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MÉDIATHÈQUE de CHÂTEAUNEUF

Journal
des lecteurs

« La lumière est dans le livre. Ouvrez le livre tout


grand. Laissez-le rayonner, laissez-le faire (…)
Mettez des livres partout. »
Victor Hugo 
(Discours d’ouverture du congrès littéraire, 1878)

Octobre 2020 N° 42


Sommaire

Impasse Verlaine, de Dalie Farah ..................................................4


Le petit garçon qui voulait être Mary Poppins,
d’Alejandro Palomas.......................................................................5
Une éducation, de Tara Westover .................................................6
Je vous emmène, de Joyce Carol Oates .........................................7
Le pays des autres, de Leila Slimani..............................................8
Le silence d’Isra, d’Etaf Rum .........................................................9
Les corps conjugaux, de Sophie de Baere ..................................10
Yoga, d’Emmanuel Carrère..........................................................11
Avant la longue flamme rouge, de Guillaume Sire ....................12
Rivage de la colère, de Caroline Laurent ....................................13
Avant que j’oublie, d’Anne Pauly ................................................14
Propriétés privées, de Lionel Schriver .........................................15
La salle de bal, d’Anna Hope ......................................................16
L’audacieux Monsieur Swift, de John Boyne..............................17
Arène, de Negar Djavadi...............................................................18
Objectif soleil, de Bertrand Piccard et André Borschberg .........19
Coups de cœur
Là où chantent les écrevisses, de Delia Owens........................20
Âme brisée, d’Akira Mizubayashi...............................................20
Vie de Gérard Fulmard, de Jean Echenoz ...............................20
Changer le sens des rivières, de Murielle Magellan .................21
Impossible, d’Erri de Luca ........................................................21
Fille, de Camille laurens ...........................................................21
BD
Sisco ..........................................................................................22
Édito


Est-il vraiment besoin de redire aujourd’hui l’importance des
livres ?
Nous avons vécu une période inédite, assignés à résidence, avec
pour seules lucarnes, nos fenêtres donnant sur des rues
désertes, les écrans assénant des chiffres et des images qui nous ont
plongés dans l’effroi et puis… les livres, ceux qui dormaient dans les
rayons de nos bibliothèques, dont on ne connaissait même plus
l’existence.
Alors nous avons lu, relu… pénétré une fois encore de nouveaux
mondes, retrouvé des héros oubliés, relativisé le présent pour mieux
affronter l’incertitude du lendemain.
Ce nouveau numéro de votre journal des lecteurs reflète notre appétit de
découvertes : le monde existe encore avec les interrogations qu’il suscite
jour après jour. Nous voulons comprendre, rêver, résister… Les livres
présentés vous en donnent les moyens : alors ne boudez pas votre plaisir,
venez les emprunter à la bibliothèque !


Même masqués, continuons à aller vers la lumière !

Marie-Claude
Impasse Verlaine
Dalie Farah
Grasset

Il est des livres que l’on ne peut pas lâcher, des livres qui se dévorent et qui
laissent une empreinte. Impasse Verlaine en fait partie !
C’est l’histoire de Vendredi, une jeune fille née quelque part dans les Aurès
en Algérie un vendredi, une fille qui aime ses montagnes, ses chèvres et la liberté,
une fille rossée par sa mère (Mère-Grand) qui ne supporte pas sa beauté et son
indépendance.
C’est aussi l’histoire de sa fille, la narratrice, née dans l’appartement 622 du
bâtiment 31 impasse Verlaine, à Clermont-Ferrand qui subit la même violence ata-
vique, démesurée, de la part de Vendredi mariée de force à un cousin de trente-
cinq ans, un manœuvre de chantier qui lui a fait traverser la Méditerranée.
C’est une histoire d’amour et de haine entre une fille et sa mère mais aussi de
transmission : impossible d’échapper à la malédiction de la violence, seul moyen
d’expression et de survie !
Les coups sur une petite fille devraient nous arracher les larmes mais le
pathos est sans cesse désamorcé par la fulgurance de l’écriture et la crudité des
mots mêlés à ceux des écrivains qui consolent : l’école en effet, est, pour la nar-
ratrice, une bouée de sauvetage, même si personne ne la sauve.
« Derrière moi, la folie domestique disparaît, mon HLM n’est déjà plus qu’un
souvenir, l’arrière-plan brutal de mon épopée. Je chevauche le vent d’Auvergne
que j’aime ».
Avec la narratrice, on serre les dents ! Dalie Farah a un style. Resserré.
Fragmenté. Les mots pèsent de tout leur poids. Un premier roman qui fait
mouche !

Marie-Claude

4
Le petit garçon qui voulait être
Mary poppins
Alejandro Palomas
Cherche-midi

Le titre est un peu trompeur. On pourrait croire qu’il s’agit d’un conte
de fées pour enfant. En vérité il pourrait l’être, mais ce livre touchera sur-
tout les adultes sensibles et qui conservent d’une certaine manière une
âme d’enfant.
Un jeune garçon, Guillermo, dit « Guille » est mal intégré dans la clas-
se de son école, car c’est un nouvel arrivant très rêveur qui vit dans sa
bulle.
L’histoire commence quand la maîtresse Sonia, demande aux élèves
ce qu’ils veulent faire plus tard. Il est le seul garçon qui ne veut pas être
un footballeur célèbre ou intégrer l’équipe du Barça, la plus fameuse
équipe de football espagnole. Non, il veut être Mary Poppins.
Ce vœu interpelle, pour ne pas dire inquiète, Sonia, qui suggère à
Manuel, le père de Guille, de faire suivre son fils par Maria, la psycho-
logue de l’école. Manuel accepte avec réticence car il craint le pire, appré-
hendant que les réalités hormonales de son fils ne soient pas celles d’un
garçon.
Le livre narre l’évolution des rapports entre Guille et sa psychologue.
Il apparaît que la vérité sur les raisons qui poussent celui-ci à être Mary
Poppins n’est pas celle que craignait Manuel, mais est, d’une certaine
façon, bien plus triste.
J’aimerais dire au futur lecteur pourquoi ce récit si tendre est boule-
versant, mais je préfère lui laisser le plaisir de la découverte.
Outre l’histoire très attachante que j’ai beaucoup aimée, il faut savoir
que chaque épisode du récit est raconté par les quatre protagonistes avec
leur vision personnelle de la situation et leur vocabulaire propre, ce qui
en fait un livre fort divertissant.
Je le recommande très fortement.
Françoise

5
Une Éducation
Tara Westover
J.-C. Lattès

On ne choisit pas sa famille, dit-on. Force est de constater que peu de


gens auraient opté pour celle de Tara Westover : fanatiques sectaires
d'appartenance Mormon, dont le père refuse toute intervention de l'État
et insiste sur une vie en autarcie totale. À ces convictions inébranlables
s'ajoute la complication de la bipolarité, ce qui le rend par moments
incontrôlable, paranoïaque et carrément dangereux.
Quatre des sept enfants grandissent donc sans acte de naissance,
dossier scolaire ou certificat médical, car ils n'ont aucune existence
officielle. En raison des deux fléaux que sont le fondamentalisme et la
folie, les conditions de vie sont très dures : les enfants essuient des
accidents graves et frôlent même la mort à plusieurs reprises.
Quand Tara décide, à seize ans, qu'elle veut quand même recevoir une
éducation et changer de vie, on imagine la difficulté de son parcours.
Grâce à un de ses frères elle sait lire, mais c'est tout. Avec une volonté de
fer et sous l'influence de professeurs patients, compréhensifs et
généreux, la jeune fille, qui ne connaissait que la Bible et les écrits
mormons et ignorait absolument tout du monde extérieur à sa montagne
natale, se libère peu à peu de son carcan mental et se transforme, telle la
statue de Pygmalion, en une femme réfléchie et posée ; elle fait des
études à Cambridge et finit titulaire d'un doctorat d'histoire de
l'Université de Harvard (spécialisée dans l'étude des historiens et de la
façon dont leurs préjugés influent sur leurs opinions et leur jugement).
Elle est bien placée pour le savoir !
En dépit de cette réussite remarquable, et tout en étant d'une grande
lucidité par ailleurs, Tara parviendra-t-elle à s'arracher à l'emprise
familiale ? Au lecteur de se faire sa propre opinion.

Anne

6
Je vous emmène
Joyce Carol Oates
Stock

Dans les années soixante, une jeune boursière de 19 ans intègre le


campus universitaire de Syracuse dans le Comté de New-York.
Elle est rejetée par sa famille, qui lui reproche d'avoir provoqué « la
mort de sa mère à sa naissance ».
Elle cherche une nouvelle sororité dans la résidence universitaire,
mais les interdits y sont nombreux, surtout ceux concernant les per-
sonnes du sexe masculin.
« Nous étions jeunes, menés par nos aînés comme du bétail ».
Elle ne trouve pas sa place parmi les étudiantes aisées qui l'ignorent.
Elle s'éprend alors violemment d'un étudiant noir alors que la ségréga-
tion raciale bat son plein.
Il la repousse durement.
Toutes ces épreuves la durcissent.
Nous accompagnons avec compassion sa rédemption qui se fera dans
l'écriture.
Le parcours émouvant de cette jeune femme nous rappelle que rien
n'est jamais acquis : ni la lutte pour l'égalité homme-femme, ni la lutte
contre l'intolérance et le racisme.
C'est mon coup de cœur et bientôt le vôtre.
Christine

Née en 1938, Joyce Carol Oates est l'auteure d'une trentaine de romans qui l'ont placée
au premier rang des écrivains contemporains.

7
Le pays des autres - tome I
Leïla Slimani
Gallimard

1944. Mathilde, une bien jeune alsacienne tombe amoureuse d’Amine,


jeune soldat marocain enrôlé par la France. Ils se marient, et la guerre ter-
minée, ils partent au Maroc pour cultiver les terres achetées par le père
d’Amine, décédé depuis.
Une fois arrivée à Meknès, Mathilde découvre une vie bien différente de
celle que sa jeunesse lui laissait espérer !
Les terres ne sont pas à la hauteur de l’espoir d’Amine, rocailleuses et
arides. Il se dévoue corps et âme à leur exploitation et, curieux de tout, tente
des expériences novatrices. En un mot, il est absent !
Elle doit se plier à la condition féminine du pays qu’elle découvre. Les
jours sont durs pour sa jeunesse et ses rêves. Elle s’y plie puisque c’est par
les coups que son mari argumente, il ne supporte pas la frivolité de sa
femme. Mais il ne faut pas s’y tromper, il l’aime. Aïcha et Selim, leurs deux
enfants malgré ses doutes, ses révoltes et sa douleur, l’enracinent à ce pays.
La montée du nationalisme prend le devant de la scène petit à petit et ce
sont deux êtres partagés, aux sentiments exacerbés, unis pour le meilleur et
pour le pire que les dernières pages du livre mettent en scène.
« ...Tous les sentiments qui s’élevaient en eux leur apparaissaient comme
une traîtrise et ils préféraient donc les taire. Ils étaient à la fois victimes et
bourreaux, compagnons et adversaires, deux êtres hybrides incapables de
donner un nom à leur loyauté. Ils étaient deux excommuniés qui ne
peuvent plus prier dans aucune église et dont le dieu est un dieu secret,
intime dont ils ignorent jusqu’au nom. »
Comment vont-ils s’en sortir ?
Aïcha leur fille prend de l’importance au fil du récit. Sa personnalité, forgée
sur les silences de ses parents, son éducation primaire chez les religieuses et le
syncrétisme sur lequel se fonde son imaginaire feront certainement d’elle un
personnage intéressant dans le tome suivant. Là, je m’avance !
Premier tome d’une trilogie largement inspirée de son histoire familiale,
Leïla Slimani nous dépeint une fresque humaine, attachante, enlevée et enri-
chissante dans un contexte historique douloureux. Son style reste clair, pré-
cis, juste et la lecture est très agréable.
Marie

8
Le silence d’Isra
Etaf Rum
Éditions de l’Observatoire

Isra est une jeune fille palestinienne de 17 ans qui préfère se cacher
pour lire plutôt qu’aider sa mère aux tâches ménagères. 17 ans, c’est l’âge
du mariage. Le père d’Isra s’emploie à lui trouver le meilleur parti possible,
la mère n’a pas son mot à dire.
Nous sommes en 1990, en Palestine, et les filles n’ont comme seul ave-
nir que le mariage arrangé par le père, avec un homme inconnu. Isra a de
la chance, son père a choisi un homme pas trop vieux, mais surtout un
homme qui vit en Amérique : le rêve d’une vie différente de celle de sa
famille, le rêve d’aimer son mari et surtout d’en être aimée...
Rêve seulement ! Car quand Isra s’installe à Brooklyn, c’est dans sa belle-
famille ! C’est plus économique d’abord, et surtout, cela permet une sur-
veillance constante de cette jeune femme ! Isra découvre progressivement
que la vie à Brooklyn n’est en rien différente de sa vie chez elle. Les femmes
et les filles vivent sous l’étroite vigilance des maris, pères, frères, et n’ont
aucun droit sinon celui de servir ces messieurs.... et d’accepter les coups
sans mot dire.
Les grands-parents espèrent un petit-fils, mais Isra ne donne naissance
qu’à une première fille, puis une deuxième, une troisième et une dernière...
2008, l’aînée, Deya, 18 ans, souhaite aller à l’Université, mais elle est en
âge de se marier et le ballet des prétendants choisis par sa grand-mère,
Farida, s’amplifie... Va-t-elle devoir vivre la même vie que sa mère, cette
mère morte quand elle était enfant, dont elle rêve quotidiennement, espé-
rant son aide en vain.
Je ne vous en dirai pas plus, mais en cette difficile période de confine-
ment, la vie d’Isra nous ébranle plus, on comprend mieux son besoin de
s’échapper dans la rue, d’essayer d’être moins seule, et l’on réalise que
nous, femmes occidentales, avons bien de la chance ! À lire absolument tant
pour la qualité de l’écriture (la traduction) que pour la profondeur de ces
personnages féminins.
Marie-Anne
Issue d’une famille d’immigrés palestiniens, Etaf Rum est née à Brooklyn. Elle enseigne la
littérature américaine en Caroline du Nord, où elle réside avec ses deux enfants. Le Silence
d’Isra, classé parmi les meilleures ventes du New York Times et applaudi par la critique,
est son premier roman.

9
Les corps conjugaux
Sophie de Baere
J.-C. Lattès

Alice (Alizia), issue d'une famille d'émigrés napolitains, a été élevée par
une mère aigrie et intransigeante : « après le départ du père, ma mère
devient une femme tourmentée. Un sanglot cristallisé. » Avec cette mère,
sa sœur Mona et son petit frère adoré Alessandro le « tiot » handicapé
mental, sa vie est monotone.
Mais Alice est très belle, sa mère en fait un objet de revanche sur la vie,
en l’inscrivant à tous les concours de beauté de la région.
Lassée d'être utilisée comme une poupée, Alice, après le décès acci-
dentel de son jeune frère, décide de quitter le joug maternel pour s'ins-
taller à Paris.
Elle y rencontre Jean, « une certitude, le père, le frère, l’ami, l’amant,
l’époux », celui qui la guérit de tout : le bonheur parfait.
Un immense amour, une petite fille, jusqu'au jour où… sa mère lui
parle : « ces quelques phrases dans la bouche de ma mère, c’est comme
un fusil qui claque ».
Elle abandonne son mari et sa fille sans explications et mène une vie
d'errance et d'abnégation loin de toutes ses attaches.
Mais qui peut renier définitivement jusqu’à son identité, son passé et
sa propre chair ?
Sophie de Baere réussit à instaurer une tension permanente et nous
touche surtout par son écriture alerte et poétique. Alternant les chapitres
écrits du point de vue d’Alice avec ceux où sa fille Charlotte s’exprime,
l’auteure nous sensibilise au calvaire vécu par chacune des deux femmes.
Ce qui avait débuté comme une romance prend des allures de tragédie
antique ! À découvrir…
Marie-Claude

10
Yoga
Emmanuel Carrère
P.O.L.

À peine le livre refermé, j’entends déjà les détracteurs, pisse-froid et mauvais


coucheurs : quel fourre-tout narcissique, quel ego dilaté, quel récit foutraque !
Au moins l’auteur ne se prive-t-il pas d’assumer malgré lui ce moi qui
l’encombre comme une camisole mais lui sert de carburant pour avancer et
pour écrire.
Quant au fourre-tout, son principe même est à la base de Yoga. Le mot
« yoga » contient en germe l’idée du lien qui tient ensemble les contraires.
« C’est un livre sur le yoga et la dépression, sur la méditation et le
terrorisme, sur l’aspiration à l’unité et le trouble bipolaire » avertit la 4e de
couverture. Quête et enquête, YOGA aurait pu être un petit livre « souriant
et subtil » sur la méditation, un énième manuel de bien-être.
La vie en a voulu autrement, nous dit Emmanuel Carrère. Le stage de yoga
qu’il entreprend est violemment interrompu par la violence de l’Histoire, et
c’est le début d’un récit rocambolesque. Et d’étaler sous nos yeux le puzzle
d’une vie contradictoire, passant du jour au lendemain de la méditation
intemporelle au drame personnel, de la pleine conscience épanouie à la
mauvaise conscience dépressive, du souci altruiste au repli sur soi, du zen à
la psychose.
Chronologique et dialectique, ce récit autobiographique passe sans crier
gare d’une douleur indicible à d’intenses bonheurs qui se cristallisent dans la
perfection érotique d’une relation amoureuse. Pas étonnant qu’il cite Louise
Labé et son célèbre sonnet : « Je vis, je meurs, / Je me brûle et me noie, / J’ai
chaud extrême en durant froidure, / J’ai grands ennuis entremêlés de joie… ».
Emmanuel Carrère maîtrise comme personne le story-board de sa vie : on
pourrait même trouver un tantinet roublard cet art consommé du montage,
cette fluidité du récit où l’auteur joue avec les indices qu’il jette l’air de rien
et reprend quelques pages plus loin sans qu’il y paraisse. La drôlerie est
rarement absente, sauf quand la crise qui le submerge interdit toute distance
littéraire. Moments « immémorables » d’une psychose qui le terrasse et le
sort du racontable. Fin du procédé, place à l’émotion pure.
Il y a chez Emmanuel Carrère un talent, j’allais dire un génie, de
l’ordonnancement d’une vie en récit. À chaque chapitre, toute cette prose
efficace et lumineuse semble couler naturellement vers une chute qui tombe
juste. Un style comme le swing du golfeur qui prélude au lancer parfait.
Patrick

11
Avant la longue flamme rouge
Guillaume Sire
Calmann-Levy

1971, le Cambodge : Destitution de Norodom Sihanouk, coup d’état du


général Lon Nol, guerre contre les Khmers rouges, les Viêt-Congs.
Dans une ville où affluent les réfugiés, les habitants subissent, courbent
le dos et craignent d’être exécutés pour avoir soutenu le Prince, les Khmers
rouges… ou leur origine vietnamienne.
Chez les Inn, l’inquiétude grandit : Saravouth 11 ans et sa sœur Dara 9
ans, enfants intelligents et solitaires se sont construit un monde imaginaire,
le « Royaume Intérieur », qu’ils enrichissent dans un premier temps des
contes lus par leur mère, puis de leurs propres lectures : l’Iliade et
l’Odyssée, Peter Pan… pour se protéger du monde réel, cet « Empire
Extérieur ».
Mais la persécution envers les Vietnamiens se renforce, et l’homme au
complet bleu les contraint de les suivre. Saravouth se réveille en pleine forêt
grièvement blessé, seul. Sa sœur et ses parents ont disparu !
Recueilli et soigné par une vieille guérisseuse Iaï, il ignore ce qui est
arrivé à ses parents et à sa sœur, et veut partir à leur recherche. Convaincu
qu'ils l'attendent tranquillement à la maison, il n’a qu’une idée en tête :
rallier Phnom Penh !
Sa quête le mène de forêts en hôpitaux en passant par des sables mou-
vants, la traversée périlleuse d'un lac en sampan. Voyageant au milieu de la
guerre, slalomant entre les cadavres, les tirs, les crocodiles et une flore
hostile.
Le retour vers la capitale assiégée est semé d'embûches et de violences
inouïes, avec des conditions de vie en ville terribles : combats, tirs de
roquette, vols, meurtres, trahisons, la faim…
Et Saravouth continue à chercher jusqu’à ce que…
Ce roman inspiré d’une histoire vraie m’a marqué et parfois bouleversé
par son rythme, ses actions, ses personnages. J’y étais !
Comme dit René Char, l'auteur préféré de la mère de Saravouth, « Il faut
trembler pour grandir ».
Jean

12
Rivage de la colère
Caroline Laurent
les Escales

Perdue dans l’océan Indien, connue de tout le monde, l’île Maurice,


précédemment appelée « île de France » était une colonie britannique
depuis 1810. Elle est devenue indépendante en 1967 à l’issue d’un
référendum d’autodétermination.
Mais qui connaît l’archipel des Chagos.... Dépendant de l’île Maurice
pendant la période coloniale, les Chagos ne vont pas connaître le même
sort : il va rester sous domination britannique et l’île de Diego Garcia, la
plus grande, sera louée aux Américains pour en faire une base militaire
stratégique... à condition qu’elle soit vide d’habitants !
Voilà pour le contexte dans lequel se situe l’histoire de Marie-Pierre
Ladouceur. Née à Diego Garcia, elle mène la vie simple et sans souci des
Chagossiens. Loin de la richesse, mais une vie « au Paradis », où tout se
partage entre îliens, fêtes sur la plage, pêche, récolte du coprah, huile de
noix de coco, pour le compte du « Gouverneur » mauricien,.... C’est lui
qui fait « la loi », plutôt douce, accompagné de son secrétaire, Gabriel,
beau Mauricien venu à Diego Garcia alors qu’il rêvait d’études à Londres.
Lors de son arrivée sur l’île, il est ébloui par la beauté de Marie-Pierre.
La politique va venir se mêler à cette histoire de cœur, révélant le
courage et la force de caractère de ceux qui semblent les plus démunis.
Franco-mauricienne, Caroline Laurent a entendu parler de cette
histoire par sa mère. Après de solides recherches, elle a découvert la
véritable histoire des Chagos. Son livre dénonce l’horreur de la politique
britannique à l’égard des Chagossiens, et prend parti pour la plainte
menée par Joséphin, le fils de Marie-Pierre Ladouceur, auprès de la Cour
Internationale de Justice en 2019, contre le gouvernement britannique.

Marie-Anne

13
Avant que j’oublie
Anne Pauly
Verdier

Il faut un certain cran pour s’attaquer à un topo littéraire aussi rebattu


que la mort du père.
Il faut notamment, dès la première page, cette puissance du petit détail
qu’elle note avant d’oublier : « On avait rangé les placards, mis la
prothèse de jambe, le gilet beige, les tee-shirts et les slips dans deux
grands sacs Leclerc, plié la couverture verte tachée de soupe et de sang,
fait rentrer dans la boîte à médicaments – une boîte à sucre décorée de
petits Bretons en costume traditionnel – le crucifix de poche attaché par
un lacet à une médaille de la Vierge, à un chapelet tibétain et à un petit
bouddha en corne ». Il y a dans cet inventaire macabre une sorte de drô-
lerie présente à chaque instant dans ce court récit. Il y a aussi tout le por-
trait d’un père fantasque, insupportable, alcoolique profondément blessé.
Comme le sont les survivants.
À la mort du père, tout remonte. La filiation d’abord : il est lui-même
un enfant du malheur : son propre père picole et déprime avant de se
faire écraser par un camion.
Le voici à la tête d’une famille à l’emporte-pièce. Devant le cercueil, la
narratrice se fait l’effet « d’une bande de pieds nickelés en manteau
Kiabi ».
Un père double, mi-ombre mi-lumière : « Sa vraie personnalité, enfin
débarrassée des hardes puantes de l’alcool, était ressortie : un
contemplatif fin mais gauche, gentil mais brutal, généreux mais
autocentré, dévoré par l’anxiété et la timidité, incroyablement
empêché ».
Et puis, au-delà de la noirceur, avec cette écriture au scalpel entre le
burlesque et le mélodrame, le récit s’ouvre sur une lumière, une lettre
comme une rencontre, qui révèle le père qu’elle aurait pu avoir, si la vie
avait été moins sévère avec lui.
Point d’orgue au tombeau de l’homme qui avait tout raté mais qui
savait parler aux oiseaux, la scène finale, sans jamais surligner l’hypothè-
se surnaturelle, invite une pie à la dispersion des cendres.
Patrick
Avant que j’oublie a été élu Prix du Livre Inter 2020

14
Propriétés privées
Lionel Shriver
Belfond

Nous tenons à ce que nous possédons. C'est une vérité


communément partagée, mais qui est loin de faire le bonheur de
l'humanité, tant elle est capable de faire perdre la raison pour un objet
que d'aucuns jugent dérisoire ou pour une cause que d'aucuns trouvent
infondée ! Lionel Shriver excelle dans les romans substantiels qui lui
permettent de creuser quelques pathologies éternelles ou issues de notre
monde moderne. Elle préfère dans ces nouvelles, éparpiller son attention
sur diverses situations emblématiques, jusqu'à la cocasserie parfois, que
suscite le caractère possessif dans lequel beaucoup d'entre nous se
reconnaîtront …
Aimerions-nous en effet nous faire « voler », à plus de 40 ans, notre
meilleur et plus vieil ami, – avec qui nous jouions en toute innocence au
tennis deux fois par semaine –, par sa future épouse devenue notre amie,
mais qui décide de ne pas nous inviter à leur mariage ? Reproche de la
future épouse : « Ton amie agit comme si tu lui appartenais » .... Alors
que tu es à moi maintenant, pense-t-elle tout haut !
Cette seule nouvelle n'est qu'un exemple de la fantaisie, de
l'imagination débordante, de la connaissance du cœur humain de
l'auteure. Elle sait se moquer gentiment de ce qui fait mal, mais elle peut
aussi lâcher une plume débridée jusqu'au sarcasme, comme dans
« Terreur domestique ».
Dans tous les cas sa finesse d'analyse et sa plume acérée se teintent
d'un brin de sophistication. Un régal !
Nicole

Lionel Shriver : auteure américaine âgée de 63 ans, elle a écrit 7 romans traduits en
français, dont Il faut qu'on parle de Kevin, prix Orange 2005, adapté au cinéma. La
nouvelle La sous-locataire, située à Belfast est inspirée de son séjour en Irlande.

15
La salle de bal
Anna Hope
Gallimard

Au début du siècle dernier, en Angleterre comme dans d'autres pays


européens, certains membres de la classe dirigeante s'inquiétaient du fait
que « les sections de la communauté qui parviennent le moins bien à
gagner décemment leur vie se reproduisent plus rapidement que les
bénéficiaires de salaires plus élevés ».
Ainsi parla Leonard Darwin, fils du fameux Charles, lors d'une réunion
de la Société eugénique en 1911, dont un des piliers n’était autre que
Winston Churchill, à l'époque Ministre de l'Intérieur.
Il fallait à tout prix empêcher la décadence de la Nation. Voilà le
contexte de La Salle de bal d'Anna Hope. L'histoire lui fut inspirée par
celle de son arrière-arrière grand-père irlandais, qui ne se remit jamais
d'avoir été incarcéré dans un hôpital psychiatrique anglais. Dans le
roman, la salle en question (qui a réellement existé) se trouve dans l'asile
de Sherston, où se déroule la majeure partie de l'intrigue, partagée entre
trois personnages : Charles, médecin « traitant », tourmenté par ses
propres démons, qui se laisse emporter par le délire eugénique et un
désir de vengeance ; Ella, femme indépendante qui, poussée à bout, eut
le malheur de casser une vitre dans la filature où elle travaillait et qui est
parfaitement saine d'esprit ; et John, ouvrier irlandais dont la virilité
trouble Charles et fait naître le désir chez Ella. D’où le drame…
Le prologue/épilogue, très beau, nous amène en Irlande en 1934.
Étude de société, de mœurs et du cœur humain – à ne pas rater !
Anne

16
L’audacieux Monsieur Swift
John Boyne
J.-C. Lattès

Ne vous laissez pas rebuter par ce titre peu « vendeur » – mauvaise tra-
duction de l’anglais « A ladder to the sky » : (littéralement) une échelle
pour le ciel. Car ce roman est celui de l’ambition cruelle et sans scrupule
qui fait que l’on n’hésite pas à tout balayer (euphémisme) sur son
passage.
Le héros, ce Monsieur Swift, a pour ambition chevillée au corps de
devenir un écrivain adulé, le plus grand de sa génération si possible.
Pour cela, il lui manque un élément essentiel : l’imagination, l’inspira-
tion. Il sait écrire mais ne sait pas quoi écrire. Et pour y remédier, il va
tout se permettre.
L’histoire est passionnante, l’art du roman y est à son paroxysme,
mêlant différentes époques, prenant tour à tour le point de vue de l’un
ou l’autre personnage. Des rebondissements permanents nous tiennent
en haleine et jusqu’à la fin, le héros saura nous montrer de quoi il est
capable.
Ici, pas de politiquement correct, on se donne les moyens de ses
ambitions, tel un rouleau compresseur, on écrase et on profite.
Le style clair et fluide accompagne à merveille l’intrigue. Plus de 400
pages qui se dévorent à toute allure.
Marie-Christine

John Boyne est né à Dublin, où il a toujours vécu. Il est l'auteur de 7 romans et de


plusieurs nouvelles pour lesquels il a déjà reçu deux prix littéraires irlandais.

17
Arène
Negar Djavadi
Liana Levi

Les destins croisés d’hommes et de femmes, rassemblés ici dans l’est pari-
sien transformé en une arène dans laquelle s’affrontent des communautés et
des personnages de toutes origines, habitants de ce quartier.
Leurs vies s’entrechoquent dans une épopée sociale palpitante, qui dresse
un constat lucide d’une société impuissante face à la violence qu’elle génère.
La jalousie de la réussite, l’échec, la drogue banalisée, les petits ou grands
arrangements ! L’impuissance des mères à sortir leurs enfants de ce qui
semble être une fatalité. Tous ont la parole et nous plongeons un peu mieux
dans leur quotidien fait de violence et de manque de dialogue. Trop de
choses ont perdu de l’importance.
Le jeune Gabriel, 16 ans est retrouvé tué près des poubelles. La semaine sui-
vante c’est Issa, le jeune avec son sweat au signe argenté dans le dos qui est
retrouvé mort, sans aucun doute un règlement de comptes entre les deux cités !
Benjamin Grossman, issu du quartier, lui, a réussi. Il a un haut poste chez
« Be Current » plateforme américaine de diffusions de séries. Pour tenir le
coup et rester dans le moule, il est coaché et une petite ligne de coke, quand
c’est trop dur, l’aide à tenir le rythme. Il fait partie de ces cadres qui n’ont
plus le temps de se retourner sur leur vie. Ce qui compte, c’est tout ce que
lui déverse son téléphone quotidiennement comme informations, réunions,
félicitations…Toujours en stress ! Tout bascule quand un soir, troublé par
une visite chez sa mère, il pense qu’on lui a volé son téléphone dans le bar
d’où il vient de sortir ! Il identifie très vite le présumé coupable, ce jeune avec
le sweat au signe argenté dans le dos. Il y a une bagarre.
C’est la toute-puissance de l’image qui va faire tout le reste et mettre le
feu aux poudres. Une vidéo postée le lendemain sur « Youtube » fait le buzz !
On y voit une policière donner un coup de pied à un corps inanimé, vêtu
d’un sweat avec un signe argenté dans le dos.
Mené comme un roman policier, ce récit se dévore malgré un si triste
constat de société, que nous ne pouvons néanmoins pas nier ! Chacun des
protagonistes voit son destin éclater dans la violence du moment qui fait bas-
culer toute sa vie. L’auteure nous laisse quand même sur une note d’espoir
pour Benjamin…
On retrouve les sujets chers à Karine Tuil, ces auteures nous emmènent
au cœur de la tourmente de la société. Negar Djavadi s’était largement distin-
guée pour son premier roman en 2016 « Désorientale », l’histoire d’une
famille libanaise sur trois générations.
Marie

18
Objectif soleil
Bertrand Piccard et André Borschberg
Stock

« On les avait crus fous quand ils ont parlé de leur projet, et pourtant
ils ont réussi ce que l’on pensait impossible ».
Bertrand Piccard et André Borschberg sont entrés dans la légende. Se
relayant dans le cockpit monoplace de leur avion solaire, ils ont accompli
un tour du monde sans une seule goutte de carburant.
Dans ce livre, ils nous offrent un récit à deux voix relatant leur aven-
ture. Mais ce récit va au-delà de la simple narration de l’exploit technique
et humain. Au fil des pages, on découvre le destin de deux hommes qui
se sont unis pour réussir un exploit jamais imaginé auparavant.
Ce récit raconte aussi la transformation des deux hommes. Comment
il a fallu sortir de sa zone de confort pour oser aborder des rivages incon-
nus. Autant sur le plan technique, quand il a fallu inventer des solutions
technologiques qui n’existaient pas, que sur le plan humain. Comment le
médecin psychiatre est devenu pilote d’essai d’un avion extrêmement
délicat à piloter et inversement comment le pilote d’essai rigoureux a dû
briser sa coquille et apprendre à communiquer ses émotions.
On découvre au fil des pages les doutes des deux hommes face aux
difficultés techniques, financières ou réglementaires qui brident le déve-
loppement du projet et face au temps qui passe trop rapidement quand
on pilote un projet de cette envergure.
Le récit ne passe pas non plus sous silence le combat d’égo des deux
personnages qui par moments s’opposent l’un contre l’autre pour rester
dans la lumière. Il nous montre bien qu’à force de patience, d’échanges
et de discussions, il est possible d’aplanir beaucoup de problèmes et de
franchir des montagnes et des océans.
Au final, on ressort de ce livre plein d’allant en se disant que tout est
possible : « Là où il y a une volonté, il y a un chemin » (A. Einstein). Alors
si vous aussi vous avez des rêves, foncez !
Éric

19
Nos coups
Là où chantent les écrevisses - Delia Owens - Seuil

Une belle histoire bien construite comme on les aime ! Une héroïne que
l’on suit avec passion de l’enfant sauvage à la femme accomplie : Kya, la « fille
des marais ». Un décor somptueux dans une nature à la fois hostile et luxu-
riante : les marais de la côte de Caroline du Nord. Un fond de racisme dilué
dans un univers plein de sensualité et de poésie. Une fin inattendue !
Tout pour faire un bon roman qui nous captive de bout en bout ! Allez
donc chercher où chantent les écrevisses …
Marie-Claude

Âme brisée - Akira Mizubayashi - Gallimard - Prix des Libraires 2020

Vous aimez le Japon, vous aimez le violon … vous allez vibrer à la lecture
de ce roman tout en délicatesse et en émotions.
En 1938, au cours d’une répétition, des militaires japonais viennent arrêter
brutalement quatre musiciens accusés de jouer de la musique occidentale .
Rei, jeune garçon de 11 ans, assiste à la scène, caché dans un placard. Sa vie
en sera bouleversée.
On suit le destin d’un homme déraciné, coupé de sa famille et de sa terre
natale, en quête de son histoire, qui se réfugie dans la musique et la beauté.
Marie-Claude

La vie de Gérard Fulmard - Jean Echenoz - Minuit

Tranche de vie d'un anti-héros sur lequel s'acharne le sort et qui subit sans
cesse les effets collatéraux de ses décisions ou d'événements plus majeurs.
C'est aussi une galerie de portraits parmi lesquels on peut reconnaître une
fille et sa tante qui dans le livre se transforment en une fille et sa mère et
qui œuvrent dans un parti peu recommandable. L'auteur est piquant et peu
indulgent envers ses personnages, tous dépeints avec ironie et sans grande
tendresse. Les lieux où se déroule l'histoire revêtent une importance symbo-
lique, pas sur le mode Modiano, mais en moins tragique et plus farfelu.
Marie-Christine

20
de cœur
Changer le sens des rivières - Murielle Magellan - Julliard

Jeune femme d'origine modeste, Marie se fait rabrouer par un homme qui
se trouve supérieur à elle. Malheur ! Mais nous ne sommes pas en 1974, Marie
n'est pas la Dentellière et elle ne finira pas à l'Asile. Bien au contraire.
Dans ce conte de fées moderne, on survit à tout, même à un embarras judi-
ciaire. Jubilatoire !
Anne

Impossible - Erri de Luca - Gallimard

Joutes verbales entre un jeune juge et un homme qui ne peut être que le
meurtrier dans l’affaire dont il a la charge ! Tout l’accuse, surtout son passé !
Coupable, « Impossible » qu’il en soit autrement !
Est-ce une « coïncidence volontaire, une coïncidence fortuite » ou « le
hasard » qui a remis sur le même chemin ces deux hommes à trente années
d’intervalle !
Des phrases ciselées, claires et précises. Des échanges dans lesquels
chaque mot prend tout son sens.
Le présumé coupable se défend, le juge vacille ! Il est admiratif !
La culpabilité ici n’est pas le sujet qui nous intéresse mais bien au-delà ce
sont les sujets auxquels il nous est donné à penser : la trahison, l’amitié, la jus-
tice, la vengeance. C’est à nous de jouer !
Petit livre très fort !
Marie

Fille - Camille Laurens - Gallimard

Dans les années soixante, Laurence grandit avec sa sœur dans une famille
de classe moyenne. Née fille au lieu d’être le garçon désiré par le père, elle
se vit “en creux” et se réfugie dans les fantasmes. Mais en grandissant, la nar-
ratrice, passant du tu au je, s’approprie sa féminité jusqu’à la transmission à
sa propre fille.
Camille Laurens évite l’écueil du pur réquisitoire féministe grâce à une
écriture ciselée et des jeux constants avec la langue : des moments de rire,
de brisure, de violence… qui illustrent bien la complexité du féminin
aujourd’hui comme hier.
Marie-Claude

21
Pages BD :

Scénario : Benec
Dessin : Legrain, Thomas

Genre : Polar

Série en cours, composée de dyptiques


mettant en scène Sisco en tant qu’agent
des services secrets du Gouvernement
Français.

Tomes 1 et 2 : Sisco est appelé pour empêcher


un homme de témoigner contre le Président…

Tomes 3 et 4 : L’Élysée veut faire passer une


loi virulente contre le trafic de drogue. Or la fille
du Président est adepte aux drogues dures…….

Tomes 5 et 6 : A l’ONU, Sisco doit assurer la


protection du Président qui s’insurge contre la
Mafia….

22
Sisco

Tomes 7 et 8 : Sisco sera-t-il un agent


double?…..

Tomes 9 et 10 : Reconverti dans la protection


privée, Sisco est confronté à un sabotage met-
tant en cause le Gouvernement Français. Sisco
est appelé à la rescousse…….

Tome 11 et 12 : Une jeune femme, Manon, est


enlevée au Soudan. Lorsque Sisco vient la déli-
vrer, elle n’est plus là… Sisco repart en mission
en Belgique où il découvre un rapport avec le
rapt de Manon……

Série très divertissante. Le personnage de Sisco


est cynique, froid mais très professionnel.
Le graphisme est classique, réaliste.
C’est très réussi !

Martine
23
Médiathèque Municipale
de Châteauneuf
1, rue du Baou
Tel. : 04 93 42 41 71
mediatheque@ville-chateauneuf.fr

Journal des Lecteurs


écrit par et pour les lecteurs

Mise en page :
L’esp@ce Multimédi@
Rédacteur en Chef :
Marie-Claude LAMBERT

Impression :
Zimmermann - Villeneuve-Loubet

Ils ont participé à ce numéro :


Éric Bataillou Anne Hannan
Françoise Bouvard Marie-Claude Lambert
Patrick Breton Nicole Leroy
Martine Deprez Jean Levant
Marie-Christine Garnier Christine Ringelstein
Marie-Elise Gutton Marie-Anne Rouan