k 0 , k1 , k 2 , k 3 , k 4 , k 5 , k 6 . D’après
Frank (1999), la difficulté des méthodes élastiques réside dans le choix de la rigidité, et la meilleure
façon de le déterminer est à partir d’un essai de chargement de pieu en vraie grandeur. Sur un exemple
de courbes caractéristiques tracées lors d’un essai de chargement statique de pieu, on peut déterminer
k = 125 MN m . Cependant, l’interprétation des résultats d’un ensemble d’essais de chargement en
vraie grandeur, a permis à Frank (1999) de déduire une corrélation entre le module pressiométrique et
la rigidité équivalente du pieu. Pour l’étude paramétrique de l’influence de la rigidité des pieux, nous
allons considérer les valeurs moyennes suivantes : pieux flottants : 10 MN m , 30 MN m ; pieux
travaillant latéralement et en pointe : 100 MN m , 300 MN m ; pieux travaillant surtout en pointe :
1000 MN m et 10 10 MN m .

Dans l’étude statistique, nous allons comparer les résultats homogènes (coefficient de variation des
rigidités nul) aux résultats hétérogènes (coefficient de variation égal à 20% et longueur de corrélation
variable). Le sol est discretisé à l’échelle de 20 cm . Chaque rigidité d’appui, pour un pieu de diamètre
0 ,80 m est représentée par 4 ressorts pour tenir compte de l’hétérogénéité du sol autour du pieu.

Le modèle néglige la réaction du sol directement au contact du radier (fondation mixte).

q
EI
k0 k1 k2 k3 k4 k5 k6

L=4m L=4m L=4m L=4m L=4m L=4m

Figure 1 : Modélisation RdM de la structure.

3. PARAMETRES GOUVERNANT LA REPONSE DE LA STRUCTURE

3.1. RAIDEURS DES PIEUX INFINIMENT RIGIDES


Si la raideur des pieux est supposée infinie, c’est à dire si les tassements d’appuis sont négligés,
nous avons les résultats suivants :

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M0 M1 M2 M3 M4 M5 M6
0 − 0 ,10577 ql 2
− 0 ,07692ql 2
− 0 ,08654 ql 2
− 0 ,07692ql 2
− 0 ,10577 ql 2 0

R0 R1 R2 R3 R4 R5 R6
0 ,39423ql 1,13462ql 0 ,96154 ql 1,01923ql 0 ,96154 ql 1,13462ql 0 ,39423ql

Tableau 1 : Moments fléchissants et réactions d’appuis d’une poutre continue sur 7 appuis, d’inertie
constante à travées égales (l ) et de densité de charge linéaire (q ) .

Les moments sont indépendants de la raideur du radier et de l’hétérogénéité éventuelle du sol de


fondation. Nous avons en particulier le moment de l’appui du milieu (M 3 ) égal à − 0 ,554 MN .m et la
réaction (R3 ) égale à 1,63 MN , qui est l’effort sur le pieu central. Pour une largeur de radier égale à
4 m , la contrainte de flexion dans le radier, à l’appui du milieu, sur la fibre la plus tendue diminue
lorsque l’épaisseur augmente (Tableau 2).

Epaisseur du radier (m) 0 ,30 0 ,45 0 ,60 0 ,75 0 ,90 1,05 1, 20 1,35 1,50
Contrainte de flexion 9 , 231 4 ,102 2 ,308 1,477 1,025 0 ,754 0 ,577 0 ,456 0 ,369
(σ 3 ) (MPa )
Tableau 2 : Contrainte de flexion (σ 3 ) en fonction de l’épaisseur du radier pour des raideurs de pieu
infiniment rigides.

3.2. RAIDEUR DES PIEUX VARIABLE


3.2.1 Pieux identiques
La première constatation est que, si la raideur des pieux est constante et faible, par exemple
(k = 10 MN / m ) , si nous passons d’un radier souple (épaisseur = 0 ,30 m ) à un radier rigide ou
trois fois plus épais (épaisseur = 0 ,90 m ) , le moment fléchissant au milieu de la structure qui était
négatif change de signe et devient positif. C’est à dire que la fibre la plus tendue auparavant devient
comprimée et inversement. Ce problème est important pour un dimensionnement éventuel du radier en
béton armé.

Dans le tableau 3, ci-dessous, nous mettons en évidence l’importance des hypothèses sur les
raideurs des appuis : pour h = 0 ,90 m la contrainte de flexion (σ 3 ) qui était de 1,025 MPa (traction )
dans l’hypothèse d’appuis infiniment rigides, passe à − 5 ,041MPa (compression ) dans l’hypothèse
d’appuis dont la raideur est faible.

Epaisseur du radier (m) Contrainte de flexion (σ 3 ) (MPa )


k = 40 MN m 0 ,30 7 ,452
0 ,90 − 5 ,041
k inf ini 0 ,30 9 , 231
0 ,90 1,025

Tableau 3 : Influence de la rigidité d’appui sur la contrainte de flexion.

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3.2.2 Rôle de l’hétérogénéité du sol


Les figures 2 et 3 représentent respectivement, l’évolution du moment fléchissant dans le radier au
niveau de l’appui central (M 3 ) et l’évolution de l’effort de compression sur le pieu central (R3 ) , en
fonction du rapport de la raideur relative du radier et des pieux h 3 k , avec un coefficient de ( )
variation de 20% et une longueur de corrélation (" c ) de 10 m sur la raideur des pieux (k ) .

Nous constatons que, quelle que soit la raideur relative du radier et du pieu, dans les deux cas, nous
obtenons une courbe unique qui tend vers une asymptote, caractéristique de l’interaction sol–structure.
Pour montrer les effets de la variabilité du sol ou de la raideur des pieux, les fractiles à 5% et à 95%
sont considérés.
3.2.2.1 Sur le moment de flexion
Considérons d’abord les sollicitations dans le radier en particulier le moment de flexion (M 3 ) . La
figure 2 montre que pour des rigidités d’appui infinies M 3 = −0 ,554 MN .m avec un cas défavorable au
( )
fractile à 95% égal à − 0 ,557 MN .m pour h 3 k ≈ 10 −6 . Cependant, cette valeur ne représente pas le
cas le plus défavorable car la longueur de corrélation " c a été fixé a priori égale à 10 m . Si " c évolue
nous pouvons atteindre − 0 ,80 MN .m pour " c = 2 m , soit 44% de plus ; cette valeur critique de " c
est ici la moitié de la portée du radier. Lorsque le radier est très épais ou si h 3 k ≥ 10 −3 l’approche du
problème est différente car les sollicitations aux appuis changent de signe et la fibre supérieure du
radier est alors comprimée en tout point.

h=0,30m 0,60m 0,90m


1,20m 1,50m k infiniment rigide
k infiniment souple fractile 5% fractile 95%

7
Mom ent fléchissant
de l'appui du m ilieu

5
(M3) MN.m

-1
1E-06 0,00001 0,0001 0,001 0,01 0,1 1
h3/k (m 4/MN)

Figure 2 : Evolution du moment fléchissant de l’appui central en fonction du rapport de la raideur du


radier et des pieux.
3.2.2.2 Sur l’effort de chargement du pieu
La figure 3 montre la variation de la charge sur le pieu central lorsque h 3 k varie, avec un coefficient
de variation de 20% et une longueur de corrélation (" c ) de 10 m sur la raideur des pieux (k ) .
Considérons d’abord la courbe représentant le fractile à 50% . A gauche, elle tend vers 1,63MN
(k → ∞ ) quand le radier est souple ou les pieux rigides, à droite, elle tend vers 1,37 MN lorsque le
radier est rigide ou (k → 0 ) . Cependant, entre ces deux extrêmes sa variation n’est pas monotone et
une valeur maximale égale à 1,70 MN est obtenue pour une valeur intermédiaire du rapport
h 3 k ≈ 0 ,0015 . La variabilité spatiale nécessite la considération du fractile à 95% comme indiqué

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précédemment. Ainsi, nous obtenons 1,88 MN , soit 37% de plus que la valeur prise en général par le
géotechnicien, c’est à dire la charge totale apportée par l’ouvrage reprise équitablement par les pieux,
soit 1,37 MN . De même, pour la charge, cet ensemble de données n’est pas le plus défavorable, parce
que la longueur de corrélation, " c , a été choisie a priori. Quand elle varie, elle montre un cas plus
défavorable au fractile à 95% , ceci est vérifié sur la figure 4 où " c varie entre 0 ,50 m et 30 m lorsque
tous les autres paramètres du problème restent inchangés. La longueur de corrélation critique est
identique au précédent, c’est à dire la moitié de la portée, soit 2 m . Ceci induit un maximum au fractile
95% égale à 2 ,10 MN , soit 53% de plus que la valeur ingénieur (1,37 MN ) . Pour un très grand
nombre de simulations et en prenant le fractile à 99% , nous obtenons 2 , 24 MN , soit 64% de plus que
la valeur obtenue par l’ingénieur.
h=0,30m 0,60m 0,90m
1,20m 1,50m k infiniment rigide
k infiniment souple fractile 5% fractile 95%
50%
Effort sur le pieu
central (R3) MN

1,8
1,6
1,4
1,2
1
0,000001 0,00001 0,0001 0,001 0,01 0,1 1
h3/k (m 4/MN)

Figure 3 : Evolution de l’effort de compression, sur le pieu central (R3 ) , en fonction du rapport de la
raideur du radier et des pieux.

5% 95% k infiniment rigide k infiniment souple

2,2
Effort sur le pieu central

2
(R3) MN

1,8

1,6

1,4

1,2
0,1 1 10 100
Longueur de corrélation (Lc) (m )

Figure 4 : Effet de la longueur de corrélation, " c , et de la variabilité spatiale sur le chargement du


(
pieu h = 1, 20 m et h 3 k = 0 ,00144 . )

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4. SECURITE ET ERREUR DE MODELE


4.1 MODELES USUELS DE L’INGENIEUR
4.1.1 Radier
Par simplification, pour les ingénieurs de structure, un radier est toujours considéré comme infiniment
raide par rapport à la superstructure. En d’autres termes, les poutres, ou voiles, qui viennent s’appuyer
sur le radier, sont considérés comme articulés à leur base. En revanche, un radier est plus ou moins
déformable par rapport au sol de fondation. Nous savons aussi qu’on peut considérer un radier comme
raide lorsque l’épaisseur h vérifie la relation suivante : h ≥ L 20 , Perchat (1995), c’est à dire dans
notre cas h ≥ 0 , 20 m et par conséquent le radier en B.A. se calcule aux ELU comme un plancher
nervuré renversé ou comme un plancher-dalle renversé. En considérant le radier comme un plancher-
dalle, nous obtenons un moment sur appui égal à − 0 ,56 MN .m avant répartition des moments au sein
du radier. En pratique on considère un coefficient de répartition de 0 ,38 pour un appui intermédiaire
(Annexe E4 des règles B.A.E.L). Le modèle indique que ceci n’est valable que pour h 3 k → 0 .

4.1.2 Pieux
Pour le dimensionnement des pieux, l’ingénieur géotechnicien considère que la charge totale apportée
par l’ouvrage est partagée équitablement par l’ensemble des pieux soit ici 1,37 MN . De même, si nous
considérons notre modèle nous constatons que cette valeur s’obtient lorsque h 3 k → ∞ .

4.2 CONSEQUENCES ET DOMAINE DE VALIDITE


Les modèles usuel de calcul des pieux et du radier sont que de cas limites opposés de celui étudié ici.
Le tableau 4 montre la complexité de l’interaction sol-structure concernant un radier sur pieux. Le
fait que la courbe caractéristique ne soit pas monotone complique l’interprétation des résultats. Nous
constatons que, pour k = 40 MN m , la charge sur le pieu est diminue quand l’épaisseur du radier
augmente alors qu’elle varie en sens inverse pour k = 4000 MN m , c’est à dire pour une raideur 100
fois plus importante. Quand au moment de flexion on retrouve son changement de signe.
k = 40 MN m k = 400 MN m k = 4000 MN m
R3 (MN ) M 3 (MN .m ) R3 (MN ) M 3 (MN .m ) R3 (MN ) M 3 (MN .m )
h = 0 ,30 m 1,704 − 0 ,45 1,595 − 0 ,55 1,613 − 0 ,54
h = 0 ,90 m 1,491 2 ,72 1,695 0 ,10 1,638 − 0 ,59
h = 1,50 m 1,404 3 ,73 1,566 1,83 1,706 − 0 ,37

Tableau 4 : Effort de chargement moyen sur le pieu et moment de flexion moyen dans le radier en
fonction de l’épaisseur du radier et de la rigidité des pieux
4.2.1 Sur le radier
Nous avons vu que le dimensionnement des radiers pour l’ingénieur suppose que h 3 k → 0 .
Cependant, lorsque le radier est très épais ou si h 3 k ≥ 10 −3 l’approche du problème est différente car
les sollicitations aux appuis changent de signe, mais nous pouvons dire que le système strutural est
rigide.

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4.2.2 Sur le pieu


Nous rappelons que le géotechnicien partage la charge totale d’une manière équitable entre les pieux
et que pour le modèle c’est le domaine où k est très faible. Nous avons aussi obtenu des efforts dans
le pieu central pouvant atteindre 64% de plus que la valeur ingénieur, soit 2 , 24 MN . Cependant, les
pieux étant en béton, et en considérant le DTU 13.2 (travaux de fondations profondes pour le
bâtiment), la charge intrinsèque d’un pieu de diamètre 80 cm est égale à 2 ,51MN . On voit bien que
vis à vis de 2 , 24 MN le risque de rupture intrinsèque est important, sans oublier les ruptures
potentielles du sol de fondation.

5. TASSEMENT DES PIEUX EN FONCTION DE L’INTERACTION SOL/STRUCTURE


Nous avons représenté sur la figure 5 l’évolution du tassement de l’appui central, fractile à 5% .
Nous constatons que la structure est sensible aux tassements lorsque le radier tend à être plus raide que
la raideur des pieux. Conventionnellement, la charge limite, (Ql ) , du pieu correspondant à la rupture
du sol sera la charge correspondant à st = B 10 (avec B diamètre du pieu), Frank (1999). Ainsi, dans
notre cas : st ≤ st max = 8 cm ; et pour éviter la rupture des pieux sous un radier d’épaisseur,
h = 1, 20 m , il faut nécessairement que la raideur des pieux soit supérieur ou égale à 96 MN m .

h 3/K (m 4/M N )
T as s e m e n t d u p i

0
ce n tral (m )

0 ,0 00 01 0 ,0 00 1 0 ,0 01 0 ,0 1 0 ,1 1
-0 ,1

-0 ,2

-0 ,3

-0 ,4

Figure 5 : Evolution du tassement du pieu central en fonction du rapport de la raideur du radier et


des pieux, h = 1, 20 m et " c = 10 m .

5. CONCLUSION
Dans le cas où les distributions du chargement et de la résistance des pieux sont log-normales et si
le sol est homogène et qu’il n’y a pas d’interaction, l’ indice de fiabilité (β ) est entre 3,33 et 4 ,26
suivant l’hypothèse sur le coefficient de variation de la résistance. Avec les phénomènes d’interaction
et de variabilité spatiale, pour la longueur de corrélation critique (" c = 2 m ) et un coefficient de
variation sur la résistance égal à 0 , 25 , β = 3 ,15 . Toute fois l’EN 7 ne donne pas de valeur cible de
β . Pour les pieux on peut prendre β T = 2 ,33 Bauduin (2003).

Dans une étude ultérieure, nous allons essayer de dégager l’importance des paramètres
d’interaction d’une manière explicite et de tenir compte de la portance du sol en contact avec le radier.

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BIBLIOGRAPHIE
Breysse D., Niandou H., Lacaze C. (2003) « Tassements et tassements différentiels dans les ouvrages
et variabilité spatiale des sols » Studia Geotechnica et Mechanica, Vol. XXV, No. 1-2.
Bauduin C.. (2002) « Design of axially loaded piles according to Eurocode 7 » Proc. International
Conf. Piling and Deep Foundations, DFI 2002, Nice, p. 3-5 June 2002. Presses de l’ENPC, Paris.
Bauduin C. (2003) « Assessment of model factors and reliability index for ULS design of pile
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(ed) BAPIV, Millpress, Rotterdam ISBN 90-77017-76-3, p. 119-135
EN 1997 Eurocode 7 – Calcul géotechnique – Partie1 – règles générales. –– Partie2 – Calcul sur la
base d’essais de laboratoire et d’essais en place, CEN/TC250/SC7 – AFNOR, Paris.
Frank R. (1999) « Calcul des fondations superficielles et profondes » Presses de l’ENPC et
Techniques de l’ingénieur, Paris, 142p.
PERCHAT J. (1995) « Ossatures et éléments courants des structures » C2314, Techniques de
l’ingénieur, Paris.

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