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Syndrome d’excitation
Encyclopédie Pratique de Médecine

C Zeitter

E xcitation, exaltation, euphorie morbide, expansivité, manie, autant de termes utilisés pour désigner des états
où prédomine l’hyperactivité d’un sujet qui perd le contrôle de lui-même, et dont le prototype en pathologie
psychiatrique est l’accès maniaque. Le diagnostic est parfois difficile et l’interrogatoire de la famille souvent primordial,
en raison du manque de lucidité du patient vis-à-vis de ses troubles. L’instauration précoce d’un traitement est le
meilleur garant d’une récupération rapide et de bonne qualité.
© Elsevier, Paris.


Changement de comportement ‚ Nécessité d’effectuer un diagnostic
Définition d’une excitation le plus précocement possible
pathologique Pour un patient bien connu, il se caractérise
volontiers par une désinhibition, une familiarité Il est donc parfois difficile de repérer ce type de
excessive, un sentiment de bien-être complet, des trouble, mais il est essentiel de s’en donner les
L’euphorie n’est pas retrouvée dans tous les états projets multiples et parfois grandioses. moyens (l’appel à la famille est indispensable), pour
d’excitation, même lorsqu’il s’agit d’états maniaques
Modifications des conduites deux raisons essentielles : les risques majeurs liés à
(on décrit des manies « dysphoriques »), et ne
cet état pathologique et la nécessité de la précocité
constitue donc pas le symptôme permettant de En particulier un début d’alcoolisation chez un
d’un traitement.
définir ces états. patient non connu pour une telle appétence.
L’excitation se décrit en fait selon ses deux Entourage (+++) Risques majeurs directement liés à cet état
composantes principales : pathologique
La famille sollicite souvent le médecin alors que le
– l’excitation psychique ou intellectuelle ;
patient n’exprime aucune demande, ce qui est ■ Sociaux : rupture, désinsertion, comportements
– l’excitation motrice ou comportementale.
caractéristique des états d’excitation où la délictuels liés à la désinhibition (passages à l’acte
Il faut différencier les états d’excitation des états hétéragressifs, désinhibition sexuelle).
reconnaissance du caractère morbide des troubles
d’agitation qui sont abordés au chapitre des
par le patient lui-même est très mauvaise. (À ■ Professionnels : perte d’emploi en raison des
urgences psychiatriques. L’excitation peut donner
l’inverse, le médecin doit faire appel à la famille troubles du comportement, difficultés à retrouver
lieu à une agitation, parfois sévère, comme dans le
lorsqu’il repère les symptômes d’alerte évoqués une activité professionnelle (temps de récupération
cas des « manies furieuses », mais il existe de
ci-dessus.) L’avis de la famille est essentiel, car de après l’accès, période d’inactivité mal justifiée aux
nombreuses autres causes aux états d’agitation.
nombreux patients maniaques sont tout à fait yeux d’un employeur).
capables de se contenir et de donner le change dans ■ Affectifs : perturbation des relations conjugales


certaines situations : pouvant entraîner une rupture.
Circonstances où l’on doit
évoquer un état d’excitation – consultation avec le médecin : le cadre de la
Nécessité impérieuse d’instaurer précocement
consultation, la présence du médecin qui questionne
un traitement
et oriente le patient lui permettent de contrôler
‚ Symptômes d’alerte C’est le meilleur garant d’une récupération rapide
l’excitation ;
Insomnie – domaine professionnel : jusqu’à un certain et de bonne qualité.
Elle peut être le motif de consultation et la seule degré, l’hyperactivité peut être efficace et appréciée
plainte exprimée.


par l’entourage professionnel ;
Troubles de la concentration – domaine social : la désinhibition, la facilité de Diagnostic de syndrome
contacts, l’euphorie « entraînante » peuvent être
d’excitation
Des difficultés à fixer son attention peuvent être
en rapport avec une tachypsychie, une fuite des appréciées et non repérées comme pathologiques.
idées, une dispersion idéique. En revanche, l’entourage proche va repérer des ‚ Excitation intellectuelle
signes, et en particulier une rupture par rapport au Elle se caractérise par une accélération de la
Perte de poids
comportement habituel du sujet. Le sujet est alors pensée. Le sujet ressent, dans les formes débutantes
Elle est liée à l’hyperactivité et à une négligence décrit comme épuisant, tyrannique, voulant imposer ou d’intensité modérée, une facilitation intellectuelle,
alimentaire.
à sa famille un rythme qu’elle a de plus en plus de une augmentation de ses capacités, de ses
« Nervosité » mal à suivre. performances. Les pensées s’enchaînent plus
L’hyperactivité ainsi constatée par les proches,
© Elsevier, Paris

Patient « impatient » qui ne tient pas en place, rapidement, avec une grande vivacité. Si, dans
parle beaucoup, avec une gestuelle importante, associée à une insomnie dont le patient ne se plaint certains cas, cette excitation peut être mise à profit
coupe la parole à son interlocuteur, a du mal à pas forcément, ne ressentant pas le besoin de se par le sujet, dans la majorité des cas, existent un
rassembler ses idées, et pour qui le médecin ne voit reposer, sont alors des éléments fondamentaux du emballement et une perte de contrôle, dont il n’a
pas « où il veut en venir ». diagnostic de l’état d’excitation. souvent pas conscience.

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La tachypsychie se traduit alors par une logorrhée Le rire alterne parfois subitement avec des crises premier lieu une origine organique aux troubles
intarissable qui ne laisse aucune place à l’écoute de de larmes qui ne sont alors pas l’expression d’un d’aspect psychiatrique, et faire pratiquer des
l’autre. Le sujet ne se laisse pas interrompre, coupe la moment dépressif, mais plutôt celle d’un examens complémentaires à visée étiologique.
parole à son interlocuteur. Le discours, accéléré, est bouillonnement émotionnel. Certaines circonstances doivent inciter à la plus
également perturbé dans sa qualité : les idées sont Euphorie et désinhibition peuvent se conjuguer grande vigilance. Elles sont résumées ci-dessous.
oubliées sitôt pensées, de telle sorte que le discours pour amener une prodigalité excessive et entraîner
semble perdre de sa logique, émaillé de digressions, des achats inconsidérés, avec des conséquences
de coq-à-l’âne, les idées n’étant plus développées financières parfois importantes. Éléments évocateurs d’une origine
jusqu’à leur terme (perte du but). Au maximum, le L’euphorie est cependant parfois absente et
organique :
discours peut paraître incohérent, désorganisé. remplacée dans environ 15 % des cas par une ✔ sujet âgé (déshydratation) ;
Les capacités de concentration et d’attention sont humeur qualifiée de dysphorique, à tonalité triste, ✔ sujet de plus de 40 ans avec
altérées, le sujet est distractible et réagit au moindre teintée d’irritabilité. absence de tout antécédent
stimulus externe. Ainsi, malgré les sentiments de psychiatrique ;
puissance et de performance, le rendement et la ✔ sujet ayant des antécédents
production du sujet sont réduits. Les multiples projets
ne sont pas réalisés, l’excitation intellectuelle est
stérile.

Conduite à tenir devant
un syndrome d’excitation
psychiatriques mais présentant une
symptomatologie inhabituelle ;
✔ maladies somatiques connues
pouvant entraîner des désordres
Comme pour tout tableau associant troubles du ioniques ou métaboliques ;
‚ Excitation motrice
comportement et troubles du discours, et évoquant ✔ présence de signes de confusion :
Hyperactif, le sujet ne tient pas en place, se lance une maladie psychiatrique, l’examen somatique du – désorientation temporospatiale,
avec frénésie dans de multiples activités, qu’il patient est indispensable. À l’exception des cas – troubles de la vigilance,
s’agisse de tâches habituelles ou de projets d’agitation importante, nécessitant contention et
– perplexité anxieuse.
nouveaux, dans des champs variés : travail, sédation rapides, cet examen est le plus souvent
distractions, sports, rencontres. Il ne supporte aucun possible, accepté par le patient, et permet de nouer
temps mort, doit sans cesse être en mouvement. un premier contact, de contenir et de rassurer, de La famille peut enfin être amenée à participer à la
L’aspect pathologique réside essentiellement dans parler avec le patient, et ainsi d’obtenir certains prise en charge, lorsqu’il s’agit d’hospitaliser contre
cette incapacité à ne pas agir. Là encore, cette renseignements anamnestiques pouvant orienter le sa volonté un patient qui refuse des soins qui
débauche d’énergie ne donne pas lieu à la diagnostic. s’imposent en milieu hospitalier psychiatrique
réalisation correcte des projets entrepris, le sujet est (hospitalisation à la demande d’un tiers).
dispersé et son hyperactivité brouillonne.
Éléments à rechercher au cours de


En situation d’entretien, le sujet est incapable de
rester assis, se lève sans cesse, déambule. l’examen :
Causes des états d’excitation
L’excitation psychomotrice s’accompagne de ✔ antécédents médicaux ;
troubles des fonctions instinctuelles, et en particulier ✔ histoire personnelle d’accès
d’une réduction du temps de sommeil, pouvant aller antérieurs similaires ; ‚ Causes psychiatriques
jusqu’à l’insomnie totale, mais dont le sujet ne se ✔ antécédents d’épisodes de
dépression ; Accès maniaque
plaint pas forcément, profitant de ce temps
supplémentaire de veille pour ses activités. ✔ antécédents familiaux de Accès inaugural ou dans le cours évolutif d’une
Une hyperphagie peut s’observer, de même dépression ou d’accès maniaques ; maladie maniacodépressive, il associe dans sa forme
qu’une consommation excessive d’alcool, mais le ✔ existence d’un suivi psychiatrique ; typique l’excitation psychomotrice, l’euphorie, les
sujet perd parfois du poids, conséquence de ✔ nature d’un éventuel traitement troubles du sommeil, un sentiment de puissance, des
l’hyperactivité et d’une négligence de la prise psychotrope ; idées de grandeur. Le début est souvent brutal,
alimentaire par « manque de temps ». ✔ prises médicamenteuses ou précédé parfois de quelques nuits d’insomnie qui
changements récents de traitement ; sont davantage à considérer comme un symptôme
Le comportement sexuel peut se modifier, dans le
✔ prises de toxiques. « avant-coureur » que comme la cause de l’accès,
sens là aussi d’une plus grande activité
bien que les privations de sommeil puissent
(hypergénésie), avec parfois des conduites à
déclencher des accès maniaques.
caractère médicolégal (exhibitionnisme, agressions
La présence de la famille, qu’il convient donc Il existe des formes où l’agitation prédomine,
sexuelles).
impérativement de solliciter, permet souvent parfois incontrôlable (manies furieuses), des formes
Une asthénie survient après quelque temps, les
d’apporter des renseignements précieux que le délirantes (idées religieuses ou mystiques de mission,
ressources s’épuisant peu à peu.
patient lui-même aura du mal à livrer en raison de idées de grandeur, de possession, de dons, de
troubles du cours de la pensée, d’une réticence ou pouvoirs, idées de filiation grandiose, parfois de
‚ Euphorie
d’une hostilité, ou d’un manque de lucidité par persécution) à mécanismes souvent intuitifs et
Caractéristique des états maniaques, illustrant rapport à ses troubles (cf supra). parfois hallucinatoires, des formes atténuées
l’aspect « thymique » du trouble, son caractère Outre les éléments évoqués ci-dessus, on tentera qualifiées d’hypomanies, où l’entourage sera d’une
morbide se traduit par sa permanence et sa relative de préciser la nature des troubles présentés, le mode grande aide pour aider au repérage des troubles.
indépendance par rapport au contexte. Elle vient de début, les changements de comportement,
colorer toute expérience, tout le vécu du sujet, de l’existence de troubles du sommeil, d’éventuelles Schizophrénie
manière envahissante, comme le fait la tristesse modifications du caractère, et l’on recherchera Les patients schizophrènes peuvent présenter,
pathologique chez le déprimé. Le sujet éprouve un l’existence de facteurs de stress psychologique, dans l’évolution de la maladie, des accès dépressifs
sentiment intense de bien-être, de joie, tout lui paraît d’événements de vie, qu’ils soient de tonalité francs, mais aussi des accès d’excitation. Lorsque ces
possible, l’avenir est vu avec un optimisme sans agréable ou désagréable. accès thymiques se répètent de manière périodique,
bornes. Il rit, fait jeux de mots et calembours, se Au cours de l’examen, on recherchera tout on parle alors de schizophrénie dysthymique.
montre familier, désinhibé dans les relations sociales, particulièrement des signes de confusion. La L’accès maniaque chez le schizophrène se
abordant dans la rue des personnes inconnues. présence de tels signes doit faire suspecter en caractérise par certains signes d’ « atypicité » :

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l’euphorie est souvent absente, le contact est plus


hostile, moins ludique, le discours est plus Tableau I. – Manies secondaires à des prises Tableau II. – Manies secondaires à des prises
de toxiques. médicamenteuses.
stéréotypé, les digressions plus incongrues, l’affect
plus inadapté, discordant. Cependant, ces signes cocaïne et crack antibiotiques, antifongiques : isoniazide (Rimi-
n’ont pas de valeur de spécificité, et le diagnostic de font), imidazolés
amphétamines
schizophrénie sera posé sur la présence des critères
corticostéroïdes
de cette affection (dissociation, délire) au décours de cannabis
la période de perturbation thymique. hormones thyroïdiennes
caféine
antiulcéreux : cimétidine (Tagamett), ranitidine
Bouffée délirante aiguë solvants : éther, acétone, trichloréthylène (Azantact, Raniplext)
Tableau délirant aigu, à début brutal, chez un hallucinogènes : LSD, phencyclidine, psilocybine bêtastimulants
sujet jeune, à thèmes et mécanismes délirants
polymorphes et surtout hallucinatoires, elle yohimbine
s’accompagne souvent d’éléments d’excitation Tumeurs frontales substances dopaminergiques : L-dopa, amantadine,
psychomotrice et d’altération de l’humeur. Il n’existe Elles associent, à des degrés divers, une euphorie, bromocriptine (Parlodelt)
actuellement pas de critères validés permettant de une désinhibition, une hyperactivité et une anticholinergiques : trihexyphénydile (Artanet)
prévoir l’évolution d’une bouffée délirante. Les logorrhée (méningiome olfactif).
statistiques montrent qu’environ 30 % des bouffées antidépresseurs
Syphilis tertiaire
délirantes représentent l’accès inaugural d’une benzodiazépines
Le début est souvent aigu, prenant parfois l’aspect
entrée dans la maladie maniacodépressive.
d’un accès maniaque associant excitation, euphorie,
Psychose puerpérale prodigalité, désinhibition. La phase terminale se déclenchant ou précipitant. Le traitement
caractérise plutôt par une euphorie béate et symptomatique devra être poursuivi plus longtemps
Survenant dans le post-partum, autour de 6 à 8
tranquille. (traitement curatif classique d’un accès maniaque sur
semaines après l’accouchement, chez des femmes
entre 20 et 30 ans, elle consiste en des états délirants Méningoencéphalites plusieurs mois), et se posera la question d’un
aigus à mécanismes multiples, dans un climat traitement préventif des rechutes.
Les atteintes infectieuses du système nerveux
confusionnel et anxieux, avec perturbations central peuvent associer aux signes confusionnels Ces considérations s’appliquent également aux
thymiques. L’évolution se rapproche de celle des généralement présents des troubles de l’humeur. médicaments (tableau II).
bouffées délirantes aiguës et peut se faire vers une L’infection par le virus de l’immunodéficience
‚ Cas des antidépresseurs
maladie maniacodépressive, dont elle constituerait humaine (VIH) est pourvoyeuse d’états dépressifs,
et des benzodiazépines
l’accès inaugural. d’états psychotiques et d’accès maniaques tout au
long de l’évolution de la maladie. Antidépresseurs
Syndrome de Kleine-Levine
Sclérose en plaques Le traitement par antidépresseurs d’un état
Ce syndrome, survenant chez l’adolescent, se
États dépressifs et états d’excitation sont assez dépressif peut, en quelque sorte, « dépasser » son but
caractérise par des accès de plusieurs jours qui
fréquents dans l’évolution de cette maladie. et amener, au-delà d’un redressement de l’humeur,
associent hypersomnie, hyperphagie et
un état maniaque ou hypomaniaque. Cela s’observe
désinhibition instinctuelle avec hypersexualité,
‚ Causes toxiques surtout avec les antidépresseurs tricycliques et les
accompagnées de troubles du comportement à type
inhibiteurs de la monoamine-oxydase (IMAO), mais
d’excitation et de manifestations thymiques Alcool se rencontre également avec les antidépresseurs
expansives. Ces accès se répètent et sont
Dans le cadre de l’alcoolisme chronique, les plus récents, sérotoninergiques.
entrecoupés d’intervalles libres de bonne qualité,
troubles de l’humeur sont fréquents, et plutôt d’un L’intégration au groupe des troubles bipolaires
avec une évolution généralement favorable sur
registre dépressif. Par ailleurs, dans le cadre des des patients ayant présenté un virage hypoma-
plusieurs années. Des rapports ont été évoqués avec
troubles thymiques, on rencontre souvent une niaque lors d’un traitement antidépresseur, en
la maladie maniacodépressive, et un traitement
alcoolisation contemporaine des périodes l’absence de tout antécédent d’accès maniaque, est
préventif par lithium proposé par certains auteurs.
dépressives, l’alcool étant alors utilisé à visée discutée par les auteurs (on les qualifie de bipolaires
‚ Causes médicales dynamisante ou euphorisante, ou des périodes de type III). Cependant, une hypomanie
d’excitation maniaque où il participe de la pharmacologiquement induite est un critère fort de
Causes endocriniennes désinhibition et de la libération instinctuelle. prédiction d’évolution vers la bipolarité.
Les plus fréquemment impliquées sont : L’ivresse simple s’accompagne d’un sentiment
– hyperthyroïdie : maladie de Basedow ; Benzodiazépines
d’euphorie, de désinhibition et de logorrhée.
– hyperparathyroïdie ; Enfin, parmi les ivresses pathologiques, on décrit Outre les effets paradoxaux bien connus des
– hypercorticisme. les formes excitomotrices où l’agitation prédomine. benzodiazépines (agitation anxieuse), certains
produits ont été décrits comme ayant provoqué des
Causes neurologiques Autres toxiques et médicaments états d’excitation avec expansivité (alprazolam :
¶ Les plus fréquemment en cause Xanaxt, diazépam : Valiumt, chlorazépate :
Les autres toxiques et médicaments susceptibles
Tranxènet).
Démences frontales d’entraîner des états d’excitation maniaque figurent
Dans la maladie de Pick, les signes évocateurs de dans le tableau I.


détérioration intellectuelle (fonctions mnésiques, L’état d’excitation apparu après la prise de ces
syndrome aphaso-apraxo-agnosique) sont tardifs, et toxiques doit régresser après l’arrêt de ceux-ci. La
Prise en charge
des états d’excitation
précédés de troubles du comportement persistance des troubles au-delà de l’arrêt (en
(gloutonnerie, répétition inlassable d’activités prenant en compte la période d’élimination des
stéréotypées, désinhibition sociale et instinctuelle produits) doit faire suspecter un accès maniaque La prise en charge est rarement possible en milieu
pouvant amener des actes médicolégaux à caractère inaugural d’une maladie maniacodépressive. La ambulatoire. En effet, et surtout lorsqu’il s’agit d’un
sexuel) et de troubles de l’humeur, dépression ou prise de toxiques n’est alors plus considérée comme premier accès, le patient est rarement compliant. On
« moria », euphorie niaise et béate. un facteur causal, mais comme un facteur prend alors le risque d’une majoration des troubles,

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avec les conséquences déjà évoquées sur les plans


sociaux, professionnels et affectifs, et d’un retard Tableau III. – Produits neuroleptiques utilisés dans les états d’excitation
d’accès à un traitement efficace, facteur péjoratif Droleptant À réserver aux formes avec agitation sévère, et à ne pas associer à d’autres produits
pour le délai avant rémission et pour la qualité de la (Dropéridol) hypotenseurs, en particulier en cas d’absorption d’alcool
récupération. Ampoules buvables ou IM de 50 mg : 1 à 2 ampoules/j
Toutefois, lorsque le diagnostic de trouble de Loxapact Risque limité d’hypotension, action rapide sur l’anxiété et l’agitation sans effet majeur
l’humeur est clairement posé, et notamment lorsqu’il (Loxapine) sur la vigilance
s’agit de patients déjà connus et suivis, certains états En injection IM : 2 à 6 ampoules de 50 mg
hypomaniaques, voire maniaques, sont susceptibles Per os : cp à 25 et 50 mg, dose initiale de 300 mg jusqu’à 600 mg/j
d’être traités en consultation quand il ne sont pas à Largactilt Chef de file des neuroleptiques, phénothiazine, neuroleptique polyvalent, sédatif et
l’origine de troubles du comportement trop (Chlorpromazine) incisif (antidélirant)
importants, et pour peu que certains critères soient En injection IM : 2 ampoules à 25 mg 3 fois par jour
Per os : cp à 25 et 100 mg, solution 4 % à 1 mg/goutte, dose initiale de 100 à
réunis. En particulier, le patient doit avoir
500 mg/j
suffisamment de lucidité par rapport à ses troubles
pour accepter un traitement correctement suivi, et il Nozinant Neuroleptique sédatif puissant phénothiazinique
(Lévomépromazine) En injection IM : 2 ampoules à 25 mg 3 fois par jour
doit avoir des consultations rapprochées.
Per os : cp à 25 et 100 mg, solution 4 % à 1 mg/goutte, dose initiale de 100 à
L’entourage doit être évalué, notamment sa capacité 300 mg/j
à tolérer les troubles et à accompagner le patient
dans une démarche de soins, et informé des signes Terciant Neuroleptique sédatif phénothiazinique, avec risque moindre d’hypotension que le
(Cyamépromazine) Nozinant
pouvant rendre l’hospitalisation nécessaire et des En injection IM : 1 ampoule à 50 mg 3 fois par jour
recours en cas de majoration des difficultés. Per os : cp à 25 et 100 mg, solution 4 % à 1 mg/goutte, dose initiale de 100 à
En dehors de ces situations favorables, 300 mg/j
l’hospitalisation est la règle. Elle va permettre non Clopixol ASPt Neuroleptique sédatif et incisif sous forme d’action semi-prolongée, avec effet rapide
seulement de préciser le diagnostic, en particulier (Zuclopentixol) et durée d’action de 48-72 heures
étiologique, et de pratiquer les examens Injection IM : ampoules de 50 et 100 mg, une injection de 50 à 200 mg, à renouveler
complémentaires nécessaires, mais surtout de 48 ou 72 heures après, avant passage à la forme orale ou retard
proposer un cadre thérapeutique contenant au
patient qui perd le contrôle de lui-même, et
d’entreprendre un traitement dans de bonnes
conditions.
Lorsque le patient refuse une hospitalisation qui ‚ Traitement symptomatique (temps d’élimination d’un toxique, réduction d’un
s’impose, il faudra avoir recours à l’hospitalisation hypercorticisme, d’une hyperthyroïdie).
Il repose essentiellement sur les produits
sous contrainte, à la demande d’un tiers, ou d’office neuroleptiques à visée sédative (tableau III). Les La monothérapie neuroleptique est à privilégier,
s’il présente des signes de dangerosité (arrêté benzodiazépines sont parfois efficaces à fortes doses en choisissant un neuroleptique polyvalent
préfectoral). dans le traitement d’états maniaques. Les (Largactilt ou Loxapact), en une prise vespérale
L’hospitalisation à la demande d’un tiers requiert thymorégulateurs (sels de lithium : Téralithet, passé les premiers jours. Dans les formes délirantes
la production de deux certificats médicaux carbamazépine : Tégrétolt) ont un effet curatif sur et agitées, on peut proposer l’association d’un
accompagnés d’une demande manuscrite d’un l’état maniaque, mais différé, ce qui impose souvent neuroleptique incisif (Haldolt : 10 à 30 mg/j) avec un
membre de la famille ou de l’entourage. une prescription initiale de neuroleptiques. neuroleptique sédatif (Terciant).
L’hospitalisation d’office est décidée sur la base Les moyens non médicamenteux consistent en Dans le cadre d’un accès maniaque, le traitement
d’un arrêté préfectoral, établi au vu d’un certificat des mesures d’isolement, voire de contention neuroleptique doit souvent être conservé plusieurs mois,
médical et de la constatation de troubles de l’ordre lorsque l’agitation est importante. Elles ont pour avec une diminution progressive. La posologie est fixée
public ou d’une dangerosité pour autrui. effet, au-delà de l’aspect sécuritaire pour le personnel individuellement et correspond à celle qui maintient le
Le traitement est à la fois étiologique et soignant et pour le patient lui-même, de limiter les sujet asymptomatique, sans qu’il soit gêné par les effets
symptomatique. sources extérieures de stimulation, et de donner un secondaires des neuroleptiques (ralentissement, rigidité
cadre extérieur contenant qui aide le patient à se extrapyramidale). L’introduction rapide, dès le début de
‚ Traitement étiologique rassembler, à mieux contrôler son excitation l’accès, du lithium ou d’autres thymorégulateurs permet
Dans le cadre des excitations secondaires, il intérieure. un meilleur contrôle de l’excitation maniaque, avec des
consiste en la suppression du produit en cause ou en Le traitement symptomatique sera poursuivi dans doses moindres de neuroleptiques, et une diminution de
traitement de l’affection médicale à l’origine de le cadre des excitations secondaires tant que le ceux-ci plus rapide, la tolérance du traitement
l’excitation. processus pathogénique sous-jacent sera actif médicamenteux par le sujet est donc améliorée.

Cédric Zeitter : Assistant,


service de psychiatrie du Pr JF Chevalier, hôpital Richaud, 1, rue Richaud, 78000 Versailles, France.

Toute référence à cet article doit porter la mention : C Zeitter. Syndrome d’excitation.
Encycl Méd Chir (Elsevier, Paris), Encyclopédie Pratique de Médecine, 7-0090, 1998, 4 p

Références

[1] Ginestet D, Peron-Magnan P. Chimiothérapie psychiatrique. Abrégé Masson. [2] Tawil S, Mirabel V, Hausser-Hauw C, Alby JM. États expansifs. Encycl Med
Paris : Masson, 1984 Chir (Elsevier, Paris), Psychiatrie, 37-143-A-10, 1991 : 1-7

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