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Droit constitutionnel 2 : La Vème République

Leçon 1 : La mise en place de la 5ème république


Michel VERPEAUX

Table des matières


Section 1. La fin de la IVème République................................................................................................................ p. 2
Section 2. La procédure de révision......................................................................................................................... p. 4
§1. Les conditions mises à l'élaboration de la Constitution.................................................................................................................p. 4
§2. L'élaboration, la rédaction et l'adoption de la Constitution............................................................................................................ p. 5
A. La préparation d'un avant-projet par le gouvernement................................................................................................................................................p. 6
B. Le Comité consultatif Constitutionnel ......................................................................................................................................................................... p. 6
C. Le projet définitif...........................................................................................................................................................................................................p. 6
§3. La mise en place des institutions.................................................................................................................................................. p. 7
§4. Les sources de la Constitution de 1958........................................................................................................................................p. 8

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Le nouveau régime est le fruit des échecs de la IVème République. Il est aussi le résultat d'une procédure
originale.

La nouvelle Constitution reflète des conceptions constitutionnelles doctrinales diverses, et parfois


contradictoires, dont certaines trouvent leur source dans un courant de pensée ancien remontant à la IIIème
République, et dans l'examen des erreurs de la IVème que l'on veut éviter. La continuité est ainsi associée
à la rupture.

Section 1. La fin de la IVème République


L'appel au général de Gaulle. Elle est due notamment à l'incapacité de la IVème République à régler le
problème algérien. Les partis du centre (droite ou gauche) alternent au pouvoir et n'ont en commun que la
défense des institutions de la IVème République. Le 15 avril 1958, la chute du gouvernement du radical Félix
Gaillard provient de l'absence de majorité aussi bien pour la poursuite de la guerre que pour la négociation
avec le Front de Libération Nationale algérien.

Le 8 mai, le Président de la République René Coty demande à Pierre Pflimlin (MRP) de constituer un
gouvernement. Mais le 13 mai, des émeutiers prennent d'assaut le Gouvernement général à Alger, et l'armée
d'Algérie est favorable au mouvement qui aboutit à la constitution d'un Comité de Salut public à Alger. Le chef
de l'armée en Algérie, le Général Salan, est poussé par les gaullistes à réclamer le retour au pouvoir du général
de Gaulle, alors que le nombre de députés gaullistes au Parlement français est relativement faible. De son
côté, de Gaulle se déclare prêt, dès le 15 mai 1958, à assumer "les pouvoirs de la République".

Face à cette menace d'une insurrection qui pourrait gagner l'ensemble du territoire, la Corse se ralliant ainsi
à l'insurrection algérienne le 24 mai, le gouvernement Pflimlin démissionne le 28 mai et le Président de la
République fait appel le 29 à Charles de Gaulle pour constituer un gouvernement, en informant le Parlement
par un message qu'il propose la présidence du Conseil "au plus illustre des Français". Il précise que si de
Gaulle n'obtient pas l'investiture de l'Assemblée, le Président de la République démissionnera, ce qui est une
forme de question de confiance qui est tout à fait en dehors de la Constitution, car le Président de la République
est irresponsable devant le Parlement.

En cela, la transition entre la IVème et la Vème République s'est faite de façon beaucoup moins
"révolutionnaire" que les autres transitions au cours de notre histoire constitutionnelle.

Mais le Général de Gaulle était arrivé au pouvoir avec l'idée de changer les institutions de la IVème République,
ce qu'il appelait "le système".

L'Assemblée nationale l'investit par 329 voix contre 224, le 1er juin 1958, les adversaires se recrutant parmi
le Parti communiste, la moitié des socialistes et quelques radicaux comme Pierre Mendès-France et des
représentants de petits partis comme François Mitterrand. Le général de Gaulle précise qu'il demandera les
pleins pouvoirs et notamment la délégation du pouvoir législatif et que le gouvernement entreprendra, dans
les formes constitutionnelles, une révision de la Constitution. Une fois sa déclaration lue, le Général de Gaulle
quitte l'Assemblée nationale, refusant d'assister au débat sur l'investiture, jugeant sa présence indigne au sein
de cette Assemblée où règnent "les partis". Ce sera le seul contact "physique" de De Gaulle avec le Parlement.

Le nouveau gouvernement fait donc adopter le 3 juin 1958 deux lois importantes :

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• La première loi, de pleins pouvoirs, donne au gouvernement des pouvoirs spéciaux en Algérie et le
pouvoir de prendre par ordonnances les dispositions "nécessaires au redressement de la nation", et ce
pendant 6 mois.

• La seconde loi, la loi constitutionnelle du 3 juin 1958 portant dérogation transitoire aux dispositions de
l'article 90 de la Constitution de 1946, constitue la base juridique qui permettait au Gouvernement, et
non à une Assemblée constituante, de conduire à bien la révision de la Constitution. Cette loi est une
dérogation à la procédure prévue en 1946 et elle contient des limitations de fond au travail du constituant.

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Section 2. La procédure de révision
La révision du mode de révision. L'article 90 de la Constitution de 1946 prévoyait un mécanisme de révision,
qui était fort lent et nécessitait de nombreux votes. Il n'était pas possible, pour des raisons de temps, d'utiliser
la procédure complète prévue à cet article. Il fallait donc opérer une "révision" de la révision.

Le Gouvernement propose ainsi au Parlement un texte qui dispose que "par dérogation aux dispositions de
son article 90, la Constitution sera révisée par le gouvernement investi le ler juin 1958". Le même texte énonce
une série de cinq conditions de fond et des conditions de procédure. Le pouvoir constituant est ainsi transféré
au gouvernement et non à Charles de Gaulle, à la différence symbolique de la loi du 10 juillet 1940 qui avait
nommément confié ce pouvoir à Philippe Pétain. Mais, en dehors de cette différence, le mécanisme est proche
de celui de 1940 et l'impossibilité de déléguer le pouvoir constituant est contournée par une révision du pouvoir
de révision. En revanche, la ratification ultérieure par le peuple est censée couvrir les vices supposés de cette
procédure.

§1. Les conditions mises à l'élaboration de la


Constitution
Elles sont de deux sortes, de forme et de procédure, d'une part, de fond, d'autre part. La loi constitutionnelle
du 3 juin 1958 parlait de « révision », alors qu'il était hors de doute que c'était une Constitution nouvelle qui
allait être rédigée.

Les conditions de forme et de procédure Les conditions de fond

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Elles sont essentielles et conditionnent la
nature du futur régime et sa configuration. Elles
sont des limites à la liberté de rédaction du
gouvernement et signifient que le Parlement n'a
pas donné de blanc-seing au Gouvernement.
Ces conditions sont au nombre de cinq :
• Seul le suffrage universel est la source
du pouvoir.Cela signifie que de lui doivent
découler le pouvoir législatif et le pouvoir
Elles sont au nombre de trois : exécutif, directement ou indirectement.
• Le Gouvernement doit tout d'abord
recueillir l'avisd'un Comité consultatif
• Le respect du principe de séparation
constitutionnel composé d'un gros tiers
des deux pouvoirs doit être effectivement
de députés (16) et d'un petit tiers de
assuré.Cela signifie que le Gouvernement
membres du Conseil de la République
et le Parlement doivent assumer,
(10) et d'un tiers de membres nommés
chacun pour sa part, et sous leur
par le Gouvernement (13 sur 39). Etaient
responsabilité respective, la plénitude de
ainsi associées aux travaux constituants
leurs attributions. La loi du 3 juin 1958
les assemblées de la IVème République,
précise des « pouvoirs effectivement
mais de façon inégalitaire, ce qui illustre le
séparés ».
bicaméralisme de ce régime.

• La responsabilité du gouvernement
• Le projet doit être soumis ensuite à l'avis
devant le Parlement est affirmée.Cela
du Conseil d'Etatcomme dans le cadre
implique l'adhésion au régime
d'une procédure législative ordinaire.
parlementaire et le rejet du régime
présidentiel. De Gaulle s'était engagé
• La nouvelle et future Constitution devra à maintenir la distinction entre le
être ratifiée par référendum.D'une certaine Président de la République et le
façon, la procédure renoue avec la Président du Conseil (c'est-à-dire le chef
tradition bonapartiste consistant à faire du gouvernement), autre élément de
préparer un projet de Constitution par le définition du régime parlementaire.
gouvernement, et non par l'assemblée,
puis à faire ratifier le texte par un
• L'indépendance de l'autorité judiciaire est
référendum.
proclamée.Et afin d'assurer le respect des
libertés essentielles, telles qu'elles sont
définies par le Préambule de 1946 et la
Déclaration des droits de 1789 à laquelle
il se réfère.

• La Constitution devra organiser les


rapports de la République avec les
peuples d'outre-mer qui lui sont associés.

Sont ainsi consacrés le principe démocratique, la séparation des pouvoirs, le régime parlementaire et les droits
fondamentaux. De cette façon, le futur régime ne peut s'apparenter à un régime de type bonapartiste et le
référendum constituant se distingue d’un quelconque plébiscite.

§2. L'élaboration, la rédaction et l'adoption de


la Constitution

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Théoriquement, le Gouvernement, le Parlement (par l'intermédiaire du Comité consultatif Constitutionnel) et
le peuple étaient associés à l'oeuvre constituante. En réalité, le Gouvernement et son chef vont jouer un rôle
prépondérant, au moins dans la phase d'élaboration et de rédaction, le référendum se déroulant de façon
démocratique et débouchant sur un résultat dénué de toute ambiguïté.

L'élaboration et la rédaction du projet de Constitution. Elles se subdivisent elles-mêmes en trois phases


principales.

A. La préparation d'un avant-projet par le


gouvernement
Cette phase se déroule du 3 juin au 29 juillet. Le travail est coordonné par Michel Debré, Garde des sceaux.
Un groupe d'experts, composé pour l'essentiel de membres du Conseil d'Etat ont été choisis par M. Debré, qui
était lui-même conseiller d'Etat, et qui était depuis 1946 l'un des principaux conseillers du général de Gaulle.
Parmi eux, Raymond Janot, qui représente le cabinet du général de Gaulle et qui sert de relais des opinions de
celui-ci auprès du groupe d'experts. Celui-ci élabore des propositions "techniques" qu'il soumet à un organe
plus politique, le Comité interministériel dirigé par de Gaulle et composé du Garde des Sceaux et des quatre
ministres d'Etat, représentant les quatre grands courants politiques : Guy Mollet pour les socialistes, Pierre
Pflimlin pour le MRP, Louis Jacquinot au titre des indépendants, et Félix Houphouët-Boigny, pour l'UDSR, le
parti auquel appartenait François Mitterrand.

Les deux premiers de ces ministres vont être les défenseurs du régime parlementaire classique et du
gouvernement, face aux propositions faisant du chef de l'Etat un organe plus actif que dans un régime
parlementaire tel qu'il était conçu habituellement en France.

Le travail gouvernemental est achevé fin juillet et l'avant-projet adopté en conseil de cabinet, en dehors de la
présence du Président de la République.

B. Le Comité consultatif Constitutionnel


C'était en quelque sorte un Parlement « en modèle réduit ». Il est saisi du texte le 29 juillet 1958.

Parmi les membres désignés par les assemblées, figuraient les représentants de toutes les formations
politiques, sauf le Parti communiste. Ce Comité consultatif constitutionnel devait élire en son sein son
Président : ce fut Paul Reynaud, avant-dernier chef du gouvernement de la IIIème République, et qui avait
appelé Charles de Gaulle au gouvernement en 1940.

Le Comité Consultatif Constitutionnel n'a qu'un pouvoir consultatif et travaille dans un relatif secret.

L'avis qu'il émet est transmis au Gouvernement le 14 août 1958 et l'avant-projet n'est pas remis en cause
dans sa totalité mais le Comité consultatif constitutionnel propose des modifications relatives à l'élection du
Président de la République, ses pouvoirs exceptionnels, le référendum etc. Il refuse nettement la responsabilité
du gouvernement devant le chef de l'Etat.

C. Le projet définitif
Le texte est remanié après l'avis du Comité consultatif constitutionnel et il est soumis enfin au Conseil d'Etat
le 27 août 1958. La présentation du texte est précédée d'un important discours de M. Debré, qui y explique
quelles étaient les intentions du Gouvernement, du moins telles qu'il les concevait. Le projet est arrêté le 3
septembre en Conseil des Ministres.

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Il faudra attendre 1987-1991 pour que, sur décision du Président de la République, François Mitterrand, les
travaux préparatoires soient publiés dans leur intégralité ("Documents pour servir à l'histoire de l'élaboration
de la Constitution du 4 octobre 1958", Documentation française,).

Le texte est présenté au peuple français par le général de Gaulle le 4 septembre, place de la République, ce
qui constitue un symbole très fort à la fois pour le lieu et pour la date, et il prononce un discours très engagé
en faveur des nouvelles institutions.

La ratification du projet de Constitution. Elle doit se faire par référendum, comme il était prévu par la loi
du 3 juin. Tous les grands partis politiques, à l'exception du Parti communiste, appellent à voter « oui », ce
qui est logique, puisque ces partis ont participé à l'élaboration du texte. Des dissidents du parti radical et de
la SFIO, plus quelques personnalités, dont François Mitterrand, qui se regroupent en une Union des forces
démocratiques, et le Parti communiste, se prononcent pour le « non ».

Le référendum du 28 septembre 1958 donne les résultats suivants : 79,25 % des suffrages exprimés se
prononcent pour le oui, tandis que environ 21% des suffrages exprimés se prononcent pour le non. Les
abstentions représentent 15% des inscrits.

Dans les Territoires d'outre-mer qui existaient en 1958, la majorité fut encore plus écrasante, car le « non »
signifiait le refus de la Communauté française organisée par la Constitution. Seule la Guinée répondit « non
», ce qui entraîna l'indépendance du pays sous la conduite du Sekou Touré. En cas de réponse positive,
les T.O.M. avaient quatre mois, en vertu des articles 76 et 91 combinés, pour choisir entre le maintien du
statut de T.O.M., la transformation en Département d’outre-mer, ou la transformation en Etat-membre de la
Communauté française. Ils choisirent presque tous la dernière solution, qui unissait la République française
et les anciennes colonies africaines et malgaches.Seuls les T.O.M. de Nouvelle-Calédonie, de Polynésie
française, de Wallis et Futuna, des îles des Comores, de la Côte française des Somalis, et de Saint-Pierre-et-
Miquelon ont conservé, en 1958, leur statut de territoires d’outre-mer.

§3. La mise en place des institutions


La transition et le renouvellement. La Constitution est promulguée par le Président René Coty le 4 octobre
1958 et les institutions nouvelles sont mises en place par étapes dans les quatre mois qui suivent, dans le
délai de transition fixé par l'article 91 de la Constitution.

Jurisprudence
Pendant ce délai, le gouvernement avait le pouvoir de légiférer par ordonnances, prises après avis du Conseil
d'Etat, qui ont force de loi selon l'article 92, et ne sont susceptibles d'aucun recours, ce qu'a confirmé le
Conseil d'Etat dans son arrêt Eky du 12 février 1960 (Rec., p. 101).
Par ces ordonnances, le gouvernement adopta les lois organiques nécessaires à la mise en place des
institutions et prévues par la Constitution, relatives notamment à la procédure d'adoption des lois de finances,
au statut des parlementaires, à l'organisation du Conseil constitutionnel, au statut de la magistrature, plus
d'autres ordonnances correspondant à des lois ordinaires sur de nombreux de sujets, dont celle du 13
octobre 1958 qui rétablit le scrutin de la IIIème République, c'est-à-dire le scrutin uninominal à deux tours,
ce qu'autorisait la formule large de l'article 92, puisque le Gouvernement était habilité à « prendre en toutes
matières les mesures qu'il jugera nécessaires à la vie de la Nation, à la protection des citoyens ou à la
sauvegarde des libertés ».

Pour une bonne partie d’entre elles, ces ordonnances sont en vigueur encore aujourd'hui et leur
constitutionnalité n'a pu faire l'objet d'aucun contrôle, ni de la part du Conseil constitutionnel ni de la part du
Conseil d'Etat statuant au contentieux.

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L'Assemblée nationale est élue le 23 et 30 novembre 1958. Les élections donnent une très large majorité au
parti soutenant le Général de Gaulle, l'U.N.R., ou Union pour la nouvelle République. La gauche est la grande
perdante de ces élections, la droite remportant 378 sièges sur les 465 que comptait l'Assemblée nationale
en métropole. Le personnel politique est largement renouvelé puisque, sur ces 465 élus de la métropole, 334
sont élus pour la première fois.

Le 21 décembre 1958, de Gaulle est élu sans surprise Président de la République par un collège électoral élargi
d’environ 80 000 électeurs, composé des parlementaires et d’élus locaux. Il recueille 78,5% des suffrages.

Le Gouvernement est constitué les 8 et 9 janvier 1959, M. Debré est - logiquement - choisi comme Premier
Ministre, et les élections sénatoriales ont lieu le 26 avril 1959. Le régime est ainsi définitivement installé.

§4. Les sources de la Constitution de 1958


Les sources médiates d'inspiration. Sous la IIIème République, la doctrine constitutionnelle, rejointe par une
partie de la "classe politique", propose des réformes de fond. On retrouve ici l'inspiration des « révisionnistes »
de la IIIème République. C'est notamment ainsi que Carré de Malberg propose l'introduction du référendum et
du contrôle de constitutionnalité des lois. Joseph Barthélémy (qui fut ensuite ministre de la justice du Maréchal
Pétain) suggère de rationaliser la procédure d'adoption de la loi. Maurice Hauriou soutient aussi l'idée d'un
contrôle de la loi ainsi que l'élection du Président de la République au suffrage universel.

A gauche, Léon Blum, veut renforcer la position du Chef du gouvernement, tandis qu'André Tardieu, à droite,
propose le renforcement du droit de dissolution, le référendum législatif et l'encadrement du pouvoir des
parlementaires en matière financière.

La quasi-totalité de ces propositions seront reprises sous une forme ou une autre dans le texte de 1958. Il
faut cependant remarquer que certaines avaient aussi inspiré les projets constitutionnels du Maréchal Pétain,
notamment ceux de la fin du régime de Vichy.

Les sources immédiates d'inspiration :

La pensée constitutionnelle du Général de


La pensée constitutionnelle de Michel Debré
Gaulle

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Elle correspond à la volonté d'instaurer un
véritable régime parlementaire. C'est Michel
Debré qui incarne le mieux cette idée, mais il
n'est pas le seul. Il fallait maintenir le régime
parlementaire et se rattacher aux Républiques
précédentes, mais en le régénérant ou en le
Elle est toute centrée sur la restauration de
rationalisant, de façon plus efficace que sous
l'Etat. Dans le discours de Bayeux du 16 juin
la IVème République. Le modèle de la Grande
1946, mais aussi dans le discours d'Epinal du
Bretagne inspire notamment cette volonté. Il
29 septembre 1946, on trouve de nombreux
s'agit alors de renforcer le gouvernement et
thèmes présents dans le texte constitutionnel de
son chef, ce qui explique le nom de « Premier
1958.
ministre » donné au chef du gouvernement.
De Gaulle y défendait notamment l'autorité de
Les grands équilibres du régime parlementaire
l'Etat à l'intérieur et l'indépendance à l'extérieur
se retrouvent alors : la responsabilité politique
en souvenir de 1940. L'Etat doit être au-dessus
du gouvernement devant le Parlement et
des partis politiques, au nom de l'intérêt général.
la dissolution de l'Assemblée nationale. Ces
Au sein de l'Etat, c'est le pouvoir exécutif, et plus
inspirations ne sont pas sans contradiction avec
précisément le chef de l'Etat, qui doit incarner
les idées de Gaulle.
cette prise en compte de l'intérêt général, car il
est au-dessus des contingences partisanes et
Mais des correctifs au régime parlementaire
quotidiennes, par son mode de désignation, qui
sont apportés, par la limitation du domaine de la
dépasse largement le Parlement. Il doit avoir
loi (art. 34) et le contrôle exercé sur la loi, par la
des attributions réelles lui permettant d'assurer
procédure législative encadrée et surveillée par
ses missions, en cas de crise ou pour dissoudre
le gouvernement et l'encadrement du pouvoir
l'Assemblée.
financier du Parlement.
De Gaulle avait ainsi proclamé à Bayeux en
L' équilibre entre l'Exécutif et le Législatif est
1946 : "C'est du chef de l'Etat placé au-
recherché, à la différence des IIIème ou IVème
dessus des partis, élu par un collège électoral
Républiques au cours desquelles le Législatif
qui englobe le Parlement, mais beaucoup plus
jouait un rôle dominant, car il représentait seul
large, que doit procéder le pouvoir exécutif".
la volonté générale.
C'était au moins un régime parlementaire
dualiste qui était envisagé par de Gaulle.
C'est ce qu'expliquait M. Debré devant le
Conseil Etat le 27 août 1958 : "Le gouvernement
a voulu rénover le régime parlementaire, je
serais même tenté de dire qu'il veut l'établir, car,
pour de nombreuses raisons, la République n'a
jamais réussi à l'instaurer".

La Constitution de 1958 est cependant marquée par le rattachement aux principes républicains, ce qu'illustre
son Préambule et la consécration de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789 et du
Préambule de 1946.

Ces équilibres constitutionnels seront modifiés plus tard par plusieurs phénomènes comme le fait majoritaire,
l’élection du Président de la République au suffrage universel direct, la réduction du mandat présidentiel à
cinq ans, et la concomitance de principe des élections présidentielles et législatives, les premières précédant
les secondes. Par ailleurs, l’émergence d’un vrai contrôle de constitutionnalité des lois qui consacre la
prééminence juridique, mais aussi politique, de la Constitution sur les pouvoirs constitués.

La révision de 2008 a voulu rééquilibrer les pouvoirs, en renforçant, par rapport au texte initial, les droits du
Parlement.

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