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Procédés de démolition

des ouvrages

par Pierre CORMON


Ingénieur de l’École Spéciale des Travaux Publics
Directeur Technique du Centre d'Assistance Technique et de Documentation
du Bâtiment et des Travaux Publics (CATED)

1. Procédés utilisant des appareils mécaniques.................................. C 2 190 - 2


1.1 Procédés existants....................................................................................... — 2
1.2 Procédés au stade des recherches ou en cours de développement ....... — 7
2. Procédés existants utilisant les explosifs et les détentes de gaz — 8
2.1 Explosifs ....................................................................................................... — 8
2.2 Procédé Cardox............................................................................................ — 11
2.3 Procédé Rock-Breaker ................................................................................. — 12
3. Procédés thermiques .............................................................................. — 12
3.1 Procédés existants....................................................................................... — 12
3.2 Procédés au stade des recherches ou en cours de développement ....... — 14
4. Procédés chimiques : éclateurs ........................................................... — 16
4.1 Principe de fonctionnement........................................................................ — 16
4.2 Caractéristiques techniques du procédé ................................................... — 16
4.3 Mise en œuvre ............................................................................................. — 17
4.4 Remarques ................................................................................................... — 18
4.5 Utilisations ................................................................................................... — 18
5. Comment choisir ?................................................................................... — 18
5.1 Chantier ........................................................................................................ — 18
5.2 Opération de démolition ............................................................................. — 19
Pour en savoir plus........................................................................................... Doc. C 2 190

et article traite de l’usage des différents procédés de démolition existants


C (mécaniques, explosifs, thermiques et chimiques) et de leur choix.
5 - 1985
C 2 190

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© Techniques de l’Ingénieur, traité Construction C 2 190 − 1
PROCÉDÉS DE DÉMOLITION DES OUVRAGES ________________________________________________________________________________________________

■ Dans le second cas, on essaie d’enfouir l’ouvrage dans le sol. On


1. Procédés utilisant a employé fréquemment cette méthode pour éliminer des
des appareils mécaniques blockhaus sur le mur de l’Atlantique. Certains de ces blockhaus
étant fondés sur du sable de dune ou un sol assez meuble, on
affouillait le terrain sous les fondations, puis on étayait. Après avoir
1.1 Procédés existants dégagé la totalité de la sousface de l’ouvrage et étayé, il ne restait
plus qu’à mettre le feu. Certaines entreprises, pour limiter les diffi-
cultés et les dangers posés par l’étaiement, affouillaient le sol en
1.1.1 Démolition par traction : câbles
injectant de l’eau sous les fondations et en pompant la boue ou le
mélange sable-eau ainsi créé.
Ce procédé consiste à faire passer un câble autour de la partie
d’ouvrage à démolir, puis à tirer sur ce câble à l’aide d’un engin
pour aboutir à l’écroulement.
1.1.3 Démolition par poussée :
Cette technique est du même genre que celle utilisée par les engins mécaniques à godets
bûcherons pour faire chuter un arbre. Dans leur cas, on pratique
une entaille à la base du tronc, dans le nôtre, on réalise une
saignée à la partie basse de l’ouvrage, c’est-à-dire le plus souvent Ce procédé consiste à utiliser le godet d’un engin généralement
dans des murs. monté en rétro comme moyen pour démanteler des parties
d’ouvrage dont les résistances à la traction sont faibles.
Cette méthode est dangereuse, si l’on ne prend pas bien soin
d’étayer toutes les parties qui se trouvent déstabilisées afin Le point d’application du godet est choisi de façon qu’il
d’assurer la sécurité des ouvriers d’une façon permanente. En corresponde au centre de gravité de l’élément à démolir (vieux mur
effet, des écroulements inopinés sont toujours possibles à la suite par exemple), ce qui limite les hauteurs des parties pouvant être
d’un incident quelconque (coup de vent par exemple). détruites. Il faut, en effet, que la sécurité du conducteur de l’engin
(pelle mécanique le plus souvent) soit toujours parfaitement
La démolition à l’aide de câbles convient surtout aux ouvrages assurée. Il est donc nécessaire que le conducteur ne puisse pas être
en maçonnerie. Elle a cependant fait l’objet de quelques applica- atteint par la chute des matériaux. On se méfiera, notamment, de
tions dans le cas de vieux ouvrages en béton armé dans lesquels l’écroulement dit en portefeuille.
on avait réalisé des entailles dans les éléments verticaux porteurs.
Cette technique n’est pas utilisable en béton armé et l’est
Les câbles seront choisis de section suffisante pour ne pas rarement dans le cas de béton non armé. Elle est surtout conseillée
risquer leur rupture. En effet, une rupture de câble peut être très pour des ouvrages en maçonnerie.
dangereuse par l’effet de fouet qu’elle génère. De plus, on conseille
de doubler le câble de façon que les ouvriers n’aient pas à
retourner vers l’ouvrage en cas de rupture, les risques d’écroule- 1.1.4 Démolition par chocs répétés
ment étant très grands. Enfin, il est recommandé de placer une
pièce de bois entre le câble et l’ouvrage à démolir pour limiter 1.1.4.1 Boulet
l’effet de cisaillement.
Ce procédé consiste à utiliser une grosse boule métallique
Dans tous les cas, le chef de chantier doit rester totalement
suspendue à un câble que l’on fait agir soit par mouvement
maître de sa démolition. Il doit donc procéder par tranche et
pendulaire, soit par chute verticale brutale comme un pilon.
respecter un ordre des opérations qui doit être identique à celui
observé pour une démolition manuelle. Le plancher bas d’un étage Le choc important de la boule ou du boulet sur l’ouvrage à
ne doit être démoli que lorsque les murs l’environnant le sont. En démolir provoque un ébranlement et souvent la destruction
aucun cas, il ne devra faire chuter les parties inférieures d’une complète. Pour des parois en maçonnerie ou en béton non ou peu
construction dans le but de faire tomber les parties supérieures. La armé, l’effet est souvent immédiat et il n’est pas nécessaire de faire
démolition, dans ce cas, devient très difficilement contrôlable et le plusieurs impacts au même endroit. C’est la raison pour laquelle ce
danger augmente aussi bien pour le personnel que pour les procédé reste très utilisé de nos jours, vu sa grande efficacité et
constructions avoisinantes (effet de souffle important, nombreuses son faible prix de revient.
vibrations transmises par le sol, etc.). On devra donc plutôt démolir Les boulets sont généralement en acier et ont une masse de 500
mur par mur ou étage par étage, en ayant soin d’étayer le plancher à 2 000 kg. Ces boulets sont fixés à un câble de grue sur chenilles
destiné à recevoir, en partie, des déblais. par l’intermédiaire d’un vieux pneu pour amortir les effets
dynamiques sur ce câble (figure 1). La masse du boulet sera, de
toute façon, toujours inférieure à la moitié de la charge de sécurité.
1.1.2 Démolition par sapement ou havage
1.1.4.2 Marteaux-piqueurs et perforateurs
Le sapement consiste à renverser un ouvrage, le havage à le
faire disparaître dans le sol. Les marteaux-piqueurs et les marteaux-perforateurs sont des
appareils pneumatiques, hydrauliques, électriques et plus rare-
■ Dans le premier cas, on attaque l’ouvrage à sa base et, au fur et à ment à moteur thermique qui agissent par percussion ou par per-
mesure de l’avancement des travaux, on remplace les parties cussion et rotation pour briser ou forer des roches ou du béton.
porteuses par des cales de bois et divers étaiements. Quand une
partie suffisante des éléments porteurs a été supprimée et rempla- 1.1.4.2.1 Principe de fonctionnement
cée par des pièces de bois, on tire à l’aide d’un câble sur ces pièces
ou on les brûle après avoir bien pris soin d’éloigner le personnel de ■ Marteaux-piqueurs : ils permettent d’envisager la démolition
toute la zone dangereuse (chute présumée ou chute possible). Cette d’ouvrages en béton par chocs puissants et répétés en un même
technique est souvent utilisée pour les ouvrages de grande hauteur endroit (1 200 à 2 200 coups/min).
comme les cheminées. Les ouvrages en maçonnerie et, à un degré Dans un premier temps, il y a apparition de fissures, puis
moindre, en béton armé se trouvent disloqués à leur impact au sol, progressivement la partie traitée, fissurée de part en part, est
ce qui facilite l’évacuation des déblais. Il faut souligner que ce entièrement démantelée. Si l’outil est un pic, la brisure est
procédé reste, malgré les précautions prises, assez dangereux. pluridirectionnelle, s’il s’agit d’un burin, la découpe peut être
unidirectionnelle.

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Figure 1 – Boulet

Leur masse m est la suivante :


— marteaux-piqueurs légers m < 8 kg ;
— marteaux-piqueurs moyens 8 kg < m < 18 kg ;
— brise-béton 18 kg < m < 40 kg environ ;
— brise-roche m > 100 kg.
Le principe de fonctionnement de tous les marteaux-piqueurs
repose sur l’utilisation d’une énergie qui est transmise à l’outil par
l’intermédiaire d’un piston (figure 2).
L’énergie la plus couramment employée est l’air comprimé, géné-
ralement fourni par un compresseur, sous une pression comprise
entre 4 et 7 bar (6 bar semblent être un maximum pour limiter les
réactions de l’outil sur l’ouvrier). La consommation d’air varie
de 300 à 350 L/min pour des marteaux de 4 kg environ, à 2 000 et
même 3 500 L/min pour des marteaux de 40 kg.
Les outils sont fixés sur les marteaux-piqueurs par des disposi-
tifs à déblocage rapide (décaleurs ) ou par des chapeaux vissés.
Ces derniers dispositifs sont moins pratiques que ceux actionnés Figure 2 – Marteau-piqueur à air comprimé comportant un piston
au pied. et une masselotte pour la frappe (d'après Doc. Ingersoll Rand)
Les formes des outils sont nombreuses et variées (figure 3). Ils
dépendent, bien sûr, des emplois auxquels on les destine : démo-
lition totale, réalisation d’une saignée, etc. Les emmanchements
sont classiques et répondent aux normes NF E 66-405 et ISO/1180.
Les brise-roche (figure 4) sont des marteaux-piqueurs très lourds
(entre 250 et 1 000 kg). Ce sont des engins puissants
(jusqu’à 2 500 N · m) souvent montés aux extrémités de bras de
pelles hydrauliques à la place des godets ou sur des chargeuses.
■ Marteaux-perforateurs : ils permettent de percer des trous dans
le béton par rotation et percussion simultanées de l’outil. Ces outils
comportent des taillants rapportés en acier dur ou, plus souvent, en
carbure de tungstène. Les diamètres des trous peuvent
atteindre 100 mm et, plus rarement, 150 mm.
Les principales caractéristiques techniques de ces
marteaux-perforateurs sont les suivantes :
— masse : 6 à 40 kg ;
— puissance de frappe : 1 400 à 3 500 coups/min ;
— vitesse de rotation : 220 à 280 tr/min ;
et pour les appareils pneumatiques :
— consommation en air : 800 à 5 800 L/min ;
Figure 3 – Principales formes d'outils
— pression : 5,5 à 6 bar.
utilisés sur les marteaux-piqueurs (d'après Doc. Pionjar)
On rencontre, pour les marteaux-perforateurs, les mêmes types
d’alimentation en énergie que pour les marteaux-piqueurs.
La profondeur des trous peut atteindre 6 m. mittente ou continue, soit injecter de l’eau sous pression
Les particules de béton produites au fond du trou doivent être (4 à 5 L/min sous une pression de 2 à 3 bar) par un percement axial
évacuées pour éviter tout blocage de l’outil. Pour réaliser cette de l’outil.
évacuation, on peut soit insuffler de l’air comprimé de façon inter-

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démolir, de la position en cours de fonctionnement, etc. Ainsi, pour


des ouvrages de faible épaisseur en béton (mur banché, dalle de
plancher par exemple), on conseille d’utiliser des
marteaux-piqueurs moyens (8 à 18 kg).
On conseille parfois la règle suivante : si le temps d’utilisation du
marteau-piqueur à chaque action est de l’ordre de 0 à 10 s, il faut
choisir un appareil de masse moyenne ou légère, si le temps est
de l’ordre de 20 à 30 s, il faudra prendre un appareil plus lourd.
■ Marteaux-perforateurs : ces appareils permettant le percement
de trous, on pourra les employer dans les travaux de démolition
comme première étape avant de placer dans ces trous des explosifs
(§ 2.1), des éclateurs hydrauliques (§ 1.1.5), des tubes Cardox (§ 2.2)
ou simplement des élingues pour l’évacuation de gros blocs de
béton.

1.1.4.2.3 Recommandations diverses


Dans le cas de travaux d’importance réduite ou situés dans des
zones difficiles d’accès, il est conseillé d’utiliser des appareils auto-
nomes à moteur thermique.
La durée de vie des outils dépend de la dureté et de l’abrasivité
du matériau percé. L’opérateur doit vérifier régulièrement l’aptitude
de son outil à piquer, couper ou percer, donc son degré d’usure, s’il
veut garder de bons rendements, ne pas endommager parfois
gravement son matériel et ne pas rendre son travail plus pénible.
La plupart des appareils sont équipés de dispositifs de graissage.
Il est vivement conseillé de suivre de très près les recommanda-
tions des fabricants sur ce point.
Certains fabricants proposent des récupérateurs de poussière
(consommation d’air 700 à 1 000 L/min). De tels accessoires
peuvent être d’un grand intérêt pour des travaux dans des locaux
occupés et dans toutes les zones où la poussière sera proscrite.

1.1.4.2.4 Marteaux-piqueurs ou perforateurs et bruit


L’ordonnance du 8 décembre 1970 du préfet de police de Paris
relative à l’interdiction des marteaux-piqueurs bruyants à proxi-
mité des lieux d’habitation et de travail stipule notamment :
« Indépendamment des dispositions de l’article 5 de l’ordonnance
du 5 juin 1959 prohibant certains bruits entre 22 h et 7 h, l’emploi
de marteaux-piqueurs bruyants est interdit dans la ville de Paris et
dans les départements des Hauts-de-Seine, de la Seine-Saint-Denis
et du Val-de-Marne, entre 7 h et 22 h, à moins de 50 m des lieux
d’habitation et de travail » (art. 1),
et
« Est considéré comme bruyant pour l’application de l’article 1er
de la présente ordonnance le marteau-piqueur qui produit un bruit
supérieur à 90 dBA mesuré à 1 m » (art. 2).
L’arrêté du 4 novembre 1975 relatif à la limitation du niveau
sonore des bruits aériens émis par les brise-béton ou les
marteaux-piqueurs (JO du 11 décembre 1975) stipule notamment :
« Le niveau de puissance acoustique des bruits aériens émis par
les brise-béton ou les marteaux-piqueurs, construits, importés,
loués ou mis en vente à partir du 1er janvier 1976 mesuré dans les
conditions prévues au deuxième alinéa de l’article 4 ci-après,
n’excédera pas les valeurs limites suivantes : (0)

Masse m du brise-béton Niveau de puissance


Figure 4 – Principe de fonctionnement d'un brise-roche hydraulique ou du marteau-piqueur acoustique
(d'après Doc. Montabert) (kg) (dBA)
m < 20 112
1.1.4.2.2 Mise en œuvre 20  m  35 115
m > 35 118
■ Marteaux-piqueurs : pour obtenir de bons résultats, c’est-à-dire
obtenir une efficacité et un rendement maximaux, il faut utiliser un
appareil adapté au type de travail demandé. On tiendra compte
notamment de la dureté du matériau, de l’épaisseur des éléments à

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« Ces niveaux s’entendent toutes tolérances comprises. Ces


dispositions sont applicables aux brise-béton ou marteaux-piqueurs
utilisés en quelque lieu que ce soit. Les brise-béton ou
marteaux-piqueurs construits, importés ou mis en vente
antérieurement au 1 er janvier 1976 devront répondre aux
dispositions précitées à dater du 1er janvier 1980 » (art. 2).
« Les brise-béton et les marteaux-piqueurs construits, importés,
loués ou mis en vente après le 1er janvier 1976 seront homologués,
quant à leur intensité sonore, par le ministre chargé de
l’environnement. Cette homologation est subordonnée aux
mesures d’intensité sonore, effectuées suivant la méthode définie
par la norme AFNOR S 31-030 pour la détermination du niveau
sonore des bruits aériens émis par le fonctionnement des
brise-béton et des marteaux-piqueurs par l’un des laboratoires
agréés à cet effet par le ministre chargé de l’environnement... »
(art. 4), Figure 5 – Principe de fonctionnement d'un éclateur hydraulique

et
« Les brise-béton et les marteaux-piqueurs devront être conçus Selon les marques et les modèles, la force d’éclatement des
de telle sorte que leurs dispositifs d’insonorisation ne puissent être appareils s’échelonne de 70 à 350 t.
ôtés par l’utilisateur » (art. 6).
L’arrêté du 7 novembre 1977 et ses annexes fixent les conditions 1.1.5.2.2 Mise en œuvre
d’environnement pour l’exécution de mesures de niveau sonore
des bruits aériens émis par les engins de chantier. La mise en œuvre de ces appareils peut être effectuée par une
main-d’œuvre non spécialisée, sans nécessiter de formation
Sur le plan pratique, la plupart des fabricants de marteaux particulière. Les éclateurs sont employés par des entreprises de
pneumatiques ont soit modifié, soit équipé leurs appareils de façon démolition et par des entreprises qui font du découpage de béton
à répondre à la nouvelle réglementation. au diamant ou à la lance à oxygène et qui souhaitent débiter en plus
Dans la plupart des cas, ils ont agi sur l’échappement d’air. L’air petits morceaux de grands blocs de béton découpés. C’est une
est détendu dans des chambres à chicanes ; celles-ci présentent les méthode rapide et relativement peu coûteuse.
inconvénients d’être souvent très volumineuses et d’entraîner Lorsque l’on se trouve en présence de béton légèrement armé,
l’apparition de givre. En effet, les gaz détendus sont chargés en on peut (dans la mesure où la puissance des appareils le permet),
humidité et sont froids. Ce givre, lorsqu’il devient important, risque après rupture, élargir la fissure sur plusieurs centimètres, puis
de colmater l’échappement et d’entraîner l’arrêt de l’appareil. couper les aciers au chalumeau.
Certains fabricants ont modifié la forme de leur piston (piston à
queue par exemple) de façon que la frappe directe sur l’outil
entraîne l’échauffement du piston qui lui-même permet de 1.1.5.2.3 Utilisations
réchauffer le haut du cylindre et réduit les risques de givrage. Les Démolition d’ouvrages en maçonnerie, en béton non ou peu armé
échappements peuvent, d’autre part, se trouver améliorés sur ou de massifs rocheux. Achèvement de la démolition de gros blocs
certains appareils par la modification de leurs formes et de leurs de béton découpés à l’aide d’autres procédés afin de les fragmenter
tailles. D’autres fabrications, enfin, comportent des équipements en petits morceaux pour faciliter leur évacuation.
complémentaires permettant d’amortir les bruits (housses par
exemple).
Les marteaux-piqueurs ou perforateurs hydrauliques ou 1.1.6 Démolition par découpage
électriques font généralement peu de bruit et répondent à la
réglementation sans équipements complémentaires. 1.1.6.1 Outils diamantés
Le diamant est le matériau le plus dur que l’on connaisse. C’est
la raison pour laquelle on a pensé à l’utiliser pour réaliser de nom-
1.1.5 Démolition par éclatement breux outils de taille.

1.1.5.1 Vérins plats 1.1.6.1.1 Principe de fonctionnement


Ils sont rarement utilisés. Les outils diamantés de forage ou de sciage du béton ou de la
maçonnerie sont tous constitués de grains ou de particules de
1.1.5.2 Éclateurs diamant retenus dans une matrice métallique. Les diamants
peuvent être des pierres assez grosses, allant jusqu’au cinquième
Les éclateurs hydrauliques (figure 5) sont des appareils qui de carat (1 carat = 0,2 g), ou de la poudre de diamant. Dans tous les
utilisent le principe du coin bien connu des ouvriers travaillant la cas, leur fonction reste la même : agir par abrasion.
pierre.
Pendant le travail, des débris du matériau usiné et quelques éclats
Aujourd’hui, pour démolir des maçonneries ou des ouvrages en de diamant se mélangent avec le liquide de refroidissement pour
béton (non ou très peu armé), on utilise le même principe, mais former une boue abrasive qui attaque, à son tour, le liant. Si celui-ci
c’est de l’huile sous pression qui agit sur un ou plusieurs pistons, est trop tendre, il s’use beaucoup plus vite que le diamant ; les
ce qui est beaucoup plus rapide et plus puissant. particules se déchaussent, puis sont arrachées. Si, par contre, le
liant est trop dur et ne s’use pas assez rapidement, les diamants
1.1.5.2.1 Principe de fonctionnement s’usent au ras de la surface métallique, ce qui freine l’action de
Compte tenu d’un plan de découpage établi par le projeteur en coupe de l’outil et le rend inefficace. Aussi, pour qu’un outil
fonction des impératifs du chantier (puissance des engins de levage, diamanté puisse travailler avec un haut rendement et le maximum
possibilité de placer les éclateurs, délais, etc.), on détermine les d’économie, la dureté du liant, ainsi que la qualité et la grosseur des
surfaces de coupe. Compte tenu des contraintes de rupture du particules doivent-elles être correctement déterminées.
matériau à démolir et de la puissance de chaque éclateur, on peut Finalement, on peut utiliser des outils comportant, dans leur
déterminer le nombre d’appareils nécessaires. partie active, soit des diamants sertis, soit des concrétions
diamantées.

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Les outils à diamants sertis sont destinés aux matériaux


homogènes et tendres, relativement faciles à travailler.
Les outils à concrétions sont destinés aux matériaux très
hétérogènes et durs (béton, béton armé, granit, etc.). La concrétion
diamantée se présente sous forme de petits segments que l’on
brase à la périphérie du disque métallique ou de la couronne.

1.1.6.1.2 Mise en œuvre


Deux types de matériels sont utilisés sur les chantiers : les scies
et les couronnes.
■ Scies : pour déterminer le degré d’efficacité du sciage de pièces
en béton, il est important de connaître la nature des granulats,
notamment la teneur en quartz. À titre d’exemple, certains
fabricants de matériel indiquent que les vitesses d’avance des
opérations de sciage peuvent varier de 0,3 à 12 m/min pour une
profondeur de passe de 25 mm. De plus, la proportion de gros
grains par rapport à l’ensemble des constituants du béton entre
aussi en compte. Les rendements se situent pour la plupart entre
200 et 700 cm 2 /min selon la dureté du matériau scié. Toujours
d’après l’expérience des fabricants, il semblerait que les vitesses de
coupe conseillées (figure 6) soient les suivantes pour obtenir une
usure des disques le plus faible possible :
— béton non armé : 40  V  55 m/s ;
— béton armé : 35  V  45 m/s.
Figure 6 – Vitesses périphériques des disques
La plupart des scies existant actuellement sur le marché français en fonction de leurs diamètres et de la vitesse de rotation
utilisent des disques. On admet généralement que la profondeur de la machine
de coupe maximale peut atteindre les 2/5 environ du diamètre du
disque (exemple : pour un disque de 50 cm, la profondeur maxi-
male est de 20 cm).
Les machines employées actuellement sur les chantiers sont dif-
férentes selon le type de travaux à exécuter.
Il existe des machines pour sciages au sol (joints de chaussées
ou de dallages industriels par exemple) munies d’un seul disque.
Certaines machines peuvent comporter plusieurs disques montés
en lignes, mais réglés à des hauteurs différentes pour réaliser des
sciages de plus grande profondeur en une seule passe (sciage de
chaussées par exemple pour la réalisation de joints de dilatation).
Il est possible également de monter sur des machines spéciales de
nombreux disques parallèles sur un même arbre pour effectuer le
rabotage ou le rainurage de chaussées. Toutes les machines sont
mobiles et montées sur roues. Pour des travaux de découpage ou
de démolition partielle dans le domaine du bâtiment, à réaliser en
sciage mural ou en sciage au sol, on utilise des scies montées sur
des bâtis qui viennent se fixer sur l’ouvrage à découper.
Il existe des scies à lames, scies alternatives hydrauliques dites
sauteuses d’origine suisse (Zschokke) qui peuvent couper
jusqu’à 120 cm d’épaisseur (masse 150 kg, course de la lame 8 cm,
fixation par ventouses, rendement 1 à 3 m 2/ lame, V = 1 à 4 m/s Figure 7 – Percement d'une paroi par carotteuse hydraulique,
selon dureté du matériau) (figure 7). fixée par ventouse sur la paroi (d'après Doc. Zschokke)

■ Couronnes : suivant les fabrications, les diamètres vont de 12


à 800 mm, mais la plupart sont compris entre 20 et 400 mm.
1.1.6.1.3 Utilisations
On peut forer sur de grandes profondeurs (3 m et même
quelquefois 6 m). Il faut signaler tout d’abord qu’un personnel très qualifié est
nécessaire pour utiliser ce genre de machines.
La vitesse de rotation est généralement choisie de façon que la
vitesse périphérique de la couronne soit comprise entre 1,5 et 4 m/s Ces appareils sont utilisables aussi bien dans les travaux de
(1,5 pour les bétons siliceux très durs et fortement armés et 4 m/s construction que dans ceux de transformation et de démolition
pour les bétons calcaires) (figure 8). partielle.
Selon la dureté des bétons forés, l’usure des couronnes est plus ■ Travaux de construction. On peut renoncer, par exemple, à faire
ou moins rapide : des réservations souvent mal placées au moment du coulage du
— bétons très siliceux : 5 à 6 m ; béton (suppression des boîtes de réservation, des fourreaux pour le
— bétons calcaires : jusqu’à 20-25 m. passage des tuyauteries, des raccords de carrelage, etc.), mais, en
revanche, réaliser tous les trous in situ une fois le gros œuvre
La plupart des machines permettent de percer des trous selon
achevé.
toutes les positions : trous verticaux, horizontaux ou inclinés.
■ Transformation de locaux et démolition. On fait appel à cette
■ Remarques communes aux scies et aux couronnes
technique pour le découpage d’ouvertures, le passage de canalisa-
Ces outils coupent très bien les armatures en acier. Ce matériel tions, la création de joints, la réparation d’ouvrages, etc.
est donc utilisable en béton armé.

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Pour permettre un découpage efficace, il faut utiliser un sable sili-


ceux, si possible à base de quartz, car c’est un matériau très dur
donc très abrasif. La consommation est évaluée entre 80 et 100 kg/h.
La consommation d’eau est de 75 L/min (vitesse : 400 m/s).
La distance entre la buse et le béton doit être comprise entre 15
et 20 mm pour obtenir une largeur de coupe de 10 à 15 mm. La
vitesse du jet diminue rapidement à l’air libre.

1.1.6.2.3 Utilisations
Il est encore un peu tôt pour pouvoir dire avec certitude ce que
seront les applications de ces procédés.
Il est vraisemblable que l’on aboutira, dans un premier temps, à
la mise au point de machines fixes utilisables en usine pour le
découpage d’éléments en pierre (grès, calcaires, etc.), puis, les
techniques se perfectionnant, à la réalisation de matériels assez
légers et assez facilement manipulables sur chantiers pour des
travaux de découpage et de démolition d’ouvrages en béton non
ou peu armé.

1.1.7 Démolition par broyage


Ce nouveau procédé vient d’apparaître sur le marché, à
l’occasion d’EXPOMAT 85.
Il consiste à broyer des ouvrages en béton à l’aide de vérins
hydrauliques. Deux dispositifs existent :
— le wall-cracker, qui ressemble à une grande pince, est muni,
à sa partie inférieure, de six vérins (figure 9) ; il permet de démolir
des murs ayant jusqu’à 95 cm d’épaisseur ; on découpe ensuite au
chalumeau les armatures qui se trouvent dénudées ; ce procédé a
été utilisé pour démolir des immeubles, des parois dans des
centrales nucléaires, des murs de fondation, des parois de
coffre-fort, etc. ; il peut être mis en œuvre horizontalement ou
Figure 8 – Vitesses de rotation en fonction du diamètre verticalement ; son fonctionnement est télécommandé ; son
de la couronne et de la dureté du matériau à découper
pour des moteurs de moyenne et faible puissances
rendement est évalué à 2 à 5 m3/h ;
— le pile-cracker, qui présente une forme annulaire, comprend
huit vérins ; il permet de démolir des poteaux ou des pieux de
fondation (recépage jusqu’à 120 cm de diamètre) (figure 10) ; le
1.1.6.2 Jet d'eau sous très haute pression principe de fonctionnement de l’appareil est identique au précédent.
Ces procédés présentent l’avantage d’être silencieux et de
1.1.6.2.1 Principe de fonctionnement n’émettre ni poussière, ni vibration.
Il s’agit d’obtenir une découpe dans des pièces en béton par
action d’un puissant jet d’eau pure ou d’eau additionnée de sable
de quartz projeté à très haute pression.
1.2 Procédés au stade des recherches
La tête de découpe comporte une buse dont le rôle est de
réduire considérablement la dispersion du jet afin d’obtenir une
ou en cours de développement
pression maximale (diamètre de quelques dizaines de micromètres
à 1 mm).
1.2.1 Nibler
Sur certains matériels, il est parfois nécessaire d’ajouter à l’eau
certains additifs tels que des polymères à longue chaîne, par
C’est un très grand crochet en forme de J (figure 11) suspendu
exemple, pour maintenir la cohésion du jet.
à un câble de grue ou à une pelle mécanique, mis au point par le
D’après les fabricants, pour des bétons présentant des résistances British Research Establishment, qui sollicite le béton en traction en
à la compression très élevées, il est nécessaire de disposer de soumettant la pièce à détruire à un moment fléchissant important.
pressions comprises entre 600 et 1 000 bar (pour les procédés jet
d’eau + sable). Des pressions de 4 000 bar et plus ont pu être
obtenues (pour les procédés jet d’eau sans ajout) pour découper du 1.2.2 Procédé électrochimique
marbre très dur et même du grès.
Les vitesses d’avancement sont très variables en fonction de Ce procédé n’a pas eu de débouchés vu sa complexité et son
l’épaisseur à couper et de la nature du béton. coût.

1.1.6.2.2 Mise en œuvre


Nous ne parlerons ici que des procédés commercialisés en
1.2.3 Pilons
France, ceux que nous venons de voir (eau pure) sont encore au
Ce sont des masses de plusieurs tonnes que l’on laisse tomber
stade du développement et n’ont toujours pas fait l’objet
de quelques mètres (en général entre 1 et 3 m) sur l’ouvrage à
d’applications sur chantiers de découpage de béton, à notre
démolir. Il s’agit dans la plupart des cas de dalles de chaussées ou
connaissance.
de pistes d’aviation. Ces masses sont montées sur des engins
automoteurs.

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décomposition engendre un fort dégagement de chaleur et un


volume de gaz très important dans un temps extrêmement court,
ainsi que la formation d’une onde de choc. Il en résulte des effets
mécaniques violents sur le milieu environnant et un bruit
considérable. C’est ce que l’on appelle une explosion. L’expansion
énorme des gaz dans un espace très réduit a pour conséquence de
créer une pression sur le béton de plusieurs milliers de bars, la
température pouvant atteindre 3 000 oC. Ses différents effets sont
directement fonction de la vitesse de transformation des explosifs,
donc de leur nature.
Lorsque cette vitesse est assez lente, jusqu’à 2 000 m/s (la poudre
noire fait 300 m/s), l’explosion est assimilable à une combustion très
rapide. C’est ce que l’on appelle une déflagration.
Figure 9 – Wall-cracker (d'après Doc. Zschokke)
Lorsque cette vitesse est très grande (3 000 à 8 000 m/s), la durée
de l’explosion est très brève, il y a production d’une onde de choc.
Cette onde de choc va agir sur le matériau à démolir de façon plus
ou moins efficace suivant la vitesse de cette onde et la résistance
du matériau. C’est ce que l’on appelle une détonation. Ce sont les
explosifs détonants qui sont de loin les plus utilisés en
France (99 %).

2.1.2 Action des explosifs

Les explosifs à faible vitesse de transformation provoquent des


fissures peu nombreuses puisque l’onde de choc n’est pas très
importante.
Dans le cas d’explosifs à grande vitesse de transformation, l’onde
Figure 10 – Pile-cracker (d'après Doc. Zschokke) de choc crée de multiples fissures dans toutes les zones où la
contrainte atteinte dépasse la résistance à la traction du matériau
environnant.
■ Techniques de démolition
On distingue trois cas principaux, comme nous le verrons au
paragraphe 2.1.6.
■ Charges
Les charges peuvent être constituées de cartouches (explosif
préemballé) ou d’explosif en vrac (de moins en moins utilisé) soit
sous forme pulvérulente, soit sous forme de bouillies (utilisées
dans des forages profonds).
On utilise alors des explosifs qui permettent de réaliser des
charges qui sont :
— soit concentrées ;
— soit allongées ;
Figure 11 – Nibler — soit perforantes à effet dirigé.
■ Bourrage
L’opération de bourrage consiste à obturer le trou de mine ou à
2. Procédés existants recouvrir la charge si celle-ci est superficielle de façon à obtenir un
rendement maximal du travail de l’explosif. Les gaz ne peuvent
utilisant les explosifs s’échapper dans l’atmosphère sans avoir à se heurter à un obstacle
et les détentes de gaz à démolir. Un bon bourrage doit avoir une longueur égale ou supé-
rieure au tiers de la longueur du trou. Le matériau choisi pour le
bourrage sera fin de façon à éviter les projections d’éléments
lourds.
2.1 Explosifs
2.1.3 Classification des explosifs
Nota : on se reportera à l’article Utilisation des explosifs dans le génie civil [C 5 420]
dans le traité Construction. On les classe généralement selon leur mode d’action. Suivant
qu’ils génèrent une déflagration ou une détonation, on aura :
— des explosifs brisants : la transformation est quasi instantanée
2.1.1 Généralités. Définitions et l’énergie qu’ils libèrent est très importante ; c’est dans cette
catégorie que l’on trouve les explosifs nitrés et les explosifs
Les explosifs sont des produits, en général, solides qui ont la chloratés ou nitratés ;
propriété de libérer une très grande quantité d’énergie en se — des explosifs progressifs : la transformation est relativement
décomposant sous l’action de la chaleur ou d’un choc. Cette lente ; c’est le cas des poudres noires.

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2.1.3.1 Explosifs brisants 2.1.5 Dispositifs de mise à feu


2.1.3.1.1 Explosifs nitrés Ces dispositifs ont pour mission d’assurer l’explosion des
Les plus connus des utilisateurs civils sont les dynamites qui sont charges avec une grande sûreté et une totale sécurité.
des produits à base de nitroglycérine. Pour limiter la sensibilité aux La sûreté implique l’absence de ratés et d’explosions qui
chocs de la nitroglycérine, on la fait absorber par une matière qui n’interviennent pas au moment voulu.
peut être soit inerte, soit elle-même explosive. La sécurité implique que toutes les précautions aient été prises
Ces explosifs se présentent sous forme pulvérulente ou sous afin d’éviter les accidents aussi bien au cours de toutes les
forme de pâte en cartouches cylindriques à enveloppe de papier opérations qui précèdent l’explosion (stockage, manipulation des
sulfurisé ou paraffiné. Il existe de nombreuses catégories de explosifs et de leurs accessoires de mise en œuvre, etc.) qu’au
dynamites. Elles se différencient par la nature de leur matière moment de cette dernière (projection de matériaux, éboulements et
absorbante : effondrements, incendies partiels éventuels, etc.).
— dynamites no 1 et no 2 (matière absorbante inerte) ; Ces dispositifs peuvent être classés en deux catégories : les
— dynamites Gomme A, Gomme B, Gélatinée no 1 ; pyrotechniques et les électriques (figure 12).
— grisou dynamites ; Les différents maillons sont :
— tolamite, martinite, xytolite, stabilite, dynalite, nobelite, etc.,
qui contiennent en majorité du nitrate d’ammonium ou du nitrate — un appareil chargé de déclencher l’opération ;
de soude. — un élément chargé de transmettre l’ordre ;
— un dispositif d’amorçage fournissant la détonation (détonateur
ou cordeau détonant) ;
2.1.3.1.2 Explosifs nitratés dits type N — un élément chargé de transmettre la détonation ;
Ces explosifs utilisent comme constituant principal le nitrate — la ou les charges chargées de générer le travail demandé à
d’ammonium. Ils sont de puissance moyenne donc moins brisants l’explosif.
que les dynamites. Ils se présentent sous forme pulvérulente. Ils Les détonateurs se présentent sous la forme de petits tubes
sont aussi plus sensibles à l’humidité et sont de moindre densité. métalliques (∅ 6 mm,  = 50 mm) contenant une petite quantité
d’explosif sur environ la moitié de leur longueur. Cette quantité
2.1.3.1.3 Explosifs chloratés dits types O comporte trois parties : une poudre d’allumage, un explosif très
Ces explosifs ne sont plus commercialisés. sensible (fulminate de mercure, azoture de plomb, etc.) et un
explosif moins sensible mais plus puissant placé au fond du tube
(penthrite). Un petit opercule vient obturer cette partie du tube
2.1.3.1.4 Nitrates-fioul
(figure 13a ).
Ils sont constitués d’un mélange de nitrate d’ammonium granulé
Dans les cas où l’on utilise des détonateurs amorcés électrique-
(94 % en masse) et d’huiles minérales, en général du fioul
ment, on place dans la première partie du tube un inflammateur
domestique (6 % en masse).
électrique qui est une composition fusante traversée par une
Apparus en 1955 aux États-Unis, puis dans tous les autres pays, résistance (figure 13b ).
ces produits ont pris rapidement une grosse part du marché vu
leurs faibles coûts et leur grande sécurité d’emploi.
2.1.6 Mise en œuvre
2.1.3.1.5 Explosifs bouillies
Ce sont des explosifs en vrac qui contiennent une solution La mise en œuvre des explosifs dépend de la méthode de
aqueuse de divers nitrates minéraux avec plusieurs stabilisants. destruction que l’on va adopter.
Apparus vers les années soixante aux États-Unis, on les utilise ■ Démolition à l’aide d’explosifs placés dans des trous percés dans
maintenant plutôt sous forme de gels qui sont encartouchés. le matériau à démolir : cette méthode est de loin la plus utilisée du
fait de son efficacité et de son bon rendement. Cependant, elle est
2.1.3.2 Différents explosifs déflagrants assez longue à mettre en œuvre et ne s’applique qu’à des ouvrages
assez volumineux relativement peu armés.
Le plus connu est la poudre noire. C’est un mélange de salpêtre
ou de nitrate de potassium, de soufre et de charbon de bois. Les opérations à effectuer sont assez nombreuses et parfois
complexes du fait de la nécessité d’assurer une sécurité maximale
au personnel.
2.1.4 Principales caractéristiques des explosifs ■ Démolition à l’aide de charges appliquées contre la pièce à
démolir (tir à l’anglaise).
Elles sont les suivantes :
— la puissance, qui dépend de la vitesse de détonation et de la ■ Démolition à l’aide de charges d’ébranlement : on place, dans ce
quantité de gaz dégagée ; il existe un coefficient de puissance ou cas, l’explosif à l’intérieur de l’ouvrage à démolir. Il faut s’assurer
coefficient d’utilisation pratique qui donne la puissance relative des que l’explosif puisse agir sur l’ensemble de la structure. Pour cela,
différents explosifs par rapport à un explosif de référence qui est on obturera tous les orifices. Avec cette méthode, on peut être
la mélanite ou l’acide picrique, dont la valeur est fixée arbitraire- amené à n’utiliser que de très petites quantités d’explosifs.
ment à 1 ou à 100 ;
— la vitesse de détonation, qui est la vitesse de propagation de
l’onde explosive dans la masse de l’explosif en mètres par seconde ; 2.1.7 Utilisation des explosifs
— le coefficient de self-excitation, qui indique la sensibilité d’un
explosif ; La démolition par explosifs reste, en général, la méthode de
— la sensibilité aux chocs et aux frottements ; destruction la plus utilisée en dehors des agglomérations pour des
— la sensibilité aux différentes températures ; raisons économiques. Il faut, en effet, que les projections de débris,
— la résistance à l’humidité ; ainsi que les vibrations, n’aient aucune répercussion gênante pour
— les gaz toxiques et les fumées dégagés par les explosions. le voisinage.
Il y a plusieurs notions importantes à retenir pour bien maîtriser
toute opération de démolition d’un ouvrage en béton ou en béton
armé.

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Figure 12 – Tableau synoptique des accessoires de tir courants avec les explosifs brisants

■ Dans le cas de pièces d’épaisseurs réduites en béton armé ou très


armé (poutres, poteaux, etc.) dans lesquelles il est souvent difficile,
voire impossible, de percer des trous pour y placer des explosifs, car
l’on ne connaît pas l’emplacement précis des armatures, on est
amené à choisir automatiquement la technique des charges
appliquées. Cette technique nécessite, bien sûr, beaucoup plus
d’explosifs que celle des charges encastrées placées dans la pièce à
démolir, puisqu’une partie de l’énergie se dissipe dans l’atmosphère
faute de bourrage suffisant (s’il existe) (figure 14). On se contente
donc généralement de dénuder les armatures, afin de pouvoir les
couper au chalumeau ultérieurement.
■ Pour un même résultat final, la quantité d’explosifs dépendra de
l’emplacement de la charge et de l’importance du bourrage. Pour
certaines destructions, l’expérience a montré que les
consommations pouvaient varier de 1 à 5, voire de 1 à 10 suivant
que les charges avaient été bien placées au cœur de la pièce à
démolir et bourrées parfaitement ou placées superficiellement sans
aucun bourrage.
■ Pour des démolitions à réaliser dans des endroits proches de
Figure 13 – Détonateurs (d'après Doc. OPPBTP)
zones urbanisées, la personne chargée de l’étude peut être amenée
à choisir des techniques moins bruyantes, limitant au minimum les
■ Un explosif n’est pas un matériau, mais une quantité d’énergie. projections, les vibrations, etc. Les consommations d’explosifs ou
plutôt les prix de revient peuvent fortement varier, car on peut être
■ Le résultat que l’on désire obtenir est-il une destruction totale ou amené à morceler les charges, utiliser par exemple des retards ou
bien une destruction partielle (une brèche dans un mur par des microretards pour modifier les ondes de chocs, créer des effets
exemple) ? S’il s’agit d’une démolition totale, comme c’est le cas le équivalents à des implosions pour faire tomber l’ouvrage à la
plus souvent, on va rechercher la méthode la plus économique verticale de lui-même, etc. La propriété essentielle du tir à micro-
(minimum de main-d’œuvre et minimum d’explosifs) pour faire retards est que les ébranlements des charges, dont les mises à feu
chuter l’ouvrage en coupant certains points essentiels de la se succèdent, ne se superposent pas, bien que participant à
s t r u c t u r e e t e n e s s a y a n t d e b é n é fi c i e r a u m a x i m u m d e l’ensemble du tir.
l’autofragmentation créée au moment du contact avec le sol.
■ Enfin, compte tenu de la difficulté du problème due à
■ Lorsque l’on doit démolir des pièces en maçonnerie, béton non l’interférence de tous ces critères, on peut dire que rien ne remplace
ou peu armé ou béton très armé, il faut tenir compte des résistances l’expérience. Cette expérience est celle de quelques rares
à la traction des matériaux qui sont très différentes. Pour rompre spécialistes auxquels nous conseillons de s’adresser pour qu’ils
des sections équivalentes, il faudra donc utiliser plus ou moins réalisent vos plans de tir. On évite ainsi bien des déboires, tout en
d’énergie. Il en sera de même selon le degré de fragmentation des réalisant malgré tout des économies et l’on résout au mieux les
déblais que l’on désirera obtenir. problèmes très importants de sécurité.

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2.2 Procédé Cardox où le tube ne peut être enfoncé complètement, on le bloque avec
des butons. Tous les tubes sont raccordés au moyen de fils
électriques et tirés par volée avec un exploseur classique. Chaque
Le procédé Cardox est un mode d’abattage de roches, de maçon-
tube peut libérer une poussée de plus de 12 t.
nerie et de béton non armé au moyen de la détente brusque, au fond
d’un trou, d’anhydride carbonique fortement comprimé. Ce n’est Le rendement de l’opération est variable suivant la dureté du
pas un système explosif. De ce fait, il n’en possède pas les béton (le volume des matériaux disloqués varie de 0,5 à 3 m3, la
propriétés brisantes qui se traduisent par le morcellement à masse des blocs variant de 0,5 à 2 t).
l’extrême des déblais et leur tendance à se briser au cours des Ce procédé ne convient pas pour le béton armé.
manipulations ultérieures. De plus, il ne présente pas les dangers
d’explosion dus aux chocs.
2.2.3 Utilisations
2.2.1 Principe de fonctionnement — Dislocation de bancs rocheux en fond de fouille à proximité
d’ouvrages existants à ne pas ébranler.
Le procédé consiste à introduire, dans un trou préalablement foré
au moyen d’un marteau-perforateur, un tube spécial dont le rôle est
d’assurer la détente des gaz. On prendra soin de bloquer efficace-
ment le tube dans son trou pour éviter son éjection au moment de
la mise à feu.
Le tube Cardox est constitué principalement par une enveloppe
métallique composée de trois parties (figure 15) :
— la tête de décharge ;
— le corps de tube ;
— la tête de tir.
Les deux têtes sont raccordées par vissage aux extrémités du
corps du tube.
Avant de visser la tête de décharge, on place une membrane
d’acier (le disque de rupture) destinée à obturer le corps du tube à
l’une de ses extrémités. Cette membrane est de bien moindre
résistance que les parois du tube.
À l’autre extrémité du tube, côté tête de tir, est placée une
composition chauffante dont la combustion est provoquée par la
mise à feu d’une amorce électrique noyée dans cette composition
chauffante au moyen d’un courant électrique basse tension fourni
par un exploseur raccordé à la tête de tir par une ligne de tir.
En dehors de cette composition chauffante, le corps du tube est
rempli de gaz carbonique liquéfié.
La mise à feu déclenche la combustion de la composition
chauffante, ce qui a pour effet de porter le gaz carbonique à une
pression suffisante pour provoquer la rupture du disque. Cette
rupture permet au gaz à très haute pression (2 700 bar) de
s’échapper par les évents de la tête de décharge, de se répandre
dans le trou de mine et d’agir sur le massif à abattre (temps
d’action 20 à 40 ms).

2.2.2 Mise en œuvre


Il convient au préalable d’exécuter des trous de diamètre
approprié sur une profondeur variant de 0,80 à 2,40 m. Les tubes
sont ensuite placés au fond de chaque trou et l’on effectue un
Figure 14 – Quantité d'explosif en fonction de l'épaisseur
bourrage bien serré sur toute la profondeur disponible. Dans le cas
de l'ouvrage à démolir et de la disposition des charges

Figure 15 – Tube Cardox (d'après Doc. Max Renaud)

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— Dislocation de massifs en béton non armé et de maçonneries


diverses. 3. Procédés thermiques
— Creusement d’égouts, de collecteurs et de galeries.
— Dislocation sur place avec enlèvement par des moyens 3.1 Procédés existants
mécaniques.
3.1.1 Lance à oxygène

3.1.1.1 Principe de fonctionnement


2.3 Procédé Rock-Breaker
La lance thermique lors de sa combustion exerce une triple
action permettant le forage.
Ce matériel individuel (10 à 12 kg) est destiné à la destruction de
massifs rocheux ou d’ouvrages en béton peu armé. Son action ■ Action thermique : la réaction exothermique de combustion due
s’effectue par l’intermédiaire d’un dégagement brutal d’un gaz à la formation des oxydes de fer permet la fluidification des laitiers
entraînant une poussée d’un liquide (en l’occurrence de l’eau) sur créés (la température est de l’ordre de 2 000 à 2 500 oC).
les parois des trous. Cette action mécanique intense amène la ■ Action chimique : les éléments constitutifs du matériau à percer
fragmentation du matériau en plusieurs gros blocs. sont combinés aux oxydes de fer amenés par la lance. L’oxyde de fer
Le tube d’impulsion est introduit dans un trou (∅ 42 mm) joue le rôle de fondant, c’est-à-dire qu’il abaisse le point de fusion
préalablement foré dans le massif à démolir et que l’on aura rempli du béton à 1 500-1 700 o C alors qu’il se situe habituellement
d’eau (figure 16). On charge le tube à l’aide d’une cartouche à 3 000 o C environ. Cette température est très influencée par la
industrielle RB 20 × 70. Le déclenchement de la pression s’effectue teneur en chaux du béton, donc par son dosage en ciment.
à l’aide d’une tirette dégageant une goupille. L’action est quasi
instantanée (10 ms). ■ Action cinétique : le jet d’oxygène sous pression facilite l’éjection
du laitier hors du trou de forage.
Pour obtenir une bonne efficacité, il est conseillé de percer des
trous tous les 30 à 40 cm. Selon la dureté du matériau, on
3.1.1.2 Mise en œuvre
obtiendra une fissuration plus ou moins importante allant jusqu’à
la dislocation. L’intérêt de ce procédé est de pouvoir se recharger Le forage thermique nécessite un matériel simple et peu
sur chantier. encombrant qui comporte les éléments suivants (figure 17).
■ Alimentation en oxygène : elle est réalisée à l’aide de batteries de
bouteilles. Chaque bouteille contient 7 m 3 de gaz comprimé
à 150-200 bar.

Figure 16 – Éclateur Rock-Breaker (d'après Doc. SONOPREC)

Figure 17 – Matériel pour forage thermique à la lance à oxygène


(d'après Doc. Intrafïx)

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■ Porte-lance et lances : une des extrémités de la lance est


raccordée à un porte-lance (avec ou sans protection incorporée), Tableau 1 – Techniques de forage à la lance à oxygène
dont le robinet de réglage est relié au détendeur de la bouteille
Percer les trous et
d’oxygène par un tuyau souple. Les lances sont, nous l’avons vu couper ensuite les
ci-avant, constituées par un tube en acier dans lequel sont introduits parties restantes entre
des fils d’alliage à base de fer. Au fur et à mesure de l’avancement les trous avec la lance
du percement, la lance se consume. Lorsqu’elle devient très courte, thermique.
on arrête l’arrivée d’oxygène, on démonte la partie restante (mégot )
Percer des trous le plus
et on la remplace par une lance neuve. rapprochés possible les
Forage uns des autres (tangents
3.1.1.3 Utilisations horizontal serait l’idéal). Puis
achever l’opération de
Ce procédé peut être utilisé sur les chantiers de transformation (découpage découpage du bloc en
de locaux ou de démolition. Les techniques de forage sont de murs) faisant sauter les petites
données dans le tableau 1 et les consommations temps-matière parties restantes à l’aide
pour le forage des bétons sont indiquées sur la figure 18. d’une barre à mine.
Ces consommations se trouvent résumées dans le tableau 2. Percer des trous espacés
Ces valeurs sont des moyennes correspondant à des travaux à des distances les unes
des autres compatibles
courants. Il est certain que, pour des travaux difficiles, ces chiffres avec l’emploi d’éclateurs
peuvent être considérablement augmentés. hydrauliques (§ 1.1.5.2).
Les principales applications de ce procédé de découpage
conviennent particulièrement :
— au démantèlement complet d’ouvrages ;
— à la démolition d’ouvrages provisoires ;
— à la démolition totale ou partielle d’ouvrages ayant subi des Comme précédemment,
sinistres ; Forage percer des trous presque
— à la modification des constructions, même lorsque ces vertical tangents en ayant soin,
dernières sont toujours en service. avant d’achever la dé-
(découpage coupe totale, d’élinguer
On peut réaliser des forages à peu près partout, aussi bien dans la partie destinée à dis-
de planchers)
l’air que sous l’eau, à condition toutefois de disposer d’un recul paraître.
d’au moins 1 m à 1,50 m. Cette technique peut être employée en
association avec d’autres engins mécaniques, des éclateurs
hydrauliques par exemple.

Pour obtenir des trous


de gros diamètres, on
Forage de percera des trous les uns
trous de gros à côté des autres. Les
diamètres « ponts » restants se dé-
coupent alors facile-
ment.

(0)
Tableau 2 – Consommations temps-matière
pour un forage à la lance à oxygène
Profondeur Consommation/trou
des trous
horizontaux oxygène lance ∅ 17 mm Temps/trou
(cm) (m3) (m) (min)

25 0,6 à 0,8 1,3 à 1,6 1′20 à 1′40


60 1,5 à 2,5 3à5 3′ à 5′
Lances.....................100 à 150 m
Pour 1 m2 de surface découpée
(Σe × d ) (selon le degré de spécialisation
de l’ouvrier)
Oxygène ................... 30 à 80 m3
Chaque trou détermine dans le Temps ............................. 2 à 3 h
plan de coupe une surface égale
au produit de son diamètre d par (soit, si l’on tient compte de tous
l’épaisseur du mur e. les travaux de préparation, net-
toyage, etc., 1,5 à 2 m2 par jour)

Figure 18 – Détermination, pour une épaisseur donnée


Lances ......................... 0,7 à 1 m
Pour 1 min de travail
de béton foré horizontalement, des diverses consommations
Oxygène .............. 0,3 à 0,35 m3
de temps et de matière Vitesse d’avance dans le béton ≈ 20 à 30 cm/min

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3.1.2 Chalumeau à poudre Les consommations pour des épaisseurs de béton de 250 à
400 mm sont données dans le tableau 3. (0)
Procédé assez récent, le chalumeau à poudre s’emploie pour
découper des parois en béton, en même temps que ses armatures
éventuelles. Tableau 3 – Consommations pour découper
des épaisseurs de béton de 250 à 400 mm
3.1.2.1 Principe de fonctionnement au chalumeau à poudre
Son principe se rapproche de celui du découpage classique des Matières Consommations
métaux par oxycoupage et de celui du découpage du béton à la
lance thermique. Il est fondé sur la combustion du mélange de Poudre ........................................ 25 à 35 kg/m
poudre de fer et d’aluminium dans une flamme chaude oxyacéty- Gaz combustible ....................... 2 à 3 m3/m (1)
lénique (figure 19). Oxygène de chauffe .................. 20 à 30 m3/m (1)
Il y a, d’une part, dégagement d’une grande quantité de chaleur Oxygène de coupe .................... 20 à 30 m3/m (1)
et, d’autre part, production d’oxydes de fer et d’aluminium liqui- Air comprimé ............................ 2,5 à 3 m3/m (1)
des. Ceux-ci, au contact du béton, jouent le rôle de fondant en
abaissant sa température de fusion à 1 700 oC. Il y a alors forma- (1) Dans les conditions normales : 1,013 bar et 15 oC.
tion de laitiers liquides.
Nota : la combustion d’un kilogramme de poudre de fer dans l’oxygène produit
jusqu’à 7,2 MJ. L’oxydation d’un kilogramme d’aluminium produit 30 MJ. 3.1.3 Chauffage des armatures par effet Joule

3.1.2.2 Mise en œuvre Il n’existe aucun développement pour ce type de procédé


coûteux, difficile à mettre en œuvre et dangereux. Nous ne le
L’appareil est alimenté : mentionnons ici que pour mémoire.
— en poudre, par un distributeur réservoir ;
— en oxygène, par des cadres de bouteilles ou par un réservoir
transportable ;
— en gaz combustible (acétylène), par bouteilles ;
3.2 Procédés au stade des recherches
— en air comprimé, à l’aide d’un compresseur sec ou par ou en cours de développement
bouteilles.
L’ensemble des appareils est groupé sur un chariot. Le bâti 3.2.1 Chalumeau à plasma
portant le chalumeau se déplace sur un rail, et son mouvement est
télécommandé depuis un pupitre que l’on éloigne de la paroi à Cette nouvelle technique de découpage du béton n’est encore
découper, pour des raisons de sécurité. que dans sa phase de mise au point technologique.
La largeur des saignées, effectuées grâce au chalumeau à C’est une application des outils récemment mis au point pour le
poudre, est de l’ordre de 30 à 40 mm selon le réglage de l’appareil. travail des métaux. Le chalumeau à plasma d’arc peut être utilisé
pour découper des bétons à très haute température, ce qui devrait
3.1.2.3 Utilisations permettre de réaliser des travaux à très grande vitesse.

Le chalumeau à poudre permet de réaliser des saignées dans du 3.2.1.1 Principe de fonctionnement
béton armé, mais ne permet pas de forer un trou. L’outil ne pénètre
Un plasma est une atmosphère gazeuse composée d’ions et
pas dans la paroi contrairement à la lance à oxygène. Pour
d’électrons formant la colonne d’un arc électrique. L’arc électrique
commencer la coupe, il faut donc disposer d’un bord libre ou percer
évolue donc dans un plasma.
un trou au moyen d’un marteau-perforateur. De plus, il faut qu’il y
ait, en arrière de la surface de coupe, un espace libre qui permette En soudure, on distingue deux types fondamentaux de plasma
à la flamme du chalumeau de sortir et au laitier de s’écouler. Cela d’arc : l’arc transféré et l’arc non transféré (ou soufflé).
rend impossible, par exemple, la découpe de fondations encastrées Par arc transféré, il faut comprendre que le courant est transféré
dans le sol. Suivant la longueur du dard et de la flamme dont on à la pièce. Cet arc est établi entre l’électrode et la pièce
dispose, on peut découper jusqu’à 50 cm d’épaisseur. (figure 20a ).
L’arc non transféré (ou soufflé) est établi entre une électrode de
tungstène et la buse (ou tuyère) en cuivre, et soufflé auprès de la
pièce (figure 20b ).
Quel que soit le type, l’arc ionise un gaz plasmagène (conducteur
de l’électricité) propulsé à travers la buse autour de l’électrode. Ce
gaz peut être, par exemple, l’argon, l’hélium, l’azote, l’hydrogène,
ou un mélange de ces gaz. On relève au centre de la colonne de
plasma d’arc, dans des conditions normales, des températures
allant de 8 000 à 25 000 oC.
Les chalumeaux à plasma à arc transféré sont utilisés pour
découper des pièces métalliques ou conductrices.
Les chalumeaux à plasma à arc non transféré sont utilisés lorsque
les pièces à découper ne sont pas conductrices. Le principe consiste
à souffler le plasma sur le béton à l’aide d’un jet de gaz sous forte
pression.
Les résultats obtenus sont acceptables, mais les pertes d’énergie
Figure 19 – Extrémité d’un chalumeau à poudre (d'après Doc. Airgaz) sont énormes, bien que le béton soit moins conducteur de la
chaleur que le métal. De plus, l’argon utilisé est un gaz coûteux ; il
faudrait pouvoir le remplacer par de l’air, par exemple Mais, dans
ce cas, il faut protéger la buse de l’oxydation.

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C’est en travaillant dans cette direction que des chercheurs sont 3.2.2 Générateurs de micro-ondes
arrivés à la torche à plasma avec électrodes consumables
(figure 21). La température du plasma se situe aux alentours Les micro-ondes sont des ondes électromagnétiques dont les
de 10 000 oC. L’appareil est un chalumeau muni de deux électrodes fréquences sont comprises entre un et quelques dizaines de
concentriques : gigahertz. Elles correspondent à la gamme des ondes décimé-
— l’électrode interne (cathode) est une lance à oxygène triques (30 cm de longueur d’onde pour 1 GHz) et centimétriques
modifiée ; (0,5 cm pour une fréquence de 60 GHz). Il s’agit donc d’ondes
— l’électrode externe (anode) est un tube creux en acier. électromagnétiques de fréquence très élevées qui sont d’ailleurs
L’espace entre ces deux électrodes est parcouru par un flux également appelées hyperfréquences.
approprié qui stabilise le plasma. Les deux électrodes brûlent Les grandes applications, autres que les radars et les
régulièrement, ce qui facilite la fusion du béton en abaissant le télécommunications, sont apparues il y a une vingtaine d’années
point de fusion et la viscosité du laitier. dans différents domaines : médical, cuisson d’aliments, séchage de
produits, décongélation. Actuellement, on envisage la réalisation
3.2.1.2 Mise en œuvre d’appareils permettant le découpage et la démolition partielle
d’ouvrages en béton.
Il n’existe pas actuellement de chalumeau à plasma
commercialisé pour le découpage du béton. Il est donc probable que certains d’entre eux seront
commercialisés dans les années à venir.
3.2.1.3 Utilisations
3.2.2.1 Principe de fonctionnement
Les températures atteintes (en moyenne 10 000 oC) permettent de
fondre très rapidement tous les matériaux de construction connus. Le rayonnement micro-ondes, au même titre que le rayonne-
Le problème reste que la quantité de chaleur dissipée par le gaz de ment infrarouge ou le laser par exemple, est un moyen de
soufflage est très importante et qu’il n’y en a qu’une faible partie chauffage et de transmission de l’énergie.
communiquée à la pièce à découper. Les rendements énergétiques Ce principe de chauffage est le même que celui du chauffage par
sont très faibles dans les conditions actuelles. Pour une machine pertes diélectriques, c’est-à-dire du chauffage des matériaux non
utilisable sur chantier, il faudrait mobiliser une puissance de 50 conducteurs. Les ondes électromagnétiques pénètrent en
à 100 kW environ, ce qui est difficile à obtenir sur un chantier. profondeur dans le corps. Il en résulte une agitation moléculaire qui
Cas particulier de découpage : le striage des chaussées ou pistes provoque un échauffement important.
en béton est en cours de développement. D’une façon générale, la quantité de chaleur créée dans le
matériau est proportionnelle au carré du champ électrique
(c’est-à-dire à la puissance transportée par l’onde), à la fréquence
et aux caractéristiques du milieu. En pénétrant en profondeur dans
la matière, l’énergie électromagnétique s’atténue. Cette profondeur
de pénétration est inversement proportionnelle à la fréquence. On
s’aperçoit que plus le corps traité absorbe l’énergie, moins cette
énergie pénètre, On remarque donc que, en fonction du matériau
à traiter, on devra choisir la fréquence réalisant le meilleur
compromis entre la puissance fournie et la profondeur de
pénétration de l’énergie. La fréquence industrielle généralement
adoptée est de 2 450 MHz. Dans les matériaux à faibles pertes
diélectriques, on arrive à échauffer sélectivement l’eau qu’ils
contiennent, car elle absorbe très bien les micro-ondes. L’eau
migrera alors de l’intérieur vers l’extérieur, puis s’évaporera.
À partir d’un certain niveau de température, les pertes
diélectriques des minéraux s’intensifient. Tout échauffement brutal
provoquera alors une série de contraintes internes.

3.2.2.2 Mise en œuvre


Figure 20 – Chalumeaux à plasma
Deux méthodes peuvent être employées.
■ Irradiation générale de toute la masse : dans ce cas, l’ensemble
de la pièce est fragilisé, ce qui accélère sa démolition. Cela conduit
à utiliser des puissances relativement faibles pendant un temps
d’irradiation prolongé.
■ Irradiation localisée : dans ce cas, une petite partie de l’ouvrage
est traitée. On vise donc plus la démolition par découpage que la
démolition totale. Il faut donc une forte puissance afin de provoquer
l’explosion instantanée des couches superficielles de la partie
irradiée. Le guide d’ondes se déplacera et sera utilisé comme un
outil de taille, de façon à pratiquer une saignée dans la paroi de 5
à 10 cm de large.

3.2.2.3 Utilisations
Les puissances optimales actuelles des appareils semblent être
situées autour de 10 kW. Au-delà, on risque d’obtenir de
Figure 21 – Torche à plasma avec électrodes consumables nombreuses explosions à la surface du béton, dues à la libération
(d'après Doc. Batelle) de vapeur d’eau surchauffée.
Avec une puissance de 10 kW, on peut fragiliser une surface
de 1 m2 sur une épaisseur de 20 cm en 5 min environ.

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3.2.3 Électrofracture humidification) de 300 g et à les compacter avec un pilon afin que
le serrage des cartouches les unes contre les autres et le blocage
On soumet le béton à un courant haute fréquence. Il devient du produit contre les parois du trou soient bien assurés ;
alors conducteur, s’échauffe à la suite des pertes diélectriques dans — à attendre plusieurs heures que le gonflement s’effectue afin
sa masse, puis se fragilise par dilatation. Lorsque cette instabilité que la pression devienne maximale ; des fissures apparaissent
est complétée par une attaque avec des moyens mécaniques, il est alors, par rupture en traction du matériau.
possible de démolir le béton. Les résistances à la traction pour les bétons et les roches les plus
Aucun procédé n’est actuellement commercialisé, malgré les dures ne dépassent généralement pas 20 MPa. La pression
nombreuses recherches effectuées dans le monde sur ce thème. tridimensionnelle exercée sur les parois des trous peut
dépasser 30 MPa (300 bar) et même atteindre 40 MPa.
La nécessité de disposer de sources d’énergie importantes et d’un
matériel très sophistiqué et coûteux manipulé par des spécialistes Après fissuration, le matériau se disloque à condition, bien sûr,
freine sans aucun doute les ardeurs des investisseurs dans ce que le nombre de trous ait été judicieusement calculé en fonction
domaine. des sections considérées. De plus, étant donné que la dilatation
continue après le début de la fissuration, la distance d’ouverture
des fissures augmente de plus en plus au fur et à mesure que le
3.2.4 Laser temps s’écoule. Pour séparer les éléments, on peut utiliser, suivant
leurs tailles, soit une barre à mine soit un marteau-piqueur ou
encore un godet d’engin mécanique.
Le laser (light amplification by stimulated emission of
radiation = amplification de lumière par émission stimulée de
radiation) est un appareil émetteur d’un faisceau de lumière
parallèle, monochromatique et en cohérence de phase. 4.2 Caractéristiques techniques
Compte tenu de la grande concentration angulaire du faisceau, du procédé
il est possible d’obtenir, par focalisation au moyen de dispositifs
optiques adaptés, une concentration superficielle, c’est-à-dire une
concentration de l’énergie émise sur une surface très petite. Il est ■ Composition du procédé : les poudres commercialisées sont à
ainsi envisageable d’obtenir des concentrations d’énergie base de chaux vive (80 %), de sable siliceux (10 %) et de composants
considérables. Un petit laser de 1 mW focalisé sur une zone de 1 µm organiques (10 %) jouant le rôle de retardateur (protéines).
de diamètre fournira une densité de puissance de 100 kW/cm2. Le
■ Pression d’expansion : la pression d’expansion atteint sa
soleil, à titre de comparaison, ne délivre que 0,1 W/cm2. C’est cette puissance maximale au bout de 24 h environ pour la majorité des
propriété qui est particulièrement intéressante pour les travaux de cas ; mais il est parfois nécessaire d’attendre 48 h (figure 22). Cette
découpage des matériaux. pression est pratiquement homogène sur l’ensemble de la hauteur
La propriété qui nous intéresse donc le plus est celle qui consiste du trou à l’exception de la partie proche de l’orifice, ce qui n’a pas
à transformer l’énergie lumineuse en énergie thermique. beaucoup d’importance si le trou est suffisamment profond.
Le faisceau rencontre la surface du matériau à découper. Une ■ Diamètre : le diamètre du trou intervient, bien sûr, sur le résultat
partie de l’énergie est absorbée, ce qui entraîne une augmentation final ; plus le diamètre est important, plus la pression est grande
rapide de la température dans la zone d’impact. Il peut y avoir (figure 23).
ensuite fusion et choc thermique, puis séparation du matériau en
deux parties. Les tailles les plus courantes varient de 35 à 50 mm. Si le diamètre
est trop faible, la pression n’est pas suffisante pour obtenir une
Le béton étant relativement mauvais conducteur de la chaleur, fïssuration ; s’il est trop grand, on risque des projections hors du
les pertes d’énergie sont donc réduites et le découpage peut trou.
s’effectuer plus facilement que pour des métaux par exemple.

4. Procédés chimiques :
éclateurs
Un nouveau procédé de démolition nous vient du Japon où
plusieurs cimentiers ont mis au point des poudres qui utilisent la
pression d’expansion d’un produit à base de chaux vive hydratée.
Ces produits ne sont donc pas des explosifs qui utilisent la
pression des gaz mais s’apparentent plus aux éclateurs
hydrauliques sur le plan du principe de fonctionnement. C’est la
raison pour laquelle on peut les baptiser éclateurs chimiques.

4.1 Principe de fonctionnement

Le procédé consiste : Figure 22 – Variation de la pression d'expansion


d'un éclateur chimique en fonction du temps
— à percer des trous dans le matériau à démolir ;
— à mélanger la poudre avec une certaine quantité d’eau et à
couler le mélange dans des trous ou, pour d’autres variantes, à
introduire des cartouches de poudre préemballées (après

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Figure 23 – Variation de la pression d'expansion


d'un éclateur chimique en fonction du diamètre des trous

■ Température : chaque type de produit commercialisé correspond


à une utilisation définie pour une gamme de température donnée :
Bristar 100 : 35 oC maximum ;
Bristar 150 : 20 oC maximum ;
Bristar 200 : 15 oC maximum ;
Bristar 300 : 5 oC maximum ;
Calmmite S : 15 à 35 oC ;
Calmmite W : 0 à 20 oC ; Figure 24 – Proportion en eau en fonction de la pression d'expansion
Sumic S : 10 oC ; et du temps d'immersion d'un éclateur chimique
Sumic A : 10 à 20 oC ;
Sumic B : 20 à 35 oC.
■ Eau : la pression d’expansion est aussi fonction de la quantité
d’eau ajoutée à la poudre (25 à 30 %) (figure 24). Dans le cas de
cartouches préemballées, le produit absorbe de l’eau jusqu’à une
valeur constante de 26 %.
■ Surface libre : au fur et à mesure de l’expansion, des fissures
apparaissent puis se propagent tout en s’amplifiant. En général,
pour un seul trou, deux à quatre fissures peuvent être générées.
Quand une surface libre existe, comme cela est indiqué sur la
figure 25, une fissuration secondaire apparaît naturellement dans la
zone de plus faible résistance, c’est-à-dire partant du bas du trou et
allant vers la surface extérieure. Figure 25 – Processus d'éclatement
■ Nombre de trous : quand le matériau ou l’ouvrage à éliminer sont
d’un volume important, il est nécessaire de faire agir le produit dans
plusieurs trous. Les fissures se propagent d’un trou vers l’autre. Pour choisir la combinaison la mieux adaptée à la taille et
On peut donc prédéterminer la direction des fissures en l’espace entre les trous, ne pas hésiter, pour les travaux importants
prévoyant de manière appropriée l’espace séparant les trous, leur le justifiant, à effectuer quelques essais en perçant des trous de
profondeur et leur inclinaison. L’action du procédé est en cela tout différents diamètres en différents endroits et espaces et en suivant
à fait identique à celui des éclateurs hydrauliques. chaque condition de cassure.
■ Percer des trous : dans les cas de faibles épaisseurs, il est
conseillé de percer les trous en oblique puisqu’une meilleure
4.3 Mise en œuvre efficacité du produit est obtenue avec des trous profonds. Le
diamètre conseillé pour les trous se situe entre 40 et 50 mm. La
La mise en œuvre de ces procédés de démolition est très simple profondeur du trou varie selon la forme du matériau à éclater ou
et à la portée de toutes les entreprises. Elle présente le grand intérêt selon le plan de cassure. Quand la profondeur est inférieure à trois
de ne pas exiger d’investissements spécifiques. fois le diamètre du trou, moins de fissures apparaissent et
l’efficacité du procédé est beaucoup plus faible.
Voici brièvement résumées les principales étapes de cette mise
en œuvre. ■ Préparer le coulis ou les cartouches.
■ Déterminer par le calcul l’emplacement des trous à percer dans — Coulis : on mélange la poudre avec une quantité d’eau
le matériau à démolir, compte tenu de ses caractéristiques prédéterminée (1,5 L d’eau pour 5 kg de poudre) pendant 2 à 3 min.
mécaniques, de certaines de ses propriétés (diaclases, orientation Ne jamais excéder 34 % (1,7 L pour 5 kg) ; le chiffre de 30 % restant
des lits de carrière pour les roches par exemple, ou encore présence la valeur conseillée. Il est préférable de se munir de gants et de
et densité des armatures dans le cas de béton) et du volume des lunettes de protection.
déblais à dégager. Il faut rappeler que les fabricants proposent des produits
différents selon les températures d’utilisation.

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La quantité moyenne de poudre à utiliser est, bien sûr, fonction À la suite de ces opérations, les premières fissures apparaissent
du diamètre du trou. À titre d’exemple, on peut préconiser les à 20 o C dans un délai variant de 10 à 20 h selon la dureté du
quantités suivantes : (0) matériau. Plus la température est basse, plus cette durée est longue.
La largeur des fissures continue de s’agrandir avec le temps et peut
Diamètre du trou ... (mm) 34 36 38 40 42 44 46 48 50 atteindre 10 à 30 mm après plusieurs jours.

Quantité
de poudre .......... (kg/m) 1,5 1,7 1,9 2,1 2,3 2,5 2,8 3 3,2
4.4 Remarques
■ Stockage : il est préférable de stocker ces produits dans des
— Cartouches : on immerge les cartouches dans une grande endroits secs et de les utiliser le plus tôt possible, un stockage long
bassine d’eau pendant 5 min environ, jusqu’au moment où aucune diminuant les capacités du procédé.
bulle n’atteint la surface, de façon à hydrater la poudre. Il faudra
prendre bien soin de laisser les cartouches immergées jusqu’au ■ Forages horizontaux : ils sont possibles ; dans ce cas les trous
moment du remplissage des trous. devront être colmatés après remplissage avec des chiffons ou des
éponges.
■ Remplir les trous.
— Coulis : la pâte (ou le coulis) doit être versée dans les trous
dans les 10 min suivant le mélange avec l’eau. Au-delà la viscosité 4.5 Utilisations
augmente, ce qui rend difficile la coulée. Le trou sera rempli au
maximum, jusqu’à l’orifice. En cas de présence d’eau dans le trou,
Ces procédés sont recommandés, au même titre que les éclateurs
on peut placer un sac en polyéthylène de diamètre égal à celui du
hydrauliques, pour toutes les dislocations de massifs rocheux ou de
trou. On introduit le sac avec une tige en bois et on remplit ensuite
béton de masse (fondations, murs de soutènement, etc.).
le sac avec le coulis (figure 26). De ce fait le coulis ne voit pas sa
composition modifiée par la présence d’eau extérieure. La même Ils sont peu efficaces dans le béton armé.
technique peut être utilisée en cas de fissures naturelles ou de vides Bien que lents et assez coûteux, ces procédés présentent toutefois
dans le matériau à briser. Quand les travaux seront à effectuer dans de nombreux avantages : ils sont très faciles d’emploi, ne
l’eau, on appliquera la même technique avec le sac, mais que l’on nécessitent ni une main-d’œuvre ni un matériel spécialisés ; ils ne
nouera toujours pour éviter la dilution. Certains fabricants créent pas de nuisances (bruits, vibrations, fumées, poussières,
proposent aussi la solution qui consiste à utiliser un tube plongeur projections, etc.), ne présentent pas de danger et peuvent s’utiliser
permettant d’alimenter le fond du coulis, puis de continuer la coulée pratiquement partout.
en remontant progressivement le tube.
Dans le cas classique aucun bourrage n’est nécessaire, ni aucune
fermeture quelconque de l’orifice (par un couvercle, un bouchon,
etc.). L’action du produit étant lente, on ne risque généralement 5. Comment choisir ?
aucune action brutale, il est cependant conseillé de ne pas regarder
directement au-dessus du trou pendant les six premières heures,
de petites projections étant toujours possibles, surtout pour des Comme nous l’avons remarqué dans tous les paragraphes
températures extérieures égales ou supérieures à celles prescrites précédents, de très nombreux critères interviennent dans le choix
pour le produit. C’est la raison pour laquelle le port de lunettes de d’un ou plusieurs procédés de démolition (tableau 4). On peut les
protection est conseillé pendant cette période. classer ou les regrouper en deux grandes catégories, ceux d’ordre
général relatifs au chantier lui-même, à sa nature, à son
— Cartouches : les cartouches sont introduites dans les trous, environnement, etc., et ceux d’ordre plus spécifique relatifs aux
puis on les bourre avec une tige de façon à s’assurer qu’elles sont matériaux à démolir et à la nature du travail à effectuer.
bien jointives les unes avec les autres et qu’elles sont bien
appliquées contre les parois du trou par suite du compactage.
5.1 Chantier
Dans un premier temps, le maître d’ouvrage et le responsable du
chantier devront faire une visite très approfondie des zones où
devront se réaliser les travaux afin de connaître avec précision :
— la nature des ouvrages à abattre ;
— les conditions d’environnement (zone urbaine, rase
campagne, recensement des précautions à prendre dans le cas de
stocks d’hydrocarbures, de passages de canalisations, etc.) ;
— le type de travail à effectuer (démolition totale ou partielle,
délais, qualité du travail recherchée, travail à l’air libre ou non,
etc.) ;
— les particularités du chantier (accessibilité, dégagements
possibles pour travailler, moyens de raccordements en énergie et
en eau, possibilités d’évacuation des déblais, etc.) ;
— les grands problèmes de sécurité que posera le chantier
compte tenu de la plus ou moins grande stabilité des ouvrages à
démolir.
Après avoir pris connaissance de tous ces éléments, il sera
possible d’entrer un peu plus dans les détails afin d’examiner les
Figure 26 – Remplissage des trous pour éclateur chimique
avantages et les inconvénients respectifs des différents procédés et
leurs aptitudes à répondre aux exigences précises du chantier
concerné.

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5.2 Opération de démolition • rapidité,


• possibilité de contrôle de l’opération de démolition en cours,
• sujétions de chantier ;
On examinera donc successivement : — l’influence sur l’environnement.
— l’aptitude du procédé à démolir de la maçonnerie, du béton La démolition des ouvrages en béton précontraint n’est pas un
non ou faiblement armé ou du béton armé, voire précontraint ; problème facile car elle présente des risques importants de rupture
— les critères liés à l’utilisation : brutale. Une étude spécifique est indispensable, préalablement à
• économie, toute opération de démolition. (0)
• précision du travail effectué,

Tableau 4 – Critères de choix d’un procédé de démolition ou de découpage du béton


Possibilité
Influence sur
Ouvrages de Utilisation
l’environnement
démolition
Ouvrages massifs en béton
Immeubles en maçonnerie

faiblement armé (> 25 cm)


épaisseur en béton non ou

Économie
Ossatures en béton armé

Parois de faible épaisseur


Dalles ou parois de forte
maçonnerie (ponts, etc.)

Sécurité du personnel.
de faible épaisseur en
béton armé (< 25 cm)

Sujétions de chantier.
Ouvrages massifs en

du
Ouvrages de grande
hauteur. Cheminées

Ossatures en béton
ou faiblement armé

Approvisionnement

Risques d’incendie
Précision du travail
armé. Blockhaus

procédé
Dalles ou parois

nécessaire en :
Procédés
en béton non

précontraint

Projections
contrôlable

Poussières
Démolition

Vibrations
de démolition

Rapidité

Fumées
Risques
Partielle ❒

Bruit
Prix de revient
Main-d’œuvre
Totale ■

● ● ● ● Outils diaman- ❒ 3 5 6 9 10 12 El/Ac/Es/ 6 6 4 6 6 6


tés (scies Hy-O
et couronnes)
● ● ● ● ● ● ● ● Marteaux- ❒■ 1 4 4 7 10 7 El/Ac/Es/ 4 7 7 4 6 6
piqueurs et Hy
brise-roches
● ● ● ● ● ● Boulet ■ 3 4 7 8 11 4 Grue 7 5 5 7 6 6
● ● ● Éclateurs ❒ 1 4 6 7 7 12 6 6 6 6 6 6
hydrauliques
● Vérins plats ❒ 1 4 6 7 7 12 6 6 6 6 6 6
● Engins ■ 2 4 7 8 11 4 Pelle 7 7 7 4 6 6
à godets méca-
(poussée) nique/
chargeur
● Câbles ■ 1 4 5 8 11 4 Bouteur/ 5 5 5 5 6 6
(traction) treuil
● ● Canon à eau ❒ 3 5 7 9 10 12 Hy-O 6 6 4 7 6 6
● ● ● Cardox/Rock- ❒■ 2 4 4 8 7 4 4 7 7 4 6 6
Breaker
● ● ● ● ● ● ● ● Explosifs ❒■ 3 4 5 7 11 4 5 5 5 5 7 6
● ● ● ● ● ● ● Lance ❒ 2 5 7 9 7 12 4 6 4 7 5 5
à oxygène
● ● Procédé ■ 3 4 5 7 11 7 5 5 5 5 6 6
par sapement
1 non spécialisée. 7 moyen(ne). El électricité.
2 spécialisation réduite. 8 aucune ou très faible. Ac air comprimé.
3 spécialisation poussée. 9 bonne ou très bonne. Es essence.
4 faible. 10 lent. Hy énergie hydraulique.
5 important(e). 11 rapide. O eau.
6 nulle. 12 bonne.

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P
O
U
Procédés de démolition R
des ouvrages
E
N
par Pierre CORMON
Ingénieur de l'École Spéciale des Travaux Publics
Directeur Technique du Centre d'Assistance Technique et de Documentation
S
du Bâtiment et des Travaux Publics (CATED)
A
Bibliographie V
CORMON (P.). – La démolition du béton. Eyrolles
(1979).
Manuel Bickford de l'utilisation des explosifs et
accessoires de mines dans leurs diverses appli-
Travaux de démolition de bâtiment. Mesures de
prévention des accidents et mesures d'hygiène.
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cations (1961). INRS (1975).
MALIER (Y.). – Le découpage thermique des bétons
armés et précontraints. Annales ITBTP, no 66,
suppl. au no 353, sept. 1977.
Utilisation des explosifs dans le bâtiment et les tra-
vaux publics. OPPBTP (1975).
I
SAINT-ARROMAN (Ch.). – Pratique des explosifs.
Eyrolles (1977).
CORMON (P.). – Découpage et démolition du béton.
Les chroniques du CATED (1966). R
Normalisation
NF E 66-405 09-83 Emmanchements d'outils pour marteaux pneumatiques. ISO 1180 1983 Queues d'outils pneumatiques et dimensions
P
NF S 31-030 07-77 Code d'essai pour la mesure du bruit aérien émis par
marteaux-piqueurs et brise-béton pneumatiques,
hydrauliques, électriques et thermiques utilisés à la main.
d'interchangeabilité des douilles porte-outils.
L
U
S
5 - 1985
Doc. C 2 190

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