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25 avril 2016 12:54 - Revue de psychanalyse 3-2016 - Collectif - Revue de psychanalyse - 175 x 240 - page 805 / 940

De la séduction à l’inspiration.
Actualité de la pensée de Jean Laplanche en psychanalyse1

Duarte Rolo*

Pour moi, l’inconscient, ce n’est pas une


création de la situation analytique, ce n’est pas
une invention de Freud. C’est, tout bêtement,
ce qui fait qu’en descendant les escaliers, tout
d’un coup, on se casse une jambe.
Jean Laplanche,
in Guyomard, 2015, p. 145.

Le nom de Jean Laplanche restera inévitablement attaché au célèbre


Vocabulaire de la Psychanalyse (Laplanche et Pontalis, 1967), rédigé avec
J.-B. Pontalis, ouvrage de référence pour les cliniciens et les chercheurs en
psychanalyse. Ce Vocabulaire préfigure déjà ce qui deviendra la vocation de
Laplanche et le fil directeur de son œuvre : l’étude, le commentaire et la tra-
duction de l’œuvre de Freud. En effet, Laplanche compte sans nul doute parmi
les spécialistes les plus tenaces de l’œuvre freudienne. Sa fidélité au fond de
la pensée de Freud se distingue pourtant d’une quelconque allégeance à la
lettre du texte freudien, et se méfie de toute hagiographie2. C’est bien plutôt
l’esprit de la découverte freudienne que Jean Laplanche a contribué à rendre
vivant, notamment grâce à sa critique des fourvoiements freudiens. En effet,
son « infidèle fidélité », comme il aimait à le dire, l’entraîne à remettre Freud
sur le droit chemin de sa découverte chaque fois que ce dernier s’écarte de

1.  Je remercie Hélène Tessier et Christophe Dejours pour leur lecture attentive et leurs commen-
taires avisés sur ce texte.
*  Psychologue clinicien, maître de conférences Université Paris Descartes. A publié Mentir au
travail, Paris, Puf, 2015.
2.  « La référence à une soi-disant orthodoxie freudienne me paraît être ici, comme souvent, un
piège : ou bien on y adhère aveuglément, ou bien, plus subtilement, on l’invoque pour y enfermer Freud,
et le condamner » (Laplanche, 1992, p. 397).
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l’itinéraire par lui-même inauguré. Ce que d’aucuns pourraient simplement


prendre pour de l’orthodoxie relève davantage, chez Laplanche, d’une volonté
consciente et systématique de « faire travailler Freud » et d’honorer, sans révé-
rences, l’exigence de pensée qui sous-tend son œuvre. Toutefois, au-delà de
sa fonction de traducteur et d’exégète de Freud, Jean Laplanche est également
l’auteur d’une théorisation originale en psychanalyse, passée à la postérité
sous le nom de théorie de la séduction généralisée. Il n’est naturellement pas
possible, dans le cadre d’un article, de rendre compte de l’ensemble des propo-
sitions laplanchiennes. À défaut de pouvoir restituer le détail de la théorie de
la séduction généralisée, nous nous tiendrons à un exposé des contributions les
plus notables de Laplanche. Contributions qui, du reste, nous forcent à tracer
des lignes de partage entre la théorie de la séduction généralisée et les courants
de pensée post-freudiens les plus en vogue, lui allouant de la sorte une position
singulière dans le champ de la psychanalyse contemporaine.

DÉclin et renaissance de la sÉduction

La démarche de Laplanche est tout entière traversée par une méthode


qui tente, au plus près du texte de Freud et de ses mouvements successifs,
d’extraire la quintessence de la problématique freudienne, pour ainsi cir-
conscrire à la fois l’objet, le périmètre et la portée de la psychanalyse. Une
telle prétention ne va pas sans une dose d’hérésie. Car il faut parfois aller à
l’encontre de Freud afin de pouvoir y retourner. L’affront est ici motivé par
l’espoir de sauver la découverte freudienne des apories dans lesquelles son
propre inventeur, suivi en cela par certains de ses disciples, menace parfois
de la laisser s’enliser. Or ce sauvetage en passe, pour Laplanche, par la réha-
bilitation d’une hypothèse abandonnée précocement par Freud : la séduction
de l’enfant par l’adulte comme premier temps du traumatisme psychique et
cause du refoulement originaire. Rappelons-le rapidement : avec l’abandon
de sa « neurotica », annoncé dans la célèbre lettre de l’équinoxe 1897 à Fliess
(Freud, 2015), Freud renonce au modèle étiologique du trauma, qui faisait de
la névrose la conséquence d’un traumatisme provoqué par des évènements
de séduction réels, vécus par un enfant encore trop immature pour comprendre
la nature sexuelle des avances de l’adulte. L’effroi éprouvé à cette occasion
paralyse la vie psychique et favorise la formation d’un « groupe psychique
séparé » (Freud et Breuer, 1895). Dans un second temps, un nouvel évènement
– survenant après l’éveil sexuel pubertaire –, susceptible d’évoquer par asso-
ciations le souvenir de la première scène, révèle le contenu proprement sexuel
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de la séduction originaire. La première scène prend alors la valeur d’un trau-


matisme dans l’après-coup. L’afflux d’excitation endogène ainsi réveillé de
son hibernation, et l’attaque par le « corps étranger interne » que constitue le
souvenir exhortent le sujet à se défendre, par le biais du refoulement.
Les commentaires du tournant de 1897 n’ont pas manqué de le mettre en
lumière : avec l’abandon de la théorie de la séduction, l’adulte séducteur et
la séduction en acte ont laissé la place, sur le plan de la théorisation, au scé-
nario imaginaire du fantasme et à l’action de la réalité psychique inconsciente
(Grubritch-Simitis, 2003 ; Schimek, 2003). Dès lors, la sexualité émerge de la
vie fantasmatique du sujet, une thèse que Freud parachèvera plus tard en pos-
tulant l’existence de fantasmes originaires (Pontalis et Laplanche, 1964). Ce
mouvement signe le renfermement du sujet sur lui-même et le recentrement de
la psychanalyse sur une monadologie que Laplanche qualifie de ptolémaïque, en
référence au modèle géocentrique de Ptolémée (Laplanche, 1992). Pourtant, ce
mouvement centripète n’est jamais totalement définitif dans l’œuvre de Freud,
qui ne cesse de montrer, par d’autres voies, que le sujet est inéluctablement
ouvert sur le monde. Ainsi, Freud continuera de défendre la valeur pathogène
des scènes de séduction effectivement vécues par les enfants (Freud, 1905b,
1940). Et il réintroduira l’adulte séducteur sur scène, en évoquant notamment
l’excitation (sexuelle) produite par les premiers soins corporels prodigués à
l’enfant (Freud, 1933).
Laplanche viendra mettre son grain de sel dans les hésitations de Freud et
dans les brèches de sa théorie. De l’ambivalence patente dans la problématique
freudienne après l’abandon de la neurotica, il tirera une nouvelle théorie de
la séduction, véritable continuation de la révolution copernicienne initiée par
Freud. Toutefois, pour reconceptualiser l’émergence du sexuel dans l’homme,
il faut repartir de la contribution majeure que représentent les Trois essais sur
la théorie sexuelle (Freud, 1905d).

Autoconservation et sexualitÉ, premier dualisme freudien

C’est en effet dans cet ouvrage que Freud s’attache à décrire la genèse de
la pulsion sexuelle chez l’enfant. Ce pan de la théorie freudienne étant bien
connu, nous nous abstiendrons de la restituer dans son intégralité. Rappelons
uniquement le rôle privilégié que Freud accorde au domaine de l’autoconser-
vation d’une part, à la notion d’étayage d’autre part.
La vie du nourrisson est d’emblée dominée par les impératifs physio-
logiques (dont la faim sert souvent de modèle à Freud), qui déterminent la
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relation de l’enfant à son entourage et au monde environnant. Les pulsions


sexuelles, de leur côté, n’interviennent que secondairement. Elles se déve-
loppent en prenant appui sur les fonctions vitales, par une sorte de parasitage
du domaine de l’autoconservation. La fonction physiologique première des
organes et des montages instinctuels se voit progressivement colonisée, enva-
hie, par la sexualité (processus qu’un auteur comme Christophe Dejours qua-
lifie de subversion libidinale [Dejours, 2012]), dont l’objectif est la recherche
de plaisir par accroissement de la tension et décharge. La notion d’étayage
constitue le pivot de cette transmutation. Freud insiste sur le fait que le premier
mouvement est dicté par les besoins vitaux et que l’étayage sur la fonction
physiologique, nécessaire à l’avènement de la pulsion, constitue un deuxième
temps. La pulsion mime l’instinct, puis le recouvre, finit par le faire dériver.
En revanche, la pulsion suivra un développement anarchique, contrairement
à l’instinct qui –  à condition de ne pas se faire totalement pervertir par le
sexuel infantile – suit un schéma préformé. Ici, la dichotomie pulsion (Trieb)/
instinct (Instinkt), termes que Freud emploie dans un sens précis, trouve toute
sa pertinence (Hock, 2007 ; Laplanche, 2007, 2008). Le terme d’instinct nous
renvoie au domaine de l’autoconservation. Celui-ci sert de combustible aux
comportements prédéterminés par l’héritage phylogénétique, selon un modèle
constant, à visée adaptative (Laplanche, 1999). La pulsion, quant à elle, est
l’autre nom de la sexualité infantile, perverse et polymorphe. Imprévisible,
anarchique et autoérotique de surcroît, elle tend vers le seul but de sa propre
satisfaction. Elle n’a que faire de la conservation du sujet ou de l’adaptation
à des fins déterminées. Entre la pulsion et l’instinct, passe la frontière entre la
sexualité et l’autoconservation, qui délimite le domaine propre de la psychana-
lyse. Frontière régulièrement mise à mal, tantôt par Freud lui-même, tantôt par
ses successeurs. Le rabattement sur une conception biologisante de la pulsion,
assimilée à l’instinct, représente en effet une tendance lourde de la psycha-
nalyse post-freudienne, notamment dans les courants anglo-saxons (Tessier,
2007). À leur décharge, force est d’admettre que le ver est dans le fruit depuis
Freud, qui dessert bien trop souvent sa découverte en se faisant l’avocat d’une
conception endogène, sinon phylogénétique de la pulsion, amplement reprise
à sa suite. En rendant la pulsion au « roc du biologique » (domaine duquel
il était parvenu à la libérer), il prête alors le flanc aux critiques –  qui n’ont
pas manqué – l’accusant d’un matérialisme simpliste ou vulgaire, voire d’un
scientisme borné (Jacoby, 1975).
Le maintien de ce premier dualisme autoconservation/sexualité contribue,
du reste, à clarifier les voies d’influence réciproque entre l’ordre du vivant et
le (dés) ordre du sexuel. Autrement dit, réaffirmer la nécessité de la séparation
– mais aussi les éventuels lieux de recouvrement – entre instinct et pulsion,
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revient à renforcer à la fois l’intérêt de la psychanalyse et des sciences de la


vie (dont le domaine de savoir concerne l’ordre vital et la sexualité instinc-
tuelle, telle qu’elle se manifeste à la puberté par exemple) pour expliquer et
comprendre les conduites humaines. C’est également se prémunir contre les
critiques de « pansexualisme », que Freud a dû affronter en son temps, en
définissant la zone d’influence du sexuel comme un champ spécifique, qui
justement ne recouvre pas l’ensemble des motivations humaines, mais tend
à « pirater » une partie d’entre elles. À l’inverse, le brouillage ou l’efface-
ment de cette limite, soit-il drapé des oripeaux de l’éclectisme et de la largeur
d’esprit, ou prétextant d’un œcuménisme béat, risque de servir un syncrétisme
par trop complaisant.

De l’Autre externe À l’altéritÉ intÉriorisÉe

Si la notion d’étayage illustre bien la façon dont le sexuel en vient à per-


vertir l’autoconservatif, le processus qui, selon Freud, conduit du deuxième au
premier –  un ébranlement de nature physiologique censé produire une exci-
tation devenue, on ne sait par quelle alchimie, « sexuelle » (Laplanche, 1970,
p. 38) – remporte la conviction difficilement. Manifestement, la transmutation
postulée par Freud dans les Trois essais fait du sexuel le produit d’un matériel
qui, dans un premier temps, n’a rien de sexuel. C’est pourquoi, après avoir
donné ses lettres de noblesse au concept d’étayage, Laplanche reviendra sur
ses pas pour s’en prendre à l’illusionnisme freudien qui tente de faire sortir le
lapin du sexuel du chapeau de l’autoconservation (Laplanche, 1992 ; Scarfone,
2014). Il s’efforcera par la suite de montrer comment le sexuel ne peut advenir,
en vérité, que d’un matériel d’emblée sexuel : l’inconscient sexuel refoulé de
l’autre.
Le petit de l’homme, constitutionnellement incapable de pourvoir à ses
besoins, est dépendant des soins de l’adulte. Un tropisme vital le pousse iné-
luctablement à rechercher le contact de l’autre (ce que les théories de l’at­-
tachement ont contribué à mettre en évidence). Se trouvent alors réunis, dans
une situation d’une radicale asymétrie, un enfant dépourvu d’inconscient et
un adulte chez qui les fantasmes sexuels sont désormais agissants. Rien de
moins, d’après Laplanche, qu’une situation anthropologique fondamentale.
L’inégalité notoire de cette situation n’est pas, en première instance, celle
banale et évidente de la différence de force et de stature entre les deux pro-
tagonistes, mais plutôt celle, moins tangible, qui résulte du fait que l’adulte,
contrairement à l’enfant, possède un inconscient (Laplanche, 1987, 2007).
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Dans l’interaction avec l’enfant, ce dernier ne peut s’empêcher de laisser « fil-


trer » ses propres fantasmes, qui agissent à son insu. Inévitablement, les mes-
sages de l’adulte se trouvent compromis par son propre inconscient, qui se
fraye une voie dans la communication avec l’enfant. La sexualité inconsciente,
immaîtrisable par définition, s’immisce dans les gestes, les mimiques et les
paroles adressées à l’enfant. Et c’est donc malgré lui que l’adulte contamine
l’échange communicationnel. La part inconsciente du message, méconnue à la
fois par son émetteur et son récepteur, a inévitablement sur l’enfant un pouvoir
excitant, c’est-à-dire un pouvoir de séduction. L’énigme contenue dans le mes-
sage génère une effervescence qui enjoint l’enfant à la liaison. Ce faisant, les
messages compromis se mutent en exigence et engendrent chez l’enfant une
véritable pulsion à traduire.
Cependant, quels que soient les efforts de l’enfant pour maîtriser l’exci-
tation que véhiculent ces messages, il ne peut qu’aboutir à des traductions
incomplètes ou imparfaites, laissant des restes. Ces dépôts prendront la forme
de « corps étrangers internes », imperméables à la communication et au sens.
Ils vont progressivement participer à la formation de l’inconscient sexuel de
l’enfant. Les résidus de la traduction ne manquent pas d’insister et de faire
retour. Aussi, le refoulement aura pour fonction de contenir ces attaques venues
désormais de l’intérieur. En substance, dans la théorie de la séduction généra-
lisée, le matériel constitutif de l’inconscient nous est fourni de l’extérieur, par
voie de la séduction ; en revanche, une fois implanté, ce dernier se manifeste
sur le mode de l’attaque venue de l’intérieur, ce que la célèbre formule de
Freud – « le moi n’est pas maître dans sa demeure » (Freud, 1933) – restitue
de façon exemplaire.
Chez Laplanche, le processus de formation de l’inconscient sexuel déter-
mine les principales caractéristiques de ce dernier. En d’autres termes, la
nature et le mode d’action de l’inconscient s’expliquent par sa genèse. Érigé
sur les éléments proscrits de la communication entre l’enfant et l’adulte,
l’inconscient échappe à toute logique du sens. Il représente d’ailleurs ce qu’il
y a « de moins subjectif en nous » (Laplanche, 1999). Cette « quintessence
d’altérité », par essence inappropriable sur le simple mode de l’introspection
ou de la réflexivité, se dérobe également à toute tentative d’interprétation d’un
sens caché ou secret. De même, l’inconscient sexuel se distingue d’un « moi
profond », soi-disant plus authentique, enfoui dans les tréfonds de l’âme. Il
n’est pas la vraie nature de l’homme : il est une seconde nature. En défini-
tive, l’inconscient laplanchien se présente comme une chose, indomptable et
hermétique, irréductible à ce qui en l’homme reste inaccessible directement à
la conscience – donc à une version descriptive ou cognitive de l’inconscient
(Tessier, 2012).
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Fantasmes, scÈnes et autres phÉnomÈnes « originaires »

De cette théorie traductive de l’inconscient découle, sans surprise, une


remise en cause des considérations freudiennes sur la thématique de l’origi-
naire (Green, 2000 ; Pontalis et Laplanche, 1964). Celle-ci continue pourtant
de faire florès en psychanalyse, et ce malgré le défi qu’elle oppose à toute
tentative d’explication plausible. Bravant l’incrédulité, et alors même qu’elle
demeure vraisemblablement la composante la plus irrationaliste du legs de
Freud (Tessier, 2014a), la « fantaisie phylogénétique » (Grubritch-Simitis,
2003) continue de séduire de nombreux psychanalystes.
Freud entend par fantasmes originaires des scénarios imaginaires uni-
versels (scène primitive, Meurtre du père, castration), à l’œuvre chez tout un
chacun et indépendants des contingences biographiques. Transmis par voie
héréditaire, ils seraient les rejetons d’évènements réels, survenus dans la pré-
histoire de l’espèce (ainsi, le Meurtre du père renverrait à un assassinat réel,
pratiqué au temps de « l’ère glaciale » [cf. Grubritch-Simitis, 2003]). Dans
une veine évolutionniste, Freud soutient que ces expériences appartiendraient
désormais à la mémoire collective, par une sorte d’engrammage qui les aurait
inscrites dans le patrimoine génétique de l’humanité. Malgré la postérité dont
ils jouissent3, les axiomes freudiens au sujet de l’originaire restent largement
contestables. Et, à moins de céder à l’illusionnisme d’une intériorisation col-
lective, qui transforme des phénomènes de l’expérience en fantasmes congéni-
taux, susceptibles de passer entre les individus, les générations et les cultures
par une voie endogène, on voit mal comment les thèses freudiennes à ce sujet
pourraient résister à la réfutation.
Dans l’absolu, le recours, dans la théorie, à la notion de fantasmes origi-
naires, préexistants au refoulement individuel et constitutifs d’un « atavique
immémorial » (Laplanche, 1999, p. 69), peut être considéré comme un tour de
force freudien, une tentative de rattrapage corrélative à l’abandon de la théorie
de la séduction. L’introduction de ce véritable deus ex machina que représente

3.  Postérité à laquelle, ironiquement, Laplanche a indéniablement contribué : « Lorsque Pontalis


et moi-même avons exhumé du parfait oubli où ils se trouvaient dans la communauté analytique les “fan-
tasmes originaires” (Laplanche et Pontalis, 1964), nous ne nous attendions certes pas au destin grandiose
qui leur a été donné, en particulier dans la communauté analytique française. Tel est le sort de l’exégète
ou du critique : d’avoir redécouvert cette notion et montré toute la place qui lui revient dans le système
freudien, nous en devenons comme nécessairement les champions. Vingt-cinq ans plus tard, je me heurte
à la stupéfaction et à l’incrédulité, lorsque j’affirme mon opposition résolue à la fable des fantaisies
phylogénétiquement transmises, dans la descendance du père de la horde primitive » (Laplanche, 1992,
p. 388).
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la catégorie de l’originaire signe le retour de Freud à un biologisme, sinon un


nativisme, dont un des objectifs honorables reste de réintroduire la réalité
matérielle aux sources du fantasme (Pontalis et Laplanche, 1964). Partant
de là, on peut faire l’hypothèse que le retour de la phylogenèse comme force
explicative n’est que la conséquence du refoulement d’une première théorie
de l’émergence du fantasme : la théorie de la séduction. Néanmoins, une fois
ce premier itinéraire délaissé, il fallait bien trouver un chemin alternatif au
fantasme, ce que Freud parvint à faire en postulant l’existence de fantasmes
donnés dès le départ, venus des profondeurs de l’espèce. Il tente ainsi, in
extremis, de remettre à l’endroit une théorie qui marchait sur la tête depuis
l’abandon de la neurotica. Plutôt que contredite ou contestée, cette régres-
sion théorique a été entérinée par les approches psychologiques, biologiques
ou phylogénétiques de l’inconscient (Laplanche, 1999 ; Tessier, 2004, 2005,
2006).
Ce n’est pas pour autant qu’il conviendrait de jeter par-dessus bord l’idée
même de fantasmes dont la similarité des contenus persisterait par-dessus la
variabilité interindividuelle. Ces derniers témoignent effectivement d’une
constante clinique. Les fantasmes de séduction, de castration, de la scène pri-
mitive existent certainement dans la tête des patients, à la fois ceux de Freud
et les nôtres. Seulement, il faut les prendre pour ce qu’ils sont : des contenants
imaginaires remplis en grande partie par des mythes et des éléments symbo-
liques propres à l’environnement culturel dans lequel baignent les enfants.
Pour Laplanche, les grands récits que constituent la castration et l’Œdipe sont
déjà des modalités de liaison de l’angoisse provoquée par le travail de sape de
la pulsion (Laplanche, 2007). Ces autothéories (au sens des « théories sexuelles
infantiles ») s’abreuvent de mythes, fables ou contes afin d’échafauder un
ensemble narratif capable de s’opposer au refoulé. Ces dernières sont donc
secondaires à la séduction par l’adulte et à la formation de l’inconscient sexuel
par le refoulement. Leurs ressemblances doivent davantage à la similitude des
codes et des aides à la traduction proposés par le socius qu’à un fonds commun
héréditaire.
Ravir le fantasme à une source congénitale pour le rendre au domaine
de la pensée nous semble une condition essentielle pour pouvoir imaginer le
changement auquel vise la cure psychanalytique. Car, pour pouvoir être trans-
formée dans la cure, la réalité psychique doit au préalable être conçue comme
transformable par des moyens humains. En somme, appréhender le fantasme
comme un phénomène de la pensée, plutôt qu’un rejeton de l’hérédité, repré-
sente un garde-fou précieux contre toute tentation naturalisante et potentiel-
lement conservatrice en psychanalyse. C’est enfin conférer à l’historicité un
rôle central dans le développement humain.
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Retour À la situation anthropologique fondamentale

La tentation de subordonner la métapsychologie à la pratique clinique, voire


d’en faire un domaine accessoire et dispensable, fait périodiquement retour
dans les débats psychanalytiques. Malgré les différentes formes prises par ce
véritable serpent de mer de la psychanalyse, on connaît désormais l’antienne :
la métapsychologie ne serait guère plus qu’une métaphysique désuète, une
abstraction oiseuse, dont les construits spéculatifs seraient plus encombrants
que nécessaires. Les développements de la métapsychologie, cinquième roue
du carrosse, mériteraient d’être relégués aux oubliettes, au profit d’un pragma-
tisme thérapeutique de bon aloi. Du reste, l’accent mis sur la pratique clinique
et la relation thérapeutique incite naturellement à une déflation théorique qui
ne fait que confirmer, par un effet de balancier, l’accusation de départ.
L’opposition susmentionnée –  restituée certes de façon trop sommaire
dans le cadre de cet article  – témoigne d’une vision singulière des rapports
entre métapsychologie et pratique en psychanalyse, tributaire d’un utilitarisme
autrement dénoncé avec véhémence dans les cercles psychanalytiques. À
l’opposé de cette conception, Laplanche soutient l’unité de ces deux domaines
comme un des fondements de la démarche analytique (Tessier, 2014a). Pour
Laplanche, la métapsychologie demeure indissociable de l’invention majeure
de Freud : la situation analytique. Celle-ci reste avant tout une méthode d’accès
à des régions autrement impénétrables de la vie d’âme. La métapsychologie
s’est développée à partir de cette méthode et de son objet (l’inconscient sexuel
refoulé) pour tenter d’en expliciter l’origine, le contenu et les modalités de
fonctionnement. Elle est donc bien plus qu’une grille de lecture abstraite : elle
vise à rendre compte de la pratique analytique, dont les échecs et les rema-
niements doivent être intégrés dans la théorie.
L’objet sur lequel est censée agir la psychanalyse demeure pourtant tout
à fait singulier. Il suppose, premièrement, un éclatement du sujet autonome,
qui ne parvient plus à venir à bout d’une résistance interne. Là réside une des
spécificités majeures de la psychanalyse, qui la distingue de toute psychologie
du développement personnel : elle entre en jeu lorsque la maîtrise de soi et la
volonté consciente sont mises en échec, lorsque le sujet est devenu opaque
à lui-même. Compte tenu de ce à quoi elle s’affronte, la pratique analytique
ne peut raisonnablement espérer produire des effets qu’à condition de favo-
riser un réaménagement du rapport à l’altérité interne (Heenen-Wolff, 2013 ;
Tessier, 2014b). D’après Laplanche, un tel dessein commande de rebrousser
chemin jusqu’à la situation originaire de séduction, moment clé d’implanta-
tion du sexuel. D’où l’asymétrie de la situation analytique, qui met face à face
un sujet (enfant/analysant) sommé de traduire ce qui lui arrive et un deuxième
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protagoniste (adulte/analyste) porteur de l’énigme. La réinstauration du rap-


port à l’énigme relance la pulsion à traduire, qui s’efforcera de trouver une
nouvelle autotraduction, « plus englobante, moins asservie au “non traduit” »
(Laplanche, 1992, p.  411), suite aux détraductions opérées dans l’analyse.
L’idée d’une nouvelle traduction, possiblement plus complète, va de pair avec
le souhait d’un dégagement du pouvoir d’attrait de l’autre interne. Cet affran-
chissement, toujours incomplet et souvent insatisfaisant, reste néanmoins un
des buts du processus analytique.

Prolongements du mouvement copernicien

La reprise du décentrement copernicien n’est pourtant pas l’apanage de


la cure. En réalité, Laplanche laisse ouverte la possibilité d’un prolongement,
d’un maintien de l’ouverture à l’autre au-delà des frontières bien délimitées de
la situation analytique :
Mais ce que je crois savoir, c’est qu’il est un type d’ouverture que l’analyse parfois main-
tient : celle qui est précisément sa marque d’origine, sa marque par l’origine. Et que cette
ouverture peut être maintenue, transportée au-dehors vers d’autres champs d’altérité et
d’inspiration. C’est ce qu’il faut bien nommer transfert de transfert (Laplanche, 1999,
p. 337).
Transfert de transfert ou report au-dehors de la situation analytique du
rapport au message énigmatique. Ce qui se joue dans la cure peut donc égale-
ment se (re)jouer ailleurs. Selon Laplanche, certaines situations sont propices
à la reprise du travail psychique de retraduction. Il énumère explicitement au
moins quatre moments susceptibles de favoriser ce processus : le travail du
deuil, le travail du texte, le travail de l’analyse et, tout naturellement, le travail
de l’enfance. Moments privilégiés pour relancer la traduction, car le contexte
dans lequel ils s’inscrivent produit un débordement du message énigmatique.
Ce débordement est le fruit d’une absence, d’une équivocité inhérente à la
situation, qui appelle une nouvelle traduction. Il est ici tentant de mettre en
rapport les formulations de Laplanche sur le transfert de transfert avec ce qu’il
a plus tard nommé l’inspiration. Par ce terme, Laplanche désigne un destin des
pulsions qui à la fois se rapproche et se distingue de la sublimation concep-
tualisée par Freud. Ceci, car, pour Laplanche, l’effet liant de la sublimation
reste sous l’égide du Moi et, par conséquent, du refoulement. Son mouvement
centrifuge cherche à éviter la réouverture du premier trauma. Voilà pourquoi il
postule, à côté de la sublimation, un mouvement centripète, dicté par l’objet,
dont Léonard de Vinci et Giacometti fournissent l’exemple. Il suggère ainsi la
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De la séduction à l’inspiration 815

notion d’inspiration, censée être plus à même de caractériser la polarisation de


la pulsion à traduire vers l’autre. À l’inverse de la sublimation, l’inspiration
serait vectorisée par la « quête », elle-même déterminée par l’objet, véritable
« agent provocateur » (Laplanche, 1999, p. 336). Objet qui, de par sa fonction
à la fois d’adresse indéchiffrable et de destinataire jamais comblé, réinstau-
rerait le rapport à l’énigme.
Laplanche ne s’épanche pas à ce sujet et ses formulations restent ici relati-
vement vagues. Il laisse pourtant entendre que l’altérité du message – à l’instar
de la nécessité de traduire qu’il attise – déborde la relation duelle entre l’adulte
et l’enfant. On pourrait donc légitimement postuler, à côté des quatre situations
énumérées par Laplanche, d’autres lieux de réouverture du transfert originaire.
Ce qu’ose faire un auteur comme Christophe Dejours, qui voit dans le rapport
à l’œuvre – et d’une façon générale dans le rapport au travail – le temps privi-
légié de l’inspiration et, par conséquent, d’une nouvelle traduction :
[…] chaque œuvre, ou chaque ouvrage, chaque production de qualité est potentiellement
une traduction nouvelle du message énigmatique. Plus exactement, de ce qui, du message
initial de l’adulte, n’a pas pu être traduit par l’enfant, de ce reste non traduit, donc refoulé
(Dejours, 2014a, p. 12).
Ceci suppose toutefois d’introduire un chaînon supplémentaire dans la
théorie psychanalytique de la sublimation. En effet, en sus du rapport sujet-
objet, il convient de faire une place au rapport subjectif à la matière. Une
matière vivante. Ou plutôt, à laquelle l’homme donne une vie, par le truche-
ment du corps et du fantasme :
La métapsychologie freudienne autorise l’idée d’un investissement d’une partie du corps,
voire d’un organe. Et ce serait probablement par l’entremise du corps et des parties du
corps, dans la mesure où ils peuvent faire l’objet d’un investissement libidinal, qu’une
transposition sur un objet matériel serait éventuellement envisageable (Ibid., p. 2)
La matière serait donc susceptible d’être « pulsionnalisée » par un trans-
fert, une transposition pulsionnelle dont le corps constituerait la médiation
capitale. La thèse soutenue par Dejours est, au passage, exposée dans des
termes dont on se demande si l’analogie avec la situation anthropologique
fondamentale est voulue ou fortuite :
Familiarisation qui passe par un corps-à-corps avec la matière, l’outil ou l’objet technique,
orientée fondamentalement par la volonté d’un dialogue. Dialogue entre le corps du tra-
vailleur et la matière ou l’objet technique. Mais ce dialogue est inégal. Parce que la matière
ou la machine ne parle pas. Faute de la faire parler, il faut la faire réagir (Ibid., p. 6).
La métaphore susmentionnée reprend le modèle de la communication iné-
gale pour rendre compte de la relation entre l’homme et la matière. Bien que
suggestive, une telle comparaison comporte des limites facilement perceptibles.
Oserait-on cependant la pousser un peu, au risque de brûler quelques étapes,
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pour y voir un avatar de la séduction ? Le monde matériel représenterait-il


un véhicule supplémentaire de l’énigme, une nouvelle occasion d’amorcer la
séquence traduction-détraduction-retraduction ? Toutes choses égales par ail-
leurs, Laplanche nous concèderait certainement que l’œuvre n’est nullement
extérieure à la catégorie du message. Par conséquent, elle est d’emblée prise
dans les multiples visages de la séduction.
À l’image des allusions de Laplanche, ce laïus conclusif est voué à laisser
sans réponse bon nombre d’interrogations, sinon de critiques que l’on pourrait
aisément formuler à l’égard des propositions susmentionnées. Une approche
plus exhaustive des problèmes abordés ci-dessus devrait vraisemblablement
fournir des précisions supplémentaires sur la nature et les modalités d’inves-
tissement de la « pulsion à traduire » : est-elle susceptible de se développer
chez tout un chacun, ou concerne-t-elle uniquement les créateurs d’exception,
à l’instar de Léonard de Vinci et Giacometti ? Quelles sont les conditions de
son déploiement ? Des éléments de réponse à ces questions existent du côté
de la clinique du travail (Dejours, 2014b). Quant aux réponses susceptibles de
venir du côté de la théorie de la séduction généralisée, il faut encore la faire
travailler dans ce sens, quitte à la faire grincer.
Duarte Rolo
Institut de Psychologie
71 avenue Édouard Vaillant
92210 Boulogne-Billancourt.
duarte.rolo@parisdescartes.fr

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