Vous êtes sur la page 1sur 12

VOIX, subst. fém.


I.
A. − [Chez l'homme]
1. Son, ensemble de sons produits par la bouche et résultant de la vibration de la glotte
sous la pression de l'air expiré; faculté d'émettre ces sons. Organes de la voix; hauteur,
intensité, timbre, volume de la voix; brouhaha, bruit, éclat, murmure, tumulte de voix;
voix qui crie, s'élève, porte, résonne, retentit. Aussitôt la glotte franchie, le souffle
devenu voix traverse l'arrière-gorge, la gorge, la bouche, se répand en partie dans le
pharynx et les fosses nasales, se moule sur les formes mobiles et ductiles de tous ces
organes, qui (...) pétrissent et sculptent la matière sonore (Arts et litt., 1935, p. 36-
8).Nous savons aujourd'hui que la voix humaine, qu'elle soit chantée ou parlée, que la
hauteur en soit voulue et contrôlée par l'oreille ou non, est conditionnée, elle aussi, par
l'arrivée de salves d'influx récurrentiels sur le larynx (É. GARDE, La Voix, 1954, p. 23).
♦ Émission* de voix (synon. phonation). Extinction* de voix. Mue* de la voix. Filet de
voix. V. filet1.
− Expr. et loc.
♦ N'avoir pas de voix, plus de voix. Être aphone, incapable de proférer un son. − Ohé!
les hommes!... Je m'enroue. Je n'ai plus de voix. Je me sens ridicule de crier
ainsi (SAINT-EXUP., Terre hommes, 1939, p. 230).Retrouver sa voix. Être capable de
parler de nouveau. M. Thibault, la couverture soulevée, voulait s'échapper de ce lit (...),
fuir l'atroce menace. Il avait retrouvé sa voix et vociférait des grossièretés (MARTIN
DU G., Thib., Mort père, 1929, p. 1254).
♦ Être sans voix. Être aphone, rester muet, souvent sous le coup d'une émotion. La
chaleur pèse, je suis fatiguée et sans voix (COLETTE, Cl. école, 1900, p. 226).La foudre
n'eût pas agi autrement sur la malheureuse mère qui, sans voix, sans force, tremblante,
laissa couler ce déluge de paroles (ARAGON, Beaux quart., 1936, p. 239).
♦ Rester sans voix. Rester interdit. Ils te virent, seigneur, et restèrent sans voix (LECONTE
DE LISLE, Poèmes ant., 1852, p. 363).
♦ D'une même voix. Ensemble, à l'unisson. D'une même voix, Joseph et moi, nous
nous écriâmes: − Cécile a raison! (DUHAMEL, Désert Bièvres, 1937, p. 264).
− Spécialement
♦ ACOUST. Voix artificielle. ,,Son complexe, généralement émis par une bouche
artificielle, dont la composition spectrale correspond à celle de la voix humaine``
(Industries 1986).
♦ LING., PHONÉT.
Voix articulée*. Voix chuchée*. Voix parlée, chantée. L'onde laryngée se reproduit
périodiquement suivant un rythme qui oscille, pour la voix chantée, entre 66 Hertz (Hz),
ou périodes-secondes (p.s.), ou cycles-secondes (c.s.), correspondant à do1(c'est la
note inférieure d'une basse profonde) et 1320 Hertz, soit mi5(note culminante d'un
soprano léger) (...). La voix parlée est, plus modestement, située entre 82 p.s. (mi1) et
1056 (do2), les deux octaves inférieures appartenant à la voix masculine et les deux
supérieures aux voix enfantine ou féminine (MORIER1975, p. 1136).V. duo ex.
Vx. Phonème qui entraîne la vibration des cordes vocales. Synon. voyelle.Les
grammairiens (...) commencent par dire que les voix représentées par les voyelles sont
une espèce de sons, et que les articulations représentées par les consonnes sont une
autre espèce de sons, comme s'il pouvait y avoir dans la nature une articulation sans
voix, et une voix sans articulation (DESTUTT DE TR., Idéol. 2, 1803, p. 321).
♦ MÉD. Voix œsophagienne, sans larynx. ,,Voix sous-laryngée des opérés du larynx,
obtenue après rééducation vocale, grâce à l'air accumulé dans l'œsophage`` (Méd.
Biol. t. 3 1972).
2.
a) [La voix caractéristique de la pers.] Voix jeune; aimer, reconnaître une voix. Parmi
les nombreux moyens que Talma avait de captiver son auditoire sa voix était sans
contredit l'un des plus puissants (DELÉCLUZE, Journal, 1826, p. 350).V. or1ex.
11, sirène ex.
♦ MYTH. La déesse aux cent voix. La déesse aux cent voix bruyantes A du séjour
sacré des âmes innocentes Percé les ténébreux chemins (CHÉNIER, Odes, 1794, p.
254).
♦ Les voix chères qui se sont tues. [P. allus. à VERLAINE, Poèmes saturn., 1866, p.
64] Est-il possible (...) [dans le souvenir], de restituer non pas simplement le timbre des
voix, « l'inflexion des voix chères qui se sont tues », mais encore la résonance de
toutes les chambres de la maison sonore? (BACHELARD, Poét. espace, 1957, p. 68).
− En partic. [La voix enregistrée, reproduite, transmise par les moyens techn.] La voix
d'un présentateur; ne pas reconnaître une voix au téléphone. On a l'illusion d'être l'un
contre l'autre et brusquement on met des caves, des égouts, toute une ville entre soi...
Tu te souviens d'Yvonne qui se demandait comment la voix peut passer à travers les
tortillons du fil. J'ai le fil autour de mon cou. J'ai ta voix autour de mon cou (COCTEAU, La
Voix hum., 1983 [1930], p. 61).Le poste grésilla. La voix du speaker s'éleva, mêlée à la
rumeur de l'orchestre d'un poste voisin (VAILLAND, Drôle de jeu, 1945, p. 142).
b) [La voix caractérisée d'après le volume, le timbre, le mode d'articulation] On s'assit
autour d'elle, et aussitôt, d'une voix fraîche et pénétrante, légèrement voilée, comme
celles des filles de ce pays brumeux, elle chanta une de ces anciennes romances
pleines de mélancolie et d'amour (NERVAL, Filles feu, Sylvie, 1854, p. 595):
La voix de Chantal le cloua au seuil, stupéfait. Jusqu'alors il n'avait connu que le
rythme familier de cette voix, sa cadence, mais soudain il en découvrait l'accent, le
timbre, on ne sait quoi qui n'était qu'imperceptible dans la conversation
ordinaire. BERNANOS, Joie, 1929, p. 658.
♦ Voix blanche. Voix sans timbre, inexpressive ou sans résonance. Vanessa se tourna
vers moi. Sa voix blanche et sans timbre était comme le murmure passionné de cette
pénombre (GRACQ, Syrtes, 1951, p. 110).Bonne voix. Voix forte et bien timbrée. Tout à
coup, dans la maison, il y a cette voix inconnue, cette plainte grêle et déjà vigoureuse.
« Il a bonne voix, dit la mère Bailleul. C'est un beau gars » (GENEVOIX, Raboliot, 1925, p.
228).Voix chaude. Voix au timbre riche, expressive et vivante. Sa voix n'était pas moins
transformée que le reste: une voix d'homme, chaude et grave, bien
timbrée (MARTIN DU G., Thib., Pénitenc., 1922, p. 694).
♦ Voix grasse*. Grosse voix. V. gros1II B 2.Voix claironnante*. Voix rauque*.
SYNT. Voix aiguë, basse, faible, fluette, forte, grave, grêle, imperceptible,
profonde; voix argentine, chantante, claire, flûtée, harmonieuse, mélodieuse, musicale,
suave, bien timbrée, vibrante; voix métallique, monotone, perçante, pointue, sèche,
stridente, traînante, vulgaire, zézayante.
− Voix de + subst. (qualifiant, p. métaph., la voix parlée ou chantée).Voix de cristal, de
source; voix de clairon. Kobus (...) ne l'entendit pas chanter de sa jolie voix de fauvette,
en lavant la vaisselle (ERCKM.-CHATR., Ami Fritz, 1864, p. 59).V. airain ex. 17.Voix de
crécelle*. Voix de polichinelle*. Voix de rogomme* Voix de rossignol*. Voix de
stentor*. Voix de violoncelle*.
♦ Voix de sirène. Voie mélodieuse. Il chantait à voix de sirène et interrompait de temps
à autre ces incantations pour m'adresser, si j'ose dire, des préceptes qui allaient de la
civilité à l'éthique (A. FRANCE, Pt Pierre, 1918, p. 169).Au fig. Parole au charme
irrésistible et trompeur. Son talent, les qualités et les défauts de ce talent lui servent
pour voiler ses vrais desseins; c'est la voix de sirène qui abuse le passant (SAINTE-
BEUVE, Poisons, 1869, p. 80).
− Changer de voix. Prendre un autre ton de voix. Comme si elle lui pardonnait sa
précédente attitude, elle changea de voix pour prononcer: − Je suppose qu'à présent
vous désirez voir notre chère malade (SIMENON, Vac. Maigret, 1948, p. 112).
− Enfler sa voix, forcer la voix. Augmenter l'intensité sonore de sa voix, lui donner plus
de force qu'elle n'en a naturellement dans la parole ou le chant. Il avait forcé la voix
pour arriver au bout de sa tirade. Il s'arrêta, plié en deux par une quinte (MARTIN
DU G., Thib., Épil., 1940, p. 899).
c) [La voix caractérisée par les états physiques ou moraux de la pers.]
− [États physiques] Voie éraillée, enrhumée, enrouée, essoufflée, fatiguée; voix avinée,
pâteuse; voix qui s'altère, se brise, se casse, s'étrangle, traîne, tremble; rééducation,
vieillissement de la voix. Il chantait en accompagnant son violon: « Ah... ah... ah... »
sans paroles, d'une pauvre vieille voix brisée. À cette voix usée, chevrotante, le cœur
d'Anthime se fondit (CHÂTEAUBRIANT, Lourdines, 1911, p. 285).Voix cassée*. Voix
caverneuse*. Voix chevrotante*. Voix eunuchoïde*.
♦ Casser* la voix. Se casser la voix. Altérer sa voix par une fatigue excessive. Tu m'as
même raconté que tu t'étais cassé la voix à force de crier après tes drôles de
pensionnaires (L. de VILMORIN, Lit à col., 1941, p. 28).
− [États moraux] Voix affectueuse, aimable, amusée, attendrie, caressante, cordiale,
gaie, joyeuse, rieuse, songeuse, tendre; voix autoritaire, bourrue, courroucée,
étranglée, furieuse, glapissante, gouailleuse, impérieuse, indignée, ironique, irritée,
mordante, sévère, solennelle, terrible, timide, tonitruante; voix calme, changée,
déchirante, défaillante, désespérée, ferme, frémissante, inquiète, plaintive, résolue,
sûre, tranquille, tremblante. Elle était pâle comme la mort; sa voix altérée sortait avec
peine, et sa gorge se contractait (MUSSET, Confess. enf. s., 1836, p. 235).− Tu as de la
peine, mon Philippe. Une voix déchirée, naïve, chancelante, une voix d'enfant
malheureux répondit, un petit moment plus tard: − Oui, papa (DUHAMEL, Suzanne, 1941,
p. 278).Voix brisée*.
♦ Avoir des larmes dans la voix. Avoir la voix altérée par le chagrin. V. larme I B ex. de
Champfleury.
3. Aptitude à émettre des sons modulés, à chanter; ensemble des sons émis. Voix
cultivée, inculte. Par des vocalises chantées sur toutes les voyelles les voix sont
affermies, « posées », assouplies, développées (Enseign. mus., 1, 1950, p.
16).V. chant1ex. 9, haut1ex. 13, musique ex. 4.P. métaph. V. musique ex. 1.Voix
étoffée. V. étoffé II C 1.Voix fausse. V. faux1I A 2 c.Voix juste. V. juste I B 2 b α.
♦ Voix sombre, sombrée. Voix couverte que l'on peut prendre volontairement pour
certains effets. Boris Christoff, et de très nombreux chanteurs
contemporains [sont] séduits par les avantages phonogéniques d'une voix sombrée,
celle-ci étant nettement plus favorisée par le disque que la voix claire (R. MANCINI, L'Art
du chant, 1969, p. 52).Il existe, en principe, un rapport entre le timbre, la tessiture et
l'intensité: voix claire de tessiture aiguë d'une part, voix sombre de tessiture
grave (R. MANCINI, L'Art du chant, 1969, p. 51).
a) Expr. et loc.
♦ Chanteur, chanteuse à voix. Chanteur, chanteuse à la voix naturellement belle et
forte. Le reste de la troupe s'amena sur le coup de la deuxième tournée, également
offerte par Jacques qui fit alors connaissance (...) d'une chanteuse à
voix (QUENEAU, Loin Rueil, 1944, p. 131).
♦ Mise de voix. V. mise I C 1 b.Port de voix. V. port2B 2.Portement de
voix. V. portement A 2.Pose de la voix. V. pose1I B 3.Assouplir la/sa voix. V. haut1ex.
13.
♦ Éclaircir sa voix, s'éclaircir la voix. Rendre sa voix plus distincte, mieux timbrée. On
aurait dit qu'il allait tousser un bon coup pour s'éclaircir la voix, comme jadis, avant de
pousser sa romance (BERNANOS, M. Ouine, 1943, p. 1432).V. éclaircir I A 1 b ex. de
France.
♦ Placer la/sa voix. V. placer1A 2 a.Poser la/sa voix. V. poser I C 1 b.
♦ Travailler sa voix. Assouplir sa voix par des exercices, des vocalises. Écoute, cette
chanson te va comme un gant (...)! Au lieu de somnoler sur ce lit, tu travaillerais ta voix
que ça n'en serait pas plus mal, je t'assure (BEAUVOIR, Mandarins, 1954, p. 138).
♦ Avoir de la voix. Avoir une voix naturellement belle et forte. Maggy Teyte (...) a
beaucoup moins de voix que Garden, elle disparaît un peu par
moments (RIVIÈRE, Corresp.[avec Alain-Fournier], 1908, p. 377).
♦ (Être) en voix. (Être) en mesure de bien chanter. Un chanteur fort en voix (BERLIOZ, À
travers chants, 1862, p. 91).
b) CHANT, MUS.
α) Étendue des notes que peut donner la voix d'un chanteur, d'une cantatrice. La
voix [de Nathalie Stutzmann] est exceptionnelle: rare, même dans cette tessiture de
contralto si recherchée depuis l'engouement pour le baroque (L'Est Républicain, 20
déc. 1989, p. 13, col. 5).V. basse1ex. 11, baryton ex. 1, contralto ex. 1 et 2, soprano B
ex. de Lautréamont.
Voix de fausset. V. fausset1.Voix de gorge. V. gorge I B 2 b β.Voix de
médium. V. médium I A 2 a.Voix mixte. V. mixte I A 2.Voix de poitrine. V. poitrine I C 2.
♦ Voix de tête. Portion aiguë du registre de la voix dont le timbre est mélodieux. Et
comme les chanteurs parvenus à la note la plus haute qu'ils puissent donner continuent
en voix de tête, piano, il se contenta de murmurer (PROUST, Swann, 1913, p. 254).
♦ Voix dans le masque. V. masque I B 5.Tessiture* des voix. Registre des
voix. V. registre B 1 c.
− P. méton. Chanteur, cantatrice particulièrement doué(e) pour le chant. Une grande
voix de l'opéra. La qualité d'une interprétation qui réunissait les meilleures voix de
l'époque (DUMESNIL, Hist. théâtr. lyr., 1953, p. 128).
β) Chacune des parties d'une composition polyphonique vocale chantée par une
personne ou par un seul registre de voix. Synon. partie.La première, la deuxième voix;
voix principale; chanter à deux, trois voix. Pour mieux faire comprendre la composition
d'une messe de la Renaissance (...), nous choisissons la messe à cinq voix Veni
sponsa Christi, de Jean Leleu (POTIRON, Mus. église, 1945, p. 62).
♦ Voix seule. Partie vocale qui n'est pas mêlée à d'autres, qui chante quand les autres
se taisent. On achevait la soirée par un morceau de chant. Il va sans dire pour voix
seule et pour voix de femme (PESQUIDOUX, Livre raison, 1925, p. 129).
− Loc. adj. [En parlant d'un ensemble vocal] À voix égales. Composé de voix de même
étendue, soit voix masculines, soit voix féminines, soit voix féminines et enfantines. Les
conditions d'équilibre sont particulièrement difficiles à réaliser lorsqu'on écrit pour voix
dites « égales », soit par exemple deux ténors et deux basses (POTIRON, Mus. église,
1945, p. 44).À voix mixtes. Composé à la fois de voix masculines et de voix féminines
(et enfantines). Chœurs à voix égales ou à voix mixtes (Enseign. mus.,1, 1950, p. 18).
γ) Chacune des parties d'un morceau de musique formant un thème, une
mélodie. Fugue (de Bach) à deux, à trois voix. Ces concours (...) comportent deux
séries d'épreuves: Première série. 1 Deux dictées musicales, l'une à une voix, l'autre à
deux ou trois voix (Enseign. mus.,1, 1950, p. 18).Équilibre du contrepoint et de
l'harmonie dans la fugue: Fugue en ut dièse mineur, clav. bien tempéré, livre I;
Invention à 3 voix en fa mineur (O. ALAIN, L'Harmonie, 1969, p. 77).
4. [La voix, agent de la parole, du lang.]
a) [En tant que moyen d'expr.] Parole, discours prononcé par une personne. Écouter la
voix de qqn; encourager, animer de la voix; de la voix et du geste. L'élément naturel qui
sert de base, de modèle à Montaigne, est toujours la parole, la voix haute et non pas la
pensée intime en formation (LARBAUD, Vice impuni, 1941, p. 249).
− Entendre une/des voix. Entendre parler des personnes que l'on ne voit pas. Entendre
une voix derrière la porte. Eurydice (...): j'avais cru entendre des voix!...
Personne! (CRÉMIEUX, Orphée, 1858, II, 4, p. 65).Parfois aussi, par une porte ouverte, on
entendait une voix criarde appeler un enfant (SIMENON, Vac. Maigret, 1948, p. 127).
♦ PATHOL. Entendre des voix. Avoir des hallucinations auditives. [Le père Rouault] n'y
voyait plus, il entendait des voix autour de lui, il se sentait devenir
fou (FLAUB., MmeBovary, t. 2, 1857, p. 192).Vous entendez des voix, eh bien! Est-ce que
ce sont des voix comme la mienne? − Non, monsieur. − Bon, il a des hallucinations
auditives (BRETON, Nadja, 1928, p. 129).
♦ RELIG. Avoir une communication mystique auditive. [Jeanne] a des apparitions, elle
entend des voix; mais « monsieur Saint-Michel » et « madame Sainte-Marguerite » lui
parlent un langage très clair (COPPÉE, Bonne souffr., 1898, p. 147).Plais. Elle joignit les
mains: « Mon Dieu, mon Dieu... pardonnez-moi. » Un client qui entrait, rigola. « Renée,
vous entendez des voix! » (DABIT, Hôtel Nord, 1929, p. 137).
− P. méton. Personne qui parle dont on ne précise pas l'identité. Au même instant, à
quelques pas, une voix avertit: − Attention, les v'là! (DORGELÈS, Croix de bois, 1919, p.
208).
♦ HIST. RELIG. Les voix de Jeanne d'Arc. Saints qui dictaient à Jeanne sa mission et
qu'elle était seule à entendre. Quand on veut qu'elle continue à guerroyer, elle n'y
consent qu'avec répugnance − car ses « voix » ne lui ont rien ordonné de plus que de
faire sacrer le roi (COPPÉE, Bonne souffr., 1898, p. 148).P. anal. Qui est poète doit
confesser la poésie, avouer son travail, parler de versification, − et non s'attribuer des
voix mystérieuses (VALÉRY, Mauv. pens., 1942, p. 196).
− Expr. et loc.
♦ Donneur de voix. [P. anal. avec donneur de sang] Personne qui enregistre
bénévolement un texte pour les mal-voyants. Tous [les retraités] veulent se sentir utiles
pour ne pas être exclus de la société. L'un d'eux cite l'exemple d'un retraité « donneur
de voix » qui enregistre sur cassettes des livres pour aveugles (Le Point, 13 juin 1977,
p. 111, col. 3).
♦ CIN., TÉLÉV. Voix dans le champ, voix hors champ. ,,Voix d'une personne présente
ou absente à l'écran`` (FRANTERM Néol. 1984).
Rem. Terme recommandé à la place des anglicismes voix in et voix off. V. off ex. 1.
♦ Couvrir, étouffer la voix. Étouffer les sons de la voix en faisant du bruit, en parlant plus
fort. Deux personnes qui disputent cherchent mutuellement à se couvrir la
voix (MONTHERL., Songe, 1922, p. 48).P. métaph. Cette manie de fraude est un résultat
inévitable (...) du vice de population excessive, dénoncé avec raison par M. Malthus.
On a étouffé sa voix comme on étouffe toute vérité (FOURIER, Nouv. monde industr.,
1830, p. 6).
♦ Élever la voix (au propre et au fig.). V. élever1II A 1 et B 1.Hausser la
voix. V. hausser II B 1 b α.Lever la voix. V. lever1I A 2.Pousser la voix. V. pousser III A.
♦ Au fig. Donner une voix à qqn. Se faire l'interprète de. [Les socialistes] ont donné une
voix à cet appel angoissé venu des médiocres que nous sommes, qui se comptent par
millions, qui font la matière même de l'histoire, et dont il faudra un jour tenir
compte (CAMUS, Actuelles I, 1948, p. 151).Vieilli. [Le suj. désigne un animé ou un
inanimé] Prêter la voix à qqn, parler par la voix de qqn. S'exprimer, être exprimé par
l'intermédiaire de (quelqu'un, quelque chose). C'est la vérité, c'est bien elle qui parle
par la voix d'Hélène (SANDEAU, Mllede La Seiglière, 1848, p. 143).
♦ Faire la grosse voix. V. gros1II B 2.Prendre une grosse voix, grossir sa voix. Prendre
une voix grave et forte pour effrayer quelqu'un, gronder un enfant. S'il grossit la voix,
ils [les élèves] ricanent (GIDE, Faux-monn., 1925, p. 1217).Il faut que je vous gronde.
Vous ne m'en croyez pas capable? Attendez que je prenne ma grosse
voix (ARLAND, Ordre, 1929, p. 185).
♦ [Le suj. désigne un personnage de théâtre] Prendre voix. Être incarné, interprété. Les
personnages de Don Sanche et de l'Infante n'étaient plus réduits au rôle de rouage ou
de surcharge inutile. Ils prenaient corps, ils prenaient voix, et ces voix répondaient au
duo des amants (SERRIÈRE, T.N.P., 1959, p. 153).
♦ Donner de la voix. Parler fort, se faire entendre. La foule passionnée donnait de la
voix, et les pelotes bondissaient, quand commença de tinter doucement
l'angélus (LOTI, Ramuntcho, 1897, p. 161).
♦ MAR. Saluer de la voix, à la voix. ,,Effectuer le salut qui consiste en un ou plusieurs
cris`` (BONN.-PARIS 1859).
♦ À portée de voix, loc. adv. À une distance telle qu'on peut encore se faire
entendre. V. portée ex. 3.MAR. Être à (une) portée de voix (d'un bâtiment, d'un lieu),
être à la portée de la voix. Pouvoir se faire entendre avec un porte-voix. La manière
dont les deux frégates ont toujours navigué à la portée de la voix, aura rendu commun
à toutes deux le même écueil (Voy. La Pérouse, t. 1, 1797, p. LXII).Le Grand-Saint-
Antoine qui passe à une portée de voix de Cagliari, en Sardaigne, n'y dépose point la
peste (ARTAUD, Théâtre et son double, 1938, p. 21).
♦ De vive voix. En parlant directement à l'intéressé, oralement. La Marquise: J'y ai
répondu de vive voix, mais non pas par écrit (MUSSET, Lorenzaccio, 1834, II, 3, p. 137).
[Il] n'avait de cesse qu'il se fût expliqué de vive voix avec des employés qui se
moquaient de lui, pour avoir pris au mot les ultimatums de
l'imprimé (MONTHERL., Célibataires, 1934, p. 827).
− À voix + adj. antéposé ou postposé et avec des verbes signifiant « dire », « parler
».À voix basse. Sans élever le ton. Un soir, j'entendis mon père et ma mère qui se
disaient à voix basse: − Mon ami, Mélanie baisse de jour en jour (A. FRANCE, Pt Pierre,
1918, p. 192).V. parole ex. 10.À voix haute, à haute voix, à haute et intelligible
voix. V. haut1I C 1.À demi-voix*. À mi-voix*. À pleine voix. V. plein I E 1 g.
b) Parole directe ou rapportée exprimant un avertissement, un avis, un ordre. Voix
d'outre-tombe; écouter la voix de sa mère, d'un ami; être sourd à la voix de qqn. Une
troupe disciplinée, obéissant avec précision à la voix d'un seul chef (LAUTRÉAM., Chants
Maldoror, 1869, p. 285).
− P. méton. Personne dont la pensée, l'œuvre marque son époque. Chateaubriand et
Byron: ces deux grandes voix du siècle se sont fait entendre à peu de distance criant
vers Dieu; l'une pour implorer secours, l'autre pour le blasphémer et le
maudire (CHÊNEDOLLÉ, Journal, 1833, p. 157).L'école d'Augsbourg qui n'entendra plus,
avec Christophe Amberger, qu'un écho presque éteint, bien que pur, de la grande voix
d'Holbein (FAURE, Hist. art, 1914, p. 520).
− [P. allus. à Luc III, 4: La voix qui crie/qui clame dans le désert, paroles par lesquelles
Isaïe désigne Jean-Baptiste dans son rôle de Précurseur] Personne qui parle, avertit
sans parvenir à se faire entendre. Nos exigences, nos demandes, n'ont été qu'une voix
clamant dans le désert (Déclar. univ. Dr. Homme, 1949, p. 12).
B. − P. anal.
1. Son produit chez les animaux par l'appareil buccal ou un autre organe. Voix de la
colombe, du coq, des oiseaux, d'un perroquet, du rossignol. Des petites voix claires et
aiguës de cigales pâmées de chaleur (ZOLA, Ventre Paris, 1873, p. 686).Attendez un
peu voir, me dit Françoise indignée de mon ignorance, si les lapins ne crient pas autant
comme les poulets. Ils ont même la voix bien plus forte (PROUST, J. filles en fleurs, 1918,
p. 484).V. miauler ex. 2.
− CHASSE. Voix des chiens. Aboiement du chien courant, caractéristique de sa race,
sur la piste ou en vue du gibier. Ce n'est plus, pour les chasseurs, qu'une attente plus
ou moins longue (...) mais dans laquelle la voix des chiens marquera infailliblement les
péripéties de la chasse (VIDRON, Chasse, 1945, p. 106).Donner de la voix. [Le suj.
désigne un chien] Aboyer. Miraut ne donnait pas de la voix, de ces coups de gueule
prolongés et réguliers qui retentissaient quand il suivait sa piste (PERGAUD, De Goupil,
1910, p. 36).
− PATHOL. Voix rabique. Aboiement caractéristique du chien atteint de la rage. Le
second chien mange encore le trente-septième jour après l'inoculation (...) le trente-
neuvième, il a la voix rabique; le lendemain on le trouve mort (PASTEURds Travaux,
1895, p. 386).
2. Son qui résulte de la vibration de l'air, d'un corps sonore.
a) [À propos d'un élément naturel] Voix de l'océan, de la rivière, d'une source, de la
tempête, du tonnerre, de l'univers, des vagues. Accents tendres ou terribles surpris
dans la voix de la mer, de la forêt, du fleuve et du vent (MILOSZ, Amour. init., 1910, p.
166).La fontaine fit entendre sa voix, mince comme le fil d'eau tombant dans le
bassin (TRIOLET, Prem. accroc, 1945, p. 17).
b) [À propos d'un instrument de mus. dont le son rappelle la voix hum.] Voix du cor, des
orgues, des trompettes, du violon, du violoncelle. Depuis que la nièce du curé s'était
mariée, les paroissiens n'entendaient plus la voix de l'harmonium qu'un dimanche sur
cinq (AYMÉ, Jument, 1933, p. 119).
− MUS. (orgue)
♦ Voix humaine. Jeu d'anche qui sert à imiter la voix humaine. Synon. régale.Quant aux
tuyaux de la voix humaine, ils ne possèdent qu'un corps très réduit, muni à son
extrémité d'un petit couvercle qui permet de régler à volonté l'intensité du
son (N. DUFOURCQ, L'Orgue, 1970, p. 19).
♦ Voix angélique. Jeu d'orgue situé à une octave au-dessus de la voix humaine. Les
jeux discordés (voix céleste, voix angélique) ou les trémolos le font personnellement
vomir [l'auteur] (BOUASSE, Acoust. gén., 1926, p. VIII).
♦ Voix céleste. ,,Jeux d'orgues à bouche de la famille des jeux de gambe, où un léger
effet de tremblement ou de vibrato est obtenu en accordant légèrement plus haut ou
plus bas que les autres gambes, un battement acoustique entre les sons produits par
les deux tuyaux correspondants`` ( BRENET Mus. 1926). La voix humaine quitte le grand
orgue, pour émigrer au récit expressif, où elle chante avec une sensibilité renouvelée.
Sur le terrain de l'émotion facile, elle rencontre ici la voix céleste aux effets
mystiques (N. DUFOURCQ, L'Orgue, 1970, p. 55).
c) [À propos d'un objet] Voix du canon; voix d'une horloge, d'un haut-
parleur. Cependant que la cloche éveille sa voix claire À l'air pur et limpide et profond
du matin (MALLARMÉ, Poés., 1898, p. 36).Ah! le téléphone, sa voix tremblante et
impérieuse (ARNOUX, Double chance, 1958, p. 169).
− TECHNOL., vx. Son que rendent les pièces de monnaie jetées sur le tas et d'après
lequel on les apprécie. (Dict. XIXeet XXes.).
II. − Au fig.
A. − Ce qui exprime un message.
1. Gén. au sing. Pensée, sentiment d'une collectivité exprimé(e) avec clarté par sa
parole ou par d'autres moyens d'expression. La voix des malheureux, d'un peuple. La
voix du peuple était pour eux [les théoriciens de la souveraineté] la voix divine,
infaillible, et à ce titre omnipotente (A. DE BROGLIE, Diplom. et dr. nouv., 1868, p. 191).Il
n'est pas question de faire quelque chose pour les ouvriers. Mais avec eux. Mais à leur
service. D'être une voix parmi leurs voix (NIZAN, Chiens garde, 1932, p. 235).
♦ Vieilli. La voix publique. L'avis de tous, le sentiment général. Presque jamais on ne
parlait de mon oncle dans la maison. Moi je ne le connaissais pas du tout. Je savais
seulement par la voix publique qu'il avait mené et menait encore une vie de
polichinelle (MAUPASS., Contes et nouv., t. 2, Marquis de F., 1886, p. 65).La voix, les
voix de la renommée. Synon. de voix publique.Toutes les voix de la renommée doivent
se réunir pour vanter ce monument (DUMAS père, Monte-Cristo, t. 1, 1846, p. 463).
♦ La voix de la presse. L'ensemble des publications périodiques, des journaux. Voilà ce
que, par la voix de la presse, MM. Labro et Béghin (...) ont tenu à porter à la
connaissance du public (Combat, 19-20 janv. 1952, p. 8, col. 1).
− [P. méton.] Elle vous a dit de ne pas la regarder. Monseigneur la Rosette, vous
pouvez être sourd à la voix de l'innocence persécutée mais il ne vous est pas permis de
refuser d'entendre votre roi (AUDIBERTI, Mal court, 1947, II, p. 165).
− Loc. adj. ou adv. (Être) sans voix. [En parlant d'un peuple, d'une collectivité] (Être)
sans possibilité de se faire entendre, de s'exprimer. Pendant de nombreuses
générations, avait déclaré le Président Soekarno, nos peuples ont été sans voix dans le
monde. Nous avons été ceux auxquels aucune attention n'était accordée, ceux dont le
sort était décidé par d'autres selon leurs intérêts (Univers écon. et soc.,1960, p. 64-
9).Empl. subst. Quand il est parfaitement abouti comme celui-ci, le roman historique
ressemble à une réparation. C'est la parole donnée après coup aux sans-voix (Le
Point,23 févr. 1976, p. 83, col. 3).
− Vieilli. Tout d'une voix. Ensemble, unanimement. « Oui, oui », crièrent-ils avec
acclamation et tout d'une voix: « Vive le roi, la reine et monseigneur de Bourgogne!
» (BARANTE, Hist. ducs Bourg., t. 4, 1821-24, p. 292).
− Proverbe, au fig., vieilli. La voix du peuple est la voix de Dieu (lat. vox populi vox
dei). Le sentiment général a valeur de vérité. Une ovation flatteuse s'était élevée parmi
les curieux quand on avait découvert le tableau. Aussi Marcel se retourna-t-il ravi de ce
triomphe, et murmura: La voix du peuple, c'est la voix de Dieu ( MURGER, Scènes vie
boh., 1851, p. 187).
2. Voix + adj., voix de + subst.[Le compl. désigne une valeur]
a) Appel intérieur ressenti par la conscience et qui pousse à l'action ou en
détourne. Voix de la conscience, de l'honneur; voix du cœur, de la nature, d'une
passion, de la sagesse; écouter la voix de, obéir à la voix de; devenir sourd à la voix de
l'amitié. C'est bien là mon devoir, je le sens clairement, tout m'avertit que je devrais
suivre cette voix intérieure qui ne nous trompe pas, et qui me crie sans
cesse: − Pars (KRÜDENER, Valérie, 1803, p. 59).Lorsque s'élève dans l'âme la voix
puissante de l'Amour, ce n'est pas une force seulement, mais toutes les forces de l'âme
et du corps qui s'éveillent et s'agitent (BÉGUIN, Âme romant., 1939, p.
119).V. commandement ex. 6.
♦ La voix de (Dieu). Majesté divine qui s'exprime par les éléments, la nature; parole qui
s'exprime par l'écriture sainte et dans la conscience humaine. Voix du Très-haut, du
Tout-puissant. « (...) Ô Maxence, il n'est pas de bornes à ta liberté que mon amour. » Et
le soldat, descendant en lui-même, écoute la voix du Seigneur dans le
désert (PSICHARI, Voy. centur., 1914, p. 202).V. croire ex. 7, lamartinien ex., mettre ex. 7.
[Dans un cont. métaph.] Tous les convertis reconnaissent qu'à partir du moment où ils
ont prêté l'oreille à la voix de Dieu... ils ont été éclairés sur ce qu'ils étaient, sur ce qu'ils
auraient dû être, sur ce qu'ils pouvaient devenir (Philos., Relig., 1957, p. 34-1).
♦ La voix de la raison. V. entendre I B 2 a β.La voix du sang. V. sang II A 2 b.
b) Ce que semble exprimer un inanimé dans la conscience, l'intelligence humaine. La
voix du temps. Si l'homme a sa voix, si la nature a la sienne, les événements ont aussi
la leur. L'auteur a toujours pensé que la mission du poète était de fondre dans un
même groupe de chants cette triple parole (HUGO, Œuvres poét., t. 1, Voix intérieures,
préf., Paris, Gallimard, 1964 [1837], p. 919).C'était la voix du passé, de l'oubli et de la
solitude, certes; mais c'était une voix encore (MILOSZ, Amour. init., 1910, p. 20).
♦ Les voix du silence. C'est comme ces voix du silence que nous entendons pour les
suivre dans leur ronde interminable quand nous n'écoutons qu'en nous et que nos
sentiments et nos idées s'enchevêtrent confusément dans la volupté somnolente d'une
conscience fermée aux impressions du monde (FAURE, Hist. art, 1912, p. 262).« L'œil
écoute » a dit Claudel (...). Qu'écoute-t-il? « Les voix du silence » a répondu Malraux,
soulignant qu'il s'agit d'un sens caché, qui n'est pas là où l'on se prépare à
entendre (HUYGHE, Dialog. avec visible, 1955, p. 72).
B. − Jugement, opinion.
1. Droit d'exprimer son opinion au cours d'une délibération, dans un scrutin.  Constituer
Danton président du Conseil exécutif, avec voix délibérative et voix prépondérante dans
les cas d'équilibre, serait à mes yeux le moyen le plus prompt et le plus efficace de faire
marcher la machine (MARAT, Pamphlets, Aux bons Fr., 1792, p. 323).Voix
consultative*. Voix délibérative*.
♦ Vieilli. Voix active. Pouvoir d'élire. (Dict. XIXes.). Voix passive. Capacité d'être élu
(Dict. XIXes.).
♦ Avoir voix au chapitre. V. chapitre2.
2. Expression de l'opinion, lors d'un vote, d'une élection, qui est comptabilisée et
entraîne une décision ultérieure; vote émis. Synon. suffrage.Donner sa voix à un
candidat, à un parti. Il y avait très grand risque [que] (...) toute une partie des voix
radicales fît bloc au second tour avec les faubourgs de la préfecture, les ouvriers des
fabriques, et que de tout ça sortît un socialiste. Ce serait du joli. Il fallait donc à tout prix
rattraper les voix de droite (ARAGON, Beaux quart., 1936, p. 209).
♦ Mettre aux voix. V. mettre 1reSection III B 1 c.Promettre sa voix. V. promettre A 1.
− [Précédé d'un chiffre] Les conservateurs avaient environ 10 à 15 voix de
majorité (GOBINEAU, Corresp.[avec Tocqueville], 1850, p. 140).Au début de 1957, le
Parlement français émet un vote favorable à la réalisation du projet (le vote est acquis à
l'Assemblée nationale le 24 janvier par 544 voix contre 32 (...)) (MEYNAUD, Groupes-
pression en Fr., 1958, p. 236).
− P. méton. Électeur. Compter ses voix avant une élection. V. chasser1ex. 6.
SYNT. Voix communistes, écologistes, socialistes; voix prépondérante du président;
écart, égalité, majorité, partage, report, total des voix; avoir toutes les voix, n pour cent
des voix; faire le plein, n'avoir qu'un petit nombre de voix; l'emporter de n voix; gagner,
obtenir, recueillir des voix; vendre sa voix; aller aux voix.
III. − LING., GRAMM. ,,Aspect du verbe défini par le rôle qu'on attribue au sujet suivant
qu'il accomplit l'action (actif), qu'il la subit (passif), qu'il est intéressé d'une certaine
manière (moyen)`` (MAR. Lex. 1951). Si l'on emploie la forme du prédicat dite « voix
active », on dira le jardinier ouvre le portail du jardin; si l'on emploie la forme dite « voix
passive », l'énoncé deviendra le portail du jardin est ouvert par le jardinier
(MARTINET1967, p. 127).On dit aussi que les verbes intransitifs sont à la voix active,
mais cette notion n'est vraiment utile que lorsqu'on veut opposer l'actif et le
passif (GREV.1986741, p. 1162).
♦ Voix active. V. actif ex. 40, 41, 42.Voix moyenne. V. moyen1I A 6 ex. de
Guillaume.Voix passive. V. passif C 1 a ex. de Le Bidois.Voix pronominale. ,,Le verbe
est à la voix pronominale quand son sujet est en même temps objet`` (D. D. L. 1976).
♦ [En gr.] Les trois voix des verbes grecs: voix active, passive, moyenne. Je n'entendis
point les explications de M. Beaussier sur la voix moyenne qui ne répond pas au verbe
purement réfléchi, comme on ne le croit que trop communément (A. FRANCE, Vie fleur,
1922, p. 387).
♦ [En lat.] Voix déponente. Catégorie de verbes ayant une valeur active mais dont les
désinences sont celles du passif. À côté des deux voix caractérisées, active et passive,
les verbes déponents (on dit souvent « la voix déponente ») constituent un groupe
étrange (J. COLLART, Gramm. du lat., 1966, p. 44).
Prononc. et Orth.: [vwa]. FOUCHÉ Prononc. 1959, p. 62: ,,On peut encore prononcer un
[ɑ] bref dans [...] voix``. MARTINET-WALTER 1973 [vwɑ], [vwa] (8, 9). Att. ds Ac. dep.
1694. Étymol. et Hist. I. A. De l'homme 1. fin Xes. « ensemble de sons produits par le
larynx quand les cordes vocales entrent en vibration sous l'effet d'une excitation
nerveuse rythmique » las voz ici acc. plur. (Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle,
234); 2. ca 1100 « capacité de produire un ensemble de sons au moyen de l'appareil
phonatoire; manière dont cet ensemble de sons est émis » s'escriet a sa voiz grand et
halte (Roland, éd. J. Bédier, 2985); 1 remoit. XIIIes. sans vois (AUDEFROI
LE BATARD, Chansons, éd. A. Cullmann, XIII, 14); 1631 voix de stentor, v. stentor étymol.
1; 3. a) 1370 « capacité de produire un ensemble de sons musicaux au moyen de
l'appareil phonatoire » melodies de vois humaines et de sons faites par
instrumenz (NICOLE ORESME, Ethiques, éd. A. D. Menut, fol. 61b, p. 220); b) 1690 «
chanteur » (FUR.); 4. 1671 phonét. « phonèmes qui entraînent la vibration des cordes
vocales et font partie des voyelles » ( MOLIÈRE, Bourgeois gentilhomme, II, 4, éd. E.
Despois et P. Mesnard, t. 8, p. 85). B. D'inanimés ca 1100 « (d'instruments de musique,
de phénomènes de la nature, de certains objets) bruit que l'on assimile à la voix
humaine » les voiz [des greisles] en sunt mult cleres (Roland, 3304); 1610 voix
humaine « un des jeux de l'orgue » (B. archéol. publ. par le Comité hist. des Arts et des
Monuments, III, 220). C. Des animaux 1. ca 1200 « son produit par le larynx d'un animal
» la douce voiz du louseignol sauvage (CHATELAIN DE COUCI, Chansons, éd. A. Lerond,
III, 1); 2. a) 1678 « aboiement d'un chien de chasse » (LA FONTAINE, Disc. à Mmede La
Sablière, 69 ds Œuvres, éd. H. Régnier, t. 2, p. 464); b) 1758 donner de la voix « (d'un
chien) aboyer » (BUFFON, Hist. nat., t. 7, p. 80). II. A. 1. a) Ca 1100 « organe du langage
humain servant à l'expression de la pensée, des sentiments... » ici « manière dont cet
organe est employé » A halte voiz s'escrie (Roland, 3641); déb. XVIes. de vive
voix (D'AUBIGNÉ, Les Tragiques, Aux lecteurs, éd. A. Weber, p. 3); b) ca 1200 « langage
» (Aliscans, éd. E. Wienbeck, W. Hartnacke et P. Rasch, 1726: A voiz paiene s'est li
quens escriëz); 1ertiers XIIIes. « mot, parole » ( RECLUS DE MOLLIENS, Charité, éd. Van
Hamel, XXVIII, 4); c) 1538 Eslever la voix (EST.); en partic. α) 1691 elever sa [la] voix
pour « embrasser hautement les intérêts de quelqu'un, quelque chose »
(RACINE, Athalie, III, 8, 1204); β) 1694 mar. saluer de la
voix (Th. CORNEILLE [1678, GUILLET, 3epart., s.v. salut: La Reyne [...] ne voulut estre
salüée que de quelques cris de l'Equippage]); 2. ca 1170 « conseils, avertissements,
ordre ou appel exprimés par quelqu'un » (Rois, éd. E. R. Curtius, Tierz Livres, XX, 36,
p. 165); 3. déb. XVIes. « personne qui parle » la voix qui console (D'AUBIGNÉ, op. cit., p.
585). B. 1. Av. 1266 « influence, autorité ou crédit d'une collectivité » ciaus qui n'ont
vois ni respons en court (Assises de Jérusalem, éd. Beugnot, t. 1, p. 96); 2. a) 1305 «
bruit qui court » (Enq., A.N. J. 1030, pièce 28); cf. 1373 (ds Ordonnances des Rois de
France, t. 5, p. 649); 1402 vois de... renommee (CHRISTINE DE PISAN, Le Livre du Chemin
de Long Estude, éd. R. Püschel, 982-983); 1553 La voix de la renommée (La Bible, s.l.
impr. J. Gérard, Jér., 10, 22); b) 1664 la voix publique « la rumeur générale »
(CORNEILLE, Othon, V, 3, 1657); 3. 1636 la voix de la raison (ID., Cinna, II, 1, 510). III. A.
1. 1erquart XIIIes. avoir vois de « avoir le droit de » (RECLUS DE MOLLIENS, Miserere, éd.
Van Hamel, L, 10); en partic. 1636 « droit d'exprimer son opinion dans une assemblée
ou un scrutin » (MONET); 2. 1558 avoir... voix en chapitre « être admis à donner son avis
» (B. DES PÉRIERS, Nouv. récréations et joyeux devis, éd. K. Kasprzyk, Nouvelle III, p.
25); en partic. 1893 avoir voix au chapitre « avoir voix délibérative dans un chapitre de
moines » (DG); 3. 1636 voix active, voix passive (MONET); 4. 1690 voix
deliberative (FUR.). B. 1. 1538 « opinion exprimée dans un vote » ( EST., s.v. vox); 2.
a) 1625 tout d'une voix « d'un consentement unanime » (VOITURE, Lettre à Mrde
Balzac ds Œuvres, éd. A. Ubicini, t. 1, p. 24); b) 1638 id. « à l'unanimité des suffrages
» la chose passa tout d'une voix (ABL.[ANCOURT], Ret. ds RICH. 1680); 3. a) 1640 n'avoir
qu'une voix « être unaniment d'accord » ( CORNEILLE, Horace, III, 2, 789); b) 1696 avoir
la voix de qqn « avoir son consentement » il a la voix et l'approbation du
peuple (E. DE COULANGES, Lettre, 19 mars ds MmeDE SÉVIGNÉ, Corresp., éd. R. Duchêne,
t. 3, p. 1151); 4. 1656 donner sa voix à qqc. « y consentir » (MOLIÈRE, Amphitryon, I, 2,
510); 5. 1734 vendre sa voix (VOLTAIRE, Lettres philosophiques, p. 88); 6. 1834 mettre
aux voix l'élection (MUSSET, Lorenzaccio, V, 1, p. 251); 7. 1835 aller aux
voix (STENDHAL, L. Leuwen, t. 3, p. 232). IV. Gramm. 1753 « forme que prend le verbe,
suivant que l'action est faite ou subie par le sujet » voix active, voix passive, voix
moyenne (Encyclop. t. 3, s.v. conjugaison); 1962 voix pronominale (J. STEFANINI, La
Voix pronominale en a. et m. fr. [titre], Aix-en-Provence). Du lat. class. vōcem, acc.
de vōx « voix, son de la voix, accent, son, ton, mot, vocable »; au plur. « paroles,
propos ». Fréq. abs. littér.: 36 623. Fréq. rel. littér.: XIXes.: a) 43 315, b) 55 339; XXes.:
a) 58 777, b) 53 791. Bbg. BLOCHW.-RUNK. 1971, p. 202. − DE GOROG (R.). L'Étymol. et la
form. des mots désignant « bruit » en fr. médiév. R. Ling. rom. 1977, t. 41, pp. 376-377.
− POTTIER Ling. gén. 1974,45, 114 à 128, p. 333; Les Voix du fr.: sém. et synt. Cah.
Lexicol. 1978, t. 33, pp. 3-39. − QUEM. DDL t. 3, 12, 14, 15, 16.

Vous aimerez peut-être aussi