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Chapitre 10

Les entiers

Objectifs

– Rappeler le principe de récurrence et ses applications.


– Établir la propriété fondamentale de Z, le principe de la division euclidienne.
– Définir la notion d’ensemble fini et de cardinal. Étudier les propriétés du cardinal.
– Dénombrer les ensembles « classiques ».

Plan

10 Les entiers 118


I) Les ensembles d’entiers . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 118
1) La récurrence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 119
2) La propriété fondamentale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 119
3) La division euclidienne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 119
II) Cardinal d’un ensemble fini . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 120
1) Injections, surjections . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 120
2) Ensembles finis . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 120
3) Propriétés du cardinal . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 121
III) Dénombrement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 122
1) Préliminaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 122
2) Le nombre d’applications . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 122
3) Le nombre de parties d’un ensemble . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 123
4) Le nombre de bijections . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 123
5) Le nombre de p-parties (ou p-combinaisons) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 123
IV) Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 124

I) Les ensembles d’entiers


L’existence des N et de Z est admise. On rappelle que (N, +) n’est pas un groupe, et que (Z, +, ×)
est un anneau commutatif intègre.

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Les ensembles d’entiers 119

1) La récurrence

I théorème 10.1 (principe de récurrence)

Soit A une partie de N vérifiant 0 ∈ A et ∀ n ∈ N, n ∈ A =⇒ n + 1 ∈ A, alors nécessairement


A = N.

I théorème 10.2

Soit n0 ∈ Z et E une partie de Z telle que n0 ∈ E et ∀ n > n0 , n ∈ E =⇒ n + 1 ∈ E, alors


pour tout entier n, n > n0 =⇒ n ∈ E.

On démontrerait de la même façon que si E est une partie de Z qui vérifie n0 ∈ E et ∀ n ∈ Z, n ∈


E =⇒ n − 1 ∈ E, alors ∀ n ∈ Z, n 6 n0 =⇒ n ∈ E.
Applications :
a) Soit P (n) une propriété dépendant d’une variable n ∈ Z, soit n0 ∈ Z, si P (n0 ) est vraie et si
∀ n ∈ Z, P (n) vraie =⇒ P (n + 1) vraie, alors ∀ n ∈ Z, n > n0 =⇒ P (n) vraie.
b) Si P (n0 ) est vraie et si ∀ n ∈ Z, (∀ k ∈ [[n0 ..n]], P (k) vraie) =⇒ P (n + 1) vraie, alors ∀ n ∈
Z, n > n0 =⇒ P (n) vraie.

2) La propriété fondamentale

I théorème 10.3

Toute partie de Z non vide et minorée admet un plus petit élément.

Conséquences :
a) Toute partie non vide et majorée de Z admet un plus grand élément.
b) Toute partie non vide de N admet un plus petit élément (propriété fondamentale de N).

3) La division euclidienne

I théorème 10.4

Soient a ∈ Z et b ∈ Z∗ , il existe un unique couple d’entiers (q, r) tel que a = bq + r avec


0 6 r < |b|, q est appelé le quotient, et r le reste.

N Définition 10.1
Soient a, b ∈ Z, on dit que b divise a lorsqu’il existe k ∈ Z tel que a = bk. Notation : b|a.

On a ainsi défini une relation dans Z, elle est réflexive, non symétrique, non antisymétrique, et
transitive.

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Cardinal d’un ensemble fini 120

I théorème 10.5

Soient a, b ∈ Z avec b 6= 0, alors b|a ssi le reste dans la division euclidienne de a par b est nul.

II) Cardinal d’un ensemble fini


1) Injections, surjections
Rappels :
a) La composée de deux injections (respectivement surjections) est une injection (respectivement
surjection).
b) Si f : E → F est injective, alors f induit une bijection de E sur Im(f ).
c) Si f ◦ g est injective, alors g est injective.
d) Si f ◦ g est surjective, alors f est surjective.
e) Si f : E → F est une application, alors f induit une surjection de E sur Im(f ).
f) Si f : E → F est surjective, alors il existe une application g : F → E telle que f ◦ g = idF .
N Définition 10.2
Soit E un ensemble, on appelle permutation de E toute bijection de E vers E. L’ensemble des per-
mutations de E est noté S (E).

I théorème 10.6

Soit E un ensemble non vide, alors (S (E), ◦) est un groupe (non commutatif en général),
appelé groupe des permutations de E.

2) Ensembles finis
N Définition 10.3
Soit E un ensemble non vide, on dit que E est fini lorsqu’il existe un entier n ∈ N∗ et une bijection
φ : [[1..n]] → E. Si c’est le cas, on pose card(E) = n, sinon on dit que E est un ensemble infini. Par
convention ∅ est un ensemble fini de cardinal nul.

Remarques :
a) Dire que E est fini de cardinal n > 1 revient à dire que l’on peut indexer les éléments de E de
1 à n : E = {e1 , . . . , en } (les éléments étant distincts deux à deux).
b) Si E est fini de cardinal n + 1 et si a ∈ E, alors E \ {a} est fini de cardinal n.
c) Si E est fini de cardinal n et b ∈
/ E, alors E ∪ {b} est fini de cardinal n + 1.

I théorème 10.7

Soit n ∈ N∗ , toute partie de [[1..n]] est un ensemble fini de cardinal au plus égal à n. De plus,
si F ⊂ [[1..n]] et si card(F ) = n alors F = [[1..n]].

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Cardinal d’un ensemble fini 121

I théorème 10.8

Soient n, p ∈ N∗ , et soit f : [[1..n]] → [[1..p]] une application :


– Si f est injective, alors n 6 p.
– Si f est surjective, alors n > p.
– Si f est bijective, alors n = p.

Conséquence : Soit E un ensemble fin non vide, il existe un entier n > 1 et une bijection φ :
[[1..n]] → E, s’il existe un autre entier p et une bijection ψ : [[1..p]] → E, alors l’application ψ −1 ◦ φ est
une bijection de [[1..n]] sur [[1..p]], donc n = p. Ce qui prouve l’unicité du nombre card(E) et justifie à
posteriori la définition.

I théorème 10.9

Soit n > 1, toute application injective (respectivement surjective) de [[1..n]] dans [[1..n]] est
bijective.

3) Propriétés du cardinal

I théorème 10.10

Soient E et F deux ensembles finis non vides, avec n = card(E) et p = card(F ) et soit
f : E → F une application ;
– Si f est injective alors n 6 p.
– Si f est surjective alors n > p.
– Si f est bijective alors n = p.

Il en découle que si F est en bijection avec E et si E est fini, alors F est fini de même cardinal de E.

I théorème 10.11

Soient E et F deux ensembles finis non vides de même cardinal et soit f : E → F une
application, les assertions suivantes sont équivalentes :

i) f est injective.
ii) f est surjective.
iii) f est bijective.

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Dénombrement 122

I théorème 10.12

Si E est un ensemble fini et si F est une partie de E, alors F est fini. De plus, si card(F ) =
card(E), alors F = E.

I théorème 10.13

Soient E et F deux ensembles finis, l’ensemble E ∪ F est fini et card(E ∪ F ) = card(E) +


card(F ) − card(E ∩ F ).

I théorème 10.14

Si E et F sont deux ensembles finis, alors l’ensemble E × F est fini et card(E × F ) = card(E) ×
card(F ).

Conséquence : Si p ∈ N∗ , et si E est fini de cardinal n > 1, alors E p (ensemble des p - uplets


d’éléments de E) est fini et card(E p ) = [card(E)]p .

III) Dénombrement
1) Préliminaires
N Définition 10.4
Dénombrer un ensemble fini E c’est calculer son cardinal. Dans la pratique, c’est le mettre en bijection
avec un ensemble F dont on connaît le cardinal.

I théorème 10.15 (diviser pour mieux compter)

Soient E un ensemble fini et soient A1 , . . . , An n parties de E deux à deux disjointes et dont la


∑n
réunion est égale à E, alors : card(E) = card(Ak ).
k=1

2) Le nombre d’applications

I théorème 10.16

Soit E et F deux ensembles finis avec p = card(E) et n = card(F ), l’ensemble des applications
de E vers F , F (E, F ) (ou F E ), est fini de cardinal np .

Remarques :
a) Le théorème justifie le raisonnement suivant : pour construire une application de E vers F on
compte pour chaque élément de E le nombre de choix possibles pour son image (soit n choix),
puis on fait le produit, soit np constructions possibles.
b) Le nombre de façons de tirer avec remise p boules parmi n est np .
c) Le nombre de façons de ranger p boules dans n boites est np .

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Dénombrement 123

3) Le nombre de parties d’un ensemble


N Définition 10.5
Soit E un ensemble et A une partie de
 E, on appelle fonction caractéristique de A l’application

 1 si x ∈ A
χA : E → {0; 1} définie par χA (x) = .

 0 sinon

I théorème 10.17

Si E est fini de cardinal n, alors P(E), l’ensemble des parties de E, est fini de cardinal 2n .

Remarque : Le théorème justifie le raisonnement suivant : pour construire une partie de E il y a


deux choix possibles pour chaque élément de E (on le prend ou on ne le prend pas), comme il y a n
éléments dans E cela fait 2n constructions possibles, soit 2n parties.

4) Le nombre de bijections

I théorème 10.18

Si E et de F sont deux ensembles finis de même cardinal n > 0, il y a n! bijections de E


vers F . En particulier, card(S (E)) = n!.

5) Le nombre de p-parties (ou p-combinaisons)


N Définition 10.6
Soit E un ensemble de cardinal n > 0 et soit p ∈ N, on appelle p - combinaison d’éléments de E (ou
p - partie) toute partie de E de cardinal p. L’ensemble des p - parties de E est noté Pp (E), c’est un
ensemble fini (car inclus dans P(E)) et son cardinal est noté Cpn .

I théorème 10.19

Apn n × (n − 1) × . . . × (n − p + 1)
Si n > 1 et p ∈ N, alors : Cpn = = . En particulier lorsque
p! p!
n!
p 6 n, on a Cpn = .
p!(n − p)!

Propriétés :
a) Si p 6 n, Cpn = Cn−p
n .
n
b) Si 1 6 p 6 n, Cpn = Cp−1 .
p n−1
c) Triangle de Pascal1 : Cpn + Cp+1
n = Cp+1
n+1 .

n ∑
n
d) Binôme de Newton : ∀ n ∈ N, ∀ x, y ∈ C, (x + y)n = Ckn xk y n−k = Ckn xn−k y k .
k=0 k=0
1
PASCAL Blaise (1623 – 1662) : mathématicien, physicien et philosophe de génie qui se tourna vers la théologie en
1654.

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Exercices 124

IV) Exercices
F Exercice 10.1
a) Soit n ∈ N∗ , montrer que si la somme des chiffres dans l’écriture décimale de n est un
multiple de 9, alors n est un multiple de 9.
b) Si deux nombres sont écrits en base 10 avec les mêmes chiffres mais dans un ordre différent,
montrer que leur différence est divisible par 9.

F Exercice 10.2
Soit E un ensemble non vide, et f une application de E vers P(E). En considérant la partie
A = {x ∈ E / x ∈
/ f (x)}, montrer que f ne peut pas être surjective.

F Exercice 10.3
Soient E, F, G trois ensembles et soient f : E → F , g : F → G et h : G → E trois applications,
montrer que :
a) Si h ◦ g ◦ f et g ◦ f ◦ h sont surjectives et f ◦ h ◦ g est injective, alors f, g, h sont bijectives.
b) Si h ◦ g ◦ f et g ◦ f ◦ h sont injectives et f ◦ h ◦ g est surjective, alors f, g, h sont bijectives.

F Exercice 10.4
(2n)! 4n
Démontrer l’inégalité suivante : ∀n ∈ N∗ , < √ .
(n!)2 3
n

F Exercice 10.5
Démontrer les assertions suivantes :


n
∀n ∈ N, 2n 6 2n . ∀ n ∈ N∗ , (n + 1)! = 1 + k(k!).
k=1


n (n + 1)n(n − 1)
∀ n > 24, ∃ a, b ∈ N, n = 5a + 7b. ∀ n ∈ N∗ , k(k − 1) = .
k=1 3

F Exercice 10.6
a) Soit E un ensemble, montrer que E est infini ssi il existe une injection de N dans E.
b) Soit A une partie infinie de N, montrer qu’il existe une bijection strictement croissante
de N sur A.
c) Soit f : N → N une application, montrer que f ne peut pas être strictement décroissante.

F Exercice 10.7
Démontrer les relations suivantes :

n
a) Cpp + Cpp+1 + · · · + Cpn = Cp+1
n+1 . Retrouver ainsi les sommes : k p pour p = 1, 2, 3.
k=1

p
p−k
b) ∀ n, m, p ∈ N, Ckn Cm = Cpn+m (formule de Vandermonde).
k=0

p
p
c) ∀ n, p ∈ N, Ckn+k−1 = Cn+p .
k=0

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Exercices 125

F Exercice 10.8
Simplifier les sommes suivantes :


n ∑
n ∑
n
k Ckn ; k(k − 1) Ckn ; k 2 Ckn
k=1 k=1 k=1


n ∑
n n (
∑ )2
1
(−1)k+1 k Ckn ; k
Cn ;
k
Cn .
k+1
k=1 k=1 k=0

F Exercice 10.9
Soient n > 1, E un ensemble de cardinal n + 3 et F un ensemble de cardinal n. Dénombrer
l’ensemble des surjections de E vers F .

F Exercice 10.10
Soit E un ensemble de cardinal n, dénombrer l’ensemble des couples (A, B) de parties de E
qui vérifient :
a) A ∪ B = E b) A ∩ B = ∅ c) card(A ∩ B) = p.

F Exercice 10.11
Soient n, p ∈ N, on note Γpn le nombre d’applications u : [[1..n]] → [[0..p]] telles que la somme

n
des images est égale à p, i.e. u(k) = p.
k=1
a) Montrer que Γ0n + Γ1n + · · · + Γpn = Γpn+1 . En déduire que Γpn = Cpn+p−1 .
b) Dénombrer l’ensemble des n -uplets d’entiers positifs (x1 , . . . , xn ) vérifiant :

x1 + · · · + xn = p.

c) Dénombrer l’ensemble des n -uplets d’entiers positifs (x1 , . . . , xn ) vérifiant :

x1 + · · · + xn 6 p.

F Exercice 10.12
Soit E un ensemble de cardinal n > 1. Dénombrer l’ensemble des :
a) relations de E dans E.
b) relations réflexives.
c) relations symétriques.
d) relations antisymétriques.
e) relations réflexives et symétriques.
f) relations réflexives et antisymétriques.
g) relations d’ordre total.

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