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Cours d’Hydrologie Chapitre 6 Dr I.

Ayadi

CHAPITRE 6

EVENEMENTS AVERSES- CRUES

Les méthodes d’hydrologie analytique sont basées sur l’étude fine du passage des
précipitations aux débits. Ce passage est très complexe puisqu’il dépend de plusieurs
paramètres : structure de la pluie, nature du bassin versant et degré d’humidification, état de la
végétation, capacité d’évaporation, etc.
Nous allons voir commet et avec quelles approximations, nous pouvons étudier le
passage d’une averse à la crue qu’elle génère.
Ayant étudié ce passage, on pourra soit étendre la série de crues à partir d’observations, soit,
le plus souvent, évaluer la crue de fréquence rare F à partir de la pluie de même fréquence F
que l’on présume être à son origine.

.1. Etude d’un couple averse-crue

Supposons que l’on dispose de l’enregistrement simultané de la pluie et des débits sur
un petit bassin versant. On supposera que le bassin est suffisamment petit de façon à ce que :
- La pluie soit homogène sur l’ensemble du bassin ;
- la nature hydrogéologique soit homogène ;
- les conditions initiales également.
Sur le graphique ci-contre, nous avons porté en abscisses le temps et en ordonnées les
débits et les intensités de pluies par pas de temps dt.
Ce schéma est défiguré. En effet, d’une part toute la pluie n’a pas ruisselé, une partie
s’est infiltrée et une autre s’est évaporée. D’autre part, le débit ne provient pas seulement du
ruissellement mais aussi du débit de base, position du débit qui a transité par les nappes.

.2. Le devenir des précipitations


Ce devenir est complexe et multiple ; plusieurs auteurs l’ont étudié ; on peut cependant
résumer les principales observations dans le schéma suivant :
0 Pluies antérieures

Ruissellement
Humidification
du sol

dP
Ecoulement
Accumulation souterrain
dans les dépressions

Végétation

Evaporation
0 Temps
Fig..1. le devenir des précipitations
En fonction du temps ou de la quantité de pluie déjà tombée, une hauteur de pluie dP se
répartit entre :
- une évaporation directe (souvent négligeable)
- une accumulation dans les dépressions (puis évaporation ou infiltration)
- une interception par les végétaux (puis évaporation)

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- une humidification du sol (puis évaporation ou égouttage)


- un écoulement souterrain vers les nappes
- un ruissellement pur
- un ruissellement retardé
Dans les différents phénomènes de l’interception, seule l’évaporation persiste dans le
temps mais elle peut généralement être considérée comme négligeable. L’accumulation dans
les dépressions et le stockage dans la végétation ne peuvent que tendre vers une limite finie.
L’infiltration peut s’étudier expérimentalement. Les études faites montrent que l’on
peut admettre qu’il existe une vitesse d’infiltration qui évolue avec le temps et le degré
d’humidité initial.
Supposons que l’on soumette différents sols à une percolation verticale et que l’on
mesure la vitesse d’infiltration en mm/h :
J (mm/h)

Sol 1 initialement sec

Sol 1 initialement humide

0.5

Sol 1 initialement sec

Sol 2 initialement humide


0
1 2 t (en h)
Fig..2. Infiltration en fonction du type de sols et le degré d’humidité initiale

Manifestement, les courbes dépendent de la nature du sol et de son degré d’humidité vertical.
Dans ce schéma, le sol 1 est un sol perméable ; au bout d’un certain temps, il est saturé mais
est drainé par une nappe profonde. J tend alors vers la perméabilité du sol saturé. La limite de
J lorsque t tend vers l’infini est différente de 0 ; il s’infiltrera toujours de l’eau.
Au contraire, le sol 2 est un sol perméable, tout au moins lorsqu’il n’est pas saturé.
Mais, il n’y a pas de possibilité d’écoulement souterrain, donc, à partir d’un certain temps,
plus rien ne peut s’infiltrer : t    J  0.
Sol 1 Sol 2

Perméabilité k Porosité n
h
t

Jk t    n.h =  J(t).dt


Fig..3. Infiltration en fonction de la perméabilité et la porosité du sol

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3. Séparation des écoulements

Comme nous l’avons déjà dit, le débit des cours d’eau a au moins deux origines :
- Le ruissellement ;
- la vidange des nappes.
Le débit de vidange des nappes, que nous appelons débit de base, suit une loi de variation en
fonction du temps, appelée courbe de tarissement. En l’absence d’alimentation par les pluies,
la courbe de tarissement ne dépend que de la géométrie de la nappe et de ses qualités
hydrodynamiques.
Une modélisation classique de la vidange d’une nappe est faite à partir du schéma de
Maillet. Une nappe est schématisée par un réservoir de surface S, de hauteur H, se vidangeant
par un bouchon poreux de longueur l, de section s et de perméabilité K. Le débit q de vidange
est calculable par la loi de Darcy :

H
q  k .s
dH l
H s

Pendant un intervalle de temps dt, le volume dV sorti de la nappe est

dV  q.dt
Mais aussi :

q.dt   S .dH

Par ailleurs, la première expression du débit donne en dérivant:

dH
dq  k .s
l
En combinant ces deux expressions, on obtient :

dq/q =-  dt avec  = k.s/S.l = cte (coefficient de tarissement)

ln qqq   t  0
t
0
q  q 0e t
Pour le schéma de Maillet, on démontre que la loi de vidange serait une exponentielle
décroissante. Dans la réalité, on constate que les débits de base évoluent avec le temps et en
absence de pluie comme des fonctions plus ou moins hyperboliques, assimilables pour partie à

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des exponentielles décroissantes. Cette assimilation se justifie surtout par la simplicité


graphique : dans un système (log Q, t), les courbes de tarissement sont des droites de pente -.
Reprenons donc notre crue initiale et transposons-la dans un graphique semi-log :

Q
Log Q

10

t
t 1
Avant la montée du débit, nous étions en période de vidange des nappes, c.à.d. que les
débits suivaient approximativement une exponentielle décroissante (figurée en trait d’axe). De
même, longtemps après la crue, le débit est formé essentiellement par du débit de base ; il
évolue donc selon une exponentielle décroissante de même coefficient de tarissement
(deuxième droite en trait d’axe et parallèle à la première). Si ces deux droites ne sont pas
confondues, c’est qu’il y a eu une recharge de la nappe.
On trace alors approximativement (en tiré), l’évolution probable du débit de base
durant la crue. Pour ce tracé, on peut se faire comme « règle » que le maximum du débit de
base se produira après le maximum du débit total. Il reste encore une certaine plage de
manœuvre comme l’indique les trois tracés proposées.

Ayant adopté un tracé du débit de base, on peut, par soustraction, obtenir le débit de
ruissellement Qr :

Qr

t1 t2 temps

A l’intérieur de ce débit de ruissellement, on peut faire encore une distinction entre le


ruissellement pur et ce que nous appellerons par tradition « écoulement hypodermique ». Ce
dernier type d’écoulement est en fait un ruissellement retardé. A la fin de la pluie, le
ruissellement pur n’est plus alimenté. Les lames qui ruisselaient deviennent de plus en plus
minces et l’écoulement, tout en restant un écoulement de surface, change de nature. Il se
produit quelque chose d’analogue au passage régime turbulent / régime laminaire. A ce type

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d’écoulement, s’ajoute également la vidange des dépressions et de quelques micro-nappes


phréatiques.
Dans la pratique, il n’est guère utile de séparer ces deux types d’écoulement et nous ne
considérerons que le ruissellement total (ruissellement pur plus écoulement hypodermique).

3.1. Coefficient de tarissement


 = (lnqo – lnq) / (t-t0)
avec :
qo : le débit de tarissement au temps t0
q : le débit de tarissement au temps t

3.2. Capacité d’emmagasinement

Une application immédiate de la loi de tarissement est la détermination du volume utile d’eau
emmagasinée dans la nappe à un instant donné. En effet, si la loi de tarissement f(t) du bassin
versant est connue, il est alors possible d’évaluer sa capacité d’emmagasinement par son
int égration sur l’intervalle du temps [t, ∞]. Le volume d’eau disponible à un instant t est
alors donné par l’équation suivante :
V = ∫q.dt

Où V est le volume disponible contenu dans le réservoir du bassin.


Dans le cas particulier d’une loi décroissante exponentielle, et en prenant t = 0, on obtient :

V = ∫t∞q.dt = ∫t∞qo.exp(-αt).dt = qo[-(1/α) exp(-αt).]0∞ = q0/ α

Le calcul d’eau de volume disponible permet d’évaluer la possibilité de soutien de l’étiage


(plus petit débit observé dans un cours d’eau) en période sèche d’une région donnée.

Exemple 1 :
calculer le coefficient de tarissement sachant que la partie linéaire de la crue passe par les deux points
suivants :
Q = 0.61 m3/s à t = 12 h 10 min
Q = 0.12 m3/s à t = 21 h 32 min
Donner ensuite une évaluation du stock d’eau disponible dans les réserves souterraines.

Solution
Le coefficient d’emmagasinement α
α = (lnq0 –lnq)/(t-t0)
Le débit initial qo est de 0.61 m3/s (610l/s) à t0 = 12 h 10 min
à t = 21 h 32 min, c’àd à t = 9 h 22 min (562 min)depuis l’origine du temps t0, le débit est de
0.12 m3/s (120l/s)
Le coefficient de tarissement est alors
α = (ln 610 – ln120)/562 min = 0.0029/min = 48.10-6/s
La capacité d’emmagasinement est alors :
V= 610/48. 10-6 = 12708333 l = 12708 m3

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4. Quelques définitions

Arrivé à ce stade, nous pouvons comparer à nouveau la pluie et le débit, mais en ne


prenant en compte que le ruissellement dû à la pluie (écoulement direct).
Sur le graphique ci-contre, on peut évaluer Vr le volume d’eau ruisselé durant la crue :

Vr = ∫t1Qr(t). dt

En divisant ce volume Vr par la surface du bassin A, on obtient une lame d’eau que
l’on appellera « pluie nette » Pn. C’est la lame d’eau qui a réellement ruisselée (Lr).

Lr = Vr /A

Le coefficient de ruissellement Kr est défini comme le rapport entre la pluie ruisselée


(pluie nette Pn ou lame ruisselée Lr) et la pluie totale de l’averse Pt. Ce coefficient est exprimé
en pourcentage.

Kr = 100x Lr/Pt

Connaissant pluie nette , on peut définir une « capacité apparente moyenne »


d’absorption (notée c.a.m.). En effet, si la capacité d’absorption était constante, seule la
portion de la pluie ayant une intensité supérieure à cette absorption aurait donné du
ruissellement.

La c.a.m. est donc l’intensité (en général en mm/h) telle que l’intégrale des intensités
supérieures à c.a.m. soit égale à la pluie nette. Sur le graphique (fig. ), cette intégrale est
indiquée en gris foncé.

On définit ensuite la « pluie efficace » Pe, pluie tombée avec une intensité supérieure à c.a.m.

c.a.m. = (Pe – Pn)/tn

avec Pn la pluie nette [mm] et tn la durée de la pluie nette.

En fait, on sait que la capacité d’infiltration du sol n’est pas constante mais qu’elle diminue
lorsque la quantité de pluie précédemment tombée augmente. On peut donc tracer une courbe
de la capacité d’infiltration probable (c.i.p.) telle qu’elle limite une intégrale égale à la pluie
nette. On appellera alors « pluie utile » la portion de la pluie tombée avec une intensité
supérieure à c.i.p. Cette pluie utile, figurée en gris et hachurée, est la portion de la pluie qui a
raisonnablement pu donner lieu à du ruissellement (parfois, dans un souci de simplification,
on admet que c.i.p. est constant et inférieur à c.a.m., ce seuil critique c.i.p. est alors fonction
uniquement de la nature du bassin versant).

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Pluie efficace tn =durée de la pluie nette


Temps (en heures)
tn

c.i.p.

C.a.m

Pluie nette Pn

tr Débit de pointe
tm

Courbe de concentration

Courbe de décrue
Ecoulement
Fig.8.4. Courbe « Evênement Averse-crue »
dirct

Courbe de tarissement

Ecoulement
retardé

Ecoulement de base

t1 t0 tc

tb

Du point de vue de l’hydrogramme, on appellera « courbe de concentration » la partie


ascendante de l’hydrogramme. La durée t m = t0 - t1 est appelée temps de montée. De même, la
« courbe de décrue » est la portion descendante de l’hydrogramme.
La durée totale de la crue tb = t2 - t1 est appelée temps de base.
Arrivée à ce stade, on peut mieux cerner le problème des relations averses-crues :
- un premier point est de définir la « pluie nette » (ce qui ruisselle) à partir de la pluie
utile ou de la pluie totale. Une approche de ce passage est possible par les fonctions de
production ;
- connaissant la pluie nette, un second problème est de la répartir dans le temps pour
avoir l’hydrogramme. Ce passage se fait par des fonctions de transfert.

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5 - Fonctions de production

Le passage de la pluie totale (ou de la pluie utile ou de la pluie efficace) à la pluie nette
est certainement l’étape décisive. C’est pourtant là que réside le plus d’incetitudes et que les
erreurs les plus grossières peuvent être commises.
Le problème se pose de la façon suivante : à un instant t et durant un intervalle de
temps dt, la quantité de pluie tombé est I (t) dt = d P (t) ; durant ce même intervalle, la
quantité J (t) dt s’est infiltrée. On appellera coefficient de ruissellement k r (t), le rapport
entre la pluie ruisselée et la pluie totale :
I (t )  J (t ) J (t )
kr (t )   1
I (t ) I (t )

Ce coefficient de ruissellement ne doit pas être confondu avec ce que l’on appelle coefficient
d’écoulement k e, rapport de la totalité de la pluie tombée à la totalité de l’eau ruisselée :

 ( I (t )  J (t )).dt
0
Ke  

 I (t ).dt
0
Manifestement, le coefficient de ruissellement variera avec le temps avec l’intensité de la
pluie, avec la nature du sol et son état d’humectation initial.

5.1. Hypothèses simplificatrices sur les coefficients de ruissellement


Les premières tentatives de passage des pluies au débits ont consisté à faire des
hypothèses simples sur le coefficient k r (t).
Dans un premier temps, on peut considérer que k r (t) est en fait une constante, ne
dépendant que de la nature du sol. Cette hypothèse se vérifie en première approximation pour
les zones urbanisées. En fait, dans ces zones, les coefficients d’infiltration J (t) sont très
faibles et par conséquent, k r (t) varie peu autour de 1. Utiliser un coefficient de ruissellement
constant ne peut donc se justifier qu’en zone quasi-imperméable et donc généralement en zone
urbaine.
Le tableau ci-dessous donne les ordres de grandeur de kr = Cte dans les conditions
d’une crue décennale en fonction de la nature du sol et du taux de boisement (à utiliser avec
une extrême méfiance !).

Tableau 1. Coefficient de ruissellement en fonction de la nature de sol et le pourcentage de


surface boisée.
Nature du Pourcentage de surface boisée
sol 0 % 20 % 50 %
- 1.0 0.8 0.7 0.5
Imperméable 0.8 0.6 0.5 0.3
-Plutôt
imperméable 0.6 0.4 0.3 0.1
-plutôt
perméable 0.3 0.2 0.1 0.05
-perméable

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5.2. Indice Ф

L’indice Ф représente l’intensité moyenne de l’infiltration au dessus de laquelle tout excédant


de précipitation se retrouve sous forme de ruissellement de surface à l’exutoire. pour une
averse donnée, survenant dans les conditions initiales déterminées, on admet que le taux de
recharge du bassin reste constant durant toute la durée de l’averse.
Cet indice d’infiltration intègre de manière très simplifiée les divers processus d’interception,
de rétention de surface et d’infiltration examinées.
Cet indice Ф est équivalent à la capacité apparente moyenne d’absorption Cam. La valeur de
Ф est déterminée pour un intervalle de temps Δt, en calculant le nombre d’intervalles m de la
pluie qui contribue actuellement au ruissellement direct et soustrayant Ф. Δt de la pluie
observée.

Lr = Σ (Pm - Ф. Δt)

Exemple 2
Sur un bassin versant de 375 km², la lame ruisselée correspondante est de 3.58 mm. La
hauteur totale de la pluie est de 11.90 mm. La distribution de cette pluie est comme suit :

Heure 9h-10h 10h-11h 11h-12h 12h-13h 13h-14h 14h-15h Total


Pluie 1.02 1.50 3.68 1.60 2.60 1.5 11.90
(mm)
Calculer l’Indice Ф ?

Solution
Pour l’intervalle m=1, La valeur de la pluie qui contribue au ruissellement correspond à la
plus grande valeur qui est 3.68 mm .
Pour m=1 qui correspond à Δt = 1 heure
lr = 3.58 mm = P1 - Ф. Δt = 3.68 – Ф puisque Δt = 1 heure.
D’où :
Ф = 3.68 – 3.58 =0.1mm/h qui est nettement inférieure à la deuxième valeur 2.60 mm qui est
par conséquent contribue au ruissellement.
Pour m=2, P2 == 6.28 mm
3.58 = (3.68 +2.60 - 2 Ф) d’où
Ф = (6.28-3.58)/2 = 1.35 mm/h < 1.60mm/h à rejeter
Pour m=3
3.58 = (3.68 + 2.60 + 1.60) - 3 Ф d’où Ф = 1.43 mm/h <1.5 à rejeter
Pour m = 5
3.58 = (3.68 + 2.60 + 1.60 + 1.5+1.5) - 5 Ф
d’où Ф = 1.46 mm/h >1.02mm/h est acceptable

5.3 : Simulations par modèles à réservoirs

L’idée est de simuler ce qui se passe dans la nature par des successions de remplissage
et de vidange de différents réservoirs.
Le nombre de réservoirs, leurs lois de vidange et leurs interactions permettent des
combinaisons aussi variées que complexes. Citons par exemple la fonction de production
introduite dans certains modèles ORSTOM /

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Ce modèle à réservoir comporte une entrée : la pluie d’intensité I. Cinq sorties sont possibles :

I E - l’évaporation E qui n’existe que si h > 0


Ruissellement
pur R - L’écoulement hypodermique Rh = h

- le débit de base Qb = hn
Ho - le ruissellement retardé : Rr = B (h - Ho) si h > H
Ruissellement h
retardé
Ho Stockage dans le sol
Ecoulement
hypodermique
- le ruissellement pur R = P - E - Rr - Rh - J

hn
Ecoulement
de base Stockage dans la nappe

Le transfert d’eau du sol vers la nappe se fait uniquement si h > Ho avec un transfert
constant d’intensité J.
Dans ce cas, les paramètres du modèle sont Ho, J, et B ; le problème est alors
d’évaluer ces quatre paramètres en fonction de la nature du bassin.
Cet exemple montre clairement les avantages et les inconvénients des modèles à
réservoirs :
- Ils permettent de rendre compte de phénomènes physiques avec toute la complexité que l’on
désire (modèle plus ou moins déterministe),
- ils nécessitent un calage d’autant plus compliqué que leur complexité est grande.

5.4. Fonction de production de S.C.S. («soil conservation Service of U.S.A.)

Cette fonction de production est basée sur quelques hypothèses simplificatrices


facilement acceptables :
Soit J la capacité d’infiltration ; on admet qu’elle tend vers 0 lorsque le temps
augmente et que S = J (t). dt (compatible avec la loi de Horton : Jt = Jc + (Jo – Jc) e-i ;
si Jc = 0 .

J0
S   J 0 .e t .dt 
0

On admet que le ruissellement ne peut apparaître qu’après qu’il soit tombée une
certaine quantité So de pluie interceptée par les végétaux ou servant à remplir les dépressions
de la surface du sol. On appellera par la suite pluie utile, la quantité Pu (t) = P (t) - S0 (P (t) est
la quantité totale de pluie tombée entre les intervalles de temps 0 et t).
Enfin, l’hypothèse principale est que le rapport du ruissellement R (t) à la pluie utile
Pu (t) est égal au rapport de ce qui s’est déjà infiltré  J(t).dt à ce qui peut s’infiltrer au
maximum S.

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La mise en équation de ces trois hypothèses est:

hypothèse 2 :
t
Pu (t )  R(t )   J (t ).dt
0

hypothèse 3 :
t

 J ( t ). dt
0 R (t )

S Pu ( t )

en éliminant l’intégrale :

P 2u (t )
R(t )  si Pu (t )  0
S  Pu (t )
Par ailleurs, Pu (t) = P (t) - So donc :

( P(t )  S 0 )²
R (t )  ( si P (t )  S 0 si non R (t )  0)
P (t )  S0  S

Deux caractéristiques sont donc nécessaires : la capacité S totale d’infiltration (ou stockage à
saturation) et l’interception So. Les études menées initialement aux U.S.A. puis sur d’autres
continents montrent que So est assez étroitement lié à S par la relation : So = 0.2 S ce qui
donne pour fonction de production du S.C.S. :

( P(t )  0.2S )²
R (t )  siP (t )  0.2 S ; si non R(t )  0
P (t )  0.8S

avec P (t) : hauteur de pluie tombée entre les instants 0 et t


R (t) : hauteur de pluie ruisselée entre les instants 0 et t (pluie nette)
S : capacité maximale d’infiltration (ou stockage à saturation):
Cette formule semble être assez bien représentative de ce qui se passe dans la nature.

t J0
 J .e
0
0 .dt 

S

Un seul paramètre S sert au calage du modèle.


S est donc fonction de la nature du sol (« géologie »), de son couvert végétal, et de son
état d’humectation initial.
En fait, il peut être intéressant d’utiliser cette fonction de production dans des
conditions autres que celles notées III. Deux autres cas sont cités par les auteurs de la méthode
:
- conditions I : optimales pour l’infiltration (sol initialement sec),

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- conditions II : conditions de calcul de la crue annuelle.


Ces trois conditions diffèrent par l’état d’humectation du sol donc des pluies
antérieures. Une classification est proposée :
Tableau 2. Différentes conditions d’humidité antécédentes
Hauteur H de pluie Base annuelle Base saisonnière
(en mm) sur les 5
jours antérieures
Période de végétation Période hivernale
Conditions I H < 12.5 H <35 H < 12.5
Conditions II 12.5 < H < 37.5 35 < H < 53 12.5 < H 27.5
Conditions III H > 37.5 H > 53 H > 27.5

Les relations entre les valeurs de S dans ces trois conditions sont :

SI = 2.5 SII et SIII = 0.11 SII1.2

5.4.1. Classification des sols

Tableau 8.3. Description des groupe des sols (d’après Sautier, 1982)
Groupe Description
A Potentiel de ruissellement le plus bas. Comprend les sables
profonds avec très peu de limons et d’argile, aussi les graviers
profonds et perméables.
B Potentiel de ruissellement modérément bas. La plupart des sols
sablonneux moins profonds que A, l’infiltration est supérieure à la
moyenne après mouillage complet.
C Potentiel de ruissellement modérément haut. Sols peu profonds et
sols comprenant une quantité d’argile, l’infiltration est inférieure à
la moyenne après saturation.
D Potentiel de ruissellement le plus haut. Comprend des argiles qui
ont un grand pourcentage de gonflement, inclus aussi les sols peu
profonds avec une surface imperméable sous-jacente.

5.4.2. Définition du Numéro de Courbe (« Curve Number ») CN

Tableau 8.4. Estimation de numéro de courbe et de stockage maximum du sol


Système métrique Système anglais
S en mm S en Inch
CN = 25400/(254 + S). CN= 1000/(10 + S’) ou
Ou S = (25400/CN) - 254 S = (1000/CN)-10
CN est donc une échelle de 0 à 100 pour classifier le pourcentage de pluie nette d’où CN =
100 pour S = 0 (sol complètement imperméable) et CN = 0 pour S→∞

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5.4.2.1. Valeurs typiques de CN pour la condition d’humidité II.

Zones imperméables Zones perméables


% de surface CN Emploi du sol Classification hydrique du sol
imperméable A B C D
100 98
90 97.5 CN
80 97
70 96.5 Sol dénudé 77 86 91 94
60 96
55 95 Jardins 72 81 88 91
50 94
45 93 Belles pelouses (gazon 39 61 74 80
40 92.5 recouvre plus de 75% de
35 91 surface)
<35 91
Pelouses moyennes 49 69 79 84
(gazon recouvre plus de
50% à 75% de surface)

Pelouses pauvres 68 79 86 89
(gazon recouvre moins
de 50% de surface)

Bois 36 60 73 79

Source : Miller & Viessman, 1972.

Exemple 3.
Supposons qu’on a construit dans un bassin des surfaces commerciales. L’imperméabilité de
sa surface est estimée à 55%. La pluviométrie enregistrée est de 150 mm.
Calculer le stockage maximum du sol, le ruissellement maximum et la perte initiale du sol ?

Solutions :
Le CN = 95 pour condition II
Le stockage maximum S = (25400/95) – 254 =13.4 mm
Le ruissellement est alors R = 150 –13.4 = 136.6mm
La perte initiale est de Ia = 0.2 x 13.4 = 2.68 mm.

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6. Exercices
Exercice 1
On considère un bassin versant de superficie égale à 36.2 km². Une station
hydropluviométrique est installée à son exutoire. Un évènement a été enregistré le 30/01/1996
dont les hauteurs pluviométriques et les débits instantanés, correspondants à un pas de temps
de 30 min, sont exprimés respectivement en mm et en m3/s.
Temps Pluie (mm) Débits (m3/s)
0 4.0
30 3.8 6.0
60 6.6 8.0
90 33.8 23.4
120 55.9 65.8
150 52.8 161.0
180 5.1 270.0
210 2.3 312.2
240 233.2
270 122.4
300 63.4
330 51.0
360 35.0
390 20.0
420 11.0
450 10.0
480 8.6

1. Considérons que les pertes initiales sont négligeables et l’écoulement de base est constant,
calculer :
a. le coefficient de ruissellement Cr,
b. l’indice 
et déterminer l’hyétogramme de la pluie nette de cette averse en utilisant l’indice .
2. Compte tenu du temps de la pluie nette, déterminer le temps de réponse et le temps de
concentration du bassin.

Exercice 2.

On a observé à une station pluviométrique située dans un bassin versant , la répartition


pluviométrique qui suit :
Temps Intensité (mm/h)
0h à 1h00 2
1h à 2h00 4
2h à 3h30 15.5
3h30 à 5h00 4.5
5h00 à 6h00 2.0
6h00 à 7h00 2.0
Le coefficient du ruissellement du bassin versant est de 35%.
On demande de
1) tracer l’hyétogramme ;
2) calculer la hauteur totale de l’averse ;

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Cours d’Hydrologie Chapitre 6 Dr I.Ayadi

3) déterminer l’indice 
4) calculer la pluie nette et en déduire graphiquement la pluie efficace ;
5) calculer la valeur de la capacité d’absorption.
6) La perte initiale Ia est estimée à 1.3 mm. Calculer la perte par infiltration et en
déduire la valeur du « Curve Number » CN.

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