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COURS ET TD DU 2EME SEMESTRE/ ENSEIGNANTE: Mme MEKKI Sabrina Fadila

Université Ibn Khaldoun


Department des letters et des langues
Module: Initiation aux textes littéraires / CM
L' axe narratologique

1- Les éléments de la narratologie:


La narratologie s'intéresse au roman, au fait romanesque et se constitue en théorie, dès
l'instant où elle s'interroge sur les particularités du roman, considéré comme un genre, un fait
d'écriture, le produit d'un écrivain, produit consommable et critiquable.
S'interroger sur la narratologie revient à s'interroger sur la littérature, concept difficile à
cerner, à définir de manière exhaustive, vu le champ mouvant qu'elle recouvre, champ en
constante évolution dans l'histoire.
Par exemple, cette question peut ouvrir le débat à la lecture d'un texte. Quels sont les critères
qui nous permettent de l'identifier comme 'littéraire' ou comme 'non littéraire', autrement dit,
quelle est la littérarité du texte littéraire?
Rappelons que le texte littéraire est connoté, qu'il use de figures de rhétoriques nombreuses
et variées, et qu'il privilégie la fonction poétique.
Par ailleurs, on peut identifier aujourd'hui certains critères constants qui permettent de juger
si un texte est ou n'est pas littéraire, et ce sont, entre autres, l'institution, les programmes
scolaires et académiques qui font les textes littéraires.
Retenons que le sens du mot littéraire connaît une évolution certaine et reste assujetti à des
époques, à des cultures.
Si nous consultons les dictionnaires, ils définissent le littéraire comme étant ce qui
appartient aux lettres. Ex : un journal littéraire, par opposition à un journal politique ou
scientifique.
Puis, le sens se fait un peu plus aigu, et littéraire correspond à une manifestation du sens des
'belles lettres'.
Au XVIII siècle, de nouvelles acceptations voient le jour, d'actualité encore aujourd'hui : le
mot désigne l'ensemble des productions intellectuelles écrites ou orales, un usage particulier du
langage écrit, un usage esthétique; défini par sa valeur,par sa beauté, par le plaisir qu'il procure.
La notion de plaisir est fondamentale en littérature ; on lit surtout pour trouver un plaisir
dans le texte, on parle bien du plaisir de la lecture, ce qui n'est pas une vaine expression (point
de vue développer par Barthes)
Comme l'accès à la littérature se fait à travers le roman. Lors arrêtons-nous au roman.
Le roman :
Selon l' étymologie du mot, le roman est un récit en langue romane, qui au moyen âge, par
opposition au latin, réservé à une élite, est la langue populaire, l'ancien français.
Le projet du roman est de vulgariser des aventures, de les enrichir d'incidents et de personnages,
toujours plus nombreux. La loi du roman et le foisonnement.
L'incipit est le début du roman, l'exipit, ou l'épilogue, la fin.
Le roman repose sur l'illusion que suscite le rêverie romanesque : le lecteur s'identifie au héros.
Le romanesque donne alors forme à l'expérience, car il installe" le jeu des possibles" pour un
héros qui éprouve sa liberté dans un vaste monde semé d'embûches. Ce qui dresse l'individu
contre la société : le héros défie l'ordre social pour non seulement éprouver cette liberté, mais
aussi pour dénoncer les mensonges de cette société. Tout cela, dans le roman, se fait par le biais
de la conscience du personnage.
L'originalité du roman est donc dans sa liberté de choisir sa forme, en dehors de toute règle
préétablie, de remettre en cause les valeurs du monde qu'il décrit. Le roman nous montre
l'envers du décor.
Eléments du para texte :
La critique littéraire permet la lecture des éléments périphériques afin de mieux préparer le
lecteur à sa lecture, afin d'asseoir des hypothèses de lecture, avant d'entamer la lecture
proprement dite.
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En ouverture au récit, le texte introduit parfois une préface dont l'objet est de familiariser le
lecteur avec le contenu du roman.
L'avant propos ou l'avertissement, signés par l'auteur du livre ou par une autre personne, tout
comme la préface, sont des indices de lecture non négligeables, puisqu'ils donnent le ton et
conditionnent la lecture ;
Le post face, à la fin du roman, permet de conforter le lecteur, et relève de ces balises posées
en amont ou en aval du texte afin d'assurer l'emprise du lecteur sur le texte.
L'incipit introduit le récit, les évènements, que le prologue va présenter dès la première partie,
alors que l'exipit ou l'épilogue closent le récit
Une citation empruntée à un écrivain célèbre ou extraite d'un texte consacré, une épigraphe ou
exergue, donnent également le ton et apportent un éclairage supplémentaire donné par le titre et
installent le texte littéraire dans un réseau se signifiance, redéployé dans l'intertextualité.

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Université Ibn Khaldoun TIARET
Département des langues et des lettres/ département de français
Module : initiation aux textes littéraires/ CM

Fonction des personnages dans l’action


Dans un roman, tous les personnages forment un système dans lequel ils se définissent les uns par
rapport aux autres, avec des rôles différenciés. Dans ce système, le personnage ne se situe pas
seulement par son être mais surtout par son faire, par la part qu’il prend à l’action, c'est-à-dire par sa
fonction.
* Les fonctions des personnages dans un récit se groupent en six grandes classes :
- le sujet, qui accomplit l’action, qui poursuit un but ;
- l’objet : le but de l’action, ce que vise le sujet
- l’adjuvant, qui aide le sujet dans son action
- l’opposant, qui fait obstacle à l’action du sujet
- le destinataire, qui détermine la tâche du sujet, lui propose l’objet à atteindre
- le destinataire, qui reçoit l’objet et sanctionne le résultat de l’action.
* Etablir le schéma de l’action dans un texte, c’est identifier ces six fonctions. Cela ne veut pas dire
qu’à chaque personnage corresponde une fonction fixée une fois pour toutes : un même personnage
peut exercer plusieurs fonctions. De même, une même fonction peut être exercée par plusieurs
personnages (ou par des forces qui ne sont pas des personnages : une institution, un groupe, un
élément, une valeur). C’est la relation entre ces fonctions qui fait progresser le récit.
Ce schéma ne doit pas être appliqué de façon mécanique : il doit surtout aider à lire le récit comme
une dynamique, et à y reconnaître des constantes, des rôles-types.
* la structure de l’action :
La construction de l’intrigue, elle aussi, obéit à des lois. Pour qu’il y ait récit, il faut au moins une
action transformatrice, c'est-à-dire le passage d’un état à un autre. L’épisode de base comporte cinq
étapes :
- l’état initial : la situation première, l’équilibre qui précède l’action ;
- la complication (force perturbatrice) : le méfait, le manque, l’évènement qui rompt
l’équilibre et déclenche l’action ;
- la dynamique : la dynamique : l’épreuve, le conflit, les péripéties* éventuelles ;
- la résolution (force équilibrante) qui met un terme à l’épreuve ;
- l’état final : un nouvel équilibre, qui peut à son tour être le point de départ (l’état initial)
d’un nouvel épisode.
(Complication, dynamique, résolution= la transformation)
* une telle structure caractérise non seulement de brefs

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Département des lettres et des langues étrangères/ département de français
Module : initiation aux textes littéraires / TD

Etudiez le schéma actantiel du récit suivant :


" Voici une lettre, dit-il, que je te charge, toi, Michel Strogoff, de remettre en main propre au grand-
duc et à nul autre que lui.
- Je la remettrai, Sire.
- Le grand-duc est à Irkoutsk.
- Mais il faudra traverser un pays soulevé par des rebelle, envahi par des Tartares, qui auront
intérêt à intercepter cette lettre.
- Je le traverserai.
- Tu te défieras surtout d'un traître, Ivan Ogareff, qui se rencontrera peut-être sur la route.
- Je m'en défierai.
Jules Verne, Michel Strogoff (1876)

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Université IBN KHALDOUN
Département des lettres et des langues étrangères
Département de français
Module : initiation aux textes littéraires/ CM
Le texte narratif:
Il raconte soit une histoire inventée (fiction), soit une histoire tirée de la réalité ( fait divers,
reportage, témoignage, biographie). Les évènements relatés sont liées entre eux par une
relation logique et temporelle. Il comporte des indicateurs de temps et des verbes d'action au
passé au simple (actions brèves et ponctuelles), à l'imparfait (actions longues et répétitives)
et au présent de narration.
Les caractéristiques de la narration sont:
1-Le narrateur:
Le narrateur n'est pas l'auteur : l'auteur est un être réel qui écrit réellement l'histoire, alors que le
narrateur est un personnage qui peut dire "je" ou se cacher derrière un "il" et rester anonyme. Le
récit est alors mené à la troisième personne et peut donner l'impression de se raconter tout seul.
Cependant le narrateur n'est pas totalement évacué. Il choisit un point de vue ou focalisation. En
effet, le narrateur personnage (celui qui dit "je") ne révèle que ce qu'il voit, pense ou sait. Mais le
narrateur extérieur à l'histoire peut choisir plusieurs perspectives pour présenter la narration ( ou la
description). Déterminer la focalisation, c'est comprendre la position du narrateur par rapport à
l'évènement raconté (ou la situation décrite dans le texte descriptif).
On distingue trois types de focalisations ou point de vue:
a-La focalisation externe :
Le narrateur ne connaît ni la pensée, ni les sentiments, ni le passé des personnages et ne décrit que
ce qui est visible pour tous comme par l'œil de la caméra. D'où l'impression d'objectivité. L'histoire
est donc rapportée par un témoin et le lecteur ne sait que ce que sait ce témoin. Si plusieurs faits ont
lieu en même temps, il ne connaît que ce qui se passe là où se trouve le témoin.
Dans les romans, l'utilisation systématique de ce procédé est rare, mais de nombreux écrivains y
recourent à certains moments du roman, en particulier dans l'incipit, pour créer un effet d'énigme
qui provoque la curiosité du lecteur.
b- La focalisation interne :
Tout est raconté ou décrit à travers le regard d'un personnage qui participe à l'action. D'où
l'impression de subjectivité. Le lecteur peut s'identifier au personnage, puisqu'il perçoit le monde à
travers lui.
C'est le cas des romans écrits à la première personne du singulier, le pronom je renvoie soit :
- à l' auteur : romans autobiographique
- au personnage principal (narrateur et auteur sont distincts) qui raconte sa propre histoire.
- A un personnage secondaire.
C'est le cas des romans écrits à la troisième personne du singulier où le narrateur se coule dans
l'un des personnages et prend les caractéristiques de ce dernier (sexe – âge –psychologie
-situation historique et sociale).
c-La focalisation zéro ou le point de vue omniscient :
Le narrateur, extérieur à l'histoire, voit tout, sait tout sur l'action, les pensées, le passé et même
l'avenir des personnages. Le narrateur est donc doué d'un pouvoir surhumain. C'est une sorte de
dieu qui possède une connaissance absolue. On parle de focalisation zéro car, comme tout est
éclairée par le point de vue omniscient, il n'y a pas de focalisation. Ce point de vue très fréquent
n'étonne pas le lecteur car il fait partie des conventions du roman.
Quelque soit le point de vue adopté, le narrateur ne nous livre que ce qu'il veut bien nous livrer. Il
est donc important de tenir compte de la focalisation choisie par l'auteur (celle qui domine le roman
ou celle qui est choisie à tel ou tel moment) parce qu'elle est toujours révélatrice :
- Soit des personnages eux-mêmes (focalisation interne).
- Soit des intentions de l'auteur (l'impression qu'il veut susciter chez le lecteur).
*) Les fonctions du narrateur:
- Fonction communicative : le narrateur s'adresse directement au narrateur, c'est-à-dire au lecteur
potentiel du texte, afin d'établir ou de maintenir le contact avec lui (implication).
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- Fonction méta narrative ou fonction de régie : le narrateur exerce une fonction de régie lorsqu'il
commente l'organisation et l'articulation de son texte, en intervenant au sein de l'histoire
(implication).
- Fonction testimoniale ou modalisante : le narrateur atteste la vérité de son histoire, le degré de
précision de sa narration, sa certitude vis-à-vis les évènements, ses sources d'informations. Cette
fonction apparaît également lorsque le narrateur exprime ses émotions par rapport à l'histoire, la
relation affective qu'il entretient avec elle (implication).
- Fonction explicative : elle consiste à donner au narrataire des éléments jugés nécessaires pour
comprendre l'histoire.
- Fonction idéologique : le narrateur interrompt son histoire pour apporter un propos didactique, un
savoir général qui concerne son récit (implication).

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Université Ibn Khaldoun Tiaret
Département des langues et des lettres
Département de français
MODULE : initiation aux textes littéraires
TD / les points de vue narratifs

Texte :
Il n’ y avait jamais eu un été semblable dans les collines. D’ailleurs, ce jour-là, cette même chaleur
noire commença à déferler en vagues tout de suite très brutales sur le pays du sud sur les solitudes
du Var où les petits chênes se mirent à crépiter, sur les fermes perdues des plateaux où les citernes
furent tout de suite assaillies de vols de pigeons, sur Marseille où les égouts commencèrent à fumer.
A Aix, à midi, le silence de sieste était tellement grand que, sur les boulevards, les fontaines
sonnaient comme dans la nuit. A Rians, il y eu, dès neuf heures du matin, deux malades [...].

Jean GIONO, Le hussard sur le toit, Gallimard (1951)

Texte 2 :
L’homme était parti de Marchiennes vers deux heures. Il marchait d’un pas allongé, grelottant sous
le coton aminci de sa veste et de son pantalon de velours. Un petit paquet, noué dans un mouchoir à
carreaux, le gênait beaucoup ; et il le serrait contre ses flancs, tantôt d’un coude, tantôt de l’autre,
pour glisser au fond de ses poches les deux mains à la fois, des mains gourdes que les lanières du
vent d’est faisait saigner. Une seule idée occupait sa tête vide d’ouvrier sans travail et sans gîte,
l’espoir que le froid serait moins vif après le lever du jour. Depuis une heure, il avançait ainsi,
lorsque sur la gauche, à deux kilomètres de Montsou, il aperçut des feux rouges, trois brasiers
brûlant au plein air, et comme suspendus. D’abord, il hésita, pris de crainte ; puis il ne put résister
au besoin douloureux de se chauffer un instant les mains.
Un chemin creux s’enfonçait. Tout disparu. L’homme avait à droite une palissade, quelque mur de
grosses planches fermant une voie ferrée ; tandis qu’un talus d’herbe s’élevait à gauche, surmonté
de pignons confus, d’une vision de village aux toitures basses et uniformes.
Emile ZOLA, Germinal (1885)

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Université Ibn Khaldoun
Département des lettres et des langues
Département de franaçais
Module: initiation aux textes littéraires / CM
Le récit et le temps
1. Moment de la narration / moment de l’histoire
A quel moment le narrateur raconte t-il ? Comment situer ce moment par rapport au moment de
l’histoire racontée ? Il existe quatre possibilités.
* La narration ultérieure :
Le moment de la narration se situe après le moment de l’histoire. C’est le cas le plus fréquent du
récit rétrospectif : le narrateur raconte une histoire qui s’est déroulé dans le passé par rapport à son
récit.
La distance entre le moment de l’histoire et le moment de la narration est variable : les faits relatés
peuvent se retirer dans un passé très lointain (le « Il était une fois « du conte merveilleux) ou être
très proche du narrateur (le fait divers dans un quotidien).
*la narration simultanée :
La narration s’accomplit en même temps que l’histoire. Tel est le cas dans un récit au présent,
quand le narrateur semble raconter les faits au fur et à mesure qu’ils se déroulent (par exemple ses
impressions successives dans un monologue intérieur).
*la narration antérieure :
La narration se situe avant l’histoire. Le récit précède les faits : c’est le cas exceptionnel d’une
prophétie, d’une prédiction. Cette possibilité peut se rencontrer dans un court passage, rarement
dans un récit complet.
*la narration intercalée :
La narration alterne avec l’histoire. Dans un roman par lettres ou dans un journal intime, la
narration qui porte d’abord sur des faits passés peut être suivie de nouveaux développements de
l’histoire, qui appelleront à leur tour de nouveaux passages narratifs, et ainsi de suite.
2. Ordre de la narration / ordre de l’histoire
Les rapports entre l’ordre de la narration et l’ordre de l’histoire sont de deux types :
- Ou bien la narration présente les faits dans l’ordre dans lequel ils sont censés s’être
déroulés ; elle suit alors un ordre chronologique.
- Ou bien la narration ne reproduit pas l’ordre de l’histoire ; elle peut prendre l’histoire en
son milieu, puis effectuer un retour en arrière (c’est le flash-back du cinéma) avant de
reprendre le fil de l’histoire.
Diverses combinaisons de ce type sont possibles, qui permettent au récit d’introduire une
explication, de produire des effets dramatiques, de relancer l’intérêt du lecteur…

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Université Ibn Khaldoun
Département de français
Module : initiation aux textes littéraires /TD

Texte :
Identifier le type de la narration.
30 juillet. – Je suis revenu dans ma maison depuis hier. Tout va bien.
2août. – Rien de nouveau ; il fait un temps superbe.
Je passe mes journées à regarder couler la Seine.
4 août. – Querelles parmi les domestiques. Ils prétendent qu’on casse les verres, la nuit, dans les
armoires. Le valet de chambre accuse la cuisinière, qui accuse la lingère, qui accuse les deux autres.
Quel est le coupable ?
Bien fait qui le dirait !
6 août. – Cette fois, je ne suis pas fou. J’ai vu…j’ai vu…j’ai vu… ! Je ne puis plus douter…j’ai
vu !...j’ai encore froid jusque dans les ongles…j’ai encore peur jusque dans les MOËLLES…j’ai
vu !...je me promenais à deux heures, en plein soleil dans mon parterre de rosiers…dans l’allée des
rosiers d’automne qui commencent à fleurir.
Comme je m’arrêtais à regarder un géant des batailles, qui portait trois fleurs magnifiques, je vis, je
vis distinctement, tout près de moi, la tige d’une de ces roses se plier, comme si cette main l’eût
cueillie !
Guy de MAUPASSANT, Le Horla (1887).

Texte 2 :
Il semblait à Aurélien, non qu’il se le formulât, mais comme ça, d’instinct, qu’il avait été battu, là
bien battu par la vie. Il avait beau se dire : mais, voyons, nous sommes les vainqueurs…
Il ne s’était jamais remis tout à fait de la guerre.
Elle l’avait pris avant qu’il eût vécu. Il était de cette classe qui avait fait trois ans, et qui se sentait
libérable quand survint août 1914.
Près de huit ans sous les drapeaux …Il n’avait pas été un jeune homme précoce. La caserne l’avait
trouvé pas très différent du collégien débarqué de sa famille au Quartier Latin à l’automne de 1909.
La guerre l’avait enlevé à la caserne et le rendait à la vie après ces années interminables dans le
provisoire, l’habitude du provisoire. [...]
Cela faisait bientôt trois ans qu’il était libre, qu’on ne lui demandait plus rien [...].
ARAGON, Aurélien, Gallimard (1944).

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Université Ibn Khaldoun TIARET
Département des langues et des lettres/ département de français
Module : initiation aux textes littéraires/ CM

Durée de la narration / durée de l’histoire


Quels critères sûrs permettent de dire qu’un récit s’accélère ou ralenti ?
C’est la comparaison entre la durée de la narration et la durée de l’histoire qui permet de mesurer la
vitesse narrative :
- le temps de la narration se mesure en lignes, en pages, en volume de texte ;
- le temps de l’histoire se mesure en heures, jours, années au niveau de l’action racontée.
Le rythme varie en fonction du rapport entre l’un et l’autre.
On distingue cinq vitesses, de la plus lente à la plus rapide.
* La pause
Elle suspend le temps de l’histoire : il y a comme un « arrêt sur image », le temps de la narration,
lui, continue de s’écouler ; le narrateur a alors tout le loisir de développer un portrait ou un
commentaire. On aura moins de narration au sens strict et plus de description, le récit peut laisser
place au discours.
* Le ralenti
Dans le ralenti, la narration développe longuement ce qui prend que très peu de temps dans
l’histoire : le récit peut « étirer » l’évocation de quelques secondes, pour renforcer par exemple la
tension dramatique, ou pour s’attarder longuement sur le cadre de l’action mais sans interrompre
totalement son déroulement.
* La scène
Elle correspond à une relative équivalence entre le temps de la narration et le temps de l’histoire. Le
récit est mimétique, c'est-à-dire qu’il semble imiter le temps réel (comme une scène dialoguée au
théâtre) : cela peut être un dialogue au discours direct, ou une narration mêlée de détails descriptifs
qui paraissent suivre les découvertes successives d’un personnage.
* Le sommaire :
Dans le sommaire, ou résumé, le récit réduit à quelques lignes du texte des actions qui prennent du
temps. Le narrateur manifeste ainsi davantage son emprise sur le récit qu’il conduit, et l’impression
mimétique se dissipe. Le récit semble s’accélérer.
*L’ellipse
Il y a ellipse quand la narration passe sous silence une période de l’histoire : le temps vécu par les
personnages continue de s’écouler, mais le récit passe directement à un autre moment de l’action.
Pour établir avec précision le rythme d’un texte narratif- ce qui n’est pas toujours facile -, on ne
négligera aucun des indices de temps fournis par le texte : champ lexical du temps, données
chiffrées, prépositions et conjonctions, verbes ou adverbes précisant l’ordre ou la durée des
évènements, temps des verbes…
On pourra alors apprécier les variations de rythme, leurs effets dramatiques et le temps qu’elles
donnent à une page de récit.

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Université Ibn Khaldoun TAIRET
Département de français
Module initiation aux textes littéraires/ TD

Etudiez dans les extraits suivants la durée de la narration et de l’histoire.


Texte 1
Arrivé rue Neuve Sainte Geneviève, il monta rapidement chez lui, descendit pour donner dix francs
au cocher, et vint dans cette salle à manger nauséabonde où il aperçut, comme des animaux à un
râtelier, les dix-huit convives en train de se repaître. Le spectacle de ces misères et l’aspect de cette
salle lui furent horribles. La transition était trop brusque, le contraste trop complet, pour ne pas
développer outre mesure chez le sentiment de l’ambition. D’un côté, les fraîches et charmantes
images de la nature sociale la plus élégante, des figures jeunes, vives, encadrées par les merveilles
de l’art et du luxe, des têtes passionnées pleines de poésie ; de l’autre, de sinistres tableaux bordés
de fange, et des faces où les passions n’avaient laissé que leurs cordes et leur mécanisme.
Honoré de BALZAC, Le Père Goriot (1835)

Texte 2
- Mais si l’armée rouge était battue ?
- Elle ne le sera pas.
- Si elle l’était ?
- Quand on joue, on peut perdre. Cette fois, nous ne perdrons pas.
Et, tandis que je pars chercher de la quinine, je l’entends qui dit, entre ses dents :
« Il y a tout de même une chose qui compte, dans la vie : c’est de ne pas être vaincu… »
Trois jours plus tard.
Nous rentrons pour déjeuner, Garine et moi. Quatre coups de revolver ; le soldat assis à côté du
chauffeur se lève. Le regarde, et recule aussitôt la tête : une cinquième balle vient de frapper la
portière. C’est sur notre auto que l’on tire. Le soldat riposte. Une vingtaine d’hommes
s’enfuient, manches au vent. Deux corps par terre. L’un est celui d’un homme que le soldat a
blessé par erreur, l’autre celui de l’homme au revolver…
André MALRAUX, Les Conquérants, Grasset (1928).

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Ibn Khaldoun Tiaret
Département des lettres et des langues/ département de français
Module : initiation aux textes littéraires / TD

1) Ce passage constitue le début du livre 2 de la première partie des Misérables.


Etudier la position du narrateur.

Dans les premiers jours du mois d'octobre 1815, une heure environ avant le coucher du soleil, un
homme qui voyageait à pied entrait dans la petite ville de D. les rares habitants qui se trouvaient, en
ce moment, à leurs fenêtres ou sur le seuil de leurs maisons, regardaient ce voyageur avec une sorte
d'inquiétude. Il était difficile de rencontrer un passant d'un aspect plus misérable. C'était un homme
de moyenne taille, trapu et robuste, dans la force de l'âge. Il pouvait avoir quarante -six ou quarante-
huit ans. (…)
Personne ne le connaissait. Ce n'était évidemment qu'un passant. D'où venait-il? Du midi. Des bords
de lamer peut-être. Car il faisait son entrée dans D. par la même rue qui sept mois auparavant avait
vu passer l'empereur Napoléon allant de Cannes à Paris. Cet homme avait dû marcher tout le jour. Il
paraissait très fatigué. Des femmes de l'ancien bourg qui est au bas de la ville l'avait vu s'arrêter
sous les arbres du boulevard Gassendi et boire à la fontaine qui est à l'extrémité de la promenade. Il
fallait qu'il eût bien soif, car des enfants qui le suivaient le virent encore s'arrêter et boire, deux
cents pas plus loin, à la fontaine de la place du marché.

Victor Hugo, Les Misérables, I, 2, 1( 1862).

2) Mon affaire était inscrite à la dernière session de la cour d'assises et cette session se terminerait
avec le mois de juin. Les débats se sont ouverts avec au dehors, tout le plein du soleil. Mon avocat
m'avait assuré qu'ils ne dureraient pas plus de deux ou trois jours. "D'ailleurs, avait-il ajouté, la cour
sera pressée parce que votre affaire n'est pas la plus importante de la session. Il y a un parricide qui
passera tout de suite après."
A sept heurs et demie du matin, on est venu me chercher et la voiture cellulaire m'a conduit au
palais de justice.
Albert Camus, L' Etranger, II, Gallimard (1942)

3) Averti par les aboiements du chien de garde, un domestique vint à notre rencontre, et nous dit
que monsieur le comte, parti pour Azay dès le matin, allait sans doute revenir, et que madame la
comtesse était au logis. Mon hôte me regarda. Je tremblais qu'il ne voulût pas voir madame de
Mortsauf en l'absence de son mari, mais il dit au domestique de nous annoncer. Poussé par une
avidité d'enfant, je me précipitai dans la longue antichambre qui traverse la maison.
- Entrez donc, messieurs! Dit alors une voix d'or.
Quoique madame de Mortsauf n'eût prononcé qu'un mot au bal, je reconnus sa voix qui pénétra mon
âme et la remplit comme un rayon de soleil remplit et dore le cachot d'un prisonnier.

Honoré de Balzac, Le Lys dans la vallée (1836).

3) Julien fut réveillé de sa rêverie profonde, parce que la voiture s'arrêta. On venait d'entrer dans la
cour des postes, rue J.-J. Rousseau.
- Je veux aller à la Malmaison (a), dit-il à un cabriolet qui s'approcha.
- A cette heure, Monsieur, et pourquoi faire?
- Que vous importe ! Marchez.
Toute vraie passion ne songe qu'à elle. C'est pourquoi, ce me semble, les passions sont si ridicules à
Paris, où le voisin prétend toujours qu'on pense beaucoup à lui. Je me garderai de raconter les
transports de Julien à la Malmaison. Il pleura. Quoi! Malgré les vilains murs blancs construits cette
année, et qui coupent ce parc en morceaux?- Oui, Monsieur : pour Julien, comme pour la postérité,
il n'y avait rien entre Arcole, Sainte-Hélène et la Malmaison.
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STENDHAL, Le rouge et le Noir (1830).
(a) Haut lieu de la légende napoléonienne (comme Arcole et Sainte-Hélène). Julien Sorel est un
fervent admirateur de l'Empereur.

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Etudier le point de vue adopté dans les extraits suivants.

1) Flore ne put rien obtenir de Maxence. Le commandant, au désespoir de s'être laissé


débusquer(…) avait trop de fierté pour fuir devant Philipe. La Rabouilleuse combattit cette raison
en proposant à son ami de s'enfuir ensemble en Amérique, mais Gilet, qui ne voulait pas Flore sans
la fortune du père Rouget, et qui ne voulait pas montrer le fond de son cœur à cette fille, persista
dans son intention de tuer Philipe.
Honoré de Balzac, La Rabouilleuse, III, 2 (1842)

2) Tout à coup on partit au grand galop. Quelques instants après, Fabrice, vit à vingt pas en avant,
une terre labourée qui était remuée de façon singulière. Le fond des sillons était plein d'eau, et la
terre fort humide, qui formait la crête de sillons, volait en petits fragments noirs lancés à trois ou
quatre pieds de haut. Fabrice remarqua en passant cet effet singulier ; puis sa pensée se remit à
songer à la gloire du maréchal. Il entendit un cri sec auprès de lui ; c'étaient deux hussards qui
tombaient atteints par des boulets ; et, lorsqu'il les regarda, ils étaient déjà à vingt pas de l'escorte.
Ce qui lui sembla horrible, ce fut un cheval tout sanglant qui se débattait sur la terre labourée, en
engageant ses pieds dans ses propres entrailles ; il voulait suivre les autres : le sang coulait dans la
boue.
- Ah ! M'y voilà donc enfin au feu ! Se dit-il. J'ai vu le feu ! Se répétait-il avec satisfaction. Me
voici un vrai militaire.
Stendhal, La Chartreuse de parme, I, 3 (1839).

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