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Parie II : Introduction à la Haute Tension

Chapitre I. Généralités sur la haute tension

I.1 Utilité de la haute tension


L’énergie électrique sort des centrales avec une tension de quelques kV (5 à 10 kV), le
transport se fait avec une haute tension (220 kV et plus) pour minimiser les pertes Joule dans
la ligne et de pouvoir transiter de grandes puissances.
Transformateur idéal :
𝑈1 𝐼1
𝑃𝑒𝑛𝑡𝑟é𝑒 = 𝑃𝑠𝑜𝑟𝑡𝑖𝑒 ⇒ 𝑈1 𝐼1 = 𝑈2 𝐼2 ⇒ 𝐼2 =
𝑈2
D’après l’expression ci-dessus, l’élévation de la tension (U2 > U1) permet de limiter les pertes
en diminuant le courant et permet également de faire transiter de plus grandes puissances.
Par exemple, pour évacuer l’énergie d’un groupe de 100 MVA, le courant sera de 260 A sous
220 kV mais de 4000 A sous 15 kV. Le transport de 4000 A sous 15 kV entraînerait des coûts
d’équipement et surtout de pertes par effet Joule inadmissibles. Les courants de court-circuit
et leurs effets seraient aussi considérablement augmentés. Or, il existe maintenant des groupes
de 1300 MVA, donc on est conduit à augmenter la tension des réseaux de transport.
Evidemment, il y a une limite supérieure principalement constituée par le coût des isolements.
I.2 Rappels sur le champ électrique
L'étude des champs électriques est importante dans l'engineering haute tension. En
effet, plus la tension est élevée, plus les distances d'isolation nécessaires sont importantes et le
matériel encombrant, donc cher. Il faut utiliser au mieux les systèmes d'isolation afin de
réduire la taille des appareils, mais sans pour autant en diminuer la qualité. Un champ trop
élevé signifie inéluctablement une durée de vie courte et un manque de fiabilité.
I.2.1 Champ électrique et dépendance de la forme
Pour les détails, on se référera au cours d'électrostatique. Seules les notions utiles sont
rappelées. En particulier, la loi de la circulation du champ électrique indique :
⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗ 𝑈 ⇒ 𝐸⃗ ⃗⃗⃗
𝐸⃗ = −𝑔𝑟𝑎𝑑 𝑑𝑙 = −𝑑𝑈
où E = champ électrique; U = potentiel; l = distance.
Entre deux électrodes parallèles, le champ E est donc égal à :
∆𝑈
𝐸=−
𝑑
où ΔU = différence de potentiel entre les électrodes; d = distance entre les électrodes.
Chaque matériau admet un champ disruptif maximum dont le dépassement provoque un
claquage.
On se souviendra aussi de la loi de la conservation des charges, ainsi que de celle du
déplacement électrique D :
𝐷⃗ = 𝜀0 𝜀𝑟 𝐸⃗
où ε0 = permittivité du vide = 8,854.10-12 [F/m]; εr = permittivité réelle du matériau.

Le théorème de Gauss est ainsi souvent nécessaire ; il exprime le fait que le flux total du
déplacement électrique à travers une surface fermée, est égal à la charge totale contenue à
l'intérieur du volume considéré :
⃗ ⃗⃗⃗⃗
∯𝐷 𝑑𝑆 = ∭ 𝜌𝑣 𝑑𝑣 = ∑ 𝑞𝑖𝑛𝑡

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où v = densité de charge dans le volume [C/m3].


Appliquées aux formes courantes en HT, ces lois aboutissent aux formules suivantes :
- pour l'extérieur d'un conducteur :
𝑞
𝐸 (𝑟 ) =
2𝜋𝜀𝑟𝑙
- pour l'extérieur d'une sphère :
𝑞
𝐸 (𝑟 ) =
4𝜋𝜀𝑟 2
En appliquant la loi de la circulation du champ au long d'un rayon, on obtient pour le
conducteur :
𝑞 𝑑𝑟
⃗⃗⃗⃗ = −𝑑𝑈 ⇒ 𝑑𝑈 = −
𝐸⃗ (𝑟 )𝑑𝑟
2𝜋𝜀𝑙 𝑟
On obtient en intégrant :
𝑞
𝑈= ln(𝑟) + 𝐶
2𝜋𝜀𝑙
Pour un conducteur coaxial (par ex. un câble), on peut tenir le même raisonnement que pour
le conducteur extérieur. La différence de potentiel devient donc Uext - Uint, les constantes
d'intégration "C" s'annulent et on obtient :
𝑈
𝐸= 𝑅
𝑟𝑙𝑛( 2)
𝑅1
Ou pour des sphères coaxiales :
𝑈 𝑅1 𝑅2
𝐸=
𝑟 2 𝑅2 − 𝑅1
I.3 Pouvoir de pointe
Sur les régions à faible rayon de courbure (pointe) le champ devient très intense. Cela
représente un danger en HT (risque de claquage) mais aussi un avantage (paratonnerre…). Le
pouvoir de pointe explique qu’en Haute Tension tous les appareils ont de grands rayons et
sont munis d’anneaux de répartition du champ. En H.T on doit éviter les pointes à la surface
des conducteurs. Par contre, quand on désire un champ élevé on utilise un conducteur pointu.
Le champ à la pointe est tellement grand que le mouvement des ions produit ce qu’on
appelle vent électrique.
I.3.1 Quelques applications du pouvoir de pointe
 Parafoudre : Le champ élevé de la pointe attire la foudre pour écouler le courant vers
la terre.
 Charger des particules : des flèches placées sur les ailes de l’avion neutralisent la
charge se trouvant sur la surface de l’avion acquise par frottement avec l’air.
 Séparateurs électrostatiques ;
 Filtres électrostatiques.

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Chapitre II. Généralités sur les contraintes dues à la HT


II.1 Buts et méthodologie de la HT
L'ingénieur devra maîtriser ce système physique, de manière à concevoir des appareils
résistant aux contraintes subies lors de son utilisation en HT.
Il peut s'appuyer sur des simulateurs, par ex. les calculs au moyen des "éléments finis", mais,
dans ce domaine, l'approche expérimentale reste importante.
La méthodologie de construction est souvent la suivante :
Détermination des contraintes
de tension
(coordination de l'isolement)

Choix des matériaux :


o critères électriques
o critères mécaniques
o critères économiques

1er dimensionnement sur la base


des calculs théoriques

Construction d'un prototype

Essais de type

Modifications
Non
OK
Oui

Essais de vieillissement
accélérés

Non
OK
Oui

Fabrication

Contrôle en exploitation

II.2 Contraintes liées à la tension


Selon classification CEI on définit tout d’abord les tensions de référence :

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La tension permanente à fréquence industrielle : C’est la tension du réseau (à 50 Hz en


Europe) qui contraint de façon continue les équipements pendant toute leur exploitation. Dans
un réseau triphasé, on s’exprime généralement en tension efficace entre phases U, alors que
l’isolement est fatalement lié à la valeur instantanée de la tension généralement entre phase et
neutre.
Les surtensions à fréquence industrielle : Sont des surtensions à cette même fréquence (50
Hz) ou à une fréquence harmonique, sous-harmonique faiblement amorties et dont la durée est
supérieure à une période à la fréquence de base (soit 20 ms). Ce peut être par exemple une
surtension due (i) à un défaut phase-terre sur une autre phase (le coefficient de surtension va
dépendre de la mise à la terre du réseau et peut atteindre 1,73 la tension simple existant en
l’absence du défaut), (ii) à l’alimentation d’une ligne ouverte (effet Ferranti), (iii)
l’enclenchement de ligne ouverte, la perte soudaine de charge(s), etc…
Généralement limitée à environ 1,8 fois la tension simple.

Figure : Surtension à fréquence industrielle, liée à l’harmonique 5


Les surtensions transitoires à front lent : Sont de courte durée (ms), fortement amorties et qui
se superposent généralement à une onde de tension à fréquence industrielle. Ce sont
généralement celles liées à une manœuvre d’appareillage (enclenchement/déclenchement de
disjoncteur), enclenchement de batteries de condensateurs, etc… Généralement limitée à
environ 2,2 fois la tension simple.

Figure : Surtension transitoire liée à l’enclenchement d’un banc de condensateurs


Les surtensions transitoires à front rapide : Sont similaires aux précédentes mais la durée est
généralement très courte (front d’onde entre 0,1 et 20 ms), ce sont typiquement celles liées au
coup de foudre. La manifestation de la foudre est un écoulement de charges, soit un courant. Il
va y correspondre une onde de surtension qui est reliée par la loi d’ohm mais avec
l’impédance impulsionnelle liée au phénomène de propagation.

Figure : Surtension rapide sous forme foudre normalisée 1,2/50s

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II.3 Contraintes liées au courant


II.4 Protection contre les surtensions et les surintensités
II.4.1 Protection contre les surtensions
En plus des moyens inhérents à chaque origine de surtension, pour réduire l’amplitude de
ces surtensions, il existe des matériels dont le rôle est de limiter toutes les catégories de
surtensions quelles que soient leurs origines. Ces matériels sont appelés « matériels de
protection contre les surtensions ». Ils sont les outils indispensables de la coordination de
l’isolement. Pour les réseaux HT, il y a deux types de parasurtenseurs :
 Les éclateurs ;
 Les parafoudres.

Figure : Eclateurs d’entrée de poste HT placés sur la chaîne d’isolateurs


située sur la charpente métallique

Figure : Principe du parafoudre


Chapitre III. Surtensions et coordination de l’isolement
Equations d’ondes, Réfraction, réflexion et oscillation des ondes mobiles, cas des lignes à
plusieurs conducteurs, Propagation des ondes dans les enroulements des machines électriques,
notions de compatibilité électromagnétique.

Chapitre IV. Rigidité diélectrique


IV.1 Définition et concept
Si on augmente la tension à laquelle est soumis un isolant au-delà d’une certaine
valeur appelée tension de claquage, il apparait un arc électrique dans l’isolant : courant
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intense traversant l’isolant en suivant un chemin forme par l’arc lui-même. Dans ce cas,
l’isolant est percé : il y a rupture diélectrique ou claquage ou destruction de l’isolant,
irréversible pour les isolants solides (carbonisation), réversible pour les isolants gazeux et
liquides (recombinaison des ions avec des électrons).
Par rapport aux positions relatives de la direction du champ électrique et des surfaces
principales de l’isolant, la rigidité diélectrique peut être transversale ou longitudinale. La
rigidité diélectrique dépend de :
 La fréquence, la forme et la durée d’application de la tension ;
 La température, la pression et l’humidité de l’atmosphère ;
 La présence d’impuretés dans l’isolant (bulles d’air, humidité, ...).

IV.2 Gradation de l’isolement


Les appareils dont la coordination de l'isolement est correcte, présentent les niveaux de
tension de la manière suivante.
U (kV)
Up
Uc
Ue

Um

Up est la tension de perforation (isolation interne), Uc est la tension de contournement


(isolation externe) et Ue est la tension d'essai fixée par les règles de coordination des
isolements.

IV.2.1 Tension de perforation ou de claquage


La tension de perforation ou de claquage est celle qui conduit à la perforation ou
percement de l'isolation interne. Décharge complète et destructive au travers de l'isolant. Cette
tension doit être évidemment plus grande que la tension de contournement de l'appareil.
IV.2.2 Tension de contournement
La tension de contournement est la tension disruptive, qui produit une décharge dans
l'air, le long de l'isolation externe de l'appareil. Cette tension doit être plus élevée que la
tension d'essai. En effet, selon les règles précitées, l'appareil soumis à la tension d'essai ne
doit présenter aucun contournement au cours des essais.
IV.2.3 Tension d’essai
La tension d'essai ou de tenue est fixée par les règles nationales ou internationales et
permet une coordination correcte de l'isolement.
IV.3 Isolants en haute tension
Les systèmes d'isolation peuvent être composés des trois états de la matière : solide,
liquide et gazeux. Les caractéristiques diélectriques doivent répondre aux sollicitations
maximales, à long terme. La valeur du champ maximum juste avant un claquage définit la
rigidité diélectrique d'un matériau. Cette valeur est différente pour les ondes de choc et les
ondes alternatives.

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IV.3.1 Isolants solides


IV.3.1.1 Isolants naturels
a. Minéraux :
Verres : Utilisés pour les isolateurs. Résistent à la chaleur et aux agents chimiques.
Céramiques : Utilisées dans les isolateurs de lignes aériennes et d’antennes, les supports
d’inductances HF et UHF, les condensateurs HF, les composants piézo-électriques.
Mica et produits micacés : Utilisés pour l’isolation a haute température des radiateurs de
composants de puissance (feuilles de mica).
b. Organiques :
Papiers : Imprégnés de diélectrique liquide pour éviter l’absorption d’eau, ils sont utilisés
dans les transformateurs secs et les condensateurs.
Textiles : coton, soie naturelle, fibres artificielles. Rubans, toiles pour l’isolation, de
conducteurs de faible diamètre, bobines.
Caoutchouc : résine naturelle, latex de l’hévéa. Isolation de conducteurs et de câbles.
IV.3.1.2 Isolants synthétiques
Une matière plastique est le résultat d’un mélange qui comprend une résine de base ou
polymère, obtenue à partir de réactions chimiques complexes de polymérisation effectuées sur
des matières de base : dérivés du pétrole ou du charbon ; calcaires, sable, fluorures, sels
marins et le bois.
Les procédés de fabrication des matières plastiques sont principalement basés sur des
traitements à haute température, sous des pressions élevées.
Les matières plastiques utilisées en électrotechnique sont : Bakélite, Epoxydes, PVC,
Polyéthylène et Téflon.
IV.3.2 Isolants liquides
Les isolants liquides présentent l’avantage de se régénérer après un claquage ; ils
servent aussi au refroidissement par convection ou par évaporation (les isolants liquides ont
généralement une bonne conductivité thermique). Ils sont utilisés seuls ou bien ils imbibent
un isolant solide dont ils remplissent les vides.

Chapitre V. Mesure en haute tension


V. 1 Sources des hautes tensions
Les sources de haute tension sont utilisées dans :
1. Les laboratoires de recherche scientifique ;
2. Les laboratoires d’essai, pour tester les équipements haute tension avant leur
utilisation (isolateur, câble, transformateur, appareils de coupure ...) ;
3. De nombreuses applications utilisant la haute tension (rayons X, effet couronne,
générateur d’ozone, filtre électrostatique, laser…).
Il y a trois types de tensions conventionnelles :
 Tension alternative ;
 Tension continue ;
 Tension de choc.
V.2 Mesure des hautes tensions
On utilise généralement :
V.2.1Dispositifs de mesures de valeurs de crête

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Des dispositifs de mesure de valeur de crête, comprenant un diviseur capacitif à la


partie inférieure duquel on prélève la tension à mesurer.
V.2.2 Dispositifs de mesures de tension de choc
Des dispositifs de mesures de tension de choc, comprenant un diviseur capacitif ou
ohmique, à la partie inférieure duquel on prélève la tension à mesurer. Ce dispositif diffère du
premier mentionné, car il est prévu pour mesurer des ondes de choc de courte durée.
A noter qu'aux fréquences élevées que représente l'onde de choc, les câbles doivent être
adaptés. En général, le câblage et les adaptateurs font partie intégrante du système de mesure.
De plus en plus d'appareils électroniques sont utilisés pour ces mesures.
V.2.3 L'éclateur à sphères
La figure ci-dessous montre l'éclateur à sphères (une sphère à la terre). La tension
disruptive entre les sphères suit la loi de Paschen dans les conditions usuelles d'utilisation.
Il mesure les valeurs de crête des tensions disruptives et peut s'appliquer pour la mesure :
 Des tensions alternatives ;
 Des tensions de chocs pleines normales (valeurs différentes selon polarité) ;
 Des tensions continues des deux polarités.

Remarque :
 Le diamètre des sphères doit être choisi en fonction de la tension à mesurer.
 Un dégagement suffisant doit être assuré autour des sphères.
 L'avantage de cette méthode est que l'on confirme la mesure de visu, avec une
prévision de ± 3%.
V.2.4 Voltmètre électrostatique
Il fonctionne suivant le principe de la force d’attraction électrique Fe entre deux
charges. Le disque mobile M relie au potentiel HT à mesurer, et situe au centre de l’anneau de
garde G, est attiré par le disque fixe F, l’attraction est d’autant plus forte que le potentiel est
élevé. Une aiguille d’indication de mesure est reliée à l’électrode M, la force de rappel du
disque M étant assurée par un contrepoids P qui permet aussi de régler le calibre de mesure.
L’anneau de garde G, de même diamètre que l’électrode fixe F, assure l’uniformité du champ
électrostatique suivant l’axe vertical entre les électrodes fixe et mobile.

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La précision de mesure de ces appareils égale à environ 0,1, est bonne. De plus, le voltmètre
électrostatique permet de mesurer des tensions allant jusqu’à 270 kV.
Des voltmètres spéciaux peuvent mesurer des tensions de 600 kV et plus ; dans ce cas, le
voltmètre est placé dans une enceinte étanche où l’espace inter électrodes est rempli par un
gaz électronégatif comme le SF6 ou le nitrogène, et porte à une haute pression de 15
atmosphères. Quelques fois, le gaz pressurise est remplacé tout simplement par le vide.
Il n’y a pratiquement pas d’énergie perdue par ce voltmètre car le seul courant qui puisse
circuler est un courant de fuite entre les électrodes qui est négligeable. Les pertes sont donc
négligeables lors de la mesure des tensions continues et alternatives. Néanmoins, comme ces
pertes sont proportionnelles à la fréquence de la tension elles deviennent considérables lors de
la mesure des hautes tensions HF (Haute Fréquence de l’ordre du MHz).
C’est le meilleur moyen recommande pour la mesure des tensions continues et alternatives.