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Diversité spécifique et sites préférentiels d’attachement des tiques dures

(Ixodina) infestant les vaches (Bos taurus) à l’abattoir national de la


municipalité de Mangobo à Kisangani (RD Congo).

Par
NGOY LUHEMBWE Steve

Rapport de terrain effectué à l’abattoir de national de Mangobo


du 22 octobre 2018 au 01 décembre 2018

Fevrier 2019
I. INTRODUCTION

1.1. CONTEXTE ET JUSTIFICATION

En République démocratique du Congo, le secteur de l’élevage a connu une forte régression par la
diminution des effectifs des animaux suite à des pillages systématiques organisés par des groupes
armés et à des mortalités élevées des animaux liées à l’émergence des maladies endémiques
comme l’East Coast fever (ECF), l’anaplasmose et la trypanosomose (Kasereka, 2012) et d’autres
qui demeurent encore inconnues. En effet, dans l’actuelle province de la Tshopo et dans la province
de Bas-Uélé, il a été signalé le phénomène M’bororo qui sont des éleveurs nomades conduisant
leurs troupeaux de vaches de la République centre Africaine jusqu’à l’abattoir de Mangobo à
Kisangani. Et d’après Etchike et al. (2014), l’élevage du gros bétail constitue l’une des principales
activités de production dans de nombreuses régions d’Afrique. Cependant, il est difficile de donner
avec exactitude le nombre de tête des vaches que dispose la RD Congo en général et la Province
de la Tshopo en particulier. Cette dernière est approvisionnée en viande de bœuf dans la plupart
des cas par les éleveurs M’bororo qui pour le reconnaitre participe au développement économique
de la ville de Kisangani. En effet, cette situation constitue un risque majeur en matière de santé
publique pour la population de la ville de Kisangani en cas d’une éventuelle épidémie que ces
vaches importées depuis la République centre Africaine seraient à l’origine. Car d’après Kasereka
(2012), les importations d’animaux constitueraient un risque élevé d’introduction des maladies
telles que les maladies transmises par les tiques de milieux ruraux vers les milieux urbains dans
la mesure où ces M’bororo traversent avec leurs vaches différents écosystèmes forestiers pour
atteindre leur destination finale avec la probabilité qu’il ait échange des parasites et d’agents
pathogènes entre les animaux sauvages et les bétails et vis-versa (Woodroffe et al., 2005).

Les tiques sont des ectoparasites hématophages obligatoires des animaux sauvages et domestiques
et de l’homme accidentellement. En effet, ces sont les plus importants ectoparasites des bétails
dans les régions tropicales et sub-tropicales et sont responsables des pertes économiques sévères
car elles affectent directement la condition physique de son hôte vertébré en se nourrissant de son
sang et indirectement comme vecteurs d’agents pathogènes et la production de toxine Shichibi et
al., (2017). Ces ectoparasites sont responsables d’infections potentiellement graves chez l’homme

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et chez plusieurs espèces animales (Jongejan et Uilenberg, 2004) dont la Babesiose,
l’Anaplasmose et l’Erlichiose plus particulièrement chez les ruminants domestiques (Kumisa,
2017). Et selon Kahn (2010), environ 80 % de population de bétails dans le monde sont en risque
d’infestation par les tiques et les maladies vectorielles à tiques. Ces dernières représentent un frein
majeur au développement et à l’amélioration de la production des animaux de rente dans la plupart
des régions du monde plus particulièrement en Afrique (Elfegoun et al., 2013) où la pauvreté est
endémique.

L’expérience acquise lors de nos précédentes collectes de tiques qui infestent les porcs à l’abattoir
du marché IAT à Kisangani nous a convaincu qu’il serait intéressant de poursuivre ce genre
d’investigation pour ce qui est de la collecte des tiques dures (Ixodida) des vaches à l’abattoir
national de Mangobo car ce dernier comme celui du marché IAT est un bon point de prélèvement
de tiques dures parasitant les bétails à l’instar des vaches, moutons, chèvres, porcs et ânes
provenant dans la plupart de cas d’autres provinces. Les vaches M’bororo acheminées à l’abattoir
national de Mangobo sont potentiellement malades car ne bénéficiant que peu ou pas des soins
vétérinaires. Et, il a été signalé des cas de mortalité suspecte des vaches M’bororo entre les mois
d’Octobre et de Novembre 2017 dans la province de Bas-Uélé, province voisine de celle de la
Tshopo. Cette situation avait nécessité l’intervention d’une équipe composée de quatre personnes
dont deux du ministère et deux de la Division Provinciale de l’Agriculture, Pêche et d’Elevage
dans le but d’élucider la raison de cette mortalité des vaches M’bororo. Et vu que la plupart de ces
vaches ont comme destination finale la ville de Kisangani, alors cette dernière serait exposée à des
maladies vectorielles émergentes ou réémergentes pouvant constituer une menace réelle pour la
santé de la population locale. En effet, l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) déclare
que 60 % des maladies infectieuses chez l’homme sont zoonotiques (Jürg et al., 2017), et dans
le contexte de la RD Congo en général et de la province de la Tshopo en particulier les études sur
les arthropodes responsables de nombreuses de maladies vectorielles aussi bien chez les animaux
que chez l’homme ne sont pas bien approfondies à l’instar des maladies vectorielles à tiques.

D’où, nous avions pensé qu’il serait intéressant de mener une telle investigation dans le cadre du
concept « One Health » car cette étude n’est pas vraiment approfondie dans la ville de Kisangani
et elle nous permettra d’avoir une collection des tiques dures des vaches abattus à l’abattoir de

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Mangobo et des échantillons sanguins afin d’isoler dans les futurs recherches les germes
pathogènes.

Le présent travail avait pour objectifs :

 Identifier les espèces de tiques parasitant les bovins abattus à l’abattoir national de
Mangobo et de déterminer la prévalence d’infestation de ces espèces chez les bovins
infestés;
 Identifier les sites de prédilection des tiques sur le corps de la vache infestée;
 Mesurer l’intensité parasitaire en tique en tenant compte de sexe et l’âge des hôtes infestés;
 Proposer un plan de control des tiques à l’issu de cette étude.

2. MATERIELS ET METHODE

2.1. ZONE D’ETUDE

La présente étude a été réalisée à l’abattoir national de Mangobo (00°32,75’N et 025°10,23’E) qui
a été créé en 1956. Il est situé dans la commune de Mangobo l’une de six communes que compte
la ville de Kisangani. L’abattoir est plus connu pour l’abattage des vaches (fig.1) car il est bien
adapté à cette tâche. Cependant, d’autres animaux de rente à l’instar des porcs, âne, etc. sont aussi
abattus dans ledit abattoir mais l’abattage des vaches reste sa spécialité.

Les vaches M’bororo sont des animaux d’élevage de plein air, transhumants ou nomades et sont
utilisés dans la production de la viande de bœuf principale. Les éleveurs M’bororo acheminent
leurs vaches à l’abattoir (Fig. 2) pour les vendre en détails auprès des mamans acheteuses qui à
leur tour iront vendre la viande de bœuf au marché central de Kisangani ou ailleurs.

Comme toute institution publique rencontrée en RD Congo, le personnel de l’abattoir national de


Mangobo est formé en grande partie des vieux vétérinaires et des abatteurs qui sont pour la plupart
des cas des jeunes. Cependant, la plupart d’entre eux ne sont pas engagés par l’Etat congolais. En
effet, à l’heure actuelle, rien que 10 personnes sont engagées par l’Etat congolais, et environ 40
travailleurs que compte l’abattoir dont la plupart des abatteurs ne sont pas engagés et œuvrent
comme des journaliers. Les personnels de l’abattoir ne sont pas bien payés c’est ce qui fait à ce
que la profession de vétérinaire en RD Congo soit négligé car les jeunes ne la trouvent pas assez
lucrative et de surcroit les considèrent comme une profession réservée aux vieux.

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L’abattoir national de Mangobo comme tous les abattoirs rencontrés en RD Congo n’échappent
pas à la réalité qui sévisse dans les institutions publiques, et cette réalité est considérée comme
normal dans la plupart des institutions de l’état selon lequel la vétusté caractérisée des outils et
d’infrastructures prime sur le modernisme, et ceux-là rendent la réalisation des travaux difficiles
et n’offrent pas aux travailleurs un bon cadre de travail.

Figure 1 : Des mamans vendeuse de viande de bœuf à l’abattoir national de Mangobo

2.2. COLLECTE, CONSERVATION ET IDENTIFICATION DES TIQUES

Les données ont été collectées du 22 octobre 2018 au 01 décembre 2018 soit durant 1 mois et
demi. Au total, nous avions effectué 24 sorties dont 4 sorties par semaine. En effet, avant de
procéder au collecte des données, nous avions fait une petite prospection pour nous renseigner
auprès de l’inspecteur vétérinaire en chef sur le programme d’abattage et la disponibilité des
vaches à l’abattoir, et ce dernier nous avait donné le programme suivant : les vaches sont abattus
chaque lundi, mercredi, vendredi et samedi. Et, c’est sur base de ce programme que nous avions
organisé nos collectes des données.

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Nous arrivions à l’abattoir avant que les abattages des vaches ne commencent c’est-à-dire avant
07h00 l’heure correspondant aux abattages des vaches. Une fois à l’abattoir, nous mettions nos
combinaison et portions des gants muni de notre bloc note et des seringues 5cc pour le prélèvement
de sang des vaches examinées. Les tiques étaient avant tout localisées visuellement et en suite
collectées à la main juste sur un côté du corps de la vache récemment abattue par une traction
horizontale avec délicatesse afin de ne pas endommagé les pièces buccales éléments essentielles
dans l’identification morphologique de la tique (Fig. 3 et 4). Ces ectoparasites étaient ôtés suivant
la région anatomique de l’hôte examiné (abdomen, aisselle, dos, flanc, mamelle, membres, région
anale, région inguinale, tête et queue), et étaient placées dans un premier temps dans un sachet
contenant une étiquette indiquant la partie du corps où la tique avait été prélevée et le code de son
hôte. Nous prenions aussi le sang dans une seringue de 5cc que nous placions dans le tube EDTA
ou sur un serobuvard portant le label de son hôte et la date (Fig. 5).

Nous avions également utilisé des questionnaires d’enquête pour les éleveurs ou propriétaires des
vaches apportées à l’abattoir national de Mangobo pour avoir des informations supplémentaires
en ce qui concerne l’élevage pratiqué par les M’bororo. En effet, l’enquête avait pour but principal
de vérifier la connaissance de ces éleveurs sur les tiques et de leurs maladies sur les vaches. Dans
nos collectes des données nous avions aussi tenu compte de l’âge de l’hôte, de la provenance de
l’hôte et de l’état montrant à quel point l’hôte a été parasité. En fonction de l’âge, les vaches étaient
regroupées en deux groupes (≤ à 3 ans et ˃ à 3 ans).

Au laboratoire du Centre de Surveillance de la Biodiversité, les tâches consistées dans un premier


temps à placer les tiques collectées dans des tubes eppendorfs contenant de l’alcool à 70% et des
étiquettes mentionnant le numéro de l’hôte et la région anatomique où la tique avait été prélevée
(Fig. 6), conserver les sangs dans un réfrigérateur à – et par la suite procéder aux dénombrements
des tiques et aux identifications grâce à la loupe binoculaire de marque Leica EZ4. En effet, les
identifications reposaient sur les caractéristiques morpho-anatomiques telle que décrites par
certains auteurs dont Walker et al. (2003), Okello-Onen et al. (1999) et Matthysse et Colbo (1987).

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Figure 2 : Acheminement des vaches à l’abattoir national de Mangobo

Figure 3 et 4: abattage et collecte des tiques sur une vache

Figure 5 : Sang des vaches placés dans un tube contenant l’EDTA

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Figure 6 : mamelle d’une vache fortement infesté par les tiques de diffrerente espèce.

2.4. ANALYSES STATISTIQUES

Les données collectées durant la période d’étude avaient été enregistrées progressivement dans un
fichier Microsoft excel 2013, et nous avions utilisé le logiciel PAST (PAleontological STatistics)
pour les analyses statistiques. L’association entre le taux d’infestation et les variables telles que
l’âge et le sexe était déterminée par le test chi-carré au seuil de significativité de 5% et à l’intervalle
de confiance de 95%. Nous avions également calculé la prévalence d’infestation pour chaque
espèce de tiques collectées et l’intensité parasitaire moyenne.

Selon Laamri et al. (2012), la prévalence (P) qui est le rapport en pourcentage du nombre d’hôtes
infestés (Hi) par une espèce de parasite donnée sur le nombre d’hôtes examinés (Hex) et, est
calculée de la manière suivante : P (%) = (Hi/Hex)*100. Cependant, la prévalence relative (PR)
des tiques était calculée en divisant le nombre d’espèce ou de genres de tiques donnée par le
nombre total des tiques collectées multiplié par 100 (PR= (n/N)*100) (Taddese et Mustefa, 2013).
L’intensité parasitaire (IP) correspond au rapport du nombre total d’individus d’une espèce
parasite (n) dans un échantillon d’hôtes sur le nombre d’hôtes infestés (Hi) dans l’échantillon IP
= n/Hi (Laamri et al., 2012).

3. RESULTATS

Au total 1272 spécimens des tiques avaient été prélevés sur les vaches examinés à l’abattoir
national de Mangobo durant la période de l’étude. Et, ces tiques étaient regroupées en une famille
(Amblyommidae), 3 genres et 7 espèces dont Amblyomma cohaerens, Amblyomma variegatum,

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Amblyomma spp, Boophilus annulatus, Boophilus decoloratus, Rhipicephalus sp et Rhipicephalus
appendiculatus (Tableau 1). Boophilus annulatus était la plus représentée avec 432 individus soit
une prévalence de 33,96% et avec une forte intensité parasitaire de 5,20 suivi d’Amblyomma
cohaerens avec 394 individus collectés (30,97%) et avec une intensité parasitaire de 4,75 et
l’espèce la moins représentée est Rhipicephalus sp avec seulement 1 individu (0,01%) (Tableau
2). En effet, 96 individus de vaches (68 mâles et 28 femelles) avaient été examinés, et 83 étaient
infestés par les tiques soit une prévalence de 86,46%.

Nous avions identifié tous les stades de développement d’une tique sur les vaches examinées dont
les larves, les nymphes et les adultes. Ces derniers comptaient un grand nombre d’individus dans
notre collection 936 (73,58%), les nymphes avec 330 individus (25,94%) et les larves avec
seulement 6 individus (0,47%) (Tableau 3).

La différence d’infestation des vaches basée sur le sexe était statistiquement non significative (p>
0.05). Les vaches mâles étaient plus infestées que les femelles lors de nos investigations 89,71%
contre 78,57%. Et en se basant sur l’âge, la différence d’infestation n’était pas aussi
statistiquement significative entre les vaches de plus de 3 ans et celles âgées de 3 ans ou moins (p>
0.05) (Tableau 4). Ces investigations nous ont montré que chaque espèce de tiques avait une
préférence en matière d’attachement sur le corps de son hôte. En effet, nous avions trouvé que les
parties les plus infestées du corps d’une vache sont avant tout : la région anale (16,67%), la région
inguinale (14,23%), les mamelles (13,99%), l’aisselle (13,92%), l’abdomen (10,93%) et les
membres (10,69%) (Figure 7).

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Tableau 1 : Espèces de tiques prélevées sur les vaches en fonction du sexe et du stade de
développement

Espèces Mâle Femelle Nymphe Larve Total


A. cohaerens 190 104 99 1 394
A. variegatum 135 57 168 5 365
Amblyomma spp - - 3 1 4
Boophilus annulatus 27 350 55 - 432
Boophilus decoloratus 51 18 4 - 73
Rhipicephalus sp 1 - - - 1
R. appendiculatus 1 2 - - 3
Total 405 531 329 7 1272

Tableau 2 : Prévalence relative et intensité parasitaire des espèces de tiques parasites des
vaches
Prevalence Intensité
Espèces Effectif relative (%) parasitaire
Amblyomma cohaerens 394 30.97 4.75
Amblyomma variegatum 365 28.69 4.40
Amblyomma spp 4 0.31 0.05
Boophilus annulatus 432 33.96 5.20
Boophilus decoloratus 73 5.74 0.88
Rhipicephalus sp 1 0.08 0.01
R. appendiculatus 3 0.24 0.04
Total 1272

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Tableau 3 : Distribution des espèces de tiques sur les différentes parties du corps de l’hôte en fonction de stade de
développement

A. A. Amblyomma B. B. Rhipicephalus R.
cohaerens variegatum spp annulatus decoloratus sp appendiculatus
Sites de No. des
predilection A N L A N L A N L A N L A N L A N L A N L tiques
Abdomen 7 10 1 29 7 - - - - 75 4 - 6 - - - - - - - - 139
Aisselle 11 17 - 48 29 - - 1 - 53 6 - 9 2 - - - - 1 - - 177
Dos 5 4 - 5 5 1 - - - 10 - - 4 - - - - - - - - 34
Flanc 3 1 - 1 15 3 - - - 38 6 - 6 - - - - - - - - 73
Mamelle 64 18 - 27 13 - - - - 41 5 - 9 1 - - - - - - - 178
Membres 34 9 - 21 21 - - 2 - 44 4 - 1 - - - - - - - - 136
Région anale 121 11 - 18 15 - - - - 24 12 - 9 - - 1 - - 1 - - 212
Région
inguinale 23 6 - 40 13 - - 1 - 66 12 - 19 1 - - - - - - - 181
Tête 6 19 - 1 50 1 - - - 12 - - - - - - - - 1 - - 90
Queue 20 4 2 - - - - - 14 6 - 6 - - - - - - - - 52
Total 294 99 1 192 168 5 - 4 - 377 55 - 69 4 - 1 - - 3 - - 1272

Légende : A : adulte ; N : nymphe et L : larve


Tableau 4 : Prévalence d’infestation de tiques basée sur le sexe et l’âge de l’hôte

Parametres Hôtes examinés Hôtes infestés (%) Chi-carré P-Value


Sexe
Mâle 68 61 (89.71) 0.69
0.16
Femelle 28 22 (78.57)
Age
≤ 3 ans 65 56 (86.15%) 0.973
0.001
˃ 3 ans 31 27 (87.09%)
Total 96 83 (86.46%)

Figure 7 : Distribution spécifique des tiques suivant les parties anatomiques

140 132

120
Nombre des tiques

100
79 77 82 78
80
59
60 48 53 52
44 46 43
42
36 40
40 28 3336 29
20 25 24 20
18 19
20 11 911104 10 9 12
6 1 01 4 0 600 2 100 20 600
0 00 0 00 0 00 0 11 1 00 0 001
0
Abdomen Aisselle Dos Flanc Mamelle Membres Région Région Tête Queue
anale inguinale
Régions anatomiques

A. cohaerens A. variegatum Amblyomma spp B. annulatus


B. decoloratus Rhipicephalus sp R. appendiculatus

Nous avions également recueilli des données auprès des éleveurs amenant leurs vaches à l’abattoir
national de Mangobo. En effet, le but principal de l’entretien avec les éleveurs était d’évaluer la
connaissance de ces derniers par rapport aux tiques et les maladies qu’elles causent ainsi que de
connaitre les produits chimiques utilisés pour le contrôle des tiques. Pour ce faire, nous avions
soumis un questionnaire d’enquête aux 13 éleveurs. Cependant, 12 (92,31%) éleveurs ont répondu
à nos questionnaires. Cette faible participation des éleveurs était simplement due d’une part par le
fait qu’à cause des taxes exorbitant d’autres éleveurs avaient choisi de faire abattre leurs vaches
dans la forêt à l’abri des inspections des vétérinaires avec le risque immense de faire entrer au
marché des viandes impropre à la consommation et d’autre part nous avions remarqué que c’était
les même éleveurs qui se présentaient à l’abattoir. Cette situation devenait de plus en plus difficile
pour sa survie de l’abattoir.

La plupart des éleveurs appartenaient au tribut Hema dans l’Ituri (à l’est de la RD Congo), et ils
étaient âgés entre 25 et 45 ans et étaient tous de sexe masculin. Et 10 éleveurs (76,92%) possédaient
des vaches de race locale (Ituri et Bunia) et 3 seulement possédaient aussi des vaches de race
importée dont Hogo et RCA. Certains de ces éleveurs pratiquaient à la fois l’élevage des bovins
(locaux et importés), des caprins, des porcs de race locale et des ovins. Pour ce qui est du temps
mis par les éleveurs pour atteindre l’abattoir de Mangobo, un seul avait répondu qu’il mettait 30
minutes par moto pour atteindre l’abattoir car il habitait au kilomètre 7, alors 3 éleveurs avaient
dit qu’ils mettent entre 30 et 32 jours pour arriver à l’abattoir et 9 éleveurs avaient affirmé qu’il
leur fallait en moyenne 4 semaines pour atteindre l’abattoir. En ce qui concerne la restriction de
mouvement des bêtes, les éleveurs déclarent que pendant la journée les vaches étaient soumises à
une restriction de mouvement ci-après : en enclos, surveiller au pâturage, en divagation et attacher
à un poteau alors que durant la nuit elles étaient placées en enclos à côté de la maison. La plupart
de ces éleveurs possédaient des chiens et des chats. En effet, 12 d’entre eux (92,31%) reconnaissent
que leurs troupeaux sont infestés par les ectoparasites dont les tiques principalement. Ces
ectoparasites sont nommés « Mbara-Mbara » dans la langue Hema.

Face aux infestations des vaches par les tiques, la plupart des éleveurs essayent néanmoins de les
contrôler par des produits chimiques qu’ils nomment SUPADIP®, SUPONA®, RENEGADE®
et « Super ticks », et la majorité d’entre eux plongés ponctuellement leurs bêtes dans le bain pour
les dépouillées des tiques et autres ectoparasites potentiels. En plus des ectoparasites, les vaches
étaient aussi parasitées par les parasites internes principalement les ascaris d’après les informations
reçues auprès des éleveurs, et ces derniers administraient ponctuellement leurs vaches le
VERMOX® par la voie orale. Outre le VERMOX®, le VERIBEN® et l’oxytetraccycline étaient
aussi utilisé pour le contrôle des endoparasites. La plupart des éleveurs (76,92%) ont affirmé que
leurs bêtes étaient le plus souvent examinées à domicile par les vétérinaires en cas de maladies
dans la plupart des cas. Selon les affirmations de la majorité des éleveurs, le vaccin était administré
aux vaches et aux chiens (rage) par un vétérinaire qualifié dans le but de les protégés contre les
maladies pouvant être d’origine parasitaire ou virale susceptible de causer des pertes économiques

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sévères chez les éleveurs mais aussi un risque pour la santé publique. Cependant, ils déplorent
l’irrégularité du programme de vaccination des animaux de rente à l’instar des vaches, chèvres,
moutons et porcs bien que celle-ci soit obligatoire En dépit cette irrégularité, 7 éleveurs ont affirmé
qu’elle était efficace.

En ce qui concerne les cas de mortalité des vaches, certains éleveurs nous ont dit qu’ils ont été
confrontés aux quelques cas de mortalité dont les cas plus récents remontent en 2018. Face à ces
genres de situation, les propriétaires des vaches optent dans un premier temps l’option de soigner
eux-mêmes les bêtes à domicile mais en cas de complication, ils vendent la bête malade au marché
pour la consommation par la population locale avec tout le risque possible.

Les abatteurs des vaches à l’abattoir de Mangobo nous ont rapporté quelques cas de morsure par
les tiques appartenant au genre Amblyomma. Ils décrivent des effets tels que les démangeaisons,
des douleurs intenses qui peuvent durer quelques temps selon la durée de la morsure de la tique.
Et après cette morsure, il y a apparition des taches noires (escarre) à l’endroit de la morsure.

CONCLUSION ET RECOMMANDATION

En conclusion, les vaches examinées à l’abattoir national de Mangobo proviennent principalement


de la RCA, et elles sont fortement infestées par les tiques du genre Amblyomma, Boopghilus et
Rhipicephalus. D’autres éleveurs préfèrent faire abattre leurs vaches dans la forêt suite à
l’exagération des taxes par le service étatique et cela engendre une diminution du nombre des
vaches à l’abattoir comme l’avions remarqué constaté durant la période de notre étude. Cet état de
de fait peut faire à ce qu’il ait introduction de viande de qualité douteuse dans les marchés de la
ville de Kisangani.

Au regard des infestations massives constatées sur des vaches M’bororo apportées à l’abattoir de
Mangobo, nous proposons que les postes de contrôle des maladies vectorielles soient installés à
chaque barrière du service de l’environnement où les vaches M’bororo qui entrent en grande masse
seront examinées par des vétérinaires et seront aussi pulvérisées par des produits chimiques en vue
de les detiquées. Ce système de contrôle pourrait apporter des devises dans la caisse de l’état
congolais et détecter les vaches présentant un risque sur le plan de santé publique.

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REMERCIEMENTS

Nous remercions l’Institut Royal de Sciences Naturelles de Belgique (IRNScB) à travers son
programme CEBioS pour son appui financier dans la réalisation de cette étude. Nous remercions
aussi le Centre de Surveillance de Biodiversité (CSB) pour l’assistance matériel et technique et les
autorités de l’abattoir national de Mangobo de Kisangni pour leur hospitalité et la compréhension
de l’importance de notre travail.

15
REFERENCES

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