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SYNTAXE L2 Mme CHEBIL

L’INFINITIF

1. Introduction
 L'infinitif occupe une place à part dans le système verbal français. Le verbe à l'infinitif :
o Ne porte pas les marques de personne : l'infinitif est un mode non personnel,
o Ne porte pas les morphèmes de temps : l'infinitif est un mode non temporel.
 On parle abusivement d'infinitif présent pour la forme simple et d'infinitif passé pour la forme
composée alors que cette distinction renvoie à une opposition aspectuelle respectivement entre
l'inaccompli et l'accompli.
 L'infinitif est en français la forme citationnelle privilégiée du verbe, en accord avec la position
traditionnellement adoptée selon laquelle le verbe à l'infinitif ne présenterait que l'idée du procès, sous
sa forme la plus virtuelle. Il n’actualise pas le procès (à la différence de l’indicatif).
 Le verbe à l'infinitif a un comportement syntaxique qui diffère de celui du verbe conjugué  : il
participe à la fois du verbe (à la manière d'un verbe à un mode personnel, il peut être pivot d'une
proposition) et du nom (comme le nom, il est susceptible d'exercer une fonction syntaxique. De plus,
l'infinitif est parfois désigné comme la forme nominale du verbe).
 Le terme d'« infinitif » vient de infinitivum verbum, ce qui signifie « qui n'a pas de contours
précis ». Notons que l'infinitif sert d'entrée du verbe dans le dictionnaire.

A . UNE FORME VERBALE : EMPLOIS VERBAUX

1. Morphologie
 L'infinitif présent comporte à l'écrit quatre désinences possédant un r commun : -er (chanter),
-ir (venir), -ire (dire), -oir (voir), -re (battre).
 L'infinitif présent et l'infinitif passé s'opposent sur le plan de l'aspect : l'infinitif "présent" (vivre,
voter) exprime l'inaccompli, l'infinitif "passé" (avoir vécu, avoir voté) marque l'accompli. Quant au
« passé surcomposé », il insiste sur l'idée d'accomplissement :
Ex : Le plombier est parti sans avoir eu fini son travail.
 Cette opposition aspectuelle peut se comprendre parfois sous l’angle d’une chronologie relative
(pas absolue, car le procès ne peut pas être daté par l’infinitif) : l’infinitif passé sera compris comme
antérieur à tout verbe à la forme simple.
Ex  : Tu comprendras après avoir lu cette lettre.
 L’infinitif s’oppose également au niveau de la voix (pour les verbes transitifs):
Ex : Aimer / être aimé (active / passive).

2. Sens
a- Procès verbal
L’infinitif possède un sens verbal : au contenu lexical proprement dit évoqué par le radical, il
ajoute une indication spécifiquement verbale, celle de procès. L’infinitif dénote ainsi de manière

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dynamique une action ou un état possédant une durée interne, pouvant être décomposée en une
succession d’instants passant de l’un à l’autre (lire = commencer, continuer, finir de lire).
b- Support actant
Ce procès, en tant que tel, doit être rattaché à un support, l’actant (pour lire, il faut bien
supposer un lecteur). Mais ce support nécessairement impliqué pour toute forme verbale peut, à
l’infinitif, rester virtuel et inexprimé :
Ex : Lire est agréable.
ou bien être déterminé par le contexte, le support actant occupant alors une fonction
syntaxique dans la proposition :
Ex : J’aime lire. (Support : sujet de la proposition)
Demande lui de te lire ce livre (Support : COI)
Le cas le plus radical de présence explicite de support se rencontre dans les emplois du type :
Ex : Moi, lire des ouvrages de grammaire  !
J’entends siffler le train.

3. Syntaxe :

a- L'infinitif est le centre verbal d'une phrase


 Quand l'infinitif a un rôle verbal, il constitue le nœud verbal d'une phrase indépendante,
principale ou subordonnée (comme le ferai un verbe conjugué à un mode personnel) ; comme verbe, il
est le mot-tête du groupe verbal.
Ex : Ne pas fumer.
J’entends chanter les oiseaux.
L’infinitif est alors rapporté à un support actant qui constitue le thème auquel s’applique ce
prédicat. Dans ces emplois verbaux, l’infinitif est donc prédicat.

b- L’infinitif  centre de la phrase autonome

Parce qu’il est inapte à actualiser le procès et qu’il ne possède en lui-même aucune valeur
modale, l’infinitif peut, selon les contextes, se plier à toutes les modalités : quatre types de phrase
peuvent comporter un groupe verbal constitué autour d'un verbe à l'infinitif présent :

1. En modalité déclarative : l'infinitif de narration :


Ex : Et Paul de rajouter..., Et tous d'applaudir à cette déclaration farfelue.
Ce tour exclusivement littéraire, permet de présenter avec vivacité une action comme
découlant infailliblement d’événements antérieurs.

2. En modalité interrogative : l'infinitif délibératif :


Ex : À quoi bon préparer ce concours  ?
Etre ou ne pas être ?
Il commute là encore avec l’indicatif. Sa virtualité lui permet de présenter seulement l’idée
générale du procès, sans en évoquer la possibilité effective.

3. En modalité exclamative :
Ex : Partir ! Partir là-bas !
Voir Naples et mourir  !

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L’énoncé peut prendre diverses nuances affectives (souhait, regret, indignation, surprise, etc.).
Là encore, le procès n’est pas actualisé, il est juste l’objet d’une évocation.

4. En modalité jussive (infinitif de l’ordre) :


L'infinitif peut être employé à la place de l’impératif pour exprimer un ordre, un conseil. Le sujet
est celui qui lit l'énoncé. Les livres de cuisine, les guides ou les prescriptions officielles par exemple,
l'utilisent fréquemment :
Ex : Battre les œufs en neige, mélanger délicatement le chocolat fondu, ...
Tourner à gauche après le panneau.

 Dans ces quatre emplois, l'infinitif équivaut au mode personnel correspondant. Il


présente l'idée verbale en soi et doit s'appuyer sur un contexte linguistique ou situationnel pour prendre
sa valeur temporelle.

C. En proposition subordonnée  :

Le verbe d'une proposition subordonnée peut se mettre à l'infinitif. Trois grands types de
subordonnées peuvent comporter un verbe à l'infinitif, dans des conditions bien précises :

1. La proposition subordonnée infinitive :

Du point de vue traditionnel, deux conditions doivent être remplies pour parler de subordonnée
infinitive :

 la proposition doit être complément d'un verbe appartenant à une série limitée des verbes
de perception comme entendre, voir, sentir, apercevoir, écouter, regarder et des verbes
causatifs de mouvement comme emmener, envoyer, conduire :
Ex  : J'entends les oiseaux chanter.
Le groupe « chanter les oiseaux  » assume tout entier la fonction nominale de COD du verbe
principal : la proposition infinitive appartient donc à la catégorie des complétives.
 la proposition doit avoir un sujet propre, différent de celui du verbe principal, ce qui lui
donne la structure d'une phrase complète dont cependant les deux termes (G.N. + G.V.)
sont permutables : J'entends les oiseaux chanter / J'entends chanter les oiseaux. .

2. L'interrogative indirecte :
Ex : - Je ne sais plus quoi inventer pour la persuader de m'aimer.
- Je ne sais plus que faire.

Parallèle à l’infinitif délibératif, centre de phrase interrogative, cet emploi n’est possible qu’en
interrogation partielle.
L’interrogative indirecte est COD du verbe de la principale : c’est une complétive.

3. La subordonnée relative :
Elle cherche une salle où fêter son anniversaire.
J’aimerais avoir un endroit où travailler tranquillement.
L’infinitif est dépourvu de support exprimé. Le procès est envisagé dans sa plus grande virtualité.

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D. L’infinitif centre de périphrase 


La notion de périphrase suppose une forme verbale complexe avec :
- Un semi-auxiliaire, conjugué à un mode personnel. C’est lui qui actualise le procès et
porte la marque grammaticale du verbe (il s’accorde avec le sujet) ;
- Une forme verbale impersonnelle (le plus souvent infinitif). C’est elle qui apporte
l’information (le prédicat), et constitue la marque lexicale du verbe, son contenu notionnel.
Chacun de ces deux éléments de la périphrase est incapable de fonctionner à lui seul comme
pivot de la proposition : c’est l’ensemble soudé de la périphrase qui assume cette fonction.
L’infinitif porte l’information principale de la phrase (il est prédicatif). Il n’est donc jamais
pronominalisable :
Ex : Je vais vous répondre > * J’y vais (mais Je vais le faire)
Ce trait permet d’opposer l’infinitif centre de périphrase, en emploi verbal, à l’infinitif
complément d’objet, en emploi nominal :
Ex : Je veux vous répondre -> Je le veux.
1. Périphrase temporelle : J’allais lui répondre lorsque le téléphone sonna.
2. Périphrase aspectuelle : Il commence à pleuvoir.
3. Périphrase de modalité : Il semble prendre les choses du bon côté (le vraissemblable)
4. Périphrase actancielle : J’ai fait cuire le dessert. (PV causative)

E. Négation de l’infinitif :
Comme le verbe personnel, l’infinitif est nié par la négation à deux éléments (ne…pas/ plus /
rien / personne, etc.)
Ex : Etre ou ne pas être ?
Alors qu’il existe pour les autres catégories grammaticales une négation lexicale, sous la forme
du préfixe (l’impossibilité).
Cette négation se place tout entière à gauche du verbe, alors qu’elle encadrait le verbe
personnel :
Ex : Ne rien dire / Je ne dis rien.

B. LES FORMES NOMINALES : LES EMPLOIS NOMINAUX

1. Morphologie

Comme le nom, l’infinitif est invariable en personne et en temps. Puisqu’il n’actualise pas, il
pourra être utilisé dans des contextes très divers, et rattaché à des supports multiples, dans les mêmes
conditions que le nom :
Ex  : Lire (la lecture) me/ te/ lui est / était / sera agréable.

2. Sens 

Dans la mesure où il n’actualise pas, l’infinitif possède en commun avec le nom sans
déterminant cette image virtuelle, à laquelle il ajouté l’idée verbale de procès.

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3. Syntaxe

a- Fonction nominale

L'infinitif est le centre d'un groupe ayant une fonction nominale. Il peut dans ce cas assumer les
diverses fonctions syntaxiques du nom, tout en conservant ses prérogatives de verbe : il continue à
pouvoir lui-même régir les compléments.

A la différence des emplois verbaux, il n’est plus prédicatif, et peut être repris par un pronom.

1. Sujet : Travailler est une nécessité.


2. Attribut du sujet : Souffler n'est pas jouer.
L’essentiel est de participer
3. Attribut de l'objet : J'appelle cela mentir.
4. Apposition : Il n'a qu'un souhait, réussir.
5. Régime (du pronom personnel "il" ou du présentatif) :
Ex : Il est honteux de mentir.
Il me tarde de lire.
C’est me faire trop d’honneur.
6. Complément de nom ou de pronom :
 du nom : La joie de vivre / Une histoire à dormir debout.
 du pronom : De toutes les joies, celle de lire est la plus grande.
7. Complément de l'adjectif : un passage agréable à regarder / Désireux de lire
8. Complément d'objet :
 direct : Il prétend se joindre à nous. / J’aime lire. / Je te conseille de partir. ( l’infinitif est
parfois précédé du mot de, bien qu’il soit repris en cas de pronominalisation par le pronom
le, preuve de sa fonction de COD).
 indirect : Il songe à prendre sa retraite. / Je songe à me marier. / Je me réjouis de partir (=>
Je m’en réjouis).
 second : Il incite Paul à se reposer. / Je l’ai accusé d’avoir menti.
L’infinitif complément d’objet peut souvent commuter avec une proposition subordonnée
complétive conjonctive :
Je pense être présent / que je serai présent.
Ce remplacement parfois facultatif, est cependant obligatoire avec les verbes de volonté,
lorsque le sujet du verbe principal est également l’agent du verbe subordonné ( Je désire être présent / *
Je désire que je sois présent)
9. Complément circonstanciel : Toujours prépositionnel dans cette fonction, l’infinitif peut prendre
diverses valeurs logiques, dont les principales sont
 But : Il faut manger pour vivre.
 Temps : Avant de partir, tu feras la vaisselle.

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 Cause : Il a été puni pour avoir copié sur sa voisine.


 Conséquence (avec des tours corrélatifs) : Il est trop fatigué pour pouvoir venir ce soir.
 Concession : Ah  ! pour être dévot, je n’en suis pas moins homme. (Molière)
 Manière niée : Il travaille sans se fatiguer.
10. Complément dit « de progrédience » :
Je cours te chercher ce livre.
J’ai emmené les enfants voir les marionnettes.
Ce complément n’existe qu’à l’infinitif. On le rencontre toujours en construction directe (pas de
préposition) après des verbes de mouvement (employés dans leur sens plein). Ces derniers peuvent
être :
 Intransitifs (le support actant de l’infinitif se confond alors avec le sujet du verbe principal (Je
cours te chercher ce livre)
 Transitifs (c’est l’objet du verbe principal qui est le support actant de l’infinitif (les enfants, dans
exemple 2).
On a parfois confondu cette fonction avec l’infinitif complément circonstanciel de but.
Cependant :
 L’infinitif de progrédience n’est jamais prépositionnel (à l’inverse du complément
circonstanciel),
 Il est pronominalisable par y, ce qui n’est pas le cas du complément circonstanciel, Ex : J’y
cours, je les y ai emmenés.
 Il ne peut dans cet emploi, être nié, tandis que cette possibilité est offerte au complément
circonstanciel : Ex : * Je cours ne pas voir ce film / je reste chez moi pour ne pas voir ce film.

b. L’infinitif substantivé :
Un cas extrême de son emploi nominal, est représenté par l’infinitif substantivé.
Ex : Des rires fusèrent.
L’infinitif a ici changé de catégorie grammaticale par dérivation impropre (absence de
modification morphologique : rire > le rire ; devoir > le devoir ; pouvoir > le pouvoir) : devenu
entièrement nom, il abandonne alors toutes ses prérogatives de verbe et se comporte comme tout
autre nom commun (nécessité d’un déterminant, marques du pluriel, fonction sujet).
Signalons les cas de loisir (du latin licere, « être permis »), de plaisir (du latin placere, « plaire »)
ou encore de manoir (du latin manere, « demeurer, habiter ») pour lesquels le lien avec le verbe s'est
perdu. La substantivation, très vivante en ancien français, ne se produit plus guère aujourd'hui que dans
le discours philosophique.

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L’INFINITIF : EXERCICE

Déterminez les valeurs des infinitifs dans l’extrait suivant :

Comment s’extraire d’un siècle, d’une histoire humaine vieille de trois millions d’années,
peuplée de faits et méfaits, d’outrances, d’extravagances, et se laisser aller, innocent, à
vagabonder vers les territoires inconnus d’un siècle nouveau? Mémoire et questionnement, les
images se mêlent, des visages, des ruines: le pied d’Armstrong et sa marque de caoutchouc
incrustée dans la poussière de lune, la photo d’Hiroshima, rasée, dans mon livre de géographie.
Deux poignées de mains, celle de Sadate/Begin, celle d’Arafat/Rabin... Et pour demain, notre
inconnu... Qui l’emportera? Cynisme ou compassion? A moins que la religiosité chère à la
prédiction de Malraux entraîne nos neurones essoufflés vers respect et prière, vers l’invisibilité
des choses et ce maillage dissimulé qui relie chaque objet du monde.

Qu’emporter? Que transmettre? S’alléger des scories et paillettes, de ce qui aura brillé
pour briller, de l’inutile et futile et ne garder que le difficile: l’amour, ce travail patient de la
souciance pour un être, vivant, le seul, choisi dans le multiple. Emmener avec soi l’essentiel, ce
qui aura transformé l’intérieur, là où siège le noyau armé des valeurs qui régissent nos actes
remarquables comme les plus anodins. Emporter pour transmettre, et offrir aux générations
adolescentes la mallette allégée du savoir-vivre dans le temps et l’espace, une vague trousse de
survie, remède aux solitudes et au découragement