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ERES | ​« Le Coq-héron »

2007/2 n° 189 | pages 53 à 57


ISSN 0335-7899
ISBN 9782749207278
Article disponible en ligne à l'adresse :

RIMBAUD, L'ÉCRITURE EN MARCHE

Michel Rossignol

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https://www.cairn.info/revue-le-coq-heron-2007-2-page-53.htm
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Michel Rossignol   vie  


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pairs. Baudelaire semble échapper au 
0
massacre, élu « … premier voyant, roi  
u

6
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à l’intérieur de laquelle l’écriture  i

s’insérera comme un aspect, privilégié  des poètes, ​un vrai Dieu »​ . La 


/

1 banderille ne se fait pas attendre, le 


Rimbaud,  0

certes, d’une aventure qui demeure 


reproche est  
s

exceptionnelle, placée sous le signe de  -

l’écriture en  la  


/

2
C

cinglant : « Encore a-t-il vécu dans un 

marche   milieu trop artiste… » Peut-être que se 


0

fulgurance. L’infatigable marcheur a  N


U

largué les amarres. Bateau ivre, il se  dessine ici l’avenir sans illusion de cet 
livre  
2
adolescent « voleur de feu ». Le jeune ​ D

S
0

poète connaît déjà les rets du désir de 


à une attitude de scandale, interpelle  reconnaissance qui anime ceux qui se  
quelques interlocuteurs, rédige rageuse  
s
T

(
u

r prévalent de l’appellation contrôlée « 


Départ. Ce titre de poème hante le 
ment une série de poèmes qui seront  artiste ». Lui court, se sent appelé par  
destin de Rimbaud 1​​ , volontiers lu ​
I

© livrés à la publication, brocarde ses  P

pairs,  
comme une annonce de ce qui sera un  w autre chose. Il s’agit de « trouver une 
geste sans retour, l’abandon de la poé  
E
w
langue ». Cette invention passe par l’ex 
4

R
décide d’une rupture sans retour pour  1

E
parcourir le monde. Écrire se révèle   .

sie. Pourtant, ce jeune homme résolu  w

.
périmentation personnelle pour « se 
aura inscrit, au cœur même de son ​ S
c
faire voyant ». Il prône « Le Poète » en  
comme l’une des facettes d’une quête  2

œuvre, une mise en mouvement, dont  radicale, sans concession, visant l’affir  
a
9

sa vie témoignera comme une poésie  i

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en   n

2
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mation d’une vraie vie.   .
.
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acte. Feuilleter l’œuvre écrite de  Il est nécessaire de revenir à ​La lettre  )

Rimbaud peut revenir à mettre ses pas  du Voyant p​ our tenter de saisir com  
f

dans  
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bien les péripéties ultérieures ne sont 


les formulations : « Je m’en allais… 
J’irai… en avançant… » ​Départ r​ écuse  que la continuation par d’autres 
h

a
moyens  
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le connu au sein même des 


des déclarations que ce texte comporte. 
Illuminations, I​ l est la forme la plus 
Ainsi, le règlement de compte va bon  
fidèle d’une  
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l
train, il est sans précaution. Arbitre des 
vie marquée par l’itinérance, forme 
élégances, Rimbaud règle le sort de ses  
épurée, lapidaire, emblématique d’une  S

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1​. René Char, « Tu as bien fait de partir, Arthur Rim 


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baud ! » dans ​La fontaine narrative, Fureur et  R


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mystère​, Gallimard, 1948.   E


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tant que celui qui a affronté les figures 
1
de « … grand malade… grand crimi 
2

4 nel… grand maudit… » par « un long, 


)
immense et raisonné dérèglement de 
Le Coq-Héron ​189  
tous les sens ». L’ambition affichée est 
nette, sans mesure, récusant « … 
l’homme ne travaillant pas, n’étant pas 
encore éveillé, ou pas encore dans la 
plénitude du grand songe. Des 
fonctionnaires, des écrivains : auteur, 
créa teur, poète, cet homme n’a jamais 
existé ». L’expérience à laquelle il 
convie est celle d’une catastrophe, en 
vue d’une « Poésie » qui « sera de 
l’avant ». L’aspect temporel de « 
l’avant » fait de Rimbaud celui qui 
embrasse les enjeux de l’histoire du 
sonnet français pour les traduire 
spatialement par sa mise en marche,  )

une avant-Ur(e).   nomme poète porte moins sur la 


Il se fait ainsi mémoire actuelle,  réalisation de recueils aujourd’hui 
contemporaine des acquis élaborés par  lisibles que  
Ronsard, Du Bellay et les écrivains de 
la Pléiade 2​ ​au ​XVI​e siècle.

Dans le 
sillage de la volonté du pouvoir royal 
d’instaurer le français comme langue 
politique et administrative, ces derniers 
ont défini les règles de la forme poé 
tique qui vaudra, d’une certaine 
manière, comme carte d’identité de la 
poésie nationale, et ce jusqu’au X ​ IX​e 
siècle. Il s’agit pour eux de mettre en 
place l’hé ritage pétrarquiste (le 
sonnet), en lui donnant l’éclat universel 
dont ont su briller les poètes grecs et 
latins. La tâche était immense, ils l’ont 
affrontée en s’appuyant sur la structure 
orale (protase/apodose) et 
grammaticale (thème/prédicat) propres 
à la langue pour construire le sonnet en 
décasyllabe puis en alexandrins, 
portant leur attention au travail de la 
césure et de la rime, tout ce que 
2​. Ronsard, « Abrégé de l’art poétique français »,  Rimbaud s’attachera à miner avec 
dans ​Traités de poétique et de rhé torique de la  4

Renaissance,​ Le livre de poche. Cette édition donne délectation. L’invention qui les   2

un aperçu très complet des questions soulevées à  sur cette capacité à s’être laissé 
cette époque et sur les enjeux évoqués ici. Du 
Bellay, « La défense et illustration de la langue  commander par la structure de la 
française », dans ​Regrets​, édition Folio.   langue pour  
avoisinants, et surtout d’apprendre des  

lui donner forme et force d’expression. 


De plus, ils préconisaient d’enrichir les  
2 1

2 4

.
:

artisans les tours métaphoriques qu’ils  à leurs métiers. Un véritable laboratoire 


utilisaient pour les opérations propres   linguistique s’est développé, donnant  

œuvres par des emprunts aux dialectes 


P

naissance à une langue rassemblant les  S

racines grecques et latines, les parlers   régionaux : mélange des langues en  N

diachronie et en synchronie en vue 


Lorsqu’il se donne congé de toute 
d’un ​D
activité littéraire, Rimbaud se met en  
U

usage poétique, langue plurielle 


façonnée d’étrangères.  
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partance. Pour ce faire, il s’adonne à 


de sillonner différents pays, ainsi qu’à  S

l’apprentissage de langues étrangères 


l’exercice de métiers hétéroclites. Sans  doute a-t-il pressenti combien 
afin  
l’aventure artistique ne pouvait 
aucunement  
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constituer pour lui un cadre  i


v

d’inscription pour son énergie  a dit de lui qu’il s’opéra vivant de la  o

désirante. Mallarmé   poésie. » Certes, il quitte le cercle des   poètes, mais précisément en 
accomplissant les prescriptions 
ronsardiennes par  
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a .

le corps. Il en-jambe la poésie, porte le 


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texte de ses prédécesseurs à incandes   cence en réalisant à la lettre le  toujours reconduit. La poésie et ses 
pro-gramme des fondateurs, dans un 
littérateurs ne sont plus en mesure de 
ailleurs  
rece  
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voir ce qui semble s’exiger depuis ​La  0

lettre du voyant​. Il n’a plus d’adresse,   ce qui le (trans)porte excède le cadre  0

du métier de poète. Œuvre et  se fondent, s’aventurent. Rimbaud 


biographie   parie, d’un pari pascalien, à sa façon. Il 
2

1
0
/

mise sur un dehors inconnu, fidèle aux  6


0

engagements pris dans la ​Lettre du   voyant,​ fidèle à sa pratique de vie dès  e

La saison en enfer o​ ù se conjoignaient  vie tumultueuse et écriture, fidèle sans 


le savoir au laboratoire de langue. Il  
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emprunte maintenant les langues et  h


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métiers pour une vie qui s’écrit « partir une vie qui adopte, intègre  l

»,   poïétiquement la textualité parvenue  T

jusqu’à lui,   |

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même ardeur que l’invention poétique,  f

© et  
reprise par lui dans une dé-marche qui 
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S
terres d’Arabie n’a pas fait cadre au 
va de l’avant, tournant la page d’une  aussi avec la même ascèse.   sans limite énergétique de cet homme 
certaine vie de poète. Homme en  |
v
qui  
marche, il écrit au son de ses pas. «  T
i

Trouver une langue » reviendra donc  Les traces écrites de cette époque  a fini par échouer dans le désastre du 
ériger son corps dans la marche, ayant  prennent la forme presque exclusive  
é retour. Cet homme n’a eu de cesse d’in  
pour tout bagage l’entrée en langues  l

é
F

étrangères et en métiers de toutes sortes  S

3​ d’une correspondance, dont Verlaine, 


qui lui ouvrent l’accès à son avancée  lecteur averti et lucide, soulignera le   triquer l’écriture à sa manière si 
exploratrice sur la page du monde,  c

h
personnelle de parcourir le monde qu’il 
traçant la langue enrichie selon les  a

H
nous  
principes de la Pléiade. La  caractère de « prodiges de ténuité 6​ ​». S

transmutation du réel a pris une  La réduction extrême à la dimension  


r laisse sur la question de savoir ce que 
tournure inattendue, le corps se charge,  g

é la pratique d’écriture n’écrit pas, au 


sur fond de silence, d’écrire les 
informative de ces écrits, la pauvreté  sens  
impasses rencontrées dans l’espace  T

poétique.   dans l’expression fait mémoire des pro  


u

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Cet itinéraire ainsi dessiné fait porter  e


où un écrit permet l’oubli, un oubli 
l’accent sur la mise en mouvement. 
cédés utilisés dans certains textes de  structurant qui offre de tourner la page  
i

Cette seconde vie est l’occasion d’une  s

ses recueils. Bien plus, la lecture de ces  


activité débordante. Il entre en com  0 -

merce, ce qu’il nommera « trafiquer 


6
pour s’orienter vers l’avenir. La quête 
/

dans l’inconnu », déploie une énergie  1


jamais démentie d’un désir si farouche  
lettres révèle un système d’échos avec  C

de tous les instants. Outre les diverses 


les textes publiés autrefois 7​​ . La rigueur  
N

fonctions assumées auprès de son  0


de s’avancer aux confins d’une vie à 
employeur, il dévore une quantité de  /

inventer résonne comme un cri, cri 


livres impressionnante, pas seulement  ascétique de cette production indique 
par le nombre d’ouvrages lus, mais  qu’une économie nouvelle de  jamais ​
U

surtout par l’hétérogénéité des  l’existence  


0 entendu car il n’avait pas de lieu où 
domaines et centres d’intérêt qu’ils  2

4​ s’adresser. La méthode du voyant au 


recouvrent ​ . Il trouve encore le temps  0

se fait jour. La réalité quotidienne  blanc  


d’explorer de nouvelles routes  S

occupe désormais la page, qui se  T

commerciales qui ne figurent sur 


contente de   de la page, le travail harassant au sol 
aucune carte 5​​ . Ce dernier trait est  s
d’Arabie, ce nomadisme revendiqué  
emblématique d’un nouvel accès au  u

monde : inventer de nouveaux chemins  consigner, d’enregistrer cette nouvelle 


I

propres au réel de l’emploi de sa vie  donne. Il reste que l’homme confronté   s’abîment d’un corps défaillant, par 
r

présente. Il s’engage à corps perdu à  w


défaut d’un autre corps, du corps d’un  
façonner des itinéraires destinés à  aux exigences de son emploi et le poète 
:

faciliter l’écoulement des marchan  fulgurant sont de la même étoffe.   1

dises, produits de son inlassable  w


autre sur lequel sculpter, graver. Une 
activité. Cette cartographie est la  œuvre-vie encadrée de lettres forge un  
Au seuil de sa vie se produit la  .

traduction du rêve d’exploration de  2

catastrophe, une douleur au genou   2

contrées inconnues, cette fois inscrit à  .

c
9

même le sol. Il marche sur l’envers de  a


.

2
i

son œuvre, comme sur le verso, d’une  contraint au retour en France. La suite  5

page lue par ​


2

est connue, il est amputé et meurt. Sa   .

transparence, indéchiffrable, dont il  r

n 2

parcourt les signes épars. Affronter la   .

i
4

R
folie ambulatoire n’a pas trouvé « le  L’expérience analytique en tant qu’expérience 
matérialité de la vie se fait avec la  lieu et la formule ». Le sans limite des   poétique  
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3​. Jean Jacques Lefrère, ​Rim baud​, Paris, Fayard, 


0
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1

2001. Biographie remarquablement documentée.  / é

Pour se faire une idée des métiers et emplois de  6 lé

c
0
Rimbaud, lire le chapitre XXI : Le voyageur toqué.   ha

4​. ​Ibid.​ , p. 801-802, ainsi que la lettre de Rimbaud à 


r

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sa famille, Aden, mars 1883. Pour donner un  le

prolonge ment à l’enquête sur l’activité  é


06

rimbaldienne en Arabie cette fois, lire le chapitre  g

r
/1

XXII : Le seul employé intelligent à Aden. Lire  a /2

aussi Alain Borer, ​Rimbaud en Abyssinie,​ Paris, Le  h


02
0

Seuil, p. 83.   c

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5​. Lettre de Rimbaud au directeur du « Bosphore  l
u

égyptien », 20 août 1887. Pour approfondir cette  é


r

pro blématique question des routes, lire Alain  T

Borer, ​op. cit​., note 5 p. 332 à 336.   |


w

6​. Verlaine, ​Les poètes mau dits.  


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7​. Alain Borer, ​op. cit​., pages 58, 63, ainsi que le  R
.

chapitre intitulé : « Le temps ».   E


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la présence du corps d’un autre auquel 
. adresser les puissances conjuguées des 
2

5 textes écrits et de la trame épuisante de 


2

.
son activité de marcheur-marchand, 
1

2
présence d’un corps qui puisse 
4 accueillir le mouvement d’une telle 
)

Le Coq-Héron ​189  
mise en mouvement. Une telle 
puissance au service d’une vie à 
inventer ne peut pas ne pas interpeller 
ceux et celles dont la pra tique suspend 
cette fonction motrice, mais dont il est 
souhaitable qu’elle s’ho nore de la 
même effervescence psychique. Une 
strate subtile est à considérer, elle 
concerne l’écrit, ce que Lacan précise 
comme une écriture qui vient d’ailleurs 
que du signifiant 8​​ .  
Ce que Rimbaud a frôlé, la 
psychanalyse se doit de l’atteindre. Le 
nom de baptême, avant-Ur(e), constitue 
une première approche de l’enjeu de 
l’écrire. Elle est la forme en langue de 
)

la geste de Rimbaud : prendre à la  anime l’analysant. Cette part si 


lettre les enjeux avoués du poète (La  insaisissable doit cependant trouver à 
poésie sera de l’avant) et sa démarche  s’ins  
de rup tures, le souffle qui l’anime dans 
sa quête vitale d’homme aux semelles 
devant 9​ ​; tout en nommant la ville 
berceau des écritures, donc un écrit de 
l’avant. Ce qui excède le signifiant 
touche à la manière dont l’analyste se 
lais sera façonner par la façon de 
l’analysant. La manière dont 
l’analysant s’en gage dans son travail 
saisit alors l’analyste d’avoir à 
répondre au plus juste, il est amené à 
en imprimer le mouvement pour 
inventer dans le transfert une 
manœuvre qui le dépasse, car aucun 
savoir n’y fait antécédence. Elle 
infléchit, altère la conduite de la cure, 
8​. Lacan, ​Le Sinthome​, leçon du 13 avril 1976.   elle fait matière au-delà de tout savoir 
9​. Clin d’œil en langue au surnom donné par  référencé. L’analyste est conduit à 
Verlaine à Rimbaud : l’homme aux semelles de 
vent.  
conduire d’un style approprié, 
10​. Lacan, ​L’objet de la psy chanalyse,​ leçon du 9  empreinte par ce qui  
février 1966.  
11​. Les mots « départ » et « partir » s’insèrent dans 
leur trame étymologique et histo rique comportant  4

l’idée de partage et de séparation. Alain Rey,  2

Dictionnaire his torique de la langue fran çaise.​    crire, elle ne relève ni de l’histoire, ni 
du système signifiant déployé, elle 
porte  
56
destinataire absent, et dessine en creux 
au corps virtuel de l’analyste, il 
convient qu’une forme lui soit donnée, 
et que  

sur la manière singulière de quêter sa 


vie. Question sans contenu qui  1

s’adresse   :

2
cure, fondant au vrai la part 
.
asymétrique, conjuguée (jouée avec) 
l’analysant accède à la marque qui s’est des parte  
ainsi fabriquée. Elle est le réel de la  

9
P
I

naires. Elle émerge comme une  S

révélation, s’en saisir s’avère  L’analysant réalise l’impression qu’il a  N

saisissant.   laissée, et il sait que l’analyste s’est ​D


C

U Façon d’être, irréductible, forgée au 


adressé à cette part intangible,  divan de la dynamique du corps par 
hétérogène à ce qui relève de  impli  
l’inconscient.  
-

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cation, traduction abstraite, elle 


de ce qui s’est déposé là au fil des  S

s’extrait, d’un creux non référable au 


séances. L’opacité du « ce que » dans  sion que donne Lacan au ​Eyé asher eyé 
contenu  
la ver   ​ ​trouverait là sa  
entendu par Moïse 10
H

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a

concrétisation. L’écrit ne précède pas  i


v

l’écriture, il est création en acte d’un   auteur sans texte. Pure inscription, la o

marque signe un dé-part 11​


​ , mode parti  culier du partage, constat que la 
singularité de l’analysant a entamé 
l’outil de  
n

.
r

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a .

l’analyste, qui y a consenti activement, 


c
w

donnant lieu à une part hétérogène à sa  position de semblant   Cet entre eux deux réalisé authentifie 
l’expérience poétique de l’analyse,  
w

u
r
s

par delà les interprétations  0

imaginatives qui auront été délivrées.  sans référent, la marque est la création  0

Référence   de l’analyse, dans l’analyse. Graver au  réel de la cure atteste de l’invention 


d’une entame générative. Il aura été 
porté  
2

1
0
/

atteinte au savoir faire de l’analyste,  6


0

requis de trou(v)er ce qui s’exige de  sa capacité au trans-faire, l’analysant  e

lui,   aura reconnu sa singularité, oscillant   entre l’altérité porteuse de solitude, 


mais prometteuse d’écriture nouvelle 
pour  
d’écriture avec l’autre. La marque est  a

un   c

lui, mais aussi d’une altérité possible 


r

écrit particulier, il n’engage aucune lecture. Elle ouvre à une nouvelle consis  
L’expérience analytique   
tance du corps, vers un illimité orienté.  
en tant qu’expérience poétique  
Résumé  
L’activité marchande de Rimbaud est en stricte continuité avec la fulgurance de son  
écrit poétique. L’alchimie du verbe s’est muée en recherche désespérée d’or. Il revient  
à la psychanalyse de prendre en compte ce qui, du corps, échappe à la prise signifiante  
afin de lui donner un statut d’écrit.  

Mots clés  
Rimbaud, psychanalyse, écriture, expérience, création, corps.  
2 4

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