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Anciennement ‘Afrique Relance’ Département de l’information des Nations Unies Vol. 24 No.

1 Avril 2010

Médias sociaux :
parole aux
jeunes
Africains

Africa Media Online / Anthony Kaminju

‘Crise annoncée’ pour les médicaments du sida


PLUS

L’Afrique condamne les coups d’Etat et défend la démocratie


Des droits pour les handicapés en Afrique
sommaire
Au sommaire
Les jeunes Africains politisent les médias
Nations Unies
Vol. 24 No. 1 Avril 2010

sociaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
L’ Afrique défend la démocratie . . . . . . . . . . . . 10

Sida : chronique d’une crise annoncée . . . . . 16

Le combat des handicapés d’Afrique . . . . . . . 18

Egalement au sommaire
OMD : accélération urgente. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5

Personnes déplacées : vers la fin du calvaire. . . . . 6

Libéria : le combat des femmes se poursuit . . . . . . 8

“La stabilité repose sur la démocratie”


Interview avec Saïd Djinnit. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13

Reuters / Finbarr O’Reilly


Solidarité africaine avec Haïti . . . . . . . . . . . . . . . . 22

Rubriques
Agenda . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
Livres . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23 Coups d’État et changements anticonstitutionnels de
gouvernements sont intolérables, soutient l’Union africaine.
Horizon . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24

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Les jeunes politisent les médias sociaux
Un logiciel kenyan devient un outil de participation politique

Par André-Michel Essoungou l’équipe utilise des sources gouvernementales, portables, les citoyens ordinaires ont pu aider

L
e soir du 2 janvier 2008, à 23 heures des informations fournies par des ONG et la à démentir les rumeurs et à corriger ce qui, à
précises, de retour d’un voyage épui- presse pour vérifier la réalité des incidents sig- leurs yeux, étaient des sous-estimations sur la
sant qui l’a menée de Nairobi au Kenya nalés à Ushahidi (“témoignage” en Swahili). crise. Ils ont pu ainsi éclairer les tendances et
à Johannesbourg en Afrique du Sud, Ory Ushahidi illustre comment les jeunes les caractéristiques de la vague de violence.
Okolloh — une avocate kenyane d’une
trentaine d’années — poste sur son Démocratiser l’information
blogue le message suivant : “pour que David Hersman, un des co-fondateurs
la réconciliation ait lieu au niveau local, d’Ushahidi, affirme que le seul objectif
il faudra d’abord que la vérité de ce qui était de “démocratiser l’information”.
s’est passé émerge. Y a-t-il des gens qui Juliana Rotich, autre co-fondateur
veulent faire quelque chose – des accros d’Ushahidi, est du même avis. Elle
de technologies capables de rendre note cependant l’impact limité qu’a eu
compte de la violence et des destructions la plateforme à l’époque. Aucune cam-
ont eu lieu en utilisant Google Maps ?” pagne de communication n’ayant été
Au cours de la semaine précé- organisée pour aider les gens à la con-
dente, les violences post-électorales ont naître. Ceux qui l’ont utilisée étaient
embrasé le Kenya et fait des dizaines de principalement des gens qui se connec-
victimes. Mme Okolloh elle-même a ris- taient déjà régulièrement sur Internet.
qué sa vie au moment de quitter le pays. “Nous n’avons pas réussi à toucher une
“Le trajet vers l’aéroport a été l’un des masse critique de la population du pays,
moments les plus terrifiants de ma vie,” en partie parce que nous n’avons pas eu
écrit-elle encore sur son blogue. beaucoup d’écho au niveau local, expli-
Entre temps, les émissions de radio que Mme Rotich à Afrique Renouveau.
et de télévision diffusées en direct En permettant à de jeunes Africains
ont été suspendues. Dès lors, parmi de contribuer à des discussions en cours
l’importante diaspora kenyane dispersée et de participer à des événements div-
Panos / Fred Hoogervorst

à travers le monde, nombreux sont ceux ers, les nouvelles technologies leur
qui se tournent vers les blogues, comme donnent un accès inégalé au débat poli-
celui de Mme Okolloh, pour s’informer tique. “Dans le contexte africain, pou-
de ce qui se passe dans leur pays. “Je voir exprimer son opinion librement
mettais mon blogue à jour presque toutes n’est pas facile,” commente Théophile
les cinq minutes,” se souvient-elle. Mais Kouamouo, qui anime depuis décem-
elle est débordée par la demande. C’est Les jeunes Kenyans ont été les pionniers de la transmission par bre 2007 IvoireBlog, une plateforme
alors qu’elle lance son appel, vite suivi téléphone cellulaire de messages vocaux ou textuels destinés Internet dynamique d’Abidjan en Côte
d’une vague de contributions. Un com- à informer sur les conflits politiques ; leur logiciel “Ushahidi” est d’Ivoire. M. Kouamouo, qui a organisé
patriote suggère la création d’une page désormais utilisé dans différentes régions du monde, notamment Abidjan Blogcamps, un séminaire de
pour appuyer les secours humanitaires et veiller au bon
Web donnant la liste des victimes avec formation qui permet aux animateurs
déroulement des élections.
des détails sur le lieu et les circonstances de blogues de tout le pays d’échanger
de leur mort. Un autre propose de poster leurs vues et leurs expériences, pense
des renseignements sur les personnes dépla- Africains utilisent les nouvelles technologies que les animateurs de blogues africains suiv-
cées afin “ de mieux sensibiliser,” le monde. comme moyen d’accès au débat politique. ent le chemin tracé par les médias indépen-
Quelques jours plus tard, Mme Okolloh et Selon une étude de chercheurs de l’université dants qui ont mené, au début des années 1990,
quatre jeunes blogueurs kenyans lancent le site Harvard*, Ushahidi est l’outil qui a permis de
Web <www.ushahidi.com>, un forum de com- recueillir les informations les plus complètes * Patrick Meier and Kate Brodock, “Crisis
munication qui permet à quiconque le souhaite sur les violences post-électorales au Kenya. Mapping Kenya’s Election Violence: Compar-
de signaler des cas de violences par “texto” et Bien que ce site Web ait été essentiellement ing Mainstream News, Citizen Journalism and
Ushahidi.” (Boston: Harvard Humanitarian Ini-
courriel notamment tout en situant l’incident conçu pour alerter sur la crise, il a aussi fonc-
tiative, Harvard University, 2008). Web <http://
sur une carte en ligne. Afin d’assurer la fiabil- tionné comme point d’accès à une participation irevolution.wordpress.com/2008/10/23/map-
ité de ces informations, un des membres de politique élargie. Utilisant leurs téléphones ping-kenyas-election-violence>.

AVRIL 2010 3
la bataille pour la liberté d’expression. “Cela adaptable. Ce logiciel a servi à secourir les la santé, l’enseignement à distance et les
fait partie de nos efforts pour construire une survivants du tremblement de terre d’Haïti en activités bancaires (voir Afrique Renouveau,
société démocratique, ” explique-t-il à Afrique janvier. Il a aussi permis à documenter la vio- janvier et avril 2008). Selon le dernier rap-
Renouveau. lence en RDC, en Afrique du Sud et à Gaza. port de l’Organisation de coopération et de
développement économiques (OCDE) inti-
tulé Perspectives économiques en Afrique,
l’utilisation de plus en plus importante des
technologies de l’information et de la com-
munication (TIC) en Afrique aide à soutenir
certains secteurs de l’économie africaine dans
le contexte actuel de crise.
L’utilisation récente de ces technologies
dans le champ politique s’inscrit dans un con-
texte de changements technologiques révolu-
tionnaires dans tout le continent. Selon l’Union
internationale des télécommunications (UIT),
l’industrie africaine de la téléphonie mobile
croît à un rythme deux fois supérieur à celui
enregistré au niveau mondial. “Le téléphone
laif/Redux / Christoph Goedan

portable, facile à porter avec soi et avec une


infrastructure moins coûteuse à mettre en place,
a pris la tête de la révolution africaine,” ajoute le
rapport de l’OCDE. Des câbles sous-marins très
importants sont en train d’être posés au large
des côtes de l’Afrique, à l’Ouest et à l’Est du
continent, et l’accès à l’Internet à large bande
devrait également s’améliorer considérable-
Des activistes de la paix non gouvernementaux échangent des informations par téléphone cellulaire dans
les banlieues sud-africaines pour prévenir des violences à Soshanguve, une township proche de Pretoria.
ment. Cette évolution pousse certains à prévoir
la fin du “fossé numérique” – l’écart creusé
entre ceux qui ont accès aux TIC et les autres.
Une initiative similaire, CongoBlog, a été Ushahidi a également aidé les gens à Les instances politiques africaines
lancée en République démocratique du Congo s’informer sur les médicaments disponibles s’efforcent de rattraper le retard pris ; fin janvier
(RDC) par Cédric Kalonji, un jeune journali- dans les pharmacies du Kenya, d’Ouganda, du un sommet de l’Union africaine (UA) a traité le
ste de Kinshasa. Elle vise également à donner Malawi et de Zambie. thème des liens entre les TIC et le développe-
aux jeunes Congolais un meilleur accès à la Lors des élections, la plateforme permet ment. Auparavant, en 2007, l’organisation
sphère publique tout en fonctionnant comme de communiquer les résultats du dépouille- avait adopté un plan d’action pour la science
une agence de presse, avec des correspondants ment des bulletins de vote au moment même et la technologie et demandé à l’Organisation
présents dans toutes les régions du pays. où ils sont annoncés. Cuidemos el Voto, un des Nations Unies pour l’éducation, la science
Dans un entretien avec Afrique Renouveau, projet indépendant de cartographie électorale et la culture (UNESCO) d’appuyer ce projet.
Mme Okolloh d’Ushahidi, note que dans en ligne au Mexique, a utilisé Ushahidi lors Des discussions sont en cours entre l’OCDE,
l’univers numérique “les obstacles à l’entrée du dernier scrutin fédéral dans le pays. Vote l’UNESCO et la Banque mondiale alors que
sont généralement moins importants et l’espace Report India, une initiative citoyenne du même l’UNESCO apporte son concours à un examen
plus ouvert” si on les compare aux les médias type s’en est servie à l’occasion des élections de la situation de la science, de la technologie
traditionnels. M. Hersman, son collègue, est du générales indiennes de 2009. Chose plus inat- et de l’innovation dans 20 pays d’Afrique. Dans
même avis : “la technologie est l’un des rares tendue encore, en février dernier, le logiciel le cadre du Nouveau partenariat pour le dével-
moyens qu’ont les jeunes Africains de con- kenyan a été mis à contribution à Washington, oppement de l’Afrique (NEPAD) de l’UA, il est
tourner les carences du système qui permettent la capitale des États-Unis, pour aider à organ- prévu que toutes les écoles primaires et sec-
au statu quo de se perpétuer, déclare-t-il. Elle iser le déneigement après une énorme tempête ondaires deviennent d’ici à 2025 des “cyber-
abaisse les obstacles à l’accès pour tous ceux qui de neige. écoles” équipées d’ordinateurs, de logiciels et
veulent participer et faire entendre leur voix.” d’accès Internet (voir Afrique Renouveau, avril
Des changements révolutionnaires 2007).
Du Kenya au reste du monde Longtemps avant l’émergence de cette dernière Toutes ces évolutions sont les bienvenues,
Dans la mesure où Ushahidi (qui est aussi un tendance, les Africains utilisaient déjà les nou- note Mme Rotich d’Ushahidi ; l’Afrique con-
logiciel téléchargeable) a été conçu pour pou- velles technologies, avec une certaine réussite, clut-elle “devrait investir dans ses brillants cer-
voir être utilisé par tous, il s’est révélé très dans des domaines aussi variés que les affaires, veaux et encourager ses entrepreneurs.” n

4 AVRIL 2010
Objectifs du millénaire : accélération urgente
En dépit des avancées en Afrique, il faut accélérer le rythme, plaide le Secrétaire général de l’ONU

Par André-Michel Essoungou été multipliée par cinq entre 2004 et 2008 pour la plupart des pays africains ont fait peu de

C
ertains pourraient considérer le derni- atteindre 45 %. progrès sur d’autres cibles tout aussi impor-
er rapport de l’ONU sur les progrès Des progrès ont également été enregistrés tantes. Globalement, la pauvreté et la faim sont
accomplis vers les Objectifs du dans le domaine de la santé de l’enfant : depuis en hausse, le chômage et les inégalités entre les
Millénaire pour le développement (OMD) 2005, le nombre de décès d’enfants de moins de sexes demeurent des défis importants et trop de
comme un déprimant catalogue d’ambitions cinq ans a baissé de plus de 30 % au Rwanda. femmes meurent encore en donnant la vie. De
non réalisées. D’autres peuvent y trouver des Toutefois, l’Afrique subsaharienne dans son 1990 à 2005 l’extrême pauvreté a progressé en
raisons de croire en la possibilité de les Afrique, touchant 36 millions de per-
atteindre. En réalité, affirme le rapport sonnes supplémentaires.
du Secrétaire général Ban Ki-moon Bien qu’elles représentent une pro-
paru sous le titre “Tenir les engage- portion de plus en plus importante de
ments pris”, l’on note à la fois des suc- la main-d’œuvre, les femmes reçoivent
cès et des retards. M. Ban appelle par souvent des salaires inférieurs à ceux
conséquent les dirigeants du monde des hommes. Leur accès aux services
(attendus à la prochaine Assemblée de santé en matière de procréation
générale de l’ONU qui sera consacrée demeure limité. Avec 123 naissances
aux OMD en septembre) à tenir leurs pour 1000, le taux de natalité des ado-
promesses et à soutenir les progrès lescentes d’Afrique subsaharienne est
économiques et sociaux en faveur des le plus élevé du monde.
populations les plus vulnérables de la Considérant les succès enregistrés
planète. et ces retards relevés, le Secrétaire
Les OMD sont un ensemble de huit général cite trois grands obstacles à
objectifs, concrets et mesurables, adop- la réalisation des objectifs : le non
tés en 2000 par les chefs d’État et de respect des engagements, l’insuffisance
gouvernement du monde entier et qui des ressources et de volonté politique
doivent être atteints d’ici à 2015. ainsi que le non respect du principe de
Panos / Giacomo Pirozzi

Le rapport note que l’Afrique est responsabilité.


sur la bonne voie dans de nombreux Les engagements pris en ce qui
domaines dont l’accès à l’éducation concerne l’aide publique au dével-
primaire pour un plus grand nombre oppement (APD) sont “encore loin
d’enfants et la lutte contre le sida. d’avoir été honorés ”, écrit le Secrétaire
Récemment, l’Afrique subsahari- général. En juillet 2005 au Sommet de
enne a connu la hausse la plus impor- Bien que la santé de l’enfant se soit améliorée dans certains pays, Gleneagles en Écosse, le G8, groupe
tante au monde du taux de croissance la région enregistre encore la moitié des décès d’enfants des huit pays les plus industrialisés,
des inscriptions à l’école primaire, de moins de cinq ans dans le monde. avait promis de contribuer aux efforts
passant de 58% à 74 % entre 2000 et de développement de l’Afrique en y
2007. Plusieurs pays dont le Kenya, consacrant annuellement 63 milliards
la République démocratique du Congo, le ensemble enregistre toujours la moitié des décès de dollars d’ici à 2010 ; mais pour atteindre
Burundi, le Ghana, l’Éthiopie, le Malawi et le dans le monde pour cette tranche d’âge. Le rap- cet objectif, note le rapport, l’aide au continent
Mozambique ont supprimé les frais de scolar- port ajoute qu’entre 1999 et 2004, la région a devrait augmenter de 20 milliards de dollars
ité et permis à des millions d’élèves d’accéder réalisé une des réductions les plus importantes du cette année, un montant qui sera probablement
à l’enseignement primaire (voir Afrique nombre de décès dus à la rougeole dans le monde. loin d’être atteint.
Renouveau de janvier 2010). Entre 2001 et 2007 le Nigéria a doublé sa pro- Echouer à atteindre ces objectifs convenus
Des années de sensibilisation ont contribué duction alimentaire. Au Ghana le nombre de gens au niveau international “serait un échec inad-
à la baisse (de l’ordre de 25 % depuis le milieu qui souffrent de malnutrition a diminué de 74 % missible, aussi bien moral que matériel, affirme
des années 1990) du nombre annuel de nou- entre 1991 et 2004. En 2008 le Rwanda a élu une M. Ban. Si nous échouons, les menaces qui
velles infections au VIH en Afrique subsaha- majorité de femmes (56 %) à la chambre basse de pèsent sur la planète — instabilité, violence,
rienne. La proportion de femmes séropositives son parlement. épidémies, dégradation de l’environnement,
qui reçoivent un traitement destiné à prévenir Néanmoins, cinq ans avant la date butoir croissance démographique galopante — s’en
la transmission du Sida de la mère à l’enfant a pour la réalisation des OMD, le rapport note que trouveront toutes aggravées.” n

AVRIL 2010 5
Personnes déplacées : vers la fin du calvaire
La convention de l’Union africaine marque un progrès mais des défis persistent

Par André-Michel Essoungou

C
’était un départ auquel ils n’avaient
jamais eu le temps de se préparer ;
cherchant à échapper à la mort — par-
fois pris entre deux feux dans les combats
entre l’armée sénégalaise et les rebelles de la
région de Casamance, au Sud du pays — ils
ont été des milliers à fuir leurs foyers. Au
cours des vingt dernières années un grand
nombre d’entre eux se sont installés par
vagues successives à Ziguinchor, une impor-
tante ville de Casamance.
Depuis, retourner chez eux reste un rêve
insaisissable, “nous le voulons, mais nous avons

ONU / Tim McKulka


peur d’être tués, ” a expliqué en décembre à
un journaliste de Radio France Internationale
Gabriel Tandar, qui a fui quand son village
a été attaqué en 1991. Leurs vies ne se sont
toujours pas améliorées, se plaignait-il, “nous
n’avons pas de travail et nous dépendons des
Civils déplacés par les combats dans le Sud du Soudan : L’Afrique compte près de 12 millions de
autres pour nos besoins les plus élémentaires.” personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays, mais bénéficiant d’une assistance et d’une
M. Tandar et des milliers d’autres comme protection juridique moindres que celles accordées aux réfugiés qui traversent une frontière.
lui, forcés d’abandonner leurs foyers mais qui
restent dans leur propre pays, sont connus sous
le nom de personnes déplacées à l’intérieur de réfugiés de 1951 et de la Convention de 1969 apporter une assistance adéquate aux personnes
leur propre pays. Ce sont les victimes oubliées régissant les aspects propres aux problèmes des déplacées. Ces dernières s’efforcent de faire
d’un conflit de basse intensité prolongé. Peur, réfugiés en Afrique, adoptées toutes deux sous face à des conditions de vie difficiles mais ne
deuil, dénuement et le sentiment décourageant l’égide des Nations Unies. La Convention de reçoivent souvent qu’une aide inefficace.
d’être en exil dans leur propre pays, tel est leur Genève fait obligation à la communauté inter- C’est précisément à cause de leurs souf-
sort depuis près de deux décennies. nationale de protéger et d’aider les réfugiés en frances que 17 pays africains ont signé la
Ils sont loin d’être les seuls à subir une telle leur fournissant abri, nourriture et soins médi- Convention de l’Union africaine sur la pro-
épreuve. Selon les estimations de l’ONU et de caux. Les Nations Unies disposent d’une insti- tection et l’assistance aux personnes dépla-
l’Internal Displacement Monitoring Centre tution centrale qui se consacre à cette mission cées en Afrique — connue également sous
(IDMC), Centre de surveillance des déplace- importante, le Haut-Commissariat des Nations le nom de Convention de Kampala, d’après la
ments internes, le principal organisme d’étude Unies pour les réfugiés (HCR). capitale de l’Ouganda où le traité a été signé
de la question qui travaille en étroite collabo- Les personnes déplacées ne bénéficient pas le 23 octobre 2009. Si elle est ratifiée, cette
ration avec l’ONU*, près de 12 millions de du même soutien juridique et institutionnel que convention remplira ce vide dans le droit
personnes (soit près de la moitié des personnes les réfugiés. Le principal instrument destiné à humanitaire international à l’avantage des
déplacées dans le monde) partagent le même assurer leur protection est un ensemble de prin- populations africaines déplacées.
drame à travers l’Afrique. cipes certes reconnus mais pas juridiquement La Convention de Kampala est un “accord
Il y a des différences fondamentales entre contraignants. Bien que ces principes définis- historique visant à protéger et à assister nos
les personnes déplacées et les réfugiés, qui sent des normes pour apporter la meilleure frères et nos sœurs déplacés au plan interne,”
cherchent refuge dans un autre pays. L’Afrique réponse possible aux besoins des personnes a déclaré à la presse le président ougandais
compte environ 3 millions de réfugiés pro- déplacées, aucune institution n’est chargée d’en Yoweri Museveni le jour de la signature.
tégés par le droit international au titre de la garantir l’application. La responsabilité de la
Convention de Genève relative au statut des protection des personnes déplacées incombe ‘Une lueur d’espoir’
avant tout à leur propre gouvernement. En acceptant le premier traité continental
* “Global Overview of Trends and Developments Cependant, de nombreux États ne disposent juridiquement contraignant relatif aux per-
in 2008” (avril 2009) établi par le Centre de surveil- pas des capacités ou des ressources, ni même sonnes déplacées, les dirigeants africains ont
lance des déplacements internes parfois de la volonté politique nécessaires pour fait un audacieux pas en avant pour faire face à

6 AVRIL 2010
“l’une des grandes tragédies de notre époque”, proportions colossales en Afrique. “Entre 1969 1,8 million de personnes déplacées recensées
selon les termes employés par l’ex-Secrétaire et 1994 … le nombre de personnes déplacées a en 2005 étaient rentrées chez elles en décem-
général de l’ONU, Kofi Annan. fait un bond et se situe entre 10 et 15 millions,” bre 2009. Au Burundi, leur nombre est passé
Ce document est potentiellement porteur écrit Francis Deng, le premier Représentant de 800 000 en 1999 à 100 000 à la fin de 2009.
de profondes implications politiques. Les États du Secrétaire général de l’ONU pour les per- Selon l’IDMC, le nombre de personnes dépla-
qui le signent acceptent d’assumer la principale sonnes déplacées dans un livre largement cées actuellement recensées en Afrique est à
responsabilité en matière de prévention des salué qu’il a rédigé en collaboration avec son plus bas niveau depuis dix ans.
déplacements forcés, notamment en menaçant Roberta Cohen, une ancienne chercheuse du Cependant, ces deux dernières années, trois
de poursuites les responsables de ces déplace- Brookings Institute de Washington aux Etats- des cinq déplacements internes de populations
ments, dont les acteurs non étatiques comme Unis**. C’est cette augmentation alarmante, les plus importants dans le monde se sont
les groupes rebelles et insurgés, les compagnies ajoutent les auteurs, qui a poussé en 1994 encore produits en Afrique. Avec 4,9 millions
militaire privées et les sociétés multinationales. l’Organisation de l’unité africaine, à laquelle a de personnes déplacées, le Soudan compte la
Il oblige aussi les États à aider les personnes succédé l’Union africaine en 2002, à affirmer plus importante population déplacée, compo-
déplacées et à faciliter leur relocalisation après que le déplacement interne était “une des crises sée de victimes du conflit dans la région du
un déplacement forcé. humanitaires et des droits de l’homme les plus Darfour et de l’instabilité qui affecte le Sud du
Aux termes de la convention, les États aussi tragiques que connaisse aujourd’hui l’Afrique.” Soudan. On estime à 2 millions les personnes
bien que les groupes armés, sont tenus de pro- Depuis le milieu des années 1990, les nom- déplacées en République démocratique du
téger et d’assister les personnes déplacées dans breuses guerres qui ont embrasé la région des Congo ; en outre, quelque 1,3 million de per-
les zones qui sont sous leur contrôle effectif, Grands Lacs (Burundi, Rwanda, République sonnes ont dû fuir leurs foyers en Somalie. Au
d’aider les communautés qui les accueillent et démocratique du Congo, Ouganda), l’Afrique total, 19 pays africains font face à des prob-
de faciliter l’accès des organisations humani- de l’Ouest (Libéria, Sierra Leone, Côte lèmes de déplacements forcés en conséquence
taires à ces populations. d’Ivoire) et la Corne de l’Afrique (Éthiopie, d’un conflit, de violences et de violations des
Le traité exige en outre des États qu’ils Erythrée, Somalie) ont forcé des millions de droits de l’homme généralisées.
dédommagent les victimes pour le préjudice
que le déplacement leur a fait subir; il appelle
de ses vœux une coopération entre les États,
les organisations internationales, les agences
humanitaires et les organisations de la société
civile pour assurer la protection des personnes
déplacées.
Selon Julia Joiner, la Commissaire aux
affaires politiques de l’UA, “cet instrument
démontre clairement que les dirigeants afric-
ains sont conscients des difficultés que ren-
contrent les personnes déplacées et qu’ils sont
prêts à faire tout leur possible pour mettre un
terme à leurs souffrances.”
Walter Kälin, le Représentant du Secrétaire

ONU / Arpan Munier


général pour les droits de l’homme des per-
sonnes déplacées dans leur propre pays, a com-
paré la Convention de Kampala à “une lueur
d’espoir pour 12 millions d’Africains.” Dans
un entretien avec Afrique Renouveau, M. Kälin
La nouvelle convention de l’Union africaine vise à améliorer les soins de santé
souligne le fait que, par rapport aux principes et les autres formes d’aide apportées aux personnes déplacées.
directeurs sur les personnes déplacées soute-
nus par l’ONU, le traité de l’UA clarifie les
responsabilités des États et des autres acteurs. personnes à fuir de chez elles. “Les communautés déplacées à l’intérieur
Il note cependant qu’il reste “un long chemin à Ces dernières années, avec la diminution des pays africains font face à des risques mul-
parcourir avant qu’il ait un effet sur le terrain.” du nombre de conflits, un plus grand nombre tiples en raison, dans certains cas, de menaces
de personnes déplacées sont retournées dans immédiates contre leur sécurité” note le rap-
‘Une crise tragique’ leurs foyers. En Ouganda, plus de la moitié des port de l’IDMC. Le viol et la violence sexuelle
En raison de conflits prolongés, de violations à l’encontre des femmes et des filles ainsi que
massives des droits de l’homme et de catastro- ** Roberta Cohen et Francis Deng, Masses in le recrutement forcé d’enfants par des groupes
phes naturelles de grande ampleur, les déplace- Flight: the Global Crisis of Internal Displacement,
ments internes de populations ont atteint des Brookings Institute, Washington, 1998. voir page 21

AVRIL 2010 7
Libéria : le combat des femmes se poursuit
Conversation avec l’activiste Leymah Gbowee

Par Michael Fleshman une tâche redoutable pour n’importe quel prési- lérer le redressement économique et à encour-

Q
uatre ans après que les électeurs du dent. Les enjeux sont particulièrement impor- ager la réconciliation nationale avec le con-
Libéria, ravagé par des décennies de tants pour Mme Johnson-Sirleaf, première cours des Nations Unies et des partenaires de
dictature, de destruction économique femme élue à la tête d’un pays africain, et pour développement du Libéria.
et de guerre civile, ont élu à la présidence les millions de femmes à travers le continent qui
Ellen Johnson-Sirleaf, une ancienne banquière s’identifient aux succès et aux échecs de celle-ci. Elargir les horizons
pragmatique et haute fonctionnaire de l’ONU, Comme d’autres, la militante libérienne Au départ, confie Mme Gbowee à Afrique
Renouveau, l’atout de Mme Johnson-Sirleaf
a été tout simplement de ne pas appartenir au
groupe d’hommes responsables de la guerre.
“On était à bout. Ce n’est pas que les gens
croyaient tellement aux femmes, mais le senti-
ment dominant était qu’on a essayé toutes sortes
d’hommes, il est temps d’essayer autre chose”.
Depuis lors, dit-elle, la présidente s’est
attiré la sympathie populaire pour sa conduite
des affaires publiques. “J’ai appris à apprécier
sa façon de tenir tête aux critiques les plus
acerbes et de faire le bien pour son pays”.
Un tel propos constitue un compliment
notable de la part d’une fondatrice et animatrice
Panos / Tim A. Hetherington

du mouvement féminin communautaire pour


la paix au Libéria. Au plus fort des combats,
Mme Gbowee a contribué au rassemblement
et à la mobilisation de milliers de Libériennes
pour dénoncer la guerre civile longue de 14
ans et plaider pour la réconciliation. Tenues à
l’écart des négociations de paix parrainées par
Depuis son investiture en 2006, Ellen Johnson-Sirleaf, première femme élue présidente en Afrique,
la communauté internationale, les femmes ont
est une source d’inspiration pour les femmes du Libéria et du continent.
néanmoins trouvé le moyen de faire pression
sur les chefs des factions belligérantes et ont
le pays est sur la voie d’un lent redressement. pour la paix Leymah Gbowee, qui dirige à contribué à sauver les négociations. Leur inter-
Mais le chemin à parcourir reste long. présent le West African Regional Women vention a d’ailleurs fait l’objet d’un documen-
Des milliers de soldats de la paix et des Peace and Security Network-Africa considère taire (intitulé Pray the Devil Back to Hell*) et
forces de police des Nations Unies demeur- la Présidente Johnson-Sirleaf comme une qui a obtenu plusieurs prix.
ent dans le pays pour y assurer la sécurité et pionnière. Malgré les innombrables prob- La présidence de Mme Johnson-Sirleaf a
entraîner la nouvelle armée et police nation- lèmes auxquels le Libéria est confronté depuis ouvert de nouvelles perspectives aux femmes
ales. Les taux de pauvreté et de chômage sont l’investiture de sa présidente en janvier 2006, et aux jeunes filles du Libéria. “Prenez les
élevés parmi les jeunes et les quelque 100 000 Leymah Gbowee estime que Madame Sirleaf a petites commerçantes, explique Mme Gbowee.
anciens combattants démobilisés, ce qui fait fait preuve d’excellentes qualités de leadership. Avant, l’idée de se rendre au Ghana et tenir
craindre pour la stabilité du pays. Les installa- La paix précaire qui a suivi la destitution un commerce des deux côtés de la frontières
tions et les services publics, (santé, éducation et de l’ancien président Charles Taylor a tenu. avec le Libéria les aurait pleinement satisfaites.
administration) ont été pratiquement réduits à L’économie en ruines du pays enregistre un A présent, elles parlent de prêts bancaires et
néant par les affrontements. Le revenu moyen, léger frémissement alors que les personnes d’aller jusqu’en Chine ou dans d’autres pays
bien qu’en hausse, est parmi les plus faibles du déplacées retrouvent leurs terres et que les pour acheter leur marchandise”. Elle estime
monde : en 2009 le Libérien moyen peinait à industries et les commerces redémarrent. Les que le fait qu’une femme devienne présidente
survivre avec l’équivalent d’à peine 0,38 dol- écoles, les hôpitaux et les services publics ont
lar par jour, d’après les estimations du Fonds rouvert, les infrastructures endommagées sont * Pour plus d’informations sur le documentaire
monétaire international (FMI). en voie de rénovation. Les autorités s’emploient Pray the Devil Back to Hell, veuillez consulter le
L’administration d’un tel pays représenterait à réaménager les organismes publics, à accé- site Web <www.praythedevilbacktohell.com/v3>

8 AVRIL 2010
leur a donné de nouvelles ambitions. liciter l‘aide de leur famille en disant : Il faut que plus de 70% des établissements scolaires
Même sa fille de neuf ans a été incitée à que j’aille à l’université.” du pays ont été endommagés ou détruits pen-
remettre en cause les rôles traditionnelle- dant les affrontements et que des centaines
ment attribués à chacun des deux sexes. Mme Progrès et difficultés de milliers d’étudiants ont été déplacés. La
Gbowee raconte en souriant : “Six mois après Reste toutefois à voir si le système éducatif situation financière catastrophique du pays
l’élection d’Ellen, l’école élémentaire que en ruines du Libéria pourra satisfaire les nou- ralentit également les progrès. C’est aussi le
fréquente ma fille a tenu des élections [pour velles aspirations. Certains progrès ont été cas du plafonnement sur les emprunts et les
la présidence des classes]. Les enfants ont fait enregistrés dans ce domaine. Les droits de dépenses gouvernementales imposé dans le
campagne dans l’école et le vote s’est déroulé scolarité ont été supprimés en 2006, entraînant cadre d’un accord avec le FMI. D’après un
comme prévu. Il y avait 12 classes primaires une hausse spectaculaire de 82% des inscrip- rapport gouvernemental récemment publié
et donc 12 présidents. Au bout du processus 11 tions dans le primaire en deux ans à peine. Les sur l’état d’avancement des OMD, à mesure
des 12 présidents de classe étaient des prési- dépenses réservées à l’éducation ont atteint que l’économie s’améliore, les contraintes
dentes, des filles!” 8,6% du budget de 2008, deuxième poste bud- budgétaires imposées par le programme [du
“C’est ce qui m’a étonnée le plus. De mon gétaire après la santé. FMI] devront être assouplies pour faciliter
temps, les filles voulaient être aumôniers ou Cependant, selon un rapport récemment l’augmentation de la production et l’accès aux
trésoriers de leur classe. On ne les voyait pas publié sur les progrès accomplis dans la réali- services socio-économiques de base.
déclarer: Je veux être présidente. Mais après sation des objectifs de développement con- Le Libéria pourrait bien parvenir à sco-
l’élection de cette femme, on les a entendues venus à l’échelle internationale, au nombre lariser autant de filles que de garçons d’ici à
dire : Si Ellen peut être présidente, je peux desquels figure la scolarisation universelle pri- 2015 — autre objectif du millénaire pour le
l’être aussi.” maire d’ici à 2015, moins de 40% des enfants développement — grâce à la scolarisation

Hausse des inscriptions scolaires


Depuis l’investiture de Mme Johnson-Sirleaf,
les taux d’inscription scolaire ont connu une
croissance subite, explique Mme Gbowee. Cette
affirmation est confirmée par l’Organisation
des Nations Unies pour l’éducation, la science
et la culture (UNESCO), qui, dans sa dernière
étude sur les progrès vers l’objectif de parité
des sexes dans l’enseignement, constate que
le rapport filles/garçons dans l’enseignement
primaire au Libéria est passé de 74 filles pour
100 garçons en 1999 à 94 filles pour 100 gar-
çons en 2007.
“On enregistre également des taux élevés

ONU / Christopher Herwig


d’inscription de femmes dans les programmes
d’alphabétisation des adultes,” poursuit Mme
Gbowee. “La majorité d’entre elles vous disent
que d’ici la fin de cette présidence dans deux
ou trois ans, je veux savoir écrire quand je vais
à la banque et ne pas signer avec mon pouce.
Aujourd’hui, les femmes souhaitent faire des
La fin de la guerre civile et l’élection d’une femme à la présidence du Libéria ont incité de très
tas de choses. Certaines des filles qui n’ont
nombreuses jeunes filles de ce pays à s’inscrire à l’école et à élargir leurs horizons.
jamais pensé à poursuivre leurs études disent
maintenant : Je veux aller au lycée et devenir
quelqu’un.” libériens étaient inscrits en 2007 au niveau croissante des filles et à la priorité nationale
Même dans les zones rurales, où la tradition correspondant à leur âge (si l’on tenait compte accordée depuis 2006 à l’éducation des filles.
et la pauvreté concourent souvent à empêcher des étudiants plus âgés inscrits à des niveaux
la scolarisation des filles, celles-ci ont main- inférieurs, le taux global d’inscription serait Réaction violente
tenant tendance à s’affirmer. “On a lancé des d’environ 86%). Il y a peu de chances que tous Certains hommes ont réagi de façon violente
projets de leadership avec des filles dans trois les enfants en âge d’être scolarisé au Libéria face à cette nouvelle donne, affirme Mme
régions rurales. Dans deux de ces régions les soient inscrits dans le cycle primaire d’ici la Gbowee. “Au départ, ils ont dit : Les hommes
résultats ont dépassé les attentes. Les filles date-butoir de 2015. ont échoué, laissons faire les femmes. Mais à
qui ont achevé leurs études secondaires cher- Ceci est imputable en partie aux combats
chaient à obtenir des bourses ou allaient sol- qui ont déchiré le pays. Les autorités estiment voir page 21

AVRIL 2010 9
L’Afrique défend les principes démocratiques
“Tolérance zéro” pour les coups d’État et les violations constitutionnelles

Par Ernest Harsch

J
usqu’à une époque récente, les auteurs
de coups d’État et autocrates d’Afrique
étaient assurés de la bienveillance de
leurs pairs du continent. Depuis quelques mois
cependant l’Afrique dit “non” aux putschistes
et à ceux qui violent l’ordre constitutionnel.
Début de février, alors que la crise en
Guinée semblait avoir enfin trouvé une issue
pacifique et qu’un autre coup d’État se dessi-
nait au Niger, les dirigeants africains ont décidé

Panos / Tim A. Hetherington


d’accentuer la pression. Dans une résolution
sur la prévention des “changements anticon-
stitutionnels de gouvernement,” un sommet de
l’Union africaine (UA) qui s’est tenu du 1er au
4 février a décrété une politique de “tolérance
zéro” envers les coups d’État militaires et
autres violations des normes démocratiques.
Cette position est remarquable. Pendant Élection au Libéria: l’Union africaine s’efforce de faciliter l’évolution de l’Afrique
des décennies, la majorité des pays africains vers les systèmes démocratiques grâce à l’adoption de mesures plus sévères
contre les changements inconstitutionnels de gouvernement.
ont été dirigés par des régimes militaires ou à
parti unique. Face à la mobilisation populaire,
la plupart des pays du continent ont évolué, “L’Afrique s’est engagée véritablement sur tembre 2009, lorsque les soldats, faisant pour
dans les années 1990, vers des systèmes mul- la voie de la démocratie”, poursuit M. Djinnit, la plupart partie de la garde présidentielle, ont
tipartites, entraînant une baisse du nombre de qui a été l’un des principaux acteurs de la attaqué une large manifestation d’opposants
putschs. Reste que les dirigeants africains nou- transformation de l’OUA en l’UA, avant de causant plus de 150 morts.
vellement élus hésitaient toujours à critiquer rejoindre l’ONU en 2008. Il reconnaît toute- L’horreur de la population et les vives
leurs collègues moins démocratiques. fois que le chemin parcouru n’a pas été facile. condamnations venues de l’extérieur ont pro-
Les parlements, les partis politiques, les appa- voqué des dissensions entre les membres de
“Respecter les constitutions” reils judiciaires, les organisations de la société la junte. Le capitaine Camara a été gravement
Ces hésitations ne sont plus de mise aujourd’hui. civile et les autres institutions censés défendre blessé en décembre par des coups de feu tirés
L’UA et d’autres organisations régionales afric- les principes démocratiques demeurent faibles. par son aide de camp. Le départ de M. Camara
aines défendent plus systématiquement et plus De leur côté, les organisations continen- pour des soins à l’étranger et la fuite de son
vigoureusement les principes démocratiques. tales ou régionales de l’Afrique peinent à faire aide de camp ont fait passer le pouvoir entre les
Le prédécesseur de l’UA, l’Organisation de respecter les principes démocratiques. mains du général Sékouba Konaté. Le général,
l’unité africaine (OUA), a exprimé pour la pre- qui était à l’étranger au moment du massacre, a
mière fois en 1999 sa réprobation des coups Ouverture en Guinée? adopté une attitude conciliante.
d’État militaires. Lorsque l’OUA est devenue En décembre 2008, au lendemain de la mort La situation s’est débloquée le 15 janvier.
en 2002 l’UA, l’Acte constitutif établissant la de celui qui fut pendant longtemps l’homme Le capitaine Camara et le général Konaté ont
nouvelle organisation incluait parmi d’autres fort de la Guinée, Lansana Conté, l’armée s’est conclu un accord aux termes duquel le capi-
dispositions la condamnation et le refus des emparée du pouvoir. L’UA et la Communauté taine s’engageait à rester à l’étranger. De son
changements anticonstitutionnels de gouverne- économique des États de l’Afrique de l’Ouest côté, le général a promis de consulter les par-
ment. (CEDEAO) ont toutes deux condamné sans tis politiques, les syndicats et les organisations
“Aujourd’hui l’obligation de respecter la tarder le coup d’État et suspendu la participa- de la société civile en vue d’une transition
constitution est de rigueur, confie à Afrique tion de la Guinée à leurs activités. Sur le plan démocratique.
Renouveau Saïd Djinnit, Représentant spé- intérieur, toutefois, les réactions ont été moins Jean-Marie Doré, chef de l’opposition de
cial des Nations Unies pour l’Afrique de négatives du fait que le nouveau président, le longue date, est devenu Premier ministre. La
l’Ouest. Toute action anticonstitutionnelle capitaine Dadis Camara, avait promis une tran- présidence du Conseil national de transition,
doit être condamnée et sanctionnée”. (Lire sition démocratique. chargé de rédiger une nouvelle constitution et
l’entretien page 13). La situation est devenue dramatique en sep- des règles électorales, a été confiée à Rabiatou

10 AVRIL 2010
Serah Diallo, responsable de la plus grande et d’agitation. Au cours de cette période de vive tension,
fédération syndicale du pays et opposante de Conformément à la constitution nigérienne, des unités de l’armée ont procédé à l’arrestation
longue date au régime. le président ne peut pas exercer plus de deux de M. Tandja et de la plupart des membres de
“Les choses ont bougé si vite”, se réjouit mandats. M. Tandja aurait donc dû quitter ses son Cabinet et ont pris le pouvoir le 18 février.
devant la presse Sydia Touré, autre chef fonctions à l’expiration de son second mandat Ils ont appelé leur junte le Conseil suprême
de l’opposition. Il en attribue le mérite aux en novembre 2009. Mais au début de cette pour la restauration de la démocratie (CSRD)
soutiens extérieurs qui ont contribué à accé- année-là, il a demandé à être reconduit pour et nommé à la présidence le chef d’escadron
lérer le processus. “La pression de la commu- trois ans de plus, déclenchant les protestations Salou Djibo.
nauté internationale a été très forte et immédi- de l’opposition. Pour sa part, la Cour constitu- Accueillant la décision des militaires
ate. Tous les ponts ont été coupés.” tionnelle a estimé que tout changement de la comme une solution viable au déblocage de la
Cette pression continue et la Guinée est durée du mandat présidentiel était illégal. situation, des milliers de personnes sont descen-
toujours suspendue de toutes les activités de M. Tandja a réagi par la dissolution arbi- dues dans la rue pour exprimer leur soutien aux
l’UA jusqu’au rétablissement de la démocratie, traire de la Cour constitutionnelle et de nouvelles autorités.
précise le Commissaire de l’UA pour la paix l’Assemblée nationale. Considérant qu’il En l’espace de quelques jours à peine, le
et la sécurité, Ramtane Lamamra. “Il ne faut s’agissait d’un putsch, l’opposition, les syndi- CSRD a nommé un civil Premier ministre et
pas se précipiter pour lever les sanctions”, dit-il. cats et les organisations de la société civile ont a entamé des consultations sur une nouvelle
Lors de sa réunion au sommet du 16 février, organisé de grandes manifestations et lancé constitution et des préparatifs en vue de nou-
la CEDEAO a également examiné les meil- des grèves. L’UA a exprimé sa préoccupation velles élections. D’après Mohamed Bazoum,
leurs moyens de soutenir la précaire transi- et la CEDEAO a évoqué d’éventuelles sanc- porte-parole du parti d’opposition, “nos sol-
tion démocratique de la Guinée, y compris la tions économiques. dats savent que l’ère des régimes militaires est
restructuration de ses forces armées. Ainsi que Mais M. Tandja n’a pas désarmé pour révolue. Il est toujours possible qu’ils essayent
le confie M. Djinnit à Afrique Renouveau : “Si autant, faisant arrêter de nombreux opposants. de rester au pouvoir, mais nous pensons que ce
l’armée n’est pas réformée, il n’y aura pas de La suppression d’une grande partie de risque est infime”.
solution pacifique”. l’opposition lui a permis de faire approuver sa S’employant à rassurer les sceptiques, le
Président Djibo a signé un décret interdisant
aux membres de la junte ou du gouvernement de
transition de se présenter aux prochaines élec-
tions. “L’ère des régimes autocratiques est bel et
bien révolue dans ce pays qui n’a d’autre voca-
tion que d’être démocratique ”, a-t-il déclaré.

Impasse à Madagascar
La crise dans l’île de Madagascar se perpétue
depuis le début de 2009, avec son cortège de
Associated Press / Rebecca Blackwell

négociations pour l’heure sans issue. La crise


a commencé lorsque le mécontentement d’une
grande partie de la population avec le gouver-
nement élu du Président Marc Ravalomanana
a débouché sur de grandes manifestations de
rue. Dans la capitale Antananarivo, ces mani-
festations étaient dirigées par le Maire Andry
Rajoelina, rival du président. Les deux côtés
Après la tentative de l’ancien président du Niger de proroger son mandat, ont invité l’armée à rétablir l’ordre. En mars,
ce qui a provoqué une crise politique, les militaires se sont emparés du pouvoir les militaires se sont rangés du côté de M.
en février et se sont engagés à rétablir l’ordre constitutionnel et des élections démocratiques. Rajoelina et le président s’est enfui du pays.
La plupart des principaux donateurs ont
Niger : d’un coup d’État à l’autre nouvelle constitution lors d’un référendum son refusé de reconnaître le gouvernement de M.
La crise nigérienne n’a pas évolué de la même mandat a été reconduit pour trois ans, il a été Rajoelina. L’UA a considéré la destitution de
façon que la crise guinéenne. Au Niger, c’est autorisé à se porter candidat pour un nouveau l’ancien président comme anticonstitutionnelle
un gouvernement de civils élus qui a le premier mandat et les pouvoirs de l’exécutif ont été et a suspendu la participation de Madagascar,
eu recours aux mesures anticonstitutionnelles. élargis. En octobre, la CEDEAO a suspendu suivie en cela par la Communauté de dével-
Le Président Mamadou Tandja a été élu pour la participation du Niger à ses activités, l’UA a oppement de l’Afrique australe (SADC).
la première fois en 1999 et reconduit en 2004, exigé le retour à l’ordre constitutionnel précé- A la recherche d’une solution, la SADC a
offrant au pays une dizaine d’années de sta- dent et plusieurs donateurs importants ont proposé ses bons offices, en collaboration avec
bilité relative après des années de coups d’État supprimé leur aide économique. l’UA. Un premier accord a été conclu en août à

AVRIL 2010 11
Maputo (Mozambique) aux termes duquel les pour influencer les élections comme au Gabon, des limites qui ont été mises en échec par une
équipes de M. Rajoelina, de M. Ravalomanana au Togo et au Zimbabwe. Dans de tels cas, les vive opposition des populations. Dans certains
et de deux anciens présidents s’engageaient autres dirigeants africains ne se sont pas tou- cas, toutefois, ces tentatives ont été couronnées
à nommer un gouvernement de transition jours accordés sur la réponse à donner. de succès, comme au Tchad, au Cameroun et
jusqu’aux nouvelles élections. La tâche d’inciter les gouvernements et en République du Congo. D’autres présidents
Des désaccords sur la distribution des leurs institutions à encourager le respect sans ont donné le bon exemple en se retirant à
postes ont bloqué toute possibilité de progrès. réserve et systématique des normes et pratiques l’expiration de leur mandat, comme au Ghana,
En décembre, M. Rajoelina a démis unilaté- démocratiques n’est toujours pas achevée, au Mali et au Mozambique.
ralement le Premier ministre accepté de tous et reconnaît M. Djinnit. Il se souvient que l’ancien En 2007, un sommet de l’UA a entériné
l’a remplacé par un colonel de l’armée. Secrétariat de l’OUA avait présenté en 2000 la nouvelle Charte africaine de la démocra-
Le sommet de février de l’UA a condamné une résolution condamnant les putschs mili- tie, des élections et de la gouvernance. Une
le ”régime illégal “ et exprimé son soutien taires et les coups d’État “de l’intérieur ”, dans fois entrée en vigueur, celle-ci permettra à
continu aux efforts de la SADC. Le mois suiv- lesquels les dirigeants fragilisent leurs propres l’Afrique d’avancer sur la voie des “valeurs
ant, le Conseil de paix et de sécurité de l’UA a constitutions. A l’époque, seul le premier cas universelles et principes de la démocratie et
imposé des restrictions de voyage à l’encontre de figure a été approuvé. du respect des droits de l’homme”, premier
de M. Rajoelina et d’autres membres de son L’une des principales cibles des manipula- objectif de base du document. Les autres
gouvernement. tions constitutionnelles a été la limite du mandat dispositions reconnaissent “la suprématie de
présidentiel. D’après H. Kwasi Prempeh, expert la Constitution” et stipulent que le processus
Tâche inachevée ghanéen du droit constitutionnel, l’adoption de révision de la Constitution repose “sur un
Les cas de la Guinée, du Niger et de de telles limites constitue une avancée consi- consensus national”. La Charte interdit par
Madagascar sont des exemples relativement dérable pour les forces démocratiques afric- ailleurs aux “auteurs” de changement anti-
simples de changement anticonstitutionnel de aines. Ces limites ont pour but d’empêcher les constitutionnel de participer aux élections
gouvernement: des soldats ont pris le pouvoir, présidents en exercice d’user de leur pouvoir suivantes et les met même en garde contre
ou un président a décidé de ne plus se con- et de leur fortune pour manipuler les élections l’éventualité d’une comparution devant un tri-
former à la constitution au mépris des institu- et se maintenir indéfiniment au pouvoir. En bunal africain.
A ce jour 29 gouvernements africains
ont signé la Charte, mais trois seulement
(l’Éthiopie, la Mauritanie et la Sierra Leone)
l’ont ratifiée, ce qui est très loin des 15 ratifica-
tions nécessaires à son entrée en vigueur. Le
sommet de février de l’UA a invité tous ses
membres à signer et ratifier la charte “sans
tarder”.
Certains activistes et commentateurs pro-
démocratie ont exprimé leur doute quant à la
capacité des organisations officielles du conti-
nent à réaliser des avancées dans ce domaine,
soulignant que tous les acquis obtenus à ce
jour sont le résultat d’une vaste mobilisation
populaire.
Reuters / Siphiwe Sibeko

Dans un éditorial de l’Observateur Paalga,


quotidien indépendant du Burkina Faso,
Adama Ouédraogo Damiss faisait remarquer
que, compte tenu du nombre de dirigeants
africains en exercice qui se sont rendus coup-
ables de violations des principes démocra-
tiques, “on peut légitimement s’interroger sur
Andry Rajoelina de Madagascar (à gauche) a saisi le pouvoir avec le soutien de l’armée.
L’Union africaine a imposé des sanctions contre son gouvernement pour ne pas avoir respecté
ce que l’UA peut réellement faire face à cette
le compromis conclu avec l’opposition. récurrente question des tripatouillages consti-
tutionnels ”. En Afrique de l’Ouest, soulignait
de son côté l’économiste sénégalais Mamadou
tions en place. Mais il y a d’autres cas où les 2005, 33 constitutions africaines comportaient Ndione, il y a peu de chances pour qu’une
violations des normes constitutionnelles sont des dispositions limitant le nombre de mandats révolution démocratique vienne d’organismes
moins claires ou bien les partis au pouvoir ont présidentiels. officiels comme la CEDEAO. “Elle doit venir
été accusés d’utiliser la répression ou la fraude Il y a bien eu des tentatives de modification du peuple”, affirme-t-il. n

12 AVRIL 2010
“La stabilité repose sur la démocratie”
Entretien avec Saïd Djinnit, Représentant des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest

Saïd Djinnit est le Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU et le chef du Bureau des
Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest (BNUAO) depuis février 2008. Il fait bénéficier le Bureau
de sa vaste expérience dans les domaines du renforcement de la démocratie et de la recherche
de règlement des conflits armés en Afrique. M. Djinnit, diplomate algérien chevronné, a rejoint
l’Organisation de l’unité africaine (OUA) en 1989 en tant que chef de Cabinet du Secrétaire
général. À ce titre, il a exercé une influence décisive sur la façon dont l’OUA a traité les ques-
tions relatives à la paix et à la sécurité, à la démocratie et aux droits de l’homme, ainsi que dans
l’établissement du Mécanisme pour la prévention, la gestion et le règlement des conflits. En 1999
il a été élu secrétaire général adjoint aux affaires politiques de l’OUA. À ce titre il a participé à
l’élaboration de la Déclaration de l’Organisation sur les “changements anticonstitutionnels de
gouvernement ” et dirigé l’équipe spéciale qui a dirigé la rédaction de l’Acte constitutif de la

ONU / Paulo Filgueiras


nouvelle Union africaine (UA). Lorsque l’OUA est devenue l’UA en 2002, M. Djinnit a été nommé
commissaire chargé de la paix, de la sécurité et des affaires politiques, poste qu’il a occupé
jusqu’à ce qu’il rejoigne l’ONU. Actuellement installé dans les bureaux du BNUAO à Dakar (Séné-
gal), M. Djinnit s’est rendu en janvier au Siège de l’ONU à New York à l’occasion de la présenta-
tion par le Secrétaire général d’un rapport sur le travail du Bureau. Au cours de cette visite, il a fait
part à Afrique Renouveau de ses réflexions sur les efforts déployés par l’Afrique pour faire face
aux turbulences politiques qu’elle traverse.

Le rapport de janvier du Secrétaire général de gouvernement. A partir de là, la barre a été Guinée fait toujours l’objet de sanctions. Tous
sur le travail du Bureau des Nations Unies placée de plus en plus haut. Le point culminant les pays ont souscrit à ces critères et valeurs,
pour l’Afrique de l’Ouest rappelle la progres- a été atteint avec l’établissement de l’Union mais leurs institutions ne sont pas suffisam-
sion préoccupante du nombre de change- africaine en 2002 à Durban. ment solides pour prévenir les coups d’État.
ments anticonstitutionnels de gouvernement C’est ainsi que de 1999 à 2002 une myri- Prenez l’exemple du Niger. Ce pays a sou-
qui s’opèrent dans la région, notamment en ade d’institutions, de normes et de valeurs ont scrit à ces normes et valeurs. Compte tenu de
Guinée et au Niger. L’Union africaine et été établies à toute vitesse dans l’idée de rap- l’histoire du Niger, théâtre de coups et de con-
la Communauté économique des États de procher les pays non pas parce qu’ils étaient trecoups d’État violents avant 1999, mais stable
l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ont toutes voisins du même continent, mais parce qu’ils depuis lors, le gouvernement de ce pays a été
deux condamné cette évolution. Y- a-t-il eu à partageaient des valeurs communes. l’un des plus farouches partisans de l’adoption
votre avis des progrès dans la façon de réagir Ce qui se passe actuellement [avec les de nouvelles règles démocratiques. Mais les
des gouvernements africains face à ce type récents changements anticonstitutionnels] institutions n’ont pas pu prévenir ce qui s’est
de changements anticonstitutionnels dans est une sorte de contretemps, de régression. passé par la suite dans le pays.
les pays voisins? Pourquoi? Parce que les institutions ne sont pas
assez solides pour soutenir les progrès accom- En 2008 il y a eu un coup d’État militaire
Le fait que les peuples d’Afrique estiment qu’il plis. L’Afrique s’est engagée sur la voie de la en Mauritanie et l’UA et la CEDEAO l’ont
est tout à fait normal de respecter la constitu- démocratie multipartite. En gros, c’est désor- toutes deux condamné. Un an plus tard
tion et de condamner, voire sanctionner, les mais la norme en Afrique de l’Ouest. pourtant le général qui a dirigé le putsch a
responsables d’activités anticonstitutionnelles organisé des élections présidentielles qu’il
constitue en soi un énorme progrès. L’Union africaine a affirmé que les coups a remportées. La plupart des observateurs
L’Afrique a accompli des progrès très militaires ne sont pas légitimes. Pourtant africains et autres observateurs étrangers
rapides de 1999 à 2002. Il s’y est passé quelque certains gouvernements africains se sont ont jugé les élections transparentes, et la
chose, tous les ans. Cela a commencé au som- abstenus de condamner le coup d’État de communauté internationale a entériné ce
met d’Alger (de l’Organisation de l’unité afric- 2008 de Dadis Camara en Guinée. Certains processus. N’est-ce pas le signe qu’il suffit à
aine) en 1999, lorsque pour la première fois les dirigeants de la région ont estimé qu’il fallait un putschiste de s’accrocher coûte que coûte
dirigeants africains ont déclaré officiellement lui donner du temps et voir la suite des événe- au pouvoir par le biais des élections, pour
que les coups d’État ne seraient plus tolérés. Un ments. Cela ne s’est pas bien passé, comme avoir toutes les chances de s’en tirer?
an plus tard, au sommet du Togo, le Secrétariat l’a prouvé le massacre de septembre 2009.
de l’OUA a présenté un projet de texte qui a été Vous savez, l’erreur est de croire que l’adhésion
adopté sous le nom de Déclaration de Lomé. Oui, mais les institutions d’Afrique ont officiel- aux règles démocratiques implique leur appli-
Le document entreprenait de définir la manière lement condamné le coup d’État. La CEDEAO cation systématique. Je me souviens que tout
de réagir aux changements anticonstitutionnels l’a dénoncé, l’Union africaine aussi. Et la le monde à l’Ouest s’était réjoui au moment de

AVRIL 2010 13
l’établissement du NEPAD, car ce programme, juridique pour l’en empêcher. Nos arguments lents. Tout le monde, y compris les chefs de la
avec ses principes très ambitieux, correspon- sont d’ordre moral et politique, et on s’en sert junte, comprend bien que le problème majeur
dait aux valeurs très libérales de l’Europe. chaque fois que c’est possible. L’appréciation de la Guinée est l’armée et que les organes
Mais un jour ils ont dit, attendez un peu, il nous politique peut être différente d’un cas à l’autre. de défense du pays doivent être réorganisés et
faut traiter du cas du Zimbabwe. Ce n’est pas On peut porter un jugement sur la situation réformés.
parce vous vous engagez à étudier les questions en Mauritanie et un autre sur la situation en
de gouvernance, que vous serez forcément Guinée. En Mauritanie, s’il fait avaliser la situ- La Guinée semble être l’exemple évident
prêts à affronter les premières difficultés dès ation par un processus électoral irréprochable, d’un putsch militaire pur et simple suivi
le lendemain. qui est ouvert et transparent, sous la surveil- d’une vaste répression. Au Niger il y a eu
Ensuite, on a essayé de faire adopter le lance d’observateurs internationaux, qui som- un affrontement direct entre le président
principe selon lequel le responsable d’un coup mes-nous pour l’en empêcher? d’un côté, et la Cour constitutionnelle et
d’État ne peut pas se présenter aux élections. Je l’Assemblée nationale de l’autre. Mais il
connais très bien cette question. Quand j’étais La période de transition politique que tra- y a d’autres cas qui sont plus flous. Dans
secrétaire général adjoint aux affaires poli- verse actuellement la Guinée a donné lieu à certains pays, les partis majoritaires ont
tiques de l’OUA, nous avons eu une réunion des débats quant à la nécessité de réformer amendé la constitution pour modifier ou
avec l’Organe central, qui s’apparentait au l’armée et les autres services de sécurité du éliminer les limites des mandats présiden-
Conseil de paix et de sécurité établi après 2003 pays. Dans le reste de l’Afrique, les réformes tiels, permettant ainsi au président en exer-
par l’Union africaine, mais en moins efficace. concernant les services de sécurité ont été les cice de rester au pouvoir. Peut-on remédier
À l’issue de la réunion, une résolution a été plus profondes dans les pays sortant de la à cette situation?
adoptée stipulant que le responsable d’un coup guerre, où la présence des missions de main-
d’État n’était pas éligible. Mais c’était juste une tien de la paix contribue à accélérer le pro- Tout cela est en suspens. En 2000, le Secrétariat
résolution, qui n’a jamais été incluse dans le cessus. Mais dans un pays comme la Guinée,
de l’OUA a recommandé l’adoption par le
sommet d’une déclaration sur la manière de
réagir aux changements anticonstitutionnels
de gouvernement. Notre document s’appuyait
sur deux cas de figure. Le premier était la réac-
tion à un coup d’État commis par un soldat
venu de l’extérieur, qui chasse le responsable
en place et déclare : “ C’est moi désormais le
responsable”. L’autre coup d’État était le fait
de forces intérieures, qui, par leurs activités,
fragilisent la constitution et empêchent le
fonctionnement démocratique des institutions.
Malheureusement, cette partie du document
n’a pas été approuvée en 2000 au sommet de
Lomé.
Alors nous, au Secrétariat, avons dit : Bon,
Reuters / Luc Gnago

dans ce cas, essayons de progresser sur un seul


cas de figure. A cette fin, il faut renforcer la
confiance entre les États membres, on ne peut
pas tout leur demander, ils refuseront de nous
suivre. Il faut donc les rassurer qu’ils peuvent
se débrouiller. Malheureusement, cet effort
Femmes éplorées après l’identification du corps d’un proche tué lors d’un massacre commis
ne s’est pas maintenu après 2003. Les argu-
par l’armée contre des protestataires en Guinée : la réforme de l’armée guinéenne
est un élément essentiel de la transition politique du pays. ments juridiques de l’Union africaine sont
limités. La CEDEAO, elle, en a quelques-uns.
Le Protocole sur la bonne gouvernance de la
document [du sommet] de 2000. On ne dispose comment donner une impulsion politique en CEDEAO condamne en effet toute tentative
donc d’aucune base juridique pour interdire à faveur d’une telle réforme? de modification constitutionnelle qui n’est pas
qui que ce soit de se présenter aux élections. consensuelle. Tel a été le cas pour le Niger. On
En Guinée, ce ne sont que des consi- En réalité, ce sera plus facile en Guinée. Voici doit donc persévérer. Nous sommes animés de
dérations politiques qui nous font dire que un pays où il n’y a pas eu de conflit ouvert ni la volonté de mettre en pratique les nouvelles
Dadis Camara ne peut pas se présenter aux d’opérations de maintien de la paix, mais qui a valeurs qui nous permettront de progresser
élections. On ne dispose d’aucun argument connu des tensions graves et des incidents vio- dans cette voie.

14 AVRIL 2010
L’UA, la CEDEAO et d’autres institutions
africaines sont acquises à la démocratie.
Mais la paix et la stabilité de certains pays
du continent sont gravement menacées.
Certains affirment qu’il faudrait privilé-
gier le rétablissement ou le maintien de la
paix, que s’il y a une guerre, rien n’est pos-
sible. Ce point de vue est-il fondé?

Tout à fait. L’Afrique est confrontée à de


nombreux dilemmes. Elle veut la paix, elle
veut le développement, elle veut aussi la
démocratie et la justice. Parfois ces prin-
cipes sont contradictoires. Si à un moment
donné il y a un choix à faire, l’Afrique se
rangera toujours du côté de la paix. La paix
et la stabilité priment toujours sur le reste.
Non pas parce que le reste ne compte pas,
mais parce qu’il n’y a pas d’autre solution.

Reuters / Finbarr O’Reilly


Les Africains veulent pouvoir se nourrir,
mais pour cela il faut être sûr de survivre
et de vivre. Si on vous offre le développe-
ment mais qu’on vous enlève la vie, à quoi
cela sert-il?

Mais une fois la paix rétablie, quelles sont Civil passé à tabac par des soldats au Togo; de nombreux pays africains n’ont toujours pas
les priorités à suivre: la stabilité politique, d’institutions suffisamment solides pour défendre la démocratie et la participation citoyenne.
le redressement économique, la réforme
sociale? S’agit-il d’objectifs séparés, ou
vont-ils de pair? les affaires marchent. La stabilité de longue Les femmes ont été réduites au silence
durée repose sur la démocratie. dans leurs propres pays. Elles constituent un
Ils vont toujours de pair. Il est difficile de énorme réservoir de talent et d’imagination,
dire qu’il faut faire ceci plutôt que cela. Nom breux sont ceux qui soulignent et une force pour la paix. Permettre aux
Mais faire ceci sans cela n’est pas facile l’im por tance de l’ém ancipa t ion des femmes africaines de donner libre cours
non plus. Il sera très difficile d’entreprendre femmes. Certains pays comme le Libéria à leurs énergies est l’un des principaux
des réformes un jour pour avoir un coup ont fait d’énormes progrès sur le plan aspects des efforts d’amélioration des con-
d’État le lendemain. Des conditions poli- politique. Pourtant les progrès sur le plan ditions sociales sur le continent.
tiques propices sont de nature à favoriser la social semblent plus lents. Qu’en pensez-
recherche de véritables solutions aux prob- vous? Le rapport du BNUAO évoque d’autres
lèmes de développement économique, mais problèmes émergents comme le trafic de
en arriver là est la tâche la plus difficile L’émancipation des peuples d’Afrique est un drogues et le terrorisme. Traiter de ces
après le rétablissement de la paix. A l’Union problème global. Il s’agit de donner à tout problèmes ne revient-il pas à s’attaquer
africaine, on s’est démené pour prévenir les le monde, y compris les femmes, les moy- aux mêmes “causes profondes” qui ont
conflits, ce qui n’est pas évident, ou pour ens de changer les choses. Les femmes ont été identifiées comme facteurs de conflits
les gérer. Au moins, pour une fois, on voit été marginalisées délibérément. D’autres sociaux?
l’Afrique comme un continent disposé à l’ont été également, mais pas autant que les
régler ses propres problèmes. femmes. Il s’agit donc d’un problème qui Tout à fait. Ça ramène forcément aux causes
Mais restons prudents. La paix en elle- concerne tout le monde. profondes du problème : la pauvreté, la gou-
même n’est pas le principal problème. C’est Au début, après l’indépendance, on pen- vernance. Les maigres ressources à notre
la gouvernance, la gouvernance politique et sait en Afrique que l’État devait tout faire. disposition ne sont pas gérées et adminis-
économique. La mise en place d’organismes A présent, ce n’est plus le cas. Les Africains trées convenablement. La gouvernance, poli-
de gouvernance économique passe par ont compris qu’il y avait des limites à ce que tique et économique, est le véritable obstacle à
la stabilité et pas forcément la démocra- l’État pouvait faire, qu’il leur appartenait la paix et à la stabilité, car les gens ont besoin
tie. Même dans les pays qui ne sont pas en fin de compte de réaliser les véritables de sentir que le pouvoir comme les ressources
démocratiques, tant qu’il y a de la stabilité, changements. sont équitablement partagés. n

AVRIL 2010 15
Sida : chronique d’une crise annoncée
L’accès aux médicaments génériques bon marché de plus en plus difficile

Par Michael Fleshman versions génériques bon marché des antirétro- de leurs patients résistent déjà à la thérapie,

S
ept ans après l’accord conclu à viraux plus récents et plus efficaces ; ceux jus- explique Mme Maclean. Ils risquent la mort à
l’Organisation mondiale du commerce tement qui sont désormais utilisés en Europe moins de passer à des traitements de deuxième
(OMC) et au terme duquel les pays en et en Amérique du Nord. Étant donné que le génération qui coûtent 8 à 12 fois plus cher.
développement pouvaient importer des copies cocktail spécifique d’antirétroviraux couram- Les traitements antirétroviraux encore plus
bon marché de médicaments coûteux, un seul ment utilisé en Afrique entraîne de sérieux avancés dont les patients finissent par avoir
envoi de médicaments antirétroviraux - seul effets secondaires, Mme Maclean juge qu’il est besoin peuvent coûter jusqu’à 27 fois plus cher.
traitement efficace contre l’infection En juillet dernier un groupe de
du VIH - a été livré en accord avec ces parlementaires britannique notait qu’il
dispositions. était crucial de maintenir le prix des
Or, dans la mesure où plus de 55 médicaments plus coûteux à un niveau
millions de personnes pourraient avoir abordable, ajoutant que la concurrence
besoin d’antirétroviraux d’ici à 2030, entre les fabricants de médicaments
les experts s’inquiètent face à ce qui, génériques est devenue quasi impossi-
à leurs yeux, constitue une véritable ble en raison des règles internationales
“bombe à retardement”. En effet, sur les brevets qui créent une véritable
précisent-ils, les médicaments actuels “bombe à retardement” pour l’avenir
perdent leur efficacité et sont rempla- des traitements dans les pays pauvres.
cés par des médicaments brevetés qui
ne sont accessibles qu’aux plus riches. Trouver une solution
Si rien n’est fait, avertissent les L’accord de 2003, conclu au terme
analystes, la distribution de ces médi- de près de deux ans de négociations
caments génériques vitaux aux popu- ardues à l’OMC, prévoit une déroga-
lations les plus pauvres pourrait être tion aux règles internationales sur les
affectée vouant ainsi à la mort des brevets pharmaceutiques. Ces règles,
millions de personnes, en Afrique connues sous le nom d’aspects des
principalement. droits de propriété intellectuelle qui
touchent au commerce (ADPIC),
Des coûts plus élevés à l’horizon accordent aux détenteurs de brevets
Reuters / James Akena

Si près de 3 millions d’Africains sont un monopole de 20 ans sur leurs créa-


aujourd’hui soignés aux antirétrovi- tions, mais autorisent dans certaines
raux, c’est en raison du faible coût circonstances les États à violer ces
de ces médicaments, 80 dollars à dispositions en accordant une “licence
peine par patient et par an, explique obligatoire” à une compagnie phar-
à Afrique Renouveau Emi Maclean, maceutique locale, lui permettant de
responsable de l’accès aux traitements Un technicien de laboratoire dans un institut de recherche produire des copies de médicaments
de l’organisation non gouvernemen- sur le VIH/sida en Ouganda : les professionnels de la santé sans l’autorisation du propriétaire du
craignent que les lois sur les brevets rendent plus
tale Médecins sans Frontières (MSF). brevet.
difficile l’obtention de médicaments génériques à moindre
A l’origine, leur coût annuel était de Ces règles ne permettant toutefois
coût pour les patients les plus pauvres.
plus de 10 000 dollars. Cette chute à un pays d’accorder une licence que
des prix, explique-t-elle, est due à la pour une utilisation locale, les pays
concurrence féroce que se livrent les urgent de passer à la combinaison de médica- qui n’ont pas d’industrie pharmaceutique natio-
fabricants de médicaments génériques indiens ments utilisée en Europe et en Amérique du nale — parmi lesquels 37 pays d’Afrique —
à qui la loi permet de copier les médicaments Nord. Mais cette version est “deux à trois fois ne pouvaient pas en profiter.
brevetés. plus chère.” Une dérogation négociée en 2003 per-
Mais cette situation est sur le point de Les problèmes s’aggraveront à mesure que met aux pays les plus pauvres d’importer des
changer. Le droit indien en matière de brevets le virus du VIH développera une résistance médicaments génériques produits sous licence
s’alignant à présent sur les règles strictes qui aux médicaments actuellement utilisés pour obligatoire dans d’autres pays membres de
régissent ceux-ci dans les accords de l’OMC, le combattre. En Afrique, les programmes de l’OMC, à condition de respecter certaines
il sera beaucoup plus difficile de produire des traitement de MSF constatent qu’envrion 15% procédures. Celles-ci comprennent un avis

16 AVRIL 2010
préalable émis par l’importateur et indiquant le
genre et la quantité du produit pharmaceutique
importé, ainsi que l’obligation de modifier la
forme, la couleur et l’emballage du produit
pour le distinguer de la version brevetée.

Des dispositions lourdes et complexes


Dès leur signature, un grand nombre d’ONG
médicales et de militants anti-sida ont immé-
diatement qualifié ces accords d’inapplicables.
Ils affirment que la nécessité d’un avis
préalable expose les pays importateurs à des
pressions économiques et politiques de la part
des bailleurs de fonds, des compagnies phar-

Reuters / Juda Ngwenya


maceutiques multinationales et de leurs parte-
naires commerciaux opposés à l’usage des
licences obligatoires.
Mandeep Dhaliwal, Chef de la division
des droits de l’homme et de l’égalité des sexes
pour les questions de VIH/sida au Programme
des Nations Unies pour le développement
Un patient atteint du sida en Afrique du Sud et les médicaments qui lui permettent de survivre :
(PNUD), se fait l’écho de ces préoccupations, avec le temps, les malades traités aux antirétroviraux développent une résistance aux médicaments
“A quoi cela sert-il que les règles soient ‘flexi- existants et doivent passer à des traitements nouveaux et potentiellement plus coûteux.
bles’ si elles sont beaucoup trop compliquées?”
déclare-t-elle à Afrique Renouveau. La ques-
tion, selon elle, est de savoir ce qu’il faut faire cette opération a révélé les problèmes de la ments destinés à l’exportation “sont trop dif-
en pareil cas, “renégocier l’accord à l’OMC législation canadienne. “Ils sont partis d’un ficiles et trop compliquées.”
pourrait ne pas être stratégiquement la solution. modèle imparfait de l’OMC et l’ont rendu Tous les acteurs ne sont pas de cet avis.
Nous pourrions nous retrouver avec un accord encore moins parfait,” explique-t-il. Russell Williams, président de l’association
pire que celui que nous avons maintenant.” L’obligation faite aux compagnies pharma- Compagnies de recherche pharmaceutique
Tenu Avafia, spécialiste de la propriété ceutiques de recevoir une commande ferme du Canada, une organisation professionnelle,
intellectuelle et du sida au PNUD, est du avant de faire la demande d’une licence obliga- explique à Afrique Renouveau que les délais
même avis. Il note que de puissants intérêts toire constitue l’un des problèmes, explique enregistrés dans le traitement de la com-
commerciaux exercent souvent une grande M. Elliott. Ceci signifie que le gouvernement mande du Rwanda n’avaient rien à voir avec
influence sur les positions que leurs gouverne- importateur doit placer une commande sans les règles de l’OMC ou la loi canadienne. “La
ments adoptent à l’OMC. savoir si le brevet lui sera accordé. Il note que loi a fonctionné une fois ; nous savons donc
l‘exigence d’une nouvelle licence pour chaque qu’elle peut fonctionner de nouveau,” affirme
Le Canada met l’accord à l’épreuve commande décourage les utilisateurs poten- M. Williams.
La controverse autour de l’accord de 2003 tiels de ce mécanisme. “Ce n’est pas de cette Aujourd’hui, alors que pratiquement tous
explique l’intérêt autour des efforts déployés façon que les gouvernements achètent des les pays exportateurs de produits pharma-
par le Canada, un des rares pays à amender sa médicaments. Ce n’est pas non plus la façon ceutiques se conforment aux règles TRIPS,
législation pour permettre à des compagnies dont opère l’industrie pharmaceutique.” ce pourrait être une question de vie ou de
pharmaceutiques locales d’exporter des médi- De plus, les conditions d’octroi de ces bre- mort pour des millions de personnes de ren-
caments conformément à l’accord de 2003. vets “doivent être commercialement viables et dre applicable l’exonération de 2003, observe
Soutenue par Jean Chrétien, l’ancien premier administrativement simples,” ajoute M. Elliott. Mme Maclean de MSF.
ministre du pays, cette loi votée en 2004 est Le docteur Bruce Clark, vice-président “Nous voyons se fermer un créneau ouvert
entrée en vigueur un an plus tard. d’Apotex, déclare à Afrique Renouveau que à l’accès aux médicaments, à moins que des
Le Canada est le seul pays à avoir expédié, sa compagnie a eu beaucoup de mal avec la changements majeurs soient opérés, affirme
selon les dispositions de l’accord, une com- législation canadienne. Pendant plus d’un an Mme Maclean, une crise s’annonce — pas
mande d’antirétroviraux du gouvernement Apotex s’était efforcé sans succès d’obtenir seulement pour le VIH/sida, mais pour toutes
rwandais passée à la compagnie pharma- des licences volontaires auprès des détenteurs ces maladies dont les remèdes sont mis hors
ceutique canadienne de produits génériques des brevets originaux avant de solliciter des de portée par les obstacles que représentent
Apotex. licences obligatoires, comme l’exige la loi can- les brevets… Les besoins sont énormes, et si
Mais selon Richard Elliott, directeur de adienne. À la réflexion, conclut le Dr Clark, les ces besoins ne sont pas satisfaits, cela aura de
l’ONG Réseau juridique canadien VIH/sida, démarches à faire pour produire des médica- vraies conséquences sur le plan humain.” n

AVRIL 2010 17
Le combat des handicapés africains
Les handicapés luttent pour obtenir les services qui garantiront leurs droits et leur dignité

Par Stanley Kwenda, Harare lation n’est pas sérieusement prise en compte,” ‘Des poids morts encombrants’?

M
asimba Kuchera est aveugle de nais- ajoute-t-il. Dans les rues d’Harare, des centaines de per-
sance mais, à force de détermina- La plupart des obstacles auxquels font face sonnes handicapées mendient, la plupart vêtues
tion et d’efforts, il a pu poursuivre les personnes handicapées concernent l’accès de haillons, assis dans des fauteuils roulants
ses études jusqu’à l’université et devenir un aux infrastructures publiques, à l’éducation et improvisés ou se déplaçant sur des béquilles,
spécialiste de l’information. Il travaille désor- à l’information. “Il est très difficile d’accéder les moins chanceux se traînant à terre sur les
mais pour le Students’ Solidarity Trust, une aux transports publics, aux édifices publics et mains et les genoux.
organisation non gouvernementale qui a pour aux réunions publiques, raconte M. Kuchera, La plupart d’entre eux étaient auparavant
objet de protéger les droits des étudiants. les infrastructures n’étant pas conçues pour accueillis dans des institutions spécialisées,
Bien qu’il éprouve le sentiment d’avoir la commodité d’utilisation. Je ne peux pas mais la récession économique qui a com-
mencé en 2000 au Zimbabwe a rendu la vie
dans ces foyers difficiles, et la plupart de leurs
résidents n’ont pas eu d’autre choix que d’aller
vivre dans la rue.
“Le gouvernement a oublié les handicapés,
déplore M. Kuchera, rien ne leur est réservé
dans le budget du pays pour 2010. Il n’y a pas le
moindre projet ni programme en leur faveur.”
Les personnes handicapées semblent égale-
ment faire face à une société indifférente à leur
sort. Quand celles-ci sollicitent l’aide du public
pour lancer des projets d’emploi dans le maraî-
chage, la confection ou la musique, elles sont
considérées comme gênantes. Le sentiment
général est que leur place est dans la rue ou
ONU / Christopher Herwig

devant une église à mendier. La situation est


pire dans les régions rurales où les enfants
handicapés sont généralement confinés à la
maison en raison d’anciennes croyances tra-
ditionnelles qui les considèrent comme une
malédiction divine.
“La société considère les personnes handi-
Dans le cadre de la célébration d’une “journée de la paix” au Libéria, l’ONU a organisé capées comme des poids morts encombrants
un match de football entre deux équipes d’amputés. Toutes les personnes handicapées qui n’ont aucun rôle à jouer,” explique Gladys
ont le droit de participer activement à la vie de leur société. Charowa, une mère célibataire qui est confi-
née à un fauteuil roulant depuis un accident
réussi, M. Kuchera déplore le sort de nom- utiliser un ascenseur tout seul et il n’existe pas de voiture en 2001. Elle a contribué à fonder
breux handicapés qui ne pourront jamais de guides en braille. C’est encore pire pour les la Disabled Women Support Organization,
réaliser leurs rêves ni même simplement aller utilisateurs de fauteuils roulants, car les rampes organisme dont elle est la secrétaire générale
à l’école. “Il y a très peu d’écoles publiques n’existent pas dans cette région du monde.” et qui se consacre à l’aide aux femmes et aux
qui accueillent les enfants handicapés. Je me M. Kuchera est membre de divers groupes filles handicapées.
demande combien de personnes handicapées qui se battent pour les personnes handicapées
sont scolarisées,” s’interroge M. Kuchera. au Zimbabwe et dans toute la région d’Afrique Discrimination et mauvais traitements
La plupart des écoles qui acceptent des Australe. En raison des attitudes qui prévalent dans
personnes handicapées sont financées par Progressio, une organisation charitable la société envers les personnes handicapées,
les églises, explique M. Kuchera à Afrique internationale qui s’emploie à éliminer la pau- celles-ci sont souvent victimes de discrimina-
Renouveau. Mais au Zimbabwe, de nom- vreté, estime que le Zimbabwe compte 1,4 mil- tion, explique Mme Charowa. Au Zimbabwe,
breux enfants handicapés ne vont tout sim- lions de personnes handicapées. L’ONU estime les femmes handicapées sont confrontées à une
plement pas à l’école. “Il n’y a pas beaucoup que le nombre total de personnes handicapées discrimination particulièrement sévère.
d’argent investi dans ce domaine. Cette popu- en Afrique est d’environ 80 millions. Un rapport publié en 2004 par la section

18 AVRIL 2010
norvégienne de Save the Children conclut que pour les questions qui les concernent. Les gou- pées se penche sur leurs préoccupations.
la maltraitance sexuelle des enfants handica- vernements ne tiennent pas compte des handi- Au Zimbabwe, c’est le Ministère du travail
pés est de plus en plus fréquente au Zimbabwe capés dans leurs projets.” et de la protection sociale qui s’occupe des
et que 87,4 % des filles handicapées en avaient Lorsqu’on lui demande pourquoi il n’est pas besoins des personnes handicapées. “Nous
été victimes. Environ 48 % de ces filles souf- arrivé à convaincre son parti – qui domine la vie avons une lourde responsabilité en tant que
fraient de handicap mental, 15,7 % de défi- politique du pays depuis 30 ans – d’améliorer gouvernement, souligne la Ministre Paurina
cience auditive et 25,3 % avaient des handi- les conditions d’existence des handicapés, il Mpariwa. Elle ajoute cependant, “nous avons
caps physiques visibles ; de plus, 52,4 % de répond que ce n’est pas faute d’essayer tant “au en ce moment de sérieux problèmes finan-
ces victimes de maltraitance sexuelle se sont parlement que dans mon parti. La tragédie est ciers qui entravent notre possibilité de répon-
révélées séropositives. qu’en tant que personnes handicapées, nous dre adéquatement aux besoins des personnes
Plus grave, conseils psychologiques, tests et sommes très peu nombreuses et nous nous handicapées. Mais nous avons conscience de
traitements sont rares. Le personnel sanitaire retrouvons souvent en marge des projets poli- la situation.”
manifeste souvent des préjugés à l’encontre tiques.” M. Malinga insiste : “nous voulons que
des personnes handicapées. Il n’existe pas Plusieurs pays d’Afrique australe ont fait les questions intéressant les personnes handi-
d’information en braille sur le VIH/sida, et les quelques progrès, signale M. Malinga : en capées soient débattues dans le cadre de la
soignants ne connaissent pas le langage des Namibie, tous les ministères sont officiellement préparation du budget. Nous voulons que
signes. obligés d’intégrer les questions de handicap dans ces problèmes soient considérés comme une
leur travail. En Afrique du Sud, le Ministère des question d’importance nationale.” Il se félicite
Lutter pour le respect de la loi femmes, des enfants et des personnes handica- de l’adoption par l’ONU de la Convention rel-
Bien que le Zimbabwe soit un des nom-
breux Etats africains à n’avoir pas ratifié la
Convention relative aux droits des personnes L’ONU défend les droits des personnes handicapées
handicapées de l’ONU (voir encadré), le gou- On estime qu’aujourd’hui dans le monde plus de 650 millions de personnes sont handica-
vernement a fait voter des lois pour protéger pées, dont plus de 500 millions dans les pays en développement. Pour protéger leurs droits,
leurs droits. La Loi sur l’invalidité (Disabilities l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté en décembre 2006 la Convention relative
Act) a pour objet de venir en aide aux per- aux droits des personnes handicapées. Cette convention et son protocole facultatif sont des-
sonnes handicapées et la constitution interdit tinés à promouvoir, protéger et assurer à toutes les personnes handicapées la pleine et égale
les discriminations. Mais ces lois n’existent jouissance de tous les droits de l’homme et de toutes les libertés fondamentales.
que sur le papier et ne sont généralement pas L’article 3 de la convention définit les principes généraux de son application ; notamment
le respect de la dignité intrinsèque et de la liberté de choix de tous, une pleine participation
respectées.
à la vie de la société, l’acceptation des personnes handicapées comme faisant partie de la
Un certain nombre d’organisations, dont
diversité humaine, l’accès aux transports et à l’information et l’égalité des chances. Les droits
l’Organisation mondiale des personnes handi- des personnes handicapées sont également évoqués. Ce sont notamment :
capées (OMPH), font pression sur le gouver-
• l’égalité devant la loi
nement pour qu’il reconnaisse les droits des
• le droit à la vie, à la liberté et à la sécurité personnelle
handicapés et fasse appliquer les lois existantes.
• la protection contre la torture, l’exploitation, la violence et les mauvais traitements
Joshua Malinga, qui est confiné à un fau-
teuil roulant, est un des fondateurs de l’OMPH. • la liberté de circulation et le droit à la nationalité
Il milite pour les personnes handicapées depuis • le respect de la vie privée
1980. Il voyage fréquemment dans ce but et • l’accès à l’éducation et aux soins de santé
occupe plusieurs postes de responsabilité au • le droit au travail et à un niveau de vie satisfaisant
Zimbabwe et dans des organismes régionaux • la participation à la vie culturelle et politique et à la vie publique
et internationaux. Il encourage la recherche sur La convention ne définit pas explicitement le terme “handicap”, cependant son préam-
la situation des personnes handicapées, y parti- bule déclare que “la notion de handicap évolue” et que “le handicap résulte de l’interaction
cipe lui-même et y a consacré son mémoire de entre des personnes présentant des incapacités et les barrières comportementales et envi-
maîtrise. Il est membre du bureau politique du ronnementales qui font obstacle à leur pleine et effective participation à la société à égalité
avec les autres.”
parti au pouvoir au Zimbabwe, la ZANU – FP,
L’application de la convention est supervisée internationalement par un Comité des droits
le parti du Président Robert Mugabe.
des personnes handicapées qui examine régulièrement les rapports soumis par les gouver-
M. Malinga jouit d’une certaine influence, nements signataires et qui a aussi autorité pour recevoir des plaintes individuelles et faire
mais ce n’est pas le cas de la plupart des per- enquête dans les pays qui ont ratifié le protocole facultatif.
sonnes handicapées. “En Afrique, la qualité de Un autre instrument juridique au titre de la Convention est la Conférence des États parties
vie des handicapés est lamentable parce que qui se réunit régulièrement pour discuter de l’application de la convention. La convention et
l’invalidité n’est pas socialement intégrée, expli- son protocole facultatif sont appuyés par un secrétariat conjoint composé de membres du
que-t-il à Afrique Renouveau. Les personnes personnel du Département des affaires économiques et sociales à New York et du Haut com-
handicapées ne sont pas représentées dans les missariat aux droits de l’homme à Genève.
Marian Aggrey
parlements ni les instances de décision, même

AVRIL 2010 19
ative aux droits des personnes handicapées et capés veulent que cette période soit prolongée fournit un cadre législatif à la protection des
d’autres initiatives extérieures, dont les projets en accord avec le calendrier des Objectifs du droits des personnes physiquement ou men-
financés par l’ONU qui ont permis de fournir Millénaire pour le développement (OMD), le talement handicapées dans divers domaines,
du mobilier et du matériel d’enseignement à programme fixé par la communauté interna- dont l’éducation, l’apprentissage et l’emploi,
des écoles et des centres qui accueillent des tionale pour réduire la pauvreté dans le monde l’accessibilité physique et et l’accès aux soins
personnes handicapées. et apporter d’autres améliorations au bien-être de santé. La loi est aussi conçue pour faciliter
“Mais être handicapé est un état permanent des populations de la planète d’ici à 2015. la création d’un environnement qui favorise le
qui a besoin de solutions permanentes, objecte bien-être économique des personnes handica-
M. Malinga, et ces solutions ne peuvent venir Quelques évolutions positives pées et leur permette de vivre mieux.
que de nos gouvernements.” Dans toute l’Afrique, des gouvernements citent Après son entrée en fonctions en janvier
les contraintes budgétaires comme obstacles à 2009, le Président John Atta Mills a organisé
Initiatives régionales une série de rencontres avec des per-
et continentales sonnes handicapées. Ces discussions
Dans plusieurs pays d’Afrique aus- ont mené à la création d’un Conseil
trale, des organisations non gouver- national des personnes handicapées
nementales militent pour le bien-être (National Council of Persons with
des personnes handicapées. Certaines Disabilities).
s’occupent de ceux qui ont des besoins Les autorités s’emploient aussi à
spécifiques, comme les aveugles, les faire connaître plus largement la loi
sourds, les paralysés ou les malades de 2006, notamment sous forme élec-
mentaux. La plupart de ces organisa- tronique. En juin 2009 par exemple, le
tions pressent les gouvernements de Ministre de l’éducation Alex Tettey-
mettre en œuvre des politiques qui Enyo a lancé la version électronique
garantissent les droits des personnes de la loi à Akropong dans la région de
handicapées. l’Est du pays. Grâce à un financement
Un de ces groupes est l’Association de l’Agence danoise de développement
nationale des sociétés de soins pour international, la loi a été traduite en
les personnes handicapées (National plusieurs langues locales comme le
Association of Societies for the Care Ga, l’Éwé et le Twi.
of the Handicapped – NASCOH) du Plus récemment, le gouvernement
Zimbabwe. “Nous voulons que les Panos / Robin Hammond
a décidé de tenir compte des questions
questions de handicap soient intégrées de handicap dans le budget national.
dans toutes les administrations, toutes Le Ministre des finances et de la
les activités gouvernementales et par planification économique, Kwabena
le parlement,” explique Farai Mukuta, Duffour, a annoncé le 19 novembre
Directeur de NASCOH. 2009 au parlement que son gouverne-
L’Union africaine (UA) est du ment offrirait une éducation gratuite à
même avis. L’organisation continen- L’aide étant rare, beaucoup de personnes handicapées
tous les enfants handicapés. Le gou-
n’ont pas d’autre choix que de mendier dans la rue.
tale a mis au point un Plan d’action en vernement avait auparavant créé des
faveur des personnes handicapées qui écoles spéciales pour les handicapés
reconnaît, entre autres, la nécessité d’intégrer la promotion des droits des personnes handica- dans toutes les régions du pays.
les personnes handicapées dans la société, de pées. Néanmoins, certains succès et certaines “La volonté politique a toujours existé au
les autonomiser et de les faire participer à la améliorations ont été obtenus au Burkina Faso, Ghana,” commente Aïda Sarr, responsable des
formulation et à l’application des politiques au Sénégal et au Togo. communications et des programmes au secré-
de développement économique et social. Le Le Ghana offre un exemple remarquable : tariat de la Décennie africaine des personnes
plan demande aux États membres d’allouer on estime qu’environ 1,8 million de Ghanéens handicapées installé au Togo voisin.
des crédits suffisants aux ministères et aux – à peu près 5 % de la population – sont, d’une Mais la volonté politique fait cruellement
administrations qui s’occupent des personnes manière ou d’une autre, handicapés, princi- défaut dans la plupart des autres pays africains,
handicapées, de mettre sur pied des comités palement par des problèmes de vision, d’ouïe en dépit de l’existence d’une convention inter-
nationaux afin de coordonner l’action sur ces ou de parole. nationale, de la proclamation d’une Journée
questions et d’inclure les personnes handica- En 2006, le parlement du Ghana a voté internationale des personnes handicapées (le
pées dans leurs programmes nationaux. la Loi nationale sur l’invalidité (National 3 décembre) et d’autres programmes. Dans la
Ce plan a proclamé la période 1999–2009 Disability Act) qui a pour but de garantir plus grande partie de l’Afrique, les personnes
Décennie africaine des personnes handica- aux personnes handicapées la jouissance des handicapées font toujours face à la discrimina-
pées, mais les militants de la cause des handi- mêmes droits que les personnes valides. La loi tion et ne reçoivent qu’un faible soutien. n

20 AVRIL 2010
Personnes déplacées premier lieu se pose le problème de la ratifi- leur existence ; invoquant leurs droits d’États
suite de la page 7
cation ; pour prendre force de loi, la conven- souverains, ils ont été réticents à laisser inter-
tion doit être officiellement adoptée par 15 venir des acteurs étrangers.
armés sont des menaces particulièrement insi- pays. Katinka Ridderbos de l’IDMC a déclaré Trop souvent, les gouvernements ou les
dieuses et répandues, ajoute ce centre. à Afrique Renouveau : “il est improbable que groupes rebelles n’acceptent pas leurs respon-
La communauté internationale aussi bien la totalité des 53 pays africains ratifient la con- sabilités envers les personnes déplacées et
que les États africains ont généralement été vention.” nient fréquemment les avoir forcées à quitter
lents à trouver des solutions. Jusqu’à la fin de Cependant, Mme Ridderbos affirme qu’un leurs foyers. Dans certains cas, les déplace-
la Guerre froide, l’action en faveur des per- nombre suffisant d’États ratifiera le document ments de population ont même fait partie
sonnes déplacées était très limitée. En 1992, pour lui donner force de loi. Les 11 signataires d’une stratégie militaire et des civils ont été
le Secrétaire général a nommé M. Deng, un du protocole de la région des Grands Lacs utilisés comme boucliers humains.
ancien Ministre des affaires étrangères sou- devraient adopter sans problème la convention A l’époque de l’Organisation de l’unité
danais, au premier poste de Représentant de l’UA, les 15 membres de la Communauté africaine, les États africains hésitaient à
pour les personnes déplacées. Il a joué un rôle de développement de l’Afrique australe se sont s’ingérer dans les affaires intérieures de leurs
essentiel dans la mise au point et la promotion engagés à l’endosser, mais début mars 2010, voisins, même en cas de massacres ou de
de mécanismes juridiques, dont les principes seul l’Ouganda, le pays hôte, avait ratifié le déplacements de populations à grande échelle,
directeurs, destinés à assurer leur protection. traité. au nom du principe de souveraineté natio-
En Afrique, au fil des ans, une position Un autre problème sera celui de l’application nale,” regrette Salim Ahmed Salim, ancien
plus ferme a été adoptée. En 2006, 11 pays des effective de la convention. M. Kälin, dont le secrétaire général de l’OUA.
Grands Lacs ont adopté un protocole concer- travail pour l’ONU comprend un rôle d’appui Mais depuis, des progrès ont été réali-
nant les personnes déplacées. Avant même la aux autorités nationales qui s’efforcent de sés. Selon M. Kälin, bien que la Convention
Convention de Kampala, certains pays avaient protéger les personnes déplacées, prévoit que de Kampala reconnaisse la souveraineté des
mis ou s’apprêtaient à mettre en place des cad- “le manque de capacités et de ressources tant États, elle “comprend ce concept non comme
res juridiques pour assurer la protection des financières qu’humaines” constituera un séri- le droit des gouvernements à ne rien faire face
personnes déplacées. eux obstacle. à des situations de déplacements internes de
La Convention de Kampala est le fruit “L’Afrique ne peut pas y arriver toute seule, populations, mais plutôt comme une respon-
d’un processus complexe long de trois ans et explique Mme Joiner de l’UA. C’est pourquoi sabilité d’assister et de protéger leurs per-
impliquant des gouvernements, des organisa- nous appelons à la formation de partenariats.” sonnes déplacées —une responsabilité qui
tions non gouvernementales et des experts, Pour que la convention bénéficie aux mil- découle du fait qu’ils sont les seuls à pouvoir
de l’ONU notamment. A ce jour, elle est lions d’Africains déplacés, l’engagement poli- le faire.”
l’initiative la plus ambitieuse pour traiter le tique des dirigeants du continent sera l’élément A présent que ce traité existe, les gouverne-
problème des personnes déplacées. le plus important ; “une absence de volonté ments africains ont le devoir de faire en sorte
politique suffisante d’adhérer aux engagements que “la convention devienne un instrument
Les défis du futur pris” serait désastreuse, affirme M. Kälin. contraignant,” déclare Jean Ping, le président
A peine la convention signée, que des obser- Dans certains cas, il a été difficile de venir en de la Commission de l’Union africaine. “A ce
vateurs attiraient déjà l’attention sur les nom- aide aux personnes déplacées parce que les stade, cela constitue une réalisation, mais non
breux défis auxquels elle sera confrontée. En autorités nationales refusaient de reconnaître pas une fin en soi.” n

Libéria des Libériennes d’aller de l’avant. “Depuis qu’Ellen est notre présidente à toutes”, dit
suite de la page 9 la fin de la guerre la concurrence entre les Mme Gbowee. Elles veulent toutes la voir
femmes s’est durcie. Les femmes ont le senti- réussir, car elles se disent que sa réussite faci-
présent leur réaction est : On vous a laissé faire ment qu’il est inutile de serrer les rangs pour litera l’élection d’autres femmes à la fonction
quatre ans, ça suffit”. réussir. On a cet énorme flux de filles sco- suprême.
La persistance des taux élevés de viols et larisées et les femmes ont des taux de réussite “Si elle réussit dans son entreprise, tout
d’agressions sexuelles atteste ce changement extraordinaires, mais l’esprit d’équipe qui nous le monde — femmes, hommes, jeunes, gar-
d’attitude. «Il s’agit apparemment de réactions a permis de consolider la paix est en train de çons et filles — suivra son exemple dans
à la forte émancipation des femmes et au fait s’effilocher car chacune d’elles se voit comme d’autres domaines. Si elle échoue, les chances
qu’elles font maintenant des choses qu’elles la prochaine grande vedette”. des autres femmes sont ténues. Je sais que
n’ont jamais osé faire. Certes, il y a de nom- les gens la suivent de près. Elle a insuf-
breuses femmes émancipées dans notre pays, Œuvre de pionnier flé aux femmes d’autres pays le courage de
mais on se demande comment elles sont trai- Malgré les difficultés, la première femme à s’affirmer. En tant que femmes, il nous faut en
tées chez elles et dans leur communauté”. être Présidente du Libéria a ouvert de nou- tirer pleinement profit. N’hésitons pas à nous
Paradoxalement, ce sont les progrès accom- velles voies aux Africaines. “Lorsque vous affirmer haut et fort pour réaliser de réels pro
plis jusqu’à présent qui compliquent les efforts parlez à mes sœurs du continent, elles disent grès”. n

AVRIL 2010 21
Solidarité africaine avec Haïti
Argent, aide alimentaire et médicaments affluent de la “Mère patrie” africaine

Par Ernest Harsch

D
ans la large mobilisation internationale
en faveur d’Haïti, l’Afrique n’a pas été
en reste. Responsables politiques, chefs
religieux, étudiants, artistes et de nombreux
autres Africains ont réagi à l’annonce du
tremblement de terre dévastateur du 12 janvier
par une démonstration immédiate de soutien et
de solidarité.
Au 15 mars, les informations disponibles
indiquaient qu’une vingtaine de pays africains
avaient fait des dons ou des promesses de dons
pour un total de plus de 51 millions de dollars
afin de contribuer aux opérations de secours

ONU / Marco Dormino


menées en Haïti. Ce n’est là certes qu’une
petite fraction des 3,5 milliards de dollars de
dons versés ou promis au niveau international,
mais c’est néanmoins une contribution notable
de la part du continent qui connaît les plus
hauts taux de pauvreté dans le monde.
Port au Prince, peu après le séisme. Bien que l’Afrique soit assaillie par les problèmes,
Dans certains pays, des critiques se sont de nombreux pays se sont empressés de venir en aide au peuple sinistré d’Haïti.
demandé si cet argent n’aurait pas été plus utile
sur place. La vie est certes difficile en Afrique,
reconnaît le Camerounais Manu Dibango, mais Au rang des contributeurs, le Maroc s’est ment organisé une campagne de messages par
ajoute-t-il, “tout le monde peut faire quelque engagé à fournir environ 34 millions de dol- téléphone cellulaire pour recueillir des fonds
chose en faveur du peuple haïtien. À chaque lars d’aide humanitaire, le Ghana a promis 3 auprès du public.
fois, les Occidentaux font quelque chose pour millions de secours d’urgence, la République Au Sénégal, les syndicats de travailleurs
les Africains et pourquoi pas des Africains démocratique du Congo (RDC) et la Guinée sociaux et de travailleurs de la santé recueil-
pour des Africains ?” équatoriale qui ont promis respectivement 2,5 lent des médicaments et des vêtements neufs
millions et 2 millions de dollars. pour les envoyer à Haïti. Des musiciens séné-
‘La première république noire’ galais et d’autres pays africains ont organisé
Les Africains ont une affinité particulière Solidarité citoyenne un concert “L’Afrique pour Haïti” à Dakar et
avec Haïti. Son histoire inspire une certaine Alors que le gouvernement sud-africain avait recueillent des fonds supplémentaires avec la
fierté. Comme l’expliquait une coalition de promis une contribution initiale de 1 million vente d’un disque enregistré collectivement.
partis politiques du Burkina Faso dans un de rands (135 000 dollars), les entreprises et Le Comité d’initiative Sénégal-Haïti , organisé
message de solidarité, Haïti a été “la première organisations du pays ont promis davantage. par des citoyens sénégalais et des habitants des
république noire du monde”, une référence à la On estime que les contributions devraient Antilles qui vivent au Sénégal, fait campagne
révolution qui a chassé les planteurs proprié- dépasser les 30 millions de rands (4 millions de pour un effort de solidarité qui s’inscrit dans
taires d’esclaves et mis fin à la domination dollars) que s’est fixée la campagne nationale. une perspective à long terme
coloniale de la France en 1802 – plus d’un Les organisations de la société civile Un collectif d’universitaires d’Afrique du
siècle et demi avant que la plus grande partie d’autres pays n’ont pas non plus laissé toutes Sud, du Bénin, des États-Unis, du Ghana, de
de l’Afrique obtienne sa propre indépendance. les initiatives à leur gouvernement. Au Kenya, la Guadeloupe, de Guinée, du Sénégal et du
Il existe également des liens plus actuels : la Croix-Rouge nationale organise une collecte Soudan projette d’affréter un navire qui sera
de nombreux pays africains ont des citoyens de fonds, d’aliments et d’autres dons auprès du rempli de marchandises au cours d’escales
en Haïti, notamment au sein de la Mission public. En RDC au Burkina Faso, les églises dans divers pays de la côte ouest de l’Afrique
des Nations Unies pour la stabilisation en recueillent les contributions des fidèles. Un avant de prendre la direction d’Haïti. Le but de
Haïti (MINUSTAH) ainsi que dans d’autres concert des vedettes de la scène musicale cette opération est, selon l’universitaire sénég-
organisations internationales, et certains fig- ghanéenne au bénéfice des victimes baptisé alais Malick Ndiaye, de “délivrer le message de
urent au nombre des 200 000 victimes esti- “Le Ghana aime Haïti” a été organisé à Accra. l’Afrique Mère patrie à ses fils et filles outre-
mées du séisme. La Chambre de commerce de Namibie a égale- Atlantique.” n

22 AVRIL 2010
Wind Power Africa 2010, manifestation organ- l’emploi français. Contacter Élodie Masson, tél.
isée par l’Association africaine de l’énergie éoli- +33 1 45 24 82 00, fax +33 1 45 24 85 00, e-mail
enne (AfriWEA). Contacter Denise Spaull, tél. <Dev.EMEA@oecd.org>, site Web <www.oecd.
+27 21 689-7881, e-mail <denise@windenerg- org>
yafrica.com>, site Web <www.windenergyafrica. 26–27 juin 2010, Toronto (Canada) — Som-
com> met du G-20. Le G-20 est un forum qui regroupe
22–23 avril 2010, New Haven, CT (États- 18 –19 mai 2010 Yaoundé (Cameroun) les pays industrialisés et des pays en développe-
Unis) — Symposium de Yale sur les relations — L’Afrique, une chance pour le monde. ment pour débattre des questions clés liées à
Asie-Afrique. Thème : “La nouvelle ruée vers Cette conférence célébrera avec des partici- l’économie mondiale. Contacter Catherine Gag-
l’Afrique”. Contacter le Conseil des études afric- pants de toute l’Afrique le 50e anniversaire de naire, tél. +1 613 934-2805, site Web <http ://
aines (Council on African Studies), tél. +1 203 l’indépendance de 17 pays africains et cherchera www.g20.gc.ca/>
432-9903, fax +1 203 432-5963, e-mail <african. à identifier les nouvelles questions que pose le 29 juin–1er juillet 2010, Bâle (Suisse)
studies@yale.edu>, site Web <www.yale.edu/ développement du continent. Contacter le Comité — Africa Energy Forum, forum annuel
macmillan/african/contact.shtml> d’organisation national, tél. +237 22 21 33 93 / 22 d’investissement pour les entreprises de
2–3 mai 2010, Arusha (Tanzanie) — Con- 21 09 17, fax +237 22 20 33 06, e-mail cabcivil- l’électricité et du gaz le plus important d’Afrique.
férence internationale de Tokyo sur le dével- prc@yahoo.fr Contacter Rod Cargill, tél. +44 (0) 20 85 47 06
oppement de l’Afrique, rencontre ministérielle 26–28 mai 2010, Lusaka (Zambie) — eLearn- 98, fax +44 (0) 20 85 41 32 44, e-mail <cargill@
de suivi. Contacter Kaori Ishii, tél. +1 212 906- ing Africa, conférence sur le cyber-ensei- energynet.co.uk>, site Web <www.energynet.
5926, e-mail <kaori.ishii@undp.org>, site Web gnement. Contacter Rebecca Stromeyer, tél. co.uk/AEF/AEF2010/>
<www.ticad.net> +49 (0)30 310 18 18, fax +49 (0)30 324 98 33,
3–14 mai 2010, Siège de l’ONU, New York e-mail<info@elearning-africa.com>, site Web EVENEMENTS PASSES
(États-Unis) — Session de la Commission du <www.elearning-africa.com/>
8–10 mars 2010, Abuja (Nigéria) — Con-
développement durable qui axera ses travaux 2–4 juin 2010, Nairobi (Kenya) — Green Busi- férence de haut niveau sur le développement
notamment sur les transports, les produits chi- ness Africa Summit and Expo 2010, sommet et de l’agro-business et de l’agro-industrie en
miques, la gestion des déchets et l’industrie exposition sur l’économie verte en Afrique. Con- Afrique, organisée sous les auspices de l’Union
minière. Tél. +1-212 963-8102, fax +1-212 963- tacter Dan Kashem, tél. +254 20 248 7420, e-mail africaine. Contacter Mikhaïl Evstayev, tél.; +43
4260, e-mail <dsd@un.org>, site Web <www. <dan@solargrenmedia.com>, site Web <www. 1 260 26 3723, e-mail <m.evstafyev@unido.org>
un.org/esa/dsd/> greenbusinessafricaexpo.com> site Web <www.hlcd-3a.org/>
7 mai–7 juin 2010, Dakar (Sénégal) — 11 juin 2010, Bercy, Paris (France) — 10ème 16–18 mars 2010, Durban (Afrique du Sud) —
Dak’Art 2010. Neuvième biennale de l’art afric- forum international sur les perspectives en Conférence sur les établissements sanitaires
ain contemporain. Tél. +221 33 823 09 18, fax Afrique. Organisé par l’Organisation de coo- en Afrique. Contacter Talent Moyo, tél. +27 11
+221 33 821 16 32, e-mail <info@biennaledakar. pération et de développement économiques 646 3048, fax +27 11 646 7251, e-mail <tmoyo@
org>, site Web <www.biennaledakar.org>
(OCDE), la Banque africaine de développement africa-health-facilities.com>, site Web <www.
12–14 mai 2010 Le Cap (Afrique du Sud) — et le Ministère de l’économie, de l’industrie et de africa-health-facilities.com>

Paris, France; 2010; 280 p.; broché 25 €) Edjangue (L’Harmattan, Paris, France, 2010; 86
Le développement en Afrique: Un devoir p.; broché 11 €)
pour les Africaines, Ignace Gnan (L’Harmattan, Africa’s Development Impasse: Rethinking
Paris, France, 2010; 310 p.; broché 29,50 €) the Political Economy of Transformation,
Globalization in Africa: Recolonization or Stephan Andreasson (Zed Books, Londres,
Protecting Human Security in Africa, sous la Renaissance ?, Pádraig Carmody (Lynne Rienner, R.-U., 2010; 256 p.; relié 70 £)
direction de Ademola Abass (Oxford University Boulder, États-Unis, 2010; 180 p.; relié 55 $) Speaking Truth to Power: Selected Pan-
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Africa’s Liberation: The Legacy of Nyerere,
relié 140 $) (Fahamu Books, Oxford, R.-U., 2010; 270 p.;
sous la direction de Cambi Chachage et Annar
The Rise of China and India in Africa: Chal- Cassam (Fahamu Books, Oxford, R.-U., 2010; broché 14,95 €)
lenges, opportunities and critical interven- 224 p.; broché 12,95 €) Réformer les armées africaines: En quête
tions, sous la direction de Fantu Cheru et Cyril d’une nouvelle stratégie, sous la direction de
Obi (Zed Books, Londres, R.-U., 2010; 272 p.; Le Bonheur de servir: Réflexions et repères,
Albert Tévoédjrè (Archipel, Paris, France, 2010; Axel Auge et Patrick Klaousen (Karthala, Paris,
relié 70 £)
332 p.; broché 19,95 €) France, 2010; 228 p.; broché 23 €)
Chinese and African Perspectives on China in
Africa, sous la direction de Axel Harneit-Sievers, Development Without Destruction: The UN L’agriculture sénégalaise à l’épreuve du
Stephen Marks et Sanusha Naidu (Fahamu Books, and Global Resource Management, Nico marché, Guillaume Duteurtre, Mbene Dieye
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ton, États-Unis, 2010; 312 p.; relié 75 $) France, 2010; 456 p.; broché 29 €)
L’adieu aux armes? Parcours d’anciens com-
battants, sous la direction de Nathalie Duclos Systèmes de production et durabilité dans Nation-States and the Challenges of Regional
(Karthala, Paris, France, 2010; 432 p.; broché les pays du Sud, Bénédicte Thibaud et Alain Integration in West Africa: The Case of Nige-
29 €) François (Karthala, Paris, France, 2010; 312 p.; ria, sous la direction de Yomi Akinyeye (Kar-
broché 28 €) thala, Paris, France, 2010; 264 p.; broché 24 €)
Civil War in African States: The Search for
Security, Ian Spears (Lynne Rienner, Boulder, Neoliberal Africa: The Impact of Global Travail social et Sida en Afrique: au cœur
États-Unis, 2010; 281 p.; relié 65 $) Social Engineering, Graham Harrison (Zed des souffrances, Berthe Florence Ymele
Books, Londres, R.-U., 2010; 192 p.; relié 65 £) Nouazi (L’Harmattan, Paris, France, 2010; 124
The Poor under Globalization in Asia, Latin
America and Africa, sous la direction de Femmes de tête, femmes d’honneur; combats p.; broché 13 €)
Machiko Nissanke et Erik Thorbecke (Oxford des femmes, d’Afrique et d’ailleurs, sous la Peace versus Justice: The Dilemmas of Tran-
University Press, Northamptonshire, R.-U., 2010; direction de Henri Mova Sakanyi (L’Harmattan, sitional Justice in Africa, sous la direction de
400 p.; relié 99 $) Paris, France, 2010; 172 p.; broché 16,50 €) Chandra Lekha Sriram et Suren Pillay (James
Le Mythe du développement durable en Les colères de la faim: Pourquoi l’Afrique Currey, Abingdon, R.-U., 2010; 387 p.; broché
Afrique noire, Essè Amouzou (L’Harmattan, s’est embrasée en 2008, Jean-Célestin 37,95 $)

AVRIL 2010 23
L’Asie et l’Afrique mènent la croissance économique
les bonnes performances
Croissance du PIB réel
des grandes économies du 8

continent (Afrique du Sud, 2009


Nigéria et Kenya) et à la 6.4
2010
reprise de l’économie mon-
6

CROISSANCE ÉCONOMIQUE diale. La croissance afric- 4.3 4.3


aine placera le continent
Relance en vue au deuxième rang derrière
4
3.4

pour l’Afrique en 2010 l’Asie. L’ONU et le FMI


2 1.6
À l’instar des Nations Unies, le Fonds moné- notent que les pays afric- 1.3

taire international (FMI) et la Banque africaine ains ont mieux résisté à la


de développement (BAD) prévoient une reprise récession, en comparaison 0 Afrique Asie du Sud et de l’Est Amérique latine et Caraïbes Economies développées

rapide en 2010 pour les économies africaines, avec la plupart des autres
après la récession mondiale de 2009. Lors régions du monde, en par- -2

d’une tournée effectuée en mars dans trois tie en raison de la prudence -2.1

pays africains, le directeur général du FMI, des politiques budgétaires


-3.5
Dominique Strauss-Kahn, pronostiquait que mises en œuvre avant la
-4

la croissance atteindrait cette année 4,5% en


Note: 2009: estimations partielles 2010: projections.
crise par nombre de leurs Source: Afrique Renouveau, tiré de Situation et perspectives de l’économie mondiale, ONU 2010.
Afrique subsaharienne. Avant lui, le Président gouvernements.
de la BAD Donald Kaberuka, envisageait une Cependant, regrette le
croissance de 4,5 à 5,5% en 2010. Dans son rapport de l’ONU, la crise ACCORD DE COPENHAGUE
dernier rapport Situation et perspectives de de 2009 a marqué “un coup d’arrêt regrettable aux
l’économie mondiale publié en janvier, l’ONU progrès accomplis sur le plan socio-économiques
Groupe d’étude sur le finance-
avait déjà projeté que la croissance africaine et qui avaient permis de réduire la pauvreté. Cette ment de la lutte contre les
atteindrait 4,3% en 2010, en net progrès par rap- situation aggrave le retard pris par l’Afrique dans changements climatiques
port à 2009 lorsqu’elle était restée à 1,6%. le cadre des Objectifs du Millénaire pour le dével- Trois mois après la Conférence internationale
Selon le FMI et l’ONU, la relance s’explique par oppement (OMD).” n de Copenhague sur les changements clima-
tiques de décembre 2009, le Secrétaire général
NOMINATIONS de l’ONU, Ban Ki-moon, a nommé un groupe
d’étude chargé d’étudier les moyens de mobil-
M. Anthony Lake, (États-Unis) a été nommé, par le Secrétaire général iser les ressources en vue de réduire les effets
http://havelshouseofhistory.com

de l’ONU M. Ban Ki-moon, au poste de Directeur exécutif du Fonds des des changements climatiques dans les pays en
Nations Unies pour l’enfance (UNICEF). M. Lake est entré au Ministère
développement. Présidé par Mélès Zenawi,
des affaires étrangères des États-Unis en 1962 et a fait une longue
Premier ministre éthiopien et principal négoci-
carrière au cours de laquelle il a notamment été Conseiller à la sécurité
nationale auprès du Président Clinton. Il a également fait partie du con- ateur africain à la Conférence de Copenhague,
seil d’administration du Fonds des États-Unis pour l’UNICEF qu’il a pré- et Gordon Brown, Premier ministre britan-
sidé de 2004 à 2007. Plus récemment, il enseignait à l’école des affaires nique, il examinera les sources de revenus
étrangères de l’université Georgetown à Washington. Il remplace Mme potentielles et soumettra des recommandations
Ann Veneman dont le mandat prend fin le 30 avril. à une session de négociations sur les change-
Mme Margot Wallström, (Suède), a été nommée Représentante spé- ments climatiques qui doit se tenir du 31 mai
ciale du Secrétaire général de l’ONU chargée de la lutte contre les vio- au 11 juin à Bonn (Allemagne).
lences sexuelles dans les conflits armés. Ancien membre du parlement Dans le cadre de l’Accord de Copenhague, les
ONU / Mark Garten

suédois, Mme Wallström a été activement impliquée dans la promotion dirigeants du monde entier ont accepté de répondre
du rôle des femmes dans les questions de paix et de sécurité ; elle a aux demandes des pays africains et des autres pays
également pris la tête de campagnes destinées à assurer l’application en développement qui réclament une aide pour faire
des résolutions du Conseil de sécurité condamnant la violence sexuelle
face aux répercussions négatives des changements
à l’encontre des civils se trouvant dans des zones de conflit.
climatiques. L’accord prévoit une aide financière
Le Secrétaire général a nommé M. Hailé Menke- de 30 milliards de dollars pour les trois années
rios (Afrique du Sud), Représentant spécial pour le Soudan. Au moment
2010-2012, avec une augmentation conditionnelle
de sa nomination M. Menkerios occupait le poste de Secrétaire général
ONU / Evan Schneider

de quelque 100 milliards de dollars d’ici à 2020.


adjoint aux affaires politiques, et auparavant celui de Représent-
ant spécial adjoint en République démocratique du Congo. Avant Font partie du groupe, le Premier ministre
d’entrer à l’ONU, il avait représenté l’Erythrée à divers titres dont celui norvégien Jens Stoltenberg, Donald Kaberuka,
d’ambassadeur en Éthiopie et de Représentant permanent auprès de Président de la BAD, et George Soros, prési-
l’Organisation des Nations Unies. dent du conseil d’administration de Soros Fund
Management. n

24 AVRIL 2010