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Sélection de matériaux

Travaux Pratiques de Science Des Matériaux – Semestre 3

Objectifs
– découvrir les méthodes de sélection des matériaux ;
– apprendre à utiliser les outils informatiques d’aide à la sélection ;
– appliquer la procédure de sélection à des études de cas concrets.

I Introduction
Afin d’optimiser le choix des matériaux pour une application industrielle donnée, la procé-
dure de sélection doit être rationalisée, de manière à être aussi objective que possible. Avant
toute chose, il est nécessaire de décomposer l’objet que l’on souhaite construire en composants
élémentaires, sur lesquels on puisse définir des fonctions principales et des sollicitations domi-
nantes. L’analyse du besoin à satisfaire (fonction du composant) permet alors de dresser un
cahier des charges, identifiant les requêtes : astreinte(s) – condition(s) que le composant doit
remplir – et objectif(s) – attribut(s) du composant à optimiser.
La stratégie de sélection d’un matériau, à partir d’un cahier des charges établi, se décompose
alors en trois étapes :
1. dans un premier temps, on élimine les matériaux incompatibles avec les critères du pro-
blème (exemple : polymères pour des applications à très hautes températures) ; c’est
l’étape de filtrage ;
2. dans un deuxième temps, on examine, parmi tous les candidats potentiels, ceux qui réa-
lisent le cahier des charges le plus efficacement ; cette étape de classement des solutions
repose sur l’utilisation de la méthode des indices de performance ;
3. enfin, on s’efforce de renseigner, pour les matériaux ayant passé les deux premières étapes,
les propriétés difficiles à évaluer comme la corrosion, l’usure ou la fatigue ; c’est l’étape
de documentation.
La procédure de sélection suit une approche hiérarchique, du plus général au plus spécialisé :
familles (métaux, céramiques, polymères, etc.), classes (aciers, alliages légers, etc.), sous-classes
(1000, 2000, etc.) et nuances (5083 H2, 5083 H4, etc.) de matériaux. Il n’y a pas lieu de connaître
le détail du comportement en fatigue d’une nuance particulière d’acier, tant que l’on ne sait
pas si l’objet sera réalisé en acier ou en caoutchouc ! Notons enfin que la rédaction du cahier
des charge est une procédure itérative, les résultats de l’étape de classement pouvant suggérer a
posteriori des corrections (pas de solution → relâcher les critères de sélection ; trop de solutions
équivalentes → affiner la requête ; etc.) Ce travail de sélection est aujourd’hui grandement
facilité par l’utilisation d’outils informatiques permettant d’exploiter de manière conviviale des
bases de données répertoriant les propriétés des matériaux.
Cette séance de travaux pratiques constitue une initiation aux méthodes de sélection des
matériaux, ainsi qu’à l’utilisation du logiciel d’aide CES. Pour cela, nous nous intéresserons à
plusieurs études de cas concrets. Nous ne pourrons pas traiter de manière approfondie de la

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prise en compte de critères multiples, du développement de multi-matériaux, de la sélection
des méthodes d’assemblage, des traitements de volume et de surface permettant de modifier
les propriétés des matériaux, et de manière générale de la prise en compte dans le choix des
matériaux de leurs procédés de mise en oeuvre.

II Évaluation des performances de matériaux : colonne ri-


gide à faible coût
Dans cette section nous allons détailler la méthode de détermination de l’indice de per-
formance d’un matériau, construit comme une combinaison de ses propriétés, et permettant
d’évaluer de manière objective la performance du matériau vis-à-vis du cahier des charges.
Nous allons pour cela considérer l’exemple simple de la sélection de matériaux pour la réalisa-
tion d’une colonne rigide à faible coût.
Les colonnes supportent des efforts de compression (les pieds d’une table, les colonnes du
Parthénon, etc.). On souhaite réaliser une colonne de hauteur h fixée, capable de supporter une
charge F imposée sans flamber 1 , et qui soit la moins chère possible (voir figure 1).

A Rédaction du cahier des charges


1. fonction : quelle est la fonction de l’objet (que lui impose-t-on) ?
2. objectif : quelle quantité souhaite-t-on maximiser ou minimiser ? h F
3. paramètres : r
– fixes : quels paramètres sont imposés (géométrie, fonction) ?
– ajustable : quel paramètre peut-on ajuster ?
– matériau : quelles sont les propriétés du matériau mises en jeu ? Figure 1 –

B Détermination de l’indice de performance


4. équations :
(a) écrire l’équation définissant l’objectif en fonction des autres paramètres, en introdui-
sant le prix au kilogramme Cm et la masse volumique ρ ;
(b) la force critique provoquant le flambage d’une colonne à section circulaire, de hauteur
h, de rayon r et de module d’Young E, s’écrit : F = π 3 Er4 /(4h2 ) ; en utilisant cette
équation liée à la fonction de l’objet, exprimer le paramètre ajustable en fonction
des autres paramètres du problème ;
5. fonction objectif : dans l’équation définissant l’objectif (étape 4.a), remplacer le paramètre
ajustable par son expression obtenue à l’étape 4.b ; séparer ensuite dans l’expression de
l’objectif les paramètres fixes (géométrie, fonction) et les propriétés du matériau ;
6. indice de performance : en déduire l’indice de performance (lié à la partie matériau).

C Classement des matériaux


Une façon commode de présenter une vision synthétique des propriétés des matériaux est le
tracé de « cartes de propriétés ». Il s’agit de diagrammes logarithmiques, qui représentent une
propriété quantitative sur chaque axe. Les différents types de matériaux y sont représentés par
des bulles, dont la taille traduit la dispersion des propriétés d’un ensemble de matériaux. Le
1. Le flambage élastique est la tendance qu’a une colonne sollicitée en compression longitudinale à fléchir, et
donc à se déformer dans une direction perpendiculaire à la force appliquée.

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logiciel CES permet entre autres de tracer de telles cartes, à partir de bases de données géné-
riques. Le tracé de lignes équiperformantes sur ces cartes permet alors de classer les matériaux
par rapport à un indice de performance donné.
NB : une fiche d’aide à l’utilisation de CES est disponible en annexe, à consulter avant de
répondre aux questions suivantes.
7. axes : connaissant l’expression de l’indice de performance, choisissez les coordonnées as-
sociées aux axes Ox et Oy de la carte des propriétés ;
8. pente : quelle sera la pente des lignes équiperformantes sur cette carte ? Les matériaux les
plus performants seront-ils situés sur les lignes les plus hautes ou les plus basses (justifier) ?
9. liste : déterminer une liste classée de 5 matériaux candidats pour la réalisation de la
colonne ;
10. documentation : en vous appuyant sur la documentation disponible dans CES, discuter
des avantages et inconvénients des différents matériaux candidats dans le contexte de
la construction d’un bâtiment ; dans ce but, les informations récoltées (propriétés ther-
miques, résistance à l’environnement, facilité de mise en forme, propriétés environnemen-
tales, aspects esthétiques, etc.) seront organisées au sein d’un tableau comparatif.

III Études de cas


A Câble électrique à faible coût
On souhaite réaliser au plus bas coût un câble électrique aérien. Afin de limiter les pertes
électriques, on impose que la résistance électrique d’un kilomètre de câble soit inférieure à une
valeur critique R0 . D’autre part, le câble doit être capable de résister à une force de tension T0
sans se rompre. La résistance électrique d’un fil de section S, de longueur L et de résistivité ρe
est donnée par : R = ρe L/S.
1. on considère tout d’abord la requête de résistance mécanique ; rédiger le cahier des
charges : déterminer la fonction, l’objectif et les paramètres du problème ;
2. en suivant la démarche présentée dans la section II, déterminer un premier indice de
performance I1 ;
3. à l’aide du logiciel CES, établir une liste classée de 5 matériaux candidats, vis-à-vis de
l’indice de performance I1 (décrire la procédure utilisée) ;
4. reproduire les étapes 1 à 3, en considérant cette fois la requête de résistance électrique
(on notera I2 l’indice de performance associé) ;
5. les deux requêtes étant contradictoires, aucun matériau ne s’y conforme de manière opti-
male. Quelle solution, adoptée dans la pratique, permet de contourner cette difficulté ?

B Rames d’aviron
L’aviron est un sport universitaire typique en Angleterre, mais la recherche de solutions
techniques permettant de disposer de rames très performantes a surtout pris son essor à partir
de 1900, date à laquelle l’aviron est devenu un sport olympique (voir figure 2).
Du point de vue mécanique, la rame est assimilable à une poutre pleine cylindrique de
longueur L sollicitée en flexion. Celle-ci doit avoir une rigidité calibrée (déflection D imposée
pour une force F exercée par le rameur donnée) de manière à fournir une bonne sensation de
rame et être capable de résister aux chocs. Ces contraintes doivent être remplies avec une masse

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Figure 2 – Schéma d’une rame.

minimale, de manière à maximiser la vitesse du bateau pour une force de propulsion donnée.
Enfin, même s’il s’agit d’un produit de loisir, le prix doit demeurer dans des limites acceptables.
La résistance au choc se traduit par l’exigence d’une valeur minimale de la résilience 2 , que
nous choisissons égale à 1 kJ/m2 ; de même nous imposons que le coût massique du matériau
soit inférieur à 100 EUR/kg, afin de limiter le prix de la rame ; ces critères vont permettre de
filtrer les matériaux avant l’étape de classement (pour cela, on pourra utiliser une carte de
propriétés représentant la résilience en fonction du prix, sur laquelle on ne sélectionnera que les
matériaux de résilience et de prix satisfaisants) ;
1. rédiger le cahier des charges : déterminer la fonction, l’objectif et les paramètres du
problème ;
2. en suivant la démarche présentée dans la section II, déterminer l’indice de performance
associé à ce problème (les relations physiques relatives au comportement en flexion des
poutres sont disponibles en annexe) ;
3. à l’aide du logiciel CES, établir une liste classée de 5 matériaux, compatibles avec les
exigences de résilience et de coût, et optimisant l’indice de performance (décrire les diffé-
rentes étapes de la procédure utilisée).
4. Parmi les matériaux de cette liste, lequel permet de fabriquer la rame la plus légère, et
lequel la rame la moins chère ? Calculer le rapport des masses et des prix entre des rames
fabriquées avec ces deux matériaux. Commenter.

C Échangeur thermique
Soit à concevoir un tube échangeur de chaleur (voir la figure 3) travaillant dans des condi-
tions de température et de pression imposées, l’eau circulant en son intérieur étant chaude
(T > 150 ◦ C) et salée. On souhaite maximiser l’échange thermique, tout en évitant la déforma-
tion plastique du tube, de rayon R fixé. L’échange thermique s’écrit : Q = λ∆T /e, où λ est la
conductivité thermique du tube, ∆T = T1 − T2 la différence de température entre le fluide 1 et
le fluide 2, et e l’épaisseur de la paroi du tube ; la contrainte de traction dans le tube due à la
différence de pression s’écrit : σ = R∆P/e, où ∆P = P1 − P2 est la différence de pression entre
le fluide 1 et le fluide 2.
1. établir le cahier des charges : déterminer la fonction, l’objectif et les paramètres du pro-
blème ;
2. en suivant la démarche présentée dans la section II, déterminer l’indice de performance ;
2. La résilience GIc est reliée à la ténacité KIc et au module d’Young E par la relation GIc = KIc 2 /E ;
dans cette expression, lorsque la ténacité est exprimée en MPa m1/2 et le module d’Young en GPa, la résilience
s’exprime en kJ/m2 .

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Figure 3 – Échangeur de chaleur.

3. à l’aide du logiciel CES, classer les matériaux vis-à-vis de l’indice de performance déter-
miné précédemment (décrire la procédure utilisée) ; quelle classe et quelle sous-classe de
matériaux ressortent avantageusement ?
4. réitérer l’étape de classement plus finement (pour cela, utiliser la base de données Level
3 ), en tenant compte des conditions de fonctionnement particulières (température et eau
salée 3 ), et en imposant un prix maximal de 3 EUR/kg ; retenir en conséquence une liste
de 3 matériaux candidats, classés par performance (décrire les différentes étapes de la
procédure utilisée).

Formulaire
A Poutres en flexion
Déflection élastique
L
D L3 a r
D =
F EJ
J = a4 /12 J = πr4 /4
F
E est le module de Young du matériau constituant la poutre.

3. on imposera une tenue à l’eau salée excellente : Water (salt) = Excellent (dans la catégorie Durability :
fluids and sunlight).

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