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Objet de la sémiotique

 Objet de la sémiotique:
l’objet d’étude de la discipline est incontestablement le même. Il s’agira du signe dans toutes ses
formes et tous ses états. Selon Roland BARTHES «Prospectivement, la sémiologie a […] pour objet
tout système de signes, quelle qu’en soit la substance, quelles qu’en soient les limites: les images, les
gestes, les sons mélodiques, les objets, et les complexes de ces substances que l’on retrouve dans
des rites, des protocoles ou des spectacles constituent sinon des “langages” du moins des systèmes
de signification»[1]
Pour BARTHES, la sémiologie ne se limite pas à un domaine  ou à un système précis  de la
communication: elle englobe toute sorte de moyens utilisés pour informer ou influencer autrui.
Eric BUYSSENS affirme : «La sémiologie peut se définir comme l’étude des procédés de
communication, c’est-à-dire des moyens utilisés pour influencer autrui et reconnus comme tels par
celui qu’on veut influencer»[2]
.Le signe:
I.2.1.Définition(s) :
La définition la plus générale, par conséquent, celle aussi qui sera susceptible de satisfaire le plus
grand nombre d’approches théoriques, pose le signe comme quelque chose qui est mis à la place de
quelque chose d’autre. La particularité essentielle du signe, c’est d’être là, présent, désignant ou
signifiant quelque chose d’absent, que cette chose soit concrète ou abstraite. Le signe indique
l’existence d’une chose ou représente une autre chose.
Le philosophe Lalande pense que le signe est un objet matériel, figure ou son perceptible, tenant lieu
d’une chose absente ou impossible à percevoir et servant soit à la rappeler à l’esprit, soit à se
combiner avec d’autres signes pour effectuer une opération.
D’après  cette conception, le signe serait une matérialité, il est concret et physique et relève, pour être
perçu, des sens ; ceux-là mêmes que nous utilisons pour aborder le monde.  Nous pouvons
comprendre de cette définition philosophique que le signe est une entité physique perceptible.
I.2.1.1. Le signe de Saussure :
F. DE SAUSSURE qui a abordé dans son cours le signe linguistique plus que tout autre type de signe 
dit  expressément que le signe linguistique unit une idée (un concept, le signifié) et une «image
acoustique» (le signifiant), non une chose et un nom: « […] la langue […] est un système de signes où
il n’y a d’essentiel que l’union du sens et de l’image acoustique, et où les deux parties du signe sont
également psychiques»[3].
Ce que SAUSSURE ne prend pas en considération dans sa conception du signe est ce que les
spécialistes qui viennent par la suite appellent l’interprète: celui ou ceux pour qui un tel signifiant
représente un tel référent : l’émetteur et  beaucoup plus le récepteur qui doivent partager un certain
nombre d’éléments communs.
I.2.1.2. Le signe de Peirce :
C. S. Peirce définit le signe comme: « […] quelque chose qui tient lieu pour quelqu’un de quelque
chose sous quelque rapport ou à quelque titre»[4].
Le signe est donc le représentant d’autre chose qu’il évoque à titre de substitut. Cette définition est
intéressante à plusieurs titres, elle  nous offre la particularité: de pouvoir s’appliquer à des choses
perçues (le «quelque chose» peut être un objet, un geste, un son, une odeur, etc.) ou évoquées
(image mentale); d’inclure une dynamique interprétative («pour quelqu’un»); de laisser entendre que
le sens est relatif à l’interprète (quelque chose qui tient lieu «pour quelqu’un») et dès lors n’est pas
absolu, mais dépendant d’un contexte («sous quelque rapport ou à quelque titre»).
I.2.1.3. Le signe de Eco et Morris:
Pour C.MORRIS «Une chose n’est un signe que parce qu’elle est interprétée comme le signe de
quelque chose par un interprète  »[5].
Pour Umberto Eco, le quatrième élément est le plus important de tous, puisqu’il écrit:«Les énoncés ne
reflètent pas la forme des faits: c’est nous qui, par apprentissage, pensons les faits dans les formes
où les énoncés les ont coulés»[6].
Ainsi, le signifiant ne doit pas être conçu comme un pur phénomène physique, mais comme une
représentation mentale qui résulte au départ d’un acte de perception.
Charles MORRIS, reprenant l’idée qu’un signe «fait référence à quelque chosepour quelqu’un»
(Peirce) décompose les éléments qui constituent la sémiosis ,soit le procès du signe, en quatre
éléments. Trois de ces quatre éléments sont traditionnellement représentés comme occupant les trois
sommets d’un triangle dont les côtés représentent les relations entre eux.
 

référent
l’actualisation du type
(ce à quoi le signe réfère)
signifiant
le véhicule
(ce qui agit comme signe)
signifié
le type (concept)
 
 
 
 
 
 
 
                                   [objet
I.2.1.4.Le signe, de saint Augustin à R. Barthes:
Dans son Aventure sémiologique, Barthes nous donne une définition qui ne risque pas d’être récente.
Il s’agit de celle faite par saint Augustin qui conçoit le signe comme :
« une chose qui, outre l’espèce intégrée par les sens, fait venir d’elle-même à la pensée quelque
autre chose.»[7]

[1]R.BARTHES , «Présentation», in Communications, N° 4, 1964, p. 1.


[2] E.BUYSSENS , «La communication et l’articulation linguistique», cité par G. M OUNIN ,
Introduction à la sémiologie , Editions de Minuit, 1970, p. 13.
[3] F. DE  SAUSSURE ,op.cit, p 22.
[4]C. S. P EIRCE , Ecrits sur le signe , Paris, Seuil, 1978, P 121.
[5]C .Morris , in, U. Eco, Le signe, Paris, Le livre de poche, 1988. p. 19.
[6]U. ECO ,Ibid p. 231-232.
[7] R. Barthes, l’Aventure sémiologique, Seuil 1985. p 36