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Initiation à la sémiotique

Introduction :
            Nous  vivons  entourés de signes, de formes, de symboles et d'images, tous porteurs de
signification. Nous  avons découvert et appris dès l'enfance, peu à peu, les règles de lecture, les
codes des couleurs, l'image publicitaire, le panneau de signalisation routière. Nous nous sommes
habitués à vivre entre les signes … Nous en sommes dépendants… Une  vie sans communication,
sans signes est-elle possible  ? Sont-ils aussi indispensables pour nous  ? De quels pouvoirs sont-ils
dotés  ?  C’est ce que nous tenterons de découvrir dans ce module.
Il est important de définir quelques concepts fondamentaux et de faire quelques éclaircissements
indispensables à cette discipline qui présente toujours pour des lecteurs non-avertis une ambigüité.
            C’est ce  que nous allons  tenter de clarifier dans le module qui aura pour sujet la sémiotique/
sémiologie comme une discipline et le signe dans tous ses états comme objet d’étude.
            Nous allons, tout au long de ce cours, tenter de répondre à un certain nombre de questions
préoccupantes. Nous allons essayer de savoir qu’est-ce que la sémiotique/sémiologie ? Quelles sont
ses origines ? Qui sont ses pionniers ? Pourquoi cette différence de terminologie ? Quel est son objet
d’étude ? Qu’est ce qu’un signe ? Quels sont les types de signes ? Comment  sont-ils classés ?
Aperçu historique sur l’origine de cette différence : voici quelques définitions plus ou moins
détaillées de la sémiotique et de son objet d’étude.  Nous allons, tout d’abord, commencer par
cette énigme de sémiotique ou sémiologie.
       I.1.Sémiotique ou sémiologie :
Tout d’abord le stéréotype que tout le monde se fait c’est qu’on rattache généralement sémiologie à la
tradition européenne et sémiotique à la tradition anglo-saxonne. Ce qui n’est pas totalement faux,
mais l'usage de "sémiotique" tend à se généraliser partout dans les universités du monde entier vu le
nombre important de chercheurs qui s’y sont inscrits et les diverses spécialités qui s’y sont
découlées : sémiotique de la communication, de la signification, de l’image, littéraire…
Pour éclaircir un peu plus les concepts, nous devons revenir à la genèse de cette discipline et  à cet
homme qui a prédit son avènement en Europe: L.F DE SAUSSURE et son contemporain Charles S.
PIERCE, fondateur de la sémiotique aux E.U.
I.1.1.Origines de  la sémiotique :
Il est vrai que la  sémiotique en sciences humaines est une discipline récente. Elle est apparue au 
début du XXème siècle, mais elle n’est pas si nouvelle  qu’elle le parait, en effet, elle a des racines fort
anciennes. « ses ancêtres remontent à l’Antiquité grecque  » ,mais dans d’autres domaines que la
[1]

langue et les langages. Elle s’intéressait, au début, aux signes et symptômes des maladies : elle était
alors liée à la médecine. Quant aux sciences du langage, elle n’a commencé à  les explorer qu’au
début du XX° siècle suite aux développements qu’a connus le monde du savoir et des sciences en
Europe et partout dans le monde. En sciences du langage, elle a été intégrée par les deux pionniers
de ce domaine, l’un dans le vieux continent et l’autre dans le nouveau monde.
I .1.1.1 La sémiologie de SAUSSURE:
Dans son Cours de Linguistique Générale, DE SAUSSURE  prédit et donne sa propre conception de 
la sémiologie en la définissant ainsi : « on peut donc concevoir une science qui étudie la vie des
signes au sein de la vie sociale [  …] nous la nommerons sémiologie( du grec sëmeîon, « signe  »).
Elle nous apprendrait en quoi consistent les signes, quelles lois les régissent. Puisqu’elle n’existe pas
encore, on ne peut dire ce qu’elle sera; mais elle a droit à l’existence, sa place est déterminée 
d’avance.» [2]

Il s’agit donc pour Saussure d’une science générale de tous les systèmes de signes grâce auxquels
les hommes communiquent entre eux. Ce qui fait de la sémiologie une science sociale et présuppose
que les signes sont constitués en systèmes (sur le mode de la langue). Il  n’exclue, en outre, aucune
forme de communication. De plus, il propose d’appliquer les lois que découvrira la sémiologie à la
linguistique affirmant ainsi que les autres systèmes de communication fonctionnent tous de la même
manière que la langue.
I.1.1.2 La sémiotique de PIERCE :
Cette définition saussurienne de cette discipline va de pair, dans l’ensemble, avec celle proposée par
son contemporain américain Pierce qui parle de la sémiotique en la considérant comme "la doctrine
quasi-nécessaire ou formelle des signes" . Elle correspond,  pour lui,   à la logique : « la logique, dans
[3]

son sens général, n'est qu'un autre nom de la sémiotique» .On observera comment le premier met
[4]

l'accent sur le caractère humain et social de la doctrine, tandis que le second en relève le caractère
logique et formel. Pour Pierce,  philosophe et logicien, la sémiotique est beaucoup plus vaste que la
plupart des  sciences sociales, puisque elle dépasse les bornes de la communication et s’étend sur
l’univers de la pensée qui ne connait de limite.
Il énonce à ce propos :"c'est la science des lois nécessaires de la pensée ou, mieux encore (la
pensée se produisant toujours au moyen de signes), c'est la sémiotique générale qui traite non
seulement de la vérité, mais aussi des conditions générales auxquelles les signes sont des signes
(...), ainsi que des lois de la pensée."
[5]

Il donne, alors à cette nouvelle discipline un caractère plus global et plus philosophique. 
Contrairement à Saussure qui la limite à la communication et n’aborde en aucun cas la pensée. Cela
représente une différence entre les deux conceptions que les fondateurs ont faites de cette discipline.
 
[1]M. JOLY, Introduction à l’analyse de l’image , p 22. 
[2]F. DE SAUSSURE, Cours de Linguistique Générale, p 22.
[3] C. PEIRCE,C P 2.227 in Persée
[4]Ibid,
[5]Ibid,