Vous êtes sur la page 1sur 9

Chapitre 2 : Les grands courants de la pensée économique

Chapitre 2 : LES GRANDS COURANTS DE LA PENSEE ECONOMIQUE


Après avoir défini et appréhendé l’objet de l’économie générale et sa méthode, on évoquera,
de manière schématique, l’histoire de la pensée économique. Cette schématisation, impose par
le caractère général et introductif prend essentiellement plusieurs formes. Dans ce chapitre,
nous allons voir dans un premier temps le courant de la pensée économique du 16ième siècle et
la naissance des grands courants de la pensée économique : courant libéral, le courant
marxiste et le courant keynésien et dans un second temps, nous allons parcourir les grands
courants actuels de la pensée économique : courant néo-classique, le courant néo-marxiste et
le courant néo-keynésien.

Section 1 : La pensée économique du 16ième siècle


La réflexion économique a d’abord été approfondie par les mercantilistes qui ont prôné
l’intervention de l’Etat. Les limites de ce modèle ont été mises en évidence à partir du 18 ième
siècle par les libéraux de l’école classique.

1.1 Le mercantilisme

Les mercantilistes considèrent que l’Etat doit attirer et conserver sur le territoire national les
métaux précieux (Or et Argent) qui constituent, selon eux, la principale richesse
indispensable au développement de l’activité économique.

Pour obtenir de l’or et de l’argent, un pays doit alors vendre davantage à l’étranger qu’il
n’achète ; en d’autres termes, il doit obtenir une balance du commerce favorable. Pour cela,
les mercantilistes préconisent une politique protectionniste avec d’une part, la création de
droits de douane et l’instauration de règles diverses pour les importations de produits
étrangers, d’autre part l’existence de subventions pour favoriser les exportations.

Dans le même but, cette école recommande aux gouvernants de faciliter le développement des
manufactures pour accroitre le volume des exportations et décourager l’introduction de
produits étrangers (importations).

Cette politique économique a notamment été appliquée par COLBERT (le Colbertisme ou
l’industrialisme) qui a utilisé la puissance réglementaire de l’Etat pour favoriser le
développement de l’économie nationale.

On distingue parmi les écoles mercantilistes :

Le Bullionisme (ou « mercantilisme espagnol ») qui préconise l’accumulation de


métaux précieux (or et argent) ;
Le Colbertisme (ou « mercantilisme français ») qui est tourné pour sa part vers
l’industrialisation ;
Le Commercialisme (ou « mercantilisme britannique » qui voit dans le commerce
extérieur la source de la richesse d’un pays.

M. Souleymane Hisseine Page 1


Chapitre 2 : Les grands courants de la pensée économique

Section 2 : La naissance des grands courants de la pensée économique

Les théories économiques actuelles sont les théories héritiers des grands courants de la
pensée économique dont certains ont vu le jour dès l’antiquité. Cependant, les plus
importants ont pris naissance au 18ième et 19ième siècles.

A l’origine de la pensée économique, on rencontre d’abord la physiocratie en France,


puis, peu après en Grande Bretagne, un ensemble d’auteurs, qu’on appelle les
classiques, construisent autour d’Adam Smith les fondateurs du libéralisme. Ils
donnent naissance à différentes écoles qui fondent leur conception d’un équilibre
économique général sur deux libertés fondamentales : la liberté individuelle et la
liberté d’entreprendre.

2.1 Le Libéralisme de l’école classique

La pensée économique a régnée souverainement entre 1770 et 1871. Les principaux


auteurs sont : Adam Smith, Thomas Robert Malthus, David Ricardo, Jean
Baptiste Say, etc.

2.1.1 L’origine de la pensée économique : La Physiocratie

La Physiocratie est un terme forgé par DUPONT DE NEMOURS. Les physiocrates


affirment qu’ils existent des lois économiques qui, tout comme les lois de la nature, sont
incontournables. En effet, la physiocratie signifie « le gouvernement de la nature » du grec
« fisio », nature, et « kratos », puissance. Les hommes doivent se soumettre à ces lois et ne
doivent pas intervenir dans ces mécanismes.

La théorie physiocratique voit dans la terre la source de toute richesse et s’élève contre les
politiques qui la délaissent au profit de l’industrie naissante. Au contraire des mercantilistes,
les physiocrates s’apposent à l’intervention de l’Etat. Ils mettent en avant l’existence de lois
économiques, comme il existe des lois en physique. Du fait de l’existence d’un ordre naturel
gouverné par des lois qui lui sont propres, le seul rôle des économistes est de « révéler » ces
lois de la nature.

L’école des physiocrates est originaire de France et a eu son apogée au cours de la seconde
moitié du 18ième siècle. La physiocratie est la philosophie de l’ordre naturel, mais elle est
aussi à l’origine du premier tableau chiffré de circuit économique. Ce courant de pensée
s’organise autour de François Quesnay (1694-1744), qui publie en 1758 ce fameux tableau
intitulée « tableau économique ». C’est la première représentation au sein d’un schéma, des
relations, des échanges entre les « agents économiques » à partir d’une richesse créée.

La question centrale de leur réflexion porte sur l’origine de la richesse ou comment


consommer sans appauvrir ? La réponse apportée montre le rôle déterminant de l’agriculture.
En effet, celle-ci, chaque année, rapporte plus qu’elle ne coûte. Les produits liés à la vente de
la production sont largement supérieurs aux coûts des semences, engrais et de la mise en
culture. Les autres activités économiques telles que la transformation des produits, leur vente

M. Souleymane Hisseine Page 2


Chapitre 2 : Les grands courants de la pensée économique

n’apportent pas de richesse supplémentaire ; elles accompagnent uniquement l’activité


première d’origine agricole. Les physiocrates vont jusqu’à utiliser le terme « activités
stériles » à leur propos en opposition aux activités agricoles qui, elles sont créatrices.

En l’occurrence, la source de la richesse se trouve dans l’agriculture ; F. Quesnay parle du


produit net (valeur de la production vendue – les avances nécessaires au renouvellement de la
production ; c’est-à-dire les semences, les rémunérations des salariés, l’alimentation du
bétail…). Une partie de ce produit net sert également aux propriétaires fonciers pour assurer
leur existence. Mais une autre partie permet d’effectuer des achats auprès de la classe
« stérile » qui elle-même acquiert des produits agricoles. Il s’agit, à travers ce tableau, de voir
comment se répartit la richesse produite par l’agriculture. En ce sens, il peut être considéré
comme les « premiers pas de la comptabilité nationale ». Mais il ouvre aussi une autre
perspective et les activités économiques sont interdépendantes.

Les physiocrates s’opposent aux mercantilistes puisqu’ils préconisent de laisser faire un ordre
naturel des choses ; aucune contrainte ou obstacle ne doit venir troubler les mécanismes de
création du produit net. A partir de ce constat, ils peuvent être considérés comme les
précurseurs des libéraux. Ils s’affrontent aux mercantilistes qui prônent un dirigisme
économique alors que les physiocrates optent pour le « laisser-faire, laissez-passer ».

2.1.2 L’école classique ou la pensée classique

Cette école va rayonner sur l’histoire de la pensée économique à partir des années 1770 et
pendant près d’un siècle. Elle correspond historiquement à la période de la révolution
industrielle et marque alors un tournant dans la vie économique qui s’oriente vers le
libéralisme. Chacun des auteurs cités a apporté à l’école classique une contribution
personnelle intéressante que nous analyserons mais ils adhèrent à des principes de base (le
droit de propriété et la liberté économique).

Les conceptions économiques fondamentales des auteurs classiques sont les suivantes :

Ils croient aux lois naturelles comme les physiocrates, c’est-à-dire au marché
autorégulé par la concurrence ;
Ils sont partisans du libéralisme et du libre-échange (« laisser-faire ; laissez-
passer ») ;
Ils pensent que l’Etat doit se contenter uniquement de faire respecter la loi de
la nature, ce que leurs successeurs appelleront « l’Etat-gendarme », et doit
intervenir le moins possible dans la vie économique.

Adam Smith (1723-1790) : le père de la théorie classique et du libéralisme. Son principal


ouvrage, « Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations » paru en 1776,
constitue une rupture dans l’histoire de la pensée économique. Il s’interroge sur les
fondements de la richesse en rejetant les thèses mercantilistes qui mettent en avant la
détention des métaux précieux comme source de richesse. Il s’oppose également aux
physiocrates qui associent la richesse au seul travail de la terre. Pour Smith, la richesse des
nations repose sur la division du travail et la liberté économique. A partir de ce postulat du

M. Souleymane Hisseine Page 3


Chapitre 2 : Les grands courants de la pensée économique

« laisser-faire », « laissez-passer » et l’existence d’un ordre naturel qu’il convient de ne pas


contrarier, la poursuite des ambitions et des intérêts individuels peut très bien se conjuguer
avec l’enrichissement de la collectivité.

Cependant, l’intérêt de la collectivité est réalisé par la confrontation des intérêts individuels.
Ainsi, les motifs égoïstes de l’homme mènent le jeu de leur interaction au plus inattendu des
résultats : « l’harmonie sociale » phénomène qu’Adam Smith désigne sous le terme de « la
main-invisible ».

L’application des principes de la division du travail, reposant sur la spécialisation, peut être
également généralisée aux relations économiques internationales. Ainsi, Adam Smith est-il
considéré comme le père de la division internationale du travail (DIT) dans la mesure où il
fut l’un des premiers à théoriser l’intérêt de l’échange entre les nations : c’est la théorie de
l’avantage absolu. Chaque nation a intérêt à se spécialiser dans la production de biens où elle
possède un avantage absolu par rapport aux autres nations, c’est-à-dire qu’elle réalise à coûts
moins élevés que l’étranger. Les biens qui seraient produits à coûts plus élevés que l’étranger
sont tout simplement importés. Il suffit de régler le montant des importations par les recettes
tirées de la vente des exportations.

Jean Baptiste Say (1767-1832) : fut à l’origine, par les idées émises, de l’école néo-classique.
Son apport se centre autour de deux idées-clés : la théorie de la valeur et la loi des débouchés.
Cette dernière peut se résumer à travers une phrase « l’offre crée sa propre demande » ou les
produits s’engagent contre des produits. Un producteur désire vendre très rapidement le
volume de sa production pour en tirer de l’argent ; ce dernier va servir à l’acquisition de
nouveaux biens qui entreront dans le processus de production. La détention de monnaie n’a
pas d’autre but que d’acheter des produits ; d’où l’idée que la monnaie est neutre, elle n’est
qu’un voile qui facilite les échanges.

Thomas Robert Malthus (1766-1836) : il a participé au développement de l’école classique,


d’une part par son « Essai sur le principe de la population » et d’autre part par ses « principes
d’économie politique ». Il était également pasteur. Dans le premier ouvrage cité, il met en
évidence l’existence d’un fossé grandissant entre la croissance des ressources ou des
subsistances et la croissance de la population. La population croit selon un rythme
géométrique alors que les ressources nécessaires à la vie humaine n’augmentent qu’à un
rythme arithmétique. Ce déséquilibre conduit au développement de la famine et même des
guerres. Pour résoudre ce problème, il envisage la suppression des aides octroyées aux
pauvres, source selon lui d’encouragement à la natalité ; mais il préconise aussi l’abstinence
sexuelle. Son second apport concerne plus particulièrement les crises économiques. Pour lui,
une épargne trop élevée correspond à une renonciation de consommation ; de là, peuvent
expliquer les crises de surproduction. Il faut alors veiller à ce que la consommation se
maintienne à un niveau susceptible d’absorber la production.

David Ricardo (1772-1823) : prolonge la pensée de Smith et préconise l’établissement du


libre-échange afin que chaque nation se spécialise dans la production où elle détient un
avantage relatif. Selon la loi des avantages des coûts comparatifs, la spécialisation et

M. Souleymane Hisseine Page 4


Chapitre 2 : Les grands courants de la pensée économique

l’échange international sont sources d’enrichissement. Un avantage comparatif existe toujours


là où l’avantage est le plus grand, là où le désavantage est le plus faible.

Ricardo s’oppose à toute intervention de l’Etat, notamment dans le domaine social ; ainsi,
toute mesure qui vise à relever les salaires provoque, selon lui, un accroissement du nombre
de chômeurs.

John Stuart Mill (1805-1873) : prolonge les analyses libérales d’Adam Smith et de David
Ricardo. Il est plus sensible aux problèmes sociaux qui accompagnent le développement du
capitalisme libéral et de l’industrie et ne se limite pas à une analyse purement économique.
Parmi les nombreux problèmes qu’engendre le capitalisme, Mill reconnaît l’existence des
crises et s’efforce d’en donner une explication : l’expansion du crédit génère une hausse des
prix, à laquelle doit nécessairement succéder une baisse. Face à ces fluctuations, les sociétés
développées doivent limiter leur croissance démographique par le contrôle des naissances,
afin de permettre une élévation harmonieuse du niveau de vie général. Mill développe un
courant réformiste et admet une certaine intervention de l’Etat sous l’influence des
positivistes français : Auguste Comte (1798-1857) et Saint Simon (1760-1825). L’existence
de la « main-invisible » est contestée dans la mesure où l’intérêt du plus fort peut prévoir.
Cette dénonciation de l’exploitation de l’homme par l’homme ouvre la voie au catholicisme
social et au socialisme.

2.2 La pensée socialiste : Le Marxisme

L’école classique au milieu du 19ième siècle a été remise en cause en liaison avec le
développement industriel. En effet, parallèlement se sont accentuées l’urbanisation mais aussi
la misère ouvrière. Les contestations et remises en cause à l’égard de l’école classique se
développent. Trois (3) idées constituent les fondements économiques du marxisme :

La notion de plus-value : c’est par l’exploitation des ouvriers que les capitalistes
dégagent la plus-value (ou profit) ;
Les contradictions du capitalisme : en recherchant toujours de plus-value,
notamment par le maintien de salaires bas, les capitalistes provoquent la
paupérisation de la classe ouvrière et bloquent le système économique : c’est cette
contradiction qui assure l’avènement du socialisme ;
La propriété collective des moyens de production : la propriété privée des moyens
de production doit être abolie et remplacée par une appropriation collective.

Deux autres se distinguent : Frédéric Engels (1820-1895) et Karl Marx (1818-1883). Deux
des ouvrages de Karl Marx exposent ses idées principales : « le Capital » et « la critique de
l’économie politique ». Ces pensées ont contribué à des changements politiques, des prises de
consciences nouvelles bien que sa source d’inspiration reste les travaux des économies
classiques.

2.3 Le renouvellement de l’analyse économique : Le Keynésianisme

John Maynard Keynes (1883-1946) a bouleversé la pensée économique mais a largement


contribué à remettre en cause la pratique de la politique de ce siècle. Alors que les dirigeants

M. Souleymane Hisseine Page 5


Chapitre 2 : Les grands courants de la pensée économique

appliquent sans succès les leçons de l’école néo-classique lors de la crise économique de
1929. Il préconise une toute autre approche théorique : une vision macroéconomique. Son
ouvrage paru en 1936 et intitulé « Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la
monnaie » marque un profond renouvellement des idées. Sa personnalité n’est pas neutre
pour expliquer l’importance de cette analyse.

Keynes fit ses études à Cambridge et devient haut fonctionnaire au Trésor Publique. Il
participa aux accords de Brettons Woods en 1944 et présenta un plan qui ne fut pas retenu.
Par contre, ses idées de politiques économiques furent largement mises en application après la
seconde guerre mondiale.

2.3.1 Les fondements de l’analyse macroéconomique


a. Une situation d’équilibre n’existe pas de façon

L’équilibre général envisagé par les néo-classiques ne se réalise pas toujours, surtout au
niveau du marché du travail. Ce dernier, pour Keynes, est fonction du niveau de la demande
effective c’est-à-dire de la demande adressée aux entreprises par les agents économiques et
non du niveau de salaire.

Consommation

Demande Production Emploi

Investissement

b. L’action de l’Etat est nécessaire : l’interventionnisme

L’Etat peut et doit intervenir pour restaurer une situation de plein emploi. Deux variables
doivent être prises en compte : la consommation et l’investissement.

La consommation : Keynes considère que le niveau de consommation est étroitement


lié au revenu. Quand celui-ci augmente, la consommation croit à un rythme moindre.
C’est ce qu’il nomme « la loi fondamentale ». La propension marginale à consommer
est décroissante quand le revenu augmente. Il est alors une part du revenu non
consommé qui alimente l’épargne. De ce fait, pour que le niveau de la demande
effective reste suffisant, afin de maintenir un plein emploi, il faut que la dépense liée
à l’investissement augmente.
L’investissement : la décision d’investir dépend pour Keynes non seulement du
volume d’épargne disponible mais surtout de la confrontation entre le taux d’intérêt et
le taux de rentabilité interne de l’investissement effectué (nommé efficacité marginale
du capital). Si le taux d’intérêt est supérieur au taux d’efficacité marginale,
l’entrepreneur n’investit pas et préfère les placements financiers plus rémunérateurs.
Dans ce cas, l’investissement n’alimente pas le niveau de la demande effective.

M. Souleymane Hisseine Page 6


Chapitre 2 : Les grands courants de la pensée économique

Par la politique monétaire, il peut agir sur le niveau des taux d’intérêt. Le maintien de ces
derniers à un niveau faible ne peut être que favorable à l’investissement et par conséquent
peut attiser le niveau de la demande effective.

Section 3 : Les grands courants actuels de la pensée économique

On retrouve dans la pensée économique actuelle, les trois principaux courants définis à la
section précédente. Pour chacun d’eux, de nombreux auteurs ont apporté de nouveaux
concepts, mais en évidence de nouveaux principes, approfondissant la théorie initiale et
l’adaptant aux évolutions de la société.

Depuis l’époque d’Adam Smith et des révolutions industrielles, le système économique a subi
de profondes transformations. Au capitalisme concurrentiel et nationaliste du 19ème siècle
succède aujourd’hui un capitalisme caractérisé par la mondialisation de l’économie, dominé
par les grandes firmes multinationales et marqué par une forte intervention des Etats.

Le courant néo-classique s’est largement développé dans les années 80 surtout aux Etats Unis.
Le courant néo marxiste tend à disparaitre de nos jours. Le néo-keynésianisme, animé par la
notion de l’Etat providence, continue d’inspirer les politiques économiques de nombreux
Etats Européens.

3.1 Le courant néo-classique : les néo-classique ou les marginalistes

Les descendants des classiques et d’Adam Smith. L’école néo-classique va marquer la période
du capitalisme libéral de la seconde moitié du 19ème siècle jusqu’à la crise des années 30 et
surtout la période actuelle caractérisée par le déclin des économies dirigées.

Au-delà de leurs spécificités, elles possèdent de nombreux traits communs :

 Ce sont des écoles libérales, convaincues de l’efficacité des mécanismes de marché ;


 Leur théorie de la valeur est fondée non sur la quantité de travail nécessaire pour
fabriquer une marchandise, mais sur l’utilité marginale de cette marchandise ;
 L’introduction de cette analyse à la marge (coût marginal, productivité
marginale…) permet à la plupart d’entre elles une utilisation plus poussée des outils
mathématiques ;
 Les agents économiques sont supposés rationnels et désireux d’optimiser.

Trois écoles ont joué un rôle majeur dans l’évolution de la science économique :

 Ecole de Cambridge : Stanley Jevon (1835–1882) est l’un des fondateurs de l’analyse
marginaliste. Il considère que l’économie est par nature une science aussi
mathématique que la physique. Alfred Marshall (1842–1924) a été très soucieux
d’expliquer les phénomènes économiques concrets (le nombre d’entreprises dans une
branche, l’évolution du prix d’un produit…). C’est un des grands théoriciens de
l’équilibre partiel.
 Ecole de Lausanne : Léon Walras (1834 – 1914), économiste français, a montré : -
l’interdépendance des différents marchés de biens et services et de facteurs de

M. Souleymane Hisseine Page 7


Chapitre 2 : Les grands courants de la pensée économique

production ; - l’existence d’un équilibre général. Vilfredo Pareto (1848–1923), son


successeur italien, a démontré que cet équilibre général est aussi un optimum.
 Ecole de Vienne : Karl Menger (1840–1921), au-delà de son apport à la théorie de la
valeur, il est le fondateur du « subjectivisme méthodologique ». Pour lui, la science
économique doit renoncer à l’abstraction, étudier le comportement des individus en
s’appuyant sur la psychologie. Eugen Von Böhm-Bawerk (1851–1914) est l’un des
principaux théoriciens du capital.

3.1.1 Les théoriciens de l’équilibre général

L’équilibre sur le marché se manifeste par l’adéquation de l’offre et de la demande. Cet


équilibre ne se produit que partiellement si la marchandise des quatre saisons sait baisser
suffisamment ses prix en fin de journée pour finir de vendre tout le contenu de sa charrette de
haricots. Mais l’équilibre général comprend l’ensemble de l’économie comme un système de
marchés indépendants, et la théorie de l’équilibre général doit prouver qu’il existe un système
de prix capable d’ajuster toutes les offres à toutes les demandes sur tous les marchés. Héritiers
de Walras, Jevons et Menger, dans la période de l’entre-deux guerres, Cassel, Von
Neumann et Hicks font avancer la théorie walrassienne en introduisant des coefficients
techniques de production.

Depuis 1950, des progrès réalisés dans l’analyse mathématique ont permis des avancées
importantes dans la démonstration et l’étude de l’équilibre général. Kenneth Joseph Arrow
(1954) et Gérard Debreu (1959), tous deux prix Nobel d’économie sont à la base de la
théorie moderne de l’équilibre.

3.1.2 L’école monétariste ou l’école de Chicago

Elle s’est constituée dans les années 1960 à l’Université de Chicago autour de Milton
Friedman à partir d’une critique libérale de l’interventionnisme keynésien. Les thèses de
cette école ont trouvé un écho grandissant dès lors que, dans un contexte de crise du système
monétaire international (1971) et de stagflation (1974), les politiques keynésiennes se
révélaient le plus souvent incapables de restaurer tout à la fois le plein emploi, la stabilité des
prix et l’équilibre des prix et l’équilibre extérieur. Pour les monétaristes, l’inflation est un
phénomène exclusivement monétaire. Toute augmentation de la masse monétaire provoque
une augmentation proportionnelle des prix. Une hausse des revenus nominaux ne permet de
relancer l’économie qu’à très court terme, car les agents économiques ne sont victimes de
l’illusion monétaire que pendant un temps limité. Ils se rendent compte que leur pouvoir
d’achat n’augmente pas, la hausse des prix, qui permet de réajuster la quantité de monnaie à la
production, les privant des effets de la hausse des revenus.

La monnaie est très active à court terme sur les variables réelles. Une augmentation de la
masse monétaire peut provoquer un mouvement d’expansion ; une forte contraction peut
engendrer une crise. La monnaie est neutre à long terme pour les variables réelles. Le taux de
croissance de longue période est complètement indépendant de la politique monétaire suivie.

M. Souleymane Hisseine Page 8


Chapitre 2 : Les grands courants de la pensée économique

Il en résulte qu’il faut à la fois contrôler la masse monétaire pour éviter l’inflation et la
stabiliser pour amortir les oscillations du taux de croissance autour de sa tendance à long
terme. Il faut donc substituer aux actuelles politiques monétaires laissées à la discrétion des
gouvernants une règle monétaire intangible fixant un taux de croissance de la masse
monétaire égal aux taux de croissance à long terme du PIB.

Il existe un taux de salaire réel d’équilibre sur le marché de travail. Cependant, même à ce
taux, subsiste un chômage appelé naturel résultant des imperfections du marché de travail. Le
taux de chômage ne peut descendre durablement en dessous du taux de chômage naturel. Une
politique conjoncturelle qui s’y efforcerait, n’obtiendrait que des effets provisoires sur le
chômage et augmenterait durablement le taux d’inflation.

M. Souleymane Hisseine Page 9

Vous aimerez peut-être aussi