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Loi sur l’arbitrage au Maroc

Plus d’alternatives pour le règlement des litiges

· Contrôle «à la naissance» pour les arbitres

Depuis le temps que tout le monde des affaires l’attendait, c’est maintenant chose faite.
La promulgation de la nouvelle loi sur l’arbitrage est un signal adressé aux investisseurs
étrangers puisqu’elle leur permet de contourner les lourdeurs de l’appareil judiciaire.
«L’arbitrage constituait le maillon manquant de la chaîne.
Globalement, l’adoption d’une loi moderne pour organiser cette institution ne peut
provoquer que des réactions positives. Reste à savoir quelle sera la place qui lui sera
accordée par les investisseurs et les universités», souligne Farid El Bacha, professeur de
droit à l’Université Mohammed V de Rabat.
Le dépoussiérage des articles 306 et suivants du code de procédure civile (CPC) permet
donc de «pallier» nombreux «maux» du système judiciaire. Azzedine Kettani, célèbre
avocat d’affaires de la métropole, insiste sur le caractère «vieillot» de l’ancienne loi sur
l’arbitrage. «Celle-ci remontait à 1974. En 33 ans, beaucoup de choses ont changé»,
commente-t-il.
Le nouveau texte apporte ainsi de grandes nouveautés en la matière. A commencer par
l’arbitrage international. «Même si le Maroc est membre de la convention de New York de
1958 sur la reconnaissance des sentences arbitrales internationales, aucune disposition
réglementant celles-ci n’était prévue dans l’ancien texte», explique l’avocat. L’article
327-40 de la nouvelle loi définit l’arbitrage international et prévoit les conditions de ce
recours telles que l’élément d’extranéité. L’arbitrage peut être soit institutionnel, rendu
notamment par les commissions arbitrales des chambres de commerce (Paris, Milan,
Hambourg), ou ad hoc. La loi 08-05 reconnaît les sentences arbitrales internationales
(non contraires à l’ordre public marocain) et leur donne une force exécutoire. Toutefois,
l’exécution de ces décisions comporte une limite: l’ordonnance d’exequatur peut être
refusée par le juge marocain. Ce dernier ne pouvant, bien évidemment pas, toucher à
une sentence rendue par un arbitre international. «Le législateur permet ainsi à la justice
nationale de contrôler les décisions internationales ayant effet au Maroc», analyse
l’avocat d’affaires.
Au niveau des arbitres, le nouveau texte institue «un contrôle de naissance pour les
arbitres», ironise Kettani. Allusion faite à la déclaration «qui doit être déposée chez le
procureur du Roi» pour l’obtention d’une autorisation d’exercer. Seul hic: «la loi ne nous
dit pas quelle sera la valeur rendue par un arbitre non inscrit sur la liste du procureur du
Roi?» s’interroge l’avocat. Autre question qui dérange: Quel est le recours dont dispose
un candidat à l’arbitrage contre le refus du procureur?

· Recours en annulation contre la sentence arbitrale

La plus grande nouveauté de ce texte réside, selon plusieurs spécialistes, dans la force
exécutoire de la sentence arbitrale. Dans l’ancien texte, celle-ci n’était pas susceptible
d’appel. Mais les parties pouvaient s’attaquer à l’ordonnance de son exequatur. Les
nouvelles dispositions instaurent, en revanche, un recours en annulation contre la
sentence arbitrale dans des cas bien précis. L’ordonnance de son exécution n’est
cependant plus attaquable devant la Cour d’appel. «Cette nouvelle mesure évitera les
nombreux recours contre l’ordonnance d’exequatur dans le seul but d’annuler la
sentence. Dorénavant, la partie mécontente aura le droit de réclamer l’annulation de la
sentence dans des cas bien précisés par la loi», fait remarquer Kettani. Si la décision
arbitrale est annulée, elle ouvre droit à la procédure judiciaire, ou à un autre arbitrage.
Tout en organisant les deux institutions (arbitrage et médiation conventionnelle), la loi
08-05 leur donne donc un nouveau souffle. Reste à savoir si ce mode alternatif de
règlement aura le succès escompté par le législateur? Ou bien verra-t-il apparaître, au
fur et à mesure de son développement, les mêmes «maux» dont souffre sa sœur aînée!

Etat et arbitrage

La loi 08-05 réglemente également le possible recours de l’Etat, les établissements


publics et les collectivités locales à l’arbitrage. «Avant la promulgation du nouveau texte,
aucune disposition ne prévoyait le recours à l’arbitrage dans des différends mettant en
cause l’Etat», souligne Me Kettani. Actuellement, toute contestation à caractère
pécuniaire peut être soumise à l’arbitrage. A signaler que les actes unilatéraux ou relatifs
à l’application de la loi fiscale ne sont pas concernés par les nouvelles dispositions.

Pensez «médiation»!

La médiation conventionnelle est l’un des grands apports de la loi 08-05. Désormais, les
parties peuvent inclure dans le contrat, un recours à un médiateur en cas de différend et
avant l’action en justice. Selon les dispositions du nouveau texte et lorsque le contrat le
prévoit, l’action en justice est tout simplement irrecevable avant le passage par la
médiation. «Lorsque celle-ci aboutit, elle donne lieu à un acte de médiation qui devient
un acte de transaction au sens des articles 1096 et suivant du DOC (ndlr: Dahir des
obligations et des contrats)», souligne Me Kettani. Selon le DOC, la transaction a un
caractère définitif et oblige les deux parties. La médiation peut également se solder par
un échec (acte de non-transaction) qui libère les parties et leur ouvre la voie judiciaire.

l'economiste